« L’impunité des géants doit cesser », affirmait le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, dans un message diffusé sur le réseau social X ce mardi 17 février. Il y annonçait ainsi que le gouvernement espagnol allait demander à la justice « d’enquêter sur les délits que X, Meta et TikTok pourraient commettre en créant et en diffusant de la pornographie infantile par le biais de leurs IA ».
« Ces plateformes portent atteinte à la santé mentale, à la dignité et aux droits de nos enfants », a-t-il ajouté, « l’État ne peut pas l’admettre ».
L’agence Reuters rapporte qu’un jeune Espagnol sur cinq, principalement des filles, affirme que des deepnudes d’elles et eux ont été créées par l’IA et partagées en ligne alors qu’ils et elles étaient mineurs, a déclaré le bureau de Sanchez, citant l’organisation de défense des droits Save the Children.
Jusque-là, c’est X et les deepfakes de Grok qui étaient surtout visés par des menaces judiciaires, mais le gouvernement espagnol semble élargir sa cible à Meta et TikTok sans pour autant détailler les reproches qu’il leur fait.
« TikTok dispose de systèmes robustes pour contrecarrer les tentatives d’exploitation ou de préjudice envers les jeunes, et nous continuons à donner la priorité et à investir dans des technologies de pointe afin de garder une longueur d’avance sur les acteurs malveillants », affirme le réseau social de partage de vidéos dans un communiqué envoyé à Reuters, tandis que X et Meta n’ont pas répondu à nos confrères sur le sujet.
L’affaire qui oppose, aux États-Unis, une jeune femme aux plateformes de réseaux sociaux documente la façon dont Meta gère les recherches internes que l’entreprise lance sur les conséquences de ses produits. Des emails montrent ainsi que des travaux sont enterrés quand ils ne vont pas dans le sens de l’entreprise.
La semaine dernière s’est ouvert aux États-Unis le procès opposant Meta et Google à une plaignante âgée de 20 ans, Kaley G. M., et sa mère, qui les accusent de provoquer et entretenir l’addiction chez les jeunes. Comme nous l’expliquions, Snap et TikTok ont aussi été mis en cause mais ces deux entreprises ont préféré négocier un accord avec les plaignantes.
Les techniques pour attirer et garder l’auditoire de YouTube mais aussi des plateformes de réseaux sociaux Facebook et Instagram de Meta vont donc être particulièrement scrutées pendant ce procès.
Mais l’avocat de Kaley G. M, Mark Lanier, profite de l’accès aux documents internes de Meta que lui offre ce procès pour pointer la façon dont Meta choisit de rendre publiques ou pas, voire d’abandonner totalement les recherches que l’entreprise fait sur l’utilisation de ses produits.
Une étude interne de Meta qui remonte via le procès
En effet, comme nous en faisions part récemment, de plus en plus de recherches sur le numérique sont menées en lien avec les entreprises du secteur. Souvent, les auteurs n’informent pas correctement sur les liens qui les relient à Meta, X, Google ou Microsoft, par exemple. Ainsi, 29 % des articles scientifiques à propos des réseaux sociaux oublient de mentionner leurs liens d’intérêt.
Dans ce procès, Mark Lanier a mis en avant une étude menée par Meta en collaboration avec des chercheurs de l’Université de Chicago qui, selon lui, montre que le fait que les parents surveillent de près l’utilisation par leurs ados des réseaux sociaux n’a que très peu d’effet sur une utilisation compulsive ou non. Cette étude, nommée « Project Myst » pour Meta and Youth Social Emotional Trends, sondait 1 000 adolescents et leurs parents à propos de leurs usages des réseaux sociaux, explique Associated Press.
L’avocat n’a pas diffusé l’entièreté de l’étude, mais cite trois extraits repris par l’association The Tech Oversight Project. L’un affirme que « les facteurs parentaux et familiaux ont peu d’influence sur le niveau d’attention que les adolescents déclarent accorder à leur utilisation des réseaux sociaux ». Le deuxième conclut qu’ « il n’y a aucun lien entre ce que rapportent les parents et les adolescents concernant la surveillance/l’accompagnement numérique des parents et les mesures de l’attention ou des capacités des adolescents telles qu’elles ressortent de l’enquête ». Et le troisième que « les adolescents qui ont déclaré avoir vécu un plus grand nombre d’expériences négatives dans leur enfance, telles qu’une relation étroite avec une personne ayant des problèmes d’alcoolisme ou souffrant d’alcoolisme, ou avoir été victimes d’intimidation ou de harcèlement à l’école, ont déclaré être moins attentifs à leur utilisation des réseaux sociaux ».
Sans publication, des interprétations divergentes
Selon TechCrunch, Mark Lanier a interprété devant la Cour ces conclusions de l’étude comme le fait que les outils de contrôle parental d’Instagram ou ceux de limitation du temps d’utilisation sur les smartphones n’auraient pas vraiment d’effet sur l’utilisation excessive des réseaux sociaux sur les ados. Pour autant, il est difficile d’aller dans son sens ou de conclure autre chose sans avoir accès à l’étude en question.
Nos confrères soulignent que, bien qu’un document semble montrer qu’il a donné son accord pour la mise en place de MYST, le patron d’Instagram, Adam Mosseri, a affirmé dans son témoignage ne pas se rappeler du projet : « Nous menons de nombreux projets de recherche », a-t-il affirmé devant la Cour.
Les avocats de Meta ont plus insisté sur le fait que l’étude cherchait à déterminer non pas si les adolescents étaient réellement dépendants, mais s’ils avaient le sentiment d’utiliser trop les réseaux sociaux. Concernant l’utilisation excessive des réseaux sociaux par les adolescents, ils ont mis l’accent sur la responsabilité des parents et les problèmes rencontrés dans la vie plutôt que sur les produits de leur client, pointant le divorce des parents de Kaley, son père violent et le harcèlement qu’elle a subi à l’école.
Objet d’une enquête du média suisse Republik, Palantir attaque ce site en justice pour obtenir un droit de réponse.
Alors que la DGSI renouvelait encore, en fin d’année dernière, son contrat avec Palantir, l’entreprise fondée par Peter Thiel était l’objet d’une enquête du magazine suisse Republik et du collectif d’investigation WAV. L’entreprise attaque maintenant nos confrères suisses, réclamant un droit de réponse, explique Republik. La cour du canton de Zurich a confirmé avoir reçu une demande de droit de réponse à ce sujet auprès de nos confrères de Heise.
L’entreprise a des bureaux dans le pays, à Zurich, qu’elle utilise notamment pour ses relations commerciales, comme l’explique le média Swiss Info. Republik et WAV ont donc enquêtésur d’éventuels liens entre les autorités suisses et Palantir, notamment en déposant 59 demandes d’accès à des documents des autorités fédérales suisses.
Un rapport qui s’inquiétait du potentiel transfert de données au gouvernement américain
Et ils ont découvert que, malgré 7 ans passés à essayer de convaincre les autorités suisses, Palantir n’y était pas arrivé (9 refus immédiats et un refus après évaluation par Armasuisse, l’Office fédéral de l’armement). Cette enquête révélait aussi un rapport interne à l’armée suisse de 2024 [PDF] qui fermait de nouveau la porte à Palantir.
La qualité des produits de l’entreprise n’était pas en jeu, comme le relevait le Temps qui a relayé l’enquête, puisque le rapport qualifiait ses performances d’« impressionnantes ». Mais le risque de transfert de données au gouvernement américain était trop élevé, selon les auteurs du rapport qui soulignaient aussi les potentielles conséquences négatives dues à la réputation de l’entreprise.
Republik explique dans son article de lundi que l’entreprise lui a adressé des demandes de rectification entre Noël et le Nouvel An, mais le média suisse les « a jugées infondées » et n’y « a donc pas pu donner suite ». Le média explique, pour son enquête, s’être basé sur l’analyse des documents mais aussi avoir discuté avec différentes sources et des cadres de Palantir au siège de Zurich (dont les citations ont été relues et approuvées).
Sur LinkedIn, la journaliste Marguerite Meyer, coautrice de l’enquête, explique que son équipe a rejeté la demande de modifications de Palantir « sur la base d’un travail minutieux ». « Cette demande a été suivie d’une deuxième demande, que nous avons également rejetée », ajoute-t-elle.
Un droit de réponse pour donner une version des faits
De son côté, Palantir a pu librement critiquer l’enquête. Dès le 12 décembre, le responsable « Confidentialité et libertés civiles » de Palantir, Courtney Bowman, affirmait sur LinkedIn que les articles de Republik étaient « empreints de distorsion, d’insinuations et de complotisme à la limite du tolérable » sans pour autant étayer ses accusations. Concernant le rapport de l’état-major suisse, il affirme qu’il « soulève des questions légitimes, mais malheureusement, ses auteurs semblent s’appuyer exclusivement sur un ensemble limité de sources issues de moteurs de recherche ».
« Palantir respecte pleinement la liberté de la presse et le rôle essentiel des médias indépendants dans le débat public », affirme de son côté l’entreprise à Heise. Le droit de réponse est un « instrument de correction destiné à fournir au public des informations équilibrées », selon elle.
En Suisse, « le droit de réponse ne porte pas sur la véracité ou la fausseté d’une information », explique le corédacteur en chef de Republik, Daniel Binswanger, à Heise. « Il s’agit de savoir si une autre version des faits pourrait également être possible ».
Selon Republik, le jugement du tribunal de commerce de Zurich doit être rendu dans quelques semaines.
Ce lundi 16 février, la DSI du CNRS a informé certains agents de l’institution de recherche d’un « incident de cybersécurité au CNRS », leur expliquant que des données de ressources humaines les concernant ont fuité.
« Ce courrier s’adresse à vous parce que, à notre connaissance, vous faites partie de ce groupe », explique la direction à ces agents.
Questionné par Next, le CNRS nous renvoie vers un communiqué qu’il a publié ce jour et qui contient globalement les mêmes informations.
Ainsi, les fichiers récupérés contiennent, selon la DSI du centre de recherche, des données de personnes rémunérées par le CNRS avant le 1er janvier 2007. Dans le détail, il s’agit des informations suivantes : nom, prénom, date de naissance, adresse, numéro de sécurité sociale, RIB mais aussi statut de l’agent, type de son contrat et la structure de son affectation.
« Les personnels recrutés après le 1/1/2007 ne sont pas concernés », ajoute le CNRS. Cela concerne donc les titulaires et non-titulaires ayant travaillé au CNRS avant le 31 décembre 2006.
La CNIL et l’ANSSI ont été informées et le CNRS a déposé plainte auprès de la section cybercriminalité du parquet de Paris.
L’institution affirme que, « dès connaissance de l’incident, le serveur a été isolé et arrêté », sans pour autant donner de précision sur la date à laquelle s’est passée l’exfiltration ni la date à laquelle la DSI s’en est rendu compte. « Après analyse, l’incident ne s’est pas propagé au reste des infrastructures », ajoute le communiqué.
Le CNRS a publié une FAQ concernant cet incident en conseillant à ses agents concernés de prévenir leur banque, et de surveiller leur compte. « Portez attention aux démarchages à domicile, surveillez le contenu des courriers postaux, veillez aux messages liés à votre sécurité sociale ou carte vitale, Consultez le site de la CNIL, vérifiez si vos données sont en fuite sur le site haveibeenpwned.com , veillez à l’utilisation de votre identité», ajoute la FAQ.
L’application de gestion comptable des collectivités locales Helios a subi une panne complète pendant plus d’une semaine. Ce logiciel de Bercy gère l’intégralité de la comptabilité des collectivités locales françaises. Selon la DGFiP, l’incident est lié à une défaillance d’une baie de stockage. Le syndicat Solidaires Finances affirme que la direction « n’a jamais voulu, faute de moyens alloués, mettre en place une redondance ».
« Depuis le jeudi 5 février, l’application Hélios gérant les flux financiers de la comptabilité publique est indisponible en raison d’un incident sur un serveur entraînant la corruption de données », lançait dans un communiqué le syndicat Solidaires Finances publiques ce vendredi 13 février.
« En raison de cet incident technique d’ampleur nationale, totalement indépendant de la volonté et des services de Baud Communauté, l’ensemble des virements à destination de nos fournisseurs et prestataires est bloqué par les systèmes bancaires de l’État depuis le 5 février 2026 », explique ainsi la communauté de communes du pays de Baud. Elle ajoute que « le rétablissement du service nous est annoncé pour le 19 février 2026 ».
Ni un bug, ni une cyberattaque mais une défaillance matérielle sur une baie
Hélios centralise, depuis 20 ans, la gestion comptable des collectivités par Bercy. Utilisant le protocole d’Échange Standard Version 2 (PES V2), il permet de « dématérialiser les données comptables de prise en charge (titres, mandats ainsi que les bordereaux avec la mise en œuvre de la signature électronique) et leurs pièces justificatives ».
« L’origine de l’incident est connue, et il ne s’agit ni d’un bug informatique lié à une évolution de version de l’application, ni d’une cyberattaque. C’est un incident exceptionnel de nature technique, lié à une défaillance matérielle sur une baie de stockage », expliquait à nos confrères d’Acteurs Public, Éric Barbier, chef du service des gestions publiques locales, des activités bancaires et économiques à la direction générale des Finances publiques. « Dès le début, les équipes informatiques de la DGFiP et l’assistance technique du prestataire de la baie de stockage sont intervenues pour faire en sorte que cette anomalie soit réparée », ajoute-t-il.
Hélios s’appuie sur deux sites physiques situés l’un à Versailles, l’autre à Metz. Chacun héberge une partie des trésoreries des collectivités territoriales. C’est celui de Metz qui a été touché et les collectivités qu’il héberge ne peuvent plus du tout accéder à Hélios. Mais les activités de celles dont les données sont à Versailles ont aussi été perturbées.
Pas de redondance
Solidaires Finances publiques souligne dans son communiqué que « les agentes et agents informaticiens de la DGFiP sont sur le pont sans relâche pour restaurer les données et permettre que tout fonctionne à nouveau. La tâche est immense et une fois encore les agentes et agents de la DGFiP sont au rendez-vous ». Mais le syndicat pointe le fait qu’il n’y ait pas de redondance des serveurs d’Hélios : « Cette crise d’ampleur montre les conséquences concrètes des réductions budgétaires sur notre administration. En effet, la DG [Direction générale] n’a jamais voulu, faute de moyens alloués, mettre en place une redondance (un serveur de secours) comme nos camarades des Disi [Directions des services informatique] le réclament depuis des années, ce qui aurait permis que cette panne soit transparente pour les usagers tout comme pour les agents ».
Le logiciel est utilisé pour payer les loyers, emprunts et prestataires des collectivités mais aussi des services publics hospitaliers. La CGT Finances publiques de Haute Garonne alertait aussi ce 12 février [PDF] sur le paiement d’aides sociales et des salaires des agents de la fonction publique territoriales : « l’inquiétude est réelle quant à la validation et le paiement des payes de l’ensemble des fonctionnaires territoriaux de ces collectivités, si la réparation tarde à intervenir (à ce jour, les payes sont encore en temps d’être réalisées, avec un visa allégé). D’ores et déjà, un certain nombre de dépenses sociales n’ont pu être payées aux usagers (allocations de retour à l’emploi, bourses, service d’aide et l’accompagnement à domicile…), ainsi que des remboursements de factures aux entreprises prestataires de ces collectivités ».
La paie des agents devrait être assurée
« Selon notre plan actuel, la paie des agents territoriaux et hospitaliers devrait être assurée dans les conditions habituelles, d’ici la fin du mois, car on se place dans une perspective de reprise de la disponibilité d’Hélios pour l’ensemble des postes comptables dans le courant de la semaine prochaine [ndlr : cette semaine, donc] », expliquait Éric Barbier vendredi dernier à Acteurs Publics. Au pire, la direction envisageait de rejouer la paie du mois précédent, comme elle l’a déjà fait au moment des confinements dus à la pandémie de Covid-19.
Selon les informations apportés aux syndicats, les collectivités dont les données sont stockées sur le serveur de Versailles auraient vu, depuis la fin de la semaine dernière, leur situation se débloquer.
En aout 2025, la DGFiP a publié [PDF] son schéma directeur du numérique pour structurer ses grandes orientations stratégiques. On peut y lire qu’elle prévoit de moderniser le système d’information comptable du secteur public local et hospitalier avec le projet « Helios 2 », mais les collectivités risquent d’attendre quelques années puisque le déploiement du projet n’est prévu qu’en 2030 :