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Reçu aujourd’hui — 18 janvier 2026 7.4 📜 Résumé - Infos

Etats-Unis : le bouclier spatial "Dôme d'or" est une fausse excuse pour annexer le Groenland

18 janvier 2026 à 17:35

Mercredi 14 janvier, Donald Trump dégaine un nouvel argument sur Truth Social : "Les États-Unis ont besoin du Groenland. Il est vital pour le Golden Dome que nous construisons." La phrase tombe à point nommé : depuis des semaines, le président américain tente de justifier pourquoi Washington devrait mettre la main sur l’île arctique, pour laquelle il est prêt à se mettre l'Europe à dos en menaçant huit pays européens de droits de douane punitifs pour s'être opposés à son projet d'annexion.

Cette fois, il lie directement son obsession groenlandaise à son grand projet de bouclier antimissile, ce "Dôme d’or" censé protéger le territoire américain. Sauf qu’actuellement rien n’oblige les États-Unis à acquérir le Groenland pour mettre en place ce bouclier comme l'a détaillé Politico : l’accès à l'île existe déjà, les alternatives aussi, et l’architecture même du programme réduit l’intérêt d’acquérir un nouveau territoire terrestre.

Une localisation stratégique, mais loin d'être indispensable

Dans le récit présidentiel, le Groenland serait la pièce manquante d’un dispositif stratégique. Dans la réalité, l’armée américaine y est installée depuis longtemps, et elle n’y est pas tolérée par hasard : les Etats-Unis ont implanté Pituffik, une base spatiale américaine, sur la côte nord-ouest de l'île. Cette présence ne repose pas sur un arrangement improvisé : un accord de défense conclu en 1951 avec le Danemark encadre la coopération et garantit un accès régulier aux Américains. Entre autres, Pituffik sert déjà à repérer des départs de missiles en direction du continent américain, à surveiller l’espace et à suivre certains mouvements sous-marins.

Si le Pentagone voulait aller plus loin et ajouter des équipements, capteurs supplémentaires ou même intercepteurs, la logique serait diplomatique : négocier avec Copenhague dans le cadre existant. Autrement dit, si l’objectif affiché est bien celui de renforcer une architecture de défense, l’annexion n’apporte rien de nécessaire.

Politico évoque une seconde raison : la localisation du Groenland. L'île peut effectivement être intéressante pour des intercepteurs terrestres capables de viser des missiles qui viendraient de Russie ou du Moyen-Orient vers les Etats-Unis. Mais l'armée américaine a d'autres possibilités sur des territoires qu'elle contrôle déjà.

Selon un ancien responsable de la Défense cité par le média américain, le Pentagone a étudié divers emplacements, et Fort Drum, base de l’armée dans le nord de l’État de New York, revient régulièrement comme candidat solide après des analyses approfondies de la Missile Defense Agency. Le Groenland ne paraît pas offrir un meilleur emplacement que Fort Drum pour ce type de déploiement.

Troisième raison : le "Dôme d'or", tel qu’il est présenté, n’est pas pensé comme une simple extension de sites terrestres. Une partie clé du projet se joue au-dessus de la Terre, avec des capteurs et des intercepteurs basés dans l’espace, capables de détecter et de neutraliser une menace très tôt. Dans cette logique, la valeur stratégique d’un territoire supplémentaire diminue mécaniquement.

Un projet inspiré d'Israël

L'idée du "Dôme d'or" est revenue sur le devant de la scène dès le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025. Sur le papier, il s’inspire en partie de l’Iron Dome israélien, un système efficace contre des roquettes à courte portée. En revanche, l’échelle américaine est sans commune mesure, et les menaces visées ne sont pas les mêmes. Là où Israël intercepte des projectiles plus proches, les États-Unis voudraient contrer des salves de missiles longue portée et même des systèmes de bombardement orbital fractionné (FOBS).

A l'époque, Donald Trump avait parlé d’un plan à 175 milliards de dollars sur trois ans, et une première enveloppe de 25 milliards avait été inscrite dans le projet de loi budgétaire, tout en laissant entendre que le coût réel pourrait exploser sur plusieurs décennies. À ce stade, une chose est sûre : le Golden Dome n’est pas encore une réalité opérationnelle, et son architecture exacte reste floue.

© REUTERS

Etats-Unis : un an après son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump fragilisé dans les sondages

18 janvier 2026 à 13:43

Le 20 janvier approche. Il y a un an, presque jour pour jour, Donald Trump faisait son retour dans le bureau Ovale pour un second mandat. Depuis, le président des Etats-Unis a enchaîné les actions controversées comme la mise en place d'un régime de droits de douane début avril ou la récente capture de Nicolas Maduro à la suite d'une opération militaire américaine au Venezuela. Si cette année a été rythmée par l'imprévisibilité du républicain, un élément était, en revanche, calculable d'un mois à l'autre : la baisse de popularité de Donald Trump.

Alors que l'année 2026 sera décisive pour la politique américaine avec la tenue des élections de mi-mandat, les signaux favorables au président des Etats-Unis sont faibles. Selon un sondage CNN/SRRS, une majorité d’Américains juge que Donald Trump se trompe de priorités et qu’il n’agit pas assez contre l'augmentation du coût de la vie et seuls 35 % disent être fiers qu’il soit président. Sa cote de popularité est, quant à elle, mesurée à 39 %. En février dernier, elle tournait encore autour de 48 %, avant de baisser dans les cent premiers jours du mandat.

De mauvaises priorités ?

Lors de l'investiture de Donald Trump, une partie du pays lui accordait encore le bénéfice du doute sur la qualité de ses priorités. Un an plus tard, ce crédit s’est réduit. Selon le sondage CNN/SSRS, ils ne sont plus que 36 % à dire qu’il a "les bonnes priorités", contre 45 % au départ. Le même sondage montre une usure plus profonde : un tiers seulement dit croire qu’il se soucie de "gens comme eux". En mars, ils étaient 40 %. D’après ce sondage, c’est le plus bas niveau atteint par Donald Trump sur cet indicateur.

Les données YouGov mises en avant par The Economist décrivent des lignes de fracture classiques : les électeurs blancs et les hommes sont parmi ceux qui approuvent le plus souvent l’action de Donald Trump, tandis que les jeunes et les minorités ethniques désapprouvent davantage. On y voit aussi une cassure par niveau d’études : les sondés ayant fait des études supérieures sont ceux qui soutiennent le moins le président américain. Même les retraités, souvent affiliés au camp républicain, apparaissent plus réservés qu’attendu sur la première année de mandat de Donald Trump.

L'économie, sujet de discorde entre Donald Trump et les Américains

Le président des Etats-Unis avait fait de l'économie son sujet de campagne privilégié en fixant des attentes très hautes, promettant que "les revenus grimperaient", que "l'inflation disparaîtrait" et que "la classe moyenne prospérerait". Or, à en croire les sondages, c'est précisément sur ces sujets qu'il est désormais le plus contesté.

D'après le sondage CNN/SSRS, pour les Américains, l’économie est de loin le sujet de préoccupation numéro un, près de deux fois plus cité que n’importe quel autre thème. Et l’enquête suggère que Donald Trump a du mal à convaincre qu’il s’y attaque vraiment, alors même que la bataille des sièges à la Chambre et au Sénat s’annonce largement dominée par cet enjeu. Le média américain constate une stabilité dans le pessimisme : depuis deux ans, seuls environ trois Américains sur dix décrivent l’économie de manière positive. Ce qui a changé, c’est la projection économique. Un peu plus de quatre personnes sur dix pensent que l’économie se portera bien dans un an, alors qu’elles étaient presque 6 à le croire juste avant l’investiture.

Et lorsque l'on demande ce qui a amélioré ou dégradé la situation, la réponse est tranchée : 55 % estiment que les politiques de Donald Trump ont aggravé les conditions économiques, contre 32 % qui pensent qu’elles les ont améliorées. Le malaise remonte jusque dans son camp, où les droits de douane annoncés début avril ont notamment contribué à installer l’idée qu’il s’éloignait de sa promesse de "rendre l’Amérique à nouveau abordable". Dans un sondage du Wall Street Journal, 58 % des électeurs disent que les politiques de Donald Trump sont la principale cause de l’état actuel de l’économie, contre 31 % qui mettent d’abord en cause les politiques de Joe Biden.

Un second sujet se détache : la démocratie. Dans le sondage CNN/SSRS, elle arrive clairement en deuxième dans les préoccupations, et pèse particulièrement chez les démocrates. Elle apparaît aussi comme un motif majeur de désapprobation : environ un quart des personnes qui désapprouvent le président des Etats-Unis disent le faire à cause d’un abus du pouvoir présidentiel ou de sa manière de traiter la démocratie américaine. 58 % estiment qu’il est allé trop loin dans l’usage du pouvoir, contre 52 % au début du mandat - une hausse toutefois relativement marginale face à la liste de ses nombreuses attaques anti-institutionnelles depuis seulement un an.

L'épisode Maduro illustre cette tension. Selon un sondage Reuters/Ipsos, le nombre d’Américains qui désapprouvent l’opération militaire à Caracas est presque équivalent à celui de ceux qui la soutiennent. L’idée que "les États-Unis devraient avoir une politique de domination dans les affaires de l’hémisphère occidental" n’est soutenue que par 26 % des sondés (17 % chez les démocrates, 43 % chez les républicains).

Un sondage du Washington Post indique que 60 % des Américains estiment que Donald Trump aurait dû passer par le Congrès pour valider l’opération du 3 janvier, même si une majorité de républicains juge approprié qu’il n’ait pas consulté l’institution. Sur la même ligne, le sondage du Wall Street Journal montre que 53 % des électeurs pensent qu’il se concentre sur des "sujets étrangers inutiles" au détriment de l’économie, contre 42 % qui le voient au contraire occupé par des menaces urgentes de sécurité nationale.

Pour finir, le président garde un point d’appui solide. Le sondage CNN/SSRS montre qu’il conserve un soutien très fort chez les républicains : près de neuf sur dix approuvent son début de mandat, et environ la moitié l’approuvent "fortement". Mais à l’approche des élections de mi-mandat, le tableau se complique. Le sondage du Wall Street Journal donne aux démocrates une avance de 4 points lorsque l'on demande quel parti les électeurs pensent soutenir au Congrès (47 % contre 43 %). Le journal américain rappelle toutefois qu’en 2018, à la même période, les démocrates avaient déjà entre 6 et 10 points d’avance. Or, on connaît la suite.

© REUTERS

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