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Reçu aujourd’hui — 22 janvier 2026 7.4 📜 Résumé - Infos

"Personne d'autre ne la possède" : les Etats-Unis ont-ils utilisé une arme sonique secrète au Venezuela ?

22 janvier 2026 à 20:03

Est-ce un élément de communication, un moyen de faire peur et d’impressionner des adversaires, ou bien une arme secrète a-t-elle vraiment été utilisée par les Américains ? Pour la première fois, Donald Trump a indiqué que les Etats-Unis ont employé une arme sonique "secrète" lors de la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro le 3 janvier. Dans une interview accordée à la chaîne d'information NewsNation mardi, Donald Trump a affirmé que "personne d'autre" ne possédait cette arme qui aurait été utilisée lors de l'opération Absolute Resolve. Le dirigeant s'est cependant montré inhabituellement évasif lorsqu'il s'est agi de donner des détails. "Nous avons des armes dont personne d’autre n’a connaissance. Et, je pense qu’il vaut sans doute mieux ne pas en parler, mais nous avons des armes extraordinaires", a-t-il affirmé, comme le relate The Independant.

Interrogé sur cette prétendue "arme sonique" par le site Web d'information et d'analyse sur la défense The War Zone, le Pentagone s'est lui aussi montré peu loquace. "Afin de préserver la sécurité des opérations, nous ne disposons d'aucune information supplémentaire à communiquer", a répondu un porte-parole du Pentagone.

La Russie s’intéresse de près à cette arme prétendument utilisée. Moscou a déclaré qu'il était nécessaire de clarifier les propos du président américain à ce sujet, rapporte Reuters. Interrogé sur ces déclarations, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a indiqué que la Russie disposait de services spéciaux chargés de collecter et d'analyser les informations, et que ces services s'acquittaient de leur mission.

"Certains vomissaient du sang"

Les Etats-Unis ont déjà évoqué cette arme par le biais de Karoline Leavitt. Le 10 janvier, sur le réseau social X, la porte-parole de la Maison Blanche a relayé le récit d'une personne présentée comme un membre des forces de sécurité vénézuéliennes impliqué dans la défense du palais présidentiel. "À un moment donné, ils ont lancé quelque chose. Je ne sais pas comment le décrire… C'était comme une onde sonore très intense. J'ai soudain eu l'impression que ma tête explosait de l'intérieur. On a tous commencé à saigner du nez. Certains vomissaient du sang. On est tombés au sol, incapables de bouger", déclarait cet homme dans cette vidéo partagée par Mike Netter, un commentateur politique et militant. L'opération militaire américaine à Caracas a coûté la vie à 32 soldats et agents de renseignement cubains appartenant à la protection de Nicolas Maduro. On ignore cependant si des victimes ont été tuées par cette potentielle arme sonique…et si elle existe.

Comme l'explique Slate, le terme d'arme sonique englobe aussi bien des appareils de contrôle de foule, comme les canons à son LRAD, des haut-parleurs directionnels émettant des sons assourdissants, que des concepts plus expérimentaux utilisant l'infrason ou l'ultrason. Les dispositifs acoustiques à longue portée (LRAD) sont des systèmes conçus pour diffuser des alertes et des avertissements sonores, mais peuvent également émettre des rafales de bruit désorientant, voire douloureux. Ils sont principalement par les forces de l'ordre dans un but de contrôler des foules. Ces dispositifs sonores peuvent provoquer des douleurs, des nausées ou encore une désorientation si leur intensité est suffisante. Pour autant, selon Slate, les symptômes décrits par le soldat vénézuélien, comme les saignements et les vomissements de sang, "semblent peu crédibles".

Autre possibilité : l'utilisation non pas d'une arme acoustique, mais d'une d'arme à énergie dirigée (AED) à travers des lasers ou encore des micro-ondes haute intensité. Ces systèmes existent bien dans les programmes de recherche militaires américains, mais leur usage connu reste défensif et consiste principalement à neutraliser des drones, à brouiller des capteurs ou désactiver des systèmes. L'un des plus célèbres est l'"Active Denial System" (ADS). Celui-ci émet un puissant rayon micro-ondes, généré via des aimants supraconducteurs. Il est destiné à disperser les foules tout en limitant les risques de pertes en vie humaine. Il occasionne une sensation de brûlure désagréable sur la peau des personnes touchées. Bien qu'en théorie non létal, l'ADS, rapidement surnommé "rayon de douleur" par la presse, a toutefois suscité des inquiétudes quant à sa capacité à causer des dommages réels, voire mortels, en cas de surpuissance ou de mauvais réglage de la fréquence. Un prototype a été brièvement déployé en Afghanistan en 2010, mais n'a jamais été utilisé, indique The War Zone. Au moins deux prototypes différents auraient été développés en 2020 et seraient disponibles pour des "tests et une évaluation". Un projet de troisième génération serait prévu.

Par ailleurs, relate ce média spécialisé, l'armée américaine mène depuis une dizaine d'années des recherches publiques sur des systèmes non létaux capables de produire une combinaison d'effets de type ADS, LRAD et éblouissant. Une grande partie de ces travaux porte sur de nouvelles applications du plasma induit par laser. Ce système est capable de projeter des sons étranges et désorientant sur les forces ennemies, et ce, potentiellement de manière secrète ou clandestine.

Le précédent du "syndrome de La Havane"

Rien n'indique à ce stade que les Etats-Unis ont utilisé l'un de ces dispositifs sonores. Les troubles rencontrés par les agents vénézuéliens pourraient avoir d’autres explications. Les blessures décrites sont cohérentes avec le fait d'être heurté par une onde de choc lors d'une explosion, alors que ces explosions étaient nombreuses au cours de l'opération. Être soumis à une explosion pourrait avoir un impact sur la façon dont l'individu pourrait se souvenir de la séquence générale des événements, relève en outre The War Zone.

Les événements au Venezuela décrits rappellent un autre phénomène étrange, baptisé "syndrome de la Havane". Migraines, vertiges, nausées, acouphènes, insomnie, troubles de la vision… à partir de 2016, des diplomates américains en poste à Cuba ont dit être frappés par des troubles étranges. Ces "incidents anormaux de santé", selon la terminologie employée aux Etats-Unis, ont ensuite été signalés ailleurs dans le monde (Chine, Allemagne, Australie, Russie, Autriche) et même à Washington. Au total, plus d'une centaine de diplomates, de membres de la CIA, d'officiers militaires et d’entrepreneurs américains ainsi que plusieurs responsables canadiens ont été affectés par ces maux.

A cette époque, certains pointent du doigt des agents cubains, russes et/ou chinois, mais aucune preuve n'existe. Une évaluation non classifiée des Etats-Unis, publiée en janvier 2025, révèle que "la plupart des IC (NDLR : Intelligence Community, qui regroupe diverses organisations dans le domaine du renseignement) continuent d'évaluer qu'il est 'très improbable' qu'un adversaire étranger soit responsable des événements signalés". Très improbable… mais pas totalement "exclu" pour autant, selon cette évaluation.

Les Etats-Unis semblent en tout cas s'intéresser de près à ces dispositifs. Selon CNN, le gouvernement américain aurait dépensé "plusieurs millions de dollars" pour acquérir à la fin du mandat de Joe Biden un appareil suffisamment petit pour tenir dans un sac à dos, ce qui pourrait expliquer au moins une partie des cas du "syndrome de La Havane", selon des spécialistes. Selon quatre sources anonymes interrogées par CNN, le département de la Défense a passé plus d'un an à tester ce dispositif acquis lors d'une opération secrète. L'appareil produirait des ondes radio pulsées. Un dispositif qui n'est pas entièrement d'origine russe… mais contient des composants russes.

© REUTERS

Le régime castriste en danger ? Comment les Etats-Unis veulent faire tomber le pouvoir cubain

22 janvier 2026 à 17:01

Après la chute de Nicolas Maduro au Venezuela, bientôt celle du régime castriste à Cuba ? Encouragé par le départ du pouvoir du président vénézuélien, Washington cherche cette fois activement à provoquer un changement de régime à Cuba d'ici la fin de l'année 2026, indique le Wall Street Journal (WSJ) dans un article détaillé. Donald Trump et ses soutiens n’ont pas caché leurs ambitions sur cette île ces dernières semaines. Le 11 janvier, sur son réseau Truth social, le président américain a ainsi exhorté Cuba à "accepter un accord" avec les Etats-Unis, sans préciser sa nature, "avant qu'il ne soit trop tard" et que le pays ne se retrouve sans pétrole ni argent vénézuéliens.

Washington n'a pas publiquement menacé d'utiliser la force militaire à Cuba. La Maison-Blanche en-a-t-elle vraiment besoin ? Selon le WSJ, des membres de l'administration Trump estiment en privé que le raid du 3 janvier qui a permis d'exfiltrer Nicolas Maduro vers les Etats-Unis devrait constituer une menace implicite pour La Havane. Ce raid nocturne visant à capturer Nicolas Maduro a bénéficié de la complicité d'un informateur au sein du cercle rapproché du dirigeant vénézuélien, ont indiqué au quotidien américain des responsables de l'administration Trump. Signe de la proximité entre le Venezuela et Cuba, cette opération militaire américaine à Caracas a coûté la vie à 32 soldats et agents de renseignement cubains appartenant à la protection de Nicolas Maduro.

Un Cubain pour succéder au régime castriste… avant Marco Rubio ?

Pour l'île de 9,6 millions d'habitants, l'administration Trump n’envisage pas d’enlèvement. Elle recherche des personnes influentes au sein du gouvernement cubain susceptibles de faciliter un accord visant à chasser le régime communiste du pouvoir d'ici la fin de l'année, selon des sources proches du dossier interrogées par le WSJ. Un responsable américain indique à nos confrères que, lors de rencontres avec des exilés cubains et des organisations de la société civile à Miami et à Washington, les autorités américaines se sont attachées à identifier, au sein du gouvernement actuel, une personne qui sera disposée à négocier… en attendant de confier le pouvoir à Marco Rubio ? Donald Trump a partagé le 10 janvier un message suggérant que son secrétaire d'Etat, né de parents immigrés cubains, pourrait devenir un jour président de Cuba. Le président américain a republié sur Truth Social un message de l'utilisateur Cliff Smith affirmant : "Marco Rubio sera président de Cuba", accompagné d'un émoji rieur, ajoutant en commentaire : "Cela me paraît très bien !".

Actuellement, le régime cubain est toujours dominé par Raúl Castro, 94 ans, le frère cadet de Fidel, tandis que le président Miguel Díaz-Canel, 65 ans, considéré comme un apparatchik, gère les affaires courantes. Renverser le gouvernement en place devrait toutefois être une mission difficile. En près de 70 ans d'existence, le régime castriste n'a jamais été disposé à négocier des changements de son système politique et n'a mis en œuvre que des réformes économiques mineures et sporadiques. "Les Cubains sont bien plus difficiles à convaincre" que les Vénézuéliens, affirme au WSJ Ricardo Zúñiga, ancien membre de l'administration Obama qui a participé aux négociations lors de la brève détente entre les Etats-Unis et Cuba de 2014 à 2017. "Personne ne tenterait de collaborer avec les Etats-Unis."

L'économie cubaine au bord de l'effondrement ?

Les Etats-Unis estiment malgré tout que la période est propice au renversement du régime. L'administration Trump veut en effet croire que l'économie cubaine est au bord de l'effondrement et que le gouvernement n'a jamais été aussi fragile depuis la perte de son allié essentiel. Les évaluations des services de renseignement américains dressent un tableau sombre de l'économie cubaine, minée par des pénuries chroniques de produits de première nécessité et de médicaments, ainsi que par des coupures de courant fréquentes.

Dans la tête de Washington, le changement de régime serait donc facilité aussi bien par le contexte économique que politique, avec la chute de Nicolas Maduro. Le destin de Cuba est depuis longtemps lié à celui du Venezuela : le pétrole vénézuélien subventionné est un pilier de son économie depuis l'arrivée au pouvoir d'Hugo Chávez en 1999. Washington fait désormais pression sur la nouvelle présidente vénézuélienne par intérim, Delcy Rodriguez, pour mettre un terme aux livraisons de pétrole vers Cuba. Washington entend donc affaiblir le régime en coupant cet approvisionnement, indispensable au fonctionnement de l’île. La Havane pourrait ainsi se retrouver à court de pétrole d'ici quelques semaines, paralysant ainsi son économie.

De son côté, le régime cubain, n’entend évidemment pas laisser les clés du pays. "Il n'y a ni reddition ni capitulation possible, pas plus qu'un quelconque accord fondé sur la coercition ou l'intimidation", a déclaré Miguel Díaz-Canel lors d'une récente commémoration des membres des forces de sécurité cubaines tués à Caracas. Face à la montée des tensions avec les Etats-Unis, Cuba a observé une journée nationale de défense dimanche. Les Cubains s'entraînaient à une "guerre de tout le peuple" pour repousser les envahisseurs.

Par le passé, le régime a résisté à des années de pressions américaines intenses, depuis le débarquement de la Baie des Cochons en 1961, soutenu par la CIA, jusqu'à l'embargo sévère imposé en 1962 et qui s'est durci au fil du temps.

© REUTERS/Norlys Perez

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