↩ Accueil

Vue normale

Reçu hier — 3 février 2026 7.4 📜 Résumé - Infos

Etats-Unis : le traitement inédit d’une plainte visant Tulsi Gabbard, directrice du renseignement, interroge

3 février 2026 à 20:32

Une plainte enfermée dans un coffre-fort, le congrès écarté, et à en croire le Wall Street Journal, un "mystère digne d’un roman de John le Carré"… Voilà l’affaire qui fait frémir les couloirs du renseignement national américain. Selon les informations du quotidien, une plainte a été déposée en mai dernier auprès de l’inspecteur général des services de renseignement à l’encontre de la directrice de l’agence, Tulsi Gabbard.

La sulfureuse militaire devenue femme politique n’en est pas à sa première controverse depuis qu’elle a rejoint l’entourage Trump. Adorée des médias russes, un animateur populaire la surnommait "notre copine" en 2022. Désormais, la mission d’enquêter sur les résultats de l’élection présidentielle américaine de 2020 a été rajoutée à son portefeuille. Et la directrice a déjà un avis très tranché : la victoire a été volée. "Le président Trump et toute son équipe sont déterminés à faire en sorte qu’une élection américaine ne soit plus jamais truquée. Tulsi Gabbard joue un rôle de premier plan dans cet effort crucial", avait déclaré l’attachée de presse du président des Etats-Unis, Karoline Leavitt.

Une plainte "sans fondement"...

Quant à la plainte qui la vise, elle en a été informée par un courrier de l’avocat du lanceur d’alerte, envoyé quelques mois plus tard, en novembre.

La lettre, consultée par le Wall Street Journal, reproche au bureau de la femme politique "d’avoir entravé la diffusion de la plainte auprès des législateurs en ne fournissant pas les consignes de sécurité nécessaires à cet effet". Une accusation que Tulsi Gabbard n’a pas cherché à démentir. Bien au contraire, son porte-parole a confirmé avoir rejeté la plainte, considérée comme étant "sans fondement et motivée par des raisons politiques".

Si le bureau de la dirigeante a transmis aux deux chambres américaines une copie de la lettre dès novembre, afin de prendre connaissance de l’affaire, aucune n’a pu consulter la plainte en tant que tel. De quoi irriter les élus démocrates qui, ces dernières semaines, se sont attelés à dénicher davantage d’informations… En vain. Car l’inspecteur général aurait pris des mesures drastiques pour protéger le secret : verrouiller le document dans un coffre-fort. "Certaines plaintes concernent des documents extrêmement sensibles qui nécessitent des conditions particulières de traitement et de stockage. C’est le cas ici", s’est justifié un représentant auprès du WSJ.

… Jamais transmise

Et il ne serait pas ici question d’un retard de courrier. Andrew Bakaj, l’avocat du lanceur d’alerte, n’a lui même pas eu l’opportunité de lire la plainte, jugée trop confidentielle. "D’après mon expérience, il est déconcertant que [le bureau de Gabbard] mette des semaines, voire huit mois, pour transmettre une divulgation au Congrès", a-t-il déclaré dans les colonnes du Wall Street Journal.

Une chose est certaine : que les chambres restent dans l’ombre si longtemps est une première. Selon les experts contactés par le quotidien américain, "l’inspecteur général est généralement tenu d’évaluer la crédibilité de la plainte dans les deux semaines suivant sa réception et, s’il la juge crédible, de la transmettre aux législateurs dans un délai d’une semaine supplémentaire." Il est également possible pour un employé de transmettre directement sa plainte aux commissions du renseignement parlementaire, "à condition que le directeur du renseignement national lui fournisse des instructions sur la manière de la transmettre en toute sécurité". Un processus qui n’est pas régi par des délais précis mais qui "prend généralement quelques semaines".

Une fonction très politique

Quelques jours après son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Donald Trump, qui avait déjà été visé par un lanceur d’alerte, a licencié une série d’inspecteurs généraux au sein du gouvernement. Une tentative de "purger" les organismes de contrôle indépendants afin de dissimuler des actes répréhensibles, selon le parti Démocrate.

En octobre 2025, le Sénat, majoritairement Républicains, a voté la nomination d’un nouvel inspecteur général de la communauté du renseignement, Christopher Fox. L’homme d’Etat avait été l’assistant de Tulsi Gabbard.

© Eric Lee - Pool via CNP/picture alliance / Consolidated News Photos/Newscom/MaxPPP

Démissions et excuses : l’Europe secouée par les nouvelles publications dans l’affaire Epstein

3 février 2026 à 13:57

Ce vendredi 30 janvier, six ans après la mort en prison du prédateur sexuel Jeffrey Epstein, la justice américaine a publié plus de trois millions de nouveaux documents issus de l'enquête le visant. Des pages qui révèlent ou confirment les liens entre le criminel et plusieurs personnalités du Vieux Continent… Et ce, même après sa première condamnation en 2008. Au terme d’un plaider-coupable, le milliardaire ultra-connecté avait alors écopé de 18 mois de prison, pour exploitation sexuelle de mineures.

Royauté, dirigeants politiques, figures économiques… La liste de l’entourage de Jeffrey Epstein n’épargne aucune sphère du pouvoir.

Un ex-prince à quatre pattes

Ce n'est pas la première fois que l'affaire Epstein provoque une onde de choc au Royaume-Uni. En octobre 2025, l'ex prince Andrew avait été déchu de son titre par son frère, le roi Charles III, pour son implication dans le réseau pédocriminel du financier. Depuis cette nouvelle vague de publication, l'homme fait, une fois encore, couler de l'encre.

Une photographie publiée par la justice américaine le montre, à quatre pattes, au-dessus d'une femme au visage flouté. L'image dont s'est emparée la presse nationale a rapidement fait le tour du royaume. Au lendemain de ces révélations, le quotidien The Daily star titrait "Creepy crawler" - traduisez "bestiole rampante". Le même jour, la une du Sun placardait la mention "Shame on you" - "honte à vous", en français - sur la photographie de l'ancien duc.

Peter Mandelson

Toujours au Royaume-Uni, l’ancien commissaire européen et deux fois ministre de Tony Blair, Peter Mandelson, a également été mis en cause dans l’affaire. Celui dont l’amitié avec Jeffrey Epstein ne laissait plus planer l’ombre d’un doute s’était déjà vu démis de ses fonctions d’ambassadeur à Washington en septembre 2025. Dans cette nouvelle vague de révélations, un cliché de l’homme d’Etat en sous-vêtement a été rendu public. Peter Mandelson est également mis en cause pour corruption : des documents semblent attester qu’il aurait reçu 75 000 livres sterling (86 775 euros) de la part d’Epstein. Accusations qu'il dément.

Dimanche soir, soit deux jours après la parution de ces nouvelles informations, le Britannique a démissionné du Parti travailliste afin d’éviter de provoquer "un embarras supplémentaire" dans sa formation politique, selon ses dires.

Et, de l’autre côté de la Manche, les révélations continuent. Ce lundi 2 février, le Financial Times a dévoilé qu’en 2009, Peter Mandelson, alors secrétaire d’État au commerce, avait divulgué à Jeffrey Epstein "un document sensible du gouvernement britannique qui proposait la vente d’actifs pour un montant de 20 milliards de livres sterling [comptez plus de 23 milliards d'euros, NDLR] et révélait les projets du Parti travailliste en matière de politique fiscale". Le jour même, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a ordonné l'ouverture d'une enquête sur la conduite de Mandelson "pendant son mandat de ministre". Par la voix de son porte-parole, Downing Street a également exprimé sa volonté de voir Peter Mandelson perdre son titre et son siège à la Chambre des lords, la chambre haute du pays.

"C’est tout simplement gênant"

En Norvège, la famille royale - qui n'est pas étrangère aux scandales - est également éclaboussée par les dernières révélations américaines. La princesse Mette-Marit avait déjà admis avoir fréquenté le milliardaire au début des années 2010 par le biais de connaissances communes. Toutefois, les révélations du 30 janvier semblent montrer que la relation entre la future reine et le criminel était plus intime que ce qu'elle avait précédemment confessé.

En novembre 2012, elle lui écrivait par SMS : "Est-il inapproprié pour une mère de suggérer deux femmes nues portant une planche de surf comme fond d’écran pour son fils de 15 ans ?". A plusieurs reprises après la condamnation de Jeffrey Epstein, Mette-Marit s’est rendue dans sa propriété de Palm Beach, en Floride. Dans un communiqué, l'héritière assure avoir fait "preuve d’un mauvais jugement". Et d'ajouter : "Je regrette profondément d’avoir eu le moindre contact avec Epstein. C’est tout simplement gênant".

La princesse n'est pas la seule personnalité norvégienne à avoir visité la villa floridienne. En 2014 et 2017, l’ancien Premier ministre travailliste, Thorbjorn Jagland, a passé plusieurs vacances familiales dans la résidence du milliardaire. En plus d'autres fonctions, l'homme politique était à l'époque chargé de l'attribution du prix Nobel de la paix et président du conseil éponyme.

Des démissions aux quatre coins de l’Europe

Toujours en Scandinavie, la Suède a également été bouleversée par l'affaire. La biologiste Joanna Rubinstein a démissionné de la présidence de Sweden for UNHCR (fondation de collecte de fonds pour l’Agence des Nations unies pour les réfugiés), ce lundi 2 février. En 2012, elle s'était rendue accompagnée de sa famille sur l’île privée de Jeffrey Epstein dans les Caraïbes. "J’étais au courant du jugement [datant de 2008] au moment de ma visite. Ce qui a été révélé par la suite concernant l’ampleur des abus est horrible et je m’en distancie fermement", a commenté auprès du média local Expressen celle qui a également présidé la fondation mondiale pour l’enfance.

De l'autre côté du continent, en Slovaquie, Miroslav Lajcak, célèbre diplomate, ancien ministre des Affaires étrangères et actuel conseiller du Premier ministre, a lui aussi présenté sa démission ce samedi 31 janvier. En 2018, dans un échange SMS, Jeffrey Epstein promettait des femmes à celui qui était à l’époque le chef de la diplomatie slovaque. Celui qui avait déjà été questionné sur ses liens avec le pédocriminel avait alors assuré que leur relation était exclusivement professionnelle.

En France, le nom de l'ancien ministre socialiste de la Culture Jack Lang est apparu dans la nouvelle salve de documents publiés. L'actuel président de l’Institut du monde arabe "assume pleinement" les liens qu'il a eus avec Jeffrey Epstein, tout en assurant être "tombé des nues" en découvrant ses crimes. Sa fille Caroline a quant à elle démissionné de son poste de déléguée générale du Syndicat des producteurs indépendants, pour ne pas "nuire" à ce dernier. Les nouvelles révélations exposent ses liens d'affaires avec le pédocriminel, avec qui elle avait fondé en 2016 une société "offshore".

© Jeff Overs/BBC/Handout via REUTERS

❌