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Reçu aujourd’hui — 10 mars 2026 7.4 📜 Résumé - Infos

Guerre en Iran : pourquoi les producteurs russes de pétrole se frottent les mains

10 mars 2026 à 16:48

La guerre en Iran ne fait pas que des malheureux dans le secteur de l'énergie. Le prix du pétrole a dépassé les 100 dollars le baril et a atteint 114 dollars pour la première fois depuis 2022. Certains s'en tirent particulièrement bien : les producteurs de pétrole russes. Dans ce contexte de hausse spectaculaire des prix de l'or noir depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, le 28 février, leurs actions ont fortement augmenté. La capitalisation totale des géants pétroliers russes Rosneft, Lukoil, Gazprom Neft, Surgutneftegaz et Tatneft a ainsi augmenté de 1969 milliards de roubles, soit environ 21,50 milliards d'euros, rapporte Euronews, citant le Moscow Times. Les titres de Rosneft ont grimpé de 25 % en une semaine et demie, quand le prix de Lukoil a augmenté de 10,2 % et celui de Gazprom Oil de 11 %, indique ce média en ligne indépendant.

L'acheminement de l'or noir depuis les pays du Golfe est perturbé par la guerre au Moyen-Orient. En cause : la réduction du trafic à presque zéro dans le détroit d'Ormuz, au large de l'Iran et des Emirats arabes unis. Cette paralysie est une aubaine pour les producteurs de pétrole russes, alors qu'environ 20 % du pétrole mondial transite par ce détroit. La Russie ne dépend en effet pas de cet endroit si stratégique pour exporter sa production de pétrole. Moscou "est un gros exportateur de pétrole en Asie", rappelle auprès des Echos Homayoun Falakshahi, analyste chez Kpler. "Puisque les pays du Moyen-Orient exportent surtout vers l'Asie et que le détroit d'Ormuz est dans les faits fermé, Moscou est un grand bénéficiaire", analyse-t-il.

Une aubaine pour la Russie

Le Kremlin s'est réjoui de cette situation, indiquant le 6 mars que la guerre en Iran avait stimulé la demande pour les produits énergétiques russes. "Nous constatons une augmentation significative de la demande en ressources énergétiques russes en raison de la guerre en Iran. La Russie a été et reste un fournisseur fiable de pétrole et de gaz, y compris de gaz acheminé par gazoduc et de gaz naturel liquéfié", a déclaré Dmitri Peskov. Le porte-parole du président russe s'était alors exprimé au lendemain de la décision du Trésor américain d'accorder à l'Inde une dérogation de 30 jours lui permettant d'acheter du pétrole russe actuellement bloqué en mer.

La situation actuelle tranche avec celle de janvier dernier, avec des revenus pétroliers en chute libre. Il y a deux mois à peine, les producteurs de pétrole russes étaient en effet contraints de réduire leur production à la suite de la chute du prix du brut Oural à 40 dollars le baril. Le pétrole russe invendu s'accumulait sur terre et sur mer, avec 150 millions de barils stockés dans des bateaux, qui ralentissaient leur vitesse faute de clients, et 16 millions de barils stockés sur terre, occupant la moitié des capacités de stockage, relatent Les Echos.

Des sanctions pétrolières contre Moscou assouplies ?

Les sanctions européennes et américaines avaient forcé Moscou à vendre son pétrole en Asie - notamment en Inde, en Chine et en Turquie - à prix cassé. Mais, désormais, Donald Trump étudie un ensemble de mesures destinées à enrayer la flambée des prix mondiaux du pétrole en marge de la guerre en Iran. Il envisage ainsi d'assouplir les sanctions pétrolières visant la Russie, selon plusieurs sources interrogées par Reuters. Lundi 9 mars, lors d'une conférence de presse en Floride, le président américain a déclaré que son administration levait des sanctions contre certains pays dans le cadre d'efforts pour stabiliser le marché pétrolier. "Nous avons des sanctions contre certains pays. Nous allons retirer ces sanctions jusqu'à ce que le détroit (d'Ormuz)" soit utilisable, a-t-il dit, refusant de donner des précisions.

La levée des sanctions américaines sur le pétrole russe n'aura aucun impact sur la pénurie et rapportera simplement des milliards de dollars à Vladimir Poutine, explique au Moscow Times Janis Kluge, expert à l'Institut allemand d'études de sécurité internationale.

Pour les compagnies pétrolières russes, cela représente une "nette amélioration du contexte des prix", relève Vladimir Chernov, analyste chez Freedom Finance Global. Les producteurs de pétrole russes pourraient engranger des revenus supplémentaires de 8 à 10 millions de dollars par jour, améliorant directement leur trésorerie, estime Vladimir Chernov.

Le budget russe pourrait retrouver des couleurs

Le budget russe devrait lui aussi bénéficier de cette situation : les recettes liées aux matières premières pourraient atteindre 800 à 900 milliards de roubles en mars (environ 9 à 10 milliards d'euros) soit plus du double des niveaux de janvier-février, selon les prévisions d'Alfa Bank. Le budget de la Russie pour 2026 est calculé sur la base d'un prix d'environ 59 dollars par baril. Chaque hausse de 11 dollars par baril au-dessus de ce niveau retenu par la Russie dans son budget pourrait générer 28 milliards de dollars supplémentaires d'ici la fin de l'année, a rapporté le journal pro-Kremlin Izvestia. Moscou devrait donc pouvoir continuer à financer son invasion de l'Ukraine, en partie grâce à ses revenus pétroliers, moteurs de sa machine de guerre.

Si la Russie connaît une "augmentation significative" de la demande en hydrocarbures depuis le début du conflit au Moyen-Orient, selon le Kremlin, elle continue cependant de rencontrer des problèmes pour écouler ses produits sur d'autres marchés que celui de l'Asie alors que l'Union européenne a interdit les importations maritimes de pétrole brut russe en 2022. Lundi, le président russe Vladimir Poutine, ragaillardi par cette nouvelle donne, s'est dit prêt à fournir les Européens en hydrocarbures s'ils se déclarent en faveur d'une "collaboration durable et stable, dépourvue de conjoncture politique" avec Moscou…. Après avoir menacé quelques jours plus tôt l'Europe d'une coupure anticipée des livraisons de gaz.

© REUTERS/Yoruk Isik//File Photo

Pourquoi l'Europe est devenue le principal importateur d'armes au monde

10 mars 2026 à 13:19

Le monde se réarme et les plus gros acheteurs d'armes sont… les Européens. L'Europe est devenue le principal importateur d'armes au monde au cours des cinq dernières années, d'après les données publiées lundi 9 mars par l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Selon ce rapport, les pays européens ont plus que triplé leurs importations d'armes entre 2021 et 2025 par rapport à la période 2016-2020 : l'Europe a ainsi représenté 33 % des importations mondiales, contre 12 % au cours de la période quinquennale précédente.

Cet institut international indépendant fondé en 1966 compare les tendances sur cinq ans car des livraisons dans le cadre de contrats importants peuvent fausser les chiffres annuels. Le volume des flux mondiaux d'armes a augmenté de 9,2 % entre 2021 et 2025 par rapport aux cinq années précédentes, indique également le Sipri. L'augmentation des flux mondiaux est la plus importante depuis 2011-2015, relève-t-il dans son rapport.

Les Etats-Unis, premier fournisseur mondial d'armes, représentent 42 % du total des transferts internationaux sur la période 2021-2025, contre 36 % entre 2016 et 2020. Ces cinq dernières années, les Américains ont exporté des armes vers 99 Etats, dont 35 en Europe. Pour la première fois depuis deux décennies, la plus grande part des exportations américaines est allée à l’Europe (38 %), devant celle du Moyen-Orient (33 %). "La forte augmentation des flux d'armes vers les Etats européens a fait grimper les transferts mondiaux d'armes de près de 10 %", indique Mathew George, directeur du programme de transferts d'armes du Sipri, cité dans un communiqué de cet institut.

Des livraisons d'armes à l'Ukraine, mais aussi…

Cette augmentation des flux mondiaux d'armes est due en partie à la hausse des transferts vers l'Ukraine, qui a reçu 9,7 % de l'ensemble de ces transferts sur la période 2021-2025. Au-delà de l'aide apportée à l'Ukraine pour se défendre contre la Russie, les menaces que font peser Moscou, aggravées par les incertitudes quant à l'engagement des Etats-Unis à défendre leurs alliés européens, ont stimulé la demande d'armes des Etats membres européens de l'Otan. Les pays européens cherchent ainsi à reconstruire leurs propres armées après des décennies de sous-investissement. "Les livraisons à l'Ukraine depuis 2022 en sont le facteur le plus évident, mais la plupart des autres Etats européens se sont également mis à importer beaucoup plus d'armes afin de renforcer leurs capacités militaires face à la perception d'une menace accrue de la part de la Russie", analyse Mathew George. Les pays européens ont continué à accroître leurs achats d'armes américaines, en particulier d'avions de combat et de systèmes de défense aérienne à longue portée.

Après l'Ukraine, la Pologne et le Royaume-Uni sont les plus grands importateurs européens ces cinq dernières années. Près de la moitié des armes transférées aux Etats européens proviennent des Etats-Unis (48 %), suivis de l'Allemagne (7,1 %) et de la France (6,2 %). En dépit de la volonté affichée de l'Europe de devenir plus autonome, les transferts entre pays européens ne représentent qu'un cinquième des flux dans la région.

La France tient son rang, l'Italie fait un bond

La France est le deuxième plus grand fournisseur mondial d'armes majeures en 2021-2025, représentant 9,8 % des exportations mondiales. Ses exportations d'armements ont progressé de 21 % entre la période 2016-2020 et la période 2021-2025, relève le Sipri. Paris a exporté vers 63 Etats. Les parts les plus importantes sont destinées à l'Inde (24 %), l'Egypte (11 %) et la Grèce (10 %). Les exportations françaises ont plus que quintuplé vers l'Europe, mais près de 80 % d'entre elles continuent encore de se faire en dehors de la région, relève le Sipri. La France n’est pas le seul pays à exporter hors Europe. Comme le précise Katarina Djokic, chercheuse au sein du programme Transferts d'armes du Sipri, "les plus grands fournisseurs européens ont parallèlement continué d'exporter la majeure partie de leurs armes hors Europe".

L'Allemagne a pour sa part dépassé la Chine et devient le quatrième plus grand exportateur mondial d'armes ces cinq dernières années, représentant 5,7 % des exportations mondiales. Près d'un quart des exportations de Berlin (24 %) sont destinées à l'Ukraine sous forme d'aide et 17 % à d'autres Etats européens. Un autre pays progresse dans le classement, relève le Sipri : l'Italie. Les exportations d'armes de Rome ont ainsi augmenté de 157 %, passant du dixième rang en 2016-2020 au sixième rang en 2021-2025.

La Russie est en revanche le seul des dix premiers pays mondiaux exportateurs d'armes à avoir vu ses exportations baisser. Les ventes d'armes de Moscou, troisième exportateur mondial, ont ainsi chuté de 64 % en volume en 2021-2025 par rapport aux cinq années précédentes, réduisant sa part mondiale des exportations de 21 % en 2016-2020 à 6,8 % en 2021-2025.

© REUTERS

Guerre en Iran : ces premiers signes de frictions entre les Etats-Unis et Israël

10 mars 2026 à 10:20

Le conflit au Moyen-Orient est entré dans sa 11e journée ce mardi 10 mars. Israël poursuit ses opérations contre le Hezbollah au Liban, tandis que l'Iran prévient que la guerre n'est pas finie, après des déclarations de Donald Trump selon lesquelles la guerre contre l'Iran allait "se terminer bientôt", et est "quasiment finie", sans évoquer d'échéance précise. Si, officiellement, les Etats-Unis et Israël travaillent ensemble, main dans la main, avec un partage des opérations, en coulisses, cette bonne entente commence à se fissurer.

Lundi, Donald Trump a dit vouloir une victoire "totale", sans en définir les conditions. Depuis le début du conflit, le président américain tient des propos contradictoires sur les objectifs de Washington et les raisons pour lesquelles cette campagne militaire a été lancée. Le dirigeant ne semble pas avoir de stratégie claire de sortie du conflit, donnant l'impression d'une improvisation au fil des événements. Le changement de régime n'est pas vraiment une priorité pour lui. Le président américain verrait sans doute d'un bon œil un scénario à la vénézuélienne, c'est-à-dire travailler avec des cadres du pouvoir en place bienveillants à l’égard de Washington, plutôt que de faciliter un véritable changement de régime.

A contrario, Israël a de son côté dit vouloir entraîner la chute du système théocratique iranien et a promis, avant même qu'il ne soit désigné, de faire du successeur d'Ali Khamenei une cible. "Nous avons un plan méthodique, avec de nombreuses surprises, pour éradiquer le régime et permettre le changement", a affirmé samedi le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.

"Plus la guerre va durer…"

Signe des divergences, Donald Trump a affirmé la semaine dernière que la plupart des responsables iraniens auxquels pensait Washington pour diriger le pays à la fin de la guerre étaient décédés. "La plupart des personnes auxquelles nous pensions sont mortes [...] Et maintenant, nous avons un autre groupe [de dirigeants]. Ils sont peut-être décédés aussi [...] Bientôt, nous ne connaîtrons plus personne", a déclaré le président américain, semblant ainsi se démarquer d'Israël quant à l'après-Khamenei.

Entre le jusqu'au-boutisme d'Israël, décidé à éradiquer pour de bon le régime islamique iranien, et les contraintes économiques et politiques entraînées par ce conflit qui pèsent et pèseront de plus en plus sur les Etats-Unis, les deux belligérants vont avoir du mal à rester alignés, relève Les Echos.

Les Etats-Unis ont sans doute moins intérêt qu’Israël à un long conflit, étant donné les répercussions économiques qui se font déjà sentir. "Au fur et à mesure que le temps avance, le coût politique et économique de cette guerre va augmenter pour Donald Trump et les divergences avec Israël vont croître. Parce qu'Israël voit ici l'opportunité d'une génération de se débarrasser de la République islamique, alors que, pour les Etats-Unis, le poids de cette guerre ne va cesser de croître", estime auprès des Echos Kristina Kausch, directrice adjointe pour l'Europe au German Marshall Fund.

Washington opposé aux frappes sur un dépôt de carburant

L'administration Trump se serait aussi offusquée auprès de son allié des frappes israéliennes ayant visé durant le week-end des dépôts de carburant à Téhéran, rapporte le média américain Axios. L'attaque - dont a été informé en amont Washington - avait enveloppé la capitale iranienne d'un épais nuage de fumée toxique provoqué par les incendies. Des responsables américains ont été surpris par l'ampleur de ces frappes et ont fait part de leur étonnement à leurs homologues israéliens. "Nous ne pensons pas que c'était une bonne idée", a confié un haut responsable américain à Axios. "Le président n'aime pas cette attaque. Il veut garder le pétrole. Il ne veut pas le voir brûler. Et ça rappelle aux gens des prix de l'essence plus chers", a indiqué un conseiller de Donald Trump à ce média.

Sur le plan intérieur, le coût politique de ces opérations pourrait peser sur la Maison-Blanche, tant les Américains, y compris les électeurs Maga de Donald Trump, sont circonspects face à cette nouvelle guerre. Sept soldats américains ont trouvé la mort, tandis que les bombardements des Etats-Unis et d'Israël ont tué au moins 1 332 civils iraniens et blessé des milliers d'autres, selon l'ambassadeur d'Iran auprès de l'Onu. Un sondage Quinnipiac publié lundi révèle qu'une majorité d'Américains (53 %) s'oppose à l'intervention militaire en Iran et que 44 % estiment que les Etats-Unis soutiennent trop Israël. L'engagement américain dans une nouvelle guerre, à huit mois des élections législatives de mi-mandat cruciales en novembre, pourrait être sanctionné dans les urnes.

© REUTERS/Jonathan Ernst

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