Groenland : une délégation bipartisane du Congrès américain en visite pour afficher son opposition aux convoitises de Donald Trump

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Ils pensaient fuir la précarité, et se retrouvent piégés sur le front. Une enquête de BBC Eye donne la parole à des hommes attirés par la promesse d’une vie meilleure et enrôlés dans la guerre menée par la Russie en Ukraine. L’investigation britannique met en lumière le rôle de Polina Alexandrovna Azarnykh, ancienne enseignante de 40 ans, qui utilise une chaîne Telegram pour recruter de jeunes hommes, majoritairement issus de pays pauvres. Elle est devenue "l'un des recruteurs les plus importants" de l'armée russe, explique Habib, un Syrien qui a servi dans l'armée russe et travaillé avec elle.
Dans des vidéos au ton rassurant, la quadragénaire fait la promotion de "contrats d’un an" de "service militaire". À la clé : des salaires attractifs et la promesse d’une naturalisation russe. Une offre présentée comme une opportunité, mais qui conduit, pour nombre de recrues, directement sur les lignes de front. Suivie par près de 21 000 abonnés, Polina Alexandrovna Azarnykh invite régulièrement les candidats à l’engagement à lui transmettre une copie numérisée de leur passeport. Elle diffuse ensuite des lettres d’invitation officielles, parfois accompagnées de listes nominatives des hommes concernés.
La BBC a recensé près de 500 situations dans lesquelles elle aurait délivré des documents dits "d’invitation", ouvrant la voie à une entrée en Russie en vue d’un engagement militaire. Ces documents concernaient des hommes, pour la plupart originaires de Syrie, d’Égypte et du Yémen, qui lui auraient transmis les informations figurant sur leur passeport afin de s’enrôler. Mais plusieurs recrues, ainsi que des proches, ont expliqué à la BBC avoir été induits en erreur.
D’après leurs récits, l'ancienne enseignante leur aurait laissé croire qu’ils ne seraient pas envoyés au combat, sans mentionner l’impossibilité de quitter l’armée à l’issue d’un an de service. Si Polina Alexandrovna Azarnykh conteste l’ensemble de ces accusations, la BBC rapporte que douze familles disent avoir perdu tout contact avec de jeunes hommes, recrutés selon elles par l'intermédiaire de la mise en cause.
Parmi les témoignages recueillis figure celui d’Omar, anonymisé. Ce Syrien de 26 ans, ouvrier du bâtiment, a été déployé près de neuf mois sur la ligne de front en Ukraine. Joint par la BBC depuis ce pays, il affirme avoir été dupé. Selon lui, Polina Alexandrovna Azarnykh lui avait assuré qu’en échange de 3 000 dollars, elle lui garantirait un poste loin des affrontements. Mais, raconte-t-il, après seulement dix jours d’entraînement, il a été envoyé au combat. Refusant alors de verser la somme exigée, il affirme qu’elle a fini par brûler son passeport. C'est ce que montre d'ailleurs une vidéo publiée sur le site.
Dans son article, la BBC retrace le parcours du vingtenaire : en mars 2024, Omar se retrouvait sans le sou à l'aéroport de Moscou avec 14 autres Syriens. Ils venaient d'être victimes d'une arnaque : un recruteur leur avait proposé ce qu'ils pensaient être un travail civil consistant à surveiller des installations pétrolières en Russie. Ils se sont envolés pour Moscou, avant de découvrir que les postes n'existaient pas. À la recherche d’une issue, raconte Omar, l’un des membres du groupe est tombé sur la chaîne Telegram d’Azarnykh et lui a envoyé un message. Sur place son interlocutrice leur a proposé des contrats d’un an avec l’armée russe, assortis d’un salaire mensuel d’environ 2 500 dollars et d’une prime à la signature de 5 000 dollars.
Selon plusieurs journalistes, des individus comme Polina Alexandrovna Azarnykh font partie d'un réseau de recruteurs informels. La chercheuse Katerina Stepanenko explique à la BBC que "le Kremlin a d'abord utilisé des entités plus importantes telles que le groupe militaire privé Wagner et le système pénitentiaire pour le recrutement, mais que depuis 2024, il s'appuie également sur des acteurs locaux et des entreprises plus petites." A noter que depuis la publication de l'article, Omar a finalement obtenu la nationalité russe et a lui aussi réussi à rentrer en Syrie. Deux des Syriens avec lesquels il a servi sont décédés, d'après leurs familles.

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Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui se prépare à des élections difficiles en avril, a déclaré ce vendredi 16 janvier qu'il allait lancer une "pétition nationale" pour obtenir le soutien de la population à sa politique consistant à rejeter toute aide financière européenne à l'Ukraine voisine, qui lutte contre une invasion russe depuis février 2022.
Alors que le conflit ne montre aucun signe de fin et que l'économie hongroise stagne, Viktor Orban a présenté les élections à venir comme un choix entre la guerre et la paix, dépeignant l'Ukraine comme indigne de soutien, et son gouvernement comme le seul rempart contre la guerre et ses répercussions économiques.
Depuis l'année dernière, les panneaux électoraux du parti Fidesz de Viktor Orban cherchent à associer le chef de l'opposition, Peter Magyar, à Bruxelles et à l'Ukraine, suggérant que voter pour son parti Tisza signifie voter pour les chars et la guerre.
La campagne de Viktor Orban cible principalement les électeurs ruraux et fait écho à ses précédentes campagnes anti-migrants, alors que la plupart des sondages montrent que le Fidesz est devancé par Tisza.
Les détails de la "pétition" sont flous à ce stade, mais il semble selon Reuters qu'il s'agirait d'un référendum informel, sous la forme d'un bulletin de vote envoyé aux citoyens. "Tout le monde recevra cette pétition nationale et aura la possibilité de dire 'non' et de dire, avec le gouvernement, que nous ne paierons pas", a déclaré Viktor Orban à la radio d'État ce vendredi, accusant l'opposition d'être pro-ukrainienne.
Le Premier ministre d'extrême droite a déclaré, sans apporter la moindre preuve, que l'Union européenne était prête à faire pression sur la Hongrie pour qu'elle envoie ses jeunes combattre en Ukraine. "Et il y a lieu de craindre, à juste titre, que les forces pro-ukrainiennes cèdent aux pressions de Bruxelles", a-t-il ajouté.
Peter Magyar a de son côté affirmé que Tisza soutenait la paix en Ukraine, rejetait l'idée de la conscription et ne soutiendrait aucune escalade du conflit.
Dans une vidéo de campagne publiée cette semaine, plusieurs dirigeants d'extrême droite, parmi lesquels Giorgia Meloni, Marine Le Pen ou encore Alice Weidel, apportent leur soutien à Viktor Orban, saluant notamment la politique qu'il mène vis-à-vis de Kiev. Le Premier ministre hongrois "se bat pour la paix en Ukraine", assure ainsi la cheffe de l'AfD, tandis que l'Italien Matteo Salvini déclare : "Si vous voulez la paix, votez pour le Fidesz".
La Commission européenne a présenté mercredi sa proposition de prêter 90 milliards d'euros à l'Ukraine. En décembre, lorsque le plan a été finalisé, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque ont donné leur accord à condition de ne pas être affectées financièrement.
Un sondage réalisé en décembre par Policy Solutions et Zavecz Research a révélé une opposition croissante en Hongrie à l'aide financière européenne à destination de l'Ukraine. En 2023, 57 % des personnes interrogées y étaient favorables et 41 % y étaient opposées ; l'année dernière, elles n'étaient plus que 36 % à y être favorables, contre 63 % qui y étaient opposés.

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