Espagne : le manque d’investissements dans la maintenance du réseau ferré pointé du doigt

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On pense peu aux hommes de l'ombre du président américain, tant celui-ci accapare la lumière par ses outrances et ses menaces - en témoigne l'épineux dossier du Groenland. Mais alors que le second mandat de Donald Trump a fêté son premier anniversaire le 20 janvier, il est pourtant bon de s'intéresser à quelques têtes pensantes qui façonnent la pensée - et la politique - de ce dirigeant imprévisible.
Il y a d'abord ces néoréactionnaires de la Silicon Valley, des intellectuels férus de technologies et de théories qu'Orwell lui-même n'aurait pas imaginées. A l'image de Curtis Yarvin, ce philosophe qui se revendique des "lumières obscures", antithèse de l'esprit des Lumières du XVIIIè siècle. Informaticien et blogueur californien, régulièrement cité comme une "source d'inspiration" par le vice-président américain J.D. Vance, ce dernier espère le remplacement de la démocratie par une "monarchie" dirigée par un "PDG roi", où les personnes avec moins de 120 de QI n'auraient pas le droit de vote. Il y a vingt ans, l'intellectuel qui a une audience significative chez les libertariens avait également développé la théorie de la "cathédrale" - qui l'a fait connaître - selon laquelle l'ensemble des institutions sociales auraient été noyautées par une pensée libérale et progressiste destinée, sous couvert de démocratie, à asservir le peuple.
Depuis, le philosophe étale sa détestation de la démocratie, arguant par exemple en 2022 que "le destin de la Russie" était "de rétablir l’ordre en Europe", un mois avant que Moscou ne diligente ses chars sur l’Ukraine. La liquidation de l’Ukraine, poursuivait-il, "suggérera à tous les autres Etats clients (…) que Washington ne peut plus garantir leur souveraineté, que ce soit par la diplomatie ou par la force."
Autre figure phare de la Silicon Valley soutien de Donald Trump : Pether Thiel. Célèbre pour avoir cofondé la plateforme de paiement en ligne PayPal, ce milliardaire de 57 ans a été lors de l’élection présidentielle américaine de 2016 l'un de ses seuls soutiens au sein du berceau des géants du numérique, plus habitués à défendre des idées progressistes. Dix ans plus tard, il est le symbole du ralliement éclair des barons de la tech au locataire de la Maison-Blanche, et échange régulièrement avec Donald Trump dont il a financé la campagne. D'après lui, la société américaine se trouverait dans une "stagnation" technologique liée à une aversion au risque, et "l'antéchrist" s'emparerait aujourd'hui du monde en surfant sur l'inquiétude climatique. Dans une autre référence biblique quelque peu lunaire, Thiel écrit que le retour de Trump au pouvoir annonçait une "apocalypse" au sens étymologique, c'est-à-dire la "révélation" de "secrets" (les causes du Covid-19, de la mort de Jeffrey Epstein…) que les institutions de "l’ancien régime" auraient cachés.
Au cœur du pouvoir et non en périphérie, l'on retrouve également Russell Vought, surnommé le "bouledogue de Maga" par la presse américaine. Qualifiée de "personne la plus importante de Trump 2.0" dans une tribune publiée par The New York Times, ce nationaliste chrétien assumé est devenu le directeur du budget de la Maison-Blanche - un poste qu'il occupe toujours - après avoir été des années durant l'assistant parlementaire d'élus républicains puis lobbyiste pour la Heritage Foundation, un cercle de réflexion conservateur à l'origine du "Projet 2025". Ces neuf cents pages de propositions radicales prévoyaient notamment le remplacement de dizaines de milliers de fonctionnaires fédéraux, et affirmaient que le président devait avoir un pouvoir absolu sur le pouvoir exécutif. Sa vision a en partie été appliquée lors du premier mandat de Donald Trump avec la suppression de nombreux postes dans l'administration, ainsi que de régulations environnementales jugées trop contraignantes pour les entreprises.
Stephen Miller, aussi, est une figure phare de l'écosystème Trump. Sur son profil Twitter, l’influent chef de cabinet adjoint de l’administration américaine défend la police américaine de l’immigration et des douanes (l'ICE), pourfend le wokisme et republie des photos de supposés immigrés ayant commis des délits et des extraits de Fox News. Orateur connu pour sa brutalité verbale et son ton criard, il émerge sur la scène médiatique comme l’idéologue en chef du trumpisme, jouant un rôle central dans la définition des priorités politiques du président. Selon Reuters, sous sa direction, l’administration Trump a ainsi doublé les arrestations liées à l’immigration, repoussé les limites légales des expulsions, interdit l’entrée aux voyageurs de 19 pays, tenté de restreindre le droit du sol et aidé les républicains à faire adopter un projet de dépenses allouant environ 170 milliards de dollars à la répression migratoire.
On lui doit également "les diatribes du gouvernement contre les universités, les cabinets d’avocats et même les musées", liste The Wall Street Journal, qui précise que celui-ci a "écrit ou amendé chaque décret que Trump a signé." Enfin, lorsque l'on évoque la politique de Donald Trump, impossible de faire l'impasse sur J.D. Vance, l'emblématique vice-président américain qui se situe au carrefour des grands courants idéologiques du trumpisme, observe encore The Wall Street Journal : catholique converti, mais aussi ex-investisseur proche des techno-réactionnaires de la Silicon Valley. En février dernier, à Munich, ce dernier avait notamment sidéré l'Europe en prononçant un discours dans lequel il s’en prenait au modèle même de la démocratie européenne.

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Le président américain Donald Trump a pris la parole pendant plus d'une heure ce mercredi 21 janvier, au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, et a, sans surprise, attaqué l'Europe. "J'aime l'Europe et je veux qu'elle aille bien mais l'Europe ne va pas dans la bonne direction", a-t-il asséné, au lendemain de la décision des députés européens de geler la ratification de l'accord commercial conclu avec les Etats-Unis en juillet dernier.
Au coeur des tensions, la résistance des Européens face à la volonté de Donald Trump de mettre la main sur le Groenland, territoire arctique sous souveraineté du Danemark, pays membre de l'Union européenne et de l'Otan. Le président américain a réaffirmé que seuls les Etats-Unis sont en mesure de défendre le Groenland. "Aucune nation ni aucun groupe de nations n'est en mesure de sécuriser le Groenland, à l'exception des Etats-Unis", a-t-il déclaré, demandant des "négociations immédiates" sur le sujet et excluant, pour la première fois officiellement, d'utiliser la force pour y parvenir. "On pensait que j'utiliserais la force, mais je n'en ai pas besoin. Je ne veux pas utiliser la force. Je n'utiliserai pas la force", a-t-il répété.
Donald Trump a accusé le Danemark de faire preuve d'"ingratitude", allant même jusqu'à minimiser l'importance de sa demande : "Nous voulons juste un petit bout de banquise, pour protéger le monde, et ils ne veulent pas nous le donner." Et ce ne serait pas "une menace à l'encontre de l'Otan" mais au contraire, "cela renforcerait la sécurité de l'Alliance", dénonçant dans le même temps la façon dont les Américains sont "traités" par l'Otan. "On donne tellement et on obtient si peu en retour", a-t-il lancé, prenant à partie Mark Rutte, secrétaire général de l'Otan, présent dans la salle.
Le président américain a ensuite évoqué sa relation avec Emmanuel Macron, affirmant qu'il l'"aime beaucoup" même si c'est "difficile à croire". "Je l'ai écouté hier avec ses belles lunettes de soleil. Que s'est-il passé ?", a-t-il ironisé avant d'affirmer l'avoir "vu faire le dur à cuire".
Donald Trump a évoqué une discussion téléphonique avec le président français au sujet du prix des médicaments. Selon cette histoire, racontée maintes fois, Emmanuel Macron aurait cédé aux pressions du président américain et aurait accepté d'augmenter les prix des médicaments en France afin que ces derniers baissent outre-Atlantique.
Mardi, pendant sa prise de parole à Davos, Emmanuel Macron avait dénoncé l'attitude des Etats-Unis. "Nous passons à un monde sans loi, un monde où règne la loi du plus fort", appelant l'Europe à utiliser "ses outils très puissants" quand elle "n'est pas respectée". Une référence à l'instrument "anti-coercition" que Paris pousse à activer, mécanisme juridique européen qui permettrait de riposter lorsqu'un pays extérieur tente d'imposer ses choix politiques ou stratégiques par des pressions économiques.

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D’un geste machinal, il oriente le QR code affiché sur son téléphone vers le détecteur placé au centre de la consigne automatique. Un bip discret, un déclic, et le casier s’ouvre. Moins de deux secondes pour récupérer le colis. "Cela fait partie de ces petites choses qui ont changé notre quotidien", glisse Sebastian, un habitant de Varsovie de 26 ans. Le jeune homme peine à se souvenir de l’époque où recevoir une commande signifiait composer avec des horaires contraignants, attendre un livreur ou faire la queue au bureau de poste.
En Pologne, ces installations, sortes de murs remplis de casiers, sont visibles à tous les coins de rue. Une sur deux appartient au pionnier national InPost, présent sur ce segment depuis 2009. Baptisées "Paczkomaty", le terme est entré dans le langage courant. Le jaune d’InPost est d’autant plus présent à la période des fêtes que ses camions de livraison quadrillent les rues polonaises.
Ce succès fulgurant est signé Rafal Brzoska. Crâne rasé, sourire à fossettes, posture assurée : le milliardaire dégage une énergie contagieuse. A tel point qu’en Pologne, difficile de dire qui de la marque ou de son fondateur est le plus connu. "Comprendre les besoins des utilisateurs, s’inspirer de ce qui fonctionne à l’étranger et s’entourer de talents, voilà mon credo", résume ce dandy adepte des costumes soignés et des couleurs audacieuses. Une recette à l’origine de la croissance spectaculaire d’InPost depuis 2018, soutenue par la crise du Covid et l’explosion du commerce en ligne.
Son ascension se joue se joue bien au-delà des frontières nationales. Début 2021, InPost a fait une entrée remarquée à la Bourse d’Amsterdam. La même année, InPost a racheté le français Mondial Relay pour 650 millions d’euros. "Nous installons cent nouvelles consignes automatiques par semaine en France", explique-t-il.
Son principal enjeu à présent est d’intégrer l’intelligence artificielle à son activité. "Nous devons être en tête des options de livraison recommandées par l’IA aux consommateurs européens", martèle le chef d’entreprise. Selon Brzoska, InPost approche de son moment "Apple 1997", ce tournant où Steve Jobs a transformé une marque en écosystème intégré. C’est ce modèle que sa société veut reproduire, fort de ses 80 millions d’utilisateurs et de sa présence sur neuf marchés internationaux. "Nous avons une plateforme d'e-commerce, un programme de fidélité, une application de paiement et un partenariat avec la start-up polonaise d’IA Bielik", énumère-t-il. Un ensemble de services censé faire de la livraison InPost le choix par défaut au moment du paiement.
Mais l'influence de ce patron dépasse largement le secteur de la logistique. Membre depuis 2021 du club fermé des dix plus grandes fortunes polonaises, ses fonds d’investissement prennent des parts dans des entreprises stratégiques, tandis qu’à titre privé, il a misé sur une quarantaine de start-up. "Si nous, entrepreneurs polonais, n’investissons pas dans nos entreprises, comment convaincre les capitaux étrangers que nos solutions sont les meilleures ?", interroge Brzoska.
L'homme s'intéresse aussi aux médias : il a créé une nouvelle revue économique digitale, XYZ. Quant à son épouse, Omenaa Mensah, ancienne présentatrice de télévision vedette, et fille d’une Polonaise et d’un Ghanéen, elle vient de lancer la version polonaise du magazine GQ. Leur mariage en 2019 a fait pleinement entrer l’entrepreneur dans le monde du show-business. Omenaa Mensah, une philanthrope engagée pour l’Afrique - et la seule à pouvoir faire de l'ombre à son mari dans les dîners -, l’a encouragé à créer sa fondation. Lui qui a grandi dans une région rurale du sud soutient désormais les jeunes talents aux ressources financières limitées. Leur gala de charité commun est devenu incontournable.
La réussite s'est pourtant fait attendre. "J’ai frôlé la faillite", rappelle Brzoska. Car au début des années 2010, InPost, qui concentre son activité sur la distribution du courrier, se frotte à la Poste polonaise, soutenue par l’Etat. S’ensuit une bataille économique et judiciaire, qui contraint la société d’engager une restructuration douloureuse en 2016. C’est en se concentrant sur la livraison de paquets plus volumineux qu’InPost décollera.
Cet épisode douloureux a nourri l’obsession de Brzoska pour la simplification administrative. En 2025, il accepte la mission qui lui confie le Premier ministre Donald Tusk : proposer un plan choc pour réduire la bureaucratie. En quelques semaines, il réunit une équipe d’experts et lance une plateforme participative permettant aux citoyens de soumettre leurs idées de réforme. 500 idées sont transmises au gouvernement, 120 adoptées, et 200 encore à l’étude. "Nous avons dépassé la polarisation politique en nous concentrant sur les problèmes concrets des ménages et des micro-entrepreneurs", se félicite-t-il, convaincu que l’initiative mériterait d’être portée à Bruxelles.
Surnommé le "facteur en chef de la Pologne", Brzoska est un véritable phénomène de société. La politique ? "Hors de question", balaie ce féru de golf. Il faut dire que l'entrepreneur a de quoi faire, à l'heure où les rumeurs sur un potentiel rachat d'InPost agitent la presse locale. Une certitude : il n'a pas fini de faire parler de lui.
Absorbés par leurs écrans, les doigts virevoltant sur les claviers, des élèves en master de chimie ont délaissé l’odeur des solvants, le cliquetis du verre et les blouses blanches pour s’immerger dans le monde des algorithmes. Entre les rangées d’ordinateurs, leur professeure, Agnieszka Gajewicz-Skretna, déambule et murmure, ici et là, quelques conseils. Ils écoutent religieusement cette chercheuse de l’Ecole Polytechnique de Gdansk, dans le nord de la Pologne, qui s’est imposée comme l’un des visages montants de la chimioinformatique.
Sa spécialité ? Elaborer des modèles capables de prédire si une substance est sûre pour l’être humain, l’environnement et la biodiversité, bien avant sa mise sur le marché. "L’objectif est d’éviter de reproduire les fiascos sanitaires de l’amiante ou des Pfas [ces matières chimiques destinées à rendre par exemple les poêles antiadhésives]", explique-t-elle, tout en insistant sur la portée économique et bioéthique de sa recherche. "Il s’agit de réduire le recours aux tests en laboratoire, souvent longs, coûteux et réalisés sur des organismes vivants", précise-t-elle. Applicables à la santé, à la cosmétique ou à la construction, les potentialités de sa discipline sont démultipliées par l’essor de l’intelligence artificielle. Une "révolution" comparable selon elle à l’arrivée du microscope électronique ou du séquençage de l’ADN.
L’une de ses priorités : comprendre l’évolution chimique des microplastiques dans le temps. "Nous ingérons chaque semaine l’équivalent d’une carte bancaire en plastique", alerte la chercheuse. A terme, il s’agit d’imaginer des matériaux capables de neutraliser ces particules.

Dans son petit bureau, les distinctions débordent de l’étagère. En 2018, elle fait partie des quinze femmes retenues par l'Unesco et L’Oréal pour leurs recherches susceptibles de changer le monde. L’année suivante, elle est lauréate d’une bourse nationale pour jeunes scientifiques d’exception, puis, en 2020, du Prix polonais du Développement intelligent. Elle figure aussi parmi les 2 % de scientifiques les plus cités au monde dans des publications spécialisées. "C’est une chercheuse brillante et infatigable", témoigne Jerzy Leszczynski, de la Jackson State University, son mentor.
Après des années à l’Université de Gdansk, son alma mater, elle a rejoint cet été la Polytechnique voisine. "Nous cherchions un profil pouvant combler un fossé sur le marché : entre des programmeurs peu familiers de la chimie et des chimistes exploitant insuffisamment les données" résume Jacek Czub, chef du département de physique chimique de la Polytechnique.
Agnieszka Gajewicz-Skretna s’est toujours caractérisée par son aplomb. "Lors de sa soutenance, elle a pris ses distances avec certains articles de son propre directeur de thèse et s’est mise à dialoguer avec le jury d’égal à égal" se souvient Piotr Stepnowski, aujourd’hui recteur de l’Université de Gdansk.
S’ensuivent un postdoctorat au Japon, puis des séjours de recherche en Allemagne et aux Etats-Unis. Malgré les sirènes de l’étranger, dans un contexte où la Pologne lutte toujours contre la fuite des cerveaux, Agnieszka Gajewicz-Skretna fait le choix de rester dans son pays. "Nous avons parmi les meilleurs programmeurs en IA", relève-t-elle. Les dirigeants universitaires locaux abondent : dans la chimie avancée, la Pologne peut jouer dans la cour des grands.
Rester contribue aussi à donner confiance à la nouvelle génération polonaise. "Sans elle, je n’aurais jamais osé postuler pour une bourse outre-Atlantique, que j’ai obtenue", confie sa doctorante. Au-delà des couloirs de la faculté, on la croise dans des initiatives promouvant la place des femmes dans les sciences. Avec un horizon ambitieux : "J’aimerais un jour pouvoir affirmer que chaque produit en rayon a été évalué par nos modèles de prédiction".

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C'est une "relation tumultueuse, marquée par des hauts et des bas depuis des années", décrit le New York Times, à propos des présidents français et américain. Depuis la publication d'un SMS envoyé par Emmanuel Macron à Donald Trump le 19 janvier, dans lequel le premier confie au second ne pas comprendre "ce qu'il fait au Groenland", "la tension entre la France et les Etats-Unis […] augmente de jour en jour", appuie le quotidien espagnol El País. Peu avant la publication de ce message, dont l'authenticité a été confirmée par l'entourage du président français, le locataire de la Maison-Blanche avait en effet menacé d'imposer des droits de douane de 200 % sur les vins et les champagnes français, une mesure supposément destinée à convaincre Emmanuel Macron de rejoindre le "Conseil de la paix" dont il était à l'initiative.
Depuis leur arrivée au pouvoir à quelques mois d'intervalle en 2017, les deux hommes ont néanmoins connu de fréquents désaccords, "exacerbés, du côté de Trump, par des insultes, des menaces et des railleries publiques", poursuit le quotidien américain. Le journal donne l'exemple de ce jour où Emmanuel Macron avait jugé que l’Otan était en état de "mort cérébrale", dans un entretien à l’hebdomadaire anglais The Economist, en 2019. En retour, Donald Trump avait qualifié cette remarque de "très odieuse", affirmant qu'elle était "très dangereuse" pour la France. Autre cas plus récent : en juin dernier, lorsque Emmanuel Macron avait révélé que Donald Trump avait quitté prématurément un sommet du G7 pour travailler sur un cessez-le-feu irano-israélien, le président américain s'était emporté sur les réseaux sociaux. "Que ce soit intentionnel ou non, Emmanuel se trompe toujours", écrivait-il.
Pour Le Temps, Donald Trump a un "véritable comportement de tyran de cour d’école", et son homologue français est "devenu sa cible préférée malgré leur prétendue amitié". Une référence aux formules polies que s'adressent régulièrement les deux présidents - "mon ami", un "chic type que j’aime beaucoup" -, encore exprimées ce mercredi 21 janvier, au forum de Davos. "J’ai écouté le discours [de Macron] avec ses très belles lunettes de soleil. (...) Il a essayé de faire le dur à cuire", a jugé le locataire de la Maison-Blanche, tout en assurant "aimer beaucoup" Emmanuel Macron. Selon le quotidien suisse, l'illusion de cette "bromance" ne tient cependant plus. "Les faits imposent désormais l’évidence que ce petit jeu s’est fait aux dépens du Français. [C'est] une mauvaise nouvelle pour tous les Européens", annonce le média.
Il faut dire qu'Emmanuel Macron a "longtemps été identifié comme le bad cop de la diplomatie européenne", le président français cherchant coûte que coûte à "favoriser son industrie militaire dans l’effort de réarmement européen", écrit encore le quotidien. Quoi qu'il en soit, "l'époque faste" où les couples Trump et Macron avaient dîné ensemble à la tour Eiffel le 14 juillet 2017, après que le président américain a été l'invité d'honneur du défilé militaire, est "révolue", analyse également CNN. Lundi, lorsqu'un journaliste a demandé à Donald Trump sa réaction au refus d'Emmanuel Macron de siéger à son "Conseil de la Paix", ce dernier a "immédiatement porté un coup bas", rappelle le média américain. "Et bien, personne ne veut de lui, parce qu'il va bientôt quitter ses fonctions", a en effet déclaré le président américain.
"Sur le papier, Macron et Trump semblaient voués à s'affronter, compte tenu de leurs points de vue opposés sur le commerce, l'immigration et le changement climatique", résume le New York Times. Tout en rappelant que malgré leurs désaccords, les dirigeants ont toujours continué à dialoguer, du fait de leurs deux points communs : "Tous deux aiment beaucoup parler et tous deux ont bâti leur politique étrangère sur des relations directes et personnelles avec d'autres dirigeants", développe le journal.
D'ailleurs, la proposition de dîner qu'Emmanuel Macron a adressé à Trump dans son SMS pour aborder la situation au Groenland "pourrait être un moyen de gagner le cœur de Trump", car "les Européens ont remarqué que le faste et les cérémonies mettent le président américain de bonne humeur", décortique Politico. Dans une analyse qui pourrait prêter à sourire, le média américain affirme qu'Emmanuel Macron a développé "un don pour la diplomatie du dîner", ayant par exemple invité à plusieurs reprises le président hongrois Viktor Orban à dîner à Paris, dans le but d'aplanir les différends. "Les résultats, cependant, sont mitigés", conclut Politico.

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