Le corps de Ran Gvili, «défenseur d’Aloumim» et dernier otage israélien, a été rendu par le Hamas

© Stanislas Poyet / Le Figaro

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Des familles sans nouvelles de leurs proches, des parents coupés de leurs enfants, des personnes qui s'inquiètent du sort d'amis d'activistes... Depuis le 8 janvier, une avalanche de messages demeure encore sans réponse sur les téléphones iraniens. Même si l'on note une légère reprise des connexions ces derniers jours, la population iranienne reste encore plongée dans un black-out numérique quasi complet.
Comme il l’a déjà fait par le passé, le régime iranien a décidé de couper l’accès au réseau alors que les manifestations, démarrées le 28 décembre, prenaient de l’ampleur. A mesure que le voile numérique se lève progressivement sur l'Iran, l'ampleur du massacre grandit : au moins 5 400 manifestants ont été tués selon l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), qui dit enquêter sur près de 17 000 autres décès possibles. Ce week-end, le magazine américain Time a avancé le nombre de 30 000 victimes en s’appuyant sur des sources au sein du ministère iranien de la Santé.
Tandis que les familles à l’étranger en sont réduites à guetter la moindre bribe d’information, le blocage d'Internet fait d'autres victimes : les acteurs économiques dont les revenus dépendent de leur activité en ligne. Dans un pays où plus de 80 % de la population est connectée, la plupart de ces d'entrepreneurs passent par les réseaux sociaux, notamment Instagram, WhatsApp ou Telegram, pour réaliser leurs transactions.
Un rapport du Centre de statistiques de l’Iran, datant de 2021, indiquait que l'emploi de 11 millions d'Iraniens dépendait des réseaux sociaux, pour vendre des vêtements ou des produits d’artisanat par exemple. Et ce, alors que l'accès aux géants du web - quasiment tous Américains - est systématiquement entravé. Après la vague de colère provoquée par la mort en détention de Mahsa Amini en septembre 2022, le régime avait suspendu pendant près de deux ans l’accès à Instagram et à WhatsApp, qui étaient devenues les plateformes les plus utilisées depuis les précédentes interdictions visant YouTube, Facebook et Twitter. Pour contourner la censure, les Iraniens ont massivement recours à des VPN. Ces outils permettent de simuler une connexion depuis l’étranger, mais ils ne suffisent pas en cas de blocage intégral du réseau. Une déconnexion forcée dont restent exemptés les hauts dirigeants du régime, qui n’ont cessé de poster leur communication officielle sur X.
La situation actuelle suscite une inquiétude bien plus vive qu’auparavant. "La résilience de ces commerces est faible, et chaque jour où Internet est coupé, des entreprises meurent, a récemment mis en garde Pashootan Pourpezeshk, l’un des responsables de l'Association iranienne des entreprises en ligne. Le marché numérique a déjà été frappé de plein fouet par les événements de 2022 et par la guerre (NDLR: la "guerre de 12 jours" avec Israël en juin 2025), mais il avait réussi par deux fois à se redresser. Aujourd'hui, (les acteurs du web) sont privés d'Internet sur une trop longue période."
D’une durée sans précédent, cette coupure numérique totale risque de tuer de nombreuses entreprises au sein d'une économie déjà moribonde. C'est son effondrement qui avait jeté les bazaris dans la rue, au départ de la contestation actuelle. Le propriétaire d'une animalerie à Téhéran raconte à l’agence AP que son chiffre d'affaires a chuté de 90 % depuis le début des protestations. "Avant cela, je travaillais principalement sur Instagram et Telegram, auxquels je n'ai plus accès. Le gouvernement a proposé deux alternatives nationales (NDLR : les messageries Rubika ou Eitaa). Le problème, c'est que nos clients n'y sont pas, ils ne les utilisent pas", déplorait le chef d’entreprise.
S'il assure le fonctionnement des services quotidiens comme les taxis en ligne et les banques, cet intranet maintient surtout la population dans une bulle numérique isolée du reste du monde. Derrière cette apparente continuité des services, la paralysie numérique s'accompagne d'une hémorragie économique majeure. L’agence de presse étatique IRNA a cité Ehsan Chitsaz, vice-ministre des communications et des technologies de l'information, affirmant que le black-out coûtait au pays entre 2,8 et 4,3 millions de dollars par jour. Le coût réel serait largement sous-estimé : selon l’organisation de surveillance britannique NetBlocks, l'impact financier d'une journée de déconnexion totale en Iran dépasserait en réalité les 37 millions de dollars.
"Nous ne pouvons toujours pas reprendre le travail officiellement, déplore de son côté Leila, jointe par téléphone. Pour les créateurs d'entreprise comme pour les indépendants, la situation économique est catastrophique." Cette trentenaire basée à Téhéran, qui travaille dans le marketing en ligne, dit avoir perdu tout espoir.
Au-delà de l'asphyxie économique, c'est l'efficacité de cette stratégie de répression qui est aujourd'hui discutée au sein même des cercles de pouvoir. "La politique de filtrage n'a pas été une politique couronnée de succès", a lâché Abolhassan Firouzabadi, ancien secrétaire du Conseil suprême du cyberespace, évoquant des dommages psychologiques sur la population. Selon lui, ces coupures deviendront un outil "obsolète" qui ne sera plus utilisé par les autorités d’ici quelques années.
Le 24 janvier, le patron des télécoms a annoncé une levée imminente des restrictions, quand des responsables du ministère des communications assuraient que la remise en service prendrait du temps "en raison de complexités techniques". Le président Masoud Pezeshkian y était favorable "compte tenu de la nécessité de faciliter les activités commerciales en ligne". Dix jours plus tôt, selon le site spécialisé basé à l’étranger IranWire, la porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani, aurait prévenu en coulisses que la connexion ne reviendrait pas à la normale d’ici au Nouvel an persan, le… 20 mars prochain.

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Après le Mercosur, l'Union européenne va-t-elle signer un accord de libre échange avec l'Inde ? En visite à New Delhi le 26 janvier, invitée d'honneur du président Narendra Modi pour la fête de la République, Ursula von der Leyen doit également prendre part à un sommet avec le chef d'Etat ce mardi 27 janvier.
Tout juste quelques jours avant sa visite dans la capitale indienne avec le président du Conseil européen Antonio Costa, la présidente de la Commission européenne avait annoncé à Davos être "à l'aube d'un accord commercial historique", qui "créerait un marché de 2 milliards de personnes, représentant près d'un quart du PIB mondial". Plusieurs médias indiens parlent déjà de "méga deals".
En 2014, le commerce bilatéral de biens entre l'UE et l'Inde a atteint 120 milliards d’euros en 2024, en hausse de près de 90 % sur la dernière décennie, selon les chiffres fournis par l'Union européenne, avec 60 milliards d’euros supplémentaires pour les services. La signature d'un accord fait ainsi espérer une nette augmentation de ces chiffres alors que l’Inde, deuxième pays le plus peuplé de la planète (1,4 milliard d’habitants) après la Chine est en bonne voie pour devenir la troisième économie mondiale d’ici 2030 avec une croissance annuelle plus rapide que prévue (8,2 % en 2025).
Selon les premières informations, le traité de libre-échange devrait couvrir des secteurs tels que l’automobile, l'acier et la coopération en matière de défense. D'après l'agence de presse britannique Reuters, le texte pourrait permettre de réduire fortement les droits de douane indiens sur un nombre limitées de voitures importées de l'Union européenne, les ramenant à 40 % contre jusqu'à 110 % actuellement, à condition que leur prix soit supérieur à 15 000 euros. Et jusqu'à 10 % dans les années à venir.
Dans la délégation européenne, la vice-présidente de la Commission Kaja Kallas est également présente. Selon le site Politico, elle devrait notamment signer un partenariat de défense et de sécurité. "L'UE et l'Inde vont mener des consultations sur leurs initiatives respectives en matière de défense, notamment à travers des échanges sur des sujets liés à l'industrie de la défense", indique un document consulté par Reuters, qui devrait être signé mardi. Le partenariat impliquerait alors un dialogue annuel entre les deux parties sur les sujets de la sécurité et de la défense, ainsi qu'un renforcement de la coopération sur la sécurité maritime, les problèmes de cybersécurité et le contre-terrorisme.
Toutefois quelques obstacles demeurent, liés à la législation climatique de l’UE, avant que l’accord puisse être signé. Principal point d'achoppement : l’Inde a demandé à être exemptée des règles climatiques de l’UE, notamment du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM). Interrogée ce week-end par The Times of India, sur la manière dont les deux parties comptent combler ces divergences, Ursula von der Leyen a déclaré que les deux parties "travaillaient intensément sur le CBAM, les automobiles et l’acier", ajoutant que "le dernier kilomètre est toujours le plus difficile, mais cela en vaudra largement la peine".
L'accord n'est pas nouveau, il est sur la table depuis 2007. En revanche, le contexte mondial a lui largement changé, bousculé de part et d'autre par l'imposition de droits de douane par Donald Trump. 50 % pour les produits importés depuis l'Inde. 15 % en moyenne pour ceux en provenance de l'Union européenne. "L’UE et l’Inde se rapprochent à un moment où l’ordre international fondé sur des règles subit des pressions sans précédent en raison des guerres, de la coercition et de la fragmentation économique", a déclaré mercredi dernier la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas. L'Europe et l'Inde sont confrontées à un problème similaire. "Ils essaient de préserver leur autonomie stratégique en tant qu'acteurs secondaires dans leurs sphères respectives, l'Inde contre la Chine dans l'Indo-Pacifique et l'Europe contre l'Amérique dans l'Atlantique", déclare Chietigj Bajpaee de Chatham House, un groupe de réflexion britannique auprès du magazine britannique The Economist.

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