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Dépression Leonardo : alerte rouge au Portugal face au risque d’inondations

5 février 2026 à 15:53
La péninsule Ibérique affronte les conséquences de la dépression et de ses pluies exceptionnelles. Les autorités municipales de la commune de Santarém ont ordonné l’« évacuation obligatoire » des zones riveraines en l’espace de sept heures.

© PATRICIA DE MELO MOREIRA/AFP

Une porte protégée par des sacs de sable, suite à la crue du fleuve Sado, à Alcácer do Sal (Portugal), le 5 février 2026.

Emmanuel Bonne, le «sherpa» du président Macron en visite à Moscou

Par :RFI
5 février 2026 à 15:30
Le plus proche conseiller diplomatique d'Emmanuel Macron s'est rendu à Moscou, mardi 3 février. Une information révélée par plusieurs médias et que l'Élysée n'a pas démentie. Ce déplacement du haut diplomate français s'inscrit dans une volonté de Paris et de Moscou de reprise du dialogue.

En Israël, le frère du chef du Shin Bet, le service de sécurité intérieure, inculpé pour « aide à l’ennemi en temps de guerre »

5 février 2026 à 15:17
Bezalel Zini ainsi que deux autres suspects sont soupçonnés d’avoir introduit des cartons de cigarettes de contrebande « en trompant les soldats aux points de passage vers la bande [de Gaza] ».

© OLIVIER FITOUSSI/AFP

Le chef du Shin Bet, David Zini, à Jérusalem, le 16 octobre 2025.

Au Japon, Kimi Onoda, la jeune ministre comparée à « Jeanne d’Arc », à la conquête de l’électorat conservateur

5 février 2026 à 15:00
Nouvelle égérie des conservateurs nippons, Kimi Onoda séduit les Japonais par son caractère de battante. Sénatrice et ministre, la quadragénaire fan de jeux vidéo occupe un poste central au sein du gouvernement Takaichi et met sa popularité au service de son parti à la veille des élections anticipées convoquées pour le 8 février.

© Eugene Hoshiko/AP

Kimi Onoda (au centre), ministre de la sécurité économique, à Tokyo, le 21 octobre 2025.

La Hongrie condamne l'antifasciste Maja T. à huit ans de prison ferme

Par :RFI
5 février 2026 à 14:28
La justice hongroise a condamné l'antifasciste de naitonalité allemande Maja T. à une peine sévère de huit ans de prison ferme. On lui reproche une attaque avec un groupe de 19 antifascistes européens contre un rassemblement d'extrême droite en 2023. Mais ses conditions d'extradition vers la Hongrie, ses conditions de détention, ainsi que le verdict suscitent de nombreuses polémiques et une campagne de solidarité.

EN DIRECT, guerre en Ukraine : les Etats-Unis et la Russie vont reprendre un dialogue militaire de haut niveau, annonce le Pentagone

5 février 2026 à 14:15
Dans le cadre des négociations d’Abou Dhabi pour mettre fin à la guerre en Ukraine, les Etats-Unis et la Russie ont décidé de reprendre « le dialogue entre les armées », considéré comme « un facteur important de stabilité et de paix dans le monde », selon le commandement européen des forces armées américaines.

© Alex Brandon/AP

Vue aérienne du Pentagone, à Arlington (Virginie), aux Etats-Unis, en septembre 2025.

Ukraine : de Macron à Meloni, l'idée de discussions directes avec Moscou refait surface en Europe

5 février 2026 à 13:52

Les dirigeants européens ne sont pas encore tous alignés, mais l'idée devient prégnante en ce début 2026. Alors que la guerre en Ukraine dure depuis bientôt quatre ans, la reprise d'un dialogue avec le président russe Vladimir Poutine est de plus en plus évoquée. Un revirement alors que jusqu'à présent les Vingt-Sept ont été plutôt tenus à l'écart des discussions directes dans les négociations de paix menées principalement par les États-Unis, sous la gouvernance de Donald Trump.

"Parler d'une seule voix"

Ce mercredi 4 février, dans deux interviews distinctes accordées au site d'information Euronews, la Première ministre lettonne, Evika Siliņa, et le président estonien, Alar Karis, ont ainsi appelé à des discussions directes avec la Russie. Les deux dirigeants plaident pour que l'Union européenne nomme un envoyé spécial pour rouvrir les canaux diplomatiques avec la Russie, dans le cadre des négociations en cours pour mettre fin à la guerre en Ukraine. "Nous devons être à la table des négociations parce que les Ukrainiens eux-mêmes ont commencé à négocier. Alors pourquoi les Européens ne négocieraient-ils pas ?", a déclaré la Première ministre lettone en marge du Sommet mondial des gouvernements à Dubaï, faisant référence aux négociations entre Kiev et Moscou par l'intermédiaire de Washington à Abou Dhabi, mais sans Européens. "Il y a quelques années, nous étions dans une position où nous ne parlions pas avec les agresseurs, et maintenant, nous sommes inquiets de ne pas être à la table", a relevé de son côté Alar Karis.

Deux semaines plus tôt, la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni avait évoqué la même idée lors de sa conférence de presse de rentrée, suggérant déjà la nomination d'un envoyé spécial de l'UE pour l'Ukraine, en vue de cette reprise éventuelle d'un dialogue avec Moscou. Cela "permettrait de faire la synthèse, de parler d'une seule voix" car "depuis le début des négociations, de nombreuses voix parlent, de nombreux formats existent", avait alors justifié la dirigeante italienne. Fin janvier, le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel a lui aussi rejoint l'appel à renouer le contact avec la Russie.

L'Allemagne pas favorable

A l'instar de la dirigeante italienne, le président français Emmanuel Macron s'est également dit favorable à l'idée dès la fin 2025. Le 19 décembre, à l'issue d'un sommet à Bruxelles où l'Union européenne a trouvé un accord pour débloquer 90 milliards d'euros pour soutenir Kiev, le président avait déjà ouvert la porte à ces négociations, estimant qu'il allait "redevenir utile de parler" à son homologue russe, après près de six mois sans communication. Ce mardi, il a assuré que des choses étaient en train de se mettre en place, avec "des discussions en cours au niveau technique", précisant qu'une telle action se faisait en concertation avec la présidence ukrainienne. Selon des informations de L'Express, le conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron, Emmanuel Bonne, s’est d'ailleurs rendu discrètement à Moscou, ce 3 février, pour y rencontrer son homologue du Kremlin Iouri Ouchakov.

L'idée ne fait toutefois pas l'unanimité. La semaine dernière, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a tenté de balayer toute tentative. "Nous ne pouvons pas demander à la Russie de nous parler", a-t-elle déclaré à l'issue d'une réunion des ministres des affaires étrangères à Bruxelles, ajoutant que Vladimir Poutine devait d'abord faire des concessions, tout comme les Etats-Unis demandent à l'Ukraine des concessions "assez fortes".

Sur la même ligne, l'Allemagne n'est pas favorable à la réouverture des canaux diplomatiques avec Vladimir Poutine, estimant que les exigences de la Russie sont "maximalistes" pour mettre fin à la guerre. "Nous soutenons des discussions directes entre la Russie et l'Ukraine au plus haut niveau car il ne peut y avoir de paix juste et durable sans la participation de l'Ukraine", a déclaré à Euronews un porte-parole du ministère fédéral des affaires étrangères de l'Allemagne. "Malheureusement, nous n'avons vu aucun changement dans la position de la Russie jusqu'à présent : la Russie continue de répéter des exigences maximalistes et ne montre aucune volonté réelle de négocier alors qu'elle poursuit ses attaques brutales contre l'infrastructure énergétique ukrainienne et d'autres cibles civiles."

© REUTERS

Emmanuel Macron à l'Elysée, le 5 février 2026.

Pour “sauver l’Iran”, le régime n’a d’autre choix que négocier avec les États-Unis

5 février 2026 à 13:02
Sauf revirement, Américains et Iraniens vont finalement tenir un premier round de discussions, vendredi 6 février à Oman. Face aux exigences des États-Unis et sous la menace d’une intervention militaire de Washington, le régime iranien affaibli aurait tout intérêt à laisser de côté son intransigeance et à faire des concessions, estime une partie de la presse iranienne.

© Majid Asgaripour/REUTERS

Des passants devant une fresque murale antiaméricaine à Téhéran (Iran), le 5 février 2026.

Affaire Epstein : pourquoi Keir Starmer se retrouve dans la tourmente

5 février 2026 à 12:25

Les nouvelles révélations dans l'affaire Epstein, dont trois millions de documents ont été publiés par le ministère de la Justice américain le 30 janvier dernier, pourraient-elles coûter son poste au Premier ministre britannique Keir Starmer ? Si ce dernier n'est pas nommé dans l'affaire, c'est sa décision de choisir Peter Mandelson, ami du prédateur sexuel mort dans une prison de New York en 2019, comme ambassadeur à Washington, qui cristallise la colère de la majorité de la classe politique britannique.

Enquête criminelle ouverte

Déjà cité dans les premières publications de documents (5 600 fois au total), Peter Mandelson, ancien ministre de Tony Blair et Gordon Brown, avait été limogé de son poste de diplomate à Washington dès le mois de septembre 2025. Mais cette fois, dans les nouvelles publications de documents outre-Atlantique, c'est la transmission d'informations financières sensibles, voire confidentielles, de Peter Mandelson à Jeffrey Epstein alors qu'il était au gouvernement (entre 2008 et 2010), qui préoccupe l'Angleterre. D’après les dossiers publiés, Peter Mandelson est allé jusqu’à partager des documents internes au gouvernement britannique, susceptibles d'influer sur les marchés financiers. La police londonienne a d'ailleurs ouvert mardi une enquête criminelle visant l'ancien diplomate, "pour des infractions liées à une faute dans l'exercice d'une fonction officielle", a-t-elle annoncé dans un communiqué de presse.

La classe politique, y compris le camp travailliste dont le Premier ministre est issu, est d'autant plus en colère que ce mercredi 4 février, lors d'une séance de questions au gouvernement au Parlement, Keir Starmer a confirmé pour la première fois qu’il avait eu connaissance de la relation à long terme de Peter Mandelson avec Jeffrey Epstein avant de le nommer ambassadeur aux États-Unis en 2024, affirmant toutefois que l’ancien diplomate avait "menti à plusieurs reprises" sur la profondeur de sa relation avec le délinquant sexuel. "Peter Mandelson a menti au Premier ministre, il a caché des informations qui ont depuis été révélées et a présenté Jeffrey Epstein comme quelqu'un qu'il connaissait à peine", a déclaré une source de Downing Street auprès du Guardian.

"Nous pensions qu’il avait été un ministre des Entreprises efficace du gouvernement de Gordon Brown ; il a également été un commissaire européen au commerce exemplaire. C’est un homme politique talentueux et nous étions convaincus que ses compétences seraient un atout précieux pour notre pays, dans un contexte délicat pour les relations avec les Etats-Unis", a essayé de justifier Wes Streeting, le ministre de la Santé britannique, mercredi, sur la chaîne de radio publique BBC. Malgré les tentatives d'explication et de justification, le gouvernement de Keir Starmer n'a pas réussi à faire retomber la colère et semble sur la sellette.

"Confiance érodée"

Aujourd'hui, de nombreux élus des deux camps se questionnent sur les circonstances de la nomination de Peter Mandelson au poste le plus prestigieux de la diplomatie britannique, et interrogent le processus de vérification de Downing Street. L'opposition conservatrice somme ainsi le chef du gouvernement de publier tous les documents liés à la nomination de Peter Mandelson et aux conditions de sa révocation. Sous peine de censure. Le ministre de la Santé a déclaré à la BBC que les documents seraient publiés avec une "transparence maximale", justifiant quelques exemptions pour tout ce qui pourrait nuire à la sécurité nationale ou aux relations diplomatiques.

Fait rare dans l'hémicycle britannique, la cacophonie a laissé place à une étrange harmonie, dirigée contre le Premier ministre et son cabinet mercredi. Déjà impopulaire après plus d'un an de gouvernance sans éclat, le chef du gouvernement désormais éclaboussé par le scandale Epstein pourrait bel et bien chuter dans les jours à venir. Les députés travaillistes ont d'ores et déjà averti que les jours de Keir Starmer en tant que Premier ministre étaient comptés. "La confiance est terminée. Je ne suis personnellement pas sûr de pouvoir soutenir le Premier ministre lors d’un vote de confiance", a soufflé l'un d'entre eux auprès du Guardian.

Ce jeudi, Keir Starmer a présenté ses excuses aux victimes de Jeffrey Epstein jeudi et a déclaré qu'il regrettait d'avoir nommé Peter Mandelson ambassadeur. "On savait depuis un certain temps que Mandelson connaissait Epstein, mais aucun d'entre nous ne connaissait la profondeur et la noirceur de cette relation", a-t-il de nouveau assuré, face à la presse. Et de s'adresser aux victimes : "Je suis désolé. Désolé de ce qui vous a été fait, désolé que tant de personnes au pouvoir vous aient laissé tomber, désolé d'avoir cru aux mensonges de Mandelson et de l'avoir nommé". Pas sûr que la publication des documents relatifs à la nomination de Peter Mandelson ne suffise à apaiser le Parlement, favorable mercredi soir à un "départ à zéro".

© via REUTERS

Le Premier ministre Keir Starmer lors d'une séance de questions au gouvernement mercredi 4 février.

Fiscalité sur les legs et les héritages : et si la France s'inspirait du modèle italien ?

5 février 2026 à 12:00

Serait-il plus simple d’aller sur la planète Mars que de réformer la France ? Tout politique français, même le moins aguerri, sait que curseur bougé rime avec levée de boucliers. Notre système de retraite est probablement celui qui aura le plus pâti de cette sempiternelle satisfaction du statu quo. Et encore : la dernière réforme remonte à 2023 - voire 2014 si l’on considère le gel du décalage de l’âge de départ à la retraite voté dans le dernier budget - là où la taxation des héritages n’a pas été repensée depuis… plus d’un siècle ! Certes, des ajustements ponctuels ont été réalisés et des propositions ont été faites, y compris récemment lors de l’examen du projet de loi de finances 2026. Reste qu’aucune réforme structurelle n’a été conduite depuis le troc du barème proportionnel pour un barème progressif en 1901.

Pourtant, "le système français reste inégalitaire, punitif pour les héritiers éloignés et peu lisible", déplore Victor Fouquet, conseiller fiscal au Sénat, dans une note pour l’Institut Thomas More. Alors, pourquoi la France s’en satisfait-elle ? D’autant qu’il existe, non loin de chez elle, des modèles plus performants. Comme en Italie, où après avoir été supprimé, l’impôt sur les héritages et les legs a été réintroduit sous la forme d’une flat tax. Loin du débat traditionnel qui voit s’opposer les partisans d’une abrogation totale de l'impôt sur l'héritage et ceux de son augmentation, le spécialiste en fiscalité et en analyse économique du droit, Victor Fouquet, montre qu’il existe une troisième voie, plus pertinente. Entretien.

L’Express : "L’héritage réduit les inégalités patrimoniales, tandis que la taxation de l’héritage les accroît", écrivez-vous. Que cache ce surprenant paradoxe ?

Victor Fouquet : La littérature empirique montre que, à eux seuls, les héritages réduisent les inégalités patrimoniales. La raison est simple : en proportion de leur patrimoine préexistant, et même si les montants sont moins importants, les plus pauvres reçoivent davantage que les plus riches. Les successions et donations ont donc pour effet immédiat de diminuer les inégalités relatives. Cet effet égalisateur s’estompe néanmoins au fil du temps, à mesure que les héritiers les moins bien dotés consomment le patrimoine qui leur a été transmis. Les héritiers les plus favorisés sont davantage enclins à conserver et faire fructifier le patrimoine reçu, ce qui creuse à nouveau les inégalités patrimoniales.

Vous êtes pour autant contre la suppression de l’impôt sur l’héritage…

Ceux qui veulent supprimer l’impôt sur l’héritage ont politiquement raison mais économiquement tort. L’impôt sur l’héritage a beau être l’impôt le plus impopulaire, ce n’est pas l’impôt le plus mauvais d’un point de vue économique. Surtout lorsque l’on tient compte des très fortes distorsions ou inefficacités générées par ailleurs par la structure de notre système fiscal. Quitte à se priver de plus de 21 milliards d’euros de recettes fiscales, mieux vaudrait alléger en priorité la fiscalité sur le travail, en particulier le travail qualifié, ou sur le stock de capital que de supprimer intégralement les droits de succession et de donation.

Par ailleurs, les arguments avancés sont souvent de mauvaise foi : il s’agirait d’un impôt "immoral" et "confiscatoire", taxant "des montants déjà taxés". L’impôt sur l’héritage est, certes, une redondance fiscale, mais il l’est au même titre que tous les impôts sur l’épargne ou la consommation tirés de revenus déjà taxés une première fois ! Rappelons d’autre part que seules 10 % des transmissions entre parents et enfants sont imposées, à un taux effectif moyen qui ne dépasse pas les 5 %. Cela ne veut pas dire qu’il faille en sens inverse l’augmenter…

N’est-ce pas parce qu’il n’est pas suffisamment élevé que l’impôt sur l’héritage ne parvient pas à corriger les inégalités sociales ?

Le pouvoir correcteur de l’impôt sur l’héritage dépend de sa conception. Pour être puissamment redistributif, il doit être fortement progressif et taxer durement les gros héritages, sans échappatoires ou "niches" fiscales, tout en appliquant des seuils d’exonération suffisamment élevés qui permettraient la transmission de petits patrimoines en franchise d’impôt. Cet impôt théoriquement idéal du point de vue de la redistribution n’existe nulle part dans le monde, car il aurait pour contrepartie des coûts économiques exorbitants.

La puissance égalisatrice de l’impôt sur l’héritage est atténuée dans les faits par le traitement fiscal préférentiel de certains actifs, notamment les entreprises familiales, qui profite avant tout aux grosses transmissions. Mais il faut bien avoir conscience qu’une action fortement égalisatrice, par abaissement des patrimoines les plus importants, risquerait en l’espèce de s’effectuer davantage au détriment de la collectivité qu’au bénéfice des plus petits patrimoines. La redistribution n’est pas toujours quelque chose d’aisée à réaliser : généralement, on ne partage pas une entreprise industrielle ou commerciale, on la dilapide.

En matière de fiscalité sur les héritages et les donations, l'Italie offre, dites-vous, un compromis "intelligent". Expliquez-nous.

Après l’avoir abrogée en 2001, l’Italie a rétabli cette fiscalité en 2006 sous forme d’un impôt proportionnel avec trois taux différenciés (4 %, 6 % et 8 %) selon la proximité du défunt ou du donateur avec l’héritier ou le donataire. Cette différenciation des taux est à la fois simple et légitime, aussi bien philosophiquement qu’économiquement : la taxation d’un patrimoine transmis à un cousin ou une nièce est réputée en effet moins désincitative que la taxation d’une épargne accumulée en vue d’être transmise à un enfant.

Là où l’Italie conjugue trois niveaux de taux et d’abattements, la France ne distingue pas moins de sept catégories de bénéficiaires, avec une combinaison d’abattements très faibles et de taux très élevés qui surtaxe les héritiers collatéraux ou sans lien de parenté. La preuve : 50 % des recettes de l’impôt sont tirées des transmissions en ligne indirecte, alors qu’elles ne représentent que 10 % des flux.

Outre sa simplicité, le grand mérite d’un impôt proportionnel "à l’italienne" est de rendre quasiment inopérantes les stratégies de planification successorale, celle-ci n’ayant d’intérêt que pour bénéficier pleinement des abattements. Avec un impôt à taux constants, il n’y a plus aucune incitation à séquencer les donations dans le seul but d’échapper aux taux les plus élevés du barème.

Existe-t-il d’autres modèles européens dont la France pourrait s’inspirer ?

Le système irlandais est souvent cité comme modèle alternatif. En 1976, l’Irlande a mis en place une imposition des successions et des donations reçues tout au long de la vie. Préconisé par un certain nombre d’économistes, ce système prévoit d’imposer toute nouvelle réception patrimoniale en fonction du montant total déjà reçu par le bénéficiaire sur son cycle de vie, indépendamment de toute considération relative à la provenance, familiale ou non, de la transmission. Avec des taux fortement progressifs, ce système est censé inciter l’épargnant-transmetteur à répartir son patrimoine entre plusieurs bénéficiaires, en favorisant ceux qui ont reçu un patrimoine plus faible afin qu’ils paient un impôt moins élevé. Réduisant la concentration patrimoniale, ce système aboutirait du même coup à une plus grande égalité des chances.

Néanmoins, le système irlandais s’éloigne du modèle théorique sur plusieurs points : l’Irlande applique un taux unique proportionnel (33 %) avec un niveau d'abattements qui dépend fortement du lien de parenté entre le récipiendaire et le défunt ou le donateur, ce qui perturbe les choix de transmission. Or, ce système est selon moi une impasse : l’héritage revêt une dimension anthropologique qui ne peut être niée – ou en tout cas réduite à un traitement économique exclusif des liens familiaux qu’entretiennent les parents-épargnants avec leur progéniture. L’application en France d’un tel système serait en outre lourde de menaces pour les libertés publiques, puisqu’elle appellerait la mise en place, pour chaque contribuable, d’un compte individualisé retraçant l’ensemble des informations afférentes aux donations et successions reçues tout long de la vie.

Vous plaidez plus largement pour une réforme en profondeur de notre modèle. En quoi celui-ci est-il si défaillant ?

Le problème de notre fiscalité de l’héritage est celui de notre fiscalité tout entière : elle affiche des barèmes d’imposition facialement très progressifs, avec des taux marginaux comparativement très élevés, qu’elle contrebalance par une multitude de niches fiscales sans lesquelles l’impôt ne serait pas tolérable - exception faite pour le "pacte Dutreil" destiné à tenir compte de la spécificité des entreprises familiales comme actif transmissible.

Or cela génère des coûts multiformes : économiques d’abord, en raison des distorsions fiscales associées à la progressivité des taux et aux dispositifs dérogatoires ; administratifs ensuite, liés à la complexification et à la gestion du système fiscal ; civiques enfin, chacun s’imaginant que son voisin est fiscalement avantagé par tel ou tel régime de faveur. De façon générale, il faudrait faire l’exact inverse de ce que nous faisons : avoir des bases fiscales plus larges et des taux marginaux moins élevés, de façon à rapprocher les taux effectifs des taux faciaux (NDLR : les taux affichés par la loi, et non ceux réellement payés)

Vous démontez l'idée reçue selon laquelle, la progressivité de l'impôt limiterait la concentration des richesses. Pourquoi ?

En théorie, l’effet correcteur de l’impôt sur la concentration des richesses n’est garanti que si les taux sont progressifs, autrement dit s’ils croissent avec le niveau des patrimoines imposables. En pratique toutefois, le mitage de l’assiette par l’application d’exonérations ou de niches diverses – qui de surcroît profitent davantage aux plus fortunés – limite cet effet correcteur, tout en ayant au passage des coûts collectifs non négligeables.

En ligne directe, l’hyper-progressivité de notre impôt sur l’héritage n’est qu’apparente, et elle n’est justifiable ni financièrement - son rendement demeure modeste -, ni socialement - sa faible contribution aux recettes fiscales atténue mécaniquement sa vocation redistributive. Un impôt proportionnel avec un seuil d’exonération suffisamment élevé, pour ne pas pénaliser les héritiers défavorisés, mais une assiette fiscale suffisamment large, pour limiter l’optimisation fiscale des héritiers les plus favorisés, serait à mes yeux plus efficace. En raison de la forte concentration des patrimoines, la proportionnalité suffirait en effet à ce que ceux qui ont les plus gros patrimoines contribuent, en termes absolus, beaucoup plus que les autres.

Depuis 1901, aucune refonte en profondeur n'a été faite sur la fiscalité des héritage. Comment l'explique-t-on ? Cet enjeu est-il aussi éruptif chez nos voisins européens ?

L’année 1901 a marqué un bouleversement dans la conception de l’impôt avec l’avènement de la progressivité pour les seuls droits de succession - les droits de donation resteront proportionnels jusqu’en 1942. De proche en proche, on est passé d’une égalité devant l’impôt de type libéral à une égalité par l’impôt de type collectiviste, l’impôt n’étant alors plus seulement la contrepartie d’un service rendu par l’État mais un instrument privilégié de redistribution des richesses et de correction des positions sociales.

Pour les impôts autres que sur le revenu, la progressivité est pourtant admise sans être constitutionnellement requise. Mais ce qui nous distingue de nos voisins européens, ce n’est pas la progressivité du barème - la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne, la Suisse ou encore l’Espagne appliquent tous des taux progressifs,-, c’est la surtaxation des héritages en ligne collatérale et entre non-parents, y compris pour des transmissions de faible montant !

Quels pourraient être les effets d'une nouvelle augmentation de la fiscalité sur les héritages, comme le réclament la gauche ?

Si la littérature empirique écarte tout effet négatif significatif des droits de succession et de donation sur la production, les réactions comportementales n’ont été "testées" que pour des hausses de fiscalité limitées. Rien ne dit qu’il en irait de même dans l’hypothèse d’une augmentation massive de la fiscalité, à plus forte raison dans le cas déjà singulier de la France par rapport au reste du monde. Une fiscalité trop lourde sur les héritages risquerait d’altérer les comportements d’épargne les plus altruistes, dissuadant ainsi l’accumulation de capital sur plusieurs générations. Or, sauf à augmenter la fiscalité dans des proportions inconsidérées, la "dotation universelle en capital" défendue par la gauche ne pourrait être que d’un montant dérisoire.

© ZUMA PRESS/MAXPPP/MAXPPP

Rome, le 19 mai 2016. Manifestation des retraites contre la réforme des retraites.

Au Sénégal, le pétrolier « Mersin » a bien été victime d’une attaque ciblée

5 février 2026 à 14:00
Selon l’autorité de sécurité maritime sénégalaise, le navire a été victime d’un sabotage, le 27 novembre 2025 au large de Dakar, a appris « Le Monde ». L’opération pourrait avoir été menée par des commandos ukrainiens.

© Yoruk Isik / REUTERS

Le pétrolier « Mersin », battant pavillon panaméen et armé par la société turque Besiktas Shipping, lors de son passage dans le Bosphore, le 13 août 2025.

Affaire Epstein: sous pression, le Premier ministre britannique s'excuse auprès des victimes, mais assure vouloir "continuer" à diriger le gouvernement

5 février 2026 à 13:53
S'adressant aux victimes de Jeffrey Epstein, le Premier ministre britannique Keir Starmer s'est dit "désolé" ce jeudi 5 février "d'avoir cru aux mensonges" de Peter Mandelson et de l'avoir nommé ambassadeur à Washington malgré ses liens avec le pédocriminel. Il a toutefois écarté une démission du gouvernement.

Au Soudan, la famine menace de s’étendre dans l’Ouest, selon des experts mandatés par l’ONU

5 février 2026 à 13:46
Les seuils de malnutrition aiguë ont été dépassés dans les localités d’Oum Barou et de Kernoi, près de la frontière tchadienne – conséquence, selon les experts, d’un « afflux massif » de civils après la chute d’El-Fasher.

© Karl Schembri/Conseil norvégien pour les réfugiés via REUTERS

Des personnes déplacées font la queue pour recevoir des repas au camp de Thobo, dans le comté d’Engpung (Soudan), le 29 janvier 2026.
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