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© FREDRIK VARFJELL/AFP
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© Kevin Lamarque/AP
"Nous ne pouvons pas écarter cette option" : en Norvège, la crainte d'une invasion russe
La Norvège ne peut exclure la possibilité d'une invasion russe sur son territoire. Voilà l'alerte lancée par le chef d'état-major de l'armée d'Oslo. Dans une interview accordée au Guardian, le général Eirik Kristoffersen, chef d'état-major des armées norvégiennes, livre sa crainte d’une offensive moscovite, non pas dans un objectif de conquête, mais plutôt pour la protection de ses actifs nucléaires, stationnés dans le Nord.
"Nous n'excluons pas une appropriation de terres par la Russie dans le cadre de son plan visant à protéger ses propres capacités nucléaires, qui sont la seule chose qui lui reste pour menacer réellement les États-Unis", s'alerte le militaire dans les colonnes du Guardian. Si Eirik Kristoffersen ne s'inquiète pas d'une invasion similaire à celle de l'Ukraine, il souligne qu'une large partie de l'arsenal nucléaire russe - dont des sous-marins, des missiles terrestres et des avions - se trouve sur la péninsule de Kola, à proximité immédiate de la frontière norvégienne.
Des armes dont le Kremlin aura besoin s'il entre en conflit avec l'Otan. "Nous ne pouvons pas écarter cette option (NDLR : une invasion). C'est en quelque sorte le scénario auquel nous nous préparons dans le Grand Nord", détaille celui qui est chef de la défense norvégienne depuis 2020, responsable des forces armées du pays ainsi que de ses services de renseignement. Son parcours au sommet de l’armée norvégienne a été marqué par la guerre en Ukraine qui a contraint l’Europe à repenser sa sécurité. Une période également marquée par l’adhésion de la Suède et de la Finlande, voisines d’Oslo à l’Otan, et le renforcement des frontières avec la Russie dans l’extrême Nord de la Norvège.
Une zone stratégique
Cette zone de l'extrême Nord est d'une importance cruciale pour la Russie. "La péninsule de Kola représente leur sécurité stratégique face à l’Occident", expliquait déjà en juillet 2025, Johan Roaldsnes, chef régional du service de renseignement intérieur norvégien, dans le New Yorker. "Le plan russe est le suivant : si les tensions avec l’Otan s’enveniment, ils doivent créer une zone tampon" afin de préserver leur capacité à mener des frappes nucléaires. "Cela implique la capacité de contrôler leur territoire voisin le plus proche".
Eirik Kristoffersen a précisé au Guardian que son pays et ses troupes ne se préparaient pas seulement à une invasion classique mais à un large éventail de menaces. "Si vous vous préparez au pire, rien ne vous empêche d'être également en mesure de contrer le sabotage et les menaces hybrides".
Des communications entre les deux pays
Le militaire précise toutefois que les communications entre la Russie et la Norvège ne sont pas coupées. Des contacts directs persistent, non seulement dans le cadre des missions de recherche et de sauvetage dans la mer de Barents, mais aussi de réunions régulières à la frontière entre les représentants des deux armées. L'homme se dit même favorable à la mise en place d'une ligne téléphonique militaire entre Moscou et Oslo.
Le but ? Disposer d'un canal de communication permettant d'éviter une escalade due à des malentendus... Qui ne seraient pas si rares que cela : "Jusqu'à présent, les violations que nous avons constatées dans notre espace aérien étaient dues à des malentendus", a affirmé Eirik Kristoffersen, attribuant ces incidents à des pilotes peu expérimentés". Avant d'ajouter : "Lorsque nous discutons avec les Russes, ils réagissent en fait de manière très professionnelle et prévisible". Le général précise que la Russie s'est montrée moins offensive sur son territoire qu'en mer Baltique.

© EPA/MAXPPP
Aux États-Unis, l’abrogation d’un texte fondateur menace l’action climatique
"Nous avons créé un monstre" : en Allemagne, l'inquiétante dérive brune de l'AfD
Un parti nostalgique du IIIe Reich ? Avec 40 % d’intentions de vote ? Ce n’est pas une fiction, mais une réalité en Saxe-Anhalt où les électeurs s’apprêtent à confier les clés du pouvoir à l’AfD (Alternatif für Deutschland) aux régionales le 6 septembre. La publication du "programme de gouvernement" en Saxe-Anhalt, vendredi 23 janvier, a officialisé le projet de refonte d’un État par l'AfD selon une vision ethno-nationaliste, autoritaire et climato‑sceptique d'un parti surveillé par L’Office de protection de la Constitution (Verfassungsschutz).
Création d'une police de la "remigration" sur le modèle de l'ICE américain, suppression du droit d’asile, retour du droit du sang, création de "milices de quartier", suppression des subventions aux Eglises catholique et protestante, résiliation du service public de l'audiovisuel, lutte contre le "lobby transgenre", définition de la famille "normale" entre homme et femme, abandon des programmes de lutte contre le racisme à l'école et des "études postcoloniales", retour du gaz russe, du nucléaire, du charbon, du moteur thermique et démontage des éoliennes... En deux mots : "penser allemand" dans une région qui fut le "centre géographique du Reich". Les politologues n’hésitent plus à tracer des parallèles avec la montée du nazisme dans les années 1930. "Sous la République de Weimar (1919-1933), nous n'avons pas suffisamment pris conscience du danger que représentait le NSDAP [parti de Hitler]. Le danger, c’est que nous répétions les mêmes erreurs", prévient Hendrik Cremer, expert de l’extrême droite à l’Institut allemand des droits de l'homme (DIMR) et auteur d’un ouvrage sur les dangers que représente l’AfD pour la démocratie (Plus longtemps nous restons silencieux, plus nous aurons besoin de courage, 2025, non traduit).
"Je ressens un certain fatalisme face à la situation. Les gens sont comme des lapins devant les phares", ajoute Hans Vorländer, politologue à l’université de Dresde, face à l’absence de réactions dans la classe politique et la société civile après la publication de ce programme résolument identitaire. Cette radicalisation de l’AfD a été progressive depuis 2015. Alors que le parti était sur le point de disparaître, deux ans après sa création, la "crise des réfugiés" a, pour ainsi dire, sauvé une AfD mort-née, grâce à une opposition radicale à la politique de l’accueil d’Angela Merkel et la récupération de mouvements, tel le parti islamophobe Pegida. "Un cadeau du ciel", confiait à l’époque le transfuge du parti conservateur (CDU) et idéologue de l’AfD, Alexander Gauland, jugé aujourd’hui trop "mou" par ses pairs.
Sur les 18 fondateurs, la plupart des professeurs d’universités eurosceptiques, il n’en reste plus un seul aujourd’hui. Vampirisé par le fasciste Björn Höcke (une qualification autorisée par la justice), l’AfD est devenue l’un des partis d’extrême droite les plus radicaux d’Europe. "Nous avons créé un monstre", confiait l’un des figures du mouvement d’origine, Hans-Olaf Henkel, ancien président de la Fédération des industriels allemands (BDI). Depuis, le parti n’a cessé de se radicaliser. "L’AfD défend, dans la lignée des nazis, le concept d’une communauté ethnique homogène. Si ce parti arrivait au pouvoir, il abolirait les droits de l'Homme et l'État de droit. Personne ne serait plus en sécurité dans ce pays", insiste Hendrik Cremer. "Les médias ne parlent pas assez du potentiel de violence qu’ils représentent. Ils n’évoquent pas non plus les buts de l’AfD, leur idéologie et le fait qu’ils veulent abolir la démocratie", ajoute-t-il.
"Il attend le grand soir pour sortir du bois"
Tandis que la direction de l’AfD s’efforce de dédiaboliser le mouvement, l’ancien professeur d’histoire Björn Höcke tire les ficelles en coulisses. Le président de la fédération de Thuringe, un homme surveillé par les services de renseignement pour ses accointances néonazies, est le vrai président à l’AfD. Et il agit dans l’ombre. "Il attend le grand soir pour sortir du bois", assure Hans Vorländer. Plus rien ne se décide sans lui. La moindre critique à son encontre peut conduire à une procédure d’exclusion. Le porte-parole de l’AfD au Bundestag pour les questions de défense, Rüdiger Lucassen, l’a appris à ses dépens. L’ancien soldat de la Bundeswehr a été menacé début décembre d’une procédure disciplinaire pour avoir refusé de suivre Björn Höcke sur son "non" au service militaire obligatoire.
Épuration ethnique
Björn Höcke lutte pour "l’homogénéisation ethnique" de l’Europe, déplore la "stratégie de reproduction des Africains", considère la Russie comme un "allié naturel de l’Allemagne" et utilise dans ses meetings le slogan de l’organisation paramilitaire nazie Sturmabteilung (SA) : Alles für Deutschland (Tout pour l’Allemagne). Condamné par la justice, il se pose en victime d’une justice "instrumentalisée" par le "système". Mais plus personne ne peut ignorer aujourd’hui en Allemagne les vrais desseins de l’extrême droite, démasquée en 2024 par l’enquête du site Correctiv. A la Conférence de Potsdam, qui s’est tenue le 25 novembre 2023 à quelques kilomètres de la villa de Wannsee où avait été planifiée la "solution finale" en 1942, plusieurs cadres de l’AfD étaient réunis aux côtés de néonazis pour étudier un plan d’épuration ethnique en Allemagne dont 20 % de la population est issue de l’immigration. L’invité de marque était l’identitaire autrichien Martin Sellner, venu présenter son "Etat modèle" capable de déporter deux millions de "citoyens allemands non assimilés" en Afrique du Nord.
"En raison de mes origines étrangères – mes parents ne sont pas nés en Allemagne –, l'AfD ne me reconnaît pas comme une citoyenne allemande à part entière", explique Irene Mihalic, première secrétaire générale du groupe écologiste à l’assemblée fédérale (Bundestag), qui souhaite une interdiction du parti par le tribunal constitutionnel. "L’AfD est dominée aujourd’hui par un courant ethno-nationaliste qui exclut les Allemands issus de l’immigration", confirme Fabian Virchow, chercheur sur l'extrême droite à l’Université des sciences appliquées de Düsseldorf.
Malgré un soulèvement sans précédent de la société civile, l’AfD n’a eu aucun scrupule à aligner un candidat aux élections européennes qui relative les crimes nazis. Maximilian Krah, catholique et père de huit enfants, juge que les SS n’étaient "pas tous des criminels". Cette déclaration avait conduit la direction du RN à couper les ponts avec les homologues allemands.
Mais plus l’AfD se radicalise, plus elle progresse dans les urnes. En 10 ans, l’AfD est devenue une force politique incontournable, première force dans l’est du pays et premier groupe d’opposition au Bundestag. L’AfD n’est plus un "phénomène" est-allemand, mais un mouvement enraciné sur l’ensemble du territoire. La ministre-présidente du Mecklembourg a mis ses homologues de l’Ouest en garde sur ce succès de l’extrême droite qui n'est pas seulement liée aux frustrations de la Réunification.
"L’AfD représente désormais un risque pour notre pays"
"Les problèmes de l'Est se répercutent avec un certain décalage à l'Ouest. Avec les conséquences politiques qui l'accompagnent", a prévenu la sociale-démocrate Manuela Schwesig qui remet son mandat en jeu cette année contre une AfD à 40 % dans les sondages, soit deux fois plus que son propre parti (SPD). L’AfD est également aux portes du pouvoir en Saxe-Anhalt, où elle est en mesure de gouverner en 2026 à la majorité absolue en termes de sièges. Toute la radicalité du mouvement a pu se mesurer lors du congrès fondateur, le 29 novembre 2025, d’une nouvelle structure pour les jeunesses de l’AfD, considérée comme une "menace pour la Constitution" par les services du renseignement. En rebaptisant l’organisation Generation Deutschland et en l'intégrant au parti, une dissolution est désormais plus compliquée.
Le nom a changé, pas l’idéologie. Björn Höcke a salué l’élection de Jean-Pascal Hohm à la tête de Generation Deutschland, qui défend, comme lui, la thèse du "Grand remplacement". "Ceux qui remplacent le peuple par des naturalisations ne changent pas l’Allemagne. Ils la détruisent. C’est donc un devoir de résister", a déclaré ce jeune homme de 28 ans qui a commencé sa carrière politique dans les milieux d’extrême droite du Brandenburg. "Les membres du bureau de Generation Deutschland entretiennent des relations avec de multiples courants d’extrême droite, dont des néonazis. Ils se connaissent, se serrent la main, se voient, ils manifestent côte à côte", assure Fabian Virchow. A la tribune du Congrès, Kevin Dorow, originaire du Schleswig-Holstein, a repris l’expression du chef de la jeunesse hitlérienne, le Reichsjugendführer Baldur von Schirach : "Jugend wird durch Jugend geführt" ("La jeunesse doit être dirigée par la jeunesse"), consciemment et sous les applaudissements.
La coprésidente de l’AfD, Alice Weidel, a fini par épouser – malgré son homosexualité déclarée – les causes de l’aile radicale en faisant acte d’allégeance au courant ethno-nationaliste. Elle a défendu l’utilisation du "Alles für Deutschland" en acceptant un slogan de campagne très explicite : "Alice für Deutschland". En 2017, elle s’était prononcée en faveur de l’exclusion de Björn Höcke après le "discours de Dresde", au cours duquel il avait appelé à un "virage à 180 degrés de la politique mémorielle" et critiqué le mémorial de la Shoah à Berlin. "Les radicaux ont pris le contrôle", constate Jörg Meuthen, le dernier des présidents "libéraux" de l’AfD qui a jeté l’éponge en janvier 2022 sous la pression de la meute radicale.
Aux élections législatives de février 2025, l’AfD a doublé le nombre de ses députés au Bundestag, devenant la première force d’opposition. "L’AfD représente désormais un risque pour notre pays", insiste la député Irene Mihalic, en décrivant une ambiance irrespirable à l’assemblée fédérale. "Les recherches menées par des journalistes ont révélé que plus de 100 collaborateurs parlementaires avaient des liens avec des cercles néonazis et des associations étudiantes nationalistes (Burschenschaften). L'AfD n'en fait plus mystère. Notre sentiment d'insécurité a encore augmenté d'un cran. Quelles sont les personnes qui pénètrent dans le bâtiment à l'invitation de l'AfD ? Le soir, on préfère fermer ses bureaux à clé quand on travaille tard", raconte-t-elle.
"Dangereux de couper le cordon sanitaire"
La procédure d’interdiction, dont l’Allemagne débat depuis des années, risque de durer. "Il faut d'abord rassembler toutes les preuves détenues par les autorités fédérales et régionales chargées de la protection de la Constitution", explique Irene Mihalic, qui regrette l’aveuglement des conservateurs, peu enclins à suivre le "front commun" contre l'AfD. "La plupart des membres de la CDU n'ont pas compris qu’ils sont devenus leur cible principale", s’alarme-t-elle. Certains membres de la CDU sont bien conscients que l’AfD veut "détruire la CDU" et que la digue cède entre les deux camps. "Ces gens et leur façon de penser constituent le plus grand danger pour la démocratie. Il ne peut y avoir qu'une seule réponse : s'y opposer", insiste Herbert Reul, ministre conservateur (CDU) de l’Intérieur en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. "Si mon parti estime qu'il faut changer d'avis, alors je m'en irais", a-t-il prévenu.
Herbert Reul a senti que le "cordon sanitaire" (Brandmauer) ne tient plus qu’à un fil. Le chancelier utilise lui-même, depuis son retour en politique en septembre 2021, un narratif proche de l’AfD sur l’immigration ou sur le climat qui rapproche déjà les deux camps sur le terrain des idées. En acceptant début janvier les voix de l’extrême droite pour une motion visant à durcir la politique migratoire, Friedrich Merz a brisé sa promesse de "ne jamais coopérer avec l’AfD". "Je ne regarde ni à gauche ni à droite. Je regarde devant moi", s’était-il justifié pour expliquer un soi-disant "coup de poker électoral" pour les législatives du 24 février. "C’est l’AfD qui en a profité", rappelle Fabian Virchow.
"Au regard de l’histoire allemande, il serait dangereux de couper le cordon sanitaire", estime Hans Vorländer. "La digue tient encore, mais jusqu’à quand ?", s’interroge-t-il. Malgré les inquiétudes des entreprises et des hôpitaux, soucieux de recruter des personnels dans le monde entier pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre, les conservateurs sont persuadés qu’ils récupéreront une partie de l’électorat en durcissant leur discours sur la politique migratoire. Un défi que la CDU aura du mal à surmonter. Lors de son retour en politique, Friedrich Merz avait promis de diviser par deux le nombre d’électeurs d’extrême droite. Ils sont deux fois plus nombreux aujourd’hui.

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