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EN DIRECT, guerre en Ukraine : suivez les dernières informations

12 février 2026 à 09:30
Le président ukrainien dit avoir accepté une proposition américaine d’organiser la semaine prochaine des négociations, rappelant que la question des territoires resterait au cœur des discussions, selon l’agence Bloomberg.

© Valentyn Ogirenko/REUTERS

Des appartements endommagés à la suite de frappes russes nocturnes, à Kiev, le 12 février 2026.

L'affaire Epstein, un miroir dérangeant pour les Européens

12 février 2026 à 06:30

L’affaire Epstein nous trouble. Officiellement, parce qu’elle nourrit les populismes et confirme tous les soupçons sur "les élites". Officieusement — et plus profondément — parce qu’elle tombe extrêmement mal. Elle tombe mal parce qu’elle (re)surgit précisément au moment où l’Europe cherche à se raconter une histoire commode : celle d’une alliée trahie par les Etats-Unis, brutalement abandonnée sur le plan géopolitique, contrainte - presque malgré elle - d’inventer enfin son autonomie stratégique. Cette histoire, qui n’est pas entièrement fausse, est utile. Elle est aussi moralement confortable et politiquement mobilisatrice. Or Epstein vient tout gâcher.

Car l’affaire agit comme un rappel brutal d’une certaine compromission européenne. Ce financier mondain devenu l’un des hommes les mieux connectés des cercles de pouvoir occidentaux, ses résidences fréquentées par responsables politiques, aristocrates et grands patrons, son arrestation tardive, puis sa mort en prison en 2019 dans des circonstances suspectes : tout cela renvoie à un entre-soi transatlantique où l’argent, l’influence et l’impunité semblaient parfois se confondre.

L’affaire n’est donc pas seulement un scandale américain qui éclabousse l’Europe par ricochet ; elle révèle un monde commun dans lequel les élites européennes ont circulé avec aisance, curiosité et une certaine naïveté satisfaite. Epstein devient alors un prisme grossissant : au moment où l’Europe voudrait se poser en victime d’un allié devenu prédateur, sa complaisance (parfois fascinée, souvent imprudente) est dévoilée par les lumières crues de l’affaire Epstein.

Il faut aussi se souvenir que cette relation n’a pas toujours été "toxique". Pendant des décennies, le couple transatlantique a été solide, productif, rassurant. Reconstruction d’après-guerre, sécurité partagée, prospérité économique, stabilité politique : cette alliance fut longtemps un choix mutuellement bénéfique. Nous n’avons pas toujours été des victimes ; nous avons aussi été des partenaires satisfaits d’une relation qui fonctionnait. C’est précisément ce passé commun qui rend aujourd’hui la désillusion plus douloureuse – et le leitmotiv de la trahison si utile et séduisant.

Pourtant, le besoin d’émancipation est réel. Sanctions secondaires, enquêtes extraterritoriales visant des entreprises européennes, pressions commerciales, et surtout sécuritaires - tout cela rappelle régulièrement où se situe le rapport de force. Le protecteur n’est plus fiable. Il ne cache d’ailleurs même plus qu’il ne faut plus compter sur lui.

Mais l’affaire Epstein vient troubler ce récit de libération. Elle rappelle que, comme dans toute relation de confiance durable, nous avons été impliqués et consentants. Et c’est précisément ce qui rend la rupture si difficile. Dénoncer l’autre, c’est risquer de révéler sa propre naïveté. Se dire trahi, c’est oublier qu’on a aussi fermé les yeux.

L’Europe dans une zone grise peu flatteuse

L’embarras est d’autant plus grand que les dossiers ne sont pas entre nos mains. Les archives, la justice, les listes de fréquentations, le tempo médiatique restent américains, et chaque nouvelle publication de documents, partiels ou caviardés, rappelle que le récit ne nous appartient pas.

Comment construire une posture morale quand l’autre détient la capacité de rappeler, à tout moment, que la relation fut aussi une affaire de consentement jusque dans ses recoins les plus sombres ?Les dilemmes européens sont donc multiples. Moraux d’abord : assumer les compromissions ou les nier au risque du retour de flamme. Stratégiques ensuite : proclamer l’autonomie sans en avoir encore les moyens, ou différer l’émancipation au risque de l’enlisement.

Politiques enfin : en ce mois de février 2026, les Européens restent divisés ; entre pays d’Europe centrale attachés au parapluie sécuritaire américain, États du Sud prioritairement préoccupés par la stabilité économique et pays fondateurs tentés par une autonomie plus affirmée.

L’affaire Epstein rend impossible le confort du récit simple. Ni pure victime ni héroïne en devenir, l’Europe apparaît dans une zone grise peu flatteuse. Mais Epstein peut aussi agir comme un électrochoc de plus, rappelant que l’autonomie stratégique ne relève pas seulement des budgets ou des armées, mais aussi d’une forme de lucidité morale. L’Europe peut évidemment s’émanciper de sa tutelle américaine. Mais pas en se racontant qu’elle n’a rien vu ni rien accepté. Peut-être en comprenant au contraire que c’est de cette zone inconfortable - entre naïveté passée et lucidité présente - que naissent les retournements.

© Maxime Jegat/PHOTOPQR/LE PROGRES/MAXPPP

"La masse d’informations donne le sentiment d’un gigantesque réseau pédocriminel mené par Jeffrey Epstein", note Pascal Wagner-Egger, chercheur en psychologie sociale à l’université de Fribourg, spécialiste des croyances complotistes.

De la réhabilitation d’Hitler à la montée de l’AfD : chronique d’une banalisation

12 février 2026 à 06:00

Le passé permet souvent d'éclairer l'actualité. Chaque jeudi, dans notre nouveau podcast Hier à la Une, on se plonge dans les archives de L’Express, pour comprendre autrement la couverture du magazine de la semaine.

Il y a les arrestations de la police de l’immigration, comparées aux rafles de la Gestapo. Il y a aussi la tenue du patron de l’ICE, Gregory Bovino, accusé par ses opposants de s’habiller comme un officier SS. Il y a également eu, en janvier 2025, le très probable salut nazi d’Elon Musk en pleine investiture de Donald Trump. Au-delà des images, il y a les mots : des slogans comme "Make America White Again" ou "Les juifs ne nous remplacerons pas !". C’est dans ce contexte que L’Express s’intéresse cette semaine à la montée du nazisme, notamment aux Etats-Unis, et même à la fin du tabou autour d’Hitler.

Outre-Atlantique, c'est la bataille pour la succession d'Hitler qui réveille les thèses nationalistes, qu'il s'agisse de son vice-président J.D. Vance, ou des influenceurs Maga comme le négationniste Nick Fuentes.

Une tendance aux Etats-Unis qui contamine le Vieux Continent. En Allemagne, particulièrement, les cadres de l'AfD (Alternativ für Deutschland) élaboraient en novembre 2023, un plan d'épuration éthique avec des néonazis. Le parti d'extrême droite a même présenté aux élections européennes un candidat qui relativise les crimes nazis.

Création d'une police de la "remigration", retour du droit du sang, mise en place de "milices de quartier". Malgré un programme ultraradical, l’AfD est aujourd’hui la première force d’opposition en Allemagne. Aux élections législatives de février 2025, le parti a doublé le nombre de ses députés au Bundestag. Une situation inquiétante mais qui s’est installée très progressivement dans nos paysages politiques.

Dans cet épisode d'Hier à la Une, on vous propose de regarder ce qu'en disait L’Express il y a quelques années.

En 1977, par exemple, Hitler est "à la mode". Il est la tête d'affiche d'un film et d'un livre qui dressent son portrait, tentant de rompre avec l'image du dictateur. Quelques années plus tard, en 1992, l'Allemagne voit surgir une vague de violence venue de l'extrême droite. En 2020, le parti de l'AfD est installé dans le pays, avec un discours plus que radicalisé.

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Cet épisode a été écrit par Charlotte Baris, monté et réalisé par Jules Krot, avec Anne Marion à la documentation.

Crédits : Euronews, France 3, Al Jazeera English

Musique et habillage : Emmanuel Herschon / Studio Torrent

Visuel : Alice Lagarde

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© L'Express

Archive d'une couverture de L'Express - Août 1977

Conférence de Munich : un an après le coup de tonnerre de J.D. Vance, le fossé transatlantique est béant

12 février 2026 à 05:45

Un an après le coup de tonnerre diplomatique déclenché par le vice-président J.D. Vance dans son discours de Munich, le projet américain d’exporter la révolution trumpiste en Europe marque le pas. Mais les Européens, pour leur part, n’ont toujours pas réussi à s’émanciper de Washington. Les deux piliers d’un Occident qui part en capilotade se regardent en chiens de faïence.

Sous Trump et Vance - le vice-président le plus présent à l’international depuis Dick Cheney, l’artisan de l’invasion de l’Irak en 2003 - les Etats-Unis ne font pas que négliger leurs alliés, piétiner le droit international et abandonner l’Ukraine. Le récent épisode groenlandais a montré qu’ils pouvaient aussi se muer en prédateurs.

Résultat, la méfiance se répand. Vance a été hué par le public milanais lorsqu’il est apparu à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver, le 6 février. Publié le même jour, un sondage YouGov atteste que dans les pays les plus pro-américains, ceux qui considèrent encore les Etats-Unis comme alliés ou amis deviennent minoritaires. Leur nombre a fondu comme neige au soleil en Allemagne (41 %, soit 30 points de moins que sous Joe Biden) comme au Royaume-Uni (46 %, 23 points de moins). Même les populistes doivent prendre leurs distances avec Trump. Lors de l’élection présidentielle qui vient de se tenir au Portugal, le candidat André Ventura, fan du président américain, a mordu la poussière.

Réunis l’an dernier dans l’hôtel Bayerischer Hof à Munich, les principaux responsables politico-militaires européens ont senti un abîme vertigineux s’ouvrir sous leurs pieds en écoutant le vice-président américain. Au moment même où ils prenaient enfin au sérieux les reproches des Etats-Unis sur le partage du fardeau de la défense, ceux-ci déplaçaient le conflit sur le terrain des valeurs ! Les Européens découvraient avec effroi que les principes exposés par l’orateur contredisaient directement leur pratique politique et leurs convictions progressistes.

Les Européens sont seuls désormais

Car que reproche la Maison-Blanche aux élites européennes ? D’abord, de faire obstacle à l’accès au pouvoir des populistes proches de Trump, en usant pour cela de moyens déloyaux tels que censure, instrumentalisation de la justice, isolement politique ou artifices procéduraux. Ensuite, de faire preuve de complaisance coupable vis-à-vis d’une immigration musulmane qui, selon la nouvelle Stratégie nationale de sécurité américaine, porterait en elle le risque d’une perte d’identité de l’Europe et saperait donc, à terme, la raison d’être du bouclier accordé par l’Amérique au Vieux Continent.

Côté européen, on dénonce en retour l’hypocrisie d’une administration présidentielle qui abandonne les valeurs communes de démocratie et de liberté au profit d’une politique impériale mercantiliste, égoïste et à caractère autoritaire. Quand Donald Trump prétend que la seule limite à son pouvoir personnel est son "sens moral", tout en diffusant sur son réseau social des vidéos à connotation raciste, beaucoup d’Européens attachés au lien transatlantique se sentent trahis. Car l’Amérique n’est pas le premier allié venu. Elle est la pierre angulaire de l’ordre mondial. Elle accorde sa garantie de sécurité mais elle détient aussi les clés de la prospérité mondiale, grâce à sa domination de la finance, du commerce et de la technologie.

Les Européens sont seuls désormais. Le fossé transatlantique, devenu béant, ne profite qu’à la Russie de Vladimir Poutine et à son grand protecteur, le Parti communiste chinois. Le réalisme impose de reconnaître que les pays européens sont encore peu capables de se défendre par eux-mêmes, sans le parapluie nucléaire et les autres armes de l’Amérique. Or, ce n’est qu’en s’affirmant en acteurs souverains et unis qu’ils pourront protéger efficacement leurs intérêts, que les guerres à venir soient militaires, commerciales, technologiques ou culturelles. Le chemin à parcourir est encore long. En attendant qu’ils y soient parvenus, leur situation restera fort périlleuse.

© EPA

Le vice-président américain J.D. Vance à la conférence de Munich, le 14 février 2025.

Ukraine-Russie: la guerre

12 février 2026 à 06:22
Après des années de tension, le président russe Vladimir Poutine a relancé le conflit entre son pays et l'Ukraine - dirigée par Volodymyr Zelensky - en annonçant, le 21 février 2022, "reconnaître l'indépendance de la République populaire de Donetsk et de la République populaire de Lougansk", deux régions séparatistes prorusses du Donbass. Dans la foulée, le leader du Kremlin a enclenché, le 24 février, une opération militaire de grande envergure en Ukraine pour officiellement défendre ces séparatistes. "Nous nous efforcerons d'arriver à une démilitarisation et une dénazification de l'Ukraine", a-t-il dit. Le Kremlin a précisé que cette opération ayant pour objectif l'imposition d'un "statut neutre" à l'Ukraine, durerait le temps nécessaire, en fonction de ses "résultats" et sa "pertinence". Cette offensive russe intervient huit ans après que Moscou a annexé la Crimée et parrainé la prise de contrôle de régions du Donbass par des séparatistes prorusses, déclenchant un conflit régional qui a fait plus de 14.000 morts. L'Ukraine a de son côté dénoncé le début d'une "invasion de grande ampleur de la Russie". Cette opération vise à "détruire l'État ukrainien, s'emparer de son territoire par la force et établir une occupation", a notamment réagi le ministère des Affaires étrangères ukrainiens. Juste après le discours de Vladimir Poutine, des explosions ont retenti à Kiev, à Kramatorsk, ville de l'est servant de quartier général à l'armée ukrainienne, à Kharkiv (nord-est), deuxième ville d'Ukraine, à Odessa, sur la mer Noire, et à Marioupol, principal port de l'est. La centrale de Tchernobyl, théâtre du pire accident nucléaire de l'histoire en 1986, est tombée plus tard aux mains des soldats russes. Dès les premières heures de la journée, des habitants de Kiev se sont pressés dans le métro pour s'y abriter ou tenter de quitter la ville, cependant que des voitures remplies de familles fuyant la capitale créaient de vastes embouteillages. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a ordonné dans un décret la mobilisation générale des personnes soumises "à la conscription militaire et des réservistes", sous 90 jours dans toutes les régions du pays. Le dirigeant a regretté que l'Ukraine soit "laissée seule" face à l'armée russe alors que l'Alliance atlantique (Otan) a indiqué qu'elle n'enverrait pas de troupes pour la soutenir. De nombreux pays ont malgré tout condamné l'invasion russe. Le président américain Joe Biden, pour qui le maître du Kremlin va devenir "un paria sur la scène internationale", a imposé des restrictions aux exportations de produits technologiques vers la Russie. Le numéro deux de l'ambassade russe à Washington a été expulsé. Les dirigeants des 27 pays de l'UE ont parallèlement pris des sanctions "massives" contre la Russie dans les secteurs de l'énergie, de la finance et des transports mais sans l'exclure dans l'immédiat du réseau bancaire Swift, qui permet de recevoir ou d'émettre des paiements dans le monde entier. Des sanctions qui auront des conséquences sur l''économie européenne. Emmanuel Macron a lui annoncé que la France allait accélérer le déploiement de soldats en Roumanie dans le cadre de l'Otan. "La France continuera à jouer pleinement son rôle de réassurance des alliés de l'Otan en envoyant en Estonie un nouveau contingent au sein de la présence avancée renforcée, en anticipant sa participation à la police du ciel balte dès le mois de mars, et en accélérant aussi son déploiement en Roumanie", a déclaré le président français à l'issue d'un sommet exceptionnel de l'UE à Bruxelles.

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