Plus de 1000 km de front, des pertes humaines colossales... Quatre ans après l’invasion, le conflit russo-ukrainien dans l’impasse

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Des membres des services de sécurité américains et d'autres pays occidentaux ont confié au New York Times qu'ils observent des signaux de plus en plus inquiétants, indiquant que l'Iran pourrait ordonner des attaques terroristes par l'intermédiaire de ses proxys : le Hezbollah, les Houthis et possiblement Al-Qaïda - principalement. Téhéran pourrait ordonner d'attaquer des cibles américaines sur le sol européen et au Moyen-Orient, si Donald Trump ordonnait des frappes à grande échelle contre le pays.
Une perspective dont s'alerte Colin Clarke, directeur exécutif du Soufan Center, société de renseignement et de conseil, devant les journalistes du titre new-yorkais. "L'Iran peut œuvrer à travers ses proxys pour mener des attaques terroristes, ce qui augmenterait le coût de chaque intervention militaire américaine". D'autant plus que, malgré la surveillance accrue de Washington, il reste difficile d'identifier ce qui pourrait provoquer un passage à l'acte de Téhéran.
Selon les mêmes responsables de sécurité sondés par le média, aucun complot en cours d'élaboration n'aurait été détecté. Toutefois, une intensification des "chatter" - terme issu du jargon des services secrets pour désigner l'interception électronique des communications des terroristes - laisse présager un certain niveau de planification et de coordination des attaques.
Quant aux menaces, elles abondent. La crainte des responsables du renseignement et de la lutte contre le terrorisme : que "Téhéran recrute les Houthis au Yémen pour reprendre les attaques contre les navires occidentaux dans la mer Rouge", peut-on lire dans les colonnes du titre américain. Les Européens, eux, s'inquiètent plutôt de voir les "cellules dormantes" du Hezbollah libanais, voire d'Al-Qaïda émerger sur ordre d'attaquer des bases ou des ambassades américaines.
Ce climat d'incertitude complexifie les plans d'opération militaire de l'administration Trump, dont les objectifs demeurent ambigus. Le champ d'action de la Maison-Blanche va de frappes limitées contre des cibles militaires iraniennes au renversement du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei. Une situation qui plonge Téhéran dans le flou et pourrait ainsi mener son "gouvernement à considérer une offensive menée par les États-Unis comme une menace existentielle" analyse le New York Times, ajoutant qu'une escalade des offensives entre l'Iran et les Etats-Unis est envisageable. Conscient du risque d'escalade dans la région, le Pentagone a déployé en urgence des batteries Patriot supplémentaires et d'autres systèmes de défense antimissile afin de protéger les 30 000 à 40 000 soldats américains stationnés dans la région.
Même son de cloche du côté de Colin Clarke : "Si la campagne militaire américaine contre l'Iran constitue une menace existentielle contre l'ayatollah et les membres les plus hauts placés des gardiens de la révolution, je m'attendrais à ce que Téhéran ordonne des attaques terroristes à l'étranger, y compris en Europe". Un danger qui n'échappe pas aux responsables politiques américains.
Vendredi 20 février, le sénateur démocrate Jack Reed tirait la sonnette d'alarme. "Des frappes militaires contre l'Iran risqueraient d'enflammer le conflit régional, ce qui mettrait en danger les soldats américains stationnés au Moyen-Orient et déstabiliserait les marchés mondiaux de manière à causer du tort à tous les Américains", a-t-il déclaré, urgeant Donald Trump à consulter les citoyens avant de poursuivre son entreprise martiale. Car si les proxys iraniens sont affaiblis dans le périmètre limitrophe d'Israël, ils conservent une capacité d'action dans d'autres périmètres plus éloignés.
Et cette nouvelle menace arrive alors que les services militaires et antiterroristes occidentaux sont déjà débordés par les rumeurs d'une possible attaque terroriste d'Al-Qaïda en Europe, détaille le New York Times. "Les ambitions d'Al-Qaïda en matière d'opérations extérieures restent élevées et pourraient même s'accroître", conclut ce mois-ci une évaluation antiterroriste du Conseil de sécurité des Nations Unies. Et selon un rapport antiterroriste du Conseil de sécurité des Nations Unies, Saif al-Adel, chef de facto d’Al-Qaïda en Iran, a ordonné à deux de ses principaux lieutenants de "réactiver des cellules en Irak, en République arabe syrienne, en Libye et en Europe".

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La campagne de sabotage menée par le Kremlin contre les alliés européens de l'Ukraine s'intensifie. Incendies criminels, engins explosifs artisanaux, projets d'attaques contre des avions cargo : selon des responsables occidentaux, ces opérations relèvent d'une guerre clandestine orchestrée par les services de renseignement russes. Et, au coeur de plusieurs de ces complots, apparaît un profil inattendu, selon le New York Times : celui d'un ancien chauffeur de taxi russe de 42 ans, Aleksei Vladimirovich Kolosovsky.
Rien, en apparence, ne prédestinait cet homme à jouer un rôle dans ce conflit de l'ombre. Le New York Times retrace son profil : installé dans la région de Krasnodar, dans le sud de la Russie, il semble vivre modestement. Souvent endetté, selon des services de sécurité européens, il expose sur les réseaux sociaux des photos de voitures sans prétention. Sa dernière publication remonte au 15 décembre 2020, jour de son anniversaire. Une photo avec sa mère.
Pourtant, d'après des documents judiciaires et des entretiens avec plus d'une douzaine de responsables de la sécurité dans cinq pays européens, Aleksei Vladimirovich Kolosovsky, il est devenu un "acteur clé" d'une nouvelle forme de guerre non conventionnelle, rappelle le New York Times. Non pas un officier formé ou un agent infiltré, mais un prestataire de services travaillant en étroite collaboration avec des officiers du GRU, le renseignement militaire russe, notamment ceux chargés des opérations de sabotage.
Les services occidentaux l’ont lié à des groupes criminels actifs dans le piratage informatique, la vente de faux papiers d’identité, la contrebande et le vol de voitures. Il aurait été en contact avec Daniil Oleynik, alias "Wasp Killer", un voleur de véhicules arrêté en Italie puis extradé vers l’Ukraine en août 2024. Une chaîne Telegram associée aux deux hommes servait à extorquer des rançons à des victimes de vols de véhicules. Les numéros de téléphone de Kolosovsky apparaissent également dans des réseaux impliqués dans la divulgation de données personnelles et la vente de matériel destiné au vol automobile.
Sous l’alias "LexTER", le quadragénaire évoluait dans ces sphères hybrides, à la frontière du crime organisé et de la cybercriminalité. Il aurait aussi été associé au collectif de hackers KillNet, selon les autorités de sécurité d'un pays européen. Depuis sa base de Krasnodar, il aurait supervisé la planification logistique d’attaques en Pologne, en Lituanie, au Royaume-Uni et en Allemagne. Selon des services de sécurité de deux pays occidentaux, il orchestrerait la livraison de détonateurs et de matériel explosif dans des consignes de gares, récupérés ensuite par des recrues, parfois à leur insu.
Le 8 mai 2024, l’adolescent ukrainien Daniil Bardadim dépose un engin incendiaire équipé d’un minuteur dans le rayon literie d’un magasin IKEA à Vilnius. L’explosion se produit dans la nuit, aux premières heures du 9 mai — date où est célébrée à Moscou la victoire de 1945 — un choix que l’accusation estime délibéré. Au même moment, un autre groupe présenté comme lié à Aleksei Kolosovsky provoque un incendie près de Varsovie, qui détruit plus d’un millier de commerces. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, affirme alors que les services russes en sont "avec certitude" responsables.
Pourquoi miser sur de tels profils ? Depuis l’invasion de l’Ukraine, plus de 750 diplomates russes ont été expulsés d’Europe, "dont la grande majorité sont des espions", d'après le directeur du MI5, Ken McCallum, cité par le New York Times. Privés d’une partie de leurs relais officiels, les services russes doivent adapter leurs méthodes. Dans ce contexte, le recours à des intermédiaires issus du milieu criminel — dotés de contacts en Europe et capables d’y circuler sans éveiller les soupçons — apparaît comme une solution pragmatique.
En 2021, l'ex-chauffeur de taxi aurait été brièvement détenu par les autorités russes, une période durant laquelle des services de sécurité estiment qu’il a pu être recruté, toujours selon le New York Times. Des signes de difficultés financières auraient également été observés. Il aurait parfois avancé ses propres fonds pour certaines opérations, cherchant ensuite à se rémunérer sur les budgets alloués. Une chose est sûre : le cas de cet ex-chauffeur de taxi illustre que le sabotage ne relève plus uniquement d'unités militaires professionnelles.

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