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Harold Hamm, le milliardaire qui a tout appris à Donald Trump sur le pétrole

18 janvier 2026 à 08:00

Un geste simple suffit parfois à bâtir une amitié. Comme le choix d’une cravate. En 2012, le magnat du pétrole Harold Hamm s’entretient avec le futur président américain Donald Trump. Les deux hommes ont déjà eu l’occasion de se croiser lors de plusieurs événements à New York, mais toujours brièvement. C’est l’occasion pour Hamm d’expliquer en détail à l’autoproclamé roi de l’immobilier comment de nouvelles techniques de forage pourraient doper la production américaine d’or noir. Donald Trump se montre intéressé. Mais un détail le perturbe : le patron de Continental Resources ne porte pas de cravate. Il embarque donc son interlocuteur vers une boutique de souvenirs, au rez-de-chaussée de la Trump Tower où a lieu la réunion d’affaires, et lui en offre généreusement quelques-unes de sa propre marque. Harold Hamm n’oubliera pas le cadeau. Deux ans plus tard, il pose en couverture du magazine Forbes, la cravate bleu roi de Trump bien apparente. Message reçu 5/5 par le républicain, qui lui envoie une lettre de félicitations pour cette option vestimentaire avisée… et de nouveaux modèles.

Le début d’une relation fructueuse. Présent à la Maison-Blanche la semaine dernière, Harold Hamm arborait cette fois-ci une belle cravate rouge foncé - la couleur préférée du président. Le milliardaire et une douzaine d’autres dirigeants du secteur pétrolier américain se réunissaient autour de Donald Trump pour discuter des possibilités d’investissements au Venezuela, après la capture de Nicolas Maduro. Beaucoup d’entre eux se sont montrés prudents, pour ne pas dire sceptiques, à l’image du patron d’ExxonMobil. Pas Harold Hamm. "Cela m’enthousiasme en tant qu’explorateur", a-t-il déclaré. Un discours d’aventurier, taillé pour plaire au dirigeant des États-Unis. D’autant que Hamm occupe une place particulière dans son entourage. "C’est mon original oil guy, celui qui m’a tant appris sur le pétrole", indiquait Trump lors d’une levée de fonds pendant sa dernière campagne. Rien d’étonnant, donc, à voir ses convictions irriguer la politique énergétique américaine. "Sa vision et ses intérêts correspondent bien à ce que le président privilégie actuellement", confirme Ira Joseph, chercheur principal au Centre sur la politique énergétique mondiale (CGEP) de l’Université Columbia.

Un fils de fermiers sans le sou

Aux yeux de Trump, Harold Hamm incarne une certaine idée du rêve américain. Un authentique self-made-man. Né en 1945 en Oklahoma, il est le treizième enfant d’une famille de métayers. Dans son autobiographie Game Changer (2023, non traduite), Hamm raconte son enfance sans électricité ni eau courante, dans une pauvreté dont il n’a, au début, pas conscience. Pour soutenir ses parents, il commence à travailler très tôt. Dès 16 ans comme pompiste, puis en nettoyant les cuves de pétrole d’une raffinerie. A l’orée de la vingtaine, avec ses maigres économies, il lance sa propre entreprise de services pétroliers. Elle ne compte qu’un seul camion : le sien. Sans diplôme, il apprend la géologie sur le tas, se fie à son instinct et creuse son premier puits en novembre 1971. Premier succès : il produit environ 20 barils par heure. Le second en produira 75, le troisième une centaine. Pour la première fois de sa vie, Harold Hamm n’est plus dans le besoin.

Il deviendra bientôt immensément riche. Car l’homme a une intuition : de nouvelles techniques de forage - horizontales, et non verticales - permettraient de faire jaillir le pétrole d’un sol sur lequel d’autres investisseurs se sont cassé les dents. En 2004, il mise gros sur le champ pétrolifère de Bakken, entre le Dakota du Nord et le Montana. Pari gagnant. Continental Resources ouvre la voie au boom de la fracturation hydraulique et à la révolution du gaz de schiste. Le patron introduit sa société en Bourse quelques années plus tard, arrondissant encore un peu plus sa fortune. Et son influence dans le milieu politique. En 2012, il conseille le républicain Mitt Romney, battu par Barack Obama lors de la présidentielle. Empêtré dans un divorce qui lui coûtera près d’un milliard de dollars, et qui fera les choux gras de la presse américaine, Hamm parvient pourtant, avec l’association professionnelle qu’il a fondée, à mener une intense campagne de lobbying auprès de l’administration démocrate : il la convainc, en 2015, de lever l’embargo sur les exportations de pétrole américain.

"Un homme d’affaires extrêmement habile"

Mais son vrai poulain, dans la perspective de l’échéance de 2016, s’appelle Donald Trump. Le magnat des hydrocarbures, grand pourfendeur des énergies renouvelables, affirme même avoir dirigé le groupe d’experts qui a conçu le premier programme électoral du futur président. Une fois élu, ce dernier lui a proposé le poste de secrétaire à l’Energie. "Hamm a refusé car il ne voulait pas être contraint de céder ses parts dans son entreprise", relate Julia Kane, chercheuse pour Fieldnotes, une organisation qui enquête sur les liens entre l’industrie pétrogazière et le monde politique. Puissant mais discret, le patron de Continental Resources n’a pas besoin d’être en première ligne pour faire avancer ses dossiers. Lors du premier mandat de Trump, il a profité de nombreuses mesures prises par le gouvernement, comme la réduction des règles relatives aux émissions de méthane ou à la protection de certaines espèces menacées. "C’est un homme d’affaires extrêmement habile, ajoute Julia Kane. Tout ce qu’il fait vise un bénéfice financier direct pour son groupe, et lui-même."

Deux éléments vont gripper - temporairement - la machine. La pandémie de Covid-19 précipite les cours du pétrole vers le bas. Comme toutes les entreprises du secteur, Continental Resources subit le choc de plein fouet. Quant à l’élection de Joe Biden, elle réduit le pouvoir d’Harold Hamm à Washington. En parallèle, sa relation avec Trump se gâte. Il prend notamment ses distances après l’assaut du Capitole, le 6 janvier 2021. Le critique, mais jamais trop durement. Au Financial Times qui lui demande si le milliardaire new-yorkais devrait se présenter à nouveau en 2024, il répond : "Je ne pense pas." Alors, quand Trump se relance dans la course à la primaire républicaine, Hamm préfère d’abord soutenir ses concurrents, Ron DeSantis puis Nikki Haley. Mais dès lors que sa victoire ne fait plus de doute, il remet tous ses réseaux à son service. Avec encore plus de détermination.

Le tycoon contribue personnellement à sa campagne pour plus de deux millions de dollars. Mieux, il bat le rappel pour les dons auprès d’autres patrons de compagnies pétrolières et gazières. Lors d’un dîner à Mar-a-Lago, sa somptueuse résidence en Floride, Donald Trump demande à la vingtaine de dirigeants présents d’injecter pas moins d’un milliard de dollars dans ses comités de soutien. En échange, il leur promet de revenir sur les réglementations environnementales instaurées par Joe Biden. La somme ne sera pas atteinte, mais le secteur aura grandement financé sa réélection.

"Une équipe de rêve"

Pour Harold Hamm, les bénéfices de ce dîner dépassent de loin la seule dimension financière. Ils lui permettent de placer plusieurs de ses proches à des postes clés. A commencer par Chris Wright, alors PDG de Liberty Energy, une société spécialisée dans la fracturation hydraulique. Hamm racontera lui-même les détails de la soirée au cours d’un congrès en cercle restreint à Houston, en février 2025, dans un enregistrement que L’Express a pu écouter. "[Trump] voulait entendre chacun des participants autour de la table. Lorsque ce fut au tour de Chris, il lui a posé une question, et Chris a répondu avec une précision remarquable, allant droit au but, chiffres à l’appui. Le président a alors dit : 'Wow, vous devriez prendre la tête du Département de l’Énergie. Accepteriez-vous ce poste ?' Chris a regardé sa femme et répondu : 'Je suppose que oui'." Un deal rondement mené.

Le secrétaire à l’Energie n’est pas le seul allié qu’Harold Hamm a réussi à installer à la Maison-Blanche. Doug Burgum, auparavant gouverneur du Dakota du Nord, un Etat dans lequel Continental Resources a de nombreuses activités, a hérité du poste de secrétaire à l’Intérieur, en charge du Conseil national pour la domination énergétique. D’après le média CNBC, le lien entre les deux hommes serait même plus personnel : la famille de Burgum louerait 200 acres de terres agricoles au géant de l’énergie pour qu’il en extraie pétrole et gaz. Elle recevrait ainsi plusieurs dizaines de milliers de dollars de redevances. Dans sa nouvelle mission, Doug Burgum supervise, entre autres, la location de terres fédérales pour le forage pétrolier et gazier… Entre Chris Wright et lui aux manettes, Harold Hamm jubile : "C’est une équipe de rêve."

Expansion à l’étranger

Alors que le secteur pétrolier a déjà tiré profit des mesures prises en un an par la deuxième administration Trump, Hamm ne semble pas rassasié. Il aimerait voir de nouveaux projets de déréglementation aboutir, "comme celui facilitant les procédures d’autorisation pour les forages ou celui limitant les recours judiciaires contre les projets énergétiques", note Julia Kane. Ses objectifs ne sont pas forcément ceux de tous ses concurrents. "Aux Etats-Unis, l’industrie pétrolière et gazière n’est pas un bloc monolithique, explique Ira Joseph, du CGEP. Les majors et les producteurs indépendants, comme Continental Resources, n’ont pas toujours les mêmes priorités." Le poids d’Harold Hamm à Washington a permis aux seconds de gagner petit à petit en influence.

Le milliardaire du Midwest aurait-il la même folie des grandeurs que Donald Trump ? Jusqu’à présent cantonné aux Etats-Unis, il a accéléré l’an dernier le développement de son entreprise à l’étranger. Ce tournant stratégique cache une réalité plus prosaïque : la qualité des réserves américaines se dégrade. Il faut donc croître ailleurs. Outre l’intérêt affiché pour le Venezuela, Continental Resources a annoncé en mars dernier la création d’une coentreprise avec la compagnie nationale turque TPAO pour exploiter du pétrole et du gaz de schiste. Le groupe a aussi acheté en novembre un gisement dans la formation de Vaca Muerta, en Argentine, qu’il vient de compléter par de nouvelles acquisitions dans la même zone.

Officiellement, à 80 ans, Hamm a pris un peu de recul. Sa fille, Shelly Lambertz, lui a succédé l’été dernier à la présidence de l’entreprise. Le fondateur n’est plus "que" président émérite. Mais il demeure, dans les faits, très actif. Que ce soit à la Maison-Blanche, ou il figure - à titre personnel - parmi les donateurs de l’extravagante future salle de bal, ou à l’étranger pour conclure des accords. En fin d’année dernière, il était du déplacement en Argentine pour rencontrer Javier Milei. Le chef d’Etat sud-américain, dira-t-il après coup, lui a laissé la même impression délicieuse que Trump lors de leur premier tête-à-tête. Ne reste plus qu'à trouver une cravate à motif tronçonneuse.

© REUTERS

Le président émérite de Continental Resources, Harold Hamm, lors de la réunion du président américain Donald Trump avec des dirigeants de l'industrie pétrolière à la Maison Blanche, le 9 janvier 2026.
Reçu — 9 janvier 2026 6.2 📰 Infos Monde

Face à Donald Trump et Xi Jinping, l’Europe doit-elle créer une "alliance des Good Guys" ?

9 janvier 2026 à 09:44

En ce début d'année, Donald Trump n’aura pas attendu longtemps pour acter l’abrupt retour à la loi du plus fort. La capture de Nicolás Maduro, sous couvert de narcotrafic, cache à peine la véritable raison du spectaculaire raid américain à Caracas : gérer les immenses réserves pétrolières du pays. Les raisons de la mise sous pression du Groenland sont similaires. A savoir mettre la main sur le potentiel minier du territoire danois. Le président républicain ne s’en est jamais caché : selon lui, puissance rime avec contrôle de l'énergie. Fossile, dans son cas.

Les premiers jours de 2026 viennent confirmer une tendance grandissante : une division du monde entre "pétro-Etats" et "électro-Etats". Les Etats-Unis, avides de pétrole et de gaz, se campent en leaders du premier groupe. La Chine, qui domine les technologies vertes et s’électrifie à marche forcée, domine la seconde catégorie. Et l’Union européenne ? "Elle occupe une position intermédiaire très inconfortable, dépendante des deux blocs, mais sans s'aligner pleinement sur aucun d'entre eux. En résumé, une soupape de pression", notent les chercheuses Tatiana Mitrova et Anne-Sophie Corbeau dans une captivante analyse publiée mi-décembre.

Les Vingt-Sept évoluent sur une ligne de crête, tiraillés au milieu d’un paysage énergétique de plus en plus bipolaire. En sevrage du gaz russe, le continent s’est davantage tourné vers le GNL américain. Conscient de l’importance de ce marché pour son pays, Donald Trump a utilisé la menace des droits de douane pour obtenir d’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, l’engagement de lui acheter pour 750 milliards d’euros de produits énergétiques sur plusieurs années. En parallèle, l’UE, qui cherche à se décarboner, demeure très dépendante de la Chine pour bon nombre de technologies propres : véhicules électriques, panneaux solaires, batteries… Sans oublier les minerais critiques, indispensables pour les secteurs de la tech ou de la défense.

"L'Europe ne doit pas attendre la prochaine crise"

"L'ordre énergétique est en train de changer radicalement. L’Europe ne doit pas attendre la prochaine crise pour ouvrir les yeux et savoir où aller", interpelle Pauline Heinrichs, maîtresse de conférences en études stratégiques (climat et énergie) au King’s College de Londres. Entre les Etats-Unis et la Chine, l’UE pourrait choisir d’emprunter une troisième voie. Celle que Tatiana Mitrova et Anne-Sophie Corbeau, expertes au Center on Global Energy Policy de l’université de Columbia, appellent "l'alliance des Good Guys". C’est-à-dire le rapprochement de nations qui partagent la même situation inconfortable, entre Washington et Pékin. Elles citent notamment le Royaume-Uni, le Japon, le Canada, la Corée du Sud, l’Australie, la Norvège et la Suisse.

"Il s’agit de pays disposés à co-concevoir des systèmes, des normes et des cadres de gouvernance compatibles, détaille Tatiana Mitrova. En mutualisant leurs efforts, ils peuvent accroître de manière significative leurs ressources collectives et leur capacité à faire levier, sans constituer un bloc politique formel." Plutôt que de chercher à reproduire des capacités industrielles à grande échelle ou des chaînes de valeur entièrement domestiques, des partenariats stratégiques permettraient ainsi de pallier les faiblesses européennes. Et inversement pour les autres "Good Guys". Sur l’énergie, "l’Europe n’a guère d’autre choix que de devenir un leader en matière d’efficacité, d’intégration intelligente des systèmes et d’innovation institutionnelle", ajoute la spécialiste. C’est aussi l'avis de Julian Popov, ex-ministre de l'Environnement de Bulgarie, désormais chercheur chez Strategic Perspectives : "Les dirigeants devraient agir de manière décisive pour accroître les investissements dans les réseaux et le stockage à travers le continent. C’est absolument essentiel pour le futur."

Si l’idée d’une telle alliance n’a jamais été vraiment formalisée jusqu’à présent, "elle reflète une logique déjà implicite dans les discussions informelles", assure Tatiana Mitrova. L'ancien député européen Luis Garicano l’évoquait récemment dans les colonnes de L’Express : "Face à la pression des blocs chinois et américains, la Commission devrait mobiliser une grande coalition de pays amis dans le commerce et la défense, avec des États comme la Corée du Sud et le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande". Cela permettrait également à l'exécutif européen de "faire moins mais beaucoup mieux", affirme l'économiste espagnol.

Il ne reste que le plus dur : mettre l’idée en pratique. Face à l’imprévisibilité d’un Donald Trump, le temps presse pour les "Good Guys".

© REUTERS

Entre la Chine et les Etats-Unis, "l'Europe occupe une position intermédiaire très inconfortable, dépendante des deux blocs, mais sans s'aligner pleinement sur aucun d'entre eux", notent les chercheuses Tatiana Mitrova et Anne-Sophie Corbeau dans une captivante analyse publiée mi-décembre.
Reçu — 6 janvier 2026 6.2 📰 Infos Monde

Venezuela : "Au-delà du pétrole, les minerais pourraient être un intérêt pour tout le monde"

6 janvier 2026 à 10:58

Donald Trump ne s’en cache pas. La capture de Nicolas Maduro au cours d’une spectaculaire intervention militaire des Etats-Unis à Caracas, dans la nuit du 2 ou 3 janvier, ouvre un accès aux vastes réserves pétrolières du Venezuela. "Nos très grandes compagnies pétrolières, les plus importantes au monde, vont se rendre sur place, dépenser des milliards de dollars […] et commencer à faire gagner de l’argent au pays", a d’ores et déjà prévenu le président américain en conférence de presse.

L’affaire est pourtant loin d’être aussi simple, estime Luisa Palacios, directrice intérimaire de la recherche au Center on Global Energy Policy de l’université Columbia (Etats-Unis). "Les investisseurs américains ont le choix dans la région. Leur décision dépendra de la stabilité du pays, de leur tolérance au risque et des conditions de marché", analyse l'ancienne présidente de Citgo, la filiale américaine de raffinage de la compagnie pétrogazière d’État du Venezuela (PDVSA). Au-delà du pétrole, d'autres ressources pourraient intéresser les puissances étrangères...

L'Express : Quel est l'état réel des réserves pétrolières du Venezuela ? Le chiffre de 300 milliards de barils est souvent évoqué...

Luisa Palacios : On peut avoir des doutes. Mais discuter du niveau exact des réserves - sont-elles plus ou moins importantes que l’Arabie saoudite ? - ne me paraît pas essentiel. Il faut s’en tenir aux faits : oui, elles sont parmi les plus grandes du monde. En revanche, le Venezuela affiche un des niveaux d’extraction les plus faibles de la planète, rapporté aux réserves présumées. Augmenter la production de pétrole ne sera donc pas lié aux capacités de son sous-sol, mais dépendra plutôt de la stabilité politique du pays.

A quoi peut ressembler le secteur pétrolier post-Maduro ?

Dans le scénario le plus optimiste, le Venezuela revient à des niveaux de production qui existaient avant Hugo Chavez. Soit environ 3,5 millions de barils de pétrole par jour. Mais pour que ce rétablissement se réalise, il faut un gouvernement qui respecte la loi, les contrats passés, l’environnement, les droits humains… Or avec l’équipe de facto au pouvoir après la capture de Nicolas Maduro, ces conditions ne sont pas réunies.

Et quel serait un scénario pessimiste ?

Je parlerai plutôt d’un scénario réaliste. Dans les circonstances actuelles, ce serait que le Venezuela retrouve la production qu’il connaissait en 2018, avant les sanctions pétrolières. Soit 1,5 million de barils par jour.

Une reprise, même partielle, de l’activité pétrolière peut-elle se faire rapidement ?

Certains experts pensent qu’on n’assistera pas à une relative croissance de la production, même avec le gouvernement actuel. Je pense qu’ils se trompent. Ces dernières années, quand les Etats-Unis ont levé les sanctions pétrolières, le Venezuela a pu augmenter sa production d’entre 200 000 et 300 000 barils par jour. Un tel effort ne demande pas nécessairement des investissements spectaculaires. Le pétrole vénézuélien a cependant un problème : il est lourd. Pour pouvoir l’exporter, il faut le mélanger et le traiter avec des condensats [NLDR : une sorte de diluant]. Les sanctions rendaient bien plus difficile l’importation de ce produit, et en bout de course l’exportation du pétrole.

Ensuite, pour connaître une croissance au-delà de ce qui existait en 2018, des changements importants dans les institutions et dans la réglementation sont nécessaires. Enfin, le gouvernement n’a pas d’argent et a fait défaut sur toutes ses obligations. La solution ne peut donc venir que des investissements privés. Chaque entreprise étrangère va soupeser sa décision en fonction de sa tolérance au risque et des conditions de marché. Il faut aussi tenir compte d’une autre donnée : le Venezuela n’est que le cinquième producteur pétrolier d’Amérique latine, derrière le Brésil, le Mexique, l’Argentine et le Guyana. Les investisseurs américains ont le choix dans la région. Dire qu’ils retourneront au Venezuela n’est pas si évident…

Au-delà du pétrole, le Venezuela possède d’autres ressources auxquelles on prête moins attention : du gaz et des minerais critiques…

Le gaz représente une occasion manquée, même si le pays en possède beaucoup. Des entreprises européennes comme Repsol, Eni et Shell tentent d’exploiter ces réserves pour les exporter vers les voisins du Venezuela. Mais des blocages au sein du gouvernement ont jusqu’à présent empêché le pays de devenir un exportateur de gaz naturel.

Les entreprises américaines pourraient-elles aussi s’y intéresser ?

Les États-Unis deviennent actuellement les plus grands producteurs et exportateurs de gaz au monde. Ils n’ont pas véritablement d’intérêt stratégique à s’impliquer dans ce secteur au Venezuela. Et pour le pétrole, le seul intérêt commercial concerne les raffineries américaines. Celles-ci sont conditionnées pour raffiner du pétrole lourd, que les Etats-Unis continuent d’importer - de l’ordre de 4 à 5 millions de barils quotidiens, principalement depuis le Canada. Ces raffineries sont essentiellement situées près du golfe du Mexique. Au lieu de faire transiter le pétrole à travers tout le pays depuis le nord, il pourrait s’avérer plus efficace d’en faire venir du Venezuela.

Qu’en est-il des minerais critiques comme les terres rares, le nickel, le coltan ?

Ils pourraient susciter un intérêt pour tout le monde, et pas seulement les Etats-Unis. Dans les années 1990, les exportations de minerais rapportaient près de trois milliards de dollars par an au Venezuela. A cause de la vague d’expropriations des années 2000, la production a complètement chuté. Il faudrait d’énormes investissements pour pouvoir retrouver les niveaux d’extraction passés.

Le régime de Maduro a bien tenté de tirer parti de ces réserves, surtout situées dans le bassin amazonien, mais sans succès. Et ce pour plusieurs raisons : une mauvaise gouvernance, des exploitations peu transparentes pour ne pas dire illégales, des contrôles environnementaux inexistants… Oui, le potentiel est énorme. Mais le cadre réglementaire reste rudimentaire. Ce n’est donc pas quelque chose que l’on verra à court terme.

© REUTERS

"Le Venezuela a un des niveaux d’extraction les plus faibles de la planète, rapporté aux réserves présumées qui sont pourtant parmi les plus grandes du monde", détaille la chercheuse Luisa Palacios.
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