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"On pourrait faire bien mieux…" : l’Europe face au dérapage de ses mégaprojets de transport

30 janvier 2026 à 16:00

"Europe sometimes is too slow, for sure" (L'Europe parfois est trop lente, c'est certain). Devenue virale sur les réseaux sociaux, la petite phrase d’Emmanuel Macron à Davos aurait eu toute sa place en exergue du récent rapport de la Cour des comptes européenne sur les mégaprojets de transport. Les auditeurs de l’UE ont passé en revue l’avancée d’une partie des infrastructures XXL - routières, ferroviaires, fluviales et maritimes - qui doivent former l’épine dorsale du futur réseau de transport du continent (RTE-T), visant à mieux connecter les pays entre eux. S’ils estimaient déjà en 2020 qu’il serait "peu probable" de finaliser ces travaux d’ici la fin de la décennie, ils alertent désormais du risque de "sortie de route". La raison ? Des coûts qui explosent et des délais qui s’allongent dangereusement. "Je suis moins surpris par les premiers que par les seconds", réagit Alberto Mazzola, directeur exécutif de la Communauté européenne du rail et des sociétés d'infrastructure (CER).

Côté retard, la palme revient au canal Seine-Nord Europe, ce chantier titanesque visant à relier le fleuve français à l’Escaut, qui dessert les grands ports de Dunkerque, Anvers (Belgique) et Rotterdam (Pays-Bas). Le calendrier initial a glissé de… 22 ans, pour une mise en service désormais estimée à 2032. Deux projets ferroviaires viennent compléter le podium : le "Y Basque", une ligne à grande vitesse reliant Vitoria, Bilbao, San Sebastian et la frontière française, qui accumule 20 ans de retard ; et le fameux Lyon-Turin, accusant désormais 18 ans de retard. Le seul point positif relevé par la Cour des comptes concerne l’autoroute A1, en Roumanie : tous les tronçons devraient être ouverts comme prévu pour 2030 !

Ces difficultés à tenir les délais ne sont pas l’apanage du secteur des transports. Dans l’énergie, l’exemple de l’EPR de Flamanville (douze ans de retard et une facture à 19 milliards d’euros) est tout aussi éloquent. Dès lors, une question se pose : sait-on encore mener à bien de tels mégaprojets en Europe ? "Nous en sommes évidemment capables, balaye Alberto Mazzola. Cependant, on pourrait faire bien mieux. Les procédures administratives requises par ces grands travaux prennent trop de temps. Il faudrait les réduire, par exemple à cinq ans. Au-delà, elles allongent fortement les projets et amplifient l’impact des changements opérés en cours de route." Ce qui alourdit la facture globale de manière spectaculaire.

Inflation record pour le Rail Baltica

"Le coût total estimé des huit projets étudiés atteint presque le double du montant initialement prévu", commente Annemie Turtelboom, l’auditrice responsable du rapport. Et encore, il s’agit d’une moyenne. Certains projets font littéralement exploser les scores. Par exemple, le Lyon-Turin (+ 127 %) et le canal Saint-Nord Europe (+ 225 %) sont pointés du doigt. La Cour des comptes européenne avance néanmoins quelques explications. Pour le premier, elle précise que l’évaluation originelle tenait compte d’un tunnel à une seule galerie - contre deux maintenant. Quant au second, l’estimation avait été établie avant même la réalisation des études de faisabilité…

Mais la dérive budgétaire la plus importante concerne l’axe Rail Baltica. Ce projet, qui vise à intégrer les États baltes au réseau ferroviaire européen, enregistre une augmentation des coûts de 291 % ! Selon son promoteur, le manque de maturité et de précision des estimations passées ainsi que les modifications dans le périmètre et la conception du projet expliqueraient environ la moitié du dérapage. Un expert du secteur se montre plus cash : "Ils avaient annoncé, au début, le coût par kilomètre le plus faible jamais construit ! Ils sont partis très bas. Evidemment, au moment de passer à la construction, ils se sont rendu compte que les chiffres ne collaient pas."

Outre ces calculs approximatifs et certains problèmes techniques imprévus, les projets ont aussi subi des aléas externes. Par exemple la pandémie de Covid-19, qui a entraîné une inflation du prix des matériaux. Ou encore la guerre en Ukraine et la crise énergétique qui a suivi. Alberto Mazzola évoque également des incertitudes financières pesantes. "La dynamique des budgets nationaux, revus chaque année, cadre difficilement avec ce genre de travaux de long terme. Heureusement qu’un programme de l’UE, le mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE), permet d’avoir un engagement sur sept ans." Le problème : même cette temporalité paraît inadaptée face aux retards accumulés par ces mégaprojets. For sure.

© imageBROKER/Günter Gräfenhain

Un train à grande vitesse Trenitalia, à Bolzano, en Italie.
Reçu — 22 janvier 2026 6.2 📰 Infos Monde

La Chine plus populaire que les Etats-Unis en Europe ? Les chiffres inattendus du Pew Research Center

22 janvier 2026 à 18:08

Dès son investiture il y a un an jour pour jour, le président américain Donald Trump a jeté son dévolu sur le Groenland, vaste territoire du cercle polaire arctique rattaché au royaume du Danemark. Qu'importe qu'une large majorité de ses 56 000 habitants refuse de passer sous pavillon américain : depuis quelques jours, le commandant en chef des Etats-Unis multiplie les déclarations provocatrices auxquels les Européens répliquent par des cris d'orfraie. La confiance dans l'allié historique du Vieux Continent semble de plus en plus entamée à chaque saillie du président Donald Trump.

Mais cette méfiance à l'égard de Washington n'est pas née avec ses vélléités sur le Groenland. Au printemps dernier, une étude du Pew Research Center, un think tank américain qui produit de nombreuses études chiffrées, démontrait que l'opinion des Européens à l'égard des Etats-Unis était de plus en plus défavorable. Des dix peuples européens interrogés, seuls les Hongrois et les Polonais en ont encore une image positive (respectivement 60 et 55 % d'opinions favorables). A l'inverse, le pays possède une image nettement plus déplorable en Suède (19 %) ou aux Pays-Bas (29 %).

Ces chiffres reflètent une inflexion brutale de la tendance puisque lors du mandat présidentiel de Joe Biden, une majorité de répondants déclarait avoir une image positive des Etats-Unis. "Après l'élection de Joe Biden, environ deux tiers des Français disaient avoir confiance dans notre pays, cite Jonathan Schulman, chercheur associé au Pew Research Center et coauteur de l'étude, cette proportion a diminué progressivement jusqu'en 2024, avant d'atteindre son plus bas niveau avec la réélection de Donald Trump."

Cette "côte de favorabilité" des Etats-Unis retrouve approximativement le même niveau qu'à la fin du premier mandat de Donald Trump ou qu'à la fin du second mandat de George W. Bush. Pour Jonathan Schulman cependant, "on ne peut pas établir de corrélation directe entre l'interventionnisme ou l'isolationnisme des Etats-Unis. Globalement, les personnes interrogées souhaitent une collaboration étroite avec les Etats-Unis, notamment sur le plan économique. Ils ne font juste pas confiance à Donald Trump pour conduire l'économie mondiale."

Pékin, plus populaire ?

Si on élargit la focale, il est intéressant de souligner que les Etats-Unis jouissent d'une plus grande popularité chez certains de ses alliés historiques comme Israël, le Japon ou encore la Corée du Sud. A l'inverse, les régions dans lesquelles ils enregistrent les moins bons scores sont l'Europe de l'Ouest, ainsi que le Mexique et le Canada. Des alliés historiques que Donald Trump n'a cessé d'aliéner depuis son retour à la Maison-Blanche.

Cette impopularité est d'autant plus remarquable quand on la rapporte à la perception que les peuples interrogés ont de la Chine, autre superpuissance mondiale. Au Mexique, en Grèce ou encore en Espagne, la part de personnes ayant une opinion favorable de Pékin est nettement plus importante que celle ayant une opinion favorable de Washington. Il est encore un peu tôt pour savoir si les événements des dernières semaines ont eu un impact sur l'image que les Européens ont des Etats-Unis. Le Pew Reseach Center nous donne rendez-vous à l'été pour une nouvelle édition de son sondage.

© Mathias Penguilly / L'Express

Les Etats-Unis sont de plus en plus impopulaires depuis la réélection de Donald Trump.
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