Joshua Zarka : "La guerre, tant en Iran qu'au Liban, nous a été imposée"

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Une semaine après le début de l’offensive israélo-américaine en Iran, les drones kamikazes Shahed envoyés par Téhéran continuent de pleuvoir à un rythme inédit sur Israël et les pays de la région. Plus de 2 000 de ces engins low cost (35 000 dollars pièce) auraient d’ores et déjà été envoyés, ont revendiqué vendredi les Gardiens de la Révolution. Face à ce déluge de feu sans précédent, Washington et ses alliés portent un intérêt croissant à l’Ukraine, qui, à plus de 2 000 kilomètres de là, a acquis une expérience unique pour les neutraliser. Et pour cause : Kiev est confronté depuis quatre ans à ces armes utilisées massivement par l’armée de Poutine.
Rien que cette semaine, le Pentagone et au moins trois monarchies du Golfe - l’Arabie saoudite, les Emirats et le Qatar - ont évoqué avec des industriels ukrainiens de l’armement la question d’un achat éventuel de drones intercepteurs, nous confirme une source du secteur. Ces engins, de petits aéronefs conçus spécifiquement pour détruire les Shahed, ont l’avantage de présenter un coût bien inférieur aux millions de dollars des munitions utilisées par les batteries Patriot et autres systèmes de défense antiaérienne dont se servent quotidiennement Washington et ses alliés au Moyen-Orient.
"Le prix d’un drone intercepteur ukrainien tourne autour de 2 000 dollars, abonde Mykhailo Gonchar, président de l’institut ukrainien Centre for Global Studies Strategy XXI. C’est infiniment moins cher que toutes les défenses actuellement utilisées contre l’Iran." Ils présentent aussi l’intérêt de garder les précieuses munitions des batteries Patriot pour les cibles de haute valeur, comme les missiles balistiques ou de croisière, nettement plus difficiles à neutraliser dans le ciel. Ces derniers jours, Volodymyr Zelensky avait lui-même confirmé avoir été approché par Washington et les dirigeants du Qatar, des Emirats, de Bahreïn, du Koweït et de la Jordanie, en vue de discuter les contours d’une possible coopération.
L’Ukraine, qui revendique un taux d’interception des Shahed de 90 %, a de solides arguments à faire valoir. "Aucun autre pays ni aucune autre armée ne possède actuellement les tactiques, techniques et procédures nécessaires pour gérer des attaques massives de drones, souligne Lesia Orobets, fondatrice de l’ONG ukrainienne Price of Freedom, qui œuvre à la protection du ciel. Nous avons bâti ces capacités de toute pièce, en les perfectionnant au fil de quatre années de guerre intense."
Résultat, le président ukrainien a indiqué dans la soirée de jeudi sur la plateforme X avoir donné des instructions "pour fournir les moyens nécessaires et assurer la présence de spécialistes ukrainiens" auprès des pays concernés. Le même jour, dans une interview à Reuters, Donald Trump s’était dit prêt à accepter la main tendue : "Assurément, je prendrai toute aide de quelque pays que ce soit." Ses forces n’ont pas été épargnées par les Shahed. Les six soldats américains tués dimanche 1er mars au Koweït l’ont été dans une frappe de drones. En plus des nombreuses bases américaines ciblées, les sites de l’ambassade des Etats-Unis à Riyad, et du consulat américain à Dubaï ont tous deux été frappés à quelques heures d’intervalle par ces mêmes engins le 3 mars.
L’occasion pour le président ukrainien de jouer un coup diplomatique ? A tout le moins un moyen d’apporter de l’huile dans les rouages de sa relation avec Donald Trump - qui a toujours été en dents de scie. Mais pas uniquement. L’Ukraine, qui a elle-même cruellement besoin de missiles Patriot pour contrer les missiles balistiques et de croisières tirés par Moscou, voit d’un œil plus qu’inquiet les stocks de ces engins se vider à grande vitesse au Moyen-Orient. En apportant son aide dans l’interception des Shahed avec des moyens appropriés, elle espère limiter un risque de pénurie de munitions dont elle pourrait, in fine, payer le prix.
Lors d’un point presse le 5 mars, Volodymyr Zelensky a déclaré qu’en trois jours de combats au Moyen-Orient, plus de 800 missiles de Patriot avaient été utilisés - soit davantage que ce que l’Ukraine a reçu en quatre ans de guerre. Et suggéré que son pays pourrait fournir des drones intercepteurs en échange de ces munitions. "La production de nouveaux missiles intercepteurs utilisés par les systèmes Patriot est longue et coûteuse, rappelle Mykhailo Gonchar. Il est donc essentiel d’utiliser des armes adaptées pour détruire les Shahed." D’autant que Téhéran pourrait encore, selon certaines estimations, en avoir des milliers en réserve.

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