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Italie, France... Ce que l'affaire Epstein révèle sur les liens entre Steve Bannon et l'extrême droite européenne

7 février 2026 à 14:27

Les très nombreux documents d'archives - plus de trois millions - publiés fin janvier par le département américain de la Justice relatifs à l'affaire Epstein ne concernent pas uniquement le réseau de trafic sexuel de Jeffrey Epstein. Certains de ces documents d'archives mettent notamment en lumière l'intérêt de l'homme d'affaires américain et criminel sexuel pour des partis politiques européens d'extrême droite. Jeffrey Epstein a échangé à de nombreuses reprises avec l'ancien conseiller stratégique de Donald Trump et idéologue d'extrême-droite Steve Bannon. Comme le relève notamment The Guardian, des dizaines de messages contenus dans le dernier lot de documents Epstein révèlent les tentatives de Steve Bannon d'obtenir le soutien et le financement de Jeffrey Epstein pour renforcer des partis d'extrême droite européens.

Ces messages datent pour la plupart de 2018 et 2019, période durant laquelle Steve Bannon, après son limogeage par Donald Trump, se rendait régulièrement en Europe afin de constituer un mouvement au Parlement européen, fédérant les forces d'extrême droite et eurosceptiques de plusieurs pays, dont l'Italie, l'Allemagne, la France, la Hongrie, la Pologne, la Suède et l'Autriche. Dans des messages datant de 2018, Steve Bannon se vantait ainsi de son influence en tant que 'conseiller' auprès de partis populistes d’extrême droite et voyait dans les progrès de ces partis en Europe une opportunité de les exploiter à son avantage et à celui de Jeffrey Epstein.

L'activisme de Steve Bannon lors des européennes de 2019

Selon "CheckNews" de Libération, le nom de "Le Pen" ressort à 88 reprises sur le site du ministère américain de la Justice. Dans ces échanges entre Jeffrey Epstein et Steve Bannon, ce dernier évoquait son désir de collecter des fonds pour le parti de Marine Le Pen, notamment dans la perspective des élections européennes de 2019. Ainsi, le 5 mars 2019, à un peu plus de deux mois de ce scrutin, Jeffrey Epstein lui demande si le Parlement européen a "disparu de (son) radar". Steve Bannon lui répond que "non". "J’étais juste concentré sur la collecte de fonds pour (Marine) Le Pen et (Matteo) Salvini pour qu’ils puissent vraiment présenter des listes complètes", dit-il, selon ces échanges.

Steve Bannon a continué de suivre la situation financière du RN durant cette campagne. Le 19 avril 2019, il envoie plusieurs SMS à Jeffrey Epstein : "Je viens de raccrocher d’un appel avec mes gars du Front national (ex-Rassemblement national, NDLR). Je crois que je viens de marquer un grand coup sur leur financement !!! Ça pourrait ne nécessiter aucun prêt. Emprunt patriote. […] J’ai demandé au Rassemblement national de s’adresser à ses membres pour leur demander les 4,7 millions de dollars pour les élections européennes", indique Steve Bannon. "Brave garçon", lui répond Jeffrey Epstein. Steve Bannon fait visiblement référence à un "emprunt patriotique" lancé par le RN le 8 avril 2019. N'ayant pas réussi à décrocher un prêt bancaire, le parti avait donc fait appel à la générosité de ses sympathisants.

Aucun soutien financier, selon Steve Bannon

Steve Bannon a par ailleurs rencontré le maire RN de Perpignan Louis Aliot. Le 12 juillet 2018, Jeffrey Epstein reçoit un mail de la part du journaliste américain Michael Wolff. Ce dernier vient de rencontrer le conseiller de Donald Trump et en rend compte au financier américain. Steve Bannon "a eu une réunion avec des personnalités de la droite française, dont le mari de Le Pen, au sujet du refinancement du Front national, car apparemment, une bonne partie de leur argent provient de Russie", écrit Michael Wolff, alors que Louis Aliot est à l'époque le compagnon de Marine Le Pen. Le journaliste américain fait référence aux emprunts contractés par le RN auprès de banques russes en 2014, que le parti a annoncé avoir remboursés en septembre 2023.

Le 11 juillet 2018, cette entrevue entre Louis Aliot et Steve Bannon, dans un hôtel de Londres, avait déjà été relatée par Politico, alors que l'ex-conseiller de Donald Trump réunissait des cadres de plusieurs partis d’extrême droite européens. L'objectif de Steve Bannon, affirmait alors ce dernier, était d’aider à "contextualiser Donald Trump" pour le public européen, afin que le président américain bénéficie d'un écho plus favorable.

Le RN a pour sa part toujours réfuté être sous l’influence de Steve Bannon, rappelle Libération. En mai 2023, dans le cadre d'une commission d’enquête parlementaire "relative aux ingérences politiques, économiques et financières de puissances étrangères", Marine Le Pen déclarait que Steve Bannon "n'a commis aucun conseil à notre destination". Interrogé par Complément d’enquête en janvier dernier, Steve Bannon a de son côté affirmé ne jamais avoir soutenu financièrement Marine Le Pen et son parti.

Des rencontres entre Matteo Salvini et Steve Bannon

Steve Bannon a en outre particulièrement ciblé Matteo Salvini, vice-Premier ministre italien et chef de la Ligue, parti d'extrême droite, alors au sommet de sa carrière politique. Comme le relate The Guardian, Steve Bannon et Matteo Salvini se sont ainsi vus à Milan en mars 2018, quelques jours seulement après les élections législatives italiennes qui ont vu la Ligue former un gouvernement d'alliance avec le Mouvement Cinq Étoiles. Steve Bannon a de nouveau rencontré Matteo Salvini en Italie en septembre 2018. L'été 2019, Matteo Salvini se retrouva dans l'opposition après l'effondrement de la coalition de la Ligue avec le Mouvement Cinq Étoiles.

Il n'existe aucune preuve que Jeffrey Epstein ait financé la Ligue, revenue au pouvoir en 2022 en tant qu'alliée de la coalition gouvernementale de Giorgia Meloni, ni d'autres partis d'extrême droite européens. Cette semaine, les partis d'opposition italiens ont malgré tout exhorté Matteo Salvini à indiquer si Jeffrey Epstein avait influencé l'ascension de la Ligue. Cette dernière a rejeté les spéculations selon lesquelles Jeffrey Epstein aurait pu contribuer financièrement, les qualifiant d'"infondées" et de "graves exagérations". Le parti italien d'extrême droite a ajouté qu'il n'avait "jamais sollicité ni reçu de financement".

Les documents publiés fin janvier par le département américain de la Justice ont également révélé des échanges entre Jeffrey Epstein et Steve Bannon faisant la promotion de la formation d'extrême droite allemande l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), tout en dénigrant la chancelière de l'époque, Angela Merkel.

© REUTERS

En Iran, les images d’une répression à balles réelles

7 février 2026 à 16:00
Les manifestations qui ont secoué le pays entre la fin de décembre et la mi-janvier ont été réprimées avec une violence inédite. Malgré le blocus d’Internet, des images, vérifiées par « Le Monde », montrent l’usage d’armes de guerre contre les manifestants, tandis que les autorités reconnaissent désormais l’intervention armée des forces de sécurité.

© Vahid Online via X ; SepehrAzadi1 via Telegram ; DahliaKurtz via X

EN DIRECT, guerre en Ukraine : des coupures de courant dans une grande partie du pays ; les Etats-Unis souhaitent la fin de la guerre d’ici au mois de juin

7 février 2026 à 15:59
Volodymyr Zelensky a affirmé que les Etats-Unis avaient donné jusqu’en juin à Kiev et Moscou pour conclure un accord pour mettre fin à la guerre. Il a ajouté que Washington avait invité « pour la première fois les deux équipes de négociateurs russes et ukrainiens, probablement à Miami, dans une semaine ».

© JEDRZEJ NOWICKI POUR « LE MONDE »

Affaire Epstein : Jack Lang dénonce des accusations « infondées » après l’ouverture d’une enquête par le Parquet national financier pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée »

7 février 2026 à 15:38
Vendredi soir, le PNF a annoncé à l’AFP avoir ouvert une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée », concernant « les faits révélés par “Mediapart” relatifs à Caroline et Jack Lang » et leurs liens financiers supposés avec Epstein.

© Département de la justice américain/AFP/« Le Monde »

JO 2026 : « En Russie, le moindre athlète, même amateur, peut se transformer en agent d’influence à l’échelle nationale et internationale »

7 février 2026 à 15:00
Les Jeux olympiques de Milan-Cortina marquent une nouvelle étape de la réintégration des sportifs russes au sein des compétitions internationales. Une dynamique nourrie par les efforts continus de Moscou pour faire du sport un instrument de puissance, décrypte le chercheur Lukas Aubin dans un entretien au « Monde ».

© YURI KADOBNOV/AFP

Industrie pharmaceutique: l’Irlande redoute la pilule amère de Trump!

7 février 2026 à 13:59
Grâce à une fiscalité avantageuse, l’Irlande a su attirer les géants pharmaceutiques, au point d’en faire l’un des piliers de son économie. Mais Donald Trump brandit désormais la menace de droits de douane, pour pousser ces entreprises à relocaliser aux Etats-Unis. Or, les médicaments représentent près de la moitié des exportations irlandaises, avec les États-Unis comme premier client ! En Europe, l’Irlande serait ainsi le pays le plus exposé. Près de Cork, Ringaskiddy, surnommé le « village du Viagra », retient son souffle. Reportage de Clémence Pénard.

« Certains sont devenus pro-Poutine »: l’intelligentsia perdue de Taroussa, jadis lieu de repli bucolique des dissidents et des artistes russes

7 février 2026 à 14:00
RÉCIT - Sous l’URSS, beaucoup d’artistes critiques du régime et de dissidents s’étaient réfugiés dans cette petite ville, au sud-ouest de Moscou. On y trouve encore des intellectuels opposés à la Vladimir Poutine mais ils se taisent, se cachent, ou partent à l’étranger.

© Leo Viktorov - stock.adobe.com

En Syrie, la course aux investissements pour reconstruire un pays dévasté

7 février 2026 à 12:00

Un peu plus d’un an après la chute du régime de Bachar el-Assad, la Syrie est entrée dans une nouvelle ère. En décembre, le Congrès américain a voté pour l’abrogation définitive du Caesar Act, adopté en 2019, qui imposait les plus lourdes sanctions jamais prises contre la Syrie. L’annonce était particulièrement attendue par les autorités syriennes et les investisseurs étrangers. En six ans, le texte avait entériné le départ des entreprises étrangères de Syrie et l’isolement de cette dernière sur la scène internationale en interdisant à toute société de coopérer avec le régime syrien ou d’effectuer des transactions avec des banques du pays.

Désireux, depuis son arrivée au pouvoir le 8 décembre 2024, de rompre avec cet isolement, le président syrien par intérim Ahmed al-Charaa n’a eu de cesse d’appeler à la levée définitive des sanctions afin de financer une reconstruction dont le coût est estimé à 216 milliards de dollars par la Banque mondiale. En mai dernier, Donald Trump, qui ne cache pas son accointance avec son homologue syrien, avait annoncé la suspension provisoire du Caesar Act par décret présidentiel. Le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane avait usé de toute son influence pour aller dans ce sens.

Les entreprises européennes se font timides

Cette première étape, d’une durée de 180 jours, avait été suivie de la signature de dizaines d’accords : fin octobre, lors du Future Investment Initiative (FII) organisé à Riyad, Ahmed al-Charaa avait déclaré que son pays avait attiré 28 milliards de dollars de capitaux étrangers sous forme de protocoles d’accord. Dans cette course aux investissements, les pays du Golfe, en particulier l’Arabie saoudite, arrivent largement en tête, suivis de la Turquie et dans une moindre mesure, de la Chine. Les entreprises européennes se font en revanche timides. Les investissements évoqués par Ahmed al-Charaa concernent principalement les secteurs de l’immobilier et de la reconstruction, du tourisme, des transports, des médias, de l’énergie et de l’industrie.

Avec la levée définitive des sanctions par le Congrès américain, l’intérêt des acteurs étrangers pour le marché syrien a encore grandi. "Depuis cette annonce, des contrats commencent à être doucement signés avec la Syrie", confirme un investisseur basé aux Émirats arabes unis qui a préféré garder l’anonymat.

"Beaucoup de choses se débloquent et facilitent désormais le retour des investisseurs. Par exemple, l’Apple Store est à nouveau accessible, ce qui n’était pas le cas jusqu’à maintenant", illustre Majed Lababidi, entrepreneur syrien basé à Doha. Les sanctions américaines empêchaient l’accès à un certain nombre de sites et d’outils essentiels au fonctionnement des entreprises. Majed Lababidi travaille depuis plusieurs mois sur trois projets dans son pays d’origine, dont la mise en place d’un incubateur dédié aux start-up dans le domaine des technologies. "C’est un marché vierge, déconnecté depuis 15 ans, qui offre des opportunités immenses", s’enthousiasme ce patron de 42 ans. Il estime cependant qu’un retour massif des investisseurs prendra du temps.

"Soyez prudents, car ça peut coûter très cher"

Malgré le signal positif qu’envoient la levée des sanctions américaines et de certaines barrières techniques, la grande majorité des investisseurs continuent de rester méfiants. Parmi les 6,4 milliards de dollars d’investissements annoncés par l’Arabie saoudite en août, peu de contrats majeurs ont en réalité été signés, en raison des difficultés de financement des entreprises et de l'instabilité du marché syrien. La diplomatie française se montre également prudente, malgré sa volonté affichée de jouer un rôle dans une Syrie débarrassée du joug du clan Assad. Une délégation de 42 entreprises s’est rendue à Damas le 1er octobre sous l’impulsion du Medef International, une première pour un pays européen. Des géants tels que Suez, Bureau Veritas ou Accor ont affiché un vif intérêt pour les secteurs de l’énergie, de la réglementation ou du tourisme. Lors d’une réunion en marge du FII, Patrick Pouyanné, PDG du groupe Total, aurait, selon un participant, fait part au président par intérim de son intérêt pour la Syrie, pays riche en ressources pétrolières. Mais parmi les acteurs français, seul CMA-CGM a commencé à opérer en Syrie, après avoir signé en mai dernier un contrat d’une valeur de 230 millions d’euros pour développer et exploiter le port de Lattaquié.

"Nous disons aux entreprises : 'allez-y, mais soyez prudents, car ça peut coûter très cher'", confie une source au sein du Trésor. Les sociétés hexagonales redoutent d’évoluer dans une zone grise où certaines règles manquent de clarté et d'être sanctionnées à terme. Paris a accueilli avec réserve l’abrogation du Caesar Act par le Congrès Américain. La levée définitive des sanctions est conditionnée au respect de critères tels que la lutte contre l’Etat islamique et le trafic de drogue, la représentation des minorités, l’exclusion des combattants étrangers des postes de commandement dans l’armée et l’absence "de toute action militaire injustifiée contre les pays voisins". Même si le scénario d’un retour des sanctions en cas de non-respect de ces critères est peu probable, il inquiète. "Ces conditions sont très floues et peuvent donc être interprétées de différentes manières, note une source diplomatique. Or lorsqu’une entreprise investit, elle ne peut pas revoir sa position tous les 180 jours."

D’autant que les effets des sanctions se font encore sentir. "Le système bancaire syrien reste de facto déconnecté du système bancaire international, ce qui fait qu'il est très difficile aujourd'hui d'envoyer de l'argent en euros ou en dollars vers la Syrie", indique Benjamin Fève, économiste au sein du cabinet de conseil Karam Shaar Advisory. La Syrie se trouve en outre toujours sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) des pays qui ne luttent pas suffisamment contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Benjamin Fève souligne l'opacité de certaines mesures prises par le gouvernement syrien en matière de gouvernance économique, tandis que les nouvelles réglementations n’ont pas encore été finalisées.

Autre obstacle majeur aux yeux des investisseurs occidentaux, la Syrie reste le théâtre d’instabilité. Le 17 janvier, l’armée syrienne a repris le contrôle des régions de Raqqa et de Deir Ez-zor, jusqu’alors administrées par les forces kurdes grâce à une offensive armée éclair. Alors qu’un cessez-le-feu de 15 jours a été annoncé peu après, l’incertitude demeure autour de plusieurs villes où continuent d’être déployées les forces armées kurdes. A la suite de ces événements, la Commission européenne s’est dite "extrêmement préoccupée" par la possible évasion de combattants du groupe Etat islamique. Des milliers d’entre eux sont enfermés dans les camps et prisons situés dans le nord-est syrien depuis la chute du califat en 2019. 120 djihadistes auraient profité de l'offensive armée lancée par Damas et du recul des forces armées kurdes pour s’évader. L’organisation terroriste continue d’être active sur le territoire syrien et a multiplié ses attaques à la fin de l’année 2025. Le 13 décembre, un assaillant qui serait lié à Daech et qui avait infiltré les forces de l’ordre syriennes a ouvert le feu sur un convoi de la coalition internationale, tuant deux soldats et un interprète américain. "L’impact symbolique de cette attaque est énorme pour les investisseurs. Il faut au moins un événement positif de la même ampleur pour rattraper le coup", commente un observateur occidental. Les autorités syriennes redoublent d’efforts car elles le savent, la reconstruction est une course contre la montre.

© UPI/MAXPPP

Naïm Qassem, le "leader par défaut" du Hezbollah, refuse toute prise de distance avec l'Iran

7 février 2026 à 11:11
Naïm Qassem, successeur de Hassan Nasrallah à la tête du Hezbollah libanais, ne manque jamais une occasion de jurer fidélité à la République islamique d'Iran. Il refuse de désarmer son mouvement et multiplie les envolées guerrières alors que Donald Trump menace d'intervenir militairement en Iran. Au Liban, le gouvernement tente depuis plus d'un an de contrôler l'arsenal du mouvement chiite.

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