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Affaire Epstein : ces documents expurgés qui posent de nouvelles questions

© Kent Nishimura / REUTERS
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Algérie : le général Toufik, le toujours très puissant ancien maître-espion
Les espions font souvent basculer l’Histoire. Dans l’ombre, depuis des siècles et partout sur la planète, certaines opérations ont défini le monde tel que nous le connaissons. Dans “Nid d’espions”, le podcast de L’Express consacré au renseignement, on ouvre un dossier secret-défense, dans lequel le rôle des espions a tout changé.
Début 2019, l’Algérie se prépare à organiser une nouvelle élection présidentielle, prévue pour le mois d’avril. Après 20 ans d’un règne ininterrompu d’Abdelaziz Bouteflika, les Algériens espèrent du changement.
Pourtant, au mois de février, le Front de libération nationale, le parti au pouvoir, annonce la candidature de Bouteflika. Mais à 82 ans, le président ne mènera pas lui-même campagne. Lors d’un grand meeting du FLN, Abdelaziz Bouteflika n’est pas présent. C’est un cadre avec sa photo qui est présenté à la foule.
Le 22 février, de nombreux Algériens, furieux d’imaginer un 5e mandat du président à la santé plus que fragile et absent de la vie publique, se rendent dans la rue. Les manifestations s’étendent à tout le pays. Chaque vendredi, ils sont des millions à se réunir, pendant plusieurs mois. C’est ce qu’on appelle le Hirak.
Face à la grogne, Bouteflika annonce finalement qu'il renonce à se présenter. Mais il reporte également la présidentielle. Il reste au pouvoir et souhaite établir une nouvelle constitution, pour prolonger son mandat. Les militaires s’opposent alors à cette situation et tentent de démettre le président de ses fonctions.
En attendant, dans le secret, quatre hauts responsables algériens se réunissent au mois de mars. Parmi eux, le frère du président et ancien bras droit, Saïd Bouteflika, et le général Toufik, l’ancien chef du renseignement. Ils veulent maintenir Abdelaziz Bouteflika à la tête du pays, et cherchent un moyen de s’opposer aux militaires et au processus constitutionnel. Les comploteurs ne parviennent pas à leurs fins. Bouteflika démissionne le 2 avril et la contestation va se poursuivre pendant encore de nombreux mois. Le général Toufik est arrêté en mai, et jugé pour "atteinte à l'autorité de l'Armée" et "complot contre l'autorité de l'État". L’ancien maître-espions n'aura pas réussi sa dernière mission.
Dans cet épisode de "Nid d'espions", Charlotte Lalanne et Charlotte Baris vous dressent le portrait du puissant général Toufik.
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Cet épisode a été écrit par Charlotte Baris et Charlotte Lalanne, réalisé par Jules Krot.
Crédits : TV5 Monde, INA, AfricaNews, France 24
Musique et habillage : Emmanuel Herschon / Studio Torrent
Visuel : Alice Lagarde
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Les complots de la DGSE contre l’Algérie : beaucoup de mythes… et quelques réalités
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© MOHAMED MESSARA/EPA/MAXPPP
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- Françoise Thom : "Jeffrey Epstein et les hommes du Kremlin avaient noué un partenariat fructueux"
Françoise Thom : "Jeffrey Epstein et les hommes du Kremlin avaient noué un partenariat fructueux"
Partout, l'onde de choc se propage et fait vaciller des grands de ce monde, dont on découvre les liens, souvent de longue date, avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein. Correspondance complice, telle la princesse norvégienne Mette-Marit, ou participation présumée à des orgies, comme le prince Andrew, déjà déchu de ses titres royaux, dont on vient d'apprendre qu'il pourrait avoir transmis en 2010 des informations confidentielles au pédocriminel… tout comme l'ancien ministre britannique Peter Mandelson.
De quoi donner le vertige aux chancelleries occidentales, qui commencent à se demander si le prédateur sexuel n'était pas aussi un agent… au service de Moscou. Et pour cause. Plus de 10 000 courriers, notes ou SMS rendus publics par la justice américaine font référence à la Russie - et un millier à Vladimir Poutine. On y apprend qu’Epstein avait noué, de longue date, des liens avec de hauts responsables russes. En 2011, le sulfureux homme d’affaires s'est par exemple rendu en Russie avec un visa délivré par l’association des vétérans d’une unité d’élite du FSB, Vympel, selon le média Novaïa Gazeta.
L'affaire est tellement sérieuse que Donald Tusk, le Premier ministre polonais, vient d'ordonner une enquête sur les liens présumés entre les services russes et Epstein. L’objectif ? S’assurer que celui-ci ne leur a pas transmis d’informations compromettantes sur des personnalités polonaises en activité… Ces révélations n'étonnent guère l’historienne Françoise Thom, qui avait publié en juillet dernier une enquête fouillée sur le site Desk Russie, "Le cloaque et le chaos : la Russian connection de l’affaire Epstein". La soviétologue, auteure de La guerre totale de Vladimir Poutine, paru le 8 janvier aux éditions A l’Est de Brest-Litovsk, y décrivait les relations étroites entre Epstein et les hautes sphères du pouvoir russe. Pour L’Express, elle revient sur ce dossier explosif.
L'Express : De quand date la connexion entre Epstein et la Russie ?
Françoise Thom : Elle a été documentée pour la première fois dans une enquête du Dossier Center, une organisation de hackers financée par l’oligarque russe en exil, Mikhaïl Khodorkovski. On y apprenait qu’à partir de 2014, et sans doute bien avant, Jeffrey Epstein et les hommes du Kremlin avaient noué un partenariat fructueux qui offrait à Jeffrey Epstein d’exceptionnelles opportunités financières. De leur côté, les oligarques et le gouvernement russes, placés sous sanctions après la crise ukrainienne, appréciaient son expertise en paradis fiscaux et blanchiment de fonds. Un jour, Epstein s’était vanté de ses "talents" financiers : contrairement au système de Ponzi, qui consiste à faire croire à des gogos que de l’argent qui n’existe pas existe réellement, son système consiste, disait-il, à rendre non existant de l’argent existant…
Epstein aidait le Kremlin à contourner les sanctions occidentales
En 2014-2015, Epstein a également joué un rôle d’entremetteur crucial pour les Russes, alors que les investisseurs occidentaux boycottaient la Russie. Il avait notamment mis son réseau à disposition du Kremlin pour envoyer au Forum économique de Saint-Pétersbourg, sorte de "Davos russe", des dirigeants d’entreprises occidentales de premier plan, tels Reid Hoffman (cofondateur de LinkedIn) ou Nathan Myhrvold (ex-directeur de la technologie de Microsoft). À l’époque, son interlocuteur principal s’appelait Sergueï Beliakov, chargé d’attirer les investissements étrangers - dont le poste est occupé aujourd’hui par Kirill Dmitriev [NDLR : impliqué par ailleurs dans les négociations de paix avec l’Ukraine]. Diplômé de l’Académie du FSB, Beliakov avait, d’après les documents "siphonnés" par Dossier Center, sollicité Epstein pour contourner les sanctions occidentales. Celui-ci lui avait, entre autres conseils, recommandé de créer une banque sur le modèle capitaliste et de lancer une cryptomonnaie alternative au bitcoin et des monnaies adossées au pétrole. Epstein aidait donc le Kremlin à contrer la guerre économique menée par l’Occident…
Epstein a-t-il approché la Russie par idéologie ?
Il n’y a aucune considération idéologique dans cette histoire, il s’agit uniquement de deals, à la manière de Trump. Epstein était un être dépourvu de tout sens moral. Avant tout, il voulait se remplir les poches. Et il avait en plus, selon moi, une forme de "complexe du parvenu". Charismatique, il fréquentait du beau monde, mais en même temps, il voulait l’abaisser. L’humilier. L’entraîner dans la transgression.
En tout cas, Jeffrey Epstein partageait avec les services secrets russes une passion pour le kompromat…
C’est en Russie, durant les années Eltsine [1991-1999], que le kompromat a envahi la scène politique, lorsque les oligarques, qui se livraient des guerres féroces, employaient d’anciens officiers du KGB pour constituer des dossiers compromettants sur leurs rivaux. En 1993, le vice-président Alexandre Routskoï, grand rival de Boris Eltsine, avait exhibé à la télévision des valises entières de dossiers compromettants sur ses adversaires. L’affaire avait fait grand bruit. Vladimir Poutine se servira de cet "instrument" pour conquérir le pouvoir. En 1999, il s’attaque au procureur Skouratov, qui enquêtait sur la famille Eltsine et risquait de mettre le président russe en difficulté. Poutine fait surveiller Skouratov et le filme dans un sauna entouré de créatures dénudées. Exit Skouratov. Eltsine saura s’en souvenir au moment de se trouver un successeur…
Une fois au pouvoir, Poutine fera du kompromat un outil d’ingénierie politique, comme l’a révélé un document rédigé par son équipe présidentielle, qui a fuité sur Internet. Ce texte détaille la façon dont Poutine compte se rendre maître du jeu politique. Il explique qu’il faut constituer, avec l’aide des services spéciaux, des dossiers compromettants sur les partis d’opposition, leurs activités, leur financement, leurs contacts et leurs partisans, mais aussi sur les journalistes et les personnalités politiques fédérales et locales, afin de les contrôler. À cette époque, Jeffrey Epstein était déjà un visiteur fréquent de la Russie. Il est très probable qu’Epstein, qui avait truffé ses demeures de caméras et de micros, se soit inspiré de ces techniques de kompromat pour développer ses business…
Pour comprendre le "tropisme russe" d’Epstein, il faut, dites-vous, s’intéresser à sa compagne, Ghislaine Maxwell - et surtout à son père, l’homme d’affaires et politicien Robert Maxwell…
Homme d’affaires et politicien, Robert Maxwell entretenait des liens étroits avec le régime communiste. Ce Britannique, qui avait fait fortune dans l’édition de publications scientifiques et techniques, est élu député travailliste en 1964. En 1968, il défend l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie, au prétexte qu’elle permettrait la préservation de la sécurité en Europe. Peu après, Leonid Brejnev l’invite à Moscou. Entre les deux hommes, le courant passe. Il faut dire qu’ils ont des points communs : les voitures, la chasse, l’alcool… Après la mort de Brejnev, Maxwell restera en contact avec les prochains secrétaires généraux – Andropov, Tchernienko et Gorbatchev - et deviendra le meilleur propagandiste du Kremlin. Maxwell contribuera ainsi largement à la "gorbymania" dans le monde occidental. Son besoin d’argent chronique le pousse ensuite à vendre aux services secrets (MI6, Mossad, KGB) les informations qu’il collecte auprès de ses nombreux réseaux. Mais cela ne dure pas. En 1991, le sulfureux magnat est aux abois. Son corps est retrouvé au large des îles Canaries, flottant près de son luxueux yacht, le Lady Ghislaine. Accident ? Assassinat ? Le mystère demeure.
Quels liens a-t-il eu avec Epstein ? Il est aujourd’hui établi qu’Epstein a connu Robert Maxwell. Celui-ci a-t-il voulu faire d’Epstein son dauphin ? Une chose est sûre, tous deux voyageaient déjà en Russie à la fin des années 1980. Génie de l’évasion fiscale, Epstein a certainement aidé les apparatchiks russes qui, anticipant la fin du régime communiste, cherchaient à mettre leurs actifs à l’abri du chaos… avec l’aide du KGB. Entre 1989 et 1991, les services secrets russes ont ainsi transféré en Occident 8 tonnes de platine, 60 tonnes d’or, des camions entiers de diamants et près de 50 milliards de dollars en espèces… Au même moment, Robert Maxwell aidait les hauts responsables du Parti soviétique à ouvrir des comptes bancaires au Liechtenstein, en échange de juteuses commissions, selon le témoignage d’un ex-colonel du KGB, Stanislas Lekarev.
Maxwell n’a sans doute pas appris grand-chose à Epstein en matière de finances. En revanche, il lui a de toute évidence ouvert ses carnets d’adresses. C’est lui – et, ensuite, sa fille Ghislaine - qui a permis à Epstein d’approcher la monarchie britannique, en particulier le prince Andrew.
Peut-on imaginer que les services russes soient impliqués dans ce scandale ? Et qu’ils aient monté, avec la complicité d’Epstein, la plus grande opération de kompromat de l’histoire sur le sol américain ?
À ce stade, Il est impossible de répondre à cette question. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que la publication de ces millions de documents ne peut que réjouir le Kremlin. Car ses stratèges ont compris depuis longtemps que le kompromat est bien plus qu’un moyen de contrôler les dirigeants étrangers : il est l’équivalent d’une arme nucléaire contre les démocraties. Il suffit de traîner dans la boue nos élites – politiciens, hommes d’affaires, savants… - pour que nos institutions soient, à leur tour, décrédibilisées.
Aujourd’hui, le but de la propagande russe ne consiste plus, comme par le passé, à peindre un tableau idéalisé de la Russie, mais plutôt à persuader les populations occidentales que, dans un monde peuplé d’escrocs et de pervers, seule une dictature peut leur offrir le salut. Il faut d’ailleurs regarder la façon dont la télévision russe couvre cette affaire. Toutes les émissions de propagande martèlent que les élites occidentales sont pourries, que les sponsors de Kiev sont des pédophiles… À l’inverse, disent-elles, la Russie défend les valeurs traditionnelles contre l’Occident satanique, elle représente la lumière contre les ténèbres, le bien contre le mal… Ce discours, mis en avant par Vladimir Poutine dès 2011, ne cesse de prendre de l’ampleur. Plus la guerre en Ukraine s’éternise, plus elle est présentée comme un conflit manichéen par la propagande russe. À cet égard, l’affaire Epstein tombe très bien pour Moscou, car elle lui permet d’illustrer de façon éclatante la corruption de "l’Internationale des élites libérales". En cela, elle s'insère parfaitement dans la vaste opération de guerre psychologique que les Russes mènent depuis des années contre l'Occident.

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