Des frappes "au sol" contre des cartels : Donald Trump accroît la pression sur le Mexique
Après le Venezuela, et en attendant peut-être Cuba et la Colombie, le Mexique et ses trafiquants de drogue sont chaque jour un peu plus dans le viseur de Donald Trump. Le président américain a annoncé jeudi 8 janvier les Etats-Unis allaient mener des frappes "au sol" contre les cartels de la drogue mexicains, sans préciser exactement où. "Nous allons commencer des frappes au sol en ce qui concerne les cartels. Les cartels dirigent le Mexique. C'est très, très triste de voir et regarder ce qui est arrivé dans ce pays", a déclaré Donald Trump dans une interview sur Fox News, alors que les Etats-Unis ont déployé dès cet été un important dispositif militaire dans les Caraïbes et bombardé des embarcations en provenance du Venezuela au nom de la lutte contre le narcotrafic.
Il va "falloir faire quelque chose avec le Mexique"
Le week-end dernier, le milliardaire issu du parti républicain avait incité le Mexique à "se ressaisir", après des mois de pression sur le voisin du sud sur les questions de lutte contre le narcotrafic et de balance commerciale. Le président américain avait exhorté Claudia Sheinbaum, son homologue mexicaine, de laisser Washington envoyer des forces américaines lutter contre ces cartels de la drogue qui opèrent au Mexique, une proposition qu'elle avait déjà rejetée par le passé, a-t-il indiqué. Donald Trump avait évoqué la possibilité d'une intervention militaire américaine au Mexique, affirmant que les cartels de la drogue "dirigent" le pays et qu'il va "falloir faire quelque chose avec le Mexique".
Dans la foulée de l'enlèvement de Nicolas Maduro, Claudia Sheinbaum a évoqué le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, un principe cher à… un ancien président américain, Woodrow Wilson. "Le Mexique soutient avec conviction que l’Amérique n'appartient ni à une doctrine ni à une puissance. Le continent américain appartient aux peuples de chacun des pays qui le composent", a affirmé la présidente du Mexique. "Nous rejetons catégoriquement toute ingérence dans les affaires intérieures d'autres pays", a-t-elle en outre déclaré lundi lors d’une conférence de presse, comme le relate Reuters.
Un exercice d'équilibriste
Depuis l'attaque américaine contre le Venezuela, le gouvernement mexicain se trouve confronté à un exercice d'équilibriste délicat : condamner fermement l'opération tout en renforçant la coopération bilatérale de peur que le Mexique ne se retrouve dans le collimateur de Donald Trump.
La condamnation sans appel de l'attaque par Claudia Sheinbaum semble indiquer qu'elle ne tolérerait pas d'actions similaires contre les narcotrafiquants au Mexique. Cependant, en coulisses, Mexico devrait se rapprocher encore davantage de Washington à la suite de l'enlèvement de Nicolas Maduro, espérant qu'une coopération bilatérale de sécurité renforcée permettra de dissuader toute agression américaine, déclarent à Reuters des responsables mexicains et des analystes de sécurité. "Le renforcement de la coopération en matière de sécurité et le développement de la lutte du Mexique contre les cartels seront essentiels pour éviter une intervention militaire américaine unilatérale", affirme un responsable de la sécurité mexicain sous couvert d'anonymat.
"Claudia Sheinbaum marche sur un fil : elle affirme une position ferme contre toute intervention, tout en faisant la seule chose que le Mexique puisse faire compte tenu de ce rapport de force asymétrique : continuer à coopérer avec les Etats-Unis", indique Carlos Perez Ricart, analyste mexicain de sécurité.
Une pression accrue sur la présidente du Mexique
Au cours de l'année écoulée, Claudia Sheinbaum a su naviguer sur cet équilibre politique délicat, défendant la souveraineté du Mexique tout en apaisant Washington par deux expulsions massives vers les Etats-Unis de membres présumés de haut rang des cartels et en lançant une offensive militaire d'un an contre le cartel de Sinaloa. Ces actions lui ont valu les éloges de hauts responsables américains. Selon David Mora, analyste principal à l'International Crisis Group, il faut s’attendre à ce que le gouvernement mexicain s'engage dans des opérations militaires conjointes avec les Etats-Unis, ce qu'il n'a donc pas fait jusqu'à présent. "La pression sur Claudia Sheinbaum va s'accroître", estime-t-il.
Après l’enlèvement de Nicolas Maduro, les autorités mexicaines ont examiné la possibilité, aussi infime soit-elle, d'une attaque militaire contre leur pays, relève Reuters. Peu croient que Washington ciblerait les dirigeants mexicains comme il l'a fait avec le dirigeant vénézuélien. Mais une action unilatérale contre les cartels de la drogue porterait un coup dur au gouvernement mexicain, sapant son autorité et violant la souveraineté qu'il s'est engagé à défendre.

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