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Pourquoi l'Europe est devenue le principal importateur d'armes au monde
Le monde se réarme et les plus gros acheteurs d'armes sont… les Européens. L'Europe est devenue le principal importateur d'armes au monde au cours des cinq dernières années, d'après les données publiées lundi 9 mars par l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Selon ce rapport, les pays européens ont plus que triplé leurs importations d'armes entre 2021 et 2025 par rapport à la période 2016-2020 : l'Europe a ainsi représenté 33 % des importations mondiales, contre 12 % au cours de la période quinquennale précédente.
Cet institut international indépendant fondé en 1966 compare les tendances sur cinq ans car des livraisons dans le cadre de contrats importants peuvent fausser les chiffres annuels. Le volume des flux mondiaux d'armes a augmenté de 9,2 % entre 2021 et 2025 par rapport aux cinq années précédentes, indique également le Sipri. L'augmentation des flux mondiaux est la plus importante depuis 2011-2015, relève-t-il dans son rapport.
Les Etats-Unis, premier fournisseur mondial d'armes, représentent 42 % du total des transferts internationaux sur la période 2021-2025, contre 36 % entre 2016 et 2020. Ces cinq dernières années, les Américains ont exporté des armes vers 99 Etats, dont 35 en Europe. Pour la première fois depuis deux décennies, la plus grande part des exportations américaines est allée à l’Europe (38 %), devant celle du Moyen-Orient (33 %). "La forte augmentation des flux d'armes vers les Etats européens a fait grimper les transferts mondiaux d'armes de près de 10 %", indique Mathew George, directeur du programme de transferts d'armes du Sipri, cité dans un communiqué de cet institut.
Des livraisons d'armes à l'Ukraine, mais aussi…
Cette augmentation des flux mondiaux d'armes est due en partie à la hausse des transferts vers l'Ukraine, qui a reçu 9,7 % de l'ensemble de ces transferts sur la période 2021-2025. Au-delà de l'aide apportée à l'Ukraine pour se défendre contre la Russie, les menaces que font peser Moscou, aggravées par les incertitudes quant à l'engagement des Etats-Unis à défendre leurs alliés européens, ont stimulé la demande d'armes des Etats membres européens de l'Otan. Les pays européens cherchent ainsi à reconstruire leurs propres armées après des décennies de sous-investissement. "Les livraisons à l'Ukraine depuis 2022 en sont le facteur le plus évident, mais la plupart des autres Etats européens se sont également mis à importer beaucoup plus d'armes afin de renforcer leurs capacités militaires face à la perception d'une menace accrue de la part de la Russie", analyse Mathew George. Les pays européens ont continué à accroître leurs achats d'armes américaines, en particulier d'avions de combat et de systèmes de défense aérienne à longue portée.
Après l'Ukraine, la Pologne et le Royaume-Uni sont les plus grands importateurs européens ces cinq dernières années. Près de la moitié des armes transférées aux Etats européens proviennent des Etats-Unis (48 %), suivis de l'Allemagne (7,1 %) et de la France (6,2 %). En dépit de la volonté affichée de l'Europe de devenir plus autonome, les transferts entre pays européens ne représentent qu'un cinquième des flux dans la région.
La France tient son rang, l'Italie fait un bond
La France est le deuxième plus grand fournisseur mondial d'armes majeures en 2021-2025, représentant 9,8 % des exportations mondiales. Ses exportations d'armements ont progressé de 21 % entre la période 2016-2020 et la période 2021-2025, relève le Sipri. Paris a exporté vers 63 Etats. Les parts les plus importantes sont destinées à l'Inde (24 %), l'Egypte (11 %) et la Grèce (10 %). Les exportations françaises ont plus que quintuplé vers l'Europe, mais près de 80 % d'entre elles continuent encore de se faire en dehors de la région, relève le Sipri. La France n’est pas le seul pays à exporter hors Europe. Comme le précise Katarina Djokic, chercheuse au sein du programme Transferts d'armes du Sipri, "les plus grands fournisseurs européens ont parallèlement continué d'exporter la majeure partie de leurs armes hors Europe".
L'Allemagne a pour sa part dépassé la Chine et devient le quatrième plus grand exportateur mondial d'armes ces cinq dernières années, représentant 5,7 % des exportations mondiales. Près d'un quart des exportations de Berlin (24 %) sont destinées à l'Ukraine sous forme d'aide et 17 % à d'autres Etats européens. Un autre pays progresse dans le classement, relève le Sipri : l'Italie. Les exportations d'armes de Rome ont ainsi augmenté de 157 %, passant du dixième rang en 2016-2020 au sixième rang en 2021-2025.
La Russie est en revanche le seul des dix premiers pays mondiaux exportateurs d'armes à avoir vu ses exportations baisser. Les ventes d'armes de Moscou, troisième exportateur mondial, ont ainsi chuté de 64 % en volume en 2021-2025 par rapport aux cinq années précédentes, réduisant sa part mondiale des exportations de 21 % en 2016-2020 à 6,8 % en 2021-2025.

© REUTERS
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Les 15 et 22 mars, les Français votent aux municipales. L'occasion pour L'Express de sélectionner chez nos voisins des idées innovantes, des concepts pertinents et des dynamiques vertueuses pour améliorer notre quotidien. Tour d'Europe des villes qui doivent nous inspirer, et surtout inspirer nos nouveaux élus.
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Pas une franche rigolade, mais des éclats de rire discrets, politesse danoise oblige. L'été dernier, les habitants de Copenhague ont regardé avec attention les Parisiens enfiler leurs combinaisons, prélever des échantillons d'eau et s'inquiéter des maladies de peau avant de se baigner, pour la toute première fois, dans la Seine. "Ici, tout le monde se jette dans le port sans se poser de questions, tant la qualité de l'eau est bonne depuis des années, sourit Natalie Gulsrud, spécialiste d'aménagements urbains à l'Université de Copenhague. Toutes ces polémiques à Paris ont été très amusantes à suivre."
Depuis quinze ans déjà, la capitale danoise a modernisé ses systèmes d'égouts et a investi massivement dans ses stations d'épuration, afin de débarrasser les cours d'eau de la ville de leurs principaux polluants. Des "green" kayaks sont à disposition gratuitement pour tous ceux qui sont prêts à ramasser quelques ordures en échange, même si plusieurs visiteurs se sont plaints de devoir pagayer de (trop) longues minutes avant de trouver le moindre détritus à collecter.
La qualité impeccable du port reflète la réussite sanitaire d'une ville, numéro 1 mondial de la qualité de vie selon le baromètre 2025 de The Economist Intelligence Unit. "Ce classement reflète des choix politiques et de planification qui ont façonné la ville au fil des décennies, souligne Rikke Holme-Petersen, directrice de la communication de Wonderful Copenhagen : une infrastructure cyclable étendue, la purification des eaux du port pour permettre la baignade en toute sécurité, l'accès à la nature, un fort accent mis sur la conception de la ville pour faciliter le quotidien et une scène gastronomique reconnue mondialement." Mais la cité danoise, qui rassemble 1,4 million d'habitants, cherche toujours à briller davantage.
Copenhague a déjà investi plus de 300 millions d'euros ces dix dernières années pour étendre ses pistes cyclables, atteignant le chiffre impressionnant de 382 kilomètres de voies réservées aux vélos. Résultat, c'est le moyen de transport plébiscité par 62 % des habitants, avec 750 000 vélos en circulation chaque jour ! "A Copenhague, nous avons longtemps lutté pour créer de l'espace pour les gens, ce qui a créé une culture du compromis entre les disciplines et les agences afin de réaliser cet objectif, soutient Natalie Gulsrud, qui pilote un consortium de quinze institutions publiques et privées cherchant des solutions innovantes pour la capitale danoise. C'est une leçon qui peut être appliquée à toutes les villes, et Copenhague affronte encore des défis majeurs : l'idée de supprimer des places de stationnement est un enjeu très polarisant, qui était au cœur de nos élections municipales en novembre et qui reste contesté aujourd'hui. La plupart des gens ne se préoccupent pas du stationnement, jusqu'au jour où l'on menace de leur retirer leur propre place de parking..."
Sur ce plan, l'universitaire se dit impressionnée par les efforts de Paris ces cinq dernières années, avec une place faite aux forceps pour les vélos. "A Paris, cette immense ville, l'échelle est tout autre qu'à Copenhague, dont la taille est naturellement adaptée aux modes de transport 'doux'... Votre approche politique a créé une véritable vague de changements !"
CopenPay, une révolution touristique
Davantage adepte du compromis et de la douceur, la municipalité de Copenhague a lancé CopenPay en 2024, une initiative verte qui a rapidement fait les gros titres de la presse mondiale. Le principe ? Offrir des récompenses aux touristes (visites de musées, déjeuners, cafés, etc.) en échange d'actions positives pour le climat ou pour la propreté de la ville : ramasser les ordures, nettoyer une plage, se balader à vélo ou simplement arriver en train à Copenhague. "L'idée est attrayante, festive et surtout elle permet aux touristes d'avoir une attitude responsable et de se montrer solidaires de ceux qui vivent sur place", félicite Natalie Gulsrud. A l'heure du surtourisme et des manifestations de riverains excédés par ses excès, à Barcelone ou à Venise, CopenPay vise aussi à réconcilier les citoyens européens avec leurs touristes.
L'expérience repose avant tout sur la confiance, puisque aucune preuve de leurs bonnes actions n'est exigée des touristes. Une particularité danoise : dans une étude de 2019, des économistes avaient laissé traîner 17 000 portefeuilles dans des villes, partout dans le monde. Au Danemark, 80 % des portefeuilles avaient été ramenés à leurs propriétaires ! "Il est évident qu'il existe à Copenhague une culture très forte de protection et de sauvegarde des espaces publics, juge Rikke Holme-Petersen, de Wonderful Copenhagen. CopenPay s'appuie sur des caractéristiques qui font déjà partie de la vie quotidienne ici, telles qu'une culture de la confiance élevée, de fortes habitudes de cyclisme et une volonté générale de contribuer positivement à la communauté."
Avec déjà plus de 30 000 participants et des centaines de destinations intéressées par le concept, le succès fut tel que la ville a développé DestinationPay pour exporter l'initiative à l'étranger. "Nous pensions lancer une petite expérience locale et jamais nous n'aurions espéré un tel niveau d'intérêt mondial, raconte Rikke Holme-Petersen. Dès la première édition, plus de cent destinations touristiques nous ont contactés pour en apprendre davantage sur notre modèle et développer leur propre version de CopenPay. Cela montre que de nombreux endroits cherchent de nouveaux moyens d'encourager les visiteurs à adopter un comportement plus éveillé et conscient des enjeux." De plus, l'initiative ne coûte presque rien aux finances publiques, les récompenses étant à la charge des entreprises locales partenaires.
Dès cet été, BerlinPay sera inauguré dans la capitale allemande afin de mettre en valeur ses activités maritimes et, en France, la région Normandie est sur les rangs pour développer son propre modèle de participation touristique à la danoise. Sans aucune moquerie de Copenhague cette fois.

© Giuseppe Liverino/Wonderful Copenhaguen
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© -/AFP