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Comment le blocage d’Ormuz menace la sécurité alimentaire de 50 millions de personnes

13 mars 2026 à 07:30

Donald Trump a - encore - parlé trop vite. Le président américain a beau avoir affirmé, lundi 9 mars, que la guerre en Iran était "bientôt finie", une tout autre réalité s'observe sur le terrain. Près de deux semaines après le début de l'attaque menée par les Etats-Unis et Israël sur l'Iran, la tension est loin d'être retombée au Moyen-Orient. Dans le détroit d'Ormuz, point névralgique du commerce maritime mondial, un vraquier thaïlandais, parti des Emirats arabes unis en direction de l'Inde, a dû être évacué, mercredi 11 mars, après avoir été touché par deux tirs de missile. Sur les images diffusées sur les réseaux sociaux, on distingue le navire, long de plus de 170 mètres, en flamme, entouré de canots de sauvetage sur lesquels se précipitent les 22 membres de l'équipage. Une attaque, revendiquée par les Gardiens de la révolution, qui vient s'ajouter à la longue liste d'incidents du même type depuis le début du conflit.

Sans compter que la milice iranienne menace désormais de disséminer des mines tout le long de cet étroit point de passage, où transite un cinquième des volumes mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Encore une mauvaise nouvelle pour ces marchés, dont les cours s'envolent et dégringolent au gré des manœuvres et des annonces de chaque camp. Ce n'est pourtant pas le seul point de vigilance. Si Téhéran prive de nombreux pays, notamment asiatiques, de leurs acheminements continus en hydrocarbures, elle menace aussi sur le long terme la sécurité alimentaire des pays du Golfe.

Cette bande marine de moins de 40 km de large voit transiter chaque jour des millions de barils de pétrole.
Cette bande marine de moins de 40 km de large voit transiter chaque jour des millions de barils de pétrole.

Car la majorité de leurs importations de produits agricoles et d'intrants arrivent par voie maritime via le détroit d'Ormuz. "Elles passent normalement par le port de Jebel Ali [NDLR : à Dubaï] et correspondent à l’approvisionnement d’environ 50 millions de personnes dans la péninsule arabique. Aujourd’hui, il est pratiquement inaccessible. Officiellement, les autorités affirment qu’il reste opérationnel, mais dans les faits aucun nouveau navire ne peut y entrer", affirme Ishan Bhanu, analyste principal des matières premières agricoles chez Kpler. Des livraisons dont ne peuvent se passer les pays du Golfe. "Les taux de dépendance se situent autour de 80 à 90 % et concernent des produits très stratégiques : le riz, les céréales - qui constituent la base de l’alimentation des populations de la région et des travailleurs à bas salaires - ainsi que la viande", détaille Matthieu Brun, directeur scientifique de la Fondation pour l'agriculture et la ruralité dans le monde.

Les Etats de la péninsule produisent bien des légumes - poivrons, concombres ou encore aubergines -, généralement sous serre, entre novembre et avril. Passé cette période, la température devient trop élevée pour le maraîchage. L'Arabie saoudite, le Qatar ou encore les Emirats arabes unis redeviennent alors dépendants des importations pour ce type de produits. Une guerre qui se prolonge au-delà du printemps pourrait compliquer encore davantage la situation. "En revanche, ils sont quasiment incapables de produire des fruits à grande échelle, à l’exception des dattes, car ces cultures nécessitent beaucoup d’eau", pointe Delphine Acloque, du Centre d'études et de prospective du Ministère de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire. Pour la tomate, tous dépendent fortement de l'Iran, un grand pays agricole. "Sa décision de suspendre ses exportations pourrait avoir des conséquences", estime cette experte.

Une stratégie alimentaire qui a évolué depuis vingt ans

Comme le rappelle Delphine Acloque, "ces pays présentent des vulnérabilités structurelles : un climat aride, une rareté significative de l’eau et un manque de terres arables". Bien conscientes de leurs points faibles, les monarchies du Golfe ont commencé à faire évoluer leurs pratiques en la matière il y a près d'une vingtaine d'années à des degrés divers. "La crise financière de 2008, qui s’était accompagnée d’une forte inflation des prix alimentaires, a servi de signal d’alarme", relate cette docteur en géographie, spécialiste du Moyen-Orient. Visé ensuite par un blocus de l'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis entre 2017 et 2021, le Qatar a par exemple élaboré une nouvelle stratégie reposant sur trois axes. "Le premier consiste à développer l’autosuffisance pour certains produits stratégiques, explique Delphine Acloque. Le Qatar est désormais quasiment autosuffisant en lait et en viande de volaille fraîche." Les 24 000 vaches présentes sur le territoire permettent de nourrir les trois millions d'habitants. Problème : ce choix se heurte aujourd'hui au blocage du détroit d'Ormuz. "Le fourrage nécessaire pour nourrir les vaches est peu produit localement : il provient surtout de la Corne de l’Afrique, notamment d’Éthiopie, souligne Matthieu Brun. Il est transporté par bateau en traversant la mer Rouge. Sans ces intrants, il devient impossible d’alimenter les élevages." Pour le poulet congelé, le pays reste encore très dépendant du Brésil, tout comme pour la viande bovine en provenance d'Australie et de Nouvelle-Zélande.

Le deuxième pilier repose sur le stockage. "Le Qatar et les Émirats arabes unis ont développé d’importantes capacités pour conserver les céréales et certains produits agroalimentaires, poursuit Delphine Acloque. Ces dispositifs s’appuient souvent sur des partenariats avec le secteur privé, notamment la grande distribution." Dans les ports, d'immenses silos doivent en principe permettre de tenir jusqu'à trois mois, au moins. "Dans ce domaine, les informations circulent très peu : les stocks sont sans doute ce qui est le moins partagé au monde", note Matthieu Brun. Pour une raison simple : ces sites font figure de cibles potentielles pour les bombardements iraniens. Par le passé, certaines infrastructures de stockage avaient été détruites au Yémen ou en Syrie du temps de Daech.

Enfin, le dernier volet consiste à investir dans la production agricole à l'étranger. "Des entreprises privées ou liées aux fonds souverains, notamment en Arabie saoudite et aux Émirats, ont pris des participations dans de grandes entreprises agroalimentaires en Afrique, au Brésil ou au Canada. Ces pays ont également investi directement dans la production agricole, notamment en Égypte et dans les pays de la Corne de l’Afrique", précise Delphine Acloque. Une stratégie qui ne réussit pas toujours. "Louer des terres agricoles implique d’importer des machines, des semences, de recruter de la main-d’œuvre et d’organiser toute la chaîne de production, rappelle Matthieu Brun. Or les pays du Golfe n’ont pas une tradition agricole : historiquement, ce sont plutôt des sociétés nomades." Une politique qui se télescope, elle aussi, avec le conflit en cours et la congestion du commerce maritime dans la région.

Une nécessaire coordination des pays du Golfe

La durée de ces troubles sera là encore déterminante. D'autant qu'en cas de déblocage, les livraisons de denrées n'auront pas la priorité. "Les Etats-Unis ont évoqué des garanties de sécurité et la possibilité d’un couloir maritime, mais d’après les informations du secteur du fret, les pétroliers devraient être prioritaires, ainsi que les grands porte-conteneurs déjà bloqués dans la région afin qu’ils puissent repartir", avance Ishan Bhanu. La situation inquiète en tout cas fortement le directeur de l’Institut supérieur d’économie maritime Paul Tourret, pour qui l'importance du pétrole dans le monde masque les autres risques qui pèsent sur la sécurité alimentaire. "Pendant un certain temps, on peut tenir grâce aux stocks. Mais au-delà, des problèmes d’approvisionnement vont commencer à apparaître", prédit l'expert.

Le salut viendra peut-être de la coopération entre les pays du Golfe. "L’Arabie saoudite pourrait potentiellement devenir un grand hub régional, affirme Delphine Acloque. Pourtant, le Conseil de coopération du Golfe reste marqué par des rivalités historiques. Les relations se sont améliorées ces dernières années, mais il n’existe toujours pas de véritable stratégie commune comparable au modèle européen." Un manque de coordination particulièrement visible en période de crise.

© REUTERS

DIRECT. Guerre en Iran et au Moyen-Orient: un premier soldat français tué en Irak, un groupe armé pro-iranien annonce cibler les "intérêts français"

13 mars 2026 à 07:27
Emmanuel Macron a annoncé la mort d'un premier militaire français depuis le début de la guerre en Iran et au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par les frappes américaines et israéliennes sur l'Iran. L'adjudant-chef Arnaud Frion a été tué dans une attaque visant des forces antiterroristes dans la région d'Erbil, au Kurdistan Irakien, selon le chef de l'État.

EN DIRECT. Guerre au Moyen-Orient : un soldat français tué dans une attaque en Irak

13 mars 2026 à 07:21

Nouvelle nuit d'affrontements au Moyen-Orient. En ce 14ᵉ jour de guerre, les hostilités entre les États-Unis, Israël et l'Iran ne faiblissent pas. Pétroliers attaqués, détroit d'Ormuz toujours bloqué, bombardements massifs à Téhéran, Tel-Aviv ou Beyrouth : près de deux semaines après le début de la guerre, la région continue de s'embraser. Pour la première fois depuis le début du conflit, une victime française est à déplorer : un soldat basé dans la région d'Erbil, en Irak, victime d'une attaque qui a blessé plusieurs autres militaires.

De son côté, Donald Trump, mis sous pression par la hausse historique des prix du pétrole, se montre satisfait de l'évolution du conflit. "La situation avec l'Iran évolue très rapidement", a-t-il dit déclaré jeudi soir. "Tout se passe très bien, notre armée est sans égale." Les frappes aériennes menées par les forces américaines et israéliennes auraient conduit au total "jusqu'à 3,2 millions" d'Iraniens à se déplacer à l'intérieur de l'Iran, a indiqué jeudi le Haut-Commissariat pour les réfugiés. Environ 800 000 personnes ont également dû fuir les bombardements au Liban.

Les infos à retenir

⇒ Un soldat français tué dans une attaque sur une base militaire en Irak

⇒ Les États-Unis allègent leurs sanctions contre la vente de pétrole russe

⇒ Un avion américain de ravitaillement s'écrase en Irak

07h00

Un avion ravitailleur américain s'écrase en Irak

Un avion ravitailleur militaire américain s'est écrasé jeudi dans l'ouest de l'Irak, a indiqué le commandement central de l'armée américaine. D'après l'US Army, le crash de cet appareil, un KC-135, n'est "pas dû à des tirs hostiles ou amis". De quoi écarter l'hypothèse d'une erreur de frappe d'une force alliée, comme au début de la guerre, lorsque le Koweït avait abattu par erreur trois avions de combat américains. Un responsable américain, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a indiqué à Reuters qu'un autre avion du même modèle avait été impliqué dans l'incident. Mais celui-ci a pu atterrir sans problème.

En revanche, la Résistance islamique en Irak, un groupe qui rassemble plusieurs factions armées soutenues par l'Iran, a revendiqué jeudi la destruction du premier appareil. Dans un communiqué, cette organisation assure avoir abattu l'avion KC-135 "pour défendre la souveraineté et l'espace aérien de notre pays". Aucun bilan sur de potentielles victimes n'a pour le moment été transmis par Washington.

06h40

Les États-Unis allègent leurs sanctions contre Moscou sur le pétrole

Face à la hausse des cours du pétrole, Washington relâche sa pression économique sur Moscou. Les États-Unis ont accordé une dérogation de 30 jours aux pays pour acheter du pétrole et des produits pétroliers russes sanctionnés et actuellement bloqués en mer. Tandis que le commerce d'hydrocarbures est un levier économique important pour le Kremlin pour financer sa guerre en Ukraine, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a expliqué que cette mesure visait à stabiliser les marchés énergétiques mondiaux perturbés par la guerre en Iran.

L'envoyé spécial du président russe, Kirill Dmitriev, a souligné jeudi que la dérogation accordée par les États-Unis concernerait 100 millions de barils de pétrole brut russe. "Dans le contexte de la crise énergétique croissante, un nouvel assouplissement des restrictions sur les approvisionnements énergétiques russes semble de plus en plus inévitable, malgré la résistance de certains bureaucrates bruxellois", a écrit sur Telegram cet homme de confiance de Vladimir Poutine. Jeudi, le prix du baril de Brent, la référence internationale pour le pétrole, a dépassé les 100 dollars – une première depuis 2022.

06h30

Un soldat français tué dans une attaque en Irak

Un soldat français est mort lors d'une attaque dans la région d'Erbil en Irak, a annoncé Emmanuel Macron dans la nuit de jeudi à vendredi. "L'adjudant-chef Arnaud Frion du 7ème bataillon de chasseurs alpins de Varces est mort pour la France lors d'une attaque dans la région d'Erbil en Irak", a précisé le chef de l'État sur le réseau social X. Il faisait partie des "forces engagées dans la lutte contre Daech" dans cette zone du Moyen-Orient. Emmanuel Macron a indiqué que plusieurs autres militaires français avaient été blessés dans l'attaque.

L’adjudant-chef Arnaud Frion du 7ème bataillon de chasseurs alpins de Varces est mort pour la France lors d’une attaque dans la région d’Erbil en Irak.

À sa famille, à ses frères d’armes, je veux dire toute l’affection et la solidarité de la Nation.

Plusieurs de nos militaires…

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) March 13, 2026

Ashab Al-Kahf, une milice pro-iranienne, a indiqué après cette attaque vouloir viser "tous les intérêts français en Irak et dans la région", après le déploiement du Charles-de-Gaulle dans le Golfe persique. Sans explicitement revendiquer cette frappe meurtrière, le groupe a appelé la population à ne pas s'approcher d'une base militaire du Kurdistan irakien où se trouvent des forces armées françaises.

© Radio France/Maxppp

Guerre au Moyen-Orient: 58 blessés dans le nord d’Israël après une frappe iranienne, selon le Magen David Adom

13 mars 2026 à 07:20
Emmanuel Macron a annoncé la mort d'un premier militaire français depuis le début de la guerre en Iran et au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par les frappes américaines et israéliennes sur l'Iran. L'adjudant-chef Arnaud Frion a été tué dans une attaque visant des forces antiterroristes dans la région d'Erbil, au Kurdistan Irakien, selon le chef de l'État.

Soldat français tué: que fait la France en Irak ?

13 mars 2026 à 06:44
Emmanuel Macron a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi la mort d'un militaire français, l'adjudant-chef Arnaud Frion, déployé dans la région d'Erbil, en Irak. Quelques heures plus tôt, les autorités avaient indiqué que six soldats français avaient été blessés dans la même région.

Guerre en Iran : quels risques pour l'économie européenne ?

Il arrive parfois que l'actualité semble se jouer loin de nous. Alors tous les vendredis, on s’intéresse à un évènement qui a marqué la semaine, d’un point de vue européen, et on prend le temps d’expliquer pourquoi il nous concerne tous.

Quatorze jours après l’attaque conjointe des Etats Unis et d’Israël sur Téhéran, le prix du pétrole a explosé faisant augmenter les prix à la pompe chez nous en France. Comme Jordan Bardella, le patron du RN, La France insoumise a demandé la mise en place d'un bouclier tarifaire, une proposition balayée par le gouvernement. Des tensions qui illustrent les craintes de voir la situation en Iran produire une crise économique en Europe.

Dans cet épisode de La semaine européenne, Tatiana Serova, journaliste au service Economie de L’Express, décrypte les risques qui pèsent sur les économies européennes, face au conflit au Moyen-Orient.

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Cet épisode a été écrit et présenté par Charlotte Baris, monté et réalisé par Jules Krot.

Crédits : RMC, BFMTV

Musique et habillage : Emmanuel Herschon / Studio Torrent

Visuel : Alice Lagarde

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EN DIRECT, guerre au Moyen-Orient : un soldat français tué et cinq blessés en Irak dans une attaque de drone revendiquée par un groupe armé pro-iranien

13 mars 2026 à 05:52
Le groupe irakien Ashab Al-Kahf a menacé la France, vendredi matin, alors qu’Emmanuel Macron a rappelé dans la nuit que la présence des militaires français en Irak « s’inscrivait dans le strict cadre de la lutte contre le terrorisme ».

© Khalid Al-Mousily/REUTERS

Victoire militaire, impasse politique : la myopie stratégique des Etats-Unis

13 mars 2026 à 05:40
Quinze jours après le début de la guerre lancée avec Israël contre l’Iran, l’administration Trump semble ne pas avoir anticipé les frappes iraniennes contre les pays de la région, la fermeture du détroit d’Ormuz ou la succession organisée au sein du régime… Il apparaît en outre que les deux alliés ne partagent pas les mêmes priorités.

© ANNA MONEYMAKER/Getty Images via AFP

Washington lève temporairement les sanctions sur une partie du pétrole russe

13 mars 2026 à 05:32
Face à l’explosion du prix du baril de brut, les États-Unis ont autorisé jusqu’au 11 avril la vente du pétrole russe stocké sur des navires, a annoncé jeudi le ministère des Finances américain. Depuis le début de la guerre en Iran, la flambée des prix du carburant a profité à Moscou, observe la presse américaine.

© Tatiana Meel / REUTERS

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