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Fiscalité des héritages : ces choix européens qui interrogent le modèle français

20 janvier 2026 à 05:45

Comparer les lois, les chiffres, les phénomènes de société, les politiques publiques... Chaque semaine, L'Express explore les pratiques de nos voisins européens afin de trouver les meilleures inspirations sur notre continent et nourrir ainsi le débat en France.

La France n'a toujours pas de budget mais, dans la grande foire aux idées pour faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'Etat, rien ne concernera l'impôt sur les successions. S'il y a bien un sujet qui fait l'unanimité parmi les députés quel que soit leur bord, c'est bien celui de la taxation des héritages. Il faut dire que huit Français sur dix sont opposés à la moindre augmentation. Sans parler d'alourdissement, l'imposition des héritages français aurait pourtant besoin d'un bon toilettage.

Si les recettes rapportées au PIB sont les plus élevées au monde, le système est également un des plus complexes, avec sept catégories de bénéficiaires différents, huit niveaux d'abattement et quatre taux différents. "La France se caractérise par des barèmes fortement progressifs, par un fonctionnement très inégalitaire, et même punitif pour les héritiers les plus éloignés et enfin par un manque criant de lisibilité contrastant avec la simplicité et la modération observée chez la plupart de nos voisins européens", explique Victor Fouquet, économiste et auteur d'une note sur le sujet pour le think tank Thomas More. Revue de détail.

Année de l'introduction de la fiscalité sur les héritages dans sa forme actuelle
Année de l'introduction de la fiscalité sur les héritages dans sa forme actuelle

Allemagne

Au royaume du capitalisme rhénan, on ne touche pas aux entreprises familiales

C'est un sujet radioactif : faut-il durcir le régime fiscal des successions, très favorable aux entreprises familiales, pilier de l'économie allemande ? Le sujet a été remis sur la table cet automne, curieusement par la droite conservatrice. La loi permet aux héritiers d'une société de bénéficier d’une exonération partielle (85 %) ou totale de l’impôt. A condition que l’activité et l'emploi soient maintenus pendant plusieurs années. Sur les 113 milliards d’euros transmis par voie de succession en 2024 - un record - l’Etat n’en a prélevé que 9,9 milliards.

Suisse

Les grosses successions ne financeront pas la transition énergétique et climatique

C'est un paradoxe. Alors que la fiscalité sur le capital ou celle pesant sur les revenus est compétitive et lisible, la taxation des héritages reste opaque et touffue en Suisse. Surtout la fixation des taux relève de la compétence exclusive des cantons. En novembre, un texte présenté la Jeunesse socialiste suisse, prévoyant un impôt sur les successions de 50 % sur les montants supérieurs à 50 millions de francs suisses et destiné à financer la transition écologique a été soumis à un référendum. Résultat ? Un rejet massif avec près de 79 % de réponses négatives.

Grèce

Le rétablissement des comptes publics s'est accompagné d'un allègement de la taxation des héritages

Comme dans la plupart des pays du sud de l'Europe, la fiscalité sur les héritages a été sensiblement abaissée au cours des deux dernières décennies en Grèce, malgré la cure d'austérité au début des années 2010. L'imposition des descendants directs a notamment été très allégée. Nouvelle réforme en 2025 : jusqu'à présent, toute personne qui ne renonçait pas à l'héritage dans les délais légaux risquait la saisie de ses biens personnels si le défunt avait des dettes. En vertu de la nouvelle réglementation, l'héritier ne sera plus responsable des "ardoises" de ses parents.

Italie

Quand Romano Prodi a instauré en 2006 une "flat tax" sur les héritages

C'est dans la Péninsule que la réforme la plus révolutionnaire en matière de taxation des héritages a eu lieu ces dernières années. En 2006, le gouvernement de Romano Prodi a mis en place une taxe proportionnelle - les taux d'imposition varient de 4 à 8 % - à rebours des systèmes progressifs en vigueur dans toute l'Europe. Surtout, ce big bang fiscal a conduit aussi à rehausser à 1 million d'euros le seuil d'abattement pour une transmission d'entreprise. Une réforme qui a inspiré un autre pays européen, le Danemark.

République tchèque

Prague a invoqué en 2014 de coûteux frais de recouvrement pour supprimer cet impôt

Fini l'impôt sur les successions ? En 2014, la République tchèque a sauté le pas, imitant la Norvège, invoquant pour justifier cette disparition de coûteux frais de recouvrement pour des recettes très maigres. Une suppression en trompe-l’œil puisque le montant des donations a été réintégré dans le calcul de l'impôt sur le revenu mais en y ajoutant de très généreux abattements. Ailleurs, en Europe, l'Estonie – ou l'impôt sur les sociétés est le plus bas du continent - et la Lettonie n'ont, eux, jamais mis en place de taxation sur les successions.

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