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Iran : qui pourrait succéder au guide suprême, Ali Khamenei ?

1 mars 2026 à 12:13

Il s'efforçait depuis près de quatre décennies de faire de l'Iran chiite une puissance régionale rivalisant avec les Etats sunnites du Golfe tout en entretenant une rivalité avec les Etats-Unis. L'ayatollah et guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, est mort samedi 28 février à l'âge de 86 ans. Les médias officiels iraniens ont déclaré qu'il avait été tué dans les frappes aériennes menées par Israël et les Etats-Unis qui ont détruit sa résidence dans le centre de Téhéran.

Peu après, l'agence de presse officielle iranienne IRNA a indiqué que le président iranien Massoud Pezeshkian le chef du pouvoir judiciaire Gholamhussein Mohseni Ejei et un juriste du Conseil des Gardiens assureraient la transition du régime iranien. Puis, ce dimanche, l'agence de presse ISNA news a annoncé que Alireza Arafi a été nommé à la tête du conseil des dirigeants, cet organe chargé de remplir le rôle du guide suprême dans l'attente de nouvelles élections. Membre du Conseil des Gardiens, Alireza Arafi siègera donc aux côtés de Massoud Pezeshkian et de Gholamhossein Mohseni Ejei.

Trois successeurs potentiels

Ali Khamenei était en place depuis 1989 et détenait l'autorité suprême sur toutes les branches du gouvernement, sur l'armée et sur le pouvoir judiciaire. Il était vénéré par ses fidèles comme un représentant de Dieu et comme le commandant en chef des forces armées, ayant le dernier mot sur toutes les questions d'État importantes.

Avant que les bombes américaines et israéliennes ne commencent à tomber samedi, l'ayatollah Ali Khamenei, qui se considérait comme le responsable de la survie de la République islamique, avait déjà prévu une transition du pouvoir en cas de décès et désigné des successeurs potentiels. Le guide suprême, dont la Constitution autorise à déléguer ses pouvoirs, doit être un haut dignitaire chiite, nommé par un comité de religieux appelé l'Assemblée des experts.

Comme l'explique le New York Times, en juin 2025, durant les douze jours de guerre contre Israël, alors que l'ayatollah Khamenei était en fuite, ce dernier a désigné trois candidats susceptibles de lui succéder rapidement. Selon le quotidien américain, ces trois personnalités sont Gholamhussein Mohseni Ejei ; le chef de cabinet de l'ayatollah Khamenei, Ali Asghar Hejazi - tué samedi ; ainsi que Hassan Khomeini, un religieux modéré issu de la faction politique réformiste et petit-fils de l'ayatollah Khomeini.

Le fils de l'ayatollah Khamenei, Mojtaba, qui a été une figure influente dans l'ombre, est pourtant plébiscité par certaines factions, mais l'ayatollah Khamenei a déclaré à ses partisans qu'il ne souhaitait pas que le poste de guide suprême soit héréditaire, précise le New York Times.

L'influence majeure d'Ali Larijani

Il est un autre homme dont l'influence est notable, et dont le nom circule pour la succession de l'ayatollah : le vétéran de la politique Ali Larijani, chef du plus haut organe de sécurité iranien, le Conseil suprême de sécurité nationale. Avant les frappes aériennes de samedi, l'ayatollah Khamenei a délégué la direction du pays à ce proche allié - l'un des plus proches en réalité -, qui a de facto marginalisé le président Massoud Pezeshkian. Dans les faits, Ali Larijani semble donc déjà avoir une influence prépondérante. Politicien expérimenté, Ali Larijani a émergé l'an dernier comme l'une des figures majeures du système sécuritaire iranien. Nommé secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale (SNSC) d'Iran en août, Ali Larijani, ex-conseiller d'Ali Khamenei, a fait carrière grâce à sa loyauté envers lui et à un pragmatisme lui permettant de naviguer à travers les factions rivales au sein du régime iranien.

Professeur de philosophie - sa spécialité étant Emmanuel Kant - et mathématicien qualifié, précise The Economist, Ali Larijani est issu d'une lignée cléricale. Son père était ayatollah (un religieux chiite d'un rang élevé) ; son beau-père était le principal théoricien de la révolution islamique et le bras droit du fondateur de la République islamique ; son frère Sadeq Larijani, lui aussi un haut fonctionnaire, a dirigé le pouvoir judiciaire pendant dix ans. Il lui est même arrivé de diriger la prière du vendredi à la place d'Ali Khamenei. Il a servi dans les Gardiens de la révolution islamique, a occupé quatre postes ministériels et a été président du Parlement pendant douze ans.

Son statut de stratège de confiance du guide suprême iranien a été mis en avant lors de son déplacement à Oman, négociateur dans le dossier du nucléaire iranien, lors de discussions indirectes avec Washington, alors que les Etats-Unis positionnaient ses forces au Moyen-Orient, rappelle Reuters. "Il était l'éminence grise de Khamenei", explique à The Economist Lynette Nusbacher, une ancienne agente de renseignement britannique.

Comme le relève le New York times, qui a interrogé plusieurs hauts responsables iraniens, l'ayatollah Khamenei avait également autorisé un petit cercle d'alliés politiques et militaires à prendre des décisions s'il venait à être tué ou injoignable pendant une guerre, et avait désigné quatre niveaux de succession pour les hauts responsables militaires et politiques qu’il nomme personnellement. Parmi eux figurent son chef d'état-major, Mohammad Hejazi, décédé en 2021 ; le général de brigade Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et ancien commandant du Corps des Gardiens de la révolution ; et son principal conseiller militaire et ancien commandant en chef des Gardiens, le général Yahya Rahim Safavi.

© via REUTERS

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