L'Iran a menacé ce dimanche 11 janvier Israël et les bases américaines au Moyen-Orient de représailles en cas d'intervention des Etats-Unis contre la République islamique en soutien des manifestants qui défient le régime depuis deux semaines, alors que le bilan dépasse 500 morts, selon une organisation des droits humains basée aux États-Unis. Le président américain Donald Trump a plusieurs fois menacé ces derniers jours Téhéran de venir en aide aux protestataires en cas de répression trop brutale. "L'Iran veut la liberté" et "les Etats-Unis sont prêts à l'aider", a-t-il écrit samedi sur son réseau Truth Social.
Selon le Wall Street Journal, Donald Trump sera informé mardi par ses services de renseignement de la situation sur le terrain et des "options spécifiques" lui seront présentées pour y répondre. La possibilité d'une intervention américaine a été évoquée lors d'un appel téléphonique entre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, selon une source israélienne ayant assisté à la conversation, et Israël s'est placé en "état d'alerte maximale" face à cette possibilité de frappes américaines, ont indiqué trois sources israéliennes.
Israël n'a pour l'heure manifesté publiquement aucune volonté d'intervenir. Dans une interview publiée vendredi par The Economist, Benyamin Netanyahou a déclaré qu'une attaque iranienne contre son pays aurait des conséquences terribles. A propos des manifestations, il a ajouté : "Pour le reste, je pense que nous devons observer ce qui se passe à l'intérieur de l'Iran." Ce dimanche, le président du Parlement iranien, Mohammad Baqer Qalibaf, a averti qu'"en cas d'attaque contre l'Iran, les territoires occupés [Israël] et les bases et navires américains seront nos cibles légitimes", mettant en garde les Etats-Unis contre toute "erreur de calcul".
Le bilan de la répression s'alourdit
Les trois sources israéliennes n'ont pas précisé en quoi consistait "l'état d'alerte maximal" en Israël et aucun commentaire officiel n'a pu être obtenu du gouvernement ou de l'armée. Israël et l'Iran se sont affrontés pendant douze jours en juin dernier et les Etats-Unis sont intervenus au côté de l'Etat hébreu en bombardant les installations nucléaires iraniennes. L'Iran a riposté en tirant des missiles sur la base américaine d'al Oudeïd au Qatar, sans faire de victimes et après avoir prévenu Washington de l'imminence des frappes.
La République islamique est aujourd'hui confrontée à sa plus importante vague de contestation depuis le mouvement "Femme, vie, liberté" de 2022-2023, provoqué par la mort en détention de l'étudiante Mahsa Amini après son arrestation par la police des moeurs pour port d'un voile non conforme. Les manifestations, lancées le 28 décembre dernier par les commerçants du bazar de Téhéran protestant contre une inflation galopante et la chute du rial, ont pris une tournure politique et se sont étendues à de nombreuses villes de province.
Téhéran accuse les Etats-Unis et Israël de fomenter la révolte. Dans une interview télévisée, le président Massoud Pezeshkian a déclaré que les deux grands ennemis de la République islamique avaient envoyé des "terroristes" qui ont "incendié des mosquées (...), attaqué des banques et des biens publics". "Familles, je vous demande de ne pas autoriser vos jeunes enfants à rejoindre les émeutiers et les terroristes", a-t-il ajouté, tout en assurant que son gouvernement était prêt à écouter les doléances de la population et à s'attaquer aux problèmes économiques.
Relégué dans l'oubli, l'architecte vénézuélien Jorge Romero Gutiérrez (1924-1997) doit se retourner dans sa tombe. Son grand œuvre, l'Hélicoïde de Caracas, conçu dans les années cinquante pour devenir le plus grand centre commercial d'Amérique latine, est devenu, sous Nicolas Maduro, le plus ignoble et célèbre centre de torture du continent latino-américain. Il est spécialement dédié à la persécution des opposants politiques qui étaient encore au nombre de 806 au moment du Nouvel An.
Toutefois, après l'arrestation de l'ex-président et son transfert à New York à la suite du raid de l'armée américaine, la présidente par intérim Delcy Rodriguez a commencé à en libérer quelques dizaines. Parmi eux : l'avocate, militante des droits humains et spécialiste des questions militaires Rocio San Miguel.
En forme de tour de Babel, l'Hélicoïde raconte la vertigineuse descente aux enfers d'un pays qui figurait parmi les dix les plus riches du monde dans les années 1950 à 1970, avant de sombrer dans la pauvreté extrême en raison du pillage de l'industrie pétrolière et de l'économie tout entière voulue par la klepto-dictature en place depuis un quart de siècle. D'une audace architecturale folle, l'immense bâtiment hélicoïdal conçu sous la dictature de Marcos Pérez Jiménez (1948-1958) est ceinturé par une rampe automobile de spirale longue de 4 kilomètres qui dessert douze étages. Ce chef-d’œuvre d'architecture brutaliste devait à l'origine abriter 130 boutiques, des bureaux, un centre de conférences, un hôtel cinq étoiles, un club privé, un cinéma multiplexe, une piscine, un gymnase, un terrain de bowling, des restaurants, une discothèque, sans oublier un héliport. Une exposition au MoMA de New York avait même été consacrée à ce projet futuriste, contemporain de la construction de Brasilia, au Brésil.
"C'était l'époque où les Colombiens, nos voisins, regardaient le Venezuela comme une Californie", raconte Ben Ami Fihman, ancien directeur de journal et figure de Caracas qui a dû fuir son pays sous Hugo Chavez en 2007. Pour les architectes, le pays en plein boom pétrolier est alors un eldorado. "Les bâtisseurs tournent le dos à l'architecture ancienne pour célébrer le modernisme, poursuit Ben Ami Fishman. Partout, l'école vénézuélienne d'architecture bâtit en béton armé. Sortent de terre des autoroutes, des viaducs, des tunnels à travers les montagnes, des tours jumelles à Caracas, des hôtels de luxe (le Tamanaco), une splendide université classée au patrimoine mondial de l'UNESCO et, bien sûr, l'Hélicoïde, censé devenir notre pyramide d'Égypte." Au lieu de cela, l'édifice devient bientôt un "éléphant blanc". Car d'inauguration, il n'y aura jamais…
L'Helicoïde de Caracas, promis à devenir un centre commercial à Caracas au début des années 1960.
Un an avant la fin du chantier, les travaux sont en effet interrompus en raison de problèmes financiers. Abandonné en 1961, utilisé comme hangar, puis comme camp de réfugiés où s'entassent pendant trois ans 10 000 déplacés après un glissement de terrain dans les environs de Caracas en 1979, l'Hélicoïde est ensuite récupéré par le ministère de l'Intérieur en 1985, qui y installe les services de renseignement. Sous Hugo Chavez et Nicolas Maduro, ceux-ci se transforment en véritable police politique sous le nom de Service bolivarien d'Intelligence, ou SEBIN. "Chargée de la persécution des civils considérés par le régime comme une menace, cette police secrète est placée directement sous la responsabilité de la vice-présidence, c'est-à-dire sous Delcy Rodriguez, qui vient de succéder à Nicolás Maduro et connaissait parfaitement l'existence et le fonctionnement de ces ténèbres", explique l'avocat Alfredo Romero, à la tête de l'ONG Foro Penal, qui a défendu 19 000 détenus politiques depuis une décennie.
Malgré les apparences, la prison de l'Hélicoïde est assez petite. Elle n'occupe en réalité qu'une partie du rez-de-chaussée et du sous-sol où des pièces conçues pour abriter des bureaux servent de cellules collectives (une vingtaine de prisonniers dans des espaces de cinq mètres par trois), de chambre de torture ou de "mitard" pour l'isolement. Dans le reste du bâtiment se trouvent les locaux de la redoutable SEBIN, une école de formation de policiers, un stand de tir, une armurerie, des garages pour les blindés anti-émeutes et des espaces vacants. Le centre de détention lui-même n'abrite qu'une centaine de prisonniers, mais ce sont les plus importants aux yeux de la dictature. Il y a là des activistes, des journalistes, des dirigeants syndicaux, des leaders communaux, des élus, des collaborateurs de l'opposante Maria Corina Machado, etc. Tous ces prisonniers de conscience ont été victimes de traitements inhumains.
La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, prononce un discours lors de la cérémonie « Promotions et décorations pour les héros et les martyrs », en l'honneur des militaires et des agents de sécurité vénézuéliens et cubains morts lors d'une opération américaine visant à capturer le président vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores, à Caracas, au Venezuela, le 8 janvier 2026. REUTERS/Leonardo Fernandez Viloria
Alors que la torture a officiellement disparu d'Amérique latine depuis la fin des dictatures des généraux Jorge Rafael Videla en Argentine (1976-1982) et Augusto Pinochet au Chili (1973-1990), elle a été remise au goût du jour et encouragée par Hugo Chavez et Nicolas Maduro au Venezuela. Selon l'ONG Foro International, plus de 38000 personnes ont été tortuées depuis le début du chavisme au Venezuela. "Toutes les méthodes employées en Argentine et au Chili ont cours dans notre pays, de la même manière ou en pire", reprend l'avocat Alfredo Romero avant d'énumérer les différents supplices : tabassage avec coups de pied dans les côtes et de poings dans la figure ; asphyxie à l'aide de sacs en plastique ; "waterboarding" (tête plongée dans l'eau) ; arrachage des ongles à l'aide de pinces à épiler ; arrachage des cheveux ; viols sur les hommes et sur les femmes ; simulation d'exécution ; suspension à des potences par les poignets avec les talons décollés du sol pendant des heures ou des jours ; électrochocs, y compris sur les testicules ; découpage de la plante des pieds avec des lames de rasoir, simulation d'exécution, etc, selon l'avocat.
Le régime chaviste pratique la "torture blanche"
Ainsi, l'Hélicoïde de Caracas est l'équivalent des tristement célèbres Écoles mécaniques de la Marine (ESMA) de Buenos Aires et de la Villa Grimaldi de Santiago du Chili dans les années 1970-1980. Mais il n'est pas l'unique centre de torture vénézuélien. "On supplicie aussi au pénitencier El Rodeo, en banlieue de la capitale, à la prison militaire de Ramo Verde, également en banlieue, et dans divers lieux clandestins, surtout dans des villas privées [NDLR : comme c'était le cas, sous la junte argentine, par exemple à l'intérieur du terrible garage Olimpo de Buenos Aires]", ajoute l'avocat de l'ONG Foro Penal. Encore faut-il ajouter à cette liste non exhaustive – car on torture dans toutes les prisons – la tristement célèbre "Tumba" (la tombe), un "goulag" de 17 cellules enterré à cinq mètres sous terre à la verticale de la place Venezuela, en centre-ville de la capitale : les détenus y sont "enterrés vivants" et exposés à la lumière blanche perpétuelle sans ventilation naturelle.
"Il existe toutefois une différence entre le Venezuela et l'Argentine ou le Chili, c'est que les tortionnaires vénézuéliens ont été formés par les Cubains, qui ont eux-mêmes été entraînés par la Stasi est-allemande et le KGB soviétique", précise Elizabeth Burgos, historienne et experte du populisme latino-américain. "Ils pratiquent donc couramment la torture blanche, qui est plus scientifique et ne laisse pas de trace apparente. À l'instar de la 'Tumba', on place les prisonniers dans des cellules aux murs blancs avec la lumière allumée 24 heures sur 24. On les expose aussi au grand froid puis à des périodes de grande chaleur. Il s'agit de casser psychologiquement les individus et de les désorienter, comme cela se pratique toujours à la Villa Marista, le centre d'interrogatoire de La Havane. Cela provoque chez les victimes des hallucinations, de l'anxiété extrême, des dépressions, des attaques de panique et des suicides", ajoute-t-elle.
"Certains gardiens étaient des Cubains, reconnaissables à leur accent"
Emprisonné pendant deux ans dans l'Hélicoïde de 2014 à 2016, le député Rosmit Mantilla, élu du parti d'opposition Voluntad Popular (centre gauche), a été épargné par les tabassages grâce à la médiatisation de son cas par Amnesty International, l'ONU, etc. Cependant, les tortures psychologiques auxquelles il a été soumis sont, selon lui, tout aussi "cruelles". Il raconte : "La spécialité d'un des gardiens, un certain Richard Centeno surnommé 'commissaire Pachuco' et qui avait une bonne tête, consistait à me lire des passages de l'Apocalypse de la Bible d'un ton doucereux et d'interrompre la lecture pour me montrer des photos de mes proches, par exemple de ma sœur enceinte, et de m'annoncer qu'ils allaient la tuer à cause de moi et mes activités politiques. Comme je suis ouvertement homosexuel, mes gardiens me disaient aussi qu'ils allaient me violer avant de m'exécuter. Autre exemple : chaque matin, nous étions réveillés par des coups de marteaux frappés contre la porte métallique de nos cellules en nous annonçant que, si les 'yankees' attaquaient le régime, nous serions attaqués à notre tour, à titre de représailles."
Le député de centre gauche Rosmit Mantilla a passé deux ans dans les geoles de la dictature vénézuélienne, dans l'Hélicoïde, de 2014 à 2016.
Aujourd'hui réfugié politique en France, Rosmit Mantilla se souvient aussi que chaque nouvel arrivant à l'Hélicoïde subit un traitement de choc pendant deux semaines. "En guise de bienvenue, chaque nouveau détenu était passé à tabac et placé à l'isolement dans une cellule allumée jour et nuit. Très vite, il perdait la notion du temps et ne savait plus s'il était une heure de l'après-midi ou du matin." Les autres détenus, eux, entendent les insupportables cris de douleur du martyr, au point qu'ils décident parfois d'augmenter le volume de leur radio ou de leur télévision, s'ils en possèdent une.
La torture, une politique d'Etat systématique
Après quinze jours de traitements atroces, le nouveau venu, dans un état déplorable, rejoint les autres détenus dans une cellule collective. Là, les conditions sont à peine meilleures. Un exemple, cité par l'ex-député : une fois par jour, les prisonniers sont emmenés dans les douches et aux W.-C. pour se laver et se soulager. "Il n'y a pas assez de temps pour faire les deux, témoigne encore Rosmit Mantilla. Il faut choisir. Et si vous êtes en train de faire vos besoins au-delà du temps imparti, les gardiens vous interrompent à coups de barre de fer pendant que vous êtes assis sur les toilettes..."
Ancien journaliste, Rosmit Mantilla a profité de sa détention pour mener l'enquête auprès des détenus et des gardiens. Il est arrivé à la conclusion que la pratique de la torture correspond à une politique d'État systématique, répondant toujours à la même procédure et aux mêmes déroulés. Il a aussi découvert que nombre des bourreaux étaient analphabètes et que certains étaient des Cubains, facilement reconnaissables à leur accent caractéristique. Voilà à quoi a abouti un quart de siècle de "socialisme du XXIe siècle", selon la formule chaviste, sous l'égide notamment de l'actuelle dirigeante par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez. À l'adresse de la gauche européenne que Rosmit Mantilla juge complaisante vis-à-vis de la dictature de Caracas (toujours en place), l'ex-prisonnier dit ceci : "Les Européens de gauche ont une vision romantisée de la soi-disant révolution bolivarienne. Eux ont appris le marxisme dans les amphis de la Sorbonne. Moi, j'ai appris ce qu'était une révolution derrière les murs de l'Hélicoïde..."
Donald Trump a relancé, ce week-end, la pression américaine sur Cuba. Dimanche, le président des Etats-Unis a "vivement recommandé" à Cuba de parvenir à un accord avec les Etats-Unis "avant qu'il ne soit trop tard". "Il n'y aura plus d'argent ou de pétrole vers Cuba. Zéro !", a-t-il publié sur sa plateforme Truth Social. Le président américain a justifié cette menace par la fin du soutien vénézuélien à l'île après la capture, début janvier, du président Nicolas Maduro lors d'une opération nocturne à Caracas.
Depuis cette intervention spectaculaire, Washington fait pression sur la nouvelle présidente vénézuélienne par intérim, Delcy Rodriguez, pour mettre un terme aux livraisons de pétrole vers Cuba. Le Venezuela était jusqu'alors le principal fournisseur énergétique de l'île. Entre janvier et novembre de l'an dernier, Caracas a livré en moyenne 27 000 barils de pétrole par jour, couvrant environ la moitié de ses besoins, selon des données d'expédition maritime et des documents de la compagnie pétrolière nationale PDVSA cités par Reuters. Désormais, le pétrole vénézuélien est vendu aux Etats-Unis.
Une économie fragilisée
Dans ce contexte de tension, Donald Trump a également partagé dimanche un message suggérant que son secrétaire d'Etat, Marco Rubio, né de parents immigrés cubains, pourrait devenir un jour président de Cuba. Le président américain a republié sur Truth Social un message de l'utilisateur Cliff Smith affirmant : "Marco Rubio sera président de Cuba", accompagné d'un émoji rieur, ajoutant en commentaire : "Cela me paraît très bien !", rapporte l'AFP.
Les services de renseignement américains dressent un tableau préoccupant de la situation économique et politique cubaine. Selon des informations rapportées par Reuters, les évaluations confidentielles évoquent une économie fragilisée par les sanctions commerciales, les coupures d'électricité et les difficultés dans les secteurs clés comme l'agriculture et le tourisme. Elles ne confirment toutefois pas clairement l'affirmation de Donald Trump selon laquelle l'île serait "prête à tomber".
Cuba, cible prioritaire de Washington
Cette nouvelle escalade verbale s’inscrit dans une longue histoire d’ingérences américaines en Amérique latine. Après le Venezuela, Cuba apparaît désormais comme une nouvelle cible prioritaire sur les radars de l’administration Trump, alors que l’île reste fortement dépendante de ses approvisionnements énergétiques extérieurs. A La Havane, le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a rejeté les accusations américaines. Il a affirmé que Cuba n'avait reçu "aucune compensation" pour les services de sécurité fournis à un autre pays et rappelé que l'île avait le droit d'importer du carburant "de tout pays disposé à l'exporter", selon un message publié sur X. Il a également accusé les Etats-Unis d'agir de manière "criminelle" et de menacer la paix mondiale.
L'opération américaine au Venezuela n'a pas fini de bouleverser l'ordre mondial, géopolitique et commercial. Après avoir enlevé et emprisonné le dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro le 3 janvier dernier, Donald Trump a répété ces derniers jours sa volonté de vouloir s'emparer du pétrole du pays, qui détient les plus importantes réserves stratégiques du monde (18 %).
Vendredi, le locataire de la Maison-Blanche promettait ainsi sur son réseau Truth social l'investissement de 100 milliards de dollars de la part des grandes compagnies pétrolière, qu'il s'apprêtait à rencontrer quelques heures plus tard dans le bureau Ovale. De quoi bouleverser le marché mondial du pétrole, au premier rang desquels l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), dont le Venezuela est l'un des membres fondateurs.
Déséquilibre de l'offre et baisse des prix
Selon les plus récentes analyses de l'Opep, Caracas disposerait des plus grandes réserves mondiales de pétrole brut, avec près de 300 milliards de barils, devant l'Arabie saoudite (267 milliards de barils) et l'Iran (208 milliards de barils pour l'Iran). Toutefois, faute d'investissements massifs et dans un contexte de crise économique, la production de l'or noir par le pays reste jusqu'à présent relativement faible. A peine un million de barils par jour, quand 105 millions sont quotidiennement produits par le reste des pays exportateurs. Ce qui explique la relative stabilité du marché depuis l'attaque du 3 janvier.
Mais vu le potentiel du pays en matière de ressources pétrolières, Donald Trump a annoncé dès la capture de Nicolas Maduro que les entreprises pétrolières américaines allaient "dépenser des milliards de dollars, réparer les infrastructures gravement endommagées et commencer à générer des revenus pour le pays".
Derrière cette OPA, Donald Trump voudrait mettre en marche son plan, de longue date, pour établir un prix du baril fixé autour de 50 dollars (alors qu'il oscille actuellement autour des 60 dollars), raconte le journal économique The Wall Street Journal, auprès de qui plusieurs sources proches du dossier ont rapporté "l'initiative radicale" du président pour réhabiliter et commercialiser le brut vénézuélien. Or, si le projet de Donald Trump devait aller au bout, les États-Unis et leur force de frappe industrielle se retrouveraient bel et bien aux manettes de la production de la manne pétrolière la plus importante de la planète. Selon plusieurs analystes, interrogés par le Wall Street Journal, la relance de l'industrie vénézuélienne et l'augmentation de la production de barils, même modeste, pourraient bien déséquilibrer l'offre, déjà excédentaire depuis plusieurs années. Et de fait, faire baisser les prix et la rentabilité pour les pays membres de l'Opep.
Des entreprises moins enthousiastes
Déjà mardi, le président américain avait annoncé un accord avec Caracas visant à raffiner et à vendre près de 50 millions de barils de pétrole vénézuélien jusqu'à présent bloqués en raison du blocus américain. D'après certains observateurs cités dans la presse américaine, dont The New York Times et le Wall Street Journal, l'accord entre Caracas et Washington pourrait conduire à la production de 2 millions de barils supplémentaires par jour.
Quant à l'engagement des grandes holdings américaines au Venezuela pour moderniser et relancer les forages de l'or noir sur place, il semble que la retenue soit de mise. Après la rencontre vendredi des dirigeants des grandes compagnies pétrolières occidentales avec le président américain, ce dernier a une nouvelle fois répété qu'il souhaite que les majors du secteur investissent au moins 100 milliards de dollars "pour reconstruire les infrastructures nécessaires". Et de prévenir : "nous allons décider quelles compagnies pétrolières seront autorisées à intervenir, lesquelles nous laisserons entrer ".
Mais face à la détermination du président américain, plusieurs géants du secteur, dont certains ont déjà été établis au Venezuela avant d'être chassés par le régime de Nicolas Maduro, demanderaient des garanties à Washington. C'est ce qu'a laissé entendre le PDG d'ExxonMobil, Darren Woods. "Nos actifs ont été saisis à deux reprises dans ce pays, vous pouvez donc imaginer que pour y revenir une troisième fois, des changements assez importants seraient nécessaires", a-t-il suggéré lors d'une conférence de presse faisant suite à la rencontre, estimant qu'il était "impossible d'y investir" en l'état. De quoi laisser le marché souffler encore quelques mois.
Un ouvrier pétrolier marche à côté d'appareils de forage dans un puits exploité par la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne PDVSA, dans la ceinture pétrolière riche en pétrole de l'Orénoque, près de Morichal, dans l'État de Monagas, le 16 avril 2015.
Depuis 72 heures, l'Iran est coupée du monde. En proie à des manifestations d'ampleur depuis le 28 décembre dernier, d'abord contre la vie chère puis rapidement contre le régime des Mollahs tout entier, les autorités ont brutalement coupé tous les signaux Internet. La répression, sanglante, durant laquelle au moins 116 personnes sont mortes et 2 600 ont été arrêtées selon l’organisation basée aux Etats-Unis Human Rights Activists News Agency, ne doit pas être filmée. Le monde ne doit pas voir.
Samedi, les gardiens de la révolution ont qualifié les manifestants de "terroristes" et ont déclaré que"préserver les acquis de la révolution islamique et maintenir la sécurité et la survie du régime constituent une ligne rouge".
"Pire coupure de l'histoire de l'Iran"
À la suite du black-out d'Internet imposé par les autorités dans la nuit de jeudi à vendredi, "90 % du trafic Internet vers l’Iran s’est arrêté", explique Amir Rashidi, expert iranien des droits numériques, auprès du journal britannique The Guardian. En l'espace de quelques heures, les appels internationaux vers le pays ont été bloqués et les téléphones mobiles iraniens mis hors service. Amir Rashidi et d'autres experts évoquent une "coupure d’une précision glaçante".
Même les connexions via le puissant réseau satellitaire Internet de Starlink semblent avoir été coupées. Lors des manifestations de 2022 après la mort de Mahsa Amini et au commencement du mouvement "Femme, vie, liberté", le réseau avait pourtant été une bouée de sauvetage pour les Iraniens. "Il s'agit du pire arrêt d'Internet de l'histoire de l'Iran", dénonce Ali Tehrani, directeur des opérations pour Psiphon, un outil anti-censure open source largement utilisé en Iran, auprès du média en exil Iran International. Tandis que selon Amin Sabeti, expert en cybersécurité cité par le média, la panne d'électricité, qui a commencé jeudi soir a non seulement coupé l'accès à Internet mondial dans une grande partie du pays mais aussi perturbé les services en ligne nationaux, qui étaient pourtant restés partiellement disponibles lors des répressions précédentes. "Il n’y a pas de réseau sur les téléphones. Il n’y a pas d’antenne. C’est comme si vous viviez au milieu de nulle part, sans aucune antenne-relais", poursuit Amir Rashidi dans The Guardian.
D'une redoutable précision
Dans ce black-out généralisé, le guide suprême de l'Iran Ali Khamenei, a pourtant pu continuer à poster des messages sur le réseau social X. Il a posté au moins 15 publications depuis vendredi, dans lesquelles il critique vivement le président américain Donald Trump et ses actions au Venezuela.
Le président des États-Unis a déclaré que si le gouvernement iranien faisait ceci ou cela, il se rangerait du côté des émeutiers. Les émeutiers ont placé leurs espoirs en lui. S’il est si compétent, qu’il gère donc son propre pays.
"C'est ce qui rend cette panne d'électricité différente des précédents blocages d'Internet en Iran", souligne Doug Madory, expert en systèmes Internet auprès du Guardian. "Elle est plus vaste, mais semble également plus affinée, ce qui signifie potentiellement que Téhéran sera en mesure de le maintenir plus longtemps", poursuit le spécialiste.
Pour fonctionner de la sorte, le gouvernement iranien pourrait avoir mis certains sites sur liste blanche (soit l'autorisation spécifique à accéder à Internet pour un petit nombre), dont X, permettant à certains responsables et institutions de continuer à accéder à Internet. Une méthode qui pourrait faire durer la coupure Internet pour la majorité des Iraniens. "Tout cela suggère que l'Iran a développé des outils plus précis pour censurer Internet, poursuit Doug Madory. Si le système des listes blanches fonctionne comme prévu, cela peut leur permettre d'opérer dans une sorte d'état dégradé pendant une période prolongée." Selon plusieurs experts, l'Iran travaille à la sophistication des coupures Internet depuis des années, tout comme la Chine ou encore l'Inde.
Le commandement central des États-Unis pour le Moyen-Orient (CentCom) a annoncé, samedi 10 janvier, avoir mené des frappes "à grande échelle" contre plusieurs cibles de l’organisation État islamique (EI) à travers la Syrie. Dans un message publié sur X, le CentCom précise que ces opérations ont été conduites "en collaboration avec des forces partenaires", sans identifier ces dernières. L’action intervient en représailles à une attaque survenue en décembre dans la région de Palmyre, qui avait coûté la vie à deux militaires et un interprète américains. "Notre message reste clair : si vous vous en prenez à nos combattants, nous vous trouverons et nous vous tuerons où que vous soyez dans le monde", a rappelé le CentCom. Le communiqué ne précisait pas si des personnes avaient été tuées lors des frappes.
Selon l'AFP, la Jordanie a indiqué dimanche avoir participé aux frappes, menées dans le cadre de la coalition internationale, "pour neutraliser les capacités des groupes terroristes et les empêcher de se réorganiser ou d’utiliser ces zones pour lancer des attaques menaçant la sécurité régionale".
"De très lourdes représailles"
Ces frappes font suite à une première série d’attaques américaines en Syrie, déclenchées en décembre après l’assassinat de trois ressortissants américains. Washington avait alors frappé "plus de 70 cibles" dans les régions de Homs, Deir Ezzor et Raqa, tuant au moins cinq membres de l’EI, dont le chef d’une cellule de drones, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Le président Donald Trump avait qualifié ces raids de "très lourdes représailles" contre des bastions de l’EI. L’attaque du 13 décembre avait été menée par un membre des forces de sécurité syriennes visé pour ses "idées islamistes extrémistes" ; Washington l’a imputée au groupe djihadiste, qui ne l’a pas revendiquée.
Parallèlement, le Royaume-Uni et la France ont mené début janvier des frappes conjointes contre des positions de l’EI près de Palmyre, dans le cadre de l’opération "Inherent Resolve" (OIR), la coalition internationale antidjihadiste coordonnée par les Etats-Unis. Selon Londres, une installation souterraine utilisée comme dépôt d’armes et d’explosifs a été détruite grâce à des bombes guidées. Les forces françaises ont confirmé avoir participé à ces raids pour "empêcher la résurgence de Daech", sans fournir davantage de détails.
Depuis sa défaite face à la coalition internationale en 2019, l’EI continue de mener sporadiquement des attaques depuis le vaste désert syrien. La région de Palmyre, ancien bastion du groupe djihadiste et site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, reste régulièrement ciblée par les opérations de la coalition internationale, qui cherche à empêcher toute reprise de contrôle par l’organisation. Avec le retour au pouvoir de Donald Trump et sa volonté de réduire la présence américaine à l’étranger, le Pentagone avait annoncé en avril 2025 une diminution de moitié des effectifs militaires américains en Syrie, dont le total actuel n’est pas officiellement connu.
Des soldats américains rattachés à la Garde nationale de l'Iowa signent des systèmes de munitions GBU-31 dans la zone de responsabilité du Commandement central américain le 18 décembre 2025, alors que l'armée américaine lançait des frappes à grande échelle contre des dizaines de cibles de l'État islamique en Syrie en représailles à une attaque contre du personnel américain, ont déclaré des responsables américains. Photo de l'armée de l'air américaine/Document fourni par REUTERS
Israël est en état d'alerte maximale face à la possibilité d'une intervention américaine en Iran. Les sources, présentes lors de consultations de tenues de sécurité par Israël durant le week-end, n'ont pas précisé ce que signifiait, en pratique, "l'état d'alerte maximale".
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a évoqué la possibilité d'une intervention américaine en Iran lors d'un appel téléphonique avec le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio samedi, a déclaré une source israélienne présente lors de la conversation.
116 morts lors des manifestations
Le président américain Donald Trump a déclaré à plusieurs reprises ces derniers jours que les États-Unis étaient prêts à intervenir pour défendre les manifestants en Iran en cas de répression violente des autorités de Téhéran. Encore samedi, il déclarait sur sa plateforme Truth Social que l'Iran "aspirait à la liberté" et que les Etats-Unis "se tenaient prêts à aider", menaçant de "frapper très fort" l'Iran en cas de répression trop meurtrière. Le New York Times affirme d'ailleurs que le président américain a été briefé ces derniers jours sur les options dont il dispose concernant d'éventuelles frappes, y compris visant des cibles civiles.
L'Iran, qui a connu une guerre de 12 jours avec Israël l'année dernière et dont les installations nucléaires ont été bombardées par les États-Unis en juin, connaît actuellement ses plus importantes manifestations antigouvernementales depuis des années. Le bilan des morts s'élève désormais à 116, selon l'organisation de défense des droits humains HRANA, basée aux États-Unis.
L'Iran a averti dimanche le président Donald Trump que toute attaque américaine entraînerait une riposte de Téhéran contre Israël et les bases militaires américaines régionales en tant que "cibles légitimes", a déclaré le président du Parlement, Mohammad Baqer Qalibaf, au Parlement. L'armée iranienne a assuré qu'elle protégerait "les intérêts nationaux" contre un "ennemi cherchant à perturber l'ordre et la paix".
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'exprime lors d'une session plénière de la Knesset, le Parlement israélien, à Jérusalem, le 5 janvier 2026. REUTERS/Ronen Zvulun
Un "malade" gérant "des usines de cocaïne" qui expédiraient de la drogue aux Etats-Unis. Voilà comment Donald Trump qualifiait le président colombien Gustavo Petro le 3 janvier dans un contexte de tensions entre Washington et Bogota à la suite de l'opération militaire américaine au Venezuela contre Nicolas Maduro. Interrogé sur la possibilité d'une opération militaire américaine dirigée cette fois contre la Colombie, Donald Trump avait répondu : "Ça me paraît une bonne idée."
Les menaces de Donald Trump semblent avoir été prises au sérieux par l'ancien guérillero Gustavo Petro. Moins d'une semaine après ce regain de tensions entre Washington et Caracas, le changement de ton est notable après un appel téléphonique entre les deux dirigeants, mercredi le 7 janvier. Donald Trump a annoncé vendredi qu’il rencontrera son homologue colombien à la Maison-Blanche début février. "Je suis certain que cela se passera très bien pour la Colombie et les Etats-Unis, mais il faut absolument empêcher l'entrée de cocaïne et d'autres drogues aux Etats-Unis", a écrit Donald Trump sur les réseaux sociaux. "Cela a été un grand honneur de parler avec le président de la Colombie, qui m'a téléphoné pour m'expliquer la situation en matière de drogues et concernant d'autres désaccords que nous avons eus. J'ai apprécié le fait qu'il m'appelle et le ton qu'il a employé et j'ai hâte de le rencontrer dans un avenir proche."
De son côté, Gustavo Petro a déclaré que cet échange "amical" était "historique". Dans un entretien accordé à El Pais, le président colombien de gauche a indiqué que, lors de cette conversation, Donald Trump lui a "confié qu'il envisageait de commettre des actes répréhensibles en Colombie". "Le message était clair : ils préparaient déjà quelque chose, ils planifiaient une opération militaire", raconte Gustavo Petro au quotidien espagnol.
Des attaques sur les réseaux sociaux pendant un an
L'appel cordial entre les deux hommes est une rupture avec l'approche adoptée par les deux dirigeants depuis près d'un an, consistant à utiliser les réseaux sociaux pour s'attaquer mutuellement, souvent par des publications sarcastiques et acerbes, à leurs politiques et personnalités respectives. Ce changement de ton inattendu pourrait modifier le cours des événements dans une région devenue instable après l’enlèvement du président vénézuélien par les Etats-Unis.
Si tel est le cas, ce serait grâce à cet appel téléphonique organisé à la hâte par des membres des deux gouvernements. Dans une interview accordée au New York Timesjeudi, Gustavo Petro a précisé avoir parlé pendant la majeure partie des 55 minutes de l'appel, ne laissant à Donald Trump la parole que pendant les 15 dernières minutes. Gustavo Petro a déclaré qu'aucune exigence ni proposition concrète de collaboration n'avait été formulée, ce qui viendrait plus tard, peut-être lors de la visite à la Maison-Blanche en février.
Comme le mentionne le New York Times, cet échange soulève la possibilité que Gustavo Petro, à l'instar des dirigeants de gauche au Brésil et au Mexique, puisse éviter les sanctions brandies par Washington, telles qu'une action militaire unilatérale ou des droits de douane supplémentaires, et trouver un juste milieu entre satisfaire aux exigences de Donald Trump et rester fidèle à ses convictions. Gustavo Petro, dont le mandat arrive à échéance, quittera ses fonctions cette année, et les élections sont prévues en mai et juin prochain.
"Il voulait se concentrer sur un sujet précis : le narcotrafic"
Le président colombien a clairement indiqué qu'il ne dissimulerait pas ses convictions pour apaiser Donald Trump et qu'il chercherait à défendre son point de vue par le dialogue. Dans l'interview accordée au quotidien américain, Gustavo Petro a précisé qu'il comptait toujours interroger Donald Trump sur son soutien aux énergies fossiles au détriment des énergies renouvelables. Il a également qualifié de "fasciste" le service américain de l'immigration et des douanes (ICE), dont les agents ont été impliqués dans une fusillade mortelle cette semaine au Minnesota, tuant une femme de 37 ans.
Le sujet sur lequel les deux dirigeants semblaient s'accorder était la nécessité de lutter activement contre la production et le trafic de drogue, a indiqué Gustavo Petro. "Il n'a pas parlé du Venezuela, ni d'aucun sujet international. Il voulait se concentrer sur un sujet précis : le narcotrafic", a déclaré le président colombien à propos de son homologue américain, qui s'est entretenu avec lui en présence de plusieurs responsables, dont le vice-président J.D. Vance et le secrétaire d'Etat Marco Rubio.
Comme le note le quotidien américain, la position de Gustavo Petro sur la question semble s'être durcie. Deux éléments semblent accréditer cette ligne. D’abord, la suspension des pourparlers de paix avec l'ELN, un groupe révolutionnaire colombien devenu narco-guérilla qui s'est de plus en plus heurté aux forces gouvernementales et aux groupes rivaux, notamment le long de la frontière avec le Venezuela, et qui a été cité dans l'acte d'accusation du gouvernement américain contre Nicolas Maduro. Gustavo Petro a déclaré que, le week-end dernier, il avait demandé à son conseil de sécurité d'autoriser une intensification des opérations militaires contre ce groupe. Gustavo Petro a également réaffirmé à Donald Trump que les saisies de cocaïne atteignent un niveau record. Le taux de croissance de la culture de la coca en Colombie a ralenti, mais il reste à des niveaux historiques, tout comme la production de cocaïne.
Le Vatican est une puissance spirituelle… mais aussi diplomatique. Vendredi 9 janvier, le pape Léon XIV, premier pape américain, a dénoncé le recours à la force militaire pour atteindre des objectifs diplomatiques lors d'un discours annuel de politique étrangère. "Une diplomatie qui promeut le dialogue et recherche le consensus de tous a été remplacée par une diplomatie de la force", a déploré le souverain pontife, élu en mai dernier, devant 184 ambassadeurs accrédités au Vatican.
Faisant référence à la capture, le week-end dernier, du président vénézuélien Nicolas Maduro par le président américain Donald Trump, le pape a appelé les gouvernements du monde à respecter la volonté du peuple vénézuélien à l'avenir et à sauvegarder ses droits humains et civils. En décembre dernier, Léon XIV, qui a critiqué certaines politiques de Donald Trump par le passé, avait exhorté le président américain à ne pas évincer Nicolas Maduro en recourant à la force militaire. "Le bien du peuple vénézuélien bien-aimé doit prévaloir sur toute autre considération", avait déclaré le souverain pontife. Le Washington Post révèle que le Vatican a même négocié avec les Etats-Unis afin d’offrir une porte de sortie à Nicolas Maduro avant sa capture par Washington.
Dans une enquête publiée vendredi 9 janvier, le quotidien américain dévoile les contours d’une réunion tenue la veille de Noël au Vatican, et jusqu'alors passée sous silence. Le cardinal Pietro Parolin, numéro deux du Vatican et médiateur diplomatique de longue date, a convoqué en urgence Brian Burch, ambassadeur des Etats-Unis près le Saint-Siège - cette entité juridique qui représente l’Église catholique à l’ONU - pour obtenir des précisions sur les projets américains au Venezuela, selon des documents gouvernementaux obtenus par le Washington Post. Pietro Parolin aurait demandé si les États-Unis ne ciblaient que les trafiquants de drogue, ou si l'administration Trump cherchait également à changer de régime. Selon ces documents, Pietro Parolin a concédé que Nicolas Maduro devait partir, mais le Vatican a exhorté les Etats-Unis à lui offrir une porte de sortie.
Moscou prêt à accorder l'asile à Nicolas Maduro
Toujours selon ces documents, lors de cette conversation avec Brian Burch le 24 décembre dernier, le cardinal italien, figure influente du pays, a déclaré que la Russie était prête à accorder l'asile à Nicolas Maduro. Le Venezuela représente un point d'appui important pour la Russie en Amérique latine. Moscou a notamment accordé des prêts considérables à Caracas pour l'aider à surmonter les sanctions américaines. La Russie demeure par ailleurs un acteur majeur de l'industrie pétrolière vénézuélienne.
Pietro Parolin a également imploré les Américains de faire preuve de patience pour amener le dirigeant autoritaire à accepter cette offre. "Ce qui a été proposé à Nicolas Maduro, c'est qu'il puisse partir et profiter de son argent", a déclaré une personne au fait de l'offre russe à nos confrères américains. "L'une des conditions était que Vladimir Poutine garantisse sa sécurité."
Pietro Parolin a suggéré que les Etats-Unis pourraient fixer une date limite pour le départ de Nicolas Maduro du pays et donner des assurances à sa famille. Le cardinal a en outre exprimé sa "très grande perplexité face au manque de clarté de la stratégie américaine au Venezuela", toujours d’après ces documents. Il a appelé à la patience et à la retenue. Mais la Maison-Blanche avait fini d'attendre et la suite de l'histoire est connue : une semaine après cette réunion secrète au Vatican, Nicolas Maduro et sa femme étaient ainsi arrêtés par les forces spéciales américaines lors d'un raid qui a fait environ 75 morts et transférés à New York pour y être jugés pour trafic de drogue.
La longue tradition de médiation du Vatican
Comme le précise le Washington Post, la réunion tenue secrètement au Vatican s'inscrivait dans une série de tentatives infructueuses - menées par les Américains et leurs intermédiaires, les Russes, les Qataris, les Turcs, l'Église catholique et d'autres - pour désamorcer une crise diplomatique grandissante et trouver un refuge pour Nicolas Maduro.
Le Vatican joue depuis longtemps un rôle crucial dans les négociations internationales avec Caracas. Il y a dix ans, le Saint-Siège a tenté, sans succès, de parvenir à un accord entre Nicolas Maduro et l'opposition divisée. Plus récemment, le Vatican a cherché à instaurer un dialogue avec le gouvernement vénézuélien par l'intermédiaire de ses hauts dignitaires ecclésiastiques sur place.
Pietro Parolin, autrefois nonce apostolique (agent diplomatique du Saint-Siège) à Caracas, porte un intérêt particulier au Venezuela. Il a également servi d'intermédiaire auprès de l'administration Trump sur les dossiers ukrainien et russe, selon une source proche des négociations interrogée par le quotidien américain.
Un pape américain en conflit ouvert avec Donald Trump
En tant que chef d'une communauté mondiale de 1,4 milliard de catholiques, Léon XIV occupe une position d'influence rare, lui permettant de contester la politique de Donald Trump. Le président américain se doit donc d'agir avec une prudence inhabituelle lorsqu'il le confronte, relève Politico. Donald Trump, qui a l'habitude de fustiger ses détracteurs avec des invectives, s'est montré exceptionnellement mesuré face aux critiques du pape, notamment parce qu'il compte un grand nombre de catholiques parmi son électorat.
Les proches de Donald Trump, eux, n'hésitent pas à le critiquer. Les conservateurs catholiques proches du milliardaire l'ont dénoncé comme "pape marxiste woke"," "laïc", "mondialiste" et même "apostat", rappelle Politico. De son côté, le pape ne semble pas rechercher activement la confrontation avec Donald Trump. "Il évitera toute attaque personnelle", a déclaré un responsable du Vatican à Politico. "Il s'appuiera sur l'enseignement de l'Église, non pas en réaction à Donald Trump, mais comme il le dirait de toute façon."
La question migratoire est devenue le principal champ de bataille entre le pape et les conservateurs américains ces derniers mois. Le souverain pontife s’inscrit en faux contre la rhétorique déshumanisante et la violence dont sont victimes les personnes visées par la politique d'expulsion de Donald Trump. Léon XIV a lancé un appel public pour que les migrants aux Etats-Unis soient traités avec humanité et dignité. Sa détermination à défendre ce qu'il considère comme des principes moraux non négociables, notamment la protection des plus faibles, se heurte toutefois de plus en plus aux fondements du trumpisme.
Le président américain Nicolas Maduro arrive le 5 janvier 2026 au tribunal de Manhattan, à New York (États-Unis), pour comparaître devant un juge américain.
Vingt-cinq ans de négociations pour l'adopter. Les États membres de l'Union européenne (UE) ont approuvé vendredi 9 janvier la signature de l'accord de libre-échange avec le bloc sud-américain Mercosur malgré l'opposition de plusieurs pays, dont la France. Les ambassadeurs des Vingt-Sept réunis à Bruxelles ont donné leur feu vert à cette signature, décision confirmée par la suite par les pays de l'UE.
Ces autorisations ouvrent la voie à la signature de l'accord par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avec le Marché commun du Sud, qui regroupe l'Argentine, la Bolivie, le Brésil et le Paraguay, à Asuncion. La cérémonie de signature de cet accord, le plus important signé par l'UE en matière d'allègement douanier puisqu'il supprimerait quatre milliards d'euros de surtaxes sur les exportations, aura lieu ce 17 janvier.
L'Italie longtemps hésitante
L'accord a été arraché par la Commission européenne, notamment grâce au soutien de l'Italie, resté longtemps incertain, qui a fini par céder après la promesse faite par Ursula von der Leyen d'une avance sur 45 milliards d'euros d'aides de la politique agricole commune (PAC) débloquée en 2028 - plus tôt que prévu. "Un geste particulièrement destiné à l'Italie, qui menaçait de faire pencher la balance contre le Mercosur et qui est désormais convaincue", indique le quotidien suisse Le Temps. Emmanuel Macron a également salué cette annonce, sans pour autant se laisser convaincre de pencher en faveur du "oui".
Privée du soutien de l'Italie, la France n'était plus en mesure de bloquer l'approbation du texte. Bien que la Pologne, la Hongrie, l'Irlande et l'Autriche aient également voté contre, les opposants au Mercosur n'arrivaient plus à atteindre le seuil de la minorité de blocage qui nécessite de représenter au moins 35 % de la population européenne. Au moins 15 pays représentant 65 % de la population totale du bloc européen ont voté pour.
Un moment qui "restera à jamais une plaie pour Emmanuel Macron"
Pour Le Temps et bien d'autres, l'opposition publique du président français sur le sujet "isole la France". "Les diplomates français se plaignent que (la présidente italienne du Conseil des ministres, NDLR) Giorgia Meloni revendique le succès comme le sien, car ils auraient été ceux qui auraient travaillé avec la Commission pour des mesures en faveur de l'agriculture", indique Il Foglio. Selon le quotidien italien milanais, qui a interrogé "plusieurs sources", Emmanuel Macron s'était pourtant "convaincu qu'il n'y avait plus de raison de s'opposer au Mercosur", conscient "à quel point la signature sur le Mercosur est importante économiquement et géopolitiquement pour une UE qui a besoin d'une stratégie de diversification devant Donald Trump". Mais confronté à la colère de ses agriculteurs "qui bénéficient d'un fort soutien dans la population", selon le quotidien allemand Tageszeitung, Emmanuel Macron était "contraint de voter 'non' contre ses convictions, d'accepter d'être mis en minorité dans l'UE et de subir des critiques en France pour son isolement et sa défaite", estime Il Foglio. "L'alternative était de voter 'oui', d'enflammer la protestation agricole, de provoquer la chute du gouvernement Lecornu et d'être accusé de trahir la France", ajoute le quotidien milanais.
"Face à l'impopularité profonde de l'accord en France, Emmanuel Macron se retrouve dans la position délicate de devoir s'y opposer tout en défendant les concessions obtenues", estime également Politico Europe. "L'incapacité de la France à stopper le Mercosur restera à jamais une plaie pour Emmanuel Macron", juge ce média. "L'échec du président français, fervent europhile, à empêcher la conclusion de l'accord est un constat humiliant du déclin de l'influence de Paris au sein de l'UE, où la France a longtemps été réputée pour son exceptionnalisme et son droit de veto." En outre, analyse Politico, "l'incapacité de la France à bloquer l'accord commercial UE-Mercosur vendredi permet aux partis d'opposition d'enfoncer le clou face à un Emmanuel Macron déjà fragilisé pour le reste de son mandat".
Un vote crucial du Parlement européen
Le Parlement européen devra toutefois se prononcer à majorité simple sur l'accord avec le Mercosur avant qu'il n'entre en vigueur. Le soutien du Parlement sur les questions de libre-échange "ne sera pas chose aisée", rappelle El Pais. "Cela pourrait même déclencher une nouvelle motion de censure contre le gouvernement d'Ursula von der Leyen, cette fois-ci de la part du groupe d'extrême droite Patriots", relève le quotidien espagnol.
"Le scrutin pourrait être très serré : dans l’assemblée, les considérations idéologiques se superposent aux sensibilités nationales", indique également Le Soir, précisant qu'une "fronde monte déjà". Ainsi, quelque 150 députés européens issus de plusieurs groupes politiques, soit un cinquième du Parlement, appellent déjà l'assemblée à saisir la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), constate le quotidien belge. "Si cette résolution devait être votée et la Cour saisie, cela suspendrait la ratification par les eurodéputés", selonle quotidien belge. "L'étape de la signature de l'accord ne constitue pas la fin de l'histoire", affirmait laconiquement jeudi Emmanuel Macron par le biais d'un communiqué de l'Elysée.
L’année 2026 est déjà celle de l’accélération des pays prédateurs. Dans la nuit du 2 au 3 janvier, les Etats-Unis ont lancé à la surprise générale une opération d’ampleur pour capturer le président vénézuélien Nicolas Maduro. Le déploiement massif de la marine américaine au large du pays ces six derniers mois n’était donc pas qu’une opération de communication politique. En kidnappant un chef d’Etat en exercice, Donald Trump a planté un nouveau clou sur le cercueil du droit international. "Ce n'est clairement pas une victoire pour la démocratie, s'inquiète Mary Ellen O'Connell, professeure de droit et juriste américaine. C'est sans aucun doute une terrible atteinte à l'Etat de droit."
Cette opération militaire spectaculaire offre un contraste saisissant avec l’échec de la Russie à enlever - voire éliminer-, en février 2022, le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Une question se pose maintenant : si le Venezuela est la dernière victime de ce nouveau Far-West mondial… qui sera la prochaine ? Partout, les appétits s’aiguisent, les budgets militaires s’accroissent, et les déclarations belliqueuses se multiplient.
Le Groenland, territoire danois hautement stratégique et riche en ressources naturelles, tombera-t-il bientôt dans l’escarcelle de l’administration Trump ? Taïwan, l’île qui résiste encore à Xi Jinping, pourra-t-elle faire front encore longtemps ? Sans parler de l’Ukraine, bien sûr, convoitée par Vladimir Poutine…
Pour tout comprendre au nouvel ordre mondial en train de se mettre en place, retrouvez les analyses de Jean-Dominique Merchet, spécialiste des questions de défense à L'Express, et Christopher Sabatini, chercheur et spécialiste de l’Amérique latine à l’institut britannique Chatham House, dans notre nouveau long format vidéo, disponible en haut de cet article et sur tous nos réseaux sociaux.
Moins d’une semaine après les nouvelles menaces de Donald Trump de prendre le contrôle du Groenland, un vent de panique souffle toujours sur le Vieux Continent. Loin de voir la pression retomber, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a dénoncé le 8 janvier des propos "extrêmement inquiétants", et appelé à "s’en tenir" au respect du droit international. La veille, Paris avait annoncé que le sujet figurait au menu d’une réunion prévue le même jour avec Berlin et Varsovie. Au cœur des discussions : la question de la réponse à apporter en cas d’action hostile de Washington contre ce territoire de 2 millions de kilomètres carrés appartenant à la couronne danoise.
A ce stade difficile toutefois de savoir ce qu’a précisément en tête l’administration américaine, qui n’a cessé de souffler le chaud et le froid quant à la nature de ses intentions. "Toutes les options sont toujours sur la table pour le président Trump", a déclaré la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, le 7 janvier, tout en ajoutant que la "diplomatie" restait la première d’entre elles. Une chose est sûre : en cas d'opération militaire de la première puissance mondiale, difficile pour les Européens d’espérer tenir tête. "Il n'y a aujourd'hui ni les capacités militaires ni la volonté politique au niveau des Etats européens d'entrer dans un conflit avec les Etats-Unis", glisse un ancien diplomate européen.
Bien que faisant pâle figure face à des forces américaines dotées d’un budget hypertrophié (près de 900 milliards de dollars en 2025), les Européens sont-ils pour autant dépourvus de moyens de pression ? "Sur le plan économique, il existe des leviers, note Tara Varma, directrice du bureau parisien du German Marshall Fund of the United States (GMF). Car si les Européens sont très dépendants du marché américain, l’inverse est vrai aussi." Avec plus de 1 680 milliards d’euros d’échanges en 2024, les Etats-Unis et l’Europe restent en effet réciproquement les plus grands partenaires commerciaux.
"Bazooka commercial"
Entre autres dispositifs dans la caisse à outils européenne, son instrument anti-coercition (ACI), parfois surnommé de "bazooka commercial", dont s’est dotée l’UE en décembre 2023, et qui lui permet de coordonner rapidement des mesures de rétorsion. "Cela fait clairement partie de l’arsenal, confirme Sébastien Maillard, conseiller spécial de l'Institut Jacques Delors. En cas d’activation, cet instrument pourrait par exemple restreindre l’accès au marché européen à certaines entreprises américaines."
Un moyen de pression potentiel contre les géants de la tech, qui continuent de tirer une large part de leurs revenus du marché européen. En 2025, Apple a ainsi réalisé près de 27 % de son chiffre d'affaires en Europe, et Meta (qui regroupe Facebook, Instagram et WhatsApp) 23 % un an plus tôt. "L’Europe constitue un marché qui n’est pas nécessairement remplaçable pour eux, abonde Tara Varma. L’objectif serait de pousser les dirigeants de ces grandes entreprises à convaincre l’administration américaine de la nécessité de conserver des liens relativement apaisés." Ce ne serait pas la première fois que les Européens serrent la vis. En septembre, Google avait écopé d’une amende de près de 3 milliards d’euros pour violation des règles de concurrence, tandis que trois mois plus tard, le réseau social X, en écopait, lui, d’une de 120 millions d’euros sur fond de non-respect de la loi sur les services numériques (DSA), suscitant dans un cas comme dans l’autre l’ire de Washington.
Autre levier : diversifier progressivement les approvisionnements en gaz alors qu’au cours des deux premiers mois de 2025, le Vieux Continent représentait 65 % des exportations américaines de GNL (contre 48 % en 2024), afin d’accroître la pression sur les producteurs outre-Atlantique. Le 7 janvier dernier, l’eurodéputé danois Per Clausen a ainsi appelé au gel de l’accord commercial controversé conclu à la hâte l’été dernier entre Ursula von der Leyen et Donald Trump à Turnberry - qui prévoit entre autres un engagement européen à acheter pour 750 milliards de dollars de produits énergétiques américains d’ici 2028 en échange de droits de douane limités à 15 %.
Exercice d'équilibriste
Ce n’est pas l’unique option pour accroître le coût d’une action hostile de Washington. "Dans une logique dissuasive, les Européens pourraient réduire ou cesser les achats de bons du trésor américain, juge Yves Bertoncini, consultant en affaires européennes. Ce qui in fine se ressentirait sur les marchés financiers et pourrait accroître la pression." Actuellement, les pays européens, Royaume-Uni inclus, détiennent 2 360 milliards de dollars de dette américaine, soit près de 30 % des titres détenus par des acteurs situés en dehors des Etats-Unis.
Encore abasourdis par la brutalité du locataire de la Maison-Blanche, les Européens oseront-ils toutefois s’engager un rapport de force et prendre le risque de s’exposer à de lourdes représailles ? "Je reste sceptique, jauge un fin connaisseur de la diplomatie européenne. Dans un contexte où de nombreux pays dépendent encore des Etats-Unis pour assurer leur sécurité, l’utilisation de ces leviers économiques constitue un risque que beaucoup ne sont pas prêts à prendre."
A fortiori à l’heure où continue de s’intensifier la menace russe sur le Vieux Continent. "Les pourparlers en Ukraine influent sur la capacité des Européens à montrer les dents, résume Sébastien Maillard. Tout l’enjeu est de parvenir à contenir les Américains au Groenland, sans pour autant les perdre en Ukraine." La rencontre prévue la semaine prochaine entre le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, et les dirigeants du Danemark apportera sans doute de premiers éléments de réponse.
La capture, le 3 janvier, du président vénézuélien Nicolas Maduro rend nerveux le régime nord-coréen. Sa crainte : voir son leader, Kim Jong-un, subir le même sort que le satrape de Caracas. D’où un communiqué au vitriol, dès le lendemain de l’opération américaine, par l’agence officielle KCNA, fustigeant un "acte hégémonique des Etats-Unis" ou encore une "violation grave de la souveraineté du pays" et une "atteinte flagrante à la Charte des Nations Unies et au droit international".
Pyongyang en a rajouté une couche le 5 janvier, à la faveur de tirs de missiles hypersoniques menés sous la supervision de Kim Jong-un. Ces lancements ont été présentés par les organes de propagande comme une "tâche stratégique très importante" pour maintenir et développer une "force de dissuasion nucléaire puissante et fiable" dans un contexte de "crise géopolitique et des événements internationaux complexes". Une allusion claire à l’arrestation de Nicolas Maduro et un message pour le président américain, Donald Trump : l’arsenal nucléaire de la Corée du Nord distingue la famille Kim du clan Maduro. Et il peut servir si nécessaire.
Pour les exégètes du régime nord-coréen, la réaction du régime prouve que la spectaculaire opération menée au cœur de la nuit sur Caracas a surpris Pyongyang. "Kim Jong-un constate une nouvelle fois la puissance et la menace que représentent les États-Unis, qui peuvent faire tout ce qu’ils veulent", observe Koh Yu-hwan, professeur d'études nord-coréennes à l'université Dongguk, à Séoul.
Une paranoïa compréhensible
Tout en étant convaincus que les États-Unis ne peuvent pas mener une telle opération contre eux, les dirigeants du Nord devraient renforcer davantage les contrôles internes pour faire face à toute éventualité et écarter le risque d’infiltrations au sein du pouvoir.
La prudence - voire la paranoïa - nord-coréenne peut se comprendre. Le Venezuela est un des rares pays d'Amérique latine à entretenir des liens diplomatiques avec son régime. Avant Nicolas Maduro, il y a eu le dictateur irakien Saddam Hussein, chassé du pouvoir par les Américains en 2003, et le tyran libyen Mouammar Kadhafi, renversé et tué en 2011 parce qu’il avait - selon les analystes nord-coréens - renoncé à son arsenal nucléaire. A la mort de Mouammar Kadhafi, la Corée du Nord avait interdit à ses ressortissants de l’étranger de rentrer au pays et avait renforcé les contrôles idéologiques internes. Le régime s’inquiétait des risques de troubles internes et avait jugé nécessaire de bloquer les informations sur la disparition du chef d'Etat Libyen.
Pyongyang n’oublie pas non plus que Donald Trump a envisagé pendant son premier mandat (2016-2020) des frappes préventives sur des sites sensibles nord-coréens afin de dissuader le pays de poursuivre son programme nucléaire et balistique - avant de se tourner vers des solutions diplomatiques pour tenter de négocier la dénucléarisation du pays. L’administration Trump a aussi commandité des opérations militaires secrètes sur le sol nord-coréen, révélées à travers l’échec d’une mission de la SEAL Team 6 des forces spéciales, menée au début de 2019 pour installer un système d’écoutes en Corée du Nord.
"Unité de décapitation"
Même si Séoul et Washington ont déclaré ne pas chercher à faire tomber le gouvernement nord-coréen, ces deux pays ont bien établi des stratégies visant à renverser Kim Jong-un. En 2017, l’armée sud-coréenne a créé une "unité de décapitation" sur le modèle de l’unité d’élite américaine Delta Force qui a capturé Nicolas Maduro. Sa mission : éliminer les dirigeants nord-coréens en cas de guerre. Des entraînements spécifiques sont régulièrement inclus dans les exercices annuels organisés par les deux alliés.
Face à ces menaces, le régime nord-coréen a modifié en 2022 sa loi sur la politique nucléaire. Désormais, l’usage des armes atomiques peut être décidé en cas d’attaque contre ses dirigeants. "Si les États-Unis éliminaient Kim Jong-un, le vice-président Pak Jong-chon, numéro 2 de la puissante Commission militaire centrale du Parti, hériterait du contrôle des armes nucléaires et lancerait une frappe contre les États-Unis, précise Cheong Seong-chang, de l’institut Sejong à Séoul. Et s’il était capturé, Pak Jong-chon ou Kim Yo-jong, sœur du dirigeant et directrice adjointe du Comité central du Parti, brandirait la menace de frappes nucléaires contre les États-Unis ou leur allié sud-coréen pour exiger le retour du leader."
L’affaire vénézuélienne donne ainsi l’opportunité à la propagande nord-coréenne d’insister sur l’idée que "malgré les difficultés économiques, le développement des armes nucléaires est justifié", complète Lim Eul-chul, de l’université Kyungnam. Le coup de force américain à Caracas interroge aussi sur les répercussions du coup de force américain à Caracas sur l’organisation d’un éventuel sommet Kim-Trump, envisagé en marge de la visite du président américain en Chine, prévue en avril. Michael Bosack, ancien de la Commission militaire d’armistice des Nations unies en Corée, estime que le régime "pourrait déterminer que c’est le refus de Nicolas Maduro de traiter avec Donald Trump qui a conduit à son arrestation, ce qui l’inciterait à changer de cap et à rouvrir les canaux de dialogue".
Koh Yu-hwan, de l’université Dongguk, rappelle toutefois que la situation a changé depuis le premier mandat de Donald Trump, quand le président américain menaçait de déchaîner sur la Corée du Nord le "feu et la furie"."Aujourd’hui, Kim Jong-un a achevé le développement de ses capacités nucléaires. Il peut même se permettre de refuser que la dénucléarisation soit un prérequis pour discuter."
Le "leader suprême" peut aussi compter sur le soutien de la Russie, avec laquelle il a signé en juin 2024 un accord de partenariat stratégique prévoyant une assistance mutuelle en cas d’agression. La Chine devrait aussi l’épauler. Pékin retisse les liens avec son allié historique nord-coréen, comme l’a montrée l’invitation de Kim Jong-un aux célébrations, en septembre, du 80e anniversaire de la victoire sur le Japon. Mais même protégé par son puissant parrain, une chose est certaine : Kim Jong-un ne baissera jamais la garde.
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un visite les principales entreprises d'armement au cours du dernier trimestre 2025, sur cette photo publiée par l'agence de presse officielle nord-coréenne Korean Central News Agency le 26 décembre 2025. KCNA via REUTERS
Les moyens militaires déployés par le Danemark pour assurer la sécurité du Groenland seraient insuffisants face aux menaces russes et chinoises. Voilà, en somme, ce qui suffirait à justifier, selon Donald Trump, le passage sous pavillon américain de la dépendance du Danemark. Un argument fallacieux, claque Copenhague qui contre-attaque, pointant la responsabilité américaine après la fermeture de plusieurs bases militaires et des effectifs militaires passés de 10 000 en période de guerre froide à moins de 200 aujourd'hui.
Mais qu'importe le réel et ce qu'il cache. Donald Trump n'a jamais semblé aussi déterminé à mettre la main sur ce territoire de l'Arctique. La Maison-Blanche chante même qu'il étudierait "activement" des projets de rachat. Ainsi, face à la détermination de la première puissance mondiale, le Danemark a-t-il encore des cartes à jouer pour l'en dissuader ? Et quid de l'Otan ? Survivrait-elle à un conflit entre deux de ses membres ? L'analyse du professeur en sciences politiques à l’Université de Copenhague et spécialiste en relations internationales, sécurité et de défense, Mikkel Vedby Rasmussen.
L'Express : Comment le Danemark réagirait-il en cas d'intervention américaine sur son territoire autonome ?
Mikkel Vedby Rasmussen : Même si l’administration Trump surfe sur l’euphorie suscitée par une série d’actions militaires décisives au Venezuela, une intervention militaire américaine m'apparaît peu probable. Mais ne vous y trompez pas : si les Etats-Unis lançaient une invasion, les forces danoises présentes sur l'île se battraient.
Dans ce dossier, il est important d'avoir en tête qu'en 1941, l’ambassadeur du Danemark à Washington, Henrik Kauffmann, a accordé aux États-Unis des droits sur le territoire du Groenland, ce qui a, de facto, partagé la souveraineté de l’île entre Copenhague et les États-Unis : aux Américains la souveraineté en matière de sécurité, aux Danois celle des affaires intérieures (NDLR : cette situation sera ensuite formalisée et pérennisée par l’accord de défense de 1951).
Or, le Groenland a depuis poursuivi un objectif d’indépendance sans tenir compte de cette réalité géopolitique. Aujourd'hui, c'est sur ce point fondamental que s'appuie l’administration Trump. À Washington, certains parlent d’une logique du "fuck around and find out" [en français poli, "qui s’y frotte s’y pique"] : les États-Unis ne toléreraient pas que des alliés comme des adversaires jouent avec leurs intérêts stratégiques sans en assumer les conséquences. L’indépendance groenlandaise est ainsi assimilée à un test dangereux.
Le Danemark dispose-t-il encore de leviers pour dissuader Donald Trump de s'emparer du Groenland ?
Le gouvernement danois a tenté de convaincre les Américains qu’il assumait pleinement ses responsabilités en matière de sécurité. Mais jusqu’ici, Copenhague n’est pas parvenue à freiner la dynamique indépendantiste, ni à contenir les ambitions les plus débridées du gouvernement groenlandais en matière de coopération avec la Chine. Si les autorités groenlandaises renonçaient à leurs projets d’indépendance et si le royaume du Danemark adoptait des mesures fermes à l’égard de Pékin, cela contribuerait largement à désamorcer l’offensive politique de Donald Trump.
Ne serait-ce pas céder à la pression et aux velléités impériales américaines ?
On peut toujours spéculer sur les motivations de l’administration Trump et en quoi ses ambitions pourraient s’inscrire dans le cadre des traités existants. Il n’en reste pas moins que le président américain veut le Groenland. Le Danemark doit en prendre acte. Au bout du compte, la menace russe en mer Baltique est plus déterminante pour nous. S’il fallait choisir, ce serait notre priorité.
Plusieurs pays européens ont défendu la souveraineté du Groenland, sans préciser ce qu’ils feraient en cas d’annexion américaine. Les Européens ont-ils un plan ou naviguent-ils à vue ?
La déclaration européenne rappelle que le peuple groenlandais est maître de son destin et que toute décision doit être prise par le Danemark et le Groenland dans le cadre juridique du royaume. Autrement dit, elle ne ferme pas la porte à un accord entre les États-Unis et les Groenlandais, dès lors que celui-ci serait entériné par Copenhague.
Il ne s’agit donc en rien d’une "doctrine Monroe à l’envers". Bien au contraire, le texte insiste sur le caractère transatlantique de la sécurité dans l’Arctique. J’y vois avant tout la volonté des Européens de ne pas être tenus à l’écart de ce dossier. Dans l’immédiat, ce soutien européen est évidemment précieux pour le Danemark. Mais il a aussi un revers : la question groenlandaise risque d’être imbriquée à d’autres dossiers – les droits de douane, l’Ukraine – au point que Copenhague pourrait être sommée de faire des concessions au nom d’un intérêt jugé supérieur.
À ce propos, la faiblesse de la réaction des dirigeants européens est-elle un aveu d’impuissance, ou relève-t-elle simplement d’une "realpolitik" visant à préserver le soutien américain à l’Ukraine ?
En réalité, les dirigeants européens soutiennent mordicus une position danoise objectivement fragile. Et cette fragilité ne tient pas tant aux pressions américaines qu’à un choix assumé, constitutionnel et politique : celui d’avoir ouvert la voie à l’indépendance du Groenland. Le Groenland finira, tôt ou tard, par se détacher du Danemark. La véritable question est de savoir s’il pourra le faire sans tomber sous la dépendance des États-Unis.
Et qu’en est-il de l’Otan ? L'Alliance atlantique pourrait-elle survivre à un affrontement entre alliés ?
Les relations parfois conflictuelles entre la Grèce et la Turquie montrent que l’Otan a déjà connu des tensions internes. Mais ici, la situation est différente, car les États-Unis sont eux-mêmes partie prenante. Le Danemark se trouve à la croisée de deux zones stratégiques majeures : la Baltique, où il est directement engagé dans la dissuasion face à la Russie et la protection de ses alliés nordiques et baltes ; et l’Atlantique Nord, dont le Groenland constitue un pivot essentiel pour le contrôle des routes maritimes, de l’espace aérien et de l’accès à l’Arctique.
Les revendications américaines sur le Groenland contraignent ainsi Copenhague à arbitrer entre ces deux priorités stratégiques. Il pourrait arriver un moment où le Danemark se retrouverait face à un dilemme stratégique : en s’opposant aux États-Unis sur le Groenland, Copenhague risquerait de fragiliser le soutien américain dont il dépend pour sa sécurité en mer Baltique, notamment face à la Russie. Dans une telle configuration, le choix serait politiquement douloureux, mais stratégiquement évident : pour le Danemark, la sécurité de la Baltique prime sur celle du Groenland.
"Si les Etats-Unis lançaient une invasion, les forces danoises du Groenland se battraient", analyse Mikkel Vedby Rasmussen, ancien chef du bureau de stratégie au ministère danois de la Défense.
Après le Venezuela, et en attendant peut-être Cuba et la Colombie, le Mexique et ses trafiquants de drogue sont chaque jour un peu plus dans le viseur de Donald Trump. Le président américain a annoncé jeudi 8 janvier les Etats-Unis allaient mener des frappes "au sol" contre les cartels de la drogue mexicains, sans préciser exactement où. "Nous allons commencer des frappes au sol en ce qui concerne les cartels. Les cartels dirigent le Mexique. C'est très, très triste de voir et regarder ce qui est arrivé dans ce pays", a déclaré Donald Trump dans une interview sur Fox News, alors que les Etats-Unis ont déployé dès cet été un important dispositif militaire dans les Caraïbes et bombardé des embarcations en provenance du Venezuela au nom de la lutte contre le narcotrafic.
Il va "falloir faire quelque chose avec le Mexique"
Le week-end dernier, le milliardaire issu du parti républicain avait incité le Mexique à "se ressaisir", après des mois de pression sur le voisin du sud sur les questions de lutte contre le narcotrafic et de balance commerciale. Le président américain avait exhorté Claudia Sheinbaum, son homologue mexicaine, de laisser Washington envoyer des forces américaines lutter contre ces cartels de la drogue qui opèrent au Mexique, une proposition qu'elle avait déjà rejetée par le passé, a-t-il indiqué. Donald Trump avait évoqué la possibilité d'une intervention militaire américaine au Mexique, affirmant que les cartels de la drogue "dirigent" le pays et qu'il va "falloir faire quelque chose avec le Mexique".
Dans la foulée de l'enlèvement de Nicolas Maduro, Claudia Sheinbaum a évoqué le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, un principe cher à… un ancien président américain, Woodrow Wilson. "Le Mexique soutient avec conviction que l’Amérique n'appartient ni à une doctrine ni à une puissance. Le continent américain appartient aux peuples de chacun des pays qui le composent", a affirmé la présidente du Mexique. "Nous rejetons catégoriquement toute ingérence dans les affaires intérieures d'autres pays", a-t-elle en outre déclaré lundi lors d’une conférence de presse, comme le relate Reuters.
Un exercice d'équilibriste
Depuis l'attaque américaine contre le Venezuela, le gouvernement mexicain se trouve confronté à un exercice d'équilibriste délicat : condamner fermement l'opération tout en renforçant la coopération bilatérale de peur que le Mexique ne se retrouve dans le collimateur de Donald Trump.
La condamnation sans appel de l'attaque par Claudia Sheinbaum semble indiquer qu'elle ne tolérerait pas d'actions similaires contre les narcotrafiquants au Mexique. Cependant, en coulisses, Mexico devrait se rapprocher encore davantage de Washington à la suite de l'enlèvement de Nicolas Maduro, espérant qu'une coopération bilatérale de sécurité renforcée permettra de dissuader toute agression américaine, déclarent à Reuters des responsables mexicains et des analystes de sécurité. "Le renforcement de la coopération en matière de sécurité et le développement de la lutte du Mexique contre les cartels seront essentiels pour éviter une intervention militaire américaine unilatérale", affirme un responsable de la sécurité mexicain sous couvert d'anonymat.
"Claudia Sheinbaum marche sur un fil : elle affirme une position ferme contre toute intervention, tout en faisant la seule chose que le Mexique puisse faire compte tenu de ce rapport de force asymétrique : continuer à coopérer avec les Etats-Unis", indique Carlos Perez Ricart, analyste mexicain de sécurité.
Une pression accrue sur la présidente du Mexique
Au cours de l'année écoulée, Claudia Sheinbaum a su naviguer sur cet équilibre politique délicat, défendant la souveraineté du Mexique tout en apaisant Washington par deux expulsions massives vers les Etats-Unis de membres présumés de haut rang des cartels et en lançant une offensive militaire d'un an contre le cartel de Sinaloa. Ces actions lui ont valu les éloges de hauts responsables américains. Selon David Mora, analyste principal à l'International Crisis Group, il faut s’attendre à ce que le gouvernement mexicain s'engage dans des opérations militaires conjointes avec les Etats-Unis, ce qu'il n'a donc pas fait jusqu'à présent. "La pression sur Claudia Sheinbaum va s'accroître", estime-t-il.
Après l’enlèvement de Nicolas Maduro, les autorités mexicaines ont examiné la possibilité, aussi infime soit-elle, d'une attaque militaire contre leur pays, relève Reuters. Peu croient que Washington ciblerait les dirigeants mexicains comme il l'a fait avec le dirigeant vénézuélien. Mais une action unilatérale contre les cartels de la drogue porterait un coup dur au gouvernement mexicain, sapant son autorité et violant la souveraineté qu'il s'est engagé à défendre.
Le président Donald Trump, ici dans le Bureau ovale à la Maison-Blanche, à Washington D.C., met la pression sur Claudia Sheinbaum afin qu'elle s'attaque fermement aux cartels de la drogue mexicains.
Après Nicolas Maduro, le président américain pourrait-il faire enlever Emmanuel Macron ? La question paraît saugrenue : contrairement au dictateur vénézuélien, le président français a été légitimement élu ; il dirige le pays qui est le plus ancien allié de Washington ; Donald Trump n’a formulé aucune accusation de narcotrafic contre lui et ne lui a pas demandé de quitter le pouvoir.
À bien regarder, pourtant, un tel scénario, même invraisemblable, aide à prendre la mesure de l’abîme dans lequel la relation transatlantique est tombée depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche il y a un an. L’Europe et l’Amérique ont connu des périodes de tension depuis la Seconde Guerre mondiale, par exemple lors de la crise du canal de Suez en 1956 ou de l’invasion américaine de l’Irak en 2003. Mais jamais les membres de l’Alliance atlantique, celle qui se targuait encore récemment d’être "l’alliance la plus forte que le monde ait jamais connue", n’avaient été aussi proches du divorce.
Dans leur Stratégie nationale de sécurité, publiée en décembre, les Etats-Unis affichent leur intention de déstabiliser les gouvernements progressistes européens au profit des forces nationales populistes. Ils accompagnent le maintien de leur présence dans l’Otan de l’exigence d’un alignement absolu de leurs partenaires sur leurs seuls intérêts nationaux, au point qu’ils s’arrogent, au Groenland, le droit de s’approprier le territoire souverain d’un allié aussi fidèle que le Danemark. Dans ces conditions, s’en prendre à la France, vue comme le pays le plus réticent à s’aplatir devant Washington, pourrait tenter le 47e président américain.
L’administration Trump a montré qu’elle pouvait agir de manière totalement imprévisible sur la scène internationale. Elle ne respecte aucune forme ni aucun principe, si ce n’est la force. L’Amérique "se détourne progressivement de certains de ses alliés et s’affranchit des règles internationales qu’elle promouvait encore récemment", a déploré Emmanuel Macron, le 8 janvier, devant la conférence des ambassadeurs.
L'Europe classée dans le clan des faibles
De fait, Trump ne classe pas les pays en démocraties et autocraties, ni en alliés et adversaires, encore moins en amis et ennemis, mais simplement en forts et faibles. Ceux-là peuvent être traités en partenaires, ceux-ci ne méritent que d’être piétinés. L’Europe, pour son infortune, est classée à Washington dans le camp des faibles. Sa décision de ne pas riposter aux droits de douane américains infligés l’été dernier, dans l’espoir de conserver Washington à ses côtés pour soutenir l’Ukraine, a conforté cette image piteuse.
De tous les dirigeants des grands pays européens, Emmanuel Macron est le plus faible. L’allemand Merz s’appuie sur une coalition gouvernementale fragile, le britannique Starmer est au plus bas dans les sondages, l’espagnol Sanchez est mêlé à une affaire de corruption, le polonais Tusk cohabite avec un chef de l’Etat ultraconservateur… Mais aucun n’a une marge de manœuvre aussi étroite que le président français. Macron, qui ne peut pas se représenter l’an prochain, a dû subir l’humiliation de voir sa réforme des retraites suspendue par le Parlement. Il ne contrôle plus le législatif depuis sa dissolution ratée. Il affronte une impopularité record. Il est devenu ce qu’on appelle à Washington un "lame duck", un dirigeant aux mains liées.
A ce titre, il est une cible idéale pour Donald Trump. Bien sûr, celui-ci ne le fera probablement pas enlever. On se dit néanmoins que même si c’était le cas, cela ne changerait guère la face de l’Europe, tellement les mauvais calculs macroniens ont sapé la position de la France à Bruxelles. Il fut un temps où la voix de la France y était prépondérante. Ce n’est plus le cas. L’impasse dans laquelle Macron s’est enfermé à propos de l’accord de libre-échange conclu par l’UE avec le Marché commun d’Amérique du Sud (Mercosur), qu’il a soutenu avant de s’y opposer en vain, illustre de manière cruelle l’impuissance de celui qui se faisait fort, naguère, de remodeler l’Europe à sa main.
C'est une mobilisation initialement liée à la vie chère, qui s'est depuis élargie à des revendications politiques. Le mouvement de contestation anti-gouvernementale en Iran évolue rapidement, tandis que la pression internationale sur le régime iranien est croissante. Au moins 45 manifestants, dont huit mineurs, ont été tués depuis le début de la mobilisation dans le pays fin décembre, selon un nouveau bilan de l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, publié jeudi 8 janvier. L'agence de presse américaine HRANA (Human Rights Activists News Agency) a fait état de 2 200 arrestations lors des troubles.
L'Iran a subi une coupure d'internet nationale jeudi, d'après l'organisation de surveillance d'internet NetBlocks, selon qui les données de connectivité ont révélé une chute brutale et quasi totale du réseau dans le pays au cours de l'après-midi. Cette coupure a coïncidé avec les appels à la mobilisation lancés à l'étranger par Reza Pahlavi, fils du dernier shah d'Iran, renversé lors de la révolution islamique de 1979. "Le monde entier vous regarde. Descendez dans la rue", a exhorté Reza Pahlavi sur les réseaux sociaux.
Great nation of Iran, the eyes of the world are upon you. Take to the streets and, as a united front, shout your demands. I warn the Islamic Republic, its leader, and the IRGC that the world and @POTUS are closely watching you. Suppression of the people will not go unanswered. https://t.co/keyFFounaX
Le régime iranien a déjà imposé des interruptions d'accès à Internet lors de crises. Pendant les douze jours de guerre contre Israël en juin dernier, Téhéran a ainsi bloqué l'accès à Internet, affirmant qu'il s'agissait d'une mesure de sécurité nécessaire pour empêcher les infiltrations israéliennes.
"Le gouvernement iranien utilise les coupures d'Internet comme outil de répression", analyse auprès du New York Times Omid Memarian, expert iranien des droits humains et chercheur principal à DAWN, une organisation basée à Washington spécialisée dans le Moyen-Orient. "Dès que les manifestations atteignent un point critique, les autorités coupent la connexion du pays à Internet afin d'isoler les manifestants et de limiter leurs communications avec l'extérieur." L'Iran était toujours largement coupé du monde extérieur ce vendredi matin. Les appels téléphoniques étaient impossibles à acheminer, les vols annulés et les sites d'information iraniens en ligne n'étaient mis à jour que de manière sporadique.
Ali Khamenei charge Donald Trump
Les images diffusées dans la nuit par la télévision d'État montraient des bus, des voitures et des motos en flammes, ainsi que des incendies dans des stations de métro et des banques.
Les troubles se diffusent dans tout le pays. Une vidéo diffusée sur X et authentifiée par Reuters montre des manifestants à Mashhad, la deuxième ville la plus peuplée du nord-est de l'Iran, arracher un grand drapeau iranien de son mât et le déchirer. Des affrontements ont par ailleurs éclaté entre la population et les forces de sécurité au Grand Bazar de Téhéran.
La montée de la contestation inquiète les autorités. Le dirigeant suprême iranien, Ali Khamenei, a pris la parole ce vendredi, appelant les Iraniens à "préserver l'unité" du pays. Devant un parterre de quelques centaines de personnes, Ali Khamenei a vivement condamné les actions des manifestants qui appellent à la chute du régime. Il a fustigé des "vandales", des "émeutiers" qui "veulent plaire" à Donald Trump en "endommageant des biens publics". Le chef suprême iranien a demandé au président américain de "se concentrer" sur les problèmes de son pays.
Lors d'un entretien avec l'animateur radio conservateur Hugh Hewitt, jeudi, Donald Trump a menacé l'Iran : "Je leur ai fait savoir que s'ils commençaient à tuer des gens, ce qu'ils ont tendance à faire pendant leurs émeutes, ils ont beaucoup d'émeutes, s'ils le font, nous les frapperons très fort".
Condamnation française
La France a également réagi ce vendredi. Les autorités iraniennes doivent faire preuve de la plus grande retenue envers les manifestants qui ont le droit légitime de manifester, a déclaré une source diplomatique française. "Nous déplorons la mort de plusieurs manifestants et appelons les autorités iraniennes à enquêter pleinement sur les circonstances de ces décès", a indiqué à la presse cette source au Quai d'Orsay. "Nous réaffirmons notre attachement à la liberté d'expression et de réunion et appelons l'Iran à respecter toutes ses obligations internationales."
Initiées à Téhéran par des commerçants du Grand Bazar, exaspérés par la chute brutale du rial, la monnaie de l'Iran, les manifestations actuelles impliquent désormais d'autres catégories de la population : principalement des jeunes hommes, contrairement aux femmes et aux jeunes filles qui ont joué un rôle clé en 2022-2023.
Les autorités ont tenté d'adopter une double approche face aux troubles, affirmant que les manifestations liées à la situation économique étaient légitimes et qu'elles seraient accueillies par le dialogue, tout en réprimant certaines manifestations à l'aide de gaz lacrymogènes lors d'affrontements violents dans les rues.
En ce début d'année, Donald Trump n’aura pas attendu longtemps pour acter l’abrupt retour à la loi du plus fort. La capture de Nicolás Maduro, sous couvert de narcotrafic, cache à peine la véritable raison du spectaculaire raid américain à Caracas : gérer les immenses réserves pétrolières du pays. Les raisons de la mise sous pression du Groenland sont similaires. A savoir mettre la main sur le potentiel minier du territoire danois. Le président républicain ne s’en est jamais caché : selon lui, puissance rime avec contrôle de l'énergie. Fossile, dans son cas.
Les premiers jours de 2026 viennent confirmer une tendance grandissante : une division du monde entre "pétro-Etats" et "électro-Etats". Les Etats-Unis, avides de pétrole et de gaz, se campent en leaders du premier groupe. La Chine, qui domine les technologies vertes et s’électrifie à marche forcée, domine la seconde catégorie. Et l’Union européenne ? "Elle occupe une position intermédiaire très inconfortable, dépendante des deux blocs, mais sans s'aligner pleinement sur aucun d'entre eux. En résumé, une soupape de pression", notent les chercheuses Tatiana Mitrova et Anne-Sophie Corbeau dans une captivante analyse publiée mi-décembre.
Les Vingt-Sept évoluent sur une ligne de crête, tiraillés au milieu d’un paysage énergétique de plus en plus bipolaire. En sevrage du gaz russe, le continent s’est davantage tourné vers le GNL américain. Conscient de l’importance de ce marché pour son pays, Donald Trump a utilisé la menace des droits de douane pour obtenir d’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, l’engagement de lui acheter pour 750 milliards d’euros de produits énergétiques sur plusieurs années. En parallèle, l’UE, qui cherche à se décarboner, demeure très dépendante de la Chine pour bon nombre de technologies propres : véhicules électriques, panneaux solaires, batteries… Sans oublier les minerais critiques, indispensables pour les secteurs de la tech ou de la défense.
"L'Europe ne doit pas attendre la prochaine crise"
"L'ordre énergétique est en train de changer radicalement. L’Europe ne doit pas attendre la prochaine crise pour ouvrir les yeux et savoir où aller", interpelle Pauline Heinrichs, maîtresse de conférences en études stratégiques (climat et énergie) au King’s College de Londres. Entre les Etats-Unis et la Chine, l’UE pourrait choisir d’emprunter une troisième voie. Celle que Tatiana Mitrova et Anne-Sophie Corbeau, expertes au Center on Global Energy Policy de l’université de Columbia, appellent "l'alliance des Good Guys". C’est-à-dire le rapprochement de nations qui partagent la même situation inconfortable, entre Washington et Pékin. Elles citent notamment le Royaume-Uni, le Japon, le Canada, la Corée du Sud, l’Australie, la Norvège et la Suisse.
"Il s’agit de pays disposés à co-concevoir des systèmes, des normes et des cadres de gouvernance compatibles, détaille Tatiana Mitrova. En mutualisant leurs efforts, ils peuvent accroître de manière significative leurs ressources collectives et leur capacité à faire levier, sans constituer un bloc politique formel." Plutôt que de chercher à reproduire des capacités industrielles à grande échelle ou des chaînes de valeur entièrement domestiques, des partenariats stratégiques permettraient ainsi de pallier les faiblesses européennes. Et inversement pour les autres "Good Guys". Sur l’énergie, "l’Europe n’a guère d’autre choix que de devenir un leader en matière d’efficacité, d’intégration intelligente des systèmes et d’innovation institutionnelle", ajoute la spécialiste. C’est aussi l'avis de Julian Popov, ex-ministre de l'Environnement de Bulgarie, désormais chercheur chez Strategic Perspectives : "Les dirigeants devraient agir de manière décisive pour accroître les investissements dans les réseaux et le stockage à travers le continent. C’est absolument essentiel pour le futur."
Si l’idée d’une telle alliance n’a jamais été vraiment formalisée jusqu’à présent, "elle reflète une logique déjà implicite dans les discussions informelles", assure Tatiana Mitrova. L'ancien député européen Luis Garicano l’évoquait récemment dans les colonnes de L’Express : "Face à la pression des blocs chinois et américains, la Commission devrait mobiliser une grande coalition de pays amis dans le commerce et la défense, avec des États comme la Corée du Sud et le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande". Cela permettrait également à l'exécutif européen de "faire moins mais beaucoup mieux", affirme l'économiste espagnol.
Il ne reste que le plus dur : mettre l’idée en pratique. Face à l’imprévisibilité d’un Donald Trump, le temps presse pour les "Good Guys".
Entre la Chine et les Etats-Unis, "l'Europe occupe une position intermédiaire très inconfortable, dépendante des deux blocs, mais sans s'aligner pleinement sur aucun d'entre eux", notent les chercheuses Tatiana Mitrova et Anne-Sophie Corbeau dans une captivante analyse publiée mi-décembre.
C'est un drame survenu alors que l'administration de Donald Trump mène une répression accrue contre les immigrés depuis son retour au pouvoir. Un agent fédéral des services américains de l'immigration (ICE) a abattu mercredi 7 janvier une femme de 37 ans qui se trouvait dans sa voiture à Minneapolis, dans l’Etat du Minnesota. L'Express fait le point sur la mort de Renee Nicole Good, qui a déclenché des manifestations et un vif débat sur les circonstances de ce décès.
Que s'est-il passé ?
Un agent de l'ICE a tiré en état de légitime défense après qu'"une émeutière violente" a tenté de renverser des policiers, a assuré une porte-parole du Département de la Sécurité intérieure dans un communiqué, ajoutant que l'agent avait craint pour sa vie. Toutefois, des vidéos de la fusillade, diffusées en ligne et authentifiées parReuters, remettent en question la version officielle. L'une d'elles montre un agent s'approcher d'un SUV, ordonner à la conductrice de sortir et saisir la poignée de la portière, tandis qu'un autre agent apparaît devant la voiture. La conductrice recule dans un premier temps puis avance, et l'homme qui se trouve devant elle dégaine son arme, recule et tire trois coups de feu. On ignore si la voiture a heurté le policier, et ce dernier a tiré au moins un coup de feu après que le véhicule l'a dépassé.
You’re lying. There was no attempt to run the officer over and no ICE agents appear to be hurt.
Dans une conférence de presse mercredi soir, la ministre de la Sécurité intérieure Kristi Noem a affirmé que la victime avait "suivi et entravé le travail de (la police) tout au long de la journée" et défendu la réaction de l'agent de l'ICE qui, selon elle, avait été, lors d'une précédente mission en juin, percuté par une voiture "et traîné sur plusieurs mètres".
Qui était la femme tuée ?
Renee Nicole Good avait obtenu une licence d'anglais à l'université Old Dominion de Norfolk, en Virginie, en décembre 2020, selon un communiqué de l'université. Elle vivait depuis peu à Minneapolis. Cette mère de famille a remporté un prix de poésie universitaire, selon une publication Facebook de 2020 du département d'anglais de l'université, qui la décrivait comme originaire de Colorado Springs, dans le Colorado. "Quand elle n'écrit pas, ne lit pas ou ne parle pas d'écriture, elle enchaîne les marathons de films et fait des activités artistiques avec sa fille et ses deux fils", précisait la publication. Le Washington Post a rapporté que cette poétiste a une fille âgée de 15 ans et deux fils ayant 12 et 6 ans.
Renee Nicole Good était une bénévole active au sein d'un réseau de "patrouilles de quartier" regroupant des centaines de membres de la communauté et organisé par des militants locaux pour suivre, surveiller et enregistrer les opérations de l'ICE à Minneapolis, selon Michelle Gross, présidente de l'association Community United Against Police Brutality (basée au Minnesota) et assistante juridique de la National Lawyers Guild.
Michelle Gross, qui a déclaré à Reuters avoir eu connaissance de première main de la participation de Good aux patrouilles "d'observation" de l'ICE, a affirmé que c'est ce qu'elle faisait lorsqu'elle a été interpellée et abattue par un agent fédéral. Contestant les affirmations des autorités fédérales selon lesquelles Renee Nicole Good aurait entravé le travail des agents de l'ICE, Michelle Gross a déclaré qu’elle tentait de faire demi-tour et de quitter les lieux lorsque des policiers ont encerclé sa voiture et que l'un d'eux a ouvert le feu.
"Renee était l'une des personnes les plus gentilles que j'aie jamais connues", a confié sa mère Donna Ganger au Minnesota Star Tribune. "Elle était extrêmement compatissante. Elle a toujours pris soin des autres. Elle était aimante, indulgente et affectueuse. C'était une personne extraordinaire." Donna Ganger a déclaré que sa fille n'était "absolument impliquée dans ce genre de choses", faisant référence aux manifestants qui s'en prenaient aux agents de l'ICE. Son ex-mari a affirmé ne l'avoir jamais vue participer à des manifestations.
Que dit la loi ?
La loi du Minnesota relative à l'usage de la force autorise la police d'État à recourir à la force létale uniquement si des agents estiment que cela est nécessaire pour se protéger eux-mêmes ou protéger autrui contre la mort ou des blessures graves. La loi fédérale applique une norme similaire, autorisant l'usage de la force létale lorsqu'un agent a des motifs raisonnables de croire qu'une personne représente une menace immédiate de mort ou de blessures graves.
Les agents fédéraux bénéficient généralement de l'immunité de poursuites au niveau de l'État pour les actes accomplis dans le cadre de leurs fonctions officielles. Cette immunité ne s'applique que si les actions de l'agent étaient autorisées par la loi fédérale et étaient nécessaires et appropriées. Si le Minnesota poursuivait l'agent, celui-ci pourrait demander le transfert de l'affaire devant un tribunal fédéral et invoquer son immunité de poursuites.
Les agents fédéraux bénéficient de l'immunité civile, sauf si leur conduite a manifestement violé un droit constitutionnel. Cette norme juridique, connue sous le nom d'immunité qualifiée, est devenue un outil très efficace pour protéger les policiers accusés d'avoir fait un usage excessif de la force, comme l'ont révélé plusieurs enquêtes de Reuters en 2020.
Quelles sont les réactions politiques ?
Dès mercredi, Donald Trump a estimé que l’agent avait tiré "en légitime défense". "Cette situation est examinée, dans son intégralité, mais la raison pour laquelle ces incidents surviennent est que la gauche radicale menace, agresse et cible quotidiennement les forces de l’ordre et les agents de la police de l’immigration", a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.
Jeudi, le vice-président J.D. Vance a également pris la défense de l'agent depuis la Maison-Blanche. Il a qualifié la mort de "tragédie" tout en défendant l'agent, qui faisait partie des 2 000 agents fédéraux déployés cette semaine dans la région de Minneapolis par l'administration Trump. Après avoir visionné les vidéos, J.D. Vance a tenu la conductrice pour seule responsable. "Ce dont je suis certain, c'est qu'elle a enfreint la loi", a-t-il déclaré lorsqu'un journaliste l'a interrogé sur ses doutes quant à son analyse. "Ce dont je suis certain, c'est que l'agent avait toutes les raisons de penser qu'il était gravement menacé, voire que sa vie était en danger."
Pour sa part, le maire de Minneapolis a catégoriquement rejeté la version des faits rapportée par l'administration Trump. Lors d'une conférence de presse, Jacob Frey a reproché aux autorités fédérales de "tenter de faire passer cela pour un acte de légitime défense". "Ayant moi-même vu la vidéo, je veux le dire directement à tout le monde : ce sont des foutaises", a-t-il ajouté. L'élu démocrate a reproché aux agents de l’ICE de semer le chaos à Minneapolis, leur demandant de "foutre le camp" hors de la ville. Il a également appelé les habitants à rester calmes alors que des manifestations ont lieu dans cette ville depuis la mort de Renee Nicole Good.
L'armée russe a déclaré ce vendredi 9 janvier avoir tiré un missile hypersonique Orechnik sur une cible en Ukraine dans le cadre de ce qu'elle a décrit comme une frappe massive menée pendant la nuit contre des installations énergétiques et des sites de fabrication de drones. L'armée de l'air ukrainienne a confirmé un tir russe de ce missile depuis la base de Kapoustine Iar près de la mer Caspienne.
Le ministère de la Défense a déclaré dans un communiqué que cette frappe était une riposte à une tentative d'attaque de drone ukrainienne contre l'une des résidences du président Vladimir Poutine fin décembre. Kiev a qualifié de "mensonge" l'affirmation russe selon laquelle elle aurait tenté d'attaquer la résidence, située dans la région russe de Novgorod.
"Les cibles de la frappe ont été atteintes", a déclaré le ministère russe de la Défense. Le gouverneur de la région de Lviv, Maksym Kozytskyi, a déclaré qu'une infrastructure critique avait été visée. Selon les médias locaux, le gisement gazier de Stryi, doté d'une importante installation de stockage de gaz, était probablement la cible visée.
D'après l'armée de l'air ukrainienne, Moscou a lancé 36 missiles et 242 drones au total au cours de son attaque nocturne. Quatre personnes ont été tuées à Kiev, où des immeubles résidentiels ont été touchés, ont déclaré les autorités de la capitale ukrainienne. Selon le maire de la ville, Vitali Klitschko, un membre des services de secours a notamment été tué en arrivant près d'un immeuble touché par deux drones successifs. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a indiqué que l'ambassade du Qatar avait été touchée.
Missile à capacité nucléaire
Des blogueurs militaires russes ont diffusé une vidéo censée montrer le moment de l'impact de l'Orechnik sur sa cible dans l'ouest de l'Ukraine. Dans un paysage recouvert de neige, on peut voir six éclairs au sol suivis d'une puissante détonation et d'une série d'explosions. Reuters n'a pas été en mesure de vérifier l'authenticité de cette vidéo.
Le missile Orechnik ("noisetier" en russe) est une arme de dernière génération, hypersonique et capable de transporter une charge nucléaire. Comme le fait remarquer le New York Times, "l'utilisation d'une telle arme – même équipée d'ogives conventionnelles ou factices", représente "une menace sérieuse pour l'Ukraine et ses alliés occidentaux, et une escalade de la part du président russe Vladimir Poutine".
La Russie n'a tiré ce missile sur l'Ukraine qu'une seule fois depuis le début du conflit, en novembre 2024. En représailles à l'autorisation accordée à Kiev par les États-Unis et le Royaume-Uni de frapper en profondeur le territoire russe avec des armes de fabrication occidentale, elle avait alors frappé une usine militaire dans la ville de Dnipro, dans le centre de l’Ukraine. Le missile transportait des ogives factices, et non des explosifs, et n'avait causé que des dégâts limités."Cette fois, les explosions se sont produites bien plus près de la frontière polonaise. La Pologne étant membre de l'Otan et de l'Union européenne, cela laisse supposer une volonté de signaler une menace plus imminente", souligne le New York Times.
"Le président russe Vladimir Poutine utilise un missile balistique à portée intermédiaire près de la frontière entre l'UE et l'Otan en réponse à ses propres hallucinations ; il s'agit là d'une véritable menace mondiale qui exige une réponse mondiale", a de fait fustigé le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sybiha.
D'après Vladimir Poutine, le missile Orechnik à portée intermédiaire est impossible à intercepter en raison de sa vitesse, qui serait plus de 10 fois supérieure à celle du son. Le président russe affirme également que sa puissance destructrice est comparable à celle d'une arme nucléaire, même lorsqu'il est équipé d'une ogive conventionnelle.
Certains responsables occidentaux ont toutefois exprimé leur scepticisme quant aux capacités de l'Orechnik. Un responsable américain a ainsi déclaré en décembre 2024 que cette arme n'était pas considérée comme un élément déterminant sur le champ de bataille.
Il n’a pas troqué la casquette pour le képi… mais presque. Ces dernières semaines, des hauts gradés ont eu la surprise de croiser Didier Lallement, l’ex-préfet de police des années gilets jaunes, à l’état-major des armées. Pas pour une visite de courtoisie : depuis juillet 2025, ce réserviste de la Marine prépare un rapport commandé par Matignon. Le sujet ? L’articulation entre les administrations civiles et l’armée, en cas de conflit majeur impliquant la France. Rendu prévu à l’été 2026.
Beigbeder dans Le Collimateur ?
Charles Beigbeder s’intéresse au Collimateur, le podcast consacré aux questions militaires, soutenu par le think tank Ifri et la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère des Armées. Le patron, proche de la droite catholique, aimerait nouer un partenariat avec l’émission animée par Alexandre Jubelin. But avoué ? Faire connaître Straton, son nouveau fonds d’investissement dédié aux PME de la défense française.
Wybot, maître espion condamné
Le commissaire Olivier Brun publiera début septembre 2026 aux éditions Perrin une version retravaillée de sa thèse sur Roger Wybot, patron inamovible du contre-espionnage français de 1944 à 1959, récompensée en décembre du prix de l’Académie du renseignement. Il y détaille comment cet ancien militaire a inspiré les méthodes modernes du contre-espionnage français. On y apprend également davantage sur la vie privée du haut fonctionnaire, mordu d’acupuncture au point d’y consacrer un ouvrage érudit, et célibataire endurci. Une des trouvailles du texte : avant-guerre, Wybot a été condamné pour attentat à la pudeur, à une époque où l’homosexualité était réprouvée.
Et notre revue de presse vue d'Europe...
Défection. Un officier de l’armée russe a obtenu l’asile politique en Finlande, courant décembre. "Andreï" (le nom a été changé) avait franchi la frontière russo-finlandaise à ski, en 2023. Il a depuis témoigné de crimes de guerre russes en Ukraine, dans le plus grand secret (Helsingin Sanomat, Helsinki, 1er janvier).
Testament. Avant de céder la place, au 1er janvier, à Benedikt Ross, le chef de l’armée suisse, Thomas Süssli, a livré un dernier entretien. Il y révèle que, selon le renseignement local, 80 espions russes vivent en Suisse. Un chiffre important, puisqu’en 2024, la DGSI française chiffrait également à 80 le nombre d’agents russes à Paris. (Neue Zürcher Zeitung, Zürich, 27 décembre)
Ecoutes. Les services secrets allemands ont écouté Barack Obama à bord d’Air Force One pendant plusieurs années et jusqu’en 2014. Des interceptions rendues possibles grâce à des vulnérabilités dans le cryptage des communications en vol. (Die Zeit, Hambourg, 4 janvier)
Nazisme. Une enquête tentaculaire est actuellement menée contre le régiment des parachutistes de Zweibrücken, en Allemagne. Quelque 63 soldats sont suspectés de nazisme et de harcèlement sexuel. "Sierra-Hötel" criaient par exemple certains militaires en guise de salutation, une allusion au "Sieg Heil" hitlérien. (Frankfurter Allemeigner Zeitung, Francfort, 29 décembre)
Contrat. Le ministère de la Défense espagnol charge Airbus et l’entreprise espagnole Indra d’une première étude pour concevoir son futur avion espion. Montant du contrat : 16 millions d’euros. (Cinco Dias, Madrid, 30 décembre)
Cette semaine l'actualité européenne qui a retenu notre attention, c’est le tournant qu’a pris la relation entre l’Europe et les Etats-Unis.
Le point de départ de cette crise se déroule vers 2 heures du matin le 3 janvier à Caracas, quand des détonations sont entendues dans la capitale vénézuélienne et aux alentours. Des dizaines d’avions et d’hélicoptères américains survolent le pays, avant d’atteindre la résidence de Nicolas Maduro. En quelques minutes, une unité d’élite capture le chef d’Etat et sa femme. Les images du dictateur cagoulé, en attente d’un jugement pour narcotrafic, font le tour du monde.
Le lendemain, dans l’avion présidentiel, Donald Trump se félicite de l’opération, qui ne respecte pourtant aucun cadre international. Il n’exclut pas de recourir à la même méthode dans d’autres pays, comme à Cuba par exemple. Et surtout le président américain s’exprime à nouveau sur le Groenland. "Nous avons besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale" précise Donald Trump, avant d'ajouter en riant "nous parlerons du Groenland dans 20 jours."
L’attaque au Venezuela, les déclarations offensives de Donald Trump… Deux évènements qui ont suscité des réactions timides de la part de l’Europe. Pourtant c’est une véritable rupture dans notre relation avec les Etats-Unis, comme l'explique Corentin Pennarguear, grand reporter au service Monde de L’Express, dans ce premier épisode de "La semaine européenne".
Le président américain Donald Trump s'adresse aux journalistes à bord de Air Force One, le 4 janvier 2026, après l'attaque du Venezuela et évoque le Groenland
REUTERS/Jonathan Ernst TPX IMAGES OF THE DAY
Emmanuel Macron a annoncé jeudi 8 janvier, dans un communiqué et sur ses réseaux sociaux, que la France voterait "contre la signature de l'accord entre l'Union européenne et les pays du Mercosur". Un accord "d'un autre âge", selon le chef de l'Etat, négocié "sur des bases trop anciennes".
Malgré des "avancées incontestables, le constat doit être dressé d'un rejet politique unanime de l'accord, comme l'ont clairement montré les récents débats à l'Assemblée nationale et au Sénat", a-t-il déclaré. Une position qui ne suffira toutefois probablement pas à bloquer le texte au niveau européen.
La France est favorable au commerce international, mais l’accord UE-Mercosur est un accord d’un autre âge, négocié depuis trop longtemps sur des bases trop anciennes (mandat de 1999).
Si la diversification commerciale est nécessaire, le gain économique de l’accord UE-Mercosur…
Depuis plusieurs semaines, la France tente de rallier d’autres Etats membres afin de constituer une minorité de blocage au sein du Conseil de l’Union européenne - une coalition représentant au moins 35 % de la population de l’UE, nécessaire pour empêcher l’adoption d’un texte commercial. Mais cette coalition ne s’est pas matérialisée. Malgré le soutien de la Pologne, de la Hongrie, de l’Autriche et de l'Irlande, d’autres pays clés comme l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne ou les pays scandinaves, ont choisi de soutenir le traité ou de ne pas s’opposer frontalement, sapant ainsi cette stratégie de blocage. Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a d'ailleurs jugé mercredi 7 janvier qu’un tel accord offrirait des "avantages énormes" et un "potentiel considérable" pour l’Europe.
Cette séquence européenne intervient alors qu'Emmanuel Macron est, une fois encore, confronté à la gronde des agriculteurs. Ceux-ci s'inquiètent d'une arrivée massive de produits agricoles bon marché, susceptibles de concurrencer leurs productions et de fragiliser leurs exploitations déjà sous pression. Ces derniers mois, la France affirme avoir oeuvré pour obtenir de Bruxelles des garanties supplémentaires : une clause de sauvegarde spécifique, des mesures de réciprocité sur les conditions de production, un renforcement des contrôles sanitaires en Europe et des audits vétérinaires et phytosanitaires dans les pays tiers, a énuméré Emmanuel Macron sur X.
Vingt-ans de négociations
Dans le cadre des politiques commerciales, l’Union européenne peut adopter certains accords à la majorité qualifiée, ce qui signifie que l’opposition d’un Etat membre ne suffit pas à arrêter le processus si une majorité d’autres Etats y est favorable. La Commission peut également être amenée à scinder le volet commercial du reste de l’accord, ce qui permettrait une adoption sans nécessiter l’unanimité stricte de tous les Etats.
Sauf revirement de dernière minute, les Etats membres devraient autoriser vendredi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à signer l'accord conclu en décembre 2024. Après vingt-cinq ans de négociations, une signature pourrait avoir lieu dès lundi au Paraguay.
L’opération spéciale a été présentée par Donald Trump comme un succès retentissant. Une mission "parfaitement exécutée". Pourtant, le raid américain visant à capturer le président Nicolas Maduro à Caracas le 3 janvier dernier a frôlé la catastrophe à plusieurs reprises, pointe le New York Times dans un long récit publié le 7 janvier, basé sur les dires de "responsables américains actuels et anciens, qui ont parlé sous couvert d’anonymat". La mission, nommée "Absolute Resolve" impliquait plus de 150 aéronefs lancés depuis 20 bases différentes, reposant sur une coordination complexe.
Les hélicoptères de l’armée américaine ont survolé Caracas aux premières heures du samedi 3 janvier, glissant à basse altitude au-dessus de la capitale vénézuélienne pour atteindre le complexe fortifié de Nicolas Maduro. Selon le NYT, les appareils sont alors rapidement pris sous le feu vénézuélien. Le premier hélicoptère de l’assaut, "un gigantesque MH-47 Chinook à double rotor" est endommagé, son pilote et planificateur de la mission est "touché trois fois à la jambe".
L'hélicoptère principal presque abattu
À ce moment, "le succès de l’opération est en jeu" juge le NYT, qui décrit une mission dont l’échec d’un seul élément aurait pu créer des risques catastrophiques pour tous les soldats impliqués. Et de convoquer le souvenir "mortel du Black Hawk abattu à Mogadiscio, en Somalie, en 1993, qui avait déclenché une bataille féroce au cours de laquelle 18 soldats américains étaient morts et 73 blessés".
Le chinook endommagé, pourtant, se stabilise avec l’aide du copilote, et maintient sa capacité à voler. Il parvient à déposer des troupes américaines à l’intérieur du complexe privé du président, avant de retourner en sécurité sur le navire de guerre Iwo Jima stationné au large des côtes vénézuéliennes.
En tout à 2h01 du matin, plus de 80 commandos ont été déployés à Caracas au fil des atterrissages. Dans le complexe, les opérateurs du 160e Régiment d’aviation des opérations spéciales essuient d’intenses échanges de tirs avec la garde privée du président Maduro, avant de parvenir à faire sauter la porte de sa chambre pour le faire prisonnier, lui et sa compagne.
72 Vénézuéliens et Cubains tués
Le chef de vol, que le Pentagone n’a pas identifié pour des raisons de sécurité, a subi de graves blessures, mais se rétablit dans un hôpital du Texas avec un autre soldat, a indiqué l’armée mardi. Cinq autres militaires ont été traités pour blessures et libérés. Les responsables militaires ont qualifié les actions du chef de vol cette nuit-là d’"héroïques". "C’était l’une des démonstrations les plus impressionnantes, efficaces et puissantes de la force et de la compétence militaire américaines de l’histoire américaine", a proclamé Donald Trump après le retour de toutes les troupes.
Du côté vénézuélien, les victimes ont été nombreuses : selon les responsables vénézuéliens, environ 40 Vénézuéliens et 32 Cubains ont été abattus par les forces américaines.