Après un an de mandat, Donald Trump a-t-il tenu ses promesses de campagne ?
Une première année de mandat, en attendant encore trois autres. Le 20 janvier 2025, Donald Trump redevenait président des Etats-Unis lors d'une cérémonie d'investiture à l'intérieur du Capitole. Un an après son retour à la Maison-Blanche, certains de ses électeurs déchantent. Le président est confronté à une baisse de popularité : selon un sondage CNN/SRRS, une majorité d’Américains juge que Donald Trump se trompe de priorités et qu'il n'agit pas assez contre l'augmentation du coût de la vie. C'était pourtant l'une des promesses du milliardaire lors de sa campagne. Tour d'horizon de ses différents engagements.
Pouvoir d'achat
Le président avait fait du pouvoir d'achat son sujet de campagne privilégié en fixant des attentes très hautes. "À partir du jour où je prêterai serment, je ferai rapidement baisser les prix et nous rendrons l'Amérique à nouveau abordable", avait déclaré Donald Trump. Le candidat avait promis que "les revenus grimperaient" et que "l'inflation disparaîtrait". Mais l'inflation n'a pas ralenti de manière significative depuis le début de son second mandat. Les derniers chiffres, pour décembre 2025, s'établissent à 2,7 % sur un an, un rythme stable par rapport à novembre 2025. Ces chiffres sont légèrement inférieurs par rapport à décembre 2024, sous Joe Biden (2,9 %). Ils restent largement supérieurs à l'objectif annuel de 2 % fixé par la Réserve fédérale.
La hausse des dépenses courantes a été continue, parfois même significative sur un an, selon les chiffres du Bureau des statistiques du travail, le principal organisme de collecte de données économiques pour le gouvernement fédéral. Ainsi, entre décembre 2024 et décembre 2025, l'Indice des prix à la consommation a augmenté fortement pour le fioul (+ 7,4 %), l'électricité (+ 6,7 %) ou encore les services hospitaliers (+ 6,6 %). L'inflation alimentaire est également supérieure à la moyenne (+ 3,1 %), notamment pour la viande, le poisson et les œufs, qui coûtent en moyenne 3,9 % plus cher qu'avant l'arrivée de Donald Trump au pouvoir.
Résultat : d'après le sondage cité plus haut, 55 % des Américains estiment que les politiques de l'ex-magnat de l'immobilier ont aggravé la situation économique du pays, contre 32 % qui pensent qu’elles les ont améliorées.
Droits de douane
Donald Trump entend générer de la richesse pour les Américains moyens grâce aux droits de douane. Il a promis que des "sommes colossales" allaient "affluer dans les caisses de l'Etat, provenant de sources étrangères". "Au lieu de taxer nos citoyens pour enrichir d’autres pays, nous imposerons des droits de douane et des taxes aux pays étrangers pour enrichir nos citoyens", a-t-il déclaré lors de son discours d'investiture.
Fidèle à sa parole, Donald Trump a notamment annoncé la mise en place pour le 1er février 2025 de droits de douane de 25 % sur les importations venant du Canada et du Mexique et de 10 % supplémentaires sur les importations venant de Chine. L'Union européenne a elle aussi été dans son viseur. Mais les Etats concernés ne se sont pas laissés pas faire et ont répondu eux aussi par des droits de douane. Sous la pression, le président américain a parfois rétropédalé. Ses surtaxes restent cependant aujourd'hui son arme favorite, qu'il continue de brandir régulièrement.
Si l'administration Trump estime que ces nouveaux droits de douane ont généré 200 milliards de dollars de recettes supplémentaires en 2025, ce sont en fin de compte les importateurs et les consommateurs américains qui les supportent. Une nouvelle étude publiée lundi par l'Institut de Kiel conclut ainsi que la quasi-totalité de la facture (96 %) a été payée par les Américains. Ces surtaxes contribuent également à un taux d'inflation obstinément élevé.
Par ailleurs, alors que Donald Trump avait promis que ses droits de douane permettraient aux usines de "redémarrer en trombe", le boom industriel promis est un échec jusqu'ici. Seuls 55 000 emplois ont été créés en moyenne chaque mois en 2025, contre 192 000 durant les deux dernières années de la mandature Biden. Selon Business Insider, les Etats-Unis ont connu en 2025 leur plus faible croissance de l'emploi hors période de récession depuis 2003.
Justice
Lors de son discours d’investiture, Donald Trump avait promis que "plus jamais l'immense pouvoir de l'Etat ne [serait] instrumentalisé pour persécuter des opposants politiques". Son administration a pourtant fait exactement le contraire. Le ministère de la Justice a cherché à poursuivre les personnalités qui ont critiqué le locataire de la Maison-Blanche, notamment l'ancien directeur du FBI, James Comey, et la procureure générale de New York, Letitia James. Comme il l'avait dit, Donald Trump a en revanche accordé des grâces générales à plus de 1 000 personnes qui avaient pris d’assaut le Capitole le 6 janvier 2021 dans le but de contester les résultats de l’élection de 2020, qu’il a perdue. Certains de ces émeutiers avaient violemment agressé des policiers.
Immigration
Lors de sa campagne électorale, Donald Trump s'était engagé à réformer le droit du sol. Mais des actions en justice menées par des Etats et des associations de défense des droits civiques bloquent cette promesse. Le président américain avait aussi promis de "stopper immédiatement toute entrée illégale", voulant de plus "entamer le processus de renvoi de millions d'étrangers criminels vers leurs pays d'origine", en lançant "la plus grande opération d'expulsion" de l'histoire des Etats-Unis dès son premier jour de mandat, affirmant que son administration se concentrerait sur l'expulsion des "pires criminels". Le 20 janvier 2025, dès son retour dans le bureau Ovale, Donald Trump a de fait signé des décrets annulant la politique de Joe Biden en matière d'immigration.
En décembre, le Département de la Sécurité intérieure a indiqué que l'administration Trump avait procédé à plus de 622 000 expulsions en 2025 et qu'environ 1,9 million de personnes avaient choisi de quitter le pays volontairement. Ces chiffres dépassent nettement le nombre d'expulsions effectuées par ses prédécesseurs Barack Obama et Joe Biden durant leur première année de mandat, relève la chaîne MS NOW. Toutefois, note Sky News, les publications de l'ICE, la police de l'immigration décriée, font état d'un chiffre bien inférieur, autour de 352 375. La situation est floue car il n'existe pas de définition précise de l'expulsion, et les Etats-Unis utilisent plusieurs critères différents pour les personnes quittant le territoire - volontairement ou non - dont certains ne sont pas publiés régulièrement, précise la chaîne d’information anglaise.
Contrairement aux affirmations de Donald Trump, cette vaste opération d'expulsion ne s'est pas limitée aux "pires criminels" : des données non publiques de l'ICE ont montré que la majorité des personnes détenues n'avaient pas de casier judiciaire.
Dès son entrée en fonction, le président américain a décrété l'état d'urgence nationale à la frontière sud et y a déployé des milliers de soldats pour la sécuriser. Un budget colossal de 75 milliards de dollars a été alloué à l'application des lois sur l'immigration, dont un budget sans précédent pour l'ICE, dont l'activité a explosé. Le nombre d'interpellations à la frontière mexicaine est pourtant à son plus bas niveau depuis des années, relève Sky News, passant de 96 033 personnes en décembre 2024 à seulement 11 710 en février 2025, premier mois complet de sa présidence. Depuis, ce nombre se maintient autour de 10 000 par mois, selon les données du Service des douanes et de la protection des frontières des Etats-Unis.
Guerre en Ukraine
Sur le plan extérieur, Donald Trump a mis les bouchées doubles pour tenter de résoudre des conflits. Le président américain avait promis à de nombreuses reprises de mettre fin à la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine "dans les 24 heures" suivant son entrée en fonction. Pourtant, un an après le début de son second mandat, cette guerre fait toujours rage. Interrogé en juin dernier par un journaliste sur ce calendrier, Donald Trump a concédé que "c'est plus difficile que ce que l'on imagine".
En décembre dernier, le président américain a proposé un plan de paix qui exigerait de l'Ukraine qu'elle cède du territoire et renonce à son adhésion à l'Otan. Le 28 décembre, Donald Trump a rencontré le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans sa résidence de Mar-a-Lago en Floride pour tenter de conclure un accord, mais, depuis, des détails restent à finaliser et la Russie de Vladimir Poutine continue de frapper régulièrement l'Ukraine.
Les autres conflits
En arrivant au pouvoir, Donald Trump avait fait une promesse : "Mon plus grand héritage sera celui d’un artisan de paix et d’unificateur". Le président américain, qui n'a de cesse de vouloir obtenir le prix Nobel de la Paix, a affirmé avoir mis fin à huit guerres, soit, comme il l'a déclaré en octobre, "en moyenne une par mois". De fait, il a permis la conclusion d'un accord de paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Il a également été à la manœuvre sur le dossier de la guerre entre Israël et le Hamas. Il a annoncé le 29 septembre 2025 un plan de paix pour Gaza tenant en 20 points, avec deux phases, dont la deuxième, en cours, est difficilement atteignable.
L'année 2026 ne commence pas sous le signe de la paix. Dans la foulée de l'intervention américaine au Venezuela, où le président déchu Nicolas Maduro a été capturé, Donald Trump a menacé d'intervention - y compris militaire - plusieurs Etats d'Amérique latine, notamment Cuba et la Colombie. Il lorgne également sur le Groenland, une prise de contrôle de ce territoire autonome du Danemark auquel s'opposent vivement les Européens.
Le second mandat de Donald Trump se révèle ainsi particulièrement interventionniste, et non isolationniste, afin, officiellement, de protéger les intérêts américains, conformément à la devise "America first". Depuis son retour au pouvoir, l'armée américaine a déjà mené presque autant de frappes aériennes (672 au total) que pendant toute la présidence de Joe Biden (694 en quatre ans), selon un décompte de l'ONG Acled dévoilé le 14 janvier. D'après ce dernier, ces actions ont dans l'ensemble causé la mort de plus de 1 000 personnes, dont des civils.

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