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En Syrie, la course aux investissements pour reconstruire un pays dévasté

7 février 2026 à 12:00

Un peu plus d’un an après la chute du régime de Bachar el-Assad, la Syrie est entrée dans une nouvelle ère. En décembre, le Congrès américain a voté pour l’abrogation définitive du Caesar Act, adopté en 2019, qui imposait les plus lourdes sanctions jamais prises contre la Syrie. L’annonce était particulièrement attendue par les autorités syriennes et les investisseurs étrangers. En six ans, le texte avait entériné le départ des entreprises étrangères de Syrie et l’isolement de cette dernière sur la scène internationale en interdisant à toute société de coopérer avec le régime syrien ou d’effectuer des transactions avec des banques du pays.

Désireux, depuis son arrivée au pouvoir le 8 décembre 2024, de rompre avec cet isolement, le président syrien par intérim Ahmed al-Charaa n’a eu de cesse d’appeler à la levée définitive des sanctions afin de financer une reconstruction dont le coût est estimé à 216 milliards de dollars par la Banque mondiale. En mai dernier, Donald Trump, qui ne cache pas son accointance avec son homologue syrien, avait annoncé la suspension provisoire du Caesar Act par décret présidentiel. Le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane avait usé de toute son influence pour aller dans ce sens.

Les entreprises européennes se font timides

Cette première étape, d’une durée de 180 jours, avait été suivie de la signature de dizaines d’accords : fin octobre, lors du Future Investment Initiative (FII) organisé à Riyad, Ahmed al-Charaa avait déclaré que son pays avait attiré 28 milliards de dollars de capitaux étrangers sous forme de protocoles d’accord. Dans cette course aux investissements, les pays du Golfe, en particulier l’Arabie saoudite, arrivent largement en tête, suivis de la Turquie et dans une moindre mesure, de la Chine. Les entreprises européennes se font en revanche timides. Les investissements évoqués par Ahmed al-Charaa concernent principalement les secteurs de l’immobilier et de la reconstruction, du tourisme, des transports, des médias, de l’énergie et de l’industrie.

Avec la levée définitive des sanctions par le Congrès américain, l’intérêt des acteurs étrangers pour le marché syrien a encore grandi. "Depuis cette annonce, des contrats commencent à être doucement signés avec la Syrie", confirme un investisseur basé aux Émirats arabes unis qui a préféré garder l’anonymat.

"Beaucoup de choses se débloquent et facilitent désormais le retour des investisseurs. Par exemple, l’Apple Store est à nouveau accessible, ce qui n’était pas le cas jusqu’à maintenant", illustre Majed Lababidi, entrepreneur syrien basé à Doha. Les sanctions américaines empêchaient l’accès à un certain nombre de sites et d’outils essentiels au fonctionnement des entreprises. Majed Lababidi travaille depuis plusieurs mois sur trois projets dans son pays d’origine, dont la mise en place d’un incubateur dédié aux start-up dans le domaine des technologies. "C’est un marché vierge, déconnecté depuis 15 ans, qui offre des opportunités immenses", s’enthousiasme ce patron de 42 ans. Il estime cependant qu’un retour massif des investisseurs prendra du temps.

"Soyez prudents, car ça peut coûter très cher"

Malgré le signal positif qu’envoient la levée des sanctions américaines et de certaines barrières techniques, la grande majorité des investisseurs continuent de rester méfiants. Parmi les 6,4 milliards de dollars d’investissements annoncés par l’Arabie saoudite en août, peu de contrats majeurs ont en réalité été signés, en raison des difficultés de financement des entreprises et de l'instabilité du marché syrien. La diplomatie française se montre également prudente, malgré sa volonté affichée de jouer un rôle dans une Syrie débarrassée du joug du clan Assad. Une délégation de 42 entreprises s’est rendue à Damas le 1er octobre sous l’impulsion du Medef International, une première pour un pays européen. Des géants tels que Suez, Bureau Veritas ou Accor ont affiché un vif intérêt pour les secteurs de l’énergie, de la réglementation ou du tourisme. Lors d’une réunion en marge du FII, Patrick Pouyanné, PDG du groupe Total, aurait, selon un participant, fait part au président par intérim de son intérêt pour la Syrie, pays riche en ressources pétrolières. Mais parmi les acteurs français, seul CMA-CGM a commencé à opérer en Syrie, après avoir signé en mai dernier un contrat d’une valeur de 230 millions d’euros pour développer et exploiter le port de Lattaquié.

"Nous disons aux entreprises : 'allez-y, mais soyez prudents, car ça peut coûter très cher'", confie une source au sein du Trésor. Les sociétés hexagonales redoutent d’évoluer dans une zone grise où certaines règles manquent de clarté et d'être sanctionnées à terme. Paris a accueilli avec réserve l’abrogation du Caesar Act par le Congrès Américain. La levée définitive des sanctions est conditionnée au respect de critères tels que la lutte contre l’Etat islamique et le trafic de drogue, la représentation des minorités, l’exclusion des combattants étrangers des postes de commandement dans l’armée et l’absence "de toute action militaire injustifiée contre les pays voisins". Même si le scénario d’un retour des sanctions en cas de non-respect de ces critères est peu probable, il inquiète. "Ces conditions sont très floues et peuvent donc être interprétées de différentes manières, note une source diplomatique. Or lorsqu’une entreprise investit, elle ne peut pas revoir sa position tous les 180 jours."

D’autant que les effets des sanctions se font encore sentir. "Le système bancaire syrien reste de facto déconnecté du système bancaire international, ce qui fait qu'il est très difficile aujourd'hui d'envoyer de l'argent en euros ou en dollars vers la Syrie", indique Benjamin Fève, économiste au sein du cabinet de conseil Karam Shaar Advisory. La Syrie se trouve en outre toujours sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) des pays qui ne luttent pas suffisamment contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Benjamin Fève souligne l'opacité de certaines mesures prises par le gouvernement syrien en matière de gouvernance économique, tandis que les nouvelles réglementations n’ont pas encore été finalisées.

Autre obstacle majeur aux yeux des investisseurs occidentaux, la Syrie reste le théâtre d’instabilité. Le 17 janvier, l’armée syrienne a repris le contrôle des régions de Raqqa et de Deir Ez-zor, jusqu’alors administrées par les forces kurdes grâce à une offensive armée éclair. Alors qu’un cessez-le-feu de 15 jours a été annoncé peu après, l’incertitude demeure autour de plusieurs villes où continuent d’être déployées les forces armées kurdes. A la suite de ces événements, la Commission européenne s’est dite "extrêmement préoccupée" par la possible évasion de combattants du groupe Etat islamique. Des milliers d’entre eux sont enfermés dans les camps et prisons situés dans le nord-est syrien depuis la chute du califat en 2019. 120 djihadistes auraient profité de l'offensive armée lancée par Damas et du recul des forces armées kurdes pour s’évader. L’organisation terroriste continue d’être active sur le territoire syrien et a multiplié ses attaques à la fin de l’année 2025. Le 13 décembre, un assaillant qui serait lié à Daech et qui avait infiltré les forces de l’ordre syriennes a ouvert le feu sur un convoi de la coalition internationale, tuant deux soldats et un interprète américain. "L’impact symbolique de cette attaque est énorme pour les investisseurs. Il faut au moins un événement positif de la même ampleur pour rattraper le coup", commente un observateur occidental. Les autorités syriennes redoublent d’efforts car elles le savent, la reconstruction est une course contre la montre.

© UPI/MAXPPP

Donald Trump et le président syrien Ahmed al-Charaa, à la Maison-Blanche, le 10 novembre 2026.

Pétrole russe : Donald Trump lève ses droits de douane imposés à l'Inde après des mois de tension

7 février 2026 à 09:44

Les États-Unis et l'Inde se sont rapprochés vendredi d'un accord commercial, publiant un cadre provisoire qui réduirait les droits de douane, redéfinirait les relations énergétiques et approfondirait la coopération économique, alors que les deux pays cherchent à réorganiser les chaînes d'approvisionnement mondiales. Ce cadre réaffirme l'engagement à négocier un accord commercial bilatéral plus large, ont déclaré les deux gouvernements dans un communiqué conjoint, tout en soulignant que des négociations supplémentaires étaient nécessaires pour finaliser l'accord.

Par ailleurs, le président américain Donald Trump a supprimé, par décret, les droits de douane supplémentaires de 25 % imposés sur les produits indiens pour les achats de pétrole russe, New Delhi s'étant "engagée à cesser d'importer directement ou indirectement" du pétrole russe, transférant ses achats de pétrole vers les États-Unis et le Venezuela. Toutefois, les responsables américains surveilleront la situation et recommanderont le rétablissement des droits de douane si l'Inde reprend ses achats de pétrole à la Russie, précise le décret, Washington continuant à faire pression sur l'Inde pour qu'elle limite ses relations énergétiques avec Moscou.

La déclaration commune indo-américaine ne mentionne pas les achats de pétrole russe par l'Inde ni l'engagement officiel de l'Inde à confirmer cette décision.

Lundi, Donald Trump avait annoncé un accord avec l'Inde visant à réduire les droits de douane américains sur les produits indiens de 50 % à 18 % en échange de l'arrêt des achats de pétrole russe par l'Inde et de la réduction des barrières commerciales. La moitié du taux de 50 % avait été imposée séparément par Donald Trump pour punir l'Inde d'avoir acheté du pétrole russe, qui, selon lui, alimentait l'effort de guerre de Moscou en Ukraine.

New Delhi résiste toutefois à la pression de Washington pour ouvrir largement son marché agricole. Le ministre indien du Commerce, Piyush Goyal, a déclaré dans un message publié sur les réseaux sociaux que l'accord protège les intérêts des agriculteurs et les moyens de subsistance des populations rurales en "protégeant totalement les produits agricoles et laitiers sensibles".

Le parti d'opposition indien, le Congrès, a toutefois déclaré que l'accord commercial avait été conclu en grande partie selon les conditions des États-Unis et qu'il portait préjudice aux agriculteurs et aux commerçants, le qualifiant de pacte compromettant les intérêts nationaux.

Nouveaux détails sur les conditions tarifaires

La déclaration commune publiée vendredi fournit des détails supplémentaires par rapport aux grandes lignes initiales de l'accord commercial révélées lundi par Donald Trump. Elle confirme que l'Inde achètera pour 500 milliards de dollars de produits américains sur une période de cinq ans, notamment du pétrole, du gaz, du charbon à coke, des avions et des pièces d'avion, des métaux précieux et des produits technologiques. Cette dernière catégorie comprend les processeurs graphiques, généralement utilisés pour les applications d'intelligence artificielle, et d'autres produits utilisés dans les centres de données.

Il stipule que l'Inde supprimera ou réduira les droits de douane sur tous les produits industriels américains et sur une large gamme de produits alimentaires et agricoles américains, notamment les drêches de distillerie séchées et le sorgho rouge destinés à l'alimentation animale, les noix, les fruits frais et transformés, l'huile de soja, le vin et les spiritueux.

Les Etats-Unis maintiennent un droit de douane de 18 %

Mais l'accord appliquera un taux de droit de douane de 18 % sur la plupart des importations en provenance d'Inde vers les États-Unis, notamment les textiles et les vêtements, le cuir et les chaussures, le plastique et le caoutchouc, les produits chimiques organiques, la décoration intérieure, les produits artisanaux et certaines machines.

L'Inde bénéficiera du même allègement tarifaire que les autres pays alliés qui ont signé des accords commerciaux avec les États-Unis sur certains avions et pièces d'avion, et recevra un quota pour les importations de pièces automobiles qui seront soumises à un taux tarifaire inférieur, selon le communiqué.

En fonction des résultats de l'enquête tarifaire menée par l'administration Trump sur les produits pharmaceutiques et leurs ingrédients, "l'Inde bénéficiera des résultats négociés en ce qui concerne les médicaments génériques et leurs ingrédients", indique le communiqué.

Piyush Goyal a salué l'accord-cadre comme ouvrant un marché d'une valeur de 30 000 milliards de dollars - le PIB annuel des États-Unis - aux exportateurs indiens, en particulier aux agriculteurs, aux pêcheurs et aux micros et petites et moyennes entreprises.

New Delhi protège son agriculture

L'Inde a également accepté de s'attaquer aux barrières non tarifaires de longue date sur les importations de produits agricoles, d'appareils médicaux et d'équipements de communication, les négociations devant aboutir dans un délai de six mois à un accord visant à accepter les normes américaines ou internationales en matière de sécurité et d'homologation pour les importations de produits.

Les États-Unis ont affirmé leur intention d'examiner les demandes de l'Inde visant à réduire les droits de douane sur les produits indiens lors des prochaines négociations de l'accord commercial bilatéral. Les deux parties ont également convenu de coopérer en matière de contrôle des exportations de technologies sensibles et de prendre des mesures pour lutter contre les "politiques non commerciales de tiers", en référence à la Chine.

Les États-Unis et l'Inde se sont efforcés pendant des années de conclure un accord commercial complet, mais des différends subsistent dans les domaines de l'agriculture, du commerce numérique, des dispositifs médicaux et de l'accès au marché. Cependant, selon des responsables des deux pays, des préoccupations stratégiques, notamment la concurrence avec la Chine, la diversification des chaînes d'approvisionnement et la sécurité énergétique, ont donné un nouveau caractère d'urgence aux négociations.

© REUTERS

Le Premier ministre indien Narendra Modi s'adresse aux médias à son arrivée au Parlement lors du deuxième jour de la session budgétaire à New Delhi, en Inde, le 29 janvier 2026. REUTERS/Altaf Hussain

Les Tchèques sont ceux qui consomment le plus de bières en Europe : récit d'une exception culturelle

7 février 2026 à 09:30

Pour de nombreux zythologues amateurs, le nom "Budweiser" est immédiatement associé à une référence de bière américaine industrielle, réputée pour sa légèreté et son petit prix. Ses créateurs, des brasseurs allemands installés aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle, lui ont attribué ce nom en référence à la ville tchèque de Ceské Budejovice ("Budweis" en allemand) réputée pour sa culture brassicole. Régulièrement, les producteurs de cette localité du sud de la Bohème affrontent en justice le géant américain Anheuser-Busch, détenteur de la marque éponyme. Concrètement, cela signifie qu'en dehors de l'Europe, l'entreprise publique tchèque Budweiser Budvar - un trésor national ! - n'a pas le droit d'utiliser le nom de la ville. Aux Etats-Unis, sa bière est ainsi commercialisée sous le nom de "Czechvar" ; la bière nommée Budweiser n'ayant donc aucun lien véritable avec la Tchéquie ou la ville de Budweis.

Pour protéger son savoir-faire, les autorités locales ont tâché de faire reconnaître l'héritage de sa production de bière dont on trouve des traces dès la période médiévale. Signe de ce combat juridique d'importance : à l'échelle européenne, plus d'un tiers des indications géographiques protégées (IGP) de bières se trouvent en Tchéquie et trois sont concentrées à Budweis même. Pour Tomas Slunecko, secrétaire général de l'association des brasseries et des malteries tchèques il s'agit moins "de protéger un type de bière spécifique que de garantir l'origine et l'authenticité des modèles de production locaux. Les IGP sont un ancrage dans le cadre légal européen qui garantit la légitimité historique et géographique de la bière de Budweis."

Ce combat pour protéger l'artisanat brassicole n'est qu'un exemple parmi d'autres de l'attachement des Tchèques à la culture de la bière. Plus qu'une boisson alcoolisée, elle a longtemps constitué le ciment même des relations sociales. "Historiquement chez nous, les pubs ne sont pas juste des établissements de boissons, pointe Tomas Slunecko, ce sont des lieux de rencontres informelles importants où la bière est peu chère, facilement accessible et socialement acceptée peu importe votre profession, votre âge ou votre statut social."

Le territoire tchèque en est d'ailleurs parsemé : traditionnellement, même les plus petites communes étaient dotées d'un pub ou d'une brasserie. Résultat : il n'y a pas que la production de bières qui est atypique en Tchéquie ; sa consommation l'est tout autant. En 2015, l'association des brasseurs européens estimait que la consommation de bières par habitant était de 143 litres par an - presque une pinte chaque jour - bien loin des 106 litres de l'Allemagne ou des 70 litres belges. La France, elle, est bien loin derrière avec environ 30 litres de bière par habitant chaque année.

Ces dernières années cependant, la consommation de bières à commencer à décroître en Tchéquie, comme dans une grande partie des pays occidentaux. En 2024, la consommation de bières par habitant n'était "plus" que de 126 litres par an, soit une baisse notable de 12 % en 10 ans. Stanislav Tripes, doyen adjoint de l'université d'économie et de commerce de Prague (VSE) identifie deux causes à cette baisse : "un phénomène générationnel" d'abord, les plus jeunes plébiscitant plus volontiers des références de bières sans alcools ou de panachés et "un phénomène lié à l'évolution de la structure de la société." Selon lui, "il n'était pas rare pour les gens qui travaillaient de leurs mains de boire plusieurs bières chaque soir en rentrant du travail. Avec la tertiarisation de l'économie, la multiplication des professions intellectuelles est moins compatible une trop forte alcoolisation, particulièrement en semaine."

Néolocalisme tchèque

Pour tenter de conquérir de nouveaux amateurs plus tatillons, l'industrie tchèque tente également de se diversifier. Comme en Europe de l'Ouest, il n'est pas rare pour les marques locales de proposer de nouvelles variétés d'IPA ou de bières brunes par exemple, plus éloignées du terroir local. Le marché des microbrasseries y est aussi très dynamique : la Tchéquie en dénombre plus de 500 sur un territoire plus petit que la région Nouvelle-Aquitaine. "La fin des années 2000 a été très prospère pour les microbrasseries dont le nombre a explosé", note Stanislav Tripes. Si on observe aujourd'hui un ralentissement de cette croissance, mais leur omniprésence témoigne selon lui d'un "désir de connexion" à la culture brassicole et d'une volonté "de connaître qui brasse ce que l'on consomme et de quelle manière."

"Le défi à présent, c'est de réussir à préserver le rôle culturel et social de notre bière en s'adaptant à la nouvelle donne socio-économique", reconnaît de son côté Tomas Slunecko. L'année dernière, la culture de la bière tchèque a été ajoutée à la liste du patrimoine national immatériel. Prochain objectif : la faire reconnaître auprès de l'Unesco en intégrant la liste du patrimoine immatériel de l'humanité. La Budweiser américaine, elle, n'y figurera sans doute jamais.

© Mathias Penguilly / L'Express

Les Tchèques sont les Européens qui boivent chaque année le plus de litres de bière par habitant.

Terroriste pour les uns, "Mandela" pour les autres : Marwan Barghouti a-t-il encore un avenir politique ?

7 février 2026 à 08:15

Le jour où les militaires israéliens ont arrêté son père dans sa planque de Ramallah, après des semaines de traque et un assassinat ciblé manqué, Arab Barghouti avait onze ans. C’était le 15 avril 2002. "Nous étions tous réunis chez mon oncle et nous avons vu à la télévision mon père entouré de dizaines de soldats israéliens, raconte-t-il. Je garde en mémoire une grande violence et une absence soudaine. Mon père a toujours promis à ma mère qu’il reviendrait."

Aujourd’hui trentenaire, le fils de Marwan Barghouti a pris la tête de la croisade internationale pour la libération du mythique prisonnier palestinien. Dans un anglais parfait, acquis lors d'un séjour de deux ans aux Etats-Unis, il multiplie les interviews dans les médias étrangers et les voyages à travers "l'internationale pro palestinienne". Aux côtés du Sinn Féin à Belfast, avec les militants Free Palestine des campus américains ou dans les réunions publiques du Parti Communiste français en Seine-Saint-Denis, Arab Barghouti plaide inlassablement pour la libération de son père. "Ces vingt dernières années, Israël a relâché des centaines de prisonniers condamnés à des peines de prison à vie pour des motifs bien plus graves. Mais pas mon père, pour une raison simple : il représente l'espoir. Et l'espoir est toujours le plus grand ennemi de l'oppresseur", confie-t-il à l’Express.

Il côtoie Yasser Arafat

C’est dans son bureau d’une agence de communication située dans le quartier d’affaires de Ramallah que nous reçoit Arab Barghouti. Sur l’un des murs, une photo de son père. Le visage rondelet du petit homme moustachu côtoie celui de Yasser Arafat, l’ancien président de l’Autorité palestinienne, décédé peu après l’incarcération de Barghouti. Deux figures du nationalisme palestinien, deux personnalités aux antipodes.

Contrairement au dirigeant historique de l’OLP, Marwan Barghouti incarne le mouvement de " l’intérieur ", ces militants nés en Cisjordanie ou à Gaza qui affrontent l’occupant israélien au quotidien. Issu d’un prestigieux clan familial du village de Kobar, près de Ramallah, Barghouti fonde à quinze ans le mouvement des jeunes, au sein du parti Fatah. Etudiant en histoire à l’université de Bir-Zeit, il se révèle aussi l’aise à la tribune que dans les manifestations violentes contre l’occupant israélien.

Plusieurs fois emprisonné en Israël, Marwan Barghouti finit par être exilé en Jordanie au début de l’Intifada des pierres en juin 1987, avant de revenir à Ramallah à la faveur des accords d’Oslo en 1994. Élu dans la première assemblée législative palestinienne en 1996, il se distingue par son charisme et sa dénonciation frontale de la gouvernance de Yasser Arafat marquée par une corruption endémique et un mépris des droits de l’homme.

Une solution à deux Etats

Sur le conflit israélo-palestinien, Barghouti dénote aussi par son soutien sans ambiguïté à la solution à deux Etats, loin des circonvolutions d’Arafat. En ces années 1990 où la paix paraît encore possible, il rencontre même des caciques du Likoud comme Meïr Chetrit ou Gideon Ezra. "Mon père a toujours défendu la solution à deux Etats et respecté le droit international. Comment Israël peut-elle continuer à prétendre qu’il n’y a pas de partenaire du côté palestinien pour faire la paix ?", s’étrangle Arab Barghouti.

Il prône les vertus de la lutte armée

Mais aux yeux des Israéliens, la deuxième Intifada des années 2000 brouille irrémédiablement l’image d’homme de paix cultivée par Marwan Barghouti. Avant même la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées et le soulèvement armé de septembre 2000, ce dernier durcit son discours et loue publiquement les vertus de la lutte armée. Dès les premiers affrontements entre Tsahal et les groupes armés palestiniens, il entraîne son mouvement, les Tanzim, et son bras armé, les brigades des martyrs al-Aqsa, dans des attentats contre des civils israéliens. A l’affût de ses moindres faits et gestes, les services de renseignements israéliens établissent son implication dans l’explosion du restaurant Seafood Market à Tel-Aviv (deux morts et 35 blessés) et l’assassinat du prêtre grec orthodoxe Gergios Tsibouktzakis. "Barghouti a basculé. Il ne pouvait pas rester à l’écart de la lutte armée car il aurait perdu son statut de leader. Il est passé d’un seul coup de la négociation à la terreur ", pointe un ancien chef du Shabak dans un documentaire consacré à Marwan Barghouti.

Comparaissant devant un tribunal de Tel-Aviv en septembre 2003, Marwan Barghouti transforme son procès en tribune planétaire. Les médias du monde entier le montrent tout sourire dans le box, brandissant ses menottes comme un trophée. Condamné à cinq peines de prison à vie, il tente de peaufiner en prison sa stature d’homme providentiel, de rassembleur d’un mouvement national déchiré entre laïcs et islamistes. En 2006, il publie le document des prisonniers où toutes les factions, Djihad islamique compris, se prononcent pour l’établissement d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 – et donc, en creux, pour la reconnaissance d’Israël. Malgré son écho médiatique, le texte n’aura pas d’impact sur le terrain. En juin 2007, le Hamas expulse violemment le parti Fatah de l’enclave de Gaza. A ce jour, les deux camps restent irréconciliables et la solution à deux Etats gît sous les dizaines de milliers de morts de la guerre du 7-Octobre.

Le gouvernement refuse de le libérer

En prison depuis 23 ans, Marwan Barghouti et ses soutiens rêvent d’un dénouement à la Nelson Mandela, à qui les Palestiniens aiment le comparer. Mais le gouvernement israélien, soutenu par une partie écrasante de l’opinion, refuse catégoriquement de le libérer. "On nous a déjà fait le coup avec Arafat, affirme Meïr Indor, président de l’association des victimes de l’attentat Almagor. On lui a donné une légitimité et des armes et il les a retournées contre nous. Barghouti fera exactement la même chose si nous le sortons de prison. C’est un terroriste et il restera un terroriste."

L’été dernier, peu avant l’ultime échange d’otages contre prisonniers entre Israël et le Hamas, le ministre de la police, Itamar Ben Gvir, a organisé une rencontre avec le célèbre prisonnier et diffusé les images sur les réseaux sociaux. On y voit un Barghouti chauve, amaigri et l’air emprunté quand Ben Gvir lui assène : "Ceux qui tuent nos femmes et nos enfants, nous les effaçons". "Cette vidéo montre la cruauté de ce régime fasciste", s’indigne Arab Barghouti. Malgré une vague déclaration de Donald Trump sur le cas Barghouti, le gouvernement israélien exclut toujours sa libération.

Inspiré par le précédent Mandela, Arab Barghouti compte toutefois sur la pression de l’opinion publique pour faire plier Israël. Début décembre, un collectif de deux cents artistes occidentaux, dont Annie Ernaux, Eric Cantona ou Pedro Almodóvar ont signé une pétition pour exiger la libération de son père. En France, le détenu compte de fervents soutiens comme l'historien Vincent Lemire. "Si un État viable et démocratique peut advenir en Palestine, ce sera avec lui ", estime-t-il.

Dans les territoires palestiniens, la popularité de Marwan Barghouti reste au zénith. Les sondages d’opinion le donnent largement gagnant en cas de consultation populaire et, lorsqu’il se promène dans les rues de Ramallah, son fils Arab bénéficie de son aura. "Ton père symbolise l’unité du peuple palestinien, il a payé cher pour notre liberté", lui dit un commerçant en lui donnant l’accolade avec chaleur. "J’ai conscience que mon père est devenu un mythe, mais pour moi, cela reste avant tout mon père, et il me manque. J’espère qu’un jour il pourra recevoir lui-même tout cet amour."

© David Silverman/Pool/EPA/MaxPPP

Aujourd’hui trentenaire, le fils de Marwan Barghouti a pris la tête de la croisade internationale pour la libération du mythique prisonnier palestinien.

Affaire Epstein : ce que l'on sait de l'opération d'ingérence russe ciblant Emmanuel Macron

6 février 2026 à 17:11

Le nom d'Emmanuel Macron apparaît plus de 200 fois dans les millions de documents issus du dossier Jeffrey Epstein, publiés par le ministère de la Justice américain. Ce vendredi 6 février, une source gouvernementale a indiqué avoir détecté une opération d’ingérence russe destinée à faire croire à une implication du chef de l'Etat dans l’affaire, révèle BFMTV.

L'opération de désinformation est liée au réseau russe Storm-1516, dont le mode opératoire est documenté depuis fin 2023. "Les acteurs derrière Storm-1516 cherchent à polariser le débat démocratique de nos sociétés, à saper la confiance envers les médias et les institutions européennes", mettaient déjà en garde le ministère des Armées en mai 2025. L'objectif de cette dernière ingérence : faire croire à une implication d’Emmanuel Macron dans l’affaire Epstein.

"Un site Internet usurpant l'identité de France-Soir"

Détectée mercredi par Viginum, le service chargé de lutter contre les ingérences étrangères en ligne, la manigance reposait sur la "création d’un site Internet usurpant l’identité de France-Soir" où a été publié "un article accusant le président de la République, Emmanuel Macron, d’être impliqué dans l’affaire Epstein", aurait affirmé une source gouvernementale à l'AFP selon plusieurs médias.

Dès mercredi, France-Soir a démenti, publiant un communiqué sur le réseau social d’Elon Musk : "Alerte importante aux lecteurs de France-Soir. Attention : usurpation de marque et de contenu. Le site france-soir.net n’a aucun lien avec France-Soir".

Alerte importante aux lecteurs de France-Soir
Attention : usurpation de marque et de contenu. Le site https://t.co/0iS6ZE9GZS n’a aucun lien avec France-Soir.

Ce site usurpe illégalement :
• La marque « France-Soir »,
• L’identité visuelle et rédactionnelle historique de… pic.twitter.com/of6xcXrdQx

— France-Soir (@france_soir) February 4, 2026

Mais la publication de France Soir n’est pas parvenue à contenir l’emballement sur les réseaux sociaux.

Une fake news diffusée sur les réseaux sociaux

Le premier compte à avoir diffusé la vidéo est "@LoetitiaH, un relais historique et fréquent des opérations informationnelles de Storm-1516", précise la source gouvernementale selon plusieurs médias. Le poste, alléguant qu'"il s’est avéré que Macron était un invité fréquent de la résidence d’Epstein à Paris", a ensuite "été repris et amplifié par de nombreux autres comptes suivis par Viginum et très probablement rémunérés par les opérateurs du mode opératoire".

Sur un ton ironique, le compte X @FrenchResponse, géré par le ministère des Affaires étrangères a répondu à la fake news : "Il s’est avéré que Loetitia détient des secrets mondiaux. Il s’est avéré que l’IA les met en images. Il s’est avéré que l’article de France Soir n’existe pas. Il s’est avéré que des réseaux russes amplifient direct."

Il s'est avéré que Loetitia détient des secrets mondiaux.
Il s'est avéré que l'IA les met en images.
Il s'est avéré que l'article de France Soir n'existe pas.
Il s'est avéré que des réseaux russes amplifient direct.

Il s'est avéré que le hasard non plus n'y est pour rien.… https://t.co/Y2WviLvAZy

— French Response (@FrenchResponse) February 5, 2026

Car si le nom d’Emmanuel Macron apparaît effectivement dans le dossier, cela ne signifie en rien qu’il y est mis en cause. Le président est simplement mentionné dans des discussions entre d'autres personnes ou dans des articles de presse. Aucun élément ne permet, à ce jour, de suspecter ou de démontrer une rencontre, ni même un échange entre le chef d'Etat et le pédocriminel, mort en prison en 2019.

© REUTERS

L'objectif de cette dernière ingérence : faire croire à une implication d’Emmanuel Macron dans l’affaire Epstein.

Guerre en Ukraine : à Moscou, le conseiller d'Emmanuel Macron rembarré

6 février 2026 à 16:36

La rencontre de ce mardi 3 février à Moscou entre le français Emmanuel Bonne et son homologue russe, Youri Ouchakov, s’est soldée par un échec, selon trois sources diplomatiques et sécuritaires française, ukrainienne et russe. En réponse à ses ouvertures, le conseiller diplomatique du président Emmanuel Macron s’est vu rétorquer que les revendications de la France et de l’Europe ne correspondent pas à la réalité du rapport de force militaire sur le front ukrainien.

Cette visite intervient dans la foulée de plusieurs déclarations d'Emmanuel Macron en vue de replacer l’Union Européenne au coeur des négociations de paix entre Kiev et Moscou, dont la médiation est aujourd’hui accaparée par le président américain Donald Trump. Ce projet de restaurer un canal de discussion avec Moscou divise jusque dans l'entourage d'Emmanuel Macron, où des généraux le jugeraient stratégiquement inapproprié.

"La rencontre s’est déroulée dans la même veine que l’épisode de la longue table", décrit une source informée des détails de l'événement, en référence à la table de 6 mètres de long au bout de laquelle le président russe Vladimir Poutine avait placé son homologue français lors d’une visite au Kremlin en février 2022, un choix officiellement justifié par les mesures de distanciation sociale sur fond de Covid-19, mais également perçu comme une tentative de déstabilisation. Pas de table cette fois, mais "Bonne a été reçu seulement pour se faire rembarrer", regrette une de nos sources. Un accueil qui évoque à une autre source la répartie de Donald Trump, "vous n’avez pas les cartes", à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky en février 2025.

Contacté, l'entourage du président de la République a contesté cette version des faits, sans souhaiter commenter dans le détail.

L'initiative française qui interroge

Emmanuel Bonne n’en est pas à sa première mission auprès de Youri Oushakov, l’influent conseiller diplomatique présidentiel russe en poste depuis 2012, précédemment ambassadeur aux Etats-Unis, et l’un des architectes de la politique étrangère du Kremlin. Les deux officiels se sont rencontrés à plusieurs reprises depuis le début de l’invasion en Ukraine, dans un contexte très tendu, en l'absence de contacts directs entre leurs présidents pendant près de trois ans.

Cette nouvelle initiative française interroge dans certains cercles européens. "Il ne peut pas jouer sur tous les tableaux", estime un diplomate européen : "Le 'en-même-temps' ne fonctionne pas dans ces circonstances". Ce mercredi 4 février, la Première ministre lettone Erika Selina et le président estonien Alar Karis ont exprimé leur soutien à l’initiative, provoquant un débat virulent au sein des classes politiques locales. Le gouvernement estonien - sous l’influence notamment de l’éminence grise du ministère des Affaires étrangères, Jonathan Vseviov – a désavoué la position de son président et réitéré sa ferme opposition à toute ouverture vis-à-vis de Moscou.

Les dirigeants ukrainiens scrutent avec attention ces tentatives, comme l'ont confirmé plusieurs sources sécuritaires ukrainiennes à L'Express. Elles ont placé de grands espoirs dans la dynamique d’activisme sécuritaire que semblent impulser Paris et Londres sous l’égide de la "coalition des volontaires". Au sein de l’appareil du service européen pour l’action extérieure (SEAE), l’organe de politique étrangère de l’UE, nos sources reconnaissent que l’Europe n’a pas aujourd'hui la crédibilité pour participer activement aux négociations de paix. Depuis plusieurs semaines, un travail a été engagé pour préparer plutôt son insertion dans un système de vérification de cessez-le-feu et de garanties sécuritaires en aval d’un potentiel accord de paix - jugé du reste peu probable à court-terme.

Lors d’une interview avec la chaîne pro-gouvernementale russe RT ce jeudi 5 février, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a qualifié les démarches d'Emmanuel Macron de "diplomatie pathétique".

© MAXPPP

Emmanuel Macron et son conseiller diplomatique Emmanuel Bonne, le 23 octobre 2024 à l'Elysée.

Russie : un haut gradé victime d'une tentative d'assassinat, l'Ukraine pointée du doigt

6 février 2026 à 15:59

Le général Vladimir Alexeïev, chef adjoint des services de renseignement militaire russe (GRU), a été blessé par balles ce vendredi 6 février dans la matinée à Moscou et transporté d'urgence à l'hôpital. Selon le quotidien Kommersant, qui cite des sources policières, le tireur, encore non identifié, s'est introduit dans l'immeuble du général en se faisant passer pour un livreur avant d'ouvrir le feu à plusieurs reprises sur le haut responsable du renseignement qui quittait son domicile pour se rendre à son travail.

Toujours selon le quotidien, le général a été blessé à un bras, à une jambe et à la poitrine en tentant de se défendre. Le Kremlin, qui a été informé de la fusillade, a déclaré espérer qu'Alexeïev survive et se rétablisse. "Il est clair que les commandants militaires et les spécialistes de haut niveau sont exposés à des risques en temps de guerre", a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. "Mais ce n’est pas au Kremlin de décider comment assurer leur sécurité. C’est une question qui relève des services spéciaux."

Vladimir Alexeyev, 64 ans, dont le travail a été reconnu par le président Vladimir Poutine qui lui a décerné le titre de Héros de la Russie, serait dans un état grave à l'hôpital. Né en Ukraine alors sous domination soviétique, Alexeïev a été placé sous sanctions américaines pour ingérence russe dans l'élection présidentielle américaine de 2016. L'Union européenne lui a imposé des sanctions à la suite de l'empoisonnement de l'ancien agent russe Sergueï Skripal et de sa fille à Salisbury, en Angleterre, en 2018.

Sergueï Lavrov impute la tentative d’assassinat à Kiev

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a accusé l'Ukraine d'être à l'origine de la tentative d'assassinat, qui, selon lui – sans apporter de preuves – visait à saboter les pourparlers de paix.

L'Ukraine n'a fait aucun commentaire dans l'immédiat. Depuis le début de la guerre en 2022, les services de renseignement militaire ukrainiens ont revendiqué l'assassinat de plusieurs officiers supérieurs russes , dont certains figuraient sur une liste publique d'ennemis de l'Ukraine. Depuis décembre 2024, trois autres officiers de même rang qu'Alexeïev ont été tués à Moscou ou dans ses environs. Le chef de la direction de l'entraînement des armées de l'état-major a été tué par une bombe placée sous sa voiture le 22 décembre dernier.

© via REUTERS

Depuis décembre 2024, trois autres officiers de même rang que le général Alexeïev ont été tués à Moscou ou dans ses environs.

Guerre en Ukraine : la Russie fragilisée par la coupure des antennes Starlink

6 février 2026 à 14:50

C'est une décision qui risque de couter cher à la Russie. Depuis quelques mois, son armée utilise, le réseau internet satellite de Starlink, dont Elon Musk est propriétaire. Le but : doter ses drones de cette technologie afin de conduire des frappes plus précises et moins détectables par les brouilleurs ukrainiens.

Une pratique documentée depuis fin décembre par l'Institute for the Study of War - traduisez : Institut pour l’étude de la guerre -. Selon ce think tank américain, l'utilisation de Starlink, pourtant interdite dans le contexte d’attaques militaire, augmenterait la portée des drones à 500 km. Aussi, un tel rayon permettrait aux engins moscovites de survoler "la majeure partie de l’Ukraine, toute la Moldavie et certaines régions de la Pologne, de la Roumanie et de la Lituanie".

Les communications coupées

Selon une information du média Kyiv Independent, la Russie aurait également recours à des terminaux de la même société pour communiquer sur le champ de bataille. Et ce, depuis bien plus longtemps.

A la demande de l'Ukraine, Elon Musk a annoncé prendre des mesures pour y remédier. Parole tenue. Le 4 février, sur Telegram, le ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov, a annoncé la désactivation de ces terminaux internet. Trois commandants ukrainiens ont aussi affirmé aux journalistes du Kyiv Independent avoir intercepté des messages des forces russes "se plaignant de la défaillance des terminaux Starlink en grand nombre". "Ils ont été complètement coupés. Cela signifiera potentiellement que leur activité baissera pendant qu'ils trouveront d'autres moyens de communication", se réjouit un commandant de drone.

"Une catastrophe"

Car la fin de Starlink n'est pas seulement un "problème" mais bien une "catastrophe" pour Moscou, a jugé un conseiller Mykhailo Fedorov. Cette tournure d'évènement, les troupes adverses en ont parfaitement conscience. Sur son canal Telegram, Alexandre Kots, journaliste russe au Komsomolskaïa Pravda, a retranscrit les paroles de l'un de ses compatriotes et officier : Starlink était "le talon d'Achille des forces du Kremlin".

La cause des ces inquiétudes ? La Russie ne dispose d'aucune technologie comparable à Starlink et devra faire preuve d'imagination pour palier son absence. En réfléchissant aux solutions envisageables, le blogueur militaire russe, Roman Alekhine, n'en n'a vu qu'une : le déploiement de câbles à fibre optique sur le terrain. Problème, une telle opération serait non seulement bien plus "complexe" et coûteuse" à mettre en place. "C'est très préoccupant, surtout compte tenu des besoins de communication sur le terrain", ajoute Roman Alekhine sur un canal Telegram dédié à ces antennes.

Et il n'est pas le seul à s'en inquiéter. Un autre blogueur, caché derrière le nébuleux pseudo "Informateur militaire" craint que la fin de Starlink rime avec un retour en arrière de "quelques années" des troupes du Kremlin. Comprenez ici l'utilisation de technologies obsolètes, dont l'Internet filaire, le Wi-Fi et les communication radio.

© REUTERS

Un système Internet par satellite Starlink utilisé par l'Ukraine. Photo d'archive.

Groenland : Jean-Noël Poirier, un premier consul français pour faire face aux visées de Donald Trump

6 février 2026 à 11:18

Il aura sous sa responsabilité... six habitants de nationalité française. Le nouveau consul général de France au Groenland, Jean-Noël Poirier, s'apprête à découvrir ce vendredi 6 février un environnement très différent de ses précédentes expériences autour du globe. Nommé par décret mardi, le diplomate ne croisera pas beaucoup de compatriotes sur l'île arctique de 55 000 habitants.

Son poste, tout fraîchement créé, n'a de toute façon pas vocation à uniquement faire office de point de contact entre ces quelques ressortissants et la métropole. La décision d'ouvrir un consulat à Nuuk, la capitale du territoire autonome, consiste "d’abord" à "marquer notre volonté d’approfondir notre présence dans toutes les dimensions sur ce territoire du royaume du Danemark", avait expliqué le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, sur RTL le 14 janvier dernier.

Un diplomate au parcours riche

Une mission particulièrement importante pour Paris au moment où Donald Trump lorgne ce qu'il perçoit comme "un bout de banquise". La zone est convoitée par le républicain au nom de "la sécurité nationale" américaine. Le président des Etats-Unis n'a pas hésité à menacer à plusieurs reprises d'annexer le Groenland, y compris par la force avant de calmer le jeu et d'annoncer une ébauche d'"accord" dans la région. Invité de la matinale de France Inter ce vendredi, Jean-Noël Poirier a reconnu que ce contexte géostratégique tendu avait forcément joué en faveur de la création de son nouveau rôle. "Il est clair que l'actualité de ces derniers mois est pour beaucoup dans l'annonce faite par le président de la République", a-t-il admis. "Mais c'est une idée qui flottait déjà depuis un petit moment et qui trouve là une raison supplémentaire de se concrétiser."

Pour diriger ce consulat "aux compétences élargies", Emmanuel Macron a donc fait confiance à ce diplomate chevronné. Jean-Noël Poirier a exercé de nombreuses fonctions pour représenter la France à travers le monde, notamment en Asie. Détaché de l'ONU au Cambodge dans les années 90, il devient ensuite consul général à Hô-Chi-Minh-Ville, au Vietnam. C'est dans ce pays qu'il sera ensuite nommé ambassadeur pendant quatre ans, de 2012 à 2016. Entre-temps ? Un passage dans le privé chez Areva. Un monde de l'entreprise qu'il a retrouvé en 2017, évoluant au sein de différentes sociétés du secteur du conseil. Il y a un an, il revient à ses premières amours pour occuper un poste de diplomate en Libye, le temps d'une mission temporaire à Tripoli. Avant, en septembre dernier, de devenir chef de la délégation française à l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York (États-Unis).

Missions "politiques", "d'influence" ou "scientifiques"

Un dense CV, désormais enrichi d'une expérience dans une tout autre région du monde. "Le ministère m’a proposé cette mission, je l’accepte avec beaucoup de plaisir et d’intérêt", expliquait Jean-Noël Poirier mardi soir, lors d'une rencontre avec la presse. "Je suis ce qu’on appelle un agent d’Orient dans cette maison. Par vocation, je suis attiré par les destinations lointaines." Avant d'arriver à Nuuk ce vendredi pour prendre officiellement ses fonctions, le nouveau consul s'est déplacé à Copenhague, la capitale danoise, pendant deux jours. Une fois arrivé sur l'île groenlandaise, il rencontrera le Premier ministre du territoire, Jens-Frederik Nielsen, en première ligne des attaques menées par le président américain. "J'arrive avec un mandat clair d'écoute de ce que les Groenlandais ont à dire sur l'avenir de leur pays", a-t-il insisté, lors de son passage sur France Inter.

Mais concrètement, comment Jean-Noël Poirier va-t-il occuper ses journées dans la glaciale capitale groenlandaise ? Après l'annonce de l'ouverture d'un consulat, le Quai d'Orsay avait fait mention le 14 janvier de "missions politiques de relations avec les autorités locales", "d'influence" ou encore "scientifiques". "Il faut qu’il se montre disponible, qu’il rencontre du monde, et qu’un maximum de Groenlandais puissent voir le visage de la France", conseille pour sa part l'ex-ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, interrogé par Le Figaro.

Une nécessité dont semble avoir conscience le principal intéressé. "Le travail d'un consul général ne se borne pas seulement aux activités consulaires", a ainsi fait valoir Jean-Noël Poirier sur France Inter. "Je suis également là pour soutenir les intérêts français et la coopération française, qui est assez ancienne." Lors de la même intervention, le diplomate a confirmé qu'une visite sur place de son ministre de rattachement, Jean-Noël Barrot, devrait prochainement avoir lieu dans la région, sans qu'une date n'ait pour le moment été fixée.

© EPA/MAXPPP

Jean-Noël Poirier le 15 novembre 2015 au Vietnam, où il était alors ambassadeur.

Affaire Epstein : comment Jack Lang a été rattrapé par sa proximité avec le prédateur sexuel

6 février 2026 à 09:20

Sur cette photo datée de mars 2019, la cour du Louvre est ensoleillée. Devant la pyramide en verre qui trône en son cœur, Jack Lang pose tout sourire, le visage éclairé par une chaude lumière de fin d'hiver. À ses côtés sur le cliché ? L'Américain Jeffrey Epstein, lunettes de soleil sur le nez, mains jointes devant lui et air impassible. Nous sommes quelques mois seulement avant l'arrestation de l'autre côté de l'Atlantique de ce financier aux réseaux tentaculaires. Le 6 juillet 2019, la justice américaine l'incarcère pour des accusations de trafic sexuel de grande ampleur. Jeffrey Epstein aurait mis en place un énorme système d'exploitation de mineures et de très jeunes femmes, aidé par sa compagne, Ghislaine Maxwell. À peine un mois plus tard, en août, il est retrouvé mort en prison. L'enquête conclut à un suicide.

Présenté par Woody Allen

L'image de l'ex-ministre de la Culture en compagnie du prédateur sexuel a été dévoilée par la déclassification de plus de trois millions de fichiers liés à la vie de Jeffrey Epstein par le ministère de la Justice américain, vendredi 30 janvier. Des révélations réalisées au nom de la "transparence", selon l'institution, et auxquelles Donald Trump n'était que moyennement favorable, ayant lui-même fréquenté durant plusieurs années l'homme d'affaires new-yorkais. Sphère politique, milieu des affaires, monde culturel... Ce dernier possédait des connaissances dans tous les domaines et mettait un point d'honneur à cultiver sa renommée auprès de ses interlocuteurs. Avec une telle ambition, Jeffrey Epstein a donc rencontré nombre de personnalités, y compris en France. Et certaines, avec plus ou moins de proximité.

Depuis la mise en ligne de cette masse d'informations, dont une partie est toujours caviardée, les articles de presse s'enchaînent pour démontrer les liens du financier avec plusieurs célébrités. Qui savait quoi ? Ces connaissances avaient-elles des soupçons sur de potentiels crimes sexuels de Jeffrey Epstein ? Dans la plupart des cas, impossible de le déterminer avec certitude sur la base de ces nouveaux éléments. Mais la publication des correspondances privées ou professionnelles au sein d'un amas de données qui comprend aussi des images ou vidéos directement liées à l'affaire alimente le trouble. Bien entendu, le nom d'une personne citée dans ces dossiers n'indique pas forcément qu'elle se faisait complice du trafic sexuel du businessman.

Il n'empêche : les figures mentionnées sont contraintes de s'expliquer sur la nature de leurs réels liens avec Jeffrey Epstein. Jack Lang en fait partie. Son nom est cité 685 fois dans ces nouveaux documents. La plupart d'entre eux ? Des courriels, souvent envoyés avant ou pendant la venue du multimillionnaire à Paris, où ce dernier possédait un appartement dans les beaux quartiers. Sur BFMTV mardi, l'ex-socialiste a raconté avoir rencontré Jeffrey Epstein "il y a une quinzaine d'années" lors d'un dîner. Le réalisateur américain Woody Allen – qui fait lui-même l'objet d'accusations d'agression sexuelle de la part de sa fille adoptive Dylan Farrow – aurait alors fait les présentations entre les deux hommes, qui sympathisent. S'ensuit alors une longue série d'e-mails cordiaux, dans lesquels il est généralement question de caler des rendez-vous lors des venues à Paris de l'Américain.

Riad à Marrakech et financement d'un long-métrage

Aucun courriel à caractère sexuel échangé par le duo n'a été retrouvé dans cette somme de documents. La question est davantage de savoir si Jack Lang pouvait être au courant des agissements du mécène américain. L'actuel président de l'Institut du monde arabe (IMA) assure avoir toujours ignoré cette situation et dit être "tombé des nues" lorsqu'il a découvert la vérité. Avant leur rencontre, Jeffrey Epstein avait pourtant été déjà condamné en 2008 à 18 mois de prison aux États-Unis pour avoir fréquenté des prostituées mineures, au terme d'une procédure judiciaire où des accusations de trafic sexuel avaient déjà émergé. "Quand je noue un rapport de sympathie, je n’ai pas l’habitude de demander à mon interlocuteur son casier judiciaire", justifie de son côté Jack Lang, expliquant n'avoir pas eu connaissance de cette peine.

L'ancien ministre met en avant la capacité de Jeffrey Epstein à créer facilement de nouveaux contacts dans les sphères de pouvoir. Lors de sa mise en relation avec lui, l'homme d'affaires "fréquentait alors le Tout-Paris", a indiqué en début de semaine Jack Lang auprès de l'AFP. "Il nous avait séduits par son érudition, sa culture, sa curiosité intellectuelle." Invité un peu plus tard sur RTL, l'ex-responsable a précisé sa pensée. "[Je dois] être un naïf, un ignorant", a-t-il pointé. "Je fais confiance et je continuerai à faire confiance aux gens que je rencontre ici et là quand ils apportent de l’intelligence, du talent, de la lumière et de la générosité." Tout en se distanciant des faits avérés contre Jeffrey Epstein : "Mais, en même temps, je condamnerai avec véhémence tous ceux qui se livrent à des actes monstrueux comme ceux qu’il a accomplis aux États-Unis."

Au-delà de ces messages personnels, les derniers fichiers révélés montrent aussi que Jack Lang a tenté de jouer l'entremetteur dans la vente d'un bien immobilier appartenant à une connaissance, qui aurait pu intéresser Jeffrey Epstein. Le prix de cette demeure, un riad à Marrakech, est estimé à "5,4 millions d’euros, offshore", écrit l'ancien ministre de l'Éducation nationale à son interlocuteur dans un courriel. "La maison, je ne l'ai jamais vue, le document probablement je ne l'ai pas lu", se défend aujourd'hui Jack Lang, auprès de France Télévisions. Dans la même veine, Mediapart a révélé jeudi que Tracfin, les services français de renseignement financier, avait déjà mené une enquête sur un mystérieux virement offshore de 50 000 euros réalisé par Jeffrey Epstein sur demande de Jack Lang. Pourquoi avait-il besoin de ces fonds ? "Serge Moati, un très grand cinéaste français, souhaite réaliser un film sur mon travail qui sera diffusé au cinéma", explique dans un des mails déclassifiés l'ex-député PS. "Ta contribution serait évidemment décisive." Le long-métrage n'est finalement jamais sorti dans les salles obscures.

La fille de Jack Lang elle aussi en pleine tempête

Au-delà de Jack Lang lui-même, les conversations de sa fille, Caroline Lang, avec Jeffrey Epstein ont aussi été mises au jour lors de la publication de ces dossiers. Jusque-là déléguée générale du Syndicat des producteurs indépendants, elle a depuis les révélations démissionné de son poste. Toujours selon Mediapart, cette professionnelle du cinéma avait fondé en 2016 une société offshore aux Îles vierges américaines avec le financier américain. L'objectif de cette structure : "favoriser l'acquisition d'œuvres de jeunes artistes", souligne aujourd'hui Caroline Lang. Si elle détient 50 % des parts de la société, elle affirme n'avoir pas touché de revenus liés à celle-ci. "Tous les fonds provenaient de Jeffrey", a-t-elle indiqué auprès du média d'investigation.

Outre ce volet financier, un voyage à Miami réalisé en 2014 par Caroline Lang et ses deux filles dans une maison appartenant à Jeffrey Epstein interpelle. Tout comme un testament signé par ce dernier deux jours avant sa mort et lui octroyant 5 millions de dollars... mais dont personne, selon elle, ne lui a fait part à l'époque. Elle promet en tout cas n'avoir rien su du pedigree criminel du mécène. "Un jour, il y a longtemps, il m’avait dit : 'Si tu fais des recherches sur moi sur Google, peut-être que tu ne voudras plus jamais me parler', alors je suis allée chercher et j’ai trouvé dans la presse de Floride qu’il avait été condamné pour prostitution de mineures (...) en 2008. Il m’a dit qu’il avait payé sa dette et indemnisé les victimes, et je l’ai cru", a-t-elle développé, toujours sur Mediapart.

Convoqué au Quai d'Orsay

Quoi qu'il en soit, l'ensemble de ces éléments met Jack Lang dans une position très délicate. Comme annoncé par plusieurs médias jeudi soir, l'homme de 86 ans a été convoqué en urgence par le ministère des Affaires étrangères. L'Élysée estime qu'il devrait "penser à l’institution de l’IMA", musée parisien dont il est à la tête depuis 2013. En 2023, Emmanuel Macron l'avait renommé en tant que président de l'Institut pour un quatrième mandat.

Dans le camp politique, plusieurs figures ont appelé clairement à sa démission, comme le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure. " À ce stade, rien n’implique Jack Lang dans les scandales sexuels", a-t-il exposé sur franceinfo. Mais, ajoute-t-il, "ce qui d’ores et déjà heurte, c’est la façon dont il évoque aujourd’hui l’affaire. (...) Jeffrey Epstein n’était pas un homme charmant, il était un pédocriminel et notre bienveillance doit être réservée aux victimes." Pour l'ancienne candidate à la présidentielle socialiste Ségolène Royal, "sa démission devrait aller de soi", a-t-elle affirmé au Parisien. Démissionner ? À un an de la fin de son mandat, Jack Lang n'y pense pas. "Je me sens blanc comme neige", assure l'ex-ministre de la Culture.

© Pierre Teyssot /MAXPPP

Jack Lang au Festival de Cannes, le 14 mai 2024.

"Un mythe est brisé" : humilié par Donald Trump, le Royaume-Uni se tourne vers la Chine... et l'Europe

6 février 2026 à 07:30

Leur dernière rencontre, au G20 de Rio de Janeiro en novembre 2024, avait été aussi brève que glaciale. Nous étions alors en pleine affaire d’espionnage chinois au Parlement de Westminster. A Pékin, la semaine dernière, la neige a visiblement fondu entre Keir Starmer et Xi Jinping. Après un discours improvisé de Xi sur son éveil à la littérature anglaise en pleine Révolution culturelle, les deux dirigeants se sont retrouvés près de trois heures en réunion bilatérale, le double du temps prévu.

Actant la fin de huit années de gel diplomatique, Starmer a décidé de recentrer la relation sur l’économie. Il est reparti notamment avec des droits de douane chinois allégés sur le whisky écossais, secteur hautement symbolique, et un visa de trente jours sans formalité pour les Britanniques, facilitant échanges économiques, universitaires et culturels.

Londres n'est plus un satellite de Washington

Donald Trump, qui qualifiait ce voyage de "très dangereux", a été superbement ignoré. La Chine est aujourd’hui le troisième partenaire commercial du Royaume-Uni, et Londres n’a plus les moyens de l’ignorer. Le message de Starmer est clair et audacieux : Londres revendique désormais une diplomatie pragmatique et multi-alignée, capable d’entretenir simultanément des relations avec Washington, Bruxelles et Pékin, et ce malgré des rivalités croissantes. Comprenez : le Royaume-Uni n’est plus un satellite de Washington. Un basculement historique dans l’approche britannique, longtemps définie par une "relation spéciale" quasi sacrée avec les États-Unis.

Le divorce n’a rien d’amiable. Ces dernières semaines, Donald Trump a enchaîné intimidations et insultes contre ses alliés, et contre les Britanniques en particulier : menace d’une invasion au Groenland, hausse des tarifs douaniers contre les pays européens prêts à y résister, critiques virulentes sur la cession des îles Chagos par le Royaume-Uni à l’île Maurice qualifiée de "profondément stupide" et, sommet de l’outrage, l’affirmation que les alliés des Américains en Afghanistan, lâches, avaient préféré combattre loin des lignes de front.

Pour les Britanniques, ayant non seulement répondu les premiers à l’appel des Américains après le 11 septembre 2001 et perdu 478 hommes contre les talibans entre 2001 et 2021, l’injure a fait l’effet d’une déflagration. Keir Starmer, blême de rage, avait immédiatement qualifié les commentaires de Trump "d'insultants et, pour tout dire, révoltants" : une condamnation d’une rare fermeté dans la tradition politique britannique. Selon Oliver Kamm, éditorialiste au Times, ces propos ont provoqué "une rupture d’une ampleur inédite, dont Londres n’avait ni anticipé la brutalité ni mesuré les conséquences".

Entre les deux pays, une relation désormais "purement transactionnelle" ?

L’ingratitude et la vulgarité de Donald Trump sur un sujet aussi grave que la bravoure et la loyauté d’un allié historique ont agi comme un déclic. Et si l’on discute encore dans les couloirs du pouvoir britannique pour savoir quel est le meilleur adjectif pour décrire la nature des dégâts, ils sont profonds. "Que la relation, qui était déjà dysfonctionnelle, se soit considérablement affaiblie, dégradée, voire brisée, toujours est-il qu’une rupture de confiance s’est produite", analyse Shashank Joshi, chercheur associé au département War Studies du King’s College à Londres. "Un mythe est brisé", abonde le diplomate Peter Ricketts, ancien représentant permanent du Royaume-Uni auprès de l'Otan et ancien conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre David Cameron. Selon lui, "une relation purement transactionnelle a remplacé les liens d’amitié".

Ce constat rejoint celui établi par le Premier ministre canadien Mark Carney, à Davos, dans un discours repris en boucle dans les médias britanniques : l’ordre mondial n’est plus garanti par les Etats-Unis, les anciennes règles ne s’appliquent plus, "c’est une rupture, pas une transition". Inutile de pleurer l’ancien monde, "la nostalgie n’est pas une stratégie".

Keir Starmer arrive à Pékin le 28 janvier 2026.
Keir Starmer arrive à Pékin le 28 janvier 2026.

Évidemment, pour le Royaume-Uni, qui a lié son destin à celui des Américains depuis plus de 80 ans, le découplage ne se fera pas du jour au lendemain, et sera même sélectif. Les experts estiment que l’interdépendance anglo-américaine continuera à exister en matière de renseignements, et plus précisément de signal intelligence (SIGINT), autrement dit le renseignement électronique et numérique, et les interceptions de communications via radars et satellites. "Dans ce domaine, il n’y a pas d’alternative réaliste, le Royaume-Uni devra gérer au mieux la relation", estiment Shashank Joshi et Lord Ricketts.

De même, l’aviation britannique restera, dans un premier temps au moins, largement liée à Washington : le Royaume-Uni s’est engagé dans le programme des F‑35 et F‑35A au moins jusque dans les années 2060. Cette dépendance s’étend enfin au domaine nucléaire : Londres ne dispose pas d’une autonomie complète sur son arsenal Trident, pilier de sa dissuasion stratégique. Les sous-marins et missiles qui la composent sont fournis par les États-Unis, rendant toute rupture totale impensable.

Ce constat n’empêche pourtant pas l’émergence d’une réflexion européenne inédite sur la dissuasion. En juillet 2025, Londres et Paris ont franchi un pas historique avec la déclaration de Northwood : pour la première fois, les deux pays ont explicitement acté la coordination de leurs forces nucléaires et affirmé qu’"aucune menace extrême pesant sur l’Europe ne resterait sans réponse". Un groupe de pilotage nucléaire conjoint a été mis en place, et la France a ouvert à Londres l’observation de ses exercices de dissuasion stratégique. Sans se substituer au parapluie américain, ce rapprochement franco-britannique esquisse les contours d’un pilier nucléaire européen plus crédible — et surtout plus autonome qu’hier.

Selon Shashank Joshi, il existe par ailleurs des domaines où le Royaume-Uni peut s’émanciper complètement des Etats-Unis, par exemple pour la fabrication de drones de combat avancé et d’armes complexes comme les missiles à longue portée. La France et le Royaume-Uni travaillent déjà ensemble sur le programme de missiles de croisière air-sol Scalp/Storm Shadow. "L’Italie, l’Allemagne, la Suède et le Japon sont aussi des partenaires militaires sérieux pour le Royaume-Uni", affirme l'expert du King's College. Mais tout ceci a un coût et il est élevé.

L'Union européenne, partenaire d'avenir pour Londres

L’incertitude du monde actuel, dominé par des superpuissances instables ou hostiles, rend particulièrement vulnérables les puissances moyennes comme le Royaume-Uni. Selon Lord Ricketts, il existe une planche de salut pour Londres et elle se nomme Europe : "la véritable relation spéciale du Royaume-Uni est avec l’Europe. Nous devons être plus ambitieux, en intégrant le marché unique et l’union douanière dans certains secteurs stratégiques." Selon cet ancien ambassadeur britannique à Paris, le Brexit s’est avéré une calamité au pire moment de l'Histoire, mais inutile de regretter le passé quand il faut réinventer l’avenir.

Cette inflexion n’est d’ailleurs plus théorique. En coulisses, Keir Starmer travaille déjà à un resserrement concret des liens de défense avec l’Union européenne. Selon The Observer, le Premier ministre pousse pour que le Royaume-Uni puisse rejoindre le fonds européen "Safe", doté de 150 milliards d’euros, destiné à financer des capacités militaires communes. Londres coopère étroitement avec Paris et Berlin afin de coordonner investissements, capacités et interopérabilité — Keir Starmer, Emmanuel Macron et le chancelier allemand Merz partagent d’ailleurs un groupe WhatsApp.

L’heure est donc aux choix structurels. Pendant des décennies, Londres a cru pouvoir arbitrer entre Washington et le continent, bénéficiant de la protection américaine tout en tenant l’Europe à distance. Ce monde n’existe plus. Le choc Trump n’en est pas la cause unique, mais il en est le révélateur brutal : la garantie américaine n’est ni inconditionnelle, ni prévisible. L’enjeu n’est donc plus seulement de diversifier les dépendances, mais de bâtir les fondations d’une autonomie stratégique crédible - militaire, industrielle et, à terme, nucléaire. Si le "derisking" et le "hedging" stratégiques - diversification des alliances, des équipements militaires, des partenariats industriels - sont devenus indispensables, ils ne sauraient constituer une stratégie à part entière : ils permettent de gagner du temps, non de bâtir une puissance.

C’est là que l’Europe s’impose, non comme un choix idéologique, mais comme une nécessité géopolitique. Comme l’écrit Martin Wolf, économiste et auteur de The Crisis of Democratic Capitalism (2023), l’Union européenne n’a désormais plus le choix : elle doit assumer la puissance. Sécuriser ses chaînes de production, protéger ses intérêts stratégiques, peser face aux empires : telle est sa nouvelle condition de survie.

Si l’Europe doit choisir la puissance, alors le Royaume-Uni doit choisir l’Europe. Non pas en effaçant le Brexit, mais en en corrigeant les impasses les plus coûteuses : coopération renforcée en matière de défense, intégration sectorielle du marché intérieur, politique industrielle conjointe sur les technologies critiques. L’alternative est simple : rester seul dans un monde de blocs, ou contribuer à en construire un. Car, comme le rappelait Churchill, il y a pire que de se battre avec ses alliés : c’est de se battre sans eux.

© via REUTERS

Donald Trump et Keir Starmer à Aylesbury, au Royaume-Uni, le 18 septembre 2025.

JO d'hiver 2026 : "Cet événement mondial nourrit le nationalisme de Giorgia Meloni"

6 février 2026 à 06:45

A Milan, l’heure est aux derniers réglages avant le coup d’envoi des Jeux d’hiver 2026. Ce vendredi 6 février, la cérémonie d’ouverture au stade San Siro doit offrir à l’Italie son moment de gloire. Mais contrairement à Emmanuel Macron et Anne Hidalgo qui étaient médiatiquement omniprésents dans les préparatifs des Jeux 2024, jusqu’à une baignade très commentée dans la Seine pour la maire de Paris, Giorgia Meloni a, elle, choisi une toute autre posture : se tenir à distance de ce récit narratif. Pour Marc Lazar, professeur émérite d’histoire et de sociologie politique à Sciences Po et à l’université LUISS à Rome, la présidente du Conseil italien se manifestera lorsque les caméras du monde entier seront braquées sur la Botte. De quoi "renforcer sa crédibilité internationale" à l’aube des élections parlementaires italiennes de 2027.

L'Express : Que représentent les Jeux d’hiver 2026 dans la stratégie politique de Giorgia Meloni ?

Marc Lazar : Ils ne sont que bénéfiques. Ce n’est pas elle qui a décidé de les organiser puisqu'elle n’était pas au pouvoir à l’époque. Mais ils s’inscrivent dans la politique qu’elle mène depuis 2022 et dans ce qu’elle appelle la fierté italienne et le Made in Italy. Bien sûr, il y a l’enjeu économique, mais aussi l’idée que l’Italie est capable d’organiser un événement de cette ampleur. Elle l’a d’ailleurs annoncé après son arrivée au pouvoir : ces Jeux doivent montrer le rayonnement du pays, la réussite italienne. Ils nourrissent le nationalisme de Meloni, qu’elle présente comme non agressif.

D’autre part, il y a une dimension plus personnelle : elle sera présente à la cérémonie d’ouverture et cherchera à attirer l’attention. Elle saura très bien le faire puisque c’est une excellente communicante. A travers cela, son objectif est de renforcer sa crédibilité sur la scène internationale. Elle va serrer des mains, accueillir des responsables étrangers, prendre des selfies avec les athlètes médaillés, être en bas des pistes avec des vêtements très distingués. Quelqu’un au Canada, par exemple, qui ne s’intéresse pas à l’Italie, va regarder la cérémonie, voir les athlètes, et se demander : "qui est cette petite dame blonde ?" Et on lui répondra : "c’est la présidente du Conseil italien."

Cela ne m’étonnerait pas qu’elle profite de la cérémonie pour dire que depuis 2022, grâce à elle, l’Italie fait entendre sa voix. Lorsqu’elle est arrivée au pouvoir, il y avait justement beaucoup de réticence en raison de son passé, de sa trajectoire politique et de ce qu’elle disait contre l’Europe et l’euro jusqu’en 2019-2020. Puis elle s’est intéressée à l’international. Au cours de sa première année au pouvoir, j’ai recensé près de 37 voyages à l’étranger, sans compter les allers-retours entre Rome et Bruxelles. Il ne faut pas oublier que l’Italie votera en 2027. Si l'événement est réussi, elle pourra dire l’année prochaine : "Regardez tout ce que j’ai fait."

Plutôt que de s’adresser aux dirigeants étrangers, l’enjeu principal pour elle est donc de convaincre les Italiens avant l’échéance de 2027 ?

Les deux. Pour la crédibilité internationale : "Je suis votre égal", "je vous accueille". Et auprès des Italiens : "Vous voyez, grâce à moi, l’Italie est respectée". On pourrait presque dire : "Make Italy Great again." Elle a même créé cette formule récemment : "Make the West great again." Reconstruire un Occident fort, dans lequel la relation avec les Etats-Unis est essentielle.

Elle a paradoxalement été quasiment absente des préparatifs des Jeux. Est-ce un fait ou une perception médiatique ?

C’est un fait, elle a d’autres sujets de préoccupation actuellement, justement parce qu'elle a 2027 en ligne de mire. Sa coalition soutient un référendum sur la justice [les Italiens se prononceront fin mars sur une réforme constitutionnelle visant notamment une stricte séparation des carrières de juge et de procureur, NDLR].

L’ordre public est également l’une des préoccupations principales du gouvernement. Une manifestation est attendue à Milan pour protester contre la présence de l’ICE [le service de l'immigration et des douanes des Etats-Unis, NDLR] pour sécuriser les Jeux. Le ministre de l’Intérieur s’est expliqué devant la Chambre des députés en disant qu’il ne fallait pas s’inquiéter. Il a dû communiquer parce qu'il y a une réelle inquiétude : ce qu’il s’est passé aux Etats-Unis [deux citoyens abattus par des agents de l’ICE, NDLR] a marqué les Européens. Le sentiment anti-trumpien existe réellement en Italie, même s’il est moins fort qu’en France. Le gouvernement a peur que cela dégénère. En plus, il y a quelques jours, une manifestation à Turin s’est conclue par de terribles violences de la part de black blocs et de groupes anarchistes. Il a donc peur qu’à Milan, des groupes ultra-violents affrontent les forces de l’ordre et que l’Italie laisse une mauvaise image. Mais à partir de la cérémonie, Meloni fera tout pour capter l’attention. Même si elle n’a rien fait directement - l’organisation relève de Milan, du comité olympique italien, etc-, elle essaiera de rafler la mise.

La ville de Milan, hôte de ces Jeux, est dirigée par Giuseppe Sala, un maire de centre gauche. Cela explique-t-il le retrait de Meloni ?

Il faut effectivement tenir compte d’un point non négligeable : cet événement ne se déroule pas à Rome. En Italie, cette dimension locale est importante : il y a une rivalité entre ces deux villes. Or, Meloni est romaine : sa façon de parler et son accent sont immédiatement identifiables. Mais elle ne joue pas de cette dualité, au contraire. En tant que cheffe du gouvernement, elle va insister sur la dimension nationale : elle est nationaliste, a été néofasciste et ne s’en est jamais cachée.

Pour elle, outre cette rivalité, c’est la dimension politique qui prime : Milan est dirigée par le centre gauche. C’est une vraie capitale européenne, notamment en ce qui concerne l’économie ou la mode, ce qui n’est pas le cas de Rome. Le maire tient ainsi à montrer que c’est bien Milan qui organise les Jeux. Il a immédiatement dit, lorsqu’il a appris la venue de représentants de l’ICE, que leur présence était intolérable dans sa ville. Meloni a tout de suite répliqué en s’étonnant de ceux qui protestent contre des forces de sécurité, tout en demandant aux Etats-Unis de nous protéger. Leur rivalité est clairement exposée. Il est également possible qu’elle ne veuille pas mettre Milan en avant, pour ne pas "servir la soupe" au maire qui, lui, va faire en sorte de placer la ville au premier plan. Si Milan avait été dirigée par quelqu’un de son camp, je suis sûr qu’elle lui aurait donné cette visibilité. La ville étant de centre gauche, elle préfère insister sur la dimension nationale.

L’ombre des Etats-Unis et de l’ICE plane justement sur ces Jeux olympiques. Que cela révèle-t-il de la stratégie internationale de Giorgia Meloni ?

Elle se présente comme une passerelle entre l’Europe et les Etats-Unis, avec l’administration Trump. Elle veut être de son côté. Déjà, puisqu’elle est proche politiquement et idéologiquement de lui, même si cette administration la met en grande difficulté sur la guerre en Ukraine et les droits de douane. Mais également, puisque historiquement, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Italie se veut être le meilleur allié des Etats-Unis. Elle n’est pas sur la position française de distance critique depuis 1958 et de Gaulle. Les médias italiens ont d’ailleurs annoncé qu’il y aurait peut-être une rencontre avec J.D. Vance. Elle a un très bon rapport personnel avec lui. Ils se sont entretenus très chaleureusement, avec des déclarations d’estime et d’affection. Elle fait tout de même attention à ne pas totalement s’aligner sur leurs positions puisqu’un sentiment anti-Trump se développe dans le pays, et même dans son électorat. Dans le fameux discours de Vance du 14 février 2025, qui avait stupéfié beaucoup de dirigeants européens, elle avait dit qu’elle partageait une partie de ses propos sur la démocratie "étouffée" en Europe. Les Jeux sont un excellent prétexte pour se rapprocher des Etats-Unis.

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La Première ministre italienne Giorgia Meloni attend devant le palais Chigi, à Rome, en Italie, le 5 février 2026.

"Un tyran et un traître" : quand Elon Musk invective le Premier ministre espagnol

5 février 2026 à 18:55

Connu pour sa propension à l'escalade oratoire, essentiellement via son réseau X, Elon Musk s'est montré fidèle à sa réputation mardi en insultant à plusieurs reprises Pedro Sanchez, le Premier ministre espagnol. Il a, dans un premier post sur X, écrit que "Dirty Sanchez [une référence scatologique] était un tyran et un traître aux Espagnols", avant de récidiver une heure et demie plus tard : "Sánchez est le véritable totalitaire fasciste", s'emportait-il. L'objet de son courroux tient à l'annonce du chef de gouvernement espagnol d'interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, et à sa volonté de tenir les entreprises de la tech pour responsables des contenus haineux qu'elles publient. "Nos enfants sont exposés à un espace qu'ils ne devraient jamais avoir à explorer seuls... Nous ne l'accepterons plus, a déclaré M. Sanchez lors du Sommet mondial des gouvernements à Dubaï. Nous les protégerons du Far West numérique", rapporte Reuters.

5 millions de comptes fermés en Australie

Dans sa croisade contre le chef du gouvernement ibérique, Elon Musk a pu compter sur le concours de Pavel Durov. Le fondateur de Telegram voit lui aussi dans cette volonté de protéger enfants et adolescents des plateformes une dérive... totalitaire : "Ce ne sont pas des mesures de protection, mais des étapes vers un contrôle total. Nous avons déjà vu ce scénario auparavant : les gouvernements utilisent la "sécurité" comme arme pour censurer les critiques", a-t-il écrit sur Telegram. La joute n'en est pas resté là, puisque Sanchez a déclaré ce jeudi : "La démocratie ne sera évidemment pas influencée par les oligarques de l'algorithme. Hier encore, ils se sont adressés à des millions de personnes via leurs plateformes pour répandre des mensonges."

L'Espagne est le dernier pays d'une liste qui ne cesse de s'allonger. A la suite de la décision de l'Australie en décembre de bannir les réseaux sociaux aux moins de 16 ans – 5 millions de comptes appartenant à des adolescents ont été désactivés dans les semaines qui ont suivi l'entrée en vigueur de l'interdiction – d'autres pays prévoient d'en faire autant, notamment en Europe. C'est le cas de la France, où une proposition de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans a été adoptée par les députés le 26 janvier. La Grèce, le Royaume-Uni, le Danemark envisagent de se doter de législations similaires.

Les dérives de Grok

L'explosion récente des contenus générés par l'IA et le tollé suscité par les informations selon lesquelles le chatbot Grok AI d'Elon Musk aurait généré des images à caractère sexuel non consenties, notamment de mineurs, semble avoir servi de détonateur pour les responsables politiques. A Paris, les locaux de X ont été perquisitionnés le 3 février, la justice française annonçant vouloir entendre Elon Musk ainsi que Linda Yaccarino, son ancienne directrice générale, dans le cadre d'une enquête sur le non-respect de la législation française, portant notamment sur Grok. Elon Musk, évidemment, a riposté en parlant sur X "d'une attaque politique" et d'un "acte judiciaire abusif". En Espagne, Pedro Sanchez a lui aussi déclaré que les procureurs allaient étudier les moyens d'enquêter sur d'éventuelles infractions légales commises par Grok, ainsi que par TikTok et Instagram.

Les annonces de Pedro Sanchez, en tout état de cause, devraient recueillir l'assentiment de ses concitoyens. Selon un sondage Ipsos sur l'éducation publié en août dernier et mené dans 30 pays, environ 82 % des Espagnols estiment que les enfants de moins de 14 ans devraient être interdits d'accès aux réseaux sociaux. Ce chiffre était de 73 % en 2024.

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Le Premier ministre Pedro Sanchez est l'objet du courroux du patron de X.

Royaume-Uni : Amelia, une collégienne virtuelle devenue icône de la haine

5 février 2026 à 18:08

Carré violet, style "gothique", et drapeau sur les épaules, Amelia est écolière. Elle est aussi raciste, nationaliste, et surtout, elle n’existe pas. Comme "icône" de sa "résistance", l’extrême droite anglaise s’est choisie une intelligence artificielle, dérivée d’un personnage imaginé pour les enfants.

Tout commence par un jeu vidéo destiné aux 13-18 ans : Pathways - traduisez : chemins -. Un "kit pédagogique interactif", financé par le gouvernement britannique, dans l'ambition d'apprendre aux jeunes à reconnaître "l’extrémisme et la radicalité" en ligne.

Raciste, homophobe et ultra-sexualisée

Amelia y a le mauvais rôle, accusant par exemple les "immigrés de venir au Royaume-Uni pour prendre notre travail", ou encourageant ses camarades à rejoindre des groupuscules identitaires. Selon le journal britannique The Guardian, certains scénarios simulés dans le jeu donnent lieu à un signalement dans le cadre du programme antiterroriste gouvernemental "Prevent".

De quoi piquer l’extrême droite locale qui s’est rapidement emparée du personnage. Grâce à l’intelligence artificielle, des internautes la mettent en scène sous diverses formes. Manga, Wallace et Gromit, dessin animé, ou personnage ultra-réaliste - ou du moins, autant que l’IA puisse l’être -. Qu’importe l’univers, une chose ne change pas : attablée dans un pub, Amelia professe son amour pour l’Angleterre, la bière, les fish and chips tout en éructant son racisme, son homophobie et son complotisme. "Sadiq Khan, on est a Londres ici, pas en Afghanistan, ni dans Star Wars", peut-on entendre sur l'une des nombreuses vidéos postées. Dans des publications qui cumulent des millions de vues, des utilisateurs n’hésitent pas à exploiter l’IA pour appeler au soulèvement, violenter des élus, prendre le contrôle des armées et des institutions.

Autre fait notable, les représentations d’Amelia, lycéenne mineure, ont très rapidement été ultra-sexualisées. Une dérive dont ne s’étonne pas Siddharth Venkataramakrishnan, analyste à l’Institute for Strategic Dialogue, qui pointe l’emballement d’une droite dissidente. "Tout un écosystème s’y est attaché. De toute évidence, l’imagerie sexualisée y joue un rôle clef. Le public cible est presque exclusivement composé de jeunes hommes."

Une "monétisation de la haine"

Et l'avatar dépasse les frontières, parfois repris sous un autre nom comme "Victoire" pour l'Hexagone. Depuis la fin du mois de janvier, les dérivés d’Amelia pullulent sur les réseaux sociaux. Allemagne, Australie, France, personne ne semble pouvoir lui échapper… Au point de devenir un phénomène économique.

Selon les analyses de Peryton Intelligence - spécialiste en surveillance de la désinformation - relayées par le Guardian, la quantité de posts mentionnant Amelia est passée d’une moyenne de 500 par jour - à ses débuts - à environ 10 000 depuis le 15 janvier. Le 21 janvier, l’agence a recensé une explosion des contenus : plus de 11 000 posts sur X uniquement.

Un engouement virtuel qui n’a pas échappé aux plus opportunistes, donnant ainsi naissance à une cryptomonnaie d’Amelia. Echo international dont Elon Musk - son adhésion aux idéologies radicales ne laisse plus l’ombre d’un doute - a lui-même fait la promotion.

Elon Musk is posting Amelia memes

Britain will be saved 🇬🇧 pic.twitter.com/8esKWr5Ib5

— Basil the Great (@BasilTheGreat) January 22, 2026

"Ce à quoi nous assistons, c’est la monétisation de la haine", a déploré dans les colonnes du Guardian, Matteo Bergamini, fondateur et PDG de Shout Out UK, entité à l’origine du jeu vidéo. Et le chef d’entreprise ne cache pas sa surprise : "nous avons vu des groupes Telegram échanger des messages en chinois au sujet de la cryptomonnaie et discuter de la manière de gonfler artificiellement sa valeur, ce qui permet de gagner beaucoup d’argent". Une tournure d’événement dont se désole Matteo Bergamini qui assure que, malgré la polémique, Shout Out UK continue de recevoir les retours positifs des milieux scolaires.

Selon le ministère de l’Intérieur britannique, le programme Prevent a permis de détourner près de 6 000 personnes des idéologies violentes.

© X

Capture d’écran d’une image d’Amelia générée par intelligence artificielle sur X.

Menace russe : quand un wargame souligne les failles de l'Otan et de l'Europe

5 février 2026 à 16:54

Mardi 27 octobre 2026, 6h47. A Berlin, une certaine fébrilité gagne la chancellerie face aux nouvelles préoccupantes venues de l'Est, et notamment de Lituanie, pays membre de l'Otan et de l'Union européenne. Vilnius soupçonne la présence de forces spéciales russes sur son territoire – les jours précédents, des camions venus de Russie sans marques extérieures ont franchi sa frontière ; des milliers de soldats russes y sont par ailleurs massés. Des vidéos falsifiées circulent sur les réseaux sociaux, mettant en cause les soldats d'une brigade de la Bundeswehr présente sur place. Puis le Kremlin, au prétexte d'une crise humanitaire dans l'exclave russe de Kaliningrad, frontalière de la Lituanie, envoie ses troupes s'emparer de Marijampole, ville lituanienne charnière.

Les Etats-Unis n'y voient pas matière à mettre en œuvre l'article 5 de l'Otan, qui stipule la solidarité de chaque pays membre face à une attaque menée contre l'un d'eux, puisqu'il s'agit d'une crise humanitaire ; les autorités allemandes, elles, se perdent en consultation avec les Länder. Les Polonais décrètent la mobilisation générale mais n'envoient pas de troupes en Lituanie, tandis que la brigade allemande présente sur place n'intervient pas, en partie parce que la Russie a utilisé des drones pour poser des mines sur les routes menant à sa base... Avec 15 000 hommes, les Russes ont réussi à s'emparer d'une ville européenne stratégique en quelques jours.

"Nous savions que l'Allemagne hésiterait"

Ce scénario est celui qui est ressorti d'un wargame, une simulation de guerre, lancé par le journal allemand Die Welt en décembre et dont les résultats viennent d'être publiés. Y prenaient part d'anciens décideurs et militaires, des politiciens et des experts, dont Peter Tauber, ancien secrétaire général de la CDU, dans le rôle du chancelier fédéral, et Alexander Gabuev, expert politique, dans celui du président russe. Le point de départ n'a rien d'improbable tant l'exclave de Kaliningrad fait figure de zone névralgique en Europe de l'est.

Dans le Wall Street Journal, le contre-amiral Giedrius Premeneckas, chef d'état-major de la défense lituanienne, a émis des réserves quant à la possibilité d'un tel scénario, estimant que les forces armées lituaniennes – 17 000 soldats en temps de paix et 58 000 après mobilisation – auraient été en mesure à elles seules de faire face à une menace russe limitée à Marijampole. La Russie elle-même aurait fort à perdre, selon le haut-gradé : "L'Otan doit lui dire très clairement que si elle le fait, elle perdra Kaliningrad."

L'un des principaux enseignements du wargame, c'est à quel point Moscou pourrait exploiter les faiblesses de l'Allemagne, la plaque tournante de l'Otan : son fédéralisme, qui oblige les ministères à se coordonner avec les Länder dans son processus de prise de décision, mais aussi la trop grande prudence de ses dirigeants. "La dissuasion ne dépend pas seulement des capacités propres, mais aussi de comment l'ennemi évalue notre volonté, et dans le jeu de guerre, mes "collègues russes" et moi savions que l'Allemagne hésiterait. Et cela suffisait pour gagner", a déclaré Franz-Stefan Gady, analyste militaire basé à Vienne qui jouait le rôle du chef d'état-major russe. Thomas Zimmermann, chef de service au ministère de la Défense allemand, estimait pour sa part qu'un problème majeur de la Bundeswehr résidait dans son empreinte électronique : les trop nombreux signaux envoyés par ses troupes, par radio, par faisceau hertzien ou par satellite, en faisaient une cible pour la Russie, car ils révélaient leurs positions.

200 000 soldats russes aguerris mobilisables

De nombreux experts se sont accordés au cours des mois passés pour évoquer une menace russe de plus en plus concrète, ainsi que la possibilité qu'elle s'en prenne à un pays de l'Otan, afin de redevenir la puissance dominante en Europe. "Pour atteindre cet objectif, la Russie n'hésitera pas, si nécessaire, à entrer en conflit militaire direct avec l'Otan", a déclaré Martin Jäger, chef des services secrets allemands, en octobre dernier. Certains se rassurent en observant la lenteur des avancées russes en Ukraine, à l'image du président finlandais Alexander Stubb. "Poutine a échoué dans pratiquement tout ce qu'il a entrepris. Il n'a même pas tenté de s'attaquer à l'Otan parce qu'il ne réussit pas en Ukraine. Il ne faut donc pas surestimer les capacités russes." La Russie recrute quelque 35 000 nouveaux soldats par mois, mais en perd environ 30 000 sur la même durée sur les champs de bataille ukrainiens. Toutefois, certains responsables européens et analystes en matière de sécurité affirment que l'armée russe pourrait mobiliser jusqu'à 200 000 soldats aguerris en se contentant de gérer le front en Ukraine, plutôt que de continuer à attaquer. Et les déplacer à sa guise. A la frontière lituanienne, par exemple.

© Adrien Vautier/Le Pictorium/Maxppp

A l'initiative du journal allemand "Die Welt", une simulation de jeu de guerre a révélé comment les troupes du Kremlin pourraient s'infiltrer en Lituanie. (Illustration)

Un "fichage" des professeurs de gauche ? Ce questionnaire qui fait polémique en Italie

29 janvier 2026 à 11:35

L'affaire révolte une partie du monde enseignant de l'autre côté des Alpes. En Italie, les élèves de plusieurs lycées ont été invités à répondre à une enquête sur leur quotidien en cours, distribuée via des tracts durant le mois de janvier. Un QR code, visible sur ces imprimés, les guidait alors vers une série de questions. Leur contenu, relevant de thématiques politiques, fait aujourd'hui polémique. "Avez-vous un ou plusieurs professeurs de gauche qui diffusent de la propagande en cours ?", interroge ainsi la consultation.

Une formulation qui interpelle nombre d'acteurs du monde éducatif dans le pays, alors que la liberté d'enseignement est inscrite dans la Constitution italienne. Si l'épisode fait autant réagir, c'est avant tout en raison de son origine. En effet, ces tracts ont été élaborés par l'Azione Studentesca, une organisation étudiante d'extrême droite, aujourd'hui proche de Fratelli d'Italia, le parti de la Première ministre italienne Giorgia Meloni.

L'opposition de gauche indignée

Syndicats, professeurs, opposition politique... Après la révélation de ce questionnaire, la presse italienne s'est fait l'écho de nombreuses critiques contre la démarche des militants qui l'ont diffusé dans plusieurs lycées du pays. "Profiler les enseignants de gauche est du fascisme : Giorgia Meloni devrait prendre ses distances", a ainsi tonné le chef de file du Parti démocrate (centre gauche) au Sénat, Francesco Boccia, selon des propos rapportés par Avvenire. "Ce que sont en train de faire les jeunes de Fratelli d’Italia nous rappelle les périodes les plus sombres de notre histoire", s'est pour sa part indigné dans le Corriere della Sera le député AVS (gauche) Angelo Bonelli.

Les détracteurs de l'enquête réalisée auprès des élèves pointent le nombre de précisions demandées dans ce questionnaire pour faire remonter les cas de professeurs "de gauche" qui diffuseraient de "la propagande politique" en classe. Pour eux, la méthode employée pourrait s'apparenter à une forme de "fichage" politique. Certes, aucun nom précis d'enseignant incriminé n'est exigé par l'Azione Studentesca. En revanche, les lycéens sont invités à renseigner la ville et l'établissement où évoluent les professionnels concernés. Ils ont aussi la possibilité d'expliquer en détail la façon dont ils estiment que leurs professeurs diffuseraient des idées de gauche lors de ses heures de cours. Tant d'éléments, qui, assemblés, pourraient faciliter une identification de certains d'entre eux.

"Je ne me suis jamais livré à de la propagande politique"

En réaction à cette enquête, plusieurs responsables politiques ont déposé plainte dans la région du Frioul-Vénétie Julienne pour engager des poursuites en justice dans cette affaire. La secrétaire générale de Cisl Scuola, l'un des principaux syndicats enseignants en Italie, a également annoncé son souhait de saisir les tribunaux, qualifiant la situation d'"extrêmement grave". "Nous sommes une fois de plus contraints de réfuter ces accusations mensongères", a répondu Riccardo Ponzio, le président de l'organisation de jeunesse, dans un communiqué. "En réalité, aucun nom ni prénom n'est apparu dans les réponses à une question concernant la propagande de professeurs de gauche dans les établissements scolaires, question qui faisait partie d'un questionnaire anonyme plus large sur l'état de l'éducation en Italie."

Dans la ville de Pordenone, où les tracts en question ont été relayés, la polémique a conduit les enseignants à se justifier sur leur manière de donner cours. "Je suis très critique envers le gouvernement Meloni", a développé, auprès du média local Pordenone Today, Paolo Venti, un des professeurs ayant dénoncé l'initiative de l'Azione Studentesca. "Quand je m'exprime, je m'exprime en tant qu'homme de gauche, avec mes propres idées, mes propres analyses. (...) J'ai donc abordé des sujets politiques en classe, car il n'y a pas d'autre solution, mais je ne me suis jamais livré à de la propagande politique, car je n'ai jamais cherché à convaincre qui que ce soit." L'enseignant affirme ainsi que des nombreux élèves "de droite" et en désaccord avec ses opinions quittent régulièrement sa salle de classe. "Je n'ai jamais cherché à les faire changer d'avis", jure-t-il.

Confronté à ce débat éruptif, le gouvernement a choisi d'afficher un certain détachement à l'égard du dossier. Giorgia Meloni, directement pointée du doigt par certains opposants politiques, n'a pas réagi à ces mises en cause. "D'après les informations dont nous disposons pour le moment, il s'agit d'une initiative indépendante menée par plusieurs élèves, qui auraient réalisé une sorte de sondage anonyme", a tenté de dédramatiser la sous-secrétaire à l'Éducation, Paola Frassinetti, auprès du Corriere della Sera. "Compte tenu de l'anonymat, il ne s'agit ni d'un fichage ni d'une mise à l'écart, mais plutôt d'une initiative similaire à d'autres, reflétant des sensibilités et des positions politiques différentes." Le ministère de l'Éducation a toutefois ouvert une enquête sur le sujet.

© REUTERS/Vincenzo Livieri

Ukraine : de Macron à Meloni, l'idée de discussions directes avec Moscou refait surface en Europe

5 février 2026 à 13:52

Les dirigeants européens ne sont pas encore tous alignés, mais l'idée devient prégnante en ce début 2026. Alors que la guerre en Ukraine dure depuis bientôt quatre ans, la reprise d'un dialogue avec le président russe Vladimir Poutine est de plus en plus évoquée. Un revirement alors que jusqu'à présent les Vingt-Sept ont été plutôt tenus à l'écart des discussions directes dans les négociations de paix menées principalement par les États-Unis, sous la gouvernance de Donald Trump.

"Parler d'une seule voix"

Ce mercredi 4 février, dans deux interviews distinctes accordées au site d'information Euronews, la Première ministre lettonne, Evika Siliņa, et le président estonien, Alar Karis, ont ainsi appelé à des discussions directes avec la Russie. Les deux dirigeants plaident pour que l'Union européenne nomme un envoyé spécial pour rouvrir les canaux diplomatiques avec la Russie, dans le cadre des négociations en cours pour mettre fin à la guerre en Ukraine. "Nous devons être à la table des négociations parce que les Ukrainiens eux-mêmes ont commencé à négocier. Alors pourquoi les Européens ne négocieraient-ils pas ?", a déclaré la Première ministre lettone en marge du Sommet mondial des gouvernements à Dubaï, faisant référence aux négociations entre Kiev et Moscou par l'intermédiaire de Washington à Abou Dhabi, mais sans Européens. "Il y a quelques années, nous étions dans une position où nous ne parlions pas avec les agresseurs, et maintenant, nous sommes inquiets de ne pas être à la table", a relevé de son côté Alar Karis.

Deux semaines plus tôt, la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni avait évoqué la même idée lors de sa conférence de presse de rentrée, suggérant déjà la nomination d'un envoyé spécial de l'UE pour l'Ukraine, en vue de cette reprise éventuelle d'un dialogue avec Moscou. Cela "permettrait de faire la synthèse, de parler d'une seule voix" car "depuis le début des négociations, de nombreuses voix parlent, de nombreux formats existent", avait alors justifié la dirigeante italienne. Fin janvier, le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel a lui aussi rejoint l'appel à renouer le contact avec la Russie.

L'Allemagne pas favorable

A l'instar de la dirigeante italienne, le président français Emmanuel Macron s'est également dit favorable à l'idée dès la fin 2025. Le 19 décembre, à l'issue d'un sommet à Bruxelles où l'Union européenne a trouvé un accord pour débloquer 90 milliards d'euros pour soutenir Kiev, le président avait déjà ouvert la porte à ces négociations, estimant qu'il allait "redevenir utile de parler" à son homologue russe, après près de six mois sans communication. Ce mardi, il a assuré que des choses étaient en train de se mettre en place, avec "des discussions en cours au niveau technique", précisant qu'une telle action se faisait en concertation avec la présidence ukrainienne. Selon des informations de L'Express, le conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron, Emmanuel Bonne, s’est d'ailleurs rendu discrètement à Moscou, ce 3 février, pour y rencontrer son homologue du Kremlin Iouri Ouchakov.

L'idée ne fait toutefois pas l'unanimité. La semaine dernière, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a tenté de balayer toute tentative. "Nous ne pouvons pas demander à la Russie de nous parler", a-t-elle déclaré à l'issue d'une réunion des ministres des affaires étrangères à Bruxelles, ajoutant que Vladimir Poutine devait d'abord faire des concessions, tout comme les Etats-Unis demandent à l'Ukraine des concessions "assez fortes".

Sur la même ligne, l'Allemagne n'est pas favorable à la réouverture des canaux diplomatiques avec Vladimir Poutine, estimant que les exigences de la Russie sont "maximalistes" pour mettre fin à la guerre. "Nous soutenons des discussions directes entre la Russie et l'Ukraine au plus haut niveau car il ne peut y avoir de paix juste et durable sans la participation de l'Ukraine", a déclaré à Euronews un porte-parole du ministère fédéral des affaires étrangères de l'Allemagne. "Malheureusement, nous n'avons vu aucun changement dans la position de la Russie jusqu'à présent : la Russie continue de répéter des exigences maximalistes et ne montre aucune volonté réelle de négocier alors qu'elle poursuit ses attaques brutales contre l'infrastructure énergétique ukrainienne et d'autres cibles civiles."

© REUTERS

Emmanuel Macron à l'Elysée, le 5 février 2026.

Affaire Epstein : pourquoi Keir Starmer se retrouve dans la tourmente

5 février 2026 à 15:41

Les nouvelles révélations dans l'affaire Epstein, dont trois millions de documents ont été publiés par le ministère de la Justice américain le 30 janvier dernier, pourraient-elles coûter son poste au Premier ministre britannique Keir Starmer ? Si ce dernier n'est pas nommé dans l'affaire, c'est sa décision de choisir Peter Mandelson, ami du prédateur sexuel mort dans une prison de New York en 2019, comme ambassadeur à Washington, qui cristallise la colère de la majorité de la classe politique britannique.

Enquête criminelle ouverte

Déjà cité dans les premières publications de documents (5 600 fois au total), Peter Mandelson, ancien ministre de Tony Blair et Gordon Brown, avait été limogé de son poste de diplomate à Washington dès le mois de septembre 2025. Mais cette fois, dans les nouvelles publications de documents outre-Atlantique, c'est la transmission d'informations financières sensibles, voire confidentielles, de Peter Mandelson à Jeffrey Epstein alors qu'il était au gouvernement (entre 2008 et 2010), qui préoccupe l'Angleterre. D’après les dossiers publiés, Peter Mandelson est allé jusqu’à partager des documents internes au gouvernement britannique, susceptibles d'influer sur les marchés financiers. La police londonienne a d'ailleurs ouvert mardi une enquête criminelle visant l'ancien diplomate, "pour des infractions liées à une faute dans l'exercice d'une fonction officielle", a-t-elle annoncé dans un communiqué de presse.

La classe politique, y compris le camp travailliste dont le Premier ministre est issu, est d'autant plus en colère que ce mercredi 4 février, lors d'une séance de questions au gouvernement au Parlement, Keir Starmer a confirmé pour la première fois qu’il avait eu connaissance de la relation à long terme de Peter Mandelson avec Jeffrey Epstein avant de le nommer ambassadeur aux États-Unis en 2024, affirmant toutefois que l’ancien diplomate avait "menti à plusieurs reprises" sur la profondeur de sa relation avec le délinquant sexuel. "Peter Mandelson a menti au Premier ministre, il a caché des informations qui ont depuis été révélées et a présenté Jeffrey Epstein comme quelqu'un qu'il connaissait à peine", a déclaré une source de Downing Street auprès du Guardian.

"Nous pensions qu’il avait été un ministre des Entreprises efficace du gouvernement de Gordon Brown ; il a également été un commissaire européen au commerce exemplaire. C’est un homme politique talentueux et nous étions convaincus que ses compétences seraient un atout précieux pour notre pays, dans un contexte délicat pour les relations avec les Etats-Unis", a essayé de justifier Wes Streeting, le ministre de la Santé britannique, mercredi, sur la chaîne de radio publique BBC. Malgré les tentatives d'explication et de justification, le gouvernement de Keir Starmer n'a pas réussi à faire retomber la colère et semble sur la sellette.

"Confiance érodée"

Aujourd'hui, de nombreux élus des deux camps se questionnent sur les circonstances de la nomination de Peter Mandelson au poste le plus prestigieux de la diplomatie britannique, et interrogent le processus de vérification de Downing Street. L'opposition conservatrice somme ainsi le chef du gouvernement de publier tous les documents liés à la nomination de Peter Mandelson et aux conditions de sa révocation. Sous peine de censure. Mercredi en fin de journée, le Premier ministre britannique a fini par céder et a renoncé à contrôler la publication des documents relatifs à la nomination de ce dernier. Une commission parlementaire pourra consulter l'intégralité des dossiers, indique le Washington Post.

Fait rare dans l'hémicycle britannique, la cacophonie a laissé place à une étrange harmonie, dirigée contre le Premier ministre et son cabinet mercredi. Déjà impopulaire après plus d'un an de gouvernance sans éclat, le chef du gouvernement désormais éclaboussé par le scandale Epstein pourrait bel et bien chuter dans les jours à venir. Les députés travaillistes ont d'ores et déjà averti que les jours de Keir Starmer en tant que Premier ministre étaient comptés. "La confiance est terminée. Je ne suis personnellement pas sûr de pouvoir soutenir le Premier ministre lors d’un vote de confiance", a soufflé l'un d'entre eux auprès du Guardian.

Ce jeudi, Keir Starmer a présenté ses excuses aux victimes de Jeffrey Epstein jeudi et a déclaré qu'il regrettait d'avoir nommé Peter Mandelson ambassadeur. "On savait depuis un certain temps que Mandelson connaissait Epstein, mais aucun d'entre nous ne connaissait la profondeur et la noirceur de cette relation", a-t-il de nouveau assuré, face à la presse. Et de s'adresser aux victimes : "Je suis désolé. Désolé de ce qui vous a été fait, désolé que tant de personnes au pouvoir vous aient laissé tomber, désolé d'avoir cru aux mensonges de Mandelson et de l'avoir nommé". Pas sûr que la publication des documents relatifs à la nomination de Peter Mandelson ne suffise à apaiser le Parlement, favorable mercredi soir à un "départ à zéro".

© via REUTERS

Le Premier ministre Keir Starmer lors d'une séance de questions au gouvernement mercredi 4 février.

Fiscalité sur les legs et les héritages : et si la France s'inspirait du modèle italien ?

5 février 2026 à 12:00

Serait-il plus simple d’aller sur la planète Mars que de réformer la France ? Tout politique français, même le moins aguerri, sait que curseur bougé rime avec levée de boucliers. Notre système de retraite est probablement celui qui aura le plus pâti de cette sempiternelle satisfaction du statu quo. Et encore : la dernière réforme remonte à 2023 - voire 2014 si l’on considère le gel du décalage de l’âge de départ à la retraite voté dans le dernier budget - là où la taxation des héritages n’a pas été repensée depuis… plus d’un siècle ! Certes, des ajustements ponctuels ont été réalisés et des propositions ont été faites, y compris récemment lors de l’examen du projet de loi de finances 2026. Reste qu’aucune réforme structurelle n’a été conduite depuis le troc du barème proportionnel pour un barème progressif en 1901.

Pourtant, "le système français reste inégalitaire, punitif pour les héritiers éloignés et peu lisible", déplore Victor Fouquet, conseiller fiscal au Sénat, dans une note pour l’Institut Thomas More. Alors, pourquoi la France s’en satisfait-elle ? D’autant qu’il existe, non loin de chez elle, des modèles plus performants. Comme en Italie, où après avoir été supprimé, l’impôt sur les héritages et les legs a été réintroduit sous la forme d’une flat tax. Loin du débat traditionnel qui voit s’opposer les partisans d’une abrogation totale de l'impôt sur l'héritage et ceux de son augmentation, le spécialiste en fiscalité et en analyse économique du droit, Victor Fouquet, montre qu’il existe une troisième voie, plus pertinente. Entretien.

L’Express : "L’héritage réduit les inégalités patrimoniales, tandis que la taxation de l’héritage les accroît", écrivez-vous. Que cache ce surprenant paradoxe ?

Victor Fouquet : La littérature empirique montre que, à eux seuls, les héritages réduisent les inégalités patrimoniales. La raison est simple : en proportion de leur patrimoine préexistant, et même si les montants sont moins importants, les plus pauvres reçoivent davantage que les plus riches. Les successions et donations ont donc pour effet immédiat de diminuer les inégalités relatives. Cet effet égalisateur s’estompe néanmoins au fil du temps, à mesure que les héritiers les moins bien dotés consomment le patrimoine qui leur a été transmis. Les héritiers les plus favorisés sont davantage enclins à conserver et faire fructifier le patrimoine reçu, ce qui creuse à nouveau les inégalités patrimoniales.

Vous êtes pour autant contre la suppression de l’impôt sur l’héritage…

Ceux qui veulent supprimer l’impôt sur l’héritage ont politiquement raison mais économiquement tort. L’impôt sur l’héritage a beau être l’impôt le plus impopulaire, ce n’est pas l’impôt le plus mauvais d’un point de vue économique. Surtout lorsque l’on tient compte des très fortes distorsions ou inefficacités générées par ailleurs par la structure de notre système fiscal. Quitte à se priver de plus de 21 milliards d’euros de recettes fiscales, mieux vaudrait alléger en priorité la fiscalité sur le travail, en particulier le travail qualifié, ou sur le stock de capital que de supprimer intégralement les droits de succession et de donation.

Par ailleurs, les arguments avancés sont souvent de mauvaise foi : il s’agirait d’un impôt "immoral" et "confiscatoire", taxant "des montants déjà taxés". L’impôt sur l’héritage est, certes, une redondance fiscale, mais il l’est au même titre que tous les impôts sur l’épargne ou la consommation tirés de revenus déjà taxés une première fois ! Rappelons d’autre part que seules 10 % des transmissions entre parents et enfants sont imposées, à un taux effectif moyen qui ne dépasse pas les 5 %. Cela ne veut pas dire qu’il faille en sens inverse l’augmenter…

N’est-ce pas parce qu’il n’est pas suffisamment élevé que l’impôt sur l’héritage ne parvient pas à corriger les inégalités sociales ?

Le pouvoir correcteur de l’impôt sur l’héritage dépend de sa conception. Pour être puissamment redistributif, il doit être fortement progressif et taxer durement les gros héritages, sans échappatoires ou "niches" fiscales, tout en appliquant des seuils d’exonération suffisamment élevés qui permettraient la transmission de petits patrimoines en franchise d’impôt. Cet impôt théoriquement idéal du point de vue de la redistribution n’existe nulle part dans le monde, car il aurait pour contrepartie des coûts économiques exorbitants.

La puissance égalisatrice de l’impôt sur l’héritage est atténuée dans les faits par le traitement fiscal préférentiel de certains actifs, notamment les entreprises familiales, qui profite avant tout aux grosses transmissions. Mais il faut bien avoir conscience qu’une action fortement égalisatrice, par abaissement des patrimoines les plus importants, risquerait en l’espèce de s’effectuer davantage au détriment de la collectivité qu’au bénéfice des plus petits patrimoines. La redistribution n’est pas toujours quelque chose d’aisée à réaliser : généralement, on ne partage pas une entreprise industrielle ou commerciale, on la dilapide.

En matière de fiscalité sur les héritages et les donations, l'Italie offre, dites-vous, un compromis "intelligent". Expliquez-nous.

Après l’avoir abrogée en 2001, l’Italie a rétabli cette fiscalité en 2006 sous forme d’un impôt proportionnel avec trois taux différenciés (4 %, 6 % et 8 %) selon la proximité du défunt ou du donateur avec l’héritier ou le donataire. Cette différenciation des taux est à la fois simple et légitime, aussi bien philosophiquement qu’économiquement : la taxation d’un patrimoine transmis à un cousin ou une nièce est réputée en effet moins désincitative que la taxation d’une épargne accumulée en vue d’être transmise à un enfant.

Là où l’Italie conjugue trois niveaux de taux et d’abattements, la France ne distingue pas moins de sept catégories de bénéficiaires, avec une combinaison d’abattements très faibles et de taux très élevés qui surtaxe les héritiers collatéraux ou sans lien de parenté. La preuve : 50 % des recettes de l’impôt sont tirées des transmissions en ligne indirecte, alors qu’elles ne représentent que 10 % des flux.

Outre sa simplicité, le grand mérite d’un impôt proportionnel "à l’italienne" est de rendre quasiment inopérantes les stratégies de planification successorale, celle-ci n’ayant d’intérêt que pour bénéficier pleinement des abattements. Avec un impôt à taux constants, il n’y a plus aucune incitation à séquencer les donations dans le seul but d’échapper aux taux les plus élevés du barème.

Existe-t-il d’autres modèles européens dont la France pourrait s’inspirer ?

Le système irlandais est souvent cité comme modèle alternatif. En 1976, l’Irlande a mis en place une imposition des successions et des donations reçues tout au long de la vie. Préconisé par un certain nombre d’économistes, ce système prévoit d’imposer toute nouvelle réception patrimoniale en fonction du montant total déjà reçu par le bénéficiaire sur son cycle de vie, indépendamment de toute considération relative à la provenance, familiale ou non, de la transmission. Avec des taux fortement progressifs, ce système est censé inciter l’épargnant-transmetteur à répartir son patrimoine entre plusieurs bénéficiaires, en favorisant ceux qui ont reçu un patrimoine plus faible afin qu’ils paient un impôt moins élevé. Réduisant la concentration patrimoniale, ce système aboutirait du même coup à une plus grande égalité des chances.

Néanmoins, le système irlandais s’éloigne du modèle théorique sur plusieurs points : l’Irlande applique un taux unique proportionnel (33 %) avec un niveau d'abattements qui dépend fortement du lien de parenté entre le récipiendaire et le défunt ou le donateur, ce qui perturbe les choix de transmission. Or, ce système est selon moi une impasse : l’héritage revêt une dimension anthropologique qui ne peut être niée – ou en tout cas réduite à un traitement économique exclusif des liens familiaux qu’entretiennent les parents-épargnants avec leur progéniture. L’application en France d’un tel système serait en outre lourde de menaces pour les libertés publiques, puisqu’elle appellerait la mise en place, pour chaque contribuable, d’un compte individualisé retraçant l’ensemble des informations afférentes aux donations et successions reçues tout long de la vie.

Vous plaidez plus largement pour une réforme en profondeur de notre modèle. En quoi celui-ci est-il si défaillant ?

Le problème de notre fiscalité de l’héritage est celui de notre fiscalité tout entière : elle affiche des barèmes d’imposition facialement très progressifs, avec des taux marginaux comparativement très élevés, qu’elle contrebalance par une multitude de niches fiscales sans lesquelles l’impôt ne serait pas tolérable - exception faite pour le "pacte Dutreil" destiné à tenir compte de la spécificité des entreprises familiales comme actif transmissible.

Or cela génère des coûts multiformes : économiques d’abord, en raison des distorsions fiscales associées à la progressivité des taux et aux dispositifs dérogatoires ; administratifs ensuite, liés à la complexification et à la gestion du système fiscal ; civiques enfin, chacun s’imaginant que son voisin est fiscalement avantagé par tel ou tel régime de faveur. De façon générale, il faudrait faire l’exact inverse de ce que nous faisons : avoir des bases fiscales plus larges et des taux marginaux moins élevés, de façon à rapprocher les taux effectifs des taux faciaux (NDLR : les taux affichés par la loi, et non ceux réellement payés)

Vous démontez l'idée reçue selon laquelle, la progressivité de l'impôt limiterait la concentration des richesses. Pourquoi ?

En théorie, l’effet correcteur de l’impôt sur la concentration des richesses n’est garanti que si les taux sont progressifs, autrement dit s’ils croissent avec le niveau des patrimoines imposables. En pratique toutefois, le mitage de l’assiette par l’application d’exonérations ou de niches diverses – qui de surcroît profitent davantage aux plus fortunés – limite cet effet correcteur, tout en ayant au passage des coûts collectifs non négligeables.

En ligne directe, l’hyper-progressivité de notre impôt sur l’héritage n’est qu’apparente, et elle n’est justifiable ni financièrement - son rendement demeure modeste -, ni socialement - sa faible contribution aux recettes fiscales atténue mécaniquement sa vocation redistributive. Un impôt proportionnel avec un seuil d’exonération suffisamment élevé, pour ne pas pénaliser les héritiers défavorisés, mais une assiette fiscale suffisamment large, pour limiter l’optimisation fiscale des héritiers les plus favorisés, serait à mes yeux plus efficace. En raison de la forte concentration des patrimoines, la proportionnalité suffirait en effet à ce que ceux qui ont les plus gros patrimoines contribuent, en termes absolus, beaucoup plus que les autres.

Depuis 1901, aucune refonte en profondeur n'a été faite sur la fiscalité des héritage. Comment l'explique-t-on ? Cet enjeu est-il aussi éruptif chez nos voisins européens ?

L’année 1901 a marqué un bouleversement dans la conception de l’impôt avec l’avènement de la progressivité pour les seuls droits de succession - les droits de donation resteront proportionnels jusqu’en 1942. De proche en proche, on est passé d’une égalité devant l’impôt de type libéral à une égalité par l’impôt de type collectiviste, l’impôt n’étant alors plus seulement la contrepartie d’un service rendu par l’État mais un instrument privilégié de redistribution des richesses et de correction des positions sociales.

Pour les impôts autres que sur le revenu, la progressivité est pourtant admise sans être constitutionnellement requise. Mais ce qui nous distingue de nos voisins européens, ce n’est pas la progressivité du barème - la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne, la Suisse ou encore l’Espagne appliquent tous des taux progressifs,-, c’est la surtaxation des héritages en ligne collatérale et entre non-parents, y compris pour des transmissions de faible montant !

Quels pourraient être les effets d'une nouvelle augmentation de la fiscalité sur les héritages, comme le réclament la gauche ?

Si la littérature empirique écarte tout effet négatif significatif des droits de succession et de donation sur la production, les réactions comportementales n’ont été "testées" que pour des hausses de fiscalité limitées. Rien ne dit qu’il en irait de même dans l’hypothèse d’une augmentation massive de la fiscalité, à plus forte raison dans le cas déjà singulier de la France par rapport au reste du monde. Une fiscalité trop lourde sur les héritages risquerait d’altérer les comportements d’épargne les plus altruistes, dissuadant ainsi l’accumulation de capital sur plusieurs générations. Or, sauf à augmenter la fiscalité dans des proportions inconsidérées, la "dotation universelle en capital" défendue par la gauche ne pourrait être que d’un montant dérisoire.

© ZUMA PRESS/MAXPPP/MAXPPP

Rome, le 19 mai 2016. Manifestation des retraites contre la réforme des retraites.

Etats-Unis - Iran : ce que l'on sait des négociations prévues ce vendredi à Oman

6 février 2026 à 07:35

Tout juste quelques semaines après la répression sanglante des manifestations en Iran, menée par le régime des mollahs, et les menaces du président américain de renverser ce dernier, Washington et Téhéran semblent privilégier la désescalade. Les Etats-Unis et l'Iran ont convenu de prendre part à des discussions ce vendredi 6 février à Oman, ont déclaré mercredi des représentants des deux pays, après des heures de confusion sur la tenue réelle de ces négociations et leur lieu.

La possible annulation de ces pourparlers, face aux divergences quant à leur organisation, a suscité de vives inquiétudes à travers le Moyen-Orient, alors que le président Donald Trump menace de recourir à la force militaire. Interrogé mercredi après-midi par la chaîne de télévision américaine NBC News, le locataire de la Maison-Blanche a répondu par l'affirmative à la question de savoir si le guide suprême de la Révolution iranienne, l'ayatollah Ali Khamenei, devait être inquiet. "Je pense qu'il devrait être très inquiet", a-t-il déclaré.

A Oman plutôt qu'en Turquie

Selon le site américain Axios, au moins neuf pays de la région ont contacté mercredi la Maison-Blanche aux plus hauts niveaux, dont le Pakistan, l'Arabie saoudite, le Qatar, l'Égypte et les Émirats arabes unis, exhortant fortement les États-Unis à ne pas annuler la rencontre. "Ils nous ont demandé de tenir la réunion et d'écouter ce que les Iraniens ont à dire. Nous avons dit que nous ferons la réunion s'ils insistent. Mais nous sommes très sceptiques", a ainsi déclaré un responsable américain au média en ligne. En fin de journée, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a finalement confirmé la tenue des pourparlers à Oman, après des heures d'incertitude.

Après que les Etats-Unis ont donné leur accord pour ce changement, initialement refusé selon Axios, c'est donc finalement dans le sultanat plutôt qu'en Turquie que les négociations auront lieu. Et pour cause : Téhéran insiste pour que la réunion soit bilatérale pour n'aborder qu'un seul sujet, celui de son programme nucléaire. Or, la Turquie avait travaillé pour organiser à Istanbul, avec d'autres pays de la région, des discussions axées sur des questions telles que le programme de missiles balistiques de l'Iran et d'autres préoccupations dont la répression meurtrière des manifestations anti-régime de début janvier, qui aurait fait près de 30 000 morts selon plusieurs ONG.

Sujets de discussion non définis

L'émissaire du président américain, Steve Witkoff, et son gendre, Jared Kushner, participeront aux pourparlers face à Abbas Araqchi. "L'Iran s'engage dans la diplomatie avec lucidité et en gardant à l'esprit les événements de l'année écoulée. Nous nous engageons de bonne foi et défendons fermement nos droits. Les engagements doivent être respectés", a déclaré ce dernier ce vendredi avant les discussions. "L'égalité, le respect et l'intérêt mutuels ne sont pas des mots vides de sens, ce sont des conditions indispensables et les piliers d'un accord durable."

Mais à quelques heures du début des discussions, les sujets qui devraient être abordés n'étaient toujours pas clairs. Téhéran a répété vouloir évoquer uniquement son programme nucléaire, qui se trouve de longue date au cœur des préoccupations des puissances occidentales. Mais le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a déclaré mercredi qu'il était nécessaire que les discussions concernent plusieurs autres sujets, pour être significatives. "Si les Iraniens veulent une rencontre, nous sommes prêts", a-t-il dit aux journalistes, insistant sur le programme balistique de Téhéran, son soutien à des groupes armés au Proche-Orient et la façon dont le peuple iranien est traité. Les autorités iraniennes ont décrit leur programme de missiles balistiques comme une "ligne rouge" pour les négociations, présentant ces armes comme indispensables à la sécurité du pays. Selon un représentant iranien interrogé par Reuters, l'insistance des Etats-Unis à discuter de questions autres que le nucléaire pourrait ainsi compromettre les négociations.

Interrogé par l'agence de presse AP, un responsable de la Maison-Blanche a pour sa part indiqué que Washington restait "très sceptique" quant au succès des pourparlers, mais a accepté le changement de plans par respect pour les alliés de la région. Reste que la désescalade semble être le chemin privilégié par les deux puissances, alors qu'aucune d'entre elles n'a vraiment intérêt à un conflit armé qui pourrait déstabiliser l'ensemble de la région, déjà largement fragilisée par la guerre à Gaza.

Mardi 3 février, deux incidents sont déjà intervenus. Un drone iranien a d'abord été abattu par un avion de chasse américain, après s'être trop approché du porte-avions USS Abraham Lincoln, qui naviguait à environ 800 kilomètres au sud des côtes de l'Iran. Quelques heures plus tard, deux navires du Corps des gardiens de la révolution islamique et un drone iranien menaçaient d'arraisonner un pétrolier battant pavillon américain. Un destroyer américain, avec le soutien de l’armée de l’air, a finalement escorté le bateau pour le mettre en sécurité.

© via REUTERS

L'envoyé spécial de Donald Trump, Steve Witkoff, va représenter les Etats-Unis lors des négociations avec l'Iran.

Fin du traité New Start entre Russie et Etats-Unis : "Nous allons vers une ère où le nucléaire sera moins régulé"

5 février 2026 à 06:30

Quinze ans jour pour jour après son entrée en vigueur, le traité New Start prend officiellement fin ce 5 février. Dernier accord de maîtrise de l’armement nucléaire entre Washington et Moscou, il limitait jusqu’alors le nombre d’ogives déployées comme celui des lanceurs. L’expiration de cet accord, qui avait été négocié en 2010 entre Barack Obama et Dmitri Medvedev, illustre une "poursuite du détricotage de l’architecture de maîtrise des armements nucléaires", estime Héloïse Fayet, responsable du programme dissuasion et prolifération au Centre des études de sécurité de l'Ifri. L’occasion, aussi, de mener "une réflexion sur la manière de faire du contrôle de l’armement autrement". Entretien.

L’Express : Pourquoi le traité New Start n’a-t-il pas été prolongé ?

Héloïse Fayet : Sur le plan légal, cela n’était plus possible dans la mesure où il l’avait déjà été une première fois. En effet, New Start ne comprenait qu'une seule clause de renouvellement. Or celle-ci avait déjà été activée en 2021 pour prolonger le traité de 5 ans - ce qui nous amène à sa date d’expiration de ce 5 février 2026. En revanche, il était éventuellement possible de prolonger une partie de ses dispositions. En septembre dernier, Vladimir Poutine avait ainsi proposé de maintenir pendant un an l’aspect quantitatif du traité, c’est-à-dire la limitation du nombre de têtes nucléaires stratégiques déployées. Cette prolongation ne concernait toutefois pas les autres éléments de l’accord, qui sont en réalité les plus importants.

Tout ce qui touche à la vérification et à la transparence, avec des inspections des sites nucléaires de chaque pays, n’était pas inclus dans la proposition. Il faut d’ailleurs rappeler que la Russie les avait suspendues en 2020 pendant la pandémie de Covid, avant que Poutine ne décide de suspendre l’application de New Start en 2023 à la suite de la guerre en Ukraine. De fait, il n’y a plus eu d'inspection américaine des sites nucléaires russes depuis 2020. Ce qui laisse penser à certains membres de la communauté stratégique américaine que la Russie a également arrêté d'appliquer les dispositions quantitatives de New Start, et aurait potentiellement déjà déployé plus de têtes nucléaires que ce que le traité lui autorise.

Est-ce la raison pour laquelle les Etats-Unis n’ont pas répondu à la proposition de Poutine ?

Au moment où Vladimir Poutine avait fait sa proposition, la réaction de Donald Trump avait été assez mitigée pour plusieurs raisons. Premièrement, le fait d’exclure les dispositions relatives à la transparence et à la vérification écartait de facto les éléments les plus intéressants du traité. Deuxièmement, Vladimir Poutine liait indirectement sa proposition à une mise en pause du "Golden dome" [NDLR : le bouclier antimissile voulu par Trump], en sous-entendant que sa mise en œuvre pourrait libérer la Russie du respect de ses engagements en matière de contrôle des armements. Il semblait dès lors assez improbable que Trump accepte de se lier les mains et de renoncer à ce projet en échange d’un hypothétique respect de ses engagements par la Russie.

Enfin, la troisième raison est qu’une partie de la communauté stratégique américaine considère que New Start et les limitations sur l'arsenal nucléaire américain ne sont plus appropriés face aux nouveaux défis auxquels sont confrontés les Etats-Unis. Et notamment à la montée en puissance de la Chine sur le plan nucléaire. Certains considèrent ainsi qu’il faudrait augmenter l’arsenal nucléaire américain afin de pouvoir dissuader à la fois Moscou et Pékin.

Cette expiration de New Start doit-elle nous inquiéter ?

Oui et non. Il faut admettre que cette expiration symbolise quand même la poursuite du détricotage de l’architecture de maîtrise des armements nucléaires. On peut rappeler la sortie du traité FNI sur les forces nucléaires intermédiaires par les Etats-Unis en 2019, ou le départ de Poutine du traité interdisant les essais nucléaires en 2023. L’expiration de New Start s’inscrit donc dans une dynamique plus large. Du reste, et de manière très terre à terre, le fait que la Russie ou les Etats-Unis passent de 1500 têtes nucléaires déployées à potentiellement 1700 cela ne fera pas énormément de différence, dans la mesure où le nombre d’armes actuellement déployées permet déjà de provoquer des dégâts incommensurables. De plus, il n’y a pas eu besoin de l’expiration de New Start pour voir la Chine augmenter son nombre d’armes nucléaires.

Dans ce contexte, l’intensification de la compétition stratégique s’accompagne d’une augmentation potentielle des arsenaux nucléaires. On assiste clairement à la fin d’une époque qui avait vu prospérer ce type de traités hérités de la guerre froide. Mais cela pourrait aussi être l’opportunité d’une réflexion sur la manière de faire du contrôle de l’armement autrement. Par exemple, en ne se contentant plus seulement de compter le nombre de têtes nucléaires déployées, mais en prêtant attention aux attitudes en matière de dissuasion nucléaire, ou au type d’armes employées.

New Start n’était donc plus un instrument suffisant…

Effectivement. Comme on l’a vu, ce traité n’a pas empêché Poutine d’utiliser la menace nucléaire pour sa guerre en Ukraine. La maîtrise des armements uniquement fondée sur le quantitatif et des mécanismes de transparence n’est peut-être plus adaptée à notre époque. Les nouveaux éléments que l’on pourrait ajouter font notamment partie de ce que les Américains appellent le Behavioural Arms Control (BAC) - c’est-à-dire une maîtrise des armements fondée sur le comportement des Etats, afin de promouvoir une approche centrée sur le sens des responsabilités, plutôt que sur le nombre de têtes nucléaires.

Avec l’expiration de New Start, faut-il s’attendre à ce que la Russie augmente le nombre d'ogives nucléaires en sa possession ?

Cela fait partie des possibilités, et d’ailleurs, certains la soupçonnent de l’avoir déjà fait. Cela demandera à être vérifié dans les prochaines estimations des chercheurs indépendants travaillant sur ce sujet. Les Russes n’ont toutefois pas nécessairement besoin d’augmenter davantage leur arsenal nucléaire, dans la mesure où, contrairement à Washington, Moscou n’a pas besoin de dissuader Pékin, qui est pour l’instant considéré comme un allié par le Kremlin. Dès lors, l'augmentation qui me semble la plus probable est celle de l’arsenal américain.

Face aux menaces russes et chinoises, une bonne partie de la communauté stratégique américaine considère qu’il est temps d’augmenter le nombre d’armes nucléaires déployées. Et le fait est qu’ils n’auraient pas beaucoup de difficultés à le faire. Il leur suffirait de sortir de leurs réserves des têtes nucléaires qui ont été retirées en 2010 du fait de New Start et de les charger sur des missiles de SNLE (sous-marin nucléaire lanceur d'engins) ou des missiles balistiques dans des silos. A mon sens, on peut s’attendre dans un avenir proche à des déclarations ouvertes du côté américain, expliquant qu’il faut augmenter l’arsenal nucléaire, ou à tout le moins se donner plus de flexibilité - on verra le type de vocabulaire employé.

Donald Trump voudrait inclure la Chine dans un nouveau traité de contrôle des armements nucléaires. Cela vous semble-t-il crédible ?

Non, cela ne me semble pas crédible du tout. Les Chinois sont totalement arc-boutés contre cette idée. Ils considèrent que tant qu’ils n’auront pas autant d’armes nucléaires stratégiques que les Russes et les Américains, c’est-à-dire autour de 1500, ils n’ont aucune raison d’aller vers un accord de maîtrise des armements sur le plan quantitatif. Je ne crois donc pas du tout à un accord trilatéral. A l’inverse, je pense que l’on se dirige vers une ère où il y a de moins en moins de traités et de régulation du nucléaire. De plus, pour Pékin, le contrôle des armements n’est pas lié qu’aux armes nucléaires mais à une posture plus large de compétition stratégique avec les Etats-Unis. Et même si les récentes révisions de la Statégie de Défense Nationale National et la Stratégie de Sécurité Nationale de Trump sont moins véhémentes envers Pékin que par le passé, les Chinois savent très bien qu’ils restent considérés comme un adversaire par l’Amérique.

© REUTERS

Photo d'archive montrant Barack Obama et Dmitri Medvedev, alors présidents des États-Unis et de la Russie, en train de signer le traité New Start, au château de Prague, le 8 avril 2010

Roberto Vannacci, la nouvelle épine radicale dans le pied de Giorgia Meloni

4 février 2026 à 20:29

Existe-t-il quelque chose à la droite de l'extrême droite ? Roberto Vannacci en est convaincu. Le député européen, qui le clame depuis des mois, a finalement sauté le pas pour "poursuivre un rêve". Ce mardi 3 février, il a claqué la porte de la Ligue, le parti italien d'extrême droite - dirigé par Matteo Salvini, numéro deux du gouvernement - auquel il doit son siège à Bruxelles. La raison : le mouvement est trop "modéré" aux yeux de celui qui ne dissimule pas son admiration pour Benito Mussolini, ni son attrait pour le fascisme.

Dans son ambition de rassembler, Roberto Vannacci, a lancé son propre parti : Futuro Nazionale (NDLR : Futur National, en français). Si le nom laisse peu de place au doute sur la direction impulsée, un communiqué daté de ce mardi précise ses ambitions. Sur X, il dépeint "sa" droite : "vraie, cohérente, identitaire, forte, fière, convaincue, enthousiaste, pure et contagieuse". Et l'ancien militaire le clame, sa "droite n'est pas pas à la carte... et par-dessus tout elle n'est pas modérée".

Un général limogé, adepte du "grand remplacement"

De quoi faire bondir ses anciens alliés... mais pas de surprise. Depuis plusieurs semaines, alors que la pression montait en interne, l'homme politique s'est attelé à tourmenter ses rangs avec l'idée d'une scission. Le 24 janvier, l'eurodéputé a officiellement déposé le nom Futuro Nazionale, avant fermer la porte sur X : "Les pages récemment apparues sur les réseaux sociaux et les groupes Telegram faisant référence à Futuro Nazionale ne reflètent pas mon opinion ni celle de mes proches". Puis d'ouvrir une fenêtre : "Si je décide d'ouvrir des comptes sur les réseaux sociaux à ce sujet, je ne manquerai pas de vous en informer".

Une tournure des évènements qui ne surprend pas le politologue italien, Roberto d'Alimonte. "Depuis son élection, Giorgia Meloni se rapproche du centre droit, presque d'un parti modéré, c'est pour cette raison qu'il existe aujourd'hui en Italie un espace pour la droite radicale". Et l'expert de préciser : "Ce qui arrive en Italie aujourd'hui, c'est ce qui est arrivé en France il y a quelques années : quand le Rassemblement national a commencé à se dédiaboliser, Eric Zemmour est apparu".

Et les similitudes ne se cantonnent pas aux calendriers. Avant de faire ses premiers pas dans l'arène politique, Roberto Vannacci s'était improvisé essayiste. Dans Il mondo al contrario - traduisez, Le monde à l’envers - , pamphlet auto-publié devenu best-seller, le général éructe sa tétanie du "grand remplacement", son racisme, son homophobie... Succès en librairie récompensé par un limogeage de l'armée.

Giorgia Meloni dans l'impasse ?

Quant à la déradicalisation de Giorgia Meloni, elle est bien à l'origine de crispations au sein de la coalition gouvernementale. Sur les bancs de la Ligue, on s'agace de son soutien à l'Otan et on lui reproche son aide à l'Ukraine. Fronde dont Roberto Vannacci s'est volontiers emparé, assurant, par exemple, préférer Vladimir Poutine à Volodymyr Zelensky. Mais pour le gouvernement qui s'est déjà donné bien du mal à former sa majorité pas question de se fâcher pour ça. Le 29 janvier, conscient de l'instabilité de son siège, Matteo Salvini s'est envolé à la rescousse de son soldat. "Il y a de la place pour différentes sensibilités au sein de la Ligue. [...] Nous voulons construire et grandir, pas nous battre", avait-il alors plaidé. Moins d'une semaine plus tard, le divorce était acté. Mais le chef de la Ligue l'assure : il n'est pas en "colère", seulement "déçu et amer".

Et le gouvernement a bien des raisons de se faire du souci. Certes, depuis sa naissance Futuro Nazionale ne compte qu'un membre, mais il n'est pas exclu que des élus de la coalition ou de la Ligue le rejoignent dans les jours qui suivent. Ensuite, la coalition a été formée de justesse, et quelques pourcents pourrait faire chavirer les élections législatives de 2027.

Roberto d'Alimonte voit deux issues : "soit Roberto Vannacci va s'essouffler [d'ici aux élections], soit il pourrait représenter 3 ou 4 % des voix. Mais même un tel score poserait un problème à Giorgia Meloni". Et la présidente du conseil n'est pas étrangère à cette situation, elle qui tente de réformer le système électoral en sa faveur. Car dans une Italie particulièrement bipartisane, la femme politique craint et anticipe une union de la gauche, d'autant plus menaçante alors que son clan se déchire.

Giorgia Meloni devra donc trancher : s'allier ou ne pas s'allier avec Futuro Nazionale ? Si laisser Roberto Vannacci filer pourrait mener à la défaite, une alliance avec une droite si radicale serait synonyme de controverse, difficile à assumer avant une élection. Encore faut-il que l'option soit sur la table, car rien ne garantit que le dissident accepte de rentrer au bercail.

© REUTERS

Roberto Vannacci souhaite désormais fonder son propre parti, ce qui met potentiellement en danger toute la coalition de Giorgia Meloni.

Minneapolis : l'émissaire de Donald Trump annonce le retrait de 700 policiers de l'ICE

4 février 2026 à 18:23

Tom Homan, chargé par Donald Trump de la sécurité des frontières, a annoncé ce mercredi 4 février le retrait immédiat de 700 agents de la police de l’immigration (ICE) dans le Minnesota, ramenant leur nombre à 2 000 sur le terrain. Surnommé le "tsar des frontières", Tom Homan a justifié cette réduction par une coopération "sans précédent" des autorités locales qui gèrent les prisons du comté.

"Soyons clairs : le président Trump a la ferme intention de procéder à des expulsions massives durant son mandat et les mesures de contrôle de l’immigration se poursuivront quotidiennement dans tout le pays", a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. "Le président Trump a pris un engagement. Et nous n’avons donné aucune instruction contraire."

Début janvier, l'administration Trump a déployé environ 2 000 agents fédéraux dans le Minnesota, dans le cadre de l'opération Metro Surge. Le 6 janvier, Todd Lyons, directeur par intérim du service de l'immigration et des douanes (ICE), l'a qualifiée de "plus grande opération d'immigration jamais menée", la veille du meurtre de Renee Good. Au fil du mois de janvier, des centaines d'agents supplémentaires ont été déployés.

Des critiques jusque dans le camp républicain

Le renforcement des effectifs a été contesté et dénoncé dès ses débuts par le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, et d'autres démocrates, qui ont exigé le retrait d'un déploiement fédéral vingt fois supérieur au nombre normal d'agents chargés de l'application des lois sur l'immigration dans l'Etat, surpassant ainsi les forces de police locales.

Cette lutte contre l'immigration s'inscrit dans une campagne nationale, fièrement affichée par Donald Trump mais elle a suscité des critiques, notamment de la part de certains de ses collègues républicains. Des juges fédéraux ont également questionné la légalité de la détention de ces migrants. En guise de défense, le président américain affirme que nombre d'entre eux sont souvent coupables de fraude financière ou de crimes violents.

Pour tenter d'apaiser la colère qui régnait dans les rues de la ville, après la mort de deux citoyens américains, Renee Good et Alex Pretti, tués par des agents fédéraux, Donald Trump a envoyé Tom Homan au Minnesota fin janvier. Ce dernier a déclaré que son objectif était de rétablir l'effectif habituel d'environ 150 agents fédéraux de l'immigration dans l'Etat, mais n'a pas précisé quand il pensait que cela serait possible. Il n'a pas plus non précisé s'il quitterait lui aussi l'Etat après y avoir été dépêché pour superviser les opérations.

Des prisons divisées face à la coopération avec l’ICE

L'émissaire de Donald Trump souhaite que davantage de prisons au Minnesota autorisent les agents d'immigration à transférer la garde des migrants détenus. Certaines le font déjà, mais seulement sept shérifs sur les 87 comtés du Minnesota ont signé des accords de coopération officiels avec l'ICE. D'autres, notamment la principale prison de Minneapolis, refusent de coopérer. Minneapolis et certaines autres villes interdisent à leurs employés, y compris les policiers, de s'enquérir de la citoyenneté des personnes ou de coopérer avec les services fédéraux de l'immigration, arguant que cela menace la sécurité publique si les migrants victimes ou témoins de crimes craignent de se manifester.

Tom Homan, un ancien agent de l'ICE, a également accusé les manifestants d"entraver" le travail des agents de l'immigration, qu'il a salués comme des patriotes faisant respecter la loi, accomplissant un travail difficile tout en étant injustement vilipendés.

© REUTERS

Des manifestants brandissent des pancartes lors d'une manifestation "ICE Out" (NDLR : départ des agents de l'immigration) à Minneapolis, dans le Minnesota aux États-Unis, le 30 janvier 2026 , après la mort de Renee Nicole Good et d'Alex Pretti, abattus par des agents fédéraux de l'immigration.
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