Les forces de sécurité iraniennes ont lancé ce lundi 9 février une campagne d’arrestations visant des figures du mouvement réformateur, rapporte l’agence de presse AP. Cette opération marque un nouvel élargissement de la répression. Elle intervient après l’écrasement sanguinaire de manifestations nationales en janvier, qui ont fait au moins 7 000 de morts (jusqu’à 20 000 selon le rapporteur spécial de l’ONU) et conduit à l’arrestation de plus de 50 000 personnes.
La militante et lauréate du prix Nobel de la paix Narges Mohammadi, qui est elle déjà incarcérée mais ne fait pas partie du mouvement réformateur, a aussi reçu une nouvelle condamnation de plus de sept ans de prison, selon AP. Cette décision illustre la volonté des autorités de réduire au silence toute voix critique à l’encontre de la répression sanglante menée par la théocratie iranienne, alors que l’Iran se prépare à de nouvelles discussions nucléaires avec les États-Unis dans un climat tendu : Donald Trump a répété récemment qu’il pourrait lancer une nouvelle attaque contre l’Iran si aucun accord n’était trouvé.
Les réformateurs dans le viseur du pouvoir
Au moins quatre membres du mouvement réformateur ont été arrêtés par le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC), selon ses responsables. A commencer par Azar Mansouri, la Dirigeante du Front des réformateurs iraniens qui regroupe plusieurs courants politiques et a joué un rôle clé dans l’élection du président Masoud Pezeshkian, toujours en poste malgré son influence limitée face au guide suprême. Selon le journal Al Jazeera, Javad Emam, porte-parole du Front des réformateurs, a également été arrêté à son domicile, ainsi que Mohsen Aminzadeh, ancien diplomate ayant servi sous le président réformateur Mohammad Khatami. Ebrahim Asgharzadeh aussi : il s’était fait connaître en dirigeant les étudiants ayant pris d’assaut l’ambassade américaine à Téhéran en 1979, à l’origine de la crise des otages de 444 jours.
Selon l’agence officielle du régime IRNA, le parquet de Téhéran a confirmé l’arrestation de quatre personnes. Les autorités les accusent d’avoir "organisé et dirigé des activités visant à perturber la situation politique et sociale du pays dans un contexte de menaces militaires de la part des États-Unis et du régime sioniste". Selon des médias locaux, ils sont accusés d’avoir travaillé "au bénéfice" des États‑Unis et d’Israël en coordonnant notamment la propagande ennemie. Plusieurs autres dirigeants réformistes ont été convoqués.
En sous-texte, ces arrestation seraient liées à une déclaration publiée en janvier. Dans ce texte, certains des réformateurs appelaient publiquement le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, âgé de 86 ans, à démissionner, et proposaient la mise en place d’un conseil de transition. Ce n’était néanmoins pas le cas de la dirigeante du mouvement Azar Mansouri, selon le journal britannique The Guardian. Pour l’analyste de l’International Crisis Group Ali Vaez, qui s’exprime auprès de AP, "après avoir réduit les rues au silence par une cruauté exemplaire, le régime a déplacé son attention vers l’intérieur, fixant désormais son regard sur son opposition loyale".
Négociations nucléaires sous pression militaire
Sur le plan international, l’Iran et les États-Unis ont tenu de nouveaux pourparlers nucléaires la semaine dernière à Oman. Mais ce dimanche, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a déclaré, lors d’un sommet à Téhéran, que l’Iran maintiendrait sa capacité à enrichir de l’uranium. C’est cette position qui reste un point majeur de désaccord avec le président américain Donald Trump, qui a fait bombarder en juin trois sites nucléaires iraniens, durant la guerre de 12 jours entre l’Iran et Israël.
Ces derniers jours, les États-Unis ont renforcé leur présence militaire au Moyen-Orient en déployant le porte-avions USS Abraham Lincoln, ainsi que des navires et des avions de combat. Une démonstration de force qui vise à augmenter la pression sur l’Iran et à disposer des capacités militaires nécessaires en cas de décision de frappe. Parallèlement, l’Iran a averti lundi qu’il procéderait à des tirs de "roquettes" de lundi à mardi au-dessus de la province de Semnan, où se situe le port spatial Imam Khomeini.
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou doit se rendre à Washington ce 9 février pour convaincre les États-Unis d’inclure dans les négociations avec l’Iran l’arrêt de l’enrichissement d’uranium, la fin du programme de missiles et la cessation du soutien iranien à ses alliés régionaux.
Un brusque changement de stratégie. Dans un mémo communiqué la semaine dernière aux investisseurs de SpaceX, Elon Musk a annoncé revoir le plan d'attaque de son entreprise spatiale dans les prochaines années. Le milliardaire américain a en tête un nouveau projet massif : la création d'une "ville autonome" sur la Lune d'ici à 2036. Un objectif qui tranche avec les prises de position de l'entrepreneur jusqu'à cette annonce. Ces dernières années, Elon Musk avait en effet mis l'accent sur la nécessité selon lui de mener une opération sur Mars, où aucun humain ne s'est encore rendu. Il y a un an, le patron qualifiait encore de "distraction" le fait d'aller sur la Lune, astre que l'homme n'a plus visité depuis 1972 et le programme Apollo.
Centres de données spatiaux
L'an dernier, Elon Musk mentionnait encore son ambition de mettre en œuvre une mission vers la planète rouge d'ici à la fin de l'année 2026. Sa vision a-t-elle soudainement changé ? L'intéressé assure que ses nouvelles velléités lunaires ne mettent pas en péril l'ambition d'aller sur Mars. Mais, dans son esprit, la construction d'une ville sur le satellite terrestre tient désormais presque d'un besoin existentiel pour l'avenir de l'espèce humaine. "La priorité absolue est d'assurer l'avenir de la civilisation, et la Lune est plus rapide", a-t-il développé ce dimanche 8 février, dans un message sur X, après la révélation de ce mémo deux jours plus tôt dans le Wall Street Journal. Dans ce message, Elon Musk assume vouloir concentrer les efforts de SpaceX sur ce projet dans les prochaines années. Une source au fait du dossier a déclaré au quotidien économique new-yorkais qu'un alunissage d'un vaisseau sans équipage était espéré pour le mois de mars 2027.
Ce bousculement du calendrier intervient au moment où Elon Musk vient d'acter la fusion de SpaceX avec son entreprise d'intelligence artificielle xAI. L'entité résultante de cette absorption constitue un véritable mastodonte d'environ 1 275 milliards de dollars. L'enjeu de cette manœuvre ? Faciliter, grâce au savoir-faire des deux sociétés, la création de data centers dans l'espace afin de se donner les moyens de futures expéditions spatiales. La "ville autonome" créée sur la Lune pourrait ainsi faire aussi office de plateforme de départ pour des destinations célestes bien plus lointaines. "Les capacités que nous libérons en concrétisant les centres de données spatiaux permettront de financer et de mettre en place des bases autonomes sur la Lune, une civilisation entière sur Mars et, à terme, une expansion vers l'Univers", indique Elon Musk à ses investisseurs.
Donald Trump veut des astronautes américains sur la Lune
Pourra-t-il compter sur la Nasa, l'agence spatiale américaine, pour l'appuyer dans ce projet ? Difficile de répondre avec certitude pour le moment. Sur le plan politique, Elon Musk s'est en tout cas plus ou moins rabiboché avec Donald Trump. Une importante brouille les avait éloignés l'un de l'autre à la fin du printemps, le chef d'entreprise assurant notamment que le président américain "figur[ait]" dans les dossiers liés à l'affaire Epstein. Après une médiation du vice-président américain J.D. Vance, la hache de guerre semble dorénavant enterrée entre les deux hommes. Or, en matière spatiale, leurs intérêts pourraient à présent être liés : depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump n'a cessé de répéter son envie d'envoyer de nouveaux astronautes américains sur la Lune.
Une volonté qu'il affiche depuis son premier mandat. "Cette fois, il ne s’agira pas seulement de planter notre drapeau et de laisser notre empreinte", avait-il assuré en 2017. "Nous établirons une base pour une mission vers Mars." Pour le dirigeant américain, il s'agit là d'un enjeu de taille d'un point de vue géopolitique. Dans sa rivalité avec la Chine, il craint que Pékin n'envoie avant Washington ses taïkonautes sur la Lune. Si une telle mission chinoise advenait alors qu'il est au pouvoir, l'image symbolique d'une Amérique dépassée par son principal concurrent mondial constituerait un point noir de sa présidence. Un scénario à éviter absolument pour le camp républicain.
Concurrence avec Blue Origin de Jeff Bezos
Si les relations sont de nouveau au beau fixe entre Elon Musk et Donald Trump, la Nasa n'en met pas moins une importante pression sur SpaceX ces derniers mois. L'agence, qui a signé des milliards de dollars de contrat avec l'entreprise, n'est pas satisfaite des nombreux retards pris sur son développement du vaisseau Starship. L'appareil doit permettre à des astronautes de se poser sur la Lune dans le cadre du programme Artémis. Mais il a connu nombre de problèmes techniques durant sa conception et ses essais. L'alunissage de l'engin habité était pourtant initialement prévu en 2025. En octobre, l'administration républicaine a donc annoncé sa volonté d'ouvrir un nouvel appel d'offres pour concurrencer le projet de SpaceX.
À ce stade, une seule entreprise semble en mesure de rivaliser avec le groupe d'Elon Musk : Blue Origin, créée par le fondateur d'Amazon, Jeff Bezos. En janvier, la société a confirmé qu'elle suspendait ses programmes touristiques dans l'espace pour se concentrer sur le développement d'un vaisseau capable de pouvoir se poser sur la surface lunaire. Pas de quoi inquiéter Elon Musk, qui promet ne pas compter uniquement sur l'agence spatiale américaine pour assurer la pérennité de son entreprise spatiale. "J'adore la NASA, mais elle ne représentera qu'environ 5 % des revenus de SpaceX cette année", a répondu à un internaute l'homme d'affaires dans un message sur X. "La grande majorité des revenus de SpaceX provient du système commercial Starlink." Il y a quelques jours, l'agence Reuters rapportait que l'activité de la filiale représentait 50 à 80 % du chiffre d'affaires de SpaceX.
En 1979, au nom d’un romantisme révolutionnaire toujours faux, une partie de l’intelligentsia de gauche a cru voir dans Khomeini et le renversement du shah la possibilité qu'émerge en Iran un régime anti-colonialiste et anti-impérialiste. Là où se mettait en place une contre-révolution théocratique et totalitaire. Elle a encensé l’alliance avec les islamistes, persuadée qu’ils n’étaient qu’une force transitoire. Lourde erreur. L’islam politique ne fut pas un compagnon de route mais le cœur du projet.
La République islamique, forte aussi de la passivité des puissances occidentales, s’est construite méthodiquement, éliminant ses alliés d’hier, écrasant la gauche, les démocrates, prenant le contrôle des institutions, verrouillant l’État autour du religieux et de la violence. En 1989, tandis que le mur de Berlin s’effondrait et que l’histoire semblait s’ouvrir à la démocratie, Téhéran lançait la fatwa contre Salman Rushdie. Un acte fondateur de l’islamisme mondialisé, proclamant que la loi religieuse pouvait frapper partout, au-dessus des États et des libertés. Depuis, l’Iran n’a cessé de perfectionner ce modèle, mêlant vision apocalyptique et antisémitisme, répression interne et projection idéologique externe, jusqu’à devenir l’un des pôles centraux de l’islamisme contemporain.
Cette stratégie s’est étendue par le recours systématique à des proxys armés, permettant au régime d’exporter la violence et de déstabiliser des États. L’Iran finance et arme le Hezbollah au Liban, les milices chiites irakiennes, les Houthis au Yémen, le Hamas et d’autres groupes palestiniens. Jusqu’au bout, il a soutenu le régime sanguinaire de Bachar el-Assad. Ses réseaux ont été impliqués dans des attaques contre les Occidentaux dans la région (enlèvements, attentats contre des cibles françaises et américaines au Liban), mais aussi bien au-delà. L’Iran a commandité une série d’attentats à la bombe à Paris en 1985-86, l’assassinat d’opposants iraniens partout dans le monde jusqu’à aujourd’hui encore. Le régime islamique soutient Poutine dans sa guerre contre l’Ukraine et il cherche toujours à posséder l’arme atomique pour détruire Israël et menacer l’Occident.
Si nous voulons un Moyen-Orient stable et un monde plus sûr, alors la chute du régime iranien doit être une priorité stratégique. Difficile, complexe, risqué. Mais l’affaiblissement actuel du régime des mollahs est aussi la conséquence directe de la guerre menée par Israël et les États-Unis en juin dernier. Sa chute serait un coup fatal porté à l’islamisme.
Les Iraniens paient leur soulèvement au prix du sang. Les vidéos macabres qui nous arrivent au compte-goutte font état de l’horreur d’un régime qui massacre son peuple, sa jeunesse, les femmes depuis des années mais dont la répression ce dernier mois dépasse l’imaginable. Plus de 30 000 morts en quarante-huit heures. Les snipers ont tiré sur les manifestants, dans des dizaines de villes du pays, pour tuer. Les milices du régime se sont précipitées dans les hôpitaux pour empêcher les soins ou achever les blessés, s’en prenant aux médecins eux-mêmes.
Accentuer la pression sur Téhéran
De nombreux Iraniens appellent une intervention extérieure, terrible mais nécessaire face à une pieuvre que les quarante-sept années de pouvoir ont formée contre toute résistance intérieure. Une partie de la diaspora iranienne assure que le lendemain ne sera pas le chaos de l’Irak ou de la Libye pour ce peuple vieux de trois mille ans, éduqué, cultivé, se battant pour accéder à la liberté, formant une nation constituée.
De fait, le régime iranien n’a cessé de prospérer sur nos renoncements, nos aveuglements, notre difficulté à nommer l’ennemi. Il a survécu, s’est renforcé, et a diffusé un islamisme politique qui tue les siens et sème la terreur dans le monde. Ce n’est pas d’une nouvelle négociation sur le nucléaire dont on a besoin, elle permettra uniquement au régime de gagner du temps. Il faut le faire tomber. L’inscription tardive mais bienvenue des Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes par l’Union européenne n’est qu’un premier pas. Ils sont officiellement un danger pour la sécurité européenne. Il faut accentuer la pression.
La fin de la République islamique d’Iran n’aboutirait pas seulement à un changement de régime d’une portée historique pour le peuple iranien. Elle serait aussi, face à la violence et l’obscurantisme, un choc salutaire, géopolitique et idéologique majeur pour le Moyen-Orient et le monde.
Deux réactions bien différentes. La publication par le ministère de la Justice américain de plus de trois millions de nouveaux fichiers liés à Jeffrey Epstein, tête pensante d'un tentaculaire système d'exploitation sexuelle, notamment de mineures, n'a pas engendré les mêmes conséquences des deux côtés de l'Atlantique. Depuis ces nouvelles révélations le 30 janvier dernier, les démissions s'enchaînent dans de nombreux pays européens. Si le simple fait de voir son nom mentionné dans ces fichiers n'est la preuve ni d'un acte répréhensible, ni d'une quelconque connaissance des crimes commis dans cette affaire, beaucoup de personnalités citées se voient reprocher leur proximité avec le prédateur sexuel. Celui-ci avait déjà été condamné en 2008 pour "racolage de mineures".
Jack Lang et l'entourage de Keir Starmer dans la tempête
Sur le Vieux Continent, de nombreux responsables ont été contraints de quitter leur poste dans le sillage de la mise en ligne de ces documents. En France, l'ex-ministre de la Culture Jack Lang a "proposé" samedi 7 février sa démission de la présidence de l'Institut du monde arabe, à Paris. Les "Epstein Files" ont montré qu'il avait échangé à plus de 600 reprises avec le financier américain, l'invitant aussi à des rendez-vous dans la capitale française. En Norvège, l'ex-Premier ministre Thorbjørn Jagland est visé par une enquête pour des soupçons de corruption liés à sa relation supposée avec Jeffrey Epstein, là aussi révélée par ces dossiers. Même exemple en Slovaquie, où Miroslav Lajčák, un conseiller de l'actuel Premier ministre Robert Fico, a quitté ses fonctions. Dans un message de 2018, il plaisantait avec le criminel américain, qui lui promettait de lui présenter des femmes.
Mais ces cas n'ont eu qu'un retentissement limité au regard de la tourmente dans laquelle est plongé le gouvernement de Keir Starmer au Royaume-Uni. Outre-Manche, le travailliste se voit reprocher la nomination de Peter Mandelson, une figure du Labour, en tant qu'ambassadeur britannique aux États-Unis. Ce dernier avait été limogé dès septembre dernier en raison de révélations précédentes sur ses liens avec Jeffrey Epstein. Or, les derniers documents publiés ont montré que le responsable aurait même transmis au magnat américain des données sensibles, à même d'influer sur les marchés financiers, entre 2008 et 2010. Tollé dans le pays : dimanche, pour calmer le jeu, le chef de cabinet de Keir Starmer a démissionné en réponse à la polémique. Morgan McSweeney est présenté comme la personne ayant placé à Washington Peter Mandelson.
Peu de répercussions concrètes aux États-Unis
Toutes ces répercussions tranchent avec l'impact de l'affaire aux États-Unis. Certes, les médias américains ont largement relayé les nouvelles informations disponibles grâce à la publication des "Epstein Files". Et certaines figures ont pâti des dernières révélations, comme Brad Karp, patron de l'influent cabinet d'avocats Paul Weiss, qui a par exemple démissionné. Les documents publiés fin janvier montraient qu'il avait participé dans les années 2000 à plusieurs repas avec Jeffrey Epstein.
Mais la majorité des individus évoqués dans les documents publiés ont échappé à toute conséquence professionnelle. "La plupart des PDG d'entreprises, des membres de conseils d'administration d'entreprises ou d'universités, des propriétaires d'équipes de la NFL, des scientifiques, etc., etc., etc., qui ont maintenu des liens étroits avec Epstein même après sa condamnation en 2008 pour des crimes odieux commis sur des mineurs, n'ont fait l'objet d'aucune sanction, ou seulement de sanctions mineures", souligne ainsi l'éditorialiste Will Bunch, dans un article du Philadelphia Inquirer.
Vérifier ce constat n'est pas difficile. Le Dr Peter Attia, star de la médecine et spécialiste de la longévité, a par exemple eu de nombreux échanges graveleux avec Jeffrey Epstein. Les deux hommes plaisantaient par exemple par message sur "la teneur en glucides" des organes génitaux féminins. "J’ai reçu une nouvelle livraison", envoie un jour le médecin à Epstein. "Moi aussi", lui répond le financier, joignant une image à son mail, caviardée par le ministère de la Justice américain. "Dis-moi que tu as trouvé cette photo en ligne… salaud", lance alors Peter Attia. "Le plus gros problème pour devenir ton ami ? Ta vie est tellement scandaleuse, et pourtant je ne peux le dire à personne…" L'échange a de quoi laisser circonspect, d'autant plus quand on sait que tout contenu relatif à la "pornographie" a été expurgé par les autorités...
Cette conversation place Peter Attia dans une situation extrêmement délicate, alors qu'il est un des chroniqueurs de CBS. Mais cette activité n'a pas été remise en cause, malgré le scandale. "Je présente mes excuses et regrette de m’être mis dans une situation où des courriels, dont certains sont embarrassants, de mauvais goût et indéfendables, sont désormais publics, et j’en suis responsable", a-t-il simplement commenté. "J’accepte cette réalité et l’humiliation qui en découle." Tout comme lui, le patron du comité d'organisation des JO 2028 de Los Angeles, Casey Wasserman, n'a pas vu sa place être mise en danger. Les "Epstein Files" ont révélé une discussion de ce dernier avec Ghislaine Maxwell, compagne et complice du mécène, dans laquelle les deux interlocuteurs semblaient flirter.
Au plus haut sommet de l'État fédéral, l'administration républicaine n'apparaît pas plus encline à sanctionner Howard Lutnick, le secrétaire au Commerce. En octobre dernier, il avait juré dans une interview au New York Post avoir coupé les ponts avec Jeffrey Epstein en 2005, après avoir visité une de ses résidences new-yorkaises. "Je ne remettrai plus jamais les pieds dans la même pièce que cette personne répugnante", aurait alors pensé Howard Lutnick, selon ses dires. Mais ce récit est remis en cause par de nouvelles données présentes dans les "Epstein Files". Loin d'avoir rompu tout contact, les deux hommes auraient même, d'après ces documents, fait affaires ensemble jusqu'en 2014. Des allégations fermement démenties par l'intéressé. "Il ne s'agit là que d'une tentative vaine des médias traditionnels de détourner l'attention des réalisations de l'administration", a réagi son ministère dans une déclaration. Même dans le camp Maga, quelques élus appellent tant bien que mal à une réaction plus forte de Washington. Le représentant républicain Thomas Massie, en partie à l'origine de la loi ayant permis de dévoiler ces documents, a ainsi estimé qu'Howard Lutnick devrait quitter ses fonctions de secrétaire au Commerce.
Un "flot incessant de distractions" venu de la Maison-Blanche
Ces trois hommes sont loin d'être les seules personnalités citées dans les centaines de milliers de pages déclassifiées et désormais consultables sur le web. Comment expliquer que la plupart d'entre elles ne voient pas leur situation mise à mal par ces récentes révélations ? En réalité, le climat global du débat public américain laisse s'installer une sorte d'inertie quant aux responsabilités des uns et des autres vis-à-vis de Jeffrey Epstein. Comme souvent, Donald Trump n'est pas étranger à ce contexte. Le président américain, qui a lui-même fréquenté à de nombreuses reprises Jeffrey Epstein lors de sa période dorée new-yorkaise, tente de balayer l'affaire. "Je pense qu'il est temps pour le pays de passer peut-être à autre chose, comme le système de santé ou quelque chose qui importe aux gens", a-t-il déclaré à ce sujet le 3 février dernier.
Plus d'un an après son retour à la Maison-Blanche, le républicain continue de mettre en œuvre sa stratégie de saturation permanente de l'espace médiatique. Dérives de la police anti-immigration, tensions avec l'Iran, appel au Parti républicain à "prendre le contrôle du vote" des élections... Tant de sujets qui ont de quoi faire passer au second plan l'affaire Epstein pour un certain nombre d'Américains, en dépit de certaines de ses dernières évolutions explosives. "Pour les Américains, qui ont entendu parler des dossiers Epstein tout au long de plusieurs cycles électoraux, la présence du président dans ces dossiers n'est pas une nouveauté", détaille l'éditorialiste Kate Andrews dans le Washington Post. "En effet, le lien avec Epstein fait partie intégrante de la présidence Trump. Un autre rebondissement dans la saga Epstein est plus facilement noyé dans le flot incessant de distractions émanant de la Maison-Blanche."
Cette stratégie va de pair avec le peu de considération de l'administration républicaine pour les violences sexuelles. Donald Trump a déjà été accusé de plusieurs agressions sexuelles. L'une d'entre elles a débouché sur une condamnation au civil en décembre 2024, juste avant sa seconde investiture. De son côté, le ministre de la Défense, Pete Hegseth, a lui aussi été mis en cause pour des faits de ce genre, ce qui ne l'a pas empêché d'être nommé au Pentagone. "Nous, Américains, devons nous regarder en face. Pourquoi ne réagissons-nous pas de la même manière [que l'Europe] ?", s'interroge, auprès de Politico, l'ex-ambassadeur Rufus Gifford. "Il ne fait aucun doute que le comportement de Trump a eu des répercussions sur l'ensemble de la société. Mais je pense que la question que nous devons nous poser est de savoir si ce problème existait avant Trump, et si Trump n'en est qu'un symptôme."
Le prédateur sexuel Jeffrey Epstein et sa compagne et complice Ghislaine Maxwell sur une image non datée, publiée par le ministère de la Justice américain.
Le magnat de la presse et activiste prodémocratie Jimmy Lai a été condamné lundi 9 février par un tribunal de Hongkong à une peine de 20 ans de prison pour atteintes à la sécurité nationale, après avoir été reconnu coupable des chefs d'accusation de sédition et de collusion avec des puissances étrangères.
Cette condamnation marque l'épilogue d'un feuilleton judiciaire de premier plan qui s'est étiré sur près de cinq ans et a été suivi attentivement par la communauté internationale. Jimmy Lai avait été arrêté en premier lieu en août 2020 en vertu de la loi de sécurité nationale imposée quelques semaines plus tôt par la Chine en réponse aux vastes manifestations antigouvernementales de 2019 à Hong Kong. Il a été reconnu coupable en décembre dernier d'accusations de collusion avec des puissances étrangères et de sédition.
Figure éminente de la contestation et fondateur du journal prodémocratie Apple Daily - contraint à la fermeture en 2021 -, Jimmy Lai encourait une peine pouvant aller jusqu'à la prison à perpétuité, comme prévu par la loi de sécurité nationale pour les atteintes dites de "nature sérieuse". Sa condamnation est la plus lourde prononcée jusqu'à présent à Hongkong en vertu de cette loi, décrite par ses détracteurs comme destinée à réprimer toute opposition et contraire aux libertés garanties lors de la rétrocession de l'ancienne colonie britannique à la Chine.
"Cerveau" d'un complot avec des puissances étrangères
Les trois juges ont déclaré lundi que l'ampleur de la condamnation de Jimmy Lai était justifiée par le fait que ce dernier était le "cerveau" et le moteur "persistant" de complots avec des puissances étrangères. Ils ont cité des éléments à charge démontrant selon l'accusation que les complots en question étaient destinés à aboutir à des sanctions, embargos et autres mesures hostiles de la part des Etats-Unis et d'autres pays, tout en impliquant un réseau d'individus parmi lesquels des employés d'Apple Daily. En plus de Jimmy Lai, six anciens employés du journal ont été condamnés lundi à des peines allant de six ans à dix ans d'emprisonnement.
Jimmy Lai, 78 ans, a rejeté toutes les accusations le visant. Il a déclaré lors de son procès être un "prisonnier politique" victime d'une persécution de la Chine, tandis que les appels à sa libération se sont multipliés en marge de sa détention, notamment en raison de son état de santé fragile. Pékin a répété que le procès de Jimmy Lai était équitable.
Des dirigeants mondiaux, dont le président américain Donald Trump et le Premier ministre britannique Keir Starmer, ont critiqué le sort de Jimmy Lai. Le second a dit avoir évoqué le sujet lors de sa visite en Chine en janvier durant laquelle il a notamment rencontré le président chinois Xi Jinping. Donald Trump avait dit également avoir discuté de Lai avec son homologue chinois lors d'un entretien en octobre dernier.
Ces préoccupations reflètent notamment la renommée de longue date de Jimmy Lai sur la scène internationale pour son engagement en faveur de la démocratie face au pouvoir à Pékin et pour son large réseau politique - des liens que les procureurs ont mis en avant durant son procès. Au moment du pic du mouvement de contestation à Hongkong en juillet 2019, Jimmy Lai avait été reçu à Washington par le vice-président américain et le secrétaire d'Etat américain de l'époque, Mike Pence et Mike Pompeo.
"Condamnation à mort"
"La règle de droit a été complètement brisée à Hongkong", a commenté Jodie Ginsberg, directrice générale du Comité de protection du journalisme (CPJ), ONG basée à New York. "La décision scandaleuse de ce jour est un coup de grâce porté à la liberté de la presse à Hongkong". Il faut que "la communauté internationale accentue ses pressions pour libérer Jimmy Lai si nous voulons que la liberté de la presse soit respectée où que ce soit dans le monde", a-t-elle ajouté.
Plusieurs diplomates occidentaux ont déclaré par le passé à Reuters que des négociations pour la libération de Jimmy Lai, qui possède également la nationalité britannique, pourraient véritablement démarrer uniquement après sa condamnation et dépendraient également d'un potentiel appel.
Interrogé lundi par les journalistes, l'avocat de Jimmy Lai a refusé de dire si son client entendait interjeter appel, déclarant qu'il disposait d'un délai de 28 jours pour le faire. La famille et l'avocat de Jimmy Lai, de même que d'anciens collègues et des partisans, avaient prévenu avant le verdict qu'il serait en danger de mort en prison en raison de ses problèmes cardiaques. Aux yeux d'Elaine Pearson, directrice de Human Rights Watch en Asie, la "sévère" condamnation prononcée lundi est "de facto une condamnation à mort". "Une condamnation de cette magnitude est à la fois cruelle et profondément injuste", a-t-elle dit.
Des dizaines de partisans de Jimmy Lai s'étaient rassemblés près du tribunal plusieurs jours avant l'audience dans le but de s'assurer une place dans la salle. Un important dispositif de sécurité était en place, dont un camion blindé déployé dans la zone.
À la veille du Nouvel an, des agents russes ont failli causer le chaos en Pologne en tentant de déclencher une panne électrique de grande ampleur. L’incident, déjoué in extremis, est attribué par les autorités de Varsovie à des groupes de hackers dépendant du Service fédéral de sécurité (FSB), le principal service secret de la Fédération de Russie. D’un point de vue militaire, ce genre d’opération est d’autant plus inquiétant qu’il pourrait faciliter la réussite d’une attaque de l’armée russe contre les pays baltes.
La Pologne est l’objet depuis plusieurs mois d’actions de "guerre hybride" de la part de la Russie et de son allié biélorusse, avec notamment des opérations de désinformation mais aussi l’incursion simultanée d’une vingtaine de drones le 9 septembre dernier, puis un attentat à l’explosif près de Lublin qui a endommagé, le 17 novembre, une ligne de chemin de fer cruciale pour le transport de personnes, de marchandises et d’armes occidentales vers l’Ukraine.
L’agression informatique du 29 décembre marque quant à elle une "escalade significative" par rapport aux cyberattaques russes précédentes contre la Pologne, indique un rapport détaillé que l’agence de cyberdéfense polonaise (CERT Polska) vient de lui consacrer. De fait, on n’est plus très loin d’un acte de guerre car l’action n’était pas destinée à espionner ou à capturer des données dans un but d’extorsion, mais bien à détruire les systèmes informatiques ciblés au moyen d’un logiciel malveillant de type "wiper".
L’attaque a été déjouée grâce à une riposte rapide des agents de la CERT Polska avec l’aide de la société de cybersécurité européenne ESET. Le rapport compare l’effet qu’aurait pu produire l’attaque dans l’espace cyber polonais à celui d’un incendie criminel dans le monde physique. Préparée de longue date - les premières incursions dans les systèmes informatiques concernés remontent au printemps 2025, selon les enquêteurs -, l’agression a coïncidé avec une période de froid polaire et de tempête de neige en Pologne. Elle a visé une trentaine d’installations d’énergie renouvelable, notamment des ensembles d’éoliennes et des fermes solaires, mais aussi une centrale thermique approvisionnant en chauffage environ un demi-million de personnes.
Un "faux nez" du Cercle 16, une unité du FSB
Les autorités polonaises l’ont attribuée à un groupe de hackers qui est connu indifféremment en Occident sous les noms de "Static Tundra", "Berserk Bear" ou encore "Dragonfly". Il est identifié de longue date comme un "faux nez" du Cercle 16, l’unité du FSB russe spécialisée dans la cyberguerre. "Tout indique que ces attaques ont été préparées par des groupes liés directement aux services russes", a accusé le Premier ministre polonais, Donald Tusk. Il a relevé que ce type d’actions mettait en péril non seulement la sûreté énergétique mais aussi la sécurité de l’Etat.
Interrogé par la radio privée RMF, le ministre du Numérique, Krzysztof Gawkowski, a expliqué que la Pologne était passée "très près" ce jour-là d’une panne électrique de grande ampleur. "L’ampleur de l’agression, le vecteur choisi et l’identité du commanditaire convergent pour indiquer qu’il s’agissait d’une opération coordonnée visant à couper délibérément l’électricité pour les citoyens polonais", a poursuivi Gawkowski. Selon lui "tout pointe vers une action de sabotage russe destinée à déstabiliser la Pologne". Le ministre de l’Energie, Milosz Motyka, a expliqué de son côté que les agresseurs avaient tenté de perturber la communication entre les installations de production d’électricité et les opérateurs de réseaux sur une vaste partie du pays. L’importance des énergies renouvelables a augmenté ces dernières années en Pologne pour atteindre 29 % de la production d'électricité en 2025. Même en hiver, elles peuvent parfois fournir jusqu’à un quart de la consommation totale.
Une telle opération informatique visant la Pologne, couplée à un coup de main de l’armée russe contre la Lituanie ou un autre pays balte, serait un scénario cauchemardesque pour l’Otan. Une panne électrique perturberait gravement les transports par voie terrestre, la logistique militaire comptant principalement sur le chemin de fer pour acheminer les renforts. Elle pourrait les bloquer suffisamment longtemps pour permettre aux militaires russes d’atteindre leurs objectifs opérationnels.
Le corridor de Suwalki, d’à peine 65 kilomètres de large entre la Biélorussie d’un côté et l’exclave russe de Kaliningrad de l’autre, est le seul passage terrestre entre les pays baltes et le reste de l’Union européenne. Menacé d’une attaque russe en tenaille, il est considéré à ce titre comme le "talon d’Achille" de l’Otan. Un "black-out" électrique soudain en Pologne entraverait sérieusement les efforts pour le défendre. La cyberattaque russe du 29 décembre prouve que les dirigeants russes sont au courant de cette vulnérabilité occidentale et qu’ils se préparent à l’exploiter, si jamais, comme beaucoup le craignent parmi les experts de la sécurité européenne, la décision était prise par Vladimir Poutine d’attaquer un pays balte.
Commandant de la plus puissante marine de guerre de la planète, l'amiral Daryl Caudle s'exprime en exclusivité dans L'Express à un moment crucial : les tensions internationales sont exacerbées et la force navale revient au cœur de la politique de puissance américaine. Un an après l'accession de Donald Trump à la Maison-Blanche, l'US Navy a déployé une armada massive à proximité de l'Iran et une autre, plus réduite, au large de Cuba et du Venezuela (celle-ci compte "seulement" un porte-avions, deux sous-marins et une vingtaine de navires).
Parallèlement, ce "chef des opérations navales" – c'est son titre – qui est le lointain successeur du légendaire amiral Chester Nimitz, le commandant de la flotte du Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale, fait face aux défis de la montée en puissance de la marine chinoise. Simultanément, il doit gérer la transformation de l'US Navy à l'heure de profonds changements technologiques (drones, armes laser, missiles hypersoniques) qui transforment l'art du combat naval, aérien et terrestre. Passionnant.
L'Express : À l'époque des drones et des missiles hypersoniques, un débat sur la vulnérabilité des porte-avions s'est fait jour. Dans la guerre du futur, ces mastodontes des mers resteront-ils pertinents ?
L'amiral Daryl Caudle : On me pose souvent cette question et la réponse est oui. En fait, ils vont même gagner en importance. Prenons l’exemple du porte-avions USS Nimitz, mis en service en 1975, qui est le plus ancien parmi les onze actuellement en service. Au fil de son histoire, ce bâtiment a accueilli huit types d’avions, depuis le F4 Phantom II jusqu’au F-18 actuellement. Cela signifie que, si ce genre de navire est conçu correctement, il n’y a pas de limite au type d’aéronefs qui peut en décoller et y atterrir. Dans un futur pas si lointain, les porte-avions catapulteront des avions sans pilote, c’est-à-dire des drones de combat, en plus des avions de chasse traditionnels.
Le porte-avions USS Abraham Lincoln (CVN 72) de classe Nimitz est photographié dans la mer d'Oman le 19 janvier 2012, avant de traverser sans incident le détroit d'Ormuz le 22 janvier 2012.
Disposer de terrains d’atterrissage mobiles capables de se déplacer sur des milliers de kilomètres autour du globe rapidement n’est pas quelque chose qui va se démoder rapidement. Lorsque quelque chose se passe quelque part dans le monde, l'US Navy peut arriver sur place en moins de deux semaines : le porte-avions USS Abraham Lincoln s’est déplacé de l'Indo-Pacifique jusqu’au golfe Persique [NDLR : à proximité de l’Iran] en moins de dix jours. Aussi loin que je puisse me projeter mentalement, les porte-avions resteront au cœur de la marine de guerre. Je ne m’inquiète pas du tout pour ça.
La marine en général n’est-elle pas davantage exposée que par le passé à la menace aérienne, de plus en plus sophistiquée ?
En mer, la clé, c’est la manière dont on repère l’ennemi et dont on parvient à se rendre "invisible". Cela passe par la détection de signaux électromagnétiques depuis l’espace [Il sort de ses poches un iPhone et un biper ; les pose sur la table afin de visualiser leur différence de taille]. C’est sans doute contre-intuitif mais ce porte-avions (l’iPhone) n’est pas plus facilement détectable que cette frégate (le biper). Vus depuis l’espace, ces deux navires se ressemblent : ce sont juste deux points qui émettent un signal chacun.
Donc, d’un côté, l’art de la guerre navale consiste à capter la "signature" des navires visés à l’aide de satellites, de sous-marins ou encore de radars et capteurs embarqués dans des vaisseaux à proximité ; et de réduire la sienne. Il convient aussi de diminuer au maximum le bruit émis par le bateau afin de le rendre indétectable aux sous-marins et, de la même manière, de limiter les radiocommunications. Par ailleurs, nos navires eux-mêmes sont construits de manière à être discrets dans le spectre électromagnétique, silencieux acoustiquement et visuellement difficiles à repérer.
Nous savons maximiser notre létalité contre un adversaire donné
Amiral Caudle
Ce "parapluie de protection" permet une forme d’"obscurité en plein jour" qui peut nous rendre "invisibles" aux yeux de l’ennemi. Par-dessus le marché, nos experts du Space Command [Commandement spatial, l’une des onze branches de l’armée américaine] et du Cyber Command [Commandement cyber] se mobilisent eux aussi afin de couper les transpondeurs et les signaux émis par nos navires lorsque la situation l’exige.
L’industrie navale chinoise est en plein boom. Sa capacité est aujourd’hui 200 fois supérieure à celle des États-Unis. Comment combler ce fossé ?
Je dirais plutôt 25 fois, pas 200, car tout dépend de la méthode de calcul. En tout cas, le défi est identifié. Nous y répondons de trois manières : en augmentant notre capacité de production aux États-Unis ; en incitant d’autres pays à venir construire des navires chez nous ; en collaborant avec nos partenaires et alliés afin qu’ils construisent des navires pour nous. C’est ce que fait par exemple l’US Coast Guard grâce à l’ICE Pact, cet accord tripartite Finlande-Canada-États-Unis visant à construire des brise-glaces afin de renforcer sa flotte de garde-côtes en Arctique.
Le secrétaire à la Marine John Phelan [NDLR : un civil] prend la relance des chantiers navals très au sérieux. Mais c’est un processus lent. Dans l’intervalle, nous pouvons compter sur l’agilité de nos marins et de leurs commandants, sur leur savoir-faire et sur leur expérience. Comme nulle autre marine, nous savons déployer et synchroniser nos capacités offensives afin de maximiser notre létalité contre un adversaire donné. La préparation de notre flotte, la manière dont nous manœuvrons nos navires tout en les entretenant et en les ravitaillant en mer nous donnent un avantage incomparable. Nous sommes prêts à contrer n’importe quel adversaire dans tous les scénarios.
Un F/A-18E Super Hornet, rattaché au Strike Fighter Squadron (VFA) 151, décolle du pont d'envol du porte-avions de classe Nimitz USS Abraham Lincoln (CVN 72) pendant l'exercice Northern Edge 2025 (NE25).
Cette souplesse est indispensable car aucune mission ne ressemble à une autre. Si, par exemple, il s’agit d’apporter notre soutien à Israël pour sa défense antimissile balistique depuis la Méditerranée orientale, je dois pouvoir positionner mes forces à partir d’un éventail d’options. Et s’il s’agit de défendre des goulots d’étranglement comme le canal de Suez ou les détroits de Gibraltar, de Bab el-Mandeb (mer Rouge) ou d’Ormuz (golfe Persique), je dois également avoir le choix. Pour les États-Unis, ces missions sont d’une extrême importance, car plus de 70 % de notre commerce passe par l’océan. J’ajoute que plus de 90 % des formations transitent par des câbles sous-marins immergés dans le Pacifique et l’Atlantique. La défense des océans est également vitale.
Que vous inspirent les progrès fulgurants de la marine chinoise ?
Statistiquement, la Marine de l’Armée populaire de libération surpasse l’US Navy dans certains domaines, mais pas tous. Notre force sous-marine est supérieure, mais Pékin possède davantage de navires de surface ; nous totalisons 11 porte-avions tandis que la Chine en détient 4 seulement (mais en construit d’autres). Cela étant dit, lorsque nous ajoutons à notre flotte celles de nos alliés et partenaires susceptibles de combattre à nos côtés – Japon, Australie, Corée du Sud –, notre marine approche la parité avec les Chinois en nombre de coques. Nous travaillons dur à conserver les liens étroits avec nos alliés et partenaires. Et nous espérons qu’en cas de conflit, ils seront à nos côtés pour augmenter notre puissance de feu.
Qu’est-ce que la "Golden Fleet" (Flotte dorée) dont le concept a été lancé officiellement en décembre par le gouvernement Trump ?
Il s’agit de l’initiative globale consistant à reformater l’US Navy, en partant, précisément, de la réforme des chantiers navals. C’est un travail de collaboration entre le secrétaire de la Marine, chargé des acquisitions de navires, et le haut commandement de l’US Navy qui exprime ses besoins en la matière. Décision a été prise d’acquérir un nouveau cuirassé ultramoderne et rapide doté d’une salle de commandement de haut niveau, d’une puissance électrique considérable et d’une capacité à embarquer des forces amphibies prêtes à effectuer des débarquements.
La variété de notre flotte constitue un immense atout
Amiral Caudle
Ce premier navire de la classe Trump [NDLR : une nouvelle famille de cuirassés nommée d’après le président] s’appellera le Defiant (Le Rebelle). Plus petit qu’un porte-avions, son volume sera 25 à 40 % supérieur à celui d’un destroyer de classe Arleigh Burke qui compte parmi les plus grands navires de combat de surface de l’US Navy. Il sera en outre équipé d’armes à énergie dirigée (AED) – armes laser à haute énergie (HEL), armes à micro-ondes à haute puissance (HPM) – dont la puissance électrique se mesurera en mégawatts.
À l’autre extrémité du spectre, nous allons acquérir des frégates pour des missions plus légères : opérations d’interdiction maritime (narcotrafic dans les Caraïbes, piraterie, terrorisme), de surveillance ou encore de protection des détroits. Ces frégates sont parfaitement adaptées aux missions dites "du bas du spectre". La variété de notre flotte constitue un immense atout. Si tous ses navires étaient de taille identique, notre Navy serait surdimensionnée pour certaines missions et sous-dimensionnée pour d’autres.
Comment l’évolution technologique transforme-t-elle la guerre ?
Nos navires traditionnels (destroyers, sous-marins, porte-avions) sont progressivement équipés – et boostés - par de nouvelles technologies qui démultiplient leurs possibilités. S’ajoute à cela l’arrivée de drones marins, sous-marins et aériens. Bien utilisés à la surface de l’eau, sous les mers et dans les airs, ces engins améliorent nos capacités, car ils servent (alternativement ou simultanément) à des missions de renseignement, de reconnaissance, de surveillance et de combat. Bientôt, des drones aériens entreront en service sur nos porte-avions. Et les drones ravitailleurs furtifs MQ-25 [NDLR : actuellement en phase d’essai] seront capables d’opérer à environ mille kilomètres du navire, ce qui augmentera encore le rayon d’action des avions embarqués sur les porte-avions.
L'amiral Daryl Caudle, 34e chef des opérations navales.
Mais l’on ne peut évoquer la guerre moderne sans parler des dimensions spatiale et cybernétique. Les constellations de satellites Starlink (civils) et Starshield (militaires) déployées en orbite basse (à environ 1 000 kilomètres d’altitude) par la compagnie d’Elon Musk, SpaceX, sont très efficaces. Et les satellites militaires géostationnaires de l’US Space Force (à 36 000 kilomètres) sont extrêmement précieux [NDLR : ils incluent des systèmes de renseignement, de surveillance, de détection de missiles, de brouillage GPS]. Mais même si l’espace, le cyber et les drones vont gagner en importance, il faut être clair : aucune guerre ne pourra être gagnée "virtuellement". Pour l’emporter, la composante humaine demeurera essentielle.
Le porte-avions USS Gerald Ford croise dans les Caraïbes depuis novembre, au large du Venezuela et de Cuba. Va-t-il y rester ?
Ce que nous appelons Hémisphère occidental, et que vous, Européens, appelez "les Amériques", constitue une priorité. Le président l’a clairement exprimé dans la nouvelle Stratégie de sécurité nationale américaine publiée en décembre. Celle-ci est directement liée à sa vision d’un Golden Dome [inspiré du Dôme de fer israélien] visant à protéger la patrie. Ce dispositif de défense antimissile s’articule directement avec la Golden Fleet qui participe de la même mission. Dans les Caraïbes, l’US Navy est là pour bloquer les trafics illicites – drogues, fentanyl, êtres humains – et la contrebande de pétrole transportée à bord des flottes grises (des bateaux suspects battant pavillon de complaisance) ou noires (des pétroliers qui falsifient leur immatriculation et débranchent leur système de géolocalisation). Dans la région, l’US Navy est là pour rester.
Comment l’US Navy entend-elle se renforcer dans l’Arctique ?
Depuis cinq ans, je suis très engagé dans le débat sur l’Arctique. J’essaie de faire prendre conscience à l’opinion de l’importance de cette région, qui abrite des milliards de dollars de gaz naturel, de pétrole et de terres rares. Si on laisse la Russie faire, c’est elle qui dominera l’Arctique. Donc, ma stratégie pour l’Arctique tient en trois points. Primo, accroître notre présence et notre capacité à opérer en hautes latitudes nord – y compris sous la banquise avec des sous-marins, mais ça, on sait déjà faire ! Secundo, travailler en équipe avec nos partenaires et alliés. Pour cela, il y a le Conseil de l’Arctique où le Canada joue un rôle important. À l’avenir, ce Conseil va gagner du poids. Tertio, mobiliser l’opinion publique afin qu’elle prenne conscience de l’importance de l’enjeu et de ce qu’il reste à faire pour que cet espace stratégique ne soit pas cédé à la Russie ou à la Chine.
L'amiral Daryl Caudle, 34e chef des opérations navales, prononce un discours lors d'une cérémonie d'entrée en fonction, au Washington Navy Yard à Washington D.C., le 25 août 2025.
Les priorités de Téhéran se dessinent. L'Iran semble avoir rapidement remis en état une partie de ses installations de missiles balistiques endommagées lors des frappes menées l’an dernier, tandis que les réparations sur ses principaux sites nucléaires restent limitées. C’est ce que révèle une analyse d’images satellites publiée par le New York Times, le 6 février 2026, qui éclaire les priorités militaires de Téhéran dans un contexte de fortes tensions régionales.
Ces reconstructions interviennent alors que les États-Unis renforcent leur présence militaire à proximité de l’Iran et que le président américain Donald Trump envisage une nouvelle action armée. En cas d’attaque par Washington, l’Iran riposterait très probablement par des tirs de missiles balistiques visant Israël ainsi que des intérêts américains dans la région, estiment plusieurs experts cités par le quotidien américain.
Selon l’analyse du New York Times, qui a examiné une vingtaine de sites frappés par Israël ou les États-Unis lors du conflit de douze jours en juin 2025, des travaux de construction ont été observés sur plus de la moitié d’entre eux. Les spécialistes interrogés soulignent toutefois que l’ampleur exacte de ces réparations reste difficile à évaluer à partir d’images satellites, qui ne permettent d’observer que les activités en surface.
Ses capacités balistiques : une priorité à court terme
Les images montrent néanmoins que certaines installations liées aux missiles ont été réparées peu de temps après les frappes, suggérant que l’Iran a fait de la production et du rétablissement de ses capacités balistiques une priorité à court terme. "Menacer Israël, les bases américaines et leurs alliés dans la région par des attaques de missiles est l’une des rares options dont dispose l’Iran pour dissuader toute nouvelle frappe contre ses installations nucléaires", explique John Caves, chercheur associé principal au Wisconsin Project on Nuclear Arms Control, dans un courriel cité par le New York Times.
Selon les services de renseignement, le programme de missiles balistiques iranien a depuis été largement reconstruit. Cependant, la situation est bien différente du côté du nucléaire. En effet, les images satellites des principaux sites touchés montrent surtout des réparations partielles et des travaux de fortification qui ne se sont accélérés que récemment. La stratégie de sécurité nationale de la Maison-Blanche, publiée en novembre 2025, affirme d’ailleurs que les frappes ont "considérablement affaibli le programme nucléaire iranien", toujours selon le New York Times.
Les sites d'enrichissement nucléaire toujours hors service
Les trois principaux sites d’enrichissement – Ispahan, Natanz et Fordo – semblent ainsi toujours hors service, malgré une activité visible en surface. Depuis décembre 2025, des toits ont été installés sur certaines structures, empêchant toute observation directe d’éventuels travaux à l’intérieur. Selon les experts, cette couverture pourrait viser à récupérer des actifs sensibles à l’abri des satellites, tandis que la plupart des dégâts visibles causés en juin demeurent inchangés. À Ispahan, plusieurs bâtiments détruits en surface, dont des installations de conversion d’uranium, semblent également avoir été dissimulés sous des toits.
Dans un rapport publié le 29 janvier 2026, l’Institut pour la science et la sécurité internationale affirme avoir observé une intensification récente de l’activité à Ispahan, notamment l’enfouissement d’entrées de tunnels sous de la terre fraîche. "Cela suggère une anticipation d’une attaque, ce qui supposerait la présence de ressources précieuses sur le site", a déclaré au New York Times David Albright, président de l’institut, évoquant la possible présence d’uranium enrichi. Ces évolutions surviennent alors que l’Iran et les États-Unis ont repris le dialogue : réunis vendredi 6 février à Oman, les deux pays ont tenu des discussions qualifiées de "bon début" par le ministre iranien des Affaires étrangères, qui a précisé qu’elles portaient exclusivement sur le nucléaire et devaient se poursuivre.
Les photos de vacances de New York ou de Los Angeles ne font plus autant rêver. Selon le Financial Times, les voyages internationaux vers les États-Unis ont connu une chute notable au cours de la première année du second mandat de Donald Trump, alors que le président a supervisé un renforcement massif des contrôles d’immigration, un filtrage accru aux frontières et l’instauration de droits de douane à l’échelle mondiale, rapporte le quotidien économique américain. "Le secteur du tourisme bouleversé par le nouvel ordre mondial de Trump", titrait déjà en mai 2025 le site d'informations Politico.
Les chiffres sont parlants : en 2025, le nombre de visiteurs étrangers ayant voyagé aux États-Unis a diminué de 4,2 %, soit le premier recul annuel depuis le début de la pandémie de Covid-19, selon l’Administration du commerce international (ITA). Concrètement : en novembre 2025, les Etats-Unis accueillaient 68 millions de touristes contre 72 millions en janvier 2025, date à laquelle Donald Trump a pris la présidence du pays. Preuve qu'il ne s'agit pas d'une tendance globale, le tourisme international mondial a, lui, progressé de 4 % sur la même période, souligne l’agence onusienne du tourisme.
A noter que la Maison-Blanche a rendu l’accès au territoire particulièrement difficile pour certains voyageurs. Par exemple, elle a interdit l’entrée aux ressortissants d’une douzaine de pays pour des raisons de sécurité nationale et suspendant la délivrance de visas à 75 pays, dont le Brésil et la Thaïlande. La surveillance des réseaux sociaux des visiteurs, étudiants et résidents potentiels s’est intensifiée, tandis que les fouilles d’appareils électroniques aux frontières ont augmenté de 18 % au cours de l’exercice fiscal 2025, selon les services des douanes et de la protection des frontières (CBP).
Les visites des Européens ont diminué de 3,1 %
Par ailleurs, une nouvelle règle oblige désormais les visiteurs de dizaines de pays à soumettre cinq années d’activité sur les réseaux sociaux. De quoi dissuader aussi ceux pour qui les portes des Etats-Unis restent ouvertes. En effet, le recul a été particulièrement marqué pour les Canadiens, dont les voyages vers les États-Unis ont chuté de 10,2 % par rapport à l’année précédente. Selon l’Association américaine du tourisme, les visiteurs canadiens avaient généré environ 20,4 millions de visites et près de 20,5 milliards de dollars de dépenses touristiques en 2024, soutenant ainsi environ 140 000 emplois aux États-Unis.
Les visites en provenance d’Europe et du Moyen-Orient ont également diminué, respectivement de 3,1 % et 3 %. La politique agressive de Donald Trump, combinée à sa rhétorique sur l’immigration, a découragé de nombreux touristes. Par ailleurs, le Danemark, la Finlande et l'Allemagne ont publié au printemps des recommandations actualisées concernant les voyages des personnes transgenres aux États-Unis, peu après la signature par Donald Trump d'un décret supprimant les mentions "non binaire" et "autre" des documents fédéraux.
Sans surprise, la baisse des arrivées internationales a eu des répercussions sur l'hôtellerie américaine. Le revenu par chambre disponible (RevPAR), indicateur clé du secteur, a reculé pour la première fois depuis le pic de la pandémie de Covid-19 et reste négatif depuis avril 2025, période coïncidant avec l’offensive tarifaire dite de "libération" de Donald Trump, selon la société d’analyse CoStar. Nos confrères de TF1 parlent de 11 millions de réservations, soit "une dégringolade historique expliquée par la flambée des prix aux États-Unis, de 30 % en 2 ans". Exemple avec l'Esta, l'autorisation de voyage électronique obligatoire, qui coûte désormais 40 dollars, soit deux fois plus cher qu'avant.
Le tourisme : un dommage collatéral
Par ailleurs, le secteur aérien a également souffert : les compagnies européennes signalent une baisse du trafic sur les liaisons nord-américaines, malgré des annonces minimisant l’ampleur du recul. "La baisse n’a pas été aussi importante que certains l’avaient anticipé", a déclaré au Financial Times Carsten Spohr, directeur général de Lufthansa.
Si certains analystes comptent sur l’impact de la prochaine Coupe du Monde 2026 – qui se déroule aux États-Unis, au Canada et au Mexique – pour soutenir les tarifs hôteliers dans les villes hôtes, Shaun Kelley de Bank of America prévoit une demande globalement "anémique" en 2026. Pourtant l'année promettait d'être exceptionnelle avec la célébration du centenaire de sa mythique Route 66 et le 250e anniversaire de son indépendance. A croire que la combinaison de mesures sécuritaires strictes, de restrictions de visas et de tensions internationales a pesé sur le tourisme américain, mettant à mal un secteur longtemps considéré comme un moteur économique majeur pour le pays.
"Qui pourrait succéder à Sir Keir Starmer au poste de Premier ministre britannique ?", titre d’embléeThe Economist. Dix-neuf mois après son arrivée au pouvoir, le travailliste voit sa cote s’effriter et les spéculations enfler à Westminster. Dernier sujet explosif : la nomination, en 2024, de Peter Mandelson comme ambassadeur du Royaume-Uni aux Etats-Unis, dont le nom vient de surgir dans le dossier du pédocriminel Jeffrey Epstein, financier américain condamné pour crimes sexuels et mort en prison en 2019.
Si les répercussions de cette nomination pourraient fragiliser un mandat déjà chancelant, la question se pose de la succession de Keir Starmer à la tête du gouvernement britannique. Spoiler : "Le vivier de talent est limité", tance The Economist. Pour défier Keir Starmer, il suffirait que 81 députés travaillistes soutiennent un autre candidat, qui, s’il obtient au moins 20 % des voix, serait soumis avec Keir Starmer à un vote plus large impliquant environ 250 000 membres et sympathisants du parti.
"Angela Rayner manie le couteau qui pourrait terrasser Keir Starmer"
Parmi les prétendants, on retrouve Angela Rayner, ancienne vice-Première ministre issue de la classe ouvrière et favorite des parieurs pour succéder à Keir Starmer. Seul bémol : elle a démissionné de son poste en septembre 2025 après avoir reconnu un défaut de paiement d’impôt lors de l’achat d’un appartement. Malgré cette controverse, la quadragénaire conserve un capital politique solide, renforcé par une crédibilité populaire et un réseau fort au sein des députés les plus à gauche du parti. Elle patiente donc sur les bancs de l’arrière-ban du Parti travailliste, intervenant rarement mais restant une figure politique scrutée.
Début février 2025, l'ex-aide soignante s’est publiquement démarquée de Keir Starmer lors d’un vote sensible lié à la nomination de Peter Mandelson, convergeant ponctuellement avec les conservateurs. De quoi révéler au grand jour les tensions internes au Labour. "Angela Rayner manie le couteau qui pourrait terrasser Keir Starmer – mais remportera-t-elle la couronne ?", ironisait The Independant. Certains députés estiment toutefois qu’elle pourrait rester en retrait le temps que le fisc britannique conclût son enquête à propos des 40 000 livres sterling de droits de timbre non payés sur l'achat de son appartement, limitant temporairement ses ambitions.
Sur la liste des possibles successeurs de Keir Starmer, Wes Streeting, ministre de la Santé, s’impose également depuis la démission d’Angela Rayner comme une figure de proue de la saga de succession. Wes Streeting a obtenu des résultats jugés satisfaisants à la tête du ministère de la Santé, réduisant le nombre de sites d’implantation pour le NHS et investissant dans l'intelligence artificielle pour améliorer les diagnostics, démontrant sa compétence. De quoi lui donner une crédibilité en termes de gestion publique. "Wes Streeting est celui qui bénéficie du plus grand nombre de soutiens parlementaires prêts à prendre le risque de le soutenir", rapporte The Guardian.
Wes Streeting, Andy Burnham...
Salué pour ces talents de communicant, l'homme politique de 43 ans avait nié toute manœuvre contre l'actuel Premier ministre, à la suite d’informations de presse évoquant une possible tentative de déstabilisation après la présentation du budget le 26 novembre. Contrairement à Angela Rayner, aucun scandale public notable ne ternit son image. Enfin presque, puisque ses relations passées avec Peter Mandelson ont refait surface dans la presse britannique. Par ailleurs son approche plus centriste divise : il est impopulaire auprès de l’aile gauche du parti, notamment à cause de sa politique interdisant au NHS de prescrire des bloqueurs d’hormones aux mineures.
En parallèle, les chances d’Andy Burnham, maire de Manchester depuis 2017, ont récemment diminué après que des alliés de Keir Starmer au sein du Comité exécutif national du parti l’ont empêché de se présenter à une élection partielle. Or, au Royaume-Uni, pour devenir chef du Parti travailliste, il faut en effet être député (MP). Pourtant Andy Burnham avait comme principal atout d'avoir construit une image de figure populaire, notamment lorsqu'il a négocié, durant la pandémie du Covid-19, afin d'obtenir des aides financières pour la ville et la commune voisine.
On peut également citer Ed Miliband, ancien chef du Parti travailliste entre 2010 et 2015, qui a déjà perdu l’élection générale face à David Cameron. Malgré cette défaite passée, il conserve une influence notable, occupant aujourd’hui un rôle clé sur les questions climatiques et énergétiques comme Secrétaire d’État à la Sécurité énergétique et à la Neutralité carbone. Selon The Economist, ses chances dans la course à la succession de Starmer ont récemment doublé, passant de 4 % à 7 %, signe qu’il reste un acteur à ne pas négliger dans le jeu interne du Labour.
Parfois, l’espoir réside dans un grand drapeau ukrainien accroché sur le mur d’un entrepôt anonyme. Histoire sans doute de rappeler aux occupants des lieux l’urgence de leur mission. Un peu plus de 3 600 kilomètres séparent Kiev de Madrid. Pourtant, dans cette vaste zone industrielle de Villaverde, au sud de la capitale espagnole, les horreurs de la guerre résonnent ici aussi. Dans un vaste hangar entouré de friches industrielles et de centres commerciaux tout juste sortis de terre, l’avenir du conflit est peut-être en train de s’écrire. Il n’y a pas si longtemps, une montagne de colis Amazon, le géant américain du commerce en ligne, tapissait cet entrepôt de 6 000 mètres carrés. Depuis septembre dernier, quelques dizaines d’ingénieurs et techniciens affûtés de Destinus, l’une des start-up européennes du secteur de la défense les plus en vue du moment, ont pris leur quartier. Au milieu de la grande salle, trois lignes de production ont été installées. Sur de vastes tables gisent les carcasses rutilantes du Ruta Block 1, un drone missile d’attaque kamikaze. A chaque étape de la chaîne d’assemblage, deux employés se penchent sur les entrailles de l’engin, un animal de guerre de 4 mètres et demi de long, d’une portée de 300 kilomètres et dotée d’une charge utile – la masse d’explosif - de près de 150 kilos. Silence de cathédrale, gestes chirurgicaux. Un travail d’orfèvre.
Si l’usine n’est pas entièrement robotisée comme le sont aujourd’hui les chaînes de production dans l’industrie, c’est justement pour gagner en agilité et s’adapter presque en temps réels aux besoins du client. Comprendre aux demandes de l’armée ukrainienne. Un peu plus loin, une poignée d’ingénieurs phosphorent sur la courbure d’une aile en aluminium. Timothée, bouille ronde sortie à peine de l’adolescence, fraîchement diplômé de l’ENSTA, une école d’ingénieurs de Brest, travaille, lui, sur les spécificités des têtes militaires remplies d’explosifs. Devant un grand écran, comme dans un jeu vidéo, l’un de ses collègues passe en boucle les images des tests où l’on voit l’engin transpercer un mur de béton avec une précision étonnante. Une fois assemblés, les drones seront précieusement rangés dans de grandes boîtes en bois et expédiés dans une autre usine de Destinus, aux Pays-Bas, où l’avionique, les caméras et les boosters seront intégrés. Deux jours plus tard, ils se retrouveront sur le champ de bataille à l’est de l’Ukraine. Entre la commande et la livraison, deux semaines à peine se seront écoulées.
L’usine madrilène est la troisième de Destinus en Europe, après celles implantées aux Pays-Bas et en Allemagne. S’y ajoute un quatrième site, une chaîne d’assemblage, en Ukraine. L’entreprise née en 2021 en Suisse, juste avant le déclenchement de la guerre, a déménagé son siège fin 2024 à Hengelo, au nord-est des Pays-Bas. Des cieux plus cléments pour obtenir une licence de défense. "Nous sommes une véritable entreprise européenne, vante Mikhail Kokorich, le fondateur et PDG. Notre objectif à long terme est de contribuer au renforcement de la base industrielle et technologique de défense européenne, en apportant des capacités complémentaires à celles des acteurs établis". Avec une stratégie bien définie : une mise en production rapide de systèmes de frappe et de défense aérienne low cost. "L’enjeu n’est pas l’innovation pour elle-même, mais la capacité à transformer l’excellence technologique européenne en capacités opérationnelles disponibles, produites en masse", poursuit le patron.
Curieux parcours que celui de Mikhail Kokorich, dissident russe, inscrit sur la liste des "terroristes" par le Kremlin. Petit génie des mathématiques, né en Sibérie, il passe, au début des années 2000, pour l’un des entrepreneurs du spatial les plus connus en Russie. Mais ce proche de Mikhaïl Khodorkovski, l’ancien patron du gérant pétrolier Ioukos, sent le vent tourner et s’enfuit en 2012 pour la Silicon Valley, aux Etats-Unis. Sous le soleil californien, il crée deux start-up, côtoie Elon Musk, cote ses sociétés au Nasdaq, la Bourse américaine des valeurs technologiques. Las : pour continuer à travailler avec la Nasa et l’armée, il lui faut la nationalité américaine, qu’il n’obtiendra jamais. Sous la pression du gouvernement américain, il revend son empire et revient en Europe en 2021. Pas en Russie où il n’est guère en cour, mais en Suisse où il développe un projet d’avion à hydrogène, embarquant dans l’aventure Vitaly Shkliarov, un opposant de Vladimir Poutine, expert en géopolitique et fraîchement sorti d’une prison biélorusse.
Spécialisée dans les engins kamikazes et intercepteurs, Destinus, start-up néerlandaise, a ouvert en Espagne une nouvelle usine pour monter en cadence.
Le déclenchement de la guerre en Ukraine début 2022 rebat les cartes. Dans l’urgence, il change ses plans et se met à produire des drones. Ce sera d’abord le LORD, un très gros engin à hélice, rudimentaire mais solide, capable de voler sur près de 2 000 kilomètres. Dès les premiers mois du conflit, il en livre près d’une centaine, gratuitement, à Kiev. L’arrivée début 2023 à la présidence de l’entreprise d’Alexander Danyliuk, un ex-McKinsey, ancien ministre des Finances ukrainien et proche de Volodymyr Zelensky, permet à l’entreprise de grossir très vite. Les capitaux affluent. "Tous les actionnaires sont européens", jure Kokorich, sans en dire davantage. Le catalogue de Destinus s’étoffe avec le Ruta Block 1, puis le Hornet, un petit engin intercepteur de drones ultraléger, très efficace pour dévier les redoutables Shahed iraniens utilisés par l’armée russe. Tous ont passé l’épreuve du feu en Ukraine.
Le grand frère, le Ruta Block 2, un drone missile de croisière avec une portée de 420 kilomètres et une charge utile alourdie d’une bonne centaine de kilos, est déjà en phase finale de test. Une machine de guerre bourrée d’intelligence artificielle, au fuselage cubique et non plus sphérique avec des ailes carrées rétractables.
Pour rester dans la course, Destinus a racheté l’été dernier pour 225 millions de dollars Daedalean, une pépite suisse de l’IA. L’entreprise peaufine déjà son futur bébé : un drone kamikaze capable de voler en essaim, avec un mode de projection digne d’un nouvel épisode de "Mission impossible". Soigneusement alignés par 8 ou 10 sur des palettes en bois, les engins ont vocation à être embarqués dans un avion de transport militaire, comme l’A400M, et largués par parachute. Ils seraient alors capables de déployer leurs ailes, de se regrouper et de voler ensemble pour atteindre leur cible. Pour cela, Destinus a signé un partenariat avec le géant français Thales, qui devrait apporter une grande partie de l’avionique, le guidage terminal, le système de communication et la charge utile. "On peut être près d’ici la fin de l’année", promet le fondateur.
A condition de trouver l’argent pour monter en puissance. L’entreprise serait sur le point de finaliser une levée de fonds de plusieurs centaines de millions d’euros. Mais l’absence d’une véritable "Europe de la défense" complique la tâche. "C’est vrai qu’aux défis techniques et à l’exigence de rapidité s’ajoute la complexité liée à la coordination entre cadres nationaux, réglementaires et industriels différents. Cette diversité est une richesse, mais elle nécessite une capacité d’alignement étroite avec les priorités des États et leurs autorités compétentes. Notre ambition n’est pas de proposer un modèle unique, mais de contribuer, là où cela fait sens, à combler certains écarts capacitaires", martèle le patron. Lequel se verrait bien installer en France une gigafactory - le mot est à la mode - alors que des discussions sont en cours avec la Direction générale de l’Armement. La compétition s’annonce rude : le constructeur automobile Renault vient de signer avec le spécialiste de la défense Turgis Gaillard un partenariat pour produire des drones tactiques "Made in France".
Une condamnation tardive, mais pas d'excuses. Le président américain Donald Trump a finalement condamné, sans toutefois présenter d'excuses, une vidéo diffusée sur son compte Truth social représentant l'ancien président démocrate Barack Obama et la Première dame Michelle Obama comme des singes. Cette publication raciste a suscité une vague d'indignation, y compris de la part de membres du Parti républicain.
La vidéo d'une minute, partagée jeudi soir sur le compte Truth Social de Donald Trump, relayait de fausses allégations selon lesquelles sa défaite à l'élection présidentielle de 2020 face à Joe Biden aurait été entachée de fraude. Vers la fin de la vidéo complotiste, un court extrait, apparemment généré par intelligence artificielle, montrait des primates dansant, superposés aux visages des Obama.
La Maison-Blanche a d'abord défendu cette publication raciste vendredi, avant de la supprimer 12 heures après sa mise en ligne. Vendredi soir, Donald Trump a déclaré aux journalistes qu'il n'avait pas visionné la vidéo en entier avant qu'un conseiller de la Maison-Blanche ne la publie sur son compte. "J'ai regardé le début, et il s'agissait en fait de fraudes électorales liées aux machines, de leur caractère malhonnête et répugnant. Ensuite, je l'ai partagée. En général, les gens regardent la vidéo en entier. Mais apparemment, quelqu'un ne l'a pas fait", a-t-il indiqué. Interrogé par les journalistes sur sa condamnation de la vidéo, Donald Trump a répondu : "Bien sûr que oui." Mais il a donc toutefois refusé de présenter des excuses. "Je n'ai pas commis d'erreur. Je veux dire, je regarde beaucoup de choses, des milliers."
Une "fausse indignation" selon la Maison-Blanche
Les propos du milliardaire républicain ont conclu une journée marquée par des versions contradictoires au sein de la Maison-Blanche. Un porte-parole de l'administration a d'abord défendu la vidéo, la qualifiant de simple "mème internet", avant qu'un autre responsable n'annonce qu'elle avait été publiée par erreur et retirée. Avant que la publication ne soit supprimée, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, l'a défendue et a qualifié la vague de réactions négatives de "fausse indignation". Karoline Leavitt a déclaré qu'il s'agissait d'un extrait d'une vidéo humoristique circulant sur Internet, représentant le président Trump comme le roi de la jungle et les démocrates comme des personnages du Roi Lion. L'extrait publié incluait une chanson tirée de la comédie musicale Disney.
Mais, face à la montée des critiques, un responsable de la Maison-Blanche a donc annoncé que la publication avait été retirée. "Un membre du personnel a publié ce message par erreur", a déclaré cette source à Reuters. Donald Trump et des responsables de la Maison-Blanche ont refusé de révéler l'identité du membre du personnel ayant publié la vidéo.
"La réaction de la Maison-Blanche à la vidéo tout au long de la journée - de la défiance au repli puis au durcissement de sa position - a offert un aperçu remarquable d'une administration tentant de limiter les dégâts face à l'indignation généralisée, y compris au sein du propre parti du président", note The New York Times, constatant que ce revirement est inhabituel de la part d’une Maison-Blanche généralement inflexible dans sa défense de Donald Trump. "Elle répond généralement aux critiques sur ce genre de choses en persistant dans son erreur, en les minimisant par l'humour ou en suggérant que les critiques n'ont pas d'humour", rappelle le quotidien américain.
La pression semble cette fois avoir pesé sur l'administration Trump. Car cette publication a non seulement suscité des critiques de la part des démocrates mais aussi chez certains républicains, notamment du sénateur républicain Tim Scott de Caroline du Sud, un proche allié de Donald Trump. "J'espère que c'est un canular, car c'est la chose la plus raciste que j'aie vue venant de cette Maison-Blanche", a déclaré Tim Scott sur X. D'autres élus du Parti républicain de Donald Trump l'ont exhorté à présenter des excuses et à supprimer la publication.
De son côté, un porte-parole des Obama interrogé par Reuters a refusé de commenter. Les Obama ont rarement répondu aux attaques de Donald Trump au fil des ans, rappelle The New York Times. Michelle Obama, lors d'un discours à la Convention nationale démocrate de 2024, a toutefois parlé ouvertement du racisme dont elle a été la cible de la part de Donald Trump.
Propos racistes et théorie du complot
Le président américain est connu pour ses propos racistes. Il a longtemps propagé la fausse théorie du complot selon laquelle Barack Obama, président américain de 2009 à 2017, ne serait pas né aux Etats-Unis. Depuis des siècles, les suprémacistes blancs représentent les personnes d'ascendance africaine comme des singes dans le cadre de campagnes visant à déshumaniser et à dominer les populations noires. "La 'blague' propagée par le compte de Donald Trump est tout simplement sinistre. L'idée que les Noirs se situent quelque part entre les Blancs et les singes a longtemps servi à justifier la cruauté", déplore The Atlantic.
"Cette vidéo s'inscrivait dans la continuité des propos dégradants tenus par Donald Trump à l'encontre des personnes de couleur, des femmes et des immigrés, et il s'en prend depuis des années aux Obama", constate également The New York Times. Au sein de son administration, les images et slogans racistes se sont multipliés sur les sites web et comptes gouvernementaux, rappelle le célèbre quotidien. "La Maison-Blanche, le ministère du Travail et le ministère de la Sécurité intérieure ont tous relayé des publications reprenant des messages suprémacistes blancs." Maureen Dowd, chroniqueuse au New York Times, qui a reçu le prix Pulitzer 1999, estime dans une tribune publiée par ce média que cet épisode est une "nouvelle preuve que le président est inapte à sa fonction". "Il provoque ses adversaires de manière grossière et inquiétante et tente d'imposer sa marque partout", juge-t-elle. Pour Maureen Dowd, Donald Trump "salit son nom et celui de l'Amérique".
Donald Trump utilise depuis longtemps les réseaux sociaux pour dévoiler ses propositions politiques, donner son avis sur divers sujets et partager du contenu créé par ses fans avec ses près de 12 millions d'abonnés sur Truth Social. La publication de jeudi a soulevé des questions quant aux protocoles encadrant les communications du président américain sur les réseaux sociaux, qui peuvent influencer les marchés et provoquer ses adversaires. Seuls quelques conseillers de haut rang ont un accès direct au compte de Donald Trump sur les réseaux sociaux, selon un conseiller du président et une source proche du dossier à la Maison-Blanche interrogée par Reuters.
Les très nombreux documents d'archives - plus de trois millions - publiés fin janvier par le département américain de la Justice relatifs à l'affaire Epstein ne concernent pas uniquement le réseau de trafic sexuel de Jeffrey Epstein. Certains de ces documents d'archives mettent notamment en lumière l'intérêt de l'homme d'affaires américain et criminel sexuel pour des partis politiques européens d'extrême droite. Jeffrey Epstein a échangé à de nombreuses reprises avec l'ancien conseiller stratégique de Donald Trump et idéologue d'extrême-droite Steve Bannon. Comme le relève notamment The Guardian, des dizaines de messages contenus dans le dernier lot de documents Epstein révèlent les tentatives de Steve Bannon d'obtenir le soutien et le financement de Jeffrey Epstein pour renforcer des partis d'extrême droite européens.
Ces messages datent pour la plupart de 2018 et 2019, période durant laquelle Steve Bannon, après son limogeage par Donald Trump, se rendait régulièrement en Europe afin de constituer un mouvement au Parlement européen, fédérant les forces d'extrême droite et eurosceptiques de plusieurs pays, dont l'Italie, l'Allemagne, la France, la Hongrie, la Pologne, la Suède et l'Autriche. Dans des messages datant de 2018, Steve Bannon se vantait ainsi de son influence en tant que 'conseiller' auprès de partis populistes d’extrême droite et voyait dans les progrès de ces partis en Europe une opportunité de les exploiter à son avantage et à celui de Jeffrey Epstein.
L'activisme de Steve Bannon lors des européennes de 2019
Selon "CheckNews" de Libération, le nom de "Le Pen" ressort à 88 reprises sur le site du ministère américain de la Justice. Dans ces échanges entre Jeffrey Epstein et Steve Bannon, ce dernier évoquait son désir de collecter des fonds pour le parti de Marine Le Pen, notamment dans la perspective des élections européennes de 2019. Ainsi, le 5 mars 2019, à un peu plus de deux mois de ce scrutin, Jeffrey Epstein lui demande si le Parlement européen a "disparu de (son) radar". Steve Bannon lui répond que "non". "J’étais juste concentré sur la collecte de fonds pour (Marine) Le Pen et (Matteo) Salvini pour qu’ils puissent vraiment présenter des listes complètes", dit-il, selon ces échanges.
Steve Bannon a continué de suivre la situation financière du RN durant cette campagne. Le 19 avril 2019, il envoie plusieurs SMS à Jeffrey Epstein : "Je viens de raccrocher d’un appel avec mes gars du Front national (ex-Rassemblement national, NDLR). Je crois que je viens de marquer un grand coup sur leur financement !!! Ça pourrait ne nécessiter aucun prêt. Emprunt patriote. […] J’ai demandé au Rassemblement national de s’adresser à ses membres pour leur demander les 4,7 millions de dollars pour les élections européennes", indique Steve Bannon. "Brave garçon", lui répond Jeffrey Epstein. Steve Bannon fait visiblement référence à un "emprunt patriotique" lancé par le RN le 8 avril 2019. N'ayant pas réussi à décrocher un prêt bancaire, le parti avait donc fait appel à la générosité de ses sympathisants.
Aucun soutien financier, selon Steve Bannon
Steve Bannon a par ailleurs rencontré le maire RN de Perpignan Louis Aliot. Le 12 juillet 2018, Jeffrey Epstein reçoit un mail de la part du journaliste américain Michael Wolff. Ce dernier vient de rencontrer le conseiller de Donald Trump et en rend compte au financier américain. Steve Bannon "a eu une réunion avec des personnalités de la droite française, dont le mari de Le Pen, au sujet du refinancement du Front national, car apparemment, une bonne partie de leur argent provient de Russie", écrit Michael Wolff, alors que Louis Aliot est à l'époque le compagnon de Marine Le Pen. Le journaliste américain fait référence aux emprunts contractés par le RN auprès de banques russes en 2014, que le parti a annoncé avoir remboursés en septembre 2023.
Le 11 juillet 2018, cette entrevue entre Louis Aliot et Steve Bannon, dans un hôtel de Londres, avait déjà été relatée par Politico, alors que l'ex-conseiller de Donald Trump réunissait des cadres de plusieurs partis d’extrême droite européens. L'objectif de Steve Bannon, affirmait alors ce dernier, était d’aider à "contextualiser Donald Trump" pour le public européen, afin que le président américain bénéficie d'un écho plus favorable.
Le RN a pour sa part toujours réfuté être sous l’influence de Steve Bannon, rappelle Libération. En mai 2023, dans le cadre d'une commission d’enquête parlementaire "relative aux ingérences politiques, économiques et financières de puissances étrangères", Marine Le Pen déclarait que Steve Bannon "n'a commis aucun conseil à notre destination". Interrogé par Complément d’enquête en janvier dernier, Steve Bannon a de son côté affirmé ne jamais avoir soutenu financièrement Marine Le Pen et son parti.
Des rencontres entre Matteo Salvini et Steve Bannon
Steve Bannon a en outre particulièrement ciblé Matteo Salvini, vice-Premier ministre italien et chef de la Ligue, parti d'extrême droite, alors au sommet de sa carrière politique. Comme le relate The Guardian, Steve Bannon et Matteo Salvini se sont ainsi vus à Milan en mars 2018, quelques jours seulement après les élections législatives italiennes qui ont vu la Ligue former un gouvernement d'alliance avec le Mouvement Cinq Étoiles. Steve Bannon a de nouveau rencontré Matteo Salvini en Italie en septembre 2018. L'été 2019, Matteo Salvini se retrouva dans l'opposition après l'effondrement de la coalition de la Ligue avec le Mouvement Cinq Étoiles.
Il n'existe aucune preuve que Jeffrey Epstein ait financé la Ligue, revenue au pouvoir en 2022 en tant qu'alliée de la coalition gouvernementale de Giorgia Meloni, ni d'autres partis d'extrême droite européens. Cette semaine, les partis d'opposition italiens ont malgré tout exhorté Matteo Salvini à indiquer si Jeffrey Epstein avait influencé l'ascension de la Ligue. Cette dernière a rejeté les spéculations selon lesquelles Jeffrey Epstein aurait pu contribuer financièrement, les qualifiant d'"infondées" et de "graves exagérations". Le parti italien d'extrême droite a ajouté qu'il n'avait "jamais sollicité ni reçu de financement".
Les documents publiés fin janvier par le département américain de la Justice ont également révélé des échanges entre Jeffrey Epstein et Steve Bannon faisant la promotion de la formation d'extrême droite allemande l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), tout en dénigrant la chancelière de l'époque, Angela Merkel.
Steve Bannon s'exprime lors de l'AmericaFest, le premier sommet Turning Point USA depuis le décès de Charlie Kirk, à Phoenix, en Arizona, aux États-Unis, le 19 décembre 2025. REUTERS/Cheney Orr
Un peu plus d’un an après la chute du régime de Bachar el-Assad, la Syrie est entrée dans une nouvelle ère. En décembre, le Congrès américain a voté pour l’abrogation définitive du Caesar Act, adopté en 2019, qui imposait les plus lourdes sanctions jamais prises contre la Syrie. L’annonce était particulièrement attendue par les autorités syriennes et les investisseurs étrangers. En six ans, le texte avait entériné le départ des entreprises étrangères de Syrie et l’isolement de cette dernière sur la scène internationale en interdisant à toute société de coopérer avec le régime syrien ou d’effectuer des transactions avec des banques du pays.
Désireux, depuis son arrivée au pouvoir le 8 décembre 2024, de rompre avec cet isolement, le président syrien par intérim Ahmed al-Charaa n’a eu de cesse d’appeler à la levée définitive des sanctions afin de financer une reconstruction dont le coût est estimé à 216 milliards de dollars par la Banque mondiale. En mai dernier, Donald Trump, qui ne cache pas son accointance avec son homologue syrien, avait annoncé la suspension provisoire du Caesar Act par décret présidentiel. Le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane avait usé de toute son influence pour aller dans ce sens.
Les entreprises européennes se font timides
Cette première étape, d’une durée de 180 jours, avait été suivie de la signature de dizaines d’accords : fin octobre, lors du Future Investment Initiative (FII) organisé à Riyad, Ahmed al-Charaa avait déclaré que son pays avait attiré 28 milliards de dollars de capitaux étrangers sous forme de protocoles d’accord. Dans cette course aux investissements, les pays du Golfe, en particulier l’Arabie saoudite, arrivent largement en tête, suivis de la Turquie et dans une moindre mesure, de la Chine. Les entreprises européennes se font en revanche timides. Les investissements évoqués par Ahmed al-Charaa concernent principalement les secteurs de l’immobilier et de la reconstruction, du tourisme, des transports, des médias, de l’énergie et de l’industrie.
Avec la levée définitive des sanctions par le Congrès américain, l’intérêt des acteurs étrangers pour le marché syrien a encore grandi. "Depuis cette annonce, des contrats commencent à être doucement signés avec la Syrie", confirme un investisseur basé aux Émirats arabes unis qui a préféré garder l’anonymat.
"Beaucoup de choses se débloquent et facilitent désormais le retour des investisseurs. Par exemple, l’Apple Store est à nouveau accessible, ce qui n’était pas le cas jusqu’à maintenant", illustre Majed Lababidi, entrepreneur syrien basé à Doha. Les sanctions américaines empêchaient l’accès à un certain nombre de sites et d’outils essentiels au fonctionnement des entreprises. Majed Lababidi travaille depuis plusieurs mois sur trois projets dans son pays d’origine, dont la mise en place d’un incubateur dédié aux start-up dans le domaine des technologies. "C’est un marché vierge, déconnecté depuis 15 ans, qui offre des opportunités immenses", s’enthousiasme ce patron de 42 ans. Il estime cependant qu’un retour massif des investisseurs prendra du temps.
"Soyez prudents, car ça peut coûter très cher"
Malgré le signal positif qu’envoient la levée des sanctions américaines et de certaines barrières techniques, la grande majorité des investisseurs continuent de rester méfiants. Parmi les 6,4 milliards de dollars d’investissements annoncés par l’Arabie saoudite en août, peu de contrats majeurs ont en réalité été signés, en raison des difficultés de financement des entreprises et de l'instabilité du marché syrien. La diplomatie française se montre également prudente, malgré sa volonté affichée de jouer un rôle dans une Syrie débarrassée du joug du clan Assad. Une délégation de 42 entreprises s’est rendue à Damas le 1er octobre sous l’impulsion du Medef International, une première pour un pays européen. Des géants tels que Suez, Bureau Veritas ou Accor ont affiché un vif intérêt pour les secteurs de l’énergie, de la réglementation ou du tourisme. Lors d’une réunion en marge du FII, Patrick Pouyanné, PDG du groupe Total, aurait, selon un participant, fait part au président par intérim de son intérêt pour la Syrie, pays riche en ressources pétrolières. Mais parmi les acteurs français, seul CMA-CGM a commencé à opérer en Syrie, après avoir signé en mai dernier un contrat d’une valeur de 230 millions d’euros pour développer et exploiter le port de Lattaquié.
"Nous disons aux entreprises : 'allez-y, mais soyez prudents, car ça peut coûter très cher'", confie une source au sein du Trésor. Les sociétés hexagonales redoutent d’évoluer dans une zone grise où certaines règles manquent de clarté et d'être sanctionnées à terme. Paris a accueilli avec réserve l’abrogation du Caesar Act par le Congrès Américain. La levée définitive des sanctions est conditionnée au respect de critères tels que la lutte contre l’Etat islamique et le trafic de drogue, la représentation des minorités, l’exclusion des combattants étrangers des postes de commandement dans l’armée et l’absence "de toute action militaire injustifiée contre les pays voisins". Même si le scénario d’un retour des sanctions en cas de non-respect de ces critères est peu probable, il inquiète. "Ces conditions sont très floues et peuvent donc être interprétées de différentes manières, note une source diplomatique. Or lorsqu’une entreprise investit, elle ne peut pas revoir sa position tous les 180 jours."
D’autant que les effets des sanctions se font encore sentir. "Le système bancaire syrien reste de facto déconnecté du système bancaire international, ce qui fait qu'il est très difficile aujourd'hui d'envoyer de l'argent en euros ou en dollars vers la Syrie", indique Benjamin Fève, économiste au sein du cabinet de conseil Karam Shaar Advisory. La Syrie se trouve en outre toujours sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) des pays qui ne luttent pas suffisamment contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Benjamin Fève souligne l'opacité de certaines mesures prises par le gouvernement syrien en matière de gouvernance économique, tandis que les nouvelles réglementations n’ont pas encore été finalisées.
Autre obstacle majeur aux yeux des investisseurs occidentaux, la Syrie reste le théâtre d’instabilité. Le 17 janvier, l’armée syrienne a repris le contrôle des régions de Raqqa et de Deir Ez-zor, jusqu’alors administrées par les forces kurdes grâce à une offensive armée éclair. Alors qu’un cessez-le-feu de 15 jours a été annoncé peu après, l’incertitude demeure autour de plusieurs villes où continuent d’être déployées les forces armées kurdes. A la suite de ces événements, la Commission européenne s’est dite "extrêmement préoccupée" par la possible évasion de combattants du groupe Etat islamique. Des milliers d’entre eux sont enfermés dans les camps et prisons situés dans le nord-est syrien depuis la chute du califat en 2019. 120 djihadistes auraient profité de l'offensive armée lancée par Damas et du recul des forces armées kurdes pour s’évader. L’organisation terroriste continue d’être active sur le territoire syrien et a multiplié ses attaques à la fin de l’année 2025. Le 13 décembre, un assaillant qui serait lié à Daech et qui avait infiltré les forces de l’ordre syriennes a ouvert le feu sur un convoi de la coalition internationale, tuant deux soldats et un interprète américain. "L’impact symbolique de cette attaque est énorme pour les investisseurs. Il faut au moins un événement positif de la même ampleur pour rattraper le coup", commente un observateur occidental. Les autorités syriennes redoublent d’efforts car elles le savent, la reconstruction est une course contre la montre.
Les États-Unis et l'Inde se sont rapprochés vendredi d'un accord commercial, publiant un cadre provisoire qui réduirait les droits de douane, redéfinirait les relations énergétiques et approfondirait la coopération économique, alors que les deux pays cherchent à réorganiser les chaînes d'approvisionnement mondiales. Ce cadre réaffirme l'engagement à négocier un accord commercial bilatéral plus large, ont déclaré les deux gouvernements dans un communiqué conjoint, tout en soulignant que des négociations supplémentaires étaient nécessaires pour finaliser l'accord.
Par ailleurs, le président américain Donald Trump a supprimé, par décret, les droits de douane supplémentaires de 25 % imposés sur les produits indiens pour les achats de pétrole russe, New Delhi s'étant "engagée à cesser d'importer directement ou indirectement" du pétrole russe, transférant ses achats de pétrole vers les États-Unis et le Venezuela. Toutefois, les responsables américains surveilleront la situation et recommanderont le rétablissement des droits de douane si l'Inde reprend ses achats de pétrole à la Russie, précise le décret, Washington continuant à faire pression sur l'Inde pour qu'elle limite ses relations énergétiques avec Moscou.
La déclaration commune indo-américaine ne mentionne pas les achats de pétrole russe par l'Inde ni l'engagement officiel de l'Inde à confirmer cette décision.
Lundi, Donald Trump avait annoncé un accord avec l'Inde visant à réduire les droits de douane américains sur les produits indiens de 50 % à 18 % en échange de l'arrêt des achats de pétrole russe par l'Inde et de la réduction des barrières commerciales. La moitié du taux de 50 % avait été imposée séparément par Donald Trump pour punir l'Inde d'avoir acheté du pétrole russe, qui, selon lui, alimentait l'effort de guerre de Moscou en Ukraine.
New Delhi résiste toutefois à la pression de Washington pour ouvrir largement son marché agricole. Le ministre indien du Commerce, Piyush Goyal, a déclaré dans un message publié sur les réseaux sociaux que l'accord protège les intérêts des agriculteurs et les moyens de subsistance des populations rurales en "protégeant totalement les produits agricoles et laitiers sensibles".
Le parti d'opposition indien, le Congrès, a toutefois déclaré que l'accord commercial avait été conclu en grande partie selon les conditions des États-Unis et qu'il portait préjudice aux agriculteurs et aux commerçants, le qualifiant de pacte compromettant les intérêts nationaux.
Nouveaux détails sur les conditions tarifaires
La déclaration commune publiée vendredi fournit des détails supplémentaires par rapport aux grandes lignes initiales de l'accord commercial révélées lundi par Donald Trump. Elle confirme que l'Inde achètera pour 500 milliards de dollars de produits américains sur une période de cinq ans, notamment du pétrole, du gaz, du charbon à coke, des avions et des pièces d'avion, des métaux précieux et des produits technologiques. Cette dernière catégorie comprend les processeurs graphiques, généralement utilisés pour les applications d'intelligence artificielle, et d'autres produits utilisés dans les centres de données.
Il stipule que l'Inde supprimera ou réduira les droits de douane sur tous les produits industriels américains et sur une large gamme de produits alimentaires et agricoles américains, notamment les drêches de distillerie séchées et le sorgho rouge destinés à l'alimentation animale, les noix, les fruits frais et transformés, l'huile de soja, le vin et les spiritueux.
Les Etats-Unis maintiennent un droit de douane de 18 %
Mais l'accord appliquera un taux de droit de douane de 18 % sur la plupart des importations en provenance d'Inde vers les États-Unis, notamment les textiles et les vêtements, le cuir et les chaussures, le plastique et le caoutchouc, les produits chimiques organiques, la décoration intérieure, les produits artisanaux et certaines machines.
L'Inde bénéficiera du même allègement tarifaire que les autres pays alliés qui ont signé des accords commerciaux avec les États-Unis sur certains avions et pièces d'avion, et recevra un quota pour les importations de pièces automobiles qui seront soumises à un taux tarifaire inférieur, selon le communiqué.
En fonction des résultats de l'enquête tarifaire menée par l'administration Trump sur les produits pharmaceutiques et leurs ingrédients, "l'Inde bénéficiera des résultats négociés en ce qui concerne les médicaments génériques et leurs ingrédients", indique le communiqué.
Piyush Goyal a salué l'accord-cadre comme ouvrant un marché d'une valeur de 30 000 milliards de dollars - le PIB annuel des États-Unis - aux exportateurs indiens, en particulier aux agriculteurs, aux pêcheurs et aux micros et petites et moyennes entreprises.
New Delhi protège son agriculture
L'Inde a également accepté de s'attaquer aux barrières non tarifaires de longue date sur les importations de produits agricoles, d'appareils médicaux et d'équipements de communication, les négociations devant aboutir dans un délai de six mois à un accord visant à accepter les normes américaines ou internationales en matière de sécurité et d'homologation pour les importations de produits.
Les États-Unis ont affirmé leur intention d'examiner les demandes de l'Inde visant à réduire les droits de douane sur les produits indiens lors des prochaines négociations de l'accord commercial bilatéral. Les deux parties ont également convenu de coopérer en matière de contrôle des exportations de technologies sensibles et de prendre des mesures pour lutter contre les "politiques non commerciales de tiers", en référence à la Chine.
Les États-Unis et l'Inde se sont efforcés pendant des années de conclure un accord commercial complet, mais des différends subsistent dans les domaines de l'agriculture, du commerce numérique, des dispositifs médicaux et de l'accès au marché. Cependant, selon des responsables des deux pays, des préoccupations stratégiques, notamment la concurrence avec la Chine, la diversification des chaînes d'approvisionnement et la sécurité énergétique, ont donné un nouveau caractère d'urgence aux négociations.
Le Premier ministre indien Narendra Modi s'adresse aux médias à son arrivée au Parlement lors du deuxième jour de la session budgétaire à New Delhi, en Inde, le 29 janvier 2026. REUTERS/Altaf Hussain
Pour de nombreux zythologues amateurs, le nom "Budweiser" est immédiatement associé à une référence de bière américaine industrielle, réputée pour sa légèreté et son petit prix. Ses créateurs, des brasseurs allemands installés aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle, lui ont attribué ce nom en référence à la ville tchèque de Ceské Budejovice ("Budweis" en allemand) réputée pour sa culture brassicole. Régulièrement, les producteurs de cette localité du sud de la Bohème affrontent en justice le géant américain Anheuser-Busch, détenteur de la marque éponyme. Concrètement, cela signifie qu'en dehors de l'Europe, l'entreprise publique tchèque Budweiser Budvar - un trésor national ! - n'a pas le droit d'utiliser le nom de la ville. Aux Etats-Unis, sa bière est ainsi commercialisée sous le nom de "Czechvar" ; la bière nommée Budweiser n'ayant donc aucun lien véritable avec la Tchéquie ou la ville de Budweis.
Pour protéger son savoir-faire, les autorités locales ont tâché de faire reconnaître l'héritage de sa production de bière dont on trouve des traces dès la période médiévale. Signe de ce combat juridique d'importance : à l'échelle européenne, plus d'un tiers des indications géographiques protégées (IGP) de bières se trouvent en Tchéquie et trois sont concentrées à Budweis même. Pour Tomas Slunecko, secrétaire général de l'association des brasseries et des malteries tchèques il s'agit moins "de protéger un type de bière spécifique que de garantir l'origine et l'authenticité des modèles de production locaux. Les IGP sont un ancrage dans le cadre légal européen qui garantit la légitimité historique et géographique de la bière de Budweis."
Ce combat pour protéger l'artisanat brassicole n'est qu'un exemple parmi d'autres de l'attachement des Tchèques à la culture de la bière. Plus qu'une boisson alcoolisée, elle a longtemps constitué le ciment même des relations sociales. "Historiquement chez nous, les pubs ne sont pas juste des établissements de boissons, pointe Tomas Slunecko, ce sont des lieux de rencontres informelles importants où la bière est peu chère, facilement accessible et socialement acceptée peu importe votre profession, votre âge ou votre statut social."
Le territoire tchèque en est d'ailleurs parsemé : traditionnellement, même les plus petites communes étaient dotées d'un pub ou d'une brasserie. Résultat : il n'y a pas que la production de bières qui est atypique en Tchéquie ; sa consommation l'est tout autant. En 2015, l'association des brasseurs européens estimait que la consommation de bières par habitant était de 143 litres par an - presque une pinte chaque jour - bien loin des 106 litres de l'Allemagne ou des 70 litres belges. La France, elle, est bien loin derrière avec environ 30 litres de bière par habitant chaque année.
Ces dernières années cependant, la consommation de bières à commencer à décroître en Tchéquie, comme dans une grande partie des pays occidentaux. En 2024, la consommation de bières par habitant n'était "plus" que de 126 litres par an, soit une baisse notable de 12 % en 10 ans. Stanislav Tripes, doyen adjoint de l'université d'économie et de commerce de Prague (VSE) identifie deux causes à cette baisse : "un phénomène générationnel" d'abord, les plus jeunes plébiscitant plus volontiers des références de bières sans alcools ou de panachés et "un phénomène lié à l'évolution de la structure de la société." Selon lui, "il n'était pas rare pour les gens qui travaillaient de leurs mains de boire plusieurs bières chaque soir en rentrant du travail. Avec la tertiarisation de l'économie, la multiplication des professions intellectuelles est moins compatible une trop forte alcoolisation, particulièrement en semaine."
Néolocalisme tchèque
Pour tenter de conquérir de nouveaux amateurs plus tatillons, l'industrie tchèque tente également de se diversifier. Comme en Europe de l'Ouest, il n'est pas rare pour les marques locales de proposer de nouvelles variétés d'IPA ou de bières brunes par exemple, plus éloignées du terroir local. Le marché des microbrasseries y est aussi très dynamique : la Tchéquie en dénombre plus de 500 sur un territoire plus petit que la région Nouvelle-Aquitaine. "La fin des années 2000 a été très prospère pour les microbrasseries dont le nombre a explosé", note Stanislav Tripes. Si on observe aujourd'hui un ralentissement de cette croissance, mais leur omniprésence témoigne selon lui d'un "désir de connexion" à la culture brassicole et d'une volonté "de connaître qui brasse ce que l'on consomme et de quelle manière."
"Le défi à présent, c'est de réussir à préserver le rôle culturel et social de notre bière en s'adaptant à la nouvelle donne socio-économique", reconnaît de son côté Tomas Slunecko. L'année dernière, la culture de la bière tchèque a été ajoutée à la liste du patrimoine national immatériel. Prochain objectif : la faire reconnaître auprès de l'Unesco en intégrant la liste du patrimoine immatériel de l'humanité. La Budweiser américaine, elle, n'y figurera sans doute jamais.
Le jour où les militaires israéliens ont arrêté son père dans sa planque de Ramallah, après des semaines de traque et un assassinat ciblé manqué, Arab Barghouti avait onze ans. C’était le 15 avril 2002. "Nous étions tous réunis chez mon oncle et nous avons vu à la télévision mon père entouré de dizaines de soldats israéliens, raconte-t-il. Je garde en mémoire une grande violence et une absence soudaine. Mon père a toujours promis à ma mère qu’il reviendrait."
Aujourd’hui trentenaire, le fils de Marwan Barghouti a pris la tête de la croisade internationale pour la libération du mythique prisonnier palestinien. Dans un anglais parfait, acquis lors d'un séjour de deux ans aux Etats-Unis, il multiplie les interviews dans les médias étrangers et les voyages à travers "l'internationale pro palestinienne". Aux côtés du Sinn Féin à Belfast, avec les militants Free Palestine des campus américains ou dans les réunions publiques du Parti Communiste français en Seine-Saint-Denis, Arab Barghouti plaide inlassablement pour la libération de son père. "Ces vingt dernières années, Israël a relâché des centaines de prisonniers condamnés à des peines de prison à vie pour des motifs bien plus graves. Mais pas mon père, pour une raison simple : il représente l'espoir. Et l'espoir est toujours le plus grand ennemi de l'oppresseur", confie-t-il à l’Express.
Il côtoie Yasser Arafat
C’est dans son bureau d’une agence de communication située dans le quartier d’affaires de Ramallah que nous reçoit Arab Barghouti. Sur l’un des murs, une photo de son père. Le visage rondelet du petit homme moustachu côtoie celui de Yasser Arafat, l’ancien président de l’Autorité palestinienne, décédé peu après l’incarcération de Barghouti. Deux figures du nationalisme palestinien, deux personnalités aux antipodes.
Contrairement au dirigeant historique de l’OLP, Marwan Barghouti incarne le mouvement de " l’intérieur ", ces militants nés en Cisjordanie ou à Gaza qui affrontent l’occupant israélien au quotidien. Issu d’un prestigieux clan familial du village de Kobar, près de Ramallah, Barghouti fonde à quinze ans le mouvement des jeunes, au sein du parti Fatah. Etudiant en histoire à l’université de Bir-Zeit, il se révèle aussi l’aise à la tribune que dans les manifestations violentes contre l’occupant israélien.
Plusieurs fois emprisonné en Israël, Marwan Barghouti finit par être exilé en Jordanie au début de l’Intifada des pierres en juin 1987, avant de revenir à Ramallah à la faveur des accords d’Oslo en 1994. Élu dans la première assemblée législative palestinienne en 1996, il se distingue par son charisme et sa dénonciation frontale de la gouvernance de Yasser Arafat marquée par une corruption endémique et un mépris des droits de l’homme.
Une solution à deux Etats
Sur le conflit israélo-palestinien, Barghouti dénote aussi par son soutien sans ambiguïté à la solution à deux Etats, loin des circonvolutions d’Arafat. En ces années 1990 où la paix paraît encore possible, il rencontre même des caciques du Likoud comme Meïr Chetrit ou Gideon Ezra. "Mon père a toujours défendu la solution à deux Etats et respecté le droit international. Comment Israël peut-elle continuer à prétendre qu’il n’y a pas de partenaire du côté palestinien pour faire la paix ?", s’étrangle Arab Barghouti.
Il prône les vertus de la lutte armée
Mais aux yeux des Israéliens, la deuxième Intifada des années 2000 brouille irrémédiablement l’image d’homme de paix cultivée par Marwan Barghouti. Avant même la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées et le soulèvement armé de septembre 2000, ce dernier durcit son discours et loue publiquement les vertus de la lutte armée. Dès les premiers affrontements entre Tsahal et les groupes armés palestiniens, il entraîne son mouvement, les Tanzim, et son bras armé, les brigades des martyrs al-Aqsa, dans des attentats contre des civils israéliens. A l’affût de ses moindres faits et gestes, les services de renseignements israéliens établissent son implication dans l’explosion du restaurant Seafood Market à Tel-Aviv (deux morts et 35 blessés) et l’assassinat du prêtre grec orthodoxe Gergios Tsibouktzakis. "Barghouti a basculé. Il ne pouvait pas rester à l’écart de la lutte armée car il aurait perdu son statut de leader. Il est passé d’un seul coup de la négociation à la terreur ", pointe un ancien chef du Shabak dans un documentaire consacré à Marwan Barghouti.
Comparaissant devant un tribunal de Tel-Aviv en septembre 2003, Marwan Barghouti transforme son procès en tribune planétaire. Les médias du monde entier le montrent tout sourire dans le box, brandissant ses menottes comme un trophée. Condamné à cinq peines de prison à vie, il tente de peaufiner en prison sa stature d’homme providentiel, de rassembleur d’un mouvement national déchiré entre laïcs et islamistes. En 2006, il publie le document des prisonniers où toutes les factions, Djihad islamique compris, se prononcent pour l’établissement d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 – et donc, en creux, pour la reconnaissance d’Israël. Malgré son écho médiatique, le texte n’aura pas d’impact sur le terrain. En juin 2007, le Hamas expulse violemment le parti Fatah de l’enclave de Gaza. A ce jour, les deux camps restent irréconciliables et la solution à deux Etats gît sous les dizaines de milliers de morts de la guerre du 7-Octobre.
Le gouvernement refuse de le libérer
En prison depuis 23 ans, Marwan Barghouti et ses soutiens rêvent d’un dénouement à la Nelson Mandela, à qui les Palestiniens aiment le comparer. Mais le gouvernement israélien, soutenu par une partie écrasante de l’opinion, refuse catégoriquement de le libérer. "On nous a déjà fait le coup avec Arafat, affirme Meïr Indor, président de l’association des victimes de l’attentat Almagor. On lui a donné une légitimité et des armes et il les a retournées contre nous. Barghouti fera exactement la même chose si nous le sortons de prison. C’est un terroriste et il restera un terroriste."
L’été dernier, peu avant l’ultime échange d’otages contre prisonniers entre Israël et le Hamas, le ministre de la police, Itamar Ben Gvir, a organisé une rencontre avec le célèbre prisonnier et diffusé les images sur les réseaux sociaux. On y voit un Barghouti chauve, amaigri et l’air emprunté quand Ben Gvir lui assène : "Ceux qui tuent nos femmes et nos enfants, nous les effaçons". "Cette vidéo montre la cruauté de ce régime fasciste", s’indigne Arab Barghouti. Malgré une vague déclaration de Donald Trump sur le cas Barghouti, le gouvernement israélien exclut toujours sa libération.
Inspiré par le précédent Mandela, Arab Barghouti compte toutefois sur la pression de l’opinion publique pour faire plier Israël. Début décembre, un collectif de deux cents artistes occidentaux, dont Annie Ernaux, Eric Cantona ou Pedro Almodóvar ont signé une pétition pour exiger la libération de son père. En France, le détenu compte de fervents soutiens comme l'historien Vincent Lemire. "Si un État viable et démocratique peut advenir en Palestine, ce sera avec lui ", estime-t-il.
Dans les territoires palestiniens, la popularité de Marwan Barghouti reste au zénith. Les sondages d’opinion le donnent largement gagnant en cas de consultation populaire et, lorsqu’il se promène dans les rues de Ramallah, son fils Arab bénéficie de son aura. "Ton père symbolise l’unité du peuple palestinien, il a payé cher pour notre liberté", lui dit un commerçant en lui donnant l’accolade avec chaleur. "J’ai conscience que mon père est devenu un mythe, mais pour moi, cela reste avant tout mon père, et il me manque. J’espère qu’un jour il pourra recevoir lui-même tout cet amour."
Aujourd’hui trentenaire, le fils de Marwan Barghouti a pris la tête de la croisade internationale pour la libération du mythique prisonnier palestinien.
Le nom d'Emmanuel Macron apparaît plus de 200 fois dans les millions de documents issus du dossier Jeffrey Epstein, publiés par le ministère de la Justice américain. Ce vendredi 6 février, une source gouvernementale a indiqué avoir détecté une opération d’ingérence russe destinée à faire croire à une implication du chef de l'Etat dans l’affaire, révèle BFMTV.
L'opération de désinformation est liée au réseau russe Storm-1516, dont le mode opératoire est documenté depuis fin 2023. "Les acteurs derrière Storm-1516 cherchent à polariser le débat démocratique de nos sociétés, à saper la confiance envers les médias et les institutions européennes", mettaient déjà en garde le ministère des Armées en mai 2025. L'objectif de cette dernière ingérence : faire croire à une implication d’Emmanuel Macron dans l’affaire Epstein.
"Un site Internet usurpant l'identité de France-Soir"
Détectée mercredi par Viginum, le service chargé de lutter contre les ingérences étrangères en ligne, la manigance reposait sur la "création d’un site Internet usurpant l’identité de France-Soir" où a été publié "un article accusant le président de la République, Emmanuel Macron, d’être impliqué dans l’affaire Epstein", aurait affirmé une source gouvernementale à l'AFP selon plusieurs médias.
Dès mercredi, France-Soir a démenti, publiant un communiqué sur le réseau social d’Elon Musk : "Alerte importante aux lecteurs de France-Soir. Attention : usurpation de marque et de contenu. Le site france-soir.net n’a aucun lien avec France-Soir".
Alerte importante aux lecteurs de France-Soir Attention : usurpation de marque et de contenu. Le site https://t.co/0iS6ZE9GZS n’a aucun lien avec France-Soir.
Ce site usurpe illégalement : • La marque « France-Soir », • L’identité visuelle et rédactionnelle historique de… pic.twitter.com/of6xcXrdQx
Mais la publication de France Soir n’est pas parvenue à contenir l’emballement sur les réseaux sociaux.
Une fake news diffusée sur les réseaux sociaux
Le premier compte à avoir diffusé la vidéo est"@LoetitiaH, un relais historique et fréquent des opérations informationnelles de Storm-1516", précise la source gouvernementale selon plusieurs médias. Le poste, alléguant qu'"il s’est avéré que Macron était un invité fréquent de la résidence d’Epstein à Paris", a ensuite "été repris et amplifié par de nombreux autres comptes suivis par Viginum et très probablement rémunérés par les opérateurs du mode opératoire".
Sur un ton ironique, le compte X @FrenchResponse, géré par leministère des Affaires étrangères a répondu à la fake news : "Il s’est avéré que Loetitia détient des secrets mondiaux. Il s’est avéré que l’IA les met en images. Il s’est avéré que l’article de France Soir n’existe pas. Il s’est avéré que des réseaux russes amplifient direct."
Il s'est avéré que Loetitia détient des secrets mondiaux. Il s'est avéré que l'IA les met en images. Il s'est avéré que l'article de France Soir n'existe pas. Il s'est avéré que des réseaux russes amplifient direct.
Car si le nom d’Emmanuel Macron apparaît effectivement dans le dossier, cela ne signifie en rien qu’il y est mis en cause. Le président est simplement mentionné dans des discussions entre d'autres personnes ou dans des articles de presse. Aucun élément ne permet, à ce jour, de suspecter ou de démontrer une rencontre, ni même un échange entre le chef d'Etat et le pédocriminel, mort en prison en 2019.
La rencontre de ce mardi 3 février à Moscou entre le français Emmanuel Bonne et son homologue russe, Youri Ouchakov, s’est soldée par un échec, selon trois sources diplomatiques et sécuritaires française, ukrainienne et russe. En réponse à ses ouvertures, le conseiller diplomatique du président Emmanuel Macron s’est vu rétorquer que les revendications de la France et de l’Europe ne correspondent pas à la réalité du rapport de force militaire sur le front ukrainien.
Cette visite intervient dans la foulée de plusieurs déclarations d'Emmanuel Macron en vue de replacer l’Union Européenne au coeur des négociations de paix entre Kiev et Moscou, dont la médiation est aujourd’hui accaparée par le président américain Donald Trump. Ce projet de restaurer un canal de discussion avec Moscou divise jusque dans l'entourage d'Emmanuel Macron, où des généraux le jugeraient stratégiquement inapproprié.
"La rencontre s’est déroulée dans la même veine que l’épisode de la longue table", décrit une source informée des détails de l'événement, en référence à la table de 6 mètres de long au bout de laquelle le président russe Vladimir Poutine avait placé son homologue français lors d’une visite au Kremlin en février 2022, un choix officiellement justifié par les mesures de distanciation sociale sur fond de Covid-19, mais également perçu comme une tentative de déstabilisation. Pas de table cette fois, mais "Bonne a été reçu seulement pour se faire rembarrer", regrette une de nos sources. Un accueil qui évoque à une autre source la répartie de Donald Trump, "vous n’avez pas les cartes", à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky en février 2025.
Contacté, l'entourage du président de la République a contesté cette version des faits, sans souhaiter commenter dans le détail.
L'initiative française qui interroge
Emmanuel Bonne n’en est pas à sa première mission auprès de Youri Oushakov, l’influent conseiller diplomatique présidentiel russe en poste depuis 2012, précédemment ambassadeur aux Etats-Unis, et l’un des architectes de la politique étrangère du Kremlin. Les deux officiels se sont rencontrés à plusieurs reprises depuis le début de l’invasion en Ukraine, dans un contexte très tendu, en l'absence de contacts directs entre leurs présidents pendant près de trois ans.
Cette nouvelle initiative française interroge dans certains cercles européens. "Il ne peut pas jouer sur tous les tableaux", estime un diplomate européen : "Le 'en-même-temps' ne fonctionne pas dans ces circonstances". Ce mercredi 4 février, la Première ministre lettone Erika Selina et le président estonien Alar Karis ont exprimé leur soutien à l’initiative, provoquant un débat virulent au sein des classes politiques locales. Le gouvernement estonien - sous l’influence notamment de l’éminence grise du ministère des Affaires étrangères, Jonathan Vseviov – a désavoué la position de son président et réitéré sa ferme opposition à toute ouverture vis-à-vis de Moscou.
Les dirigeants ukrainiens scrutent avec attention ces tentatives, comme l'ont confirmé plusieurs sources sécuritaires ukrainiennes à L'Express. Elles ont placé de grands espoirs dans la dynamique d’activisme sécuritaire que semblent impulser Paris et Londres sous l’égide de la "coalition des volontaires". Au sein de l’appareil du service européen pour l’action extérieure (SEAE), l’organe de politique étrangère de l’UE, nos sources reconnaissent que l’Europe n’a pas aujourd'hui la crédibilité pour participer activement aux négociations de paix. Depuis plusieurs semaines, un travail a été engagé pour préparer plutôt son insertion dans un système de vérification de cessez-le-feu et de garanties sécuritaires en aval d’un potentiel accord de paix - jugé du reste peu probable à court-terme.
Lors d’une interview avec la chaîne pro-gouvernementale russe RT ce jeudi 5 février, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a qualifié les démarches d'Emmanuel Macron de "diplomatie pathétique".
Le général Vladimir Alexeïev, chef adjoint des services de renseignement militaire russe (GRU), a été blessé par balles ce vendredi 6 février dans la matinée à Moscou et transporté d'urgence à l'hôpital. Selon le quotidien Kommersant, qui cite des sources policières, le tireur, encore non identifié, s'est introduit dans l'immeuble du général en se faisant passer pour un livreur avant d'ouvrir le feu à plusieurs reprises sur le haut responsable du renseignement qui quittait son domicile pour se rendre à son travail.
Toujours selon le quotidien, le général a été blessé à un bras, à une jambe et à la poitrine en tentant de se défendre. Le Kremlin, qui a été informé de la fusillade, a déclaré espérer qu'Alexeïev survive et se rétablisse. "Il est clair que les commandants militaires et les spécialistes de haut niveau sont exposés à des risques en temps de guerre", a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. "Mais ce n’est pas au Kremlin de décider comment assurer leur sécurité. C’est une question qui relève des services spéciaux."
VladimirAlexeyev, 64 ans, dont le travail a été reconnu par le président Vladimir Poutine qui lui a décerné le titre de Héros de la Russie, serait dans un état grave à l'hôpital. Né en Ukraine alors sous domination soviétique, Alexeïev a été placé sous sanctions américaines pour ingérence russe dans l'élection présidentielle américaine de 2016. L'Union européenne lui a imposé des sanctions à la suite de l'empoisonnement de l'ancien agent russe Sergueï Skripal et de sa fille à Salisbury, en Angleterre, en 2018.
Sergueï Lavrov impute la tentative d’assassinat à Kiev
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a accusé l'Ukraine d'être à l'origine de la tentative d'assassinat, qui, selon lui – sans apporter de preuves – visait à saboter les pourparlers de paix.
L'Ukraine n'a fait aucun commentaire dans l'immédiat. Depuis le début de la guerre en 2022, les services de renseignement militaire ukrainiens ont revendiqué l'assassinat de plusieurs officiers supérieurs russes , dont certains figuraient sur une liste publique d'ennemis de l'Ukraine. Depuis décembre 2024, trois autres officiers de même rang qu'Alexeïev ont été tués à Moscou ou dans ses environs. Le chef de la direction de l'entraînement des armées de l'état-major a été tué par une bombe placée sous sa voiture le 22 décembre dernier.
C'est une décision qui risque de couter cher à la Russie. Depuis quelques mois, son armée utilise, le réseau internet satellite de Starlink, dont Elon Musk est propriétaire. Le but : doter ses drones de cette technologie afin de conduire des frappes plus précises et moins détectables par les brouilleurs ukrainiens.
Une pratique documentée depuis fin décembre par l'Institute for the Study of War - traduisez : Institut pour l’étude de la guerre -. Selon ce think tank américain, l'utilisation de Starlink, pourtant interdite dans le contexte d’attaques militaire, augmenterait la portée des drones à 500 km. Aussi, un tel rayon permettrait aux engins moscovites de survoler "la majeure partie de l’Ukraine, toute la Moldavie et certaines régions de la Pologne, de la Roumanie et de la Lituanie".
Les communications coupées
Selon une information du média Kyiv Independent, la Russie aurait également recours à des terminaux de la même société pour communiquer sur le champ de bataille. Et ce, depuis bien plus longtemps.
A la demande de l'Ukraine, Elon Musk a annoncé prendre des mesures pour y remédier. Parole tenue. Le 4 février, sur Telegram, le ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov, a annoncé la désactivation de ces terminaux internet. Trois commandants ukrainiens ont aussi affirmé aux journalistes du Kyiv Independent avoir intercepté des messages des forces russes "se plaignant de la défaillance des terminaux Starlink en grand nombre". "Ils ont été complètement coupés. Cela signifiera potentiellement que leur activité baissera pendant qu'ils trouveront d'autres moyens de communication", se réjouit un commandant de drone.
"Une catastrophe"
Car la fin de Starlink n'est pas seulement un "problème" mais bien une "catastrophe" pour Moscou, a jugé un conseiller Mykhailo Fedorov. Cette tournure d'évènement, les troupes adverses en ont parfaitement conscience. Sur son canal Telegram, Alexandre Kots, journaliste russe au Komsomolskaïa Pravda, a retranscrit les paroles de l'un de ses compatriotes et officier : Starlink était "le talon d'Achilledes forces du Kremlin".
La cause des ces inquiétudes ? La Russie ne dispose d'aucune technologie comparable à Starlink et devra faire preuve d'imagination pour palier son absence. En réfléchissant aux solutions envisageables, le blogueur militaire russe, Roman Alekhine, n'en n'a vu qu'une : le déploiement de câbles à fibre optique sur le terrain. Problème, une telle opération serait non seulement bien plus "complexe" et coûteuse" à mettre en place. "C'est très préoccupant, surtout compte tenu des besoins de communication sur le terrain", ajoute Roman Alekhine sur un canal Telegram dédié à ces antennes.
Et il n'est pas le seul à s'en inquiéter. Un autre blogueur, caché derrière le nébuleux pseudo "Informateur militaire" craint que la fin de Starlink rime avec un retour en arrière de "quelques années" des troupes du Kremlin. Comprenez ici l'utilisation de technologies obsolètes, dont l'Internet filaire, le Wi-Fi et les communication radio.
Il aura sous sa responsabilité... six habitants de nationalité française. Le nouveau consul général de France au Groenland, Jean-Noël Poirier, s'apprête à découvrir ce vendredi 6 février un environnement très différent de ses précédentes expériences autour du globe. Nommé par décret mardi, le diplomate ne croisera pas beaucoup de compatriotes sur l'île arctique de 55 000 habitants.
Son poste, tout fraîchement créé, n'a de toute façon pas vocation à uniquement faire office de point de contact entre ces quelques ressortissants et la métropole. La décision d'ouvrir un consulat à Nuuk, la capitale du territoire autonome, consiste "d’abord" à "marquer notre volonté d’approfondir notre présence dans toutes les dimensions sur ce territoire du royaume du Danemark", avait expliqué le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, sur RTL le 14 janvier dernier.
Un diplomate au parcours riche
Une mission particulièrement importante pour Paris au moment où Donald Trump lorgne ce qu'il perçoit comme "un bout de banquise". La zone est convoitée par le républicain au nom de "la sécurité nationale" américaine. Le président des Etats-Unis n'a pas hésité à menacer à plusieurs reprises d'annexer le Groenland, y compris par la force avant de calmer le jeu et d'annoncer une ébauche d'"accord" dans la région. Invité de la matinale de France Inter ce vendredi, Jean-Noël Poirier a reconnu que ce contexte géostratégique tendu avait forcément joué en faveur de la création de son nouveau rôle. "Il est clair que l'actualité de ces derniers mois est pour beaucoup dans l'annonce faite par le président de la République", a-t-il admis. "Mais c'est une idée qui flottait déjà depuis un petit moment et qui trouve là une raison supplémentaire de se concrétiser."
Pour diriger ce consulat "aux compétences élargies", Emmanuel Macron a donc fait confiance à ce diplomate chevronné. Jean-Noël Poirier a exercé de nombreuses fonctions pour représenter la France à travers le monde, notamment en Asie. Détaché de l'ONU au Cambodge dans les années 90, il devient ensuite consul général à Hô-Chi-Minh-Ville, au Vietnam. C'est dans ce pays qu'il sera ensuite nommé ambassadeur pendant quatre ans, de 2012 à 2016. Entre-temps ? Un passage dans le privé chez Areva. Un monde de l'entreprise qu'il a retrouvé en 2017, évoluant au sein de différentes sociétés du secteur du conseil. Il y a un an, il revient à ses premières amours pour occuper un poste de diplomate en Libye, le temps d'une mission temporaire à Tripoli. Avant, en septembre dernier, de devenir chef de la délégation française à l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York (États-Unis).
Missions "politiques", "d'influence" ou "scientifiques"
Un dense CV, désormais enrichi d'une expérience dans une tout autre région du monde. "Le ministère m’a proposé cette mission, je l’accepte avec beaucoup de plaisir et d’intérêt", expliquait Jean-Noël Poirier mardi soir, lors d'une rencontre avec la presse. "Je suis ce qu’on appelle un agent d’Orient dans cette maison. Par vocation, je suis attiré par les destinations lointaines." Avant d'arriver à Nuuk ce vendredi pour prendre officiellement ses fonctions, le nouveau consul s'est déplacé à Copenhague, la capitale danoise, pendant deux jours. Une fois arrivé sur l'île groenlandaise, il rencontrera le Premier ministre du territoire, Jens-Frederik Nielsen, en première ligne des attaques menées par le président américain. "J'arrive avec un mandat clair d'écoute de ce que les Groenlandais ont à dire sur l'avenir de leur pays", a-t-il insisté, lors de son passage sur France Inter.
Mais concrètement, comment Jean-Noël Poirier va-t-il occuper ses journées dans la glaciale capitale groenlandaise ? Après l'annonce de l'ouverture d'un consulat, le Quai d'Orsay avait fait mention le 14 janvier de "missions politiques de relations avec les autorités locales", "d'influence" ou encore "scientifiques". "Il faut qu’il se montre disponible, qu’il rencontre du monde, et qu’un maximum de Groenlandais puissent voir le visage de la France", conseille pour sa part l'ex-ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, interrogé par Le Figaro.
Une nécessité dont semble avoir conscience le principal intéressé. "Le travail d'un consul général ne se borne pas seulement aux activités consulaires", a ainsi fait valoir Jean-Noël Poirier sur France Inter. "Je suis également là pour soutenir les intérêts français et la coopération française, qui est assez ancienne." Lors de la même intervention, le diplomate a confirmé qu'une visite sur place de son ministre de rattachement, Jean-Noël Barrot, devrait prochainement avoir lieu dans la région, sans qu'une date n'ait pour le moment été fixée.
Sur cette photo datée de mars 2019, la cour du Louvre est ensoleillée. Devant la pyramide en verre qui trône en son cœur, Jack Lang pose tout sourire, le visage éclairé par une chaude lumière de fin d'hiver. À ses côtés sur le cliché ? L'Américain Jeffrey Epstein, lunettes de soleil sur le nez, mains jointes devant lui et air impassible. Nous sommes quelques mois seulement avant l'arrestation de l'autre côté de l'Atlantique de ce financier aux réseaux tentaculaires. Le 6 juillet 2019, la justice américaine l'incarcère pour des accusations de trafic sexuel de grande ampleur. Jeffrey Epstein aurait mis en place un énorme système d'exploitation de mineures et de très jeunes femmes, aidé par sa compagne, Ghislaine Maxwell. À peine un mois plus tard, en août, il est retrouvé mort en prison. L'enquête conclut à un suicide.
Présenté par Woody Allen
L'image de l'ex-ministre de la Culture en compagnie du prédateur sexuel a été dévoilée par la déclassification de plus de trois millions de fichiers liés à la vie de Jeffrey Epstein par le ministère de la Justice américain, vendredi 30 janvier. Des révélations réalisées au nom de la "transparence", selon l'institution, et auxquelles Donald Trump n'était que moyennement favorable, ayant lui-même fréquenté durant plusieurs années l'homme d'affaires new-yorkais. Sphère politique, milieu des affaires, monde culturel... Ce dernier possédait des connaissances dans tous les domaines et mettait un point d'honneur à cultiver sa renommée auprès de ses interlocuteurs. Avec une telle ambition, Jeffrey Epstein a donc rencontré nombre de personnalités, y compris en France. Et certaines, avec plus ou moins de proximité.
Depuis la mise en ligne de cette masse d'informations, dont une partie est toujours caviardée, les articles de presse s'enchaînent pour démontrer les liens du financier avec plusieurs célébrités. Qui savait quoi ? Ces connaissances avaient-elles des soupçons sur de potentiels crimes sexuels de Jeffrey Epstein ? Dans la plupart des cas, impossible de le déterminer avec certitude sur la base de ces nouveaux éléments. Mais la publication des correspondances privées ou professionnelles au sein d'un amas de données qui comprend aussi des images ou vidéos directement liées à l'affaire alimente le trouble. Bien entendu, le nom d'une personne citée dans ces dossiers n'indique pas forcément qu'elle se faisait complice du trafic sexuel du businessman.
Il n'empêche : les figures mentionnées sont contraintes de s'expliquer sur la nature de leurs réels liens avec Jeffrey Epstein. Jack Lang en fait partie. Son nom est cité 685 fois dans ces nouveaux documents. La plupart d'entre eux ? Des courriels, souvent envoyés avant ou pendant la venue du multimillionnaire à Paris, où ce dernier possédait un appartement dans les beaux quartiers. Sur BFMTV mardi, l'ex-socialiste a raconté avoir rencontré Jeffrey Epstein "il y a une quinzaine d'années" lors d'un dîner. Le réalisateur américain Woody Allen – qui fait lui-même l'objet d'accusations d'agression sexuelle de la part de sa fille adoptive Dylan Farrow – aurait alors fait les présentations entre les deux hommes, qui sympathisent. S'ensuit alors une longue série d'e-mails cordiaux, dans lesquels il est généralement question de caler des rendez-vous lors des venues à Paris de l'Américain.
Aucun courriel à caractère sexuel échangé par le duo n'a été retrouvé dans cette somme de documents. La question est davantage de savoir si Jack Lang pouvait être au courant des agissements du mécène américain. L'actuel président de l'Institut du monde arabe (IMA) assure avoir toujours ignoré cette situation et dit être "tombé des nues" lorsqu'il a découvert la vérité. Avant leur rencontre, Jeffrey Epstein avait pourtant été déjà condamné en 2008 à 18 mois de prison aux États-Unis pour avoir fréquenté des prostituées mineures, au terme d'une procédure judiciaire où des accusations de trafic sexuel avaient déjà émergé. "Quand je noue un rapport de sympathie, je n’ai pas l’habitude de demander à mon interlocuteur son casier judiciaire", justifie de son côté Jack Lang, expliquant n'avoir pas eu connaissance de cette peine.
L'ancien ministre met en avant la capacité de Jeffrey Epstein à créer facilement de nouveaux contacts dans les sphères de pouvoir. Lors de sa mise en relation avec lui, l'homme d'affaires "fréquentait alors le Tout-Paris", a indiqué en début de semaine Jack Lang auprès de l'AFP. "Il nous avait séduits par son érudition, sa culture, sa curiosité intellectuelle." Invité un peu plus tard sur RTL, l'ex-responsable a précisé sa pensée. "[Je dois] être un naïf, un ignorant", a-t-il pointé. "Je fais confiance et je continuerai à faire confiance aux gens que je rencontre ici et là quand ils apportent de l’intelligence, du talent, de la lumière et de la générosité." Tout en se distanciant des faits avérés contre Jeffrey Epstein : "Mais, en même temps, je condamnerai avec véhémence tous ceux qui se livrent à des actes monstrueux comme ceux qu’il a accomplis aux États-Unis."
Au-delà de ces messages personnels, les derniers fichiers révélés montrent aussi que Jack Lang a tenté de jouer l'entremetteur dans la vente d'un bien immobilier appartenant à une connaissance, qui aurait pu intéresser Jeffrey Epstein. Le prix de cette demeure, un riad à Marrakech, est estimé à "5,4 millions d’euros, offshore", écrit l'ancien ministre de l'Éducation nationale à son interlocuteur dans un courriel. "La maison, je ne l'ai jamais vue, le document probablement je ne l'ai pas lu", se défend aujourd'hui Jack Lang, auprès de France Télévisions. Dans la même veine, Mediapart a révélé jeudi que Tracfin, les services français de renseignement financier, avait déjà mené une enquête sur un mystérieux virement offshore de 50 000 euros réalisé par Jeffrey Epstein sur demande de Jack Lang. Pourquoi avait-il besoin de ces fonds ? "Serge Moati, un très grand cinéaste français, souhaite réaliser un film sur mon travail qui sera diffusé au cinéma", explique dans un des mails déclassifiés l'ex-député PS. "Ta contribution serait évidemment décisive." Le long-métrage n'est finalement jamais sorti dans les salles obscures.
La fille de Jack Lang elle aussi en pleine tempête
Au-delà de Jack Lang lui-même, les conversations de sa fille, Caroline Lang, avec Jeffrey Epstein ont aussi été mises au jour lors de la publication de ces dossiers. Jusque-là déléguée générale du Syndicat des producteurs indépendants, elle a depuis les révélations démissionné de son poste. Toujours selon Mediapart, cette professionnelle du cinéma avait fondé en 2016 une société offshore aux Îles vierges américaines avec le financier américain. L'objectif de cette structure : "favoriser l'acquisition d'œuvres de jeunes artistes", souligne aujourd'hui Caroline Lang. Si elle détient 50 % des parts de la société, elle affirme n'avoir pas touché de revenus liés à celle-ci. "Tous les fonds provenaient de Jeffrey", a-t-elle indiqué auprès du média d'investigation.
Outre ce volet financier, un voyage à Miami réalisé en 2014 par Caroline Lang et ses deux filles dans une maison appartenant à Jeffrey Epstein interpelle. Tout comme un testament signé par ce dernier deux jours avant sa mort et lui octroyant 5 millions de dollars... mais dont personne, selon elle, ne lui a fait part à l'époque. Elle promet en tout cas n'avoir rien su du pedigree criminel du mécène. "Un jour, il y a longtemps, il m’avait dit : 'Si tu fais des recherches sur moi sur Google, peut-être que tu ne voudras plus jamais me parler', alors je suis allée chercher et j’ai trouvé dans la presse de Floride qu’il avait été condamné pour prostitution de mineures (...) en 2008. Il m’a dit qu’il avait payé sa dette et indemnisé les victimes, et je l’ai cru", a-t-elle développé, toujours sur Mediapart.
Convoqué au Quai d'Orsay
Quoi qu'il en soit, l'ensemble de ces éléments met Jack Lang dans une position très délicate. Comme annoncé par plusieurs médias jeudi soir, l'homme de 86 ans a été convoqué en urgence par le ministère des Affaires étrangères. L'Élysée estime qu'il devrait "penser à l’institution de l’IMA", musée parisien dont il est à la tête depuis 2013. En 2023, Emmanuel Macron l'avait renommé en tant que président de l'Institut pour un quatrième mandat.
Dans le camp politique, plusieurs figures ont appelé clairement à sa démission, comme le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure. " À ce stade, rien n’implique Jack Lang dans les scandales sexuels", a-t-il exposé sur franceinfo. Mais, ajoute-t-il, "ce qui d’ores et déjà heurte, c’est la façon dont il évoque aujourd’hui l’affaire. (...) Jeffrey Epstein n’était pas un homme charmant, il était un pédocriminel et notre bienveillance doit être réservée aux victimes." Pour l'ancienne candidate à la présidentielle socialiste Ségolène Royal, "sa démission devrait aller de soi", a-t-elle affirmé au Parisien. Démissionner ? À un an de la fin de son mandat, Jack Lang n'y pense pas. "Je me sens blanc comme neige", assure l'ex-ministre de la Culture.