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Gaza : à quoi pourrait ressembler la base militaire internationale envisagée par Donald Trump ?

20 février 2026 à 17:59

Selon une information exclusive du quotidien britannique The Guardian, le président des Etats-Unis et son administration envisageraient de construire une base militaire à Gaza. La structure, composée d'un petit champ de tir, de bunkers et d'un entrepôt, pourrait accueillir 5 000 personnes. Ce site, ceinturé de barbelés et de 26 tours de guet blindées, s'étendrait sur 35 000 mètres carrés, d'après les registres des contrats du Conseil de la paix, consultés par les journalistes.

Les lieux devraient servir de base opérationnelle pour accueillir la future Force internationale de stabilisation (ISF). Introduites par l'accord de cessez-le-feu du 10 octobre entre le Hamas et Israël, puis voté à l'ONU en novembre - dans le cadre du Plan de paix pour Gaza de Donald Trump - ces troupes auront pour vocation de superviser la sécurité dans l'enclave et à ses frontières.

"Protocole relatif aux restes humains"

Grâce à une vidéo à laquelle The Guardian a eu accès, ses journalistes ont pu établir que les Etats-Unis prévoyaient de construire la base militaire dans une zone du sud de la bande de Gaza. Selon une source proche du dossier, des entreprises de construction "ayant de l'expérience dans les zones de guerre", ont déjà visité les lieux. Le contrat, préparé par des responsables américains a directement été émis par le Conseil de la paix. Sondés par le quotidien britannique, des experts ont confié leurs inquiétudes face à l'opacité de l'institution, particulièrement sur le volet financier.

Le document précise que "l'entrepreneur" de ces travaux "doit effectuer une étude géophysique du site afin d'identifier les vides souterrains, les tunnels ou les grandes cavités par phase", une référence probable au vaste réseau de tunnels construits par le Hamas. Au chapitre "protocole relatif aux restes humains", le contrat prévoit un arrêt des travaux "si des restes humains ou des artefacts culturels présumés sont découverts". Selon l'agence de défense civile de Gaza, les corps d'environ 10 000 Palestiniens seraient ensevelis sous les décombres de l'enclave. Quant à la quantité de débris de guerre à éliminer, elle est estimée à 60 millions de tonnes.

Jusqu'à 20 000 soldats dans Gaza

Les troupes stationnées auront pour mission de protéger les civils, de former et de soutenir les "forces de police palestiniennes approuvées". A mesure que l’armée israélienne se retirera de Gaza, l'ISF y sera déployée. Ses rangs seront composés d’une coalition majoritairement issue de pays arabes et musulmans, allant jusqu'à 20 000 soldats.

L'Indonésie, dont le président s'est rendu à Washington le 19 février pour la réunion inaugurale du Conseil de la paix, aurait proposé d'envoyer jusqu'à 8 000 soldats. Le grade de commandant adjoint de la force de stabilisation a été attribué au pays. Le Maroc, le Kazakhstan, le Kosovo et l'Albanie se sont également engagés à participer.

Si une grande partie du sud de la bande de Gaza demeure sous contrôle israélien, il est encore difficile de déterminer à qui appartient le terrain sur lequel les Etats-Unis envisagent de construire la base militaire pour l'ISF. Interrogée par les journalistes du Guardian sur ce contrat de construction, l'administration Trump n'a pas souhaité donner suite à leurs questions.

© REUTERS

De la fumée s'élève à la suite d'une explosion, dans la zone « ligne jaune », contrôlée par Israël, à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 10 février 2026. Photo prise avec un téléphone. REUTERS/Haseeb Alwazeer TPX IMAGES DU JOUR

Arrestation de l'ex-prince Andrew : le séisme de trop pour la monarchie britannique ?

20 février 2026 à 17:00

Il est des matins où l’Histoire s’invite sans frapper. Ce jeudi 19 février, à 8 heures, la police britannique a arrêté Andrew Mountbatten-Windsor à Wood Farm, sur le domaine royal de Sandringham. Selon la BBC, ni le roi, ni le Premier ministre Keir Starmer n’avaient été prévenus en amont. Ce fils et frère de monarque, toujours Conseiller d’État et huitième dans l’ordre de succession, entrait donc dans un commissariat comme n’importe quel justiciable britannique.

Près de quatre siècles après l’emprisonnement de Charles Ier, la monarchie britannique découvrait une scène qu’elle croyait reléguée aux gravures d’époque. Même l’abdication d'Edward VIII en 1936, ce coup de théâtre romantique, paraît élégante en comparaison. À l’époque, on exfiltre le problème vers l’exil. En 2026, on le conduit au poste.

La crainte d'une fuite de l'ancien prince

Est-ce la fin de la monarchie britannique ? Non. Mais c’est la crise constitutionnelle la plus grave "in living memory", autrement dit de mémoire d’homme. Même Andrew Lownie, historien, fin limier sur les traces de l’ex-prince Andrew depuis des années et auteur du récent best-seller Entitled, the Rise and Fall of the House of York, ne s’attendait pas à une arrestation aussi tôt. Selon lui, la police a agi ainsi pour éviter toute possibilité de fuite — au sens propre comme au figuré. Pour sa part, l’historien redoutait "un départ nocturne" d'Andrew vers le Moyen-Orient.

La rapidité de la police trahit la gravité du soupçon : les enquêteurs ont estimé qu’il fallait intervenir avant que des preuves potentielles ne soient détruites. L’État de droit prime, même quand il frappe au cœur de la dynastie. Au Palais, la riposte fut quasi immédiate et d’une froideur chirurgicale. "La loi doit suivre son cours", a déclaré le roi Charles III, désignant son frère par son seul patronyme, Mountbatten-Windsor. Décapitation symbolique.

Les faits sont lourds. Les documents du département de la Justice américain sur Jeffrey Epstein ont ravivé les interrogations sur les réseaux britanniques du financier déchu, dont de nombreux vols auraient fait escale à Stansted Airport. S’y ajoutent des informations récentes transmises à la police par Gordon Brown — ancien Premier ministre devenu, dit-on avec ironie à Westminster, "inspecteur" officieux. Brown a annoncé avoir fourni à la police des éléments sur un possible trafic de jeunes femmes et sur des connexions logistiques au Royaume-Uni, après des semaines à éplucher les fichiers Epstein.

Andrew, l'enfant terrible de Buckingham Palace

Il faut relire le portrait dressé par le Times pour comprendre que cette chute n’est pas un accident, mais l’aboutissement d’une trajectoire. Dès l’enfance, Andrew était l’enfant gâté : il donne des coups aux chiens, provoque les palefreniers, bidouille l’antenne de Buckingham Palace pour empêcher sa mère de regarder les courses. Adolescent, il devient "Randy Andy", ou "Andy le chaud lapin". Un domestique ira jusqu’à le frapper ; sa mère refusera sa démission au motif que son fils l’avait "mérité". Tout est déjà là : l’impunité comme horizon mental.

Lorsqu'il intègre la Royal Navy, il faut saluer sa voiture comme on saluerait l’Union Jack. Il y eut les Malouines - rare moment d’humilité - puis la célébrité tapageuse, les fêtes, les frasques, les diplomates embarrassés. Nommé représentant spécial au commerce extérieur entre 2001 et 2011, il était censé "battre le tambour" des exportations britanniques. Il battra surtout celui de son ego : entourages pléthoriques et train de vie grandiose. Dans le Golfe, on le surnomme "HBH, his buffoon highness", son Excellence le Bouffon.

David Yelland, ancien rédacteur en chef du tabloïd The Sun, prévient : "Les choses vont empirer. Le silence reviendra un temps, puis l’affaire ressurgira peut-être au pénal avec un procès public. Nous ignorons pour le moment jusqu’où cela peut aller — et le Palais aussi."

L’historien Dan Snow pose la question existentielle : à quoi sert la monarchie ? Depuis l’invention de la presse moderne, elle encaisse des coups. Elle a théorisé le "soft power", la diplomatie des poignées de main et des causes caritatives, pour justifier son existence. Mais, ajoute-t-il, cela ne tient plus si des informations gouvernementales confidentielles sont livrées à des étrangers contre des faveurs financières ou sexuelles. Autrefois, les frasques royales se faisaient derrière de lourdes tentures de velours. La transparence numérique a dissous ces couches protectrices.

Charles III en mission pour sauver la Couronne

La monarchie peut-elle encaisser ? Juridiquement, l’arrestation ne crée pas en soi de crise constitutionnelle : nul n’est au-dessus des lois. C’est précisément ce principe qui peut sauver l’institution. La visite programmée du roi aux États-Unis au printemps sera un test. Les finances royales, déjà scrutées, le seront encore davantage. La question politique portera moins sur Andrew que sur les garde-fous : comment un prince a-t-il pu conserver des responsabilités publiques alors que les signaux d’alarme clignotaient depuis des années ?

La monarchie survivra si elle accepte ce passage à gué : réduire encore le nombre de membres actifs, clarifier les rôles, couper net les rentes de situation, publier davantage, coopérer sans réserve avec la justice. En une formule : se réformer pour durer. En laissant la police frapper à l’aube et en répondant par une phrase sèche, le roi a choisi le droit contre le clan. C’est la seule décision qui puisse encore sauver la Couronne.

© REUTERS

L'ex-prince Andrew a été arrêté le 19 février 2026 dans le cadre de l'affaire Epstein.

Une "affaire Pelicot suédoise" : un homme accusé d'avoir "vendu sa femme" à 120 hommes

20 février 2026 à 15:14

La Suède a ouvert une enquête contre un sexagénaire soupçonné d'avoir "vendu sa femme" à quelque 120 hommes. Le suspect a été arrêté le 23 octobre 2025 pour proxénétisme, après une plainte de son épouse, qui a depuis entamé une procédure de divorce. L'accusé est décrit comme un ancien dirigeant des Hells Angels à Stockholm - un groupe de motards actif à l'international et réputé pour ses activités criminelles - il est accusé d’avoir vendu, depuis le début de l’année 2022, les services sexuels de sa victime sur des sites Internet, sans son consentement. "Un grand nombre de personnes, originaires de tout le pays, ont acheté ces services", révélait à l'époque le titre de presse locale, Sundsvalls Tidning.

Au fil de l'enquête, les faits reprochés au Suédois, ont été requalifiés en proxénétisme aggravé. Les sévices infligés à la victime se seraient déroulés au domicile du couple, dans la région d'Ångermanland, mais aussi dans diverses localités du pays et sur Internet, entre le 1er janvier 2022 et jusqu'à l'arrestation du mis en cause.

"Une exploitation impitoyable de la plaignante"

"Je crois que le proxénétisme a été pratiqué à plus grande échelle et qu'il a impliqué une exploitation impitoyable de la plaignante", a déclaré la procureure Ida Annerstedt à l'agence de presse nationale TT. La magistrate a refusé de préciser si des faits de contrainte sont retenus dans le dossier ou si l’épouse aurait été droguée lors des rapports. Toutefois, Ida Annerstedt a précisé que seuls une trentaine d'hommes risquent d’être poursuivis par la justice, invoquant un besoin de "limiter l'enquête" pour des questions de temps et de ressources. Selon la procureure, une investigation sur les 120 hommes pourrait prendre deux ans. Le procès doit débuter en mars.

Et l'affaire, qui n'avait d'abord reçu que l'attention de la presse locale, a progressivement pris une ampleur nationale. Un article d’Aftonbladet daté du 17 février, repéré par Courrier international, dresse un parallèle avec l'affaire Pelicot. Mais la chroniqueuse nuance, "à la différence de Gisèle Pelicot, la femme de Kramfors aurait été consciente de ce qui lui est arrivé, même si, d’après ce que l’enquête a montré jusqu’à présent, elle était parfois tellement sous l’influence de l’alcool et de la drogue qu’elle ne se souvient pas dans les détails de chacun des cas où son corps a été exploité".

Des révélations "choquantes et révoltantes"

"Les hommes doivent cesser d'acheter et de vendre le corps des femmes. Les informations relayées par les médias au sujet de l'affaire Pelicot suédoise sont choquantes et révoltantes", a réagi sur X la ministre de l’Égalité entre les genres, Nina Larsson. Dans la foulée, la femme d'Etat a annoncé pour le printemps un "plan d'action" pour lutter contre "les violences sexuelles, la prostitution et le trafic d'êtres humains".

En cas de condamnation, l'accusé, qui nie les faits lui étant reprochés, risque deux à dix ans d'emprisonnement. Déjà connu des services de police, il a précédemment été condamné pour plusieurs infractions, dont des agressions. Dans les années 2000, il avait écopé d'une peine de cinq mois de prison pour maltraitance à l’encontre d’une ancienne compagne. La victime, dont l'identité demeure protégée, n'a pas souhaité s'exprimer dans les médias.

© shutterstock

Drapeau suédois

Comment l'Iran se prépare à une attaque des Etats-Unis

20 février 2026 à 14:36

La guerre est-elle imminente au Moyen-Orient ? Porte-avions, navires de guerre, chasseurs F-35 et F-22… Les Etats-Unis continuent de se renforcer militairement et se préparent à un éventuel conflit armé contre l'Iran. Jeudi, Donald Trump a déclaré qu'il déciderait de ses prochaines actions concernant l'Iran dans les dix jours. Plus tard, il a indiqué aux journalistes que ce délai était d'environ deux semaines maximum. "Nous allons conclure un accord, d'une manière ou d'une autre", a-t-il affirmé.

Alors que le président américain pourrait décider de bombarder l'Iran en raison de son programme nucléaire, Téhéran menace de son côté de représailles contre les bases américaines dans la région en cas d'attaque. Dans une lettre adressée au Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, Téhéran a déclaré qu'il ne déclencherait aucune guerre, mais qu'en "cas d'agression militaire, l'Iran répondrait de manière décisive et proportionnée" dans l'exercice de son droit de légitime défense. "Toutes les bases, installations et ressources des forces hostiles dans la région constitueraient des cibles légitimes", précise le régime iranien dans cette lettre. "Les Etats-Unis assumeraient l'entière responsabilité de toute conséquence imprévisible et incontrôlée."

Une première frappe limitée ?

Donald Trump étudie diverses options militaires, tout en réaffirmant sa préférence pour la voie diplomatique. Selon The Wall Street Journal, le président américain envisagerait une frappe initiale limitée pour contraindre l'Iran à accepter un accord sur le nucléaire. Cette première étape destinée à faire pression sur Téhéran serait moins radicale qu'une attaque de grande envergure susceptible de provoquer une riposte massive. Selon des sources proches du dossier interrogées par le quotidien américain, cette première offensive, qui pourrait être autorisée dans les prochains jours, ciblerait quelques sites militaires ou gouvernementaux. Si l'Iran persistait dans son refus de se conformer aux exigences de Donald Trump, les Etats-Unis lanceraient alors une vaste campagne contre les installations, potentiellement dans le but de renverser le régime des mollahs.

Face à la menace de guerre, Téhéran consacre depuis plusieurs mois des efforts à la réparation d'installations de missiles stratégiques et de bases aériennes gravement endommagées en juin 2025 lors de la guerre des Douze jours contre Israël. Malgré les lourdes pertes subies à ce moment-là, l'analyse d'images satellites réalisée par CNN révèle que l'Iran a reconstruit ses installations de missiles endommagées. Comme le détaille ce média américain, des images satellites de la base de missiles Imam Ali à Khorramabad, prises le 5 janvier dernier, montrent que sur la douzaine de structures détruites par Israël, trois ont été reconstruites, une a été réparée et trois autres sont en cours de construction. Ce site comprend des silos de lancement essentiels au tir de missiles balistiques.

Ces bases militaires rapidement réparées

Des bases militaires ont également fait l'objet d'importantes réparations, comme la base aérienne de Tabriz, liée au système de missiles balistiques de moyenne portée iraniens. Sur la base aérienne d'Hamadan, les cratères creusés par les bombes sur la piste ont été comblés et les abris d'avions ont été réparés. L'Iran a également rapidement reconstruit son usine de production de missiles à propergol solide la plus importante et la plus récente à Shahrud, une technologie permettant le déploiement rapide de missiles à longue portée.

L'Iran renforce par ailleurs rapidement plusieurs de ses installations nucléaires, utilisant du béton et de grandes quantités de terre pour enfouir des sites clés, selon de nouvelles images satellites et une analyse de l'Institut pour la science et la sécurité internationale (ISIS). Comme le rapporte CNN, des images du 10 février dernier montrent que l'Iran poursuit le renforcement des entrées des tunnels du complexe souterrain creusé dans le mont Pickaxe, près de Natanz.

"Je pense que l'Iran est en train de reconstituer ses programmes nucléaire et balistique, probablement plus rapidement qu'Israël ne l'avait affirmé lors de l'opération Lion ascendant", a déclaré à CNN Jeffrey Lewis, chercheur émérite en sécurité mondiale au Middlebury College, en référence aux frappes israéliennes de juin. "La reconstruction des bâtiments, ainsi que d'autres informations, suggèrent que l'Iran a soit pu remplacer cet équipement, soit le déplacer vers des lieux sûrs sous terre avant les frappes", a-t-il ajouté.

Un échec des discussions à Genève

L'Iran montre les muscles sur le plan militaire et tente ainsi de dissuader les Etats-Unis d'attaquer. En pleins pourparlers diplomatiques, Téhéran a ainsi lancé des exercices navals dans le golfe Persique afin de démontrer sa capacité de déstabilisation aux alliés régionaux de Washington. Pour la première fois, les Gardiens de la révolution iraniens ont notamment fermé une partie du très stratégique détroit d'Ormuz pendant quelques heures à l'occasion d'exercices navals, selon les médias iraniens.

La guerre ne semble néanmoins pas encore inéluctable et, sur le plan diplomatique, des négociateurs iraniens et américains ont tenu des pourparlers indirects à Genève pendant trois heures et demie mardi. Ceux-ci se sont toutefois soldés par un échec. Les Etats-Unis souhaitent notamment l'arrêt du programme nucléaire iranien et des limitations concernant le programme de missiles balistiques de l'Iran. Mais Téhéran refuse pour le moment de faire des concessions majeures sur son programme nucléaire, tout en insistant sur le fait que celui-ci est destiné à des fins pacifiques.

© via REUTERS

Des missiles iraniens sont exposés dans un parc de Téhéran, en Iran, le 31 janvier 2026.

En réponse à Barack Obama, Donald Trump va déclassifier des documents sur les extraterrestres

20 février 2026 à 12:33

Donald Trump a déclaré jeudi 19 février qu'il ordonnerait aux agences fédérales de commencer à publier les dossiers gouvernementaux relatifs aux extraterrestres et aux objets volants non identifiés, compte tenu du fort intérêt public pour la question.

Dans un message publié sur les réseaux sociaux, le président américain a annoncé qu'il ordonnerait au chef du Pentagone, Pete Hegseth, et à d'autres agences de divulguer les informations en leur possession, qualifiant la question d'"extrêmement intéressante et importante". "Je vais demander au ministre de la Guerre et aux autres ministères et agences concernés d’entamer le processus d’identification et de publication des dossiers gouvernementaux relatifs à la vie extraterrestre, aux phénomènes aériens non identifiés et aux objets volants non identifiés", a-t-il écrit sur sa plateforme Truth Social.

Plus tôt dans la journée, Donald Trump, sans fournir de preuves, a accusé l'ancien président Barack Obama d'avoir divulgué indûment des informations classifiées lors de discussions publiques sur les extraterrestres, affirmant que son prédécesseur avait "commis une grosse erreur". "Il a donné des informations classifiées… Il n'est pas censé faire ça", a déclaré Donald Trump aux journalistes lors d'un déplacement en Géorgie.

"Ils sont réels, mais je ne les ai pas vus"

Lors d'une interview avec l'animateur de podcast Brian Tyler Cohen, diffusée samedi, Barack Obama s'est vu demander si les extraterrestres existaient réellement. "Ils sont réels, mais je ne les ai pas vus, et ils ne sont pas détenus dans la zone 51. Il n'y a pas d'installation souterraine, à moins d'un énorme complot qu'ils auraient dissimulé au président des États-Unis", a déclaré le démocrate.

La Zone 51 est une installation classifiée de l'US Air Force située au Nevada. Certains théoriciens marginaux pensent qu'elle abrite des corps extraterrestres et un vaisseau spatial accidenté. Des archives de la CIA publiées en 2013 indiquent qu'il s'agissait d'un site d'essais pour des avions espions ultrasecrets.

Rien dans les propos de Barack Obama ne laissait présager que l'ancien président avait divulgué des informations classifiées. Le cabinet de l'ex-chef d'Etat n'a pas répondu à une demande de commentaires de la part de Reuters.

"Durant ma présidence, je n'ai vu aucune preuve que des extraterrestres aient pris contact avec nous. Vraiment !", a déclaré Barack Obama dans une publication Instagram dimanche. Dans ce message, il a expliqué sa conviction que les extraterrestres existaient en affirmant que les probabilités statistiques de vie ailleurs que sur Terre étaient élevées compte tenu de l'immensité de l'univers."Mais les distances entre les systèmes solaires sont si grandes que les chances que nous ayons reçu la visite d’extraterrestres sont faibles", a-t-il ajouté.

Enquêtes du Pentagone

À la suite de ses propos sur Barack Obama, Donald Trump a ajouté qu'il n'avait vu, lui non plus, aucune preuve de l'existence des extraterrestres, déclarant : "Je ne sais pas s'ils existent ou non."

Ces dernières années, le Pentagone a enquêté sur des signalements d'ovnis, et de hauts responsables militaires ont déclaré en 2022 n'avoir trouvé aucune preuve suggérant que des extraterrestres aient visité la Terre ou s'y soient écrasés. Un rapport du Pentagone de 2024 indiquait que les enquêtes menées par le gouvernement américain depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale n'avaient trouvé aucune preuve de technologie extraterrestre, et que la plupart des observations étaient en réalité des objets et des phénomènes ordinaires mal identifiés.

© picture alliance / Consolidated News Photos / MAXPPP

Barack Obama lors d'un meeting dans le New Jersey, le 1er novembre 2025.

"La reine Elizabeth serait horrifiée" : l’arrestation de l’ex-prince Andrew vue par la presse britannique

20 février 2026 à 10:04

Un ancien prince arrêté le jour de son 66e anniversaire. Andrew Mountbatten-Windsor, le frère cadet du roi Charles III, a été libéré jeudi 19 février, dans la soirée, après avoir été arrêté et placé en garde à vue plus tôt dans la journée pour manquements présumés à l'intégrité dans l'exercice de fonctions publiques. En cause : des allégations selon lesquelles il aurait transmis des documents gouvernementaux confidentiels au criminel sexuel Jeffrey Epstein, aujourd'hui décédé, alors qu'il travaillait comme représentant commercial du Royaume-Uni, entre 2001 et 2011.

L'arrestation de ce membre éminent de la famille royale, huitième dans l'ordre de succession au trône, est "sans précédent" dans l'histoire moderne, et même "historique", souligne à l’unisson la presse britannique. "Andrew Mountbatten-Windsor est devenu le premier membre important de la famille royale britannique à être arrêté dans l'histoire moderne", note la BBC. "C'est la première fois qu'un membre de la famille royale est placé en détention depuis près de 380 ans. En 1647, Charles Ier fut emprisonné par Oliver Cromwell et assigné à résidence au palais de Hampton Court", relève The Times.

Une onde de choc pour la famille royale

L'événement survenu jeudi "a suscité une vive émotion" au Royaume-Uni, indique la BBC, notamment au sein de la famille royale. "J'ai appris avec la plus grande inquiétude la nouvelle concernant Andrew Mountbatten-Windsor et les soupçons de manquement à ses fonctions publiques", a réagi le roi Charles dans un communiqué. "C'est le moment le plus sombre pour la monarchie depuis près de 400 ans", juge The Telegraph. "Ni divorce, ni départ, ni liaisons extraconjugales d'antan ne peuvent rivaliser. Même l'abdication [NDRL : du roi Edouard VIII, en 1936], si scandaleuse en son temps, paraît bien pâle face à la vision d'un homme né prince détenu dans un commissariat."

"L'arrestation d'Andrew Mountbatten-Windsor est un séisme pour la famille royale et pour lui-même", estime The Guardian. L'ex-prince Andrew, "un membre jadis si respecté de la famille royale", a été en effet "détenu par la police comme un citoyen ordinaire". "Dépouillé de son statut et de ses fastes, il se retrouve sous les feux des projecteurs, comme n'importe quel autre habitant de ces îles", poursuit ce média. Par conséquent, "le mystère et le respect qui entouraient la famille royale ont été brisés".

La "pire crise constitutionnelle du siècle"

"Même aujourd'hui, et cela faisait longtemps qu'on s'y attendait, son arrestation a quelque chose d'irréel", relève de son côté The Independant, estimant que la maison de Windsor "ne sortira pas indemne de cette période si particulière". Pour The Times, l'arrestation de l'ex-prince Andrew "représente la pire crise constitutionnelle du siècle". "Le roi (Charles) doit faire face à une menace bien plus grave que celle qu'ont connue tous ses ancêtres récents", estime le quotidien britannique de centre-droit. Il explique son point de vue : "Andrew a beau avoir été déchu de ses titres, il demeure huitième dans l'ordre de succession au trône. Techniquement - ​​bien que cela soit impossible puisqu'il n'est plus un membre actif de la famille royale depuis 2019 - il est toujours conseiller d'État et donc habilité à suppléer le roi."

Comme le détaille la BBC, son association avec Jeffrey Epstein "lui a valu de perdre son poste d'envoyé spécial pour le commerce en 2011, et après une interview désastreuse à Newsnight (une émission de la BBC) en 2019, il a été démis de ses fonctions royales". Son retrait de la vie publique "s'est accentué après son accord à l'amiable avec son accusatrice Virginia Giuffre en 2022". Et en octobre dernier, lorsque des courriels ont révélé que l'ex-prince Andrew n'avait pas rompu ses liens avec Jeffrey Epstein comme il l'avait affirmé, "il a été déchu de ses titres de prince et de duc, puis contraint de quitter sa résidence royale de Windsor".

La chute d'Andrew Mountbatten-Windsor se déroule plus de trois ans après le décès de la reine Elizabeth II. "Les royalistes de tout le pays auront sans doute la même pensée : heureusement que la défunte reine n'est plus là pour voir ça", rapporte The Telegraph. The Independant abonde : "La reine Elizabeth serait horrifiée de voir à quel point Andrew Mountbatten-Windsor est tombé bas", titre le journal, qui précise que si la souveraine, "si respectée qu'elle pouvait en partie le protéger, a disparu", le roi Charles, quant à lui, "fidèle à la tradition, privilégie impitoyablement l'institution en isolant son frère et en étouffant ainsi le scandale".

Dans son communiqué, le roi Charles a déclaré que les autorités bénéficiaient du "soutien et de la coopération sans réserve" de sa famille. "Je tiens à le dire clairement : la justice doit suivre son cours", a déclaré le monarque. "Entre-temps, ma famille et moi-même continuerons à servir la nation." "La déclaration du roi visait à clore le débat et à dissocier la famille royale de tout ce qui pourrait arriver à Andrew", analyse la BBC. Cette "déclaration sans précédent de son frère (...) ne laisse aucune échappatoire à la justice royale", souligne la radio publique.

© REUTERS

Andrew Mountbatten-Windsor, frère cadet du roi Charles d'Angleterre, quitte le commissariat d'Aylsham après avoir été arrêté pour suspicion de faute professionnelle, le 19 février 2026.

"L’une des dirigeantes préférées de Donald Trump" : au Japon, le tournant sécuritaire de Sanae Takaichi

20 février 2026 à 07:00

Le Japon n’est guère coutumier des bouleversements politiques. C’est pourtant ce qu’il a vécu le 8 février, avec l’écrasante victoire aux législatives de sa première ministre, Sanae Takaichi. Sous la houlette de la "dame de fer" nippone et armé du slogan "Un Japon fort et prospère", le Parti libéral démocrate (PLD, droite conservatrice), a remporté 316 sièges sur 465, contre 198 dans l’assemblée sortante.

Un raz-de-marée électoral idéal pour Takaichi : la voilà libérée des interminables négociations parlementaires pour faire adopter ses textes. Forte d’une nouvelle "super majorité" - preuve du soutien d’une population séduite par sa fermeté envers la Chine, son franc-parler et son charisme -, elle peut mettre en œuvre ses "Sanaenomics", une politique budgétaire axée sur l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs et la relance de la consommation intérieure.

Takaichi a aussi les mains libres pour appliquer un programme sécuritaire des plus nationalistes à même d’enterrer définitivement le "régime d’après-guerre" caractérisée par un attachement au pacifisme et une rupture avec les ressorts idéologiques qui ont conduit aux dérives militaristes des années 1930 et 1940. La cheffe de gouvernement a promis un "virage audacieux" pour renforcer la politique de sécurité nationale.

Vaste programme qui prévoit cette année une poursuite de la hausse du budget militaire - il atteindra 2 % du PIB lors de l'année fiscale se terminant en mars 2026 contre à peine plus de 1 % en 2022 - et la révision des trois textes encadrant la sécurité nationale, la défense et l'acquisition de matériel. Les nouvelles moutures devraient se traduire par la levée de plusieurs tabous comme l’interdiction de la vente d’armes létales à l’étranger. Pour l'heure, l’archipel s’interdit d’exporter du matériel autre que celui servant au sauvetage, au transport, aux systèmes d’alerte, à la surveillance et au déminage. Ces limitations devraient être balayées pour, dit-on au gouvernement, accélérer "la coopération avec les pays alliés". D’après le quotidien Asahi, les Philippines, inquiètes des visées chinoises en mer de Chine méridionale, veulent acheter à la marine nippone des frégates d’occasion équipées de missiles antinavires. L’Indonésie serait également intéressée par des frégates et des sous-marins.

Des renseignements dignes de la CIA

Autre tabou levé, et non des moindres, celui des trois principes de "non-possession", "non-fabrication" et de "non-introduction sur le territoire" d’armes nucléaires, adoptés en 1967, et qui pourraient se retrouver aux oubliettes de l’histoire. Interrogée à ce sujet en novembre 2025, Takaichi a éludé cette question ultrasensible : "A ce stade, le gouvernement les maintient comme politique nationale". Elle s’est pourtant, à plusieurs reprises avant son arrivée au pouvoir, exprimée contre le principe de "non-introduction" d'armes atomiques sur le sol national qu'elle juge "irréaliste" si le Japon veut bénéficier d'une dissuasion nucléaire "étendue" de la part des États-Unis.

Outre son attachement à la défense, la cheffe de gouvernement veut créer entre 2026 et 2028 une structure de renseignements inspirée de la CIA américaine, à même de centraliser les informations gérées aujourd’hui par les services du ministère des Affaires étrangères, du ministère de la Défense ou de l’Agence nationale de la police. Ce projet serait accompagné d’une législation contre l’espionnage qui fait déjà craindre une atteinte aux libertés.

Le tout sur fond de consolidation de l’alliance avec l’allié américain. La première ministre est attendue le 19 mars à Washington par Donald Trump, qui l’a félicitée pour sa victoire aux législatives, lui souhaitant "beaucoup de succès dans l’application de (son) programme conservateur et (son) ambition de paix par la force". "Takaichi est en passe de devenir, à l’instar de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, l’une des dirigeantes étrangères préférées de Trump", ironise l’analyste politique Ko Koga.

Le volontarisme sécuritaire de Takaichi s’appuie sur une fervente idéologie nationaliste à laquelle elle a été biberonnée dès sa jeunesse. Ses parents l’ont éduquée en l'imprégnant du Rescrit impérial, un texte de 1899 autrefois présent dans toutes les écoles, et considéré comme un vecteur idéologique du militarisme nippon. Dès son entrée en politique dans les années 1990, la native de Nara se rapproche des jeunes élus PLD, dont son mentor, Shinzo Abe (1954-2022), hostiles à toute repentance pour le passé militariste nippon et partisans de faire du Japon un "pays normal" doté d’une véritable armée. "Sous une administration Takaichi, tout en encourageant la recherche sur les faits historiques, le Japon s'abstiendra de présenter de nouvelles excuses au niveau de l'État pour des questions déjà réglées et indemnisées par les traités d'après-guerre. Les manuels scolaires devraient également être revus afin que les enfants soient fiers d'être Japonais", écrit-elle dans un texte publié en 1999.

Vers une armée japonaise ?

Dès le 8 février, elle a annoncé sa volonté de se rendre au sanctuaire Yasukuni qui honore, entre autres, les criminels de guerre nippons et reste considéré - notamment à Pékin et Séoul - comme un symbole du militarisme japonais. Elle a aussi affiché son ambition de réécrire la Constitution nippone dont l’article 9 affirme le renoncement à la guerre. Cette vieille ambition de la frange conservatrice du PLD vise à supprimer toute référence pacifiste – considérée comme imposée par les Américains au lendemain de la Seconde Guerre mondiale – et à inscrire dans la loi fondamentale l’existence d’une armée japonaise. Depuis 1954, l’archipel ne dispose que d’une "force d’autodéfense" dénuée de capacité d’intervention à l’extérieur, si ce n’est pour des opérations de maintien de paix ou, de manière très encadrée, en appui d’un allié attaqué dans un contexte menaçant pour le Japon.

Premier ministre entre 2012 et 2020, Shinzo Abe a tenté de réviser la Constitution. Dès 2016, il pouvait compter sur une majorité des deux tiers des sièges aux deux chambres du Parlement, condition sine qua non modifier ce texte. Les scandales de caisses noires du PLD, les réticences d'un parti allié et le boycott des débats par l’opposition ont fait avorter son projet. La donne semble aujourd’hui différente et Takaichi a les cartes pour réaliser l’ambition de son mentor. Son parti détient plus des deux tiers des sièges à la Chambre basse. Ce n’est pas le cas au Sénat mais il peut compter sur l’appui de petites formations, également favorables à la réforme.

Dans le même temps, l’opinion a évolué et le référendum obligatoire pour valider une modification constitutionnelle semble désormais gagnable. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, plus de la moitié des Japonais soutiennent la révision de la Constitution, selon les sondages publiés dans l’Asahi. La montée des tensions avec la Chine, le développement nucléaire nord-coréen, et les doutes sur le soutien américain en cas de guerre, suscitent de réelles inquiétudes. La fermeté affichée par Takaichi, notamment sur la question taïwanaise - elle a déclaré qu'une attaque de la Chine contre l'île pourrait constituer une "menace pour la survie du Japon", ce qui impliquerait l’envoi de troupes nippones -, plaît à une large frange d’une jeunesse qui connaît peu ou mal l’histoire de la guerre. Qu'ils s'en rendent compte ou non, le tournant politique observé dans l’archipel pourrait bien bouleverser la géopolitique en Asie de l’Est.

© via REUTERS

La Première ministre Sanae Takaichi, lors d'une conférence de presse à Tokyo, le 18 février 2026.

En Inde, l'ex-espion qui parle à l'oreille de Modi 

20 février 2026 à 06:30

Il est considéré par certains comme l’homme le plus puissant d’Inde, juste après le premier ministre Narendra Modi. Peu connu du grand public en dehors de son pays, Ajit Doval, le Conseiller national à la sécurité du chef du gouvernement, est de tous les déplacements à l’étranger et de toutes les réceptions de chefs d’Etat. Cette fois encore, lors de la visite d’Emmanuel Macron en Inde du 17 au 19 février, le discret Ajit Doval, homme de petite taille à l'allure de comptable, portant lunettes et moustache, était omniprésent.

Cet officier de police à la retraite né en 1945 a servi auprès de l’Information Bureau, les services de renseignement indiens. Personnage mystérieux, il aurait passé sept ans comme agent infiltré au Pakistan, où il recueillait des renseignements sur les groupes terroristes. Peu d’informations vérifiables existent sur ses faits d’armes, mais de nombreux récits héroïques ont circulé à ce sujet. Proche du mouvement d'extrême droite Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), socle idéologique du parti politique de Narendra Modi, le Bharatiya Janata Party (BJP), Ajit Doval a fondé en 2009 son propre centre de réflexion.

Les limites de son pouvoir restent floues

En 2014, Modi le choisit pour en faire son conseiller à la sécurité nationale, un poste clé. Officiellement, son rôle est de chapeauter la sécurité de l’Inde, tant sur son territoire qu'à l’international. Les limites réelles de son pouvoir "restent floues, notamment en raison du caractère opaque de ses activités", estime le journaliste Praveen Donthi dans un portrait fleuve publié dans le magazine Caravan, convaincu que son champ d'action "dépasse largement le cadre officiel".

Son influence serait aujourd'hui considérable sur les ministères de l’Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères. Il faut dire que la "doctrine Doval" régit largement la politique indienne en matière de sécurité et de renseignement. L’analyste indien AG Noorani la définissait dès 2015 par "l'absence de considération pour la morale, l'extrémisme affranchi de tout calcul ou dosage, et le recours à la force militaire". L'homme joue par ailleurs "le rôle de l’un des principaux conseillers diplomatiques de Modi", selon le journaliste Praveen Donthi.

Ainsi, lorsque la relation avec les Etats-Unis était au plus bas en septembre dernier, New Delhi aurait dépêché son émissaire pour rencontrer le secrétaire d’Etat Marco Rubio et apaiser les tensions dans un contexte d'âpres négociations en vue d'un accord commercial, selon l'agence Bloomberg. La partie indienne a démenti, mais peu de temps après cette période, les relations entre les deux pays ont commencé à montrer des signes d’accalmie. Donald Trump avait imposé en août 2025 des barrières douanières punitives de 50 %, reprochant à New Delhi ses achats de pétrole russe. Ces taxes ont été ramenées à 18 % et Washington affirme que l’Inde s’est engagée à ne plus acheter d’or noir à la Russie.

Un rôle central dans le premier contrat de Rafale

Une promesse qui vient perturber la politique étrangère indienne, fondée sur le "multi-alignement". Alliée historique de Moscou, l’Inde a toujours refusé de condamner l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les liens entre les deux pays remontent à l’époque de l’URSS et New Delhi dépend encore cruellement des livraisons d’équipement militaires en provenance de Moscou. Ces dernières années le géant sud asiatique a néanmoins tenté de diversifier ses fournisseurs d’armement, se tournant vers Israël et la France. L’Inde a d'ailleurs annoncé début février sa décision d’acheter 114 Rafale supplémentaires pour son armée de l’Air. New Delhi avait déjà acquis 36 avions de combat français. A l'époque, Ajit Doval, encore lui, avait joué un rôle central dans la signature de ce méga contrat, approuvé en août 2016, alors même qu’il ne faisait pas partie des négociateurs officiels.

Preuve de son rôle central, lors des discussions bilatérales avec la France, le 17 février, à Bombay, Narendra Modi était flanqué, à sa droite, de son ministre des Affaires étrangères et, à sa gauche, d'Ajit Doval. "Il a la confiance du premier ministre et son opinion pèse à la fois sur la politique étrangère et matière d’accords de défense", confirme Nilanjan Mukhopadhyay, auteur de plusieurs ouvrages sur la politique indienne.

"Bien qu’Ajit Doval ne possède pas de position ministérielle, il est le super ministre de tout, il remplace le ministre de la Défense quand il est absent, il est là en dépit de la présence du ministre des Affaires étrangères. Il a pris une importance considérable : il est partout même là où il n’a pas lieu d’être", poursuit-il.

Pas une visite officielle sans que le conseiller à la sécurité ne s’assure des derniers réglages. Et c'est lui qui s'est rendu en France le 13 janvier dernier pour y présider, aux côtés d’Emmanuel Bonne, le conseiller diplomatique du président français, le 38e dialogue stratégique Inde France. Il y a bien sûr été question de défense mais aussi du nucléaire, de technologie, d'espace et de l’ensemble du partenariat stratégique.

Pendant la visite du président français en Inde, les deux pays se sont mis d'accord pour coordonner leurs efforts afin de lutter contre les grands déséquilibres mondiaux, notamment sur le plan commercial. "Nous partageons l’idée que les défis mondiaux ne peuvent être surmontés qu’à travers des institutions multilatérales réformées", a estimé le Premier ministre indien. Emmanuel Macron a proposé une "réunion ad hoc qui permettra d’établir des convergences concrètes sur l’agenda international des grands équilibres". Ce sommet pourrait avoir lieu au printemps avant celui du G7 à Evian en juin, auquel Narendra Modi a été convié. Il y a fort à parier qu’Ajit Doval sera de la partie.

© Narendra Modi-X via Reuters Conn

Ajit Doval assis derrière Narendra Modi lors du Sommet d'Asie de l'Est à Vientiane, au Laos, le 11 octobre 2024.

Ukraine : l’engrenage qui empêche Vladimir Poutine d’arrêter la guerre

20 février 2026 à 06:00

Il arrive parfois que l'actualité semble se jouer loin de nous. Alors tous les vendredis, on s’intéresse à un évènement qui a marqué la semaine, d’un point de vue européen, et on prend le temps d’expliquer pourquoi il nous concerne tous.

En février 2022, Vladimir Poutine espérait une guerre éclair. Quatre ans plus tard, la Russie et l'Ukraine se sont à nouveau retrouvées autour de la table pour négocier. Et, à nouveau, les pourparlers à Genève se sont soldés par un échec.

Les discussions, menées par les Etats-Unis et marquées par l’absence des Européens autour de la table, ont achoppé sur les mêmes points que lors des précédents cycles : la présence de soldats étrangers sur le sol ukrainien, et la cession des territoires occupés.

L’illustration, en réalité, de l’absence de volonté de la part de la Russie, et surtout de Vladimir Poutine, de sortir de la guerre.

Pour analyser la position russe alors que le conflit entre dans sa cinquième année, Charles Haquet, rédacteur en chef du service Monde de L’Express, est dans cet épisode de La semaine européenne.

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Cet épisode a été écrit et présenté par Charlotte Baris, monté et réalisé par Jules Krot.

Crédits : Le Parisien

Musique et habillage : Emmanuel Herschon / Studio Torrent

Visuel : Alice Lagarde

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Le président russe Vladimir Poutine lors d'une réunion au Grand Palais du Kremlin à Moscou, en Russie, le 19 février 2026. © Alexander Zemlianichenko

"La force la plus expérimentée" : ce que l’Europe peut apprendre de l’armée ukrainienne

20 février 2026 à 05:45

C’est un tableau de chasse d’un nouveau genre : y figurent presque en temps réel des données sur les cibles russes récemment détruites par les pilotes de drones ukrainiens. Mis en place l’été dernier par Kiev, ce "Online Killboard" recense sur son site Internet vingt-huit catégories d'objectifs comprenant des soldats ennemis, des chars, des dépôts de munitions ou même des radars. Avec pour chacune, le nombre d’éliminations opérées par les meilleures unités de dronistes ukrainiens. Quatre ans après le début de l’invasion sanglante lancée par Vladimir Poutine, cette initiative inédite, aux allures de tableau de scores de jeu vidéo, illustre une fois de plus la manière dont ces petits engins ont bouleversé le champ de bataille.

Rien qu’en 2025, Kiev a revendiqué près de 820 000 frappes de drones réussies contre des cibles ennemies - dont 240 000 sur des soldats. "C’est un type de guerre entièrement nouveau où des millions de drones sont devenus la principale force de combat des deux armées, observe Yehor Cherniev, député et vice-président de la commission défense au Parlement ukrainien. Toute la ligne de front bourdonne comme un essaim." Omniprésents, ces engins sont aujourd’hui responsables de près de 80 % des pertes humaines et matérielles au combat. Dans les capitales européennes, qui voient avec une inquiétude croissante la menace russe s’intensifier à leurs frontières, l’expérience unique acquise par Kiev dans leur maniement intéresse au plus haut point.

L'art de se protéger

"Nous avons encore presque tout à apprendre des Ukrainiens en ce qui concerne les drones FPV (first person view, ou vue subjective), estime Yohann Michel, responsable du pôle puissance aérienne à l’Institut d’études de stratégie et de défense (IESD). Nous en sommes au stade où l’on expérimente des systèmes qu'ils utilisent déjà tous les jours au combat." Du front du Donbass à la spectaculaire opération Spiderweb menée en juin dernier au cœur du territoire russe contre des bombardiers stratégiques, l’Ukraine a fait la preuve de leur potentiel. Dès 2024, le pays a été le premier au monde à créer une Force de systèmes sans pilote, une nouvelle branche au sein des armées, spécialement dédiée aux drones. La Russie a fait de même l’année suivante. "Les armées occidentales n'ont rien de similaire, martèle le député Yehor Cherniev. Mais elles devraient s'empresser de se servir de l'expérience ukrainienne."

Si celles-ci ont commencé à former certaines de leurs unités à l’utilisation de ces engins volants pour des missions de frappe ou de reconnaissance, Kiev - comme Moscou - conserve plusieurs longueurs d’avance. "Les applications peuvent être extrêmement variées, pointe Mykhailo Gonchar, président de l’institut ukrainien Centre for Global Studies Strategy XXI. Au-delà de leur rôle offensif, ils peuvent aussi servir à la logistique en acheminant du matériel ou des munitions sur des positions critiques."

Kiev a appris en parallèle à contrer les drones adverses. L’été dernier, la plateforme ukrainienne Brave1, conçue pour développer des technologies innovantes dans la défense, a dévoilé de nouvelles munitions conçues pour améliorer l’efficacité des fusils d’assaut contre les petits drones, grâce à une ogive composée de sous-projectiles. Le but : accroître les chances de toucher sa cible, et in fine, de survivre en cas d’attaque.

Des voitures circulent sur une route recouverte d'un filet anti-drones récemment installé, près de Kharkiv, en Ukraine, le 2 février 2026
Des voitures circulent sur une route recouverte d'un filet anti-drones récemment installé, près de Kharkiv, en Ukraine, le 2 février 2026

"Les Ukrainiens sont passés maîtres dans l'art de se protéger, résume une source militaire. Clairement, aucune armée occidentale ne sait le faire aussi bien qu'eux." Quitte à parfois en revenir à des moyens rustiques. L’an dernier s’est généralisée l’installation de kilomètres de filets anti-drones, souvent de simples filets de pêche, dans certaines villes ou axes logistiques clés situés à proximité du front. De même, des cages de protection en ferraille ont été ajoutées sur la plupart des chars afin d’améliorer leur résistance aux attaques. "L’armée ukrainienne est aujourd’hui la plus expérimentée et la mieux préparée à un conflit de ce type, insiste Olevs Nikers, président de la Baltic Security Foundation et conseiller du gouvernement letton. Les leçons que l’on peut tirer sont innombrables pour les forces européennes."

Défense antiaérienne

Les Ukrainiens ont aussi développé une expertise précieuse en matière de défense antiaérienne, après des années de pilonnage de leurs villes et infrastructures. En particulier contre les drones kamikazes russes à longue portée, tels que les modèles iraniens Shahed, envoyés par centaines. "Personne n'arrive à les descendre de manière aussi économique que les Ukrainiens, explique une source militaire. Là où les armées occidentales ont au mieux des missiles qui coûtent dix fois plus cher que les drones ennemis, ils parviennent à les détruire pour une somme relativement modique." Parmi les méthodes utilisées : des équipes mobiles dotées de véhicules armés de mitrailleuses pour les neutraliser à basse altitude, ou des hélicoptères chargés de les abattre directement depuis les airs.

D’autres moyens plus innovants ont vu le jour. A l’automne, le fabricant ukrainien General Cherry a annoncé la production en série du drone intercepteur Bullet, qui, avec ses plus de 300 km/h au compteur, a été conçu spécifiquement pour neutraliser les Shahed. "Ce qui frappe, c’est la capacité d’adaptation des Ukrainiens, note l’ancien délégué général pour l'armement Emmanuel Chiva. Ils ont cette capacité à développer et tester des matériels de manière extrêmement rapide pour passer à la génération suivante avant que leur ennemi ne trouve la parade."

Des solutions émergent aussi en Europe. Début février, la start-up française Alta Ares a testé avec succès son propre intercepteur Black Bird, dans des conditions arctiques, avec les forces armées estoniennes. Doté d’un turboréacteur, l’engin a atteint les 450 km/h. Preuve d'un intérêt mutuel, les ministères de la Défense français et ukrainien ont signé début février une lettre d’intention en vue de permettre la "production conjointe" de solutions innovantes, en particulier dans le "domaine des drones".

Robots terrestres

Alors que les Européens ont formé des dizaines de milliers de soldats ukrainiens, les rôles seraient-ils en train de s'inverser ? "On peut totalement envisager des échanges réciproques, jauge Jacob Parakilas, responsable de recherche en défense à RAND Europe. Leur expérience, leur perspective et leurs tactiques pour opérer avec succès dans cet environnement sont d'une valeur inestimable." Après le survol du territoire polonais par une vingtaine de drones en septembre, Kiev avait annoncé l’envoi d’instructeurs chez son voisin pour assurer une formation contre les menaces aériennes. Le mois suivant, une autre équipe s’était rendue au Danemark pour un exercice d’interception.

Les enseignements du conflit s'étendent à d'autres secteurs moins visibles mais tout aussi cruciaux. C'est le cas de la guerre électronique, qui sert à repérer ou perturber les signaux électromagnétiques de l'ennemi, comme les ondes radio ou les rayonnements infrarouges. Longtemps négligée par les forces occidentales, elle s'avère décisive en Ukraine. "Leur armée est devenue experte dans ce domaine, confirme une source militaire. Le soldat russe qui commet l'erreur de se connecter à un réseau social près du front sera aussitôt repéré et pris pour cible." De même, les systèmes de brouillage permettant de parasiter la liaison entre un drone et son opérateur se sont généralisés et sont impliqués dans la neutralisation de la majorité des engins envoyés.

Dans cette course effrénée à l’innovation, l’Ukraine a aussi pris de l’avance en ce qui concerne les robots terrestres, des plateformes montées sur roues et pilotées à distance par un opérateur. Utilisés initialement pour la logistique ou l'évacuation de blessés sans exposer d'équipage, certains modèles ont désormais des mitrailleuses ou lance-grenades intégrés. "Même si nos armées ont fait quelques essais avec des robots logistiques notamment au Mali, nos connaissances dans ce domaine restent limitées, retrace Yohann Michel, de l’IESD. Il serait plus qu’utile pour nos forces d’en apprendre davantage sur leur utilisation dans un cadre offensif." En Ukraine, le secteur avance à pas de géant. En juillet, une unité russe avait déposé les armes dans la région de Kharkiv après avoir subi une attaque n’impliquant pas des soldats… mais des robots terrestres et des drones FPV. Une première dans l’histoire, mais pas la dernière. Fin janvier, trois nouveaux soldats russes se sont rendus à un engin robotisé. Les Ukrainiens n'ont pas fini de nous surprendre.

© REUTERS

Un soldat ukrainien de la 25e brigade aéroportée observe un drone lourd, en vol près de la ligne de front, dans la région de Donetsk, en Ukraine, le 5 avril 2025.

Iran : quels moyens militaires les Etats-Unis ont-ils déployés dans la région ?

19 février 2026 à 20:29

Donald Trump n'en finit pas de souffler le chaud et le froid sur l'Iran. Prônant tantôt la voie diplomatique, tantôt l'intervention militaire, le président américain continue d'entretenir le flou. Mais la presse américaine l'assure : Donald Trump a désormais l'arsenal suffisant pour lancer dès ce week-end une guerre contre l'Iran sur plusieurs semaines. "La plupart des Américains ne se rendent pas compte à quel point le gouvernement Trump est proche d’une guerre de grande ampleur au Moyen-Orient", écrit le journaliste Barak Ravid dans les colonnes d'Axios.

Le président américain, qui s'est entretenu mercredi avec ses conseillers diplomatiques sur le dossier, a en effet menacé à plusieurs reprises d'attaquer l'Iran si ses conditions n'étaient pas acceptées. "Je ne pense pas qu'ils souhaitent subir les conséquences d'un échec des négociations", a-t-il fait savoir. Ce jeudi, il a affirmé qu'il se laissait "dix" à "quinze jours" pour décider si un accord était possible ou non. S'il se dit favorable à une résolution diplomatique, Donald Trump a bien conscience que l'Iran est peu susceptible de se plier à toutes ses exigences. Celles-ci incluent notamment l'élimination du programme nucléaire iranien, mais aussi le démantèlement des missiles balistiques, un point bloquant pour Téhéran, dont la principale force de dissuasion repose sur ses missiles.

Il est donc possible que Donald Trump intervienne en Iran, comme il l'avait promis aux manifestants descendus en masse dans les rues pour protester contre le régime. Mais rien ne dit, à ce stade, quel serait l'objectif de l'opération. Selon le Wall Street Journal, la Maison-Blanche serait encore indécise sur le type d'intervention : renverser le régime, détruire le programme nucléaire, ou anéantir des missiles balistiques ? En cas de renversement du régime, s'agirait-il uniquement de Khamenei ou aussi de sa garde rapprochée ? Qui lui succéderait ? Rien ne semble avoir été défini à ce stade.

Force de frappe considérable

Reste que l'arsenal déployé dans la région est considérable. Il aurait même atteint une puissance de feu inédite depuis l'invasion américaine de l'Irak en 2003, même si celle déployée aujourd'hui reste bien inférieure. Chasseurs, bombardiers et systèmes de défense aérienne ont notamment été rassemblés ces dernières semaines, ainsi que treize navires de guerre, notamment le porte-avions Abraham Lincoln, arrivé fin janvier, accompagné de neuf destroyers capables de se défendre contre les missiles balistiques. Un second porte-avions (l'USS Gerald Ford), le plus grand au monde, se dirige également vers la région, chargé d'avions d'attaque, et accompagné par trois destroyers. Des avions de commandement et de contrôle, indispensables à la coordination de vastes opérations aériennes, sont également en route.

A la puissance matérielle s'ajoutent en outre des dizaines de milliers de soldats présents à bord de ces porte-avions et dans des bases militaires à travers la région. La base aérienne de Muwaffaq Salti, dans l'est de la Jordanie, semble être devenue un nœud central pour ces déploiements. Et comme le rappellent les experts, certains systèmes de frappes comme les bombardiers B2, qui ne sont pas présents sur place, sont entraînés depuis longtemps à mener des missions au Moyen-Orient directement depuis les États-Unis, comme ce fut le cas en juin, ou depuis la base conjointe américano-britannique de Diego Garcia, dans l'océan Indien.

Vraie supériorité américaine ?

Avec une telle armada, les Etats-Unis seraient donc en capacité de mener une guerre aérienne soutenue, durant plusieurs semaines, contre l'Iran - à la différence de la frappe ponctuelle "Midnight Hammer" menée en juin contre trois sites nucléaires iraniens. L'armée américaine serait donc en position de force sur l'Iran, notamment grâce à sa technologie furtive et à ses armes de précision à distance. Néanmoins, l'Iran dispose aussi de plusieurs atouts, notamment un arsenal de missiles encore conséquent qui pourrait être dirigé contre les bases américaines et leurs alliés dans la région, et des forces militaires qui pourraient tenter de fermer le détroit d'Ormuz, une voie maritime vitale pour les pétroliers.

Devant ces incertitudes, plusieurs anciens officiers militaires ont appelé Washington à privilégier la voie diplomatique. "Le meilleur scénario qui puisse résulter de cette opération, c'est d'indiquer que Trump ne plaisante pas avec l'usage de la force", incitant ainsi les dirigeants iraniens à parvenir à un accord, explique David Deptula, général trois étoiles de l'armée de l'air américaine à la retraite qui a joué un rôle majeur dans la campagne Tempête du désert de 1991 contre l'Irak. Mais les responsables américains et étrangers sont de plus en plus pessimistes quant à la possibilité que l'Iran accepte les exigences des États-Unis.

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Images satellites du porte-avion USS Gerald R. Ford le 24 janvier 2026. PLANET LABS PBC/Handout via REUTERS

Mort de Quentin Deranque : la tension monte entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni

19 février 2026 à 19:53

La mort de Quentin Deranque dépasse désormais les frontières et résonne jusqu'à l'Italie. Le militant nationaliste, âgé de 23 ans, est mort samedi 14 février après une violente agression survenue jeudi lors d'affrontements entre militants d'ultradroite et d'ultragauche, en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan.

Dans la péninsule, Quentin est hissé au rang de "martyr". Des groupes néofascistes lui rendent hommage, exhibant des banderoles floquées de la mention "Justice pour Quentin" ou "Fidèle au devoir jusqu’au dernier instant".

Le pouvoir italien s'est lui aussi empressé de prendre la parole. Mercredi 18 février, la présidente du Conseil, Giorgia Meloni, écrivait sur X "le meurtre du jeune Quentin Deranque en France est un événement qui nous choque et nous attriste profondément", dénonçant une agression "par des groupes liés à l'extrémisme de gauche et emportée par un climat de haine idéologique qui traverse plusieurs pays".

L’uccisione del giovane Quentin Deranque in Francia è un fatto che sconvolge e addolora profondamente.
La morte di un ragazzo poco più che ventenne, aggredito da gruppi riconducibili all’estremismo di sinistra e travolto da un clima di odio ideologico che attraversa diverse… pic.twitter.com/F7vzDhT9X8

— Giorgia Meloni (@GiorgiaMeloni) February 18, 2026

Une prise de parole qui n'a visiblement pas été au goût d'Emmanuel Macron. Depuis New Delhi, où il est en visite officielle, le chef de l'Etat a demandé à la cheffe du gouvernement italien d'arrêter de "commenter ce qui se passe chez les autres". "Que chacun reste chez soi et les moutons seront bien gardés", a-t-il lancé. Et d'ajouter : "Je suis toujours frappé de voir que des gens qui sont nationalistes, qui ne veulent pas qu'on les embête chez eux sont toujours les premiers à commenter ce qui se passe chez les autres".

Mais son message n'est pas passé. Ce jeudi, le ministre italien des Affaires étrangères a estimé que la mort de Quentin Deranque est "un événement grave qui nous concerne tous, un épisode qui doit être condamné sans hésitation", a-t-il lui aussi écrit sur X.

De leur côté, le bureau de la Première ministre italienne Giorgia Meloni a réagi avec "stupéfaction" aux propos du président français. Les propos de la dirigeante ultraconservatrice étaient destinés à exprimer "un signe de solidarité avec le peuple français touché par ce terrible événement" et étaient "sans aucune incidence sur les affaires intérieures de la France", a précisé une source gouvernementale.

Raphaël Arnault, connu de l'autre côté des Alpes

L'affaire Quentin résonne autant dans la péninsule transalpine car le fondateur de la Jeune Garde n'est pas un inconnu sur ces terres. Comme le rapporte le quotidien conservateur Il Giornale, le député Raphaël Arnault a publié une vidéo sur ses réseaux sociaux en janvier dernier aux côtés de militants "antifascistes italiens locaux". Une manifestation qui aurait tourné aux affrontements, assure l'ancien eurodéputé meloniste Vincenzo Sofo. "Le député Raphaël Arnault était à Rome lors de la manifestation antifasciste au cours de laquelle un commando d’extrême gauche a lynché des jeunes militants de Fratelli d’Italia", prétend sur X l'ancien élu qui demande aux gouvernements italien et français "d’ouvrir une enquête conjointe sur Raphaël Arnault et sur les liens entre les différents réseaux antifascistes en Europe".

© RICCARDO ANTIMIANI/EPA/MaxPPP

L'extrême droite italienne n'a pas tardé à réagir ni à tenter de récupérer l'affaire Quentin, au grand dam d'Emmanuel Macron.

"Se battre pour continuer d’exister" : l’Ukraine face à une crise démographique sans précédent

19 février 2026 à 17:30

"Quand on me demande ce qu’est la guerre, je réponds sans détour : des noms", écrivait le poète ukrainien Maksym Kryvtsov, avant de mourir au combat, en janvier 2024. Au Champ-de-Mars, le cimetière militaire de Lviv, dans l'Ouest de l'Ukraine, ces noms débordent, rangée après rangée. Depuis mars 2022, plus d’un millier de soldats reposent ici, dans des tombes provisoires en bois, comme le veut la tradition militaire. Seuls les pas dans la neige des familles éplorées et le claquement des drapeaux brisent le silence du lieu.

Le 10 décembre 2025, la dernière place a été prise. Un jour sombre pour Roman Kharivski, 26 ans. Recruté à la mairie de Lviv en 2021 pour les affaires religieuses, il organise depuis quatre ans, presque chaque jour, des funérailles militaires. Ses matinées débutent à la morgue, se poursuivent à l’église de garnison, puis dans la ville, qui se fige au passage des cercueils. "Le plus dur, c’est de voir les enfants que ces soldats laissent derrière eux", confie ce jeune père. Pour lui, la guerre ne se résume pas à des noms mais à des visages : ceux des familles qu'il accompagne dans le deuil. Mais jamais il n'aurait cru que ce cimetière manquerait un jour de place…

À Lviv, la mairie avait anticipé la saturation du Champ-de-Mars. À quelques pas, un nouveau site d’inhumation a été ouvert le 11 décembre sur l’ancienne "Colline de la Gloire", dont les sépultures soviétiques des deux Guerres mondiales ont été exhumées à l’été 2025 pour être remplacées. Depuis, une cinquantaine d’enterrements y ont déjà eu lieu. "La guerre a cessé d’être une situation d’exception : les gens savent qu'ils ne retrouveront pas leur vie d’avant", analyse la sociologue Anna Colin Lebedev.

Après quatre ans d'invasion à grande échelle, douze ans de guerre avec la Russie, le pays affronte aussi des mutations démographiques et sociales irréversibles. L’Ukraine, qui affiche le taux de mortalité le plus élevé et le taux de natalité le plus faible au monde, compte environ trois décès pour une naissance.

Le taux de fécondité a plongé

Dans les zones contrôlées par Kiev, la population ukrainienne était estimée à environ 31,5 millions de personnes début 2025, contre 42 millions en 2022. Près de 5,9 millions d'Ukrainiens se sont réfugiés à l’étranger et au moins 5 millions vivent dans les territoires occupés. "Aujourd’hui, l’Ukraine doit non seulement se battre pour ne pas disparaître face à la Russie, mais aussi pour continuer d’exister", résume l’écrivaine Tetyana Ogarkova.

Tout près du cimetière, le professeur Stefan Khmil, un gynécologue-obstétricien directeur de deux cliniques de médecine reproductive, à Lviv et Ternopil, tente, à sa façon, de sauver l'Ukraine, alors que le taux de fécondité a plongé à son plus bas niveau depuis trois siècles, à 0,7 enfant par femme. Hypothermie, humidité, effort physique extrême, malnutrition : les conditions de vie des soldats altèrent souvent la qualité de leurs gamètes. Sans parler des mutilations. Jusqu’à 10 % des blessures militaires touche le système reproducteur, sous l’effet des explosions ou d’armes chimiques, rapporte Stefan Khmil. Beaucoup viennent donc fournir un échantillon de leur sperme avant de partir au front.

Le professeur raconte l’histoire récente d’un fantassin resté 107 jours sur la "ligne zéro", caché dans un trou de terre avec deux camarades, ravitaillés par drones. À son retour, il avait perdu 20 kilos quand il est arrivé à la clinique du docteur Khmil. "Je lis dans les yeux de ces jeunes le désir de laisser quelque chose derrière eux. L’un m’a écrit : 'Professeur, aujourd’hui nous sommes vingt, mais ce soir, nous ne serons plus que sept'", rapporte ce dernier. La femme de ce soldat est tombée enceinte. Il est mort deux jours avant qu’il ne l’apprenne.

"C’est un génocide total de la nation ukrainienne par les Russes. Leur objectif est de nous détruire. C’est pourquoi je me suis fixé pour mission de contribuer à la renaissance de la nation ukrainienne", affirme le médecin. Conscient de cet enjeu, le gouvernement a adopté en janvier 2025 une loi permettant la collecte et la conservation gratuites des spermatozoïdes et ovocytes des militaires. Discuté depuis 2022, le texte prévoit leur stockage sans frais pendant plusieurs années, mais les fonds alloués par l’Etat restent insuffisants pour couvrir l’ensemble du processus, déplore le professeur.

Dans l’une des salles, Kateryna Stantchak, embryologiste, veille sur les précieuses cellules reproductrices de plus de 1 200 militaires, plongées dans des réservoirs maintenus à –196 degrés grâce à des générateurs et des panneaux solaires, malgré les coupures répétées d’électricité. "Voilà l’avenir de la nation ukrainienne", sourit-elle en désignant les cuves. Depuis 2022, la clinique a réalisé 594 fécondations in vitro gratuites pour les soldats. 208 enfants sont nés grâce à ce programme et 75 autres doivent encore voir le jour. Dans le couloir, la file de patients disparaît soudain : une alerte aux missiles oblige tout le monde à descendre au sous-sol. La veille, trois missiles hypersoniques ont visé Lviv, pourtant située à 1000 kilomètres de la ligne de front.

"Après 2022, le nombre de patients qui font congeler leurs spermatozoïdes a augmenté, car ils n’ont aucune certitude sur l’avenir. Certains repoussent leur projet de grossesse", poursuit Stefan Khmil, le gynécologue.

Le temps sépare les familles

Mais un autre ennemi guette le pays : le temps qui passe et ruine les espoirs de retrouvailles et les projets de nombreuses familles séparées par la guerre. Le 24 février 2022, Oleksandr conduit son épouse et ses deux enfants à la campagne, chez ses parents près de Boutcha, avant de rejoindre l’armée. Ce quadragénaire ne les reverra que deux ans plus tard. Sa famille parvient à fuir l’occupation et les bombardements pour se réfugier en France, dans les Yvelines. Quand Oleksandr retrouve son fils de quatre ans, en 2024, il ne le reconnaît pas. Le petit garçon, lui, ne lui adressera pas la parole pendant plusieurs jours, convaincu que son père l’a abandonné.

"Mon rêve, c’était de lui apprendre à faire du vélo. Mais il a appris sans moi. Aujourd’hui, il a sept ans, il est grand, il va à l’école française", raconte Oleksandr, joint en visioconférence depuis sa base militaire. "J’ai découvert qu’il parlait français quand je l’ai entendu discuter avec le réparateur de la machine à laver."

Désormais haut placé dans la chaîne de commandement, l’officier dispose de davantage de temps pour appeler sa famille, qui vit toujours en France. Le soir, il donne des cours de maths à son fils, apprend à cuisiner avec sa femme. Peu à peu, la famille a renoncé à l’idée d’un retour en Ukraine. À Kiev, leur quartier est constamment bombardé. Depuis janvier et la nouvelle vague d’attaques russes sur le système énergétique, les coupures d’électricité peuvent durer plusieurs jours. "C’est notre nouvelle réalité, répète-t-il. Heureusement que nous ne sommes pas en 1945, quand les gens au front n’avaient que les lettres pour avoir des nouvelles de leurs proches. Au moins, aujourd’hui, on a Starlink et on peut se voir", ajoute Oleksandr, qui se sait privilégié.

Record de divorces en 2024

Dans son unité, les divorces se multiplient, comme partout en Ukraine. "Au combat, vous savez où se trouve l’ennemi : en face de vous. C’est très difficile quand vous attendez du soutien de 'l’arrière' et que vous réalisez qu’il ne vient pas", confie-t-il. En 2022 et 2023, les mariages se sont enchaînés, les couples se disant oui dans l’urgence, par peur de mourir. En 2024 et 2025, ce sont les divorces qui dominent, avec un record historique en 2024 : 141 800 séparations, presque autant que de mariages.

Iryna incarne ce phénomène : quand la guerre impose des vies parallèles, le couple finit par se déliter. Le couple de cette quadragénaire, réfugiée en région parisienne en 2022 avec son fils de 13 ans et sa mère, n’a pas résisté à la distance : "Nous ne nous voyions jamais et nous n’avions plus rien à nous dire", résume-t‑elle. En Ukraine, Iryna était chef de projet dans l'import-export, installée avec son mari dans un grand appartement d’Ivano-Frankivsk, entre l’aéroport et une centrale électrique aujourd’hui régulièrement bombardés. En France, elle se retrouve à faire le ménage chez une riche personne âgée, à vivre à trois dans 13 m², sans oser poster la moindre image de cette nouvelle existence sur les réseaux sociaux. "On avait une belle vie. Et puis, tout d’un coup, tu arrives ici et tu n’es plus personne."

Peu à peu, les conversations avec son mari, resté en Ukraine, se raréfient, jusqu’à devenir impossibles : les journées, les préoccupations, même l’humour n’ont plus rien en commun. "Quand les couples mènent des vies si différentes, qu’ils sont physiquement empêchés de se voir, ils commencent à se reconstruire chacun de leur côté et finissent par divorcer, surtout maintenant qu’on peut le faire en ligne", note la psychologue, observe Anna Arkhypova, présidente de l’association Écoute Ukraine, basée à Paris. Iryna est typique de ces Ukrainiens de l’étranger qui, après des années d’"entre-deux", n’attendent plus un hypothétique retour : ils apprennent la langue, reprennent des études, lancent une activité, parfois rencontrent un nouveau partenaire.

Les sondages suggèrent qu’au moins un tiers des réfugiés - principalement des femmes et des enfants - pourraient ne pas revenir, citant l’insécurité, les logements détruits et de meilleures perspectives économiques ailleurs. Une tendance accentuée par le fait que l’Union européenne prévoit de mettre fin en mars 2027 au régime de protection temporaire : les Ukrainiens devront alors choisir un autre statut (travail, études, asile) ou rentrer chez eux. Ils pourraient être rejoints, à la fin de la guerre, par des centaines de milliers d’hommes empêchés aujourd’hui de quitter le pays.

Face à ce risque d’hémorragie, le gouvernement de Kiev a présenté l’an dernier une stratégie à horizon 2040. Le document, qui alerte sur un déficit de 4,5 millions de travailleurs d’ici à dix ans, fixe un cap : limiter l’émigration, encourager les retours, améliorer les infrastructures de logement et d’éducation, et, si besoin, attirer une immigration de travail. "Mais que vaut cette stratégie démographique, si nous n’avons pas les moyens ?, interroge Iryna Ippolitova, chercheuse au Centre for Economic Strategy. L’État reste absorbé par la guerre."

"Les gens ont tout perdu en quittant l’Ukraine. Ils se sont reconstruit une vie ici, martèle Anna, la psychiatre installée en France. Ils ne perdront pas tout une seconde fois en repartant." Pour qu’un retour devienne pensable, conclut-elle, il faut des perspectives — et, d’abord, que les bombardements cessent.

© Clara Marchaud pour L'Express

Sofia Krotyk, gynécologue-obstétricienne, montre l'échographie d'un embryon fécondé dans la clinique puis transplanté dans le ventre de sa mère, le 12 février 2026, à Lviv.

Affaire Epstein : l'ex-prince Andrew arrêté pour avoir fourni des documents confidentiels, avant d'être relâché

19 février 2026 à 16:41

Andrew Mountbatten-Windsor, frère du roi Charles III, a été arrêté et placé en garde à vue pendant neuf heures ce jeudi 19 février pour manquement présumé au devoir de probité dans l'exercice de ses fonctions publiques, soupçonné d'avoir transmis des documents confidentiels à Jeffrey Epstein, rapportent les autorités britanniques. Conformément à ses usages, la police n'a pas rendu public le nom du prince déchu, se bornant à annoncer l'arrestation d'un sexagénaire soupçonné de ce délit et son interrogatoire par les enquêteurs.

Elle a cependant fourni des indices conduisant à son identification, établissant notamment un lien avec la récente enquête le visant après la publication aux Etats-Unis de nouveaux documents relatifs à l'affaire Epstein. Des courriels montrent ainsi qu'Andrew Mountbatten-Windsor aurait divulgué à Jeffrey Epstein des informations obtenues dans le cadre de ses fonctions d'envoyé spécial de la Grande-Bretagne pour le Commerce, mission qu'il a exercée entre 2001 et 2011. Les envoyés pour le Commerce sont tenus de ne pas dévoiler de documents sensibles ou commerciaux en vertu de règles strictes de confidentialité.

"A la suite d'un examen approfondi, nous avons désormais ouvert une enquête sur ce motif de manquement présumé au devoir de probité dans l'exercice de ses fonctions publiques", a déclaré dans un communiqué le chef adjoint de la police de Thames Valley, Oliver Wright. "Il est important que nous protégions l'intégrité et l'objectivité de notre enquête à l'heure où nous travaillons avec nos partenaires à enquêter sur ces accusations présumées."

La police de Thames Valley a également déclaré mener des perquisitions dans une résidence du Berkshire, où Andrew Mountbatten-Windsor habitait avant que le roi Charles III ne lui retire son titre de prince en octobre dernier. Les médias britanniques ont aussi diffusé les images de policiers en civil au domicile actuel de l'ancien prince, la résidence de Sandringham dans l'est de l'Angleterre.

"Profonde inquiétude"

"La justice doit suivre son cours", a réagi le roi Charles après avoir appris "avec la plus profonde inquiétude" l'arrestation de son frère cadet, qui constitue le plus grand scandale de son règne entamé en 2022, à la mort de leur mère Elisabeth II. Le souverain a assuré les autorités du soutien plein et entier de la famille royale. "Tant que cette procédure est en cours, il ne serait pas approprié que je fasse d'autres commentaires à ce sujet. Dans l'intervalle, ma famille et moi-même continuerons de nous acquitter de notre devoir", a-t-il dit dans un communiqué.

Andrew Mountbatten-Windsor, qui a eu 66 ans ce jeudi, fait depuis des années l'objet d'une attention particulière en raison de son amitié avec Jeffrey Epstein, une relation qui lui a coûté son rôle au sein de la famille royale, ses titres et sa résidence. Il a toujours nié toute malversation et dit regretter son amitié passée avec le financier et criminel sexuel américain, mort en prison en 2019. Il est toutefois resté silencieux depuis la publication, fin janvier par le département de la Justice américain, de millions de pages de nouveaux documents relatifs à l'affaire.

En 2022, Andrew avait réglé à l'amiable une action en justice intentée aux Etats-Unis par une ancienne victime de Jeffrey Epstein, Virginia Giuffre, qui l'accusait d'avoir abusé d'elle lorsqu'elle était adolescente et qui s'est suicidée en 2025. L'actuelle enquête de police ne porte pas sur ce volet ni sur toute autre allégation d'inconduite sexuelle. Elle a été déclenchée par un signalement du groupe anti-monarchiste Republic après la publication des documents du département de la Justice.

Les courriels dévoilés en janvier montrent qu'Andrew Mountbatten-Windsor a transféré à Jeffrey Epstein des documents concernant le Vietnam, Singapour et d'autres pays dans lesquels il s'était rendu en visite officielle. Une atteinte au devoir de probité dans l'exercice de fonctions publiques est passible d'une peine maximale de réclusion à perpétuité. Elle doit être examinée par une cour de la Couronne, juridiction chargée de traiter les infractions pénales les plus graves en Grande-Bretagne.

L'ex-prince a finalement été relâché dans la soirée de jeudi, après neuf heures passées en garde à vue.

© REUTERS

L'ex-prince britannique Andrew a été arrêté dans le cadre de l'affaire Epstein.

Le Conseil de la paix de Donald Trump divise les Européens

19 février 2026 à 15:13

Le Conseil de la paix voulu par Donald Trump tiendra sa toute première réunion ce jeudi 19 février, à Washington. L'institution, initialement créée pour lancer les pourparlers sur l‘avenir de la bande de Gaza, ambitionne désormais de s'ériger en alternative à l'ONU. Les invitations ont été distribuées aux Européens mais tous n’ont pas été conviés. Si certains feront le déplacement parce qu'ils adhèrent au projet, d'autres espèrent plutôt s'épargner les foudres de la Maison-Blanche par leur présence. De quoi créer des tensions au sein de l’Union européenne.

Dire que Donald Trump ne fait pas l’unanimité dans l’Union européenne serait un euphémisme. Droits de douane, menaces, moqueries… Et désormais volonté de rivaliser avec les institutions internationales, le président des Etats-Unis en a fait voir de toutes les couleurs aux 27. De quoi pousser certains à refuser la sommation, dont Paris, Londres et Madrid. D'autres, comme La Belgique, le Danemark et le Luxembourg n'ont tout simplement pas reçu le carton d'invitation de Washington.

Des fidèles aux aguets

Pourtant, cela n'empêche pas la Maison-Blanche de compter des admirateurs parmi les pays membres. Fidèle parmi les fidèles, Viktor Orbán n'a pas attendu pour accepter l'invitation, l'annonçant publiquement en janvier lors du Forum économique mondial à Davos. Et s'il restait l'ombre d'un doute sur son adhésion au projet trumpiste, le Premier ministre hongrois l'a balayé en assistant à la très symbolique cérémonie de signature de la charte, donnant officiellement naissance au Conseil. Et le manuscrit donne le ton : avoir "le courage de s'écarter des approches et des institutions qui ont trop souvent échoué", l'ONU donc.

Un autre pays membre a annoncé son adhésion à l'institution : la Bulgarie. Déclaration qui, contrairement à la Hongrie, a surpris les observateurs. L’ex-premier ministre Rossen Jeliazkov, qui était pourtant déjà démissionnaire, a justifié sa décision, par la place accordée à son pays dans les discussions concernant l'avenir de Gaza. Début janvier, Benyamin Netanyahou a annoncé la nomination du diplomate Nickolay Mladenov, à la tête du Conseil de la paix. Une participation qui est loin d'avoir emballé les Bulgares, à tel point que le Premier ministre démissionnaire a repoussé l'examen de l'adhésion de Sofia au Parlement. Espérant ne pas raviver les tensions, la Bulgarie s'est rétractée et enverra finalement un diplomate de rang inférieur à Washington.

Les "observateurs"

Une attitude proche du ni oui, ni non, que Sofia ne sera pas la seule à adopter. Entre autres, la Commission européenne viendra en "observateur", représentée par la Croate Dubravka Suica, commissaire européenne à la Méditerranée. Bruxelles se méfie toujours du "champ d’application, de la gouvernance et de la compatibilité avec la charte des Nations unies" du Conseil de la paix… Mais pas au point de le boycotter. Une chose est sûre, la commission n'adhérera pas, a insisté un porte-parole de l'exécutif européen. Mais cette mesure de précaution ne suffit pas à contenir les tensions au sein du Parlement européen. Le groupe des socialistes et démocrates, s'inquiète que la présence de Dubravka Suica à Washington puisse nuire à l'engagement de l'UE pour le droit international. Autre objet de tension parmi les 27 : la Commission n'a pas concerté les pays membres avant d'accepter l'invitation, faisant ainsi craindre à certains de paraître désunis devant Washington.

Un autre observateur a répondu par l'affirmative : l'Italie, qui ne dissimule pas sa proximité avec Donald Trump. Le ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, se rendra à Washington. Malgré la polémique qu'a générée cette annonce localement, le ministre persiste et signe devant l'opposition parlementaire : "Il n’existe aucune alternative au plan de paix des Etats-Unis sur Gaza".

Pour d'autres, le non était impossible. La Roumanie, qui n'a pourtant pas officiellement adhéré au Conseil, sera représentée par son président. Bucarest est redevable aux Etat-Unis qui assurent sa sécurité. Sa présence en tant qu'observateur lui permet d'espérer ne froisser ni Washington, ni l'Union européenne.

© REUTERS

Si certains pays feront le déplacement parce qu'ils adhèrent au projet, d'autres espèrent plutôt s'épargner les foudres de la Maison-Blanche par leur présence.

De la Belgique à la Pologne, les ambassadeurs de Donald Trump en Europe jouent la provocation

19 février 2026 à 13:11

La relation belgo-américaine connaît un épisode aussi exceptionnel que turbulent depuis quelques jours. Ce mardi 17 février, l’ambassadeur américain Bill White, fervent soutien de Donald Trump, a été convoqué aux Affaires étrangères après avoir accusé la Belgique d’antisémitisme sur X. Dans un post, il a attaqué Bruxelles après que trois mohels (figure traditionnelle juive) ont été poursuivis en justice pour avoir pratiqué des circoncisions sans médecin, ce qui est interdit en Belgique. Les attaques visaient également le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke, que Bill White a accusé d'être "très impoli" : il a "refusé de me serrer la main et d’être pris en photo avec moi", a-t-il écrit.

L’affaire n’a cessé de monter dans les tours depuis. Convoqué aux Affaires étrangères, Bill White a reçu un rappel ferme : "Toute ingérence dans nos institutions démocratiques franchit une ligne qui ne peut être franchie", a insisté la haute fonctionnaire Theodora Gentzis, soulignant ensuite que "le dialogue doit être fondé sur le respect de nos institutions et de notre souveraineté". Malgré cette convocation suivie d’un effort apparent pour apaiser la situation, Bill White a continué de menacer Conner Rousseau, président du parti Vooruit, en exigeant des excuses pour une vidéo partagée il y a trois semaines sur Instagram et critique envers la police anti-immigration ICE.

Des positions agressives de plus en plus régulières

Quelques jours plus tôt, en Pologne, un autre diplomate américain créait la controverse. Le 5 février, Thomas Rose, ambassadeur à Varsovie depuis novembre 2025, a annoncé rompre tout contact avec Wlodzimierz Czarzasty, président de la Chambre basse polonaise, après que celui-ci a déclaré, lors d’une conférence de presse, "Il ne le mérite pas", en parlant de Donald Trump pour le prix Nobel de la paix. Sur X, l’ambassadeur trumpiste a qualifié ces propos d’"insultes scandaleuses", nuisant "sérieusement" aux "excellentes relations avec le premier ministre Donald Tusk et son gouvernement".

Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a précisé que la diplomatie polonaise était "en contact régulier avec Thomas Rose, ainsi qu’avec les autorités américaines", tandis que la Maison-Blanche est restée silencieuse. L’incident a renforcé le débat public, avec 44 % des Polonais approuvant la décision de Czarzasty de ne pas soutenir Trump.

La France n’a pas été épargnée par le style diplomatique à la Maga. En août 2025 déjà, le Quai d’Orsay avait convoqué l’ambassadeur américain, Charles Kushner, après que celui-ci avait accusé Paris de ne rien faire face à la montée de l’antisémitisme. Comme en Belgique et en Pologne, les autorités françaises avaient jugé ces interventions publiques "inédites et insultantes", rappelant que la Convention de Vienne impose aux diplomates de respecter les lois et affaires intérieures de l’État accréditaire.

© BELGA/MAXPPP

Bill White, ambassadeur américain en Belgique, après sa convocation au ministère des Affaires étrangères le 17 février 2026.

Etats-Unis : Donald Trump peut-il vraiment se féliciter d'avoir fait chuter la criminalité ?

19 février 2026 à 12:17

La Maison-Blanche y voit la fin de "l'anarchie" et du "désordre". Depuis 2024, les statistiques du crime ont chuté aux Etats-Unis, au point d'atteindre des seuils historiques, selon le dernier rapport de la Major Cities Chiefs Association (MCCA ), relayé il y a quelques jours par le média Axios.

D'après ce rapport, élaboré grâce aux données de 67 des plus grands services de police du pays, il y a eu 19,3 % d'homicides de moins en 2025 que l'année précédente dans les villes étudiées. Le nombre de meurtres a ainsi baissé de 31,4 % à Baltimore (Maryland), 47,1 % à Denver (Colorado), et même 58,3 % à Orlando, en Floride. Au total, il y a eu 5 452 homicides dans ces 67 juridictions en 2025. Selon la même étude, l'ensemble des crimes violents ont décliné cette année : de 19,8 % pour les vols, de 9,7 % pour les agressions à main armée, et de 8,8 % pour les viols.

Ces nouvelles statistiques confirment la dynamique constatée par les études précédentes. A la fin du mois de janvier, le Council on criminal justice - Conseil sur la justice criminelle -, un groupe de réflexion américain spécialiste du domaine, notait déjà une diminution des homicides dans 31 villes sur 35 étudiées. Sur un autre échantillon de 40 villes, le groupe de réflexion observait une baisse dans 11 catégories de crimes sur 13 au total. Le CCJ anticipait alors que, une fois publiés dans leur entièreté, les chiffres des homicides de 2025 seraient au plus bas depuis 1900. La publication des statistiques définitives par le FBI, attendue prochainement, doit venir confirmer ce record.

"Cette administration a rétabli l'ordre public"

Washington en tout cas n'hésite pas à se féliciter. A en croire sa communication - fanfaronnante - Donald Trump serait à remercier. La Maison-Blanche a ainsi salué sur son site Internet "une nouvelle confirmation retentissante de l'engagement indéfectible du président [...] à rétablir l'ordre public". Ou encore, en référence au déploiement de la Garde Nationale et de l'ICE, la police de l'immigration, dans de nombreuses villes - le plus souvent démocrates : "Les actions décisives du président Trump ont inversé la tendance, sauvé d’innombrables vies et ramené la paix dans des communautés longtemps abandonnées par les politiciens démocrates qui privilégiaient les criminels aux dépens des citoyens".

Qu'importe, le FBI ne se prive pas de célébrer le bilan présidentiel lui aussi - avec un tacle à la presse au passage : "Les acrobaties médiatiques ne peuvent masquer la réalité : cette administration a rétabli l'ordre public", écrivait sur X le patron de l'agence fédérale, Kash Patel, le 22 janvier.

Axios just reported the lowest murder rate since 1900, down 20% from 2024, and somehow forgot to mention President Trump or the historic results of this FBI.

Nearly 200% more arrests. Violent gangs crushed. Fugitives hunted down.

Media gymnastics can’t hide the reality that… pic.twitter.com/48s9JPtXcw

— FBI Director Kash Patel (@FBIDirectorKash) January 22, 2026

Le crime en baisse depuis 3 ans

Pourtant, les experts sont bien plus nuancés dans leur interprétation des chiffres. Certes, le président des Etats-Unis n'est, peut-être, pas entièrement dénué de mérite. Dans les colonnes du Time, le directeur du Council for criminal justice, Adam Gelb, le concède : la présence accrue d'agents fédéraux dans les rues américaines a pu contribuer à la baisse de la criminalité. Mais l'analyste tempère. Attribuer ces statistiques à la politique du président est un exercice périlleux : "Même si nous disposions de bonnes recherches sur [l'impact que peut avoir] la dissuasion générale, elles ne s'appliqueraient pas nécessairement ici, étant donné la nature sans précédent du déploiement" de la Garde Nationale et de l'ICE.

Patrick Sharkey, professeur de sociologie à l'université de Princeton, dresse un constat bien plus tranché. "Il serait ridicule de prétendre que la présence fédérale dans les villes a joué un rôle quelconque", affirme-t-il auprès du Time, soulignant que les statistiques du crime baissent en réalité depuis 2023. Quant à la Garde Nationale et l'ICE, elles ne sont déployées que depuis six mois. Une analyse bien éloignée de celle de la Maison-Blanche, qui applaudit le "résultat direct de l'approche agressive et pragmatique du président Trump en matière de sécurité publique".

Une hausse de la criminalité pendant la pandémie

Présence accrue des caméras de surveillance, évolution des technologies utilisées par les forces de l'ordre, diminution de la consommation de drogues et d'alcool dans le pays... En réalité, de nombreux facteurs peuvent expliquer le déclin de la criminalité aux Etats-Unis, détaille Adam Gelb.

Mais selon les experts interrogés par le Time, le paramètre le plus important de cette dynamique serait le Covid-19. Ou plutôt sa fin. Car si la courbe du crime chute depuis trois ans, c'est notamment parce qu'elle s'était envolée pendant la pandémie. En 2020, les homicides avaient augmenté de 31 % par rapport à l'année précédente. Pour 100 000 habitants, 6,7 homicides étaient alors enregistrés, contre 5,1 en 2019.

Une augmentation qui s'explique par le confinement, selon Alexis Piquero, ancien directeur du Bureau of Justice Statistics - l'organisme gouvernemental de statistiques pour la justice criminelle. "Lorsque le Covid a frappé et que le monde s'est arrêté, nous avons pratiquement coupé les vivres en matière de stratégies de prévention et d'intervention", explique celui qui a été nommé par le président Joe Biden. Cette période s'est accompagnée de suppression d'emplois dans les administrations locales, dont faisaient partie des enseignants, des conseillers, et des agents de police locaux. Une baisse d'effectif qui a nui à la prévention de la criminalité.

Aujourd'hui, alors que les homicides sont au plus bas, le nombre de postes au sein de ces administrations a dépassé son niveau d’avant la pandémie. Un mérite que Patrick Sharkey attribue à l'American Rescue Plan Act, une aide pour les localités de plus d'un milliard de dollars, débloquée en 2021 par Joe Biden. Ces fonds permettent aux communes de mettre en place des initiatives de lutte et de prévention contre la criminalité à une échelle ultra-locale, les rendant d'autant plus efficaces.

Une autre caractéristique de l'American Rescue Plan Act permet d'expliquer son rôle dans la baisse du crime aux Etats-Unis : il est universel. "Tout le monde a reçu l'argent", souligne John Roman, spécialiste du sujet à l'université de Chicago. "Et c'est vraiment l'indice clé qui explique pourquoi ce sont probablement ces fonds qui sont à l'origine du déclin", a-t-il déclaré au journal The Hill. Plus que Donald Trump, merci Joe Biden ?

© REUTERS/Elizabeth Frantz

Le président américain Donald Trump s'adresse aux familles de militaires lors d'une visite à Fort Bragg, en Caroline du Nord, le 13 février 2026.

Tensions avec l’Iran : Donald Trump prêt à passer à l’attaque ?

19 février 2026 à 10:43

En juin dernier, Donald Trump affirmait que des frappes contre trois centres nucléaires iraniens avaient "anéanti" le programme atomique de Téhéran. Huit mois plus tard, une nouvelle attaque est à l’étude. Selon plusieurs agences de presse et médias américains, dont le New York Times et CNN, le déploiement accéléré des forces américaines au Moyen-Orient a atteint un stade qui permet au président Donald Trump d’ordonner une opération contre l’Iran "dès ce week-end". L’objectif : pouvoir viser simultanément le programme nucléaire iranien, ses missiles balistiques et leurs sites de lancement. Aucune décision n’a été annoncée, mais l’appareil militaire est désormais en place.

Une proposition diplomatique iranienne attendue

Cette montée en puissance et en pression s’est poursuivie alors même que des discussions ont continué de se tenir jusqu’à ce mardi 17 février à Genève, entre les envoyés américains Steve Witkoff et Jared Kushner et le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, pour tenter d’éviter une crise croissante entre les deux pays.

Le chef de la diplomatie iranienne a depuis évoqué un accord sur un "ensemble de principes directeurs", et l’Iran a accepté à l’issue de la rencontre de présenter une proposition écrite pour répondre aux préoccupations américaines selon Reuters, demandant selon le New York Times un délai de deux semaines pour soumettre des propositions diplomatiques détaillées. Auprès du journal américain, des responsables américains informés des échanges ont reconnu des progrès, tout en estimant que "d’importants désaccords subsistent".

30 000 à 40 000 soldats américains présents

Le président américain avait demandé à son état-major des options militaire dès janvier dernier, après la répression sanglante de manifestations par l’Iran, toujours selon le NYT. Mercredi, les principaux responsables de la sécurité nationale de l’administration Trump se sont de nouveaux réunis dans la Situation Room de la Maison-Blanche pour échanger autour de cette option, indique CNN.

Au cours des dernières semaines, les États-Unis ont repositionné des systèmes de défense Patriot et THAAD pour protéger les 30 000 à 40 000 soldats américains présents au Moyen-Orient. Des dizaines d’avions ravitailleurs et plus de 50 chasseurs supplémentaires (F-35, F-22, F-16) ont été déployés. Mercredi, le porte-avions USS Gerald R. Ford approchait de Gibraltar pour rejoindre l’USS Abraham Lincoln dans la région.

Diplomatie affichée, menace militaire maintenue

Malgré ce renforcement considérable du dispositif militaire, la communication officielle de la Maison-Blanche insiste sur la diplomatie. "Le président a toujours été très clair : concernant l’Iran ou tout autre pays, la diplomatie reste sa première option, et l’Iran ferait preuve de sagesse en concluant un accord avec le président Trump et son administration", a assuré mercredi la porte-parole Karoline Leavitt. Avant de promettre que Donald Trump "réfléchit toujours à ce qui sert au mieux les intérêts des États-Unis, de notre armée et du peuple américain, et c’est ainsi qu’il prend ses décisions en matière d’action militaire".

Depuis des mois, Donald Trump exige que l’Iran renonce à l’enrichissement d’uranium et à la poursuite de son programme nucléaire, tandis que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou pousse ces derniers temps en faveur d’une action destinée à réduire les capacités balistiques iraniennes. Selon le NYT, l’attaque à venir pourrait inclure une frappe coordonnée avec Israël afin d’infliger un choc militaire susceptible de forcer Téhéran à faire des concessions.

© REUTERS

Donald Trump pourrait décider d'attaquer à nouveau l'Iran ce week-end.

Affaire Epstein : en Norvège, la vertigineuse chute d'un couple de "superdiplomates"

19 février 2026 à 05:45

Rarement couple de diplomates n’aura, comme Terje Roed-Larsen et Mona Juul, tant goûté à l'ivresse des sommets avant de découvrir, aussi brutalement, l'amertume d'une disgrâce. Au terme d'une carrière ponctuée de succès et de postes prestigieux, voici deux "superdiplomates" norvégiens au cœur de la tourmente Jeffrey Epstein. Leurs noms apparaissent plus de 3 000 fois dans les échanges d'e-mails avec le défunt financier pédocriminel, publiés le 30 janvier par le ministère de la Justice américaine. Il n'y a pas si longtemps, pourtant, ils tutoyaient la gloire.

C'était en avril 2017, par une soirée de printemps, à New York. Sur Broadway, le couple assiste alors à la première d'Oslo dans l’un des plus prestigieux théâtres de la ville, au Lincoln Center. Les deux experts du Moyen-Orient boivent du petit-lait. La pièce retrace le grand œuvre de leur carrière : les discussions secrètes, à leur initiative, entre les négociateurs israéliens et palestiniens ayant débouché sur les accords d'Oslo en 1993 avec, à la clé, la poignée de mains historique d'Yitzhak Rabin et Yasser Arafat sur la pelouse de la Maison-Blanche, sous les auspices de Bill Clinton. Leur consécration est totale ; le public, enthousiaste ; la critique, élogieuse. Et la pièce, récompensée par un Tony Award (équivalent d'un Oscar au théâtre). Leur griserie ne s'arrête pas là. En 2021, Oslo est adaptée au cinéma par HBO. De mémoires de diplomates, on n'a jamais vu ça : avant cela, seul Henry Kissinger, dans l'opéra Nixon in China, a été représenté sur scène de son vivant.

Mais, patatras, moins d'une décennie plus tard, leur monde s'effondre. Avec la publication de 3 millions de documents du "dossier Jeffrey Epstein", ce "power couple" vient de tout perdre : le respect de leurs pairs, celui de leurs compatriotes, leur honneur et, même, pour Mona Juul, son emploi à Amman. Après avoir été ambassadrice en Israël, au Royaume-Uni et auprès des Nations unies (à New York) elle vient de démissionner de ce même poste en Jordanie. C'est que les documents publiés par la justice américaine montrent des contacts avec le prédateur sexuel beaucoup plus fréquents et intimes que les Norvégiens ne l'avaient admis. La lecture des e-mails révèle aussi que leur relation amicale et financière remonte au moins à 2011, soit juste après la condamnation et l'emprisonnement (2008-2009) du financier pour pédocriminalité en Floride.

Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Bill Clinton signent les accords d'Oslo à la Maison-Blanche, en 1993.
Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Bill Clinton signent les accords d'Oslo à la Maison-Blanche, en 1993.

"Les empreintes de Terje Roed-Larsen sont partout"

Désormais accusées de "corruption" et de "corruption aggravée", les ex-stars du ministère des Affaires étrangères sont dans le viseur d'Okokrim, l'équivalent norvégien du Parquet national financier, le PNF. "La carrière de diplomate de Mona Juul, 66 ans, vient de s'arrêter net, constate le politologue Iver B. Neumann, de l'Institut Fritjof Nanssen, un centre de réflexion à Oslo. Elle n'occupera plus jamais de fonction diplomatique. Quant à son mari, il est fini lui aussi." A la retraite, âgé de 78 ans, il a subi deux AVC l'année dernière et ne semble pas en mesure de répondre à des enquêteurs. C'est dommage car, comme le remarque ce politologue, "les empreintes de Terje Roed-Larsen sont partout dans le dossier Jeffrey Epstein".

Outre 3 000 e-mails échangés jusqu'à la veille de sa mort (le nom de sa femme apparaît seulement 100 fois), des photos montrent le Norvégien en compagnie de Bill Gates et de Bill Clinton. On le croise dans l'appartement parisien d'Epstein (800 mètres carrés, avenue Foch), dans sa maison new-yorkaise de l'Upper East Side mais aussi à Little St. James, son île privée des Bahamas, où le couple s'est rendu une fois en famille, accompagné de ses deux enfants. "Merci Jeff pour cette superbe journée dans un endroit magnifique et absolument unique !", écrit en 2011 Terje à "Jeff". Nous avons tous adoré, poursuit-il. Les enfants étaient aux anges (les 4x4 nous ont particulièrement impressionnés)."

"Il semble avoir le don d'ubiquité"

Selon le politologue Iver B. Neumann, "Roed-Larssen est tellement omniprésent dans le dossier qu'entre New York, Oslo, Paris, Londres ou les Bahamas, il semble avoir le don d'ubiquité". En 2013, Jeffrey Epstein envisage par exemple d'offrir des chaussures de luxe à Roed-Larsen et à ses enfants. Il charge alors Fabrice Aidan, l'assistant français du Norvégien, de se renseigner sur les pointures de chacun (ce diplomate a quitté précipitamment New York à cette époque en raison d'une enquête du FBI pour consultation de site pédopornographique ; désormais parisien, il vient d'être suspendu de ses fonctions chez Engie).

Autre exemple : en 2017, Epstein écrit à la société Pitch@Palace pour y caser le fils du couple en stage. Domiciliée à Buckingham Palace, cette entreprise (un genre d'incubateur de start-up) appartient... au prince Andrew. "Le fils de 16 ans de Terje Larsen (accords d'Oslo) cherche à effectuer un stage de 5 jours à Londres, écrit Epstein. Sa mère est ambassadrice de Norvège en Angleterre, précise-t-il. Pourriez-vous l'aider?" Ainsi pistonné, l'ado décroche facilement son stage. "Merci Jeff pour tout ce que tu fais pour mon fils", écrit ensuite le diplomate à celui qu'il appelle "my best friend". Mais le meilleur reste à venir. En 2019, Epstein couche les enfants du couple norvégien sur son testament: il leur lègue 5 millions de dollars chacun!

Le comité Nobel est également touché

La diplomatie norvégienne n'est pas la seule institution éclaboussée par l'affaire Epstein. La famille royale, à travers la princesse consort Mette-Marit, le comité Nobel, via l'ancien Premier ministre Thorbjorn Jagland qui le présidait ou encore le Parti travailliste sont également touchés. Même le Forum économique mondial de Davos (Suisse) n'est pas épargné: il est actuellement présidé par un Norvégien, l'ancien ministre des Affaires étrangères (conservateur) Borge Brende, cité dans le dossier. Mais dans ce casting nordique, la trajectoire du couple de diplomates, Roed-Larsen et Juul, occupe une place particulière.

Yasser Arafat et Terje Roed-Larsen à Ramallah, le 1er octobre 2002.
Yasser Arafat et Terje Roed-Larsen à Ramallah, le 1er octobre 2002.

"Roed-Larsen est l’homme-clé du dossier parce qu'il a ouvert à Epstein toutes les portes de la Norvège", décrypte le politologue Halvard Leira. Dès lors, la question est: mais pourquoi ce royaume est-il davantage au cœur de "l'affaire" que ceux, voisins, de Suède ou du Danemark ? "Notre pays est triplement attirant, répond ce spécialiste des relations internationales. Il est lié aux Etats-Unis via son industrie pétrolière ; il est prospère et dispose du fonds souverain le plus important au monde [qui gère les actifs générés par le secteur pétrolier] ; enfin, il décerne le Prix Nobel." Bref, le pays scandinave (5,5 millions d'habitants), n'est pas seulement riche, il est aussi influent.

Le style informel des Scandinaves fait merveille

Pour comprendre comment Epstein s'est rapproché de Terje Roed-Larsen et Mona Juul, il faut remonter à la rencontre du couple, en 1981, dans l'univers feutré de la diplomatie norvégienne, à Oslo. Au début des années 1980, l'ambitieux trentenaire Roed-Larsen dirige le think tank Fafo, une émanation du syndicat LO, lié au puissant Parti social-démocrate. Déjà, le goût de l'argent se fait sentir. Sous son impulsion, le think tank effectue un hasardeux investissement dans une pêcherie industrielle au nord du pays, au bord d'un fjord. En 1992, l'usine fait faillite... quelques jours seulement après que Roed-Larsen a pris soin de s'attribuer l'équivalent de 60 000 euros de dividendes. Le scandale sera révélé quatre ans plus tard, obligeant l'intéressé à démissionner d'un éphémère (35 jours) poste de secrétaire d'Etat au Plan. En 1988, le couple se marie. Jeune diplomate, Mona rejoint l'ambassade de Norvège en Egypte, son premier poste. Depuis Le Caire, elle et lui visitent Gaza, où ils sont les témoins directs des violences de la première Intifada.

Alors que la "guerre des pierres", surnom de cette insurrection, continue d'embraser la bande de Gaza, le couple, rentré à Oslo, prend l'initiative d'un dialogue de paix. En Norvège, ils organisent des rencontres secrètes entre Abou Alaa (Ahmed Qoreï), le financier de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), et Uri Savir, le directeur général des Affaires étrangères en Israël. Le courant passe. Et le style informel du Scandinave fait des miracles. Au fil de longues promenades en forêt, les négociateurs imaginent la paix au Proche-Orient. Le 13 septembre 1993, voici les accords d'Oslo. A la Maison-Blanche, le couple de Norvégiens est relégué dans un coin, loin des signataires. Lors de réception qui s'ensuit, Bill Clinton, qui a pris toute la lumière, s'adresse pour la première fois à Terje Roed-Larsen (Mona Juul n'est pas invitée): "Vous avez fait un super boulot", le félicite-t-il.

Des visas pour des jolies Russes

Dès lors, la carrière des diplomates de l'ombre décolle. Mona Juul sera successivement ambassadrice à Tel-Aviv, Londres, auprès des Nations unies (New York) et en Jordanie. Terje Roed-Larsen, lui, devient conseiller spécial du ministre des Affaires étrangères, puis coordinateur spécial de l'ONU pour les Territoires occupés et, à partir de 2005 et jusqu'en 2020, directeur de l'International Peace Institute (IPI), un important think tank situé à New York et lié aux Nations unies. Le couple fait alors la connaissance de Jeffrey Epstein, multipliant les déjeuners et les dîners, parfois avec Bill Gates ou Woody Allen.

Le prédateur sexuel américain se montre prévenant. En 2011 et 2019, il octroie de généreux dons à l'IPI, pour un montant total de 650 000 dollars, représentant 1 % du budget du think tank sur la période. En 2013, "Jeff" concède aussi un prêt personnel de 130 000 dollars à "Terje". Ce dernier, lui, répond à toutes les sollicitations de son ami, par exemple en aidant une jeune femme russe à obtenir un visa américain. Sur du papier à en-tête de l'IPI, il rédige plusieurs lettres de recommandation entre 2015 et 2017 à l'intention des autorités américaines, louant les "capacités extraordinaires" de l'intéressée, ex-mannequin et ex-stagiaire de l'IPI... D'autres jolies Russes ou femmes d'Europe de l'Est ont effectué des brefs "stages" dans le même think tank et obtenu des visas.

"Jeffrey, tu es un ange"

Un parfum d'affairisme émane des échanges entre Jeffrey Epstein et Terje Roed-Larsen. En 2018, le couple de diplomates acquiert un appartement à Oslo pour la somme de 1,2 million d'euros bien en deçà du prix du marché (environ de 2 millions). Le financier américain fait semble-t-il pression sur le vendeur, un armateur norvégien proche des diplomates, afin de lui extorquer un rabais. "Je resserre lentement l'étau", écrit Epstein à l'avocat du couple juste avant la conclusion de la vente. L'armateur déclare aujourd'hui avoir subi de fortes pressions de la part de l'homme d'affaires à l'époque.

En cette année 2018 à Noël, Terje Roed-Larsen écrit : "Cher Jeff, je t'écris simplement pour te souhaiter de joyeuses fêtes. Cette année, tu as été absolument fantastique pour moi : conseiller, guérisseur, meilleur ami et véritable magicien. Tu as tout pour être un ange. Je vois déjà tes ailes grandir ! Je ne trouve pas les mots pour te remercier suffisamment. Tu es le plus formidable et le plus gentil. J'ai tellement hâte de te revoir." Sept mois et demi plus tard, le 19 août 2019, Jeffrey Epstein est retrouvé mort dans la cellule de sa prison new-yorkaise.

© EPA

Mona Juul et Terje Roed-Larsen en Israël, le 19 août 2009.

Inondations : face aux crues, pourquoi les Pays-Bas ont une longueur d’avance

18 février 2026 à 21:21

Il n'a jamais plu aussi longtemps en France. Avec 35 jours de pluie consécutifs, le pays enregistre sa plus longue série de jours de précipitations depuis le début des mesures en 1959, battant le précédent record de 2023, a annoncé Météo-France ce mercredi 18 février. Depuis le 1er janvier dernier, "il est tombé l'équivalent d'un hiver entier de précipitations, voire plus, sur la pointe bretonne, un large quart Sud-Ouest et le pourtour méditerranéen", a indiqué le prévisionniste. Les précipitations tombent sur des sols saturés en eau, limitant l'infiltration des pluies et provoquant des inondations remarquables sur une grande partie du pays.

Alors que la France subit ces importantes inondations, les Pays-Bas ont appris à cohabiter avec l’eau et à gérer ces crues depuis des siècles. Les Néerlandais sont devenus une référence sur la scène internationale pour leur politique en matière d'adaptation à la montée des eaux. Ils n'ont de toute façon pas vraiment le choix : les Pays-Bas sont traversés par trois fleuves importants, le Rhin, la Meuse et l'Escaut, formant un delta jouxtant la mer du Nord. Environ 60 % de la superficie du pays, dont les 26 % du territoire situés sous le niveau de la mer, présentent des dangers d'inondations. Le changement climatique aggrave la situation, et ces risques sont amenés à se multiplier : selon une étude publiée en 2017 par des chercheurs de l'Université d'Utrecht, le niveau de la mer du Nord pourrait s'accroître d'1 mètre à 1,5 mètre d'ici à 2100. Environ 70 % des Néerlandais sont menacés d'inondations dans les années à venir. Par ailleurs, environ 18 % du territoire des Pays-Bas sont des territoires gagnés sur la mer, des "polders".

Le "plan Delta" pour faire barrage contre la mer

L'ambitieuse politique des Pays-Bas en matière de gestion de l'eau et des inondations est née d'un raz-de-marée dramatique : la combinaison d'une violente tempête en mer du Nord avec une grande marée dans la nuit du 31 janvier au 1er février 1953. Cette nuit-là, la Zélande, une région d’îles formées par les deltas de l’Escaut, de la Meuse et du Rhin se retrouve sous l’eau. En mer, l’eau s'élève jusqu'à 4,50 mètres au-dessus du niveau normal, rappelle la RTBF.

Les digues n'arrivent plus à contenir les vagues et des milliers d'habitations sont emportées. Le bilan final des victimes s'établit à 1836 morts. Il faut aussi compter 200 000 hectares sous eau, rendus incultivables par le sel, 10 000 maisons détruites et des dizaines de milliers de têtes de bétail noyées. Les Néerlandais tirent rapidement les leçons de cette catastrophe et mettent en place le "plan Delta".

Cet immense chantier de génie civil a permis de construire 20 000 kilomètres de digues dans la partie sud-ouest du pays. Un certain nombre d'estuaires sont alors ainsi fermés par des digues, des écluses et des barrières anti-tempête. De 1956 à 1986, huit immenses barrages limitant les submersions marines sont au total construits dans le cadre de ce plan, qui ferme définitivement les bras de mer et protège désormais la Zélande. Le plus impressionnant est l'Oosterscheldekering, inauguré en 1986. Long de près de 9 kilomètres au total, il est notamment constitué de 64 portes en métal de 42 mètres de large chacune, en moyenne, pouvant être fermées en cas de tempête ou de niveau des eaux menaçant. Le gouvernement néerlandais envisage d’investir encore dans ce plan Delta, relancé en 2012 afin de rénover 1320 km de digues d'ici 2050, en injectant 20 milliards d'euros.

Un changement de stratégie au tournant du siècle

La stratégie hollandaise a évolué au fil des années. A la fin des années 1990, les Pays-Bas ont décidé de réviser leur stratégie en matière de prévention des inondations. L'idée, désormais ? Cesser de bloquer les cours d'eau avec des digues et des barrages et les libérer dans le but de mieux les contrôler. Le lit des cours d'eau est élargi, plutôt que de construire des digues. Les zones inondables naturelles sont restaurées, certaines digues existantes sont détruites ou décalées pour laisser l'eau prendre sa place, tandis que des canaux secondaires sont élargis. Depuis les années 2000, le pays laisse donc déborder par endroit ses cours d'eau, laissant des champs entiers être inondés très en amont afin de baisser le niveau de l'eau, en aval, au niveau de la digue.

"Il s'agissait de rendre à la nature ce qui lui appartenait. Et, automatiquement, si les rivières ont davantage d'espace, le niveau d'eau sera abaissé si d'éventuelles inondations se produisent", expliquait en 2024 à Libération Erik Mosselman, ingénieur hydraulique chez Deltares, le principal institut néerlandais de recherche appliquée dans le domaine de l’eau, du sous-sol et des infrastructures.

Les inondations ayant frappé le pays en 1993 et 1995, avec le débordement du Rhin et de la Meuse, ont initié ce tournant majeur. Les Néerlandais craignaient alors une rupture de la digue qui protège le pays, avec des conséquences qui seraient alors immenses et graves. Comme le relève Libération, Room for the River ("De la place pour la rivière"), le nom de ce projet, a vu jour en 2006 après d'intenses études hydrauliques et géologiques. Ce programme, parachevé en 2015, comprend plus d'une trentaine de projets. Son coût total équivaut à 2,3 milliards d’euros, selon une estimation du gouvernement émise en 2018.

Ce programme a toutefois entraîné le déplacement des populations résidant dans les zones concernées, provoquant des controverses et des manifestations. Selon Erik Mosselman, associé au projet "Room for the River" depuis ses débuts, ce programme n'est pas "une panacée qui marcherait dans tous les pays". Pour cet ingénieur hydraulique, cela pourrait fonctionner "le long de larges rivières", comme en France "le long du Rhône ou de la Loire". En revanche, en ce qui concerne des cours d'eau plus étroits, qui ne possèdent pas de digues déjà existantes, appliquer cette stratégie peut se révéler plus complexe.

Les solutions fondées sur la nature ont donc gagné en importance ces vingt dernières années aux Pays-Bas. Comme le relate Les Echos, le cordon dunaire présent le long de la côte, qui agit comme une barrière naturelle contre les inondations, est régulièrement entretenu afin de ne pas finir érodé par la mer. Le sable, aspiré depuis la mer du Nord et les lacs néerlandais, sert à recouvrir les dunes et les digues préexistantes ou encore à allonger les plages. Un autre volet de la politique néerlandaise de protection de l'eau s'appuie sur la mise en place d'agences de crise qui s'entraînent en permanence à établir des plans d'évacuation.

En outre, comme le détaille le quotidien économique, la bonne gestion des mesures d'adaptation doit beaucoup au système politique en vigueur dans ce pays, peu centralisé et essentiellement basé sur le compromis. Les citoyens jouent un rôle important dans le domaine de la lutte contre les inondations et les submersions. Aux Pays-Bas, une taxe d'eau versée par la population permet aussi bien de financer le traitement des eaux usées que l'entretien des ruisseaux, des canaux, des barrages et la protection contre d'éventuelles inondations.

Innovations et technologies dernier cri

Les Néerlandais comptent sur l'innovation et les technologies dernier cri pour faire face aux risques de montée des eaux. Les exemples sont nombreux. Des drones inspectent ainsi les digues et les barrages, produisant des données qui sont ensuite analysées par l'intelligence artificielle afin d'identifier les points faibles. En outre, un dispositif permettant de créer les plus grandes vagues artificielles du monde dans un canal long de 300 mètres a été lancé. Il est utilisé pour tester la solidité de digues et dunes avant leur éventuelle construction.

La ville de Rotterdam, concentré de l'ensemble des problématiques rencontrées par les Pays-Bas, est généralement présentée comme un modèle de créativité face à la montée des eaux. Certaines parties du premier port d'Europe et capitale économique du pays se situent six mètres en dessous du niveau de la mer. La ville a récemment redoublé de créativité pour permettre à sa population de garder les pieds au sec, rappelle Les Echos. Des parkings pouvant se convertir en cuves de récupération des eaux ont été ainsi créés, tandis que des jardins publics capables de se muer en lacs en cas de déluge ont été instaurés. Le Maeslantkering, un portail d'acier qui protège le principal chenal reliant le port à la mer, a quant à lui été installé en 1997.

© imageBROKER/alimdi/Arterra /Johan De Meester/MaxPPP

De 1956 à 1986, huit immenses barrages limitant les submersions marines sont au total construits dans le cadre de ce plan, qui ferme définitivement les bras de mer et protège désormais la Zélande. Le plus impressionnant est l'Oosterscheldekering, inauguré en 1986.

Les Etats-Unis accusent la Chine d'avoir mené un essai nucléaire secret

18 février 2026 à 17:28

Que s'est-il passé le 22 juin 2020 au Kazakhstan ? Selon les Etats-Unis, la Chine a mené ce jour-là un essai nucléaire discret. Washington vient de donner de nouveaux détails sur une "explosion" souterraine survenue à la station sismique PS23, qui fait partie d'un système de surveillance mondial exploité par l'Organisation du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (Otice).

Le secrétaire d'Etat adjoint Christopher Yeaw a déclaré lors d'une conférence à l'Institut Hudson, un groupe de réflexion basé à Washington, que cette station sismique située au Kazakhstan avait enregistré une "explosion" de magnitude 2,75. Elle a été enregistrée à 720 km du site d'essais de Lop Nor, dans la région du Xinjiang, dans l'ouest de la Chine. D'après Christopher Yeaw, les Etats-Unis ont utilisé des données sismiques recueillies par cette installation située au Kazakhstan pour conclure que la Chine avait procédé à un essai nucléaire explosif.

"C'est ce à quoi on pourrait s'attendre lors d'un essai nucléaire"

"Il est très peu probable, selon moi, qu'il s'agisse d'autre chose qu'une explosion, une explosion unique", a affirmé Christopher Yeaw, comme le rapporte Reuters. Selon lui, ces données ne correspondent pas à des explosions minières. "Ce n'est absolument pas compatible avec un séisme", a également déclaré cet ancien analyste du renseignement et responsable de la défense, titulaire d'un doctorat en génie nucléaire. "C'est ce à quoi on pourrait s'attendre lors d'un essai nucléaire."

Selon Washington, la puissance de l'explosion présumée, c'est-à-dire la quantité d'énergie libérée, reste incertaine en raison des efforts qui auraient été déployés par le gouvernement chinois pour dissimuler l'essai. Pékin aurait ainsi tenté de dissimuler l'essai en utilisant une méthode appelée découplage, consistant à faire exploser l'engin à l'intérieur d'une grande chambre souterraine afin de réduire l'amplitude des ondes de choc qu'il propage dans la roche environnante, et in fine perturber les systèmes de surveillance internationaux, expliquent Reuters et The Washington Post.

Pour sa part, l'Otice, chargée de détecter les explosions d'essais nucléaires, a indiqué mardi dans un communiqué que les données étaient insuffisantes pour confirmer avec certitude l'allégation de Christopher Yeaw. Selon le secrétaire exécutif de l'organisation, Robert Floyd, la station PS23 a enregistré "deux très faibles événements sismiques" espacés de 12 secondes le 22 juin 2020. Le système de surveillance de l'Otice est capable de détecter des "événements" compatibles avec des explosions d'essais nucléaires d'une puissance égale ou supérieure à 551 tonnes (500 tonnes métriques) de TNT, a-t-il précisé. "Ces deux événements étaient bien en deçà de ce seuil. Par conséquent, avec ces seules données, il est impossible d'évaluer avec certitude la cause de ces événements", a indiqué Robert Floyd dans ce communiqué.

Une allégation "totalement infondée" selon la Chine

Interrogé par Reuters, Liu Pengyu, un porte-parole de l'ambassade de Chine à Washington a nié tout essai nucléaire. Selon Pékin, cette allégation, totalement infondée, constitue une tentative de fabriquer des prétextes pour reprendre les essais nucléaires américains. "Il s'agit d'une manipulation politique visant à asseoir l'hégémonie nucléaire et à se soustraire à ses propres responsabilités en matière de désarmement nucléaire", a déploré Liu Pengyu.

Ce n'est pas la première fois que les Etats-Unis accusent la Chine, une puissance nucléaire en pleine expansion. Le 7 février dernier, Thomas DiNanno, sous-secrétaire d'Etat au contrôle des armements, a été le premier responsable américain à affirmer que Pékin avait procédé à un essai nucléaire en 2020. Il a déclaré que l'armée chinoise avait "cherché à dissimuler" ses efforts car "elle reconnaissait que ces essais violaient les engagements du traité d'interdiction des essais nucléaires".

Une tactique de pression des Américains ?

Les Etats-Unis, la Russie et la Chine sont signataires du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires de 1996 (TICE), qui interdit "tout essai d'arme nucléaire ou toute autre explosion nucléaire". Toutefois, les Etats-Unis et la Chine n'ont jamais ratifié le traité et la Russie a retiré sa ratification en 2023. Le dernier essai nucléaire confirmé en Russie remonte à la fin de l'Union soviétique, en 1990. Le dernier essai chinois a eu lieu à Lop Nur en 1996.

L'attention portée par l'administration américaine à cet événement fait suite à une déclaration de Donald Trump en octobre dernier, selon laquelle la Chine et la Russie auraient procédé à des essais nucléaires. Le président américain s'est engagé à reprendre les essais nucléaires américains "sur un pied d'égalité" avec ces deux pays.

Comme l'explique The Washington Post, l'annonce de Donald Trump a alarmé les experts en contrôle des armements, car toute reprise de tels essais remettrait en cause un tabou post-Guerre froide aux Etats-Unis, en vigueur depuis le dernier essai nucléaire en 1992. Après l'expiration, le 5 février 2026, du dernier traité de limitation des armements nucléaires entre les Etats-Unis et la Russie, New Start, le milliardaire issu du Parti républicain a indiqué qu'il espérait le remplacer par un accord "nouveau, amélioré et modernisé" qui inclurait non seulement les Etats-Unis et la Russie, les deux plus grands arsenaux nucléaires au monde, mais aussi la Chine. Selon des analystes, la divulgation publique d'un essai nucléaire chinois pourrait donc être une tactique de pression de Washington visant à inciter Pékin à participer à la négociation de cet accord remplaçant le traité New Start.

La Chine possède environ 600 ogives nucléaires, selon un rapport du Pentagone publié en décembre dernier. Selon ce document, la Chine déploiera plus de 1 000 ogives nucléaires d'ici 2030. A titre de comparaison, la Russie en possède environ 4 300 et les Etats-Unis environ 3 700, des chiffres datant de janvier 2025 rapportés dans la dernière évaluation annuelle de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).

© REUTERS

Donald Trump et Xi Jinping, ici à Busan en Corée du Sud, le 30 octobre 2025, ont un point commun : leurs deux pays ont signé le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires mais ne l'ont jamais ratifié.

Jeux paralympiques : l'Ukraine s'insurge face au retour des athlètes russes et biélorusses

18 février 2026 à 13:23

Un nouveau seuil semble avoir été franchi dans la réintégration des athlètes russes et biélorusses dans les compétitions internationales. Ce mardi 17 février, le Comité international paralympique (IPC) a annoncé que dix athlètes russes et biélorusses, au total, participeraient aux Jeux paralympiques de Milan-Cortina (du 6 au 15 mars) avec leur drapeau et leur hymne. Une première depuis près de quatre ans.

Comme pour les Jeux olympiques, les deux pays avaient été bannis des compétitions paralympiques après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, mais ont retrouvé leurs droits de membres à part entière du Comité international paralympique après la levée de leurs suspensions partielles en septembre.

Recours devant le tribunal arbitral du sport

Les fédérations internationales de chaque sport au programme des Jeux paralympiques, chargées des qualifications, avaient toutefois décidé de maintenir la suspension des athlètes russes et biélorusses. Mais en décembre, ces deux pays ont gagné leur recours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) contre la Fédération internationale de ski et de snowboard (FIS), obtenant plusieurs quotas, rappelle l'agence de presse britannique Reuters.

La Russie disposera de deux places en para ski alpin, deux en para ski de fond et deux en para snowboard, tandis que la Biélorussie s'est vue attribuer quatre places au total, toutes en ski de fond (une pour les hommes et trois pour les femmes).

"Un scandale" dénoncé par Kiev

La mesure a provoqué l'ire de Kiev. "La décision des organisateurs d'autoriser des tueurs et leurs complices à participer aux Jeux paralympiques sous leur drapeau national est à la fois décevante et scandaleuse", a réagi ce mercredi Matvii Bidnyi, le ministre ukrainien des Sports, sur X. "Leur donner une tribune revient à donner une voix à la propagande de guerre. Lorsque le drapeau russe est hissé sur la scène internationale, il devient partie intégrante de la machine de propagande russe", a-t-il poursuivi.

Déjà en novembre 2025, la réintégration d'athlètes russes et biélorusses sous bannières neutres avait été avalisée par le comité olympique (CIO). Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, l'élan de bannissement commence à se tarir. Et les JO ne sont pas les seuls événements internationaux touchés : d'autres fédérations, dont celle de Judo ont déjà sauté le pas, tandis que la Fifa se pose sérieusement la question. Dans un récent entretien auprès de L'Express, le chercheur en géopolitique du sport Jean-Baptiste Guégan expliquait alors que ce retour n'a rien d'anodin, et qu'il résulte au contraire plutôt d'une campagne d'influence russe rudement menée.

© MAXPPP

Les Jeux paralympiques de Milan-Cortina se tiendront du 6 au 15 mars 2026.

Négociations sur l’Ukraine et l’Iran : les limites de la diplomatie façon Donald Trump

18 février 2026 à 12:57

En dépêchant en Suisse ses émissaires privilégiés pour y mener simultanément deux négociations de crise distinctes - sur le nucléaire avec l'Iran et sur un accord de paix entre l'Ukraine et la Russie -, Donald Trump a laissé perplexes nombre d'observateurs en politique étrangère, bien que soit connue l'appétence du président américain pour le 'deal making'. Le fait que Steve Witkoff, émissaire spécial de Donald Trump, et Jared Kushner, gendre du président américain, effectuent mardi 17 février à Genève un va-et-vient diplomatique a alimenté l'hypothèse qu'ils puissent être surchargés et dépassés, disent des experts, en plus d'interroger sur leurs chances réelles de résoudre au moins l'une de ces deux grandes crises mondiales actuelles.

Désireux d'obtenir le prix Nobel de la paix, pour lequel il a ouvertement fait campagne l'an dernier, Donald Trump revendique régulièrement avoir stoppé près d'une dizaine de conflits depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025. Il entend ajouter à cette liste un accord avec l'Iran et un accord de paix Ukraine-Russie sous son égide. Il n'en demeure pas moins que les pourparlers de mardi, aux enjeux cruciaux, ont été organisés à la hâte. Le choix de Genève n'a pas été clairement expliqué par Washington, même si la ville suisse a de longue date l'habitude d'accueillir des rendez-vous diplomatiques.

Aux yeux de Brett Bruen, ancien conseiller en politique étrangère de l'administration de l'ex-président démocrate Barack Obama, l'actuel locataire républicain de la Maison-Blanche "semble focalisé davantage sur la quantité que sur la qualité" qui nécessite un "travail de diplomatie délicat et détaillé". "S'attaquer aux deux problèmes en même temps, au même endroit, n'a pas beaucoup de sens", a ajouté celui qui dirige désormais le cabinet de conseil stratégique Global Situation Room.

Cette séquence diplomatique s'est ouverte par la réunion avec l'Iran, organisée dans un lieu distinct, de l'autre côté de Genève, des négociations Ukraine-Russie chapeautées par les Etats-Unis. A l'issue d'environ trois heures et demie de discussions indirectes sous la médiation d'Oman entre la délégation américaine et le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, des avancées ont été signalées par les deux camps, sans qu'un accord ne semble toutefois en vue pour régler le différend de longue date entre Téhéran et Washington. Si Abbas Araghchi a ainsi évoqué une entente sur "un ensemble de principes directeurs", le vice-président américain J.D. Vance a peu après fait savoir que l'Iran n’acceptait pas certaines "lignes rouges" de Donald Trump.

En parallèle à la poursuite de ces négociations, Donald Trump a continué de renforcer la présence militaire massive des Etats-Unis au Proche-Orient, indiquant clairement que le recours à la force demeurait une option. Pas vraiment de quoi contribuer à un apaisement des tensions dans la région, où la crainte d'un embrasement reste vive.

"Une salle des urgences avec un seul médecin"

Les émissaires américains ont à peine eu le temps mardi de marquer une pause entre les pourparlers avec l'Iran, menés au siège de la mission diplomatique d'Oman, et la réunion Ukraine-Russie, organisée à l'hôtel Intercontinental.

Si Donald Trump s'était vanté à son retour au pouvoir l'an dernier d'être capable de mettre fin à la guerre en Ukraine en vingt-quatre heures seulement, aucun progrès majeur n'était anticipé avant le début de ce nouveau cycle de négociations de deux jours entre Kiev et Moscou, alors qu'approche le quatrième anniversaire du conflit le plus meurtrier en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale. D'après une source citée mardi soir par les agences de presse officielles russes, la première journée de discussions a de fait été "très tendue". Les deux camps ont repris comme prévu leurs négociations ce mercredi matin, mais les discussions ont pris fin après seulement deux heures. "Nous constatons des progrès, mais pour l'instant, les positions divergent car les négociations ont été difficiles", a déclaré Volodymyr Zelensky.

Pour sa part, Téhéran a vu ses doutes sur la sincérité des efforts diplomatiques de Washington être renforcés par le programme mis sur pied à Genève, a déclaré un représentant régional proche du pouvoir iranien. "Il y a un risque de surcharge avec cette approche", a-t-il dit à Reuters sous couvert d'anonymat. "Cela ressemble à une salle des urgences avec deux patients gravement malades et un seul médecin, incapable de donner à l'un ou l'autre une attention prolongée, alimentant la vraisemblance d'un échec".

Manque d'expérience

Mohanad Hajj-Ali, membre du Carnegie Middle East Center, à Beyrouth, a déclaré que les enjeux étaient trop importants s'agissant de la crise avec l'Iran pour que les Etats-Unis gèrent leur diplomatie de cette manière. "Qu'une équipe composée de Witkoff et Kushner soit chargée de résoudre tous les problèmes du monde est, franchement, une réalité choquante", a-t-il dit.

Certains experts disent penser que les deux émissaires américains, issus comme Donald Trump de la sphère de l'immobilier new-yorkais, ne disposent pas des connaissances et de l'expérience nécessaires pour se mesurer à des négociateurs expérimentés comme Abbas Araghchi et les représentants russes. En résumé, selon eux : Steve Witkoff et Jared Kushner sont dépassés. "Certains pays apprécient cette structure informelle à la Maison-Blanche sous Trump", a souligné auprès du New York Times Asli Aydintasbas, chercheuse à la Brookings Institution à Washington. Avant d'ajouter cependant : "Je n'ai vu personne se montrer particulièrement impressionné par les compétences diplomatiques de l'équipe actuelle".

Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, n'était pas présent à Genève. Sollicitée par Reuters, la Maison-Blanche a répondu via une porte-parole que Donald Trump et son équipe ont "fait davantage que quiconque pour rapprocher les deux camps afin de stopper la tuerie et conclure un accord de paix" en Ukraine. Anna Kelly a dénoncé des "détracteurs" anonymes de l'approche du président américain, sans répondre aux questions spécifiques de l'agence britannique.

"Emissaire pour tout"

De longue date, des représentants de l'administration Trump défendent les rôles de Steve Witkoff et Jared Kushner, décrivant ceux-ci comme des négociateurs habiles, citant la confiance placée en eux par le président américain et notant l'échec d'approches diplomatiques plus traditionnelles pendant des années.

Ami de longue date de Donald Trump, souvent présenté comme l'"émissaire pour tout" en raison de l'éventail de ses attributions, Steve Witkoff a joué l'an dernier un rôle clé dans les négociations entre Israël et le Hamas pour un cessez-le-feu dans la bande de Gaza, dont la deuxième phase annoncée n'a pas été mise en œuvre alors que les violations perdurent. Jared Kushner a de son côté supervisé la signature des accords dits Abraham, normalisant les liens diplomatiques entre plusieurs pays arabes et Israël, lors du premier mandat présidentiel de Donald Trump. Mais ces accords, que Donald Trump a dit vouloir élargir, n'ont pas vraiment progressé depuis son retour au pouvoir.

Certains analystes estiment que la purge opérée par Donald Trump de l'appareil de politique étrangère de Washington, au département d'Etat ainsi qu'au Conseil de sécurité nationale, sape la capacité de Jared Kushner et Steve Witkoff à réaliser les missions diplomatiques qui leur ont récemment été confiées. "Nous avons vu un évidement de notre banc diplomatique", a déclaré Brett Bruen. "Donc la question est de savoir si nous avons toujours les bonnes personnes pour travailler sur ces grandes questions".

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Jared Kushner et Steve Witkoff (à gauche) lors des négociations sur l'Ukraine à Genève le 17 février 2026.

Cuba : Donald Trump a-t-il intérêt à provoquer la chute du régime ?

17 février 2026 à 20:00

"Cuba est la suivante", avance le journal américain The Nation. Fort de son succès éclatant à Caracas, marqué par le kidnapping de son président Nicolas Maduro, Donald Trump semble désormais pointer le viseur sur le régime cubain. "Il ne fait aucun doute que le président et son secrétaire d'État cubano-américain, Marco Rubio, considèrent Cuba comme le trophée ultime de l'après-guerre froide", reprend l'hebdomadaire. Mais le duo a-t-il réellement intérêt à décapiter le régime castriste?

L’île reste dominée par Raúl Castro, 94 ans, tandis que Miguel Díaz-Canel, 65 ans, assure la présidence de fait. Cuba traverse une crise énergétique sévère : la fin du soutien pétrolier du Venezuela, désormais sous la pression américaine, accentue les difficultés. À cela s’ajoutent les sanctions de Washington et un embargo en place depuis 1961. L’aide humanitaire, même lorsqu'elle est fournie par des voisins comme le Mexique, demeure marginale. Selon les services de renseignement américains, l’économie cubaine souffre de pénuries chroniques de produits essentiels et de médicaments, avec des coupures d’électricité fréquentes.

Pour Donald Trump, toute action contre Cuba pourrait avoir des conséquences directes sur l'immigration et, par ricochet, sur son électorat conservateur. En effet, des personnes migrantes pourraient tenter de rejoindre les États-Unis ou le Mexique à la recherche d'un meilleur cadre de vie si le régime castriste tombait. Selon Jean-Jacques Kourliandsky, spécialiste de l'Amérique Latine et des Caraïbes, sur RFI : "Même s’il n’existe pas de statistiques officielles, on estime que depuis cinq ans, un million et demi de Cubains sur les 11 millions que comptait l’île ont quitté le pays en raison de conditions de vie de plus en plus difficiles".

Et pour cause : entre 2018 et 2023, les prix des aliments ont augmenté de 470 %, selon l’AFP, plongeant de nombreux habitants dans une précarité inédite, faute de données officielles fournies par le pouvoir castriste.

L'outil migratoire comme levier politique à Caracas

Par ailleurs, le régime castriste a longtemps utilisé l’outil migratoire comme levier politique. Comme le rapporte Jean-Jacques Kourliandsky, un avion transportant 170 Cubains, résidant aux États-Unis, s’est récemment posé à La Havane après avoir été refoulé, dans le cadre d’un accord avec le gouvernement cubain. Signe de la coopération des autorités castristes. Selon le gouvernement cubain, Donald Trump a rapatrié plus de 1 600 Cubains en 2025. C’est environ le double du nombre de Cubains rapatriés en 2024. "Et durant ses années de présidence, Donald Trump a renvoyé plus de Cubains que ses trois prédécesseurs", précise le New York Times.

À l’approche des midterms de novembre 2026, ces enjeux deviennent électoralement sensibles. La Floride, État clé, abrite une diaspora cubano-américaine fortement anticastriste et historiquement républicaine. Toute arrivée importante de personnes migrantes sur le territoire risquerait de déplaire à cet électorat stratégique, compliquant la position de Donald Trump dans un État crucial pour les scrutins présidentiels.

Un risque d'instabilité aux portes de Cuba

Changer brutalement le régime créerait aussi un vide politique et économique : crise, instabilité et chaos régional pourraient être à prévoir. L’opposition locale reste faible et mal structurée, incapable de prendre le relais en cas de chute du pouvoir en place, soulignent nos confrères de RFI. Avec seulement 10 millions d’habitants, Cuba n’offre pas de retour sur investissement immédiat : les projets touristiques ou hôteliers nécessiteraient des capitaux lourds pour des bénéfices incertains. Alors que le Venezuela représentait un enjeu économique majeur pour la Maison-Blanche, de par ses réserves de pétrole, Cuba est devenu un objectif surtout politique, une obsession pour Marco Rubio qui voit l’île à portée de main.

Dans ce contexte, Donald Trump ne sait pas encore quel chemin suivre. Miser sur la diplomatie pour une solution négociée ou bien faire imploser le régime castriste ? Il privilégie pour l'instant, la pression économique et symbolique plutôt que l’action militaire directe. Jusqu’à présent, Washington n’a pas déployé de forces autour de Cuba, contrairement à ce qui a été fait au Venezuela. Les États-Unis misent sur sanctions et blocus pour affaiblir La Havane tout en maintenant un minimum de stabilité. En attendant, le régime castriste, déjà fragilisé, tient encore. Mais encore combien de temps ?

© REUTERS

Le président américain Donald Trump hésite encore sur la carter à jouer à Cuba. Suivre la ligne radicale de Marco Rubio ou bien miser sur la diplomatie ?
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