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En cas de frappes américaines, l'Iran pourrait ordonner des attaques à l'étranger, y compris en Europe

23 février 2026 à 19:03

Des membres des services de sécurité américains et d'autres pays occidentaux ont confié au New York Times qu'ils observent des signaux de plus en plus inquiétants, indiquant que l'Iran pourrait ordonner des attaques terroristes par l'intermédiaire de ses proxys : le Hezbollah, les Houthis et possiblement Al-Qaïda - principalement. Téhéran pourrait ordonner d'attaquer des cibles américaines sur le sol européen et au Moyen-Orient, si Donald Trump ordonnait des frappes à grande échelle contre le pays.

Une perspective dont s'alerte Colin Clarke, directeur exécutif du Soufan Center, société de renseignement et de conseil, devant les journalistes du titre new-yorkais. "L'Iran peut œuvrer à travers ses proxys pour mener des attaques terroristes, ce qui augmenterait le coût de chaque intervention militaire américaine". D'autant plus que, malgré la surveillance accrue de Washington, il reste difficile d'identifier ce qui pourrait provoquer un passage à l'acte de Téhéran.

Selon les mêmes responsables de sécurité sondés par le média, aucun complot en cours d'élaboration n'aurait été détecté. Toutefois, une intensification des "chatter" - terme issu du jargon des services secrets pour désigner l'interception électronique des communications des terroristes - laisse présager un certain niveau de planification et de coordination des attaques.

Une menace existentielle ?

Quant aux menaces, elles abondent. La crainte des responsables du renseignement et de la lutte contre le terrorisme : que "Téhéran recrute les Houthis au Yémen pour reprendre les attaques contre les navires occidentaux dans la mer Rouge", peut-on lire dans les colonnes du titre américain. Les Européens, eux, s'inquiètent plutôt de voir les "cellules dormantes" du Hezbollah libanais, voire d'Al-Qaïda émerger sur ordre d'attaquer des bases ou des ambassades américaines.

Ce climat d'incertitude complexifie les plans d'opération militaire de l'administration Trump, dont les objectifs demeurent ambigus. Le champ d'action de la Maison-Blanche va de frappes limitées contre des cibles militaires iraniennes au renversement du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei. Une situation qui plonge Téhéran dans le flou et pourrait ainsi mener son "gouvernement à considérer une offensive menée par les États-Unis comme une menace existentielle" analyse le New York Times, ajoutant qu'une escalade des offensives entre l'Iran et les Etats-Unis est envisageable. Conscient du risque d'escalade dans la région, le Pentagone a déployé en urgence des batteries Patriot supplémentaires et d'autres systèmes de défense antimissile afin de protéger les 30 000 à 40 000 soldats américains stationnés dans la région.

Même son de cloche du côté de Colin Clarke : "Si la campagne militaire américaine contre l'Iran constitue une menace existentielle contre l'ayatollah et les membres les plus hauts placés des gardiens de la révolution, je m'attendrais à ce que Téhéran ordonne des attaques terroristes à l'étranger, y compris en Europe". Un danger qui n'échappe pas aux responsables politiques américains.

Risquer de "causer du tort à tous les Américains"

Vendredi 20 février, le sénateur démocrate Jack Reed tirait la sonnette d'alarme. "Des frappes militaires contre l'Iran risqueraient d'enflammer le conflit régional, ce qui mettrait en danger les soldats américains stationnés au Moyen-Orient et déstabiliserait les marchés mondiaux de manière à causer du tort à tous les Américains", a-t-il déclaré, urgeant Donald Trump à consulter les citoyens avant de poursuivre son entreprise martiale. Car si les proxys iraniens sont affaiblis dans le périmètre limitrophe d'Israël, ils conservent une capacité d'action dans d'autres périmètres plus éloignés.

Et cette nouvelle menace arrive alors que les services militaires et antiterroristes occidentaux sont déjà débordés par les rumeurs d'une possible attaque terroriste d'Al-Qaïda en Europe, détaille le New York Times. "Les ambitions d'Al-Qaïda en matière d'opérations extérieures restent élevées et pourraient même s'accroître", conclut ce mois-ci une évaluation antiterroriste du Conseil de sécurité des Nations Unies. Et selon un rapport antiterroriste du Conseil de sécurité des Nations Unies, Saif al-Adel, chef de facto d’Al-Qaïda en Iran, a ordonné à deux de ses principaux lieutenants de "réactiver des cellules en Irak, en République arabe syrienne, en Libye et en Europe".

© via REUTERS

Le guide suprême iranien Ali Khamenei à Téhéran, le 17 janvier 2026.

Comment un ex-chauffeur de taxi est devenu un acteur clé de la campagne de sabotage russe en Europe ?

23 février 2026 à 16:35

La campagne de sabotage menée par le Kremlin contre les alliés européens de l'Ukraine s'intensifie. Incendies criminels, engins explosifs artisanaux, projets d'attaques contre des avions cargo : selon des responsables occidentaux, ces opérations relèvent d'une guerre clandestine orchestrée par les services de renseignement russes. Et, au coeur de plusieurs de ces complots, apparaît un profil inattendu, selon le New York Times : celui d'un ancien chauffeur de taxi russe de 42 ans, Aleksei Vladimirovich Kolosovsky.

Rien, en apparence, ne prédestinait cet homme à jouer un rôle dans ce conflit de l'ombre. Le New York Times retrace son profil : installé dans la région de Krasnodar, dans le sud de la Russie, il semble vivre modestement. Souvent endetté, selon des services de sécurité européens, il expose sur les réseaux sociaux des photos de voitures sans prétention. Sa dernière publication remonte au 15 décembre 2020, jour de son anniversaire. Une photo avec sa mère.

Pourtant, d'après des documents judiciaires et des entretiens avec plus d'une douzaine de responsables de la sécurité dans cinq pays européens, Aleksei Vladimirovich Kolosovsky, il est devenu un "acteur clé" d'une nouvelle forme de guerre non conventionnelle, rappelle le New York Times. Non pas un officier formé ou un agent infiltré, mais un prestataire de services travaillant en étroite collaboration avec des officiers du GRU, le renseignement militaire russe, notamment ceux chargés des opérations de sabotage.

Un chauffeur lié à des groupes criminels

Les services occidentaux l’ont lié à des groupes criminels actifs dans le piratage informatique, la vente de faux papiers d’identité, la contrebande et le vol de voitures. Il aurait été en contact avec Daniil Oleynik, alias "Wasp Killer", un voleur de véhicules arrêté en Italie puis extradé vers l’Ukraine en août 2024. Une chaîne Telegram associée aux deux hommes servait à extorquer des rançons à des victimes de vols de véhicules. Les numéros de téléphone de Kolosovsky apparaissent également dans des réseaux impliqués dans la divulgation de données personnelles et la vente de matériel destiné au vol automobile.

Sous l’alias "LexTER", le quadragénaire évoluait dans ces sphères hybrides, à la frontière du crime organisé et de la cybercriminalité. Il aurait aussi été associé au collectif de hackers KillNet, selon les autorités de sécurité d'un pays européen. Depuis sa base de Krasnodar, il aurait supervisé la planification logistique d’attaques en Pologne, en Lituanie, au Royaume-Uni et en Allemagne. Selon des services de sécurité de deux pays occidentaux, il orchestrerait la livraison de détonateurs et de matériel explosif dans des consignes de gares, récupérés ensuite par des recrues, parfois à leur insu.

Incendie en Pologne, IKEA en Lituanie...

Le 8 mai 2024, l’adolescent ukrainien Daniil Bardadim dépose un engin incendiaire équipé d’un minuteur dans le rayon literie d’un magasin IKEA à Vilnius. L’explosion se produit dans la nuit, aux premières heures du 9 mai — date où est célébrée à Moscou la victoire de 1945 — un choix que l’accusation estime délibéré. Au même moment, un autre groupe présenté comme lié à Aleksei Kolosovsky provoque un incendie près de Varsovie, qui détruit plus d’un millier de commerces. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, affirme alors que les services russes en sont "avec certitude" responsables.

Pourquoi miser sur de tels profils ? Depuis l’invasion de l’Ukraine, plus de 750 diplomates russes ont été expulsés d’Europe, "dont la grande majorité sont des espions", d'après le directeur du MI5, Ken McCallum, cité par le New York Times. Privés d’une partie de leurs relais officiels, les services russes doivent adapter leurs méthodes. Dans ce contexte, le recours à des intermédiaires issus du milieu criminel — dotés de contacts en Europe et capables d’y circuler sans éveiller les soupçons — apparaît comme une solution pragmatique.

En 2021, l'ex-chauffeur de taxi aurait été brièvement détenu par les autorités russes, une période durant laquelle des services de sécurité estiment qu’il a pu être recruté, toujours selon le New York Times. Des signes de difficultés financières auraient également été observés. Il aurait parfois avancé ses propres fonds pour certaines opérations, cherchant ensuite à se rémunérer sur les budgets alloués. Une chose est sûre : le cas de cet ex-chauffeur de taxi illustre que le sabotage ne relève plus uniquement d'unités militaires professionnelles.

© REUTERS

Des membres de la garde d'honneur de la flotte de la mer Noire de la marine russe participent à une cérémonie commémorant la Journée du défenseur de la patrie à Sébastopol, en Crimée, le 23 février 2026.

Mexique : l'ombre des Etats-Unis derrière la mort du narcotrafiquant "El Mencho"

23 février 2026 à 14:01

Depuis ce dimanche 22 février, le Mexique est en proie à une vague de violence faisant suite à la mort d'un puissant baron de la drogue lors d’une opération militaire : Nemesio Oseguera, alias "El Mencho". Le patron du Cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG) faisait partie des narcotrafiquants les plus recherchés, non seulement par son pays, mais aussi par les Etats-Unis qui avaient mis sa tête à prix : 15 millions de dollars pour toute information menant à sa capture. Ce week-end, la collaboration entre Washington et Mexico a conduit à l'élimination de l'ancien policier devenu bandit.

C'est une toute nouvelle force opérationnelle, dirigée par l'armée américaine et spécialisée dans la collecte de renseignements sur les cartels de la drogue, qui a joué un rôle dans le raid militaire mexicain de dimanche. L'unité, qui a été baptisée Joint Interagency Task Force-Counter Cartel - Groupe de travail interagences conjoint de lutte contre les cartels, en français - regroupe plusieurs agences gouvernementales. Elle n'a été officiellement lancée que le mois dernier, a confié un responsable américain de la défense à Reuters. Son rôle : cartographier les réseaux des membres des cartels des deux côtés de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Toutefois, si le groupe de travail américain était bien impliqué, l'assaut visant "El Mencho" était une opération strictement mexicaine, a insisté l'informé.

Selon une autre source anonyme - qui n'a pas directement fait référence à la force opérationnelle - les Etats-Unis avaient compilé un dossier détaillé sur El Mencho, alimenté par les informations de leurs forces de l'ordre et de leurs services de renseignement. Cette documentation a ensuite été transmise au gouvernement mexicain pour son opération. Déclaration confirmée par le ministère mexicain de la Défense qui a précisé que les autorités américaines avaient fourni des "informations complémentaires". Une source de l'exécutif mexicain a elle aussi souligné qu'aucun militaire américain n'avait été physiquement impliqué.

Une "surveillance probablement illimitée"

En 2025, Donald Trump a fait inscrire plusieurs cartels sur la liste des organisations terroristes. Une décision qui a toute son importance, souligne auprès de Reuters Jack Riley, ancien haut responsable de la Drug Enforcement Administration - l'agence fédérale chargée de la lutte contre le trafic de drogue. Selon l'ex-agent qui a participé à l'arrestation d'El Chapo, cette qualification permet d'ouvrir la voie à de nouvelles opérations militaires et de fluidifier les missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance. "Nos capacités de surveillance seront probablement illimitées, ce qui sera très utile pour les opérations en temps réel", se réjouit-il.

Avant l'opération mexicaine de dimanche, un autre responsable américain de la défense avait expliqué à l'agence de presse que la Joint Interagency Task Force-Counter Cartel s'inscrivait dans une stratégie américaine plus large de lutte contre le trafic de drogue. C'est pour cette raison que l'armée américaine prend de plus en plus le contrôle opérationnel de la frontière avec le Mexique. Les frappes - désormais régulières - contre les bateaux soupçonnés de transporter de la drogue dans les eaux des Caraïbes et du Pacifique, font partie de cette nouvelle approche de lutte contre le narcotrafic.

Le Mexique sous pression américaine

Une escalade dans la lutte américaine contre le trafic de drogue, à laquelle le Mexique n'a pas échappé. Sa présidente, Claudia Sheinbaum, subit une pression croissante de la part de Washington pour intensifier son offensive contre les cartels de la drogue. La Maison-Blanche accuse ces derniers de produire et de faire passer clandestinement des stupéfiants, en particulier le fentanyl, à la frontière américaine.

Si le raid de dimanche était initialement destiné à arrêter El Mencho, Washington n'a pas tardé à célébrer son décès à l'hôpital, des suites des blessures reçues durant sa capture. Karoline Leavitt, la porte-parole de la Maison-Blanche, a déclaré que l'administration Trump "félicite et remercie l'armée mexicaine pour sa coopération et la réussite de cette opération". Quant au secrétaire d'État adjoint et ancien ambassadeur américain au Mexique, Christopher Landau, il a qualifié la mort du baron de la drogue "d'avancée majeure" pour les États-Unis et le Mexique, ainsi que pour le reste de l'Amérique latine.

Depuis l'annonce de la mort d'El Mencho, des membres du cartel CJNG bloquent les autoroutes, incendient voitures et commerces, paralysant plus de 12 Etats du pays. Au-delà du trafic de drogue, l'organisation criminelle est réputée pour des extorsions, du trafic d'êtres humains et le recours aux drones pour attaquer des civils. Les Etats-Unis, mais aussi la France, ont appelé leurs ressortissants à se mettre à l'abri et à limiter leurs déplacements.

© REUTERS

La Garde nationale mexicaine patrouille dans les rues d'Acapulco après la mort du baron de la drogue "El Mencho", le 22 février 2026.

Groenland : comment Donald Trump a ravivé les tensions en proposant d'envoyer un navire-hôpital

23 février 2026 à 13:19

"Encore une journée. Encore une histoire complètement dingue". Malgré l'émoji souriant qui accompagne son post sur les réseaux sociaux, Aaja Chemnitz, députée du Groenland, ne cache pas sa désolation face aux polémiques répétées provoquées par le président américain. Dernière en date : la proposition de Donald Trump, samedi 21 février, d'envoyer un navire-hôpital vers le territoire arctique. Pourtant, le Groenland ne traverse pas de crise humanitaire et son système de santé, public, est probablement bien plus accessible que le système américain. La déclaration des Etats-Unis pourrait donc prêter à sourire, si le contexte n'était pas à l'escalade avec ce territoire, rattaché au royaume du Danemark.

La manœuvre de Donald Trump, opportuniste, intervient après l'annonce par le Commandement arctique interarmées, samedi, de l'évacuation d'un membre d'équipage d'un sous-marin américain naviguant dans les eaux groenlandaises, et nécessitant des soins médicaux urgents. Le citoyen américain a été transféré aux autorités sanitaires groenlandaises et transporté à l'hôpital de Nuuk, la capitale. "L'évacuation a eu lieu dans les eaux territoriales groenlandaises, à 7 milles nautiques au large de Nuuk. Elle a été effectuée par l'hélicoptère Seahawk de la Défense danoise, déployé depuis le navire d'inspection Vædderen", rapporte le Washington Post.

Une nouvelle à laquelle a aussitôt réagi Donald Trump : "Nous allons envoyer un formidable navire-hôpital au Groenland pour soigner les nombreux malades qui n'y reçoivent aucun soin. Il est en route !", a publié le président américain dans la foulée, sur son réseau social. La publication était accompagnée d'une illustration, vraisemblablement générée par intelligence artificielle, montrant l'USNS Mercy naviguant vers l'Arctique. Pourtant, le Groenland et le Danemark disposent bien de systèmes de santé souverains et opérationnels.

Nouvelle provocation

"Non merci", ont rétorqué les autorités de l'île arctique, qui n'ont pas réclamé d'intervention humanitaire américaine, et déclaré qu'elles ne l'accueilleraient pas favorablement. "L’idée du président Trump d’envoyer un navire-hôpital américain au Groenland a été prise en compte. Mais nous avons un système de santé publique où les soins sont gratuits pour tous les citoyens", a déclaré le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, cité par CNN. "C’est un choix délibéré, et un pilier de notre société. Ce n’est pas ainsi que cela fonctionne aux États-Unis, où consulter un médecin est payant".

La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, en a rajouté une couche sur Facebook, dimanche, affirmant qu'elle était "heureuse de vivre dans un pays où l'accès aux soins de santé est égal pour tous. Où ce ne sont ni les assurances ni la richesse qui déterminent si l'on reçoit un traitement approprié", a-t-elle ajouté selon l'Associated Press.

Fait encore plus ironique : aucun des deux navires-hôpitaux américains (déployés en cas de catastrophe ou d'opérations humanitaires), ne semble actuellement en mesure de naviguer vers le Groenland. Selon le site de suivi des navires Marinetraffic.com, l'USNS Mercy est amarré dans l'Alabama, au même endroit où se trouvait l'USNS Comfort en début du mois. En effet, en 2025, le Pentagone avait annoncé des travaux de maintenance sur les bateaux, rendant les deux navires inopérationnels au moins jusqu'à la fin du premier semestre 2026 environ, selon le Washington Post.

Le message publié samedi par Donald Trump sur Truth Social intervient alors que le républicain menace depuis des mois de s'emparer du Groenland, jugé stratégique pour la sécurité nationale des Etats-Unis. Face à la levée de boucliers suscitée chez les alliés européens, la Maison-Blanche avait finalement reculé fin janvier, déclarant que les États-Unis chercheraient plutôt à conclure des accords stratégiques avec le Danemark.

Néanmoins, cette nouvelle provocation laisse penser que Donald Trump n'a pas mis de côté cette obsession. Le Groenland est "ouvert au dialogue et à la coopération", a redit son Premier ministre, Jens-Frederik Nielsen. "Mais je vous prie de nous parler au lieu de faire des déclarations plus ou moins aléatoires sur les réseaux sociaux".

© picture alliance / Consolidated / Maxppp

L'USNS Mercy, l'un des deux navires-hôpitaux américains, arrive à Los Angeles le 27 mars 2020.

24 février 2022, le moment churchillien de Volodymyr Zelensky, par Manuel Valls

23 février 2026 à 12:00

Ce 24 février entraîne l’Ukraine dans sa cinquième année de guerre contre l’agression russe. Un conflit qui mêle les tranchées de 1914-1918 et les technologies du XXIe siècle. Les victimes se comptent par centaines de milliers. Des crimes de guerre ont été perpétrés par les troupes de Vladimir Poutine. Le front bouge à peine.

Au cœur de cette épreuve se tient un homme : Volodymyr Zelensky. Le 24 février 2022, il avait deux options : fuir ou rester. Il est resté. Aux Américains qui lui proposaient l’exfiltration, il répondit : "Je n'ai pas besoin d'un taxi, j'ai besoin de munitions." Ce choix fut son acte fondateur. À cet instant, l’acteur est devenu chef de guerre et homme d’État.

Refus d'une paix humiliante

Ne nous trompons pas. Volodymyr Zelensky n’est pas un héros immaculé. Son ascension politique fut marquée par des ambiguïtés et des promesses inabouties. Mais l’épreuve révèle les hommes. Elle les dépasse ou les élève. Chez lui, elle a produit une métamorphose. Le président contesté est devenu le symbole d’une nation en armes. Son visage s’est durci. Sa parole s’est ancrée. Il n’y avait plus d’écart entre ce qu’il disait et ce qu’il incarnait.

Il continue de parler chaque jour à son peuple, dans une société ultra-connectée où l’État, l’armée et la société coopèrent jusque dans le cyberespace. L’Ukraine mobilise ses ingénieurs, ses entreprises, ses start-up. Elle innove dans la guerre des drones qu’elle produit par millions. Ce n’est pas seulement une armée qui résiste, peut-être la première en Europe, c’est une société, certes épuisée par la guerre et les privations, qui tient.

Volodymyr Zelensky résiste à Moscou contrairement aux pronostics de Donald Trump et de certains en France toujours fascinés par la brutalité impériale. Il refuse une paix humiliante. Face aux pressions de Washington, il n’a pas plié. Il a rappelé que la sécurité ne se négocie pas comme un contrat commercial. Dans cette attitude, il y a quelque chose de profondément churchillien. En 1940, le Premier ministre britannique Winston Churchill refuse la politique d’apaisement. Il choisit la guerre longue plutôt qu’une paix déshonorante. Il dit la vérité à son peuple. Il assume le tragique de l’Histoire.

Aujourd’hui, l’esprit de Volodymyr Zelensky est le même : ne pas céder au chantage, ne pas confondre prudence et renoncement, préférer la dignité toujours. C’est là que l’Europe est mise à l’épreuve. Nous avons hésité, parfois zigzagué. Mais nous avons aussi en 2025 compensé en partie le retrait financier américain. Aujourd’hui, nous n’avons plus le choix.

Le destin de l'Europe

Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a acté un basculement stratégique. La doctrine du "burden-shifting" ("transfert de charge") est assumée : aux Européens de payer, à eux de se défendre. À Davos, les doutes sur la solidité de l’engagement américain ont éclaté au grand jour. La perspective d’une paix négociée entre Washington et Moscou qui entérinerait non seulement les gains territoriaux russes dans le Donbass et en Crimée mais qui contraindrait également Kyiv à un repli stratégique suicidaire ne serait pas seulement la défaite de l’Ukraine. Ce serait celle de l’Europe. Car l’issue de cette guerre déterminera notre destin pour le XXIe siècle : notre crédibilité stratégique, la survie de notre modèle démocratique, notre capacité à exister dans un monde brutal.

Certains proposent de reparler à Vladimir Poutine. Pourquoi pas ? Donald Trump le fait bien. Mais pour lui dire quoi ? Il faut que ce soit utile, sans se faire manipuler par quelqu’un qui ment en permanence, sans se décrédibiliser une nouvelle fois. Il faudra lui dire – et ce n’est pas négociable – que l’Ukraine a pour destin de devenir très vite membre de l’Union européenne. Cette perspective fait peur à Moscou, car les Russes verront que leur voisin ukrainien se consolide en pays démocratique et prospère. Et il faudra aussi lui rappeler que la Russie et l’Europe doivent vivre ensemble et reconstruire un ordre commun de sécurité.

Mais avant tout, face à un Vladimir Poutine qui ne comprend que cela, il faut rétablir le rapport de force. Réarmement, coopération industrielle, souveraineté énergétique, défense intégrée sont des nécessités. Voilà l’enjeu. Dire aux Européens et aux Français que la liberté a un coût. Assumer les sacrifices, le prix de la guerre. Redonner du sens au projet européen.

Car le visage de l’Europe aujourd’hui a les traits fatigués d’un président en treillis à Kyiv. Volodymyr Zelensky incarne ce que nous devons redevenir : une société qui se défend. En 1940, le sort du continent s’est joué à Londres. Depuis 2022, il se joue à Kyiv. Si l’Ukraine cède, l’Europe s’efface. Si elle tient, c’est notre liberté qui tient avec elle.

© REUTERS

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky observe lors d'une visite dans les locaux du fabricant allemand de drones Quantum Systems, en marge de la conférence annuelle sur la sécurité de Munich (MSC), près de Munich, en Allemagne, le 13 février 2026.

Iran : cet accord secret conclu avec la Russie pour l’achat de missiles portables

23 février 2026 à 10:30

C'est un pas supplémentaire dans la coopération militaire entre la Russie et l'Iran. Selon le Financial Times, Téhéran a conclu en décembre dernier un accord secret avec Moscou pour l'achat de milliers de missiles portables de pointe. Cette transaction vise à renforcer les défenses aériennes iraniennes, mises à mal par la guerre des 12 jours en juin dernier, contre Israël et les Etats-Unis.

La Russie s'est ainsi engagée à livrer 500 unités de lancement portables "Verba" et 2 500 missiles "9M336" sur trois ans, pour un montant de 495 millions d'euros. Ce système de défense aérien est l'un des modèles russes les plus sophistiqués à l'heure actuelle. Il s'agit "d'un missile à guidage infrarouge tiré à l'épaule, capable de cibler les missiles de croisière, les aéronefs volant à basse altitude et les drones", explique le Financial Times. L'accord comprend également la livraison de 500 viseurs nocturnes "Mowgli-2".

Renforcer la défense aérienne

Ce système, qui vise à être exploité par de petites unités mobiles, est moins vulnérable aux frappes que des installations fixes. Il permet de créer rapidement des défenses au sol. "Fourni aux bonnes personnes au bon moment, il peut causer d'énormes dégâts", analyse auprès du FT Ruslan Pukhov, expert militaire au sein d'un groupe de réflexion basé à Moscou. De plus, son utilisation ne nécessite pas de formation poussée. A noter cependant qu'en dépit de ces avantages, l'emploi des systèmes Verba n'a eu jusqu'ici qu'un rôle limité dans la défense russe contre les attaques de drones ukrainiens.

Pour rappel, les trois principales installations nucléaires iraniennes ont subi d'importants dégâts, et le réseau de défense aérienne a été considérablement endommagé lors de la guerre des 12 jours. En janvier, l'Iran s'est aussi procuré plusieurs hélicoptères d'attaque russes Mi-28.

L'accord portant sur les missiles portables a été signé entre Rosoboronexport, l'agence d'Etat du Kremlin chargée des exportations d'armes, et le représentant à Moscou du ministère iranien de la Défense. L'ambassadeur d'Iran à Moscou a confirmé cette semaine plusieurs transports de livraisons militaires en provenance de la Russie. Moscou fournit déjà à Téhéran du matériel de brouillage des communications, des satellites de géolocalisation et des équipements radio.

Ces révélations surviennent alors qu'un important dispositif militaire américain se dirige vers l'Iran, et que les Etats-Unis menacent Téhéran de frappes en cas de refus par le gouvernement des ayatollahs des restrictions concernant son programme nucléaire.

Coopération militaire limitée

De son côté, Téhéran fournit à Moscou des drones Shahed pour sa guerre en Ukraine, ou encore des missiles balistiques à courte portée Fath-360. Les deux pays ont également signé un traité renforçant leurs relations bilatérales en janvier 2025, et ont mené des exercices navals conjoints.

La Russie voit probablement dans cet accord une façon de se racheter, après avoir refusé de venir en aide à son allié pendant la guerre des douze jours. "Ils veulent que l'Iran reste leur partenaire. Et même s'ils ne peuvent pas réagir en pleine crise, ils vont gérer la crise après coup pour tenter de rétablir la relation" a déclaré un ancien haut responsable américain auprès du journal économique britannique.

"L'Iran est un partenaire important pour Moscou à ne pas perdre, surtout après la destitution par les États-Unis de Nicolas Maduro au Venezuela, un autre allié de la Russie", analyse de son côté le Wall Street Journal. "Mais il est peu probable que le président russe Vladimir Poutine vienne en aide à Khamenei si les frappes américaines semblent sur le point de le renverser". "Ils n'ont pas d'intérêt stratégique suffisamment important en Iran pour justifier une guerre contre les États-Unis à ce sujet", renchérit Alexander Palmer, chercheur au Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS), basé à Washington.

© Credits : Creative Commons / Mil.ru

Un utilisateur d'un missile Verba dans une base militaire russe au Tadjikistan en juin 2021.

Etats-Unis : ce que l’on sait de l’intrusion d’un homme armé chez Donald Trump à Mar-a-Lago

23 février 2026 à 08:34

Le président américain a-t-il échappé à une nouvelle tentative d'assassinat ? Dimanche 22 février, aux alentours de 1h30 du matin, un homme a franchi le périmètre du complexe hôtelier de Donald Trump à Mar-a-Lago, en Floride, muni d'un fusil de chasse et d'un bidon d'essence. Il a été abattu par les forces de sécurité présentes sur place.

Que sait-on du profil de l'attaquant ?

Selon les informations relayées par la presse américaine, dont le New York Times, l'individu serait le jeune Austin Tucker Martin, 21 ans, originaire de la ville de Cameron en Caroline du Nord. Les autorités affirment l'avoir abattu alors que, interpellé à l'entrée de la résidence de Mar-a-Lago, il aurait refusé de lâcher son arme et aurait "levé son fusil pour faire feu", explique le shérif du comté de Palm Beach, Ric Bradshaw.

Le jeune homme était recherché par sa famille, qui avait signalé sa disparition quelques heures plus tôt et publié des messages d'alerte sur les réseaux sociaux. Un communiqué du bureau du shérif du comté où il résidait indique également qu'Austin Martin aurait fait le trajet en voiture le samedi après-midi, depuis la Caroline du Nord jusqu'à la Floride, à 1 200 kilomètres de là.

Tucker "Austin" Martin was reported missing by his family in Carthage, NC this morning. The same name has been dropped as the deceased shooter at Mar-a-Lago. pic.twitter.com/x5FXWNAxYL

— Kim "Katie" USA (@KimKatieUSA) February 22, 2026

Une Volkswagen argentée, similaire au modèle figurant sur l'avis de recherche d'Austin Martin, a été retrouvée garée à Midtown Beach, à une demi-heure à pied de Mar-a-Lago. Une boîte, qui semble avoir contenu le fusil de chasse, a été retrouvée sur la banquette arrière.

Le président Donald Trump ne se trouvait pas à sa résidence de Mar-a-Lago à ce moment-là, mais à la Maison-Blanche, à Washington. Il a déjà échappé par le passé à une tentative d'assassinat très médiatisée, à Butler en Pennsylvanie, lors de la campagne présidentielle, en juillet 2024. Le candidat républicain avait été touché par une balle à l'oreille en plein meeting, par Thomas Matthew Crooks, âgé lui aussi d'une vingtaine d'années. Ses motivations restent inconnues jusqu'à aujourd'hui, en dépit de son profil dépressif, et d'un goût prononcé pour la violence politique, révélés par les enquêteurs.

On ne sait pas non plus, pour l'heure, ce qui a poussé Austin Tucker Martin à s'introduire à Mar-a-Lago. Le jeune homme de 21 ans était tout juste diplômé du lycée et avait créé une entreprise spécialisée dans les dessins de terrains de golf, sport dont il était lui-même amateur.

Issue d'une famille de partisans de Trump

Selon l'Associated Press, l'homme n'était pas connu des services de police. Son cousin, Braeden Fields, l'a décrit "comme quelqu'un de calme, qui avait peur des armes et qui appartenait à une famille de fervents partisans de Trump. (...) Il ne savait même pas se servir d'une arme à feu". "Nous sommes tous de grands partisans de Trump. Absolument tous", a déclaré le jeune homme de 19 ans, mais Austin Martin était, lui, "très discret, il ne parlait jamais de rien", a-t-il ajouté.

Récemment, le jeune homme semblait obnubilé par les révélations autour de l'affaire Epstein. Dans un message envoyé à un de ses collègues, que s'est procuré le tabloïd TMZ, il commente à ce sujet : "Je ne sais pas si tu as lu des articles sur l’affaire Epstein, mais le mal est bien réel et immanquable. Le mieux que des personnes comme toi et moi pouvons faire, c’est d’user de la petite influence que nous avons. Avertir autour de soi de ce qu’on apprend de ces dossiers Epstein et de ce que le gouvernement en fait. Sensibiliser le public". Ses collègues ont aussi indiqué qu'il était "profondément perturbé par ce qu'il considérait comme une dissimulation orchestrée par le gouvernement" et qu'il parlait souvent de personnes influentes "qui s'en tiraient impunément".

Selon les registres électoraux, le jeune homme était inscrit sur les listes électorales, mais sans affiliation politique - comme c'est parfois le cas aux Etats-Unis. Austin Martin avait une sœur, Caitlin Renea Martin, décédée en 2023 à l'âge de 21 ans lors d'un accident de voiture, selon des articles de la presse locale. A cette heure, Donald Trump n'a pas fait de commentaire sur cette intrusion à Mar-a-Lago.

© REUTERS

Un jeune homme de 21 ans a tenté de s'introduire dimanche 22 février dans la résidence de Donald Trump en Floride.

Etats-Unis : pourquoi attaquer l'Iran serait plus risqué que capturer Nicolas Maduro

22 février 2026 à 17:00

Une attaque en Iran peut-elle produire les mêmes effets que celle réalisée au Vénézuela contre Nicolas Maduro le mois dernier ? Autrement dit, permettrait-elle aux Etats-Unis d'évincer le guide suprême et de faire pression sur son successeur ? Garantirait-elle la suspension du programme nucléaire iranien ? Le New York Times a posé la question à plusieurs experts de la région, et leurs réponses sont unanimes : intervenir en Iran serait nettement plus complexe - et prolongé - qu'au Vénézuela. Et induirait a fortiori des pertes humaines côté américain, qui pourraient coûter cher à Donald Trump à l'approche des élections de mi-mandat.

"Il n’existe aucune option militaire simple, peu coûteuse et propre dans le cas de l’Iran", résume Ali Vaez de l’International Crisis Group, une ONG spécialisée dans la résolution de conflits. Si l'Iran a été affaiblie par les frappes israélo-américaines menées sur son sol en juin dernier, il bénéficie toujours d’importantes capacités militaires et d'un vaste réseau de forces supplétives régionales (Hezbollah, Houthis...).

Arsenal militaire conséquent

L'Iran dispose en effet de l'un des arsenaux de missiles les plus étendus et les plus diversifiés du Moyen-Orient. Parmi eux : drones, armes anti-navires, mais aussi missiles balistiques pouvant parcourir près de 2 000 kilomètres. Une contre-attaque iranienne pourrait viser de grandes villes en Israël, pays dont les stocks d’intercepteurs s’amenuisent après plus de deux ans de guerre à Gaza.

Les représailles pourraient aussi viser d'autres Etats du Golfe, qui abritent plusieurs bases américaines. Certains - Arabie saoudite et Emirats arabes unis - ont déjà interdit aux Etats-Unis d'utiliser leur espace aérien pour des attaques, en guise de mesure préventive. Selon Sanam Vakil, directrice du programme Moyen-Orient du think-tank Chatham House, la peur d'une guerre régionale serait perçue par de nombreux responsables iraniens, comme un facteur susceptible de dissuader Donald Trump.

Réseau de soutiens dans la région

D'autant que l'Iran n'est pas seule et pourrait compter sur le soutien de son "axe de la résistance" en cas d'attaque américaine. Téhéran a soutenu et armé diverses milices chiites, en Iraq mais aussi au Liban (Hezbollah) ou au Yémen (Houthis), afin d’étendre son influence et de défier ses adversaires dans la région. Des forces qui, bien qu'affaiblies, pourraient riposter contre les forces américaines et leurs alliés, ouvrant ainsi plusieurs fronts et amplifiant le conflit au-delà des frontières iraniennes.

Un groupe irakien aligné sur l’Iran a déjà assuré Téhéran de son soutien en cas d’attaque américaine, et averti de possibles "opérations martyr". Des experts estiment également que les Houthis pourraient reprendre le ciblage du trafic maritime commercial en mer Rouge, comme ils l’avaient fait fin 2023 en soutien au Hamas durant sa guerre avec Israël. L’Iran a de son côté menacé de fermer le détroit d’Ormuz, l’une des voies maritimes les plus importantes au monde, par laquelle transite 20 % du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié. Toute perturbation risquerait de faire flamber les prix de l'énergie.

Plus qu'un homme, une structure entière

Enfin, autre aspect à prendre en compte : en Iran, renverser le gouvernement ne se résume pas à écarter le guide suprême. Le pouvoir réel en Iran repose sur une idéologie, soutenue par des partisans politiques radicaux et consolidée par une structure de pouvoir complexe façonnée sur près d’un demi-siècle. "Une opération copiée-collée du Venezuela serait plus difficile à réaliser si l’objectif est une décapitation du régime", explique Sanam Vakil.

On ignore s’il existerait une figure équivalente à celle de Delcy Rodríguez — vice-présidente de Nicolas Maduro et dirigeante par intérim du Venezuela — avec laquelle les responsables américains pourraient travailler si le guide suprême était écarté du pouvoir.

Par ailleurs, Téhéran se situe à environ 650 kilomètres à l’intérieur des terres depuis le golfe Persique. Une disposition géographique qui complexifie toute potentielle capture de dirigeants iraniens. En comparaison, Caracas, où Maduro et son épouse ont été enlevés par l'armée américaine le mois dernier, n'est situé qu'à environ 16 kilomètres de la mer des Caraïbes. Rien ne garantit, donc, que les Etats-Unis puissent dupliquer leur mode opératoire en Iran.

© via REUTERS

Une fresque anti-américaine sur un bâtiment à Téhéran, en Iran, le 24 janvier 2026. Majid Asgaripour/WANA (Agence de presse d'Asie occidentale) via REUTERS

"Au moment d'envahir l'Ukraine, l'incompétence de l'armée était totale" : le témoignage exceptionnel d'un déserteur russe

22 février 2026 à 17:00

"Quand avons-nous franchi la frontière ? Je ne m’en souviens plus. Peut-être avant le 24 février. Depuis plusieurs jours, nous étions comme hors du temps."

Attablé dans la cuisine de son appartement à Astana, au Kazakhstan, Evgueny Korobov cherche ses mots. Quelques semaines avant l’invasion de l’Ukraine, sa brigade, postée à proximité de Samara, dans le sud-est de la Russie, avait été envoyée dans la région de Koursk, à la lisière de l'Ukraine. "Nous sommes arrivés le 10 février. Je m’en souviens très bien, c’était le jour de la paie."

Officiellement, il s’agissait "d’exercices militaires". "Le commandement nous assurait que, malgré les tensions, il n’y aurait pas de guerre. Ce serait juste des démonstrations de force, et tout irait bien." Pourtant, l'offensive débute, sans que personne ne s'y attende. Les premiers jours se déroulent dans une étrange suspension, se souvient-il. Puis, soudain, "les tirs ont jailli de partout. Une véritable guerre a commencé".

D'abord stationné près de Kiev, Evgueny Korobov est affecté dans le Donbass, sur la ligne de front où il passe près de trois mois. Il désertera définitivement les tranchées en janvier 2023. Son témoignage, à visage découvert, est rare. Car même à l’étranger, les déserteurs russes sont activement recherchés par le Kremlin dans le cadre de procédures de répression transnationale. Il encourt jusqu’à quinze ans de prison pour désertion et vit depuis trois ans caché au Kazakhstan, pays voisin de la Russie.

Népotisme et impréparation

Au sein de la 15e brigade de fusiliers motorisés, ce trentenaire originaire de Krasnoïarsk commandait des dizaines d’hommes, au sein de cette unité pourtant créée pour participer à des missions de maintien de la paix sous l’égide des Nations unies. Fils d’une postière, élevé sans véritable figure paternelle, Evgueny Korobov avait embrassé la carrière militaire par conviction. "J’ai toujours voulu défendre ma patrie. Mais pourquoi devrais-je attaquer les Ukrainiens ? Cette guerre est absurde".

Passé par la Syrie en 2020, au sein de la coalition internationale antiterroriste à laquelle la Russie participait aux côtés des Américains, il dit avoir découvert en Ukraine l’envers du décor. "Beaucoup surestiment la capacité de combat de l’armée russe. Chez nous, l’incompétence est totale, à cause du népotisme et du copinage à tous les niveaux dans le pays." Pendant les premiers jours de l’offensive, certains chefs utilisaient Google Maps pour se repérer. "C’est dire le degré d’impréparation !" en rigole-t-il encore.

Les papiers militaires et décorations d'Evgueny Korobov, déserteur de l'armée russe. A Astana, le 15 février 2026.
Les papiers militaires et décorations d'Evgueny Korobov, déserteur de l'armée russe. A Astana, le 15 février 2026.

Dans les rangs, il voit affluer des volontaires sans formation. "Les premiers que j’ai vus étaient des hommes brisés, souvent des divorcés, qui allaient tout droit vers la mort. Une forme de suicide par procuration." Il marque une pause. "On dira que ce sont des monstres. Selon moi, le monde est plus compliqué que ça. Ils ont commis une erreur, certes, mais s’ils n’ont pas participé à des atrocités, ils méritent le pardon."

L’idée de déserter s’impose rapidement. Car en Russie, rompre son contrat est impossible avant son terme. Il lui reste deux ans à servir. Alors il commet un geste désespéré : il se tire une balle dans la jambe ainsi qu'à certains de ses hommes "pour les sauver de cet enfer".

Évacué vers un hôpital militaire en Russie, il guérit après une longue rééducation de six mois, au terme de laquelle il doit être renvoyé au front. Il tente alors de corrompre des médecins pour obtenir un certificat d’inaptitude, en vain. "Je suis même allé chez un ophtalmologue dans une clinique privée pour altérer ma vue au laser. Ils m'ont jeté dehors en me traitant d'imbécile !", raconte Evgueny.

Héros national à la télévision

Pendant son court séjour à l'arrière du front, la Russie lui semble inchangée. "Ceux qui soutiennent la guerre sont ceux qui ne la font pas. La propagande fonctionne, surtout auprès de ceux qui ne se battent pas".

Il a lui-même fait partie de cette opération de propagande : en décembre 2022, il est la vedette de l’émission "Makhalov", talk-show grand public diffusé sur la chaîne contrôlée par le Kremlin Russia-1, qui glorifie les soldats revenus du front. "C’était largement enjolivé, et préparé bien à l’avance par le commandement militaire", se souvient-il, alors décoré d'une médaille du "Courage" "grâce à un colonel dont j'ai sauvé la vie et qui, en guise de remerciement, a inventé tout un récit héroïque".

Evgueny Korobov participant à l'émission de télévision russe
Evgueny Korobov participant à l'émission de télévision russe "Makhalov" aux côté de sa mère, le 1er décembre 2022, à son retour du front.

Souffrant de troubles post-traumatiques - spasmes, accès d’agressivité - il parvient finalement à rejoindre la Biélorussie, puis le Kazakhstan, grâce à l'aide d'Iditié Lessom, organisation basée en Géorgie qui aide les soldats russes à fuir.

50 000 déserteurs russes

Plus de 50 000 soldats russes ont déserté depuis 2022, soit près de 10 % de l'ensemble des troupes russes en Ukraine, selon les estimations de l'ONU en 2025. "Bien que ce niveau ne soit pas encore critique pour l'armée russe, l'augmentation rapide de cette tendance révèle un problème grave que Moscou est incapable de résoudre, même par des mesures punitives sévères, y compris les exécutions extrajudiciaires", notait l'an dernier l'organisation ukrainienne FrontIntelligence Insight, spécialisée dans le décompte des déserteurs russes.

La vie de déserteur est "une vie où il faut tout le temps faire attention", dit Evgueny. "Je parle peu à mes parents. Nous avons convenu qu’ils devront me traiter de traître à la patrie si la police venait les interroger sur mon sort."

Aujourd'hui, il vit au Kazakhstan dans une quasi-clandestinité, comme une vingtaine d’autres déserteurs russes réfugiés à Astana. Il est dans une impasse administrative. Son passeport est périmé depuis 2024, sa demande d’asile a été rejetée. Or, le pays d'Asie centrale, resté proche de Moscou, est lié à son voisin par des accords d’extradition qui obligent les autorités kazakhes à remettre les citoyens visés par un mandat d’arrêt.

Evgueny Korobov peut être extradé à tout moment. Pour ces objecteurs de conscience, la pression s’accentue depuis le début de cette année : l’un d’eux, Semyon Bajoukov, a été arrêté sur le sol kazakh par la police d'une base militaire russe au Kazakhstan - le troisième cas recensé depuis 2023. Un autre originaire de Tchétchénie, Zelimkhan Mourtazov, est actuellement retenu à l’aéroport d’Astana après avoir tenté de rejoindre la Turquie.

"Les déserteurs russes sont en danger ici", selon son avocat, Artur Alkhastov, qui se bat pour le faire partir vers l’Europe, notamment vers la France. "A ce stade, tout espoir repose sur Paris, qui demeure l'un des seuls pays où les Droits de l'homme jouent un rôle significatif", assure Artur Alkhastov.

En 2024, six déserteurs, venus eux aussi du Kazakhstan, ont été accueillis sur le sol français - le seul pays de l'UE qui accueille officiellement des déserteurs russes. "Certains que j’ai hébergés chez moi à Astana, à l'époque, sont aujourd’hui là-bas !", glisse Korobov, une pointe d’envie dans la voix. À la fenêtre de son appartement donnant sur les barres d’immeubles de la ville, il jette un regard sur l’horizon figé. Il a déserté la guerre, mais reste prisonnier de son ombre.

© Emma Collet

Evgueny Korobov, déserteur de l'armée russe, à Astana, le 15 février 2026.

La Hongrie bloque le prêt européen à l’Ukraine tant que l’oléoduc Droujba reste fermé

22 février 2026 à 16:18

Budapest bloquera le prêt européen de 90 milliards d'euros à l'Ukraine tant que les livraisons de pétrole russe à la Hongrie via l'oléoduc Droujba ne seront pas rétablies, a déclaré vendredi le ministre hongrois des Affaires étrangères. La Hongrie et la Slovaquie sont les seuls pays membres de l'Union européenne encore approvisionnés en pétrole russe via cet oléoduc qui traverse l'Ukraine. Mais les livraisons ont été interrompues le 27 janvier dernier après une attaque de drone russe contre le pipeline, selon Kiev.

Budapest et Bratislava, alliés de Moscou, accusent depuis lors l'Ukraine de retarder la reprise des livraisons pour des raisons politiques. "En bloquant le transit de pétrole vers la Hongrie via l'oléoduc Droujba, l'Ukraine viole l'accord d'association UE-Ukraine et rompt ses engagements envers l'Union européenne. Nous ne céderons pas à ce chantage", a déclaré le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, sur la plateforme X.

Les dirigeants de l'Union européenne (UE) sont convenus en décembre d'emprunter sur les marchés pour effectuer un prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine afin de financer son effort de guerre face à la Russie au cours des deux prochaines années. La Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque avaient alors accepté de ne pas bloquer la démarche de l'UE à condition de ne pas avoir à subir de quelconques répercussions financières.

© REUTERS

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban pourrait perdre le pouvoir lors des élections d'avril 2026.

Un multimilliardaire en mission : Charles Kushner, l'étonnant ambassadeur de Donald Trump à Paris

22 février 2026 à 15:58

L’ambassadeur des Etats-Unis, Charles Kushner, se couche à 21 heures et se lève à 5 heures. Dès son réveil, entouré par ses officiers de sécurité, il quitte l’hôtel de Pontalba, la résidence officielle, marche jusqu’à l’hôtel Crillon, place de la Concorde, où il enchaîne les longueurs dans la piscine à la mosaïque couleur céladon - routine matinale immuable. Musculature drue, cheveux neige, le multimilliardaire septuagénaire paraît dessiné au couteau, comme taillé dans un arbre sec, tonicité dont son compte Instagram laisse penser qu’il n’est pas peu fier. Le 7 septembre, le nouvel émissaire de Donald Trump à Paris s’est ainsi laissé filmer dans un concours de planche contre des Marines bodybuildés et, quelle surprise, c’est lui, le plus âgé de la bande qui remporta l’épreuve en tenant 7,59 minutes sur les avant-bras.

Sa discipline sportive gouverne d’ailleurs son agenda, et partant celui de la représentation des Etats-Unis en France. Jamais de dîner officiel, déjeuners frugaux, à l’exception de furtifs passages au Cercle Interallié, comités toujours restreints. Certaines réunions sont présidées avec sa femme, l’élégante Seryl, qui comme lui, ne parle ni ne comprend le Français. Cordial, affable, le lointain successeur de Benjamin Franklin s’exprime avec simplicité, et comme son patron Trump, honnit les rendez-vous longs, assuré de pouvoir tout régler en dix minutes au téléphone. Son pragmatisme interroge. Et sa maladresse - très - volontaire, comme lorsqu'il somme via son compte X les autorités françaises de poursuivre les coupables du meurtre de Quentin Deranque. Une immixtion dans la politique intérieure si malvenue qu'elle lui vaut illico une convocation au quai d'Orsay. A l’aube d’une élection présidentielle française sous haute tension, qu’est venu faire dans la capitale européenne l’émissaire du chef de file des Maga ?

Le "fantôme" de l'avenue Gabriel

Il semble que son premier chantier soit de cesser de claquer de l’argent dans des événements mondains. Depuis juillet dernier, date de son installation, l’ambassade s’est retranchée. Finis les soirées, cocktails et autres garden-parties dont l’auguste bâtiment régalait la Ville lumière. Le palais aux 600 employés s’est mué en ruche besogneuse où l’on s’affaire, oublieux de toute velléité représentative. L’ascèse a d’ailleurs plongé la communauté expatriée – 100 000 citoyens – dans la perplexité, celle-ci s’alarmant de ne plus recevoir de cartons d’invitation, et s’étonnant, abasourdis, de ne jamais avoir rencontré leur musclé ambassadeur, les plus anciens s’étranglant qu’il n’ait en neuf mois visité qu’un seul des 11 cimetières américains en France (celui de Suresnes, le plus proche de Paris). "Kushner, c’est le fantôme de l’avenue Gabriel", pique le correspondant d’une chaîne de télévision américaine, exigeant l’anonymat.

Gracié par Donald Trump

Magnat de l’immobilier, à la tête d’une fortune estimée en 2024 à 7 milliards de dollars, l’homme d’affaires n’a en réalité rien d’un fantôme, et tout du soldat. Du soldat reconnaissant, tant il doit à Donald Trump. Un mois avant la fin de sa première présidence, en décembre 2020, celui-ci l’a gracié après qu’il fut, en 2005, condamné à deux ans de prison pour fraude fiscale et subornation de témoins. Il avait reconnu avoir engagé une prostituée pour séduire son beau-frère, qui collaborait à une enquête fédérale sur des financements de campagne.

Après quatorze mois derrière les barreaux, le voici blanchi in extremis par le président, dont la fille, Ivanka Trump, a épousé, en 2009, son fils, Jared. Aujourd’hui, les deux hommes ont en commun trois petits-enfants. Ça pèse. Cinq ans après la grâce, le repris de justice et père du gendre de Donald Trump se voit en mai dernier récompensé d’un poste à Paris. Etait-ce son souhait ? Ou plutôt une dette à rendre ? Lors de son audition devant le Sénat américain, il n’a pas donné d’indication sur sa vision, s’enorgueillissant de tout ignorer de la diplomatie. Compte tenu de l’importance du poste, il eut toutefois le droit de se choisir un collaborateur, les équipes en place demeurant inchangées. Il élit Gabriel Sheinmann, 38 ans, débauché du think tank conservateur Alexander Hamilton Society promouvant "le leadership américain". La recrue lui fut conseillée par son fils, Jared, qui emploie une parente de Gabriel Sheinmann. Parfaitement francophone, père de deux jeunes enfants scolarisés, le nouveau "chief of staff" a depuis lors séduit tous ses interlocuteurs français, vantant sa quantité de travail, à tel point que Nicolas Sarkozy, convié à déjeuner à la résidence, n’eut en sortant que des compliments à l’endroit de ce n° 2.

Au Quai d’Orsay, on chuchote n’avoir affaire qu’à lui, et s’en féliciter, le trentenaire se révélant plus souple que son patron. Tandis que Sheinmann fait le job, Kushner met lui en scène son projet politique univoque. Dès son arrivée, il fait poser des mézouzas, objets cultuels juifs, aux chambranles des portes de la résidence, et lance un chantier de réfection des cuisines afin de servir une alimentation répondant aux exigences de la cacherout. Observant le shabbat avec scrupule, il se déplace à pied le samedi, coupe l’électricité et refuse ce jour de "toucher un micro" - son cabinet doit aménager ses rendez-vous en tenant compte de son recueillement. Dans la foulée, son premier déplacement, le 11 juillet, le conduit au mémorial de la Shoah, le 22 juillet, premier entretien bilatéral avec Joshua Zarka, ambassadeur d’Israël en France, puis, le 30 juillet, visite de la Grande synagogue de Paris. Fin août, sa lettre incendiaire reprochant à Emmanuel Macron de ne pas lutter suffisamment contre l’antisémitisme parachève la démonstration, d’autant qu’il néglige sa convocation au ministère des Affaires étrangères, y dépêchant son n° 3, tandis qu’il publie sur ses réseaux une vidéo de lui baguenaudant dans les rues de Saint-Rémy-de-Provence. Un camouflet inédit que ses services tentent d’adoucir, arguant qu’il ne se serait pas rendu compte, qu’il n’aurait pas pris la mesure, que personne de son cabinet n’osa insister et ajoutant qu’il respecterait le protocole. A voir.

Début décembre, le diplomate, qui déteste les mondanités a lui-même organisé dans ses salons la projection du documentaire, L’Ombre du commandant, (la rencontre entre une rescapée de l’Holocauste et un dirigeant d’Auschwitz), y conviant une centaine d’invités, tout comme il a, autre exception, organisé un débat autour du cinquième anniversaire des accords d’Abraham, en présence de son fils Jared qu’il interrogea en portant au micro les questions du public. "Il est venu avec l’idée de n’agir que contre l’antisémitisme", observe Simone Rozan Benzaquen, la présidente de l’American Jewish Committee en Europe. Un combat que son entourage explique en renvoyant vers sa biographie de petit-fils d’une famille juive exterminée pendant la Shoah, explication à laquelle le rabbin Tom Cohen, à la tête de la libérale synagogue franco-américaine de Paris, ajoute un élément. Selon lui, la communauté juive du New Jersey, à laquelle appartiennent les Kushner, considère depuis toujours la France comme un pays viscéralement antisémite.

Cuisine casher pour tous

En étant nommé à Paris, Charles Kushner se serait vu appelé en mission. Une vision nourrie par le courant religieux dont il se réclame et qu’il soutient financièrement. Conservateur orthodoxe, il se réclame en effet du mouvement Chabad Loubavitch, courant prosélyte très lié à Israël. L’affiliation expliquerait pourquoi il n’a jamais jugé utile de prendre contact avec la synagogue franco-américaine, s’empêchant ainsi de faire la connaissance d’un rabbin s’exprimant en anglais. A y regarder de près, il semble que l’ambassadeur américain combatte l’antisémitisme tout seul, n’ayant reçu aucune figure de la communauté juive - jusqu’à la semaine dernière, il n’avait même pas invité Yonathan Arfi, le président du Crif. Il se méfierait de ces personnalités, auxquelles il reproche de ne s’être pas élevés contre la reconnaissance de l’Etat de Palestine par la France, publiant d’ailleurs, le 26 septembre, sur ses réseaux sociaux un sondage – anonyme - clamant que "78 % des Français" seraient opposés à la reconnaissance d’un Etat de Palestine sans conditions.

En réalité, son emploi du temps révèle qu’il ne veut échanger qu’avec ceux qui, comme lui, considèrent que "la solution à deux Etats est une illusion", comme il l’a rappelé chez Darius Rochebin sur LCI, son unique intervention dans un média français à ce jour. Si BFM TV pourrait obtenir une entrevue, c’est parce que son propriétaire, l’armateur Rodolphe Saadé et son épouse, ayant promis d’investir 20 milliards dans l’industrie maritime américaine, s’en firent les porte-parole au cours de déjeuners à la résidence.

Des politiques priés de se déplacer

Après avoir été absent de Paris plusieurs semaines cet automne, voulant faire la connaissance de son 15e petit-enfant né aux Etats-Unis, il a dès son retour reçu plusieurs politiques français. Quand il n’a pas le choix, il se déplace, comme pour rencontrer Gérard Larcher, le président du Sénat. Pour les autres, il préfère les faire venir, nonobstant les usages. Ainsi ce n’est pas au Sénat qu’il rencontre Bruno Retailleau, ex-ministre et toujours sénateur, ni à la mairie du Havre qu’il découvre l’ancien Premier ministre Edouard Philippe, mais dans ses bureaux de la Résidence. Tout comme Marine Le Pen et Jordan Bardella, reçus pendant une heure, entrevue laissant le couple à la tête du RN pantois, leur hôte ignorant tout de leur calendrier judiciaire et ne cherchant pas à l’appréhender.

Marine Le Pen et Jordan Bardella ont été reçus par Charles Kushner le 12 décembre 2025.
Marine Le Pen et Jordan Bardella ont été reçus par Charles Kushner le 12 décembre 2025.

Charles Kushner s’est récemment enquis de savoir s’il y aurait un élu LFI "fréquentable", et faute de réponse probante à ses yeux, n’a pas donné suite. En revanche, les patrons eux défilent en rangs serrés. Mc Donald, Le Duff, Sanofi, Thales, Sodexo, TotalEnergies, tous eurent droit à leur entretien, afin de fournir la cohorte de 40 chefs d’entreprise qu’il souhaite convoyer en mai 2026 au sommet "Select USA" dans le Maryland. Une grand-messe pro business, qui tient à cœur à l’homme d’affaires, veillant dans le même temps à rassembler des mécènes aux poches pleines pour financer la commémoration le 4 juillet du 250e anniversaire de l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique, "250 America", raout mondial dont il prépare la déclinaison parisienne et à laquelle il a déjà convié Bernard Arnault, le PDG de LVMH, et son épouse.

Dans les couloirs de l’Elysée, on sourit que plusieurs grands patrons américains de passage s’indignent – à voix basse - des pressions appuyées de Kushner pour qu’ils mettent au pot. Son entourage décrit en outre son atavique tropisme immobilier. Il a fait le tour des quatre immeubles, propriétés de son pays à Paris, demandé des plans, noté leur faible taux d’occupation, le roi du "real estate" n’aime pas que l’argent dorme. En octobre, le Stade de France accueillera pour la première fois l’équipe de football américain, les Saints de la Nouvelle-Orléans, une rencontre de saison régulière de la National Football League (NFL), dont il s’est occupé en passant des centaines d’appels pour l’organiser. Se frottant les mains, il jure triomphal que les billets se vendront en quelques minutes. Et à ses yeux, c’est une sacrée victoire pour un ambassadeur.

© Philippe Labrosse/PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

L'ambassadeur des Etats-Unis en France, Charles Kushner, à l'ambassade américaine, le 23 juillet 2025.

Tentative d’intrusion armée à Mar-a-Lago dans la résidence de Donald Trump : un homme abattu

22 février 2026 à 15:53

Un homme d'une vingtaine d'années a été abattu après avoir tenté de pénétrer illégalement dans le périmètre sécurisé du complexe Mar-a-Lago, à West Palm Beach, en Floride, du président américain Donald Trump, a déclaré dimanche les services secrets. Le président américain se trouve actuellement à Washington. "Un homme armé a été abattu (...) après avoir pénétré illégalement dans le périmètre sécurisé de Mar-a-Lago tôt ce matin", a annoncé Anthony Guglielmi, le porte-parole du Secret Service sur X. L'homme transportait ce qui semblait être un fusil et un bidon d'essence, a déclaré le Secret Service, ajoutant qu'il avait été aperçu à l'entrée nord du complexe vers 01h30 du matin (06h30 GMT).

Cet événement intervient alors que les Etats-Unis sont traversés par des épisodes de violence politique. En 2024, Donald Trump a échappé à deux tentatives d'assassinat, dont une sur le parcours de golf du président américain à West Palm Beach. La représentante démocrate du Minnesota, Melissa Hortman, a été assassinée en juin 2025 en compagnie de son mari. Quelques mois après, le militant conservateur Charlie Kirk était à son tour assassiné.

© REUTERS

The presidential limousine is parked outside on the day of the wedding of Dan Scavino, White House deputy chief of staff, and Erin Elmore, the director of Art in Embassies at the U.S. Department of State, at Mar-a-Lago in Palm Beach, Florida, U.S., February 1, 2026. REUTERS/Nathan Howard

Mort de Quentin Deranque : la France convoque l'ambassadeur américain Charles Kushner

22 février 2026 à 15:44

La France va convoquer l'ambassadeur américain Charles Kushner à la suite des publications de ce dernier concernant le militant identitaire Quentin Deranque, a déclaré dimanche le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui critique toute ingérence étrangère dans cette affaire. "Oui, nous allons convoquer l'ambassadeur des Etats-Unis en France, puisque l'ambassade des Etats-Unis en France a fait un commentaire sur ce drame (...) qui concerne la communauté nationale", a déclaré le chef de la diplomatie française dans l'émission "Questions Politiques" sur Franceinfo, France Inter et Le Monde. "Nous refusons toute instrumentalisation de ce drame qui endeuille une famille française", a-t-il ajouté. "Nous n'avons aucune leçon, s'agissant de la violence en particulier, à recevoir de l'internationale réactionnaire", a-t-il poursuivi.

Des milliers de personnes ont défilé samedi à Lyon pour rendre hommage à ce militant identitaire, mort après avoir été frappé le 12 février par des militants antifascistes. Le rassemblement, qui s'est tenu sous forte présence policière, a été émaillé de quelques légers accrochages avec des riverains. Des chants comme "On est chez nous !" ont été par ailleurs entonnés par des manifestants.

Le Quai d'Orsay dénonce des ingérences

La préfecture du Rhône a annoncé avoir saisi la justice au sujet des saluts nazis et des insultes proférées. "Je condamne évidemment les signes et saluts nazis qui ont été observés hier lors de la manifestation et la préfecture du Rhône a eu raison de saisir la justice à leur sujet", a déclaré Jean-Noël Barrot.

L'ambassade des Etats-Unis en France et le Bureau de lutte contre le terrorisme du département d'Etat américain ont dit suivre de près l'"affaire Quentin". Sur le réseau social X, l'ambassade des Etats-Unis en France a écrit : "Les informations, corroborées par le ministre français de l'Intérieur, selon lesquelles Quentin Deranque aurait été tué par des militants d'extrême gauche, devraient tous nous préoccuper." "L'extrémisme violent de gauche est en hausse et son rôle dans la mort de Quentin Deranque démontre la menace qu'il représente pour la sécurité publique", peut-on également lire.

Jean-Noël Barrot a par ailleurs dit qu'il évoquerait les sanctions américaines visant Thierry Breton, ancien commissaire européen, et Nicolas Guillou, membre de la Cour pénale internationale (CPI). "Les sanctions dont il fait l'objet sont une atteinte à l'indépendance de la justice internationale", a déclaré Jean-Noël Barrot. "Et s'agissant de Thierry Breton, les sanctions dont il fait l'objet, sont une atteinte à l'autonomie décisionnelle de l'Union européenne", a-t-il déclaré.

Le journal La Tribune a rapporté samedi soir que le président Emmanuel Macron avait écrit à son homologue américain Donald Trump pour lui demander de lever les sanctions à la rencontre des deux Français.

© afp.com/Ludovic MARIN

Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, à la sortie de l'Élysée, le 18 novembre 2025 à Paris

En Russie, les soldats contraints de payer jusqu'à 35 000 euros pour échapper au front ukrainien

22 février 2026 à 12:44

C'est un cas de corruption de plus mis au jour au sein de l'armée russe. Pour échapper aux lignes de front les plus meurtrières, certains soldats doivent débourser des sommes colossales, de l'ordre de 10 000 à 35 000 euros. Une pratique qui serait systémique, à en croire le témoignage de plusieurs militaires cités par le Telegraph. Dans une vidéo diffusée par le journal britannique, un soldat russe révèle l’existence d’un système de corruption au sein de l’armée, impliquant non seulement une extorsion généralisée mais aussi un trafic illégal d’armes.

Extorsion financière systémique

La technique d'extorsion serait la suivante : faire pression sur les soldats en les menaçant d'être envoyés sur les lignes de front les plus meurtrières s'ils refusent de payer les sommes exigées. "Plus de la moitié de notre unité a été réinitialisée - comprendre "envoyée à la mort" - par les commandants", explique le soldat russe Denis Kolesnikov, qui apparaît sur la vidéo. "Tout le monde doit payer les commandants. Si quelqu’un ne paie pas, il est considéré comme inutile, envoyé au front et réinitialisé. J’ai personnellement vu plusieurs personnes être tuées", ajoute-t-il.

Si cet argent est censé permettre de remplacer du matériel "disparu", la réalité serait tout autre : les commandants empocheraient fréquemment une partie du salaire destiné au soi-disant "soutien de l’unité".

Le Centre ukrainien pour la sécurité et la coopération (USCC), qui a vérifié la vidéo, indique d'ailleurs que ces abus sont répandus et systémiques dans l’armée russe, principalement parmi les unités de première ligne.

Trafic illégal d'armes

Des cas fréquents de commandants volant du matériel — notamment des drones et des équipements électroniques — ont également été signalés, les soldats étant contraints d’acheter eux-mêmes ces équipements.

Selon l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), groupe de réflexion basé aux Etats-Unis, des commandants russes auraient aussi délibérément refusé d’envoyer des blessés à l’hôpital s’ils ne payaient pas, ou auraient refusé de délivrer les documents nécessaires pour obtenir des prestations d’ancien combattant.

L’ISW révèle par ailleurs que des commandants auraient envoyé des soldats russes commettre des attentats-suicides en Ukraine après leur refus de verser un pot-de-vin ou la tentative de certains de dénoncer la corruption dans leurs unités.

Dans la vidéo, Kolesnikov affirme que les soldats ne se contentent pas d'un seul paiement : lorsque celui-ci est considéré "caduc", ils sont contraints de verser davantage d’argent, pour rester loin du front. Le soldat russe affirme pour sa part avoir été envoyé à Rostov - en première ligne donc -, faute d'avoir payé les plus de 30 000 euros qui lui avaient été demandés pour y échapper. Il a ensuite réussi à fuir et n'a bien entendu pas communiqué sa position actuelle.

Au moins cinq cas identifiés

Et il est loin d'être le seul. Le Telegraph a réussi à identifier au moins quatre autres cas de soldats russes victimes d’extorsion de la part de leurs commandants. L'un d’eux, Andreï Perevozchikov, a directement interpellé Vladimir Poutine dans une vidéo partagée en ligne, où il dénonce un trafic d'armes. Selon lui, certains commandants vendraient des drones, des caméras thermiques, des équipements de vision nocturne et de l’aide humanitaire destinés aux troupes, forçant les opérateurs de drones à dépenser tout ou partie de leur salaire en équipement.

Le père du soldat russe Valery Beloglazov, d'une autre unité militaire, a également lancé un appel à destination de Vladimir Poutine dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. Cet homme est sans nouvelles de son fils, porté disparu après avoir donné son salaire à son unité. Il aurait versé l'équivalent de 9 000 euros pour "contribuer à l'achat de drones et d’autres fournitures".

Un autre soldat, Igor Korshunov, grièvement blessé au combat, aurait quant à lui reçu l’ordre de payer environ 20 000 euros pour confirmer un transfert loin des lignes de front, alors que ce transfert lui avait été préalablement accordé - sans condition - par le commandant en question.

Enfin, Armen Ovesepyan, également soldat au sein de l'armée russe, affirme avoir été contraint de donner la moitié de son salaire mensuel aux officiers pour être dispensé de missions de combat. En contrepartie, ce dernier aurait été affecté à une tour d’observation, et continuerait de percevoir le même salaire que les soldats en première ligne. "Les soldats russes ont tout simplement peur de leur commandement, qui les enverra à la mort", conclut la directrice adjointe de l'USCC, Olesia Horiaïnova.

© REUTERS

Un soldat russe s'entraîne au tir sur un drone lors d'un stage intensif de formation au combat sur un champ de tir de la région de Rostov, en Russie, le 19 janvier 2026.

Guerre en Ukraine : ces pertes colossales de l'armée russe qui interrogent

22 février 2026 à 07:45

Bientôt quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, le pouvoir russe n’en finit plus de serrer la vis. Le 18 février, la Douma d’Etat, la chambre basse du Parlement russe, a adopté en première lecture un projet de loi visant à renforcer les mesures préventives contre la "distorsion de la vérité historique" et "le manquement au devoir de défendre la patrie". L’objectif, selon le vice-président du comité sur la sécurité Anatoly Vyborny : "sensibiliser l'opinion publique afin que toute tentative de se soustraire à la défense de la patrie soit perçue comme socialement inacceptable", retrace le média d’Etat RIA Novosti. Et de facto, faciliter toujours plus le musellement de toute voix discordante quant au bien-fondé de la guerre. Il faut dire que sur le front, la tendance de ce début d’année n’est pas réjouissante pour Moscou.

Au cours des deux derniers mois, les pertes militaires russes (morts, blessés, disparus) auraient dépassé le nombre de nouvelles recrues, selon des déclarations du ministre britannique de la Défense John Healey à l'agence Bloomberg le 15 février, confirmant de précédentes informations ukrainiennes en ce sens. Rien qu’en décembre, celles-ci auraient atteint les 35 000 hommes, et 30 000 en janvier. Une stratégie d’usure de l’ennemi dont l’Ukraine a fait l’un de ses objectifs prioritaires. Au moment de sa prise de fonction en janvier, le nouveau ministre de la Défense, Mykhailo Fedorov, avait ainsi annoncé vouloir porter les pertes russes à 50 000 par mois d’ici à l’été prochain.

17 fois plus de morts qu’en Afghanistan

Après quatre ans de guerre, les forces russes ont d’ores et déjà payé un très lourd tribut. Dans une étude publiée fin janvier, le Center for Strategic and International Studies (CSIS), un think tank de référence à Washington, a estimé les pertes russes totales à plus de 1,2 million depuis le début de l’invasion. Cela comprendrait entre 275 000 et 325 000 morts sur le champ de bataille, soit 17 fois plus que les 15 000 soldats soviétiques tués lors de la décennie de guerre en Afghanistan (1979-1989) qui avait précipité la chute de l’URSS. "C’est absolument inédit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, abonde le général Nicolas Richoux, ancien commandant de la 7e brigade blindée. Sur le plan militaire, les offensives de Poutine sont un échec cuisant."

Et tout ça pour quoi ? Quatre années après le lancement de son "opération militaire spéciale", la Russie n’a mis la main que sur environ 12 % du territoire ukrainien - auxquels s’ajoutent les 8 % pris en 2014 lors de l'annexion de la Crimée et la conquête d’une partie du Donbass. Sur la seule année 2025, l’armée russe n’a mis la main que sur 4 800 kilomètres carrés de territoire ukrainien, soit un peu moins que le département de l’Ariège, au prix de 415 000 pertes. Les parallèles historiques ne jouent guère en faveur du Kremlin. Le 13 janvier dernier, le conflit en Ukraine a officiellement dépassé la durée de 1 418 jours de la "Grande Guerre patriotique", le chapitre soviétique de la Seconde Guerre mondiale, qui avait commencé le 22 juin 1941 au lancement de l’opération Barbarossa et pris fin avec la capitulation allemande, signée à Berlin, le 9 juin 1945 (heure de Moscou).

"Les Russes ne sont pas en train de gagner, comme certains le pensent, a résumé le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, mi-février, en marge de la Conférence de Munich sur la sécurité. Ce que nous voyons en Ukraine, c'est essentiellement la vitesse laborieuse d'un escargot de jardin." Difficile de lui donner tort. Avec une progression moyenne de 70 mètres par jour durant l’offensive de Pokrovsk entre 2024 et 2026, les troupes russes ont avancé plus lentement que les forces alliées lors de la bataille de la Somme de 1916, pendant la Première Guerre mondiale (80 mètres/jour), relève le CSIS. Sur les fronts de Tchassiv Iar et de Koupiansk, les offensives russes ont même été encore moins performantes : respectivement 15 et 23 mètres par jour.

Pendant ce temps, le nombre de victimes continue de croître. Au regard de l’avancée russe sur le front ces derniers mois, l’Institute for the Study of War (ISW), estime dans une récente note que chaque kilomètre carré pris en décembre a coûté 76 pertes à la Russie en décembre, et 87 en janvier. Et les dégâts sur l’armée russe ne sont pas que quantitatifs. "La qualité de l'encadrement, qui n’était déjà pas très bonne avant le début du conflit, s'est encore dégradée, glisse une source militaire. Beaucoup d’officiers et de sous-officiers expérimentés sont morts et ne peuvent pas être remplacés à brève échéance, car la formation nécessite du temps." De quoi sérieusement nuancer le narratif du Kremlin autour d’une victoire inévitable. "Le grand objectif de guerre de Poutine reste de soumettre l’Ukraine, mais la réalité est que la Russie n’a ni les capacités matérielles, ni humaines, de faire plus, ou mieux, que ce qu’elle fait à l’heure actuelle", note Mathieu Boulègue, chercheur associé à la Chatham House, un think tank londonien.

Combattants étrangers

Le risque de mourir au combat n’est toutefois pas le même pour tous. Selon une analyse menée par le journal indépendant russe The Bell à partir des données de 170 000 victimes identifiées de la guerre, les habitants de régions pauvres et reculées comme la Bouriatie ou la Tchoukotka ont 25 fois plus de risques de périr sur le front que ceux de métropoles urbaines comme Moscou ou Saint-Pétersbourg. En cause : la proportion plus élevée de combattants issus de ces régions défavorisées dans les rangs, attirés par les soldes mirobolantes promises lors de l'engagement.

Pour tenter de combler les trous, Moscou s’est en parallèle tourné vers le recrutement de combattants étrangers. Dans Bloomberg, le ministre britannique de la Défense, John Healey, a évoqué la présence de soldats indiens, pakistanais, népalais ou même cubains, en plus des 17 000 Nord-Coréens envoyés se battre. Quelques mois plus tôt, en novembre, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, avait aussi indiqué qu’au moins 1436 ressortissants de 36 pays d’Afrique se battaient aux côtés des Russes. De quoi compenser les pertes ? "Absolument pas, tranche Mathieu Boulègue, de la Chatham House. Ce sont de petits incréments qui peuvent servir de renfort par endroits, mais les effectifs sont loin d’être suffisants pour réellement changer la donne."

En attendant, certains pays ont commencé à s’émouvoir de cette utilisation de leurs ressortissants comme de la "chair à canon". La jugeant "inacceptable", Nairobi a annoncé le 10 février une visite de son ministre des Affaires étrangères à Moscou le mois prochain pour discuter de la question. Une enquête des services de renseignements présentée une semaine plus tard devant le Parlement kényan a estimé le nombre de personnes recrutées dans le pays à "plus de 1 000"…

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Des militaires russes tirent une salve d'honneur lors des funérailles de Vladimir Pozdnyakov, sergent-chef des forces armées russes tué au cours du conflit russo-ukrainien, dans le village d'Orzhitsy, région de Leningrad, en Russie, le 18 février 2026

Donald Trump porte de 10 à 15 % sa surtaxe mondiale après le revers de la Cour suprême

21 février 2026 à 17:57

Donald Trump a annoncé samedi sur son réseau Truth Social l'augmentation de sa nouvelle surtaxe mondiale de 10 % à 15 %, après que la Cour suprême des Etats-Unis a annulé la veille les droits de douane dits "réciproques" qu'il avait imposés en 2025, dont une partie a été jugée illégale.

"Sur la base d’un examen approfondi, détaillé et complet de la décision ridicule, mal rédigée et extrêmement anti-américaine sur les droits de douane rendue hier, après de nombreux mois de réflexion, par la Cour suprême des États-Unis, veuillez considérer cette déclaration comme l’expression de ma volonté, en tant que président des États-Unis d’Amérique, d’augmenter immédiatement les droits de douane mondiaux de 10 % sur les pays, dont beaucoup ont “exploité” les États-Unis pendant des décennies, sans représailles (jusqu’à mon arrivée !), au niveau pleinement autorisé et légalement testé de 15 %", a-t-il écrit sur son réseau social.

La veille, furieux de la décision de la plus haute juridiction américaine, Donald Trump avait ordonné une surtaxe mondiale de 10 % sur tous les produits importés, supposée entrer en vigueur le 24 février pour une durée de 150 jours, avec quelques exemptions sectorielles.

La loi l'autorise à imposer des droits de douane pouvant aller jusqu'à 15 % sur une période de 150 jours, même si cette décision peut faire l'objet de contestations judiciaires.

© REUTERS

Le président américain Donald Trump à Mar-a-Lago, à Palm Beach (Floride), le 1er février 2026.

Danemark : renforcée face à Donald Trump, Mette Frederiksen veut capitaliser dans les urnes

21 février 2026 à 17:40

L'heure est-elle aux élections anticipées au Danemark ? Sortie renforcée politiquement de son bras de fer avec Donald Trump, au sujet de l'île danoise du Groenland, la Première ministre Mette Frederiksen veut tout faire pour capitaliser sur cet élan. Au point, selon le média Bloomberg, d'avancer les élections prévues initialement le 31 octobre prochain, au moment qu'elle jugerait le plus opportun.

Avant le regain de tensions avec les Etats-Unis, en janvier dernier, la sociale-démocrate se trouvait pourtant fragilisée sur le plan national. La hausse du coût de la vie, ainsi que la suppression d'un jour férié ont en effet suscité un vif mécontentement de la part de l'opinion publique danoise. Symptôme du recul des sociaux-démocrates, le parti avait subi un revers l'année dernière lors des municipales, allant jusqu'à perdre son bastion historique : la capitale, Copenhague. Une première en un siècle.

Mais les tensions internationales semblent avoir dévié l'attention, et fait émerger Mette Frederiksen, 48 ans, comme la leader qui tient tête à une puissance américaine imprévisible, avec le soutien de l'Europe. Depuis, les sociaux-démocrates danois ont progressé dans les sondages, passant de 18 % en décembre à 23 % en janvier.

"La question du Groenland n'étant toujours pas résolue de manière définitive, les électeurs souhaitent élire la personne la plus à même de diriger le Danemark dans un environnement mondial plus hostile", analyse Bloomberg, qui estime que la sociale-démocrate, née dans un milieu ouvrier et engagée en politique dès l'adolescence, a de bons arguments. Devenue députée à l'âge de 23 ans seulement, en 2001, elle est considérée depuis ses débuts en politique comme une personnalité au franc-parler, parfois qualifiée de "Margaret Thatcher de gauche".

Union nationale

En ce sens, la déclaration commune publiée avec d'autres dirigeants européens exhortant Donald Trump à respecter les frontières du Groenland a été considérée au Danemark comme une victoire diplomatique importante. Début janvier, le président américain avait en effet déclaré qu'il s'emparerait du Groenland, territoire danois autonome de l'Arctique. Une menace d'autant plus inquiétante qu'elle intervenait juste après la capture par les Américains du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro.

Mette Frederiksen n'est cependant pas la seule à bénéficier de la conjoncture internationale. Au Canada, en Australie ou encore au Brésil, beaucoup de dirigeants ont fait de la défense de la démocratie et des valeurs libérales contre Donald Trump un atout électoral. La cheffe du gouvernement avait d'ailleurs connu un scénario similaire, au moment de la gestion de la crise du Covid-19.

Malgré ce regain de popularité, les sociaux-démocrates, qui détiennent actuellement 50 sièges sur 179, passeraient tout de même à 41 députés, selon les derniers sondages. Ils devraient se maintenir comme première force parlementaire, mais n'auront d'autre choix que de chercher des alliances avec d'autres partis. Actuellement, ils dirigent le pays en coalition avec le centre-droit.

"Si des élections avaient lieu aujourd'hui, la coalition devrait remporter 73 sièges. Il leur manquerait tout de même 17 sièges pour atteindre les 90 nécessaires à la majorité, ce qui les obligerait à négocier avec d'autres partis. Mais c'est loin de ce qui, il y a quelques mois à peine, ressemblait à une déroute imminente", explique Politico. La question est désormais de savoir si Mette Frederiksen ira jusqu'à convoquer des élections anticipées pour profiter de la séquence politique. Elle l'avait déjà fait en 2022, en organisant un scrutin éclair alors que sa popularité était en baisse, conservant ainsi le pouvoir.

Malgré tout, "ce type de soutien est éphémère", rappelle auprès de Bloomberg Kasper Moller Hansen, professeur de sciences politiques à l'université de Copenhague. "Si les électeurs défendent leur nation dans les moments difficiles, ce n'est pas pour autant que les Danois sont soudainement devenus des sociaux-démocrates". En quelques années, la cote de popularité de la dirigeante a considérablement reculé, passant de 79 % en 2020 à 34 %, relève POLITICO.

© via REUTERS

Devenue députée à l'âge de 23 ans seulement et connue pour son franc-parler, Mette Frederiksen est parfois qualifiée de "Margaret Thatcher de gauche".

Droits de douane annulés par la Cour suprême : de quels recours dispose Donald Trump ?

21 février 2026 à 13:58

C'est le plus grand revers judiciaire essuyé par Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche. Vendredi 20 février, la Cour suprême américaine, la plus haute instance juridique des Etats-Unis, a jugé illégale une partie des tarifs douaniers imposés par l'administration Trump au cours de l'année 2025. Six des neuf juges qui composent l'instance, pourtant à majorité républicaine, ont ainsi choisi d'invalider le principal outil de la politique économique de Donald Trump. Toutefois, ce dernier pourrait avoir recours à d'autres dispositifs légaux pour contourner cette opposition : de quels outils dispose-t-il pour continuer à imposer ses tarifs au reste du monde ?

Jusqu'à 170 milliards de dollars de préjudices

Alors que Donald Trump dînait avec des gouverneurs au moment où est tombée l'annonce, il aurait déclaré à son entourage "bouillonner de l'intérieur", qualifiant la décision de "scandaleuse", comme le relate le Wall Street Journal. Ces derniers mois, il avait déjà tenté de mettre la pression sur les juges, en déclarant que la décision de la Cour suprême dans cette affaire serait une question de "vie ou de mort" pour l'économie américaine, arguant qu'une décision annulant les droits de douane déclencherait un désastre économique.

Et pour cause, la décision "qui concerne la majorité des tarifs imposés par Trump les annule. (...) Elle ouvre également la voie à des batailles juridiques concernant le remboursement des droits de douane déjà acquittés par les importateurs américains", détaille l'agence Bloomberg. Au total, jusqu'à 170 milliards de dollars seraient en jeu, soit plus de la moitié des recettes fiscales générées par Donald Trump avec sa politique de guerre tarifaire. De quoi aggraver un peu plus les inquiétudes concernant l'état des finances publiques américaines.

Pour rappel, au cours de l'année précédente, l'administration Trump a imposé des droits de douane allant de 10 à 40 % sur les marchandises provenant de pays n'ayant pas conclu d'accords commerciaux avec les Etats-Unis, ainsi que des taxes supplémentaires sur certaines importations en provenance du Mexique, de Chine et du Canada, sous prétexte de lutter contre la crise du fentanyl aux États-Unis.

Désaveu de la Cour suprême

Pour ce faire, Donald Trump avait invoqué l'International Emergency Economic Powers Act (IEEPA), une loi fédérale de 1977 qui autorise le président à réguler le commerce international en cas d'urgence nationale. "Trump a invoqué le déficit commercial américain avec d'autres pays et le trafic de drogue à la frontière comme des urgences nationales", or "la loi de 1977 n'avait jamais été utilisée à cette fin et ne mentionne pas les droits de douane", explique Bloomberg.

Par ailleurs, l'arrêt de la Cour suprême estime que Donald Trump a outrepassé ses prérogatives, en imposant ces tarifs sans l'aval du Congrès, "un désaveu envers son style de gouvernance, caractérisé par le recours fréquent au pouvoir exécutif", analyse le WSJ. Le républicain n'a cependant pas dit son dernier mot et pourrait tenter d'appliquer d'autres dispositifs législatifs pour contourner cette décision.

"Sécurité nationale"

Plusieurs articles de la législation américaine permettent en effet d'imposer des droits de douane en réponse à des mesures commerciales d'autres pays jugées discriminatoires pour les entreprises américaines. L'article 232 de la loi de 1962 en matière de sécurité nationale permet notamment à l'exécutif d'intervenir sans passer par le Congrès. C'est une option moins efficace pour Donald Trump, puisque son activation doit résulter d'une enquête préliminaire justifiant l'imposition d'une telle mesure. Le président l'a néanmoins déjà utilisée : c'est cette loi qui est à l’origine des droits de douane appliqués à l’industrie automobile, l’acier et l’aluminium, qui ont quant à eux été jugés légaux par la Cour suprême vendredi.

"L'administration pourrait également lancer des enquêtes sur les politiques commerciales et économiques des pays en vertu de l'article 301 de cette même loi, ou utiliser l'article 201 pour déterminer si les fabricants américains subissent un préjudice", explique Bloomberg. La loi 1974 sur le commerce permet également d'instaurer des taxes à l'importation jusqu'à 15 %, mais seulement en cas "de crise grave et importante" de la balance des paiements américaine, ou pour empêcher une dépréciation imminente et significative du dollar.

Bloomberg cite également une loi de 1930 (l'article 338 de la loi Hawley-Smoot sur les tarifs douaniers), introduite par le président Herbert Hoover après le krach de 1929. Cette dernière permet au président d'imposer des droits de douane sur les importations des pays utilisant des mesures déraisonnables. Néanmoins, cette mesure est très critiquée car, à l'époque déjà, les experts estimaient qu'elle accélérerait la guerre commerciale et amplifierait la dépression mondiale.

Vendredi, la publication de données économiques a montré un net ralentissement de la croissance économique des Etats-Unis à la fin de l'année 2025, conséquence notamment d'un ralentissement de la consommation, plombée par l'augmentation des prix des produits importés.

© REUTERS

Si certains pays feront le déplacement parce qu'ils adhèrent au projet, d'autres espèrent plutôt s'épargner les foudres de la Maison-Blanche par leur présence.

"On connaît la détermination de Poutine, moins celle de Trump" : leurs stratégies d'intimidation décryptées

21 février 2026 à 07:45

Cet hiver, l'Essec Business School a lancé un Observatoire des stratégies d’influence, d’ingérence et d’intimidation au sein de son centre géopolitique, défense & leadership, codirigé par Aurélien Colson, l'Amiral Finaz (ancien directeur de l'Ecole de Guerre) et Frédéric Charillon, ex-patron de l'Irsem au ministère des Armées et auteur de Géopolitique de l'intimidation (Odile Jacob, 2025). Ces deux derniers expliquent à L'Express les motivations de ce projet et analysent les stratégies des dirigeants actuels pour conquérir les esprits.

L'Express : Quelle distinction établissez-vous entre l'influence, l'ingérence et l'intimidation ?

Frédéric Charillon : Ce sont trois fonctions différentes. L’influence, d’abord, consiste à convaincre sans contraindre. On cherche à modifier le comportement d’un acteur - un dirigeant, une opinion publique, un décideur économique… - en lui faisant comprendre qu’il a intérêt à aller dans notre sens. Cela peut passer par des arguments rationnels, par le prestige culturel, mais aussi par des avantages concrets : accès à des réseaux, financements, opportunités.

Loïc Finaz : Nous avons, en Europe occidentale, une vision très idéalisée de l’influence. Nous pensons que si notre raisonnement est bon, il convaincra. Le dialogue suffira. C’est la tentation du raisonnable, mais c'est une erreur que nous reproduisons systématiquement. Or le monde ne fonctionne pas sur la base du raisonnable. D’autres acteurs utilisent l’argent, les dépendances économiques, ou jouent sur l’émotion, voire la violence. Que les intentions soient bonnes ou mauvaises, l’influence reste au cœur des relations, des échanges, des dépendances… Et elle constitue aujourd’hui une donnée permanente du conflit, avant, pendant, après.

Les temps sauvages dans lesquels nous sommes entrés ne minimisent-ils pas le rôle de l’influence ?

F.C. : Non. Nous vivons au contraire l’âge d’or de l’influence. Contrairement à ce que l'on aurait pu espérer, elle ne remplace pas la confrontation : elle la prépare et l’accompagne. On le constate par exemple en observant la bataille des récits autour de la guerre en Ukraine. La bataille d'influences livrée par la Russie, notamment à travers ses médias (comme Russia Today), mais également à travers ses liens avec différents partis politiques en Europe occidentale, a servi à consolider un socle de relais du discours russe qui permet aujourd'hui d'entendre abondamment les éléments de langage du Kremlin : "la Russie ne peut pas perdre la guerre, l'Occident et l'Ukraine sont responsables de ce conflit, le financement de la défense ukrainienne est un préjudice pour le contribuable européen", etc.

Quand passe-t-on de l’influence à l’intimidation ?

L.F. : Quand convaincre ne suffit plus. Mais surtout lorsqu'on est mal intentionné… L’intimidation, c’est : "faites ce que je veux, sinon…" Mais elle ne prend pas qu’une seule forme, elle peut être de plusieurs types.

Lesquels ?

F.C. : Quand on parle d'intimidation, la première idée qui vient à l'esprit spontanément est celle de l'intimidation du fort. Le plus puissant rappelle sa supériorité. "Je suis plus fort que vous, donc faites ce que je vous dis, sinon…". C’est par exemple l’Amérique néoconservatrice de George W. Bush au moment de la guerre d’Irak (2003) : "Nous savons que vous n’êtes pas d’accord avec cette guerre, mais vous allez tout de même voter avec nous à l’ONU, sinon… " C'est l'époque où la patronne du National security council aux États-Unis, Condoleezza Rice, menaçait de "punir la France" pour son opposition à la guerre américaine en Irak.

N’oublions pas néanmoins l’intimidation du faible : "Je suis faible, mais si je m’effondre, vous en subirez aussi les conséquences". C’est la Grèce pendant la crise de la zone euro, qui admet ses erreurs passées, mais souligne que l’abandon du pays (ou son renvoi de la zone euro) déstabiliserait toute l’Union. On peut penser également au Liban, pays dont la classe politique assume son esprit de chapelle au détriment de l'intérêt national, mais nous dit : "Si le pays s'effondre, cela bouleversera davantage encore les équilibres géopolitiques du Moyen-Orient".

Autre variante : le chantage au pouvoir de blocage, illustré par Viktor Orban au sein de l’UE, où l’unanimité donne un levier énorme à un petit État : "Je sais que je suis moins important que d'autres pays de l'Union européenne, mais il se trouve que vous avez besoin de ma voix. Que me proposez-vous pour l'obtenir ?".

Enfin, il y a l’intimidation du fou : "Faites attention, vous ne savez pas jusqu’où je peux aller". Donald Trump est le seul à avoir ouvertement assumé cette posture. Lorsqu'un journaliste lui a demandé peu après son retour à la Maison-Blanche en 2025 "que feriez-vous si la Chine attaquait Taïwan", le président américain a répondu : "Ils ne le feront pas, parce qu'ils savent que je suis complètement dingue".

D’une certaine manière, Vladimir Poutine joue aussi sur cette image d’imprévisibilité et de brutalité assumée. Il fait régulièrement mention à l'arsenal nucléaire de la Russie, et rappelle qu'il est capable des pires exactions, comme il l'a d'ailleurs prouvé en Tchétchénie ou en Syrie. L’efficacité repose en effet aussi sur la crédibilité : si vous menacez sans jamais agir, cela finit par s’émousser. Dans le cas de Poutine, on connaît sa détermination. Il y a encore des doutes sur celle de Trump.

L’intimidation repose-t-elle toujours sur la force militaire ?

L.F. : Non, pas uniquement, mais souvent sur la capacité de nuisance, quelle qu'elle soit. Cela peut être militaire, terroriste, économique, cyber. Avec malheureusement la violence, directe ou indirecte, qui reste au cœur du mécanisme.

Venons-en à l’ingérence.

F.C. : L’ingérence, c’est intervenir directement dans les affaires intérieures d’un autre État, ce que le principe de souveraineté est censé proscrire. Elle peut être politique, judiciaire, économique ou informationnelle.

Comment a-t-elle évolué ces dernières années ?

L.F. : L’ampleur et la facilité de l’ingérence électorale sont peut-être l'exemple le plus frappant de cette évolution. Grâce aux réseaux sociaux, des puissances étrangères peuvent toucher directement les électeurs d’un autre pays, amplifier des colères, soutenir des partis, affaiblir la confiance dans les institutions. Notre siècle n'invente rien, mais c’est nouveau à cette échelle.

Qui sont les principaux acteurs de l’ingérence ?

Frédéric Charillon : La Russie est très active. Des réseaux idéologiques proches du trumpisme aux États-Unis aussi. D’autres puissances agissent de manière plus ciblée : sur des diasporas (comme la Chine), des réseaux religieux (Qatar et autres pays du Golfe concurrents, Turquie…) ou économiques (c’est encore le cas de Pékin, mais aussi de l'Azerbaïdjan et de bien d'autres).

La révolution technologique ne facilite-t-elle pas l’ingérence ?

F.C. : Elle est bien sûr un multiplicateur de puissance. Désinformation virale, manipulation algorithmique, cyberattaques contre des infrastructures critiques : la frontière entre ingérence, intimidation et sabotage devient floue. Une attaque informatique peut provoquer un chaos bien réel, avec des conséquences politiques majeures. On sait également qu'un deepfake qui se répand peut engendrer localement des dégâts immenses et immédiats. S'il est fait avec subtilité, le temps de prouver qu'il s'agit d'un faux, on pourra déplorer de nombreux morts, du fait des émeutes engendrées ou des vengeances suscitées. Même des acteurs avisés peuvent s'y laisser prendre : on se souvient de ce chef d'État africain qui a récemment appelé Emmanuel Macron parce qu'il avait vu passer la fausse nouvelle d'un coup d'Etat en France.

Comment les démocraties peuvent-elles répondre à ces ingérences sans renier leurs principes ?

L.F. : Précisément en les assumant, ces principes, mais sans naïveté. Ils sont notre faiblesse lorsque nous refusons de voir le monde tel qu'il est, ou que nous nous leurrons aux lubies de l'époque bien souvent relayées par nos extrêmes. Mais ils sont aussi notre force lorsque nous laissons sa place au bon sens. L’État de droit reste notre meilleure arme. En l'utilisant, il faut ainsi documenter les ingérences, protéger nos infrastructures, former les décideurs économiques et politiques, développer, enfin, une culture du risque qui seule nous permettra d'être libres. Il n'y a pas de liberté, y compris face à l'ingérence, sans acceptation du risque.

F.C. : Et accepter d’utiliser tous les outils légaux dont nous disposons : contrôles économiques, sanctions, ripostes informationnelles fondées sur des faits. Nous n’avons pas besoin de produire de fausses informations : la vérité, bien mise en lumière, est déjà très dérangeante pour les régimes autoritaires. Si nous parvenons à créer des médias internationaux suffisamment suivis par la jeunesse ou par d'autres segments d'opinion, pour diffuser des informations vraies mais gênantes pour les régimes autoritaires, alors nous pourrons à nouveau renverser la tendance et placer ces derniers dans une position extrêmement délicate, grâce à la liberté d'expression et à la circulation de l'information.

L’Europe est-elle armée pour cela ?

L.F. : Elle est à la fois la plus exposée et la mieux placée pour défendre un ordre fondé sur des règles. Mais elle souffre de dépendances technologiques, de lenteurs décisionnelles et de divisions politiques. Le problème n’est pas l’absence d’outils : c’est le manque de volonté de les utiliser. Pour ne pas dire : l'absence de courage.

C’est la vocation de votre Observatoire ?

F.C. : Notre observatoire a été conçu comme un lieu où chercheurs, praticiens, décideurs et étudiants analysent ces stratégies, identifient les vulnérabilités et proposent des réponses concrètes. Comprendre est la première étape pour se défendre. Nous entrons dans une ère où la conflictualité passe autant par les esprits, les réseaux et les dépendances que par les armes. Le défi pour les démocraties est clair : savoir se défendre sans cesser d’être des démocraties. Les jeunes, et notamment dans notre cas les étudiants, ont beaucoup à nous apprendre : ils nous disent à quoi ils sont sensibles, quels sont selon eux les vecteurs d'influence les plus dangereux, ils nous signalent également des pratiques ou des canaux de l'influence que nous ne connaissions pas. Cet observatoire est également pour nous une façon de discuter avec les entreprises privées, qui elles aussi sont soumises à des guerres d'influence.

L.F. : En espérant que cet Observatoire sera aussi, à sa manière, un catalyseur à bon sens et courage…

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Vladimir Poutine et Donald Trump lors de leur rencontre en Alaska, le 15 août 2025.

Gaza : à quoi pourrait ressembler la base militaire internationale envisagée par Donald Trump ?

20 février 2026 à 17:59

Selon une information exclusive du quotidien britannique The Guardian, le président des Etats-Unis et son administration envisageraient de construire une base militaire à Gaza. La structure, composée d'un petit champ de tir, de bunkers et d'un entrepôt, pourrait accueillir 5 000 personnes. Ce site, ceinturé de barbelés et de 26 tours de guet blindées, s'étendrait sur 35 000 mètres carrés, d'après les registres des contrats du Conseil de la paix, consultés par les journalistes.

Les lieux devraient servir de base opérationnelle pour accueillir la future Force internationale de stabilisation (ISF). Introduites par l'accord de cessez-le-feu du 10 octobre entre le Hamas et Israël, puis voté à l'ONU en novembre - dans le cadre du Plan de paix pour Gaza de Donald Trump - ces troupes auront pour vocation de superviser la sécurité dans l'enclave et à ses frontières.

"Protocole relatif aux restes humains"

Grâce à une vidéo à laquelle The Guardian a eu accès, ses journalistes ont pu établir que les Etats-Unis prévoyaient de construire la base militaire dans une zone du sud de la bande de Gaza. Selon une source proche du dossier, des entreprises de construction "ayant de l'expérience dans les zones de guerre", ont déjà visité les lieux. Le contrat, préparé par des responsables américains a directement été émis par le Conseil de la paix. Sondés par le quotidien britannique, des experts ont confié leurs inquiétudes face à l'opacité de l'institution, particulièrement sur le volet financier.

Le document précise que "l'entrepreneur" de ces travaux "doit effectuer une étude géophysique du site afin d'identifier les vides souterrains, les tunnels ou les grandes cavités par phase", une référence probable au vaste réseau de tunnels construits par le Hamas. Au chapitre "protocole relatif aux restes humains", le contrat prévoit un arrêt des travaux "si des restes humains ou des artefacts culturels présumés sont découverts". Selon l'agence de défense civile de Gaza, les corps d'environ 10 000 Palestiniens seraient ensevelis sous les décombres de l'enclave. Quant à la quantité de débris de guerre à éliminer, elle est estimée à 60 millions de tonnes.

Jusqu'à 20 000 soldats dans Gaza

Les troupes stationnées auront pour mission de protéger les civils, de former et de soutenir les "forces de police palestiniennes approuvées". A mesure que l’armée israélienne se retirera de Gaza, l'ISF y sera déployée. Ses rangs seront composés d’une coalition majoritairement issue de pays arabes et musulmans, allant jusqu'à 20 000 soldats.

L'Indonésie, dont le président s'est rendu à Washington le 19 février pour la réunion inaugurale du Conseil de la paix, aurait proposé d'envoyer jusqu'à 8 000 soldats. Le grade de commandant adjoint de la force de stabilisation a été attribué au pays. Le Maroc, le Kazakhstan, le Kosovo et l'Albanie se sont également engagés à participer.

Si une grande partie du sud de la bande de Gaza demeure sous contrôle israélien, il est encore difficile de déterminer à qui appartient le terrain sur lequel les Etats-Unis envisagent de construire la base militaire pour l'ISF. Interrogée par les journalistes du Guardian sur ce contrat de construction, l'administration Trump n'a pas souhaité donner suite à leurs questions.

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De la fumée s'élève à la suite d'une explosion, dans la zone « ligne jaune », contrôlée par Israël, à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 10 février 2026. Photo prise avec un téléphone. REUTERS/Haseeb Alwazeer TPX IMAGES DU JOUR

Arrestation de l'ex-prince Andrew : le séisme de trop pour la monarchie britannique ?

20 février 2026 à 17:00

Il est des matins où l’Histoire s’invite sans frapper. Ce jeudi 19 février, à 8 heures, la police britannique a arrêté Andrew Mountbatten-Windsor à Wood Farm, sur le domaine royal de Sandringham. Selon la BBC, ni le roi, ni le Premier ministre Keir Starmer n’avaient été prévenus en amont. Ce fils et frère de monarque, toujours Conseiller d’État et huitième dans l’ordre de succession, entrait donc dans un commissariat comme n’importe quel justiciable britannique.

Près de quatre siècles après l’emprisonnement de Charles Ier, la monarchie britannique découvrait une scène qu’elle croyait reléguée aux gravures d’époque. Même l’abdication d'Edward VIII en 1936, ce coup de théâtre romantique, paraît élégante en comparaison. À l’époque, on exfiltre le problème vers l’exil. En 2026, on le conduit au poste.

La crainte d'une fuite de l'ancien prince

Est-ce la fin de la monarchie britannique ? Non. Mais c’est la crise constitutionnelle la plus grave "in living memory", autrement dit de mémoire d’homme. Même Andrew Lownie, historien, fin limier sur les traces de l’ex-prince Andrew depuis des années et auteur du récent best-seller Entitled, the Rise and Fall of the House of York, ne s’attendait pas à une arrestation aussi tôt. Selon lui, la police a agi ainsi pour éviter toute possibilité de fuite — au sens propre comme au figuré. Pour sa part, l’historien redoutait "un départ nocturne" d'Andrew vers le Moyen-Orient.

La rapidité de la police trahit la gravité du soupçon : les enquêteurs ont estimé qu’il fallait intervenir avant que des preuves potentielles ne soient détruites. L’État de droit prime, même quand il frappe au cœur de la dynastie. Au Palais, la riposte fut quasi immédiate et d’une froideur chirurgicale. "La loi doit suivre son cours", a déclaré le roi Charles III, désignant son frère par son seul patronyme, Mountbatten-Windsor. Décapitation symbolique.

Les faits sont lourds. Les documents du département de la Justice américain sur Jeffrey Epstein ont ravivé les interrogations sur les réseaux britanniques du financier déchu, dont de nombreux vols auraient fait escale à Stansted Airport. S’y ajoutent des informations récentes transmises à la police par Gordon Brown — ancien Premier ministre devenu, dit-on avec ironie à Westminster, "inspecteur" officieux. Brown a annoncé avoir fourni à la police des éléments sur un possible trafic de jeunes femmes et sur des connexions logistiques au Royaume-Uni, après des semaines à éplucher les fichiers Epstein.

Andrew, l'enfant terrible de Buckingham Palace

Il faut relire le portrait dressé par le Times pour comprendre que cette chute n’est pas un accident, mais l’aboutissement d’une trajectoire. Dès l’enfance, Andrew était l’enfant gâté : il donne des coups aux chiens, provoque les palefreniers, bidouille l’antenne de Buckingham Palace pour empêcher sa mère de regarder les courses. Adolescent, il devient "Randy Andy", ou "Andy le chaud lapin". Un domestique ira jusqu’à le frapper ; sa mère refusera sa démission au motif que son fils l’avait "mérité". Tout est déjà là : l’impunité comme horizon mental.

Lorsqu'il intègre la Royal Navy, il faut saluer sa voiture comme on saluerait l’Union Jack. Il y eut les Malouines - rare moment d’humilité - puis la célébrité tapageuse, les fêtes, les frasques, les diplomates embarrassés. Nommé représentant spécial au commerce extérieur entre 2001 et 2011, il était censé "battre le tambour" des exportations britanniques. Il battra surtout celui de son ego : entourages pléthoriques et train de vie grandiose. Dans le Golfe, on le surnomme "HBH, his buffoon highness", son Excellence le Bouffon.

David Yelland, ancien rédacteur en chef du tabloïd The Sun, prévient : "Les choses vont empirer. Le silence reviendra un temps, puis l’affaire ressurgira peut-être au pénal avec un procès public. Nous ignorons pour le moment jusqu’où cela peut aller — et le Palais aussi."

L’historien Dan Snow pose la question existentielle : à quoi sert la monarchie ? Depuis l’invention de la presse moderne, elle encaisse des coups. Elle a théorisé le "soft power", la diplomatie des poignées de main et des causes caritatives, pour justifier son existence. Mais, ajoute-t-il, cela ne tient plus si des informations gouvernementales confidentielles sont livrées à des étrangers contre des faveurs financières ou sexuelles. Autrefois, les frasques royales se faisaient derrière de lourdes tentures de velours. La transparence numérique a dissous ces couches protectrices.

Charles III en mission pour sauver la Couronne

La monarchie peut-elle encaisser ? Juridiquement, l’arrestation ne crée pas en soi de crise constitutionnelle : nul n’est au-dessus des lois. C’est précisément ce principe qui peut sauver l’institution. La visite programmée du roi aux États-Unis au printemps sera un test. Les finances royales, déjà scrutées, le seront encore davantage. La question politique portera moins sur Andrew que sur les garde-fous : comment un prince a-t-il pu conserver des responsabilités publiques alors que les signaux d’alarme clignotaient depuis des années ?

La monarchie survivra si elle accepte ce passage à gué : réduire encore le nombre de membres actifs, clarifier les rôles, couper net les rentes de situation, publier davantage, coopérer sans réserve avec la justice. En une formule : se réformer pour durer. En laissant la police frapper à l’aube et en répondant par une phrase sèche, le roi a choisi le droit contre le clan. C’est la seule décision qui puisse encore sauver la Couronne.

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L'ex-prince Andrew a été arrêté le 19 février 2026 dans le cadre de l'affaire Epstein.

Une "affaire Pelicot suédoise" : un homme accusé d'avoir "vendu sa femme" à 120 hommes

20 février 2026 à 15:14

La Suède a ouvert une enquête contre un sexagénaire soupçonné d'avoir "vendu sa femme" à quelque 120 hommes. Le suspect a été arrêté le 23 octobre 2025 pour proxénétisme, après une plainte de son épouse, qui a depuis entamé une procédure de divorce. L'accusé est décrit comme un ancien dirigeant des Hells Angels à Stockholm - un groupe de motards actif à l'international et réputé pour ses activités criminelles - il est accusé d’avoir vendu, depuis le début de l’année 2022, les services sexuels de sa victime sur des sites Internet, sans son consentement. "Un grand nombre de personnes, originaires de tout le pays, ont acheté ces services", révélait à l'époque le titre de presse locale, Sundsvalls Tidning.

Au fil de l'enquête, les faits reprochés au Suédois, ont été requalifiés en proxénétisme aggravé. Les sévices infligés à la victime se seraient déroulés au domicile du couple, dans la région d'Ångermanland, mais aussi dans diverses localités du pays et sur Internet, entre le 1er janvier 2022 et jusqu'à l'arrestation du mis en cause.

"Une exploitation impitoyable de la plaignante"

"Je crois que le proxénétisme a été pratiqué à plus grande échelle et qu'il a impliqué une exploitation impitoyable de la plaignante", a déclaré la procureure Ida Annerstedt à l'agence de presse nationale TT. La magistrate a refusé de préciser si des faits de contrainte sont retenus dans le dossier ou si l’épouse aurait été droguée lors des rapports. Toutefois, Ida Annerstedt a précisé que seuls une trentaine d'hommes risquent d’être poursuivis par la justice, invoquant un besoin de "limiter l'enquête" pour des questions de temps et de ressources. Selon la procureure, une investigation sur les 120 hommes pourrait prendre deux ans. Le procès doit débuter en mars.

Et l'affaire, qui n'avait d'abord reçu que l'attention de la presse locale, a progressivement pris une ampleur nationale. Un article d’Aftonbladet daté du 17 février, repéré par Courrier international, dresse un parallèle avec l'affaire Pelicot. Mais la chroniqueuse nuance, "à la différence de Gisèle Pelicot, la femme de Kramfors aurait été consciente de ce qui lui est arrivé, même si, d’après ce que l’enquête a montré jusqu’à présent, elle était parfois tellement sous l’influence de l’alcool et de la drogue qu’elle ne se souvient pas dans les détails de chacun des cas où son corps a été exploité".

Des révélations "choquantes et révoltantes"

"Les hommes doivent cesser d'acheter et de vendre le corps des femmes. Les informations relayées par les médias au sujet de l'affaire Pelicot suédoise sont choquantes et révoltantes", a réagi sur X la ministre de l’Égalité entre les genres, Nina Larsson. Dans la foulée, la femme d'Etat a annoncé pour le printemps un "plan d'action" pour lutter contre "les violences sexuelles, la prostitution et le trafic d'êtres humains".

En cas de condamnation, l'accusé, qui nie les faits lui étant reprochés, risque deux à dix ans d'emprisonnement. Déjà connu des services de police, il a précédemment été condamné pour plusieurs infractions, dont des agressions. Dans les années 2000, il avait écopé d'une peine de cinq mois de prison pour maltraitance à l’encontre d’une ancienne compagne. La victime, dont l'identité demeure protégée, n'a pas souhaité s'exprimer dans les médias.

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Drapeau suédois

Comment l'Iran se prépare à une attaque des Etats-Unis

20 février 2026 à 14:36

La guerre est-elle imminente au Moyen-Orient ? Porte-avions, navires de guerre, chasseurs F-35 et F-22… Les Etats-Unis continuent de se renforcer militairement et se préparent à un éventuel conflit armé contre l'Iran. Jeudi, Donald Trump a déclaré qu'il déciderait de ses prochaines actions concernant l'Iran dans les dix jours. Plus tard, il a indiqué aux journalistes que ce délai était d'environ deux semaines maximum. "Nous allons conclure un accord, d'une manière ou d'une autre", a-t-il affirmé.

Alors que le président américain pourrait décider de bombarder l'Iran en raison de son programme nucléaire, Téhéran menace de son côté de représailles contre les bases américaines dans la région en cas d'attaque. Dans une lettre adressée au Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, Téhéran a déclaré qu'il ne déclencherait aucune guerre, mais qu'en "cas d'agression militaire, l'Iran répondrait de manière décisive et proportionnée" dans l'exercice de son droit de légitime défense. "Toutes les bases, installations et ressources des forces hostiles dans la région constitueraient des cibles légitimes", précise le régime iranien dans cette lettre. "Les Etats-Unis assumeraient l'entière responsabilité de toute conséquence imprévisible et incontrôlée."

Une première frappe limitée ?

Donald Trump étudie diverses options militaires, tout en réaffirmant sa préférence pour la voie diplomatique. Selon The Wall Street Journal, le président américain envisagerait une frappe initiale limitée pour contraindre l'Iran à accepter un accord sur le nucléaire. Cette première étape destinée à faire pression sur Téhéran serait moins radicale qu'une attaque de grande envergure susceptible de provoquer une riposte massive. Selon des sources proches du dossier interrogées par le quotidien américain, cette première offensive, qui pourrait être autorisée dans les prochains jours, ciblerait quelques sites militaires ou gouvernementaux. Si l'Iran persistait dans son refus de se conformer aux exigences de Donald Trump, les Etats-Unis lanceraient alors une vaste campagne contre les installations, potentiellement dans le but de renverser le régime des mollahs.

Face à la menace de guerre, Téhéran consacre depuis plusieurs mois des efforts à la réparation d'installations de missiles stratégiques et de bases aériennes gravement endommagées en juin 2025 lors de la guerre des Douze jours contre Israël. Malgré les lourdes pertes subies à ce moment-là, l'analyse d'images satellites réalisée par CNN révèle que l'Iran a reconstruit ses installations de missiles endommagées. Comme le détaille ce média américain, des images satellites de la base de missiles Imam Ali à Khorramabad, prises le 5 janvier dernier, montrent que sur la douzaine de structures détruites par Israël, trois ont été reconstruites, une a été réparée et trois autres sont en cours de construction. Ce site comprend des silos de lancement essentiels au tir de missiles balistiques.

Ces bases militaires rapidement réparées

Des bases militaires ont également fait l'objet d'importantes réparations, comme la base aérienne de Tabriz, liée au système de missiles balistiques de moyenne portée iraniens. Sur la base aérienne d'Hamadan, les cratères creusés par les bombes sur la piste ont été comblés et les abris d'avions ont été réparés. L'Iran a également rapidement reconstruit son usine de production de missiles à propergol solide la plus importante et la plus récente à Shahrud, une technologie permettant le déploiement rapide de missiles à longue portée.

L'Iran renforce par ailleurs rapidement plusieurs de ses installations nucléaires, utilisant du béton et de grandes quantités de terre pour enfouir des sites clés, selon de nouvelles images satellites et une analyse de l'Institut pour la science et la sécurité internationale (ISIS). Comme le rapporte CNN, des images du 10 février dernier montrent que l'Iran poursuit le renforcement des entrées des tunnels du complexe souterrain creusé dans le mont Pickaxe, près de Natanz.

"Je pense que l'Iran est en train de reconstituer ses programmes nucléaire et balistique, probablement plus rapidement qu'Israël ne l'avait affirmé lors de l'opération Lion ascendant", a déclaré à CNN Jeffrey Lewis, chercheur émérite en sécurité mondiale au Middlebury College, en référence aux frappes israéliennes de juin. "La reconstruction des bâtiments, ainsi que d'autres informations, suggèrent que l'Iran a soit pu remplacer cet équipement, soit le déplacer vers des lieux sûrs sous terre avant les frappes", a-t-il ajouté.

Un échec des discussions à Genève

L'Iran montre les muscles sur le plan militaire et tente ainsi de dissuader les Etats-Unis d'attaquer. En pleins pourparlers diplomatiques, Téhéran a ainsi lancé des exercices navals dans le golfe Persique afin de démontrer sa capacité de déstabilisation aux alliés régionaux de Washington. Pour la première fois, les Gardiens de la révolution iraniens ont notamment fermé une partie du très stratégique détroit d'Ormuz pendant quelques heures à l'occasion d'exercices navals, selon les médias iraniens.

La guerre ne semble néanmoins pas encore inéluctable et, sur le plan diplomatique, des négociateurs iraniens et américains ont tenu des pourparlers indirects à Genève pendant trois heures et demie mardi. Ceux-ci se sont toutefois soldés par un échec. Les Etats-Unis souhaitent notamment l'arrêt du programme nucléaire iranien et des limitations concernant le programme de missiles balistiques de l'Iran. Mais Téhéran refuse pour le moment de faire des concessions majeures sur son programme nucléaire, tout en insistant sur le fait que celui-ci est destiné à des fins pacifiques.

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Des missiles iraniens sont exposés dans un parc de Téhéran, en Iran, le 31 janvier 2026.

En réponse à Barack Obama, Donald Trump va déclassifier des documents sur les extraterrestres

20 février 2026 à 12:33

Donald Trump a déclaré jeudi 19 février qu'il ordonnerait aux agences fédérales de commencer à publier les dossiers gouvernementaux relatifs aux extraterrestres et aux objets volants non identifiés, compte tenu du fort intérêt public pour la question.

Dans un message publié sur les réseaux sociaux, le président américain a annoncé qu'il ordonnerait au chef du Pentagone, Pete Hegseth, et à d'autres agences de divulguer les informations en leur possession, qualifiant la question d'"extrêmement intéressante et importante". "Je vais demander au ministre de la Guerre et aux autres ministères et agences concernés d’entamer le processus d’identification et de publication des dossiers gouvernementaux relatifs à la vie extraterrestre, aux phénomènes aériens non identifiés et aux objets volants non identifiés", a-t-il écrit sur sa plateforme Truth Social.

Plus tôt dans la journée, Donald Trump, sans fournir de preuves, a accusé l'ancien président Barack Obama d'avoir divulgué indûment des informations classifiées lors de discussions publiques sur les extraterrestres, affirmant que son prédécesseur avait "commis une grosse erreur". "Il a donné des informations classifiées… Il n'est pas censé faire ça", a déclaré Donald Trump aux journalistes lors d'un déplacement en Géorgie.

"Ils sont réels, mais je ne les ai pas vus"

Lors d'une interview avec l'animateur de podcast Brian Tyler Cohen, diffusée samedi, Barack Obama s'est vu demander si les extraterrestres existaient réellement. "Ils sont réels, mais je ne les ai pas vus, et ils ne sont pas détenus dans la zone 51. Il n'y a pas d'installation souterraine, à moins d'un énorme complot qu'ils auraient dissimulé au président des États-Unis", a déclaré le démocrate.

La Zone 51 est une installation classifiée de l'US Air Force située au Nevada. Certains théoriciens marginaux pensent qu'elle abrite des corps extraterrestres et un vaisseau spatial accidenté. Des archives de la CIA publiées en 2013 indiquent qu'il s'agissait d'un site d'essais pour des avions espions ultrasecrets.

Rien dans les propos de Barack Obama ne laissait présager que l'ancien président avait divulgué des informations classifiées. Le cabinet de l'ex-chef d'Etat n'a pas répondu à une demande de commentaires de la part de Reuters.

"Durant ma présidence, je n'ai vu aucune preuve que des extraterrestres aient pris contact avec nous. Vraiment !", a déclaré Barack Obama dans une publication Instagram dimanche. Dans ce message, il a expliqué sa conviction que les extraterrestres existaient en affirmant que les probabilités statistiques de vie ailleurs que sur Terre étaient élevées compte tenu de l'immensité de l'univers."Mais les distances entre les systèmes solaires sont si grandes que les chances que nous ayons reçu la visite d’extraterrestres sont faibles", a-t-il ajouté.

Enquêtes du Pentagone

À la suite de ses propos sur Barack Obama, Donald Trump a ajouté qu'il n'avait vu, lui non plus, aucune preuve de l'existence des extraterrestres, déclarant : "Je ne sais pas s'ils existent ou non."

Ces dernières années, le Pentagone a enquêté sur des signalements d'ovnis, et de hauts responsables militaires ont déclaré en 2022 n'avoir trouvé aucune preuve suggérant que des extraterrestres aient visité la Terre ou s'y soient écrasés. Un rapport du Pentagone de 2024 indiquait que les enquêtes menées par le gouvernement américain depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale n'avaient trouvé aucune preuve de technologie extraterrestre, et que la plupart des observations étaient en réalité des objets et des phénomènes ordinaires mal identifiés.

© picture alliance / Consolidated News Photos / MAXPPP

Barack Obama lors d'un meeting dans le New Jersey, le 1er novembre 2025.
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