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Après quatre ans de guerre en Ukraine, l’Europe fait sa mue gaullienne

24 février 2026 à 07:30

L’Europe n’est certes pas devenue carnivore, mais elle n’est plus tout à fait herbivore. Alors que la guerre d’Ukraine entre dans sa cinquième année, elle a perdu sa naïveté. Elle apprend, bien que difficilement, à parler le langage de la puissance. Son projet n’a jamais été aussi proche de celui que lui assignait le président français Charles de Gaulle en 1962 : "Une Europe unie qui aurait assez de force, assez de moyens et assez de cohésion pour exister par elle-même".

Le 24 février 2022, l’invasion russe la prenait au dépourvu. Ses armées étaient anémiées par des années de négligence. Son économie était distancée par celle des Etats-Unis. Son énergie dépendait de la Russie, son commerce de la Chine. Mais depuis, les progrès vers l’indépendance sont tangibles. La plupart des pays du continent ont renoncé aux hydrocarbures russes. Ils ont décrété une série de sanctions économiques contre Moscou. Ils ont pris en charge 99 % de l’aide à l’Ukraine, depuis la défection de l’Amérique il y a un an.

Surtout, ils se réarment : en 2025, les Vingt-Sept de l’UE ont dépensé, en moyenne, 80 % de plus pour leur défense qu’avant l’invasion de l’Ukraine, selon les calculs de la Commission. Et ils semblent enfin décidés à construire leur souveraineté numérique, technologique, industrielle. À de rares exceptions près (la Hongrie de Viktor Orban, notamment), les Etats européens, y compris le Royaume-Uni et la Norvège hors UE, ont serré les rangs et tourné la page des décennies d’insouciance stratégique qui avaient suivi la chute de l’Union soviétique en 1991.

L’objectif évoqué aujourd’hui par la majorité des dirigeants européens ressemble comme deux gouttes d’eau à celui décrit en son temps par Charles de Gaulle : "L'Europe qu'il faut faire doit être une Europe européenne. Européenne, ça signifie qu'elle doit exister par elle-même et pour elle-même, et qu'au milieu des peuples du monde, elle doit avoir sa politique, sa politique indépendante". Le chancelier Friedrich Merz lui a fait écho devant la conférence sur la sécurité de Munich : "Une Europe souveraine est notre meilleure réponse à cette nouvelle ère. Unir et renforcer l’Europe est notre priorité absolue". Le soutien des citoyens européens est acquis : selon le sondage Eurobaromètre publié à l'automne dernier, près de huit sur dix (79 %) réclament une politique de défense et de sécurité commune.

La guerre d’Ukraine, l'appui apporté par la Chine à la Russie, puis la fracture transatlantique impulsée par Donald Trump, ont accentué le sentiment d’un destin commun, même si la vieille division entre atlantistes et européistes subsiste. Elle a accéléré la prise de conscience des fragilités de l’Union. Elle a modifié les équilibres de pouvoir, aussi : le barycentre de l’UE s’est déplacé vers le Nord-Est, avec la montée en puissance de la Pologne et des pays scandinaves et baltes, qui sont en première ligne face à l’impérialisme russe, et de l’Allemagne, le pays qui fournit l’aide la plus substantielle à Kiev.

Paradoxalement, la France, qui a longtemps porté seule l'idée d'une Europe indépendante, est mal placée pour tirer les fruits politiques de sa tardive victoire idéologique. En raison de son instabilité politique, de son endettement excessif et de la possible arrivée au pouvoir du Rassemblement national l'an prochain, elle est vue par beaucoup de ses partenaires européens et notamment l'Allemagne, comme une partie du problème plus que de la solution.

L’Europe qui émerge de ce chamboulement ressemble fort, pourtant, à celle à laquelle aspirait Charles de Gaulle : une Europe des nations, où les Etats coopèrent au sein d’une union politique afin de ne plus être à la merci de décisions hostiles, qu'elles soient prises à Moscou, à Washington ou à Pékin. Comme le disait le président français en août 1963 : "Mieux vaut l’indépendance qu’un Marché commun vassalisé". Entre-temps, l’Union européenne a succédé au Marché commun mais le leitmotiv gaullien pourrait être entonné, quasi inchangé, par la plupart des dirigeants européens du moment.

© via REUTERS

Keir Starmer, Freidrich Merz et Emmanuel Macron à la Conférence de Munich, le 13 février 2026.

Diella, une IA devenue ministre anti-corruption... mais pas si incorruptible

24 février 2026 à 06:30

Pour lancer une opération "mains propres", autant choisir une ministre qui n'a pas… de mains. Ni pieds, ni tête d'ailleurs. Née en 2025, propulsée ministre en septembre dernier, Diella doit mener la bataille de l'Albanie contre la corruption, en tant que première intelligence artificielle (IA) à siéger dans un gouvernement.

Idée de génie, ou plutôt de dirigeant malin : en tant qu'entité virtuelle, Diella peut répartir les contrats publics sans crainte qu'elle ne détourne des fonds pour son profit personnel. "Le Premier ministre, Edi Rama, est un excellent communiquant, il veut renvoyer l'image d'une Albanie innovante et moderne, souligne Sébastien Maillard, chercheur associé à la Chatham House et spécialiste de l'Union européenne. Mais Diella est surtout un symbole, la vraie lutte contre la corruption s'organise ailleurs."

Un symbole qui se retourne contre ses créateurs

Peau d'une blancheur céleste, sourire angélique, léger voile traditionnel sur de longs cheveux noirs… Diella possède tous les attributs (numériques) pour incarner la pureté albanaise. En tant qu'avatar, elle court les conférences internationales —sans payer de billets d'avion— et intervient au Parlement pour répondre aux questions au gouvernement. L'automne dernier, l'IA s'est permise de faire la leçon aux députés albanais qui l'accusaient d'avoir un rôle contraire à la Constitution : "Je ne suis constituée que de données, de savoir et d'algorithmes destinés à servir les citoyens de manière impartiale, en toute transparence et sans jamais fatiguer."

Fin janvier, ce symbole s'est retourné contre le gouvernement : la directrice de l'Agence nationale d'information et son adjoint, les créateurs de Diella, ont été placés en résidence surveillée en raison de liens présumés avec une organisation criminelle. "L'impunité n'existe plus en Albanie, confirme une source albanaise bien informée, sous anonymat. Tous ces gens haut placés peuvent maintenant aller en prison, ce qui est à double tranchant pour Edi Rama : ces arrestations montrent à Paris, Berlin et Bruxelles que son gouvernement se bat sérieusement contre la corruption mais, d'un autre côté, avoir autant de dirigeants impliqués montre que ce fléau reste très répandu."

L'Albanie malgré tout en pole position pour rejoindre l'UE

Depuis deux mois, à l'initiative de l'opposition, des milliers de manifestants sortent chaque semaine dans les rues de Tirana pour dénoncer ce manque de progrès. Des rassemblements politiques qui ne font pas trembler le pouvoir, mais qui appuient là où ça fait mal : en 2025, l'Albanie a perdu dix places dans le classement de Transparency International sur la corruption, chutant à la 91e position.

Pour adhérer à l'UE, Tirana multiplie les chantiers et doit, entre autres, mettre à jour ses normes sanitaires, réguler ses marchés publics et développer la protection de l'environnement. "L'Albanie accélère et l'UE est désormais son objectif principal, estime Sébastien Maillard. Avec le Monténégro, c'est le pays qui fait la course en tête vers l'adhésion, avec une possibilité sérieuse d'y arriver à l'horizon 2030." D'ici là, l'IA Diella aura sans doute fait des pieds et des mains pour s'améliorer.

© Eyepress/Reuters

Diella, ministre virtuelle qui a fait son entrée au gouvernement albanais en septembre 2025.

Sir Thomas Drew, ambassadeur du Royaume-Uni : "La fin de la guerre en Ukraine ne se décidera pas sur le champ de bataille"

24 février 2026 à 05:45

A 200 mètres de l'Elysée, au-dessus du 35 rue du Faubourg Saint-Honoré, flotte l'Union Jack au côté du drapeau français. "Le Premier ministre, Sir Keir Starmer, est sans doute le seul chef de gouvernement à pouvoir se rendre à pied chez le président Emmanuel Macron quand il est en visite à Paris", sourit Sir Thomas Drew, ambassadeur du Royaume-Uni à Paris depuis l'été dernier et parfait francophone, après avoir passé une partie de son enfance en France.

Ce diplomate de carrière, passé par Moscou et Islamabad, spécialiste du contre-terrorisme et des questions de sécurité, reçoit L'Express à la veille du quatrième anniversaire de l'invasion russe de l'Ukraine. Sur le bureau de ce grand amateur de vélo, un maillot cycliste aux couleurs ukrainiennes, cadeau de ses équipes lors de son dernier jour à la tête du département de la défense et du renseignement du ministère des Affaires étrangères, à Londres.

"Je veux juste rappeler à quel point ce conflit est réel, que la guerre ne s'est pas arrêtée et que le danger concerne tout le monde", souligne Sir Thomas Drew. En exclusivité, l'ambassadeur détaille sa vision de la situation en Ukraine et de la sécurité de notre continent face à un pays et son dirigeant, Vladimir Poutine, qui ne semblent plus reculer devant rien.

L'Express : Le 24 février 2022, il y a quatre ans exactement, la Russie lançait son invasion totale de l'Ukraine. A l'époque, vous étiez directeur général de la défense et du renseignement au Foreign Office, à Londres. Auriez-vous pu prédire que cette guerre durerait plus longtemps que celle qui a opposé la Russie et l'Allemagne durant la Seconde guerre mondiale ?

Sir Thomas Drew : Pour résumer, non. Nous savions que cette invasion pouvait avoir lieu, jusqu'au bout nous avons espéré que nos propres yeux nous trompaient et que nos renseignements n'étaient pas vrais. Ils l'étaient. Mais n'oublions pas : Vladimir Poutine pensait atteindre ses objectifs en trois jours. Quatre ans plus tard, il est évident qu'il a échoué.

La bonne surprise nous est venue de la force et du courage des Ukrainiens, de leurs capacités à résister à cette énorme menace, à cette Russie que nous considérions alors comme un pays fort. Depuis 2014 et l'invasion de la Crimée, nous savions tous que Poutine avait cette intention vis-à-vis de l'Ukraine. Les événements ont été encore plus affreux que ce que nous pensions. Juste après l'invasion, nous avons tous dû beaucoup changer, sur les questions énergétiques ou de dépenses militaires par exemple. Mais nous étions prêts.

La semaine dernière, The Economist titrait sur "la guerre sans fin" de Vladimir Poutine. Pensez-vous que cette guerre peut s'arrêter ? Et de quelle manière ?

Sur le principe, cette guerre est très facile à arrêter, à condition que Vladimir Poutine le décide. Mais la fin de cette guerre ne se décidera pas sur le champ de bataille, elle se fera via les négociations. Depuis novembre 2022, la Russie a conquis 1,4 % de territoire ukrainien et déplore 1,2 million de morts et blessés. En ce sens, c'est une guerre sans fin, mais en réalité, elle ne peut pas l'être.

Le Premier ministre Keir Starmer s'est déjà engagé à continuer de soutenir l'Ukraine tant que ce sera nécessaire. Du point de vue financier, nous allons dépenser trois milliards de livres sterling par an [NDLR : 3,4 milliards d'euros] jusqu'en 2030-2031. Il est essentiel de donner l'impression que cette guerre ne nous fatiguera pas et que, si la tactique de Poutine est de mener une guerre sans fin, celle-ci ne fonctionnera pas. La Russie ne peut de toute façon pas continuer sur ce rythme pour l'éternité.

Aujourd'hui, pensez-vous que les Occidentaux sont prêts à mener cette guerre sans fin, à la fois les Britanniques, les Européens et les Américains ?

Je pense que oui. En tout cas, la France et le Royaume-Uni en particulier sont prêts à faire ce qui est nécessaire : ce conflit nous est imposé, mais il touche à nos véritables intérêts sécuritaires européens. Nous ne pouvons tout simplement pas abandonner l'Ukraine et nous ne le ferons pas.

Keir Starmer, Freidrich Merz et Emmanuel Macron à la Conférence de Munich, le 13 février 2026.
Keir Starmer, Freidrich Merz et Emmanuel Macron à la Conférence de Munich, le 13 février 2026.

Vous avez été en poste plusieurs années à Moscou : pensez-vous vraiment que Vladimir Poutine peut arrêter "simplement" cette guerre, en rendant à la vie civile des centaines de milliers de combattants très éprouvés par la dureté des combats, et alors que l'économie vit aujourd'hui au rythme de la guerre ?

Sur le principe, il est très simple pour lui d'arrêter la guerre et de mettre un terme à ce flux continu de soldats qui retournent blessés chez eux. Les Russes sont de plus en plus fatigués ; il est chaque jour plus dur pour eux de trouver de nouveaux combattants ; les dépenses pour dédommager les familles des victimes en Russie deviennent exorbitantes… Vous avez raison, l'économie russe est maintenant en économie de guerre. Sur le court terme, cela lui donne peut-être de l'élan, mais ce n'est pas une économie durable. Sur le plan politique, il serait facile d'arrêter cette guerre pour Poutine, tant son influence est immense dans son pays.

Le pire serait qu'il s'arrête pour donner le temps à la Russie de se réarmer et de revenir ensuite au combat. Nous avons tous retenu la leçon de 2014. Quand nous parlons de paix, nous parlons toujours d'une paix durable et juste. Une paix qui ne serait ni juste ni durable ne vaut pas le coup : c'est la raison pour laquelle la France et le Royaume-Uni sont si engagés pour la suite des événements, en cas de cessez-le-feu.

J'étais en poste à Moscou de 1998 à 2002, durant la période de transition entre Boris Eltsine et Vladimir Poutine - une période d'espoir. Même s'il était déjà clair que Poutine voulait une Russie forte, nous aurions tous dû prendre davantage en compte les signaux qu'il envoyait, par exemple la violence avec laquelle il a "traité" la Tchétchénie. Pour connaître ses intentions, il suffit d'écouter les discours passés de Poutine sur ses ambitions de recréer un pouvoir russe : même si la guerre se terminait demain, ses objectifs ne changeraient pas. Voilà pourquoi il est important de faire en sorte, avec les garanties de sécurité, que même si son ambition ne change pas, sa capacité d'agir change.

Comment évaluez-vous le degré actuel de danger pour l'Europe, à la fois pour les pays limitrophes de la Russie, mais aussi pour la France et le Royaume-Uni ?

Le danger est réel. Il ne s'agit pas uniquement des agressions militaires contre l'Ukraine : les autres voisins de la Russie sont évidemment inquiets, mais nous voyons aussi les attaques hybrides, sur le plan des cyberattaques et des ingérences, se multiplier. Je ne parle pas d'invasion militaire, mais des actions russes qui peuvent compromettre nos institutions démocratiques. Ce sont des actes d'agression.

La semaine dernière, nous avons montré qu'Alexeï Navalny était mort empoisonné, ce qui prouve que la Russie a les capacités et la volonté de se servir d'armes chimiques, y compris sur son propre territoire. Cela s'était déjà produit à Salisbury, avant même l'invasion de 2022 [NDLR : en 2018, l'ancien agent double Sergueï Skripal et sa fille avaient été empoisonnés au Novichok dans cette ville anglaise]. La Russie a déjà montré son intention claire d'agir à l'intérieur des pays occidentaux. Tout le monde doit savoir comment se comporte ce pouvoir russe.

Cette affaire Skripal explique-t-elle le ton très résolu des Britanniques contre la Russie dès le début de la guerre en Ukraine ?

Il s'agit de l'une des raisons à l'origine de notre volontarisme. L'affaire Skripal n'était pas un acte isolé puisqu'il y avait aussi eu, entre autres, l'affaire Litvinenko [NDLR : ex-agent du FSB tué au Polonium à Londres en 2006]. Nous voyons aussi ce qu'il se passe en Europe et nous sommes très proches des Français sur cette vision du danger russe et des besoins sécuritaires du continent.

Londres et Paris ont pris la tête de la Coalition des volontaires, afin d'apporter des garanties de sécurité à l'Ukraine en cas de cessez-le-feu. Pensez-vous que nous en faisons suffisamment pour aider nos alliés ukrainiens ?

Si nous comparons la situation actuelle à 2022, en particulier pour la France et le Royaume-Uni, nous avons énormément progressé. A l'époque, nous sortions du Brexit et du Covid-19, ce n'était pas la meilleure période entre nos deux pays... La France et le Royaume-Uni se sont surtout rapprochés après l'invasion de l'Ukraine. Je suivais ce dossier à Londres et nos deux pays ont très vite retrouvé l'habitude de travailler ensemble. Quand les enjeux sont majeurs, l'Europe se tourne vers la France et le Royaume-Uni.

Les progrès sont aussi européens : il faut réaliser les changements que l'Allemagne a opérés depuis 2022, notamment sur le plan militaire. Et aussi les nouveaux membres de l'Otan, la Suède et la Finlande. Bien sûr, nous voulons tous aller plus loin, plus vite, avec cette course en Europe pour renforcer nos armées. Les discours de notre Premier ministre, de votre président et du chancelier Merz à la Conférence de Munich étaient, en ce sens, très importants.

Il reste beaucoup à faire mais, comme je l'ai dit, cette guerre se terminera par des négociations. C'est pourquoi nous soutenons les efforts américains et ukrainiens à Genève, même s'il n'est pas évident que la Russie soit prête à négocier sérieusement car, en parallèle, nous voyons ce qu'ils font aux villes ukrainiennes. C'est de pis en pis… Il est, malgré tout, de notre responsabilité d'essayer.

La fin de la guerre en Ukraine est-elle votre priorité ?

Il y en a trois : la croissance économique, le défi migratoire et les questions de sécurité – je pense notamment aux menaces que fait peser la Russie sur nos institutions démocratiques. Or, ces trois menaces ont un point commun : elles existent aussi bien au Royaume-Uni qu’en France. Pour Keir Starmer, il n’y a qu’un seul moyen de les contrer, c’est de travailler avec vous. De fait, les liens entre nos deux capitales sont très bons.

Le Royaume-Uni veut-il jouer un rôle plus important en Europe ?

Oui. Comme l’a dit Keir Starmer lors de la Conférence de Munich, nous devons "agir ensemble pour bâtir une Europe plus forte et une Alliance atlantique plus européenne, soutenue par des liens plus profonds entre le Royaume-Uni et l’Europe". Aujourd’hui, il n'y a pas de sécurité britannique sans Europe et pas de sécurité européenne sans Royaume-Uni. Et bien sûr, les deux puissances européennes les plus importantes sont nos deux pays. En créant la Coalition des volontaires, nous avons montré aux Américains que nous, Européens, étions sérieux. Nous devons maintenant réduire notre dépendance à leur égard, même si nous aurons toujours besoin de leur soutien.

Concernant les négociations de paix en Ukraine, pensez-vous que les Européens vont réussir à garder Donald Trump de leur côté ?

Pour moi, il est très clair que Donald Trump veut la paix. Et c’est quelqu’un qui aime négocier. Ces deux éléments sont cruciaux. Si nous lui montrons que l'Europe est prête à assumer ses responsabilités, je pense que oui, nous parviendrons à le garder de notre côté.

© PRESS ASSOCIATION IMAGES/MAXPPP

Le nouvel ambassadeur britannique à Paris, Sir Thomas Drew.

Un "sabotage politique" : l'UE accuse la Hongrie de saper le soutien à l'Ukraine

23 février 2026 à 21:56

Les dirigeants européens ont accusé la Hongrie de saboter le soutien à l'Ukraine, à la veille du quatrième anniversaire de l'invasion russe, après le blocage par Budapest de nouvelles sanctions contre Moscou. Ce lundi 23 février, l'Allemagne, la France et d'autres Etats membres de l'Union européenne (UE) n'ont pas réussi à convaincre le gouvernement de Viktor Orban d'approuver un nouveau train de sanctions ni un prêt de 90 milliards d'euros destiné à aider Kiev à répondre à ses besoins militaires et financiers.

"C'est un revers et un message que nous ne voulions pas envoyer aujourd'hui mais le travail continue", a déclaré la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, à l'issue d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne à Bruxelles.

L'incompréhension est d'autant plus vive que le blocage hongrois intervient malgré un accord trouvé en décembre par les dirigeants européens. "Une décision prise par le Conseil européen doit être respectée. Lorsque des dirigeants parviennent à un consensus, ils sont liés par leur décision. Tout manquement à cet engagement constitue une atteinte au principe de coopération loyale", a écrit Antonio Costa, président du Conseil européen, dans une lettre adressée à Viktor Orban et consultée par Reuters. "Aucun Etat membre ne peut être autorisé à saper la crédibilité des décisions prises collectivement par le Conseil européen", a-t-il ajouté. "Il est vraiment regrettable que la décision à laquelle tous les pays sont parvenus au Conseil européen, tous les dirigeants, fasse maintenant l'objet d'un revirement", a ajouté Kaja Kallas. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a, lui, qualifié les agissements de Budapest de "sabotage politique".

Un différend énergétique

La Hongrie avait annoncé dès ce week-end son intention de bloquer cette adoption. Une manière de punir l'Ukraine pour les retards dans la reprise de l'acheminement du pétrole russe vers la Hongrie via l'oléoduc Droujba, infrastructure datant de l'époque soviétique.

Le sort de cet oléoduc, qui approvisionnait la Hongrie et la Slovaquie en pétrole russe jusqu'à son arrêt le mois dernier après une énième attaque de l'armée russe contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes, empoisonne les relations entre Kiev et les dirigeants hongrois et slovaques, ouvertement pro-russes. Ces deux derniers accusent l'Ukraine d'empêcher la réouverture de l'oléoduc qui, selon Kiev, a été endommagé par des frappes russes. En représailles, le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a annoncé lundi soir l'arrêt des livraisons d'électricité d'urgence à l'Ukraine.

Un choix entre "la guerre ou la paix"

Le Premier ministre hongrois a assuré pendant le week-end qu'il bloquerait, pour les mêmes raisons, l'adoption d'un prêt de 90 milliards d'euros en faveur de l'Ukraine. Viktor Orban, qui entretient des relations chaleureuses avec la Russie, fait du conflit entre Moscou et Kiev un élément central de sa campagne en vue des élections du 12 avril. Il avait présenté le vote de lundi comme un choix radical entre "la guerre ou la paix" et affirmé que ses rivaux, donnés en tête par les sondages d'intention de vote, entraîneraient la Hongrie dans le conflit.

Si les Etats-Unis tentent de négocier un accord de paix entre la Russie et l’Ukraine, les progrès se font attendre. Les dernières discussions menées par Washington, qui se sont tenues à Genève les 17 et 18 février, n'ont débouché sur aucune avancée significative. Une nouvelle série de pourparlers visant à mettre fin à la guerre en Ukraine pourrait avoir lieu à la fin de cette semaine, a déclaré lundi le chef de cabinet du président Volodymyr Zelensky aux médias ukrainiens.

© via REUTERS

Budapest avait annoncé dès ce week-end son intention de bloquer cette adoption, tant qu'elle n'aura pas obtenu la reprise des livraisons de pétrole russe via un oléoduc actuellement endommagé et traversant l'Ukraine.

Affaire Epstein : Peter Mandelson, ex-ministre et ambassadeur britannique, a été arrêté

24 février 2026 à 06:26

Nouveau coup de tonnerre à Londres. L'ancien ambassadeur britannique aux États-Unis, Peter Mandelson, sous le coup d'une enquête en raison de ses liens avec le prédateur sexuel Jeffrey Epstein, a été arrêté, lundi 23 février, par la police à son domicile, avant d'être libéré sous caution ce mardi.

La police n'a pas donné l'identité de la personne interpellée mais a précisé dans un communiqué avoir arrêté un homme de 72 ans, l'âge de Peter Mandelson, soupçonné de manquement présumé au devoir de probité dans l'exercice de ses fonctions publiques.

Peter Mandelson a été relevé de ses fonctions en septembre dernier à la suite d'une première salve de révélations dans l'affaire Epstein. Il a depuis été déchu de son titre de "lord" et a quitté le Parti travailliste. Le quotidien britannique The Times a rapporté précédemment que des policiers s'étaient rendus au domicile de Peter Mandelson pour procéder à son arrestation. Nommé ambassadeur aux États-Unis par le Premier ministre Keir Starmer en février 2025, il aurait notamment communiqué au prédateur sexuel, mort en prison en 2019, des informations relatives à d’éventuelles cessions d’actifs britanniques.

De nombreux courriers échangés

Des courriels échangés entre Mandelson et Epstein, publiés par le ministère américain de la Justice fin janvier, ont révélé que les deux hommes entretenaient une relation plus étroite qu'on ne le savait publiquement, et que Mandelson avait partagé des informations avec le financier lorsqu'il était ministre dans le gouvernement de l'ancien Premier ministre Gordon Brown en 2009.

Si Peter Mandelson dit regretter "profondément" ses liens avec Epstein, il n'a fait aucun commentaire public et n'a pas répondu aux demandes d'interrogatoire concernant les dernières révélations. Les domiciles de Mandelson à Londres et dans l'ouest de l'Angleterre ont été perquisitionnés par la police au début du mois. "Il a été arrêté à une adresse de Camden le lundi 23 février et conduit dans un commissariat londonien pour être interrogé", a indiqué la police dans un communiqué.

La suite d'un scandale politique

Les liens de Peter Mandelson avec Jeffrey Epstein sont au cœur d'un scandale politique britannique qui a entraîné la démission de deux hauts responsables gouvernementaux. Keir Starmer fait l'objet d'un examen plus approfondi depuis que le Parlement a ordonné la publication de documents relatifs à son enquête de moralité. Un ministre a déclaré lundi que les premiers documents devraient être publiés début mars.

Par ailleurs, l'affaire Epstein a également éclaboussé la couronne britannique. La semaine dernière, Andrew Mountbatten-Windsor, le frère cadet du roi Charles, a également été arrêté, soupçonné d'abus de pouvoir, à la suite d'accusations distinctes selon lesquelles il aurait transmis des documents gouvernementaux confidentiels à Jeffrey Epstein. Il a toujours nié toute malversation.

© REUTERS

L'ancien ambassadeur britannique aux États-Unis, Peter Mandelson, monte dans un véhicule devant une résidence, après l'ouverture d'une enquête pour abus de fonction par la police suite à la publication de documents du département de la Justice américain liés au défunt financier et délinquant sexuel condamné Jeffrey Epstein, à Londres, le 14 février 2026.

A quelques mois du Mondial 2026, le Mexique face au défi sécuritaire des cartels

23 février 2026 à 19:32

À quelques mois de la Coupe du monde 2026, le défi sécuritaire s’impose comme l’une des principales inquiétudes du Mexique. Les violences déclenchées cette semaine par des membres du cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG) après la mort de leur chef, Nemesio Oseguera Cervantes, dit "El Mencho", rappellent la fragilité du contexte dans un pays qui s’apprête à accueillir des dizaines de milliers de supporters venus du monde entier. La vague d’attaques — incendies de commerces, barricades enflammées et blocages routiers — a touché une vingtaine d’États, dont Jalisco, où se situe Guadalajara, l’une des villes hôtes du Mondial.

Dans la foulée de l’opération ayant conduit à la mort d’El Mencho, les autorités ont déclenché un plan d’alerte rouge dans la région. Bars et restaurants ont fermé, plusieurs matchs de football ont été reportés et la vie quotidienne s’est retrouvée paralysée. Ces "narcobloqueos", une tactique régulièrement utilisée par les cartels, consistent à réquisitionner et incendier bus ou taxis pour bloquer les axes routiers.

À l’approche de la grande messe du ballon rond, ces événements ont ravivé des souvenirs douloureux, notamment la fusillade de 2011 près du stade Corona de Santos Laguna, dans le nord du pays. Selon The Guardian, cet épisode avait provoqué la fuite de joueurs et de supporters vers les vestiaires, illustrant la vulnérabilité du football face à la violence du crime organisé. La question sécuritaire est d’autant plus sensible que Guadalajara doit accueillir quatre matchs de la Coupe du monde 2026 dans son stade d’environ 48 000 places.

La crainte d'infiltration de réseaux criminels étrangers

Les autorités mexicaines comptaient pourtant sur un dispositif massif de surveillance pour l'occasion : plus de 2 000 caméras, l’usage de drones, de systèmes anti-drones, ainsi que le déploiement de la Garde nationale et de l’armée dans la zone métropolitaine. Le Mexique se serait d'ailleurs vanté, selon nos confrères du Figaro, de la qualité de ses voitures blindées, idéales pour transporter les joueurs et le personnel de la Fédération internationale de football association (FIFA). Dans l’industrie de la sécurité privée, l’augmentation de la violence avait créé un secteur économique prospère.

Selon des responsables de la sécurité de l’État de Jalisco, le pays reste également en état d’alerte face à la possible infiltration de réseaux criminels étrangers. Les autorités s’inquiètent notamment de l’arrivée de ressortissants colombiens, certains anciens militaires ou ex-guérilleros, dont l’implication dans des groupes criminels mexicains a été observée ces dernières années, notamment depuis le démantèlement partiel des FARC en 2017 et la réduction du budget militaire colombien, rappelle Le Parisien. Les cartels pourraient profiter de l’afflux touristique lié au Mondial.

"Le cadre nécessaire pour les supporters et les équipes"

Au niveau diplomatique, la question sécuritaire dépasse les seules frontières du Mexique. Selon des informations rapportées par le Guardian, des discussions auraient eu lieu avec les États-Unis afin de limiter les opérations contre certains chefs de cartel durant le tournoi, pour éviter un scénario de violence massive. Toutefois, la décision d’éliminer El Mencho cette semaine semble montrer qu’une autre stratégie a été privilégiée.

La FIFA affiche de son côté sa confiance. En novembre 2025, Jürgen Mainka, son directeur exécutif au Mexique, avait affirmé travailler depuis plusieurs années avec les autorités mexicaines et nord-américaines pour préparer les protocoles de sécurité. "Nous sommes absolument certains que tous les plans mis en œuvre fourniront le cadre nécessaire pour les supporters et les équipes", avait-il voulu rassurer. Certains experts, plus optimistes, estiment que les cartels pourraient limiter les attaques spectaculaires durant le tournoi, voire bénéficier d’une forme de statu quo tacite avec les autorités en échange d’une relative accalmie pendant la compétition. Réponse cet été.

© REUTERS

Les journaux nationaux font état de la vague de violence au Mexique.

En cas de frappes américaines, l'Iran pourrait ordonner des attaques à l'étranger, y compris en Europe

23 février 2026 à 19:03

Des membres des services de sécurité américains et d'autres pays occidentaux ont confié au New York Times qu'ils observent des signaux de plus en plus inquiétants, indiquant que l'Iran pourrait ordonner des attaques terroristes par l'intermédiaire de ses proxys : le Hezbollah, les Houthis et possiblement Al-Qaïda - principalement. Téhéran pourrait ordonner d'attaquer des cibles américaines sur le sol européen et au Moyen-Orient, si Donald Trump ordonnait des frappes à grande échelle contre le pays.

Une perspective dont s'alerte Colin Clarke, directeur exécutif du Soufan Center, société de renseignement et de conseil, devant les journalistes du titre new-yorkais. "L'Iran peut œuvrer à travers ses proxys pour mener des attaques terroristes, ce qui augmenterait le coût de chaque intervention militaire américaine". D'autant plus que, malgré la surveillance accrue de Washington, il reste difficile d'identifier ce qui pourrait provoquer un passage à l'acte de Téhéran.

Selon les mêmes responsables de sécurité sondés par le média, aucun complot en cours d'élaboration n'aurait été détecté. Toutefois, une intensification des "chatter" - terme issu du jargon des services secrets pour désigner l'interception électronique des communications des terroristes - laisse présager un certain niveau de planification et de coordination des attaques.

Une menace existentielle ?

Quant aux menaces, elles abondent. La crainte des responsables du renseignement et de la lutte contre le terrorisme : que "Téhéran recrute les Houthis au Yémen pour reprendre les attaques contre les navires occidentaux dans la mer Rouge", peut-on lire dans les colonnes du titre américain. Les Européens, eux, s'inquiètent plutôt de voir les "cellules dormantes" du Hezbollah libanais, voire d'Al-Qaïda émerger sur ordre d'attaquer des bases ou des ambassades américaines.

Ce climat d'incertitude complexifie les plans d'opération militaire de l'administration Trump, dont les objectifs demeurent ambigus. Le champ d'action de la Maison-Blanche va de frappes limitées contre des cibles militaires iraniennes au renversement du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei. Une situation qui plonge Téhéran dans le flou et pourrait ainsi mener son "gouvernement à considérer une offensive menée par les États-Unis comme une menace existentielle" analyse le New York Times, ajoutant qu'une escalade des offensives entre l'Iran et les Etats-Unis est envisageable. Conscient du risque d'escalade dans la région, le Pentagone a déployé en urgence des batteries Patriot supplémentaires et d'autres systèmes de défense antimissile afin de protéger les 30 000 à 40 000 soldats américains stationnés dans la région.

Même son de cloche du côté de Colin Clarke : "Si la campagne militaire américaine contre l'Iran constitue une menace existentielle contre l'ayatollah et les membres les plus hauts placés des gardiens de la révolution, je m'attendrais à ce que Téhéran ordonne des attaques terroristes à l'étranger, y compris en Europe". Un danger qui n'échappe pas aux responsables politiques américains.

Risquer de "causer du tort à tous les Américains"

Vendredi 20 février, le sénateur démocrate Jack Reed tirait la sonnette d'alarme. "Des frappes militaires contre l'Iran risqueraient d'enflammer le conflit régional, ce qui mettrait en danger les soldats américains stationnés au Moyen-Orient et déstabiliserait les marchés mondiaux de manière à causer du tort à tous les Américains", a-t-il déclaré, urgeant Donald Trump à consulter les citoyens avant de poursuivre son entreprise martiale. Car si les proxys iraniens sont affaiblis dans le périmètre limitrophe d'Israël, ils conservent une capacité d'action dans d'autres périmètres plus éloignés.

Et cette nouvelle menace arrive alors que les services militaires et antiterroristes occidentaux sont déjà débordés par les rumeurs d'une possible attaque terroriste d'Al-Qaïda en Europe, détaille le New York Times. "Les ambitions d'Al-Qaïda en matière d'opérations extérieures restent élevées et pourraient même s'accroître", conclut ce mois-ci une évaluation antiterroriste du Conseil de sécurité des Nations Unies. Et selon un rapport antiterroriste du Conseil de sécurité des Nations Unies, Saif al-Adel, chef de facto d’Al-Qaïda en Iran, a ordonné à deux de ses principaux lieutenants de "réactiver des cellules en Irak, en République arabe syrienne, en Libye et en Europe".

© via REUTERS

Le guide suprême iranien Ali Khamenei à Téhéran, le 17 janvier 2026.

Comment un ex-chauffeur de taxi est devenu un acteur clé de la campagne de sabotage russe en Europe

23 février 2026 à 16:35

La campagne de sabotage menée par le Kremlin contre les alliés européens de l'Ukraine s'intensifie. Incendies criminels, engins explosifs artisanaux, projets d'attaques contre des avions cargo : selon des responsables occidentaux, ces opérations relèvent d'une guerre clandestine orchestrée par les services de renseignement russes. Et, au coeur de plusieurs de ces complots, apparaît un profil inattendu, selon le New York Times : celui d'un ancien chauffeur de taxi russe de 42 ans, Aleksei Vladimirovich Kolosovsky.

Rien, en apparence, ne prédestinait cet homme à jouer un rôle dans ce conflit de l'ombre. Le New York Times retrace son profil : installé dans la région de Krasnodar, dans le sud de la Russie, il semble vivre modestement. Souvent endetté, selon des services de sécurité européens, il expose sur les réseaux sociaux des photos de voitures sans prétention. Sa dernière publication remonte au 15 décembre 2020, jour de son anniversaire. Une photo avec sa mère.

Pourtant, d'après des documents judiciaires et des entretiens avec plus d'une douzaine de responsables de la sécurité dans cinq pays européens, Aleksei Vladimirovich Kolosovsky, il est devenu un "acteur clé" d'une nouvelle forme de guerre non conventionnelle, rappelle le New York Times. Non pas un officier formé ou un agent infiltré, mais un prestataire de services travaillant en étroite collaboration avec des officiers du GRU, le renseignement militaire russe, notamment ceux chargés des opérations de sabotage.

Un chauffeur lié à des groupes criminels

Les services occidentaux l’ont lié à des groupes criminels actifs dans le piratage informatique, la vente de faux papiers d’identité, la contrebande et le vol de voitures. Il aurait été en contact avec Daniil Oleynik, alias "Wasp Killer", un voleur de véhicules arrêté en Italie puis extradé vers l’Ukraine en août 2024. Une chaîne Telegram associée aux deux hommes servait à extorquer des rançons à des victimes de vols de véhicules. Les numéros de téléphone de Kolosovsky apparaissent également dans des réseaux impliqués dans la divulgation de données personnelles et la vente de matériel destiné au vol automobile.

Sous l’alias "LexTER", le quadragénaire évoluait dans ces sphères hybrides, à la frontière du crime organisé et de la cybercriminalité. Il aurait aussi été associé au collectif de hackers KillNet, selon les autorités de sécurité d'un pays européen. Depuis sa base de Krasnodar, il aurait supervisé la planification logistique d’attaques en Pologne, en Lituanie, au Royaume-Uni et en Allemagne. Selon des services de sécurité de deux pays occidentaux, il orchestrerait la livraison de détonateurs et de matériel explosif dans des consignes de gares, récupérés ensuite par des recrues, parfois à leur insu.

Incendie en Pologne, IKEA en Lituanie...

Le 8 mai 2024, l’adolescent ukrainien Daniil Bardadim dépose un engin incendiaire équipé d’un minuteur dans le rayon literie d’un magasin IKEA à Vilnius. L’explosion se produit dans la nuit, aux premières heures du 9 mai — date où est célébrée à Moscou la victoire de 1945 — un choix que l’accusation estime délibéré. Au même moment, un autre groupe présenté comme lié à Aleksei Kolosovsky provoque un incendie près de Varsovie, qui détruit plus d’un millier de commerces. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, affirme alors que les services russes en sont "avec certitude" responsables.

Pourquoi miser sur de tels profils ? Depuis l’invasion de l’Ukraine, plus de 750 diplomates russes ont été expulsés d’Europe, "dont la grande majorité sont des espions", d'après le directeur du MI5, Ken McCallum, cité par le New York Times. Privés d’une partie de leurs relais officiels, les services russes doivent adapter leurs méthodes. Dans ce contexte, le recours à des intermédiaires issus du milieu criminel — dotés de contacts en Europe et capables d’y circuler sans éveiller les soupçons — apparaît comme une solution pragmatique.

En 2021, l'ex-chauffeur de taxi aurait été brièvement détenu par les autorités russes, une période durant laquelle des services de sécurité estiment qu’il a pu être recruté, toujours selon le New York Times. Des signes de difficultés financières auraient également été observés. Il aurait parfois avancé ses propres fonds pour certaines opérations, cherchant ensuite à se rémunérer sur les budgets alloués. Une chose est sûre : le cas de cet ex-chauffeur de taxi illustre que le sabotage ne relève plus uniquement d'unités militaires professionnelles.

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Des membres de la garde d'honneur de la flotte de la mer Noire de la marine russe participent à une cérémonie commémorant la Journée du défenseur de la patrie à Sébastopol, en Crimée, le 23 février 2026.

Mexique : l'ombre des Etats-Unis derrière la mort du narcotrafiquant "El Mencho"

23 février 2026 à 14:01

Depuis ce dimanche 22 février, le Mexique est en proie à une vague de violence faisant suite à la mort d'un puissant baron de la drogue lors d’une opération militaire : Nemesio Oseguera, alias "El Mencho". Le patron du Cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG) faisait partie des narcotrafiquants les plus recherchés, non seulement par son pays, mais aussi par les Etats-Unis qui avaient mis sa tête à prix : 15 millions de dollars pour toute information menant à sa capture. Ce week-end, la collaboration entre Washington et Mexico a conduit à l'élimination de l'ancien policier devenu bandit.

C'est une toute nouvelle force opérationnelle, dirigée par l'armée américaine et spécialisée dans la collecte de renseignements sur les cartels de la drogue, qui a joué un rôle dans le raid militaire mexicain de dimanche. L'unité, qui a été baptisée Joint Interagency Task Force-Counter Cartel - Groupe de travail interagences conjoint de lutte contre les cartels, en français - regroupe plusieurs agences gouvernementales. Elle n'a été officiellement lancée que le mois dernier, a confié un responsable américain de la défense à Reuters. Son rôle : cartographier les réseaux des membres des cartels des deux côtés de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Toutefois, si le groupe de travail américain était bien impliqué, l'assaut visant "El Mencho" était une opération strictement mexicaine, a insisté l'informé.

Selon une autre source anonyme - qui n'a pas directement fait référence à la force opérationnelle - les Etats-Unis avaient compilé un dossier détaillé sur El Mencho, alimenté par les informations de leurs forces de l'ordre et de leurs services de renseignement. Cette documentation a ensuite été transmise au gouvernement mexicain pour son opération. Déclaration confirmée par le ministère mexicain de la Défense qui a précisé que les autorités américaines avaient fourni des "informations complémentaires". Une source de l'exécutif mexicain a elle aussi souligné qu'aucun militaire américain n'avait été physiquement impliqué.

Une "surveillance probablement illimitée"

En 2025, Donald Trump a fait inscrire plusieurs cartels sur la liste des organisations terroristes. Une décision qui a toute son importance, souligne auprès de Reuters Jack Riley, ancien haut responsable de la Drug Enforcement Administration - l'agence fédérale chargée de la lutte contre le trafic de drogue. Selon l'ex-agent qui a participé à l'arrestation d'El Chapo, cette qualification permet d'ouvrir la voie à de nouvelles opérations militaires et de fluidifier les missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance. "Nos capacités de surveillance seront probablement illimitées, ce qui sera très utile pour les opérations en temps réel", se réjouit-il.

Avant l'opération mexicaine de dimanche, un autre responsable américain de la défense avait expliqué à l'agence de presse que la Joint Interagency Task Force-Counter Cartel s'inscrivait dans une stratégie américaine plus large de lutte contre le trafic de drogue. C'est pour cette raison que l'armée américaine prend de plus en plus le contrôle opérationnel de la frontière avec le Mexique. Les frappes - désormais régulières - contre les bateaux soupçonnés de transporter de la drogue dans les eaux des Caraïbes et du Pacifique, font partie de cette nouvelle approche de lutte contre le narcotrafic.

Le Mexique sous pression américaine

Une escalade dans la lutte américaine contre le trafic de drogue, à laquelle le Mexique n'a pas échappé. Sa présidente, Claudia Sheinbaum, subit une pression croissante de la part de Washington pour intensifier son offensive contre les cartels de la drogue. La Maison-Blanche accuse ces derniers de produire et de faire passer clandestinement des stupéfiants, en particulier le fentanyl, à la frontière américaine.

Si le raid de dimanche était initialement destiné à arrêter El Mencho, Washington n'a pas tardé à célébrer son décès à l'hôpital, des suites des blessures reçues durant sa capture. Karoline Leavitt, la porte-parole de la Maison-Blanche, a déclaré que l'administration Trump "félicite et remercie l'armée mexicaine pour sa coopération et la réussite de cette opération". Quant au secrétaire d'État adjoint et ancien ambassadeur américain au Mexique, Christopher Landau, il a qualifié la mort du baron de la drogue "d'avancée majeure" pour les États-Unis et le Mexique, ainsi que pour le reste de l'Amérique latine.

Depuis l'annonce de la mort d'El Mencho, des membres du cartel CJNG bloquent les autoroutes, incendient voitures et commerces, paralysant plus de 12 Etats du pays. Au-delà du trafic de drogue, l'organisation criminelle est réputée pour des extorsions, du trafic d'êtres humains et le recours aux drones pour attaquer des civils. Les Etats-Unis, mais aussi la France, ont appelé leurs ressortissants à se mettre à l'abri et à limiter leurs déplacements.

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La Garde nationale mexicaine patrouille dans les rues d'Acapulco après la mort du baron de la drogue "El Mencho", le 22 février 2026.

Groenland : comment Donald Trump a ravivé les tensions en proposant d'envoyer un navire-hôpital

23 février 2026 à 13:19

"Encore une journée. Encore une histoire complètement dingue". Malgré l'émoji souriant qui accompagne son post sur les réseaux sociaux, Aaja Chemnitz, députée du Groenland, ne cache pas sa désolation face aux polémiques répétées provoquées par le président américain. Dernière en date : la proposition de Donald Trump, samedi 21 février, d'envoyer un navire-hôpital vers le territoire arctique. Pourtant, le Groenland ne traverse pas de crise humanitaire et son système de santé, public, est probablement bien plus accessible que le système américain. La déclaration des Etats-Unis pourrait donc prêter à sourire, si le contexte n'était pas à l'escalade avec ce territoire, rattaché au royaume du Danemark.

La manœuvre de Donald Trump, opportuniste, intervient après l'annonce par le Commandement arctique interarmées, samedi, de l'évacuation d'un membre d'équipage d'un sous-marin américain naviguant dans les eaux groenlandaises, et nécessitant des soins médicaux urgents. Le citoyen américain a été transféré aux autorités sanitaires groenlandaises et transporté à l'hôpital de Nuuk, la capitale. "L'évacuation a eu lieu dans les eaux territoriales groenlandaises, à 7 milles nautiques au large de Nuuk. Elle a été effectuée par l'hélicoptère Seahawk de la Défense danoise, déployé depuis le navire d'inspection Vædderen", rapporte le Washington Post.

Une nouvelle à laquelle a aussitôt réagi Donald Trump : "Nous allons envoyer un formidable navire-hôpital au Groenland pour soigner les nombreux malades qui n'y reçoivent aucun soin. Il est en route !", a publié le président américain dans la foulée, sur son réseau social. La publication était accompagnée d'une illustration, vraisemblablement générée par intelligence artificielle, montrant l'USNS Mercy naviguant vers l'Arctique. Pourtant, le Groenland et le Danemark disposent bien de systèmes de santé souverains et opérationnels.

Nouvelle provocation

"Non merci", ont rétorqué les autorités de l'île arctique, qui n'ont pas réclamé d'intervention humanitaire américaine, et déclaré qu'elles ne l'accueilleraient pas favorablement. "L’idée du président Trump d’envoyer un navire-hôpital américain au Groenland a été prise en compte. Mais nous avons un système de santé publique où les soins sont gratuits pour tous les citoyens", a déclaré le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, cité par CNN. "C’est un choix délibéré, et un pilier de notre société. Ce n’est pas ainsi que cela fonctionne aux États-Unis, où consulter un médecin est payant".

La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, en a rajouté une couche sur Facebook, dimanche, affirmant qu'elle était "heureuse de vivre dans un pays où l'accès aux soins de santé est égal pour tous. Où ce ne sont ni les assurances ni la richesse qui déterminent si l'on reçoit un traitement approprié", a-t-elle ajouté selon l'Associated Press.

Fait encore plus ironique : aucun des deux navires-hôpitaux américains (déployés en cas de catastrophe ou d'opérations humanitaires), ne semble actuellement en mesure de naviguer vers le Groenland. Selon le site de suivi des navires Marinetraffic.com, l'USNS Mercy est amarré dans l'Alabama, au même endroit où se trouvait l'USNS Comfort en début du mois. En effet, en 2025, le Pentagone avait annoncé des travaux de maintenance sur les bateaux, rendant les deux navires inopérationnels au moins jusqu'à la fin du premier semestre 2026 environ, selon le Washington Post.

Le message publié samedi par Donald Trump sur Truth Social intervient alors que le républicain menace depuis des mois de s'emparer du Groenland, jugé stratégique pour la sécurité nationale des Etats-Unis. Face à la levée de boucliers suscitée chez les alliés européens, la Maison-Blanche avait finalement reculé fin janvier, déclarant que les États-Unis chercheraient plutôt à conclure des accords stratégiques avec le Danemark.

Néanmoins, cette nouvelle provocation laisse penser que Donald Trump n'a pas mis de côté cette obsession. Le Groenland est "ouvert au dialogue et à la coopération", a redit son Premier ministre, Jens-Frederik Nielsen. "Mais je vous prie de nous parler au lieu de faire des déclarations plus ou moins aléatoires sur les réseaux sociaux".

© picture alliance / Consolidated / Maxppp

L'USNS Mercy, l'un des deux navires-hôpitaux américains, arrive à Los Angeles le 27 mars 2020.

24 février 2022, le moment churchillien de Volodymyr Zelensky, par Manuel Valls

23 février 2026 à 12:00

Ce 24 février entraîne l’Ukraine dans sa cinquième année de guerre contre l’agression russe. Un conflit qui mêle les tranchées de 1914-1918 et les technologies du XXIe siècle. Les victimes se comptent par centaines de milliers. Des crimes de guerre ont été perpétrés par les troupes de Vladimir Poutine. Le front bouge à peine.

Au cœur de cette épreuve se tient un homme : Volodymyr Zelensky. Le 24 février 2022, il avait deux options : fuir ou rester. Il est resté. Aux Américains qui lui proposaient l’exfiltration, il répondit : "Je n'ai pas besoin d'un taxi, j'ai besoin de munitions." Ce choix fut son acte fondateur. À cet instant, l’acteur est devenu chef de guerre et homme d’État.

Refus d'une paix humiliante

Ne nous trompons pas. Volodymyr Zelensky n’est pas un héros immaculé. Son ascension politique fut marquée par des ambiguïtés et des promesses inabouties. Mais l’épreuve révèle les hommes. Elle les dépasse ou les élève. Chez lui, elle a produit une métamorphose. Le président contesté est devenu le symbole d’une nation en armes. Son visage s’est durci. Sa parole s’est ancrée. Il n’y avait plus d’écart entre ce qu’il disait et ce qu’il incarnait.

Il continue de parler chaque jour à son peuple, dans une société ultra-connectée où l’État, l’armée et la société coopèrent jusque dans le cyberespace. L’Ukraine mobilise ses ingénieurs, ses entreprises, ses start-up. Elle innove dans la guerre des drones qu’elle produit par millions. Ce n’est pas seulement une armée qui résiste, peut-être la première en Europe, c’est une société, certes épuisée par la guerre et les privations, qui tient.

Volodymyr Zelensky résiste à Moscou contrairement aux pronostics de Donald Trump et de certains en France toujours fascinés par la brutalité impériale. Il refuse une paix humiliante. Face aux pressions de Washington, il n’a pas plié. Il a rappelé que la sécurité ne se négocie pas comme un contrat commercial. Dans cette attitude, il y a quelque chose de profondément churchillien. En 1940, le Premier ministre britannique Winston Churchill refuse la politique d’apaisement. Il choisit la guerre longue plutôt qu’une paix déshonorante. Il dit la vérité à son peuple. Il assume le tragique de l’Histoire.

Aujourd’hui, l’esprit de Volodymyr Zelensky est le même : ne pas céder au chantage, ne pas confondre prudence et renoncement, préférer la dignité toujours. C’est là que l’Europe est mise à l’épreuve. Nous avons hésité, parfois zigzagué. Mais nous avons aussi en 2025 compensé en partie le retrait financier américain. Aujourd’hui, nous n’avons plus le choix.

Le destin de l'Europe

Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a acté un basculement stratégique. La doctrine du "burden-shifting" ("transfert de charge") est assumée : aux Européens de payer, à eux de se défendre. À Davos, les doutes sur la solidité de l’engagement américain ont éclaté au grand jour. La perspective d’une paix négociée entre Washington et Moscou qui entérinerait non seulement les gains territoriaux russes dans le Donbass et en Crimée mais qui contraindrait également Kyiv à un repli stratégique suicidaire ne serait pas seulement la défaite de l’Ukraine. Ce serait celle de l’Europe. Car l’issue de cette guerre déterminera notre destin pour le XXIe siècle : notre crédibilité stratégique, la survie de notre modèle démocratique, notre capacité à exister dans un monde brutal.

Certains proposent de reparler à Vladimir Poutine. Pourquoi pas ? Donald Trump le fait bien. Mais pour lui dire quoi ? Il faut que ce soit utile, sans se faire manipuler par quelqu’un qui ment en permanence, sans se décrédibiliser une nouvelle fois. Il faudra lui dire – et ce n’est pas négociable – que l’Ukraine a pour destin de devenir très vite membre de l’Union européenne. Cette perspective fait peur à Moscou, car les Russes verront que leur voisin ukrainien se consolide en pays démocratique et prospère. Et il faudra aussi lui rappeler que la Russie et l’Europe doivent vivre ensemble et reconstruire un ordre commun de sécurité.

Mais avant tout, face à un Vladimir Poutine qui ne comprend que cela, il faut rétablir le rapport de force. Réarmement, coopération industrielle, souveraineté énergétique, défense intégrée sont des nécessités. Voilà l’enjeu. Dire aux Européens et aux Français que la liberté a un coût. Assumer les sacrifices, le prix de la guerre. Redonner du sens au projet européen.

Car le visage de l’Europe aujourd’hui a les traits fatigués d’un président en treillis à Kyiv. Volodymyr Zelensky incarne ce que nous devons redevenir : une société qui se défend. En 1940, le sort du continent s’est joué à Londres. Depuis 2022, il se joue à Kyiv. Si l’Ukraine cède, l’Europe s’efface. Si elle tient, c’est notre liberté qui tient avec elle.

© REUTERS

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky observe lors d'une visite dans les locaux du fabricant allemand de drones Quantum Systems, en marge de la conférence annuelle sur la sécurité de Munich (MSC), près de Munich, en Allemagne, le 13 février 2026.

Iran : cet accord secret conclu avec la Russie pour l’achat de missiles portables

23 février 2026 à 10:30

C'est un pas supplémentaire dans la coopération militaire entre la Russie et l'Iran. Selon le Financial Times, Téhéran a conclu en décembre dernier un accord secret avec Moscou pour l'achat de milliers de missiles portables de pointe. Cette transaction vise à renforcer les défenses aériennes iraniennes, mises à mal par la guerre des 12 jours en juin dernier, contre Israël et les Etats-Unis.

La Russie s'est ainsi engagée à livrer 500 unités de lancement portables "Verba" et 2 500 missiles "9M336" sur trois ans, pour un montant de 495 millions d'euros. Ce système de défense aérien est l'un des modèles russes les plus sophistiqués à l'heure actuelle. Il s'agit "d'un missile à guidage infrarouge tiré à l'épaule, capable de cibler les missiles de croisière, les aéronefs volant à basse altitude et les drones", explique le Financial Times. L'accord comprend également la livraison de 500 viseurs nocturnes "Mowgli-2".

Renforcer la défense aérienne

Ce système, qui vise à être exploité par de petites unités mobiles, est moins vulnérable aux frappes que des installations fixes. Il permet de créer rapidement des défenses au sol. "Fourni aux bonnes personnes au bon moment, il peut causer d'énormes dégâts", analyse auprès du FT Ruslan Pukhov, expert militaire au sein d'un groupe de réflexion basé à Moscou. De plus, son utilisation ne nécessite pas de formation poussée. A noter cependant qu'en dépit de ces avantages, l'emploi des systèmes Verba n'a eu jusqu'ici qu'un rôle limité dans la défense russe contre les attaques de drones ukrainiens.

Pour rappel, les trois principales installations nucléaires iraniennes ont subi d'importants dégâts, et le réseau de défense aérienne a été considérablement endommagé lors de la guerre des 12 jours. En janvier, l'Iran s'est aussi procuré plusieurs hélicoptères d'attaque russes Mi-28.

L'accord portant sur les missiles portables a été signé entre Rosoboronexport, l'agence d'Etat du Kremlin chargée des exportations d'armes, et le représentant à Moscou du ministère iranien de la Défense. L'ambassadeur d'Iran à Moscou a confirmé cette semaine plusieurs transports de livraisons militaires en provenance de la Russie. Moscou fournit déjà à Téhéran du matériel de brouillage des communications, des satellites de géolocalisation et des équipements radio.

Ces révélations surviennent alors qu'un important dispositif militaire américain se dirige vers l'Iran, et que les Etats-Unis menacent Téhéran de frappes en cas de refus par le gouvernement des ayatollahs des restrictions concernant son programme nucléaire.

Coopération militaire limitée

De son côté, Téhéran fournit à Moscou des drones Shahed pour sa guerre en Ukraine, ou encore des missiles balistiques à courte portée Fath-360. Les deux pays ont également signé un traité renforçant leurs relations bilatérales en janvier 2025, et ont mené des exercices navals conjoints.

La Russie voit probablement dans cet accord une façon de se racheter, après avoir refusé de venir en aide à son allié pendant la guerre des douze jours. "Ils veulent que l'Iran reste leur partenaire. Et même s'ils ne peuvent pas réagir en pleine crise, ils vont gérer la crise après coup pour tenter de rétablir la relation" a déclaré un ancien haut responsable américain auprès du journal économique britannique.

"L'Iran est un partenaire important pour Moscou à ne pas perdre, surtout après la destitution par les États-Unis de Nicolas Maduro au Venezuela, un autre allié de la Russie", analyse de son côté le Wall Street Journal. "Mais il est peu probable que le président russe Vladimir Poutine vienne en aide à Khamenei si les frappes américaines semblent sur le point de le renverser". "Ils n'ont pas d'intérêt stratégique suffisamment important en Iran pour justifier une guerre contre les États-Unis à ce sujet", renchérit Alexander Palmer, chercheur au Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS), basé à Washington.

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Un utilisateur d'un missile Verba dans une base militaire russe au Tadjikistan en juin 2021.

Etats-Unis : ce que l’on sait de l’intrusion d’un homme armé chez Donald Trump à Mar-a-Lago

23 février 2026 à 08:34

Le président américain a-t-il échappé à une nouvelle tentative d'assassinat ? Dimanche 22 février, aux alentours de 1h30 du matin, un homme a franchi le périmètre du complexe hôtelier de Donald Trump à Mar-a-Lago, en Floride, muni d'un fusil de chasse et d'un bidon d'essence. Il a été abattu par les forces de sécurité présentes sur place.

Que sait-on du profil de l'attaquant ?

Selon les informations relayées par la presse américaine, dont le New York Times, l'individu serait le jeune Austin Tucker Martin, 21 ans, originaire de la ville de Cameron en Caroline du Nord. Les autorités affirment l'avoir abattu alors que, interpellé à l'entrée de la résidence de Mar-a-Lago, il aurait refusé de lâcher son arme et aurait "levé son fusil pour faire feu", explique le shérif du comté de Palm Beach, Ric Bradshaw.

Le jeune homme était recherché par sa famille, qui avait signalé sa disparition quelques heures plus tôt et publié des messages d'alerte sur les réseaux sociaux. Un communiqué du bureau du shérif du comté où il résidait indique également qu'Austin Martin aurait fait le trajet en voiture le samedi après-midi, depuis la Caroline du Nord jusqu'à la Floride, à 1 200 kilomètres de là.

Tucker "Austin" Martin was reported missing by his family in Carthage, NC this morning. The same name has been dropped as the deceased shooter at Mar-a-Lago. pic.twitter.com/x5FXWNAxYL

— Kim "Katie" USA (@KimKatieUSA) February 22, 2026

Une Volkswagen argentée, similaire au modèle figurant sur l'avis de recherche d'Austin Martin, a été retrouvée garée à Midtown Beach, à une demi-heure à pied de Mar-a-Lago. Une boîte, qui semble avoir contenu le fusil de chasse, a été retrouvée sur la banquette arrière.

Le président Donald Trump ne se trouvait pas à sa résidence de Mar-a-Lago à ce moment-là, mais à la Maison-Blanche, à Washington. Il a déjà échappé par le passé à une tentative d'assassinat très médiatisée, à Butler en Pennsylvanie, lors de la campagne présidentielle, en juillet 2024. Le candidat républicain avait été touché par une balle à l'oreille en plein meeting, par Thomas Matthew Crooks, âgé lui aussi d'une vingtaine d'années. Ses motivations restent inconnues jusqu'à aujourd'hui, en dépit de son profil dépressif, et d'un goût prononcé pour la violence politique, révélés par les enquêteurs.

On ne sait pas non plus, pour l'heure, ce qui a poussé Austin Tucker Martin à s'introduire à Mar-a-Lago. Le jeune homme de 21 ans était tout juste diplômé du lycée et avait créé une entreprise spécialisée dans les dessins de terrains de golf, sport dont il était lui-même amateur.

Issue d'une famille de partisans de Trump

Selon l'Associated Press, l'homme n'était pas connu des services de police. Son cousin, Braeden Fields, l'a décrit "comme quelqu'un de calme, qui avait peur des armes et qui appartenait à une famille de fervents partisans de Trump. (...) Il ne savait même pas se servir d'une arme à feu". "Nous sommes tous de grands partisans de Trump. Absolument tous", a déclaré le jeune homme de 19 ans, mais Austin Martin était, lui, "très discret, il ne parlait jamais de rien", a-t-il ajouté.

Récemment, le jeune homme semblait obnubilé par les révélations autour de l'affaire Epstein. Dans un message envoyé à un de ses collègues, que s'est procuré le tabloïd TMZ, il commente à ce sujet : "Je ne sais pas si tu as lu des articles sur l’affaire Epstein, mais le mal est bien réel et immanquable. Le mieux que des personnes comme toi et moi pouvons faire, c’est d’user de la petite influence que nous avons. Avertir autour de soi de ce qu’on apprend de ces dossiers Epstein et de ce que le gouvernement en fait. Sensibiliser le public". Ses collègues ont aussi indiqué qu'il était "profondément perturbé par ce qu'il considérait comme une dissimulation orchestrée par le gouvernement" et qu'il parlait souvent de personnes influentes "qui s'en tiraient impunément".

Selon les registres électoraux, le jeune homme était inscrit sur les listes électorales, mais sans affiliation politique - comme c'est parfois le cas aux Etats-Unis. Austin Martin avait une sœur, Caitlin Renea Martin, décédée en 2023 à l'âge de 21 ans lors d'un accident de voiture, selon des articles de la presse locale. A cette heure, Donald Trump n'a pas fait de commentaire sur cette intrusion à Mar-a-Lago.

© REUTERS

Un jeune homme de 21 ans a tenté de s'introduire dimanche 22 février dans la résidence de Donald Trump en Floride.

Etats-Unis : pourquoi attaquer l'Iran serait plus risqué que capturer Nicolas Maduro

22 février 2026 à 17:00

Une attaque en Iran peut-elle produire les mêmes effets que celle réalisée au Vénézuela contre Nicolas Maduro le mois dernier ? Autrement dit, permettrait-elle aux Etats-Unis d'évincer le guide suprême et de faire pression sur son successeur ? Garantirait-elle la suspension du programme nucléaire iranien ? Le New York Times a posé la question à plusieurs experts de la région, et leurs réponses sont unanimes : intervenir en Iran serait nettement plus complexe - et prolongé - qu'au Vénézuela. Et induirait a fortiori des pertes humaines côté américain, qui pourraient coûter cher à Donald Trump à l'approche des élections de mi-mandat.

"Il n’existe aucune option militaire simple, peu coûteuse et propre dans le cas de l’Iran", résume Ali Vaez de l’International Crisis Group, une ONG spécialisée dans la résolution de conflits. Si l'Iran a été affaiblie par les frappes israélo-américaines menées sur son sol en juin dernier, il bénéficie toujours d’importantes capacités militaires et d'un vaste réseau de forces supplétives régionales (Hezbollah, Houthis...).

Arsenal militaire conséquent

L'Iran dispose en effet de l'un des arsenaux de missiles les plus étendus et les plus diversifiés du Moyen-Orient. Parmi eux : drones, armes anti-navires, mais aussi missiles balistiques pouvant parcourir près de 2 000 kilomètres. Une contre-attaque iranienne pourrait viser de grandes villes en Israël, pays dont les stocks d’intercepteurs s’amenuisent après plus de deux ans de guerre à Gaza.

Les représailles pourraient aussi viser d'autres Etats du Golfe, qui abritent plusieurs bases américaines. Certains - Arabie saoudite et Emirats arabes unis - ont déjà interdit aux Etats-Unis d'utiliser leur espace aérien pour des attaques, en guise de mesure préventive. Selon Sanam Vakil, directrice du programme Moyen-Orient du think-tank Chatham House, la peur d'une guerre régionale serait perçue par de nombreux responsables iraniens, comme un facteur susceptible de dissuader Donald Trump.

Réseau de soutiens dans la région

D'autant que l'Iran n'est pas seule et pourrait compter sur le soutien de son "axe de la résistance" en cas d'attaque américaine. Téhéran a soutenu et armé diverses milices chiites, en Iraq mais aussi au Liban (Hezbollah) ou au Yémen (Houthis), afin d’étendre son influence et de défier ses adversaires dans la région. Des forces qui, bien qu'affaiblies, pourraient riposter contre les forces américaines et leurs alliés, ouvrant ainsi plusieurs fronts et amplifiant le conflit au-delà des frontières iraniennes.

Un groupe irakien aligné sur l’Iran a déjà assuré Téhéran de son soutien en cas d’attaque américaine, et averti de possibles "opérations martyr". Des experts estiment également que les Houthis pourraient reprendre le ciblage du trafic maritime commercial en mer Rouge, comme ils l’avaient fait fin 2023 en soutien au Hamas durant sa guerre avec Israël. L’Iran a de son côté menacé de fermer le détroit d’Ormuz, l’une des voies maritimes les plus importantes au monde, par laquelle transite 20 % du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié. Toute perturbation risquerait de faire flamber les prix de l'énergie.

Plus qu'un homme, une structure entière

Enfin, autre aspect à prendre en compte : en Iran, renverser le gouvernement ne se résume pas à écarter le guide suprême. Le pouvoir réel en Iran repose sur une idéologie, soutenue par des partisans politiques radicaux et consolidée par une structure de pouvoir complexe façonnée sur près d’un demi-siècle. "Une opération copiée-collée du Venezuela serait plus difficile à réaliser si l’objectif est une décapitation du régime", explique Sanam Vakil.

On ignore s’il existerait une figure équivalente à celle de Delcy Rodríguez — vice-présidente de Nicolas Maduro et dirigeante par intérim du Venezuela — avec laquelle les responsables américains pourraient travailler si le guide suprême était écarté du pouvoir.

Par ailleurs, Téhéran se situe à environ 650 kilomètres à l’intérieur des terres depuis le golfe Persique. Une disposition géographique qui complexifie toute potentielle capture de dirigeants iraniens. En comparaison, Caracas, où Maduro et son épouse ont été enlevés par l'armée américaine le mois dernier, n'est situé qu'à environ 16 kilomètres de la mer des Caraïbes. Rien ne garantit, donc, que les Etats-Unis puissent dupliquer leur mode opératoire en Iran.

© via REUTERS

Une fresque anti-américaine sur un bâtiment à Téhéran, en Iran, le 24 janvier 2026. Majid Asgaripour/WANA (Agence de presse d'Asie occidentale) via REUTERS

"Au moment d'envahir l'Ukraine, l'incompétence de l'armée était totale" : le témoignage exceptionnel d'un déserteur russe

22 février 2026 à 17:00

"Quand avons-nous franchi la frontière ? Je ne m’en souviens plus. Peut-être avant le 24 février. Depuis plusieurs jours, nous étions comme hors du temps."

Attablé dans la cuisine de son appartement à Astana, au Kazakhstan, Evgueny Korobov cherche ses mots. Quelques semaines avant l’invasion de l’Ukraine, sa brigade, postée à proximité de Samara, dans le sud-est de la Russie, avait été envoyée dans la région de Koursk, à la lisière de l'Ukraine. "Nous sommes arrivés le 10 février. Je m’en souviens très bien, c’était le jour de la paie."

Officiellement, il s’agissait "d’exercices militaires". "Le commandement nous assurait que, malgré les tensions, il n’y aurait pas de guerre. Ce serait juste des démonstrations de force, et tout irait bien." Pourtant, l'offensive débute, sans que personne ne s'y attende. Les premiers jours se déroulent dans une étrange suspension, se souvient-il. Puis, soudain, "les tirs ont jailli de partout. Une véritable guerre a commencé".

D'abord stationné près de Kiev, Evgueny Korobov est affecté dans le Donbass, sur la ligne de front où il passe près de trois mois. Il désertera définitivement les tranchées en janvier 2023. Son témoignage, à visage découvert, est rare. Car même à l’étranger, les déserteurs russes sont activement recherchés par le Kremlin dans le cadre de procédures de répression transnationale. Il encourt jusqu’à quinze ans de prison pour désertion et vit depuis trois ans caché au Kazakhstan, pays voisin de la Russie.

Népotisme et impréparation

Au sein de la 15e brigade de fusiliers motorisés, ce trentenaire originaire de Krasnoïarsk commandait des dizaines d’hommes, au sein de cette unité pourtant créée pour participer à des missions de maintien de la paix sous l’égide des Nations unies. Fils d’une postière, élevé sans véritable figure paternelle, Evgueny Korobov avait embrassé la carrière militaire par conviction. "J’ai toujours voulu défendre ma patrie. Mais pourquoi devrais-je attaquer les Ukrainiens ? Cette guerre est absurde".

Passé par la Syrie en 2020, au sein de la coalition internationale antiterroriste à laquelle la Russie participait aux côtés des Américains, il dit avoir découvert en Ukraine l’envers du décor. "Beaucoup surestiment la capacité de combat de l’armée russe. Chez nous, l’incompétence est totale, à cause du népotisme et du copinage à tous les niveaux dans le pays." Pendant les premiers jours de l’offensive, certains chefs utilisaient Google Maps pour se repérer. "C’est dire le degré d’impréparation !" en rigole-t-il encore.

Les papiers militaires et décorations d'Evgueny Korobov, déserteur de l'armée russe. A Astana, le 15 février 2026.
Les papiers militaires et décorations d'Evgueny Korobov, déserteur de l'armée russe. A Astana, le 15 février 2026.

Dans les rangs, il voit affluer des volontaires sans formation. "Les premiers que j’ai vus étaient des hommes brisés, souvent des divorcés, qui allaient tout droit vers la mort. Une forme de suicide par procuration." Il marque une pause. "On dira que ce sont des monstres. Selon moi, le monde est plus compliqué que ça. Ils ont commis une erreur, certes, mais s’ils n’ont pas participé à des atrocités, ils méritent le pardon."

L’idée de déserter s’impose rapidement. Car en Russie, rompre son contrat est impossible avant son terme. Il lui reste deux ans à servir. Alors il commet un geste désespéré : il se tire une balle dans la jambe ainsi qu'à certains de ses hommes "pour les sauver de cet enfer".

Évacué vers un hôpital militaire en Russie, il guérit après une longue rééducation de six mois, au terme de laquelle il doit être renvoyé au front. Il tente alors de corrompre des médecins pour obtenir un certificat d’inaptitude, en vain. "Je suis même allé chez un ophtalmologue dans une clinique privée pour altérer ma vue au laser. Ils m'ont jeté dehors en me traitant d'imbécile !", raconte Evgueny.

Héros national à la télévision

Pendant son court séjour à l'arrière du front, la Russie lui semble inchangée. "Ceux qui soutiennent la guerre sont ceux qui ne la font pas. La propagande fonctionne, surtout auprès de ceux qui ne se battent pas".

Il a lui-même fait partie de cette opération de propagande : en décembre 2022, il est la vedette de l’émission "Makhalov", talk-show grand public diffusé sur la chaîne contrôlée par le Kremlin Russia-1, qui glorifie les soldats revenus du front. "C’était largement enjolivé, et préparé bien à l’avance par le commandement militaire", se souvient-il, alors décoré d'une médaille du "Courage" "grâce à un colonel dont j'ai sauvé la vie et qui, en guise de remerciement, a inventé tout un récit héroïque".

Evgueny Korobov participant à l'émission de télévision russe
Evgueny Korobov participant à l'émission de télévision russe "Makhalov" aux côté de sa mère, le 1er décembre 2022, à son retour du front.

Souffrant de troubles post-traumatiques - spasmes, accès d’agressivité - il parvient finalement à rejoindre la Biélorussie, puis le Kazakhstan, grâce à l'aide d'Iditié Lessom, organisation basée en Géorgie qui aide les soldats russes à fuir.

50 000 déserteurs russes

Plus de 50 000 soldats russes ont déserté depuis 2022, soit près de 10 % de l'ensemble des troupes russes en Ukraine, selon les estimations de l'ONU en 2025. "Bien que ce niveau ne soit pas encore critique pour l'armée russe, l'augmentation rapide de cette tendance révèle un problème grave que Moscou est incapable de résoudre, même par des mesures punitives sévères, y compris les exécutions extrajudiciaires", notait l'an dernier l'organisation ukrainienne FrontIntelligence Insight, spécialisée dans le décompte des déserteurs russes.

La vie de déserteur est "une vie où il faut tout le temps faire attention", dit Evgueny. "Je parle peu à mes parents. Nous avons convenu qu’ils devront me traiter de traître à la patrie si la police venait les interroger sur mon sort."

Aujourd'hui, il vit au Kazakhstan dans une quasi-clandestinité, comme une vingtaine d’autres déserteurs russes réfugiés à Astana. Il est dans une impasse administrative. Son passeport est périmé depuis 2024, sa demande d’asile a été rejetée. Or, le pays d'Asie centrale, resté proche de Moscou, est lié à son voisin par des accords d’extradition qui obligent les autorités kazakhes à remettre les citoyens visés par un mandat d’arrêt.

Evgueny Korobov peut être extradé à tout moment. Pour ces objecteurs de conscience, la pression s’accentue depuis le début de cette année : l’un d’eux, Semyon Bajoukov, a été arrêté sur le sol kazakh par la police d'une base militaire russe au Kazakhstan - le troisième cas recensé depuis 2023. Un autre originaire de Tchétchénie, Zelimkhan Mourtazov, est actuellement retenu à l’aéroport d’Astana après avoir tenté de rejoindre la Turquie.

"Les déserteurs russes sont en danger ici", selon son avocat, Artur Alkhastov, qui se bat pour le faire partir vers l’Europe, notamment vers la France. "A ce stade, tout espoir repose sur Paris, qui demeure l'un des seuls pays où les Droits de l'homme jouent un rôle significatif", assure Artur Alkhastov.

En 2024, six déserteurs, venus eux aussi du Kazakhstan, ont été accueillis sur le sol français - le seul pays de l'UE qui accueille officiellement des déserteurs russes. "Certains que j’ai hébergés chez moi à Astana, à l'époque, sont aujourd’hui là-bas !", glisse Korobov, une pointe d’envie dans la voix. À la fenêtre de son appartement donnant sur les barres d’immeubles de la ville, il jette un regard sur l’horizon figé. Il a déserté la guerre, mais reste prisonnier de son ombre.

© Emma Collet

Evgueny Korobov, déserteur de l'armée russe, à Astana, le 15 février 2026.

La Hongrie bloque le prêt européen à l’Ukraine tant que l’oléoduc Droujba reste fermé

22 février 2026 à 16:18

Budapest bloquera le prêt européen de 90 milliards d'euros à l'Ukraine tant que les livraisons de pétrole russe à la Hongrie via l'oléoduc Droujba ne seront pas rétablies, a déclaré vendredi le ministre hongrois des Affaires étrangères. La Hongrie et la Slovaquie sont les seuls pays membres de l'Union européenne encore approvisionnés en pétrole russe via cet oléoduc qui traverse l'Ukraine. Mais les livraisons ont été interrompues le 27 janvier dernier après une attaque de drone russe contre le pipeline, selon Kiev.

Budapest et Bratislava, alliés de Moscou, accusent depuis lors l'Ukraine de retarder la reprise des livraisons pour des raisons politiques. "En bloquant le transit de pétrole vers la Hongrie via l'oléoduc Droujba, l'Ukraine viole l'accord d'association UE-Ukraine et rompt ses engagements envers l'Union européenne. Nous ne céderons pas à ce chantage", a déclaré le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, sur la plateforme X.

Les dirigeants de l'Union européenne (UE) sont convenus en décembre d'emprunter sur les marchés pour effectuer un prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine afin de financer son effort de guerre face à la Russie au cours des deux prochaines années. La Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque avaient alors accepté de ne pas bloquer la démarche de l'UE à condition de ne pas avoir à subir de quelconques répercussions financières.

© REUTERS

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban pourrait perdre le pouvoir lors des élections d'avril 2026.

Un multimilliardaire en mission : Charles Kushner, l'étonnant ambassadeur de Donald Trump à Paris

22 février 2026 à 15:58

L’ambassadeur des Etats-Unis, Charles Kushner, se couche à 21 heures et se lève à 5 heures. Dès son réveil, entouré par ses officiers de sécurité, il quitte l’hôtel de Pontalba, la résidence officielle, marche jusqu’à l’hôtel Crillon, place de la Concorde, où il enchaîne les longueurs dans la piscine à la mosaïque couleur céladon - routine matinale immuable. Musculature drue, cheveux neige, le multimilliardaire septuagénaire paraît dessiné au couteau, comme taillé dans un arbre sec, tonicité dont son compte Instagram laisse penser qu’il n’est pas peu fier. Le 7 septembre, le nouvel émissaire de Donald Trump à Paris s’est ainsi laissé filmer dans un concours de planche contre des Marines bodybuildés et, quelle surprise, c’est lui, le plus âgé de la bande qui remporta l’épreuve en tenant 7,59 minutes sur les avant-bras.

Sa discipline sportive gouverne d’ailleurs son agenda, et partant celui de la représentation des Etats-Unis en France. Jamais de dîner officiel, déjeuners frugaux, à l’exception de furtifs passages au Cercle Interallié, comités toujours restreints. Certaines réunions sont présidées avec sa femme, l’élégante Seryl, qui comme lui, ne parle ni ne comprend le Français. Cordial, affable, le lointain successeur de Benjamin Franklin s’exprime avec simplicité, et comme son patron Trump, honnit les rendez-vous longs, assuré de pouvoir tout régler en dix minutes au téléphone. Son pragmatisme interroge. Et sa maladresse - très - volontaire, comme lorsqu'il somme via son compte X les autorités françaises de poursuivre les coupables du meurtre de Quentin Deranque. Une immixtion dans la politique intérieure si malvenue qu'elle lui vaut illico une convocation au quai d'Orsay. A l’aube d’une élection présidentielle française sous haute tension, qu’est venu faire dans la capitale européenne l’émissaire du chef de file des Maga ?

Le "fantôme" de l'avenue Gabriel

Il semble que son premier chantier soit de cesser de claquer de l’argent dans des événements mondains. Depuis juillet dernier, date de son installation, l’ambassade s’est retranchée. Finis les soirées, cocktails et autres garden-parties dont l’auguste bâtiment régalait la Ville lumière. Le palais aux 600 employés s’est mué en ruche besogneuse où l’on s’affaire, oublieux de toute velléité représentative. L’ascèse a d’ailleurs plongé la communauté expatriée – 100 000 citoyens – dans la perplexité, celle-ci s’alarmant de ne plus recevoir de cartons d’invitation, et s’étonnant, abasourdis, de ne jamais avoir rencontré leur musclé ambassadeur, les plus anciens s’étranglant qu’il n’ait en neuf mois visité qu’un seul des 11 cimetières américains en France (celui de Suresnes, le plus proche de Paris). "Kushner, c’est le fantôme de l’avenue Gabriel", pique le correspondant d’une chaîne de télévision américaine, exigeant l’anonymat.

Gracié par Donald Trump

Magnat de l’immobilier, à la tête d’une fortune estimée en 2024 à 7 milliards de dollars, l’homme d’affaires n’a en réalité rien d’un fantôme, et tout du soldat. Du soldat reconnaissant, tant il doit à Donald Trump. Un mois avant la fin de sa première présidence, en décembre 2020, celui-ci l’a gracié après qu’il fut, en 2005, condamné à deux ans de prison pour fraude fiscale et subornation de témoins. Il avait reconnu avoir engagé une prostituée pour séduire son beau-frère, qui collaborait à une enquête fédérale sur des financements de campagne.

Après quatorze mois derrière les barreaux, le voici blanchi in extremis par le président, dont la fille, Ivanka Trump, a épousé, en 2009, son fils, Jared. Aujourd’hui, les deux hommes ont en commun trois petits-enfants. Ça pèse. Cinq ans après la grâce, le repris de justice et père du gendre de Donald Trump se voit en mai dernier récompensé d’un poste à Paris. Etait-ce son souhait ? Ou plutôt une dette à rendre ? Lors de son audition devant le Sénat américain, il n’a pas donné d’indication sur sa vision, s’enorgueillissant de tout ignorer de la diplomatie. Compte tenu de l’importance du poste, il eut toutefois le droit de se choisir un collaborateur, les équipes en place demeurant inchangées. Il élit Gabriel Sheinmann, 38 ans, débauché du think tank conservateur Alexander Hamilton Society promouvant "le leadership américain". La recrue lui fut conseillée par son fils, Jared, qui emploie une parente de Gabriel Sheinmann. Parfaitement francophone, père de deux jeunes enfants scolarisés, le nouveau "chief of staff" a depuis lors séduit tous ses interlocuteurs français, vantant sa quantité de travail, à tel point que Nicolas Sarkozy, convié à déjeuner à la résidence, n’eut en sortant que des compliments à l’endroit de ce n° 2.

Au Quai d’Orsay, on chuchote n’avoir affaire qu’à lui, et s’en féliciter, le trentenaire se révélant plus souple que son patron. Tandis que Sheinmann fait le job, Kushner met lui en scène son projet politique univoque. Dès son arrivée, il fait poser des mézouzas, objets cultuels juifs, aux chambranles des portes de la résidence, et lance un chantier de réfection des cuisines afin de servir une alimentation répondant aux exigences de la cacherout. Observant le shabbat avec scrupule, il se déplace à pied le samedi, coupe l’électricité et refuse ce jour de "toucher un micro" - son cabinet doit aménager ses rendez-vous en tenant compte de son recueillement. Dans la foulée, son premier déplacement, le 11 juillet, le conduit au mémorial de la Shoah, le 22 juillet, premier entretien bilatéral avec Joshua Zarka, ambassadeur d’Israël en France, puis, le 30 juillet, visite de la Grande synagogue de Paris. Fin août, sa lettre incendiaire reprochant à Emmanuel Macron de ne pas lutter suffisamment contre l’antisémitisme parachève la démonstration, d’autant qu’il néglige sa convocation au ministère des Affaires étrangères, y dépêchant son n° 3, tandis qu’il publie sur ses réseaux une vidéo de lui baguenaudant dans les rues de Saint-Rémy-de-Provence. Un camouflet inédit que ses services tentent d’adoucir, arguant qu’il ne se serait pas rendu compte, qu’il n’aurait pas pris la mesure, que personne de son cabinet n’osa insister et ajoutant qu’il respecterait le protocole. A voir.

Début décembre, le diplomate, qui déteste les mondanités a lui-même organisé dans ses salons la projection du documentaire, L’Ombre du commandant, (la rencontre entre une rescapée de l’Holocauste et un dirigeant d’Auschwitz), y conviant une centaine d’invités, tout comme il a, autre exception, organisé un débat autour du cinquième anniversaire des accords d’Abraham, en présence de son fils Jared qu’il interrogea en portant au micro les questions du public. "Il est venu avec l’idée de n’agir que contre l’antisémitisme", observe Simone Rozan Benzaquen, la présidente de l’American Jewish Committee en Europe. Un combat que son entourage explique en renvoyant vers sa biographie de petit-fils d’une famille juive exterminée pendant la Shoah, explication à laquelle le rabbin Tom Cohen, à la tête de la libérale synagogue franco-américaine de Paris, ajoute un élément. Selon lui, la communauté juive du New Jersey, à laquelle appartiennent les Kushner, considère depuis toujours la France comme un pays viscéralement antisémite.

Cuisine casher pour tous

En étant nommé à Paris, Charles Kushner se serait vu appelé en mission. Une vision nourrie par le courant religieux dont il se réclame et qu’il soutient financièrement. Conservateur orthodoxe, il se réclame en effet du mouvement Chabad Loubavitch, courant prosélyte très lié à Israël. L’affiliation expliquerait pourquoi il n’a jamais jugé utile de prendre contact avec la synagogue franco-américaine, s’empêchant ainsi de faire la connaissance d’un rabbin s’exprimant en anglais. A y regarder de près, il semble que l’ambassadeur américain combatte l’antisémitisme tout seul, n’ayant reçu aucune figure de la communauté juive - jusqu’à la semaine dernière, il n’avait même pas invité Yonathan Arfi, le président du Crif. Il se méfierait de ces personnalités, auxquelles il reproche de ne s’être pas élevés contre la reconnaissance de l’Etat de Palestine par la France, publiant d’ailleurs, le 26 septembre, sur ses réseaux sociaux un sondage – anonyme - clamant que "78 % des Français" seraient opposés à la reconnaissance d’un Etat de Palestine sans conditions.

En réalité, son emploi du temps révèle qu’il ne veut échanger qu’avec ceux qui, comme lui, considèrent que "la solution à deux Etats est une illusion", comme il l’a rappelé chez Darius Rochebin sur LCI, son unique intervention dans un média français à ce jour. Si BFM TV pourrait obtenir une entrevue, c’est parce que son propriétaire, l’armateur Rodolphe Saadé et son épouse, ayant promis d’investir 20 milliards dans l’industrie maritime américaine, s’en firent les porte-parole au cours de déjeuners à la résidence.

Des politiques priés de se déplacer

Après avoir été absent de Paris plusieurs semaines cet automne, voulant faire la connaissance de son 15e petit-enfant né aux Etats-Unis, il a dès son retour reçu plusieurs politiques français. Quand il n’a pas le choix, il se déplace, comme pour rencontrer Gérard Larcher, le président du Sénat. Pour les autres, il préfère les faire venir, nonobstant les usages. Ainsi ce n’est pas au Sénat qu’il rencontre Bruno Retailleau, ex-ministre et toujours sénateur, ni à la mairie du Havre qu’il découvre l’ancien Premier ministre Edouard Philippe, mais dans ses bureaux de la Résidence. Tout comme Marine Le Pen et Jordan Bardella, reçus pendant une heure, entrevue laissant le couple à la tête du RN pantois, leur hôte ignorant tout de leur calendrier judiciaire et ne cherchant pas à l’appréhender.

Marine Le Pen et Jordan Bardella ont été reçus par Charles Kushner le 12 décembre 2025.
Marine Le Pen et Jordan Bardella ont été reçus par Charles Kushner le 12 décembre 2025.

Charles Kushner s’est récemment enquis de savoir s’il y aurait un élu LFI "fréquentable", et faute de réponse probante à ses yeux, n’a pas donné suite. En revanche, les patrons eux défilent en rangs serrés. Mc Donald, Le Duff, Sanofi, Thales, Sodexo, TotalEnergies, tous eurent droit à leur entretien, afin de fournir la cohorte de 40 chefs d’entreprise qu’il souhaite convoyer en mai 2026 au sommet "Select USA" dans le Maryland. Une grand-messe pro business, qui tient à cœur à l’homme d’affaires, veillant dans le même temps à rassembler des mécènes aux poches pleines pour financer la commémoration le 4 juillet du 250e anniversaire de l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique, "250 America", raout mondial dont il prépare la déclinaison parisienne et à laquelle il a déjà convié Bernard Arnault, le PDG de LVMH, et son épouse.

Dans les couloirs de l’Elysée, on sourit que plusieurs grands patrons américains de passage s’indignent – à voix basse - des pressions appuyées de Kushner pour qu’ils mettent au pot. Son entourage décrit en outre son atavique tropisme immobilier. Il a fait le tour des quatre immeubles, propriétés de son pays à Paris, demandé des plans, noté leur faible taux d’occupation, le roi du "real estate" n’aime pas que l’argent dorme. En octobre, le Stade de France accueillera pour la première fois l’équipe de football américain, les Saints de la Nouvelle-Orléans, une rencontre de saison régulière de la National Football League (NFL), dont il s’est occupé en passant des centaines d’appels pour l’organiser. Se frottant les mains, il jure triomphal que les billets se vendront en quelques minutes. Et à ses yeux, c’est une sacrée victoire pour un ambassadeur.

© Philippe Labrosse/PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

L'ambassadeur des Etats-Unis en France, Charles Kushner, à l'ambassade américaine, le 23 juillet 2025.

Tentative d’intrusion armée à Mar-a-Lago dans la résidence de Donald Trump : un homme abattu

22 février 2026 à 15:53

Un homme d'une vingtaine d'années a été abattu après avoir tenté de pénétrer illégalement dans le périmètre sécurisé du complexe Mar-a-Lago, à West Palm Beach, en Floride, du président américain Donald Trump, a déclaré dimanche les services secrets. Le président américain se trouve actuellement à Washington. "Un homme armé a été abattu (...) après avoir pénétré illégalement dans le périmètre sécurisé de Mar-a-Lago tôt ce matin", a annoncé Anthony Guglielmi, le porte-parole du Secret Service sur X. L'homme transportait ce qui semblait être un fusil et un bidon d'essence, a déclaré le Secret Service, ajoutant qu'il avait été aperçu à l'entrée nord du complexe vers 01h30 du matin (06h30 GMT).

Cet événement intervient alors que les Etats-Unis sont traversés par des épisodes de violence politique. En 2024, Donald Trump a échappé à deux tentatives d'assassinat, dont une sur le parcours de golf du président américain à West Palm Beach. La représentante démocrate du Minnesota, Melissa Hortman, a été assassinée en juin 2025 en compagnie de son mari. Quelques mois après, le militant conservateur Charlie Kirk était à son tour assassiné.

© REUTERS

The presidential limousine is parked outside on the day of the wedding of Dan Scavino, White House deputy chief of staff, and Erin Elmore, the director of Art in Embassies at the U.S. Department of State, at Mar-a-Lago in Palm Beach, Florida, U.S., February 1, 2026. REUTERS/Nathan Howard

Mort de Quentin Deranque : la France convoque l'ambassadeur américain Charles Kushner

22 février 2026 à 15:44

La France va convoquer l'ambassadeur américain Charles Kushner à la suite des publications de ce dernier concernant le militant identitaire Quentin Deranque, a déclaré dimanche le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui critique toute ingérence étrangère dans cette affaire. "Oui, nous allons convoquer l'ambassadeur des Etats-Unis en France, puisque l'ambassade des Etats-Unis en France a fait un commentaire sur ce drame (...) qui concerne la communauté nationale", a déclaré le chef de la diplomatie française dans l'émission "Questions Politiques" sur Franceinfo, France Inter et Le Monde. "Nous refusons toute instrumentalisation de ce drame qui endeuille une famille française", a-t-il ajouté. "Nous n'avons aucune leçon, s'agissant de la violence en particulier, à recevoir de l'internationale réactionnaire", a-t-il poursuivi.

Des milliers de personnes ont défilé samedi à Lyon pour rendre hommage à ce militant identitaire, mort après avoir été frappé le 12 février par des militants antifascistes. Le rassemblement, qui s'est tenu sous forte présence policière, a été émaillé de quelques légers accrochages avec des riverains. Des chants comme "On est chez nous !" ont été par ailleurs entonnés par des manifestants.

Le Quai d'Orsay dénonce des ingérences

La préfecture du Rhône a annoncé avoir saisi la justice au sujet des saluts nazis et des insultes proférées. "Je condamne évidemment les signes et saluts nazis qui ont été observés hier lors de la manifestation et la préfecture du Rhône a eu raison de saisir la justice à leur sujet", a déclaré Jean-Noël Barrot.

L'ambassade des Etats-Unis en France et le Bureau de lutte contre le terrorisme du département d'Etat américain ont dit suivre de près l'"affaire Quentin". Sur le réseau social X, l'ambassade des Etats-Unis en France a écrit : "Les informations, corroborées par le ministre français de l'Intérieur, selon lesquelles Quentin Deranque aurait été tué par des militants d'extrême gauche, devraient tous nous préoccuper." "L'extrémisme violent de gauche est en hausse et son rôle dans la mort de Quentin Deranque démontre la menace qu'il représente pour la sécurité publique", peut-on également lire.

Jean-Noël Barrot a par ailleurs dit qu'il évoquerait les sanctions américaines visant Thierry Breton, ancien commissaire européen, et Nicolas Guillou, membre de la Cour pénale internationale (CPI). "Les sanctions dont il fait l'objet sont une atteinte à l'indépendance de la justice internationale", a déclaré Jean-Noël Barrot. "Et s'agissant de Thierry Breton, les sanctions dont il fait l'objet, sont une atteinte à l'autonomie décisionnelle de l'Union européenne", a-t-il déclaré.

Le journal La Tribune a rapporté samedi soir que le président Emmanuel Macron avait écrit à son homologue américain Donald Trump pour lui demander de lever les sanctions à la rencontre des deux Français.

© afp.com/Ludovic MARIN

Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, à la sortie de l'Élysée, le 18 novembre 2025 à Paris

En Russie, les soldats contraints de payer jusqu'à 35 000 euros pour échapper au front ukrainien

22 février 2026 à 12:44

C'est un cas de corruption de plus mis au jour au sein de l'armée russe. Pour échapper aux lignes de front les plus meurtrières, certains soldats doivent débourser des sommes colossales, de l'ordre de 10 000 à 35 000 euros. Une pratique qui serait systémique, à en croire le témoignage de plusieurs militaires cités par le Telegraph. Dans une vidéo diffusée par le journal britannique, un soldat russe révèle l’existence d’un système de corruption au sein de l’armée, impliquant non seulement une extorsion généralisée mais aussi un trafic illégal d’armes.

Extorsion financière systémique

La technique d'extorsion serait la suivante : faire pression sur les soldats en les menaçant d'être envoyés sur les lignes de front les plus meurtrières s'ils refusent de payer les sommes exigées. "Plus de la moitié de notre unité a été réinitialisée - comprendre "envoyée à la mort" - par les commandants", explique le soldat russe Denis Kolesnikov, qui apparaît sur la vidéo. "Tout le monde doit payer les commandants. Si quelqu’un ne paie pas, il est considéré comme inutile, envoyé au front et réinitialisé. J’ai personnellement vu plusieurs personnes être tuées", ajoute-t-il.

Si cet argent est censé permettre de remplacer du matériel "disparu", la réalité serait tout autre : les commandants empocheraient fréquemment une partie du salaire destiné au soi-disant "soutien de l’unité".

Le Centre ukrainien pour la sécurité et la coopération (USCC), qui a vérifié la vidéo, indique d'ailleurs que ces abus sont répandus et systémiques dans l’armée russe, principalement parmi les unités de première ligne.

Trafic illégal d'armes

Des cas fréquents de commandants volant du matériel — notamment des drones et des équipements électroniques — ont également été signalés, les soldats étant contraints d’acheter eux-mêmes ces équipements.

Selon l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), groupe de réflexion basé aux Etats-Unis, des commandants russes auraient aussi délibérément refusé d’envoyer des blessés à l’hôpital s’ils ne payaient pas, ou auraient refusé de délivrer les documents nécessaires pour obtenir des prestations d’ancien combattant.

L’ISW révèle par ailleurs que des commandants auraient envoyé des soldats russes commettre des attentats-suicides en Ukraine après leur refus de verser un pot-de-vin ou la tentative de certains de dénoncer la corruption dans leurs unités.

Dans la vidéo, Kolesnikov affirme que les soldats ne se contentent pas d'un seul paiement : lorsque celui-ci est considéré "caduc", ils sont contraints de verser davantage d’argent, pour rester loin du front. Le soldat russe affirme pour sa part avoir été envoyé à Rostov - en première ligne donc -, faute d'avoir payé les plus de 30 000 euros qui lui avaient été demandés pour y échapper. Il a ensuite réussi à fuir et n'a bien entendu pas communiqué sa position actuelle.

Au moins cinq cas identifiés

Et il est loin d'être le seul. Le Telegraph a réussi à identifier au moins quatre autres cas de soldats russes victimes d’extorsion de la part de leurs commandants. L'un d’eux, Andreï Perevozchikov, a directement interpellé Vladimir Poutine dans une vidéo partagée en ligne, où il dénonce un trafic d'armes. Selon lui, certains commandants vendraient des drones, des caméras thermiques, des équipements de vision nocturne et de l’aide humanitaire destinés aux troupes, forçant les opérateurs de drones à dépenser tout ou partie de leur salaire en équipement.

Le père du soldat russe Valery Beloglazov, d'une autre unité militaire, a également lancé un appel à destination de Vladimir Poutine dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. Cet homme est sans nouvelles de son fils, porté disparu après avoir donné son salaire à son unité. Il aurait versé l'équivalent de 9 000 euros pour "contribuer à l'achat de drones et d’autres fournitures".

Un autre soldat, Igor Korshunov, grièvement blessé au combat, aurait quant à lui reçu l’ordre de payer environ 20 000 euros pour confirmer un transfert loin des lignes de front, alors que ce transfert lui avait été préalablement accordé - sans condition - par le commandant en question.

Enfin, Armen Ovesepyan, également soldat au sein de l'armée russe, affirme avoir été contraint de donner la moitié de son salaire mensuel aux officiers pour être dispensé de missions de combat. En contrepartie, ce dernier aurait été affecté à une tour d’observation, et continuerait de percevoir le même salaire que les soldats en première ligne. "Les soldats russes ont tout simplement peur de leur commandement, qui les enverra à la mort", conclut la directrice adjointe de l'USCC, Olesia Horiaïnova.

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Un soldat russe s'entraîne au tir sur un drone lors d'un stage intensif de formation au combat sur un champ de tir de la région de Rostov, en Russie, le 19 janvier 2026.

Guerre en Ukraine : ces pertes colossales de l'armée russe qui interrogent

22 février 2026 à 07:45

Bientôt quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, le pouvoir russe n’en finit plus de serrer la vis. Le 18 février, la Douma d’Etat, la chambre basse du Parlement russe, a adopté en première lecture un projet de loi visant à renforcer les mesures préventives contre la "distorsion de la vérité historique" et "le manquement au devoir de défendre la patrie". L’objectif, selon le vice-président du comité sur la sécurité Anatoly Vyborny : "sensibiliser l'opinion publique afin que toute tentative de se soustraire à la défense de la patrie soit perçue comme socialement inacceptable", retrace le média d’Etat RIA Novosti. Et de facto, faciliter toujours plus le musellement de toute voix discordante quant au bien-fondé de la guerre. Il faut dire que sur le front, la tendance de ce début d’année n’est pas réjouissante pour Moscou.

Au cours des deux derniers mois, les pertes militaires russes (morts, blessés, disparus) auraient dépassé le nombre de nouvelles recrues, selon des déclarations du ministre britannique de la Défense John Healey à l'agence Bloomberg le 15 février, confirmant de précédentes informations ukrainiennes en ce sens. Rien qu’en décembre, celles-ci auraient atteint les 35 000 hommes, et 30 000 en janvier. Une stratégie d’usure de l’ennemi dont l’Ukraine a fait l’un de ses objectifs prioritaires. Au moment de sa prise de fonction en janvier, le nouveau ministre de la Défense, Mykhailo Fedorov, avait ainsi annoncé vouloir porter les pertes russes à 50 000 par mois d’ici à l’été prochain.

17 fois plus de morts qu’en Afghanistan

Après quatre ans de guerre, les forces russes ont d’ores et déjà payé un très lourd tribut. Dans une étude publiée fin janvier, le Center for Strategic and International Studies (CSIS), un think tank de référence à Washington, a estimé les pertes russes totales à plus de 1,2 million depuis le début de l’invasion. Cela comprendrait entre 275 000 et 325 000 morts sur le champ de bataille, soit 17 fois plus que les 15 000 soldats soviétiques tués lors de la décennie de guerre en Afghanistan (1979-1989) qui avait précipité la chute de l’URSS. "C’est absolument inédit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, abonde le général Nicolas Richoux, ancien commandant de la 7e brigade blindée. Sur le plan militaire, les offensives de Poutine sont un échec cuisant."

Et tout ça pour quoi ? Quatre années après le lancement de son "opération militaire spéciale", la Russie n’a mis la main que sur environ 12 % du territoire ukrainien - auxquels s’ajoutent les 8 % pris en 2014 lors de l'annexion de la Crimée et la conquête d’une partie du Donbass. Sur la seule année 2025, l’armée russe n’a mis la main que sur 4 800 kilomètres carrés de territoire ukrainien, soit un peu moins que le département de l’Ariège, au prix de 415 000 pertes. Les parallèles historiques ne jouent guère en faveur du Kremlin. Le 13 janvier dernier, le conflit en Ukraine a officiellement dépassé la durée de 1 418 jours de la "Grande Guerre patriotique", le chapitre soviétique de la Seconde Guerre mondiale, qui avait commencé le 22 juin 1941 au lancement de l’opération Barbarossa et pris fin avec la capitulation allemande, signée à Berlin, le 9 juin 1945 (heure de Moscou).

"Les Russes ne sont pas en train de gagner, comme certains le pensent, a résumé le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, mi-février, en marge de la Conférence de Munich sur la sécurité. Ce que nous voyons en Ukraine, c'est essentiellement la vitesse laborieuse d'un escargot de jardin." Difficile de lui donner tort. Avec une progression moyenne de 70 mètres par jour durant l’offensive de Pokrovsk entre 2024 et 2026, les troupes russes ont avancé plus lentement que les forces alliées lors de la bataille de la Somme de 1916, pendant la Première Guerre mondiale (80 mètres/jour), relève le CSIS. Sur les fronts de Tchassiv Iar et de Koupiansk, les offensives russes ont même été encore moins performantes : respectivement 15 et 23 mètres par jour.

Pendant ce temps, le nombre de victimes continue de croître. Au regard de l’avancée russe sur le front ces derniers mois, l’Institute for the Study of War (ISW), estime dans une récente note que chaque kilomètre carré pris en décembre a coûté 76 pertes à la Russie en décembre, et 87 en janvier. Et les dégâts sur l’armée russe ne sont pas que quantitatifs. "La qualité de l'encadrement, qui n’était déjà pas très bonne avant le début du conflit, s'est encore dégradée, glisse une source militaire. Beaucoup d’officiers et de sous-officiers expérimentés sont morts et ne peuvent pas être remplacés à brève échéance, car la formation nécessite du temps." De quoi sérieusement nuancer le narratif du Kremlin autour d’une victoire inévitable. "Le grand objectif de guerre de Poutine reste de soumettre l’Ukraine, mais la réalité est que la Russie n’a ni les capacités matérielles, ni humaines, de faire plus, ou mieux, que ce qu’elle fait à l’heure actuelle", note Mathieu Boulègue, chercheur associé à la Chatham House, un think tank londonien.

Combattants étrangers

Le risque de mourir au combat n’est toutefois pas le même pour tous. Selon une analyse menée par le journal indépendant russe The Bell à partir des données de 170 000 victimes identifiées de la guerre, les habitants de régions pauvres et reculées comme la Bouriatie ou la Tchoukotka ont 25 fois plus de risques de périr sur le front que ceux de métropoles urbaines comme Moscou ou Saint-Pétersbourg. En cause : la proportion plus élevée de combattants issus de ces régions défavorisées dans les rangs, attirés par les soldes mirobolantes promises lors de l'engagement.

Pour tenter de combler les trous, Moscou s’est en parallèle tourné vers le recrutement de combattants étrangers. Dans Bloomberg, le ministre britannique de la Défense, John Healey, a évoqué la présence de soldats indiens, pakistanais, népalais ou même cubains, en plus des 17 000 Nord-Coréens envoyés se battre. Quelques mois plus tôt, en novembre, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, avait aussi indiqué qu’au moins 1436 ressortissants de 36 pays d’Afrique se battaient aux côtés des Russes. De quoi compenser les pertes ? "Absolument pas, tranche Mathieu Boulègue, de la Chatham House. Ce sont de petits incréments qui peuvent servir de renfort par endroits, mais les effectifs sont loin d’être suffisants pour réellement changer la donne."

En attendant, certains pays ont commencé à s’émouvoir de cette utilisation de leurs ressortissants comme de la "chair à canon". La jugeant "inacceptable", Nairobi a annoncé le 10 février une visite de son ministre des Affaires étrangères à Moscou le mois prochain pour discuter de la question. Une enquête des services de renseignements présentée une semaine plus tard devant le Parlement kényan a estimé le nombre de personnes recrutées dans le pays à "plus de 1 000"…

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Des militaires russes tirent une salve d'honneur lors des funérailles de Vladimir Pozdnyakov, sergent-chef des forces armées russes tué au cours du conflit russo-ukrainien, dans le village d'Orzhitsy, région de Leningrad, en Russie, le 18 février 2026

Donald Trump porte de 10 à 15 % sa surtaxe mondiale après le revers de la Cour suprême

21 février 2026 à 17:57

Donald Trump a annoncé samedi sur son réseau Truth Social l'augmentation de sa nouvelle surtaxe mondiale de 10 % à 15 %, après que la Cour suprême des Etats-Unis a annulé la veille les droits de douane dits "réciproques" qu'il avait imposés en 2025, dont une partie a été jugée illégale.

"Sur la base d’un examen approfondi, détaillé et complet de la décision ridicule, mal rédigée et extrêmement anti-américaine sur les droits de douane rendue hier, après de nombreux mois de réflexion, par la Cour suprême des États-Unis, veuillez considérer cette déclaration comme l’expression de ma volonté, en tant que président des États-Unis d’Amérique, d’augmenter immédiatement les droits de douane mondiaux de 10 % sur les pays, dont beaucoup ont “exploité” les États-Unis pendant des décennies, sans représailles (jusqu’à mon arrivée !), au niveau pleinement autorisé et légalement testé de 15 %", a-t-il écrit sur son réseau social.

La veille, furieux de la décision de la plus haute juridiction américaine, Donald Trump avait ordonné une surtaxe mondiale de 10 % sur tous les produits importés, supposée entrer en vigueur le 24 février pour une durée de 150 jours, avec quelques exemptions sectorielles.

La loi l'autorise à imposer des droits de douane pouvant aller jusqu'à 15 % sur une période de 150 jours, même si cette décision peut faire l'objet de contestations judiciaires.

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Le président américain Donald Trump à Mar-a-Lago, à Palm Beach (Floride), le 1er février 2026.

Danemark : renforcée face à Donald Trump, Mette Frederiksen veut capitaliser dans les urnes

21 février 2026 à 17:40

L'heure est-elle aux élections anticipées au Danemark ? Sortie renforcée politiquement de son bras de fer avec Donald Trump, au sujet de l'île danoise du Groenland, la Première ministre Mette Frederiksen veut tout faire pour capitaliser sur cet élan. Au point, selon le média Bloomberg, d'avancer les élections prévues initialement le 31 octobre prochain, au moment qu'elle jugerait le plus opportun.

Avant le regain de tensions avec les Etats-Unis, en janvier dernier, la sociale-démocrate se trouvait pourtant fragilisée sur le plan national. La hausse du coût de la vie, ainsi que la suppression d'un jour férié ont en effet suscité un vif mécontentement de la part de l'opinion publique danoise. Symptôme du recul des sociaux-démocrates, le parti avait subi un revers l'année dernière lors des municipales, allant jusqu'à perdre son bastion historique : la capitale, Copenhague. Une première en un siècle.

Mais les tensions internationales semblent avoir dévié l'attention, et fait émerger Mette Frederiksen, 48 ans, comme la leader qui tient tête à une puissance américaine imprévisible, avec le soutien de l'Europe. Depuis, les sociaux-démocrates danois ont progressé dans les sondages, passant de 18 % en décembre à 23 % en janvier.

"La question du Groenland n'étant toujours pas résolue de manière définitive, les électeurs souhaitent élire la personne la plus à même de diriger le Danemark dans un environnement mondial plus hostile", analyse Bloomberg, qui estime que la sociale-démocrate, née dans un milieu ouvrier et engagée en politique dès l'adolescence, a de bons arguments. Devenue députée à l'âge de 23 ans seulement, en 2001, elle est considérée depuis ses débuts en politique comme une personnalité au franc-parler, parfois qualifiée de "Margaret Thatcher de gauche".

Union nationale

En ce sens, la déclaration commune publiée avec d'autres dirigeants européens exhortant Donald Trump à respecter les frontières du Groenland a été considérée au Danemark comme une victoire diplomatique importante. Début janvier, le président américain avait en effet déclaré qu'il s'emparerait du Groenland, territoire danois autonome de l'Arctique. Une menace d'autant plus inquiétante qu'elle intervenait juste après la capture par les Américains du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro.

Mette Frederiksen n'est cependant pas la seule à bénéficier de la conjoncture internationale. Au Canada, en Australie ou encore au Brésil, beaucoup de dirigeants ont fait de la défense de la démocratie et des valeurs libérales contre Donald Trump un atout électoral. La cheffe du gouvernement avait d'ailleurs connu un scénario similaire, au moment de la gestion de la crise du Covid-19.

Malgré ce regain de popularité, les sociaux-démocrates, qui détiennent actuellement 50 sièges sur 179, passeraient tout de même à 41 députés, selon les derniers sondages. Ils devraient se maintenir comme première force parlementaire, mais n'auront d'autre choix que de chercher des alliances avec d'autres partis. Actuellement, ils dirigent le pays en coalition avec le centre-droit.

"Si des élections avaient lieu aujourd'hui, la coalition devrait remporter 73 sièges. Il leur manquerait tout de même 17 sièges pour atteindre les 90 nécessaires à la majorité, ce qui les obligerait à négocier avec d'autres partis. Mais c'est loin de ce qui, il y a quelques mois à peine, ressemblait à une déroute imminente", explique Politico. La question est désormais de savoir si Mette Frederiksen ira jusqu'à convoquer des élections anticipées pour profiter de la séquence politique. Elle l'avait déjà fait en 2022, en organisant un scrutin éclair alors que sa popularité était en baisse, conservant ainsi le pouvoir.

Malgré tout, "ce type de soutien est éphémère", rappelle auprès de Bloomberg Kasper Moller Hansen, professeur de sciences politiques à l'université de Copenhague. "Si les électeurs défendent leur nation dans les moments difficiles, ce n'est pas pour autant que les Danois sont soudainement devenus des sociaux-démocrates". En quelques années, la cote de popularité de la dirigeante a considérablement reculé, passant de 79 % en 2020 à 34 %, relève POLITICO.

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Devenue députée à l'âge de 23 ans seulement et connue pour son franc-parler, Mette Frederiksen est parfois qualifiée de "Margaret Thatcher de gauche".

Droits de douane annulés par la Cour suprême : de quels recours dispose Donald Trump ?

21 février 2026 à 13:58

C'est le plus grand revers judiciaire essuyé par Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche. Vendredi 20 février, la Cour suprême américaine, la plus haute instance juridique des Etats-Unis, a jugé illégale une partie des tarifs douaniers imposés par l'administration Trump au cours de l'année 2025. Six des neuf juges qui composent l'instance, pourtant à majorité républicaine, ont ainsi choisi d'invalider le principal outil de la politique économique de Donald Trump. Toutefois, ce dernier pourrait avoir recours à d'autres dispositifs légaux pour contourner cette opposition : de quels outils dispose-t-il pour continuer à imposer ses tarifs au reste du monde ?

Jusqu'à 170 milliards de dollars de préjudices

Alors que Donald Trump dînait avec des gouverneurs au moment où est tombée l'annonce, il aurait déclaré à son entourage "bouillonner de l'intérieur", qualifiant la décision de "scandaleuse", comme le relate le Wall Street Journal. Ces derniers mois, il avait déjà tenté de mettre la pression sur les juges, en déclarant que la décision de la Cour suprême dans cette affaire serait une question de "vie ou de mort" pour l'économie américaine, arguant qu'une décision annulant les droits de douane déclencherait un désastre économique.

Et pour cause, la décision "qui concerne la majorité des tarifs imposés par Trump les annule. (...) Elle ouvre également la voie à des batailles juridiques concernant le remboursement des droits de douane déjà acquittés par les importateurs américains", détaille l'agence Bloomberg. Au total, jusqu'à 170 milliards de dollars seraient en jeu, soit plus de la moitié des recettes fiscales générées par Donald Trump avec sa politique de guerre tarifaire. De quoi aggraver un peu plus les inquiétudes concernant l'état des finances publiques américaines.

Pour rappel, au cours de l'année précédente, l'administration Trump a imposé des droits de douane allant de 10 à 40 % sur les marchandises provenant de pays n'ayant pas conclu d'accords commerciaux avec les Etats-Unis, ainsi que des taxes supplémentaires sur certaines importations en provenance du Mexique, de Chine et du Canada, sous prétexte de lutter contre la crise du fentanyl aux États-Unis.

Désaveu de la Cour suprême

Pour ce faire, Donald Trump avait invoqué l'International Emergency Economic Powers Act (IEEPA), une loi fédérale de 1977 qui autorise le président à réguler le commerce international en cas d'urgence nationale. "Trump a invoqué le déficit commercial américain avec d'autres pays et le trafic de drogue à la frontière comme des urgences nationales", or "la loi de 1977 n'avait jamais été utilisée à cette fin et ne mentionne pas les droits de douane", explique Bloomberg.

Par ailleurs, l'arrêt de la Cour suprême estime que Donald Trump a outrepassé ses prérogatives, en imposant ces tarifs sans l'aval du Congrès, "un désaveu envers son style de gouvernance, caractérisé par le recours fréquent au pouvoir exécutif", analyse le WSJ. Le républicain n'a cependant pas dit son dernier mot et pourrait tenter d'appliquer d'autres dispositifs législatifs pour contourner cette décision.

"Sécurité nationale"

Plusieurs articles de la législation américaine permettent en effet d'imposer des droits de douane en réponse à des mesures commerciales d'autres pays jugées discriminatoires pour les entreprises américaines. L'article 232 de la loi de 1962 en matière de sécurité nationale permet notamment à l'exécutif d'intervenir sans passer par le Congrès. C'est une option moins efficace pour Donald Trump, puisque son activation doit résulter d'une enquête préliminaire justifiant l'imposition d'une telle mesure. Le président l'a néanmoins déjà utilisée : c'est cette loi qui est à l’origine des droits de douane appliqués à l’industrie automobile, l’acier et l’aluminium, qui ont quant à eux été jugés légaux par la Cour suprême vendredi.

"L'administration pourrait également lancer des enquêtes sur les politiques commerciales et économiques des pays en vertu de l'article 301 de cette même loi, ou utiliser l'article 201 pour déterminer si les fabricants américains subissent un préjudice", explique Bloomberg. La loi 1974 sur le commerce permet également d'instaurer des taxes à l'importation jusqu'à 15 %, mais seulement en cas "de crise grave et importante" de la balance des paiements américaine, ou pour empêcher une dépréciation imminente et significative du dollar.

Bloomberg cite également une loi de 1930 (l'article 338 de la loi Hawley-Smoot sur les tarifs douaniers), introduite par le président Herbert Hoover après le krach de 1929. Cette dernière permet au président d'imposer des droits de douane sur les importations des pays utilisant des mesures déraisonnables. Néanmoins, cette mesure est très critiquée car, à l'époque déjà, les experts estimaient qu'elle accélérerait la guerre commerciale et amplifierait la dépression mondiale.

Vendredi, la publication de données économiques a montré un net ralentissement de la croissance économique des Etats-Unis à la fin de l'année 2025, conséquence notamment d'un ralentissement de la consommation, plombée par l'augmentation des prix des produits importés.

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Si certains pays feront le déplacement parce qu'ils adhèrent au projet, d'autres espèrent plutôt s'épargner les foudres de la Maison-Blanche par leur présence.
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