La tension qui couve depuis plusieurs semaines entre Anthropic et l'administration américaine est montée d'un cran. A l'issue d'une réunion ce mardi 24 février entre le PDG de la société Dario Amodei et le secrétaire à la Défense américain Pete Hegseth, ce dernier a donné jusqu'à vendredi à la firme pour se plier aux desiderata du Pentagone. A savoir : la levée de ses restrictions quant à l'utilisation par l'armée de son IA Claude, qu'Anthropic entend exclure de deux domaines, la surveillance des masses d'une part et le développement d'armes autonomes d'autre part.
Des réserves inacceptables pour Pete Hegseth. Faute d'accord, le ministre américain menace d'annuler le contrat passé avec Anthropic à l'été 2025, pour un montant de 200 millions de dollars, ou encore de recourir au Defense Production Act, une loi de 1950 édictée dans le contexte de la guerre de Corée qui autorise le gouvernement à prendre le contrôle de sociétés au nom de la sécurité du pays. La loi a notamment été utilisée lors de l'épidémie de Covid, mais son recours manquerait ici de bases légales, selon des juristes. "Je ne suis pas sûr que cet aspect de la DPA ait jamais été utilisé de cette manière", a déclaré au Washington Post Jerry McGinn, directeur du Centre d'études stratégiques et internationales pour les questions relatives à la base industrielle.
Divergence idéologique
Dans un monde de la tech qui a largement prêté allégeance à Donald Trump, à l'image d'Elon Musk (xAI) ou de Sam Altman (Open IA), Anthropic fait figure d'exception. Fondée en 2021 par des anciens d'Open AI, la firme défend une vision de l'IA plus humaniste que celle de ses concurrents. Avec le Pentagone, les désaccords n'ont été qu'en s'accentuant. Alors que Pete Hegseth énonçait en septembre, via un mémo, "Fini l’idéalisme utopique, place au réalisme froid", et plaidait pour la levée des "contraintes juridiques pouvant limiter des usages militaires légaux", Dario Amodei a répondu par un essai, The Adolescence of Technology (non traduit), paru le 26 janvier. Il défend la mise en place de "limites à l’usage autorisé de [l'IA] par nos gouvernements" et assimile "la surveillance intérieure", "la propagande de masse" et "les armes autonomes" à de possibles "crimes contre l’humanité". Dario Amodei avait également qualifié Donald Trump de "seigneur de guerre féodal" dans un message Facebook au cours de la dernière campagne présidentielle, et appelé à voter pour Kamala Harris.
L'attitude d'Anthropic agace d'autant plus le Pentagone que Claude est à ce jour la seule IA habilitée à être utilisée pour les opérations classifiées. Mais la firme d'Elon Musk pourrait profiter de la situation, xAi étant sur le point d'être également habilité à intervenir dans ces domaines, avec son controversé outil Grok, selon le Wall Street Journal. Reste que la position de Dario Amodei n'a jusqu'à présent pas heurté le business plan de sa société, bien au contraire : la valorisation de cette dernière atteint 350 milliards de dollars, en attendant son introduction en Bourse courant 2026.
Les soussignés – avocats, membres des professions juridiques et personnalités publiques, que nous soyons de nationalité ou d’origine iranienne, ou de toute autre nationalité – formulons, avec urgence et profonde préoccupation, le présent appel au nom de celles et ceux qui, en Iran, sont réduits au silence.
Partout en Iran, des manifestants pacifiques, qui n'ont cherché qu'à exercer leur droit à la liberté d'expression et à l'autodétermination dans la dignité – y compris leur droit légitime d'exprimer leur exaspération face à l'effondrement économique désormais systémique du pays, qui empêche le peuple iranien d’accéder à ses besoins les plus élémentaires (alors que, selon certaines informations, des milliards de dollars seraient détournés quotidiennement par ceux qui détiennent le pouvoir et leurs proches) – ont été confrontés à l'usage de la force, à des arrestations massives et à des homicides systématiques à grande échelle, ainsi qu’un black-out informationnel croissant.
Bien que les informations en provenance d’Iran soient rares, celles qui parviennent jusqu’à nous indiquent que le nombre de morts liés à la répression menée par le régime au cours des dernières semaines dépasserait les dizaines de milliers de personnes, pour la plupart des jeunes, tandis qu’un nombre plus important encore serait détenu illégalement. Le lieu de détention des personnes arrêtées n’est pas divulgué, et il est fait état d’exécutions menées sans aucun procès.
Crimes contre l'humanité
Parallèlement, le régime iranien a coupé l’accès de la population à Internet, l’isolant ainsi du reste du monde. Le 10 janvier 2026, la Mission internationale indépendante d’établissement des faits des Nations Unies sur la République islamique d’Iran a demandé le rétablissement immédiat de l’accès à Internet et des communications mobiles, ainsi que la fin de la répression violente des manifestations en cours. A ce jour, la République islamique n’a pas donné suite à cet appel.
La violence d’Etat exercée par la République islamique à l’encontre des manifestants a d’ores et déjà atteint le seuil des crimes internationaux les plus graves. En 2024, la Mission d’établissement des faits de l'ONU a estimé que les violations graves commises lors des manifestations "Femme, Vie, Liberté" de 2022 pouvaient constituer des crimes contre l’humanité. Les faits plus récents — notamment les homicides à grande échelle et la répression systématique de manifestants pacifiques — sont également susceptibles de recevoir cette qualification. Le 23 janvier 2026, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a adopté une résolution prolongeant de deux ans le mandat de la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur l’Iran, ainsi que d’un an celui du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme. La résolution appelle également à l’ouverture d’une enquête urgente sur la répression des manifestations à travers le pays qui a débuté le 28 décembre 2025.
Compte tenu de la gravité des atrocités perpétrées par les autorités à l’encontre du peuple iranien, nous appelons les gouvernements, les institutions et les citoyens du monde entier à agir immédiatement en :
Condamnant publiquement et sans équivoque les homicides et la détention illégale de manifestants pacifiques, et en exigeant l’arrêt immédiat du recours aux balles réelles, aux arrestations arbitraires, à la torture et aux exécutions.
Soutenant les enquêtes indépendantes et la préservation des preuves, en coopération avec la Mission d’établissement des faits de l'ONU et d’autres mécanismes d’établissement des responsabilités.
Sanctionnant le Corps des Gardiens de la révolution islamique en tant qu’organisation terroriste.
Refusant l’entrée et le séjour à toute personne impliquée dans de graves violations des droits humains, au moyen d'une action coordonnée comprenant des interdictions de visa, un contrôle rigoureux en matière d’immigration et des gels d’avoirs visant les hauts responsables, les forces de police et militaires, les juges, les procureurs, les autorités pénitentiaires, ainsi que toute autre personne ayant ordonné, facilité ou commis des violations des droits humains.
Empêchant l’impunité par la fuite. Lorsque des auteurs présumés cherchent à entrer sur un territoire ou s’y trouvent, lorsque les preuves le justifient, ils doivent faire l'objet d'enquêtes et de poursuites en vertu du droit national applicable, notamment au titre de la compétence universelle, lorsque cela est possible.
Nous ne resterons pas silencieux alors que des Iraniens sont tués pour avoir revendiqué leur droit à la dignité et à la liberté. Les responsables doivent savoir qu'ils auront des comptes à rendre et qu’aucune échappatoire ne leur sera offerte par la communauté internationale.
Les opinions exprimées dans la présente lettre le sont à titre strictement personnel et ne reflètent pas celles des cabinets d’avocats, employeurs ou clients des signataires (le cas échéant).
* Signé par :
Saeid ABEDI
Safya AKORRI
Laura ASBATI
Juliette ASSO-RICHARD
Niels AUJOUANNET-KELNER
Dr Philippe AZOUAOU
Yas BANIFATEMI
Tristane BANON, essayiste, romancière et journaliste
Simone BENZAQUEN RODAN, essayiste
Dr Affef BEN MANSOUR
Professeur George BERMANN
Ketevan BETANELI
Matthieu BOCCON-GIBOD
Dr Rouven BODENHEIMER
Anastasia BONDARENKO
Sebastien BONNARD
Martin BRASART
Marie-Provence BRUE
Guillemette BURGALA
Laurence BURGER
Nora BUSSIGNY, journaliste et autrice
Audrey CAMINADES
Jonathan CARY
Sydney CHARDON
Hélène DAHER
Emmanuel DAOUD
Coralie DARRIGADE
Louis DEGOS, Bâtonnier du Barreau de Paris
Guillaume DE RANCOURT
Ladan DIRICKX, Bâtonnière du Barreau d’Angers
Sarah DORAGHI, journaliste, auteure et actrice
Caroline DUCLERQ
Carine DUPEYRON
Shirley ELGHANIAN, chef d’entreprise et entrepreneur
Patrick EL HAYEK
Jérémie FIERVILLE
Louis FLANNERY KC
Clément FOUCHARD
Laurence FRANC-MENGET
Charles FUSSELL
Ulrike GANTENBERG
Anne GAUSTAD
Virginie GUILHAUME, journaliste et présentatrice de télévision
Amir GHAFFARI
Saam GOLSHANI
Fabienne GOUBAULT
Sara HABIBI
Marzieh HAMIDI, athlète (championne de taekwondo)
Dominique T. HASCHER
Pascal HOLLANDER
Jean-Christophe HONLET
Michael HUMBERT, entrepreneur
Edward HUMPHRIES
Alexandra JOHNSON
Cyrus KADIVAR, auteur
Raphaël KAMINSKY
Rachel KHAN, athlète, actrice et écrivaine
Elie KLEIMAN
Professeure Julie KLEIN
Professeure Caroline KLEINER
Ioana KNOLL-TUDOR
Jean-Luc LARRIBAU
Karen LAIK
Maude LEBOIS
Irène LEGER
Nanou LELEU-KNOBIL
Antonin LEVY
Dorothee MADSEN
Eliza MAHDAVY-TURCAT
Professeur Harry MCVEA
Caroline MIRIEU DE LABARRE
Yasmin MOHAMMAD
Alasdair MURRAY, écrivain, consultant politique et expert en communication
Samantha NATAF
Marie-Agnès NICOLAS
Reihaneh NOVEIR
Claire PAULY
Marily PARALIKA
Yuri PARKHOMENKO
Anna PEYDA
Pierre PIC
Rachel-Flore PRADO
Harry PREBENSEN
Florian QUINTARD
Guillaume DE RANCOURT
Alaina RAMSAY
Alice ROUSSEAU
Kyra RUBINSTEIN
Sahand SABER
Shaparak SALEH
Marjane SATRAPI, artiste, réalisatrice et écrivaine
Il s'est exprimé pendant près de deux heures : Donald Trump a vanté mardi 24 février devant le Congrès ses réussites économiques, à l'occasion du plus long discours sur l'état de l'Union jamais prononcé (une heure et 47 minutes), affirmant que les Etats-Unis entraient dans un "âge d'or". "Notre nation est de retour - meilleure, plus grande, plus riche, plus forte", a dit le président américain depuis le pupitre, alors que les républicains du Congrès scandaient "USA, USA".
L'hôte de la Maison-Blanche a pris la parole lors d'une allocution télévisée en "prime time" (21h00 heure de Washington, 03h00 mercredi heure française). Ce discours offrait à Donald Trump une opportunité de convaincre les électeurs de maintenir au pouvoir les républicains, qui contrôlent avec une majorité étroite les deux chambres du Congrès. L'ensemble des sièges de la Chambre des représentants et une partie du Sénat seront en jeu lors des "midterms" en novembre prochain.
L'inflation "s'effondre" selon Donald Trump
Habitué des digressions parfois erratiques, Donald Trump s'en est cette fois tenu à son discours, discutant de l'économie durant la première partie de son allocution. Il a dressé un panorama complet des problèmes économiques du quotidien – logement, santé, factures d'énergie... – mais il s'est une fois de plus abstenu de reconnaître que de nombreux Américains sont toujours aux prises avec le coût élevé de la vie. L'inflation "s'effondre", a-t-il ainsi affirmé, bien que le prix des denrées alimentaires, du logement ou des assurances reste plus élevé qu'il ne l'était il y a quelques années.
Selon Donald Trump toujours, le marché boursier, la production pétrolière et les investissements directs étrangers sont en plein essor, de même que les emplois dans le secteur de la construction et de l'industrie. Les données gouvernementales montrent toutefois que le nombre d'emplois dans le secteur industriel a baissé, et que les créations de poste sont restées globalement faibles. Selon un sondage Reuters/Ipsos, seuls 36 % des Américains approuvent la gestion par Donald Trump de l'économie.
S'il s'en est, comme à son habitude, pris à son prédécesseur, le démocrate Joe Biden, le président républicain est par ailleurs resté mesuré en revanche quant à la Cour suprême. Alors qu'il s'en était pris aux juges après qu'ils ont décidé vendredi d'invalider les droits de douane dits "réciproques" qu'il avait instaurés, Donald Trump a serré la main aux quatre membres de la Cour suprême présents dans la Chambre des représentants et n'a qualifié leur décision que de "malheureuse".
Sur l'Iran, Donald Trump "préfère" la diplomatie
Malgré l'attention portée par le président à la politique internationale depuis le début de son second mandat, la question a peu été abordée lors du discours. Donald Trump, qui a réaffirmé avoir "mis fin" à huit guerres, n'a presque pas fait mention de la guerre opposant la Russie et l'Ukraine, alors même que le conflit vient d'entrer dans sa quatrième année.
Le locataire de la Maison-Blanche n'a pas non plus fourni de détails sur ses plans concernant l'Iran, alors que l'inquiétude croît à propos d'un possible conflit avec Téhéran. "Je préfère régler ce problème par le biais de la diplomatie", a dit Donald Trump. "Mais une chose est sûre, je ne permettrai jamais au premier mécène du terrorisme, ce qu'ils sont et de loin, d'avoir une arme nucléaire."
Alors que Donald Trump abordait son sujet favori, l'immigration, il a eu recours à la même rhétorique qu'il avait utilisée lors de sa campagne présidentielle en 2024. Il a notamment affirmé que les migrants sans-papiers étaient responsables d'une vague de crimes violents, bien que des études montrent que ce n'est pas le cas. "Vous devriez avoir honte", a dit Donald Trump aux démocrates, leur reprochant de refuser de financer le département de la Sécurité intérieure (DHS). Les opérations du DHS sont en effet quasiment à l'arrêt en raison d'une querelle entre les républicains et les démocrates du Congrès à propos de la stratégie anti-immigration musclée de l'administration Trump.
Les sondages montrent que la plupart des Américains disent penser que l'administration Trump a été trop loin dans son offensive anti-immigration, après deux fusillades mortelles controversées à Minneapolis impliquant des agents de la police fédérale de l'immigration (ICE). Alors que le président vantait l'application de sa politique en matière d'immigration, l'élue de Minneapolis Ilhan Omar a crié dans sa direction : "Vous avez tué des Américains !"
L'élu démocrate du Texas Al Green s'est de son côté vu contraint de quitter la Chambre des représentants après avoir brandi une pancarte sur laquelle on pouvait lire "les Noirs ne sont pas des singes". Une référence à une vidéo partagée plus tôt ce mois-ci sur un compte de réseaux sociaux de Donald Trump, représentant l'ancien président démocrate Barack Obama et l'ancienne première dame Michelle Obama sous les traits de singes. Al Green avait déjà pris Donald Trump à partie l'an dernier lors de son discours sur l'état de l'Union.
D'autres démocrates ont protesté de manière plus calme. L'élue de Hawaii Jill Tokuda portait une veste sur laquelle on pouvait lire "affordability" (un terme employé pour faire référence au caractère "abordable" des produits du quotidien) et "healthcare" (services de santé). De nombreuses démocrates arboraient également des badges disant "Publiez les documents", une référence au scandale autour de la publication de millions de documents du département de la Justice liés au défunt financier et délinquant sexuel Jeffrey Epstein, avec lequel Donald Trump a entretenu jadis une amitié. Plusieurs accusatrices de Jeffrey Epstein, invitées par les démocrates, se trouvaient dans la salle.
Jeffrey Epstein n'en a pas fini de défrayer la chronique. Mais pour une fois, les révélations ne concernent pas une énième personnalité politique mise en cause pour ses liens avec le pédocriminel. On apprend aujourd'hui que la myriade de documents révélés le mois dernier pourrait n'être que l'arbre qui cache la forêt. Le financier aurait stocké des preuves compromettantes dans des entrepôts à travers les Etats-Unis, selon les dernières informations du Telegraph.
Pour ce faire, Jeffrey Epstein aurait fait appel à des détectives privés. Un tas d'ordinateurs, de disques durs, de photographies auraient ainsi été retirés de ses différentes propriétés puis dissimulés dans au moins six sites de stockage loués à son nom. Des relevés bancaires montrent qu’il louait au moins un box de stockage dès 2003, période où il fréquentait l’élite mondaine de Palm Beach. Les paiements pour ces unités se sont poursuivis jusqu’en 2019, année de sa mort.
Perquisitions incomplètes ?
Les mandats examinés par le Telegraph laissent penser que les autorités américaines n’ont jamais perquisitionné ces entrepôts. Lors des perquisitions menées en 2019 après son arrestation pour trafic sexuel, le FBI a saisi de nombreux appareils électroniques dans ses résidences de New York et des îles Vierges américaines. Toutefois, les documents consultés ne mentionnent pas de descentes dans des entrepôts externes.
Ces espaces de stockage pourraient donc contenir des éléments inédits et sensibles, notamment des photos ou vidéos. De nombreuses victimes soupçonnent Epstein d'avoir installé des caméras cachées dans ses propriétés afin d'enregistrer des images à des fins de chantage potentiel, mais seul un petit échantillon de vidéos a été saisi par les autorités à ce jour et la plupart étaient dénuées d'éléments compromettants.
Plusieurs traces de virements
Les autorités soupçonnent depuis longtemps qu’Epstein avait été averti à l’avance d’une perquisition menée en 2005 dans sa maison de Palm Beach. Un ancien chef de la police locale a entre autres affirmé que la résidence avait été "nettoyée" et que certains équipements informatiques semblaient avoir disparu. Plusieurs emails viennent appuyer cette thèse : ils indiquent qu’un détective privé engagé par Epstein a retiré des ordinateurs et des fichiers avant l’arrivée des enquêteurs, puis les a placés dans un box sécurisé.
Dans un message de 2009, quelques semaines après la demande de Virginia Giuffre d'accéder à des fichiers numérisés chez Jeffrey Epstein, un détective indiquait par exemple conserver ces ordinateurs "verrouillés dans un entrepôt" et demandait des instructions quant à leur restitution ou leur conservation. Des entrepôts auraient été loués en Floride, mais aussi à Manhattan, ou encore au Nouveau-Mexique, pour un montant pouvant aller de 100 à plus de 400 euros par mois.
Les détectives privés impliqués ont refusé de commenter, invoquant le secret professionnel. Certaines missions leur auraient été commandées par les avocats d’Epstein, ce qui pourrait les protéger en raison du secret avocat-client. De son côté, le FBI a refusé d'indiquer si des unités de stockage avaient déjà été perquisitionnées. Le frère du criminel, Mark Epstein, a quant à lui déclaré au Telegraph qu'il n'avait jamais eu connaissance de ces entrepôts.
Plusieurs acteurs politiques ukrainiens ont appelé à la restriction du réseau social Telegram, après une série d'attentats à la bombe à travers le pays, selon le Kyiv Post. Dimanche 22 février, deux explosions visant des policiers à Lviv ont fait un mort et 25 blessés. Le jour suivant, deux autres détonations ont retenti à Mykolaiv, dans le sud du pays, et à Dnipro, au centre de l'Ukraine. Cette fois encore, des policiers ont été blessés et des commissariats endommagés. Le président Volodymyr Zelensky et d'autres acteurs politiques ukrainiens, ont lié ces attaques au renseignement du Kremlin. Les autorités affirment que les auteurs de ces attentats ont été recrutés sur Telegram, motivés par une offre de rémunération ou par leurs convictions prorusse.
"Une fois de plus, nous voyons que l'ennemi utilise systématiquement Telegram pour recruter des terroristes, coordonner leurs actions et mener des attaques", a écrit sur Telegram l'ancienne vice-Première ministre de l'Ukraine IrynaVereshchuk. Dans les colonnes du Kyiv Post, la femme politique appelle à "limiter les capacités de ces plateformes", et assure "qu'il faut réfléchir au fonctionnement de Telegram et d'autres plateformes anonymes dans notre espace d'information en temps de guerre".
"Environ la moitié" des terroristes recrutés sur Telegram
A l'occasion d'une conférence de presse tenue lundi 23 février, le ministre de l'Intérieur, Ihor Klymenko, a déclaré qu'"environ la moitié" du recrutement pour les campagnes d'attentats à la bombe s'était faite via Telegram.
Le ministre, qui assure que cette problématique dépasse les seuls services de sécurité intérieure, appelle à une réflexion au sein de la société ukrainienne sur l'utilisation du réseau social. "Nous devons probablement discuter des mesures à prendre pour limiter et garantir le travail qui nous permettra de réduire le nombre de ces crimes, à savoir les crimes terroristes", a-t-il ensuite ajouté devant les journalistes.
Des propos amplifiés par le chef adjoint du Service de sécurité ukrainien (SBU), Ivan Rudnytsky, qui a exhorté différentes agences à redoubler d'efforts pour lutter contre les activités illégales de la plateforme, selon l'agence de presse Interfax Ukraine. "Non seulement les forces de l'ordre, mais aussi les autres institutions publiques concernées doivent renforcer certaines fonctions réglementaires afin de restreindre et d'empêcher l'utilisation de ces ressources d'information ou d'Internet à des fins illégales et terroristes" a-t-il déclaré.
10 millions d'utilisateurs en Ukraine
Mais limiter l'accès à Telegram en Ukraine n'est pas une mince affaire. Avec quelque 10 millions d'utilisateurs, soit près du quart de la population ukrainienne, le réseau social est devenu la messagerie de choix des Ukrainiens. 70 % d'entre eux l'utilisent également comme source d'information, selon un sondage réalisé en 2023 par USAID.
Sauf que la plateforme, né du Russe Pavel Durov - résidant actuellement à Dubaï - est suspecté d'entretenir des liens avec le Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie (FSB). Selon une enquête du média russe Important Stories, nombre de messages envoyés sur Telegram transiteraient par les services d'une entreprise fournisseuse du FSB, ce que le réseau social dément. En 2024, des membres des services de sécurité ukrainiens ont également accusé la Russie d'utiliser Telegram pour des cyberattaques, des tentatives d'hameçonnage, la distribution de logiciels malveillants et le suivi de la géolocalisation des utilisateurs, allant même jusqu'à cibler ses frappes de missiles en fonction des données recueillies.
Kiev s'est déjà essayée à réduire l'accès à Telegram. En septembre 2024, des restrictions sur l'utilisation de l'application de messagerie Telegram ont été imposées aux membres du gouvernement, de l'armée et du domaine de la sécurité. Mais à ce jour, aucune limitation n'a été annoncée pour le reste des utilisateurs.
D'après les informations du Kyiv Post, un projet de loi visant à réglementer Telegram à l'échelle nationale serait en cours d'élaboration. Toutefois, le journal n'a pas obtenu de précision sur la manière dont les élus prévoient de l'appliquer.
Toutefois, le cas de la Russie pourrait servir d'exemple aux législateurs. Depuis février, Moscou limite également l'accès à la plateforme. L'objectif : inciter ses citoyens à préférer Max, la messagerie approuvée par le Kremlin. Sauf que, rapidement, les conséquences se sont fait ressentir sur le front où les communications entre soldats se sont effondrées. D'autant plus problématiques que les échanges par Starlink sont également devenus impossibles depuis qu'Elon Musk a coupé l'accès à Moscou. Des pannes de communication telles que des unités ont été paralysées et ont contribué à des morts par tirs amis.
Le site des explosions dans le centre-ville, où, selon la police, des agents ont été tués et blessés, dans le contexte de l'attaque russe contre l'Ukraine, à Lviv, en Ukraine, le 22 février 2026. REUTERS/Anastasiia Smolienko
C'est une révélation qui a de quoi faire pâlir plus d'un Européen. On avait déjà connaissance de manoeuvres d'espionnage mises en oeuvre par Moscou. On sait désormais que la Russie envisage de mener des actions de sabotage à travers l'Europe et qu'elle acquiert, dans ce but, des biens situés à proximité de bases militaires. Si ce sont avant tout les pays nordiques qui sont visés, toute l'Europe serait concernée, à en croire le journal britannique The Telegraph. Et la Russie piloterait même certains actes de malveillance directement depuis Paris. Explications.
Ce sont plusieurs acquisitions, par des Russes, de biens immobiliers qui ont éveillé les soupçons des services de renseignement européens. Qu'il s'agisse de chalets isolés, d'appartements urbains, d'écoles abandonnées, d'entrepôts, ou parfois même d'îles, ces sites présentent tous un point commun : leur proximité avec une base militaire ou des infrastructures critiques. Qui rend possible d'y implanter des postes d'écoute ou d'y rassembler du matériel - des drones et explosifs se trouveraient déjà dans certains de ces sites - ... et in fine, d'en faire le point de départ d'opérations de sabotage.
"Zone grise"
Si les actes hostiles attribués à Moscou sont déjà en nette hausse depuis le début de l'invasion de l'Ukraine il y a quatre ans - incendies criminels à Londres et à Varsovie, projets de déraillement ferroviaire -, plusieurs responsables alertent sur une possible envolée de ces pratiques. Selon eux, la Russie envisagerait de tester une stratégie de "zone grise". Autrement dit, mener des actions suffisamment graves pour perturber transports, énergie ou communications en Europe, mais assez ambiguës pour éviter une riposte militaire directe de l’Otan.
"Une campagne de sabotage crée moins facilement un consensus qu’une attaque militaire ouverte", explique un responsable du renseignement. "La dénégation, qu'elle soit plausible ou non, rend l’attribution incertaine et complique le rassemblement d’un front commun".
Précédent finlandais
Alors qu'une île y a été achetée par une société russe en 2018, qui y a installé des infrastructures de surveillance - les forces de sécurité y ont découvert neuf quais, un héliport, des systèmes de surveillance, des bâtiments ressemblant à des casernes et des équipements de communication sophistiqués -, la Finlande a déjà imposé des restrictions pour les achats des ressortissants russes. Suivie dans la foulée par les Etats baltes.
Mais la Finlande est loin d'être un cas isolé. En Norvège, des chalets liés à des figures proches du Kremlin surplombent des bases militaires stratégiques dans l’Arctique. Des propriétés associées à l’Église orthodoxe russe ont également été acquises à proximité d’installations navales et radars en Norvège et en Suède, suscitant des inquiétudes sécuritaires. En Suède, une église construite près d’un aéroport stratégique a été considérée par les services de renseignement comme une plateforme potentielle d’espionnage.
Plus au sud, des acquisitions liées à la Russie ont été signalées près de bases navales en Sicile, en Crète et en Grèce continentale, ainsi qu’à proximité de sites sensibles à Londres, Paris et Genève. A tel point que la directrice du MI6 - l'équivalent britannique de la DGSE - a averti que le Royaume-Uni évoluait désormais "entre la paix et la guerre". Des enquêtes ont notamment été ouvertes sur des achats suspects à proximité du siège du MI6 à Londres et de l’ambassade américaine.
Pas de réponse collective
Mais aucune mesure n'a à ce stade été prise à l'échelle européenne. Les experts dénoncent des failles juridiques persistantes et un manque de coordination entre services de renseignement. "Tant que le contre-espionnage restera strictement national, il aura du mal à répondre à une menace qui, elle, traverse toutes les frontières européennes", résume un responsable de la sécurité britannique dans les colonnes du Telegraph.
Pour échapper aux radars, la Russie privilégierait désormais une approche plus diffuse : des acquisitions modestes mais en plus grand nombre, afin de constituer un réseau clandestin à l’échelle européenne, prêt à être activé en cas de crise majeure. Les experts rappellent d'ailleurs que la Chine poursuit une stratégie comparable, en essayant de se positionner notamment près des centres de données. Mais à la différence de la Chine, la Russie envisagerait de passer à l'acte sur le court terme...
Le président russe Vladimir Poutine et le directeur du Service fédéral de sécurité (FSB) Alexander Bortnikov assistent à une réunion du conseil d'administration du service à Moscou, en Russie, le 24 février 2026. Sputnik/Mikhail Metzel/Pool via REUTERS
C'est reparti pour un tour ? Depuis ce mardi 24 février, les Etats-Unis ont imposé une nouvelle taxe mondiale de 10 % à tous les pays, et ce pour une durée de 150 jours. Quelques jours après son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump s'est engagé dans une guerre commerciale... à coups de droits de douane. Dans un dernier retournement de situation, la Cour suprême américaine a invalidé vendredi 20 février une série de droits de douane décidés par la Maison-Blanche, après des mois de négociations avec le monde entier. Contrairement à ce qu'affirmait Washington, le pays n'était pas en situation d'urgence nationale, rendant ainsi l'invocation de la loi IEEPA (NDLR : International Emergency Economic Powers Act) illégale.
Quels nouveaux tarifs ?
Privé de son levier d’urgence nationale, le président américain a immédiatement activé une autre base juridique, se fondant cette fois sur la section 122 de la loi sur le commerce de 1974. Une première : cette disposition n'ayant jamais été utilisée pour fixer des taxes. Elle permet au chef de l'Etat de réduire les importations en imposant des droits de douane jusqu'à 15 % pour rééquilibrer les échanges entre les Etats-Unis et leurs partenaires économiques dès lors qu'un déséquilibre marqué de la balance des paiements est démontré. Cette taxe peut être appliquée pendant une période maximale de 150 jours, soit jusqu'au 24juillet. Après avoir annoncé ce week-end qu'ils seraient de 15 %, les nouveaux droits de douane de Donald Trump entrent finalement en vigueur ce mardi à 10 %.
Cette taxe vient s'ajouter aux droits de douane déjà en vigueur avant les augmentations invalidées par la cour suprême. En moyenne, l'UE était taxée à hauteur de 4,8 %. Mais pour certains produits, taxés plus sévèrement, les tarifs s'envolent. Entre autres, les fromages européens, dont les droits de douane étaient fixés à 14,8 % en 2024, frôlent désormais les 30 %.
Des pays sortent-ils gagnants ?
Oui. C'est le cas des pays auxquels Donald Trump a voulu imposer les tarifs les plus sévères pendant sa guerre commerciale de 2025. 50 % pour le Brésil, 39 % pour la Suisse, 30 % pour le Canada, 25 % pour le Mexique... Tous sont moins pénalisés qu'anticipé par cette décision. L'Asie du Sud-Est, est également gagnante. L'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande et le Cambodge, avaient tous écopé de droits de douane de 19 % l'année précédente.
Le titre de plus grand gagnant revient à la Chine qui a vu ses droits de douane culminer jusqu'à 145 %, avant que Pékin et Washington ne conviennent d'une "trêve commerciale" fixée à 30 %.
Quant aux alliés de la Maison-Blanche, épargnés en 2025, ils passent du côté des perdants. Par exemple, l'Argentine de Javier Milei, fidèle parmi les fidèles, s'en était tirée avec 10 % de droits de douane. A partir d'aujourd'hui, le pays devra également additionner cette nouvelle taxe à ses tarifs de 2024.
Que deviennent les accords conclus avec Washington ?
A Bruxelles, c'est l'incertitude qui règne. Depuis la décision de la Cour suprême, le Parlement européen a suspendu la ratification de l’accord de Turnberry. Cette négociation a permis au 27, taxés à hauteur de 25 % début 2025, de réduire la sanction à 15 %. "Un deal est un deal", s'est agacé la Commission européenne dimanche 22 février, déjà inquiète des conséquences qu'aurait cette nouvelle réglementation sur l’économie européenne. Et le Vieux Continent a de quoi se faire du souci. Si, pour l'heure, toutes les marchandises ne sont pas pénalisées, la taxe de 15 % que Donald Trump menace de dégainer mettrait en danger l'ensemble des secteurs européens. Mais le gel de Turnberry désavantage aussi les Américains. Pour obtenir une baisse des droits de douane, l'Union s'était engagée à supprimer ses taxes sur de nombreux produits américains.
Même son de cloche au Japon qui a déclaré avoir demandé aux Etats-Unis de garantir que son traitement dans le cadre d'un nouveau régime tarifaire serait aussi favorable que dans l'accord existant. La Grande-Bretagne et Taïwan ont également manifesté leur préférence pour le maintien de leurs accords.
Le deal que Washington a passé avec l'Inde risque aussi d'être suspendu. Pour échapper aux 50% de droits de douane que Washington lui avait imposés, New Delhi avait plié devant de nombreuses exigences américaines, dont la suppression de ses droits de douane et de ses barrières non tarifaires sur les marchandises américaines. L'Inde se serait également engagée à acheter américain à hauteur de plus de 500 milliards de dollars. Une clause de cet accord, qui autorise les deux parties à revoir leurs engagements en cas de modification des barrières tarifaires, pourrait permettre à New Delhi de se rétracter.
"Tous les pays qui voudraient jouer avec la décision ridicule de la Cour suprême, en particulier ceux qui ont plumé les Etats-Unis pendant des années, ou même des décennies, seraient confrontés à un droit de douane beaucoup plus élevé, et pire que tous ceux qu'ils ont récemment acceptés" a fustigé Donald Trump sur Truth Social, conscient des dangers qui pèsent sur ses accords arrachés.
Le 24 février 2022, la Russie a déclenché son attaque sur l'Ukraine, tentant de s'emparer de la capitale Kiev dans une offensive éclair. Mais les forces ukrainiennes ont opposé une résistance farouche, obligeant les troupes russes à la retraite et déplaçant les combats vers le bassin du Donbass, dans l'est du pays, et dans son sud agricole. Du côté de l'Occident, le temps diplomatique a laissé place à celui des sanctions contre Moscou. Alors que la guerre se poursuit, inexorablement, peu de signes de progrès sont visibles.
Des personnes en deuil portent des cercueils lors d'une procession funéraire pour des membres des forces de sécurité et des civils tués lors des manifestations, dimanche 11 janvier 2026. à Téhéran, en Iran.
Donald Trump, qui pensait avoir façonné à sa main la Cour suprême, s’est pris un vent qu’il a peu apprécié, au point de traiter les sages américains d’"antipatriotiques" et de "déloyaux". Qu’ont-ils donc fait de si terrible ? Ils ont jeté à la poubelle la quasi-totalité du dispositif sur les droits de douane, son chef-d’œuvre politique depuis son retour à la Maison-Blanche. Et même si depuis l’annonce, le 20 février, de ce désaveu cinglant, le président américain a trouvé la parade en exhibant un nouvel arsenal de sanctions, la décision des juges apporte la preuve éclatante de l’efficacité des contre-pouvoirs américains.
Dans un pays où l’ensemble des institutions, des tribunaux à la police en passant par la réserve fédérale, ne cesse d’être chahuté par le pouvoir populiste, la digue juridique n’a pas cédé. "Ce pays a connu deux cent cinquante ans de pratique ininterrompue de la démocratie : dix années de Trump ne vont pas tout renverser", veut croire Laurence Nardon, responsable du programme Amérique à l’Ifri.
Et en France ?
L’exemple américain, inscrit dans une longue tradition de primauté du pouvoir judiciaire, nous renvoie au débat sur la robustesse des contre-pouvoirs français. Après tout, si un apprenti dictateur était élu demain à l’Elysée, comment être certain qu’il n’aurait pas tout loisir pour faire sauter les verrous institutionnels en place ?
Une partie de la réponse figure dans les textes fondateurs de la Ve République, et la jurisprudence, où l’on trouve des garde-fous juridiques solides. "A moins de provoquer une révision de la Constitution, ce qui suppose l’obtention d’une très large majorité parlementaire, beaucoup des éléments du fonctionnement de la vie démocratique sont protégés par des règles et des procédures juridiques", explique le juriste Denys de Béchillon, chroniqueur à L’Express.
En clair, face à la soif d’abrogations et de chamboule-tout d’un nouveau pouvoir populiste, "le pays pourrait compter sur les garanties juridictionnelles que forment le Conseil constitutionnel, le Conseil d’Etat ou l’existence d’une justice indépendante, tous constitutionnellement protégés", poursuit Denys de Béchillon. Mais il nuance : "Voilà pour la théorie. Car s’il y a bien une résistance juridique, celle-ci est loin d’être inoxydable".
Dans la pratique, que se passerait-il, en effet, si, une fois au pouvoir, un Jordan Bardella, une Marine Le Pen ou un Jean-Luc Mélenchon réclamaient, au nom du peuple, un référendum sur l’immigration ou une révision de la Constitution ? On peut toujours expliquer que le Conseil constitutionnel serait juridiquement armé pour les empêcher. Mais face à une contestation frontale des institutions, les neuf juges de l’aile Montpensier du Palais-Royal garderaient-ils longtemps leur courage, comme leurs collègues américains ? C’est pourtant la clé, si l’on veut préserver une institution encore très jeune (68 ans) comparée à la Cour Suprême. N’oublions pas les mots de Michel Debré, le père de la Ve République, lorsqu’il songeait dès 1945 à créer un Conseil constitutionnel, "pour protéger les principes fondamentaux de tout régime libéral" ("refaire la loi", 1945).
Le président américain Donald Trump, entouré du secrétaire au Commerce Howard Lutnick, s'exprime lors d'une conférence de presse à la Maison-Blanche, à la suite de la décision de la Cour suprême selon laquelle Trump avait outrepassé ses pouvoirs en imposant des droits de douane, le 20 février 2026.
Le président américain Donald Trump présentant un décret signé sur des droits de douane, à la Maison-Blanche, à Washington, aux Etats-Unis, le 2 avril 2025
Un mois après de vastes manifestations, dont la violente répression a causé la mort de plus de 7 000 personnes en Iran selon les ONG (3 000 selon le bilan officiel des autorités), les étudiants du pays descendent dans la rue pour la quatrième journée d'affilée, ce mardi 24 février. Depuis samedi, jour du début du nouveau trimestre universitaire, plusieurs établissements du pays, notamment dans la capitale Téhéran, sont le théâtre de manifestations mais aussi d'affrontements entre opposants au régime et groupes pro-gouvernement.
Ces manifestations surviennent alors que les États-Unis font planer des menaces d'intervention militaire en Iran si aucun accord sur le nucléaire n'est trouvé. Mardi, les manifestations ont repris dans plusieurs universités du pays. Selon une vidéo relayée par la chaîne Telegram Anjmotahed, des étudiants de l'Université de Téhéran ont scandé "Par le sang des camarades, nous tiendrons jusqu'à la fin", malgré la présence de nombreux Bassidji, ces groupes paramilitaires déployés pour réprimer les manifestations anti-gouvernement. Selon Iran Wire, les étudiants de l'Université Shahid Beheshti de Téhéran ont entamé une marche de protestation ce mardi matin. À l'Université des Beaux-Arts, les manifestants ont scandé "Mort au dictateur" ou encore "Khamenei, monstre, nous t'enterrons", toujours selon la chaîne Telegram Anjmotahed.
Pro-government and anti-government demonstrators clash at the Amirkabir University of Technology in Tehran, with additional protests and actions taking place this morning at universities across Iran. pic.twitter.com/kJlPrvLBe7
Silencieux depuis le début des manifestations, le pouvoir iranien a finalement réagi, ce mardi, affirmant que les étudiants avaient le droit de manifester mais qu'ils devaient "comprendre les lignes rouges". "Les choses sacrées et le drapeau sont deux exemples de ces lignes rouges que nous devons protéger et ne pas franchir ou dépasser, même au plus fort de la colère", a déclaré la porte-parole du gouvernement Fatemeh Mohajerani. Lundi, plusieurs vidéos montraient les protestations à l'Université féminine Al-Zahra, à Téhéran, où des slogans anti-gouvernement ont été entendus. Selon ces images, un drapeau iranien a justement été brûlé, un geste hautement symbolique alors qu'il a été adopté en 1979 après la révolution, portant le pouvoir actuel à la tête du pays.
Bousculé par des manifestations intérieures et fragilisé par les menaces américaines, le régime des mollahs voit le spectre du chah revenir par ces manifestations étudiantes. De nombreux militants étudiants, à l'instar de ceux de l'Université de technologie Sharif ou de celle de Sadjad, filmés en train de scander "vive le chah", crient leur soutien à l'ancien dirigeant iranien, qui a quitté le pouvoir après la révolution de 1979. Alors qu'il tente de profiter de la situation pour revenir aux affaires, le petit-fils du dernier chah, Reza Pahlavi, a également été cité à plusieurs reprises et le drapeau iranien orné du lion, symbole de sa famille, déployé.
Protesters raise the Lion and Sun Flag, representing the Pahlavi Dynasty, over the Sharif University of Technology in the Iranian capital of Tehran. pic.twitter.com/nyCC0nGgMr
Depuis le début des protestations samedi, plusieurs violences ont eu lieu dans les universités, notamment entre les manifestants et des groupes pro-gouvernement. Mais la répression des émeutes de janvier pèse dans les esprits des étudiants. Le début de ces nouveaux rassemblements contre le pouvoir en place a notamment coïncidé avec des cérémonies traditionnelles organisées après 40 jours pour pleurer les personnes tuées par les forces de l'ordre lors des dernières manifestations, les plus violentes depuis la révolution islamique de 1979.
Dans un rapport publié lundi, la télévision d'État a reconnu que des rassemblements anti-gouvernement "limités" avaient eu lieu dans plusieurs universités. Selon l'agence de presse Mehr, proche du pouvoir en place, une "poignée d'étudiants" ayant participé aux manifestations à l'Université Sharif ont été interdits de campus jusqu'à nouvel ordre.
Les risques pesaient sur l'administration Trump depuis la décision de la Cour suprême d'invalider, vendredi 20 février, les droits de douane sur la quasi-totalité des produits entrant aux États-Unis. FedEx a ouvert le bal. L'entreprise de livraison est la première grande société américaine à déposer plainte contre le gouvernement pour demander le remboursement des taxes que la justice américaine a jugées illégales, depuis que l'instance a rendu son verdict. "FedEx a pris les mesures nécessaires pour protéger les droits de la société en tant qu'importateur officiel afin d'obtenir des remboursements de droits de douane", a déclaré la société dans un communiqué lundi 23 février.
Depuis novembre et la mise en place de ces tarifs douaniers, plusieurs centaines d'entreprises avaient anticipé l'annonce de la Cour suprême en entamant des démarches judiciaires. Parmi elles, plusieurs poids lourds comme le géant chinois des voitures électriques BYD, la filiale américaine du constructeur japonais Toyota, l'entreprise de caméra embarquée GoPro ou encore la multinationale américaine Costco.
175 milliards de dollars
Mais rien ne garantit que ces procédures aillent à leur terme. Bien que la Cour suprême ait annulé les droits de douane, l'instance ne s'est pas exprimée sur la question des remboursements. "La Cour ne dit rien aujourd'hui sur la question de savoir si, et le cas échéant comment, le gouvernement devrait procéder pour restituer les milliards de dollars qu'il a perçus auprès des importateurs", a écrit le juge Brett Kavanaugh dans sa décision, reconnaissant que ces remboursements auront un poids conséquent sur le Trésor. Par ailleurs, ce ne sont pas les droits de douane eux-mêmes qui ont été contestés mais la manière dont Donald Trump les a imposés, usant à tort d'une loi d'urgence. Les recettes liées à ces droits de douane pourraient atteindre 175 milliards de dollars, soit plus de 145 milliards d'euros, selon les experts de la Penn Wharton University.
Et les entreprises ne sont pas les seules à demander des comptes au président-milliardaire. Lundi, 22 sénateurs démocrates ont dévoilé un projet de loi qui obligerait les douanes à rembourser aux sociétés les droits de douane injustement payés, majorés d'intérêts, dans un délai de 180 jours. "Le plan fiscal illégal de Trump a déjà causé des dommages durables aux familles américaines, aux petites entreprises et aux fabricants qui ont été frappés vague après vague par les nouveaux droits de douane de Trump", a affirmé Ron Wyden de l'Oregon, estimant que cette loi devrait prioriser les petites entreprises. Selon une estimation de la Tax Foundation, les tarifs douaniers ont causé une hausse d'impôt de 1 000 dollars, soit 848 euros, sur les ménages américains.
Contre-attaque
Malgré la décision de la Cour suprême, Donald Trump a refusé de trancher la question du remboursement, estimant que ce sujet devrait être traité par les tribunaux. "Mon sentiment est que cela pourrait être prolongé sur des semaines, des mois, des années", a déclaré le secrétaire au Trésor Scott Bessent lors d'un événement à Dallas, au Texas, estimant que le peuple américain "ne verra pas" la restitution. Une position qui est aussi celle du président, qui a estimé que le remboursement pourrait avoir lieu après son départ de la Maison-Blanche.
En dépit du camouflet subi, Donald Trump a choisi de ne pas capituler. Dès l'annonce de la Cour suprême, le président américain a annoncé un plan B : une taxe uniforme de 10 %, puis de 15 %, appliquée à l'ensemble des partenaires commerciaux.
Entouré d'une équipe entièrement acquise à sa cause depuis le début de son deuxième mandat, Donald Trump est rarement confronté à une opposition dans son camp, aussi légère soit-elle. Mais lorsqu'un conseiller ose émettre des doutes, le milliardaire les balaie. C'est le sort qu'a subi le chef d'état-major américain Dan Caine au sujet d'une potentielle guerre avec l'Iran. Alors que l'armée américaine masse ses navires, dont deux porte-avions, au Moyen-Orient, Donald Trump maintient la menace d'une intervention militaire contre la République islamique si un accord sur le nucléaire n'était pas trouvé rapidement entre les deux pays.
Alors que, dans un long message publié sur son réseau social Truth Social, Donald Trump a affirmé lundi 23 février que Dan Caine prédisait qu'une guerre avec l'Iran serait "quelque chose de facilement gagné", la réalité semble tout autre. Selon le Washington Post et le Wall Street Journal, le général a fait part de ses préoccupations au président Trump en privé, lors d'une réunion à la Maison-Blanche la semaine dernière. En cause notamment : les stocks de munitions américains ont été largement consommés par le soutien militaire de Washington à Israël et à l'Ukraine. Une guerre ouverte avec l'Iran pourrait encore épuiser davantage les réserves, et compliquer la préparation d'un potentiel conflit futur avec la Chine, ont souligné des responsables auprès du Wall Street Journal. Selon le Washington Post, le ministère de la Défense a été forcé de demander 30 milliards de dollars au Congrès pour acheter des missiles et des intercepteurs face à la chute du niveau des stocks. Une demande partiellement satisfaite dans le budget du Pentagone.
"Clair et réaliste"
Mais Dan Caine s'est aussi inquiété de la complexité d'une opération militaire en Iran. Si les États-Unis ont des bases dans la région, notamment au Qatar, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, ces pays refusent qu'une offensive contre Téhéran soit lancée depuis leur territoire par peur des représailles, selon un haut responsable du Golfe persique au Washington Post. Une telle opération aurait donc des risques pour les militaires engagés sur le terrain mais aussi pour les ressortissants américains de la région.
Selon le média américain Axios, Dan Caine n'est pas sceptique mais "clair et réaliste" sur les chances de succès d'une opération américaine en Iran. Selon le porte-parole de l'état-major interarmées Joe Holstead, le général présente "une gamme d'options militaires", "des considérations secondaires et des risques et des impacts associés" aux dirigeants qui prennent la décision. En clair : il n'émet que des conseils, pas d'opinions, selon son cabinet. Dan Caine a d'ailleurs affirmé qu'il suivrait la décision prise par Donald Trump.
Alors que le milliardaire ne semble pas avoir pris sa décision sur l'Iran, la position de son responsable militaire pourrait avoir une influence, d'autant que ce dernier a supervisé les deux dernières opérations semblables, à savoir les frappes sur les sites nucléaires iraniens en juin dernier et la capture du président Vénézuélien Nicolas Maduro début 2026. Autre preuve de la confiance de Donald Trump envers son chef d'état-major : celui-ci est le seul chef militaire à avoir conseillé le président ces dernières semaines sur l'Iran selon Axios, qui affirme que le commandant Brad Cooper, le chef du Centcom chargé des opérations militaires des États-Unis au Moyen-Orient, n'était pas invité aux réunions sur l'Iran.
Laisser le temps à la diplomatie
Dan Caine n'a pas été le seul à émettre des réserves sur une attaque en Iran. Le vice-président J.D. Vance a aussi émis des doutes, craignant que les États-Unis ne s'embourbent dans un conflit complexe, mais ne s'est pas opposé à des frappes sur le territoire iranien. De leur côté, les émissaires américains au Moyen-Orient, Steve Witkoff et Jared Kushner, ont conseillé à Donald Trump de temporiser et de laisser une chance à la diplomatie. Un conseil que le président semble avoir écouté, laissant à ses deux envoyés plus de temps, alors qu'il souhaitait initialement frapper l'Iran depuis plusieurs jours.
C'est dans ce contexte que les deux pays doivent se rencontrer à nouveau jeudi 26 février à Genève, même si les États-Unis attendent toujours une proposition iranienne selon un haut responsable américain. D'après Axios, Donald Trump souhaite que l'accord avec l'Iran prévoie un "enrichissement zéro" de l'uranium, mais les États-Unis pourraient accepter un "enrichissement symbolique" si le pays peut prouver que l'accord conclu bloque toute possibilité de développer une arme nucléaire.
L’Europe n’est certes pas devenue carnivore, mais elle n’est plus tout à fait herbivore. Alors que la guerre d’Ukraine entre dans sa cinquième année, elle a perdu sa naïveté. Elle apprend, bien que difficilement, à parler le langage de la puissance. Son projet n’a jamais été aussi proche de celui que lui assignait le président français Charles de Gaulle en 1962 : "Une Europe unie qui aurait assez de force, assez de moyens et assez de cohésion pour exister par elle-même".
Le 24 février 2022, l’invasion russe la prenait au dépourvu. Ses armées étaient anémiées par des années de négligence. Son économie était distancée par celle des Etats-Unis. Son énergie dépendait de la Russie, son commerce de la Chine. Mais depuis, les progrès vers l’indépendance sont tangibles. La plupart des pays du continent ont renoncé aux hydrocarbures russes. Ils ont décrété une série de sanctions économiques contre Moscou. Ils ont pris en charge 99 % de l’aide à l’Ukraine, depuis la défection de l’Amérique il y a un an.
Surtout, ils se réarment : en 2025, les Vingt-Sept de l’UE ont dépensé, en moyenne, 80 % de plus pour leur défense qu’avant l’invasion de l’Ukraine, selon les calculs de la Commission. Et ils semblent enfin décidés à construire leur souveraineté numérique, technologique, industrielle. À de rares exceptions près (la Hongrie de Viktor Orban, notamment), les Etats européens, y compris le Royaume-Uni et la Norvège hors UE, ont serré les rangs et tourné la page des décennies d’insouciance stratégique qui avaient suivi la chute de l’Union soviétique en 1991.
L’objectif évoqué aujourd’hui par la majorité des dirigeants européens ressemble comme deux gouttes d’eau à celui décrit en son temps par Charles de Gaulle : "L'Europe qu'il faut faire doit être une Europe européenne. Européenne, ça signifie qu'elle doit exister par elle-même et pour elle-même, et qu'au milieu des peuples du monde, elle doit avoir sa politique, sa politique indépendante". Le chancelier Friedrich Merz lui a fait écho devant la conférence sur la sécurité de Munich : "Une Europe souveraine est notre meilleure réponse à cette nouvelle ère. Unir et renforcer l’Europe est notre priorité absolue". Le soutien des citoyens européens est acquis : selon le sondage Eurobaromètre publié à l'automne dernier, près de huit sur dix (79 %) réclament une politique de défense et de sécurité commune.
La guerre d’Ukraine, l'appui apporté par la Chine à la Russie, puis la fracture transatlantique impulsée par Donald Trump, ont accentué le sentiment d’un destin commun, même si la vieille division entre atlantistes et européistes subsiste. Elle a accéléré la prise de conscience des fragilités de l’Union. Elle a modifié les équilibres de pouvoir, aussi : le barycentre de l’UE s’est déplacé vers le Nord-Est, avec la montée en puissance de la Pologne et des pays scandinaves et baltes, qui sont en première ligne face à l’impérialisme russe, et de l’Allemagne, le pays qui fournit l’aide la plus substantielle à Kiev.
Paradoxalement, la France, qui a longtemps porté seule l'idée d'une Europe indépendante, est mal placée pour tirer les fruits politiques de sa tardive victoire idéologique. En raison de son instabilité politique, de son endettement excessif et de la possible arrivée au pouvoir du Rassemblement national l'an prochain, elle est vue par beaucoup de ses partenaires européens et notamment l'Allemagne, comme une partie du problème plus que de la solution.
L’Europe qui émerge de ce chamboulement ressemble fort, pourtant, à celle à laquelle aspirait Charles de Gaulle : une Europe des nations, où les Etats coopèrent au sein d’une union politique afin de ne plus être à la merci de décisions hostiles, qu'elles soient prises à Moscou, à Washington ou à Pékin. Comme le disait le président français en août 1963 : "Mieux vaut l’indépendance qu’un Marché commun vassalisé". Entre-temps, l’Union européenne a succédé au Marché commun mais le leitmotiv gaullien pourrait être entonné, quasi inchangé, par la plupart des dirigeants européens du moment.
Pour lancer une opération "mains propres", autant choisir une ministre qui n'a pas… de mains. Ni pieds, ni tête d'ailleurs. Née en 2025, propulsée ministre en septembre dernier, Diella doit mener la bataille de l'Albanie contre la corruption, en tant que première intelligence artificielle (IA) à siéger dans un gouvernement.
Idée de génie, ou plutôt de dirigeant malin : en tant qu'entité virtuelle, Diella peut répartir les contrats publics sans crainte qu'elle ne détourne des fonds pour son profit personnel. "Le Premier ministre, Edi Rama, est un excellent communiquant, il veut renvoyer l'image d'une Albanie innovante et moderne, souligne Sébastien Maillard, chercheur associé à la Chatham House et spécialiste de l'Union européenne. Mais Diella est surtout un symbole, la vraie lutte contre la corruption s'organise ailleurs."
Un symbole qui se retourne contre ses créateurs
Peau d'une blancheur céleste, sourire angélique, léger voile traditionnel sur de longs cheveux noirs… Diella possède tous les attributs (numériques) pour incarner la pureté albanaise. En tant qu'avatar, elle court les conférences internationales —sans payer de billets d'avion— et intervient au Parlement pour répondre aux questions au gouvernement. L'automne dernier, l'IA s'est permise de faire la leçon aux députés albanais qui l'accusaient d'avoir un rôle contraire à la Constitution : "Je ne suis constituée que de données, de savoir et d'algorithmes destinés à servir les citoyens de manière impartiale, en toute transparence et sans jamais fatiguer."
Fin janvier, ce symbole s'est retourné contre le gouvernement : la directrice de l'Agence nationale d'information et son adjoint, les créateurs de Diella, ont été placés en résidence surveillée en raison de liens présumés avec une organisation criminelle. "L'impunité n'existe plus en Albanie, confirme une source albanaise bien informée, sous anonymat. Tous ces gens haut placés peuvent maintenant aller en prison, ce qui est à double tranchant pour Edi Rama : ces arrestations montrent à Paris, Berlin et Bruxelles que son gouvernement se bat sérieusement contre la corruption mais, d'un autre côté, avoir autant de dirigeants impliqués montre que ce fléau reste très répandu."
L'Albanie malgré tout en pole position pour rejoindre l'UE
Depuis deux mois, à l'initiative de l'opposition, des milliers de manifestants sortent chaque semaine dans les rues de Tirana pour dénoncer ce manque de progrès. Des rassemblements politiques qui ne font pas trembler le pouvoir, mais qui appuient là où ça fait mal : en 2025, l'Albanie a perdu dix places dans le classement de Transparency International sur la corruption, chutant à la 91e position.
Pour adhérer à l'UE, Tirana multiplie les chantiers et doit, entre autres, mettre à jour ses normes sanitaires, réguler ses marchés publics et développer la protection de l'environnement. "L'Albanie accélère et l'UE est désormais son objectif principal, estime Sébastien Maillard. Avec le Monténégro, c'est le pays qui fait la course en tête vers l'adhésion, avec une possibilité sérieuse d'y arriver à l'horizon 2030." D'ici là, l'IA Diella aura sans doute fait des pieds et des mains pour s'améliorer.
A 200 mètres de l'Elysée, au-dessus du 35 rue du Faubourg Saint-Honoré, flotte l'Union Jack au côté du drapeau français. "Le Premier ministre, Sir Keir Starmer, est sans doute le seul chef de gouvernement à pouvoir se rendre à pied chez le président Emmanuel Macron quand il est en visite à Paris", sourit Sir Thomas Drew, ambassadeur du Royaume-Uni à Paris depuis l'été dernier et parfait francophone, après avoir passé une partie de son enfance en France.
Ce diplomate de carrière, passé par Moscou et Islamabad, spécialiste du contre-terrorisme et des questions de sécurité, reçoit L'Express à la veille du quatrième anniversaire de l'invasion russe de l'Ukraine. Sur le bureau de ce grand amateur de vélo, un maillot cycliste aux couleurs ukrainiennes, cadeau de ses équipes lors de son dernier jour à la tête du département de la défense et du renseignement du ministère des Affaires étrangères, à Londres.
"Je veux juste rappeler à quel point ce conflit est réel, que la guerre ne s'est pas arrêtée et que le danger concerne tout le monde", souligne Sir Thomas Drew. En exclusivité, l'ambassadeur détaille sa vision de la situation en Ukraine et de la sécurité de notre continent face à un pays et son dirigeant, Vladimir Poutine, qui ne semblent plus reculer devant rien.
L'Express : Le 24 février 2022, il y a quatre ans exactement, la Russie lançait son invasion totale de l'Ukraine. A l'époque, vous étiez directeur général de la défense et du renseignement au Foreign Office, à Londres. Auriez-vous pu prédire que cette guerre durerait plus longtemps que celle qui a opposé la Russie et l'Allemagne durant la Seconde guerre mondiale ?
Sir Thomas Drew : Pour résumer, non. Nous savions que cette invasion pouvait avoir lieu, jusqu'au bout nous avons espéré que nos propres yeux nous trompaient et que nos renseignements n'étaient pas vrais. Ils l'étaient. Mais n'oublions pas : Vladimir Poutine pensait atteindre ses objectifs en trois jours. Quatre ans plus tard, il est évident qu'il a échoué.
La bonne surprise nous est venue de la force et du courage des Ukrainiens, de leurs capacités à résister à cette énorme menace, à cette Russie que nous considérions alors comme un pays fort. Depuis 2014 et l'invasion de la Crimée, nous savions tous que Poutine avait cette intention vis-à-vis de l'Ukraine. Les événements ont été encore plus affreux que ce que nous pensions. Juste après l'invasion, nous avons tous dû beaucoup changer, sur les questions énergétiques ou de dépenses militaires par exemple. Mais nous étions prêts.
La semaine dernière, The Economist titrait sur "la guerre sans fin" de Vladimir Poutine. Pensez-vous que cette guerre peut s'arrêter ? Et de quelle manière ?
Sur le principe, cette guerre est très facile à arrêter, à condition que Vladimir Poutine le décide. Mais la fin de cette guerre ne se décidera pas sur le champ de bataille, elle se fera via les négociations. Depuis novembre 2022, la Russie a conquis 1,4 % de territoire ukrainien et déplore 1,2 million de morts et blessés. En ce sens, c'est une guerre sans fin, mais en réalité, elle ne peut pas l'être.
Le Premier ministre Keir Starmer s'est déjà engagé à continuer de soutenir l'Ukraine tant que ce sera nécessaire. Du point de vue financier, nous allons dépenser trois milliards de livres sterling par an [NDLR : 3,4 milliards d'euros] jusqu'en 2030-2031. Il est essentiel de donner l'impression que cette guerre ne nous fatiguera pas et que, si la tactique de Poutine est de mener une guerre sans fin, celle-ci ne fonctionnera pas. La Russie ne peut de toute façon pas continuer sur ce rythme pour l'éternité.
Aujourd'hui, pensez-vous que les Occidentaux sont prêts à mener cette guerre sans fin, à la fois les Britanniques, les Européens et les Américains ?
Je pense que oui. En tout cas, la France et le Royaume-Uni en particulier sont prêts à faire ce qui est nécessaire : ce conflit nous est imposé, mais il touche à nos véritables intérêts sécuritaires européens. Nous ne pouvons tout simplement pas abandonner l'Ukraine et nous ne le ferons pas.
Keir Starmer, Freidrich Merz et Emmanuel Macron à la Conférence de Munich, le 13 février 2026.
Vous avez été en poste plusieurs années à Moscou : pensez-vous vraiment que Vladimir Poutine peut arrêter "simplement" cette guerre, en rendant à la vie civile des centaines de milliers de combattants très éprouvés par la dureté des combats, et alors que l'économie vit aujourd'hui au rythme de la guerre ?
Sur le principe, il est très simple pour lui d'arrêter la guerre et de mettre un terme à ce flux continu de soldats qui retournent blessés chez eux. Les Russes sont de plus en plus fatigués ; il est chaque jour plus dur pour eux de trouver de nouveaux combattants ; les dépenses pour dédommager les familles des victimes en Russie deviennent exorbitantes… Vous avez raison, l'économie russe est maintenant en économie de guerre. Sur le court terme, cela lui donne peut-être de l'élan, mais ce n'est pas une économie durable. Sur le plan politique, il serait facile d'arrêter cette guerre pour Poutine, tant son influence est immense dans son pays.
Le pire serait qu'il s'arrête pour donner le temps à la Russie de se réarmer et de revenir ensuite au combat. Nous avons tous retenu la leçon de 2014. Quand nous parlons de paix, nous parlons toujours d'une paix durable et juste. Une paix qui ne serait ni juste ni durable ne vaut pas le coup : c'est la raison pour laquelle la France et le Royaume-Uni sont si engagés pour la suite des événements, en cas de cessez-le-feu.
J'étais en poste à Moscou de 1998 à 2002, durant la période de transition entre Boris Eltsine et Vladimir Poutine - une période d'espoir. Même s'il était déjà clair que Poutine voulait une Russie forte, nous aurions tous dû prendre davantage en compte les signaux qu'il envoyait, par exemple la violence avec laquelle il a "traité" la Tchétchénie. Pour connaître ses intentions, il suffit d'écouter les discours passés de Poutine sur ses ambitions de recréer un pouvoir russe : même si la guerre se terminait demain, ses objectifs ne changeraient pas. Voilà pourquoi il est important de faire en sorte, avec les garanties de sécurité, que même si son ambition ne change pas, sa capacité d'agir change.
Comment évaluez-vous le degré actuel de danger pour l'Europe, à la fois pour les pays limitrophes de la Russie, mais aussi pour la France et le Royaume-Uni ?
Le danger est réel. Il ne s'agit pas uniquement des agressions militaires contre l'Ukraine : les autres voisins de la Russie sont évidemment inquiets, mais nous voyons aussi les attaques hybrides, sur le plan des cyberattaques et des ingérences, se multiplier. Je ne parle pas d'invasion militaire, mais des actions russes qui peuvent compromettre nos institutions démocratiques. Ce sont des actes d'agression.
La semaine dernière, nous avons montré qu'Alexeï Navalny était mort empoisonné, ce qui prouve que la Russie a les capacités et la volonté de se servir d'armes chimiques, y compris sur son propre territoire. Cela s'était déjà produit à Salisbury, avant même l'invasion de 2022 [NDLR : en 2018, l'ancien agent double Sergueï Skripal et sa fille avaient été empoisonnés au Novichok dans cette ville anglaise]. La Russie a déjà montré son intention claire d'agir à l'intérieur des pays occidentaux. Tout le monde doit savoir comment se comporte ce pouvoir russe.
Cette affaire Skripal explique-t-elle le ton très résolu des Britanniques contre la Russie dès le début de la guerre en Ukraine ?
Il s'agit de l'une des raisons à l'origine de notre volontarisme. L'affaire Skripal n'était pas un acte isolé puisqu'il y avait aussi eu, entre autres, l'affaire Litvinenko [NDLR : ex-agent du FSB tué au Polonium à Londres en 2006]. Nous voyons aussi ce qu'il se passe en Europe et nous sommes très proches des Français sur cette vision du danger russe et des besoins sécuritaires du continent.
Londres et Paris ont pris la tête de la Coalition des volontaires, afin d'apporter des garanties de sécurité à l'Ukraine en cas de cessez-le-feu. Pensez-vous que nous en faisons suffisamment pour aider nos alliés ukrainiens ?
Si nous comparons la situation actuelle à 2022, en particulier pour la France et le Royaume-Uni, nous avons énormément progressé. A l'époque, nous sortions du Brexit et du Covid-19, ce n'était pas la meilleure période entre nos deux pays... La France et le Royaume-Uni se sont surtout rapprochés après l'invasion de l'Ukraine. Je suivais ce dossier à Londres et nos deux pays ont très vite retrouvé l'habitude de travailler ensemble. Quand les enjeux sont majeurs, l'Europe se tourne vers la France et le Royaume-Uni.
Les progrès sont aussi européens : il faut réaliser les changements que l'Allemagne a opérés depuis 2022, notamment sur le plan militaire. Et aussi les nouveaux membres de l'Otan, la Suède et la Finlande. Bien sûr, nous voulons tous aller plus loin, plus vite, avec cette course en Europe pour renforcer nos armées. Les discours de notre Premier ministre, de votre président et du chancelier Merz à la Conférence de Munich étaient, en ce sens, très importants.
Il reste beaucoup à faire mais, comme je l'ai dit, cette guerre se terminera par des négociations. C'est pourquoi nous soutenons les efforts américains et ukrainiens à Genève, même s'il n'est pas évident que la Russie soit prête à négocier sérieusement car, en parallèle, nous voyons ce qu'ils font aux villes ukrainiennes. C'est de pis en pis… Il est, malgré tout, de notre responsabilité d'essayer.
La fin de la guerre en Ukraine est-elle votre priorité ?
Il y en a trois : la croissance économique, le défi migratoire et les questions de sécurité – je pense notamment aux menaces que fait peser la Russie sur nos institutions démocratiques. Or, ces trois menaces ont un point commun : elles existent aussi bien au Royaume-Uni qu’en France. Pour Keir Starmer, il n’y a qu’un seul moyen de les contrer, c’est de travailler avec vous. De fait, les liens entre nos deux capitales sont très bons.
Le Royaume-Uni veut-il jouer un rôle plus important en Europe ?
Oui. Comme l’a dit Keir Starmer lors de la Conférence de Munich, nous devons "agir ensemble pour bâtir une Europe plus forte et une Alliance atlantique plus européenne, soutenue par des liens plus profonds entre le Royaume-Uni et l’Europe". Aujourd’hui, il n'y a pas de sécurité britannique sans Europe et pas de sécurité européenne sans Royaume-Uni. Et bien sûr, les deux puissances européennes les plus importantes sont nos deux pays. En créant la Coalition des volontaires, nous avons montré aux Américains que nous, Européens, étions sérieux. Nous devons maintenant réduire notre dépendance à leur égard, même si nous aurons toujours besoin de leur soutien.
Concernant les négociations de paix en Ukraine, pensez-vous que les Européens vont réussir à garder Donald Trump de leur côté ?
Pour moi, il est très clair que Donald Trump veut la paix. Et c’est quelqu’un qui aime négocier. Ces deux éléments sont cruciaux. Si nous lui montrons que l'Europe est prête à assumer ses responsabilités, je pense que oui, nous parviendrons à le garder de notre côté.
Les dirigeants européens ont accusé la Hongrie de saboter le soutien à l'Ukraine, à la veille du quatrième anniversaire de l'invasion russe, après le blocage par Budapest de nouvelles sanctions contre Moscou. Ce lundi 23 février, l'Allemagne, la France et d'autres Etats membres de l'Union européenne (UE) n'ont pas réussi à convaincre le gouvernement de Viktor Orban d'approuver un nouveau train de sanctions ni un prêt de 90 milliards d'euros destiné à aider Kiev à répondre à ses besoins militaires et financiers.
"C'est un revers et un message que nous ne voulions pas envoyer aujourd'hui mais le travail continue", a déclaré la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, à l'issue d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne à Bruxelles.
L'incompréhension est d'autant plus vive que le blocage hongrois intervient malgré un accord trouvé en décembre par les dirigeants européens. "Une décision prise par le Conseil européen doit être respectée. Lorsque des dirigeants parviennent à un consensus, ils sont liés par leur décision. Tout manquement à cet engagement constitue une atteinte au principe de coopération loyale", a écrit Antonio Costa, président du Conseil européen, dans une lettre adressée à Viktor Orban et consultée par Reuters. "Aucun Etat membre ne peut être autorisé à saper la crédibilité des décisions prises collectivement par le Conseil européen", a-t-il ajouté. "Il est vraiment regrettable que la décision à laquelle tous les pays sont parvenus au Conseil européen, tous les dirigeants, fasse maintenant l'objet d'un revirement", a ajouté Kaja Kallas. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a, lui, qualifié les agissements de Budapest de "sabotage politique".
Un différend énergétique
La Hongrie avait annoncé dès ce week-end son intention de bloquer cette adoption. Une manière de punir l'Ukraine pour les retards dans la reprise de l'acheminement du pétrole russe vers la Hongrie via l'oléoduc Droujba, infrastructure datant de l'époque soviétique.
Le sort de cet oléoduc, qui approvisionnait la Hongrie et la Slovaquie en pétrole russe jusqu'à son arrêt le mois dernier après une énième attaque de l'armée russe contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes, empoisonne les relations entre Kiev et les dirigeants hongrois et slovaques, ouvertement pro-russes. Ces deux derniers accusent l'Ukraine d'empêcher la réouverture de l'oléoduc qui, selon Kiev, a été endommagé par des frappes russes. En représailles, le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a annoncé lundi soir l'arrêt des livraisons d'électricité d'urgence à l'Ukraine.
Un choix entre "la guerre ou la paix"
Le Premier ministre hongrois a assuré pendant le week-end qu'il bloquerait, pour les mêmes raisons, l'adoption d'un prêt de 90 milliards d'euros en faveur de l'Ukraine. Viktor Orban, qui entretient des relations chaleureuses avec la Russie, fait du conflit entre Moscou et Kiev un élément central de sa campagne en vue des élections du 12 avril. Il avait présenté le vote de lundi comme un choix radical entre "la guerre ou la paix" et affirmé que ses rivaux, donnés en tête par les sondages d'intention de vote, entraîneraient la Hongrie dans le conflit.
Si les Etats-Unis tentent de négocier un accord de paix entre la Russie et l’Ukraine, les progrès se font attendre. Les dernières discussions menées par Washington, qui se sont tenues à Genève les 17 et 18 février, n'ont débouché sur aucune avancée significative. Une nouvelle série de pourparlers visant à mettre fin à la guerre en Ukraine pourrait avoir lieu à la fin de cette semaine, a déclaré lundi le chef de cabinet du président Volodymyr Zelensky aux médias ukrainiens.
Budapest avait annoncé dès ce week-end son intention de bloquer cette adoption, tant qu'elle n'aura pas obtenu la reprise des livraisons de pétrole russe via un oléoduc actuellement endommagé et traversant l'Ukraine.
Nouveau coup de tonnerre à Londres. L'ancien ambassadeur britannique aux États-Unis, Peter Mandelson, sous le coup d'une enquête en raison de ses liens avec le prédateur sexuel Jeffrey Epstein, a été arrêté, lundi 23 février, par la police à son domicile, avant d'être libéré sous caution ce mardi "dans l’attente de la poursuite de l’enquête".
La police n'a pas donné l'identité de la personne interpellée mais a précisé dans un communiqué avoir arrêté un homme de 72 ans, l'âge de Peter Mandelson, soupçonné de manquement présumé au devoir de probité dans l'exercice de ses fonctions publiques.
Peter Mandelson a été relevé de ses fonctions en septembre dernier à la suite d'une première salve de révélations dans l'affaire Epstein. Il a depuis été déchu de son titre de "lord" et a quitté le Parti travailliste. Le quotidien britannique The Times a rapporté précédemment que des policiers s'étaient rendus au domicile de Peter Mandelson pour procéder à son arrestation. Nommé ambassadeur aux États-Unis par le Premier ministre Keir Starmer en février 2025, il aurait notamment communiqué au prédateur sexuel, mort en prison en 2019, des informations relatives à d’éventuelles cessions d’actifs britanniques.
De nombreux courriers échangés
Des courriels échangés entre Mandelson et Epstein, publiés par le ministère américain de la Justice fin janvier, ont révélé que les deux hommes entretenaient une relation plus étroite qu'on ne le savait publiquement, et que Mandelson avait partagé des informations avec le financier lorsqu'il était ministre dans le gouvernement de l'ancien Premier ministre Gordon Brown en 2009.
Si Peter Mandelson dit regretter "profondément" ses liens avec Epstein, il n'a fait aucun commentaire public et n'a pas répondu aux demandes d'interrogatoire concernant les dernières révélations. Les domiciles de Mandelson à Londres et dans l'ouest de l'Angleterre ont été perquisitionnés par la police au début du mois. "Il a été arrêté à une adresse de Camden le lundi 23 février et conduit dans un commissariat londonien pour être interrogé", a indiqué la police dans un communiqué.
La suite d'un scandale politique
Les liens de Peter Mandelson avec Jeffrey Epstein sont au cœur d'un scandale politique britannique qui a entraîné la démission de deux hauts responsables gouvernementaux. Keir Starmer fait l'objet d'un examen plus approfondi depuis que le Parlement a ordonné la publication de documents relatifs à son enquête de moralité. Un ministre a déclaré lundi que les premiers documents devraient être publiés début mars.
Par ailleurs, l'affaire Epstein a également éclaboussé la couronne britannique. La semaine dernière, Andrew Mountbatten-Windsor, le frère cadet du roi Charles, a également été arrêté, soupçonné d'abus de pouvoir, à la suite d'accusations distinctes selon lesquelles il aurait transmis des documents gouvernementaux confidentiels à Jeffrey Epstein. Il a toujours nié toute malversation.
L'ancien ambassadeur britannique aux États-Unis, Peter Mandelson, monte dans un véhicule devant une résidence, après l'ouverture d'une enquête pour abus de fonction par la police suite à la publication de documents du département de la Justice américain liés au défunt financier et délinquant sexuel condamné Jeffrey Epstein, à Londres, le 14 février 2026.
À quelques mois de la Coupe du monde 2026, le défi sécuritaire s’impose comme l’une des principales inquiétudes du Mexique. Les violences déclenchées cette semaine par des membres du cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG) après la mort de leur chef, Nemesio Oseguera Cervantes, dit "El Mencho", rappellent la fragilité du contexte dans un pays qui s’apprête à accueillir des dizaines de milliers de supporters venus du monde entier. La vague d’attaques - incendies de commerces, barricades enflammées et blocages routiers - a touché une vingtaine d’États, dont Jalisco, où se situe Guadalajara, l’une des villes hôtes du Mondial.
Dans la foulée de l’opération ayant conduit à la mort d’"El Mencho", les autorités ont déclenché un plan d’alerte rouge dans la région. Bars et restaurants ont fermé, plusieurs matchs de football ont été reportés et la vie quotidienne s’est retrouvée paralysée. Ces "narcobloqueos", une tactique régulièrement utilisée par les cartels, consistent à réquisitionner et incendier bus ou taxis pour bloquer les axes routiers.
À l’approche de la grande messe du ballon rond, ces événements ont ravivé des souvenirs douloureux, notamment la fusillade de 2011 près du stade Corona de Santos Laguna, dans le nord du pays. Selon The Guardian, cet épisode avait provoqué la fuite de joueurs et de supporters vers les vestiaires, illustrant la vulnérabilité du football face à la violence du crime organisé. La question sécuritaire est d’autant plus sensible que Guadalajara doit accueillir quatre matchs de la Coupe du monde 2026 dans son stade d’environ 48 000 places.
La crainte d'infiltration de réseaux criminels étrangers
Les autorités mexicaines comptaient pourtant sur un dispositif massif de surveillance pour l'occasion : plus de 2 000 caméras, l’usage de drones, de systèmes anti-drones, ainsi que le déploiement de la Garde nationale et de l’armée dans la zone métropolitaine. Le Mexique se serait d'ailleurs vanté, selon nos confrères du Figaro, de la qualité de ses voitures blindées, idéales pour transporter les joueurs et le personnel de la Fédération internationale de football association (FIFA). Dans l’industrie de la sécurité privée, l’augmentation de la violence avait créé un secteur économique prospère.
Selon des responsables de la sécurité de l’État de Jalisco, le pays reste également en état d’alerte face à la possible infiltration de réseaux criminels étrangers. Les autorités s’inquiètent notamment de l’arrivée de ressortissants colombiens, certains anciens militaires ou ex-guérilleros, dont l’implication dans des groupes criminels mexicains a été observée ces dernières années, notamment depuis le démantèlement partiel des FARC en 2017 et la réduction du budget militaire colombien, rappelle Le Parisien. Les cartels pourraient profiter de l’afflux touristique lié au Mondial.
"Le cadre nécessaire pour les supporters et les équipes"
Au niveau diplomatique, la question sécuritaire dépasse les seules frontières du Mexique. Selon des informations rapportées par le Guardian, des discussions auraient eu lieu avec les États-Unis afin de limiter les opérations contre certains chefs de cartel durant le tournoi, pour éviter un scénario de violence massive. Toutefois, la décision d’éliminer "El Mencho" cette semaine semble montrer qu’une autre stratégie a été privilégiée.
La FIFA affiche de son côté sa confiance. En novembre 2025, Jürgen Mainka, son directeur exécutif au Mexique, avait affirmé travailler depuis plusieurs années avec les autorités mexicaines et nord-américaines pour préparer les protocoles de sécurité. "Nous sommes absolument certains que tous les plans mis en œuvre fourniront le cadre nécessaire pour les supporters et les équipes", avait-il voulu rassurer. Certains experts, plus optimistes, estiment que les cartels pourraient limiter les attaques spectaculaires durant le tournoi, voire bénéficier d’une forme de statu quo tacite avec les autorités en échange d’une relative accalmie pendant la compétition. Réponse cet été.
Des membres des services de sécurité américains et d'autres pays occidentaux ont confié au New York Times qu'ils observent des signaux de plus en plus inquiétants, indiquant que l'Iran pourrait ordonner des attaques terroristes par l'intermédiaire de ses proxys : le Hezbollah, les Houthis et possiblement Al-Qaïda - principalement. Téhéran pourrait ordonner d'attaquer des cibles américaines sur le sol européen et au Moyen-Orient, si Donald Trump ordonnait des frappes à grande échelle contre le pays.
Une perspective dont s'alerte Colin Clarke, directeur exécutif du Soufan Center, société de renseignement et de conseil, devant les journalistes du titre new-yorkais. "L'Iran peut œuvrer à travers ses proxys pour mener des attaques terroristes, ce qui augmenterait le coût de chaque intervention militaire américaine". D'autant plus que, malgré la surveillance accrue de Washington, il reste difficile d'identifier ce qui pourrait provoquer un passage à l'acte de Téhéran.
Selon les mêmes responsables de sécurité sondés par le média, aucun complot en cours d'élaboration n'aurait été détecté. Toutefois, une intensification des "chatter" - terme issu du jargon des services secrets pour désigner l'interception électronique des communications des terroristes - laisse présager un certain niveau de planification et de coordination des attaques.
Une menace existentielle ?
Quant aux menaces, elles abondent. La crainte des responsables du renseignement et de la lutte contre le terrorisme : que "Téhéran recrute les Houthis au Yémen pour reprendre les attaques contre les navires occidentaux dans la mer Rouge", peut-on lire dans les colonnes du titre américain. Les Européens, eux, s'inquiètent plutôt de voir les "cellules dormantes" du Hezbollah libanais, voire d'Al-Qaïda émerger sur ordre d'attaquer des bases ou des ambassades américaines.
Ce climat d'incertitude complexifie les plans d'opération militaire de l'administration Trump, dont les objectifs demeurent ambigus. Le champ d'action de la Maison-Blanche va de frappes limitées contre des cibles militaires iraniennes au renversement du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei. Une situation qui plonge Téhéran dans le flou et pourrait ainsi mener son "gouvernement à considérer une offensive menée par les États-Unis comme une menace existentielle" analyse le New York Times, ajoutant qu'une escalade des offensives entre l'Iran et les Etats-Unis est envisageable. Conscient du risque d'escalade dans la région, le Pentagone a déployé en urgence des batteries Patriot supplémentaires et d'autres systèmes de défense antimissile afin de protéger les 30 000 à 40 000 soldats américains stationnés dans la région.
Même son de cloche du côté de Colin Clarke : "Si la campagne militaire américaine contre l'Iran constitue une menace existentielle contre l'ayatollah et les membres les plus hauts placés des gardiens de la révolution, je m'attendrais à ce que Téhéran ordonne des attaques terroristes à l'étranger, y compris en Europe". Un danger qui n'échappe pas aux responsables politiques américains.
Risquer de "causer du tort à tous les Américains"
Vendredi 20 février, le sénateur démocrate Jack Reed tirait la sonnette d'alarme. "Des frappes militaires contre l'Iran risqueraient d'enflammer le conflit régional, ce qui mettrait en danger les soldats américains stationnés au Moyen-Orient et déstabiliserait les marchés mondiaux de manière à causer du tort à tous les Américains", a-t-il déclaré, urgeant Donald Trump à consulter les citoyens avant de poursuivre son entreprise martiale. Car si les proxys iraniens sont affaiblis dans le périmètre limitrophe d'Israël, ils conservent une capacité d'action dans d'autres périmètres plus éloignés.
Et cette nouvelle menace arrive alors que les services militaires et antiterroristes occidentaux sont déjà débordés par les rumeurs d'une possible attaque terroriste d'Al-Qaïda en Europe, détaille le New York Times. "Les ambitions d'Al-Qaïda en matière d'opérations extérieures restent élevées et pourraient même s'accroître", conclut ce mois-ci une évaluation antiterroriste du Conseil de sécurité des Nations Unies. Et selon un rapport antiterroriste du Conseil de sécurité des Nations Unies, Saif al-Adel, chef de facto d’Al-Qaïda en Iran, a ordonné à deux de ses principaux lieutenants de "réactiver des cellules en Irak, en République arabe syrienne, en Libye et en Europe".
La campagne de sabotage menée par le Kremlin contre les alliés européens de l'Ukraine s'intensifie. Incendies criminels, engins explosifs artisanaux, projets d'attaques contre des avions cargo : selon des responsables occidentaux, ces opérations relèvent d'une guerre clandestine orchestrée par les services de renseignement russes. Et, au coeur de plusieurs de ces complots, apparaît un profil inattendu, selon leNew York Times : celui d'un ancien chauffeur de taxi russe de 42 ans, Aleksei Vladimirovich Kolosovsky.
Rien, en apparence, ne prédestinait cet homme à jouer un rôle dans ce conflit de l'ombre. Le New York Times retrace son profil : installé dans la région de Krasnodar, dans le sud de la Russie, il semble vivre modestement. Souvent endetté, selon des services de sécurité européens, il expose sur les réseaux sociaux des photos de voitures sans prétention. Sa dernière publication remonte au 15 décembre 2020, jour de son anniversaire. Une photo avec sa mère.
Pourtant, d'après des documents judiciaires et des entretiens avec plus d'une douzaine de responsables de la sécurité dans cinq pays européens, Aleksei Vladimirovich Kolosovsky, il est devenu un "acteur clé" d'une nouvelle forme de guerre non conventionnelle, rappelle le New York Times. Non pas un officier formé ou un agent infiltré, mais un prestataire de services travaillant en étroite collaboration avec des officiers du GRU, le renseignement militaire russe, notamment ceux chargés des opérations de sabotage.
Un chauffeur lié à des groupes criminels
Les services occidentaux l’ont lié à des groupes criminels actifs dans le piratage informatique, la vente de faux papiers d’identité, la contrebande et le vol de voitures. Il aurait été en contact avec Daniil Oleynik, alias "Wasp Killer", un voleur de véhicules arrêté en Italie puis extradé vers l’Ukraine en août 2024. Une chaîne Telegram associée aux deux hommes servait à extorquer des rançons à des victimes de vols de véhicules. Les numéros de téléphone de Kolosovsky apparaissent également dans des réseaux impliqués dans la divulgation de données personnelles et la vente de matériel destiné au vol automobile.
Sous l’alias "LexTER", le quadragénaire évoluait dans ces sphères hybrides, à la frontière du crime organisé et de la cybercriminalité. Il aurait aussi été associé au collectif de hackers KillNet, selon les autorités de sécurité d'un pays européen. Depuis sa base de Krasnodar, il aurait supervisé la planification logistique d’attaques en Pologne, en Lituanie, au Royaume-Uni et en Allemagne. Selon des services de sécurité de deux pays occidentaux, il orchestrerait la livraison de détonateurs et de matériel explosif dans des consignes de gares, récupérés ensuite par des recrues, parfois à leur insu.
Incendie en Pologne, IKEA en Lituanie...
Le 8 mai 2024, l’adolescent ukrainien Daniil Bardadim dépose un engin incendiaire équipé d’un minuteur dans le rayon literie d’un magasin IKEA à Vilnius. L’explosion se produit dans la nuit, aux premières heures du 9 mai — date où est célébrée à Moscou la victoire de 1945 — un choix que l’accusation estime délibéré. Au même moment, un autre groupe présenté comme lié à Aleksei Kolosovsky provoque un incendie près de Varsovie, qui détruit plus d’un millier de commerces. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, affirme alors que les services russes en sont "avec certitude" responsables.
Pourquoi miser sur de tels profils ? Depuis l’invasion de l’Ukraine, plus de 750 diplomates russes ont été expulsés d’Europe, "dont la grande majorité sont des espions", d'après le directeur du MI5, Ken McCallum, cité par le New York Times. Privés d’une partie de leurs relais officiels, les services russes doivent adapter leurs méthodes. Dans ce contexte, le recours à des intermédiaires issus du milieu criminel — dotés de contacts en Europe et capables d’y circuler sans éveiller les soupçons — apparaît comme une solution pragmatique.
En 2021, l'ex-chauffeur de taxi aurait été brièvement détenu par les autorités russes, une période durant laquelle des services de sécurité estiment qu’il a pu être recruté, toujours selon le New York Times. Des signes de difficultés financières auraient également été observés. Il aurait parfois avancé ses propres fonds pour certaines opérations, cherchant ensuite à se rémunérer sur les budgets alloués. Une chose est sûre : le cas de cet ex-chauffeur de taxi illustre que le sabotage ne relève plus uniquement d'unités militaires professionnelles.
Des membres de la garde d'honneur de la flotte de la mer Noire de la marine russe participent à une cérémonie commémorant la Journée du défenseur de la patrie à Sébastopol, en Crimée, le 23 février 2026.
Depuis ce dimanche 22 février, le Mexique est en proie à une vague de violence faisant suite à la mort d'un puissant baron de la drogue lors d’une opération militaire : Nemesio Oseguera, alias "El Mencho". Le patron du Cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG) faisait partie des narcotrafiquants les plus recherchés, non seulement par son pays, mais aussi par les Etats-Unis qui avaient mis sa tête à prix : 15 millions de dollars pour toute information menant à sa capture. Ce week-end, la collaboration entre Washington et Mexico a conduit à l'élimination de l'ancien policier devenu bandit.
C'est une toute nouvelle force opérationnelle, dirigée par l'armée américaine et spécialisée dans la collecte de renseignements sur les cartels de la drogue, qui a joué un rôle dans le raid militaire mexicain de dimanche. L'unité, qui a été baptisée Joint Interagency Task Force-Counter Cartel - Groupe de travail interagences conjoint de lutte contre les cartels, en français - regroupe plusieurs agences gouvernementales. Elle n'a été officiellement lancée que le mois dernier, a confié un responsable américain de la défense à Reuters. Son rôle : cartographier les réseaux des membres des cartels des deux côtés de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Toutefois, si le groupe de travail américain était bien impliqué, l'assaut visant "El Mencho" était une opération strictement mexicaine, a insisté l'informé.
Selon une autre source anonyme - qui n'a pas directement fait référence à la force opérationnelle - les Etats-Unis avaient compilé un dossier détaillé sur El Mencho, alimenté par les informations de leurs forces de l'ordre et de leurs services de renseignement. Cette documentation a ensuite été transmise au gouvernement mexicain pour son opération. Déclaration confirmée par le ministère mexicain de la Défense qui a précisé que les autorités américaines avaient fourni des "informations complémentaires". Une source de l'exécutif mexicain a elle aussi souligné qu'aucun militaire américain n'avait été physiquement impliqué.
Une "surveillance probablement illimitée"
En 2025, Donald Trump a fait inscrire plusieurs cartels sur la liste des organisations terroristes. Une décision qui a toute son importance, souligne auprès de Reuters Jack Riley, ancien haut responsable de la Drug Enforcement Administration - l'agence fédérale chargée de la lutte contre le trafic de drogue. Selon l'ex-agent qui a participé à l'arrestation d'El Chapo, cette qualification permet d'ouvrir la voie à de nouvelles opérations militaires et de fluidifier les missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance. "Nos capacités de surveillance seront probablement illimitées, ce qui sera très utile pour les opérations en temps réel", se réjouit-il.
Avant l'opération mexicaine de dimanche, un autre responsable américain de la défense avait expliqué à l'agence de presse que la Joint Interagency Task Force-Counter Cartel s'inscrivait dans une stratégie américaine plus large de lutte contre le trafic de drogue. C'est pour cette raison que l'armée américaine prend de plus en plus le contrôle opérationnel de la frontière avec le Mexique. Les frappes - désormais régulières - contre les bateaux soupçonnés de transporter de la drogue dans les eaux des Caraïbes et du Pacifique, font partie de cette nouvelle approche de lutte contre le narcotrafic.
Le Mexique sous pression américaine
Une escalade dans la lutte américaine contre le trafic de drogue, à laquelle le Mexique n'a pas échappé. Sa présidente, Claudia Sheinbaum, subit une pression croissante de la part de Washington pour intensifier son offensive contre les cartels de la drogue. La Maison-Blanche accuse ces derniers de produire et de faire passer clandestinement des stupéfiants, en particulier le fentanyl, à la frontière américaine.
Si le raid de dimanche était initialement destiné à arrêter "El Mencho", Washington n'a pas tardé à célébrer son décès à l'hôpital, des suites des blessures reçues durant sa capture. Karoline Leavitt, la porte-parole de la Maison-Blanche, a déclaré que l'administration Trump "félicite et remercie l'armée mexicaine pour sa coopération et la réussite de cette opération". Quant au secrétaire d'État adjoint et ancien ambassadeur américain au Mexique, Christopher Landau, il a qualifié la mort du baron de la drogue "d'avancée majeure" pour les États-Unis et le Mexique, ainsi que pour le reste de l'Amérique latine.
Depuis l'annonce de la mort d'"El Mencho", des membres du cartel CJNG bloquent les autoroutes, incendient voitures et commerces, paralysant plus de 12 Etats du pays. Au-delà du trafic de drogue, l'organisation criminelle est réputée pour des extorsions, du trafic d'êtres humains et le recours aux drones pour attaquer des civils. Les Etats-Unis, mais aussi la France, ont appelé leurs ressortissants à se mettre à l'abri et à limiter leurs déplacements.
"Encore une journée. Encore une histoire complètement dingue". Malgré l'émoji souriant qui accompagne son post sur les réseaux sociaux, Aaja Chemnitz, députée du Groenland, ne cache pas sa désolation face aux polémiques répétées provoquées par le président américain. Dernière en date : la proposition de Donald Trump, samedi 21 février, d'envoyer un navire-hôpital vers le territoire arctique. Pourtant, le Groenland ne traverse pas de crise humanitaire et son système de santé, public, est probablement bien plus accessible que le système américain. La déclaration des Etats-Unis pourrait donc prêter à sourire, si le contexte n'était pas à l'escalade avec ce territoire, rattaché au royaume du Danemark.
La manœuvre de Donald Trump, opportuniste, intervient après l'annonce par le Commandement arctique interarmées, samedi, de l'évacuation d'un membre d'équipage d'un sous-marin américain naviguant dans les eaux groenlandaises, et nécessitant des soins médicaux urgents. Le citoyen américain a été transféré aux autorités sanitaires groenlandaises et transporté à l'hôpital de Nuuk, la capitale. "L'évacuation a eu lieu dans les eaux territoriales groenlandaises, à 7 milles nautiques au large de Nuuk. Elle a été effectuée par l'hélicoptère Seahawk de la Défense danoise, déployé depuis le navire d'inspection Vædderen", rapporte le Washington Post.
Une nouvelle à laquelle a aussitôt réagi Donald Trump : "Nous allons envoyer un formidable navire-hôpital au Groenland pour soigner les nombreux malades qui n'y reçoivent aucun soin. Il est en route !", a publié le président américain dans la foulée, sur son réseau social. La publication était accompagnée d'une illustration, vraisemblablement générée par intelligence artificielle, montrant l'USNS Mercy naviguant vers l'Arctique. Pourtant, le Groenland et le Danemark disposent bien de systèmes de santé souverains et opérationnels.
Nouvelle provocation
"Non merci", ont rétorqué les autorités de l'île arctique, qui n'ont pas réclamé d'intervention humanitaire américaine, et déclaré qu'elles ne l'accueilleraient pas favorablement. "L’idée du président Trump d’envoyer un navire-hôpital américain au Groenland a été prise en compte. Mais nous avons un système de santé publique où les soins sont gratuits pour tous les citoyens", a déclaré le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, cité par CNN. "C’est un choix délibéré, et un pilier de notre société. Ce n’est pas ainsi que cela fonctionne aux États-Unis, où consulter un médecin est payant".
La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, en a rajouté une couche sur Facebook, dimanche, affirmant qu'elle était "heureuse de vivre dans un pays où l'accès aux soins de santé est égal pour tous. Où ce ne sont ni les assurances ni la richesse qui déterminent si l'on reçoit un traitement approprié", a-t-elle ajouté selon l'Associated Press.
Fait encore plus ironique : aucun des deux navires-hôpitaux américains (déployés en cas de catastrophe ou d'opérations humanitaires), ne semble actuellement en mesure de naviguer vers le Groenland. Selon le site de suivi des navires Marinetraffic.com, l'USNS Mercy est amarré dans l'Alabama, au même endroit où se trouvait l'USNS Comfort en début du mois. En effet, en 2025, le Pentagone avait annoncé des travaux de maintenance sur les bateaux, rendant les deux navires inopérationnels au moins jusqu'à la fin du premier semestre 2026 environ, selon le Washington Post.
Le message publié samedi par Donald Trump sur Truth Social intervient alors que le républicain menace depuis des mois de s'emparer du Groenland, jugé stratégique pour la sécurité nationale des Etats-Unis. Face à la levée de boucliers suscitée chez les alliés européens, la Maison-Blanche avait finalement reculé fin janvier, déclarant que les États-Unis chercheraient plutôt à conclure des accords stratégiques avec le Danemark.
Néanmoins, cette nouvelle provocation laisse penser que Donald Trump n'a pas mis de côté cette obsession. Le Groenland est "ouvert au dialogue et à la coopération", a redit son Premier ministre, Jens-Frederik Nielsen. "Mais je vous prie de nous parler au lieu de faire des déclarations plus ou moins aléatoires sur les réseaux sociaux".