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Des tunnels secrets pour faire entrer des migrants en Europe, la Russie mise en cause

26 février 2026 à 20:21

En prenant la présidence de l'Union européenne en janvier 2025, la Pologne avait alerté sur les risques. Alors que le sous-secrétaire à la migration polonais, Maciej Duszczyk, avait accusé la Russie de vouloir "transformer les migrations en arme", une enquête du Telegraph révèle que la Russie envoie des migrants vers l'Europe à l'aide de tunnels secrets, creusés entre la Biélorussie, son alliée, et l'Europe. Selon le Telegraph, Minsk a tenté de faire traverser la frontière à des dizaines de milliers de migrants. Ce n'est pas une première puisque les relations s'étaient déjà tendues entre la Pologne et la Biélorussie en 2021, alors que cette dernière nourrissait une grave crise migratoire pour déstabiliser l'Union européenne.

"Les officiers de l'unité de la garde-frontière de Podlachie ont découvert au total quatre tunnels sous la frontière avec la Biélorussie, tous en 2025", a détaillé le lieutenant-colonel Katarzyna Zdanowicz au Telegraph. Selon des hauts responsables polonais, la Russie et la Biélorussie ont bénéficié d'aide pour construire ces tunnels, notamment de spécialistes du Moyen-Orient avec un "haut niveau d'expertise". S'il est compliqué d'être sûr de l'identité des groupes ayant apporté leur aide, les seuls groupes du Moyen-Orient capables de construire ces infrastructures sont le Hamas dans la bande de Gaza, le Hezbollah au Liban ou certaines factions kurdes. La piste de l'Etat islamique a également été évoquée.

Des pistes du Moyen-Orient

"L'une des choses que nous avons immédiatement remarquées après la guerre du Liban de 2006, c'était des défilés de camions-toupies faisant la queue dans le sud du Liban… Nous observions des quantités considérables de construction de tunnels iraniens", a détaillé l'historienne américaine militaire Lynette Nusbacher. "Nous avons également de nombreuses preuves que le Hamas faisait de même à Gaza. Donc, si vous cherchez cette expertise en matière de tunnels profonds, la réponse à votre question se trouvera du côté du Moyen-Orient." Des hypothèses validées par l'expert en fortifications Rob Campbell et Sarit Zehavi, ancien colonel des services de renseignement israéliens.

Le tunnel le plus important a été découvert près du village de Narewka, dans le nord-est de la Pologne, caché dans une forêt. Au total, 60 mètres de tunnel, dont 10 mètres en Pologne, qui ont permis à 180 migrants, d'Afghanistan et du Pakistan, de traverser la frontière. Renforcé avec du béton, le tunnel ne mesure pas plus d'1 mètre 50 de hauteur.

Ces tunnels sont une manière pour la Russie et la Biélorussie de tester la défense des frontières de l'Union européenne, alors que les frontières polonaises sont équipées de caméras thermiques et de systèmes de détection, efficaces même en souterrain, affirme le lieutenant-colonel. Des installations accompagnées d'une clôture de 200 km construite le long de la frontière entre la Pologne et la Biélorussie depuis mi-2022.

Tentatives d'ingérences

Ces tentatives de déstabilisation de la part de la Russie et de ses alliés s'intègrent à une campagne plus globale du Kremlin dans toute l'Europe, surtout depuis le début de l'offensive russe en Ukraine en 2022. Outre les nombreuses incursions de drones russes sur le territoire européen, la Lituanie a dû déclarer l'état d'urgence en décembre dernier après que des ballons météorologiques biélorusses sont entrés dans son espace aérien, transportant notamment des cigarettes de contrebande. Les autorités polonaises affirment avoir également été visées par ces ballons.

Ces derniers mois, la France a été la cible de plusieurs tentatives de déstabilisation russe. En janvier 2024, une vive émotion avait été provoquée par des étoiles de David taguées sur des murs à Paris. Au total, environ 250 tags avaient été retrouvés dans trois arrondissements de Paris, selon la cellule d'investigation de Radio France. L'opération aurait été commanditée par Anatoli Prizenko, un Moldave russophone qui ne cache pas son engagement pour la Russie. D'autres opérations similaires, comme des mains rouges peintes sur le Mur des Justes du Mémorial de la Shoah en mai 2024, des têtes de porc posées devant des mosquées ou des inscriptions antisémites, menaient également vers des pistes russes.

© ARTUR RESZKO/EPA/MaxPPP

Des soldats polonais montent la garde près de la clôture frontalière à la frontière polono-biélorusse, à Krynki, en Pologne, le 31 août 2025.

Affaire Epstein : le président du Forum de Davos Borge Brende démissionne

26 février 2026 à 19:55

Une démission de plus dans le sillage de l'affaire Epstein. Le président et directeur du Forum économique mondial de Davos, Borge Brende, a annoncé ce jeudi 26 février démissionner de ses fonctions, quelques semaines après l'ouverture d'une enquête sur ses relations avec le défunt financier et délinquant sexuel Jeffrey Epstein.

En poste depuis 2017 à la tête de l'institution, l'ancien ministre norvégien des Affaires étrangères a fait connaître sa décision dans un communiqué. "Après mûre réflexion, j’ai décidé de quitter mes fonctions de président et directeur général du Forum économique mondial. Ces huit années et demie ont été extrêmement enrichissantes", a-t-il déclaré.

Le communiqué publié par le Forum économique mondial ne mentionne pas explicitement Jeffrey Epstein. Toutefois, dans des déclarations aux médias norvégiens, Borge Brende a reconnu des erreurs d'appréciation dans la gestion de ses échanges avec l'homme d'affaires américain. Il a affirmé ne pas vouloir que cette affaire détourne l'attention des activités du Forum, notamment le sommet annuel de Davos, qui réunit dirigeants politiques et économiques du monde entier.

"Vous me manquez, Monsieur"

Cette annonce intervient après les révélations du département américain de la Justice indiquant qu'il avait participé à trois dîners d'affaires avec Jeffrey Epstein et échangé avec lui par mails et par messages. Borge Brende a reconnu qu'il regrettait de ne pas avoir fait preuve de davantage de transparence concernant ces dîners et ces échanges qu'il avait eus avec Jeffrey Epstein. "Comme beaucoup d’autres, j’ai ressenti un profond malaise à l’idée d’être associé à Jeffrey Epstein, et j’ai craint que ces contacts ne soient interprétés autrement que pour ce qu’ils étaient réellement. C’est la réponse honnête", a-t-il déclaré au quotidien quotidien économique norvégien Dagens Naeringsliv.

Des messages échangés entre 2018 et 2019, rendus publics dans le cadre des documents liés à l'affaire Epstein, laissent apparaître un ton cordial entre les deux hommes. Borge Brende le qualifie notamment d'"hôte brillant" et écrit "vous me manquez, Monsieur" à l'issue d'un dîner réunissant également Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump. Leur dernier échange aurait eu lieu une semaine avant l'arrestation de Jeffrey Epstein en 2019.

L'ancien ministre avait auparavant assuré qu'il ignorait le passé judiciaire et les activités criminelles de ce dernier lors de leur première rencontre en 2018, tout en reconnaissant qu'il aurait dû procéder à des vérifications plus approfondies.

Sa démission intervient dans un contexte de nouvelles révélations autour de Jeffrey Epstein, condamné en 2008 pour sollicitation de prostitution auprès d'une mineure. Depuis, l'affaire continue d'ébranler des personnalités influentes du monde des affaires et de la politique, jusqu'à la famille royale britannique.

© REUTERS

Le président du Forum économique mondial, Borge Brende, prononce son discours de bienvenue lors de la 55e réunion annuelle du Forum économique mondial (FEM) à Davos, en Suisse, le 21 janvier 2025.

En Suède, un drone neutralisé près du porte-avions Charles de Gaulle

26 février 2026 à 18:00

Amarré en Suède, le porte-avions français a été mis en alerte ce jeudi 26 février. Alors qu'il participe à un exercice stratégique dans le port de Malmö, le Charles de Gaulle a été approché par un drone. Selon les informations du média suédois SVT, l'engin aurait décollé d'un navire russe stationné à proximité et se serait dirigé en direction du bâtiment français.

Repéré par les forces militaires suédoises, le drone a été ciblé par une opération de brouillage avant de disparaître, sans que l'on sache s'il s'est écrasé dans l'eau ou s'il est retourné sur le navire russe. Aucune information sur le modèle du drone n'a été divulguée.

Opération "Lafayette 26"

Le séjour suédois du navire français n'est pas de tout repos. Toujours selon SVT, une marée noire pétrolière a été découverte ce jeudi, en début d'après-midi dans le port où est amarré le Charles de Gaulle. "Nous sommes en train de déterminer d'où provient le pétrole et de prélever des échantillons, explique Karin Cars, chargée de communication des garde-côtes suédois, précisant qu'une enquête préliminaire sur des crimes environnementaux avait été ouverte. Aucun élément ne permet de dire que cette marée noire, contenue dans le bassin portuaire, soit liée au drone russe.

Arrivé en Suède mercredi, après avoir participé aux opérations "Orion 26" au large des côtes normandes, le porte-avions français doit y rester quelques jours avant de continuer son déploiement en Atlantique Nord avec la mission "Lafayette 26", coordonnée avec les forces de l'Otan. Elle vise notamment à "sécuriser les frontières de l’Europe" et à "promouvoir un espace maritime libre, ouvert et stable". La mission Baltic Sentry en mer Baltique, à laquelle va prendre part le Charles de Gaulle, est organisée dans un contexte tendu avec la Russie et les Etats-Unis au Groenland.

Power. Partnership. Presence. ⚓️
The French aircraft carrier Charles de Gaulle (CDG) has just dropped anchor in Malmö as part of Mission Lafayette 26. From the North Atlantic to the Mediterranean Sea, the Carrier Strike Group (CSG) sails with clear purpose and strategic intent. pic.twitter.com/Sj7TWTMBPq

— France in Sweden 🇫🇷🇪🇺 (@FranceinSweden) February 26, 2026

Le porte-avions n'est pas arrivé seul en Suède puisqu'il est accompagné de plusieurs frégates de défense, d'un sous-marin nucléaire et d'un bâtiment ravitailleur. Pendant les opérations Lafayette 26, il sera aussi aux côtés de frégates italiennes, espagnoles, néerlandaises mais aussi marocaines et britanniques, a annoncé la Marine nationale. "La mission La Fayette 26 démontre ainsi la capacité de la France à déployer une force aéromaritime aux côtés de ses alliés et partenaires stratégiques en Atlantique Nord et en Méditerranée", a-t-elle précisé.

© PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP

Alors qu'il participe à un exercice stratégique dans le port de Malmö, le Charles de Gaulle a été approché par un drone russe.

Affaire Epstein : pourquoi l’audition des Clinton est-elle aussi attendue ?

26 février 2026 à 16:33

Depuis le 30 janvier, pas un jour ne passe sans que l'affaire Epstein ne fasse les gros titres. Mais certaines journées sont charnières dans la compréhension de ce dossier explosif, qui ne cesse d'être noyé par le flot de révélations médiatiques. Ces jeudi et vendredi pourraient être l'une d'elles : après avoir longtemps refusé, les époux Clinton vont témoigner, à huis clos, devant la commission de surveillance de la Chambre des représentants, jeudi pour Hillary et vendredi pour Bill. Des témoignages sous serment alors que les deux personnalités politiques sont accusées depuis plusieurs années par Donald Trump d'être proches du prédateur sexuel.

L'organisation de ces deux auditions résulte d'un long bras de fer entre le couple et James Comer, le chef républicain de la puissante commission sur le dossier Epstein à la Chambre des représentants, spécialement créée pour enquêter sur les crimes de l'homme d'affaires. Pendant plusieurs mois, Hillary et Bill Clinton ont refusé d'honorer les convocations de la commission, estimant qu'elles étaient politiquement motivées et "légalement non valables". Le 13 janvier dernier, ils ne s'étaient pas rendus au Capitole devant la Commission, à majorité républicaine, un choix qu'avait regretté Comer, menaçant le couple de poursuites judiciaires pour entrave au Congrès. "Personne n'accuse Bill Clinton de quoi que ce soit de répréhensible, nous avons seulement des questions", avait-il alors réagi. Acceptant finalement de répondre aux questions du Congrès, ils avaient demandé à ce que ce soit fait publiquement, sans succès. Seules les transcriptions seront rendues publiques a finalement annoncé James Comer.

Des liens documentés

Si Donald Trump a évidemment pu instrumentaliser ces accusations pour détourner l'attention sur sa propre proximité avec Epstein, les liens entre les Clinton et le millionnaire, accusé aujourd'hui de trafic sexuel, sont bien réels, bien qu'aucun acte répréhensible n'ait été établi. Président américain de 1993 à 2001, Bill Clinton est mentionné plus de 1 600 fois dans les documents rendus publics par le département de Justice fin janvier. Selon des documents de la Commission électorale fédérale, Epstein a financé une partie de la campagne présidentielle victorieuse de Bill Clinton en 1992 et celle pour les sénatoriales d'Hillary Clinton en 1999.

Plusieurs photos des deux hommes ont été rendues publiques par le département de justice, ainsi que des photos de Bill Clinton en compagnie de jeunes femmes, anonymisées par un carré noir sur leur visage. Une en particulier, reprise de nombreuses fois sur les réseaux sociaux, montre l'ancien président avec une femme assise sur ses genoux. Alors qu'il a invité Jeffrey Epstein au moins 17 fois à la Maison-Blanche, et qu'il apparaît plus d'une vingtaine de fois sur la liste des passagers de son jet privé, Bill Clinton assure avoir coupé les ponts avec le millionnaire bien avant que ses crimes ne soient rendus publics. Contrairement à ce qu'affirme Donald Trump depuis plusieurs années, aucune preuve d'un séjour de Bill Clinton sur l'île d'Epstein, où de nombreuses femmes affirment avoir été sexuellement agressées, n'existe. En revanche, la commission pourrait s'attarder sur un voyage en Afrique du Sud en 2002 à bord de l'avion d'Epstein : selon un rapport du FBI, quatre jeunes femmes de 20 à 22 ans faisaient partie des voyageurs, dont une masseuse, une mannequin et une ballerine, rapporte le Washington Post.

#ClintonBodyCount

Pour les époux Clinton, l'absence d'audience publique va à l'encontre de la promesse de "transparence" faite par James Comer. "Vous aimez parler de transparence. Il n'y a rien de plus transparent qu'une audience publique, les caméras allumées. Nous serons là", s'était agacée Hillary Clinton sur X début février. Une manière pour eux d'éviter les fantasmes autour de ce dossier, alors que Donald Trump n'a cessé de l'instrumentaliser, n'hésitant pas à reprendre les nombreuses théories du complot sur le sujet. En 2019, après qu'Epstein ait été retrouvé pendu dans sa cellule, l'actuel président américain avait relayé des messages avec le hashtag #ClintonBodyCount, accusant le couple d'avoir tué le prédateur sexuel.

For six months, we engaged Republicans on the Oversight Committee in good faith. We told them what we know, under oath.

They ignored all of it. They moved the goalposts and turned accountability into an exercise in distraction.

— Hillary Clinton (@HillaryClinton) February 5, 2026

À quelques heures de l'audience d'Hillary Clinton, qui a toujours nié avoir des liens avec Jeffrey Epstein, assurant n'avoir jamais voyagé dans son avion, la stratégie que le couple va adopter est encore floue. Si les liens entre Bill Clinton et le millionnaire sont documentés, ils pourraient utiliser leur audition pour ajouter des éléments au dossier et ainsi nourrir cette enquête interminable. D'autant que les révélations ne vont pas dans leur sens : mercredi 25 février, l'ancien ministre des Finances de Bill Clinton, Larry Summers, a annoncé sa démission de son poste d'enseignant à Harvard, l'université du Massachusetts qu'il a présidé de 2001 à 2006. Il avait déjà annoncé se retirer de la vie publique en novembre dernier alors que des correspondances entre lui et Epstein, après la condamnation de ce dernier en 2008, avaient été révélées. "J’assume l’entière responsabilité de ma décision mal avisée de continuer à communiquer avec M. Epstein", avait-il déclaré dans un communiqué.

© Nancy Kaszerman/ZUMA PRESS/MAXPPP/MAXPPP

Bill et Hillary Clinton ont refusé de témoigner au Capitole dans le cadre de l’enquête Epstein menée par la commission de surveillance de la Chambre des représentants, malgré la menace de poursuites pour outrage au Congrès.

Cisjordanie : face aux colonies israéliennes, les Etats-Unis à rebours du reste du monde

26 février 2026 à 13:52

Une décision symboliquement lourde de conséquences. Pour la première fois, les États-Unis vont fournir cette semaine des services de passeport dans une colonie israélienne en Cisjordanie, ont annoncé mardi 24 février plusieurs officiels américains. "Des officiers consulaires vont fournir des services routiniers de passeport à Efrat le vendredi 27 février", a ainsi indiqué, sur X, l'ambassade américaine à Jérusalem. Cette localité est une colonie située au sud de la ville palestinienne de Bethléem. La même source a ajouté qu'un projet similaire était prévu à Ramallah, ainsi que dans d'autres colonies et villes. Des dizaines de milliers de ressortissants américains disposant de la double nationalité israélienne résideraient en Cisjordanie, selon des estimations.

Marqueur fort

L'annonce de Washington constitue un nouveau marqueur fort de son soutien à Israël, qui ne cesse d'étendre son influence en Cisjordanie. Au sein du gouvernement du Premier ministre Benyamin Netanyahou, de nombreux élus nationalistes prônent une annexion du territoire occupé. Ce mois-ci, le pouvoir israélien a d'ailleurs approuvé de nouvelles mesures destinées à renforcer son contrôle sur cette région. Celles-ci permettent notamment de faciliter l'achat de terres par les colons israéliens – une initiative dénoncée par les Palestiniens comme une "annexion de facto".

Avec ce nouveau plan, l'État hébreu se laisse aussi la possibilité d'agir dans certaines zones cisjordaniennes jusque-là sous contrôle de l'Autorité palestinienne. Une décision officiellement justifiée "afin de lutter contre les infractions liées à l'eau, les atteintes aux sites archéologiques et les nuisances environnementales polluant l'ensemble de la région", mais qui vise avant tout à renforcer un peu plus l'influence israélienne dans ces territoires. Israël a également annoncé sa volonté d'administrer plusieurs sites religieux des villes d'Hébron et de Bethléem, aujourd'hui également sous responsabilité palestinienne.

Une "claire violation du droit international"

Fervent soutien d'Israël, le président américain Donald Trump a déclaré par le passé être opposé à une annexion par Israël de la Cisjordanie. Mais il n'a pris aucune mesure pour empêcher l'élargissement des colonies dans le territoire palestinien. D'après plusieurs ONG, leur nombre a d'ailleurs grimpé depuis que Donald Trump est revenu au pouvoir à la Maison-Blanche, en janvier 2025. Israël s'est donc logiquement empressé de saluer la décision de proposer de créer ou renouveler un passeport dans une colonie. "Nous saluons l’importante décision de l’ambassade américaine d’étendre ses services consulaires à Efrat", s'est félicité mercredi le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar. Une commission liée à l'Autorité palestinienne a à l'inverse appelé les États-Unis à revenir sur ce projet, fustigeant une "claire violation du droit international".

La position américaine apparaît comme à rebours de celle adoptée par la plupart des alliés occidentaux et arabes de Washington. Dans une déclaration conjointe publiée lundi 24 février, un groupe de ministres des Affaires étrangères de plusieurs pays, dont la France, l'Espagne, la Turquie, l'Égypte et l'Arabie saoudite, ont condamné "avec la plus grande fermeté" les mesures décidées par l'État hébreu qui "étendent considérablement le contrôle illégal d'Israël sur la Cisjordanie". "De telles actions constituent une attaque délibérée et directe contre la viabilité de l’État palestinien et la mise en œuvre de la solution à deux États", ont-ils dénoncé.

Après l'annonce du plan israélien, un responsable de l'administration Trump avait de nouveau fait part de l'opposition du président américain quant à la prise de contrôle du territoire palestinien par l'État hébreu. "Une Cisjordanie stable garantit la sécurité d'Israël et est conforme à l'objectif de cette administration d'instaurer la paix dans la région", a ajouté ce responsable, dans un communiqué envoyé à plusieurs médias. Malgré tout, l'annonce de la mise en place de services de passeport dans une colonie pourrait renvoyer à une certaine légitimation de l'action israélienne en Cisjordanie. Une vision dont se défend Washington. Interrogé par Reuters, un porte-parole de l'ambassade américaine a soutenu que des services similaires étaient proposés dans le territoire aux citoyens américains disposant également de la nationalité palestinienne.

En marge de la guerre dans la bande de Gaza contre le Hamas, Israël a intensifié ses opérations militaires et renforcé son contrôle en Cisjordanie, qu'il occupe depuis la guerre de 1967. L'ONG Human Rights Watch a accusé dans un rapport publié en novembre dernier l'État hébreu de crimes de guerre avec des déplacements forcés dans le territoire palestinien. Benyamin Netanyahou et les membres de sa coalition gouvernementale donnent régulièrement des gages aux colons, l'un de leurs socles électoraux. Au total, plus de 500 000 d'entre eux vivent en Cisjordanie.

© REUTERS

La colonie israélienne d'Efrat, en Cisjordanie occupée, en 2020.

Ukraine : pourquoi la Russie a la capacité de mener une cinquième année de guerre

26 février 2026 à 12:29

Des affrontements sanglants... qui pourraient se poursuivre encore durant des mois ? Le spectre d'une guerre au long cours en Ukraine inquiète de nouveau l'Europe en cette fin février, quatre ans tout juste après le lancement de l'offensive de la Russie sur le territoire de son voisin, à l'hiver 2022. Cette hypothèse est appuyée par une vaste étude de l'Institut international d'études stratégiques (IISS), un des think tanks de référence au niveau mondial sur les questions de défense. Comme chaque année, le groupe de réflexion vient de publier ses perspectives en matière militaire pour l'année à venir. Avec un enseignement majeur : Moscou dispose de la capacité à maintenir sans trop de problèmes son attaque de l'Ukraine une année de plus.

Investissements militaires

Dimanche 22 février, le président russe, Vladimir Poutine, a ainsi fait part de son ambition de continuer à "renforcer l'armée et la marine" de son pays. Un objectif qui s'inscrit dans la poursuite de la politique menée ces dernières années : dans son analyse, l'IISS rappelle que les investissements de la Russie dans ses forces de défense ont déjà drastiquement augmenté depuis 2022. Rien qu'en 2025, ceux-ci ont encore crû de 3 %, après plusieurs années de hausse. Au total, ils ont représenté sur un an 186 milliards de dollars, soit environ 7,3 % du produit intérieur brut total du pays. Une proportion bien plus élevée que la part de la richesse nationale consacrée aux dépenses militaires par la France, la Chine ou les États-Unis.

La montée en puissance des moyens russes alloués à la défense est toutefois confrontée à un enjeu de taille : la perte de vitesse considérable, liée au conflit et aux sanctions internationales imposées à Moscou, de l'économie russe. Celle-ci n'a connu qu'environ 1 % de croissance en 2025 - un chiffre semblable à celui attendu pour cette année. De fait, les experts estiment que l'augmentation des dépenses de défense du pays risque de se tarir quelque peu en 2026. Mais cette projection n'est pas de nature à inquiéter outre mesure le Kremlin. Les investissements massifs dans les équipements et l'armement menés par la Russie depuis quatre ans lui donnent en effet une certaine marge de manœuvre pour poursuivre son offensive en Ukraine.

La guerre a poussé Vladimir Poutine à engager ou finaliser le développement de nombreuses armes, comme de nouveaux missiles, souvent présentés à grands coups de propagande par les médias d'État russes. Le complexe industrialo-militaire du pays a par ailleurs été mobilisé pour créer une nouvelle version du drone Shahed iranien, produit directement depuis son sol. Le soutien de Téhéran a été essentiel dans l'avènement de ce projet. L'ensemble de ces paramètres fait donc dire à Bastian Giegerich, directeur général de l'IISS cité par le Guardian, que "peu d'indications" montrent aujourd'hui que "la capacité de la Russie à poursuivre sa guerre contre l'Ukraine pour une cinquième année soit diminuée".

Difficultés à recruter de nouveaux soldats

Pour autant, plusieurs aspects ont malgré tout de quoi préoccuper Vladimir Poutine. L'économie qui tourne au ralenti en est donc un. Taux d'intérêt très élevés, inflation généralisée, difficultés d'investissements pour les entreprises, manque de main-d'œuvre... La guerre en Ukraine a considérablement affaibli Moscou sur ce plan, avec des conséquences encore difficiles à anticiper à long terme. Mais le principal danger pour la Russie actuellement réside dans ses difficultés de recrutement pour soutenir ses combats sur le champ de bataille. Chaque mois, l'armée a besoin d'enrôler environ 30 000 nouveaux hommes afin de poursuivre son offensive. Or, il existe "des signes de plus en plus nombreux indiquant que le taux de recrutement de la Russie commence à être inférieur à ses pertes mensuelles", pointe Nigel Gould Davies, un autre expert de l'IISS, toujours auprès du Guardian.

Le Kremlin ne communique pas précisément sur les pertes humaines subies par son armée. Un récent décompte du média russe indépendant Mediazona et de la BBC Russia a confirmé la mort de plus de 200 000 soldats russes depuis 2022. Un chiffre qui pourrait être largement sous-estimé, selon les sources. Toujours est-il que Moscou a donc de plus en plus de mal à trouver de nouveaux volontaires pour combattre. Des détenus, parfois considérés comme très dangereux, sont envoyés sur le champ de bataille. L'armée recrute aussi des malades atteints de graves pathologies psychiatriques, ou des hommes souffrant d'alcoolisme ou de toxicomanie. Des profils qui ne sont pas toujours à même de constituer de véritables atouts pour l'armée russe, mais qui sont là pour faire le nombre une fois sur le front.

Pour pousser de nouveaux hommes à s'engager, la Russie promet aussi le versement d'importantes primes financières. "Le plus grand danger de ce modèle de recrutement de volontaires réside probablement dans l'impression que cela n'en vaut tout simplement pas la peine, car on va mourir et la guerre ne finira jamais", relève Janis Kluge, chercheur à l'Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (SWP), dans un entretien accordé à Mediazona. "Et cela peut arriver de façon soudaine et inattendue si l'idée que c'est trop dangereux se répand parmi la population masculine russe." Pour le moment, aucune mobilisation générale n'est envisagée par Vladimir Poutine. La précédente mobilisation partielle, à la fin de l'été 2022, avait suscité une vague de contestation, avec des manifestations dans plusieurs villes russes.

© via REUTERS

Le président russe Vladimir Poutine, ici à Moscou le 30 janvier 2026, semble déterminé à poursuivre la guerre en Ukraine.

Affaire Epstein : ces documents liés à Donald Trump qui n'ont toujours pas été publiés

26 février 2026 à 09:39

Donald Trump de nouveau emporté dans la tempête de l'affaire Epstein. Près d'un mois après la publication, fin janvier, de plus de trois millions de documents relatifs à ce scandale sexuel, le président américain demeure fragilisé par ses anciens liens avec le pédocriminel, mort en prison en 2019. Mardi 24 février, la radio NPR a dévoilé que plusieurs dizaines de documents liés à l'actuel locataire de la Maison-Blanche ne figuraient pas dans les fichiers mis en ligne par le ministère de la Justice américain (DoJ).

Au total d'après NPR, 53 pages liées à Donald Trump manqueraient à l'appel parmi la somme de documents publiés par le ministère de la Justice. Parmi les fichiers absents : trois des quatre entretiens menés par le FBI avec une victime du couple Jeffrey Epstein/Ghislaine Maxwell. Cette dernière, qui dit avoir été abusée plusieurs fois par le prédateur sexuel, a aussi nommément cité le président américain dans une plainte de 2019. Dans les années 80, alors qu'elle était une jeune adolescente, elle aurait été présentée à Donald Trump par Jeffrey Epstein lui-même. Le républicain "l'aurait ensuite forcée à baisser la tête vers son pénis exposé, qu'elle aurait mordu", a-t-elle affirmé dans sa plainte, selon des éléments consultés par NPR. "En réponse, Trump l'aurait frappée à la tête et l'aurait mise à la porte."

Sur l'ensemble des entretiens menés par le FBI sur ce point de l'enquête, seul le premier échange entre les agents fédéraux et cette accusatrice a été mis en ligne fin janvier. Durant cette discussion, la femme ne prononce pas explicitement le nom de Donald Trump. Le journaliste indépendant Roger Sollenberger a également montré que les notes des fonctionnaires du FBI accompagnant trois de ces entretiens ont elles aussi été expurgées des dossiers Epstein. Parmi les fichiers mis en ligne, un diaporama réalisé par l'agence fédérale sur de possibles "personnalités importantes" impliquées dans l'affaire fait toutefois état d'accusations similaires. Une liste réalisée en interne des signalements émis à l'encontre du président américain dans cette affaire mentionne également des faits semblables. Mais ce second document est à prendre avec prudence, car il comportait principalement des accusations jugées farfelues par le FBI.

Des fichiers retirés, puis de nouveau accessibles

Au-delà du cas de cette femme, NPR, mais aussi CNN, relèvent le cas de nombreux fichiers d'abord mis en ligne par le ministère de la Justice fin janvier, puis retirés avant d'être de nouveau rendus accessibles. Plusieurs d'entre eux citent en particulier la rencontre de Donald Trump avec une autre jeune fille de 13 ans par l'entremise de Jeffrey Epstein. Elle aussi victime du criminel sexuel, elle aurait été présentée par ce dernier au républicain dans sa résidence de Mar-a-Lago. "Epstein a dit à Trump : 'C'est une bonne, hein ?'", est-il rapporté dans le compte rendu d'un de ces entretiens. D'après les éléments ayant pu être consultés par les médias, le président américain n'est en revanche pas mis en cause par cette femme pour une inconduite sexuelle à son égard. Mais les faits sèment le trouble sur l'ampleur de sa connaissance, ou non, des agissements de Jeffrey Epstein.

Donald Trump a toujours nié avoir été au courant des viols et agressions sexuelles commises par le financier. Dans cette affaire, "j’ai été totalement exonéré", a-t-il ainsi répété le 16 février dernier. Malgré ses dénégations, son ex-proximité avec Jeffrey Epstein continue de le poursuivre. En novembre, plusieurs e-mails, révélés par des élus démocrates, avaient déjà mis à mal sa version des faits. Ceux-ci avaient été obtenus par l'intermédiaire des légataires de l'homme d'affaires américain. "Bien sûr, il savait à propos des filles, comme il a demandé à Ghislaine d’arrêter", assurait en 2019 Jeffrey Epstein dans un courriel au sujet de Donald Trump. Un autre message du criminel sexuel précisait que le président américain avait "passé plusieurs heures" avec une de ses victimes dans son domicile. Des allégations rejetées à l'époque d'un revers de la main par l'intéressé, évoquant un "canular" de l'opposition démocrate pour lui causer du tort.

Une chose est certaine : les dernières évolutions ne sont pas favorables à Donald Trump, qui peine à s'extirper du scandale. Alors que le Congrès a voté une loi pour obliger la justice américaine à publier les dossiers Epstein, l'absence de ces documents sensibles liés au dirigeant américain provoque la colère de l'opposition. "Le fait que le ministère de la Justice supprime des documents alléguant que le président Trump a commis des abus sexuels sur une victime mineure ne fait que renforcer mes sincères inquiétudes quant à une tentative de dissimulation de la part de la Maison-Blanche", a réagi le représentant démocrate Robert Garcia.

Depuis ces récentes enquêtes, la présidence américaine tente tant bien que mal de déminer les accusations contre Donald Trump. Une des porte-parole de la Maison-Blanche, Abigail Jackson, a ainsi déclaré mercredi 25 février que le milliardaire républicain avait été "totalement exonéré de quoi que ce soit relatif à l’affaire Epstein". Face à la polémique montante outre-Atlantique, le DoJ a finalement fait un pas pour apaiser la situation. "Comme pour tous les documents qui ont été signalés (…), le ministère passe actuellement en revue les fichiers appartenant à cette catégorie", assure-t-il dans un communiqué ce jeudi. "Si un document s’avère avoir été mal classé lors du processus d’examen, et qu’il répond aux critères de la loi, le ministère le publiera, bien sûr."

© REUTERS/Evelyn Hockstein

Le président américain Donald Trump, ici le 2 février 2026 à Washington (États-Unis), demeure fragilisé par les révélations autour de l'affaire Epstein.

Une tentative d'"infiltration terroriste" : Cuba abat quatre occupants d'un bateau venu des Etats-Unis

26 février 2026 à 08:49

Les forces de sécurité cubaines ont abattu mercredi 25 février quatre personnes et blessé six autres se trouvant à bord d'une vedette immatriculée en Floride qui avait pénétré les eaux cubaines, a déclaré La Havane. Un commandant de patrouille cubain a également été blessé lors de cet incident, qui intervient dans un contexte de tensions élevées entre l'île et les Etats-Unis.

Le ministère de l'Intérieur cubain a déclaré que le groupe était composé de Cubains antigouvernementaux, dont certains étaient recherchés pour avoir planifié des attentats. Ils venaient des États-Unis, vêtus de tenues de camouflage et armés de fusils d'assaut, de pistolets, d'explosifs artisanaux, de gilets pare-balles et de lunettes de visée, a précisé Cuba. Un autre suspect cubain a été arrêté sur le territoire cubain dans le cadre de cette affaire, indique un communiqué officiel. "D’après les premières déclarations des détenus, ils avaient l’intention de procéder à une infiltration à des fins terroristes", a indiqué le ministère de l’Intérieur.

Une enquête a été ouverte pour déterminer exactement ce qu'il s'est passé, a déclaré ce dernier, précisant que les blessés avaient été évacués pour recevoir des soins médicaux.

"Extrêmement rare"

Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a déclaré aux journalistes qu'il ne s'agissait pas d'une opération des Etats-Unis et qu'aucun membre du personnel du gouvernement américain n'était impliqué. Les autorités cubaines ont informé les États-Unis de l'incident, mais l'ambassade américaine à La Havane va vérifier les faits de manière indépendante, a précisé Marco Rubio. "Nous allons recueillir nos propres informations à ce sujet, nous allons déterminer exactement ce qui s'est passé, a-t-il déclaré, avant d'ajouter : "Inutile de préciser qu'il est extrêmement rare d'assister à des fusillades en pleine mer comme celle-ci".

Cet incident intervient alors que les Etats-Unis ont bloqué quasiment toutes les exportations de pétrole à destination de Cuba, accentuant la pression sur le gouvernement communiste local. Désireux d'accroître l'influence de Washington dans la région, Donald Trump a dit par le passé ne pas exclure des interventions militaires américaines supplémentaires dans la région, après la capture début janvier à Caracas du président vénézuélien Nicolas Maduro, allié de Cuba. Le président américain a conseillé le mois dernier à La Havane de conclure un accord avec son administration "avant qu'il ne soit trop tard". Marco Rubio a réitéré mercredi sa rhétorique contre le gouvernement cubain, qualifiant le statu quo d'insoutenable et affirmant que Cuba devait changer "radicalement".

La Russie dénonce une "provocation" américaine

Les exilés cubains, largement concentrés à Miami, rêvent depuis longtemps de renverser le régime en place ou de le voir tomber, et ont par le passé comploté contre le gouvernement établi par le défunt leader révolutionnaire Fidel Castro, décédé en 2016 à l'âge de 90 ans. Des exilés cubains, soutenus et financés par la CIA, ont mené l'invasion ratée de la Baie des Cochons en 1961, un événement qui a renforcé Castro tout en le rapprochant de ses alliés soviétiques. D'autres paramilitaires cubains ont tenté ou mené des actes de sabotage au cours des décennies précédentes. De tels complots sont devenus beaucoup moins fréquents ces dernières années, mais les opposants au gouvernement communiste cubain ont pu être encouragés par les événements récents, qui ont donné une image de faiblesse aux dirigeants du pays.

Selon les autorités cubaines, la navette à grande vitesse interceptée mercredi s'était approchée à un mille nautique de Falcones Cay, sur la côte nord de l'île. Ses passagers ont ouvert le feu à l'arrivée d'une patrouille maritime cubaine. La Havane a déclaré avoir identifié les six occupants du bateau qui ont été faits prisonniers. Deux d'entre eux étaient auparavant recherchés pour suspicion de planification d'actes terroristes contre Cuba. L'une des victimes a été identifiée comme étant Michel Ortega Casanova, tandis que les trois autres n'ont pas encore été identifiées.

Indiquant mercredi ne pas pouvoir se fier aux éléments rapportés par les autorités cubaines, l'Attorney General (ministre de la Justice) de Floride, James Uthmeier, a dit avoir ordonné aux procureurs de mener leur propre enquête, en collaboration avec des agences floridiennes et fédérales.

Commentant l'incident, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a dénoncé ce jeudi auprès de l'agence TASS "une provocation agressive de la part des États-Unis visant à aggraver la situation et à déclencher un conflit".

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La Havane a ouvert une enquête pour déterminer les circonstances de l'incident.

En Allemagne, l'AfD confrontée à une série d'accusations de népotisme

25 février 2026 à 16:56

Ce sont des accusations qui font tache pour une formation, l'AfD, qui a construit son image sur un idéal d'exemplarité. Différents médias allemands ont révélé au cours des semaines passées des pratiques relevant du népotisme. C'est tout d'abord le député Jan Wenzel Schmidt, élu du Land de Saxe-Anhalt, dans l’est de l’Allemagne, qui a été accusé par le magazine Der Spiegel à la fin de l'année dernière d’avoir confié certaines tâches de son activité parlementaire à des employés de sa société de produits de vapotage. Lesquels étaient rémunérés environ 550 euros par mois, avec de l'argent public.

Au début du mois, la chaîne de télévision ZDF a par ailleurs révélé que le père du ministre-président du même Land, Ulrich Siegmund, était employé par le député Thomas Korell, autre élu de Saxe-Anhalt au Bundestag et touchait 7 725 euros brut par mois. Le même Korell a également eu recours aux parents d’un autre député régional de l’AfD. Quant à Claudia Weiss, autre députée AfD de Saxe-Anhalt, elle s’est attachée les services de trois membres de la fratrie d’un cadre local du parti... tandis que l'une de ses filles, comme les compagnes de deux autres élus, sont rémunérées par le groupe parlementaire du parti au parlement de Magdebourg (capitale du Land de Saxe-Anhalt). Dans le Land de Basse-Saxe, des pratiques similaires ont été observées. Selon les médias, l’épouse du président local du parti, Ansgar Schledde, travaille au service d’un député fédéral AfD.

S'il est proscrit pour un député allemand d'employer l'un de ses proches, cette interdiction ne s'étend pas aux proches d'un collègue et c'est de cette ambiguïté qu'a joué l'AfD. Ulrich Siegmund s'est également fendu d'une justification plutôt originale dans une série de vidéos, arguant que la réputation du parti l'empêchait de disposer d'un grand choix de candidats et qu'il était plus facile de travailler avec des proches, en qui l'on avait davantage confiance... Enfin, il n'a pas omis de se draper dans la posture de victime : "Vous vous souvenez quand j'ai dit il y a quelques mois qu'ils tenteraient tout ce qui est possible pour empêcher notre succès électoral de devenir un événement historique ?", a-t-il déclaré.

Principale formation d'opposition

La coprésidente du parti Alice Weidel a pour sa part réagi le 24 février. "Il est désormais clair que les accusations portées par les médias sont infondées et complètement exagérées", a-t-elle affirmé, tandis que l'autre coprésident, Tino Chrupalla, a reconnu que la pratique consistant à employer des proches laissait un "mauvais goût" dans la bouche des électeurs. Avant de reconnaître que lui-même employait l’épouse d’un député... Björn Höcke, président de l’AfD en Thuringe, figure parmi les critiques les plus virulents de ces pratiques. "Nous seuls pouvons nous faire échouer. Mais cet échec devient possible", a-t-il écrit sur X.

L'AfD fait en effet figure de principale formation d'opposition en Allemagne, et ces différentes affaires tombent plutôt mal dans une année qui affiche un calendrier électoral dense, avec de nombreuses élections au niveau local. Sur la lancée de précédentes victoires, le parti compte notamment obtenir la majorité dans le Land de Saxe-Anhalt, le 6 septembre. Ces révélations, auxquelles s'ajoutent d'autres affaires (les liens de Tino Chrupalla avec la Russie, ceux d’Alice Weidel avec Donald Trump), ont permis au Premier ministre Friedrich Merz de lancer quelques attaques. "Nous devons non seulement adopter une ligne dure contre l'AfD sur les questions politiques, mais aussi la combattre en tant que parti des soi-disant hommes intègres et patriotes, a-t-il déclaré au journal allemand Die Rheinpfalz. Le parti se caractérise par un copinage et un népotisme profondément enracinés." Reste à voir si le vote pour l'AfD, souvent très idéologique, s'en trouvera affecté.

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La codirigeante de l'AfD Alice Weidel a qualifié les révélations des médias allemands de "très exagérées".

L'Islande souhaite accélérer le vote sur son adhésion à l'UE

25 février 2026 à 16:39

L'Islande, petit Etat insulaire de 400 000 habitants, pourrait-elle devenir le 28e Etat membre de l'Union européenne ? Selon plusieurs sources du média en ligne Politico, l'actuel gouvernement pourrait consulter ses concitoyens dès le mois d'août 2026 pour un référendum d'intégration à l'UE.

La semaine dernière, la ministre islandaise des Affaires étrangères, Þorgerður Katrín Gunnarsdóttir, a annoncé que le Parlement présentera une résolution ce printemps sur l'opportunité d'organiser un référendum sur la reprise des pourparlers d'adhésion à l'UE. "Les développements dans les affaires mondiales montrent que nous devrions examiner ce qui est le mieux adapté pour renforcer nos défenses et notre sécurité", a-t-elle expliqué auprès de la radio publique RÚV.

Des pourparlers accélérés

L'actuelle coalition dirigeante de Reykjavik, au pouvoir depuis 2024, avait promis d'organiser un référendum sur la reprise des pourparlers d'adhésion à l'UE d'ici 2027. La décision de reprendre les pourparlers dès le printemps 2025 serait alors une preuve d'accélération. Un revirement après qu'un gouvernement précédent a gelé les négociations en 2013, et définitivement abandonné la candidature d'intégration en 2015. Selon le média public RÚV, deux sondages d'opinion en 2025 indiquaient une majorité étroite en faveur de l'adhésion à l'Union européenne. Dans l'un, réalisé par l'institut Prósent, 45 % des répondants se disaient favorables à l'adhésion de leur pays à l'UE, contre 35 % contre. Un autre sondage de Gallup donnait des résultats similaires, avec 44 % de votes favorables et 36 % d'opposition. Si les Islandais votaient pour le "oui", l'adhésion à l'UE pourrait alors être effective rapidement. Et pour cause : l'Islande est membre de l'Espace économique européen et fait partie de l'espace Schengen.

Cet élan référendaire en Islande intervient alors que les responsables de l'Etat insulaire ont régulièrement rencontré les plus hauts représentants de l'Union européenne ces derniers mois. Après une visite à Reykjavik en juillet 2025, la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a de nouveau rencontré le Premier ministre islandais Kristrún Frostadóttir à Bruxelles le mois dernier louant un partenariat qui "offre stabilité et prévisibilité dans un monde volatile". Tandis que la commissaire à l'élargissement de l'UE Marta Kos a rencontré la ministre islandaise des Affaires étrangères Þorgerður Katrín Gunnarsdóttir le mois dernier à Bruxelles.

La menace du Groenland, un déclencheur

Mais si le calendrier des négociations en Islande pourrait voir une accélération, c'est en partie lié aux menaces que font peser les États-Unis sur l'Etat insulaire. Il y a d'abord eu l'imposition des droits de douane, fixés à 15 % et plus. Mais surtout, ce qui inquiète le plus, les déclarations de Donald Trump sur l'annexion du Groenland, pays voisin de l'Islande. "La question du Groenland oblige les Islandais à réexaminer leurs relations internationales, et elle alimente dans une large mesure le débat sur l'adhésion à l'UE en Islande", a déclaré Eirikur Bergmann, professeur de politique à l'Université Bifrost d'Islande, auprès du média Euractiv.

Aux annonces fracassantes de Donald Trump sur le Groenland s'ajoute par ailleurs une confusion de son administration et de lui-même au sujet de l'Etat insulaire. "Je pense que l'Islande mentionnée quatre fois dans le discours de Donald Trump au Forum économique mondial de Davos le mois dernier alors que le président américain parlait du Groenland a certainement échauffé les esprits", a déclaré un responsable de l'Union européenne auprès de Politico, ajoutant qu'elle "doit être troublante pour un petit pays". En outre, "la blague" de l'ambassadeur américain en Islande, Billy Long, selon laquelle le pays nordique devrait devenir le 52e Etat américain, sous-entendant au passage que le Groenland serait le 51e, est très mal passée sur l'île. Une pétition signée par près de 4 000 Islandais demandait son éviction fin janvier.

Aussi, l'Islande n'a pas d'armée et dépend de son adhésion à l'Otan et d'un accord de défense bilatéral de 1951 avec les Etats-Unis pour sa sécurité. Une adhésion à l'Union européenne pourrait ainsi lui apporter davantage de gages de sécurité face aux velléités expansionnistes de Donald Trump.

© ANTON BRINK/EPA/MaxPPP

Des manifestants brandissent un drapeau islandais (à gauche) et un drapeau européen (à droite) sur la place Austurvöllur, face à l'Althingi, le parlement islandais, à Reykjavik, en Islande, le 15 mars 2015.

"La France n'est pas le Mexique... Elle est au stade 2 sur 3" : l'ex-patron de la PJ analyse l'opération "El Mencho"

25 février 2026 à 16:00

Depuis le 22 février, le Mexique est à feu et à sang. La mort d'un puissant baron de la drogue lors d’une opération militaire, Nemesio Oseguera, alias "El Mencho", a plongé le pays dans le chaos. On dénombre à cette heure près d'une centaine de morts. Les Etats-Unis avaient promis une récompense de 15 millions de dollars pour la capture d'"El Mencho". Les cartels mexicains occupent une place importante dans le livre que publie cette semaine l'ancien patron du 36, quai des Orfèvres, Bernard Petit, Tsunami blanc (Plon). Une enquête très complète sur le narcotrafic international, de l'Amérique du sud aux villes européennes.

L'Express : Le décès de Nemesio Osegueradu, chef d’un des plus gros cartels de drogue mexicain, dans une opération militaire, provoque des violences dans tout le pays et plus de 70 morts. Êtes-vous surpris par l’ampleur de cet événement ?

Bernard Petit : Pas vraiment. Il s’agit du chef du cartel de Jalisco, un des plus violents et de loin le plus armé du Mexique. Il fallait donc s’attendre à une réaction. Pour mémoire, la seule année 2023, on dénombrait 30 000 meurtres liés au narcotrafic au Mexique ! Les cartels ont infiltré en profondeur les institutions du pays. Des journalistes, des juges, des policiers, des douaniers, des militaires sont devenus leurs affidés, quand ils ne sont pas directement issus de leurs rangs. Dans de nombreuses villes, les polices locales sont à la solde d’un cartel : les agents ferment les yeux sur les activités illégales en échange d’argent ou par peur, parfois les deux. Certaines zones où l’Etat est défaillant se trouvent ainsi de facto sous la coupe des cartels.

Washington a fourni des renseignements à Mexico, qui ont facilité le raid. Jusqu’où les Américains s’impliquent-ils au Mexique ?

Dans leur lutte contre les cartels, les services américains utilisent les services et les moyens de la CIA et de l’armée comme, par exemple, des drones équipés de détecteurs de particules qui survolent le territoire mexicain et qui parviennent ainsi à localiser des laboratoires de méthamphétamine ou de fentanyl (la quasi-totalité de cette drogue consommée aux Etats-Unis arrive du Mexique où elle est fabriquée à partir de précurseurs importés de Chine) grâce aux émissions chimiques que ces installations chimiques relâchent dans l’atmosphère. Au début, ces survols se limitaient aux zones transfrontalières, mais il semblerait qu’ils s’aventurent aujourd’hui bien davantage dans l’espace mexicain.

Concernant précisément l’opération contre "El Mencho", il semble qu’une femme proche de la cible a joué un rôle clé dans sa localisation et que les services américains ont alors fourni un éclairage opérationnel pour éviter qu’il ne s’échappe. Pour mémoire, Washington avait promis une récompense de 15 millions de dollars pour sa capture.

Peut-on parler de narcoterrorismes à propos du trafic de drogue au Mexique ?

La décision de qualifier les cartels mexicains d’organisations terroristes étrangères fait débat aux Etats-Unis. Ses partisans font valoir qu’à l’instar des groupes terroristes, les cartels recourent à des méthodes destinées à terroriser la population (attentats à la bombe, décapitations, pendaisons, enlèvements, massacres…) et à intimider l’Etat pour peser sur ses décisions. Les tenants de la qualification terroriste considèrent aussi que, si les cartels déstabilisent au premier chef le Mexique, ils n’en constituent pas moins une menace pour la sécurité des Etats-Unis en raison non seulement du trafic de drogue, mais aussi de leur implication avérée dans le trafic d’armes, la corruption et l’immigration. Les opposants à cette qualification terroriste considèrent que les cartels sont des entreprises criminelles exclusivement motivées par le profit et non par une idéologie ou des motivations politiques. Notons qu’il existe en France un débat de nature un peu similaire, même s’il reste différent de celui que l’on connaît en Amérique.

Quand certains évoquent une "mexicanisation de la France" à propos du narcotrafic, comment réagissez-vous ?

Pour la seule année 2024, on dénombrait 32 252 meurtres au Mexique dont les deux tiers directement imputables au crime organisé et au narcotrafic, soit plus de 20 000. Dans le même temps, la France comptabilisait 1 186 homicides dont 110 liés en lien avec le trafic… La France n’est donc pas le Mexique.

Certains responsables politiques préconisent toutefois le recours à l’armée pour lutter contre le trafic dans certains quartiers…

Les autorités ont jusqu’à présent rejeté cette approche qu’elles jugent inadaptée, déclarant qu’elles se concentrent plutôt sur le renforcement des moyens judiciaires, ce qui reste par ailleurs à démontrer.

Dans votre livre Tsunami blanc, vous expliquez que la lutte contre le narcotrafic ne peut se résumer à des questions binaires du type "je suis pour ou contre le recours à l’armée"…

Le narcotrafic est un problème complexe, qui a plusieurs dimensions : géopolitique, économique, sociale, ordre public et santé publique… Cette complexité ne peut pas se résumer à un dilemme du type "Je suis pour ou contre le cannabis". J'ai fait toute ma carrière dans la lutte contre la criminalité organisée : les stups, le banditisme, les vols à main armée, les enlèvements, les réseaux de trafic… J’ai participé à des enquêtes qui concernaient les triades chinoises, certains groupes criminels des pays de l'Est, les mafias italiennes, et bien sûr les cartels. J’ai constaté que la criminalité évoluait selon trois phases séquentielles : un premier stade, celui de la prédation pure, plus ou moins opportuniste ou organisée. Au stade deux, le crime devient parasitaire, il contrôle certaines activités sources de revenus réguliers et il pratique une corruption encore sélective. Au stade trois, il est assez organisé pour établir des liens entre l’économie formelle légale et celle informelle illégale, et il recourt systématiquement à la corruption ou à l’intimidation.

Si le Mexique en est au niveau 3, où se situe la France ?

La France en est sans doute au stade deux. L’emprise du narcotrafic y est pour le moment surtout sociale.

C'est-à-dire ?

Les trafiquants tentent d’emboliser les quartiers et de contrôler les habitants. Ils achètent des commerces pour blanchir l’argent et rémunèrent un nombre croissant de personnes qui ne vivent ainsi plus que du trafic et qui leur sont redevables.

Si la France en est au stade 2, que manque-t-il pour qu’elle passe au stade 3 ?

Nous avons fait des erreurs dans la lutte contre le narcotrafic. Le débat s’est trop focalisé sur les produits (drogues douces, drogues dures, etc.) alors qu’il aurait dû porter sur les "vecteurs criminels", autrement dit les groupes criminels à la manœuvre. La Moccro Maffia en est l'exemple typique. Elle a commencé avec le cannabis dans la rue, elle a trouvé une façade légale avec les coffee shops, avant de basculer sur la cocaïne et les méthamphétamines, et de devenir un acteur de niveau international. On a tort de prendre les trafiquants pour des commerçants ou des hommes d’affaires en devenir... Ils essaient de se donner cette image, mais elle est trompeuse.

L’emprise du narcotrafic ne s’avère-t-elle pas de plus en plus politique, comme en témoigne l’enquête de L’Express sur les pressions s’exerçant sur les élus et les menaces de mort sur Amine Kessaci ?

On a franchi un palier, c’est certain. Rappelons que le premier effet du narcotrafic, c’est de contraindre les maires à prendre des mesures s’ils veulent limiter son emprise sur leur circonscription. Ils doivent dès lors faire face à des pressions et à des menaces plus ou moins larvées, et même parfois à des agressions physiques. Le narcotrafic cherche ainsi à influer sur les programmes et l’attitude des élus. L’étape suivante consistera à mettre un pied dans la vie civique ou à soutenir des gens qui ne lui sont pas hostiles. Au Pays-Bas, la Moccro Maffia a su agir à travers certains lobbies pour peser sur le débat politique. Elle constitue le modèle criminel vers lequel tendent certaines organisations françaises.

En France, nous avons la DZ Mafia….

La différence entre la Mocro Maffia et la DZ Mafia est encore très importante. La Mocro Mafia offre, garantit, aux cartels un débouché vers l’Europe grâce à son emprise sur certains ports.

Les narco-trafiquants cherchent-ils déjà à influencer le vote en France ?

Je doute qu’ils soient organisés à ce point mais il n’est pas impossible qu’ils y arrivent ponctuellement localement.

Pensez-vous qu’il existe déjà une zone grise dans laquelle certains élus fermeraient les yeux sur certains trafics à des fins financières ?

Les trafiquants font tout actuellement pour préserver leur territoire et leur business. Pour cela, ils ont besoin que les institutions soient les plus passives possibles. D’où la nécessité d'approcher les élus locaux. Qu’ils soient de gauche ou de droite, ces derniers se montrent dans leur ensemble très courageux. Souvent, ils ne perçoivent que la pointe de l'iceberg et ils ne savent pas vraiment à quelles organisations ils font face mais ils résistent. Il faut vraiment les soutenir. Peut-être faudrait-il leur donner plus de moyens et les former davantage …

De quelle manière ?

Il faudrait s’assurer que la police municipale soit bien articulée avec la police nationale ou la gendarmerie. C'est vraiment important car les policiers municipaux voient beaucoup de choses. Il faut que leurs informations remontent jusqu’aux services de l’Etat qui ont besoin d’une cartographie en temps réel du trafic pour pouvoir intervenir ou alimenter les enquêtes judiciaires.

A vos yeux, la principale bataille contre la drogue se joue dans les ports. Pourquoi ?

Les Néerlandais, comme les Belges, ont perdu pendant deux ans le contrôle de leurs ports, et ce fut un raz-de-marée ! Rotterdam et Anvers étant redevenus aujourd’hui plus difficiles d’accès pour les trafiquants, et ce grâce à une action énergique des autorités de ces deux pays, d’autres installations, comme Le Havre, vont être davantage ciblées. Les Européens doivent défendre tous leurs ports de façon à ce que le trafic ne se déporte pas tout simplement de l’un à l’autre.

A-t-on pris la mesure de la corruption dans les ports européens ?

Je pense que oui mais il reste difficile de mesurer l’ampleur de ce phénomène. Un grutier qui accepte de déplacer un conteneur à la demande des narco-trafiquants peut toucher jusqu’à 30 000 euros. Comment résister ?

Le fentanyl peut-il submerger L'Europe ?

Les cartels sud-américains qui trafiquent la cocaïne, fabriquent et vendent du fentanyl en très grande quantité aux Etats-Unis. Ils ont par ailleurs fait la démonstration qu’ils avaient les moyens d’exporter leurs drogues sur le vieux continent... C'est donc tout à fait possible mais la demande en Europe ne correspond pas à ce type de produit. Les usagers recherchent plutôt des produits stimulants, cocaïne ou méthamphétamines.

Vous critiquez l'inconséquence des "bobos festifs, enfants gâtés, égoïstes et arrogants, rebelles, à deux balles, qui donnent leur fric aux dealers et qui contribuent à leur propre asservissement, en nous entraînant avec eux." Êtes-vous d’accord avec Gérald Darmanin quand il dit "en consommant de la drogue, même de manière festive, on finance les trafics" ?

Oui, je suis d’accord avec le ministre sur ce point. Nos actes individuels impliquent des conséquences au niveau de la société. Fumer un joint ou sniffer de la cocaïne, même tout seul dans son salon, n’est pas neutre. Le comportement dit "festif" dédramatise et banalise la consommation. Puisque c’est "festif", ce n’est pas grave… Ceux qui se croient à l’abri des trafiquants et du trafic parce qu’ils demeurent dans des zones encore épargnées se trompent. Pour le policier que je suis, cette myopie est même hallucinante. Les trafiquants qui gagnent énormément d'argent finissent toujours par avoir les moyens d’emménager un jour à côté de chez vous…

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Des militaires patrouillent à Tapalpa, au Mexique, le 24 février 2026. Le pays fait face à une flambée de violence après la mort , le 22 février, du puissant narcotrafiquant "El Mencho".

IA : comment un scénario fictif alarmiste a fait trembler Wall Street

25 février 2026 à 14:00

Et si Wall Street s'effondrait ? Ce dimanche 22 février, un scénario sur l'avènement de l'intelligence artificielle, entièrement fictif, a affolé la bourse américaine. Tout est parti d'une publication du cabinet d’analyse financière Citrini Research. Spécialiste de la tech, celui-ci est réputé pour ses analyses prospectives - d'habitude très sérieuses et fondées sur des faits. Sauf que, cette fois, son fondateur, Alap Shah, s'est attelé à un nouvel exercice : un récit imaginaire, ancré en 2028, sur l'évolution des marchés confrontés à l'essor de l’IA.

Un texte d'une telle crédibilité que "The 2028 Global Intelligence Crisis" - "La crise mondiale de l'intelligence de 2028" - est rapidement devenu viral... Jusqu'à ce que la fiction finisse par avoir des répercussions bien réelles. Pourtant, dès les premières lignes, l'auteur prévient : "Ce qui suit est un scénario, pas une prédiction". Son objectif : "préparer [les lecteurs] aux risques potentiels alors que l'IA rend l'économie de plus en plus étrange".

Les salariés remplacés par l'IA

Dans cette note ultra-fournie, agrémentée d'infographies et de données, Alap Shah brosse le portrait d'une économie mondiale agonisante, terrassée par la technologie. Explosion du chômage, effondrement de la consommation, crash des marchés, impuissance des pouvoirs publics...

Le scénario dystopique prévoit que la crise s'amorcera avec l'omniprésence de l'intelligence artificielle et des agents autonomes, capables d'exécuter des tâches complexes. Ils codent, ils analysent, ils négocient... jusqu'à remplacer les cols blancs. En 2028 selon cette note, dans les bureaux des grandes entreprises américaines, les services juridiques, financiers, comptables et même informatiques sont devenus quasi-déserts, largement automatisés par IA.

Alors que le taux de chômage culmine désormais à 10,2 % - il était de 4,3 % aux Etats-Unis, en janvier 2026, la consommation des ménages, désormais précarisés, se contracte. Et c'est là que le système se fissure. En 2026, l’économie de consommation, centrée sur l’humain, représentait 70 % du PIB. En 2028, elle s'est effondrée. Car si les machines ont permis d'accroître la productivité, elles ne dépensent pas. L'auteur théorise alors le concept de "PIB fantôme" : l'argent est généré mais jamais réinjecté dans l'économie qui finit par céder. Logiquement, l’immobilier est entraîné dans cette chute. Suivent ensuite la plupart des domaines, y compris ceux "que nous pensions protégés par la valeur des relations humaines", et qui "se sont révélés fragiles", tranche ensuite Alap Shah.

En bref, si rien n'est fait pour endiguer cette trajectoire, nous pourrions être condamnés d'ici deux ans. Et comme sa publication le laisse deviner, au cabinet Citrini Research, ce n'est pas l'optimisme qui règne. En préambule, l'auteur tire la sonnette d'alarme : "Les mesures politiques ont toujours pris du retard par rapport à la réalité économique, mais l'absence d'un plan global menace aujourd'hui d'accélérer la spirale déflationniste".

Des conséquences directes sur la bourse

Sauf que, ces conséquences néfastes de l'IA n'ont pas attendu 2028 pour se manifester. La simple publication de ce récit imaginaire aura suffi à faire souffler un vent de panique sur la bourse américaine.

Ce lundi 23 février, les marchés ont enregistré une dégringolade chez plusieurs grands noms de la finance. Entre autres, la multinationale américaine de l'informatique IBM a constaté ses plus mauvais résultats depuis 2000 (-13 %). Des entreprises nommément citées par Alap Shah dans "The 2028 Global Intelligence Crisis", dont ServiceNow, DoorDash et American Express, ont elle aussi vu leurs actions chuter.

Une issue que James van Geelen, co-fondateur du cabinet Citrini et co-auteur de la note virale, n'avait jamais envisagée. "Si j'avais pensé que [l'article] allait faire bouger les actions, je ne l'aurais pas rendu gratuit", a-t-il assuré aux journalistes de Bloomberg. L'analyste le garantit, cette publication dépeint, certes, le pire scénario possible, mais ce lundi, le comportement des investisseurs était le fruit d'inquiétudes préexistantes.

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La note d'un cabinet d’analyse financière a fait souffler un vent de panique à Wall Street lundi 23 février.

IA : entre Anthropic et le Pentagone, le bras de fer vire à l'ultimatum

25 février 2026 à 12:03

La tension qui couve depuis plusieurs semaines entre Anthropic et l'administration américaine est montée d'un cran. A l'issue d'une réunion ce mardi 24 février entre le PDG de la société Dario Amodei et le secrétaire à la Défense américain Pete Hegseth, ce dernier a donné jusqu'à vendredi à la firme pour se plier aux desiderata du Pentagone. A savoir : la levée de ses restrictions quant à l'utilisation par l'armée de son IA Claude, qu'Anthropic entend exclure de deux domaines, la surveillance des masses d'une part et le développement d'armes autonomes d'autre part.

Des réserves inacceptables pour Pete Hegseth. Faute d'accord, le ministre américain menace d'annuler le contrat passé avec Anthropic à l'été 2025, pour un montant de 200 millions de dollars, ou encore de recourir au Defense Production Act, une loi de 1950 édictée dans le contexte de la guerre de Corée qui autorise le gouvernement à prendre le contrôle de sociétés au nom de la sécurité du pays. La loi a notamment été utilisée lors de l'épidémie de Covid, mais son recours manquerait ici de bases légales, selon des juristes. "Je ne suis pas sûr que cet aspect de la DPA ait jamais été utilisé de cette manière", a déclaré au Washington Post Jerry McGinn, directeur du Centre d'études stratégiques et internationales pour les questions relatives à la base industrielle.

Divergence idéologique

Dans un monde de la tech qui a largement prêté allégeance à Donald Trump, à l'image d'Elon Musk (xAI) ou de Sam Altman (Open IA), Anthropic fait figure d'exception. Fondée en 2021 par des anciens d'Open AI, la firme défend une vision de l'IA plus humaniste que celle de ses concurrents. Avec le Pentagone, les désaccords n'ont été qu'en s'accentuant. Alors que Pete Hegseth énonçait en septembre, via un mémo, "Fini l’idéalisme utopique, place au réalisme froid", et plaidait pour la levée des "contraintes juridiques pouvant limiter des usages militaires légaux", Dario Amodei a répondu par un essai, The Adolescence of Technology (non traduit), paru le 26 janvier. Il défend la mise en place de "limites à l’usage autorisé de [l'IA] par nos gouvernements" et assimile "la surveillance intérieure", "la propagande de masse" et "les armes autonomes" à de possibles "crimes contre l’humanité". Dario Amodei avait également qualifié Donald Trump de "seigneur de guerre féodal" dans un message Facebook au cours de la dernière campagne présidentielle, et appelé à voter pour Kamala Harris.

L'attitude d'Anthropic agace d'autant plus le Pentagone que Claude est à ce jour la seule IA habilitée à être utilisée pour les opérations classifiées. Mais la firme d'Elon Musk pourrait profiter de la situation, xAi étant sur le point d'être également habilité à intervenir dans ces domaines, avec son controversé outil Grok, selon le Wall Street Journal. Reste que la position de Dario Amodei n'a jusqu'à présent pas heurté le business plan de sa société, bien au contraire : la valorisation de cette dernière atteint 350 milliards de dollars, en attendant son introduction en Bourse courant 2026.

© REUTERS

Le ministre de la Défense américain Pete Hegseth, à Washington le 5 février 2026.

"Face aux massacres de manifestants en Iran, nous ne resterons pas silencieux" : l'appel de 111 personnalités

25 février 2026 à 11:30

Les soussignés – avocats, membres des professions juridiques et personnalités publiques, que nous soyons de nationalité ou d’origine iranienne, ou de toute autre nationalité – formulons, avec urgence et profonde préoccupation, le présent appel au nom de celles et ceux qui, en Iran, sont réduits au silence.

Partout en Iran, des manifestants pacifiques, qui n'ont cherché qu'à exercer leur droit à la liberté d'expression et à l'autodétermination dans la dignité – y compris leur droit légitime d'exprimer leur exaspération face à l'effondrement économique désormais systémique du pays, qui empêche le peuple iranien d’accéder à ses besoins les plus élémentaires (alors que, selon certaines informations, des milliards de dollars seraient détournés quotidiennement par ceux qui détiennent le pouvoir et leurs proches) – ont été confrontés à l'usage de la force, à des arrestations massives et à des homicides systématiques à grande échelle, ainsi qu’un black-out informationnel croissant.

Bien que les informations en provenance d’Iran soient rares, celles qui parviennent jusqu’à nous indiquent que le nombre de morts liés à la répression menée par le régime au cours des dernières semaines dépasserait les dizaines de milliers de personnes, pour la plupart des jeunes, tandis qu’un nombre plus important encore serait détenu illégalement. Le lieu de détention des personnes arrêtées n’est pas divulgué, et il est fait état d’exécutions menées sans aucun procès.

Crimes contre l'humanité

Parallèlement, le régime iranien a coupé l’accès de la population à Internet, l’isolant ainsi du reste du monde. Le 10 janvier 2026, la Mission internationale indépendante d’établissement des faits des Nations Unies sur la République islamique d’Iran a demandé le rétablissement immédiat de l’accès à Internet et des communications mobiles, ainsi que la fin de la répression violente des manifestations en cours. A ce jour, la République islamique n’a pas donné suite à cet appel.

La violence d’Etat exercée par la République islamique à l’encontre des manifestants a d’ores et déjà atteint le seuil des crimes internationaux les plus graves. En 2024, la Mission d’établissement des faits de l'ONU a estimé que les violations graves commises lors des manifestations "Femme, Vie, Liberté" de 2022 pouvaient constituer des crimes contre l’humanité. Les faits plus récents — notamment les homicides à grande échelle et la répression systématique de manifestants pacifiques — sont également susceptibles de recevoir cette qualification. Le 23 janvier 2026, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a adopté une résolution prolongeant de deux ans le mandat de la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur l’Iran, ainsi que d’un an celui du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme. La résolution appelle également à l’ouverture d’une enquête urgente sur la répression des manifestations à travers le pays qui a débuté le 28 décembre 2025.

Compte tenu de la gravité des atrocités perpétrées par les autorités à l’encontre du peuple iranien, nous appelons les gouvernements, les institutions et les citoyens du monde entier à agir immédiatement en :

  1. Condamnant publiquement et sans équivoque les homicides et la détention illégale de manifestants pacifiques, et en exigeant l’arrêt immédiat du recours aux balles réelles, aux arrestations arbitraires, à la torture et aux exécutions.
  2. Soutenant les enquêtes indépendantes et la préservation des preuves, en coopération avec la Mission d’établissement des faits de l'ONU et d’autres mécanismes d’établissement des responsabilités.
  3. Sanctionnant le Corps des Gardiens de la révolution islamique en tant qu’organisation terroriste.
  4. Refusant l’entrée et le séjour à toute personne impliquée dans de graves violations des droits humains, au moyen d'une action coordonnée comprenant des interdictions de visa, un contrôle rigoureux en matière d’immigration et des gels d’avoirs visant les hauts responsables, les forces de police et militaires, les juges, les procureurs, les autorités pénitentiaires, ainsi que toute autre personne ayant ordonné, facilité ou commis des violations des droits humains.
  5. Empêchant l’impunité par la fuite. Lorsque des auteurs présumés cherchent à entrer sur un territoire ou s’y trouvent, lorsque les preuves le justifient, ils doivent faire l'objet d'enquêtes et de poursuites en vertu du droit national applicable, notamment au titre de la compétence universelle, lorsque cela est possible.

Nous ne resterons pas silencieux alors que des Iraniens sont tués pour avoir revendiqué leur droit à la dignité et à la liberté. Les responsables doivent savoir qu'ils auront des comptes à rendre et qu’aucune échappatoire ne leur sera offerte par la communauté internationale.

Les opinions exprimées dans la présente lettre le sont à titre strictement personnel et ne reflètent pas celles des cabinets d’avocats, employeurs ou clients des signataires (le cas échéant).

* Signé par :

  1. Saeid ABEDI
  2. Safya AKORRI
  3. Laura ASBATI
  4. Juliette ASSO-RICHARD
  5. Niels AUJOUANNET-KELNER
  6. Dr Philippe AZOUAOU
  7. Yas BANIFATEMI
  8. Tristane BANON, essayiste, romancière et journaliste
  9. Simone BENZAQUEN RODAN, essayiste
  10. Dr Affef BEN MANSOUR
  11. Professeur George BERMANN
  12. Ketevan BETANELI
  13. Matthieu BOCCON-GIBOD
  14. Dr Rouven BODENHEIMER
  15. Anastasia BONDARENKO
  16. Sebastien BONNARD
  17. Martin BRASART
  18. Marie-Provence BRUE
  19. Guillemette BURGALA
  20. Laurence BURGER
  21. Nora BUSSIGNY, journaliste et autrice
  22. Audrey CAMINADES
  23. Jonathan CARY
  24. Sydney CHARDON
  25. Hélène DAHER
  26. Emmanuel DAOUD
  27. Coralie DARRIGADE
  28. Louis DEGOS, Bâtonnier du Barreau de Paris
  29. Guillaume DE RANCOURT
  30. Ladan DIRICKX, Bâtonnière du Barreau d’Angers
  31. Sarah DORAGHI, journaliste, auteure et actrice
  32. Caroline DUCLERQ
  33. Carine DUPEYRON
  34. Shirley ELGHANIAN, chef d’entreprise et entrepreneur
  35. Patrick EL HAYEK
  36. Jérémie FIERVILLE
  37. Louis FLANNERY KC
  38. Clément FOUCHARD
  39. Laurence FRANC-MENGET
  40. Charles FUSSELL
  41. Ulrike GANTENBERG
  42. Anne GAUSTAD
  43. Virginie GUILHAUME, journaliste et présentatrice de télévision
  44. Amir GHAFFARI
  45. Saam GOLSHANI 
  46. Fabienne GOUBAULT
  47. Sara HABIBI
  48. Marzieh HAMIDI, athlète (championne de taekwondo)
  49. Dominique T. HASCHER
  50. Pascal HOLLANDER
  51. Jean-Christophe HONLET
  52. Michael HUMBERT, entrepreneur
  53. Edward HUMPHRIES
  54. Alexandra JOHNSON
  55. Cyrus KADIVAR, auteur
  56. Raphaël KAMINSKY
  57. Rachel KHAN, athlète, actrice et écrivaine
  58. Elie KLEIMAN
  59. Professeure Julie KLEIN
  60. Professeure Caroline KLEINER
  61. Ioana KNOLL-TUDOR
  62. Jean-Luc LARRIBAU
  63. Karen LAIK
  64. Maude LEBOIS
  65. Irène LEGER
  66. Nanou LELEU-KNOBIL
  67. Antonin LEVY
  68. Dorothee MADSEN
  69. Eliza MAHDAVY-TURCAT
  70. Professeur Harry MCVEA
  71. Caroline MIRIEU DE LABARRE
  72. Yasmin MOHAMMAD
  73. Alasdair MURRAY, écrivain, consultant politique et expert en communication
  74. Samantha NATAF
  75. Marie-Agnès NICOLAS
  76. Reihaneh NOVEIR
  77. Claire PAULY
  78. Marily PARALIKA
  79. Yuri PARKHOMENKO
  80. Anna PEYDA
  81. Pierre PIC
  82. Rachel-Flore PRADO
  83. Harry PREBENSEN
  84. Florian QUINTARD
  85. Guillaume DE RANCOURT
  86. Alaina RAMSAY
  87. Alice ROUSSEAU
  88. Kyra RUBINSTEIN
  89. Sahand SABER
  90. Shaparak SALEH
  91. Marjane SATRAPI, artiste, réalisatrice et écrivaine
  92. Juliette SCHWEBLIN
  93. Professeur Christophe SERAGLINI
  94. Mohamed SHELBAYA
  95. Benjamin SIINO
  96. Luke SOBOTA
  97. Eleonora SORRIBES
  98. Ilana SOSKIN
  99. Julie SPINELLI
  100. Robert STEELE
  101. Gisele STEPHENS CHU
  102. Natasha TARDIF
  103. Professeur Louis THIBIERGE
  104. Max TINTIGNAC
  105. Anne-Sophie TONIN
  106. Peter TURNER KC
  107. Alexandra VAN DER MEULEN
  108. Teresa VEGA
  109. Julie WALRAFEN
  110. Rikard WIKSTROM-HERMANSEN
  111. François ZIMERAY

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Une manifestation contre la répression en Iran, le 11 janvier 2026 à Paris.

Economie, Iran... Ce qu'il faut retenir du discours de Donald Trump devant le Congrès

25 février 2026 à 07:27

Il s'est exprimé pendant près de deux heures : Donald Trump a vanté mardi 24 février devant le Congrès ses réussites économiques, à l'occasion du plus long discours sur l'état de l'Union jamais prononcé (une heure et 47 minutes), affirmant que les Etats-Unis entraient dans un "âge d'or". "Notre nation est de retour - meilleure, plus grande, plus riche, plus forte", a dit le président américain depuis le pupitre, alors que les républicains du Congrès scandaient "USA, USA".

L'hôte de la Maison-Blanche a pris la parole lors d'une allocution télévisée en "prime time" (21h00 heure de Washington, 03h00 mercredi heure française). Ce discours offrait à Donald Trump une opportunité de convaincre les électeurs de maintenir au pouvoir les républicains, qui contrôlent avec une majorité étroite les deux chambres du Congrès. L'ensemble des sièges de la Chambre des représentants et une partie du Sénat seront en jeu lors des "midterms" en novembre prochain.

L'inflation "s'effondre" selon Donald Trump

Habitué des digressions parfois erratiques, Donald Trump s'en est cette fois tenu à son discours, discutant de l'économie durant la première partie de son allocution. Il a dressé un panorama complet des problèmes économiques du quotidien – logement, santé, factures d'énergie... – mais il s'est une fois de plus abstenu de reconnaître que de nombreux Américains sont toujours aux prises avec le coût élevé de la vie. L'inflation "s'effondre", a-t-il ainsi affirmé, bien que le prix des denrées alimentaires, du logement ou des assurances reste plus élevé qu'il ne l'était il y a quelques années.

Selon Donald Trump toujours, le marché boursier, la production pétrolière et les investissements directs étrangers sont en plein essor, de même que les emplois dans le secteur de la construction et de l'industrie. Les données gouvernementales montrent toutefois que le nombre d'emplois dans le secteur industriel a baissé, et que les créations de poste sont restées globalement faibles. Selon un sondage Reuters/Ipsos, seuls 36 % des Américains approuvent la gestion par Donald Trump de l'économie.

S'il s'en est, comme à son habitude, pris à son prédécesseur, le démocrate Joe Biden, le président républicain est par ailleurs resté mesuré en revanche quant à la Cour suprême. Alors qu'il s'en était pris aux juges après qu'ils ont décidé vendredi d'invalider les droits de douane dits "réciproques" qu'il avait instaurés, Donald Trump a serré la main aux quatre membres de la Cour suprême présents dans la Chambre des représentants et n'a qualifié leur décision que de "malheureuse".

Sur l'Iran, Donald Trump "préfère" la diplomatie

Malgré l'attention portée par le président à la politique internationale depuis le début de son second mandat, la question a peu été abordée lors du discours. Donald Trump, qui a réaffirmé avoir "mis fin" à huit guerres, n'a presque pas fait mention de la guerre opposant la Russie et l'Ukraine, alors même que le conflit vient d'entrer dans sa quatrième année.

Le locataire de la Maison-Blanche n'a pas non plus fourni de détails sur ses plans concernant l'Iran, alors que l'inquiétude croît à propos d'un possible conflit avec Téhéran. "Je préfère régler ce problème par le biais de la diplomatie", a dit Donald Trump. "Mais une chose est sûre, je ne permettrai jamais au premier mécène du terrorisme, ce qu'ils sont et de loin, d'avoir une arme nucléaire."

Echanges tendus avec les démocrates

Alors que Donald Trump abordait son sujet favori, l'immigration, il a eu recours à la même rhétorique qu'il avait utilisée lors de sa campagne présidentielle en 2024. Il a notamment affirmé que les migrants sans-papiers étaient responsables d'une vague de crimes violents, bien que des études montrent que ce n'est pas le cas. "Vous devriez avoir honte", a dit Donald Trump aux démocrates, leur reprochant de refuser de financer le département de la Sécurité intérieure (DHS). Les opérations du DHS sont en effet quasiment à l'arrêt en raison d'une querelle entre les républicains et les démocrates du Congrès à propos de la stratégie anti-immigration musclée de l'administration Trump.

Les sondages montrent que la plupart des Américains disent penser que l'administration Trump a été trop loin dans son offensive anti-immigration, après deux fusillades mortelles controversées à Minneapolis impliquant des agents de la police fédérale de l'immigration (ICE). Alors que le président vantait l'application de sa politique en matière d'immigration, l'élue de Minneapolis Ilhan Omar a crié dans sa direction : "Vous avez tué des Américains !"

L'élu démocrate du Texas Al Green s'est de son côté vu contraint de quitter la Chambre des représentants après avoir brandi une pancarte sur laquelle on pouvait lire "les Noirs ne sont pas des singes". Une référence à une vidéo partagée plus tôt ce mois-ci sur un compte de réseaux sociaux de Donald Trump, représentant l'ancien président démocrate Barack Obama et l'ancienne première dame Michelle Obama sous les traits de singes. Al Green avait déjà pris Donald Trump à partie l'an dernier lors de son discours sur l'état de l'Union.

D'autres démocrates ont protesté de manière plus calme. L'élue de Hawaii Jill Tokuda portait une veste sur laquelle on pouvait lire "affordability" (un terme employé pour faire référence au caractère "abordable" des produits du quotidien) et "healthcare" (services de santé). De nombreuses démocrates arboraient également des badges disant "Publiez les documents", une référence au scandale autour de la publication de millions de documents du département de la Justice liés au défunt financier et délinquant sexuel Jeffrey Epstein, avec lequel Donald Trump a entretenu jadis une amitié. Plusieurs accusatrices de Jeffrey Epstein, invitées par les démocrates, se trouvaient dans la salle.

© REUTERS

Donald Trump délivre son discours sur l'état de l'Union, le 24 février 2026 devant le Congrès.

Comment Jeffrey Epstein a dissimulé des preuves dans plusieurs entrepôts à travers les Etats-Unis

24 février 2026 à 20:33

Jeffrey Epstein n'en a pas fini de défrayer la chronique. Mais pour une fois, les révélations ne concernent pas une énième personnalité politique mise en cause pour ses liens avec le pédocriminel. On apprend aujourd'hui que la myriade de documents révélés le mois dernier pourrait n'être que l'arbre qui cache la forêt. Le financier aurait stocké des preuves compromettantes dans des entrepôts à travers les Etats-Unis, selon les dernières informations du Telegraph.

Pour ce faire, Jeffrey Epstein aurait fait appel à des détectives privés. Un tas d'ordinateurs, de disques durs, de photographies auraient ainsi été retirés de ses différentes propriétés puis dissimulés dans au moins six sites de stockage loués à son nom. Des relevés bancaires montrent qu’il louait au moins un box de stockage dès 2003, période où il fréquentait l’élite mondaine de Palm Beach. Les paiements pour ces unités se sont poursuivis jusqu’en 2019, année de sa mort.

Perquisitions incomplètes ?

Les mandats examinés par le Telegraph laissent penser que les autorités américaines n’ont jamais perquisitionné ces entrepôts. Lors des perquisitions menées en 2019 après son arrestation pour trafic sexuel, le FBI a saisi de nombreux appareils électroniques dans ses résidences de New York et des îles Vierges américaines. Toutefois, les documents consultés ne mentionnent pas de descentes dans des entrepôts externes.

Ces espaces de stockage pourraient donc contenir des éléments inédits et sensibles, notamment des photos ou vidéos. De nombreuses victimes soupçonnent Epstein d'avoir installé des caméras cachées dans ses propriétés afin d'enregistrer des images à des fins de chantage potentiel, mais seul un petit échantillon de vidéos a été saisi par les autorités à ce jour et la plupart étaient dénuées d'éléments compromettants.

Plusieurs traces de virements

Les autorités soupçonnent depuis longtemps qu’Epstein avait été averti à l’avance d’une perquisition menée en 2005 dans sa maison de Palm Beach. Un ancien chef de la police locale a entre autres affirmé que la résidence avait été "nettoyée" et que certains équipements informatiques semblaient avoir disparu. Plusieurs emails viennent appuyer cette thèse : ils indiquent qu’un détective privé engagé par Epstein a retiré des ordinateurs et des fichiers avant l’arrivée des enquêteurs, puis les a placés dans un box sécurisé.

Dans un message de 2009, quelques semaines après la demande de Virginia Giuffre d'accéder à des fichiers numérisés chez Jeffrey Epstein, un détective indiquait par exemple conserver ces ordinateurs "verrouillés dans un entrepôt" et demandait des instructions quant à leur restitution ou leur conservation. Des entrepôts auraient été loués en Floride, mais aussi à Manhattan, ou encore au Nouveau-Mexique, pour un montant pouvant aller de 100 à plus de 400 euros par mois.

Les détectives privés impliqués ont refusé de commenter, invoquant le secret professionnel. Certaines missions leur auraient été commandées par les avocats d’Epstein, ce qui pourrait les protéger en raison du secret avocat-client. De son côté, le FBI a refusé d'indiquer si des unités de stockage avaient déjà été perquisitionnées. Le frère du criminel, Mark Epstein, a quant à lui déclaré au Telegraph qu'il n'avait jamais eu connaissance de ces entrepôts.

© EPA/MAXPPP

Le financier aurait stocké des preuves compromettantes dans des entrepôts à travers les Etats-Unis, selon les dernières informations du "Telegraph".

Guerre en Ukraine : après une série d'attentats, Kiev envisage de limiter l'accès à Telegram

24 février 2026 à 17:54

Plusieurs acteurs politiques ukrainiens ont appelé à la restriction du réseau social Telegram, après une série d'attentats à la bombe à travers le pays, selon le Kyiv Post. Dimanche 22 février, deux explosions visant des policiers à Lviv ont fait un mort et 25 blessés. Le jour suivant, deux autres détonations ont retenti à Mykolaiv, dans le sud du pays, et à Dnipro, au centre de l'Ukraine. Cette fois encore, des policiers ont été blessés et des commissariats endommagés. Le président Volodymyr Zelensky et d'autres acteurs politiques ukrainiens, ont lié ces attaques au renseignement du Kremlin. Les autorités affirment que les auteurs de ces attentats ont été recrutés sur Telegram, motivés par une offre de rémunération ou par leurs convictions prorusse.

"Une fois de plus, nous voyons que l'ennemi utilise systématiquement Telegram pour recruter des terroristes, coordonner leurs actions et mener des attaques", a écrit sur Telegram l'ancienne vice-Première ministre de l'Ukraine Iryna Vereshchuk. Dans les colonnes du Kyiv Post, la femme politique appelle à "limiter les capacités de ces plateformes", et assure "qu'il faut réfléchir au fonctionnement de Telegram et d'autres plateformes anonymes dans notre espace d'information en temps de guerre".

"Environ la moitié" des terroristes recrutés sur Telegram

A l'occasion d'une conférence de presse tenue lundi 23 février, le ministre de l'Intérieur, Ihor Klymenko, a déclaré qu'"environ la moitié" du recrutement pour les campagnes d'attentats à la bombe s'était faite via Telegram.

Le ministre, qui assure que cette problématique dépasse les seuls services de sécurité intérieure, appelle à une réflexion au sein de la société ukrainienne sur l'utilisation du réseau social. "Nous devons probablement discuter des mesures à prendre pour limiter et garantir le travail qui nous permettra de réduire le nombre de ces crimes, à savoir les crimes terroristes", a-t-il ensuite ajouté devant les journalistes.

Des propos amplifiés par le chef adjoint du Service de sécurité ukrainien (SBU), Ivan Rudnytsky, qui a exhorté différentes agences à redoubler d'efforts pour lutter contre les activités illégales de la plateforme, selon l'agence de presse Interfax Ukraine. "Non seulement les forces de l'ordre, mais aussi les autres institutions publiques concernées doivent renforcer certaines fonctions réglementaires afin de restreindre et d'empêcher l'utilisation de ces ressources d'information ou d'Internet à des fins illégales et terroristes" a-t-il déclaré.

10 millions d'utilisateurs en Ukraine

Mais limiter l'accès à Telegram en Ukraine n'est pas une mince affaire. Avec quelque 10 millions d'utilisateurs, soit près du quart de la population ukrainienne, le réseau social est devenu la messagerie de choix des Ukrainiens. 70 % d'entre eux l'utilisent également comme source d'information, selon un sondage réalisé en 2023 par USAID.

Sauf que la plateforme, né du Russe Pavel Durov - résidant actuellement à Dubaï - est suspecté d'entretenir des liens avec le Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie (FSB). Selon une enquête du média russe Important Stories, nombre de messages envoyés sur Telegram transiteraient par les services d'une entreprise fournisseuse du FSB, ce que le réseau social dément. En 2024, des membres des services de sécurité ukrainiens ont également accusé la Russie d'utiliser Telegram pour des cyberattaques, des tentatives d'hameçonnage, la distribution de logiciels malveillants et le suivi de la géolocalisation des utilisateurs, allant même jusqu'à cibler ses frappes de missiles en fonction des données recueillies.

Kiev s'est déjà essayée à réduire l'accès à Telegram. En septembre 2024, des restrictions sur l'utilisation de l'application de messagerie Telegram ont été imposées aux membres du gouvernement, de l'armée et du domaine de la sécurité. Mais à ce jour, aucune limitation n'a été annoncée pour le reste des utilisateurs.

D'après les informations du Kyiv Post, un projet de loi visant à réglementer Telegram à l'échelle nationale serait en cours d'élaboration. Toutefois, le journal n'a pas obtenu de précision sur la manière dont les élus prévoient de l'appliquer.

Toutefois, le cas de la Russie pourrait servir d'exemple aux législateurs. Depuis février, Moscou limite également l'accès à la plateforme. L'objectif : inciter ses citoyens à préférer Max, la messagerie approuvée par le Kremlin. Sauf que, rapidement, les conséquences se sont fait ressentir sur le front où les communications entre soldats se sont effondrées. D'autant plus problématiques que les échanges par Starlink sont également devenus impossibles depuis qu'Elon Musk a coupé l'accès à Moscou. Des pannes de communication telles que des unités ont été paralysées et ont contribué à des morts par tirs amis.

© REUTERS

Le site des explosions dans le centre-ville, où, selon la police, des agents ont été tués et blessés, dans le contexte de l'attaque russe contre l'Ukraine, à Lviv, en Ukraine, le 22 février 2026. REUTERS/Anastasiia Smolienko

Près des bases militaires en Europe, la discrète offensive immobilière de la Russie

24 février 2026 à 17:16

C'est une révélation qui a de quoi faire pâlir plus d'un Européen. On avait déjà connaissance de manoeuvres d'espionnage mises en oeuvre par Moscou. On sait désormais que la Russie envisage de mener des actions de sabotage à travers l'Europe et qu'elle acquiert, dans ce but, des biens situés à proximité de bases militaires. Si ce sont avant tout les pays nordiques qui sont visés, toute l'Europe serait concernée, à en croire le journal britannique The Telegraph. Et la Russie piloterait même certains actes de malveillance directement depuis Paris. Explications.

Ce sont plusieurs acquisitions, par des Russes, de biens immobiliers qui ont éveillé les soupçons des services de renseignement européens. Qu'il s'agisse de chalets isolés, d'appartements urbains, d'écoles abandonnées, d'entrepôts, ou parfois même d'îles, ces sites présentent tous un point commun : leur proximité avec une base militaire ou des infrastructures critiques. Qui rend possible d'y implanter des postes d'écoute ou d'y rassembler du matériel - des drones et explosifs se trouveraient déjà dans certains de ces sites - ... et in fine, d'en faire le point de départ d'opérations de sabotage.

"Zone grise"

Si les actes hostiles attribués à Moscou sont déjà en nette hausse depuis le début de l'invasion de l'Ukraine il y a quatre ans - incendies criminels à Londres et à Varsovie, projets de déraillement ferroviaire -, plusieurs responsables alertent sur une possible envolée de ces pratiques. Selon eux, la Russie envisagerait de tester une stratégie de "zone grise". Autrement dit, mener des actions suffisamment graves pour perturber transports, énergie ou communications en Europe, mais assez ambiguës pour éviter une riposte militaire directe de l’Otan.

"Une campagne de sabotage crée moins facilement un consensus qu’une attaque militaire ouverte", explique un responsable du renseignement. "La dénégation, qu'elle soit plausible ou non, rend l’attribution incertaine et complique le rassemblement d’un front commun".

Précédent finlandais

Alors qu'une île y a été achetée par une société russe en 2018, qui y a installé des infrastructures de surveillance - les forces de sécurité y ont découvert neuf quais, un héliport, des systèmes de surveillance, des bâtiments ressemblant à des casernes et des équipements de communication sophistiqués -, la Finlande a déjà imposé des restrictions pour les achats des ressortissants russes. Suivie dans la foulée par les Etats baltes.

Mais la Finlande est loin d'être un cas isolé. En Norvège, des chalets liés à des figures proches du Kremlin surplombent des bases militaires stratégiques dans l’Arctique. Des propriétés associées à l’Église orthodoxe russe ont également été acquises à proximité d’installations navales et radars en Norvège et en Suède, suscitant des inquiétudes sécuritaires. En Suède, une église construite près d’un aéroport stratégique a été considérée par les services de renseignement comme une plateforme potentielle d’espionnage.

Plus au sud, des acquisitions liées à la Russie ont été signalées près de bases navales en Sicile, en Crète et en Grèce continentale, ainsi qu’à proximité de sites sensibles à Londres, Paris et Genève. A tel point que la directrice du MI6 - l'équivalent britannique de la DGSE - a averti que le Royaume-Uni évoluait désormais "entre la paix et la guerre". Des enquêtes ont notamment été ouvertes sur des achats suspects à proximité du siège du MI6 à Londres et de l’ambassade américaine.

Pas de réponse collective

Mais aucune mesure n'a à ce stade été prise à l'échelle européenne. Les experts dénoncent des failles juridiques persistantes et un manque de coordination entre services de renseignement. "Tant que le contre-espionnage restera strictement national, il aura du mal à répondre à une menace qui, elle, traverse toutes les frontières européennes", résume un responsable de la sécurité britannique dans les colonnes du Telegraph.

Pour échapper aux radars, la Russie privilégierait désormais une approche plus diffuse : des acquisitions modestes mais en plus grand nombre, afin de constituer un réseau clandestin à l’échelle européenne, prêt à être activé en cas de crise majeure. Les experts rappellent d'ailleurs que la Chine poursuit une stratégie comparable, en essayant de se positionner notamment près des centres de données. Mais à la différence de la Chine, la Russie envisagerait de passer à l'acte sur le court terme...

© via REUTERS

Le président russe Vladimir Poutine et le directeur du Service fédéral de sécurité (FSB) Alexander Bortnikov assistent à une réunion du conseil d'administration du service à Moscou, en Russie, le 24 février 2026. Sputnik/Mikhail Metzel/Pool via REUTERS

Droits de douane de Donald Trump : tout comprendre aux nouvelles surtaxes entrées en vigueur ce mardi

24 février 2026 à 16:01

C'est reparti pour un tour ? Depuis ce mardi 24 février, les Etats-Unis ont imposé une nouvelle taxe mondiale de 10 % à tous les pays, et ce pour une durée de 150 jours. Quelques jours après son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump s'est engagé dans une guerre commerciale... à coups de droits de douane. Dans un dernier retournement de situation, la Cour suprême américaine a invalidé vendredi 20 février une série de droits de douane décidés par la Maison-Blanche, après des mois de négociations avec le monde entier. Contrairement à ce qu'affirmait Washington, le pays n'était pas en situation d'urgence nationale, rendant ainsi l'invocation de la loi IEEPA (NDLR : International Emergency Economic Powers Act) illégale.

Quels nouveaux tarifs ?

Privé de son levier d’urgence nationale, le président américain a immédiatement activé une autre base juridique, se fondant cette fois sur la section 122 de la loi sur le commerce de 1974. Une première : cette disposition n'ayant jamais été utilisée pour fixer des taxes. Elle permet au chef de l'Etat de réduire les importations en imposant des droits de douane jusqu'à 15 % pour rééquilibrer les échanges entre les Etats-Unis et leurs partenaires économiques dès lors qu'un déséquilibre marqué de la balance des paiements est démontré. Cette taxe peut être appliquée pendant une période maximale de 150 jours, soit jusqu'au 24 juillet. Après avoir annoncé ce week-end qu'ils seraient de 15 %, les nouveaux droits de douane de Donald Trump entrent finalement en vigueur ce mardi à 10 %.

Cette taxe vient s'ajouter aux droits de douane déjà en vigueur avant les augmentations invalidées par la cour suprême. En moyenne, l'UE était taxée à hauteur de 4,8 %. Mais pour certains produits, taxés plus sévèrement, les tarifs s'envolent. Entre autres, les fromages européens, dont les droits de douane étaient fixés à 14,8 % en 2024, frôlent désormais les 30 %.

Des pays sortent-ils gagnants ?

Oui. C'est le cas des pays auxquels Donald Trump a voulu imposer les tarifs les plus sévères pendant sa guerre commerciale de 2025. 50 % pour le Brésil, 39 % pour la Suisse, 30 % pour le Canada, 25 % pour le Mexique... Tous sont moins pénalisés qu'anticipé par cette décision. L'Asie du Sud-Est, est également gagnante. L'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande et le Cambodge, avaient tous écopé de droits de douane de 19 % l'année précédente.

Le titre de plus grand gagnant revient à la Chine qui a vu ses droits de douane culminer jusqu'à 145 %, avant que Pékin et Washington ne conviennent d'une "trêve commerciale" fixée à 30 %.

Quant aux alliés de la Maison-Blanche, épargnés en 2025, ils passent du côté des perdants. Par exemple, l'Argentine de Javier Milei, fidèle parmi les fidèles, s'en était tirée avec 10 % de droits de douane. A partir d'aujourd'hui, le pays devra également additionner cette nouvelle taxe à ses tarifs de 2024.

Que deviennent les accords conclus avec Washington ?

A Bruxelles, c'est l'incertitude qui règne. Depuis la décision de la Cour suprême, le Parlement européen a suspendu la ratification de l’accord de Turnberry. Cette négociation a permis au 27, taxés à hauteur de 25 % début 2025, de réduire la sanction à 15 %. "Un deal est un deal", s'est agacé la Commission européenne dimanche 22 février, déjà inquiète des conséquences qu'aurait cette nouvelle réglementation sur l’économie européenne. Et le Vieux Continent a de quoi se faire du souci. Si, pour l'heure, toutes les marchandises ne sont pas pénalisées, la taxe de 15 % que Donald Trump menace de dégainer mettrait en danger l'ensemble des secteurs européens. Mais le gel de Turnberry désavantage aussi les Américains. Pour obtenir une baisse des droits de douane, l'Union s'était engagée à supprimer ses taxes sur de nombreux produits américains.

Même son de cloche au Japon qui a déclaré avoir demandé aux Etats-Unis de garantir que son traitement dans le cadre d'un nouveau régime tarifaire serait aussi favorable que dans l'accord existant. La Grande-Bretagne et Taïwan ont également manifesté leur préférence pour le maintien de leurs accords.

Le deal que Washington a passé avec l'Inde risque aussi d'être suspendu. Pour échapper aux 50% de droits de douane que Washington lui avait imposés, New Delhi avait plié devant de nombreuses exigences américaines, dont la suppression de ses droits de douane et de ses barrières non tarifaires sur les marchandises américaines. L'Inde se serait également engagée à acheter américain à hauteur de plus de 500 milliards de dollars. Une clause de cet accord, qui autorise les deux parties à revoir leurs engagements en cas de modification des barrières tarifaires, pourrait permettre à New Delhi de se rétracter.

"Tous les pays qui voudraient jouer avec la décision ridicule de la Cour suprême, en particulier ceux qui ont plumé les Etats-Unis pendant des années, ou même des décennies, seraient confrontés à un droit de douane beaucoup plus élevé, et pire que tous ceux qu'ils ont récemment acceptés" a fustigé Donald Trump sur Truth Social, conscient des dangers qui pèsent sur ses accords arrachés.

© REUTERS/Elizabeth Frantz

Le président américain Donald Trump s'adresse aux familles de militaires lors d'une visite à Fort Bragg, en Caroline du Nord, le 13 février 2026.

Guerre en Ukraine : nos analyses, décryptages et entretiens

24 février 2026 à 15:32
Le 24 février 2022, la Russie a déclenché son attaque sur l'Ukraine, tentant de s'emparer de la capitale Kiev dans une offensive éclair. Mais les forces ukrainiennes ont opposé une résistance farouche, obligeant les troupes russes à la retraite et déplaçant les combats vers le bassin du Donbass, dans l'est du pays, et dans son sud agricole. Du côté de l'Occident, le temps diplomatique a laissé place à celui des sanctions contre Moscou. Alors que la guerre se poursuit, inexorablement, peu de signes de progrès sont visibles.

© afp.com/Tetiana DZHAFAROVA

Kramatorsk, est de l'Ukraine, le 15 septembre 2025

Droits de douane : les juges, dernier rempart face au populisme ? Par Eric Chol

Par : Eric Chol
24 février 2026 à 15:00

Donald Trump, qui pensait avoir façonné à sa main la Cour suprême, s’est pris un vent qu’il a peu apprécié, au point de traiter les sages américains d’"antipatriotiques" et de "déloyaux". Qu’ont-ils donc fait de si terrible ? Ils ont jeté à la poubelle la quasi-totalité du dispositif sur les droits de douane, son chef-d’œuvre politique depuis son retour à la Maison-Blanche. Et même si depuis l’annonce, le 20 février, de ce désaveu cinglant, le président américain a trouvé la parade en exhibant un nouvel arsenal de sanctions, la décision des juges apporte la preuve éclatante de l’efficacité des contre-pouvoirs américains.

Dans un pays où l’ensemble des institutions, des tribunaux à la police en passant par la réserve fédérale, ne cesse d’être chahuté par le pouvoir populiste, la digue juridique n’a pas cédé. "Ce pays a connu deux cent cinquante ans de pratique ininterrompue de la démocratie : dix années de Trump ne vont pas tout renverser", veut croire Laurence Nardon, responsable du programme Amérique à l’Ifri.

Et en France ?

L’exemple américain, inscrit dans une longue tradition de primauté du pouvoir judiciaire, nous renvoie au débat sur la robustesse des contre-pouvoirs français. Après tout, si un apprenti dictateur était élu demain à l’Elysée, comment être certain qu’il n’aurait pas tout loisir pour faire sauter les verrous institutionnels en place ?

Une partie de la réponse figure dans les textes fondateurs de la Ve République, et la jurisprudence, où l’on trouve des garde-fous juridiques solides. "A moins de provoquer une révision de la Constitution, ce qui suppose l’obtention d’une très large majorité parlementaire, beaucoup des éléments du fonctionnement de la vie démocratique sont protégés par des règles et des procédures juridiques", explique le juriste Denys de Béchillon, chroniqueur à L’Express.

En clair, face à la soif d’abrogations et de chamboule-tout d’un nouveau pouvoir populiste, "le pays pourrait compter sur les garanties juridictionnelles que forment le Conseil constitutionnel, le Conseil d’Etat ou l’existence d’une justice indépendante, tous constitutionnellement protégés", poursuit Denys de Béchillon. Mais il nuance : "Voilà pour la théorie. Car s’il y a bien une résistance juridique, celle-ci est loin d’être inoxydable".

Dans la pratique, que se passerait-il, en effet, si, une fois au pouvoir, un Jordan Bardella, une Marine Le Pen ou un Jean-Luc Mélenchon réclamaient, au nom du peuple, un référendum sur l’immigration ou une révision de la Constitution ? On peut toujours expliquer que le Conseil constitutionnel serait juridiquement armé pour les empêcher. Mais face à une contestation frontale des institutions, les neuf juges de l’aile Montpensier du Palais-Royal garderaient-ils longtemps leur courage, comme leurs collègues américains ? C’est pourtant la clé, si l’on veut préserver une institution encore très jeune (68 ans) comparée à la Cour Suprême. N’oublions pas les mots de Michel Debré, le père de la Ve République, lorsqu’il songeait dès 1945 à créer un Conseil constitutionnel, "pour protéger les principes fondamentaux de tout régime libéral" ("refaire la loi", 1945).

© REUTERS

Le président américain Donald Trump, entouré du secrétaire au Commerce Howard Lutnick, s'exprime lors d'une conférence de presse à la Maison-Blanche, à la suite de la décision de la Cour suprême selon laquelle Trump avait outrepassé ses pouvoirs en imposant des droits de douane, le 20 février 2026.

Manifestations en Iran : le régime face à une nouvelle contestation étudiante

24 février 2026 à 13:37

Un mois après de vastes manifestations, dont la violente répression a causé la mort de plus de 7 000 personnes en Iran selon les ONG (3 000 selon le bilan officiel des autorités), les étudiants du pays descendent dans la rue pour la quatrième journée d'affilée, ce mardi 24 février. Depuis samedi, jour du début du nouveau trimestre universitaire, plusieurs établissements du pays, notamment dans la capitale Téhéran, sont le théâtre de manifestations mais aussi d'affrontements entre opposants au régime et groupes pro-gouvernement.

Ces manifestations surviennent alors que les États-Unis font planer des menaces d'intervention militaire en Iran si aucun accord sur le nucléaire n'est trouvé. Mardi, les manifestations ont repris dans plusieurs universités du pays. Selon une vidéo relayée par la chaîne Telegram Anjmotahed, des étudiants de l'Université de Téhéran ont scandé "Par le sang des camarades, nous tiendrons jusqu'à la fin", malgré la présence de nombreux Bassidji, ces groupes paramilitaires déployés pour réprimer les manifestations anti-gouvernement. Selon Iran Wire, les étudiants de l'Université Shahid Beheshti de Téhéran ont entamé une marche de protestation ce mardi matin. À l'Université des Beaux-Arts, les manifestants ont scandé "Mort au dictateur" ou encore "Khamenei, monstre, nous t'enterrons", toujours selon la chaîne Telegram Anjmotahed.

Pro-government and anti-government demonstrators clash at the Amirkabir University of Technology in Tehran, with additional protests and actions taking place this morning at universities across Iran. pic.twitter.com/kJlPrvLBe7

— OSINTdefender (@sentdefender) February 22, 2026

"Vive le chah"

Silencieux depuis le début des manifestations, le pouvoir iranien a finalement réagi, ce mardi, affirmant que les étudiants avaient le droit de manifester mais qu'ils devaient "comprendre les lignes rouges". "Les choses sacrées et le drapeau sont deux exemples de ces lignes rouges que nous devons protéger et ne pas franchir ou dépasser, même au plus fort de la colère", a déclaré la porte-parole du gouvernement Fatemeh Mohajerani. Lundi, plusieurs vidéos montraient les protestations à l'Université féminine Al-Zahra, à Téhéran, où des slogans anti-gouvernement ont été entendus. Selon ces images, un drapeau iranien a justement été brûlé, un geste hautement symbolique alors qu'il a été adopté en 1979 après la révolution, portant le pouvoir actuel à la tête du pays.

Bousculé par des manifestations intérieures et fragilisé par les menaces américaines, le régime des mollahs voit le spectre du chah revenir par ces manifestations étudiantes. De nombreux militants étudiants, à l'instar de ceux de l'Université de technologie Sharif ou de celle de Sadjad, filmés en train de scander "vive le chah", crient leur soutien à l'ancien dirigeant iranien, qui a quitté le pouvoir après la révolution de 1979. Alors qu'il tente de profiter de la situation pour revenir aux affaires, le petit-fils du dernier chah, Reza Pahlavi, a également été cité à plusieurs reprises et le drapeau iranien orné du lion, symbole de sa famille, déployé.

Protesters raise the Lion and Sun Flag, representing the Pahlavi Dynasty, over the Sharif University of Technology in the Iranian capital of Tehran. pic.twitter.com/nyCC0nGgMr

— OSINTdefender (@sentdefender) February 22, 2026

Étudiants interdits de campus

Depuis le début des protestations samedi, plusieurs violences ont eu lieu dans les universités, notamment entre les manifestants et des groupes pro-gouvernement. Mais la répression des émeutes de janvier pèse dans les esprits des étudiants. Le début de ces nouveaux rassemblements contre le pouvoir en place a notamment coïncidé avec des cérémonies traditionnelles organisées après 40 jours pour pleurer les personnes tuées par les forces de l'ordre lors des dernières manifestations, les plus violentes depuis la révolution islamique de 1979.

Dans un rapport publié lundi, la télévision d'État a reconnu que des rassemblements anti-gouvernement "limités" avaient eu lieu dans plusieurs universités. Selon l'agence de presse Mehr, proche du pouvoir en place, une "poignée d'étudiants" ayant participé aux manifestations à l'Université Sharif ont été interdits de campus jusqu'à nouvel ordre.

© REUTERS

Un résident iranien à une manifestation contre le gouvernement iranien à Barcelone, en Espagne, le 21 février 2026.
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