Les Etats-Unis ne percevaient aucune menace imminente de l’Iran contre eux lorsqu’ils ont, samedi 28 février, lancé une attaque d’ampleur contre le régime des mollahs, rapportent plusieurs médias américains au troisième jour de la guerre. Mais ces dernières semaines, une "fenêtre d’opportunité" se serait dessinée devant les yeux de Donald Trump, à mesure que deux de ses alliés du Moyen-Orient, Israël et l’Arabie saoudite, lui signalaient qu’il était temps de frapper. L’opération "Fureur épique", déclenchée après un important déploiement militaire américain — le plus massif dans la région depuis l’invasion de l’Irak en 2003 — a visé les centres de commandement et les dirigeants iraniens. Dès la première heure, elle a entraîné la mort du Guide suprême Ali Khamenei, au pouvoir depuis près de quarante ans, ainsi que de plusieurs hauts responsables. Ces dernières 48 heures, les frappes et représailles se sont multipliées entre Washington et Téhéran, faisant tomber des bombes sur plusieurs pays de la région, dont le Liban, l’Arabie saoudite, le Qatar ou encore les Emirats arabes unis.
Ces incitations extérieures sont intervenues à un moment où la séquence diplomatique entre les Etats-Unis et l'Iran s'essouflait depuis plusieurs semaines, laissant présager la fin des discussions. À l’issue de leur troisième rencontre à Genève le jeudi 26 février, les envoyés américains Steve Witkoff et Jared Kushner ont finalement tranché en estimant que Téhéran cherchait à préserver sa capacité d’enrichissement "afin de pouvoir, avec le temps, l’utiliser pour une bombe nucléaire". Le lendemain, en meeting à Corpus Christi (Texas) avant des primaires prévues mardi, Donald Trump a laissé entrevoir une décision imminente : "Nous avons une très grande décision à prendre, vous le savez. Pas facile, pas facile", déblatérait-il devant la foule. Samedi 28 février, alors que les bombardements débutaient, il évoquait des "menaces imminentes du régime iranien" et des "missiles à longue portée qui pourraient bientôt atteindre le territoire américain", avant d’affirmer : "Aucun président n’a été prêt à faire ce que je suis prêt à faire ce soir".
Les encouragements du prince saoudien
Selon le Washington Post, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a notamment joué un rôle déterminant dans cette séquence. Au cours du mois précédant l’attaque, il a multiplié les appels privés avec Donald Trump pour plaider en faveur d’une intervention américaine, tout en affichant publiquement son soutien à une solution diplomatique.
En parallèle des discussions engagées par l’émissaire spécial Steve Witkoff et Jared Kushner avec des responsables iraniens, Riyad a ainsi publié un communiqué à la suite d’un appel entre "MBS" et le président iranien Masoud Pezeshkian. Dans ce texte, l’Arabie saoudite affirmait que le prince héritier "n’autoriserait pas l’utilisation de l’espace aérien ou du territoire saoudien pour une attaque contre l’Iran". En privé toutefois, selon le Washington Post, le dirigeant saoudien a averti des responsables américains que Téhéran ressortirait "renforcé et plus dangereux" si Washington ne frappait pas alors qu’il disposait de la plus forte présence militaire régionale depuis plus d’une décennie dans la région. Un message également relayé par son frère, le ministre de la Défense Khalid ben Salmane lors de réunions à Washington en janvier.
Les informations cruciales de la CIA
La pression israélienne a également pesé dans la balance, tandis que Benyamin Netanyahou a poursuivi sa campagne publique menée de longue date en faveur de frappes contre ce qu’il considère comme une menace existentielle pour son pays. Lors d’un briefing classifié le mardi précédant l’attaque, rapporte le Washington Post, le secrétaire d’État Marco Rubio a indiqué aux hauts responsables du Congrès américain que le calendrier et les objectifs de la mission étaient façonnés par le fait qu’Israël attaquerait "avec ou sans les États-Unis". Le débat interne ne portait donc plus sur le principe d’une frappe, mais sur son timing : intervenir de concert avec Israël, ou attendre une éventuelle riposte iranienne contre des cibles militaires américaines dans la région avant d’engager les forces américaines.
Selon les informations du New York Times, des renseignements obtenus par la CIA ont accéléré la prise de décision, en offrant aux Etats-Unis et à Israël l'occasion de remporter une victoire cruciale et rapide. D'après le quotidien américain, l'agence, qui suivait Ali Khamenei depuis des mois, a eu vent d'un rassemblement de hauts dirigeants iraniens prévu dans un complexe au cœur de Téhéran, le samedi matin, permettant aux deux pays d’ajuster le timing de l’opération pour profiter de cette "fenêtre d’opportunité". Les informations de la CIA ont ainsi permis à Israël d’exécuter vers 9h40 une frappe ciblée avec peu d’avions, munis de missiles longue portée précis, tuant notamment Ali Khamenei, Mohammad Pakpour (commandant en chef des Gardiens de la Révolution), Ali Shamkhani (chef du Conseil de sécurité) et plusieurs autres figures clés.
Au téléphone, aucune tristesse dans la voix du Dr Mahmoud Moradkhani. Ce médecin ORL près de Lille, réfugié iranien, a pourtant perdu plusieurs membres de sa famille ce week-end lors des frappes américaines et israéliennes sur Téhéran. Le plus célèbre d'entre eux ? Son oncle, l'ayatollah Ali Khamenei, qui portait le titre de Guide suprême de la République islamique depuis 1989.
Mahmoud Moradkhani a fui l'Iran en 1985, refusant de prêter allégeance au régime pour exercer son métier de médecin. Sa mère et sa sœur, elles, sont restées à Téhéran, ce qui ne les a pas empêché de résister : la mère du docteur Moradkhani avait même écrit une lettre ouverte pour dénoncer le "califat despotique" de son frère lors de la révolte "Femme, vie, liberté" fin 2022. Auprès de L'Express, Mahmoud Moradkhani se souvient de son oncle et espère que sa mort va mettre l'Iran sur la voie de la liberté, après plus de 40 ans d'oppression islamique.
L'Express : Les médias iraniens ont confirmé la mort de votre oncle, l'ayatollah Khamenei, dans les frappes américaines et israéliennes sur Téhéran. Quel sentiment domine chez vous aujourd'hui ?
Mahmoud Moradkhani : Je suis content, comme la plupart des Iraniens. Je n'avais plus de sentiments personnels envers lui, je ne le considérais plus comme oncle depuis longtemps. Nous n'avions plus de relations, il était une personnalité publique et, dans ce cas là, les sentiments pesonnels et affectifs disparaissent.
En 2023, vous nous disiez tout de même que, quand vous étiez enfant, il était votre oncle préféré. A titre personnel, quel souvenir garderez-vous de lui ?
Tous ces souvenirs datent d'avant 1979 [NDLR : et la Révolution islamique], il y a plus de 47 ans ! La révolution l'a changé, il n'était plus la même personne : il s'est rapproché très vite du pouvoir de Khomeyni [le premier Guide de la révolution] et de l'ancien président Rafsandjani. A l'époque mon père aussi était proche de Khomeyni mais il est devenu un opposant, et alors Khamenei s'est montré parmi les plus violents, les plus insultants, envers mon père. L'évolution a été très brusque et rapide dans les six mois qui ont suivi la révolution.
Et comment l'Iran se souviendra de Khamenei ?
Le régime est en train de tomber. Je pense que les Iraniens garderont un très, très mauvais souvenir de lui. C'est un cauchemar, provoqué par le pouvoir de la religion et en particulier par le pouvoir de Khomeyni et Khamenei. La majorité des Iraniens ont une vision complètement différente de la religion. A l'intérieur du clergé chiite, Khomeyni était unique, les autres ne partageaient pas sa vision. Même maintenant, les leaders chiites de Najaf se sont mis en dehors de la politique.
Est-ce que l'Iran se portera mieux sans Ali Khamenei ?
Oui, Ali Khamenei était un obstacle : même à l'intérieur du régime, de nombreuses voix différentes cohabitent. Actuellement, avec l'émotion et la guerre, ces rivalités restent sous la surface et ils vont résister, cacher leurs différends. Mais si le régime survit à cette intervention militaire, nous verrons surgir toutes leurs discordances et leurs rivalités : ils ne pourront pas persister très longtemps. La disparition d'Ali Khamenei marque le début de la chute du régime, même sans cette intervention militaire.
Mahmoud Moradkhani, neveu d'Ali Khamenei et opposant au régime iranien réfugié en France.
En tant qu'Iranien, comment voyez-vous cette intervention militaire sans précédent des Etats-Unis dans votre pays ?
Je suis quelqu'un de pacifiste, devenu médecin pour soigner : jamais je ne pourrai militer pour une guerre, une intervention armée ou de la répression ! C'est bien pour cette raison que je n'ai pas voulu soutenir ce régime, que je ne suis pas resté aux côtés de mon oncle. Mais, vu la situation actuelle, c'était devenu une quasi-nécessité, créée par le régime de Khamenei, par lui-même tant il était fanatique et dogmatique. Il était resté bloqué sur ses dogmes et ses slogans. Il était le noyau dur du régime, et c'est lui qui résistait aux négociations et ne voulait — ou ne pouvait — rien céder.
Quand vous étiez enfant, a-t-il déjà mentionné la mort, le martyr, devant vous ?
Ce n'est pas que lui : tous les chiites pensent à ça et en parlent. Il disait souvent, à propos des opposants, au début de la révolution : 's'ils sont coupables, tant mieux nous les avons tués et ils vont aller en enfer ; s'ils sont innocents ce n'est pas grave, ils iront au paradis'. La mort pour eux, dans leur religion, est une libération : mourir n'est pas mauvais, c'est se libérer de ce corps et rejoindre l'éternel.
Vous avez de la famille, des proches, en Iran. Avez-vous des nouvelles ces derniers jours ?
J'ai eu quelques messages écrits depuis hier. Mes proches ne sont pas en danger, les bombardements n'ont pas touché la population, mais Internet est coupé, donc je n'ai pas encore réussi à parler directement ou à les voir en visio malheureusement.
Votre mère avait dénoncé les actes de son frère dans une lettre ouverte en 2022, après le meurtre de Mahsa Amini. Comment va-t-elle ? Avez-vous eu sa réaction depuis hier ?
Oui, je l'ai eu par messages. Ma mère continue d'être contre le régime, comme moi, elle n'a aucun regret et elle est même contente de la mort de son frère. Il n'y a pas de problème. Pour elle, ce n'était plus un frère : ils ne se voyaient plus et elle le considérait comme un vrai dictateur, comme celui qui ordonnait le massacre de son peuple.
Vous n'êtes pas retourné en Iran depuis 1985, plus de 40 ans. Espérez-vous faire le voyage prochainement ? Dans quelles conditions ?
Bien entendu, j'espère. Mais je n'ai pas d'ambition politique, ce sera uniquement pour voir ma famille. J'attendrai que la situation soit stabilisée, il n'y a pas d'urgence. L'essentiel reste que la guerre cesse, que le régime tombe et que le peuple puisse commencer un processus politique vers la démocratie. Le plus important, c'est la séparation de la religion de la vie publique, de la vie politique, de la vie sociale. Ce mélange nous a fait beaucoup de mal : le cauchemar de la République islamique est dû à la mainmise de la religion sur la vie du peuple.
Demain, vous allez reprendre le travail, revenir à votre cabinet pour soigner vos patients. Comment faire, moralement, avec la guerre qui se déroule en Iran ?
Malheureusement, j'ai beaucoup d'expérience sur ce sujet. Je peux suivre l'actualité tout en faisant sérieusement mon travail : je suis médecin, je ne peux pas me laisser submerger par l'émotion.
Dimanche 12 avril, Donald Trump, Vladimir Poutine et Xi Jinping auront les yeux rivés sur Budapest. Leur allié Viktor Orban, figure de proue de la droite nationale-populiste, remettra en jeu son siège de chef de gouvernement lors d'une élection législative capitale. Pour la première fois depuis qu'il a pris le pouvoir en 2010 et dirige la Hongrie d'une main de fer, l'élection ne semble pas jouée d'avance. Son adversaire, Peter Magyar, est donné en tête de la plupart des sondages indépendants. Confrontés à une inflation record en Union européenne, les Hongrois "ne croient plus" aux promesses d'Orban. A défaut de faire campagne sur son bilan, ce dernier agite nuit et jour la menace d'une guerre dont seul lui pourrait protéger son peuple. "Viktor Orban fait campagne sur la peur, c’est tout ce qu'il lui reste", décrypte le politologue hongrois Andras Biro-Nagy, directeur du think tank Policy solutions, à Budapest.
L’Express : Pour la première fois depuis 2010, un changement de gouvernement semble possible en Hongrie. Comment l’expliquez-vous ?
Andras Biro-Nagy : Ces quatre dernières années, une chose fondamentale a changé : la conviction du peuple hongrois que Viktor Orban est toujours capable de gouverner et d'apporter des résultats positifs dans leur vie quotidienne a été ébranlée. Depuis les dernières élections en 2022, l'économie hongroise n'a pas connu de véritable croissance. Pour la première fois, Viktor Orban doit se présenter à un scrutin après un mandat au cours duquel il n'a pas pu prouver au peuple hongrois qu'il pourrait être mieux loti s'il restait au pouvoir. Cela a certainement miné sa crédibilité. Une majorité de Hongrois pense aujourd’hui qu'un changement de gouvernement est nécessaire pour améliorer leur vie quotidienne, pour que les services publics fonctionnent mieux, que la crise de l’inflation soit résolue. Celle-ci a touché de nombreux pays, mais la Hongrie a connu le taux record en Europe en 2022 et 2023. Les prix des denrées alimentaires ont explosé. Les Hongrois ne se sont toujours pas remis de ce choc. Ils n’ont toujours pas recommencé à dépenser car ils n’ont pas suffisamment confiance et préfèrent épargner. A cela s’est ajouté le gel des fonds européens, commencé fin 2022. Nous en sommes à la quatrième année - avec toujours 20 milliards d'euros suspendus - et la leçon est claire : sans les financements de l’Union européenne, l'économie hongroise peut survivre, mais pas se développer. Elle est à l'arrêt.
Au-delà des raisons économiques, il faut souligner que l'un des piliers essentiels du pouvoir de Viktor Orban a été la faiblesse et la fragmentation de l'opposition. Or, pour la première fois en 16 ans, nous avons une base électorale forte et unie prête à voter pour un seul acteur politique. C’est tout à fait nouveau. Il y a quatre ans, nous avions une opposition faite d'une alliance de six partis, mais ces partis se détestaient et le peuple hongrois les considérait comme incompétents. Aujourd’hui, le scénario est tout autre : Orban est pour la première fois face à une opposition compétitive.
Comment expliquer ce mauvais bilan économique ?
L’explication tient en deux mots : mauvaise gouvernance. La guerre et les sanctions ont eu des répercussions sur tous les États membres de l'UE, mais la Hongrie a réussi à avoir la pire inflation de toute l'Union ! Si l’on dézoome pour regarder les résultats économiques dans la région, en Pologne, en République tchèque et même en Slovaquie, on constate que l'économie hongroise affiche des performances inférieures à la moyenne régionale.
Bien sûr, Orban a tenté de rejeter toute la responsabilité sur Bruxelles. Puis il a blâmé la guerre en Ukraine. Au début, ce petit jeu des reproches a fonctionné. Mais quatre ans plus tard, les gens n’y croient plus. Nos sondages chez Policy Solutions montrent que les Hongrois tiennent Orban de plus en plus responsable de sa propre gouvernance. C’est l’une des principales tendances de ce mandat : de plus en plus de gens ont cessé de chercher des coupables ailleurs qu’au gouvernement pour expliquer les difficultés économiques du pays, l’inflation et le manque de fonds européens.
A propos de ces fonds, comment ont-ils bénéficié à la Hongrie depuis 2010 ?
L'économie hongroise a énormément bénéficié de l'adhésion à l'UE au cours des deux dernières décennies. En moyenne, sur 20 ans, les fonds européens ont apporté à l'économie hongroise plus de 3 % du PIB chaque année. Dans le livre que j’ai coécrit avec Gergő Medve-Bálint, The Path of Hungary's EU Membership (2025, Palgrave Macmillan), nous publions les résultats d'un sondage sur la façon dont les Hongrois perçoivent l'adhésion à l'UE. A la question : quel est l’avantage le plus important de l’UE selon vous, la réponse numéro un, avec une large avance, est : l'argent de l'UE et la possibilité de développer l'économie hongroise grâce à ces fonds.
Cette question est devenue l'un des enjeux majeurs de la campagne électorale. Peter Magyar et le parti Tisza en ont fait leur priorité absolue : ils s'engagent à débloquer les fonds européens et à s'atteler à cette tâche dès le premier jour. En fait, Peter Magyar tente de mener une campagne électorale à la manière de Donald Tusk, en Pologne. C'était aussi l'argument de l'opposition polonaise avant les dernières élections, qu'elle a remportées.
Quels changements concrets ces fonds européens ont-ils apportés dans la vie quotidienne des Hongrois ?
Ces fonds européens ont permis de construire des infrastructures, des routes, de rénover des hôpitaux, de moderniser des villages… Bien sûr, il y a eu énormément de détournements d’argent. Selon les rapports de l'OLAF, l'agence européenne chargée de la lutte contre la corruption, la Hongrie est le pays qui compte le plus grand nombre de cas de corruption. Mais les sommes étaient telles que même en en dérobant une partie, des projets ont été menés à bien et ont servi Orban politiquement. Voilà ce qui manque cruellement à sa campagne aujourd’hui : il ne peut pas célébrer l'ouverture de nouvelles routes ou de nouveaux bâtiments ! Pourquoi ? Parce que les fonds européens sont bloqués. Par exemple, la modernisation des transports publics a été pratiquement interrompue ces dernières années. Aucune nouvelle ligne ferroviaire n'est construite. La rénovation des routes est beaucoup plus lente qu’avant. Bref, ces fonds sont vitaux pour l’économie hongroise et ont énormément contribué à sa croissance, en particulier dans les années 2010. C’était l’âge d’or de Viktor Orban.
Les années fastes d'Orban se situent entre 2014 et 2020, lorsque l'Union européenne a surmonté la crise de la zone euro et que la croissance économique a repris, jusqu’au Covid. A cette époque, les fonds européens affluaient et la Hongrie a connu sa plus forte croissance économique. Les gens pensaient qu'Orban était capable de tenir ses promesses. Depuis le Covid, ce pays passe en fait d'une crise à l'autre.
Victor Orban sait très bien qu’il a besoin de ces fonds pour relancer son économie, pourtant il continue d’attaquer constamment l’UE. Cela ressemble à un suicide politique…
Il pensait tirer davantage profit de sa position politique de "combattant de la liberté", défenseur des intérêts hongrois contre la méchante Bruxelles. En se montrant intraitable, il croyait pouvoir faire un compromis avec l’UE. La stratégie de la lutte pour la liberté contre Bruxelles constituait un outil stratégique et électoral. Plus utile, à ses yeux, que de parvenir à un compromis avec Ursula von der Leyen sur les fonds européens. A mon sens, c’était une erreur, car son intérêt premier aurait dû être de relancer l'économie en stagnation. Il a manqué cette occasion. Il a fait ce sacrifice. C'est ce qui lui revient en pleine figure dans cette campagne électorale.
Au quatrième anniversaire de la guerre en Ukraine, Viktor Orban a posé son veto au 20e paquet de sanctions contre la Russie et menace de bloquer le prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine tant que l’oléoduc Droujba, par lequel la Hongrie reçoit du pétrole russe, ne sera pas remis en service… A quoi joue-t-il ?
Il fait monter les enchères. Orban ne peut simplement pas mener cette campagne électorale sur la base de son bilan politique. Voilà pourquoi il focalise autant sur l’Ukraine, son amitié avec Trump et ses bisbilles avec Ursula von der Leyen – qui apparaît sur les panneaux publicitaires de sa campagne aux côtés de Volodymyr Zelensky et Peter Magyar en train de jeter des liasses de billets dans une cuvette de toilette… Il fait campagne sur la peur, car c'est tout ce qui lui reste. [NDLR : Le 19 février, le Fidesz a publié une vidéo générée par intelligence artificielle montrant un Hongrois en uniforme de la Seconde Guerre mondiale se faire exécuter. La vidéo de 33 secondes, met en scène la petite fille de ce soldat, attendant son retour. Avec ce commentaire : "C'est un cauchemar maintenant, mais Bruxelles se prépare à en faire une réalité."] Dans ce monde dangereux, il se pose comme la seule garantie, avec son son slogan de campagne : "Le Fidesz est le choix sûr."
En face, l'opposition mène une stratégie complètement différente. Elle évite la politique étrangère et parle à 95 % de la situation intérieure : la crise du coût de la vie, le dysfonctionnement de l'État, les services publics négligés par le gouvernement Orban, ses mauvaises performances politiques.
Orban se présente comme celui qui apportera paix et stabilité, grâce notamment à ses liens avec Donald Trump, Vladimir Poutine et Xi Jinping. Cet argument peut-il prendre auprès des Hongrois ?
C'est le meilleur discours qu'il puisse tenir dans les circonstances actuelles : à l'ère des hommes forts, la Hongrie a elle aussi besoin d'un homme fort capable de s'asseoir à leur table et d'être amie à la fois de Trump, Poutine et Xi. Sur cet argument, Peter Magyar ne peut pas rivaliser, c'est certain. Néanmoins, j’ai des doutes sur l’efficacité de cette rhétorique de la peur. C’est pourquoi je pense que la course est ouverte et que l'opposition a une chance de gagner cette fois-ci, car à ce stade les Hongrois semblent se soucier davantage de leur situation économique que des menaces internationales.
Au cours des 15 dernières années, Orban a remodelé le système politique et mis au pas les médias. Cet écosystème lui donne un avantage démesuré dans le scrutin, non ?
Le système électoral joue un rôle très important. Il a été taillé sur mesure par le Fidesz sans consulter l'opposition. La loi électorale de 2011 a été conçue pour permettre à ce parti de s’assurer la majorité en sièges au Parlement, même sans la majorité des voix. Il s’agit d’un système mixte. D’abord, vous votez pour la liste du parti. Ensuite, pour votre député local. Et la majorité des sièges au Parlement sont répartis entre les circonscriptions. Ainsi, 106 des 199 sièges sont répartis entre les circonscriptions et seuls 93 sièges sont attribués selon les listes des partis. Celui qui remporte les circonscriptions a donc toutes les chances de remporter l'élection. Or, le Fidesz a complètement remodelé la carte électorale en sa faveur. Les limites des circonscriptions ont été tracées de sorte que les bastions du Fidesz soient, en moyenne, des circonscriptions plus petites que celles favorables à l'opposition. Cela signifie qu'avec le même nombre de voix au niveau national, le Fidesz peut remporter plus de sièges que l'opposition, car celle-ci a besoin de plus de sièges pour remporter une circonscription plus large.
Pour surmonter ce biais structurel, l'opposition doit avoir au moins cinq points d’avance à l'échelle nationale sur la liste du parti. A ce stade, la plupart des sondages lui donnent 8 à 10 points d’avance. Le 12 avril prochain, ce système électoral sera testé pour la première fois dans un scrutin réellement compétitif. Auparavant, Orban était tellement en tête dans les sondages que le système électoral importait peu, car il aurait gagné quoi qu’il en soit.
Toutefois, il est tout à fait possible que le Fidesz perde le vote populaire, mais obtienne la majorité au Parlement. C’est un scénario que je ne souhaite pas pour la Hongrie, car il créerait une atmosphère très négative et des manifestations de masse.
Peter Magyar fait campagne principalement en dehors de Budapest, c’est là que se jouera ce scrutin ?
Oui, les élections se décideront dans les zones rurales de Hongrie. À Budapest, Orbán sera très largement battu. D'après plusieurs sondages, le Fidesz est en retard d'au moins 25 points dans la capitale. On s'attend également à ce que Tisza ait un avantage dans les grandes villes en dehors de Budapest. Mais ce qui se passera dans les petites localités est la grande inconnue.
Le parti Tisza et Peter Magyar consacrent une grande partie de leur énergie à aller à la rencontre de ces petites villes et villages. Orban se concentre également sur la ruralité. Le Fidesz a toujours considéré que la bonne façon de rester au pouvoir était de gagner aux bons endroits. Il ne s'agit pas nécessairement de remporter le vote populaire à l'échelle nationale, mais de gagner dans des circonscriptions stratégiques, en particulier dans les zones rurales.
Orban a pris soin aussi de distribuer quelques "cadeaux" avant l’élection ?
Sa politique phare, promue depuis son arrivée au pouvoir, est le soutien aux familles avec enfants. Pour sa campagne, il a promis d’accorder à toutes les mères une exonération fiscale à vie de l'impôt sur le revenu si elles ont au moins deux enfants. Ce qui, pour le coup, est une innovation mondiale. Auparavant, cette exonération concernait les mères de quatre enfants, puis celles de trois enfants. Depuis le 1er janvier, les mères de moins de 40 ans ayant deux enfants sont exemptées d’impôt. C’est une mesure clef, et elle est très populaire.
L’autre promesse concerne les retraités. Il y a quatre ans, lors de la campagne précédente, le gouvernement avait introduit un 13e mois de pension. Cette fois, il promet un 14e mois. Mais compte tenu de la situation financière de la Hongrie, ils n'ont introduit qu'une semaine sur ce 14e mois. Orban promet aux retraités que s’ils le choisissent, il mettra en place ce 14e mois de pension en intégralité au cours du prochain mandat.
Peter Magyar est issu, comme Orban, du Fidesz et il est, comme lui, la figure unique de son nouveau parti. Par ailleurs, même s’il est pro-européen, il est aligné avec le Fidesz sur beaucoup de points. Il n’est pas forcément l’homme de la "rupture" avec le système Orban ?
Tisza est un parti de centre-droit membre du PPE au Parlement européen, et je pense que le choix des Hongrois se résume désormais à une opposition entre le PPE et les Patriotes (où siège le Fidesz). Dans cette configuration, les électeurs anciennement socialistes, verts et libéraux ont l’intention de voter pour Tisza pour se débarrasser du Fidesz. Il faut garder à l'esprit que la plupart de ses partisans ne sont pas de droite. C’est pourquoi le programme de Tisza combine à la fois des propositions de gauche - augmenter les dépenses dans les services publics, dans les soins de santé, dans la modernisation des transports publics et l'éducation – et une orientation culturellement conservatrice. Sur l'immigration ou l'Ukraine, le gouvernement hongrois a tellement transformé l'opinion publique en Hongrie que l'opposition ne débat plus vraiment de ces positions.
En 2014, Orban a inventé le concept d’État illibéral, un "modèle" qui inspire d’autres dirigeants, à commencer par Donald Trump. Ces derniers comptent sur sa victoire ?
Cette victoire est essentielle pour l'ensemble du mouvement souverainiste patriote du monde. Le 21 mars prochain aura lieu la Conférence d'action politique conservatrice (CPAC) à Budapest, la grand-messe internationale des conservateurs. Ce sera un test pour Orban, qui est un poids lourd de ce courant. Or, le facteur qui lui a conféré son charisme international, c'est le succès. S’il échoue au prochain vote, ce sera une mauvaise nouvelle pour l'ensemble du mouvement. De l'AFD allemande à Vox en Espagne, de Marine Le Pen en France à Salvini en Italie... De nombreux politiciens considèrent les élections hongroises comme un événement important et souhaitent que Viktor Orban reste au pouvoir afin qu'il puisse continuer à jouer son rôle de leader symbolique.
Moins de 48 heures après le lancement par Israël et les Etats-Unis d'une campagne de frappes aériennes présentée comme "préventive" contre l'Iran, qui a notamment causé la mort de l'ayatollah Ali Khamenei, l'armée israélienne a déclaré dans la nuit du dimanche 1er au lundi 2 mars qu'elle continuait de mener des frappes à grande échelle contre des "cibles" situées à travers la capitale iranienne Téhéran. Le conflit s'est par ailleurs étendu au Liban, où Tsahal a dit avoir commencé à frapper le Hezbollah en réponse à des projectiles lancés en direction d'Israël par le mouvement armé allié de l'Iran.
Dans une interview au Daily Mail, Donald Trump a de son côté dit penser que la campagne militaire contre l'Iran pourrait durer quatre semaines. Dans un autre entretien, accordé à The Atlantic, le président américain a aussi assuré être disposé à parler aux nouveaux dirigeants iraniens : "Ils veulent parler et j'ai accepté", a-t-il déclaré.
Les infos à retenir
⇒ Israël frappe le Hezbollah au Liban et continue de bombarder l'Iran
⇒ Les autorités iraniennes assurent qu'elles ne négocieront pas avec les Etats-Unis
⇒ De nouvelles explosions au Koweït, à Dubaï et à Doha
09h34
Le ministre israélien de la Défense affirme que le chef du Hezbollah libanais est désormais une "cible à éliminer"
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré ce lundi que le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, était désormais une "cible à éliminer", après que le groupe armé, allié de Téhéran, a tiré sur Israël en représailles à l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei.
09h30
Au moins 555 morts en Iran depuis le début des frappes
Ce bilan a été communiqué ce lundi par les médias d'Etat iraniens, qui citent le Croissant rouge.
08h51
Des avions de combats américains s'écrasent au Koweït
Le ministère koweïtien de la Défense a annoncé que plusieurs avions de combat américains s'étaient écrasés au Koweït. Le personnel qui était à bord a été évacué et est dans un état "stable", a-t-il déclaré, sans préciser les causes de ces crashs.
08h43
"Des groupes terroristes veulent s’en prendre à des Américains", dit l'ambassade des Etats-Unis au Bahreïn
"Les groupes terroristes et leurs admirateurs ont l’intention de s’en prendre aux citoyens américains à l’étranger. Ces groupes continuent de planifier d’éventuelles attaques à Bahreïn. Les terroristes peuvent frapper sans prévenir", met en garde ce matin l'ambassade américain au Bahreïn.
08h30
L’Iran annonce une attaque de missiles visant plusieurs villes israéliennes
Les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé ce lundi matin avoir lancé une "dixième salve de missiles", visant notamment Tel-Aviv, Haïfa et Jérusalem-Est. Dans un communiqué diffusé par la télévision d’État, ils précisent avoir visé le complexe gouvernemental à Tel-Aviv.
08h27
Mahmoud Moradkhani, neveu de l'ayatollah Khamenei : "Les Iraniens garderont un très mauvais souvenir de lui"
Réfugié dans le nord de la France, le médecin Mahmoud Moradkhani réagit à la mort de son oncle, Ali Khamenei, tué par des frappes américaines et israéliennes à Téhéran. Il espère la fin proche du régime.
Les principales Bourses européennes sont attendues dans le rouge lundi à l'ouverture, alors que les frappes militaires des États-Unis et d'Israël contre l'Iran ne semblent pas connaître de répit. D'après les premières indications disponibles, le CAC 40 parisien pourrait perdre 1,68 % à l'ouverture.
07h48
L’UE se tient aux côtés des États membres face à toute menace, dit Ursula von der Leyen
L'UE se tient aux côtés de ses États membres face à toute menace, a déclaré la présidente de la Commission européenne après qu'une frappe de drone a touché la base aérienne britannique d'Akrotiri à Chypre dans la nuit. "Bien que la République de Chypre n'ait pas été la cible, je tiens à être claire : nous nous tenons collectivement, fermement et sans équivoque aux côtés de nos États membres face à toute menace", a déclaré Ursula von der Leyen dans un message publié sur X.
I talked with President @christodulides who briefed me on the single incident that occurred shortly after midnight involving an unmanned aerial vehicle targeting the British base in Akrotiri.
While the Republic of Cyprus was not the target, let me be clear: we stand…
Selon le Pentagone, rien n'indiquait que l'Iran aurait attaqué les troupes américaines
Des représentants de l'administration Trump ont admis dimanche lors de comptes rendus à huis clos auprès de membres du Congrès qu'aucun renseignement ne suggérait que l'Iran prévoyait de lancer en premier une attaque contre les troupes américaines, ont déclaré à Reuters deux personnes au fait de la question. Ces remarques semblent saper l'un des arguments avancés la veille par de hauts représentants américains pour justifier l'offensive lancée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran - la plus importante opération militaire menée depuis des décennies contre Téhéran.
Selon les sources de Reuters, les représentants de l'administration Trump ont souligné que les missiles balistiques de l'Iran et ses milices régionales alliées représentaient une menace immédiate pour les intérêts des Etats-Unis, mais qu'il n'y avait aucun renseignement indiquant que Téhéran attaquerait en premier les troupes américaines. Des représentants américains avaient déclaré samedi aux journalistes que Donald Trump avait décidé d'intervenir en Iran en partie à cause d'indications selon lesquelles l'Iran pourrait cibler les troupes américaines au Proche-Orient, "peut-être de manière préventive". Le chef de la Maison-Blanche n'allait "pas rester les bras croisés", avait dit l'un des représentants.
07h09
Londres accepte que les États-Unis utilisent des bases militaires britanniques pour frapper l'Iran
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a déclaré dimanche soir que son pays avait accepté que les États-Unis utilisent des bases militaires britanniques pour frapper des sites de missiles iraniens, répondant favorablement à une demande de Washington. "Les États-Unis ont demandé l'autorisation d'utiliser des bases britanniques à des fins défensives précises et limitées. Nous avons décidé d'accepter cette demande afin d'empêcher l'Iran de tirer des missiles dans toute la région", a-t-il déclaré dans un message vidéo diffusé sur X, affirmant aussi que Londres "ne participera pas à des actions offensives en Iran".
Dans un communiqué commun, Paris, Berlin et Londres avaient déclaré plus tôt dans la soirée être prêts à prendre des mesures pour défendre leurs intérêts dans la région, après les attaques de missiles "aveugles et disproportionnées" menées par l'Iran.
06h52
Au moins 31 morts dans les frappes israéliennes au Liban
D'après les premières estimations, les frappes menées dans la nuit par Israël au Liban ont tué 31 personnes et blessé 149 autres, rapporte l'agence de presse officielle libanaise ANI.
06h40
Donald Trump appelle les Gardiens de la révolution à cesser les combats
Dans un bref message vidéo diffusé sur son réseau Truth Social, Donald Trump a rendu hommage cette nuit aux trois soldats américains dont la mort a été annoncée dimanche. Les qualifiant de "véritables patriotes américains", il a averti qu'il y aurait probablement d'autres morts. "C'est comme ça", a-t-il déclaré.
Le républicain a également sommé l'armée et la police iraniennes, notamment le puissant Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), de cesser les combats, promettant l'immunité à ceux qui se rendraient et menaçant de "mort certaine" ceux qui résisteraient. Il a aussi réitéré ses appels au peuple iranien à se révolter contre le gouvernement : "J’appelle tous les patriotes iraniens qui aspirent à la liberté à saisir cette occasion, à faire preuve de courage, d’audace et d’héroïsme, et à reprendre le contrôle de leur pays", a-t-il déclaré dans sa vidéo préenregistrée. "L’Amérique est avec vous", a-t-il ajouté.
06h21
Nouvelles frappes israéliennes au Liban
L'armée israélienne, qui a ordonné plus tôt dans la nuit l'évacuation de dizaines de villes libanaises, dit avoir lancé une nouvelle série de frappes contre le Liban.
06h13
Des explosions à Dubaï et Doha
Des journalistes de Reuters signalent que de puissantes explosions ont de nouveau été entendues à Dubaï et à Doha ce lundi.
06h04
Une base militaire britannique à Chypre visée par une attaque de drone
Une base militaire britannique à Chypre a été visée par une attaque de drone présumée, ont déclaré un porte-parole du gouvernement à Nicosie et le ministère britannique de la Défense, ajoutant que l'attaque a causé des "dégâts limités" et n'a fait aucune victime.
Par mesure de précaution, la base va temporairement relocaliser son personnel non essentiel, ont fait savoir les autorités ce lundi matin dans un communiqué.
06h01
Le Koweït intercepte des drones hostiles
Le Koweït dit avoir intercepté des drones hostiles pour une troisième journée consécutive, alors que l'Iran mène des représailles dans la région à la suite de l'opération militaire lancée par les Etats-Unis et Israël.
Aucun blessé n'est à signaler, a rapporté l'agence de presse officielle koweïtie, citant le directeur de la défense civile. Les systèmes de défense aérienne ont intercepté la plupart des drones, a-t-elle ajouté. Un journaliste de Reuters a entendu plus tôt d'importantes explosions et des sirènes d'alerte.
05h55
L'Iran assure qu'il ne négociera pas avec les Etats-Unis
Téhéran ne négociera pas avec les Etats-Unis, a écrit sur le réseau social X le chef de la sécurité de l'Iran, Ali Larijani, qui était un conseiller d'Ali Khamenei, après une information de presse selon laquelle les autorités iraniennes chercheraient à relancer les pourparlers avec Washington. "Trump a plongé la région dans le chaos avec ses “rêves illusoires” et s’inquiète désormais de nouvelles pertes parmi les forces américaines", a-t-il accusé.
Donald Trump lui-même a déclaré dimanche dans un entretien à The Atlantic être disposé à parler aux nouveaux dirigeants iraniens. "Ils veulent parler et j'ai accepté", a-t-il affirmé.
05h45
Israël poursuit ses frappes contre l'Iran et cible le Hezbollah au Liban
Tsahal a dit dans la nuit avoir commencé à frapper le Hezbollah en différents points du Liban en réponse à des projectiles lancés en direction d'Israël par le mouvement armé aligné sur l'Iran, signalant un nouveau front dans le conflit. Des explosions ont été signalées dans la capitale libanaise Beyrouth. Selon des sources sécuritaires libanaises, des explosions ont retenti en périphérie sud de la ville, une zone considérée comme le bastion du mouvement armé du Hezbollah.
Celui-ci, qui a procédé là à ses premiers tirs depuis le début de la campagne militaire des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran, a fait savoir qu'il avait lancé des missiles et des drones en direction d'Israël en représailles à l'assassinat du guide suprême de la Révolution iranienne, l'ayatollah Ali Khamenei. Les sirènes d'alerte ont retenti en plusieurs zones du nord d'Israël à la suite du lancement de ces projectiles. Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a dénoncé dans la nuit les projectiles lancés depuis le Liban comme des "actes irresponsables" mettant en danger la sécurité du pays.
L'assassinat du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a plongé la République islamique dans sa crise la plus périlleuse depuis la révolution de 1979, la confrontant à une guerre sur son propre territoire, à une succession non résolue et à des tensions internes croissantes. Malgré le choc provoqué par l'assassinat de Khamenei, cinq responsables et analystes régionaux ont mis en garde contre toute prédiction d'un effondrement rapide. Selon eux, l'ordre politique iranien a été délibérément construit pour éviter toute dépendance envers un seul dirigeant, en répartissant l'autorité entre les institutions cléricales, l'appareil sécuritaire et les réseaux de pouvoir."
Le système iranien est plus important qu'un seul homme ; destituer Khamenei pourrait durcir le régime plutôt que de l'affaiblir", a déclaré Danny Citrinowicz de l'Atlantic Council. "L’Iran a été bâti pour survivre à la perte d’un dirigeant", a ajouté Ali Hashem, chercheur associé à Royal Holloway, Université de Londres. "Le danger ne réside pas dans un vide. Il réside dans la possibilité que la guerre et les pressions poussent le système au-delà de sa limite de résilience."Au cœur de cette résilience se trouve le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), corps d'élite longtemps considéré comme le véritable centre de gravité de l'Iran .
L'équilibre des pouvoirs repose désormais sur la capacité des Gardiens à sortir affaiblis par les pertes sur le champ de bataille et les dissensions internes, ou au contraire, renforcés et unis autour d'une approche de la gouvernance plus dure et axée sur la sécurité. "La vraie question est de savoir si la mort de Khamenei va affaiblir les Gardiens de la révolution – la force qui dirige réellement l'Iran – ou s'ils vont se replier sur eux-mêmes et durcir leur position", a déclaré Alex Vatanka, chercheur principal au Middle East Institute. "Si les officiers de base décident qu'il n'y a pas d'avenir pour eux, je ne suis pas sûr que même les Gardiens puissent maintenir le régime uni."
Selon les autorités régionales, il est peu probable que les Gardiens de la révolution subissent une transformation idéologique, car leur identité et leur mandat sont ancrés dans la protection de la révolution. Ils sont toutefois capables d'une évolution tactique si le système l'exige. "Ils pourraient évoluer vers une force moins intransigeante… certains membres pragmatiques de rang intermédiaire sont prêts à réduire les tensions avec les États-Unis si cela s’avère nécessaire à la survie du système", a déclaré un responsable régional. Ce pragmatisme conditionnel fait du Corps des gardiens de la révolution islamique à la fois le rempart du système et son principal indicateur.
Changementde régime ?
Jonathan Panikoff, ancien officier adjoint du renseignement national américain pour le Proche-Orient, a déclaré que Washington et Israël semblent poursuivre une stratégie visant non seulement à affaiblir les capacités de riposte militaire de l'Iran , mais aussi à déstabiliser le régime lui-même en destituant ses hauts dirigeants et en testant la loyauté de la base. Le succès de cette approche, a-t-il déclaré, dépendrait en fin de compte de la décision des forces de sécurité de rester à l'écart ou de faire défection en cas de résurgence des troubles publics.Dans l'immédiat après-coup, les autorités affirment que la priorité absolue de Téhéran est d'assurer la continuité. Sur le plan opérationnel, la structure de commandement iranienne reste fonctionnelle, malgré une forte pression. Les forces de missiles, la défense aérienne et les hauts commandants ont été touchés, mais le système a jusqu'à présent encaissé les coups.
L'Iran est désormais confronté à trois défis interdépendants, selon les autorités : sa capacité à résister aux attaques ; la capacité de son élite en difficulté à s'entendre sur un successeur ou à adopter une nouvelle formule de gouvernement ; et la capacité d'une population ébranlée à transformer la crise en une rupture politique plus profonde.
Le vétéran de la politique iranienne Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a annoncé dimanche la mise en place d'un conseil de direction temporaire chargé de superviser la période de transition après la mort de Khamenei. Des personnalités telles que Larijani et Mohammad Baqer Qalibaf, le président du Parlement, sont perçues comme des figures de transition potentielles dans une telle phase, reflétant une approche d'équilibre pragmatique mais axée sur la sécurité.
Sur le plan politique, l'Iran est confronté à un processus de succession qu'il n'a connu qu'une seule fois auparavant, et ce, dans un contexte bien plus stable. La Constitution confie cette tâche à l'Assemblée des experts, un organe religieux composé de 88 membres, mais les analystes estiment que les pressions liées à la guerre pourraient précipiter le processus vers une issue plus improvisée : soit la nomination rapide d'un successeur, soit la mise en place d'une direction collégiale temporaire centrée sur l'appareil sécuritaire. Selon eux, Khamenei a cherché à influencer le cours des événements avant sa mort. À la suite d'une guerre de douze jours contre Israël en juin de l'année dernière, qui l'a ciblé ainsi que son entourage, il a désigné ses successeurs de prédilection et s'est assuré que les postes militaires clés soient pourvus par des commandants suppléants.
Parmi les candidats qu'il privilégiait figuraient le chef du pouvoir judiciaire Gholam-Hossein Mohseni-Eje'i et Hassan Khomeini, un religieux modéré et petit-fils du défunt fondateur de la République islamique.Mais selon des responsables, l'instance religieuse pourrait retarder la désignation d'un successeur à Khamenei par crainte qu'il ne soit assassiné.
Après la confirmation de la mort du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, et de plusieurs autres figures de la République islamique, Israël et les Etats-Unis n'entendent pas relâcher la pression sur le régime iranien. Trois soldats américains ont été tués et cinq autres grièvement blessés dans le cadre de l'opération militaire contre l'Iran, a annoncé ce dimanche 1er mars le commandement central de l'armée américaine, sans préciser où ces pertes sont intervenues.
Interrogé ce dimanche par la chaîne CNBC, Donald Trump a assuré que l'opération lancée samedi en coordination avec Israël était "en avance sur ses objectifs", sans que l'on ne connaisse précisément la teneur de ces objectifs : une élimination des programmes nucléaire et balistique iraniens, un renversement du régime des mollahs, une manière de limiter l'influence chinoise dans le secteur énergétique en lien avec l'Iran… ou un peu de tout cela ? De nombreux médias, américains comme européens, pointent ce "flou" sur les motifs de l'intervention. "Un président américain responsable avancerait une argumentation solide en faveur d'une action plus poussée contre l'Iran. Il expliquerait clairement ses objectifs et l'opportunité de passer à l'attaque maintenant", estime le New York Times.
Dans son éditorial, traduit et relayé par Courrier International, le célèbre quotidien américain déplore la guerre menée par Donald Trump. "Il ne donne aucune explication crédible sur les raisons pour lesquelles il risque la vie des membres de nos forces armées et expose notre pays à des représailles iraniennes de grande ampleur", regrette ce média, estimant que le président américain "s'engage sur une voie téméraire". "Il ne s'est pas assuré de pouvoir compter sur un soutien international et intérieur qui maximiserait ses chances de réussite", poursuit le New York Times, et il "piétine le droit national et le droit international sur la guerre".
Donald Trump belliqueux, malgré ses promesses
Un sentiment partagé par El Pais. "L'attaque militaire lancée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran constitue un épisode très grave de la dangereuse tendance actuelle à sous-estimer la négociation, la diplomatie et le droit international comme outils de résolution des conflits", regrette le quotidien espagnol, qui souhaite renouer de façon "urgente, avant qu'il ne soit trop tard, avec les voies diplomatiques". "Il est impératif que la carte du monde ne continue pas d'être marquée par des dérives incontrôlables vers une guerre ouverte, et que le recours aux armes ne soit pas banalisé comme une simple tactique de négociation", souligne El Pais.
Le New York Times rappelle que, pendant sa campagne présidentielle de 2024, Donald Trump avait "promis aux électeurs qu'il mettrait fin aux guerres, et qu'il n’en commencerait pas". "Or au cours de l'année 2025, il a ordonné des frappes militaires dans sept pays. Manifestement, il prend de plus en plus goût aux interventions militaires", regrette ce média. Un avis partagé parLe Temps. "Les promesses 'America First' de retirer les Etats-Unis des théâtres de conflits internationaux semblent de plus en plus lointaines", constate le quotidien suisse, ironisant sur le "président de la paix" qui "ne cesse de bombarder".Le quotidien suisse liste ensuite les pays frappés par Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche en 2025 : la Somalie, l'Irak, le Yémen, l'Iran, la Syrie, le Nigeria et le Venezuela.
Même si le gouvernement iranien est "un régime abject", relève Der Spiegelcomme de nombreux autres médias, pour autant, "la guerre de Trump est une erreur", estime le magazine allemand. "Notamment parce qu'elle viole la règle la plus importante de ce type d'opérations : considérer le résultat final."
Des Etats-Unis qui "n'apprennent jamais"
The Guardian juge également ce conflit "inutile", et regrette que les Etats-Unis ne "retiennent pas les leçons du passé". "Ils n'apprennent jamais. Une fois de plus, un président américain belliqueux a déchaîné une puissance militaire écrasante pour contraindre une nation souveraine à la capitulation", déplore le quotidien britannique. "Une fois de plus, des mensonges flagrants et des affirmations exagérées sont propagés pour justifier l'attaque", poursuit-il. "La diplomatie américaine, hypocrite, a servi de prétexte à une agression préméditée. Les mises en garde des alliés ont été ignorées. L'ONU, le droit international et l'opinion publique ont été passés sous silence", fustige le Guardian. "Aujourd’hui comme par le passé, l'agression américano-israélienne renouvelée, étendue et apparemment sans fin contre l'Iran aura pour conséquence prévisible un chaos immédiat et généralisé. Des civils seront tués, des enfants orphelins, des familles déchirées", déplore-t-il.
En outre, si Donald Trump "encourage ouvertement le peuple iranien à se soulever et à renverser son gouvernement", il n'explique pas "comment ce changement peut être réalisé sans déployer de troupes au sol, comme en Irak et en Afghanistan, sans occuper le pays pendant des années et sans combattre des insurrections sans fin", alors qu’aucun déploiement américain de ce type n'est envisagé.
Pour Die Welt, les Etats-Unis visent bien "un renversement de pouvoir" en Iran. Un revirement par rapport à d'autres prises de position par le passé, mais un "bon revirement", juge le quotidien allemand. "L'Iran, sous ses dictateurs théocratiques, n'abandonnera ni sa quête de la bombe atomique ni son fantasme d'anéantissement d'Israël. Ses citoyens continueront de souffrir, d'être persécutés, humiliés et assassinés sous son joug tant que le régime des mollahs et des Gardiens de la révolution perdurera", considère Die Welt, qui veut croire qu'"après la victoire sur Téhéran, le monde sera plus sûr". "L'axe Iran-Russie-Corée du Nord-Chine sera affaibli, ce qui profitera également à l'Ukraine. Dès lors, l'Ukraine n'aura plus à craindre d'être quotidiennement bombardée par des drones et des missiles iraniens", pense le média avant de prévenir : "L'Iran ne peut être libéré que par une invasion militaire et une occupation temporaire. Faute de quoi, il sera difficile de démanteler le régime."
Le président américain Donald Trump annonce que les États-Unis ont lancé des « opérations militaires majeures » en Iran, dans un lieu inconnu, dans cette capture d'écran tirée d'une vidéo diffusée le 28 février 2026. Israël et les États-Unis ont mené des frappes contre l'Iran le samedi 28 février 2026. Donald Trump via Truth Social/Document fourni par REUTERS
De lourdes explosions entendues au-dessus de Doha, la capitale du Qatar, un hôtel de Manama au Bahreïn qui a subi une attaque, des personnes blessées par des débris d'un drone abattu par les défenses aériennes de Dubaï aux Emirats arabes unis… Les pays du Golfe, zones habituellement sécurisées dans une région instable, ne sont pas épargnés par les attaques aériennes de représailles lancées par l'Iran, en pleine guerre menée par les États-Unis et Israël contre Téhéran.
À Dubaï, de nombreux habitants, en grande majorité des ressortissants étrangers attirés par la réputation de sécurité de la ville, étaient désemparés. Contrairement à Israël, Dubaï ne dispose d'aucun réseau d'abris ni de système d'alerte précis, laissant la population livrée à elle-même. Aucune sirène d'alerte n'a retenti dans cette ville lors des collisions entre les missiles et les intercepteurs. Le secteur aérien est également perturbé. L'aéroport international de Dubaï a subi des dommages lors des attaques iraniennes, tandis que les aéroports d'Abou Dhabi et du Koweït ont également été touchés. Les principaux aéroports de transit, notamment Dubaï, Abou Dhabi et Doha, étaient fermés ou fortement restreints ce dimanche et une grande partie de l'espace aérien de la région reste fermée.
L'Iran a donc mis à exécution sa menace de frapper les Etats du Golfe persique en cas d'attaque. Dès samedi, de nombreuses explosions ont été entendues dans le ciel du Qatar, des Émirats arabes unis, du Bahreïn et du Koweït, qui hébergent des bases militaires américaines. La Jordanie a également dit avoir intercepté des missiles. Le ministère saoudien des Affaires étrangères a quant à lui confirmé l'attaque iranienne sur la capitale du pays, Riyad.
Plusieurs bases américaines
La crainte de telles représailles était l'une des raisons pour lesquelles les dirigeants du Golfe avaient exhorté les États-Unis à ne pas attaquer. "Tous les territoires occupés et les bases américaines criminelles de la région ont été frappés par les explosions puissantes des missiles iraniens. L'opération continuera sans répit jusqu'à ce que l'ennemi soit défait de façon décisive", ont commenté les Gardiens de la révolution islamique, qui avaient déjà prévenu ces pays ces derniers mois qu’ils s’exposaient à des représailles.
Les Etats du Golfe se trouvent dans une situation particulièrement délicate. Même s'ils ne sont pas directement impliqués dans le conflit, leur situation géographique, la présence de bases ou de soldats américains sur leurs territoires et leurs relations étroites avec Washington font d'eux une cible facile pour Téhéran. Bahreïn abrite ainsi la Cinquième flotte américaine ; le Qatar, le quartier général régional de son commandement central. Ces dernières semaines, des dizaines d'avions de combat américains ont atterri sur la base aérienne d'al-Dhafra à Abou Dhabi et sur la base aérienne Prince Sultan, au sud-est de Riyad, rappelle The Economist. En outre, les six membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) sont tous des alliés proches des Etats-Unis.
Téhéran considère que si les pays du Golfe sont exposés, ils feront pression sur les Etats-Unis afin qu'ils revoient à la baisse ou cessent leurs objectifs. Pour l'Iran, l’objectif semble donc d'amplifier l'inquiétude internationale, ce qui pourrait exercer une pression en faveur d'une désescalade. "La logique de l'Iran est de répartir les coûts afin d’empêcher Washington et Tel-Aviv de cantonner le conflit au seul territoire iranien", analyse auprès de l'Orient-Le Jour Andreas Krieg, spécialiste de la sécurité au Moyen-Orient au King’s College London. "C’est une stratégie de coercition par la régionalisation." Afin de discuter de la riposte aux attaques iraniennes, les ministres des Affaires étrangères des pays arabes du Golfe ont organisé ce dimanche une visioconférence, a indiqué un responsable du Golfe à Reuters.
Ces attaques ébranlent par ailleurs leur image de sécurité dans une région instable. Pendant des décennies, les Etats arabes du Golfe persique se sont en effet présentés comme un havre de paix dans une région sujette aux conflits, attirant des expatriés fortunés, des multinationales et des investissements. Mais, samedi, des explosifs iraniens ont fait éclater cette bulle lucrative. De nombreuses entreprises internationales opèrent dans les secteurs de la consommation, de la finance et de l'énergie du Golfe arabe, notamment aux Emirats arabes unis, devenus la plaque tournante commerciale de la région.
"Un conflit de cette ampleur risque fort de déstabiliser les entreprises internationales opérant dans le Golfe", estime Michael Ratney, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Arabie saoudite sous l'administration Biden, auprès du Wall Street Journal. "Cela tient à la fois au risque d'inquiéter leurs employés expatriés, dont certains souhaiteront quitter le pays, et au fait que cela remet en question le sentiment fondamental de sécurité et de stabilité sur lequel ils ont fondé leur décision d'y opérer et d'y investir." "La guerre risque évidemment de faire fuir les investisseurs et les touristes, qui sont de plus en plus essentiels aux ambitions économiques des pays du Golfe", explique également Michael Ratney.
Kite Beach, avec Burj Khalifa en arrière-plan, après une attaque iranienne, suite aux frappes américaines et israéliennes contre l'Iran, à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 1er mars 2026. REUTERS/Amr Alfiky REFILE
"La France avait peut-être raison depuis le début (...) Aucun pays ne s’est montré aussi constamment sceptique quant à la fiabilité de son allié transatlantique", pouvait-on lire dans un éditorial de The Economist publié après la conférence de Munich. Et le journal de l'establishment anglo-saxon de rendre hommage à De Gaulle ! De quoi faire sourire Jean-Luc Barré, qui a publié cet automne le deuxième tome de sa biographie du général, "Le premier des Français" (Grasset). Ce volume couvre quatorze années, de la Libération à la crise de mai 1958. Souvent résumée à une "traversée du désert", cette période fut, au contraire, très féconde. Restauration de l'Etat, reconstruction de l'ego national, rétablissement international... En écrivain et en historien, Jean-Luc Barré restitue à merveille cet immédiat après-guerre qui, politiquement, n'est pas sans évoquer la situation présente. Il campe De Gaulle en joueur de poker misant sur un nouveau 18 juin, qui finira par arriver, mais bien plus tard qu'il l'espérait. Les relations avec les Etats-Unis et la défense européenne sont aussi déjà au coeur de cette fresque passionnante. Et très actuelle : Le président de la République, Emmanuel Macron doit s'exprimer le 2 mars sur la dissuasion nucléaire française dans le cadre de l'Île Longue, à Brest (Finistère), où sont stationnés les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins français. L'ombre du Général planera sur la Bretagne.
L'Express : "Ni fiables ni très solides et ne comprenant rien à l’Histoire ni à l’Europe". Ainsi le général de Gaulle évoquait-il les Américains devant Konrad Adenaueur. Comment s’est-il forgé ses convictions transatlantiques ?
Jean-Luc Barré : Cette conviction est liée tout à la fois à son exigence en matière de souveraineté nationale et à son expérience spécifique des autorités américaines. Pour lui, un pays ne pouvait prétendre à son indépendance ni assurer sa sécurité s’il ne disposait pas de son propre système de défense. Ce raisonnement était valable pour la France comme pour le continent européen dans son ensemble. Son idée n’excluait pas d’être associé à une organisation collective comme l’Otan – de Gaulle a approuvé d’emblée la Charte atlantique -, à condition de ne pas être assujetti à un commandement supranational piloté exclusivement par une grande puissance extérieure.
C’est pourquoi il a veillé à doter notre pays de l’arme nucléaire et refusé de s’abriter sous le parapluie américain. Dès lors que les deux Grands, l’URSS et les Etats-Unis, disposaient de la bombe atomique, le risque était de les voir s’affronter, non directement, par souci de ménager leur "sanctuaire" national, mais sur un territoire intermédiaire qui se trouverait ainsi sacrifié ou délaissé.
Il pensait que les Etats-Unis ne se décidaient jamais à intervenir que s’il en allait avant tout de leur propre intérêt et qu’on ne pouvait compter sur leur soutien que s’il correspondait d’abord à leurs priorités diplomatiques ou stratégiques.
Cette méfiance n’était pas seulement fondée sur une position de principe. Elle découlait de ce qu’il avait vécu à Strasbourg à la fin de l’année 1944, où Eisenhower, pris de court par l’offensive ennemie et soucieux de poursuivre son avancée vers l’Allemagne, avait subitement décidé d’abandonner la ville à son sort. De Gaulle avait dû beaucoup batailler pour que le haut commandement allié accepte de revenir sur sa décision. Cet exemple était resté évidemment édifiant pour lui. Il explique à lui seul ses prises de position ultérieures.
"L’homme en lequel j’ai le moins confiance", confiait Franklin D.Roosevelt à son propos en janvier 1943. Les Américains lui avaient préféré Giraud. De Gaulle en a-t-il conçu de la rancœur ?
Pour Franklin Roosevelt, il paraissait acquis que la France ne pourrait jamais se relever de sa défaite, du moins qu’elle devrait en payer le prix en se rangeant sous la tutelle des Etats-Unis. C’est ce raisonnement que de Gaulle est venu contredire par l’appel du 18 juin et la création de la France Libre.
Roosevelt ne l’a jamais supporté et il a donc fait tout ce qui était en son pouvoir pour éliminer ce militaire arrogant auquel il reprochait, avec une lourde ironie, de se prendre pour Jeanne d’Arc. Il n’a cessé de chercher une alternative à de Gaulle, à travers des "expédients provisoires", d’autant plus fréquentables qu’ils étaient pleinement soumis aux Etats-Unis.
Parmi eux, Darlan, et bien sûr Giraud… Cet ostracisme qu’il a dû endurer, de Gaulle ne l’a jamais pardonné à l’administration américaine, en tout cas à Roosevelt, même s’il a trouvé auprès d’Eisenhower un allié et un ami. Il s’est méfié par la suite de Kennedy, sans parler de Johnson. Il a fallu l’arrivée au pouvoir de Richard Nixon pour qu’il se sente enfin compris par la Maison-Blanche.
En juillet 1944, il effectue une visite aux Etats-Unis et Roosevelt le reçoit. Qu’est-ce qui ressort de ce voyage ?
"Eh bien, je suis rudement content de vous voir !" s’exclamera Roosevelt en le recevant à Washington en juillet 1944, après avoir annulé à plusieurs reprises cette invitation officielle. Le peuple américain, qui lui était largement acquis, a réservé à de Gaulle un accueil triomphal. Le président, alors en pleine campagne électorale pour sa réélection, a dû tenir compte de cette popularité et manifester à son visiteur une cordialité bien loin de correspondre à son véritable état d’esprit. "Il n’y a pas de grands problèmes entre les Français et les Américains Nous sommes en complet accord sur l’avenir du monde", déclarera-t-il à l’issue de leur premier entretien.
En réalité, rien n’était réglé sur ce point : Yalta aura vite fait de le démontrer. De Gaulle n’a pas obtenu plus d’assurances définitives s’agissant ni de la reconnaissance de son futur gouvernement, ni de l’administration future du territoire français que les Etats-Unis entendaient bien se réserver. Il a quitté Washington sans avoir obtenu aucune certitude à ce sujet, si ce n’est, grâce à l’intercession du ministre des Affaires étrangères britannique Anthony Eden, la reconnaissance du Comité de Libération nationale comme "autorité de facto" de la France libérée. Mais Roosevelt, refusant d’admettre sa légitimité, a persisté dans l’idée qu’il fallait trouver à tout prix un substitut à de Gaulle pour diriger la France.
Quel sens donne-t-il à l’amitié franco-américaine ?
De Gaulle n’a jamais été antiaméricain, contrairement à ce qu’on a abondamment raconté et qu’il a pu lui-même laisser penser. Il éprouvait, en réalité, une certaine admiration pour le gigantisme, la vitalité des Etats-Unis, tout en déplorant les excès commis par cette puissance quasiment sans limite, aussi dangereuse pour l’Amérique elle-même que pour l’équilibre du monde. Ami des Américains, oui, mais avec une extrême lucidité.
Ceci étant, il n’a jamais manqué de leur manifester sa solidarité lorsqu’il s’agissait de défendre les valeurs de l’Occident. Son attitude a toujours été parfaitement claire à ce sujet. Il ne s’est jamais interdit pour autant de réprouver, ni même de condamner la façon, souvent hasardeuse et injustifiée à ses yeux, dont les dirigeants américains croyaient pouvoir se mêler des affaires du monde dans leur seul intérêt. Relisez son discours de Phnom Penh, il n’a rien perdu de son actualité.
On imagine sa réaction devant les menaces d’un Donald Trump de s’emparer du Groenland ou de frapper tout régime qui ne lui conviendrait pas. Reste à savoir s’il aurait été fondamentalement surpris, lui qui avait connu toutes sortes de présidents, par l’irruption sur la scène politique américaine d’un personnage aussi outrancier. Pour lui, il fallait toujours s’attendre avec les Etats-Unis au meilleur comme au pire. Raison de plus pour marquer son indépendance vis-à-vis d’eux.
Dans sa vision géopolitique, il croit davantage aux relations séculaires qu’aux données politiques. Sa vision de la Russie et la relation qu’il tente d’établir avec Staline en 1944 n’en témoigne-t-elle pas ?
De Gaulle n’a jamais parlé, comme on le sait, de l’URSS, mais de la Russie. Sa conviction était que les peuples se définissaient non par l’idéologie qui les gouvernait de manière momentanée, mais par leur histoire profonde, leurs traditions séculaires.
Une anecdote résume bien cette conception des choses. Après son voyage à Moscou en décembre 1944, il racontera au colonel Rémy avoir vu trois portraits dans le bureau de Staline. "A votre avis, quels étaient-ils ?" demande-t-il à Rémy qui lui répond "Marx et Lénine" sans savoir qui pouvait être le troisième. Et le général de s’écrier : "Vous n’y êtes pas du tout : derrière Staline, il y avait le portrait de Pierre Le Grand. A droite, Souvorov, à gauche, Koutouzov. La Russie est immuable". Tout était dit.
Au sortir de la guerre, de Gaulle a une priorité : donner aux Français "la mystique de la reconstruction", selon votre expression. Il veut à tout prix associer la France à la victoire. Ne fallait-il pas aussi des talents d’illusionniste pour y parvenir ?
De Gaulle était, en effet, un virtuose du verbe, un metteur en scène hors pair. Mais chez lui, c’était avant tout une question de foi, de confiance fondamentale dans le génie de la France et sa capacité à sortir du déclin irréversible auquel on l’avait cru condamnée, après une défaite sans précédent.
Il y avait naturellement une part de mythification dans tout cela. Mais pour se reconstruire, la France devait à nouveau croire en elle, se persuader d’être redevenue une nation victorieuse, guérie de la honte et de l’humiliation de 40. De Gaulle a mis en scène de manière magistrale cette résurrection à des fins d’unité et de grandeur nationales. Au demeurant, si les troupes françaises n’auraient pas suffi à libérer le territoire, elles avaient du moins pris part à la défaite de l’ennemi. De Gaulle a tenu à le faire savoir au reste du monde en imposant la présence de De Lattre à Berlin, en mai 1945, comme un des signataires de l’acte de capitulation allemande.
"Il n’y aura pas toujours un miracle pour sortir d’affaire les Français ni la France", dit-il. Le miracle, c’est lui ? Ne comptait-il pas sur lui seul pour réussir le redressement de la France ?
Il connaissait bien les Français, leur propension à se diviser, à se laisser aller en quelque sorte, en espérant qu’il se trouverait toujours un homme providentiel pour les aider à se relever. Ce qui avait été parfois le cas, mais ne se produirait peut-être plus à l’avenir. Les sauveurs de ce genre étaient une espèce rare : Jeanne d’Arc, Richelieu, Napoléon, Clemenceau et lui, de Gaulle.
Le risque pour lui était de ne pas la voir se reproduire. Il avait trop souvent mesuré les insuffisances de la classe politique pour la croire capable de faire face aux grands enjeux de l’Histoire. Seuls des hommes d’exception à la tête de l’Etat pouvaient accomplir cette mission. Ce qui était donné raison aux Français d’une certaine manière. Mais il savait qu’il n’y aurait pas toujours un de Gaulle pour les sortir d’une catastrophe. Il avait prédit qu’après lui, ce serait non le vide, mais "le trop-plein", c’est-à-dire le bal habituel des prétendants sans consistance. Nous y sommes.
Adhérait-il totalement au programme du CNR, qui a fondé le modèle social français ?
Il y adhérait d’autant plus qu’il l’avait inspiré dans son discours d’Oxford en 1941 appelant à une véritable révolution sociale et économique pour réaffirmer la place et la dignité de l’individu face à tous les conservatismes. Il n’a cessé de dénoncer l’ordre bourgeois dans ce qu’il a de plus égoïste "les possédants sont possédés par ce qu’ils possèdent", rappelle-t-il dans ses entretiens avec Alain Peyrefitte.
Il n’entendait pas dépendre du programme du CNR, d’autant que celui-ci était largement noyauté par le Parti communiste. Mais il se reconnaissait suffisamment dans les réformes préconisées, et notamment la nécessité d’une reprise en main des grands leviers de l’économie à travers les nationalisations, pour les mettre en œuvre, même s’il n’en était pas toujours l’auteur.
A la tête du gouvernement provisoire, il se retrouve dans une situation qui n’est pas sans évoquer celle de l’actuel Premier ministre Sébastien Lecornu, non ?
La similitude est très frappante, en effet. A la tête du gouvernement, il s’est trouvé en butte à la même surenchère des partis que nous subissons aujourd’hui, aux mêmes méfaits d’un système parlementaire qui aujourd’hui prétend se substituer à l’exécutif, contrairement aux règles et à l’esprit même des institutions.
Sébastien Lecornu, que je sais être un authentique gaulliste, a rappelé à juste titre aux formations politiques qu’elles devaient savoir s’effacer devant l’intérêt national. Ceux qui se réclament de tous côtés, et jusqu’à l’imposture, de la pensée du général, à commencer par ses héritiers présumés, auraient dû s’en souvenir par eux-mêmes. C’était donc une bonne chose de leur rafraîchir la mémoire.
Pour de Gaulle, il n’y avait rien de choquant ni d’anathème à ce que les responsables politiques, de gauche ou de droite, puissent trouver entre eux un compromis raisonnable quand les circonstances nationales l’imposaient. Rappelons qu’en 1958 il ne serait pas revenu au pouvoir comme il l’a fait, c’est-à-dire dans des conditions légales, sans une entente avec la gauche socialiste, également associée, à travers Guy Mollet, à l’élaboration de la Constitution. Ce qui lui était insupportable, c’était l’affaiblissement de l’Etat provoqué soit par la faiblesse de ses dirigeants, soit par le jeu des partis.
"Si je dois refaire un 18 juin", dit-il. N’est-ce pas son obsession dès 1944 ?
C’était la raison même de la création du RPF après son départ du pouvoir : regrouper l’ensemble du peuple français, à l’exception de l’extrême droite qui avait trempé dans la collaboration et des communistes qu’ils qualifiaient de "séparatistes", autour d’un même idéal de grandeur, de liberté, de justice sociale. Il n’y a pas réussi autant qu’il l’espérait. L’homme du 18 juin gardera toute sa vie la nostalgie de cette "époque héroïque" des années 1940-1945, qui n’était pas "encore sollicitée de toutes parts par la médiocrité", selon sa formule.
Lorsqu’il démissionne en 1946, n’est-ce pas d’abord avec l’idée d’être rappelé très vite ?
Pour une fois, son intuition a été prise en défaut. Il avait parié sur le fait que le vide politique qui lui succéderait serait insupportable aux Français, et qu’ils auraient vite fait de réclamer son retour au pouvoir. Mais cet élan collectif ne s’est pas produit. Et les Français, sans doute lassés d’être sans cesse rappelés à leur devoir de grandeur, se sont accommodés de dirigeants interchangeables et de moindre envergure qu’ils jugeaient plus confortables.
Durant sa traversée du désert, à quel moment a-t-il douté de son retour ? Comment aborde-t-il cette période de repli ?
Ce qu’on a appelé un peu abusivement sa "traversée du désert" a été marquée chez lui par de grands moments de colère et de mélancolie. Il n’était pas ennemi de la solitude, mais le sentiment de son isolement lui était insupportable. Il ne s’était pas préparé à vivre cloîtré à Colombey, fut-ce pour écrire ses Mémoires, et multipliait les allers-retours quasi hebdomadaires entre la Haute-Marne et Paris. Sa discipline de vie consistait à passer la majeure partie de ses journées à travailler dans son bureau, les repas de famille ne dépassant jamais trois quarts d’heure, et à effectuer de longues promenades dans les forêts environnantes. Il avait arrêté de fumer après que son médecin l’eut prévenu d’un risque sérieux pour sa santé.
Je crois qu’il a toujours été convaincu qu’en cas de "nouvelle secousse" la France aurait de nouveau besoin de lui. Tout dépendrait naturellement des circonstances. Mais à partir de 1954, il a clairement identifié le conflit algérien comme un problème que lui seul saurait résoudre.
On est frappé pas le peu de considération qu’il a pour les hommes qui se sont battus pour eux. Il y a chez lui du mépris et de l’ingratitude. Comment expliquez-vous son attitude ?
A l’automne 1944, il a entrepris de faire rentrer dans le rang les groupes résistants sans beaucoup de ménagement, en effet. Il a même fait preuve vis-à-vis d’eux d’une brutalité inouïe, à la manière d’un Philippe le Bel ou d’un Richelieu, ses références dans beaucoup de domaines. Il a fait prévaloir la raison d’Etat sur la fraternité combattante.
Dans un de ses livres les plus éclairants pour comprendre le personnage, il attribue des vertus essentielles à la capacité de distance du chef, voire à son indifférence. Quant à l’ingratitude, il considérait que ceux qui s’étaient battus pour la France n’avaient fait que leur devoir. Mais il n’était jamais méprisant envers le peuple, c’est avec tous les autres qu’il pouvait manifester une rudesse qui s’est un peu atténuée avec l’âge.
Dès 1952, il s’oppose au projet de CED. Quelles sont ses raisons ? Comment envisageait-il la défense de l’Europe ?
Pour les raisons que j’ai indiquées au début de notre entretien, il était convaincu de la nécessité pour l’Europe de se doter de son propre système de défense, à condition que celui-ci fût indépendant des Etats-Unis. Il a combattu la CED jusqu’à la faire échouer, parce que cette organisation était placée précisément sous tutelle américaine et qu’elle ne permettait pas à la France de préserver son autonomie. C’était une question de souveraineté, compatible pour lui avec un projet européen qui garantisse la sécurité collective, à la condition de ne pas nuire à la liberté de chaque nation de disposer d’elle-même.
François Mauriac, dont vous êtes aussi le biographe écrivait dans son bloc-notes de L’Express que "l’histoire de France est celle d’une longue guerre civile". De Gaulle était-il hanté par ce sujet ?
De Gaulle savait que la France était par essence un pays tout à la fois conservateur et révolutionnaire, et qu’une part de radicalité faisait partie intégrante de l’âme de son peuple. Enfant, il avait entendu les récits de son père lui racontant les horreurs de la Commune. En 1944, il s’est inquiété fortement du risque de voir la France basculer dans la guerre civile à l’instigation des communistes.
Le seul rempart pour lui, c’était la restauration de l’Etat. Par la suite, il a conçu les institutions de la cinquième République comme le meilleur des garde-fous face à des désordres extrêmes. Voilà pourquoi il importe plus que jamais de préserver cet héritage.
"Ni fiables ni très solides et ne comprenant rien à l’Histoire ni à l’Europe". Ainsi le général de Gaulle évoquait-il les Américains devant Konrad Adenaueur.
En décapitant le régime iranien, les Etats-Unis font la démonstration qu’ils sont toujours, au Moyen-Orient comme ailleurs, l’unique puissance dominante. Pour l’Europe, les implications sont considérables. Exit la "multipolarité" qui devait permettre à l’Union européenne de se faire une place comme acteur géopolitique à part entière. Les actions décisives menées par l’administration Trump depuis le début de l’année, en Iran comme au Venezuela, montrent que pour la Maison-Blanche, la résolution de replacer l’Amérique au firmament de la planète n’est pas que rhétorique. Elle s’accompagne d’une volonté politique de remodeler le monde à sa main au détriment de la Chine mais aussi de l’Europe, méprisée pour sa faiblesse.
Le rival chinois et son partenaire russe sont relégués en seconde division. Contraints de s’en tenir à des condamnations verbales, ils ont laissé tomber leur allié de Téhéran comme ils avaient abandonné leur protégé de Caracas le 3 janvier. Tous les autocrates savent désormais qu’en confiant leur sécurité à Pékin et à Moscou, ils risquent de finir pulvérisés par une bombe, à l’instar de l’iranien Khamenei, ou de croupir dans une prison new-yorkaise, tel le vénézuélien Maduro. La Chine et la Russie n’ont pas la capacité d’effectuer de telles actions ciblées. Vladimir Poutine l’a tenté en 2022 en Ukraine mais quatre ans plus tard, ses armées piétinent encore dans les steppes du Donbass.
Les Européens, pour leur part, en sont réduits à soutenir du bout des lèvres, ou du moins à s’abstenir de critiquer, les opérations américano-israéliennes, malgré leur crainte du désordre régional qui ne manquera pas de s’ensuivre et leur scepticisme quant à l’aptitude de Donald Trump à le gérer. Seul le président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez a condamné sans détour les frappes américano-israéliennes. A l’inverse, la quasi-totalité des dirigeants européens se sont contentés d’appels à la désescalade, tout en marquant leur espoir d’un changement de régime. La violence inouïe avec laquelle celui-ci a réprimé les Iraniens qui manifestaient en janvier dans les rues pour la liberté et la démocratie (jusqu’à 30 000 morts) a achevé de le condamner moralement.
Mais ce changement de régime, s’il a bien lieu, aura été impulsé par les Etats-Unis et Israël, pas par l’Europe. Encore marqués par les échecs des interventions militaires occidentales menées depuis le début du siècle en Irak, en Libye et en Afghanistan, les dirigeants européens n’attendent en général rien de bon de frappes aériennes contre un régime maléfique. Ils ont longtemps pensé que l’Iran pouvait être contenu par le biais de négociations et de sanctions, mais ils ont ainsi fait le jeu de Téhéran pour qui l’essentiel était de gagner du temps afin de poursuivre ses programmes nucléaire et balistique. Il aura fallu les massacres perpétrés par les islamistes du Hamas proches de l’Iran, le 7 octobre 2023 en Israël, et la riposte de Jérusalem qui a ciblé les milices régionales affiliées à Téhéran, puis l’Iran lui-même, pour mettre à nu la faiblesse du régime des mollahs et ouvrir la voie à l’opération américano-israélienne.
A l’heure décisive, les Européens ont été laissés de côté par la Maison-Blanche qui n’a pas jugé utile de les consulter, ni même de les informer. A Washington, le ton monte contre les Européens accusés de passivité coupable. "Vous avez tous tort en refusant de venir en aide au peuple iranien et, comble d'insulte, vous suggérez que nous devrions continuer à négocier avec des nazis religieux", a déclaré le sénateur Lindsey Graham, un faucon trumpiste pour qui les alliés européens sont devenus "pathétiquement mous".
Sommée par Washington, qui entend se garder les mains libres face à la Chine, de gérer toute seule le problème de l’impérialisme russe et de la guerre en Ukraine, l’Europe se retrouve une fois de plus en position de commentateur face aux événements du Proche-Orient. Dans l’immédiat, les événements d’Iran donnent des arguments aux atlantistes, qui préfèrent confier leur sécurité à Washington. A plus long terme cependant, tout va dépendre de l’évolution de la situation en Iran.
En mai 1972, sur les hauteurs verdoyantes de Téhéran, le chah d'Iran et son épouse Farah Pahlavi reçoivent Richard Nixon et sa femme Pat, vêtue d'une robe longue en soie rose pour un dîner de gala. Sept ans avant la révolution islamique, les Etats-Unis et l'Iran sont encore de solides alliés en vertu de la doctrine Nixon selon laquelle Téhéran est, avec l'Arabie saoudite, l'un de ses deux piliers de sa politique de stabilité au Moyen Orient. Le président américain décuple l'aide militaire qu'il offre à la monarchie persique. Cela inclut des avions F-14 Tomcat, des navires destroyers, des systèmes Awacs.
L'Iran est alors le "gendarme" de Washington dans le Golfe, censé contenir l'URSS dans la région. Lors du dîner de gala, au palais Saadabad, Richard Nixon porte un toast. Le républicain va jusqu'à dire au chah "Protégez-moi" [sous-entendu : dans la région]. Il vient ainsi d'offrir au monarque un chèque en blanc. Celui-ci, saisi d'hubris, accentue la répression contre les opposants politiques. Par ailleurs atteint par la folie des grandeurs, il va jusqu'à tenter de racheter la compagnie aérienne Pan Am et la chaîne d'hôtel Intercontinental. Interrogé des années plus tard sur son soutien au chah d'Iran, Richard Nixon dira : "Ce n'est pas tellement que nous approuvions toute sa politique, mais l'alternative au chah nous semblait pire." Il n'y avait pas de bonne solution, en somme.
Le Nouvel An iranien de Jimmy Carter
Après l'affaire du Watergate et la démission du président, son successeur Gerald Ford poursuit la même politique. En Iran, le clergé se sent humilié par la modernisation à marche forcée tandis que la bourgeoisie et l'élite intellectuelle nourrissent un ressentiment de plus en plus fort en raison des violations des droits de l'homme. En 1975, Gerald Ford reçoit le chah à la Maison-Blanche avec tous les honneurs, toasts et dîners, malgré les critiques internes aux États-Unis sur les ventes d'armes à un régime vilipendé par la presse occidentale.
Lorsque le démocrate Jimmy Carter est élu président à son tour en novembre 1976, les opposants iraniens au monarque reprennent espoir. Mais le 31 décembre 1977 ils déchantent. A l'occasion d'une visite officielle à Téhéran (la dernière d'un président américain) où il passe le réveillon du Nouvel An, Carter chante les louanges du chah dont "le grand leadership" apporte "la stabilité dans une des régions les plus troublées du monde". L'intelligentsia iranienne, qui attendait autre chose du démocrate, se sent trahie. Les mois suivant, depuis la Maison-Blanche, le président infléchit toutefois la politique américaine de soutien inconditionnel à son allié. Il fait pression sur le chah pour qu'il libéralise un tant soit peu la vie politique. Mais trop tard. Treize mois après cette visite officielle, le chah est en fuite. Encore quelques jours et l'ayatollah Khomeyni rentre de son exil à Neauphle-le-Chateau (Yvelines), accueilli par deux millions de fidèles.
Le fiasco de "l'Opération Eagle Claw"
Le 4 novembre 1979, le cauchemar commence: 66 diplomates américains sont pris en otage à Téhéran dans leur propre ambassade. Jimmy Carter est devenu l'ennemi numéro 1 de l'ayatollah Khomeyni qui entend lui faire payer son toast du Nouvel An deux ans deux ans plus tôt. Cinquante-deux membres de l'ambassade eux resteront captifs pendant 444 jours. C'est le plus long calvaire diplomatique de l'histoire américaine. Carter tente tout. Les sanctions, la rupture des relations, l'embargo pétrolier. Puis, le 24 avril 1980, il déclenche l'opération Eagle Claw (griffe d'aigle): huit hélicoptères sont lancés dans le désert pour un raid de sauvetage. Mais en raison d'un manque de coordination du commandement, de pannes mécaniques en série et, in fine d'une collision entre un hélicoptère et un C-130 qui coûte la vie à huit militaires, le fiasco est complet. Il coûtera à Jimmy Carter, sa réélection en novembre 1980. Alors que le chah d'Iran vient de décéder en juillet en exil (en Egypte), Ronald Reagan, tout juste élu, tire les leçons de cette bérézina: il réorganise le commandement militaire en vue d'une meilleure coordination et crée un commandement des opérations spéciales. Humiliation suprême pour Carter: les otages sont libérés quelques minutes seulement après que son successeur a prêté serment, le 20 janvier 1981.
La présidence Reagan ouvre un nouveau chapitre dans les relations entre Washington et Téhéran. Pour commencer, des attentats-suicides de Beyrouth en octobre 1983 frappent les contingents américain et français de la Force multinationale de sécurité au Liban et tuent 241 soldats américains et 58 parachutistes français. Paris et Washington accusent le Hezbollah et l'Iran. Les deux capitales soutiennent d'ailleurs ouvertement – comme les autres puissances occidentales – Saddam Hussein dans la guerre Iran-Irak (1980-1988). Cela n'empêche pas Ronald Reagan d'être éclaboussée par l'affaire de l'Irangate des ventes d'armes... à l'Iran. En contradiction avec leur discours, les responsables de son administration vendent en effet secrètement des armes, y compris des missiles, à Téhéran en 1985-1986. Et cela, afin d'obtenir la libération d'otages américains au Liban et d'obtenir de l'argent pour financer secrètement les "Contras" nicaraguayens, en guerre contre les sandinistes procubains (au pouvoir depuis 1979). Le scandale est retentissant.
Les Etats-Unis abattent un Boeing
D'autres événements marquent la fin de la présidence Reagan, à commencer par l'Opération Praying Mantis (mante religieuse) en avril 1988. Lors du plus grand engagement naval américain depuis 1945, une frégate iranienne est coulée dans le golfe Persique en représailles à l'attentat à la mine contre un destroyer de l'US Navy. Puis, en juillet, le croiseur USS Vincennes abat le vol Iran Air 655, tuant 290 passagers dont 66 enfants. L'équipage a confondu un Airbus civil avec un chasseur F-14. Washington ne présentera jamais d'excuses. Convaincu d'affronter une guerre sur deux fronts, en Irak et contre les Etats-Unis, Khomeyni accepte le cessez-le-feu avec l'Irak. Il compare cet acte au fait de "boire du poison".
Lorsque le "guide suprême" meurt l'été suivant, le pragmatique président Hachemi Rafsandjani facilite la libération des derniers otages américains au Liban, faisant écho au discours inaugural de George H.W. Bush en janvier 1989 qui a tendu la main en déclarant: "La bonne volonté engendre la bonne volonté." Quoi qu'il en soit, les relations avec l'Iran passent au second plan en raison de l'Opération Desert Storm (tempête du désert) lors de la première guerre du Golfe contre l'Irak (août 1990-février 1991).
Sous Bill Clinton, un léger dégel
Sous Bill Clinton, l'élection du président Khatami en 1997 ouvre une fenêtre d'apaisement. Dans une interview sur CNN, ce dernier exprime son admiration pour "l'essence de la civilisation américaine", cite Lincoln et propose un "dialogue entre les civilisations". La secrétaire d'Etat (ministre des Affaires étrangères) Madeleine Albright, elle, reconnaît publiquement le rôle américain dans le coup d'État de 1953 contre le premier Mossadegh, renversé par la CIA américaine et le Mi6 britannique sous la présidence d'Ike Eisenhower (1953-1960) et le second gouvernement de Winston Churchill (1951-1955). Mossadegh est soupçonné de se rapprocher de l'Union soviétique. Le dégel clintonien s'arrête là. Certes, le climat entre Téhéran est Washington est légèrement apaisé. Mais pas au point que Washington renonce à sa politique de double sanction contre l'Irak et contre l'Iran, accusé de soutenir le terrorisme.
Accaparé, comme son père, par l'Irak, George Bush fils se consacre avant tout à traquer Oussama Ben Laden en Afghanistan, puis Saddam Hussein lors de la seconde guerre du Golfe. Elu en 2008, Barack Obama, lui, combine la carotte et le bâton. Pour commencer, il applique des sanctions contre le pétrole iranien, procède au gel d'avoirs appartenant aux gardiens de la révolution ou déconnecte l'Iran du réseau SWIFT. En 2013, une opération conjointe américano-israélienne détruit un millier de centrifugeuses à Natanz grâce à un virus introduit dans le logiciel iranien.
Et Donald Trump arriva...
La même année, l'élection du président réformateur Hassan Rohani (qui succède à Mahmoud Ahmadinejad) débloque un peu le processus : Obama et lui s'appellent pendant quinze minutes; c'est le premier contact présidentiel direct depuis 1979. Puis, le 14 juillet 2015 est signé l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien (en anglais : Joint Comprehensive Plan of Action ou JCPOA). L'Iran réduit son stock d'uranium enrichi et accepte la présence permanente de contrôleur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
En mai 2018, Donald Trump déchire l'accord et lance sa politique de "pression maximale". Les exportations pétrolières iraniennes s'effondrent sous 500 000 barils par jour. Mais les sanctions américaines accélèrent la fuite en avant nucléaire de l'Iran qui reprend l'enrichissement de son uranium. En janvier 2020, un drone Reaper pulvérise le convoi du général Qassem Soleimani alors que le commandant de la Force Al-Qods du corps des gardiens de la révolution islamique se trouve en Irak. L'Iran riposte symboliquement en tirant des missiles sur une base américaine en Irak mais sans faire de blessés. L'escalade s'arrête là. Elu en 2020 Joe Biden promet de revenir dans l'accord JCPOA. Il n'y parviendra jamais malgré huit cycles de négociations à Vienne et à Oman. La fin de sa présidence est marquée par l'attaque et le pogrom perpétré le 7 octobre 2023 contre Israël par le Hamas pro-iranien.
Avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche voilà un peu plus d'un an, s'ouvre une nouvelle phase marquée par la collaboration militaire étroite les Etats-Unis et Israël, pays décrit comme "l'allié modèle" dans la récente "Stratégie de défense nationale", document publié par le Pentagone. A la guerre des Douze jours entre Israël et l'Iran déclenchée le 13 juin denier, et, immédiatement après, l'Opération Midnight Hammer (Marteau de minuit, du 21 au 22 juin 2025) américaine contre les installations nucléaires iraniennes suit maintenant, suit maintenant l'Operation Epic Fury (fureur épique). Le 45e et 47e président américain espère clore avec elle un chapitre ouvert voilà cinquante ans et entrer dans l'Histoire. Y parviendra-t-il ?
Il s'efforçait depuis près de quatre décennies de faire de l'Iran chiite une puissance régionale rivalisant avec les Etats sunnites du Golfe tout en entretenant une rivalité avec les Etats-Unis. L'ayatollah et guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, est mort samedi 28 février à l'âge de 86 ans. Les médias officiels iraniens ont déclaré qu'il avait été tué dans les frappes aériennes menées par Israël et les Etats-Unis qui ont détruit sa résidence dans le centre de Téhéran.
La Constitution iranienne prévoit qu'un nouveau dirigeant doit être élu dans un délai de trois mois. D'ici là, le président Massoud Pezeshkian, l'ayatollah Alireza Arafi, membre du Conseil des gardiens, et l'ayatollah Gholamhossein Mohseni-Ejei, chef du pouvoir judiciaire, assureront l'intérim au sein du conseil des dirigeants, un organe chargé de remplir le rôle du guide suprême dans l'attente de nouvelles élections.
Trois successeurs potentiels
Ali Khamenei était en place depuis 1989 et détenait l'autorité suprême sur toutes les branches du gouvernement, sur l'armée et sur le pouvoir judiciaire, conformément au système nouveau système du "vilayat-e faqih" (gouvernement des savants ou tutelle du juriste islamique) qui soutient que, jusqu'au retour du 12e imam chiite, disparu au IXe siècle, le pouvoir sur terre doit être exercé par un religieux vénérable. Depuis 1979 avec Khomeini d'abord puis Khamenei, le guide suprême avait donc le dernier mot sur toutes les affaires d'Etat. Il était vénéré par ses fidèles comme un représentant de Dieu et comme le commandant en chef des forces armées.
Avant que les bombes américaines et israéliennes ne commencent à tomber samedi, l'ayatollah Ali Khamenei, qui se considérait comme le responsable de la survie de la République islamique, avait déjà prévu une transition du pouvoir en cas de décès et désigné des successeurs potentiels. Le guide suprême, dont la Constitution autorise à déléguer ses pouvoirs, doit être un haut dignitaire chiite, nommé par un comité de religieux appelé l'Assemblée des experts.
Comme l'expliquele New York Times, en juin 2025, durant les douze jours de guerre contre Israël, alors que l'ayatollah Khamenei était en fuite, ce dernier a désigné trois candidats susceptibles de lui succéder rapidement. Selon le quotidien américain, ces trois personnalités sont Gholamhussein Mohseni Ejei ; le chef de cabinet de l'ayatollah Khamenei, Ali Asghar Hejazi - tué samedi ; ainsi que Hassan Khomeini, un religieux modéré issu de la faction politique réformiste et petit-fils de l'ayatollah Khomeini.
Le fils de l'ayatollah Khamenei, Mojtaba, qui a été une figure influente dans l'ombre, est pourtant plébiscité par certaines factions, mais l'ayatollah Khamenei a déclaré à ses partisans qu'il ne souhaitait pas que le poste de guide suprême soit héréditaire, précise le New York Times.
L'influence majeure d'Ali Larijani
Il est un autre homme à l'influence notable dont le nom circule pour la succession de l'ayatollah : le vétéran de la politique Ali Larijani, chef du plus haut organe de sécurité iranien, le Conseil suprême de sécurité nationale. Avant les frappes aériennes de samedi, l'ayatollah Khamenei a délégué la direction du pays à ce proche allié - l'un des plus proches en réalité -, qui a de facto marginalisé le président Massoud Pezeshkian. Dans les faits, Ali Larijani semble donc déjà avoir une influence prépondérante. Politicien expérimenté, Ali Larijani a émergé l'an dernier comme l'une des figures majeures du système sécuritaire iranien. Nommé secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale (SNSC) d'Iran en août, Ali Larijani, ex-conseiller d'Ali Khamenei, a fait carrière grâce à sa loyauté envers lui et à un pragmatisme lui permettant de naviguer à travers les factions rivales au sein du régime iranien.
Professeur de philosophie - sa spécialité étant Emmanuel Kant - et mathématicien qualifié, précise The Economist, Ali Larijani est issu d'une lignée cléricale. Son père était ayatollah (un religieux chiite d'un rang élevé) ; son beau-père était le principal théoricien de la révolution islamique et le bras droit du fondateur de la République islamique ; son frère Sadeq Larijani, lui aussi un haut fonctionnaire, a dirigé le pouvoir judiciaire pendant dix ans. Il lui est même arrivé de diriger la prière du vendredi à la place d'Ali Khamenei. Il a servi dans les Gardiens de la révolution islamique, a occupé quatre postes ministériels et a été président du Parlement pendant douze ans.
Son statut de stratège de confiance du guide suprême iranien a été mis en avant lors de son déplacement à Oman, négociateur dans le dossier du nucléaire iranien, lors de discussions indirectes avec Washington, alors que les Etats-Unis positionnaient ses forces au Moyen-Orient, rappelle Reuters. "Il était l'éminence grise de Khamenei", explique à The Economist Lynette Nusbacher, une ancienne agente de renseignement britannique.
Comme le relève le New York times, qui a interrogé plusieurs hauts responsables iraniens, l'ayatollah Khamenei avait également autorisé un petit cercle d'alliés politiques et militaires à prendre des décisions s'il venait à être tué ou injoignable pendant une guerre, et avait désigné quatre niveaux de succession pour les hauts responsables militaires et politiques qu’il nomme personnellement. Parmi eux figurent son chef d'état-major, Mohammad Hejazi, décédé en 2021 ; le général de brigade Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et ancien commandant du Corps des Gardiens de la révolution ; et son principal conseiller militaire et ancien commandant en chef des Gardiens, le général Yahya Rahim Safavi.
Une photo du défunt guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, est diffusée à la télévision lors de l'annonce de son décès, à Téhéran, en Iran, le 1er mars 2026. Majid Asgaripour/WANA (West Asia News Agency) via REUTERS
Il y avait pourtant des "progrès" si l'on en croit le médiateur omanais. Mais Donald Trump et Benyamin Netanyahou ont finalement décidé d'intervenir. Alors que plusieurs rounds de négociation indirecte entre Américains et Iraniens ont eu lieu ces dernières semaines, centrés sur la question du programme nucléaire, la campagne de frappes menées par Tel-Aviv et Washington a enterré l'éventualité d'un accord diplomatique. "Je suis consterné. Des négociations actives et sérieuses ont une fois de plus été sapées", a déclaré le 28 février, Badr Al-Boussaïdi, le ministre des affaires étrangères omanais, sur le réseau social X alors que les premières opérations militaires de grande envergure dans toute la région venaient de débuter.
Si pour le moment, aucune information crédible ne fait état de nouvelles actions menées contre les installations nucléaires, les Etats-Unis pourraient bien à l'action dans les heures ou les jours à venir, anticipe David Albright, président de l’Institute for Science an International Security (ISIS). Pour ce grand spécialiste de la prolifération nucléaire qui a collaboré avec l'AEIA, si rien n'est fait, "la question de la finalité même de la guerre se poserait". Entretien.
A l’époque de la guerre des douze jours, Donald Trump avait dit que le programme nucléaire iranien était "anéanti". Mais lors de son allocution où Trump annonce le lancement de la guerre, il a de nouveau insisté sur le fait que l’Iran ne devait jamais obtenir d’arme nucléaire. Comment expliquer cette contradiction ?
Le président des États-Unis a pris le risque de la controverse en utilisant le mot "anéanti". Donald Trump a donné l’impression qu’il ne reste absolument rien, ce qui n’est pas exact. Dans les faits, le programme nucléaire iranien a été gravement endommagé. L’Iran ne retrouvera pas avant longtemps les capacités dont il disposait auparavant. Mais on ne peut affirmer qu’il s’agit d’une disparition totale et définitive. Il subsiste des éléments du programme, notamment des stocks d’uranium enrichi, y compris hautement enrichi. Il est également possible que certaines centrifugeuses n’aient pas été détruites à Fordo et à Natanz.
Dans ces conditions, l’Iran pourrait théoriquement reconstituer une installation d’enrichissement de taille réduite afin de porter de l’uranium hautement enrichi au niveau militaire. Cela doit cependant être analysé dans un contexte où l’infrastructure industrielle principale a été démantelée : les installations de fabrication de centrifugeuses ont été détruites, de même que celles produisant le gaz d’hexafluorure d’uranium, et jusqu’à 22 000 centrifugeuses auraient été éliminées.
Mais après les frappes des États-Unis et d’Israël en juin 2025, l’Iran a suspendu sa coopération avec l’AIEA sur ses sites nucléaires. Téhéran avait-il eu le temps de relancer son programme nucléaire ?
On ne connaît pas précisément ses stocks d’uranium enrichi, y compris ceux hautement enrichis. Des mouvements ont été observés vers un complexe de tunnels souterrains qui semblerait abriter une partie de ses stocks, sans que l’on sache s’ils y ont été déplacés ou laissés sur place. Il y a eu aussi par exemple des opérations de remise en état de certaines structures. Les autorités iraniennes ont notamment installé des toitures au-dessus de bâtiments liés au programme de centrifugeuses et entrepris divers travaux de récupération. À Natanz, par exemple, sur le site pilote où se trouvaient de l’uranium hautement enrichi et des équipements de centrifugation, certaines activités ont repris.
Des travaux d’enfouissement ont aussi été observés à "Montagne de la Pioche" (NDLR : un site souterrain profondément enfoui près du complexe nucléaire de Natanz), où les entrées de tunnels ont été renforcées, ainsi qu’au complexe montagneux d’Ispahan, dont les accès ont été consolidés puis recouverts de terre. Ces sites sont désormais entièrement protégés. L’objectif semble clairement être la mise à l’abri d’infrastructures sensibles. Ces développements ont alimenté les inquiétudes quant à une éventuelle reconstitution d’un programme d’armement nucléaire, en violation des engagements pris au titre du Traité de non-prolifération.
De ce point de vue, la guerre vous semblait-elle inéluctable ?
L’enchaînement des événements n’est pas surprenant en soi, même si Donald Trump a souvent tendance à accélérer les calendriers politiques et stratégiques. Mais l’analyse repose sur une dynamique stratégique relativement simple : Israël, pour sa part, a agi selon une logique sécuritaire claire, redoutant qu’un tel programme puisse être relancé et considérant qu’il serait la cible prioritaire en cas d’acquisition d’une arme nucléaire par l’Iran. Dès lors, du point de vue israélien, il serait préférable de frapper tôt plutôt que tard. Il existait donc une incitation structurelle pour Israël à agir.
Il n’y a pas encore d’information concernant d’éventuelles frappes sur les installations nucléaires iraniennes. Mais quelle peut être la stratégie américaine pour en finir avec le programme ?
Si les États-Unis sont réellement déterminés, ils devraient viser la destruction complète de "Montagne de la pioche" ainsi que du complexe souterrain d’Ispahan. Il s’agirait d’enfouir définitivement l’uranium hautement enrichi, ainsi que les nouveaux équipements éventuellement installés à la "Montagne de la pioche", si le site est effectivement à un stade avancé. L’objectif devrait être aussi d’éliminer les vestiges du programme de centrifugeuses subsistant depuis le mois de juin. Il s’agit d’un test décisif : si ces actions ne sont pas menées, il sera difficile d’affirmer que Washington est pleinement engagé dans la volonté de mettre un terme au programme nucléaire iranien. Dans ce cas, la question même de la finalité de la guerre se poserait.
Certains pourraient rétorquer que l’objectif prioritaire est un changement de régime, lequel abandonnerait l’ensemble des capacités nucléaires et réglerait définitivement la question. Toutefois, cette option constitue un objectif nettement plus ambitieux et incertain. La destruction supplémentaire des infrastructures nucléaires apparaît, en comparaison, plus accessible - même si ces installations sont fortement protégées. Une telle opération exigerait néanmoins l’emploi par les États-Unis de certaines de leurs armes conventionnelles les plus avancées et les plus puissantes.
Des scientifiques risquent-ils aussi d’être pris pour cibles comme au mois de juin ?
Cela ne me surprendrait pas. Ils disposent d’une liste établie de longue date. Cette liste trouve son origine dans les archives nucléaires iraniennes saisies par Israël. Elle remonte à l’ancien programme militaire du début des années 2000. Même après l’arrêt du plan Amad (NDLR : le nom donné par les services de renseignement occidentaux et israéliens à un programme iranien de développement d’armes nucléaires actif à la fin des années 1990 et au début des années 2000), une partie des personnels impliqués a poursuivi ses activités.
Un document recensait environ 300 personnes actives dans le plan Amad. Il s’agissait d’un tableau détaillé mentionnant les noms, numéros d’identification, filiation, ainsi que les parcours académiques. Ce type d’information constitue une base précieuse pour identifier les profils susceptibles de jouer un rôle clé dans des efforts actuels. À cela s’ajoutent les renseignements collectés par la suite. Ils disposent donc d’une base de données substantielle. En juin, cette liste a été croisée avec des informations opérationnelles permettant de localiser certaines de ces personnes au moment des frappes. Il ne serait donc pas étonnant que d’autres opérations ciblées soient envisagées si leur localisation est confirmée.
Sait-on ce qu’il est advenu des fameux 400 kilos d’uranium enrichi à 60 % qui inquiétaient tout l’Occident ?
Dans son rapport adressé récemment aux États membres, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a indiqué qu’une partie des stocks d’uranium enrichi se trouverait dans le complexe montagneux d’Ispahan. Il est toutefois possible que l’ensemble des matériaux n’y soit pas concentré. Une partie pourrait encore se trouver dans les décombres de Fordo. D’autres quantités étaient présentes dans l’usine pilote, où l’Iran aurait tenté de récupérer certains matériaux. Néanmoins, la majeure partie des stocks d’uranium - notamment ceux enrichis à 20 % - semblerait désormais localisée dans le complexe montagneux d’Ispahan.
Pourquoi y a-t-il aussi une inquiétude concernant les stocks d’uranium enrichi à 20 % ?
La raison est technique : dans le processus d’enrichissement, atteindre 20 % signifie avoir parcouru environ 90 % du chemin vers l’uranium de qualité militaire (90 % d’enrichissement). À 60 %, on est à près de 99 % du chemin. Le processus n’est pas linéaire : plus le niveau d’enrichissement est élevé, plus la progression vers le seuil militaire devient rapide. En d’autres termes, disposer de stocks à 20 % ou à 60 % réduit considérablement le nombre de centrifugeuses nécessaires et le temps requis pour atteindre un niveau militaire. Ces stocks constituent donc une réserve stratégique, comparable à un capital disponible, mobilisable rapidement pour produire de l’uranium de qualité militaire.
Il convient toutefois de noter que les quantités d’uranium enrichi à 20 % ont diminué au cours de l’année écoulée. À partir de la fin de l’année 2024, l’Iran a accéléré la conversion de l’uranium à 20 % en uranium enrichi à 60 %. La majeure partie des stocks à 20 % a ainsi été portée à 60 %. Il resterait aujourd’hui moins de 200 kilogrammes d’uranium enrichi à 20 %, quantité théoriquement suffisante pour produire environ une à une bombe et demie. En revanche, les stocks à 60 % seraient beaucoup plus importants, potentiellement suffisants, selon certaines estimations techniques, pour une dizaine d’engins nucléaires si un enrichissement final était réalisé.
Quelles sont les craintes concernant le centre Taleghan 2 à Parchin ?
Dans le cadre du programme clandestin de développement d’armes nucléaires, cette installation jouait un rôle central dans la mise au point de l’explosif nucléaire lui-même, destiné à comprimer le cœur nucléaire. Le site disposait d’une chambre d’essais pour explosifs à haute puissance, ainsi que d’un système de radiographie flash aux rayons X permettant d’observer le comportement interne du dispositif au moment de la compression ou de la détonation. Ces équipements sont caractéristiques des phases avancées de développement d’une arme à implosion. Au cours des années 2010, le site aurait été vidé de ses équipements sensibles. Par la suite, l’Iran y aurait installé une nouvelle installation apparemment destinée à produire un sous-composant essentiel du système d’initiation.
Mais cette infrastructure a été frappée par Israël en 2024. On pensait alors que les activités avaient cessé. Toutefois, avant même le déclenchement de la guerre de juin, l’Iran aurait entrepris des travaux de reconstruction, incluant l’édification d’une structure cylindrique dotée d’extensions latérales conçues pour absorber ou dévier les effets d’une explosion. La finalité exacte de cette nouvelle installation demeure inconnue, mais elle pourrait être destinée à des essais d’explosifs à haute intensité. Un élément notable est que les fondations, capables de supporter des charges importantes, n’avaient pas été détruites lors des frappes précédentes. Les nouvelles constructions reposent donc sur cette base intacte. Depuis, la structure a été recouverte de béton, puis de terre, et des dispositifs supplémentaires de protection - possiblement une cage anti-drones ou anti-missiles - semblent en cours d’installation. L’ampleur des mesures de protection suggère qu’il s’agit d’une infrastructure jugée stratégique par les autorités iraniennes.
Alors que l’Iran a confirmé la mort de Khamenei, quel a été son rôle dans le programme nucléaire ?
Lorsqu’il était président (NLDR : il a été élu en 1981 avant de devenir guide suprême), c’est lui qui a officiellement lancé le programme. En réalité, il s’agissait d’une initiative provenant de l’autorité supérieure, le bureau du guide suprême, mais il a ordonné le démarrage du programme en 1984. Après cette date, les progrès ont été très lents et le programme a rencontré de nombreuses difficultés.
Cependant, à la fin des années 1990, il a donné son approbation en tant que guide suprême au programme nucléaire Koresh (Amad). Il a également été impliqué dans la suspension de ce programme, tout en poursuivant certaines activités de manière réduite et discrète. Il est donc impliqué dans l’effort nucléaire depuis ses débuts. Cela étant dit, ce n’est pas, selon toute vraisemblance, la raison de son assassinat.
Lors des négociations, comment avez-vous interprété le fait que les Iraniens auraient accepté de ne pas stocker d’uranium enrichi ainsi que de diluer l’uranium enrichi. Était-ce un coup de bluff ?
Trump souhaitait mettre fin totalement à l’enrichissement de l’uranium. Une mesure dans ce sens consisterait à diluer ou transférer les stocks d’uranium enrichi hors d’Iran. Cependant, si l’Iran peut continuer à enrichir, il lui est facile de reconstituer rapidement des stocks d’uranium enrichi à 5 %, 20 % et 60 %, ce qui ne change rien à la situation. C’est comparable à quelqu’un qui vous enlève les balles de votre arme, alors que vous pouvez en acheter d’autres et que l’arme reste intacte. Ainsi, si l’objectif des États-Unis est de mettre fin à l’enrichissement, ces mesures étaient insuffisantes.
Les Iraniens tiennent fermement à ce programme d’enrichissement, bien que celui-ci ait été largement détruit. Mais il faut bien comprendre que l’uranium enrichi n’est pas nécessaire pour des usages civils. En effet, ils peuvent l’acheter, ce qu’ils font pour le réacteur de Bushehr (NDLR : le principal réacteur nucléaire civil de l’Iran, situé sur la côte sud du pays, sur le golfe Persique) en acquérant des quantités importantes chaque année. De plus, l’Iran dispose d’un stock d’uranium enrichi à 20 % provenant d’un accord précédent et stocké en Russie, qui est périodiquement transféré en Iran pour alimenter le réacteur de recherche de Téhéran. Ce maintien d’un stock et la capacité à enrichir contribuent à la méfiance internationale. Et ce, même si l’Iran n’a pas procédé à l’enrichissement depuis juin.
Y a-t-il un risque de fuite radioactive si les Américains ou les Israéliens frappent des installations nucléaires ?
Non. Si l’objectif est de démanteler les installations et d’enterrer l’uranium hautement enrichi, il n’y aura pas de fuite. En juin, alors que le risque était plus élevé, aucune fuite ne s’est produite. L'hexafluorure d'uranium n’a pas non plus fui. L’uranium n’est pas fortement radioactif, mais il émet un rayonnement faible. Son association avec le fluor fait toutefois de l'hexafluorure d'uranium un composé très dangereux : le fluor réagit violemment avec l’eau et forme des particules relativement lourdes qui retombent localement.
Ainsi, si le complexe souterrain d’Ispahan subissait d’importants dommages, il serait nécessaire de porter une combinaison de protection pour vérifier la présence d'hexafluorure d'uranium ou d’uranium hautement enrichi, car le fluor reste très réactif. L’inhalation d’uranium hexafluorure constitue un risque grave : il brûle les poumons et peut être mortel. C’est une substance extrêmement dangereuse, mais paradoxalement, sa forte réactivité limite en partie sa dispersion, ce qui contribue à contenir le danger localement.
Selon vous, la chute du régime iranien entraînerait-elle mécaniquement la fin du programme nucléaire du pays ?
Je ne pense pas qu’il reste beaucoup du programme nucléaire en activité. Si le régime venait à s’effondrer, les scientifiques impliqués chercheraient probablement à protéger leurs intérêts personnels : ils pourraient dérober des documents ou du matériel classifié, et éventuellement tenter de récupérer de l’uranium enrichi. Il y aurait une perte de contrôle et la situation serait donc très chaotique. Il est possible qu’un nouveau régime émerge, peut-être une autre forme de dictature dirigée par des généraux du CGRI (Corps des Gardiens de la révolution islamique).
Dans le meilleur scénario, le régime se transformerait de manière comparable à ce qui s’est passé en Afrique du Sud (NDLR : dans les années 1970 et 1980, l’Afrique du Sud a développé un programme d’armes nucléaires), où le président de l’ancien régime de l’apartheid F. W. de Klerk a décidé d’abandonner le programme nucléaire. Dans ce cas, la transition vers une démocratie permettrait de supprimer de manière vérifiable les capacités nucléaires, sous contrôle de l’AIEA. Mais si le régime arrive à se maintenir après le conflit - ce dont je doute -, la probabilité d’une relance du programme militaire pourrait augmenter.
Sommes-nous en train de vivre la fin d'une ère qui s'est ouverte en 1979 avec le retour en Iran de l'ayatollah Khomeini à Téhéran ? Le journaliste, essayiste et historien des idées Brice Couturier a raconté cette année clé dans un livre magistral, "1979: le grand basculement du monde" (Perrin), dont la (re)lecture s'impose aujourd'hui à la lumière de l'opération "Rugissement du lion" menée conjointement par les Etats-Unis et Israël. Le retour de l'ayatollah Khomeini ne fut certes pas le seul événement qui marqua cette année-là. Brice Couturier en étudie une dizaine, de la contre-révolution thatchérienne au pèlerinage de Jean-Paul II en Pologne, en passant par la nouvelle Chine de Deng Xiaoping. Mais la première révolution islamiste du monde moderne a peut-être encore davantage modelé notre présent politique et géopolitique.
L'Express : Vous consacrez un chapitre de votre ouvrage "1979" à l’Iran de Khomeini. En quoi ce dernier a-t-il fait "basculer le monde" ?
Brice Couturier : C’était la première révolution islamiste du monde moderne et c’est l’acte de naissance de ce qu’on a appelé l’islamo-gauchisme. Ali Shariati, un Iranien mort en exil peu de temps avant la révolution khomeiniste, avait théorisé une doctrine mêlant la lutte des classes marxiste avec le chiisme. Le moteur de l’histoire, selon lui, était la lutte des "moustadafines" (les déshérités, les bons musulmans) contre "moustakbirines" (les orgueilleux, les mauvais musulmans et les impies).
La révolution islamiste iranienne a démontré qu’il existait un autre système que la démocratie libérale et le communisme.
Il dénonçait la démocratie comme incompatible avec le véritable islam et préconisait la violence politique. C’est une des inspirateurs de la révolution iranienne de 1979. Une "revanche de Dieu", comme l’a baptisée Gilles Kepel, tellement inattendue par nos sociétés sécularisées que sa nature religieuse a échappé à la plupart des observateurs de l’époque. Ils y ont vu, comme le président français de l’époque, Valéry Giscard d’Estaing, une révolution politico-sociale classique, maquillée en révolution religieuse.
Le président égyptien Anouar el-Sadate qui savait, lui, à quoi s’en tenir, a été l’un des tout premiers à prendre conscience de ce qui était en train de se jouer à Téhéran. Il a dit, dès la fin janvier 1979 : "Je mets en garde quiconque utiliserait la religion pour prétendre être le lieutenant de Dieu sur terre et, par conséquent, le seul habilité à gouverner et à être obéi. "
En outre, cette révolution d’un genre nouveau a suscité une onde de choc : dans le golfe, où les chiites sont nombreux, les monarchies craignaient la contagion. Et tandis que Bahreïn et le Koweït se hâtaient d’expulser les prédicateurs chiites qui propageaient la version khomeiniste de l’islam, en Arabie saoudite eut lieu la prise d’assaut du lieu le plus sacré de l’islam, le Masjid al-Haram à La Mecque par des fondamentalistes islamistes, opposés à la famille royale. Durant les années suivantes, l’islamisme est devenu un courant politique décisif. Les Soviétiques n’ont pas tardé à le découvrir à leur tour après avoir envahi l’Afghanistan, à Noël 1979…
"L’Iran persan a souvent été considéré comme le laboratoire politique du monde arabe", rappelez-vous. En quoi la révolution islamiste l’a-t-elle été ?
La révolution islamiste iranienne a démontré qu’il existait un autre système que la démocratie libérale et le communisme, les deux modèles politiques qui se disputaient l’influence mondiale, à cette époque. Une alternative de nature théologico-politique à la modernité occidentale. C’était la thèse que défendaient déjà, depuis plusieurs années, des courants tels que les Frères musulmans.
Mais la différence, c’est que les Frères étaient pourchassés dans le monde arabe, où dominaient généralement des régimes nationalistes à tendance socialiste, comme le Baas. En Iran, ce sont les islamistes qui ont gagné au cours de l’été 1979, à la suite de conflits avec les courants de gauche radicale, dont l’issue apparaissait, sur le moment, pourtant bien incertaine. L’idéologie du "wilayat al-faqih", caractéristique du régime des mollahs a inspiré tant des mouvements chiites, comme le Hezbollah libanais que le Hamas sunnite à Gaza. Et en Iraq, le Parti islamique Dawa était notoirement lié à l’Iran.
On n’a jamais changé de régime en se contentant de bombarder des ministères ou des casernes.
L’intervention conjointe des Etats-Unis et d’Israël peut-elle refermer ce chapitre ouvert en 1979 ?
Oui, il existe une chance, pour le peuple iranien dont on estime qu’à 80 %, il désire un changement révolutionnaire, de se débarrasser du régime établi par Khomeini en 1979. Mais Donald Trump, qui a promis à ses électeurs, de ne plus engager de soldats américains dans des combats au sol à l’occasion de "guerres lointaines et interminables", se contentera de frappes aériennes contre les dirigeants du régime et ses milices, les Gardiens de la Révolution.
On n’a jamais changé de régime en se contentant de bombarder des ministères ou même des casernes. Israël, par contre, semble disposer de très nombreux informateurs et relais sur place, en Iran. On a parfois l’impression que la série de fiction télé Téhéran, créée par Moshe Zonder, avec ses agents du Mossad qui suivent l’évolution de la situation par satellites, au niveau des rues iraniennes, s’approche du niveau de véracité d’un documentaire…
Il faut se souvenir que l’Iran est un pays jeune et d’un haut niveau d’éducation. L’âge médian est de 34 ans. La majorité de la population est née après la révolution khomeiniste et l’islam, en particulier l’islam politique, y est devenu très impopulaire auprès d’une jeunesse dont près de 60 % a poursuivi ou poursuit des études supérieures.
Un Iran débarrassé des Mollahs pourrait-il être à nouveau un laboratoire pour le monde arabe ?
Les printemps arabes, qui ont démarré en décembre 2010 et ont embrasé la Tunisie, l’Egypte, la Libye, la Syrie, le Yémen en 2011, ont peut-être été en partie inspirés par le soulèvement iranien de juin 2009 contre les élections truquées qui avaient permis la "victoire" de Mahmoud Ahmadinejad.
Ce soulèvement a été réprimé avec une violence meurtrière par les milices armées du régime. Mais les circonstances et le contexte sont différents dans chaque cas. Des islamistes sont au pouvoir en Syrie, les islamistes sont en prison en Egypte… La République islamique iranienne est un cas très particulier et il faut faire preuve de prudence face à la tentation de monter en généralité. D’autant que l’Iran ne fait pas rêver, au Moyen-Orient…
Quelles conséquences un renversement de régime pourrait-il avoir sur l’islamisme dans le monde ?
Des conséquences considérables. D’abord parce que couper la tête de l’hydre provoquerait le dépérissement des "proxies" de l’Iran dans la région. Le Hezbollah libanais perdrait ses sponsors et serait condamné à rentrer dans le rang d’un jeu politique libanais normal, en ayant perdu le privilège de détenir une milice armée qui intimide les autres composantes politiques du pays. Le Hamas, déjà très affaibli par Israël, à Gaza, s’effondrerait et devrait laisser place à d’autres composantes de la société palestinienne, plus ouvertes à l’idée d’une coexistence pacifique avec Israël.
Les Etats du Golfe seraient incités à signer avec Israël, les "accords d’Abraham", déjà souscrits par Bahreïn et les Emirats arabes unis. Enfin, on respirerait en Israël. L’Etat hébreu vit depuis l’avènement de la République islamique d’Iran et l’obsession de ses dirigeants de se doter de l’arme nucléaire, sous la menace d’un anéantissement que n’ont cessé d’agiter expressément les dirigeants islamistes iraniens.
Et sur la gauche occidentale ?
L’aveuglement d’une large partie de la gauche radicale occidentale face à l’extraordinaire brutalité d’un régime qui détient le record mondial des condamnations à mort exécutées (après la Chine) avec plus de 1 500 exécutions en 2025, est en effet ahurissant.
On se souvient de la gêne ressentie par les médias de gauche – ceux du service public en particulier – face aux mouvements de contestation entamés par la jeunesse iranienne le 28 décembre de l’an dernier. Les Iraniens manifestaient "contre la vie chère", nous disait-on… Il fallait tenter de dissimuler qu’ils se battaient, les mains nues, contre le régime islamiste et ses sbires.
Toute une partie de la gauche, gagnée par l’islamo-gauchisme, pratique un double standard moral : quiconque se réclame de l’islam politique est considéré comme un allié. En outre, un antiaméricanisme viscéral, un "anti-impérialisme" qui se trompe d’époque et dont l’horloge s’est arrêtée à l’époque où Nixon renversait Allende, tend à regarder avec les yeux de Chimène quiconque se dresse contre "le grand Satan" américain.
Pour revenir à 1979, vous racontez que les Américains "ont fait preuve d’une extraordinaire myopie". Comment l’expliquez-vous ?
Les dirigeants américains de l’époque étaient obsédés par le péril soviétique. Non sans raison si l’on songe qu’en décembre 1979, les troupes russes débarquent à Kaboul et exécutent le dirigeant afghan, Hafizullah Amin, pourtant lui-même communiste… Washington voyait l’URSS pousser ses pions en Afrique – en particulier en Angola, via les Cubains et intervenir directement dans la Corne de l’Afrique, alors même que le Sud-Yémen était sous contrôle soviétique, menaçant le golfe d’Aden. Dans ce contexte, le basculement de l’Iran du côté communiste leur apparaissait comme une menace, pesant cette fois, sur le détroit d’Ormuz et les approvisionnements pétroliers de l’Occident.
Or, le parti communiste iranien, le Toudeh, comme il en avait reçu l’ordre de Moscou, n’a cessé d’accompagner la révolution islamiste dans le vain espoir d’en détourner le cours à son profit. Ses militants ont payé cet aveuglement au prix fort : ils ont été torturés et assassinés dans les geôles du régime. Avant même l’interdiction légale de ce parti et l’expulsion des diplomates soviétiques de Téhéran en février 1983. Les communistes ont fait, en Iran, le même calcul absurde que le KPD, en Allemagne : croire qu’il est possible de parasiter une révolution conservatrice…
Quant à l’aveuglement américain, il a persisté durant les années 1980. La preuve : ils ont aidé, soutenu et armé des milices islamistes qui luttaient contre l’Armée rouge en Afghanistan, au motif que les ennemis de leurs ennemis étaient leurs amis.
"Que cette révolution soit islamique a sidéré tout le monde", a écrit Olivier Roy. Une "révolution de gauche" semblait-elle la plus probable ? Pourquoi ?
Absolument. "Pourquoi tant d’historiens inclinent-ils à tenir le passé pour fatal et l’avenir pour indéterminé ?", s’amusait Raymond Aron. Contrairement à ce que veut croire une historiographie téléologique, qui s’obstine à interpréter les événements à partir de leur point d’aboutissement, il n’y avait aucune fatalité à ce que la victoire en Iran, en 1979, appartienne à Khomeini et à ses partisans.
D’abord parce que la scène politique hostile au shah était diverse, avec les nationalistes laïcs (héritiers de Mossadegh) du Front national, comme Karim Sandjabi, ministre des Affaires étrangères en 1979, des gauchistes dotés d’une grande expérience de la clandestinité, en particulier les Moudjahidines du peuple.
Ensuite parce qu’au sein même du haut clergé chiite, Khomeiny a eu à faire avec des rivaux formidablement populaires, comme l’ayatollah Mahmoud Taleghani. Connu pour sa tolérance et sa modération, celui-ci avait créé son propre parti, le Mouvement de libération de l’Iran. Il est mort, probablement assassiné en novembre 1979.
L’ayatollah Kazem Shariatmadari, très prestigieux menaçait également Khomeini. Il bénéficiait du soutien des Moudjahidine. Son immense popularité lui sans doute épargné l’exécution, mais il fut mis en résidence surveillée. En outre, lors des élections présidentielles de janvier 1980, la victoire fut remportée non par le candidat islamiste, mais par Abolhassan Bani Sadr, avec 76 % des voix. Ce n’est qu’en juin 1981 que ce président, progressivement privé de pouvoir par le "Guide suprême", fut destitué lors d’un véritable coup d’Etat islamiste. Non, la victoire de Khomeini n’avait rien d’une fatalité. Et une autre histoire était possible en 1979.
Comment expliquez-vous l’aveuglement occidental devant la dimension religieuse de la révolution iranienne ? Quand a-t-on ouvert les yeux ?
Pour nous Français, héritiers de la Révolution de 1789, une révolution est nécessairement anticléricale et le destin de toute République est d’acter la rupture entre l’Etat et les cultes… Nous avons du mal à imaginer d’autres trajectoires historiques que la nôtre. Je pense que nous avons pris conscience du danger que représentait la révolution islamiste en Iran lorsque ce régime a déclenché la vague d’attentats qui a coûté la vie à seize de nos compatriotes. Durant la seule année 1986, on dénombre dix attentats à la bombe à Paris.
Mais ce qui a été décisif, je le pense, c’est le "contrat" lancé par le régime iranien sur la tête d’un écrivain, Salman Rushdie, le 14 février 1989, dix ans après la révolution en Iran. A ce moment-là, les milieux intellectuels, en particulier, ont pris conscience de ce qui était en jeu : la liberté d’expression dans nos propres démocraties !
En tant que libéral universaliste, vous avez bien connu des déceptions à la suite d'opérations visant à renverser des régimes dictatoriaux. Ne craignez-vous pas qu’il en soit ainsi après l’opération "Rugissement du lion" ?
Je crois à un truc tout bête qui s’appelle la solidarité internationale, la solidarité entre les peuples. Je pense que le monde est plus sûr lorsque la démocratie y progresse, car ce régime encourage les citoyens à s’occuper paisiblement de leurs affaires et favorise moins la haine des voisins que le commerce et l’échange avec eux.
C’est pourquoi, je persiste à penser que les démocraties doivent non seulement s’unir pour leur défense mutuelle, mais aussi, oui, favoriser le développement des courants démocratiques dans les Etats soumis à des despotismes. Peut-être les Etats-Unis ont-ils commis des erreurs en Afghanistan et en Irak. Mais fallait-il laisser Kadhafi massacrer la population de Benghazi en mars 2011, comme il en annonçait l’intention ? J’en doute.
En tout cas, les Etats-Unis, par un de ces mouvements de balancier dont ils sont coutumiers, sont passés du "néo-conservatisme", du "wilsonisme botté" comme on qualifiait la politique de George W. Bush et Bill Clinton, au programme trumpien de "l’America First". Cela consiste apparemment à traiter avec mépris les démocraties alliées, comme les nations européennes, et à dérouler le tapis rouge sous les pieds du dictateur Poutine, qui n’a cessé de manifester son hostilité et son agressivité envers tous ses voisins.
Reste que cette démonstration de la puissance militaire américaine atteste que Trump n’est pas l’isolationniste qu’on croyait. Elle servira d’avertissement.
Décapiter le régime des Mollahs revient-il à arrêter un gros robinet d’arrivée de l’antisémitisme ?
Ce serait trop beau ! L’antisémitisme n’a, hélas, pas qu’une seule source d’approvisionnement. Et le genre se renouvelle sans cesse… La nouvelle version procède d’une alliance inouïe entre les tenants proclamés du progressisme le plus tendance avec les défenseurs vociférant d’une lecture littérale et moyenâgeuse d’un texte religieux daté.
Mais l’antisémitisme a toujours été la grammaire habituelle des convergences contre nature. Hier, c’était la synthèse baroque du nationalisme et du socialisme. Aujourd’hui, c’est encore la vieille haine du Juif qui permet au néo-gauchiste de fraterniser avec le djihadiste, au nom du refus d’un Etat juif au Moyen-Orient.
En réalité, il y a toujours eu, en dépit de la propagande du régime des mollahs contre l’existence même de cet Etat juif, de forts courants de sympathie entre les peuples iranien et israélien. Je me souviens que le regretté Alexandre Adler prédisait que ces deux nations finiraient par se retrouver. Que cette sympathie, qui a des racines historiques très anciennes, ait résisté à l’endoctrinement du régime, constitue un motif d’étonnement et d’admiration.
Si les Iraniens parviennent à se débarrasser des religieux et des miliciens qui les tiennent sous leur joug et exploitent leurs richesses depuis 47 ans, j’augure bien des relations qui existeront entre l’Etat perse et l’Etat hébreu.
Mais chez nous, en Europe, les antisémites ont montré combien la cause iranienne les intéressait peu. On a vu des gens qui avaient osé qualifier de "génocidaire" la guerre menée par Israël à Gaza après les massacres du 7 octobre 2023, se mobiliser non pour soutenir le peuple iranien en lutte, mais pour défendre le régime tyrannique et meurtrier qui les opprime.
Israël et les Etats-Unis ont lancé samedi 28 février une campagne de frappes aériennes présentée comme "préventive" contre l'Iran, précisant que celle-ci devrait durer "plusieurs jours", alors que les médias officiels iraniens ont fait état de nombreuses explosions à Téhéran et dans d'autres villes du pays.
22h08
Paris, Berlin et Londres prêts à intervenir
Les dirigeants britannique, français et allemand ont déclaré ce soir qu'ils étaient prêts à prendre des mesures pour défendre leurs intérêts dans la région après les attaques de missiles "aveugles et disproportionnées" menées par l'Iran."Nous prendrons des mesures pour défendre nos intérêts et ceux de nos alliés dans la région, y compris potentiellement des tirs de missiles et de drones sur leur source", ont déclaré les dirigeants du groupe dit E-3 dans un communiqué. "Nous avons convenu de travailler ensemble avec les États-Unis et leurs alliés dans la région sur ce sujet."
19h55
Trois pétroliers endommagés dans le Golfe et un marin tué
Au moins trois pétroliers ont été endommagés au large des côtes du Golfe et un marin a été tué alors que les représailles iraniennes aux frappes américaines et israéliennes contre l'Iran ont exposé les navires à des dommages collatéraux, ont déclaré dimanche des sources maritimes et des responsables.
Les risques pesant sur le transport maritime commercial ont fortement augmenté au cours des dernières 24 heures, avec plus de 200 navires, dont des pétroliers et des méthaniers, ayant jeté l'ancre dans le détroit d'Ormuz et les eaux environnantes, selon les données maritimes publiées dimanche.
L'Iran a annoncé avoir fermé la navigation sur cette voie maritime cruciale, ce qui a incité les gouvernements et les raffineurs asiatiques – principaux acheteurs – à évaluer leurs stocks de pétrole.
Les principales compagnies de transport maritime de conteneurs ont modifié leurs itinéraires pour contourner le cap de Bonne-Espérance. "L’attaque américano-israélienne contre l’Iran accroît considérablement le risque pour la sécurité des navires opérant dans le golfe Persique et les eaux adjacentes", a déclaré Jakob Larsen, responsable de la sécurité et de la sûreté de l’association maritime BIMCO.
19h50
Les parlementaires américains ne voient aucun plan de Trump concernant l'Iran après les frappes
Les États-Unis n'ont pas encore défini de stratégie "d'après-guerre" pour l'Iran après les frappes conjointes américano-israéliennes qui ont tué une grande partie des dirigeants du pays, ont déclaré dimanche des parlementaires des deux principaux partis politiques. Le président américain Donald Trump a appelé à un changement de gouvernement en Iran, pays plongé dans l'incertitude après la mort du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, lors de l'attentat de samedi. La stratégie exposée publiquement par Trump repose en grande partie sur l'espoir que le peuple iranien se soulève et décide de son propre avenir après des décennies de répression.
Les républicains se montraient optimistes quant aux attaques, tandis que les démocrates doutaient qu'elles aboutissent à un résultat favorable, mais les législateurs des deux camps restaient incertains quant à l'avenir immédiat.
19h33
Les Émirats arabes unis annoncent la fermeture de leur ambassade à Téhéran et le rappel de leur ambassadeur
Les Émirats arabes unis ont annoncé la fermeture de leur ambassade à Téhéran et le rappel de leur ambassadeur en Iran, a déclaré dimanche le ministère des Affaires étrangères, à la suite des attaques iraniennes contre le pays du Golfe.
19h14
La résistance islamique en Irak affirme visé des bases aériennes américaines en Irak et dans la région
La résistance islamique en Irak affirme avoir mené dimanche 23 opérations utilisant des dizaines de drones visant des bases aériennes américaines en Irak et dans la région.
19h07
Les États-Unis coulent la marine iranienne, déclare Trump
Le président américain Donald Trump a annoncé dimanche que l'armée américaine coulait la marine iranienne, ayant détruit jusqu'à présent neuf navires de guerre iraniens et "s'attaquant au reste". Trump a fait cette annonce sur les réseaux sociaux alors que le Pentagone intensifiait ses bombardements contre l' armée iranienne, déployant des bombardiers furtifs B-2 américains pour frapper des installations de missiles iraniennes souterraines et fortifiées avec des bombes de 2 000 livres. Les frappes américaines ont également pilonné le quartier général de la marine iranienne, le détruisant en grande partie, a déclaré Trump.
L'armée iranienne riposte par des centaines de tirs de missiles et de drones, et les États-Unis ont confirmé dimanche la mort de trois de leurs soldats américains au combat. Cinq autres ont été grièvement blessés lors du conflit, a indiqué le commandement central américain.
Trump a déclaré que les navires de guerre iraniens restants seraient bientôt coulés. "Ils flotteront bientôt au fond de la mer", a déclaré Trump. "À part ça, leur marine se porte très bien !"
17h57
Seul un Américain sur quatre soutient les frappes américaines contre l'Iran, selon un sondage Reuters/Ipsos
Seul un Américain sur quatre approuve les frappes américaines qui ont tué le dirigeant iranien samedi, tandis qu'environ la moitié — dont un républicain sur quatre — estiment que le président Donald Trump est trop enclin à utiliser la force militaire, selon un sondage Reuters/Ipsos conclu dimanche.
Environ 27 % des personnes interrogées ont déclaré approuver les grèves, tandis que 43 % les désapprouvaient et 29 % étaient indécises. Près de neuf personnes interrogées sur dix ont indiqué avoir entendu parler, au moins partiellement, des grèves, qui ont débuté tôt samedi matin.
Environ 56 % des Américains estiment que Trump, qui a également ordonné des frappes au Venezuela, en Syrie et au Nigeria ces derniers mois, est trop enclin à recourir à la force militaire pour défendre les intérêts américains. Cette opinion est partagée par une large majorité de démocrates (87 %), ainsi que par 23 % des républicains et 60 % des personnes ne se réclamant d'aucun parti politique.
Le sondage, lancé samedi après le début des grèves, a recueilli les réponses en ligne de 1 282 adultes américains à travers le pays. Sa marge d'erreur est de trois points de pourcentage.
17h50
Une base militaire américaine ciblée en Irak
Des drones explosifs ont ciblé une base militaire américaine près de l'aéroport d'Erbil, en Irak, selon des sources sécuritaires.
17h40
Israël va intensifier ses frappes contre l'Iran
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis dimanche d'intensifier les frappes contre l'Iran au moment où Donald Trump indiquait qu'il avait accepté de parler aux nouveaux dirigeants iraniens, alors que les ripostes de Téhéran ont tué dans la journée au moins trois soldats américains et neuf civils israéliens.
Après la confirmation de la mort du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, et de plusieurs autres figures de la République islamique, Israël et les États-Unis n'entendent pas relâcher la pression sur le régime iranien, qui a choisi de son côté de frapper tous les azimuts au Proche-Orient.
Interrogé dimanche par la chaîne CNBC, le président Donald Trump a assuré que l'opération lancée samedi en coordination avec Israël était "en avance sur ses objectifs", sans que l'on sache exactement quels sont les objectifs de Washington et de Tel-Aviv - suppression des programmes nucléaires et balistiques iraniens ou renversement du régime des mollahs.
Le président américain s'est dans le même temps dit prêt à parler aux nouveaux dirigeants iraniens. "Ils veulent parler et j'ai accepté de leur parler, donc je leur parlerai. Ils auraient dû le faire plus tôt (...) Ils ont trop attendu", at-il dit dans une interview diffusée dimanche par le magazine The Atlantic.
16h32
L'armateur MSC ordonne à ses navires présents dans le golfe persique de se "mettre à l'abri"
Le premier armateur mondial, l’italo-suisse MSC, ordonne à tous ses navires présents dans le Golfe persique de "se mettre à l’abri". "Par mesure de précaution, MSC a donné instruction à tous les navires opérant actuellement dans la région du Golfe, ainsi qu’à ceux qui sont en route vers cette zone, de se rendre dans des zones de refuge sécurisées jusqu’à nouvel ordre", a annoncé la compagnie dans un communiqué. "MSC a suspendu toutes les réservations de fret mondial à destination de la région du Moyen-Orient jusqu’à nouvel ordre", a-t-elle ajouté.
16h24
150 pétroliers restent bloqués dans le golfe persique
Signe de perturbation des approvisionnements énergétiques, au moins 150 pétroliers, dont des navires transportant du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié, ont jeté l'ancre dans les eaux libres du golfe Persique, au-delà du détroit d'Ormuz, et des dizaines d'autres étaient stationnés de l'autre côté de ce point de passage stratégique, selon les données maritimes publiées dimanche, après les frappes américaines et israéliennes.
Les pétroliers étaient regroupés en eaux libres au large des côtes des principaux pays producteurs de pétrole du Golfe, notamment l'Irak et l'Arabie saoudite, ainsi que le géant du GNL, le Qatar, selon les estimations de Reuters basées sur les données de suivi des navires de la plateforme MarineTraffic.
16h16
Le porte-avions américain Lincoln n'a pas été touché par l'Iran
L'armée américaine affirme que le porte-avions Lincoln n'a pas été touché par l'Iran, démentant les affirmations des Gardiens de la révolution qui affirmaient que quatre missiles l’avaient atteint.
"Les missiles lancés n’ont même pas réussi à s’approcher. Le Lincoln continue de lancer des aéronefs en soutien à la campagne sans relâche du Centcom pour défendre les Américains en éliminant les menaces venant du régime iranien", a-t-il ajouté.
15h55
L'armée américaine affirme que trois de ses militaires ont été tués lors des frappes en Iran
Trois militaires américains ont été tués au combat dans le cadre des opérations militaires américaines contre l'Iran, a déclaré le commandement central américain dans un communiqué dimanche. Cinq autres personnes ont été grièvement blessées lors des frappes, a-t-il indiqué.
CENTCOM Update
TAMPA, Fla. – As of 9:30 am ET, March 1, three U.S. service members have been killed in action and five are seriously wounded as part of Operation Epic Fury.
Several others sustained minor shrapnel injuries and concussions — and are in the process of being…
Les pays arabes du Golfe vont discuter de leur riposte aux attaques iraniennes
Les ministres des Affaires étrangères des pays arabes du Golfe tiendront une visioconférence dimanche pour discuter de la riposte aux attaques iraniennes, selon un responsable du Golfe. L'Arabie saoudite convoque l'ambassadeur iranien suite aux frappes menées dans le royaume saoudien et dans des pays de la région.
Après les frappes américaines et israéliennes lancées samedi contre l'Iran, Téhéran a annoncé son intention de cibler les bases américaines dans la région. Cependant, l'Etat chiite a également touché de nombreuses zones civiles et commerciales dans plusieurs villes du Golfe, aggravant ainsi l'impact du conflit sur les principaux aéroports et plateformes commerciales de la région. Les frappes de représailles, qui se sont étendues dimanche, ont eu des répercussions dans tous les pays arabes du Golfe, avec de fortes explosions entendues à Dubaï et à Doha, la capitale du Qatar, et Oman touché pour la première fois.
Dans ces dernières heures, des débris d'un drone intercepté ont endommagé un complexe d'Abu Dhabi abritant l'ambassade d'Israël et plusieurs autres missions internationales, causant des blessures mineures à une femme et son enfant, a déclaré dimanche le bureau des médias de l'État d'Abu Dhabi. À Oman, pays voisin épargné par les représailles samedi, le port commercial de Duqm a été la cible de deux drones, blessant un travailleur, a indiqué l'agence de presse officielle.
13h18
Le prix du pétrole bondit de 10 % en raison du conflit avec l'Iran et pourrait atteindre 100 dollars le baril
Le prix du pétrole brut Brent a bondi de 10 % pour atteindre environ 80 dollars le baril sur le marché de gré à gré dimanche, ont indiqué des négociants en pétrole, tandis que les analystes prévoyaient que les prix pourraient grimper jusqu'à 100 dollars après que les frappes américaines et israéliennes contre l'Iran ont plongé le Moyen-Orient dans une nouvelle guerre.
"Bien que les attaques militaires soient en elles-mêmes favorables à la hausse des prix du pétrole, le facteur clé ici est la fermeture du détroit d'Ormuz", a déclaré Ajay Parmar, directeur de l'énergie et du raffinage chez ICIS.
12h30
Le Royaume-Uni affirme que des missiles iraniens ont été tirés en direction de Chypre
Le ministre britannique de la Défense, John Healey, affirme que deux missiles iraniens ont été tirés en direction de Chypre. "Nous sommes presque certains qu’ils ne visaient pas nos bases", a déclaré Healey dans une interview accordée à Sky News.
Le Royaume-Uni possède en effet deux grandes bases souveraines à Chypre. Il a toutefois ajouté que "c’est un exemple d’une menace très réelle et croissante, cela montre à quel point nos bases, notre personnel, militaires et civils, sont actuellement en danger".
Des chasseurs britanniques participent actuellement à des missions de défense dans la région. Ils sont déployés depuis une base aérienne située à Chypre ainsi que depuis une installation militaire au Qatar. Les autorités n’ont communiqué aucune information complémentaire sur la nature des missiles ni sur une possible tentative d’interception.
'We're taking down the drones that are menacing either our bases, our people, or our allies'
L’armée israélienne affirme avoir tué 40 hauts gradés iraniens, dont Ali Khamenei
L’armée israélienne affirme avoir tué 40 hauts gradés iraniens, dont le Guide suprême Ali Khamenei, dans sa frappe initiale.
11h25
Poutine qualifie l'assassinat de Khamenei de meurtre "cynique"
Le président russe Vladimir Poutine a déclaré dimanche que l'assassinat du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, et des membres de sa famille était un meurtre "cynique" qui violait toutes les normes de la morale humaine et du droit international.
"Veuillez accepter mes plus sincères condoléances à la suite de l'assassinat du Guide suprême de la République islamique d'Iran, Seyed Ali Khamenei, et des membres de sa famille, perpétré en violation cynique de toutes les normes de la morale humaine et du droit international", a déclaré Poutine dans une note adressée à son homologue iranien, Massoud Pezeshkian.
11h19
Les acheteurs de pétrole asiatiques évaluent leurs stocks et les alternatives au Moyen-Orient face à l'escalade du conflit avec l'Iran
Les gouvernements et les raffineurs asiatiques se sont empressés d'évaluer les stocks de pétrole ainsi que les routes maritimes et les approvisionnements alternatifs alors que le conflit iranien a perturbé le transport maritime dans le détroit crucial d'Ormuz, les prix du pétrole devant augmenter lorsque les échanges reprendront lundi.
L'Asie sera la région la plus touchée par toute perturbation de l'approvisionnement en pétrole du Moyen-Orient, car elle achète les deux tiers de son pétrole brut dans le Golfe, la moitié de l'approvisionnement de la Chine, premier importateur mondial, et 90 % de celui du Japon provenant de cette région.
Le détroit d'Ormuz est la voie navigable étroite entre l'Iran et Oman, reliant le golfe Persique à la mer d'Arabie. Chaque jour, des pétroliers transportant l'équivalent de 20 % de la consommation mondiale de pétrole le traversent, avec des cargaisons provenant de pays producteurs tels que l'Arabie saoudite, l'Irak, l'Iran, les Émirats arabes unis, le Koweït et le Qatar.
June Goh, analyste principale chez Sparta Commodities, a déclaré que les prix du pétrole devraient probablement augmenter, l'impact étant atténué par une hausse attendue de la production du groupe de producteurs OPEP+. Elle a fait remarquer que les infrastructures pétrolières n'étaient pas encore touchées. "Le secteur est actuellement confronté à un ralentissement du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz en raison de problèmes d'assurabilité, et non à un blocus pur et simple", a-t-elle déclaré.
Plusieurs armateurs de pétroliers, grandes compagnies pétrolières et maisons de négoce ont suspendu les expéditions de pétrole brut, de carburant et de gaz naturel liquéfié via le détroit.
10h37
Le chef d'Etat-major des forces armées iraniennes a été tué
Nouveau coup dur pour les dirigeants iraniens : le chef d'état-major des forces armées, Abdolrahim Mousavi, a été tué lors des frappes, a annoncé la chaîne de télévision Iran TV.
10h30
Un conseil de direction temporaire va être mis en place en Iran
Ali Larijan , conseiller de Khamenei et haut responsable de la sécurité iranienne, a déclaré qu'un conseil de direction temporaire serait mis en place conformément à la constitution jusqu'à l'élection du prochain dirigeant.
Deux sources américaines et un responsable américain au fait du dossier ont indiqué qu'Israël et les États-Unis avaient programmé leur attaque de samedi pour qu'elle coïncide avec une réunion que Khamenei tenait avec ses principaux conseillers. Des sources internes en Iran ont indiqué que le pouvoir en place chercherait immédiatement à nommer un successeur à Khamenei afin de symboliser la stabilité et la continuité.
10h23
Les Emirats arabes unis appellent l'Iran à "revenir à la raison"
Après les frappes aériennes de représailles iraniennes dans le Golfe, Anwar Gargash, conseiller du président des Émirats arabes unis, allié des États-Unis et puissance pétrolière, a exhorté Téhéran à "revenir à la raison", affirmant que la guerre n'était pas dirigée contre les voisins arabes du Golfe. Les Émirats arabes unis ont jusqu'à présent subi de plein fouet les conséquences de ces représailles iraniennes.
10h02
Oman affirme qu’un pétrolier a été visé au large de ses côtes, quatre membres d’équipage blessés
Le centre de sécurité maritime d'Oman a rapporté qu'un pétrolier battant pavillon des Palaos a été attaqué à environ cinq milles nautiques du gouvernorat de Musandam, faisant 4 blessés et conduisant à l'évacuation de tout l'équipage composé de 20 personnes. Si Oman n'a pas précisé l'identité des auteurs de ces tirs, l'Iran a mené des frappes de missiles et de drones contre plusieurs États du Golfe abritant des bases américaines ces derniers jours, notamment Bahreïn, le Qatar et les Émirats arabes unis.
9h51
Neuf personnes meurent dans des manifestations pro-Iran au Pakistan et en Irak
Dimanche, la police pakistanaise s'est heurtée à des manifestants qui avaient franchi le mur extérieur du consulat américain à Karachi, faisant neuf morts, suite aux frappes américaines et israéliennes contre l'Iran qui ont tué le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei. Un bureau local des Nations unies a été incendié par des manifestants dans le nord du Pakistan, annonce le porte-parole du gouvernement du Pakistan.
Des manifestants pro-iraniens se sont également rassemblés devant la Zone verte de Bagdad, la capitale irakienne, où se trouve l'ambassade des États-Unis. Après l'Iran, le Pakistan et l'Irak possèdent les plus importantes populations musulmanes chiites.
9h47
"En Iran, comment la révolution islamiste a bouleversé le monde depuis 1979 : le grand récit"
Retrouvez l'analyse historique de Brice Couturier, auteur de l'ouvrage "1979 : le basculement du monde" dans notre entretien ici.
9h45
Un deuil national de 40 jours débute ce dimanche en Iran
Une période de deuil de 40 jours ainsi que 7 jours fériés ont été décrétés après la mort à 86 ans du guide suprême au pouvoir depuis 1989, selon la télévision iranienne qui a précisé que la transition serait assurée par un trio composé du président iranien, Massoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire en Iran, Gholamhossein Mohseni Ejeï, ainsi que d'un membre du Conseil des gardiens de la Constitution.
Peu après l’annonce du décès de l’ayatollah ce matin, des milliers de personnes se sont rassemblées dans le centre de Téhéran, brandissant des drapeaux iraniens aux cris de "mort à l’Amérique", "mort à Israël".
Le gouvernement irakien, dont les dirigeants ont souvent entretenu des relations étroites avec la République islamique après l'occupation américaine du pays, a décrété trois jours de deuil national suite au décès de l'ayatollah iranien Ali Khamenei.
9h19
L'armée israélienne bombarde de nouveau Téhéran
L'armée israélienne a déclaré mener une vaste offensive au coeur de Téhéran. Elle a également confirmé que le guide suprême iranien avait été tué dans une opération à grande échelle menée par les forces aériennes israéliennes.
8h38
Ahmad Vahidi nommé commandant en chef des gardes révolutionnaires iraniens
Ahmad Vahidi a été nommé au poste de commandant en chef du Corps des Gardiens de la révolution islamique, rapporte le journal Hamshahri.
8h22
Nouvelles frappes contre l'Iran après la mort de Khamenei
Israël a déclaré dimanche avoir lancé une nouvelle vague de frappes aériennes sur l'Iran, plongé dans l'incertitude au lendemain de la mort de l'ayatollah Ali Khamenei dans une offensive israélo-américaine qui menace de déstabiliser le Moyen-Orient. En réponse, le Corps des gardiens de la révolution islamique a promis dimanche matin dans un communiqué répondre bientôt avec son offensive la plus importante contre les bases américaines dans la région et Israël.
Le président américain Donald Trump a, en retour, assuré le régime iranien de frappes d'"une force sans précédent" si Téhéran décidait d'user de représailles. "L'Iran vient de dire qu'ils frapperont très fort aujourd'hui, plus fort que jamais auparavant", a écrit Donald Trump sur son réseau Truth Social. "Ils ont intérêt à ne pas le faire, car s'ils le font, nous les frapperons avec une force jamais vue !", a-t-il ajouté.
08h05
Frappes en Iran : "Donald Trump et Israël veulent mettre le régime à genoux"
Le chef d'état-major des forces armées iraniennes a été tué dans les frappes
Abdolrahim Mousavi, nommé chef d’état-major des forces armées iraniennes en juin 2025, a été tué lors des frappes américaines et israéliennes, selon la télévision d’État iranienne.
Le processus de transition à la tête du régime iranien va débuter dimanche, a rapporté la télévision d'Etat iranienne, citant Ali Larijani, principal responsable de la sécurité de l'Iran. Ce dernier a accusé les Etats-Unis et Israël de vouloir désintégrer l'Iran et a averti les "groupes sécessionnistes" d'une réponse sévère s'ils tentaient d'agir. Le président du parlement iranien, Mohammad Baqer Qalibaf, a pour sa part déclaré que Donald Trump et Benjamin Netanyahu avaient franchi la ligne rouge et qu'ils en "paient le prix".
07h55
Les médias iraniens confirment la mort d'Ali Khamenei
Le guide suprême iranien Ali Khamenei a été tué dans les frappes israélo-américaines, ont déclaré dimanche les médias officiels iraniens. Ali Khamenei a été tué aux premières heures de samedi, alors qu'il se trouvait dans son bureau, ont indiqué les médias.
"Khamenei, one of the most evil people in History, is dead. This is not only Justice for the people of Iran, but for all Great Americans, and those people from many Countries throughout the World, that have been killed or mutilated by Khamenei..." - President Donald J. Trump pic.twitter.com/oXZTFGg5pS
Trump menace de frapper l'Iran avec "une force sans précédent" en cas de représailles
Les Etats-Unis frapperont l'Iran avec "une force sans précédent" si Téhéran décidait d'user de représailles après les frappes israélo-américaines menées samedi, a déclaré le président américain Donald Trump. "L'Iran vient de dire qu'ils frapperont très fort aujourd'hui, plus fort qu'ils ne l'ont jamais été", a écrit Donald Trump sur son réseau Truth Social.
"Ils feraient mieux de ne pas faire ça cela dit, car s'ils le font, nous les frapperont avec une force sans précédent", a-t-il ajouté.
Noël, le temps des cadeaux, des retrouvailles, de la chaleur au coin du feu et… des réprimandes. L'hiver dernier, en rentrant dans leurs pays respectifs pour les fêtes, les élus et les hauts fonctionnaires européens de Bruxelles ont reçu un accueil pour le moins chahuté. "Partout, sauf peut-être en Pologne, ils s'en sont pris plein la tête à propos de la soumission d'Ursula von der Leyen à Donald Trump lors du deal écossais de Turnberry, raconte un observateur bien placé. Début janvier, nombreux sont revenus à Bruxelles en défendant une ligne dure européenne sur la politique internationale, que ce soit face aux Etats-Unis ou à la Russie."
Au fil du mois, les menaces de Donald Trump sur le Groenland, puis le tumultueux forum de Davos ont achevé de convaincre les derniers ingénus, persuadés que les relations volcaniques entre les deux côtés de l'Atlantique ne relevaient que du malentendu. "Même les Néerlandais sont devenus partisans de la manière forte", raconte, ébahie, une source à Bruxelles. L'Europe des herbivores et des colombes aurait donc fait son temps.
Un groupe de pensée majoritaire dans l'establishment européen
A leur place, les faucons européens ont pris le pouvoir. Leur profil ? Ils ne considèrent plus les Etats-Unis comme un allié, soutiennent une augmentation massive des dépenses militaires nationales et approuvent l'action de l'Union européenne. Dans une étude passionnante, publiée mi-février et basée sur des sondages réalisés en novembre dernier dans 14 pays, le Conseil européen pour les relations internationales (ECFR) dresse le portrait de ce nouvel animal géopolitique, en plein essor un an après le retour de Donald Trump au pouvoir.
"Sous la force des événements, des pays qui ont longtemps été dans le camp atlantiste ou des colombes, comme l'Allemagne, se convertissent rapidement à cette posture stratégique de faucon, relève Célia Belin, coauteure du rapport de l'ECFR et spécialiste des relations transatlantiques. C'est un groupe de pensée qui pour l'instant ne dépasse pas 28 % à l'échelle européenne, mais qui est très présent dans l'establishment, c'est-à-dire les partis de gouvernement du centre gauche au centre droit." Ce profil de faucons représente ainsi 44 % des électeurs du parti Renaissance en France, 48 % de la Coalition civique au pouvoir en Pologne et une majorité de la CDU (centre droit, 51 %) et du SPD (centre gauche, 55 %) en Allemagne. Plus étonnant, ils sont fortement présents dans l'électorat de Giorgia Meloni (32 %), ce qui pourrait influencer le comportement international de la dirigeante italienne.
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Il ne faut toutefois pas confondre le faucon géopolitique européen avec son homologue américain. Longtemps incarnés par Dick Cheney, le vice-président de George W. Bush qui a précipité la Maison-Blanche dans le chaos irakien, ou plus récemment par John Bolton, ancien conseiller de Donald Trump et partisan d'une large intervention militaire en Iran, les faucons américains militent pour que les Etats-Unis soient le gendarme du monde, dans leur propre intérêt. "L'Euro-faucon n'est pas interventionniste, mais il est prêt à défendre le territoire européen et à répondre à la Russie, poursuit Célia Belin. C'est aussi l'idée, comme on l'a vu avec le Groenland, de ne pas avoir peur de l'escalade, là où les Euro-colombes peuvent craindre les conséquences de certaines décisions. L'exemple le plus frappant est la livraison d'armes à l'Ukraine : sous la pression des colombes, les Européens ont mis des années à s'autoriser à livrer certaines catégories d'armes plus offensives à Kiev."
Les colombes n'ont pas perdu toutes leurs illusions
Ce nouvel état d'esprit, symbolisé par l'envoi de troupes européennes au Groenland en janvier, signifie-t-il pour autant que l'Europe est devenue carnivore ? Constanze Stelzenmüller, directrice du Centre sur les Etats-Unis et l'Europe à la Brookings Institution, se montre sceptique sur la pérennité de ce changement. "La crise diplomatique autour du Groenland a certes constitué un choc mais, de facto, les Européens semblent continuer de partir dans toutes les directions dans leur relation avec les Américains", estime l'experte allemande depuis Washington. Mi-février, les applaudissements à Munich, après le discours plus apaisé du secrétaire d'Etat Marco Rubio, ont montré que les colombes européennes n'avaient pas (encore) perdu toutes leurs illusions.
Il n'empêche, les chiffres sont là. "Pour une majorité d'Européens, les Américains ne sont plus un allié, mais un partenaire nécessaire, au même rang que la Turquie ou la Chine, appuie Pawel Zerka, politologue polonais à l'ECFR. La population européenne n'est pas aveugle et voit bien que les Etats-Unis de Donald Trump ne s'expriment plus nécessairement en alliés de notre continent." Un état d'esprit qui aura, aussi, des conséquences dans les urnes.
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Cette semaine, Mette Frederiksen a surpris tout le Danemark en annonçant des élections anticipées le 24 mars, en un temps record. En décembre, son parti sociodémocrate stagnait autour de 16 % dans les sondages : après l'épisode du Groenland et les menaces de Donald Trump, sa cote est remontée à 22 %, ce qui pourrait sauver son poste. "Mette Frederiksen est devenue l'un des principaux visages des faucons européens, note Célia Belin. Pendant longtemps, Emmanuel Macron a été l'inspiration des faucons et il reste leader sur ces sujets, mais sa faiblesse politique en interne l'oblige à se contenter d'être main dans la main avec les Allemands, les Polonais et les Danois."
D'après l'étude de l'ECFR, 44 % des électeurs danois entrent à présent dans la catégorie des faucons. Pari payant pour leur cheffe de file ? Réponse le 24 mars.
En tenant tête à Donald Trump sur le Groenland, la Première ministre danoise Mette Frederiksen remonte dans les sondages et provoque une élection anticipée.
C'est désormais officiel. Après plusieurs heures de flottement, Donald Trump a confirmé la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei dans des frappes aériennes présentées comme "préventives" contre l'Iran. Cela vient confirmer des informations israéliennes divulguées plus tôt dans la soirée. Donald Trump a par ailleurs affirmé que "le peuple iranien à la plus grande occasion" de reprendre le contrôle de son pays, et que les frappes contre l'Iran se poursuivront "sans interruption tout au long de la semaine". Le régime iranien, lui, n'a toujours pas confirmé la mort du guide suprême iranien à l'heure où nous écrivons ces lignes.
Interrogé un peu plus tôt par la chaîne NBC News sur la mort possible du guide suprême iranien, le président américain Donald Trump a répondu : "J’ai parlé à beaucoup de gens et nous avons le sentiment certain, nous avons le sentiment que ces informations sont correctes". Dans un communiqué, l’armée israélienne a par ailleurs affirmé avoir tué Ali Shamkhani, conseiller du guide iranien ainsi que Mohammad Pakpour, le chef des Gardiens de la révolution au cours des bombardements de la journée.
Téhéran, en représailles, a pris pour cible l'Etat hébreu ainsi que des bases américaines situées dans plusieurs Etats du Golfe. L'opération, appelée "Fureur épique" par le Pentagone, vise à neutraliser les "menaces imminentes" constituées par le régime iranien, a dit Donald Trump, le président des États-Unis, qui a affirmé que les capacités de fabrication de missiles balistiques de Téhéran ainsi que sa marine, qui fait notamment peser une menace sur le trafic commercial dans le détroit d'Ormuz, allaient être "anéanties"."Une importante opération militaire a débuté contre l'Iran", a déclaré Donald Trump après l'annonce initiale par Israël d'une "frappe préventive".
La résidence de Khamenei détruite
Selon l'agence Tasnim, sept missiles se sont abattus aux abords du palais présidentiel et de la résidence du guide suprême. A l'occasion d'une conférence de presse donnée dans la soirée, Benyamin Netanyahou a confirmé que l'armée israélienne avait détruit la résidence du guide suprême, avançant que plusieurs signes indiquaient qu'Ali Khamenei serait décédé, sans confirmer explicitement sa mort.
"De nombreux signes indiquent que ce tyran n'est plus." "Dans les prochains jours, nous frapperons des milliers d'autres cibles du régime terroriste", a-t-il ajouté. Le Premier ministre israélien a également annoncé que des commandants des Gardiens de la révolution et des hauts responsables du programme nucléaire iranien ont été tués. Trois sources ayant connaissance du dossier ont rapporté la mort du ministre iranien de la Défense, Amir Nasirzadeh, ainsi que celle du commandant des Gardiens de la révolution, Mohammed Pakpour, dans les frappes israéliennes.Des médias iraniens ont également annoncé la mort du gendre et de la belle-fille d'Ali Khamenei. Donald Trump comme Benyamin Netanyahou ont enjoint les Iraniens à profiter de la situation pour renverser le régime iranien une fois les opérations militaires terminées. Donald Trump avait fait part vendredi de son insatisfaction quant à l'avancée des négociations sur le programme nucléaire et de missiles balistiques de Téhéran. Il a répété samedi que l'Iran ne pourrait jamais se doter de l'arme atomique.Le Premier ministre israélien a déclaré de son côté que l'opération militaire visait à éliminer une "menace existentielle" pour Israël et à "créer les conditions pour que le peuple iranien puisse prendre son destin en main", en allusion au renversement du régime des mollahs. Benyamin Netanyahou et Donald Trump ont échangé lors d'un appel téléphonique après les frappes israélo-américaines, a-t-on appris du bureau du Premier ministre israélien.
Samedi matin, des explosions retentissent aux quatre coins de l'Iran. Après une guerre de douze jours en juin dernier, les Etats-Unis et Israël frappent à nouveau le pays. Les dirigeants américain et israélien s'expriment dans la foulée, revendiquant une attaque "préventive" destinée à neutraliser les capacités nucléaires et balistiques de l'Iran, et à faire tomber le régime des mollahs. S'ensuit aussitôt une riposte iranienne dans de nombreux pays du Golfe. La guerre pourrait durer plus longtemps qu'en juin, avertissent les experts.
"L'heure de votre liberté est venue", assure de son côté Donald Trump, à l'attention de la population iranienne. Alors que celle-ci était descendue en masse dans les rues le mois dernier, les manifestations avaient été réprimées dans le sang par le régime. "Il semble que la population soit prête à reprendre ce risque, explique David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Ifas et rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques. Cela suppose toutefois qu’elle ne se sente pas abandonnée, comme ce fut le cas début janvier lorsque Donald Trump avait indiqué que l’aide arrivait, ce qui n'avait finalement pas eu lieu à l'époque."
Plus qu'un homme, une structure entière
La question est sur toutes les lèvres en Iran : cette fois-ci, le régime islamique peut-il tomber ? "L'intention est en tout cas de mettre le régime à genoux en provoquant virtuellement un effondrement interne, ce qui pourrait créer un espace pour que la population exerce une pression décisive", avance le chercheur. Mais les experts rappellent que l'Iran repose sur une structure de pouvoir complexe : il ne suffit donc pas de tuer l'ayatollah pour opérer un changement de régime.
"La chute du régime est aujourd'hui très incertaine, et l'hypothèse d'une prise de pouvoir de Reza Pahlavi me semble très simpliste", nuance Thierry Coville, chercheur à l'Ifri et auteur de L'Iran, une puissance en mouvement (Eyrolles). Selon lui, renverser le régime ne se résume pas à écarter ou tuer le guide suprême. "Depuis la révolution, l'armée ou les gardiens de la révolution n'ont jamais montré aucun signe de défection, explique-t-il. Et le régime a déjà prévu des remplaçants si certains chefs militaires venaient à être tués."
Le risque de guerre civile
Si les experts n'excluent pas une transition, elle relève d'un scénario très optimiste et hautement improbable, rappellent-ils. A l'inverse, le scénario du pire consisterait en une déstabilisation du pays et de la région. "Le véritable enjeu reste le risque de chaos", avance David Rigoulet-Roze. Le potentiel de déstabilisation régionale est considérable. En cas de chaos, l’Iran pourrait être un Irak post-2003 XXL !"
Alors que la population iranienne se caractérise par une forte diversité ethno-confessionelle - avec une moitié de Perses et une moitié de Kurdes, d'Azéris, de Baloutches et d'Arabes - Thierry Coville met en garde : "Cette attaque pourrait déboucher sur une guerre civile entre forces ethniques ; certaines comme les Baloutches ou les Kurdes pourraient tenter de s'emparer d'une partie du territoire iranien", explique-t-il.
Le prince Reza Pahlavi a récemment rappelé que la ligne rouge pour les Iraniens restait l’intégrité des frontières du pays, sous-entendant qu’aucune velléité séparatiste ne pourrait être tolérée. Si ce dernier a déclaré samedi matin que la victoire était proche, il "ne peut pas être considéré comme un homme fort car il ne fait pas l’unanimité ni même consensus", rappelle David Rigoulet-Roze.
Pourquoi Donald Trump a-t-il décidé d'attaquer l'Iran sans avoir consulté le Congrès, seul pouvoir en théorie autorisé à déclarer une guerre ? S'agit-il à nouveau de frapper des sites nucléaires iraniens, comme il l'a déjà fait en juin dernier ? Ou bien de "libérer le peuple iranien" comme certains le prétendent ? S'agit-il cette fois de renverser le régime, à l'image de George W. Bush avec Saddam Hussein en 2003 ? Qu'espère-t-il vraiment obtenir et comment justifie-t-il de telles frappes ? Retour sur les arguments - faux ou dénués de preuves pour la plupart - mis en avant par le président américain.
Allégations infondées
La première carte brandie par Donald Trump et ses conseillers est celle de la menace nucléaire. Steve Witkoff a été jusqu'à affirmer sur Fox News que l'Iran était "probablement à une semaine de disposer de matériaux permettant la fabrication de bombes à l'échelle industrielle". La Maison-Blanche assure aussi que l'Iran a relancé son programme nucléaire et développe des missiles à longue portée qui seraient bientôt capables d'atteindre les États-Unis.
Or, rappelle le New York Times, ces trois allégations sont soit fausses, soit non prouvées. Il est très peu probable que l'Iran, après avoir démantelé les installations nucléaires touchées par les frappes américaines et israéliennes de juin 2025, ait déjà pu reprendre l'enrichissement d'uranium nécessaire au déclenchement d'une bombe ou de missiles d'une telle portée. Et quand bien même le pays aurait repris des activités sur certains sites, ceux-ci sont largement connus et scrutés par les services de renseignement américains. "Les stocks d'uranium que l'Iran a déjà enrichi restent enfouis après les frappes de l'année dernière, ce qui rend presque impossible pour l'Iran de fabriquer une bombe 'en quelques jours'" comme le suggère le président américain, précise le New York Times. Selon le quotidien américain, les agences de renseignement américaines estiment que l'Iran est probablement encore à plusieurs années de disposer de missiles capables d'atteindre les États-Unis.
Un argument peu crédible donc, qui n'est pas sans rappeler le narratif utilisé par George W. Bush en 2003, lorsqu'il avait accusé - à tort - l'Irak de chercher à se doter de l'arme nucléaire. Un peu plus tôt cette semaine Jim Himes, principal démocrate au sein de la commission du renseignement au Congrès a d'ailleurs déclaré : "Les guerres au Moyen-Orient sont néfastes pour les présidents et pour le pays, et nous n'avons entendu aucune raison valable justifiant le lancement d'une nouvelle guerre au Moyen-Orient maintenant."
"Pari énorme"
Mais outre le nucléaire, le président américain joue aussi sur un autre tableau : celui d'une intervention pour "libérer" le peuple iranien en renversant le régime d'Ali Khamenei. Samedi, dans la foulée des frappes américaines, Donald Trump s'est directement adressé aux Iraniens : "Votre heure de liberté est arrivée", a-t-il assuré.
Ces messages - ainsi que ceux du même acabit diffusés par le Mossad - visent-ils simplement à pousser Ali Khamenei à capituler, ou annoncent-ils réellement un renversement du pouvoir en place ? Rien n'est moins sûr. "Cette attaque est un pari énorme", explique Ali Ansari, professeur à l'Université de Saint-Andrews, dans le Times. "Beaucoup d’hypothèses seront mises à l’épreuve dans les prochaines semaines, mais tout dépendra en grande partie de la réaction de la population iranienne — c’est la question clé."
La capacité des Etats-Unis à poursuivre cette guerre sur la durée est aussi en question. Selon le Times, des fuites la semaine dernière laisseraient entendre que si les bombardements devaient se prolonger au-delà de dix jours, les stocks américains de certains missiles pourraient commencer à s’épuiser. Avec le soutien à l'Ukraine, les bombardements des Houthis au Yémen et l'appui militaire à Israël lors de ses précédents conflits avec l'Iran, la situation de ses stocks de munition serait de plus en plus préoccupante, selon le quotidien britannique.
Les principales craintes portent sur les missiles intercepteurs destinés à abattre les ogives entrantes : 20 à 30 % des stocks américains de SM-3 (tirés depuis des navires de guerre) et de systèmes terrestres Talon ont déjà été utilisés lors des précédentes frappes. "Pour l’instant, je ne décrirais pas la situation comme critique, estime dans le Times John Ridge, analyste en sources ouvertes, mais de nouvelles utilisations importantes mettraient sous tension la capacité des Etats-Unis à financer d’autres plans opérationnels, notamment dans la zone indo-pacifique face à un éventuel scénario chinois."
De la fumée s'élève après des attaques présumées de missiles iraniens, à la suite de frappes américaines et israéliennes contre l'Iran, à Manama, Bahreïn, le 28 février 2026. REUTERS
"Fureur épique" côté américain, "Lion rugissant" côté israélien : deux noms pour une impressionnante opération conjointe. Tel-Aviv et Washington ont lancé le 28 février une campagne massive de frappes aériennes présentée comme "préventive" contre l’Iran, précisant que celle-ci devrait durer "plusieurs jours", alors que les médias officiels iraniens font état de nombreuses explosions à Téhéran et dans plusieurs villes du pays comme Ispahan (centre), Qom (centre), Karaj (ouest de Téhéran) et Kermanchah (ouest).
Elle vise à neutraliser les "menaces imminentes" constituées par le régime iranien, a assuré Donald Trump, qui précise que les capacités de fabrication de missiles balistiques de Téhéran ainsi que sa marine, qui faisait notamment peser une menace sur le trafic commercial dans le détroit d'Ormuz, allaient être "anéanties". Du côté iranien, la riposte a été immédiate : Tsahal et l’agence de presse iranienne Tasnim ont rapporté que Téhéran avait déjà lancé plusieurs missiles et drones en direction d’Israël. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a déclaré que l'opération militaire visait à éliminer une "menace existentielle" pour Israël et à "créer les conditions pour que le peuple iranien puisse prendre son destin en main". L'offensive américano-israélienne a déjà des conséquences dans la région. Les autorités du Bahreïn, du Qatar, des Émirats arabes unis et du Koweït, qui hébergent des bases militaires américaines, ont dit avoir intercepté à cette heure tous les missiles qui visaient leur territoire.
L'objectif est aujourd'hui de "mettre le régime à genoux", estime David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique, chercheur associé à l'EISMENA et rédacteur en chef de la revue Orient stratégiques (L'Harmattan). Pour ce spécialiste de l'Iran, il existe clairement "une répartition des rôles" militaires entre Washington et Tel-Aviv pour faire plier le régime des mollahs. Entretien.
L'Express : Israël a lancé une "frappe préventive" contre l’Iran. Qu’est-ce que cela signifie ?
David Rigoulet-Roze : Il s’agit d’éléments de langage. Israël considérait le régime iranien comme une "menace existentielle". Dans cette perspective, une frappe préventive vise théoriquement à anticiper le moment où cette menace serait en mesure de se concrétiser.
Même si le danger n’était pas nécessairement imminent, la logique demeure celle de l’anticipation. Cette approche s’inscrit dans une stratégie préemptive constante de la part d’Israël : frapper avant que l’adversaire ne le fasse. En l’occurrence, les autorités israéliennes estimaient que le développement des capacités balistiques iraniennes renforçait cette menace.
L’attaque sur l’Iran a été menée après des mois de planification avec les Etats-Unis, selon l’armée israélienne. L’opération militaire montre-t-elle que les rounds de négociations étaient un trompe-l’œil ?
La planification, qui aurait pris plusieurs mois, ne doit pas être confondue avec la décision finale. Planifier consiste à mettre en place des dispositifs opérationnels ; la décision politique de principe, elle, aurait été prise il y a plusieurs semaines. Le processus de négociation constituait donc une ultime tentative, dans l’hypothèse, néanmoins improbable, où un accord aurait pu aboutir. En réalité, aucune des deux parties ne se faisait réellement d'illusions, compte tenu de leurs lignes rouges qui demeuraient inchangées. L'issue militaire n'est donc pas nécessairement surprenante.
On peut légitimement s’interroger sur la portée réelle de ces négociations. Elles relevaient largement d’une mise en scène diplomatique. De part et d’autre, des éléments de langage similaires étaient employés : "discussions constructives", "progrès significatifs", "pourparlers intenses et constructifs". Pourtant, chacun se préparait parallèlement à une potentielle issue militaire. Dans une large mesure, cette séquence diplomatique permettait avant tout de gagner du temps. L’impression de "progrès" était largement surinterprétée de l’extérieur, à travers le relais des médias. Or, dès lors que les positions fondamentales restent figées, il n’y avait, en pratique, peu de choses à négocier - et effectivement, rien de substantiel ne l’a été dans le cadre de ce processus.
Le fait que la date de l'opération tombe un jour de shabbat en Israël et partout dans le monde juif n’est pas le fruit du hasard ?
Il n'est pas nécessairement déterminant. Le calendrier coïncide surtout avec une phase particulière du contexte intérieur iranien. L’opération intervient à l’issue de la période commémorative de deuil de quarante jours dans la culture chiite, après la répression de début janvier par le régime.
Par ailleurs, la rentrée universitaire s’est accompagnée d’une reprise des mouvements de contestation dans les grandes universités du pays, avec des slogans hostiles au régime et des gestes symboliques forts comme le fait de brûler des drapeaux de la République islamique. Cette conjonction crée ce qui peut être perçu comme une fenêtre d’opportunité : agir à un moment où la contestation interne reprend de l’ampleur. L’idée pourrait être de ne pas rater cette nouvelle occasion d'appuyer ce mouvement. D’ailleurs, dans ses déclarations, Donald Trump appelle explicitement la population iranienne à prendre son destin en main, en tirant parti de l’opération en cours.
Que sait-on sur les premières cibles visées par les Israéliens ?
Il existe, de toute évidence, une forme de répartition des rôles. Les Israéliens, qui disposent de relais à l’intérieur du pays, se concentrent prioritairement sur les cibles à haute valeur stratégique ("high value targets"), c’est-à-dire les commandants des Gardiens de la révolution, les responsables politiques de premier plan et les figures clés de l’appareil sécuritaire. Les premières frappes auraient ainsi visé des centres névralgiques du pouvoir, notamment des bâtiments liés au guide suprême, à la présidence, ainsi que certains ministères et responsables identifiés pour leur rôle central dans la répression. Le guide suprême aurait été mis en sécurité, mais d’autres responsables semblent avoir été atteints.
Le ciblage des principales figures du régime relève davantage du savoir-faire israélien, avec une forte capacité d'infiltration du système sécuritaire iranien, notamment grâce à la présence et aux réseaux du Mossad. Cela lui permet d’identifier avec précision les profils stratégiques à neutraliser, comme c'était le cas lors de la guerre des douze jours.
Et du côté américain ?
Les États-Unis sembleraient privilégier des objectifs plus structurels, consistant à neutraliser les infrastructures stratégiques majeures et à affaiblir en profondeur les possibilités de réplique du régime iranien : bases militaires, capacités navales — Donald Trump ayant lui-même évoqué la possibilité de neutraliser la marine — et notamment les bases de missiles.
Dans ce contexte, seuls les États-Unis disposent des moyens militaires permettant d’assurer une couverture régionale de grande ampleur : avions de surveillance de type AWACS, dispositifs antimissiles intégrés, groupes aéronavals et systèmes de défense déployés autour des porte-avions.
S’oriente-t-on vers une opération plus longue que la guerre des douze jours ?
Il s’agit d’une opération de très grande envergure. La planification s’étend potentiellement sur plusieurs semaines, et elle ne se limite pas à un simple raid ponctuel comme en juin dernier. Ce n’est pas un "one-shot" : l’objectif relève d’une stratégie de guerre d’attrition et de haute intensité.
L’intention est de mettre le régime à genoux, non pas par la seule force aérienne, mais en provoquant virtuellement un effondrement interne, ce qui pourrait créer un espace pour que la population exerce une pression décisive.
L’objectif est-il clairement d’opérer un "regime change" ?
La question du changement de régime est présente, mais elle ne suit pas la même logique que le modèle irakien, avec une intervention directe de troupes au sol. L’approche repose plutôt sur l’émergence éventuelle d’un acteur capable de conduire une transition politique ordonnée susceptible d'éviter le chaos.
Dans ses déclarations, Donald Trump a clairement appelé la population iranienne à agir. Il a formulé un message invitant les citoyens à "prendre leur destin en main" et à tirer parti de la situation, indiquant que les forces extérieures accomplissaient leur action et que c’était désormais à la population de saisir l’opportunité qui se présentait.
Cette opération vise donc aussi à ce que la population redescende dans la rue ?
Sans doute. Il semble que la population soit prête à nouveau à prendre ce risque. Cela suppose toutefois qu’elle ne se sente pas abandonnée, comme ce fut le cas début janvier lorsque Donald Trump avait indiqué que "l’aide arrivait", ce qui n'avait finalement pas eu lieu à l'époque.
Le véritable enjeu reste le risque de chaos. Dans ce type de situation, un effondrement incontrôlé est possible, ce que le Pentagone a indiqué à Donald Trump. On sait comment une guerre peut commencer mais on ne sait pas comment elle peut se terminer. Il y a toujours une part d'impondérables.
Trump affirme que "l'Iran n'aura jamais l'arme nucléaire". Est-ce qu'il faut s'attendre aussi à des frappes sur les grands centres nucléaires comme lors de la guerre des douze jours ?
Des frappes avaient déjà eu lieu par le passé, et le programme nucléaire iranien était supposément éradiqué. Manifestement, ce n'est pas totalement le cas. C’est là que l'on retrouve le site problématique appelé "Montagne de la Pioche", jamais visité par l'AIEA (aménagé en plus grande profondeur que celui de Fordow), près du site bombardé de Natanz. Selon l'agence, une partie des 440 kg d’uranium enrichi à 60 % serait toujours enfuie à Natanz et l'agence demandait en urgence de pouvoir faire un état des lieux de la situation, ce qui lui avait été refusé jusqu'à présent.
Il existe également des sites comme celui de Taleghan 2 à Parchin, supposé pouvoir servir comme centre d’essai d’explosifs à usage militaire et déjà bombardé par Israël en 2024. Il serait une des cibles prioritaires dans l'opération en cours. A cela s'ajoutent une multitude d'autres installations stratégiques.
Des explosions ont retenti un peu partout dans le Golfe. Est-ce que l'idée de l'Iran est aussi de "saturer" les alliés de Donald Trump dans la région ?
L’objectif est de créer un chaos potentiel, à travers l'arme privilégiée du balistique, en grand partie reconstituée depuis l'été dernier. Cette problématique balistique était une ligne rouge. Elle constitue un point central des négociations catégoriquement rejeté par le régime iranien qui le considère comme son principal moyen de dissuasion crédible, leurs forces conventionnelles ne leur permettant pas de confronter une puissance militaire comme celle des Etats-Unis.
Les Iraniens comptent donc mobiliser ces capacités balistiques dans le cadre d’une stratégie de saturation. C’est la raison pour laquelle les États-Unis ont pris le temps de déployer des systèmes de défense tels que THAAD et Patriot, afin de protéger à la fois les bases américaines et les pays alliés dans la région.
Est-ce que toutes les capacités balistiques de l'Iran peuvent-elles être neutralisées rapidement ?
Il ne faut pas s’attendre à un effondrement rapide de ses capacités balistiques. À court terme, ce n’est pas probable, mais à plus long terme, cela pourrait se produire. Des dégâts importants sont néanmoins à prévoir. L’Iran disposerait d’environ 2 500 missiles, dont certains ont une portée comprise entre 1 400 et 2 000 km. Dans le cadre d’une stratégie de saturation - déjà amorcée à la fin de la guerre des 12 jours - l’envoi massif de missiles, même si seule une fraction atteint sa cible, peut provoquer des destructions considérables. C’est le principe du tir de saturation par essaims de missiles.
Cette opération montre également que le ciel iranien est totalement "ouvert"…
On le savait depuis la guerre des douze jours puisque les systèmes antiaériens russes S-300 avaient été en partie neutralisés. Sur ce point, le vrai risque réside ailleurs : il s’agit donc bien des missiles. La priorité des Américains est de limiter l’ampleur d’une riposte iranienne potentiellement dévastatrice.
Quelles peuvent être les conséquences à court terme pour la région ?
L’Iran fait figure de pays sismique, au sens propre comme au sens figuré. Il est en effet sujet à de nombreux séismes telluriques et potentiellement sismiques sur le plan géopolitique. Toute action contre l’Iran aura des répercussions dans toute la région.
Le potentiel de déstabilisation régionale est considérable. En cas de chaos, l’Iran pourrait être un Irak post-2003 XXL ! Et cela en raison de la diversité ethno-confessionnelle et de l’instabilité qui en découle. Outre les Perses, qui représentent plus de la moitié de la population, le pays comprend des Kurdes, des Azéris, des Baloutches et des Arabes dans le Khuzestan. Des mouvements kurdes revendiquent déjà l’inclusion de leurs droits dans toute transition éventuelle, tandis que des groupes armés baloutches demeurent actifs.
Le prince Reza Pahlavi a récemment rappelé que la ligne rouge pour les Iraniens restait l’intégrité des frontières du pays, sous-entendant qu’aucune velléité séparatiste ne pourrait être tolérée.
Justement, Reza Pahlavi a déclaré ce matin que la victoire était "proche". Est-ce qu’il se positionne comme l’homme fort d’une éventuelle transition ?
Il ne peut pas être considéré comme un homme fort car il ne fait pas l’unanimité ni même consensus. Mais il veut se présenter comme l'incarnation d'un leadership par défaut afin de rassembler une opposition structurellement très divisée qui pourrait se rallier à lui dans le but d'une transition ordonnée. Mais aussi de prévenir un chaos qui pourrait découler d'un effondrement brutal du régime actuel.
Quelques heures après les frappes israélo-américaines sur l'Iran, la riposte ne s'est pas fait attendre. Des missiles iraniens ont été tirés contre de nombreux pays du Golfe. En première ligne : les pays du Moyen-Orient abritant des bases militaires américaines (Koweït, Qatar, Émirats arabes unis, Bahrein et Jordanie). "Tous les territoires occupés et les bases américaines criminelles dans la région ont été frappés par les puissants coups des missiles iraniens. Cette opération se poursuivra sans relâche jusqu’à la défaite décisive de l’ennemi", ont déclaré les Gardiens de la révolution iraniens.
Emirats arabes unis
Au moins une personne a été tuée à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis, selon l’agence de presse officielle du pays. Plusieurs missiles lancés depuis l'Iran ont été interceptés dans le pays, qui "se réserve pleinement le droit de répondre à cette escalade". Des avions de chasse ont été vus en train de survoler la zone de Yas Island à Abou Dhabi samedi après-midi.
Bahreïn
Un centre du quartier général de la cinquième flotte américaine à Bahreïn a été touché par une "attaque de missile", ont annoncé samedi les autorités du pays dans un communiqué. Une vidéo d’un témoin de Reuters montrait un panache de fumée grise s’élevant près des côtes de cette petite nation insulaire, tandis que des sirènes retentissaient. Les Gardiens de la révolution iraniens ont confirmé, un peu plus tard, avoir ciblé la Cinquième flotte de la marine américaine stationnée à Bahreïn.
Qatar
Samedi, les systèmes de défense du Qatar ont intercepté un missile iranien. D’après un responsable qatari cité par l’AFP, des intercepteurs Patriot, de fabrication américaine, ont détruit ce missile. Le Qatar accueille la base militaire d’Al-Udeid, la plus importante installation militaire américaine dans la région. Par ailleurs, l’Autorité de l’aviation civile du Qatar a indiqué que l’espace aérien du pays était temporairement fermé, tandis que Qatar Airways a annoncé la suspension de tous ses vols au départ de Doha.
Koweït
Des explosions ont retenti samedi matin au Koweït, qui a annoncé avoir neutralisé plusieurs missiles.
Jordanie
Les forces armées jordaniennes ont abattu samedi deux missiles balistiques visant le territoire du royaume, a déclaré un responsable militaire. Plus tôt, l'armée de l'air jordanienne avait annoncé mener des exercices pour "protéger le ciel du royaume", après des frappes israéliennes et américaines contre l'Iran.
Arabie saoudite
L’Arabie saoudite a condamné les attaques iraniennes dirigées contre ses voisins. "Le royaume condamne fermement et dénonce avec la plus grande vigueur l’agression brutale de l’Iran ainsi que la violation manifeste de la souveraineté des Emirats arabes unis, du Bahreïn, du Qatar, du Koweït et de la Jordanie", indique un communiqué diffusé samedi par l’agence de presse officielle du royaume. Le texte ne fait toutefois aucune référence à d’éventuelles frappes visant directement l’Arabie saoudite, alors que des journalistes de l’AFP ont rapporté avoir entendu plusieurs explosions plus tôt dans la journée à Riyad.
Risques pour les navires dans le Golfe
Les frappes américaines et israéliennes sur l'Iran augmentent "considérablement le risque pour la sécurité des navires" dans le Golfe et les alentours, a averti samedi Bimco, l'une des principales associations d'armateurs dans le monde citée par l'AFP. "Les navires ayant des liens commerciaux avec des intérêts américains ou israéliens sont plus susceptibles d’être ciblés, mais d'autres navires peuvent également être visés, délibérément ou par erreur", déclare l'association dans un communiqué.
Vols suspendus dans la région
Les compagnies aériennes mondiales ont suspendu leurs vols à travers le Moyen-Orient, les cartes de suivi des vols montrant un espace aérien iranien pratiquement vide.
De la fumée s'élève après que l'agence de presse officielle a rapporté une frappe de missiles contre un centre de services de la cinquième flotte américaine à Manama, Bahreïn, à la suite des frappes menées par les États-Unis et Israël contre l'Iran, le 28 février 2026, dans cette image fixe tirée d'une vidéo. Via REUTERS
C'est une première dans l'histoire des Etats-Unis. Jamais un ancien président n'avait été forcé de comparaître devant une commission au Congrès. Bill Clinton a changé la donne vendredi : il a dû s'expliquer, pendant six heures et à huis clos, sur ses liens avec Jeffrey Epstein. S'il a bien reçu le pédocriminel à la Maison-Blanche (17 fois) et voyagé dans son jet privé (27 fois), il ignorait tout, a-t-il dit, de ses agissements. Quant à son épouse Hillary, auditionnée la veille, Bill Clinton a assuré qu'elle n'avait rien à voir avec le prédateur sexuel.
Pas de complaisance
Le président de la commission James Comer (membre du parti Républicain) a déclaré que l’ex-président démocrate avait été "très coopératif" et tenté de répondre à chaque question posée, concernant notamment des photos compromettantes, même lorsque son avocat lui disait de se taire. "Non seulement je n’aurais pas pris son avion si j’avais eu le moindre soupçon de ce qu’il faisait, mais je l’aurais dénoncé moi-même et j’aurais mené la campagne pour que justice soit faite pour ses crimes, et non pour des arrangements à l’amiable", a assuré Bill Clinton devant la commission.
Après avoir résisté pendant des mois, dénonçant une convocation plus politique que judiciaire, l’ancien locataire de la Maison-Blanche, qui dit avoir rompu tout lien avec Jeffrey Epstein en 2006, a finalement accepté de se prêter à cet exercice. L'audience a été rythmée par de nombreuses questions, dont beaucoup de la part du camp démocrate lui-même.
L'ombre de Donald Trump
Les démocrates espèrent que l’audition de l’ancien président puisse créer un précédent - une sorte de "règle Clinton", selon le député Ro Khanna - pour obtenir une comparution de Donald Trump. Deux autres personnalités de l'administration actuelle sont également dans leur viseur : la procureure générale des Etats-Unis, Pam Bondi, accusée d'avoir volontairement omis de publier certaines archives liées à Jeffrey Epstein, et le secrétaire au commerce, Howard Lutnick, qui a menti en dissimulant son voyage sur l’île privée du financier.
"Il est temps pour le président de répondre aux questions sur les dossiers du département de la justice qui manquent, la raison de la dissimulation organisée par la Maison-Blanche, et la raison pour laquelle cette administration continue à appeler l’enquête un canular", a expliqué le chef de file des démocrates au sein de la commission Robert Garcia à la presse. Une déclaration aussitôt corroborée par Suhas Subramanyam : "Soyons honnêtes, nous nous adressons aujourd’hui au mauvais président", a estimé l'élue démocrate de Virginie.
Le représentant américain James Comer, entouré d'Anna Paulina Luna, de Nancy Mace et de John McGuire , s'exprime devant le Chappaqua Performing Arts Center, alors que Bill Clinton comparaît devant la commission d'enquête de la Chambre des représentants sur l'affaire Jeffrey Epstein, à Chappaqua, dans l'État de New York, aux États-Unis, le 27 février 2026. REUTERS/Shannon Stapleton
Israël et les États-Unis ont annoncé ce samedi 28 février avoir lancé une campagne de frappes présentées comme "préventives" contre l'Iran, qui devrait durer "plusieurs jours", alors que les médias iraniens faisaient état de nombreuses explosions à Téhéran et dans d'autres villes du pays. L'armée israélienne et l'agence de presse iranienne Tasnim ont indiqué que l'Iran avait riposté en tirant plusieurs salves de missiles et de drones en direction d'Israël. Aucun dégât n'a été signalé pour le moment.Les autorités du Bahreïn, du Qatar, des émirats arabes unis et du Koweït, qui hébergent des bases militaires américaines, ont dit avoir intercepté à cette heure tous les missiles qui visaient leur territoire. "Une importante opération militaire a débuté contre l'Iran", a déclaré Donald Trump après l'annonce initiale par Israël d'une "frappe préventive". Cette opération, appelée "Fureur épique" par le Pentagone, vise à neutraliser les "menaces imminentes" constituées par le régime iranien, a ajouté le président des États-Unis, qui a affirmé que les capacités de fabrication de missiles balistiques de Téhéran ainsi que sa marine, qui fait notamment peser une menace sur le trafic commercial dans le détroit d'Ormuz, allaient être "anéantis".
Donald Trump avait fait part vendredi 27 février de son insatisfaction quant à l'avancée des négociations sur les programme nucléaire et de missiles balistiques de Téhéran. Il a répété samedi que l'Iran ne pourrait jamais se doter de l'arme atomique. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a déclaré de son côté que l'opération militaire visait à éliminer une "menace existentielle" pour Israël et à "créer les conditions pour que le peuple iranien puisse prendre son destin en main", en allusion au renversement du régime des mollahs. "Le moment est venu pour (...) la population iranienne (...) de se libérer du joug tyrannique (du régime) et d'instaurer un Iran libre et épris de paix", a-t-il déclaré dans un communiqué.
Ali Khamenei visé ?
Les agences de presse iraniennes ont fait état de plusieurs explosions à Téhéran et de colonnes de fumée noire s'élevant au-dessus de la capitale. Selon un responsable iranien, plusieurs ministères ont notamment été visés. Des explosions ont été signalées dans d'autres villes, notamment Tabriz, Ispahan, la ville sainte de Qom ou encore la ville portuaire de Bouchehr, où se trouve une centrale nucléaire civile. Un responsable israélien a déclaré que le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, et le président Massoud Pezeshkian, avaient été ciblés, ajoutant que le résultat des frappes était en cours d'évaluation.Selon l'agence Tasnim, sept missiles se sont abattus aux abords du palais présidentiel et de la résidence du guide suprême. Un responsable iranien a déclaré à Reuters qu'Ali Khamenei n'était pas à Téhéran et qu'il avait été conduit dans un lieu sûr. Massoud Pezeshkian est également sain et sauf, a-t-on dit de source iranienne. Plusieurs commandants et responsables politiques des Gardiens de la révolution, l'unité d'élite du régime iranien, ont en revanche été tués, a déclaré à Reuters une source proche du régime.
Cette opération israélo-américaine contre l'Iran, qui fait écho au conflit de douze jours en juin dernier, intervient après des avertissements répétés des États-Unis et d'Israël selon lesquels ils frapperaient à nouveau si Téhéran ne renonçait pas à ses programmes nucléaires et de missiles balistiques. Selon un responsable militaire israélien, cette nouvelle campagne de frappes aériennes a été planifiée pendant des mois en coordination avec les États-Unis, et la date de son déclenchement avait été fixée il y a plusieurs semaines.Les États-Unis ont notamment déployé à cette fin deux porte-avions et leurs escadres dans la région. "Je ne fais pas cette déclaration à la légère. Le régime iranien cherche à tuer", a déclaré Donald Trump dans une vidéo diffusée sur Truth Social. "De courageux héros américains risquent de perdre la vie et nous pourrions déplorer des pertes, comme c'est souvent le cas en temps de guerre, mais nous agissons ainsi, non pas pour le présent, mais pour l'avenir, et c'est une mission noble."
Donald Trump a enjoint les membres des Gardiens de la révolution islamique à déposer les armes, leur promettant l'immunité. La seule alternative est "une mort certaine", a-t-il menacé. Un responsable américain a déclaré à Reuters que les frappes avaient été lancées depuis les airs et la mer et qu'elles allaient sûrement se poursuivre pendant "plusieurs jours".Un autre responsable américain a dit à la chaîne CNN que les frappes visaient des "cibles militaires". L'armée israélienne a demandé aux Iraniens de s'éloigner de toutes les installations militaires. Un responsable iranien a déclaré de son côté à Reuters que Téhéran allait riposter de manière "écrasante" à cette attaque. Selon l'agence de presse bahreïnie, le quartier général de la Ve flotte américaine à Bahreïn a été la cible d'une attaque de missiles. Des explosions ont également été entendues dans le ciel de Doha, la capitale du Qatar, qui héberge une importante base américaine, ainsi qu'à Abou Dhabi et Dubaï, aux Émirats arabes unis.
L'armée israélienne a annoncé de son côté que plusieurs salves de missiles iraniens avaient été tirés en direction d'Israël, dont le "Dôme de fer" a été activé et où les sirènes d'alerte ont retenti. Les écoles resteront fermées ce samedi et les Israéliens sont appelés à télétravailler et à éviter les rassemblements publics, a précisé l'armée. L'espace aérien israélien est fermé pour tous les vols civils jusqu'à ce que la situation soit jugée sûre, a annoncé l'autorité aéroportuaire israélienne.
L'Iran a également fermé son espace aérien, de même que d'autres pays de la région comme l'Irak et le Koweït. Plusieurs compagnies aériennes, dont Air France et Lufthansa, ont annoncé la suspension de leurs vols en direction d'Israël et pour certaines d'entre elles de plusieurs destinations proche-orientales, comme Beyrouth, Bagdad, Dubaï et Oman.
Le président américain Donald Trump a déclaré samedi que les États-Unis avaient entamé des "opérations de combat majeures" en Iran, faisant suite à une série de frappes préventives menées par Israël.
Téhéran a riposté en lançant des missiles vers plusieurs bases aériennes américaines dans de nombreux pays de la région.
Cette attaque fait suite à une guerre aérienne de 12 jours en juin dernier, lorsque les États-Unis se sont joints à une campagne militaire israélienne contre les installations nucléaires iraniennes, dans le cadre de l'action militaire américaine la plus directe jamais menée contre la République islamique. Depuis, les États-Unis et Israël avertissaient l'Iran qu'ils frapperaient à nouveau si Téhéran poursuivait ses programmes nucléaires et de missiles balistiques. Téhéran a déclaré que l'Iran se défendrait contre toute attaque. Les Iraniens ont averti les pays voisins accueillant des troupes américaines qu'ils riposteraient contre les bases américaines si Washington les frappait.
20h26
Netanyahou dit qu'il y a de nombreux signes que le guide suprême est mort
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a déclaré ce soir qu'il existait de nombreux signes suggérant que le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, aurait pu être tué lors de frappes israélo-américaines en Iran."Ce matin, nous avons détruit le complexe du tyran Khamenei", a déclaré Netanyahou dans un message vidéo, ajoutant que pendant plus de 30 ans, Khamenei avait "répandu le terrorisme à travers le monde, rendu son propre peuple misérable et travaillé sans relâche à un programme visant à anéantir l'État d'Israël". "De nombreux signes indiquent que ce tyran n'est plus. Ce matin, nous avons éliminé de hauts responsables du régime des ayatollahs, des commandants des Gardiens de la révolution, des figures importantes du programme nucléaire – et nous poursuivrons nos efforts. Dans les prochains jours, nous frapperons des milliers d'autres cibles de ce régime terroriste", a déclaré Netanyahou.
18h30
Les Gardiens de la révolution imposent un blocuc dans le détroit d'Ormuz
Tasnim, l'agence de presse iranienne, a annoncé que le détroit d'Ormuz, voie de navigation internationale par laquelle transitent près de 20 % du pétrole mondial, est "effectivement fermé", après que les Gardiens la révolution ont ordonné aux navires commerciaux de cesser d'emprunter ce passage. "Les Gardiens de la révolution iraniens ont averti plusieurs navires que, compte tenu de l'insécurité qui règne dans le détroit à la suite de l'agression militaire américaine et israélienne et aux représailles iraniennes, le passage du détroit est actuellement dangereux", a déclaré les Gardiens de la révolution, cités par l'agence Tasnim.
18h15
La France "n'a été ni prévenue ni impliquée", affirme Emmanuel Macron
Le président de la République Emmanuel Macron a appelé à la reprise de la voie diplomatique lors d'un Conseil de défense et de sécurité nationale concernant la situation en Iran et au Moyen-Orient, lors de laquelle il a précisé que la France n'avait été "ni prévenue, ni impliquée" dans les frappes menées par les Etats-Unis et Israël.
"La priorité absolue pour nous est évidemment la sécurité de nos ressortissants dans tous les pays qui sont aujourd'hui frappés. C'est ensuite la sécurité de nos entreprises militaires et diplomatiques dans l'ensemble de ces pays", a déclaré Emmanuel Macron en ouverture du Conseil. "Enfin, je souhaite que nous puissions prendre toutes les initiatives utiles pour que le travail diplomatique reprenne ses droits", a-t-il ajouté depuis l'Elysée.
18h
La France "met en vigilance" ses forces de sécurité intérieure
D’après l’AFP, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a sollicité samedi une "mise en vigilance" des forces de l’ordre en France afin de "détecter toute action susceptible de troubler l’ordre public" sur le territoire, à la suite des frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran. "Je vous demande de veiller à la mise en vigilance des forces de sécurité intérieures placées sous votre autorité", a écrit le ministre dans un télégramme envoyé aux préfets samedi et consulté par France Télévisions, que l'AFP indique avoir pu consulter.
Le ministre préconise notamment un renforcement de la sécurité autour des représentations diplomatiques et demande aux préfets de "signaler immédiatement aux services de renseignement toute action d’influence ou de déstabilisation en lien avec ce conflit".
15h30
Emmanuel Macron convoque un conseil de défense
Une réunion du conseil de défense et de sécurité nationale français sur la situation en Iran et au Moyen-Orient sera tenue à 18 heures ce samedi, selon l'Elysée.
15h
Le ministre iranien de la Défense et le commandant des Gardiens de la révolution auraient été tués
Le ministre iranien de la Défense, Amir Nasirzadeh, et le commandant des Gardiens de la révolution, Mohammed Pakpour, ont été tués lors d'attaques israéliennes, selon trois sources proches du dossier.
13h24
Le médiateur omanais critique les frappes américaines
Badr Albusaidi, le ministre omanais des Affaires étrangères qui assurait la médiation entre les États-Unis et l'Iran avant les attaques, a critiqué sur X la décision de Donald Trump de frapper l'Iran en pleins pourparlers. "Des négociations actives et sérieuses ont une fois de plus été compromises", a-t-il déclaré sur les réseaux sociaux. "J'exhorte les États-Unis à ne pas s'enliser davantage. Ce n'est pas votre guerre."
Vendredi, Badr Albusaidi s'était montré optimiste quant à la possibilité d'un accord et avait affirmé que l'Iran avait fait des concessions significatives sur son programme nucléaire.
I am dismayed. Active and serious negotiations have yet again been undermined. Neither the interests of the United States nor the cause of global peace are well served by this. And I pray for the innocents who will suffer. I urge the United States not to get sucked in further.…
L’armée israélienne affirme avoir visé plusieurs réunions de hauts responsables iraniens à Téhéran
"L’attaque de ce matin a été menée simultanément en plusieurs endroits de Téhéran, où s’étaient réunis de hauts responsables de la direction politico-sécuritaire iranienne", déclaré un communiqué militaire israélien.
13h
L’armée israélienne annonce avoir frappé "des centaines de cibles militaires" en Iran
"Dans le cadre de l’opération Rugissement du Lion, l’armée de l’air israélienne a frappé des centaines de cibles militaires, notamment des lanceurs du régime terroriste iranien dans l’ouest de l’Iran", a annoncé Tsahal sur les réseaux sociaux. "Parallèlement aux frappes de l’armée de l’air en Iran, le système de défense aérienne agit pour intercepter les menaces lancées depuis l’Iran vers le territoire de l’Etat d’Israël", ont-elles ajouté.
🎥 REGARDEZ : Tsahal frappe des centaines de cibles dans l’ouest de l’Iran dans le cadre de l’opération « Rugissement du Lion ». pic.twitter.com/3CFP0wF079
Moscou dénonce une "aventure dangereuse" qui menace la région
Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, le ministère des Affaires étrangères russe a dénoncé une "agression armée préméditée et non provoquée" des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, affirmant que "l’ampleur et la nature des préparatifs politico-militaires et de propagande" ayant précédé ces frappes "ne laissent aucun doute" sur le caractère planifié de l’opération. La Russie condamne ce qu'elle considère comme une violation des "principes fondamentaux et normes du droit international" à l'encontre d'un Etat souverain membre de l'Onu.
"Le prétendu artisan de paix s'est une fois de plus montré", a également réagi l'ancien président russe Dmitri Medvedev. "Toutes les négociations avec l'Iran ne sont qu'une façade. Personne n'en doutait. Personne ne souhaitait réellement négocier." "La question est de savoir qui aura la patience d'attendre la fin ignominieuse de son ennemi. Les États-Unis n'ont que 249 ans. L'Empire perse a été fondé il y a plus de 2 500 ans. On verra dans 100 ans."
12h40
Le groupe irakien Kataib Hezbollah, affilié à l'Iran, annonce qu'il attaquera bientôt des bases américaines
Après des frappes contre l'un de ses bastions plus tôt dans la journée, la milice irakienne alliée à l'Iran Kataeb Hezbollah a annoncé des représailles. "Nous allons bientôt attaquer les bases américaines en réponse à leur agression", a déclaré l'un des chefs du groupe au journal britannique The Times.
Deux combattants de la milice ont été tués et cinq autres blessés, samedi lors de frappes aériennes ayant touché la base de Jurf Al-Nasr, dans le sud de l’Irak, qui appartient à une coalition d'anciens paramilitaires chiites proches de l’Iran et désormais intégrés aux forces régulières irakiennes. "Il n’est pas clair dans l’immédiat si l’attaque a été menée par les Américains ou les Israéliens", a indiqué une source du réseau Hachd Al-Chaabi à l’AFP.
12h30
Le ministre iranien des Affaires étrangères menace ses homologues régionaux
Le ministre iranien des Affaires étrangères a déclaré à ses homologues saoudien, émirien, qatari, koweïtien, bahreïni et irakien que l'Iran déploierait tous ses moyens de défense et militaires dans le cadre de son droit légitime à la légitime défense. "Les forces armées iraniennes considèrent comme cibles légitimes les sites d’où ont été menées les opérations américaines et sionistes, ainsi que les sites de toutes les actions menées contre les opérations de défense iraniennes", a déclaré le ministre des affaires étrangères iranien, Abbas Araghtchi, à la télévision. Il les a également appelé à empêcher les États-Unis et Israël d'"abuser de leur territoire" pour mener des opérations agressives contre l’Iran.
"Toute base apportant une assistance aux Etats-Unis et à Israël sera prise pour cible", selon le porte-parole de l’état-major iranien. "Les forces armées de notre pays donneront assurément une grande leçon aux États-Unis et à Israël. L’action a commencé."
11h56
Des explosions entendues dans plusieurs pays du Golfe
De nouvelles explosions ont été entendues à Abou Dhabi, selon l'AFP. Les autorités émiraties avaient auparavant annoncé des tirs de missiles iraniens et une première salve avait été signalée. Une personne a été tuée à Abou Dhabi après l'interception de missiles iraniens par les Emirats arabes unis, qui affirment que cette attaque constitue une violation flagrante de la souveraineté nationale et du droit international, et se réservent le droit absolu de répondre à cette escalade. Certains habitants d'Abou Dhabi ont reçu une alerte téléphonique leur demandant de se réfugier dans le bâtiment sécurisé le plus proche et de se tenir éloignés des fenêtres en raison de menaces de missiles.
Selon l'agence de presse bahreïnie, le quartier général de la Ve flotte américaine à Bahreïn a été la cible d'une attaque de missiles. Des explosions ont également été entendues à Doha, la capitale du Qatar qui héberge une importante base américaine, tandis que les sirènes d'alerte retentissaient au Koweït. Le ministère de la Défense du Qatar affirme avoir abattu tous les missiles visant le pays lors de la "deuxième vague d'attaques", et que les attaques visant le pays n'ont causé aucun dégât. Le ministère des Affaires étrangères qatari a affirmé se réserver le droit de répliquer. Même déclaration pour le Koweït.
L’Arabie saoudite condamne avec la plus grande fermeté les attaques iraniennes contre les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar, la Jordanie et le Koweït. "Le royaume condamne fermement et dénonce avec la plus grande vigueur l’agression brutale de l’Iran et la violation flagrante de la souveraineté des Émirats arabes unis, du Bahreïn, du Qatar, du Koweït et de la Jordanie", précise le communiqué, sans mentionner toutefois l'existence de tirs iraniens visant l'Arabie saoudite, alors que des journalistes de l'AFP affirment avoir entendu plusieurs explosions plus tôt dans la capitale saoudienne Ryad.
11h50
Les Gardiens de la révolution iraniens affirment avoir touché "toutes les bases israéliennes et américaines de la région"
Les Gardiens de la révolution iraniens affirment que "toutes les bases israéliennes et américaines dans la région ont été frappées par les puissants tirs de missiles iraniens" et que "cette opération se poursuivra sans relâche jusqu’à la défaite décisive de l'ennemi".
11h15
Les programmes balistiques et nucléaire de l’Iran représentent une grave menace pour la sécurité mondiale, selon l'UE
La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a déclaré samedi que "les derniers développements au Moyen-Orient sont périlleux" et que le bloc se coordonnait avec ses partenaires arabes pour explorer les voies diplomatiques. "Le régime iranien a tué des milliers de personnes. Ses programmes de missiles balistiques et nucléaires, ainsi que son soutien à des groupes terroristes, représentent une grave menace pour la sécurité mondiale", écrit la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Kaja Kallas, sur les réseaux sociaux.
The latest developments across the Middle East are perilous.
Iran’s regime has killed thousands. Its ballistic missile and nuclear programmes, along with support for terror groups, pose a serious threat to global security. The EU has adopted strong sanctions against Iran and…
Kallas a également indiqué avoir parlé avec le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, et que le réseau consulaire européen s'efforce de faciliter les départs des citoyens de l'UE. "Le personnel non essentiel de l'UE est retiré de la région", a-t-elle déclaré.
11h05
"Des bombes vont pleuvoir de partout", selon Trump
Dans une allocution filmée, le président américain a indiqué vouloir "défendre les Américains en éliminant les menaces imminentes du régime iranien (...). Ses activités menaçantes mettent directement en danger les Etats-Unis, nos troupes, nos bases à l’étranger et nos alliés dans le monde entier".
Il a appelé les Iraniens à profiter de cette opération militaire baptisée "Fureur épique" ordonnée contre l'Iran, pour "s’emparer du pouvoir". "Au grand et fier peuple d’Iran, je dis ce soir que l’heure de votre liberté est arrivée. Restez à l’abri. Ne quittez pas votre domicile. Il est très dangereux de sortir. Des bombes tomberont partout. Lorsque nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement. Ce sera probablement votre seule chance pour des générations", a-t-il déclaré.
11h
Des bases américaines prises pour cibles par l'Iran
Des tirs de missiles des gardiens de la révolution ont visé les bases américaines d’Al-Udeid au Qatar, d’Al-Salim au Koweït, d’Al-Dhafra aux Émirats arabes unis, ainsi que le port d’attache de la cinquième flotte de l’US Navy à Bahreïn, annonce l’agence de presse iranienne Fars. Des attaques à la roquette visent une base militaire américaine au Kurdistan irakien, selon des sources sécuritaires.
9h45
L'Iran affirme avoir lancé "une première vague" de drones et missiles vers Israël
Dans un message sur les réseaux sociaux, les gardiens de la révolution iraniens annoncent que, "en réponse à l’agression de l’ennemi hostile et criminel contre la République islamique d’Iran, la première vague d’attaques massives de missiles et de drones de la République islamique d’Iran a été lancée en direction des territoires occupés".
9h25
Pour Benyamin Netanyahou, l'Iran ne doit en aucun cas avoir l'arme atomique
Le "régime terroriste meurtrier" de la République islamique d'Iran "ne doit pas être armé d'armes nucléaires qui lui permettraient de menacer l'humanité entière", a affirmé dans un message vidéo le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou après avoir confirmé l'attaque conjointe menée avec les Etats-Unis contre l'Iran.
"Le moment est venu pour toutes les composantes du peuple iranien – les Persans, les Kurdes, les Azéris, les Baloutches et les Ahwazis – de se libérer du joug de la tyrannie et d'instaurer un Iran libre et pacifique", a-t-il ajouté.
אחיי ואחיותיי אזרחי ישראל, לפני שעה קלה יצאנו ישראל וארה״ב למבצע להסרת האיום הקיומי מצד משטר הטרור באיראן.
אני מודה לידידינו הגדול הנשיא דונלד טראמפ על מנהיגותו ההיסטורית.
במשך 47 שנים קורא משטר האייתוללות ״מוות לישראל״, ״מוות לאמריקה״. הוא הקיז את דמינו, רצח אמריקנים רבים וטבח… pic.twitter.com/itTF5b4jB4
"Un moment crucial est arrivé", selon le fils du chah d'Iran
Dans un message posté sur ses réseaux sociaux, le fils du dernier chah d'Iran, Reza Pahlavi, a appelé les forces de sécurité à se rallier à la nation, exhortant les civils à rester prêts à se mobiliser "au moment opportun" et invitant Donald Trump à faire preuve de prudence pour protéger la population. "Nous sommes très proches de la victoire finale. Je veux être à vos côtés dès que possible afin qu’ensemble, nous puissions reprendre et reconstruire l’Iran", a déclaré Reza Pahlavi, qui vit en exil dans la région de Washington, dans une allocution vidéo.
هممیهنان عزیزم،
لحظاتی سرنوشتساز پیشِ روی ماست.
کمکی که رئیسجمهور ایالات متحده به مردم شجاع ایران وعده داده بود، اکنون رسیده است. این یک مداخله بشردوستانه است؛ و هدف آن، جمهوری اسلامی، دستگاه سرکوب و ماشین کشتار آن است؛ نه کشور و ملت بزرگ ایران.
L'armée israélienne a annoncé que l'Iran tirait des missiles en direction de son territoire, avant d'affirmer que "les systèmes de défense sont opérationnels pour intercepter la menace".
צה״ל זיהה כי לפני זמן קצר שוגרו טילים מאיראן לעבר שטח מדינת ישראל. מערכות ההגנה פועלות ליירט את האיום. בדקות האחרונות פיקוד העורף הפיץ הנחייה מקדימה ישירות לטלפונים הניידים באזורים הרלוונטיים. הציבור מתבקש לגלות אחריות ולפעול על פי ההנחיות - הן מצילות חיים. יש להיכנס למרחבים…
Les frappes devraient se prolonger "pendant plusieurs jours"
"Je ne fais pas cette déclaration à la légère. Le régime iranien cherche à tuer", a déclaré Donald Trump dans une vidéo diffusée sur Truth Social. "De courageux héros américains risquent de perdre la vie et nous déplorer des pertes, comme c'est souvent le cas en temps de guerre, mais nous agissons ainsi, non pas pour le présent, mais pour l'avenir, et c'est une mission noble."
Donald Trump a joint les membres des Gardiens de la révolution islamique à déposer les armes, leur promettant l'immunité. La seule alternative est "une mort certaine", a-t-il menacé.
Un responsable américain a déclaré à Reuters que les frappes avaient été lancées depuis les airs et la mer et qu'elles allaient sûrement se prolonger pendant "plusieurs jours". Un autre responsable américain a dit à la chaîne CNN que les frappes visaient des "cibles militaires".
8h
Les États-Unis lancent des "opérations de combat majeures" en Iran
Le président américain Donald Trump a annoncé samedi soir que les États-Unis avaient entamé des "opérations de combat majeures" contre l’Iran. "Notre objectif est de défendre le peuple américain en éliminant les menaces imminentes que représente le régime iranien", a-t-il déclaré dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux.
Selon deux responsables américains cités par Reuters, l’armée américaine a mené une série de frappes contre des cibles en Iran. L’ampleur exacte des opérations aériennes et maritimes reste inconnue. "Nous veillerons à ce que l'Iran ne se procure pas l'arme nucléaire", a déclaré Donald Trump sur ses réseaux.
Les agences de presse iraniennes ont fait état de plusieurs explosions à Téhéran et de colonnes de fumée noire s'élevant au-dessus de la capitale, ainsi qu'aux abords de celle-ci. Selon un responsable iranien, plusieurs ministères ont notamment été visés. Des explosions ont été signalées dans d'autres villes, notamment Tabriz, Ispahan, la ville sainte de Qom ou encore la ville portuaire de Bushehr, où se trouve une centrale nucléaire. Selon l'agence de presse iranienne Tasnim, sept missiles se sont abattus aux abords du palais présidentiel et de la résidence du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei.
7h40
Israël confirme une attaque préventive contre l’Iran
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que "l’État d’Israël a lancé une attaque préventive contre l’Iran afin d’éliminer les menaces qui pèsent sur lui." De son côté, Donald Trump a réaffirmé plus tôt que les États-Unis veilleraient à empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire.
L'Iran préparait une riposte dévastatrice, a déclaré un responsable iranien à Reuters. Une source a indiqué à Reuters que le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, ne se trouvait pas à Téhéran et avait été transféré dans un lieu sûr.
Un responsable israélien de la défense a indiqué que l’opération avait été planifiée depuis plusieurs mois en coordination avec Washington. La date de lancement aurait été arrêtée il y a plusieurs semaines.
7h30
Explosions à Téhéran et état d’alerte en Israël
Des explosions ont été entendues à Téhéran samedi, selon les médias iraniens. En Israël, des sirènes ont retenti vers 8h15 (heure locale), dans ce que l'armée a présenté comme une alerte proactive visant à préparer la population à l'éventualité d'une frappe de missile.
L'armée israélienne a annoncé la fermeture des écoles et des lieux de travail, à l'exception des secteurs essentiels, et l'interdiction de survoler l'espace aérien public. Israël a fermé son espace aérien aux vols civils et l'autorité aéroportuaire a demandé au public de ne se rendre dans aucun aéroport du pays.
La pression s'intensifie sur l'Iran d'heures en heures. Après un nouveau cycle de négociations indirectes en Suisse entre Washington et Téhéran, supervisé par Oman et marqué par de timides avancées, le déploiement militaire des Etats-Unis s’accélère à grande vitesse dans la région. Le plus grand porte-avions du monde, l'USS Gerald R. Ford, après avoir stationné à quai en Crète, a repris la mer en Méditerranée orientale pour poursuivre son déploiement en préparation d’éventuelles frappes.
Selon des données de vol, au moins une vingtaine d'avions de chasse américains ont traversé l'Atlantique ces dernières heures afin de rejoindre des bases en Jordanie ou en Israël. Enfin, un destroyer supplémentaire, l'USS John Finn, a aussi été déployé en renfort dans le nord de la mer d'Arabie, le golfe d'Oman et le golfe Persique, annonce le Wall Street Journal. Une "armada" sans équivalent dans la région depuis l'invasion de l'Irak en 2003, prête à agir dès que le président des Etats-Unis en donnera l’ordre.
Sur le plan diplomatique, les deux parties prévoient de reprendre les négociations prochainement après des consultations dans leurs capitales respectives. Des discussions techniques sont déjà prévues la semaine prochaine à Vienne, a déclaré le ministre omanais des Affaires étrangères, Sayyid Badr Albusaidi, dans un message publié sur X. Reste à savoir si Donald Trump temporisera, alors que les démocrates de la Chambre des représentants s’apprêtent à inscrire à l’ordre du jour, dès la semaine prochaine, un projet de loi soumettant l’usage de la force à un vote du Congrès.
Si tous les scénarios sont encore sur la table à cette heure, Téhéran ne semble pas prête à céder aux exigences américaines, analyse Eldad Shavit, chercheur à l'INSS en Israël. "L’Iran ne capitulera pas même après quelques frappes", prévient ce spécialiste. Dans un entretien à L'Express, cet ancien membre du corps du renseignement des Forces de défense israéliennes (FDI) et du cabinet du Premier ministre esquisse les scénarios d'un potentiel conflit pour la région.
L’Express : Lors des négociations, les Américains auraient formulé des exigences très fortes envers l'Iran, comme démanteler les trois sites nucléaires de Fordo, Natanz et Ispahan, s’engager à mettre en place une politique de "zéro enrichissement" et livrer la totalité de son uranium enrichi restant aux Etats-Unis. Le régime peut-il accepter ces demandes ?
Eldad Shavit : Non. Si les Iraniens acceptaient ces conditions et les mettaient en œuvre, cela s’apparenterait à une capitulation. Ils ont affirmé de manière claire qu’ils n’accepteraient ni l’enrichissement zéro de leur uranium, ni l’interdiction définitive de toute activité d’enrichissement dans le futur. Dans ces conditions, le scénario d'un accord paraît peu probable. En revanche, les Iraniens pourraient accepter de formaliser et d’encadrer les activités d’inspection. Il convient de rappeler qu’au-delà de l’uranium enrichi à 60 %, dissimulé sur certains sites, le pays détient également d’importantes quantités d’uranium enrichi à 20 %...
Les échanges à Genève semblent avoir été constructifs, mais la question essentielle est désormais de savoir si cela sera suffisant pour satisfaire Donald Trump, qui est confronté à l’un des dilemmes les plus complexes de son mandat : renoncer à agir entraîne des conséquences, tout comme décider d’intervenir. Une décision stratégique s’impose. Si des discussions techniques s’ouvrent la semaine prochaine, le facteur temps deviendra crucial. L’Iran peut se permettre d’attendre. Mais du côté de Washington, il est urgent d’évaluer s’il existe une réelle possibilité d’accord et si celle-ci est jugée crédible.
Le fait que Téhéran ne veuille pas parler de son programme de missiles balistiques peut-il être aussi un casus belli pour Washington ?
Les autorités iraniennes excluent pour le moment toute discussion sur les missiles, ainsi que sur leurs forces alliées dans la région - comme les proxys - ou sur une éventuelle évolution de leur politique intérieure. Du côté américain, les déclarations officielles, notamment lors du discours sur l’état de l’Union de Donald Trump, montrent que la Maison-Blanche se concentre exclusivement sur la question nucléaire.
La question des missiles ne constitue donc pas nécessairement un casus belli pour les Américains. Bien que Trump affirme que l’Iran développe des missiles balistiques intercontinentaux à longue portée, aucune preuve ne confirme à ce stade que ces capacités soient effectivement opérationnelles. S’agissant des déclarations du président américain, assurant que l’Iran cherche à rétablir son programme nucléaire, il est plausible que Téhéran tente de relancer ces capacités, celles-ci répondant à ses intérêts stratégiques.
La guerre vous semble-t-elle aujourd’hui inévitable ?
Tout est possible. Le chef du Commandement central des Etats-Unis (Centcom), l'amiral Brad Cooper, a visiblement informé le président américain Donald Trump des options militaires potentielles en Iran. Si Donald Trump choisit la guerre, il a, semble-t-il, une préférence pour une opération courte et décisive. Cette approche semble néanmoins naïve, car l’Iran ne capitulera pas après quelques frappes. Une campagne prolongée et soutenue serait probablement nécessaire pour atteindre les objectifs escomptés. Selon les autorités à Oman (qui encadrent les négociations), des discussions "techniques" doivent encore avoir lieu. La notion de discussions techniques suppose toutefois l’existence préalable d’une formule ou d’un ensemble de principes convenus. Une fois ces principes établis, il convient de les traduire en mesures concrètes.
Bien que les Etats-Unis aient déployé des forces importantes dans la région, Trump privilégie encore à cette heure une solution politique plutôt qu’une opération militaire, comme il l’a exprimé lors de son dernier discours sur l’état de l’Union. Même si les Etats-Unis veulent éviter un conflit, l’Iran ne montrera aucune disposition à se rendre ou à céder.
Eliminer l'ayatollah Ali Khamenei vous semble-t-il une option crédible ?
Même si Khamenei venait à être éliminé, cela ne signifierait pas la fin du régime. D’autres dirigeants prendraient le relais, et le régime ne peut être renversé par la force militaire. Une transformation effective ne peut provenir que de changements internes.
En cas de guerre à grande échelle, des réactions pourraient survenir dans la région, notamment de la part de groupes alliés comme le Hezbollah, les Houthis ou certains acteurs en Irak, le dirigeant iranien étant une figure hautement symbolique. Une attaque contre lui pourrait être perçue comme une offensive contre l’ensemble de la communauté chiite, ce qui risquerait d’aggraver considérablement la situation.
L’Iran est-il en train de gagner du temps ?
Cette situation n’a rien d’étonnant. Obtenir des délais supplémentaires permet de repousser, voire d’éviter, une confrontation militaire. Les autorités iraniennes estiment également que Donald Trump ne souhaite pas fondamentalement entrer dans un conflit armé - engagement qu’il avait pris en accédant à la Maison-Blanche l’an dernier. Partant de cette analyse de la position de Washington, le régime propose des concessions limitées, susceptibles de convaincre l’administration américaine d’accorder davantage de temps aux négociations.
Benyamin Netanyahou a ordonné au commandement du Front intérieur (une branche de l’armée israélienne chargée de la protection des civils en période de guerre ou d’urgence) de se préparer à une guerre contre l'Iran, déclarant l'état "d'alerte maximale". Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
Il faut se trouver en Israël pour mesurer la pression à laquelle la population est confrontée. La tension y est constante, et les rumeurs d’attaque se font régulières, surtout en fin de semaine. Les Israéliens gardent en mémoire la guerre des douze jours, durant laquelle l’Iran a réussi à frapper certaines villes comme Tel-Aviv, Ramat Gan ou Haïfa, causant des pertes humaines et des dégâts matériels. Ces événements rappellent que l’Iran dispose de capacités réelles pour toucher des cibles sur le territoire israélien.
Il est donc essentiel d’être pleinement préparé, notamment en matière de défense aérienne et de protection civile, car le moment où une décision américaine pourrait être prise reste incertain. Les hôpitaux se sont également préparés à faire face. La guerre des douze jours a permis d’améliorer le niveau de préparation du pays, tant sur le plan défensif qu’offensif. Si une opération devait commencer ce week-end, Israël serait en mesure de se défendre et de répondre.
Les Etats-Unis ont déployé cette semaine un groupe d'avions de combat F-22 Raptor en Israël. Comment interprétez-vous ce nouvel épisode de l'immense déploiement américain et quel est le degré d’implication d’Israël ?
Israël fait partie de la région et ne pourrait refuser une opération américaine incluant ses forces, notamment des avions F-22. Bien que les détails précis de l’implication israélienne restent inconnus, il est raisonnable de supposer qu’Israël serait engagé à un moment donné dans toute opération militaire. Il n’est pas clair si sa participation serait prévue dès le départ ou si elle interviendrait en réaction à une attaque iranienne contre Israël.
Selon les responsables israéliens, une solution politique paraît improbable, car l’Iran ne respecterait pas les exigences américaines et pourrait violer tout accord futur. Dans cette perspective, Israël estime qu’il n’existe d’autre option que de neutraliser les capacités iraniennes, voire, si possible, d’affecter le régime lui-même.
Certains conseillers du président Donald Trump préféreraient effectivement qu'Israël frappe l'Iran avant que les Etats-Unis ne lancent une offensive contre ce pays. Cette option est-elle plausible ?
Oui, mais il est peu probable que les Etats-Unis laissent Israël agir seul. Certains conseillers proches de Trump estiment qu’une implication américaine directe dans un nouveau conflit au Moyen-Orient pourrait susciter de fortes critiques aux Etats-Unis. De même, le vice-président J.D. Vance a indiqué dans une interview au Washington Post que les Etats-Unis ne devraient pas s’engager dans une guerre longue et prolongée. Cela montre bien qu’il y a des réserves à Washington concernant une intervention militaire. Certains pensent donc que si Israël initiait l’attaque et que l’Iran ripostait, cela pourrait renforcer la légitimité d’une réaction américaine.
Donald Trump ne minimise-t-il pas le degré d’implication d’une intervention ?
Je pense qu’il est pleinement conscient des conséquences d’une guerre dont l’issue et l’ampleur restent incertaines. Même si Trump envisage une opération limitée et de courte durée, il chercherait à l’utiliser comme levier de pression sur l’Iran. Cependant, il est peu probable que l’Iran se laisse faire car le régime pourrait vouloir frapper des cibles américaines, israéliennes ou saoudiennes. Dans ce cas, les Etats-Unis pourraient ne plus être en mesure de contrôler la situation. Les pays arabes du Golfe cherchent à tout prix à éviter une guerre. Leur capacité à influencer la décision finale américaine est difficile à mesurer, mais Donald Trump prend en considération leurs positions.
Le président américain approche d’un moment décisif : il devra choisir s’il engage ou non une attaque contre l’Iran. Chaque option comporte des risques et des coûts politiques. Une offensive pourrait entraîner de nombreuses critiques pour avoir engagé les Etats-Unis dans un nouveau conflit au Moyen-Orient. A l’inverse, s’il renonce à une attaque et se contente d’un accord limité, certains pourraient critiquer le déploiement massif de forces sans résultat tangible. Dans tous les cas, les choix disponibles présentent des risques importants, sans solution entièrement satisfaisante.
L’objectif stratégique qu’il poursuivrait en cas d’opération militaire demeure cependant difficile à cerner. Les Etats-Unis disposent de capacités suffisantes pour infliger des dommages significatifs aux infrastructures et aux capacités iraniennes, notamment par l’emploi de forces navales et de son aviation. La question essentielle concerne les buts de guerre et l’après-conflit. Une telle opération conduirait-elle à un changement de politique de la part de l’Iran ? Téhéran accepterait-elle un accord avec Washington ou consentirait-elle à capituler à l’issue d’une guerre ? Les analyses iraniennes tendent à considérer que la probabilité d’une capitulation, même après un affrontement militaire, demeure faible.
Une opération militaire en Iran peut-elle réellement renforcer l’opposition sur le terrain ?
Il est probable que certaines manifestations aient lieu en Iran en réaction à des opérations militaires, même si l’attaque pourrait susciter de la peur et limiter la participation dans la rue. Des Iraniens affirment attendre l’action américaine, mais il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. La réaction dépendra de l’ampleur de l’attaque, de la détermination des Etats-Unis et de la manière dont l’Iran gérera la situation intérieure. L’une des raisons des hésitations de l’administration américaine, et de Donald Trump en particulier, réside dans l’absence de garantie de succès complet d’une telle opération.