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EN DIRECT. Guerre au Moyen-Orient : l'ambassade américaine à Riyad visée par deux drones

3 mars 2026 à 07:38

Au quatrième jour de l'opération israélienne et américaine contre l'Iran, les frappes et attaques de drones continuent ce mardi 3 mars dans tous les pays de la région ou presque. Les Etats-Unis ont conseillé lundi soir à leurs ressortissants de partir immédiatement de plus d'une dizaine de pays du Proche-Orient, citant des "risques sécuritaires".

S'exprimant pour la première fois devant les journalistes depuis le lancement de cette campagne militaire, Donald Trump a déclaré lundi à la Maison-Blanche que les Etats-Unis anticipaient un conflit de quatre à cinq semaines avec l'Iran. Un peu plus tôt, il avait assuré sur CNN que "la grosse vague" d'attaques contre l'Iran n'était "même pas encore arrivée".

Les infos à retenir

⇒ L'ambassade des Etats-Unis à Riyad visée par deux drones

⇒ La guerre ne sera pas "sans fin", assure Benyamin Netanyahou

⇒ Israël poursuit ses frappes au Liban

07h35

L’ambassade des États-Unis au Koweït "fermée jusqu’à nouvel ordre"

"En raison des tensions régionales actuelles", l'ambassade des Etats-Unis au Koweït a annoncé ce mardi matin sa fermeture jusqu'à nouvel ordre, dans un message sur X.

Security Alert:  U.S. Embassy Kuwait Closure

Due to ongoing regional tensions, the U.S. Embassy in Kuwait will be closed until further notice.  We have canceled all regular and emergency consular appointments.  We will communicate when the embassy returns to normal operations.… pic.twitter.com/x3hJQXp51Q

— U.S. Embassy Kuwait (@USEmbassyQ8) March 3, 2026

L'ambassade américaine en Arabie saoudite a pour sa part confirmé dans un communiqué avoir été visée par une attaque. Elle restera fermée ce mardi.

07h28

Un projet d'action d'Israël contre l'Iran a incité les Etats-Unis à frapper, dit Marco Rubio

Un projet d'action d'Israël contre l'Iran qui aurait déclenché des représailles iraniennes contre les troupes américaines a incité les Etats-Unis à lancer au cours du week-end des bombardements contre Téhéran, a déclaré hier soir à Washington le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio. "Nous savions qu'il y aurait une action israélienne", a-t-il déclaré aux journalistes avant d'effectuer un compte rendu à huis clos de l'opération en Iran à des élus du Congrès. "Nous savions que cela précipiterait une attaque contre les troupes américaines, et nous savions que si nous ne nous en prenions pas à eux de manière préventive avant qu'ils ne lancent ces attaques, nous aurions subi des pertes plus lourdes", a-t-il ajouté.

07h09

Le successeur d'Ali Khamenei rapidement nommé ?

Un membre de l'Assemblée des experts iraniens, chargée de choisir un nouveau Guide suprême, a déclaré que le choix du successeur de l'ayatollah Ali Khamenei "ne prendra pas longtemps", a rapporté ce mardi l'agence de presse iranienne Isna.

06h51

Les États-Unis ordonnent à leur personnel non essentiel de quitter Bahreïn, l'Irak et la Jordanie

Le département d'État américain a annoncé mardi avoir ordonné le départ du personnel gouvernemental américain non essentiel et des membres de leur famille du Bahreïn, de l'Irak et de la Jordanie. Cette décision intervient alors que les États-Unis surveillent les risques sécuritaires liés à leur conflit avec l'Iran.

06h32

Israël frappe Téhéran et Beyrouth

L'armée israélienne dit mener présentement des attaques simultanées contre Téhéran et contre Beyrouth.

06h16

Les Etats-Unis disent avoir détruit des postes de commandement des Gardiens de la révolution

"Les forces américaines ont détruit les installations de commandement et de contrôle du corps des Gardiens de la révolution islamique, les capacités de défense aérienne iraniennes, les sites de lancement de missiles et de drones, ainsi que les aérodromes militaires au cours d’opérations soutenues", a écrit tôt ce mardi sur X le commandement militaire central américain (CentCom). "Nous continuerons à prendre des mesures décisives contre les menaces imminentes posées par le régime iranien", ajoute l'armée américaine dans son post.

U.S. forces have destroyed Islamic Revolutionary Guard Corps command and control facilities, Iranian air defense capabilities, missile and drone launch sites, and military airfields during sustained operations. We will continue to take decisive action against imminent threats… pic.twitter.com/0aHEyVHf5e

— U.S. Central Command (@CENTCOM) March 3, 2026

06h13

Israël poursuit ses frappes au Liban

L'armée israélienne a dit cette nuit effectuer des frappes au Liban contre des centres du commandement du Hezbollah et des entrepôts d'armes du mouvement aligné sur l'Iran.

Le Hezbollah de son côté dit avoir lancé des drones en direction du nord d'Israël, dont l'armée a annoncé avoir intercepté deux drones en provenance du Liban.

06h05

L'ambassade des Etats-Unis à Riyad visée par deux drones

L'ambassade américaine dans la capitale saoudienne a été visée cette nuit par deux drones. L'attaque a provoqué un incendie "limité" et des dégâts matériels mineurs, a précisé le ministère saoudien de la Défense. Aucune victime n'a été signalée, des personnes au fait de la question confirmant que le bâtiment diplomatique était alors vide. Il a été conseillé tôt ce mardi aux ressortissants américains résidant en Arabie saoudite de rester à l'abri.

Interrogé par la chaîne News Nation sur la riposte prévue à cette frappe, Donald Trump a déclaré : "Vous le découvrirez bientôt".

المتحدث الرسمي لوزارة الدفاع: تعرّضت السفارة الأمريكية في الرياض لهجوم بمسيّرتين بحسب التقديرات الأولية، ونتج عن ذلك حريق محدود وأضرار مادية بسيطة في المبنى. pic.twitter.com/YuCukrePkH

— وزارة الدفاع (@modgovksa) March 3, 2026

06h01

La guerre ne sera pas "sans fin", assure Benyamin Netanyahou

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a déclaré dans une interview à la chaîne de télévision américaine Fox News que l'action menée en Iran par Israël et les Etats-Unis serait "rapide et décisive". "Vous n’allez pas avoir une guerre sans fin", a-t-il assuré, ajoutant que la campagne militaire israélo-américaine "créé les conditions" pour que le peuple iranien fasse chuter le gouvernement de Téhéran.

© REUTERS

Le président américain Donald Trump assiste à une cérémonie de remise de la Medal of Honor à la Maison-Blanche le 2 mars 2026

Guerre en Iran : Reza Pahlavi - Ali Ahmad Khomeini, la bataille des héritiers

3 mars 2026 à 07:00

L'histoire comme un éternel recommencement. 47 ans après la Révolution islamique, la mort de l'ayatollah Khamenei ouvre une nouvelle page de l'histoire de l'Iran : une page remplie d'inconnu et de chaos potentiel. Alors, dans cette période de doutes, des noms familiers refont surface : celui d'Ali Ahmad Khomeini, petit-fils du premier Guide suprême ; celui de Reza Pahlavi, fils du dernier chah d'Iran, en exil depuis 1979. Deux camps de la Révolution, deux incarnations d'un avenir possible de l'Iran.

Du côté du régime iranien, la mort de l'ayatollah Khamenei laisse un vide béant. A 86 ans, le Guide suprême régnait à la fois sur le gouvernement, les religieux, l'armée régulière et les Gardiens de la révolution. D'après la Constitution, une assemblée des experts, composée de 88 hauts dignitaires religieux, doit se réunir bientôt pour nommer le prochain chef d'Etat. "Mais la République islamique n'a connu qu'une seule succession dans son histoire, et jamais en temps de guerre, souligne Alex Vatanka, auteur de The Battle of the Ayatollahs in Iran (2021). La dernière transition, en 1989, était le résultat d'arrangements occultes. Les 88 religieux valident seulement le nom d'un candidat, qui sera probablement choisi par les Gardiens de la révolution cette fois."

Le nom qui émerge des coulisses du pouvoir iranien est bien connu : Ali Ahmad Khomeini, petit-fils du fondateur de la République islamique. "Il est le favori dans la course à la succession, assure le chercheur Nozar Vaziri dans une analyse pour New Lines Institute. Dans les traditions du clergé chiite, le pouvoir se transmet du père à son fils le plus âgé ou le plus capable. [...] Ali Ahmad Khomeini, qui est à la fois un islamiste et un homme politique astucieux et efficace, apparaît comme le meilleur candidat au poste de Guide suprême au sein de son clan." Autre atout : sa femme, petite-fille du grand ayatollah Ali al-Sistani d'Irak, donnerait au nouveau Guide une assise régionale, utile en temps de guerre.

Quel choix pour Donald Trump ?

Ces dernières semaines, le petit-fils de l'ayatollah Khomenei s'est distingué par plusieurs apparitions publiques. D'abord dans une interview au média Al Mayadeen, dans laquelle il loue les "innombrables qualités" d'Ali Khamenei ; puis au lendemain de sa mort, il a prononcé un éloge funèbre très remarqué en Iran. "A l'inverse, le propre fils de Khamenei, Motjaba [NDLR : lui aussi pressenti pour succéder à son père] n'a pas pris la parole, ce qui laisse supposer que le petit-fils du fondateur de la République islamique a de grandes chances d'être nommé Guide suprême", estime Nozar Vaziri.

Dans le camp d'en face, un nom ressort d'une opposition fracturée : celui de Reza Pahlavi, fils du dernier chah d'Iran et incarnation de la monarchie en exil. Ses soutiens l'appellent "prince" même s'il ne revendique pas officiellement l'héritage du trône. "Il veut incarner une autre voie pour le peuple d'Iran, une transition vers la démocratie, nous expliquait récemment un membre de son entourage. Ces dernières années, il a décidé de ne plus mener la lutte depuis les coulisses et de construire une grande coalition du changement en Iran."

Reza Pahlavi multiplie les apparitions depuis son arrivée sur la scène publique en 2022, dans la foulée du mouvement "Femme, vie, liberté". Il court les médias européens (TF1 et Le Point en France le mois dernier) mais surtout américains, où il est un invité régulier de Fox News. Son discours vise à convaincre un téléspectateur en particulier : Donald Trump. Jusqu'ici, le président américain a refusé de le recevoir, déclarant tout de même en janvier : "Il semble très sympathique, mais je ne sais pas comment il se comporterait dans son propre pays. […] Je ne sais pas si son pays accepterait ou non son leadership. Si c’était le cas, je m’en réjouirais." Une autre inconnue, une autre bataille des récits à mener.

© REUTERS

Qui sera le successeur du guide suprême Ali Khamenei, tué dans une frappe israélo-américaine ?

Pourquoi il est important de parler de fascisme, par Catherine Fieschi

3 mars 2026 à 06:30

Autour de la mort tragique de Quentin Deranque, une bataille lexicale s’est ouverte révélant des réflexes politiques à la fois apeurés et brouillons. Chacun a semblé chercher moins à comprendre qu’à stabiliser un récit immédiatement acceptable. Soyons indulgents : face à un événement violent et politiquement chargé, le langage a vacillé.

Quentin Deranque, qui assurait le service d’ordre du groupe d’extrême droite Némésis, est ainsi d’abord présenté comme un "militant identitaire", formule atténuée qui transforme une appartenance idéologique en simple engagement. En face, ses agresseurs désignés comme des "antifas", relèvent donc de l’"extrême gauche", une radicalité cette fois clairement assumée dans le vocabulaire employé. Les qualifications sont ensuite devenues plus précises, les prudences plus équilibrées. Mais quelque chose est resté inchangé : une nette réticence à nommer certains phénomènes pour ce qu’ils pourraient être.

Les actes doivent évidemment être jugés pour ce qu’ils sont : une violence abominable ayant entraîné la mort d’un jeune homme de 23 ans. Rien ne saurait en atténuer la gravité ni la responsabilité.

Mais les débats publics et médiatiques autour de cette affaire reposent trop souvent sur une idée devenue familière - le fascisme n’existerait plus. Le raisonnement est redoutablement efficace. Et circulaire. Si le fascisme appartient définitivement au passé, alors l’antifascisme devient une posture anachronique et absurde. Voire la véritable source de violence politique. En disqualifiant l’antifascisme, le fascisme cesse d’être une catégorie d’analyse du présent. L’extrême droite devient alors une opinion parmi d’autres — parfois excessive, mais désormais ordinaire. Elle n’avait pourtant pas besoin d’une normalisation supplémentaire.

Réduire le fascisme à un régime revient à oublier qu’il est aussi une idéologie

Il est vrai que la question du fascisme continue d’animer les sphères universitaires. Elle fait débat, et ses contours restent disputés. Historiquement, le fascisme est un régime — l’Italie de 1922 à 1946 en constitue la matrice évidente. Mais l’histoire ne se laisse pas enfermer dans un seul modèle : d’autres expériences autoritaires, du Chili de Pinochet à diverses dictatures du XXᵉ siècle, en brouillent les frontières. Surtout, réduire le fascisme à un régime revient à oublier qu’il est aussi une idéologie. Or les idéologies ne meurent pas avec les institutions qui les ont incarnées. Elles se transforment, changent parfois de cibles, s’adaptent aux contextes culturels et politiques.

Les travaux du philosophe politique britannique Michael Freeden le montrent bien : une idéologie repose sur un noyau dur d’idées relativement stables, entouré d’éléments plus contextuels qui évoluent avec le temps. Ce cœur conceptuel peut survivre aux défaites historiques. Dans le cas du fascisme, il n’est pas difficile d’en identifier les constantes : la fascination des plus forts pour la domination, la croyance en des hiérarchies naturelles et immuables, l’acceptation — voire la valorisation — de l’oppression ou de l’exploitation des plus vulnérables que l’on méprise. Et enfin, la violence comme source de renouveau et de purification collective.

Ces imaginaires n’ont pas disparu. Ils sourdent, bien vivants, dans des espaces politiques et culturels devenus familiers : dans le mouvement Maga aux États-Unis, dans les courants masculinistes, ou encore sous le racisme feutré de l’anti-wokisme. Et évidemment chez les groupes d’extrême droite à la recherche de la violence de rue contre leurs opposants – et qui rappellent les groupes des années 20 et 30, l’Action française, les Jeunesses patriotes, ou Solidarité française. Tous partagent, à des degrés divers, la nostalgie d’un passé mythifié et la promesse d’un ordre naturel perdu qu’il faudrait restaurer - afin que ses bénéficiaires profitent de ce dont ils ont été déchus, et qui leur serait dû. Tous sont animés par une conviction simple et brutale : la force fait le droit, et les faibles subissent ce qu'ils ne peuvent éviter. Et à chacun "son" souffre-douleur. Car c’est là le talent du fascisme – hiérarchiser pour mieux contrôler.

Alors, à quoi cela sert-il de parler de fascisme ? Non pas à distribuer des anathèmes moraux, mais à nommer des logiques politiques réelles - qui pourraient trop facilement passer du stade d’idées partagées à celui de force politique institutionnalisée tout en douceur et en dédiabolisation.

Catherine Fieschi est chercheuse au centre Robert Schuman de l’Institut universitaire européen (IUE) de Florence

© REUTERS

Affiche représentant Quentin Deranque, militant identitaire tué à Lyon.

De l'Iran au Venezuela : bienvenue dans l'ère de la CIA "made in Trump"

2 mars 2026 à 20:00

Pour éliminer le guide suprême iranien, Ali Khamenei, les informations de la CIA ont encore une fois été décisives. Selon les informations du New York Times, l'agence de renseignement américaine traquait l'ayatollah depuis des mois et savait qu'une réunion entre les dirigeants iraniens allait avoir lieu samedi 28 février à Téhéran. L'infiltration de la CIA ne s'est pas arrêtée là puisque l'agence américaine aurait également pu transmettre une photo de l'ayatollah au président américain pour confirmer son décès.

Malgré ce nouveau succès, une menace plane sur l’agence de renseignements la plus puissante au monde. Son nom ? Donald Trump. Dès son retour à la Maison-Blanche, en janvier 2025, le président américain organise une purge d’envergure au sein de ses services de renseignements. L'objectif : détruire les carrières des personnes qui ont enquêté sur ses liaisons avec la Russie lors de la campagne de 2016. "La purge va même encore plus loin, précise Tim Weiner, journaliste américain, auteur de La Mission (Robert Laffont), vainqueur du prix Pulitzer en 1988. Si vous voulez un poste élevé au sein de la CIA, vous devez essentiellement prêter allégeance, non pas à la Constitution, mais à Donald Trump lui-même." Un an après le début de cette purge, difficile de savoir précisément combien de personnes sont parties. Certaines sources évoquent un chiffre avoisinant les 1 200 personnes.

D’autres changements surviennent rapidement. Notamment sur le recrutement des agents. Depuis les années 1980, la CIA avait pour habitude de recruter des agents de différentes ethnies pour faciliter les infiltrations à l’étranger. Mais l’administration Trump a aboli le DEI, le programme en faveur de la diversité, l’équité et l'inclusion. "Envoyer des espions exclusivement blancs, en Chine, au Pakistan ou en Somalie, est une mauvaise idée, explique Tim Weiner. Les espions veulent se fondre dans la masse. Ils veulent connaître la langue, l'histoire et la culture des pays qu'ils espionnent. Autrefois, la diversité était l'un des superpouvoirs de la CIA." Enfin, un troisième bouleversement s’est joué au fil des mois au sein de l’agence, dont l’aboutissement s'est illustré... le 3 janvier 2026.

L'opération Maduro

L’enlèvement de Nicolas Maduro raconte quelque chose de ce qu’est devenue la CIA sous Donald Trump. Une agence qu’il a voulu remodeler pour l’adapter à ses priorités. A travers la "Doctrine Monroe", rebaptisée "Donroe" par le président Trump, Washington s'autorise à s’immiscer dans les affaires de ses voisins latino-américains. Et sur le plan tactique, l’opération "Absolute Revolve" est un véritable succès. En plus de ces sources humaines infiltrées à Caracas, la CIA aurait communiqué plusieurs renseignements essentiels à la capture du président vénézuélien. En interne, l’opération symbolise bien la fracture qui s’est progressivement ouverte à la CIA : avec d’un côté, les analystes qui travaillent dans les bureaux, et de l’autre, les officiers de terrain, considérés comme des héros par la nouvelle administration.

La CIA serait donc entrée dans une nouvelle phase de politisation à outrance. Pourtant ce n’est pas si nouveau… Fondée en 1947 dans le cadre du National Security Act, l’agence est dès le début utilisée contre l’Union soviétique pendant la guerre froide. Depuis sa création, "la CIA est un instrument de la politique étrangère américaine, raconte Tim Weiner. Elle fait ce que le président lui dit de faire. Elle lui appartient." Aujourd’hui, la question est donc de savoir où placer le curseur entre la compétence et la loyauté. Entre purge au sein du renseignement, dérive autoritaire et politisation des institutions, Donald Trump prend le risque de fragiliser considérablement la plus célèbre des agences de renseignement.

> Retrouvez toutes nos explications dans notre nouveau format vidéo, en tête de cet article, et sur tous nos réseaux sociaux.

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Donald Trump à son arrivée au Texas, le 27 février 2026.

Attaque iranienne contre une base militaire à Chypre : la guerre aux portes de l'Europe ?

2 mars 2026 à 19:51

La guerre au Moyen-Orient, entre la coalition israélo-américaine et l'Iran, pourrait-elle s'étendre aux portes de l'Europe ? Lundi, une base britannique située à Chypre a été ciblée par plusieurs drones iraniens Shahed, causant toutefois des dégâts limités et aucune victime, selon des responsables chypriotes et britanniques.

Une première frappe a touché une piste de la base aérienne britannique d'Akrotiri peu après minuit. Les responsables chypriotes pensent que l'attaque aurait été menée par le Hezbollah libanais, groupe militaire soutenu par l'Iran, au moyen d'un drone Shahed.

La cible n'était pas l'île méditerranéenne en soi, mais la base militaire britannique. Depuis ce week-end, l'Iran et ses alliés ripostent en effet à l'offensive israélo-américaine par des attaques contre des bases militaires, y compris alliées. Lundi en journée, deux autres drones ont été détectés se dirigeant vers Akrotiri, avant d'être interceptés, a déclaré un porte-parole chypriote.

Vers une possible escalade ?

La base d'Akrotiri est dans le viseur de l'Iran et de ses alliés, après que le Premier ministre Keir Starmer a accepté la demande des Etats-Unis, dimanche, d'utiliser cette position pour "des frappes défensives". La Grande-Bretagne compte environ 7 000 militaires et leurs familles à Chypre. Ses bases, d'une superficie de 255 kilomètres carrés (un peu moins de 3 % de la superficie de Chypre), abritent également un poste d'écoute britannique stratégique.

Le président chypriote Níkos Christodoulídis a néanmoins dit vouloir "être clair" sur le fait que son pays "ne participe d'aucune manière et n'a aucune intention de prendre part à une quelconque opération militaire".

La base d'Akrotiri est l'une des deux bases que la Grande-Bretagne a conservées dans son ancienne colonie depuis son indépendance en 1960. Elle a notamment été utilisée pour des opérations militaires en Irak, en Syrie et au Yémen. Chypre assure actuellement la présidence tournante de l'Union européenne (UE). Bien qu'elle ne soit pas membre de l'Otan comme le Royaume-Uni, en vertu de la clause de défense mutuelle de l'UE, les Etats membres devraient lui porter secours en cas d'attaque.

Le ministre grec de la Défense, Nikos Dendias, a déclaré lundi que la Grèce défendrait Chypre "par tous les moyens possibles" et qu'elle envoyait deux frégates à Chypre, dont une équipée d'un système anti-drone, ainsi que quatre avions de chasse F-16.

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La base aérienne britannique d'Akrotiri (Chypre), frappée par un drone iranien sans pilote pendant la nuit le 2 mars 2026.

Pouvoir décapité, siège des Gardiens de la révolution attaqué : quelles pertes côté iranien ?

2 mars 2026 à 19:19

Assiste-t-on à la fin du régime des mollahs ? Dimanche 1er mars, les médias iraniens ont confirmé la mort du Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, dans des frappes israélo-américaines contre sa résidence, la veille. Son nom s'ajoute ainsi à la liste des dignitaires politiques et militaires éliminés au cours de l'offensive menée par les Etats-Unis et Israël, déclenchée samedi 28 février. L'Iran a également essuyé des frappes contre le quartier général des Gardiens de la révolution, et une partie de sa flotte navale a été coulée. Et ce, en moins de trois jours, plongeant la République islamique dans sa pire crise depuis l'avènement du régime en 1979.

De nombreuses figures militaires et politiques assassinées

Lundi, les médias iraniens ont confirmé la mort de Mansoureh Khojasteh, l'épouse d'Ali Khamenei, blessée dans l'attaque contre le palais présidentiel. Selon l'agence Tasnim, sept missiles se sont abattus aux abords de la résidence du Guide suprême samedi, tuant également la fille d'Ali Khamenei, son gendre et sa petite-fille.

Donald Trump s'est empressé de se réjouir de la mort d'Ali Khamenei sur son réseau Truth Social, évoquant "l'une des personnes les plus diaboliques de l'Histoire". En tant que Guide suprême de la Révolution islamique, l'ayatollah occupait le plus haut poste en termes de responsabilités politiques et religieuses en Iran, le président assurant quant à lui la direction du gouvernement. A 86 ans, Ali Khamenei dirigeait le pays d'une main de fer depuis 1989, ayant notamment orchestré les répressions sanglantes contre les manifestants anti-régime de ces dernières années.

Au cours de l'opération baptisée "fureur épique" par le Pentagone, les Etats-Unis et Israël ont également annoncé la mort de plusieurs hauts responsables iraniens. A commencer par deux figures importantes des corps militaires : le chef d'état-major des forces armées Abdolrahim Mousavi, ainsi que le général Mohammad Pakpour, le commandant du corps des Gardiens de la révolution islamique. Ce dernier avait été nommé à sa tête après la mort de son prédécesseur, Hossein Salami, lors des frappes aériennes de juin 2025 en Iran.

Les médias iraniens ont également annoncé la mort d'Aziz Nasirzadeh, ministre de la Défense du pays, et d'Ali Shamkhani, secrétaire du Conseil de défense iranien. Il dirigeait le Conseil de défense iranien, créé en août 2025 après la guerre de juin, afin d'élaborer la stratégie militaire en temps de guerre. "Auparavant, il avait dirigé le Conseil national de sécurité, et été commandant dans la marine iranienne", précise le Wall Street Journal.

Le chef du bureau militaire, Mohammad Shirazi, a lui aussi été tué ainsi que Gholamreza Rezaian, chef des renseignements nationaux de la police. Salah Asadi, important officier de renseignement au sein de l'état-major des forces iraniennes, est aussi décédé. Deux autres hauts dignitaires du régime liés au SPND, une division du ministère de la Défense chargée de développer les sciences et technologies, ont également été éliminés : Hossein Jabal Amelian, son président, et son prédécesseur Reza Mozaffari-Nia, qui ont joué un rôle important dans le programme nucléaire iranien.

Mardi, Tsahal a encore annoncé dans un communiqué avoir éliminé plusieurs hauts responsables du ministère iranien du Renseignement, dont Yahya Hamidi, vice-ministre du renseignement pour les affaires israéliennes, et Jalal Pour Hossein, chef de la division d’espionnage du ministère.

Le QG des Gardiens de la révolution détruit

Au-delà de la perte de ces figures importantes, le commandement américain pour le Moyen-Orient, le Centcom, a également affirmé avoir détruit le quartier général des Gardiens de la révolution dans des frappes, dimanche. Selon une infographie réalisée par Le Monde, les frappes israéliennes et américaines ont également ciblé plusieurs bâtiments politiques et administratifs : le ministère du renseignement, le tribunal révolutionnaire islamique de Téhéran, le Palais de justice de Téhéran et la Cour suprême, ainsi que "plusieurs sites d'importantes institutions gouvernementales".

L'Iran a également dit avoir vu son site nucléaire de Natanz bombardé dimanche par Israël et les Etats-Unis. Donald Trump, pour sa part, a annoncé ce dimanche sur ses réseaux sociaux que neuf navires appartenant à la marine iranienne ont été "coulés et détruits".

"Processus de transition"

Des pertes importantes, infligées en un temps éclair. Néanmoins, le régime politique iranien est construit pour résister à ces menaces extérieures et survivre à la mort de son leader.

Dimanche, le principal responsable de la sécurité du pays, Ali Larijani, a assuré qu'un processus de transition était en cours, après la mort d'Ali Khamenei. "Un conseil de direction provisoire sera bientôt formé. Le président, le chef du pouvoir judiciaire et un juriste du Conseil des gardiens assumeront la responsabilité jusqu'à l'élection du prochain dirigeant", a assuré le chef du plus haut organe de sécurité iranien, le Conseil suprême de sécurité nationale.

Ce vétéran de la politique iranienne, ou encore le président du Parlement, Mohammad Baqer Qalibaf, sont aujourd'hui perçus comme des figures de transition potentielles. De son côté, Donald Trump a ajouté être disposé à parler aux nouveaux dirigeants iraniens . "Ils veulent parler et j'ai accepté", a-t-il déclaré dans un entretien à The Atlantic.

Néanmoins, le président des Etats-Unis a annoncé que l'offensive en cours durerait au moins quatre semaines. Lundi, le secrétaire américain de la défense, Pete Hegseth a indiqué que les Etats-Unis n'excluent "aucune option dans une guerre en Iran", ajoutant "nous combattons pour gagner".

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Qui sera le successeur du guide suprême Ali Khamenei, tué dans une frappe israélo-américaine ?

En Israël, l'union sacrée sous les sirènes : "Il faut en finir une fois pour toutes avec la menace iranienne"

2 mars 2026 à 19:05

Shaul Marciano se trouvait dans une synagogue de Jérusalem samedi matin, lorsque retentit la première sirène de cette nouvelle guerre contre l'Iran. L'officiant venait de lire la section hebdomadaire de la Torah, un célèbre extrait du Deutéronome comportant l'injonction : "Tu effaceras le souvenir d'Amalek." "Chez nous, il n'y a pas de hasard : Dieu dirige l'histoire, assure le quinquagénaire. Dans la Bible, Amalek est l'ennemi héréditaire d'Israël, celui qui cherche à nous exterminer à chaque génération. Au XXe siècle, c'était Hitler. Pour notre époque, c'est l'Iran des mollahs. Et nous effacerons son souvenir."

La semaine se révèle décidément riche en symboles. Ce mardi 3 mars, les Juifs célèbrent la fête de Pourim qui commémore l'annulation d'un massacre antisémite organisé par Haman, un dirigeant de la Perse antique, l'ancêtre de l'Iran. "Khamenei, c'est Haman", s'exclame Shaul Marciano. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou a lui-même fait allusion à cet épisode dans son discours diffusé lors du déclenchement des hostilités. "Il y a 2 500 ans, dans l’ancienne Perse, un ennemi s’est dressé contre nous avec le même objectif : anéantir notre peuple. Mais Mardochée le Juif et la reine Esther, par leur courage et leur ingéniosité, ont sauvé notre peuple. En ces jours de Pourim, le sort a été tiré et le méchant Haman a péri. Aujourd’hui encore, à Pourim, le sort a été tiré et la fin du régime maléfique est proche", a prédit le dirigeant israélien.

"Je n'ai jamais vu un tel cataclysme"

La mystique de cette guerre ne masque pas la dure réalité des attaques iraniennes. Dimanche, un missile a percuté un abri public situé sous une synagogue de Bet Shemesh, une ville populaire du centre d'Israël. Neuf personnes ont été tuées et une trentaine blessées. Sur place, les effets de l'explosion sont spectaculaires : le bâtiment touché a été pulvérisé et, tout autour, les voitures renversées et des dizaines de toitures arrachées. "Je n'ai jamais vu un tel cataclysme, souffle Yaaron, un habitant du quartier. Ces personnes se croyaient en sécurité dans cet abri mais la puissance du missile ne leur a laissé aucune chance."

Pour une raison encore inexpliquée, le Dôme de fer, célèbre bouclier antimissile israélien, n'a pas fonctionné. Selon un des concepteurs du système, interrogé par la radio de l'armée, le taux d'interception s'élève à 93 %. En creux, la frappe de Bet Shemesh laisse imaginer l'état du pays si la plupart des missiles et drones offensifs iraniens n'étaient pas détruits en plein ciel par le Dôme de fer...

L'union sacrée face à la menace iranienne

Malgré le drame de Bet Shemesh et déjà plusieurs heures passées dans les abris, y compris en pleine nuit, les Israéliens continuent de soutenir massivement la guerre en Iran. La spectaculaire élimination du guide suprême Ali Khameini et d'une quarantaine de responsables iraniens nourrit l'optimisme de la population. "Depuis vingt ans, depuis qu'Ahmadinejad [NDLR : président iranien entre 2005 et 2013] a promis de nous exterminer avec sa bombe atomique, nous vivons avec cette menace iranienne au-dessus de nos têtes. Il faut en finir une fois pour toutes, surtout que nous avons la chance d'avoir le soutien du président américain", considère Ehud Tsaroum, un officier de police natif de Jérusalem.

Comme à l'accoutumée, la population israélienne participe directement à l'effort de guerre à travers les soldats d'active et les réservistes. Cent mille d'entre eux ont déjà été mobilisés même si, pour l'instant, aucune opération terrestre d'envergure ne se dessine. Juif pratiquant et réserviste, Shmuel G. a pris sa voiture après un appel de l'armée. "Je suis allé rejoindre mon unité vers Kyriat Shmona, dans le nord du pays, où on nous a parlé d'infiltration possible de milices pro-iraniennes basées en Syrie." Pas d'infiltration à cette heure, mais des drones et des tirs de roquettes du Hezbollah vers le doigt de la Galilée, dans le nord d'Israël, provoquant une riposte dévastatrice de l'armée israélienne.

Rompant cette union sacrée, seule l'extrême gauche israélienne critique le gouvernement de Benyamin Netanyahou. Mythique éditorialiste du quotidien Haaretz et pourfendeur du nationalisme israélien, Gidéon Lévy estime qu'Israël aurait dû laisser sa chance à la négociation. "L'ouverture du conflit actuel a été présentée comme une 'frappe préventive', or une attaque préventive est lancée contre un adversaire sur le point de vous attaquer. L'Iran n'était pas sur le point de le faire. Certes, son régime est terrifiant et il représente une menace pour la sécurité d'Israël et de la région depuis des années, mais il n'a jamais présenté un danger existentiel pour Israël", estime le journaliste.

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Des Israéliens se mettent à couvert alors qu'une sirène d'alerte retentit, le 2 mars, près de Bet Shemesh.

Pourquoi l’Europe doit s’impliquer en Iran

2 mars 2026 à 18:00

Les Européens n’ont pas su s’élever à la hauteur de l’enjeu iranien. Mis devant le fait accompli par Washington et Jérusalem, ils vont devoir gérer les conséquences d’une guerre à leur porte qui impacte leur sécurité mais sur laquelle ils n’ont guère de prise. Cueillis à froid par l’intervention américano-israélienne, qui était pourtant prévisible, les dirigeants ont réagi dans la confusion. L’Espagne l’a condamnée, certains l’ont approuvée, la majorité s’est gardée de prendre position.

Bien sûr, Donald Trump a pris, une fois de plus, des libertés avec le droit international et avec la charte de l'ONU - il n’est pas le premier président américain à le faire. Bien sûr, l’implication des Etats-Unis a aussi à voir avec le calendrier électoral - les législatives de mi-mandat, prévues le 3 novembre, se présentent mal pour Trump, et une action d’éclat au Proche-Orient pourrait aider son camp à remonter la pente. Bien sûr, les précédents historiques tendent à prouver que les avions de combat ne sont pas un vecteur adapté pour promouvoir la démocratie.

Il n’empêche : l’opération en Iran se présente comme une occasion historique de contrer et peut-être d’éliminer un régime malfaisant, qui fait régner la terreur depuis un demi-siècle au Proche-Orient et au-delà. Un régime qui a pris pour cible l’Occident, qui s’est fixé pour objectif de rayer Israël de la carte du monde, qui a eu recours à plusieurs reprises au terrorisme contre les intérêts européens, français en particulier. Cette théocratie chiite a promu l’islamisme le plus réactionnaire, opprimé son peuple, éliminé ses opposants, persécuté les femmes. Elle a soutenu activement, depuis quatre ans, la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine, devenant ainsi un acteur majeur de l’insécurité européenne.

Pour toutes ces raisons, les dirigeants européens ont raté l'occasion de manifester leur soutien aux Etats-Unis et à Israël, au lieu de se borner à appeler à la désescalade. Ils auraient dû se réjouir plus ouvertement de l’élimination de l’ayatollah Ali Khamenei, le bourreau de son peuple. Cela ne les aurait pas empêchés de dénoncer simultanément le "deux poids, deux mesures" de Donald Trump, lorsque le président américain cible l’Iran mais tolère les exactions de Vladimir Poutine en Ukraine.

D’autant qu’au-delà de l’impératif moral, le conflit menace des intérêts européens essentiels. Il y a le risque de résurgence du terrorisme islamiste. Il y a les flux migratoires, qui ne manqueraient pas d’être relancés si le chaos venait à s’installer en Iran. Il y a le prix de l’énergie, comme l’a montré la flambée des cours consécutive à la décision du Qatar, le 2 mars, de cesser la production de gaz naturel liquéfié après les attaques iraniennes. Il y a aussi la lutte contre la prolifération nucléaire. Il y a encore la liberté du commerce maritime, entravée par les tentatives de l’Iran de bloquer le détroit d’Ormuz et les menaces de ses supplétifs houthistes du Yémen contre les cargos naviguant en mer Rouge. Il y a enfin la sécurité de nos partenaires du Proche-Orient, du Liban aux monarchies du Golfe en passant par la Jordanie et Israël.

Qu’ils le veuillent ou non, les Européens ne peuvent pas se soustraire à ce conflit. Les dirigeants allemand, français et britannique l’ont reconnu lorsqu’ils se sont dits prêts, dans un communiqué commun, à mener "des actions défensives nécessaires et proportionnées pour détruire à sa source la capacité de l’Iran à tirer des missiles et à lancer des drones". Mais jouer la mouche du coche ne suffira pas. La guerre d’Iran, après celle d’Ukraine, est un nouveau choc pour l’Europe. Son insuffisance géopolitique, sa vulnérabilité migratoire, sa dépendance énergétique, sa déficience militaire, sont à nouveau exposées au grand jour. Le mieux qu’elle puisse faire désormais est d’aider l’Amérique à gérer au mieux la transition, afin que l’Iran ne devienne pas un énorme trou noir sur son flanc sud-est. Mais pour cela, elle ne peut pas se contenter de rester spectatrice.

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28 février 2026, Téhéran, Iran : De la fumée s'élève dans le ciel après une explosion à Téhéran, en Iran, le 28 février 2026. (Crédit image : © Tasnim News Agency via ZUMA Press Wire)

Changer le régime iranien par les airs ? Cette doctrine controversée qui a séduit Donald Trump

2 mars 2026 à 15:45

Le 28 février, Donald Trump et l'Etat d'Israël ont lancé une offensive aérienne inédite contre leur ennemi commun : l'Iran. Pour l'heure, aucune force terrestre officielle n'est engagée sur le terrain, et les bombardements massifs sur des centaines de cibles se poursuivent. Résultat, nombre de dirigeants de la République islamique, à commencer par le Guide suprême Ali Khamenei, ont été tués dans ces frappes permises notamment par les renseignements de la CIA. L'objectif affiché par Donald Trump quelques heures seulement après le déclenchement de l'opération "Epic Fury" est clair : renverser le régime iranien en place depuis 1979. Derrière cette stratégie militaire se cache une doctrine longtemps discréditée mais remise au goût du jour par les cercles néoréactionnaires de Washington : le mythe du "regime change" par les airs développé au début du XXe siècle par Giulio Douhet.

"Conquérir la maîtrise de l’air signifie la victoire ; être battu dans les airs signifie la défaite", écrivait ce théoricien italien en 1921 dans son fameux Il dominio dell’aria, un écrit toujours étudié dans les écoles militaires. Pour résumer sa pensée : aucune arme - ni la défense anti-aérienne, ni l'aviation de chasse - ne serait capable de bloquer une offensive aérienne majeure. Ces offensives aériennes permettraient de remporter la victoire en bombardant les arrières de l'ennemi et ses centres vitaux économiques (industries, entrepôts, voies ferrées) et militaires (dépôts, quartiers généraux) mais également en bombardant les populations civiles pour briser leur moral. Les Etats adverses seraient ainsi contraints de se soumettre ou, dans le cas de la guerre en Iran, verraient la population se rebeller pour stopper les bombardements et aboutir à un changement de régime.

La mise en pratique de cette théorie est au cœur du second mandat de Donald Trump. Depuis janvier 2025, ce dernier a en effet bombardé l'Irak, le Yémen, la Syrie, le Nigeria, la Somalie et le Venezuela, où il est allé jusqu'à enlever le président Nicolas Maduro. Et tout cela pour un coût quasi nul pour les États-Unis. Pourtant, malgré ces succès de façade, la guerre moderne ne ressemble plus à celle que connaissait Giulio Douhet, et plusieurs épisodes du passé récent montrent les limites de cette théorie sur le long terme.

Les bombardements ne suffisent pas

Pendant la guerre du Vietnam, les Etats-Unis lancent l'opération "Rolling Thunder" entre 1965 et 1968. Ils bombardent massivement le Nord-Vietnam pour forcer à accepter leurs conditions. Mais il n'en est rien. Les forces de Hanoï s'adaptent à cette nouvelle donne, dispersent leurs infrastructures, renforcent leurs défenses et mobilisent la population contre "l'ennemi américain". Résultat : ces frappes n'ont pas changé le cours de la guerre et les Etats-Unis seront contraints de se retirer du pays en 1973.

Plus récemment, lors de la guerre du Golfe de 1991, les bombardements soutenus des Etats-Unis n'ont pas permis de contraindre l'Irak à se retirer du Koweït. Les Américains ont dû déployer des forces terrestres dans un second temps, et c'est bien cela qui s'est avéré décisif dans l'issue de ce conflit. De la même manière, en Ukraine, les frappes russes contre les infrastructures et les cibles militaires depuis plus de quatre ans n'ont pas permis à Vladimir Poutine d'obtenir la victoire escomptée car, sur le terrain, ses soldats ne parviennent pas à percer les défenses de Kiev.

Même la campagne de l'Otan au Kosovo, souvent citée comme un triomphe de la puissance aérienne, n'est devenue décisive que lorsque les forces serbes au sol ont été de plus en plus menacées et que la perspective d'une invasion de l'Alliance atlantique est apparue plausible. La leçon est claire, comme le note le Pr Robert A. Pape, de l'Université de Chicago, dans son étude systématique des campagnes aériennes : sans compromettre le contrôle territorial grâce à des agents au sol, les bombardements seuls contraignent rarement à la capitulation.

En Iran, le régime tombera-t-il avec ces frappes ? La supériorité aérienne inégalée des États-Unis est une arme de destruction massive, mais cela n'implique pas nécessairement une soumission politique. Donald Trump en est certainement conscient. Le président américain a déclaré ce lundi 2 mars au New York Post qu’il n’excluait pas d’envoyer des troupes terrestres américaines en Iran "si nécessaire". La veille, il appelait les Gardiens de la révolution iraniens et la "police militaire" à "déposer les armes et recevoir une immunité totale ou faire face à une mort certaine", dans un message vidéo diffusé sur son réseau Truth Social. Le locataire de la Maison-Blanche, dans une brève allocution au ton très solennel, a aussi renouvelé son appel à un renversement des autorités : "J’appelle tous les patriotes iraniens en quête de liberté à saisir cette occasion, soyez courageux, soyez audacieux, soyez héroïques et reprenez le pouvoir. L’Amérique est avec vous." Dans le sous-texte, on comprend donc que la stratégie de Washington fonctionnerait si et seulement si le peuple prenait ses responsabilités. Sans cela, point de victoire totale pour les Etats-Unis bien que l'Iran sortirait inévitablement affaibli de cette confrontation inédite.

Vers un changement de régime rapide ?

Malgré le choc provoqué par l'assassinat de Khamenei, les experts mettent en garde contre toute prédiction d'un effondrement rapide. Selon eux, l'ordre politique iranien a été délibérément construit pour éviter toute dépendance envers un seul dirigeant, en répartissant l'autorité entre les institutions cléricales, l'appareil sécuritaire et les réseaux de pouvoir. "En interne, le système iranien est plus important qu'un seul homme. Tuer Ali Khamenei pourrait durcir le régime plutôt que de l'affaiblir", a déclaré Danny Citrinowicz de l'Atlantic Council à Reuters. "L’Iran a été bâti pour survivre à la perte d’un dirigeant", ajoute Ali Hashem, chercheur associé à Royal Holloway, Université de Londres. "Le danger ne réside pas dans un vide. Il réside dans la possibilité que la guerre et les pressions poussent le système au-delà de sa limite de résilience." Au cœur de cette résilience se trouve le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), corps d'élite longtemps considéré comme le véritable centre de gravité de l'Iran. L'équilibre des pouvoirs repose désormais sur la capacité des Gardiens à sortir affaiblis par les pertes sur le champ de bataille et les dissensions internes, ou au contraire, renforcés et unis autour d'une approche de la gouvernance plus dure et axée sur la sécurité.

L'Iran est désormais confronté à trois défis interdépendants : sa capacité à résister aux attaques ; la capacité de son élite en difficulté à s'entendre sur un successeur ou à adopter une nouvelle formule de gouvernement ; et la capacité d'une population ébranlée à transformer la crise en une rupture politique plus profonde. Personne ne sait encore de quoi cette crise va accoucher.

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L'Iran est la cible de frappes israélo-américaines depuis le 28 février.

Le Hezbollah dans le viseur d’Israël, le Liban rattrapé par la guerre

2 mars 2026 à 13:10

Le Liban se trouve pris en étau dans la guerre déclenchée par Donald Trump et Israël au Moyen-Orient. Ce lundi 2 mars au matin, Tel-Aviv a confirmé la menace qui plane sur le pays. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, était désormais une "cible à éliminer", après que le groupe armé, allié de Téhéran, a tiré sur Israël en représailles à l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei. "Quiconque suit la voie de Khamenei se retrouvera bientôt avec lui dans les profondeurs de l’enfer", a prévenu le ministre israélien sur X.

Après deux jours de bombardements américains et israéliens en Iran, le conflit s’est donc étendu jusqu’au Liban, où Tsahal a annoncé dans la nuit de dimanche à lundi avoir commencé à frapper le Hezbollah. Après avoir ordonné l’évacuation de dizaines de villes libanaises, l’armée israélienne a d’abord ciblé des localités du sud du Liban, qui accueillaient des représentants du mouvement armé chiite. Avant de frapper jusqu’à Beyrouth, la capitale, dont le sud est un fief notoire du Hezbollah. Des explosions ont été signalées dans la capitale et en périphérie sud. "Les frappes se poursuivent et leur intensité va augmenter", a affirmé dans la matinée le général Rafi Milo, chef du commandement nord de l’armée israélienne. Les bombardements ont déjà fait au moins 31 morts et 149 blessés, selon l’agence de presse officielle libanaise ANI.

Le Hezbollah doit "rendre ses armes illégales"

Le président Joseph Aoun a très vite fait savoir qu’il condamnait les frappes du Hezbollah contre Israël, qui nuisent, selon lui, aux efforts de Beyrouth pour éviter d’être entraîné dans un conflit régional. Dans un communiqué, il déplore "l’insistance à utiliser une fois de plus le Liban comme plateforme pour des guerres qui ne le concernent pas". De son côté, le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a souligné que les tirs de roquettes du Hezbollah "donnent à Israël des prétextes pour poursuivre ses attaques contre ce pays" et "mettent en danger la sécurité du Liban". Pour tenter de distancer sa nation des actions du mouvement terroriste, le chef du gouvernement a déclaré lundi que le Liban interdisait officiellement les activités militaires du Hezbollah, qui doit "rendre ses armes illégales" et devenir un parti politique.

L’avenir du Liban dans cette guerre reste incertain. Le porte-parole de l'armée israélienne a de son côté fait savoir qu'Israël avait renforcé sa présence militaire de son côté de la frontière avec le Liban, mais qu'il n'y avait pas de plans immédiats pour une invasion terrestre de son voisin. Plus tôt, le général de brigade Effie Defrin, un autre porte-parole militaire israélien, avait déclaré aux journalistes qui l'interrogeaient sur la possibilité d'envoyer des troupes au sol que toutes les options restaient sur la table.

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L’armée israélienne a d’abord ciblé des localités du sud du Liban lundi, avant de frapper jusqu’à Beyrouth, la capitale, dont le sud est un fief notoire du Hezbollah.

Abbas Milani (Stanford) : "En Iran, une guerre comme celle de Trump ne pourra pas amener la démocratie"

2 mars 2026 à 12:30

Il y a eu des scènes de joie comme rarement en Iran. Après plusieurs heures d'incertitudes, la confirmation de la mort du Guide suprême, l'ayatollah Khamenei au pouvoir depuis 36 ans en ce 1er mars, a été fêtée dans de nombreuses villes du pays. Bien que le régime des mollahs ait rapidement mis en place un triumvirat composé du président Masoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejeï et de l’ayatollah Alireza Arafi pour assurer la transition, cet événement marque néanmoins un tournant historique en Iran.

Pour L'Express, Abbas Milani, directeur du programme d'études iraniennes à l'université de Stanford, dresse le bilan du règne sanguinaire et sans partage du plus haut dirigeant chiite, "l'une des périodes les plus dramatiques, les plus autoritaires et les plus destructrices de l’histoire contemporaine de l’Iran". Selon lui, le régime des mollahs est bien en train de disparaître. Avec de nombreux bouleversements à la clé. Entretien.

L’Express : Khamenei a été éliminé lors de l'opération lancée contre Téhéran. Comment a réagi la population ?

Abbas Milani : Des milliers de personnes sont descendues dans les rues à travers le pays pour faire la fête. Sur les réseaux sociaux iraniens, beaucoup ont déjà remercié le président américain pour cette action, même s’ils ignorent ses objectifs stratégiques. Mais plus tard dans la nuit, le régime a envoyé ses hommes à moto pour disperser les gens et réintroduire ses propres partisans dans les rues, afin de simuler un "deuil" et montrer que la population pleurait Khamenei. Chacun sait en Iran que ces rassemblements sont artificiels. Le régime a encore cherché désespérément à masquer la joie populaire à la mort du patriarche sanguinaire.

En quoi sa mort revêt-elle une portée historique ?

Cela marque la fin de l’une des périodes les plus dramatiques, les plus autoritaires et les plus destructrices de l’histoire contemporaine de l’Iran. Ses 37 années au pouvoir ont renforcé un régime clérical d’une manière qui aurait été difficile à imaginer auparavant. Son intransigeance et sa conviction absolue de détenir seul la vérité — non seulement pour l’Iran, mais pour l’islam — ont fait de lui le principal obstacle à tout changement réel dans le pays. Il a été à l’origine des grandes orientations stratégiques qui, selon moi, se sont révélées profondément néfastes pour l’Iran : le programme nucléaire, la mise en place de forces alliées dans la région, l’inscription de la destruction d’Israël parmi les objectifs stratégiques à long terme, ou encore le refus de dialoguer directement avec les États-Unis tout en maintenant des échanges indirects.

Il a également maintenu une ligne dure sur des questions sociétales, notamment en s’opposant fermement au droit des femmes à occuper librement l’espace public, malgré l’avis d’autres religieux qui estimaient que ces restrictions n’étaient pas essentielles à la tradition chiite ni à l’islam.

En quoi a-t-il été le grand artisan d’une concentration du pouvoir entre ses mains par rapport à Khomeini ?

Il a profondément transformé la fonction de Guide suprême. Sous Khomeini, le bureau du Guide comptait quelques dizaines d’employés. Par la suite, cette structure a pris une ampleur considérable, avec des milliers de personnes. Le pouvoir s’est fortement centralisé : en plus de contrôler des fonds déjà très importants, le bureau du Guide suprême a développé un vaste réseau d’entreprises actives dans des secteurs variés comme la santé, le pétrole et le gaz. L’ensemble est devenu à la fois une puissance économique et politique majeure, fonctionnant selon des logiques de favoritisme et de clientélisme. Ces ressources ont également permis de financer des activités extérieures à l’Iran sans qu’elles apparaissent officiellement dans le budget de l’État.

Le style de gouvernement différait aussi sensiblement. Khomeini adoptait une posture plus distante : il se considérait au-dessus des détails quotidiens de la gestion politique. Il fixait les grandes orientations, puis laissait ses collaborateurs les mettre en œuvre. Pendant la guerre entre l’Iran et l’Irak de 1980 à 1988, par exemple, il a confié une large part des responsabilités à d’autres dirigeants, notamment à Rafsandjani (NDLR : ce proche collaborateur de Khomeini a joué un rôle majeur dans la coordination de l’effort de guerre). Khamenei, en revanche, a concentré l’essentiel des pouvoirs entre ses mains et s’est impliqué dans des domaines très précis, parfois même techniques, qui relevaient habituellement d’autres instances. Cette tendance à intervenir directement dans de nombreux aspects de la vie politique et économique traduisait une vision beaucoup plus centralisée et personnalisée du pouvoir, allant bien au-delà du style adopté par Khomeini.

Peut-on dire que Khamenei a transformé un régime théocratique en une théocratie militarisée ?

On peut formuler les choses ainsi : au moment de sa nomination, la Constitution a été modifiée pour correspondre à son profil, car selon le texte initial, il ne remplissait pas les conditions requises pour exercer la fonction. Cette révision constitutionnelle, menée notamment sous l’impulsion de Rafsandjani, a consisté à adapter les critères d’éligibilité afin de permettre sa désignation. Au cours de ce processus, la nature même du régime a évolué : on est passé du principe de velayat-e faqih (le gouvernement du juriste-théologien) à celui de velayat-e motlaqeh-ye faqih, c’est-à-dire l’autorité absolue du juriste-théologien. La fonction a ainsi été renforcée et dotée de pouvoirs élargis.

N’ayant pas l’autorité religieuse reconnue de son prédécesseur, il s’est appuyé davantage sur l’appareil militaire pour consolider son pouvoir. Il a notamment renforcé le rôle des Gardiens de la révolution dans les domaines économique et politique, alors que Khomeini avait insisté pour que cette force reste strictement militaire et en dehors des affaires économiques et partisanes. En consolidant leur influence, il a contribué à transformer cette institution en acteur central du système politique et économique. Ce recours accru à la puissance militaire traduisait la nécessité de compenser une légitimité religieuse plus fragile par un soutien institutionnel et sécuritaire plus fort.

Il a donc bouleversé tout le monde chiite ?

La plupart des chiites à l’époque ne considéraient pas la théorie du velayat-e faqih comme légitime. La majorité des grands ayatollahs de Najaf en Irak (NDLR : grand centre du chiisme), qui occupaient des positions hiérarchiques supérieures à Khomeini — comme Hakeem ou Khoyi (NDLR : deux ayatollahs chiites très influents) — la rejetaient complètement, estimant que cette idée n’avait aucun fondement dans le chiisme. Même aujourd’hui, des figures religieuses influentes comme Ali al-Sistani (NDLR : l’un des plus influents ayatollahs chiites contemporains) ne soutiennent pas cette notion selon laquelle un juriste se déclarant meilleur juge et représentant de Dieu sur terre devrait gouverner. Dans d’autres pays à majorité chiite, comme l’Azerbaïdjan ou à Bahreïn, cette idée est considérée comme ridicule. Ainsi, présenter le velayat-e faqih comme la vision chiite dominante du monde est faux : il s’agit en réalité d’une opinion minoritaire, même au sein du chiisme.

La campagne militaire actuelle sur l'Iran s'avère très intense. L'historien américain Robert Pape estime que "les bombardements n’entraînent jamais de changement de régime positif". Êtes-vous d’accord avec lui ?

Oui. En Iran la situation est très particulière. Les Iraniens luttent pour la démocratie depuis presque un siècle et contre ce régime depuis environ 44 ans. Une étude récente menée par un groupe de chercheurs de notre programme s’est penchée sur Téhéran entre 2009 et 2024. Durant cette période de 16 ans, environ 3 200 manifestations crédibles contre le régime ont eu lieu dans la ville, soit une manifestation tous les trois jours en moyenne. Cela montre que la population iranienne lutte de manière constante contre le régime, souvent dirigée de manière avisée par des femmes engagées pour la démocratie.

On ne peut donc pas comparer l’Iran à des situations comme l’Irak ou l’Afghanistan, où des systèmes démocratiques ont été imposés de l’extérieur. L’idée qu’une intervention militaire, comme celle prônée par Donald Trump, pourrait instaurer immédiatement la démocratie en Iran ne correspond ni aux données empiriques ni à la réalité sur le terrain.

Est-on en train d’assister au crépuscule des mollahs ?

Absolument. Il ne s’agit pas seulement du crépuscule d’une époque — le crépuscule laisse penser qu’un nouveau jour pourrait se lever. Ce que nous observons en Iran, c’est plutôt la disparition définitive du chiisme politique. Je ne parle pas de la disparition de l’islam en tant que croyance personnelle. L’islam, comme le catholicisme après sa séparation du pouvoir politique, pourrait continuer à accompagner la vie spirituelle des individus. Mais même cela est compromis, car Khamenei a profondément endommagé le chiisme et son héritage historique, ce qui exigera un pardon de la part de la population.

Il a transformé la relation fondamentale entre la société iranienne et les religieux. Autrefois, les clercs et leurs écoles ou mosquées dépendaient du soutien des citoyens et des commerçants du bazar, ce qui les rendait sensibles aux demandes populaires et partenaires des mouvements pour la démocratie, l’égalité économique ou l’anticolonialisme. Aujourd’hui, grâce aux revenus du pétrole et du gaz, presque tous ces clercs sont devenus des agents rémunérés du régime. Ils ont construit des écoles luxueuses qui ressemblent plus à des casinos qu’à des séminaires, accumulé des fortunes pour leurs enfants, et corrompu l’institution.

Historiquement, si un régime iranien tuait quelques personnes, les clercs figuraient parmi les premiers à dénoncer ces violences. Aujourd’hui, après des milliers de morts — certains chiffres évoquent plus de 30 000 — aucun grand religieux ne s’est élevé contre ces exactions. Cette relation historique a été détruite. Le chiisme politique n’est pas seulement au crépuscule : il a rejoint le passé, dans ce que l’on pourrait appeler les vestiges, la poubelle de l’histoire. Selon moi, c’est le seul service historique rendu par Khamenei : il a contribué à séculariser l’Iran, rapprochant le pays de la laïcité à un niveau que peu de pays musulmans ont jamais atteint.

Est-ce qu’il y a un risque de voir apparaître ce que certains appellent un "IRGCistan", issu de l'acronyme des Gardiens de la révolution, c'est-à-dire un État sous le contrôle des militaires ?

Le danger existe certainement à court terme. Le fait qu’ils aient nommé l’un des commandants les plus sanguinaires des Gardiens de la révolution, Ahmad Vahidi, connu pour sa répression brutale des manifestations, montre qu’ils estiment devoir afficher davantage de force.

Cependant, cette stratégie est vouée à l’échec à long terme. L’Iran n’est pas le Pakistan : la société civile iranienne est active, et les besoins économiques du pays sont considérables. Même si des frappes ciblées, menées par Israël ou les États-Unis, suscitent des débats sur leur légalité — par exemple concernant l’assassinat de Qassem Soleimani — la situation de l’IRGC est profondément affaiblie, en particulier au niveau de ses cadres supérieurs. Le nouveau commandant ne possède qu’une expérience militaire marquée par la violence et la répression.

Même s’ils prenaient le contrôle complet aujourd’hui, ils ne pourraient résoudre les problèmes économiques de l’Iran, qui sont structurels et profonds. Il faudrait un véritable changement de régime, incluant une redéfinition des rapports entre le pouvoir et le peuple, entre le pouvoir et l’économie, ainsi que le rôle de l’IRGC. De plus, l’implication de la diaspora iranienne serait essentielle pour toute solution durable.

Mais Donald Trump pourrait-il faire un accord avec un membre des Gardiens de la révolution ?

C’est possible. Donald Trump affirme que des membres du régime lui parlent directement. Il s’agit probablement de responsables des Gardiens de la révolution, seuls ou en coalition avec certains religieux, qui cherchent à savoir s’ils peuvent négocier tout en conservant une part de pouvoir. Cette hypothèse est donc plausible, même si son issue reste incertaine.

Dans le système iranien, qui va prendre le siège vacant laissé par Khamenei ?

Je ne pense pas que quiconque pourra lui succéder. La société iranienne ne le permettra pas, et les divisions internes au sein du régime rendent toute succession impossible pour le moment. Le régime est trop fragmenté pour qu’un successeur émerge. Khamenei a consolidé ce pouvoir, devenu quasi absolu, au cours de ses 37 années au pouvoir. À ses débuts, beaucoup pensaient que Rafsandjani était plus influent, et que d’autres figures pouvaient le concurrencer. Progressivement, Khamenei a exercé un contrôle comparable à celui de Staline après la mort de Lénine en 1922 : initialement considéré comme faible et manipulable, il est devenu le plus puissant en éliminant progressivement tous ses rivaux.

Dans le cas de Rafsandjani, Khamenei a agi de la même manière : il le considérait comme un allié naïf, qu’il pouvait contrôler, et lui a confié tous les postes importants. Mais en utilisant le pouvoir institutionnel de son bureau, il a fini par neutraliser et éliminer tous ceux qui pouvaient constituer une menace, y compris Rafsandjani.

Quel est l’agenda de Donald Trump dans la région alors qu’il avait été élu sur un programme isolationniste ?

C’est très difficile à savoir. Je pense que s’il existe une priorité claire, c’est celle d’éviter de s’engager dans une guerre longue et interminable. Au-delà de cela, je ne perçois pas de vision stratégique cohérente. Beaucoup en Israël, y compris Netanyahou, affirment qu’aucun président américain n’a été aussi proche d’Israël que lui. Mais il ne s’agit pas d’objectifs stratégiques : tous les présidents américains ont soutenu Israël, certains peut-être légèrement plus que d’autres. Certains évoquent son positionnement face à la Chine. Il semble que sa priorité principale soit de défier Pékin, notamment en asséchant ses ressources pétrolières.

La population peut-elle "prendre son destin en main" comme le réclame Donald Trump ?

Durant toutes mes années d’observation de la politique iranienne, je n’ai jamais vu autant de personnes — à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Iran —, qu’il s’agisse d’intellectuels, d’activistes ou de dirigeants politiques, affirmer qu’ils ne peuvent pas renverser le régime seuls et qu’ils ont besoin d’un soutien international.

Les opinions divergent sur l’ampleur de cette aide. Certains demandent une intervention directe pour renverser le régime, d’autres se limitent à viser les commandants supérieurs. Certains, comme moi, estiment que la communauté internationale, y compris les États-Unis et l’Europe, devrait plutôt équilibrer les forces et permettre aux Iraniens de lutter plus efficacement. Par exemple, le régime reçoit de la Chine une technologie de reconnaissance faciale utilisée pour surveiller et intimider la population. L’Occident pourrait aider les Iraniens à contourner ce système, à accéder librement à Internet et à s’organiser. Même des figures historiques de l’opposition, souvent opposées à toute intervention étrangère, reconnaissent désormais que ce régime est trop brutal et qu’un soutien extérieur est nécessaire pour rétablir un terrain plus équitable pour le peuple iranien.

Un nouveau Moyen-Orient peut-il naître si le régime des mollahs tombe ?

Le Moyen-Orient a déjà changé, et la disparition de Khamenei ainsi que les transformations en Iran vont accélérer ce processus. Le nouveau Moyen-Orient ressemble davantage à celui envisagé par les accords d’Abraham qu’au Moyen-Orient de Khameini, marqué par l’opposition farouche à la solution à deux États avec Israël et la Palestine. Khameinei était l’un des adversaires les plus acharnés de cette solution.

Aujourd’hui, cet obstacle n’existe plus. Les pays musulmans cherchent désormais à établir la paix avec Israël, tout en garantissant une solution juste pour les Palestiniens, c’est-à-dire une solution à deux États. Avec Khamenei absent, la principale résistance à cette perspective a disparu. Le Moyen-Orient a donc déjà évolué. Les pays arabes, comme l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, doivent désormais convaincre Israël de reconnaître aux Palestiniens la création d’un État. Les accords sont déjà en grande partie établis et l’absence de Khamenei devrait faciliter la finalisation des détails restants.

Netanyahou est-il le grand vainqueur de cette séquence ?

À court terme, il a atteint les objectifs qu’il s’était fixés. Je pense qu’il a agi de manière calculée, car il a attendu le moment opportun, sachant que cette guerre finirait par arriver. Depuis 44 ans, le régime iranien a mis le pays sur une trajectoire de confrontation avec Israël, en affirmant que la destruction de l’État israélien était l’un de ses objectifs stratégiques. Tous les Premiers ministres israéliens ont reconnu cette menace, et Netanyahou a choisi d’attendre.

Lorsqu’il a constaté que l’Iran était à son point le plus faible — ses alliés affaiblis, Assad exilé, le Hamas quasiment neutralisé, et le Hezbollah considérablement affaibli — Israël a décidé de frapper. Netanyahou tente désormais de tirer parti de cette période de vulnérabilité pour renforcer la position d’Israël, tant sur le plan stratégique que politique, et pour consolider sa propre position dans un contexte politique interne complexe.

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Donald Trump dans le bureau Ovale, le 2 février 2026.

"La guerre en Iran va chambouler la carte énergétique mondiale" : l'avertissement d’Ana Maria Jaller Makarewicz

2 mars 2026 à 11:45

Les frappes contre l'Iran et les craintes d'un blocage prolongé du détroit d'Ormuz menacent l'Europe d'un choc énergétique majeur, quasiment quatre ans après le début de la guerre en Ukraine qui avait eu pour conséquence une envolée des prix du gaz. Car il n'y a pas que le pétrole qui transite par cet étroit passage maritime où deux pétroliers ont déjà été touchés. L'approvisionnement en gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar pourrait aussi être perturbé alors même que le Vieux Continent s'est engagé à stopper définitivement ses achats de GNL à la Russie d'ici la fin de l'année. Avec à la clé une flambée des cours du gaz comme en 2022, avertit Ana Maria Jaller Makarewicz, chercheuse à l'Institute for Energy Economics and Financial Analysis à Londres.

L'Express : Dans quelle mesure un conflit majeur en Iran, avec comme conséquence un blocage prolongé du détroit d'Ormuz, pourrait affecter l'approvisionnement énergétique de l'Europe ?

Ana Maria Jaller Makarewicz : L'impact potentiel est considérable car ce détroit est la principale artère du commerce pétrolier et gazier mondial. Et tout dépendra évidemment de la durée du conflit. Pour l'Europe, ce sont les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar qui sont en jeu. Certes, depuis 2022 et avec la multiplication des événements en mer Rouge, l'Europe a déjà réduit ses achats : l'an passé, le continent n'a importé que 12 BCM de GNL du Qatar – un BCM équivaut à un milliard de mètres cubes – contre 25 en 2022. Un chiffre comparable à ce que l'Europe achète aujourd'hui à l'Algérie, l'essentiel de nos approvisionnements venant de Russie et surtout des Etats-Unis. Nous avons donc déjà réduit notre dépendance au GNL qatari, mais elle n'est pas nulle.

Or deux événements vont se conjuguer. Premièrement, nos stocks actuels de gaz sont faibles en cette fin d'hiver, de l'ordre de 30 % de nos besoins, et il va falloir les reconstituer. Deuxièmement : conformément aux engagements pris, l'Union européenne stoppera d'ici la fin de l'année tous ses achats de GNL en provenance de Russie. Car si les achats de gaz russe par gazoduc ont été coupés depuis la guerre en Ukraine, les livraisons de gaz liquéfié se sont poursuivies et elles ont même progressé. Rappelons que Moscou est le deuxième fournisseur de GNL du Royaume-Uni. Dans ce marché contraint, la "disparition", même momentanée, du Qatar peut faire flamber les prix qui pourraient retrouver, en cas de scénario noir, les niveaux observés au début de la guerre en Ukraine. Dans tous les cas, il faut s'attendre à beaucoup de volatilité sur les cours.

En ce qui concerne le pétrole, la sécurité énergétique européenne serait-elle aussi menacée si l'or noir en provenance d'Arabie saoudite venait à manquer ?

La situation est un peu moins tendue et les fournisseurs potentiels plus nombreux. Les Etats-Unis sont devenus le premier fournisseur de pétrole de l'UE, suivis par la Norvège, le Kazakhstan, la Libye. L'or noir d'Arabie saoudite n'a représenté que 6,8 % des importations européennes au troisième trimestre 2025. Notre sécurité énergétique n'est pas en jeu… Ce qui ne veut pas dire que les prix ne vont pas grimper, surtout si le conflit s'enlise. Ce sont deux choses différentes.

A court terme, qui est le gagnant sur le plan énergétique de cette guerre ?

Evidemment les Etats-Unis. Compte tenu des investissements massifs faits ces dernières années pour accroître les capacités de production de gaz et de pétrole de schiste mais aussi les capacités de liquéfaction du gaz, leur puissance exportatrice est extrêmement forte. En ce qui concerne le GNL par exemple, si les approvisionnements qataris nous manquent, les Etats-Unis seront en mesure de répondre au surcroît de demande européenne. Et de façon durable. Comme le rapportait, à la mi-octobre, l’Agence américaine d’information sur l’énergie, les opérateurs du pays prévoient de doubler leur capacité de liquéfaction et d’exportation d’ici à 2029.

La morale de l'histoire : notre dépendance au gaz naturel américain et à son pétrole risque de s'accroître.

La Chine se trouve-t-elle menacée par cette guerre de l'énergie ?

Oui car l'approvisionnement en énergie est le talon d'Achille de son modèle économique. Elle le sait et c'est pour cela que le géant asiatique investit massivement dans les énergies renouvelables. Malgré tout, sa dépendance aux importations de pétrole et de gaz est considérable. La Chine à elle seule absorbait 8 % de la production iranienne de pétrole – soit presque l'essentiel de la production vénézuélienne, qui était certes assez faible – à des tarifs inférieurs de 8 à 10 dollars par baril aux cours officiels. Le Qatar fournissait également 23 % du GNL chinois. Un blocage durable du détroit d'Ormuz fragilise la Chine, qui pourrait être tentée de s'approvisionner encore davantage auprès de la Russie, malgré les sanctions économiques qui pèse sur les géants énergétiques russes Rosneft et Lukoil. Cette guerre pourrait bien chambouler la carte énergétique mondiale.

© REUTERS

De la fumée s'élève après des attaques présumées de missiles iraniens, à la suite de frappes américaines et israéliennes contre l'Iran, à Manama, Bahreïn, le 28 février 2026.

Iran : comment les frappes de Donald Trump fragilisent sa campagne pour les midterms

2 mars 2026 à 11:24

Seul un Américain sur quatre approuve les frappes des États-Unis contre l'Iran, tandis qu’environ la moitié — dont un républicain sur quatre — estime que le président Donald Trump est trop enclin à utiliser la force militaire, a révélé dimanche 1er mars un sondage Reuters/Ipsos au lendemain du déclenchement d'une nouvelle guerre au Moyen-Orient. À quelques mois des midterms américains qui se dérouleront en novembre, le locataire de la Maison-Blanche risque gros avec les multiples attaques balistiques lancées sur l’Iran, qui ont décimé ses principaux dirigeants, dont le guide suprême Ali Khamenei, ont fait au moins 550 morts dans le pays et ont déclenché une guerre régionalisée dans le golfe du Moyen-Orient.

Car ces frappes ont propulsé une crise internationale au cœur de la campagne des élections de mi-mandat, exposant les fragilités politiques du président américain. Si les républicains ont majoritairement salué une opération "vitale", les démocrates ont averti qu’elle pourrait "dégénérer en une campagne militaire périlleuse et prolongée". Mais les divisions sont également internes : elles fissurent aussi la coalition du président. Selon le Washington Post, malgré les apparences d’unité, la décision militaire a "ébranlé des pans de la coalition qui lui a permis à deux reprises de conquérir la Maison-Blanche".

Une base isolationniste déboussolée

Donald Trump, élu en promettant d’en finir avec les "va-t-en-guerre" et en dénonçant la guerre en Irak comme une "énorme et stupide erreur", avait assuré : "Je mettrai fin au chaos au Moyen-Orient" et "J’empêcherai la Troisième Guerre mondiale".

Pour une partie de sa base isolationniste, la décision de frapper à nouveau l'Iran marque donc une rupture. Des soutiens pourtant jusqu’ici largement acquis se montrent déboussolés sur les réseaux. Blake Neff, le producteur de "The Charlie Kirk Show" du nom de l’influenceur trumpiste assassiné puis porté en martyr de la cause Maga en septembre 2025, a expliqué ce week-end sur X que des amis conservateurs lui envoyaient des messages consternés au sujet de l’Iran : "C’est extrêmement déprimant", "Je ne voterai plus jamais à une élection nationale"… Pour sa part, le producteur a averti : "Si cette guerre est une victoire rapide, facile et décisive, la plupart d’entre eux s’en remettront. Mais si c'est n'est pas le cas, il y aura beaucoup de colère". Autrement dit, le pari militaire de Donald Trump pourrait se retourner politiquement contre lui si le conflit s’enlise.

Les chiffres qui pleuvent ces derniers jours illustrent cette vulnérabilité. Selon le Washington Post, les sondages montrent que la cote d’approbation de Donald Trump est tombée à 39 %, "son niveau le plus bas depuis l’attaque du 6 janvier 2021 contre le Capitole des États-Unis". Un autre sondage Washington Post-ABC News-Ipsos indique que 46 % seulement des électeurs de Donald Trump soutiennent l’usage de l’armée pour forcer des changements dans d’autres pays, contre 22 % qui s’y opposent et 30 % sans opinion — un soutien loin d’être unanime. Le New York Times rappelle de son côté qu’une enquête de l’Université du Maryland montrait récemment que seulement 21 % des Américains soutenaient une attaque contre l’Iran.

Une remise en cause de l'"America First" ?

Les deux journaux américains le soulignent, la décision présidentielle ravive aussi un débat existentiel au sein du Parti républicain. Entre "America First" et "la paix par la force", la ligne idéologique se brouille, et beaucoup se demandent laquelle des deux visions reprendra le dessus lorsque l’aire de Donald Trump sera finie. Des figures libertariennes dénoncent une trahison : "Je m’oppose à cette guerre. Ce n’est pas 'l’Amérique d’abord'", affirme le représentant républicain du Kentucky Thomas Massie auprès du NYT. D’autres, comme le jeune responsable républicain Cooper Jacks interrogé par le Washington Post, redoutent "d’entrer dans un conflit militaire de long terme qui va entraîner la mort d’Américains qui ne veulent pas vraiment combattre". À quelques mois des midterms, Donald Trump joue ainsi une partie à haut risque : transformer une démonstration de force en victoire politique rapide — ou voir la guerre miner la coalition hétéroclite qui l’a porté au pouvoir.

Peu de républicains de premier plan ont rompu ouvertement avec Donald Trump ces derniers jours. Mais dans les circonscriptions disputées, la prudence domine : "Les membres du parti engagés dans des courses électorales serrées se sont montrés prudents et, dans certains cas, discrets, reflétant un sentiment d'incertitude quant à savoir si le conflit va s'aggraver, et comment les électeurs vont réagir", souligne le NYT. Conscients du risque électoral qui pourrait leur faire perdre le contrôle du Congrès, certains républicains rappellent publiquement que toute opération militaire prolongée doit obtenir l’aval complet du Parlement.

© REUTERS

Donald Trump avait été élu en promettant d’en finir avec les "va-t-en-guerre" et en dénonçant la guerre en Irak comme une "énorme et stupide erreur".

Les coulisses de l’attaque contre l’Iran : les infos de la CIA, les appels de MBS…

2 mars 2026 à 09:14

Les Etats-Unis ne percevaient aucune menace imminente de l’Iran contre eux lorsqu’ils ont, samedi 28 février, lancé une attaque d’ampleur contre le régime des mollahs, rapportent plusieurs médias américains au troisième jour de la guerre. Mais ces dernières semaines, une "fenêtre d’opportunité" se serait dessinée devant les yeux de Donald Trump, à mesure que deux de ses alliés du Moyen-Orient, Israël et l’Arabie saoudite, lui signalaient qu’il était temps de frapper. L’opération "Fureur épique", déclenchée après un important déploiement militaire américain — le plus massif dans la région depuis l’invasion de l’Irak en 2003 — a visé les centres de commandement et les dirigeants iraniens. Dès la première heure, elle a entraîné la mort du Guide suprême Ali Khamenei, au pouvoir depuis près de quarante ans, ainsi que de plusieurs hauts responsables. Ces dernières 48 heures, les frappes et représailles se sont multipliées entre Washington et Téhéran, faisant tomber des bombes sur plusieurs pays de la région, dont le Liban, l’Arabie saoudite, le Qatar ou encore les Emirats arabes unis.

Ces incitations extérieures sont intervenues à un moment où la séquence diplomatique entre les Etats-Unis et l'Iran s'essouflait depuis plusieurs semaines, laissant présager la fin des discussions. À l’issue de leur troisième rencontre à Genève le jeudi 26 février, les envoyés américains Steve Witkoff et Jared Kushner ont finalement tranché en estimant que Téhéran cherchait à préserver sa capacité d’enrichissement "afin de pouvoir, avec le temps, l’utiliser pour une bombe nucléaire". Le lendemain, en meeting à Corpus Christi (Texas) avant des primaires prévues mardi, Donald Trump a laissé entrevoir une décision imminente : "Nous avons une très grande décision à prendre, vous le savez. Pas facile, pas facile", déblatérait-il devant la foule. Samedi 28 février, alors que les bombardements débutaient, il évoquait des "menaces imminentes du régime iranien" et des "missiles à longue portée qui pourraient bientôt atteindre le territoire américain", avant d’affirmer : "Aucun président n’a été prêt à faire ce que je suis prêt à faire ce soir".

Les encouragements du prince saoudien

Selon le Washington Post, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a notamment joué un rôle déterminant dans cette séquence. Au cours du mois précédant l’attaque, il a multiplié les appels privés avec Donald Trump pour plaider en faveur d’une intervention américaine, tout en affichant publiquement son soutien à une solution diplomatique.

En parallèle des discussions engagées par l’émissaire spécial Steve Witkoff et Jared Kushner avec des responsables iraniens, Riyad a ainsi publié un communiqué à la suite d’un appel entre "MBS" et le président iranien Masoud Pezeshkian. Dans ce texte, l’Arabie saoudite affirmait que le prince héritier "n’autoriserait pas l’utilisation de l’espace aérien ou du territoire saoudien pour une attaque contre l’Iran". En privé toutefois, selon le Washington Post, le dirigeant saoudien a averti des responsables américains que Téhéran ressortirait "renforcé et plus dangereux" si Washington ne frappait pas alors qu’il disposait de la plus forte présence militaire régionale depuis plus d’une décennie dans la région. Un message également relayé par son frère, le ministre de la Défense Khalid ben Salmane lors de réunions à Washington en janvier.

Les informations cruciales de la CIA

La pression israélienne a également pesé dans la balance, tandis que Benyamin Netanyahou a poursuivi sa campagne publique menée de longue date en faveur de frappes contre ce qu’il considère comme une menace existentielle pour son pays. Lors d’un briefing classifié le mardi précédant l’attaque, rapporte le Washington Post, le secrétaire d’État Marco Rubio a indiqué aux hauts responsables du Congrès américain que le calendrier et les objectifs de la mission étaient façonnés par le fait qu’Israël attaquerait "avec ou sans les États-Unis". Le débat interne ne portait donc plus sur le principe d’une frappe, mais sur son timing : intervenir de concert avec Israël, ou attendre une éventuelle riposte iranienne contre des cibles militaires américaines dans la région avant d’engager les forces américaines.

Selon les informations du New York Times, des renseignements obtenus par la CIA ont accéléré la prise de décision, en offrant aux Etats-Unis et à Israël l'occasion de remporter une victoire cruciale et rapide. D'après le quotidien américain, l'agence, qui suivait Ali Khamenei depuis des mois, a eu vent d'un rassemblement de hauts dirigeants iraniens prévu dans un complexe au cœur de Téhéran, le samedi matin, permettant aux deux pays d’ajuster le timing de l’opération pour profiter de cette "fenêtre d’opportunité". Les informations de la CIA ont ainsi permis à Israël d’exécuter vers 9h40 une frappe ciblée avec peu d’avions, munis de missiles longue portée précis, tuant notamment Ali Khamenei, Mohammad Pakpour (commandant en chef des Gardiens de la Révolution), Ali Shamkhani (chef du Conseil de sécurité) et plusieurs autres figures clés.

© UPI/MAXPPP

De la fumée s'élève au-dessus de Téhéran après des frappes israéliennes et américaines, le 28 février 2026.

Mahmoud Moradkhani, neveu de l'ayatollah Khamenei : "Les Iraniens garderont un très mauvais souvenir de lui"

2 mars 2026 à 07:30

Au téléphone, aucune tristesse dans la voix du Dr Mahmoud Moradkhani. Ce médecin ORL près de Lille, réfugié iranien, a pourtant perdu un membre de sa famille ce week-end lors des frappes américaines et israéliennes sur Téhéran. Le plus célèbre, d'ailleurs : son oncle, l'ayatollah Ali Khamenei, qui portait le titre de Guide suprême de la République islamique depuis 1989.

Mahmoud Moradkhani a fui l'Iran en 1985, refusant de prêter allégeance au régime pour exercer son métier de médecin. Sa mère et sa sœur, elles, sont restées à Téhéran, ce qui ne les a pas empêché de résister : la mère du docteur Moradkhani avait même écrit une lettre ouverte pour dénoncer le "califat despotique" de son frère lors de la révolte "Femme, vie, liberté" fin 2022. Auprès de L'Express, Mahmoud Moradkhani se souvient de son oncle et espère que sa mort va mettre l'Iran sur la voie de la liberté, après plus de 40 ans d'oppression islamique.

L'Express : Les médias iraniens ont confirmé la mort de votre oncle, l'ayatollah Khamenei, dans les frappes américaines et israéliennes sur Téhéran. Quel sentiment domine chez vous aujourd'hui ?

Mahmoud Moradkhani : Je suis content, comme la plupart des Iraniens. Je n'avais plus de sentiments personnels envers lui, je ne le considérais plus comme oncle depuis longtemps. Nous n'avions plus de relations, il était une personnalité publique et, dans ce cas là, les sentiments pesonnels et affectifs disparaissent.

En 2023, vous nous disiez tout de même que, quand vous étiez enfant, il était votre oncle préféré. A titre personnel, quel souvenir garderez-vous de lui ?

Tous ces souvenirs datent d'avant 1979 [NDLR : et la Révolution islamique], il y a plus de 47 ans ! La révolution l'a changé, il n'était plus la même personne : il s'est rapproché très vite du pouvoir de Khomeyni [le premier Guide de la révolution] et de l'ancien président Rafsandjani. A l'époque mon père aussi était proche de Khomeyni mais il est devenu un opposant, et alors Khamenei s'est montré parmi les plus violents, les plus insultants, envers mon père. L'évolution a été très brusque et rapide dans les six mois qui ont suivi la révolution.

Et comment l'Iran se souviendra de Khamenei ?

Le régime est en train de tomber. Je pense que les Iraniens garderont un très, très mauvais souvenir de lui. C'est un cauchemar, provoqué par le pouvoir de la religion et en particulier par le pouvoir de Khomeyni et Khamenei. La majorité des Iraniens ont une vision complètement différente de la religion. A l'intérieur du clergé chiite, Khomeyni était unique, les autres ne partageaient pas sa vision. Même maintenant, les leaders chiites de Najaf se sont mis en dehors de la politique.

Est-ce que l'Iran se portera mieux sans Ali Khamenei ?

Oui, Ali Khamenei était un obstacle : même à l'intérieur du régime, de nombreuses voix différentes cohabitent. Actuellement, avec l'émotion et la guerre, ces rivalités restent sous la surface et ils vont résister, cacher leurs différends. Mais si le régime survit à cette intervention militaire, nous verrons surgir toutes leurs discordances et leurs rivalités : ils ne pourront pas persister très longtemps. La disparition d'Ali Khamenei marque le début de la chute du régime, même sans cette intervention militaire.

Mahmoud Moradkhani, neveu d'Ali Khamenei et opposant au régime iranien réfugié en France.
Mahmoud Moradkhani, neveu d'Ali Khamenei et opposant au régime iranien réfugié en France.

En tant qu'Iranien, comment voyez-vous cette intervention militaire sans précédent des Etats-Unis dans votre pays ?

Je suis quelqu'un de pacifiste, devenu médecin pour soigner : jamais je ne pourrai militer pour une guerre, une intervention armée ou de la répression ! C'est bien pour cette raison que je n'ai pas voulu soutenir ce régime, que je ne suis pas resté aux côtés de mon oncle. Mais, vu la situation actuelle, c'était devenu une quasi-nécessité, créée par le régime de Khamenei, par lui-même tant il était fanatique et dogmatique. Il était resté bloqué sur ses dogmes et ses slogans. Il était le noyau dur du régime, et c'est lui qui résistait aux négociations et ne voulait — ou ne pouvait — rien céder.

Quand vous étiez enfant, a-t-il déjà mentionné la mort, le martyr, devant vous ?

Ce n'est pas que lui : tous les chiites pensent à ça et en parlent. Il disait souvent, à propos des opposants, au début de la révolution : 's'ils sont coupables, tant mieux nous les avons tués et ils vont aller en enfer ; s'ils sont innocents ce n'est pas grave, ils iront au paradis'. La mort pour eux, dans leur religion, est une libération : mourir n'est pas mauvais, c'est se libérer de ce corps et rejoindre l'éternel.

Vous avez de la famille, des proches, en Iran. Avez-vous des nouvelles ces derniers jours ?

J'ai eu quelques messages écrits depuis hier. Mes proches ne sont pas en danger, les bombardements n'ont pas touché la population, mais Internet est coupé, donc je n'ai pas encore réussi à parler directement ou à les voir en visio malheureusement.

Votre mère avait dénoncé les actes de son frère dans une lettre ouverte en 2022, après le meurtre de Mahsa Amini. Comment va-t-elle ? Avez-vous eu sa réaction depuis hier ?

Oui, je l'ai eu par messages. Ma mère continue d'être contre le régime, comme moi, elle n'a aucun regret et elle est même contente de la mort de son frère. Il n'y a pas de problème. Pour elle, ce n'était plus un frère : ils ne se voyaient plus et elle le considérait comme un vrai dictateur, comme celui qui ordonnait le massacre de son peuple.

Vous n'êtes pas retourné en Iran depuis 1985, plus de 40 ans. Espérez-vous faire le voyage prochainement ? Dans quelles conditions ?

Bien entendu, j'espère. Mais je n'ai pas d'ambition politique, ce sera uniquement pour voir ma famille. J'attendrai que la situation soit stabilisée, il n'y a pas d'urgence. L'essentiel reste que la guerre cesse, que le régime tombe et que le peuple puisse commencer un processus politique vers la démocratie. Le plus important, c'est la séparation de la religion de la vie publique, de la vie politique, de la vie sociale. Ce mélange nous a fait beaucoup de mal : le cauchemar de la République islamique est dû à la mainmise de la religion sur la vie du peuple.

Demain, vous allez reprendre le travail, revenir à votre cabinet pour soigner vos patients. Comment faire, moralement, avec la guerre qui se déroule en Iran ?

Malheureusement, j'ai beaucoup d'expérience sur ce sujet. Je peux suivre l'actualité tout en faisant sérieusement mon travail : je suis médecin, je ne peux pas me laisser submerger par l'émotion.

© via REUTERS

A Téhéran, un rassemblement passe devant une peinture de l'ayatollah Khamenei, tué le 28 février par des frappes israéliennes et américaines.

Législatives en Hongrie : "Pour la première fois en 16 ans, Viktor Orban peut perdre"

2 mars 2026 à 07:00

Dimanche 12 avril, Donald Trump, Vladimir Poutine et Xi Jinping auront les yeux rivés sur Budapest. Leur allié Viktor Orban, figure de proue de la droite nationale-populiste, remettra en jeu son siège de chef de gouvernement lors d'une élection législative capitale. Pour la première fois depuis qu'il a pris le pouvoir en 2010 et dirige la Hongrie d'une main de fer, l'élection ne semble pas jouée d'avance. Son adversaire, Peter Magyar, est donné en tête de la plupart des sondages indépendants. Confrontés à une inflation record en Union européenne, les Hongrois "ne croient plus" aux promesses d'Orban. A défaut de faire campagne sur son bilan, ce dernier agite nuit et jour la menace d'une guerre dont seul lui pourrait protéger son peuple. "Viktor Orban fait campagne sur la peur, c’est tout ce qu'il lui reste", décrypte le politologue hongrois Andras Biro-Nagy, directeur du think tank Policy solutions, à Budapest.

L’Express : Pour la première fois depuis 2010, un changement de gouvernement semble possible en Hongrie. Comment l’expliquez-vous ?

Andras Biro-Nagy : Ces quatre dernières années, une chose fondamentale a changé : la conviction du peuple hongrois que Viktor Orban est toujours capable de gouverner et d'apporter des résultats positifs dans leur vie quotidienne a été ébranlée. Depuis les dernières élections en 2022, l'économie hongroise n'a pas connu de véritable croissance. Pour la première fois, Viktor Orban doit se présenter à un scrutin après un mandat au cours duquel il n'a pas pu prouver au peuple hongrois qu'il pourrait être mieux loti s'il restait au pouvoir. Cela a certainement miné sa crédibilité. Une majorité de Hongrois pense aujourd’hui qu'un changement de gouvernement est nécessaire pour améliorer leur vie quotidienne, pour que les services publics fonctionnent mieux, que la crise de l’inflation soit résolue. Celle-ci a touché de nombreux pays, mais la Hongrie a connu le taux record en Europe en 2022 et 2023. Les prix des denrées alimentaires ont explosé. Les Hongrois ne se sont toujours pas remis de ce choc. Ils n’ont toujours pas recommencé à dépenser car ils n’ont pas suffisamment confiance et préfèrent épargner. A cela s’est ajouté le gel des fonds européens, commencé fin 2022. Nous en sommes à la quatrième année - avec toujours 20 milliards d'euros suspendus - et la leçon est claire : sans les financements de l’Union européenne, l'économie hongroise peut survivre, mais pas se développer. Elle est à l'arrêt.

Au-delà des raisons économiques, il faut souligner que l'un des piliers essentiels du pouvoir de Viktor Orban a été la faiblesse et la fragmentation de l'opposition. Or, pour la première fois en 16 ans, nous avons une base électorale forte et unie prête à voter pour un seul acteur politique. C’est tout à fait nouveau. Il y a quatre ans, nous avions une opposition faite d'une alliance de six partis, mais ces partis se détestaient et le peuple hongrois les considérait comme incompétents. Aujourd’hui, le scénario est tout autre : Orban est pour la première fois face à une opposition compétitive.

Comment expliquer ce mauvais bilan économique ?

L’explication tient en deux mots : mauvaise gouvernance. La guerre et les sanctions ont eu des répercussions sur tous les États membres de l'UE, mais la Hongrie a réussi à avoir la pire inflation de toute l'Union ! Si l’on dézoome pour regarder les résultats économiques dans la région, en Pologne, en République tchèque et même en Slovaquie, on constate que l'économie hongroise affiche des performances inférieures à la moyenne régionale.

Bien sûr, Orban a tenté de rejeter toute la responsabilité sur Bruxelles. Puis il a blâmé la guerre en Ukraine. Au début, ce petit jeu des reproches a fonctionné. Mais quatre ans plus tard, les gens n’y croient plus. Nos sondages chez Policy Solutions montrent que les Hongrois tiennent Orban de plus en plus responsable de sa propre gouvernance. C’est l’une des principales tendances de ce mandat : de plus en plus de gens ont cessé de chercher des coupables ailleurs qu’au gouvernement pour expliquer les difficultés économiques du pays, l’inflation et le manque de fonds européens.

A propos de ces fonds, comment ont-ils bénéficié à la Hongrie depuis 2010 ?

L'économie hongroise a énormément bénéficié de l'adhésion à l'UE au cours des deux dernières décennies. En moyenne, sur 20 ans, les fonds européens ont apporté à l'économie hongroise plus de 3 % du PIB chaque année. Dans le livre que j’ai coécrit avec Gergő Medve-Bálint, The Path of Hungary's EU Membership (2025, Palgrave Macmillan), nous publions les résultats d'un sondage sur la façon dont les Hongrois perçoivent l'adhésion à l'UE. A la question : quel est l’avantage le plus important de l’UE selon vous, la réponse numéro un, avec une large avance, est : l'argent de l'UE et la possibilité de développer l'économie hongroise grâce à ces fonds.

Cette question est devenue l'un des enjeux majeurs de la campagne électorale. Peter Magyar et le parti Tisza en ont fait leur priorité absolue : ils s'engagent à débloquer les fonds européens et à s'atteler à cette tâche dès le premier jour. En fait, Peter Magyar tente de mener une campagne électorale à la manière de Donald Tusk, en Pologne. C'était aussi l'argument de l'opposition polonaise avant les dernières élections, qu'elle a remportées.

Quels changements concrets ces fonds européens ont-ils apportés dans la vie quotidienne des Hongrois ?

Ces fonds européens ont permis de construire des infrastructures, des routes, de rénover des hôpitaux, de moderniser des villages… Bien sûr, il y a eu énormément de détournements d’argent. Selon les rapports de l'OLAF, l'agence européenne chargée de la lutte contre la corruption, la Hongrie est le pays qui compte le plus grand nombre de cas de corruption. Mais les sommes étaient telles que même en en dérobant une partie, des projets ont été menés à bien et ont servi Orban politiquement. Voilà ce qui manque cruellement à sa campagne aujourd’hui : il ne peut pas célébrer l'ouverture de nouvelles routes ou de nouveaux bâtiments ! Pourquoi ? Parce que les fonds européens sont bloqués. Par exemple, la modernisation des transports publics a été pratiquement interrompue ces dernières années. Aucune nouvelle ligne ferroviaire n'est construite. La rénovation des routes est beaucoup plus lente qu’avant. Bref, ces fonds sont vitaux pour l’économie hongroise et ont énormément contribué à sa croissance, en particulier dans les années 2010. C’était l’âge d’or de Viktor Orban.

Les années fastes d'Orban se situent entre 2014 et 2020, lorsque l'Union européenne a surmonté la crise de la zone euro et que la croissance économique a repris, jusqu’au Covid. A cette époque, les fonds européens affluaient et la Hongrie a connu sa plus forte croissance économique. Les gens pensaient qu'Orban était capable de tenir ses promesses. Depuis le Covid, ce pays passe en fait d'une crise à l'autre.

Victor Orban sait très bien qu’il a besoin de ces fonds pour relancer son économie, pourtant il continue d’attaquer constamment l’UE. Cela ressemble à un suicide politique…

Il pensait tirer davantage profit de sa position politique de "combattant de la liberté", défenseur des intérêts hongrois contre la méchante Bruxelles. En se montrant intraitable, il croyait pouvoir faire un compromis avec l’UE. La stratégie de la lutte pour la liberté contre Bruxelles constituait un outil stratégique et électoral. Plus utile, à ses yeux, que de parvenir à un compromis avec Ursula von der Leyen sur les fonds européens. A mon sens, c’était une erreur, car son intérêt premier aurait dû être de relancer l'économie en stagnation. Il a manqué cette occasion. Il a fait ce sacrifice. C'est ce qui lui revient en pleine figure dans cette campagne électorale.

Au quatrième anniversaire de la guerre en Ukraine, Viktor Orban a posé son veto au 20e paquet de sanctions contre la Russie et menace de bloquer le prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine tant que l’oléoduc Droujba, par lequel la Hongrie reçoit du pétrole russe, ne sera pas remis en service… A quoi joue-t-il ?

Il fait monter les enchères. Orban ne peut simplement pas mener cette campagne électorale sur la base de son bilan politique. Voilà pourquoi il focalise autant sur l’Ukraine, son amitié avec Trump et ses bisbilles avec Ursula von der Leyen – qui apparaît sur les panneaux publicitaires de sa campagne aux côtés de Volodymyr Zelensky et Peter Magyar en train de jeter des liasses de billets dans une cuvette de toilette… Il fait campagne sur la peur, car c'est tout ce qui lui reste. [NDLR : Le 19 février, le Fidesz a publié une vidéo générée par intelligence artificielle montrant un Hongrois en uniforme de la Seconde Guerre mondiale se faire exécuter. La vidéo de 33 secondes, met en scène la petite fille de ce soldat, attendant son retour. Avec ce commentaire : "C'est un cauchemar maintenant, mais Bruxelles se prépare à en faire une réalité."] Dans ce monde dangereux, il se pose comme la seule garantie, avec son son slogan de campagne : "Le Fidesz est le choix sûr."

En face, l'opposition mène une stratégie complètement différente. Elle évite la politique étrangère et parle à 95 % de la situation intérieure : la crise du coût de la vie, le dysfonctionnement de l'État, les services publics négligés par le gouvernement Orban, ses mauvaises performances politiques.

Orban se présente comme celui qui apportera paix et stabilité, grâce notamment à ses liens avec Donald Trump, Vladimir Poutine et Xi Jinping. Cet argument peut-il prendre auprès des Hongrois ?

C'est le meilleur discours qu'il puisse tenir dans les circonstances actuelles : à l'ère des hommes forts, la Hongrie a elle aussi besoin d'un homme fort capable de s'asseoir à leur table et d'être amie à la fois de Trump, Poutine et Xi. Sur cet argument, Peter Magyar ne peut pas rivaliser, c'est certain. Néanmoins, j’ai des doutes sur l’efficacité de cette rhétorique de la peur. C’est pourquoi je pense que la course est ouverte et que l'opposition a une chance de gagner cette fois-ci, car à ce stade les Hongrois semblent se soucier davantage de leur situation économique que des menaces internationales.

Au cours des 15 dernières années, Orban a remodelé le système politique et mis au pas les médias. Cet écosystème lui donne un avantage démesuré dans le scrutin, non ?

Le système électoral joue un rôle très important. Il a été taillé sur mesure par le Fidesz sans consulter l'opposition. La loi électorale de 2011 a été conçue pour permettre à ce parti de s’assurer la majorité en sièges au Parlement, même sans la majorité des voix. Il s’agit d’un système mixte. D’abord, vous votez pour la liste du parti. Ensuite, pour votre député local. Et la majorité des sièges au Parlement sont répartis entre les circonscriptions. Ainsi, 106 des 199 sièges sont répartis entre les circonscriptions et seuls 93 sièges sont attribués selon les listes des partis. Celui qui remporte les circonscriptions a donc toutes les chances de remporter l'élection. Or, le Fidesz a complètement remodelé la carte électorale en sa faveur. Les limites des circonscriptions ont été tracées de sorte que les bastions du Fidesz soient, en moyenne, des circonscriptions plus petites que celles favorables à l'opposition. Cela signifie qu'avec le même nombre de voix au niveau national, le Fidesz peut remporter plus de sièges que l'opposition, car celle-ci a besoin de plus de sièges pour remporter une circonscription plus large.

Pour surmonter ce biais structurel, l'opposition doit avoir au moins cinq points d’avance à l'échelle nationale sur la liste du parti. A ce stade, la plupart des sondages lui donnent 8 à 10 points d’avance. Le 12 avril prochain, ce système électoral sera testé pour la première fois dans un scrutin réellement compétitif. Auparavant, Orban était tellement en tête dans les sondages que le système électoral importait peu, car il aurait gagné quoi qu’il en soit.

Toutefois, il est tout à fait possible que le Fidesz perde le vote populaire, mais obtienne la majorité au Parlement. C’est un scénario que je ne souhaite pas pour la Hongrie, car il créerait une atmosphère très négative et des manifestations de masse.

Peter Magyar fait campagne principalement en dehors de Budapest, c’est là que se jouera ce scrutin ?

Oui, les élections se décideront dans les zones rurales de Hongrie. À Budapest, Orbán sera très largement battu. D'après plusieurs sondages, le Fidesz est en retard d'au moins 25 points dans la capitale. On s'attend également à ce que Tisza ait un avantage dans les grandes villes en dehors de Budapest. Mais ce qui se passera dans les petites localités est la grande inconnue.

Le parti Tisza et Peter Magyar consacrent une grande partie de leur énergie à aller à la rencontre de ces petites villes et villages. Orban se concentre également sur la ruralité. Le Fidesz a toujours considéré que la bonne façon de rester au pouvoir était de gagner aux bons endroits. Il ne s'agit pas nécessairement de remporter le vote populaire à l'échelle nationale, mais de gagner dans des circonscriptions stratégiques, en particulier dans les zones rurales.

Orban a pris soin aussi de distribuer quelques "cadeaux" avant l’élection ?

Sa politique phare, promue depuis son arrivée au pouvoir, est le soutien aux familles avec enfants. Pour sa campagne, il a promis d’accorder à toutes les mères une exonération fiscale à vie de l'impôt sur le revenu si elles ont au moins deux enfants. Ce qui, pour le coup, est une innovation mondiale. Auparavant, cette exonération concernait les mères de quatre enfants, puis celles de trois enfants. Depuis le 1er janvier, les mères de moins de 40 ans ayant deux enfants sont exemptées d’impôt. C’est une mesure clef, et elle est très populaire.

L’autre promesse concerne les retraités. Il y a quatre ans, lors de la campagne précédente, le gouvernement avait introduit un 13e mois de pension. Cette fois, il promet un 14e mois. Mais compte tenu de la situation financière de la Hongrie, ils n'ont introduit qu'une semaine sur ce 14e mois. Orban promet aux retraités que s’ils le choisissent, il mettra en place ce 14e mois de pension en intégralité au cours du prochain mandat.

Peter Magyar est issu, comme Orban, du Fidesz et il est, comme lui, la figure unique de son nouveau parti. Par ailleurs, même s’il est pro-européen, il est aligné avec le Fidesz sur beaucoup de points. Il n’est pas forcément l’homme de la "rupture" avec le système Orban ?

Tisza est un parti de centre-droit membre du PPE au Parlement européen, et je pense que le choix des Hongrois se résume désormais à une opposition entre le PPE et les Patriotes (où siège le Fidesz). Dans cette configuration, les électeurs anciennement socialistes, verts et libéraux ont l’intention de voter pour Tisza pour se débarrasser du Fidesz. Il faut garder à l'esprit que la plupart de ses partisans ne sont pas de droite. C’est pourquoi le programme de Tisza combine à la fois des propositions de gauche - augmenter les dépenses dans les services publics, dans les soins de santé, dans la modernisation des transports publics et l'éducation – et une orientation culturellement conservatrice. Sur l'immigration ou l'Ukraine, le gouvernement hongrois a tellement transformé l'opinion publique en Hongrie que l'opposition ne débat plus vraiment de ces positions.

En 2014, Orban a inventé le concept d’État illibéral, un "modèle" qui inspire d’autres dirigeants, à commencer par Donald Trump. Ces derniers comptent sur sa victoire ?

Cette victoire est essentielle pour l'ensemble du mouvement souverainiste patriote du monde. Le 21 mars prochain aura lieu la Conférence d'action politique conservatrice (CPAC) à Budapest, la grand-messe internationale des conservateurs. Ce sera un test pour Orban, qui est un poids lourd de ce courant. Or, le facteur qui lui a conféré son charisme international, c'est le succès. S’il échoue au prochain vote, ce sera une mauvaise nouvelle pour l'ensemble du mouvement. De l'AFD allemande à Vox en Espagne, de Marine Le Pen en France à Salvini en Italie... De nombreux politiciens considèrent les élections hongroises comme un événement important et souhaitent que Viktor Orban reste au pouvoir afin qu'il puisse continuer à jouer son rôle de leader symbolique.

© REUTERS/Bernadett Szabo

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban assiste à la session de printemps du Parlement à Budapest, en Hongrie, le 23 février 2026.

Guerre en Iran : Donald Trump n'exclut pas l'envoi de troupes au sol

2 mars 2026 à 19:38

Moins de 48 heures après le lancement par Israël et les Etats-Unis d'une campagne de frappes aériennes présentée comme "préventive" contre l'Iran, qui a notamment causé la mort de l'ayatollah Ali Khamenei, l'armée israélienne a déclaré dans la nuit du dimanche 1er au lundi 2 mars qu'elle continuait de mener des frappes à grande échelle contre des "cibles" situées à travers la capitale iranienne Téhéran. Le conflit s'est par ailleurs étendu au Liban, où Tsahal a dit avoir commencé à frapper le Hezbollah en réponse à des projectiles lancés en direction d'Israël par le mouvement armé allié de l'Iran.

Dans une interview au Daily Mail, Donald Trump a de son côté dit penser que la campagne militaire contre l'Iran pourrait durer quatre semaines. Dans un autre entretien, accordé à The Atlantic, le président américain a aussi assuré être disposé à parler aux nouveaux dirigeants iraniens : "Ils veulent parler et j'ai accepté", a-t-il déclaré.

Les infos à retenir

⇒ Donald Trump n'exclut pas l'envoi de troupes au sol

⇒ L'Iran "ne restera pas silencieux" face aux "attaques" contre un hôpital et une école

⇒ L'épouse d'Ali Khamenei succombe à ses blessures

19h56

Israël n'exclut pas une offensive terrestre au Liban

"Toutes les options sont sur la table", a déclaré le porte-parole de l'armée israélienne, interrogé sur la possibilité d'une attaque terrestre contre le Hezbollah pro iranien en complément de la campagne en cours de frappes aériennes. "Nous agirons pour désarmer le Hezbollah", a déclaré le général de brigade Effie Defrin, lors d’un point de presse télévisé.

19h55

Le Koweït annonce qu'un soldat de la marine a été tué

L'armée koweïtienne a annoncé qu'un soldat de la marine avait été tué lundi lors d'une "opération" menée par les forces armées du pays du Golfe. L'armée n'a pas fourni de détails sur les circonstances du décès du soldat.

19h34

Donald Trump n'exclut pas l'envoi de troupes au sol

Le président Donald Trump a déclaré lundi au New York Post qu'il n'excluait pas d'envoyer des troupes terrestres américaines en Iran. "Je n'ai aucune appréhension quant à l'envoi de troupes au sol", a déclaré le président américain. "Tous les présidents disent : 'Il n'y aura pas de troupes au sol'. Je ne le dis pas."

Le président a déclaré qu'il n'avait "probablement" pas besoin d'envoyer de troupes au sol, mais qu'il était ouvert à cette possibilité "si cela s'avérait nécessaire".

18h51

L'Iran "ne restera pas silencieux" face aux "attaques" contre un hôpital et une école

"Une attaque contre un hôpital est une attaque contre la vie, et une attaque contre une école est une attaque contre l'avenir d'une nation. Le fait de cibler des patients et des enfants constitue une violation flagrante de tous les principes humanitaires et le monde doit la condamner. Je suis solidaire de la nation endeuillée ; la République islamique d'Iran ne restera ni silencieuse ni ne capitulera face à de tels crimes", a déclaré le président iranien Massoud Pezeshkian sur X.

حمله به بیمارستان، حمله به زندگی است و حمله به مدرسه، حمله به آینده یک ملت.
هدف قرار دادن بیماران و کودکان، نقض آشکار همه اصول انسانی است و جهان باید آن را محکوم کند.
من در کنار ملت داغدار ایستاده‌ام؛ جمهوری اسلامی ایران در برابر چنین جنایاتی نه سکوت می‌کند و نه تسلیم می‌شود. https://t.co/S9O1FDiTHK

— Masoud Pezeshkian (@drpezeshkian) March 2, 2026

18h39

Emmanuel Macron s'est entretenu avec les dirigeants du Qatar, des Emirats arabes unis et d'Oman

Le président français Emmanuel Macron s'est entretenu lundi avec les dirigeants du Qatar, des Émirats arabes unis et d'Oman au sujet de la situation en Iran et au Moyen-Orient, a indiqué son cabinet sans donner plus de détails.

18h22

Un pétrolier en feu dans le détroit d'Ormuz après une frappe de drone, selon les Gardiens de la révolution iraniens

Les Gardiens de la révolution iraniens ont déclaré qu'un pétrolier, identifié comme l'Athe Nova battant pavillon hondurien, et qui serait lié aux Etats-Unis, était en feu dans le détroit d'Ormuz après avoir été touché par deux drones, ont rapporté lundi les agences de presse iraniennes.

Un porte-parole militaire iranien n'a pas explicitement déclaré que le navire avait été touché par des drones iraniens, mais a mentionné l'incident dans un rapport diffusé à la télévision d'Etat concernant les opérations militaires des Gardiens de la révolution dans la région du Golfe. Selon les médias iraniens, le navire fournissait du carburant aux navires de la marine américaine.

18h02

Emmanuel Macron convoque un conseil de défense

Le président de la République convoque un conseil de défense ce lundi soir à 20h15 pour discuter sur la situation en Iran et au Moyen-Orient, a annoncé l'Elysée.

17h50

Donald Trump justifie l'attaque américaine sur l'Iran

Donald Trump a déclaré lundi avoir ordonné à l'armée américaine d'attaquer l'Iran pour contrecarrer le développement nucléaire de Téhéran et un programme de missiles balistiques qui, selon lui, se développait rapidement. "Le programme de missiles balistiques conventionnels du régime ne cessait de s’accroître et ceci représentait une menace colossale pour les forces américaines", a-t-il déclaré depuis la Maison-Blanche. "L'Iran aurait pu se doter de missiles qui auraient pu frapper l'Amérique", a-t-il ajouté.

Le président américain a par ailleurs déclaré que les opérations militaires américaines qu'il avait lancées vendredi étaient en avance sur le calendrier prévu, sans donner plus de détails. Il a indiqué avoir estimé que la campagne américaine durerait quatre à cinq semaines, mais qu'elle pourrait se prolonger.

16h40

La "grande vague" est encore à venir, prévient Donald Trump

La "grande vague" n'est pas encore arrivée dans la guerre contre l'Iran, a déclaré ce lundi le président américain Donald Trump à CNN, qui ajoute que les Etats-Unis ne savent pas encore qui sera le nouveau dirigeant du régime après l'assassinat du Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei.

President Donald Trump told CNN in a nine-minute phone interview Monday morning that the US military is "knocking the crap" out of Iran – but the "big wave" is yet to come.

Trump addressed a wide range of topics in the interview, including the expected length of the conflict,… pic.twitter.com/r8ITLnsumB

— CNN International (@cnni) March 2, 2026

16h35

Changer le régime iranien par les airs ? Cette doctrine controversée qui a séduit Donald Trump

Pour comprendre l'opération "Epic Fury" lancée par les Etats-Unis et Israël, il faut se pencher sur les écrits du militaire italien Giulio Douhet et son mythe du changement de régime par les airs. Mais cela peut-il réussir sans troupes au sol ?

>>> Notre analyse

16h20

L'UE convoque une réunion du groupe de travail sur l'approvisionnement en gaz

Le groupe de coordination de l'approvisionnement en gaz de l'Union européenne se réunira mercredi pour discuter de l'impact de l'expansion du conflit au Moyen-Orient, a déclaré un porte-parole de la Commission européenne à Reuters après que les prix du gaz en Europe ont bondi de plus de 50 %.

Le groupe de coordination gazière comprend des représentants des gouvernements de l'UE, surveille le stockage du gaz et la sécurité d'approvisionnement, et coordonne les mesures de réponse en cas de crise.

Le groupe de coordination pétrolière de l'UE se réunira également dans les 48 heures. Plus tôt lundi, un porte-parole a déclaré que la Commission ne prévoyait aucun impact immédiat sur l'approvisionnement en pétrole de l'UE après l'escalade des frappes aériennes américano-israéliennes contre l'Iran, mais a demandé aux gouvernements de lui communiquer leurs évaluations de la sécurité des approvisionnements pétroliers d'ici la fin de la journée.

15h30

Emmanuel Macron évoque un "embrasement possible à nos frontières"

La guerre contre l'Iran "porte et portera son lot d'instabilité et d'embrasement possible à nos frontières", a déclaré Emmanuel Macron sur la base de l'île Longue à Brest, lors d'un discours consacré au rôle de la dissuasion nucléaire. "Nous assistons à la fois à un renforcement du risque que les conflits franchissent le seuil nucléaire mais aussi, dans le même temps, à une intensification de la conflictualité", a-t-il affirmé avant d'annoncer la construction d'un sous-marin nucléaire lanceur d'engins, qui s'appellera L'Invincible et naviguera en 2036.

"J'ai ordonné d'augmenter le nombre de têtes nucléaires de notre arsenal", a-t-il également annoncé. "Nous ne communiquerons plus sur les chiffres de notre arsenal nucléaire, contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé."

14h40

L'épouse d'Ali Khamenei succombe à ses blessures

Mansoureh Khojasteh, l'épouse du Guide suprême Ali Khamenei, tué samedi par des frappes aériennes menées par Israël et les Etats-Unis contre sa résidence à Téhéran, est décédée à la suite de ses blessures, selon les médias d'Etats iraniens.

14h15

Le Pentagone affirme que le conflit avec l'Iran ne sera pas une "guerre sans fin"

Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a déclaré lundi que les opérations militaires contre l’Iran ne mèneraient pas à une "guerre sans fin" et que l’objectif était de détruire les missiles de Téhéran, sa marine et d’autres infrastructures de sécurité.

"Nous les frappons de manière chirurgicale, massive et sans aucune excuse", a affirmé Hegseth lors d’une conférence de presse au Pentagone.

14h11

Les prix du gaz en Europe s'envolent

Les prix de gros de référence du gaz aux Pays-Bas et au Royaume-Uni ont grimpé de près de 50 %, après que le grand exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL), Qatar Energy, a annoncé avoir interrompu sa production en raison des attaques au Moyen-Orient. Le Qatar, qui s'apprête à consolider sa place de deuxième exportateur mondial de GNL après les États-Unis, joue un rôle majeur dans l'équilibre de la demande de GNL des marchés asiatiques et européens.

La plupart des armateurs de pétroliers, des grandes compagnies pétrolières et des maisons de négoce ont suspendu les expéditions de pétrole brut, de carburant et de gaz naturel liquéfié (GNL) via le détroit d'Ormuz, ont indiqué des sources commerciales, après que Téhéran a averti les navires de ne pas emprunter cette voie navigable.

14h00

Le responsable iranien de la sécurité dit que l'Iran est "prêt pour une longue guerre"

Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a posté sur X son pays, "contrairement aux Etats-Unis", était "prêt pour une longue guerre". "Nous nous défendrons farouchement", prévient-il, ajoutant : "Nous ferons regretter à nos ennemis leur erreur de calcul".

Iran, unlike the United States, has prepared itself for a long war. pic.twitter.com/0nTGu9u2K4

— Ali Larijani | علی لاریجانی (@alilarijani_ir) March 2, 2026

13h51

Réouverture limitée de l'espace aérien israélien

La direction de l'aéroport international Ben Gourion, en périphérie de Tel-Aviv, a annoncé la réouverture de l'espace aérien israélien dès lundi soir pour un nombre limité de vols civils. Elle précise que le trafic sera progressivement élargi, à partir de mardi, en fonction de la situation. Seules les compagnies aériennes israéliennes devraient reprendre leurs vols dans un premier temps.

13h33

Un quatrième soldat américain est mort

L'armée américaine annonce ce lundi qu'un soldat grièvement blessé lors des premières attaques iraniennes avait succombé à ses blessures. Il s'agit de la quatrième victime côté américain, après l'annonce hier de la mort de trois militaires.

CENTCOM Update

TAMPA, Fla. – As of 7:30 am ET, March 2, four U.S. service members have been killed in action. The fourth service member, who was seriously wounded during Iran’s initial attacks, eventually succumbed to their injuries.

Major combat operations continue and our…

— U.S. Central Command (@CENTCOM) March 2, 2026

13h21

L'Iran lance une nouvelle attaque contre Israël

Les Gardiens de la révolution iraniens ont lancé une nouvelle attaque contre la ville israélienne de Beer-Sheva, annonce la télévision nationale.

13h00

Israël appelle à des évacuations à Beyrouth

L'armée israélienne a émis des ordres d'évacuation à destination des habitants d'un quartier de la banlieue sud de Beyrouth, en prévision d'une frappe aérienne contre un immeuble, et a demandé à toutes les personnes résidant près des bureaux du service bancaire du Hezbollah, Al-Qard al-Hassan, de quitter les lieux.

L'armée israélienne a par ailleurs déclaré avoir mené une frappe à Beyrouth qui a tué Hussein Makled, qui était à la tête du quartier général des renseignements du Hezbollah.

12h40

La Grèce prête à défendre Chypre "par tous les moyens"

Le ministère de la Défense grec a annoncé l'envoi de deux frégates pour défendre Chypre après qu'un drone de fabrication iranienne a frappé dans la nuit une base aérienne britannique sur l'île, causant des dégâts limités.

La menace persistait lundi, un porte-parole du gouvernement britannique annonçant sur X que deux autres drones se dirigeant vers la base d'Akrotiri avaient été interceptés à temps. Les sirènes ont retenti sur la base à 11h et des témoins de Reuters ont vu des appareils décoller.

Le président chypriote Nikos Christodoulides a déclaré que son pays n'avait pas l'intention de participer à quelque opération militaire que ce soit. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dit que Chypre, membre de l'Union européenne, n'était pas visé en tant que tel.

12h38

Abbas Milani (Stanford) : "En Iran, une guerre comme celle de Trump ne pourra pas amener la démocratie"

La mort du Guide suprême Ali Khamenei va profondément bouleverser le chiisme politique et contribuer "à séculariser l’Iran", estime le grand historien Abbas Milani.

>>> Notre entretien

12h35

Le Liban annonce "l'interdiction totale de toute activité militaire" du Hezbollah

Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, annonce "l'interdiction totale de toute activité militaire" du Hezbollah, qui doit "rendre ses armes illégales" et devenir un parti politique.

12h17

Les Gardiens de la révolution disent avoir ciblé les bureaux de Benyamin Netanyahou

Dans un communiqué relayé par l’agence de presse Fars, les Gardiens de la révolution ont annoncé ce lundi avoir ciblé les bureaux du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, de même que le quartier général du commandant de l’armée de l’air.

🔴 حملهٔ موشکی سپاه به دفتر نتانیاهو

سپاه پاسداران: دفتر نخست‌وزیر جنایتکار رژیم صهیونیستی و مکان استقرار فرمانده نیروی هوایی ارتش این رژیم در حملات هدفمند و غافلگیرانه موشک‌های خیبر در موج دهم، مورد حمله و ضربه سخت نیروهای مسلح ایران قرار گرفتند.

— خبرگزاری فارس (@FarsNews_Agency) March 2, 2026

De son côté, l'armée israélienne annonce mener de nouvelles frappes sur Téhéran, où plusieurs explosions ont de nouveau été entendues. Ces nouveaux bombardements visent notamment le siège de la police diplomatique iranienne, chargée de la protection des emprises diplomatiques, rapporte l'agence Tasnim.

12h10

L'armée américaine confirme le crash de trois de ses avions de combat au Koweït

"Trois F-15E Strike Eagle américains, participant à l’opération Fureur épique, se sont écrasés au-dessus du Koweït, vraisemblablement victimes de tirs amis", a fait savoir ce lundi midi dans un communiqué l'armée américaine. D'après celle-ci, "les chasseurs de l’US Air Force ont été abattus par erreur par la défense aérienne koweïtienne", au cours "de combats intenses – notamment des attaques d’avions iraniens, de missiles balistiques et de drones".

"Les six membres d’équipage se sont éjectés sains et saufs, ont été récupérés et sont dans un état stable. Le Koweït a confirmé l’incident et nous remercions les forces de défense koweïtiennes pour leur soutien dans cette opération en cours", ajoute le communiqué.

12h04

L'Allemagne affirme que ses soldats déployés au Moyen-Orient se défendront en cas d'attaque

Un porte-parole du gouvernement allemand a déclaré lundi que les militaires allemands déployés au Moyen-Orient avaient le droit de se défendre en cas d'attaque, à la suite de l'offensive militaire américano-israélienne contre l'Iran. Berlin allemand travaille "jour et nuit" pour soutenir ses ressortissants bloqués au Moyen-Orient en raison des perturbations généralisées des vols, a aussi déclaré ce porte-parole.

11h46

Ursula von der Leyen plaide pour une solution diplomatique en Iran

La seule solution durable à la crise en Iran est diplomatique, a déclaré lundi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. "Cela signifie une transition crédible pour l'Iran, l'arrêt définitif des programmes nucléaire et balistique et la fin des activités déstabilisatrices dans la région", a déclaré Ursula von der Leyen aux journalistes à Bruxelles. "Nous devons travailler dur pour désamorcer les tensions et empêcher le conflit de s'étendre", a-t-elle ajouté.

11h40

La Russie en contact avec Téhéran

Le Kremlin a déclaré que la Russie était en contact permanent avec les dirigeants iraniens au sujet de ce qui a été qualifié d'"agression pure et simple" contre Téhéran. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a précisé que la Russie était également en lien avec les dirigeants d'autres pays touchés par le conflit, notamment dans le Golfe.

11h27

L'AIEA n'a pas connaissance de bombardements sur les sites nucléaires iraniens

Le directeur général de l'AIEA, Rafael Grossi, a déclaré lundi ne pas avoir connaissance de bombardements sur l'infrastructure nucléaire iranienne, comme l'affirme Téhéran. "Aucune indication que quelque installation nucléaire ait été endommagée ou touchée", a-t-il dit lors d'une session spéciale du Conseil des gouverneurs de l'AIEA à Vienne.

11h20

L'UE affirme qu'il n'y a pas d'impact "immédiat" sur sa sécurité pétrolière

La Commission européenne ne s'attend pas à ce que l'escalade du conflit au Moyen-Orient ait un impact immédiat sur la sécurité d'approvisionnement en pétrole de l'Union européenne, a-t-elle déclaré dans un courriel consulté par Reuters ce lundi.

Les prix du pétrole ont augmenté aujourd'hui de 9 % après que le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz a été perturbé par les attaques iraniennes. La Commission a demandé aux gouvernements de l'UE de partager aujourd'hui leurs propres évaluations de la sécurité des approvisionnements pétroliers, selon le mail envoyé. Bruxelles envisage également de convoquer une réunion virtuelle du groupe de coordination pétrolière de l'UE plus tard cette semaine. Ce groupe facilite la coordination entre les représentants des gouvernements des pays de l'UE en cas de problèmes d'approvisionnement en pétrole. Les analystes prévoient que les prix du pétrole resteront élevés dans les prochains jours, le temps d'évaluer l'impact sur les approvisionnements, notamment sur les flux transitant par le détroit d'Ormuz, voie de passage pour plus de 20 % du pétrole mondial.

11h00

Les attaques iraniennes ont ciblé des infrastructures civiles au Qatar

Le Qatar a intercepté des missiles iraniens qui visaient des infrastructures civiles, notamment l'aéroport international, a déclaré ce lundi sur CNN le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, ajoutant que de telles attaques ne pouvaient rester sans réponse.

Majed Al Ansari a également déclaré que le Qatar n'avait entamé aucun dialogue avec l'Iran pour le moment.

10h40

L'Iran dit que son site nucléaire de Natanz a été attaqué dimanche par les Etats-Unis et Israël

Le site nucléaire iranien de Natanz (province d'Ispahan), déjà visé en juin 2025, a été bombardé dimanche par Israël et les Etats-Unis, a déclaré le représentant de l'Iran à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

"Ils ont de nouveau attaqué hier des installations nucléaires iraniennes pacifiques et sécurisées", a déclaré Reza Najafi aux journalistes lors d'une réunion du Conseil des gouverneurs de l'AIEA, composé de 35 pays. Interrogé par Reuters sur les installations visées, il a répondu : "Natanz".

10h16

La France "prête" à "participer" à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie

"Conformément aux accords qui la lient à ses partenaires et au principe de légitime défense collective", la France est "prête" à "participer" à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie, cibles de frappes de l’Iran, a fait savoir ce lundi Jean-Noël Barrot. "Aux pays amis qui ont été ciblés délibérément par les missiles et les drones des gardiens de la révolution et entraînés dans une guerre qu’ils n’avaient pas choisie – Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Qatar, Irak, Bahreïn, Koweït, Oman et Jordanie –, la France exprime son soutien entier et sa pleine solidarité", a déclaré le ministre français des Affaires étrangères face à la presse.

10h14

Les bourses européennes à la baisse

Les principales Bourses européennes reculaient en début de séance ce lundi, alors que les frappes militaires des États-Unis et d'Israël contre l'Iran se poursuivent, tout comme les ripostes de Téhéran sur les alliés régionaux des Américains, ouvrant de nouveaux fronts et multipliant les risques géopolitiques.

À Paris, le CAC 40 perdait 2,10 % vers 09h08. A Francfort, le Dax reculait de 2,22 % et à Londres, le FTSE 100 cédait 0,66 %.

10h02

"L'escalade militaire doit cesser au plus vite", dit Jean-Noël Barrot

Présidant au Quai d'Orsay une réunion de crise pour "faire un point sur la situation sur le terrain", le ministre français des Affaires étrangères a appelé à ce que l'escalade militaire cesse "au plus vite". "Notre priorité absolue va à la sécurité des ressortissants français", a-t-il déclaré lors d'un point presse, précisant qu'aucune victime française n'est à déplorer à ce stade. Quelque 400 000 Français résident dans la région, a-t-il aussi indiqué.

Tout en soulignant que "le régime iranien porte une responsabilité écrasante dans cette situation", le chef de la diplomatie française a aussi fait remarquer que "l'intervention décidée unilatéralement par les Etats-Unis et Israël aurait mérité d'être débattue dans les instances collectives prévues à cet effet", telles que les Nations unies.

09h50

Saudi Aramco ferme sa raffinerie de Ras Tanura après une frappe de drone

Le géant pétrolier saoudien Aramco a fermé sa raffinerie de Ras Tanura après qu'elle a été touchée par un drone, a déclaré ce matin une source du secteur à Reuters. Le complexe de Ras Tanura , sur la côte du Golfe du royaume, abrite l'une des plus grandes raffineries du Moyen-Orient avec une capacité de 550 000 barils par jour, et sert de terminal d'exportation essentiel pour le pétrole brut saoudien.

Le site de Ras Tanura a été fermé par mesure de précaution et la situation est sous contrôle, a indiqué une source. Deux drones ont été interceptés sur le site et des débris ont provoqué un incendie de faible ampleur, a déclaré le porte-parole du ministère saoudien de la Défense sur la chaîne Al Arabiya, précisant qu'il n'y avait aucun blessé.

09h34

Le ministre israélien de la Défense affirme que le chef du Hezbollah libanais est désormais une "cible à éliminer"

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré ce lundi que le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, était désormais une "cible à éliminer", après que le groupe armé, allié de Téhéran, a tiré sur Israël en représailles à l'assassinat du Guide suprême iranien Ali Khamenei. "Quiconque suit la voie de Khamenei se retrouvera bientôt avec lui dans les profondeurs de l’enfer", a-t-il averti.

ארגון הטרור חיזבאללה ישלם מחיר כבד על הירי לעבר ישראל, ונעים קאסם מזכ"ל החיזבאללה, שהחליט על הירי בלחץ איראן - הוא מעכשיו מטרה מסומנת לסיכול.

מי שהולך בדרכו של חמינאי ימצא את עצמו במהרה יחד איתו במעמקי הגיהינום עם כלל מסוכלי ציר הרשע.

לא נחזור לכללי הירי של לפני ה-7 באוקטובר…

— ישראל כ”ץ Israel Katz (@Israel_katz) March 2, 2026

Le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, porte-parole de l'armée israélienne, a de son côté fait savoir qu'Israël avait renforcé sa présence militaire de son côté de la frontière avec le Liban, mais qu'il n'y avait pas de plans immédiats pour une invasion terrestre de son voisin. Plus tôt, le général de brigade Effie Defrin, un autre porte-parole militaire israélien, avait déclaré aux journalistes qui l'interrogeaient sur la possibilité d'envoyer des troupes au sol que toutes les options restaient sur la table.

09h30

Au moins 555 morts en Iran depuis le début des frappes

Ce bilan a été communiqué ce lundi par les médias d'Etat iraniens, qui citent le Croissant rouge. "Selon les rapports de terrain, 131 comtés ont été touchés par les attaques", indique aussi l’agence de presse iranienne IRNA.

08h51

Des avions de combats américains s'écrasent au Koweït

Le ministère koweïtien de la Défense a annoncé que plusieurs avions de combat américains s'étaient écrasés au Koweït. Le personnel qui était à bord a été évacué et est dans un état "stable", a-t-il déclaré, sans préciser les causes de ces crashs.

Les médias d'État iraniens ont cité le Corps des gardiens de la révolution islamique, qui a déclaré que les forces armées iraniennes avaient abattu un avion américain qui s'était écrasé au Koweït.

Une vidéo en ligne, authentifiée par Reuters comme ayant été filmée dans la région d'Al Jahra au Koweït, montre un avion militaire s'écrasant au sol et une personne sautant en parachute dans le même plan.

08h43

"Des groupes terroristes veulent s’en prendre à des Américains", dit l'ambassade des Etats-Unis au Bahreïn

"Les groupes terroristes et leurs admirateurs ont l’intention de s’en prendre aux citoyens américains à l’étranger. Ces groupes continuent de planifier d’éventuelles attaques à Bahreïn. Les terroristes peuvent frapper sans prévenir", met en garde ce matin l'ambassade américaine au Bahreïn.

08h30

L’Iran annonce une attaque de missiles visant plusieurs villes israéliennes

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé ce lundi matin avoir lancé une "dixième salve de missiles", visant notamment Tel-Aviv, Haïfa et Jérusalem-Est. Dans un communiqué diffusé par la télévision d’État, ils précisent avoir visé le complexe gouvernemental à Tel-Aviv.

08h27

Mahmoud Moradkhani, neveu de l'ayatollah Khamenei : "Les Iraniens garderont un très mauvais souvenir de lui"

Réfugié dans le nord de la France, le médecin Mahmoud Moradkhani réagit à la mort de son oncle, Ali Khamenei, tué par des frappes américaines et israéliennes à Téhéran. Il espère la fin proche du régime.

>>> Notre entretien

07h50

Les Bourses européennes attendues dans le rouge

Les principales Bourses européennes sont attendues dans le rouge lundi à l'ouverture, alors que les frappes militaires des États-Unis et d'Israël contre l'Iran ne semblent pas connaître de répit. D'après les premières indications disponibles, le CAC 40 parisien pourrait perdre 1,68 % à l'ouverture.

07h48

L’UE se tient aux côtés des États membres face à toute menace, dit Ursula von der Leyen

L'UE se tient aux côtés de ses États membres face à toute menace, a déclaré la présidente de la Commission européenne après qu'une frappe de drone a touché la base aérienne britannique d'Akrotiri à Chypre dans la nuit. "Bien que la République de Chypre n'ait pas été la cible, je tiens à être claire : nous nous tenons collectivement, fermement et sans équivoque aux côtés de nos États membres face à toute menace", a déclaré Ursula von der Leyen dans un message publié sur X.

I talked with President @christodulides who briefed me on the single incident that occurred shortly after midnight involving an unmanned aerial vehicle targeting the British base in Akrotiri.

While the Republic of Cyprus was not the target, let me be clear: we stand…

— Ursula von der Leyen (@vonderleyen) March 2, 2026

07h25

Selon le Pentagone, rien n'indiquait que l'Iran aurait attaqué les troupes américaines

Des représentants de l'administration Trump ont admis dimanche lors de comptes rendus à huis clos auprès de membres du Congrès qu'aucun renseignement ne suggérait que l'Iran prévoyait de lancer en premier une attaque contre les troupes américaines, ont déclaré à Reuters deux personnes au fait de la question. Ces remarques semblent saper l'un des arguments avancés la veille par de hauts représentants américains pour justifier l'offensive lancée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran - la plus importante opération militaire menée depuis des décennies contre Téhéran.

Selon les sources de Reuters, les représentants de l'administration Trump ont souligné que les missiles balistiques de l'Iran et ses milices régionales alliées représentaient une menace immédiate pour les intérêts des Etats-Unis, mais qu'il n'y avait aucun renseignement indiquant que Téhéran attaquerait en premier les troupes américaines. Des représentants américains avaient déclaré samedi aux journalistes que Donald Trump avait décidé d'intervenir en Iran en partie à cause d'indications selon lesquelles l'Iran pourrait cibler les troupes américaines au Proche-Orient, "peut-être de manière préventive". Le chef de la Maison-Blanche n'allait "pas rester les bras croisés", avait dit l'un des représentants.

07h09

Londres accepte que les États-Unis utilisent des bases militaires britanniques pour frapper l'Iran

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a déclaré dimanche soir que son pays avait accepté que les États-Unis utilisent des bases militaires britanniques pour frapper des sites de missiles iraniens, répondant favorablement à une demande de Washington. "Les États-Unis ont demandé l'autorisation d'utiliser des bases britanniques à des fins défensives précises et limitées. Nous avons décidé d'accepter cette demande afin d'empêcher l'Iran de tirer des missiles dans toute la région", a-t-il déclaré dans un message vidéo diffusé sur X, affirmant aussi que Londres "ne participera pas à des actions offensives en Iran".

My update on the situation in the Middle East. pic.twitter.com/DvsOVcTDMy

— Keir Starmer (@Keir_Starmer) March 1, 2026

Dans un communiqué commun, Paris, Berlin et Londres avaient déclaré plus tôt dans la soirée être prêts à prendre des mesures pour défendre leurs intérêts dans la région, après les attaques de missiles "aveugles et disproportionnées" menées par l'Iran.

06h52

Au moins 31 morts dans les frappes israéliennes au Liban

D'après les premières estimations, les frappes menées dans la nuit par Israël au Liban ont tué 31 personnes et blessé 149 autres, rapporte l'agence de presse officielle libanaise ANI.

06h40

Donald Trump appelle les Gardiens de la révolution à cesser les combats

Dans un bref message vidéo diffusé sur son réseau Truth Social, Donald Trump a rendu hommage cette nuit aux trois soldats américains dont la mort a été annoncée dimanche. Les qualifiant de "véritables patriotes américains", il a averti qu'il y aurait probablement d'autres morts. "C'est comme ça", a-t-il déclaré.

Le républicain a également sommé l'armée et la police iraniennes, notamment le puissant Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), de cesser les combats, promettant l'immunité à ceux qui se rendraient et menaçant de "mort certaine" ceux qui résisteraient. Il a aussi réitéré ses appels au peuple iranien à se révolter contre le gouvernement : "J’appelle tous les patriotes iraniens qui aspirent à la liberté à saisir cette occasion, à faire preuve de courage, d’audace et d’héroïsme, et à reprendre le contrôle de leur pays", a-t-il déclaré dans sa vidéo préenregistrée. "L’Amérique est avec vous", a-t-il ajouté.

06h21

Nouvelles frappes israéliennes au Liban

L'armée israélienne, qui a ordonné plus tôt dans la nuit l'évacuation de dizaines de villes libanaises, dit avoir lancé une nouvelle série de frappes contre le Liban.

06h13

Des explosions à Dubaï et Doha

Des journalistes de Reuters signalent que de puissantes explosions ont de nouveau été entendues à Dubaï et à Doha ce lundi.

06h04

Une base militaire britannique à Chypre visée par une attaque de drone

Une base militaire britannique à Chypre a été visée par une attaque de drone présumée, ont déclaré un porte-parole du gouvernement à Nicosie et le ministère britannique de la Défense, ajoutant que l'attaque a causé des "dégâts limités" et n'a fait aucune victime.

Par mesure de précaution, la base va temporairement relocaliser son personnel non essentiel, ont fait savoir les autorités ce lundi matin dans un communiqué.

06h01

Le Koweït intercepte des drones hostiles

Le Koweït dit avoir intercepté des drones hostiles pour une troisième journée consécutive, alors que l'Iran mène des représailles dans la région à la suite de l'opération militaire lancée par les Etats-Unis et Israël.

Aucun blessé n'est à signaler, a rapporté l'agence de presse officielle koweïtie, citant le directeur de la défense civile. Les systèmes de défense aérienne ont intercepté la plupart des drones, a-t-elle ajouté. Un journaliste de Reuters a entendu plus tôt d'importantes explosions et des sirènes d'alerte.

05h55

L'Iran assure qu'il ne négociera pas avec les Etats-Unis

Téhéran ne négociera pas avec les Etats-Unis, a écrit sur le réseau social X le chef de la sécurité de l'Iran, Ali Larijani, qui était un conseiller d'Ali Khamenei, après une information de presse selon laquelle les autorités iraniennes chercheraient à relancer les pourparlers avec Washington. "Trump a plongé la région dans le chaos avec ses “rêves illusoires” et s’inquiète désormais de nouvelles pertes parmi les forces américaines", a-t-il accusé.

Donald Trump lui-même a déclaré dimanche dans un entretien à The Atlantic être disposé à parler aux nouveaux dirigeants iraniens. "Ils veulent parler et j'ai accepté", a-t-il affirmé.

05h45

Israël poursuit ses frappes contre l'Iran et cible le Hezbollah au Liban

Tsahal a dit dans la nuit avoir commencé à frapper le Hezbollah en différents points du Liban en réponse à des projectiles lancés en direction d'Israël par le mouvement armé aligné sur l'Iran, signalant un nouveau front dans le conflit. Des explosions ont été signalées dans la capitale libanaise Beyrouth. Selon des sources sécuritaires libanaises, des explosions ont retenti en périphérie sud de la ville, une zone considérée comme le bastion du mouvement armé du Hezbollah.

Celui-ci, qui a procédé là à ses premiers tirs depuis le début de la campagne militaire des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran, a fait savoir qu'il avait lancé des missiles et des drones en direction d'Israël en représailles à l'assassinat du Guide suprême de la Révolution iranienne, l'ayatollah Ali Khamenei. Les sirènes d'alerte ont retenti en plusieurs zones du nord d'Israël à la suite du lancement de ces projectiles. Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a dénoncé dans la nuit les projectiles lancés depuis le Liban comme des "actes irresponsables" mettant en danger la sécurité du pays.

© REUTERS

La "grande vague" n'est pas encore arrivée dans la guerre contre l'Iran, a déclaré ce lundi 2 mars le président américain Donald Trump à CNN.

Guerre en Iran : vers un changement de régime rapide ? Ce qu'en pensent cinq experts

1 mars 2026 à 22:43

L'assassinat du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a plongé la République islamique dans sa crise la plus périlleuse depuis la révolution de 1979, la confrontant à une guerre sur son propre territoire, à une succession non résolue et à des tensions internes croissantes. Malgré le choc provoqué par l'assassinat de Khamenei, cinq responsables et analystes régionaux ont mis en garde contre toute prédiction d'un effondrement rapide. Selon eux, l'ordre politique iranien a été délibérément construit pour éviter toute dépendance envers un seul dirigeant, en répartissant l'autorité entre les institutions cléricales, l'appareil sécuritaire et les réseaux de pouvoir."

Le système iranien est plus important qu'un seul homme ; destituer Khamenei pourrait durcir le régime plutôt que de l'affaiblir", a déclaré Danny Citrinowicz de l'Atlantic Council. "L’Iran a été bâti pour survivre à la perte d’un dirigeant", a ajouté Ali Hashem, chercheur associé à Royal Holloway, Université de Londres. "Le danger ne réside pas dans un vide. Il réside dans la possibilité que la guerre et les pressions poussent le système au-delà de sa limite de résilience."Au cœur de cette résilience se trouve le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), corps d'élite longtemps considéré comme le véritable centre de gravité de l'Iran.

L'équilibre des pouvoirs repose désormais sur la capacité des Gardiens à sortir affaiblis par les pertes sur le champ de bataille et les dissensions internes, ou au contraire, renforcés et unis autour d'une approche de la gouvernance plus dure et axée sur la sécurité. "La vraie question est de savoir si la mort de Khamenei va affaiblir les Gardiens de la révolution – la force qui dirige réellement l'Iran – ou s'ils vont se replier sur eux-mêmes et durcir leur position", a déclaré Alex Vatanka, chercheur principal au Middle East Institute. "Si les officiers de base décident qu'il n'y a pas d'avenir pour eux, je ne suis pas sûr que même les Gardiens puissent maintenir le régime uni."

Selon les autorités régionales, il est peu probable que les Gardiens de la révolution subissent une transformation idéologique, car leur identité et leur mandat sont ancrés dans la protection de la révolution. Ils sont toutefois capables d'une évolution tactique si le système l'exige. "Ils pourraient évoluer vers une force moins intransigeante… certains membres pragmatiques de rang intermédiaire sont prêts à réduire les tensions avec les États-Unis si cela s’avère nécessaire à la survie du système", a déclaré un responsable régional. Ce pragmatisme conditionnel fait du Corps des gardiens de la révolution islamique à la fois le rempart du système et son principal indicateur.

Changement de régime ?

Jonathan Panikoff, ancien officier adjoint du renseignement national américain pour le Proche-Orient, a déclaré que Washington et Israël semblent poursuivre une stratégie visant non seulement à affaiblir les capacités de riposte militaire de l'Iran, mais aussi à déstabiliser le régime lui-même en destituant ses hauts dirigeants et en testant la loyauté de la base. Le succès de cette approche, a-t-il déclaré, dépendrait en fin de compte de la décision des forces de sécurité de rester à l'écart ou de faire défection en cas de résurgence des troubles publics. Dans l'immédiat après-coup, les autorités affirment que la priorité absolue de Téhéran est d'assurer la continuité. Sur le plan opérationnel, la structure de commandement iranienne reste fonctionnelle, malgré une forte pression. Les forces de missiles, la défense aérienne et les hauts commandants ont été touchés, mais le système a jusqu'à présent encaissé les coups.

L'Iran est désormais confronté à trois défis interdépendants, selon les autorités : sa capacité à résister aux attaques ; la capacité de son élite en difficulté à s'entendre sur un successeur ou à adopter une nouvelle formule de gouvernement ; et la capacité d'une population ébranlée à transformer la crise en une rupture politique plus profonde.

Le vétéran de la politique iranienne Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a annoncé dimanche la mise en place d'un conseil de direction temporaire chargé de superviser la période de transition après la mort de Khamenei. Des personnalités telles que Larijani et Mohammad Baqer Qalibaf, le président du Parlement, sont perçues comme des figures de transition potentielles dans une telle phase, reflétant une approche d'équilibre pragmatique mais axée sur la sécurité.

Sur le plan politique, l'Iran est confronté à un processus de succession qu'il n'a connu qu'une seule fois auparavant, et ce, dans un contexte bien plus stable. La Constitution confie cette tâche à l'Assemblée des experts, un organe religieux composé de 88 membres, mais les analystes estiment que les pressions liées à la guerre pourraient précipiter le processus vers une issue plus improvisée : soit la nomination rapide d'un successeur, soit la mise en place d'une direction collégiale temporaire centrée sur l'appareil sécuritaire. Selon eux, Khamenei a cherché à influencer le cours des événements avant sa mort. À la suite d'une guerre de douze jours contre Israël en juin de l'année dernière, qui l'a ciblé ainsi que son entourage, il a désigné ses successeurs de prédilection et s'est assuré que les postes militaires clés soient pourvus par des commandants suppléants.

Parmi les candidats qu'il privilégiait figuraient le chef du pouvoir judiciaire Gholam-Hossein Mohseni-Eje'i et Hassan Khomeini, un religieux modéré et petit-fils du défunt fondateur de la République islamique. Mais selon des responsables, l'instance religieuse pourrait retarder la désignation d'un successeur à Khamenei par crainte qu'il ne soit assassiné.

© via REUTERS

Le Guide spurême Ali Khamenei a été tué dans des frappes israélo-américaines samedi 28 février.

Des "mensonges flagrants", une opération nécessaire pour un "monde plus sûr"... L'attaque de Donald Trump contre l'Iran vue par la presse étrangère

1 mars 2026 à 19:30

Après la confirmation de la mort du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, et de plusieurs autres figures de la République islamique, Israël et les Etats-Unis n'entendent pas relâcher la pression sur le régime iranien. Trois soldats américains ont été tués et cinq autres grièvement blessés dans le cadre de l'opération militaire contre l'Iran, a annoncé ce dimanche 1er mars le commandement central de l'armée américaine, sans préciser où ces pertes sont intervenues.

Interrogé ce dimanche par la chaîne CNBC, Donald Trump a assuré que l'opération lancée samedi en coordination avec Israël était "en avance sur ses objectifs", sans que l'on ne connaisse précisément la teneur de ces objectifs : une élimination des programmes nucléaire et balistique iraniens, un renversement du régime des mollahs, une manière de limiter l'influence chinoise dans le secteur énergétique en lien avec l'Iran… ou un peu de tout cela ? De nombreux médias, américains comme européens, pointent ce "flou" sur les motifs de l'intervention. "Un président américain responsable avancerait une argumentation solide en faveur d'une action plus poussée contre l'Iran. Il expliquerait clairement ses objectifs et l'opportunité de passer à l'attaque maintenant", estime le New York Times.

Dans son éditorial, traduit et relayé par Courrier International, le célèbre quotidien américain déplore la guerre menée par Donald Trump. "Il ne donne aucune explication crédible sur les raisons pour lesquelles il risque la vie des membres de nos forces armées et expose notre pays à des représailles iraniennes de grande ampleur", regrette ce média, estimant que le président américain "s'engage sur une voie téméraire". "Il ne s'est pas assuré de pouvoir compter sur un soutien international et intérieur qui maximiserait ses chances de réussite", poursuit le New York Times, et il "piétine le droit national et le droit international sur la guerre".

Donald Trump belliqueux, malgré ses promesses

Un sentiment partagé par El Pais. "L'attaque militaire lancée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran constitue un épisode très grave de la dangereuse tendance actuelle à sous-estimer la négociation, la diplomatie et le droit international comme outils de résolution des conflits", regrette le quotidien espagnol, qui souhaite renouer de façon "urgente, avant qu'il ne soit trop tard, avec les voies diplomatiques". "Il est impératif que la carte du monde ne continue pas d'être marquée par des dérives incontrôlables vers une guerre ouverte, et que le recours aux armes ne soit pas banalisé comme une simple tactique de négociation", souligne El Pais.

Le New York Times rappelle que, pendant sa campagne présidentielle de 2024, Donald Trump avait "promis aux électeurs qu'il mettrait fin aux guerres, et qu'il n’en commencerait pas". "Or au cours de l'année 2025, il a ordonné des frappes militaires dans sept pays. Manifestement, il prend de plus en plus goût aux interventions militaires", regrette ce média. Un avis partagé par Le Temps. "Les promesses 'America First' de retirer les Etats-Unis des théâtres de conflits internationaux semblent de plus en plus lointaines", constate le quotidien suisse, ironisant sur le "président de la paix" qui "ne cesse de bombarder". Le quotidien suisse liste ensuite les pays frappés par Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche en 2025 : la Somalie, l'Irak, le Yémen, l'Iran, la Syrie, le Nigeria et le Venezuela.

Même si le gouvernement iranien est "un régime abject", relève Der Spiegel comme de nombreux autres médias, pour autant, "la guerre de Trump est une erreur", estime le magazine allemand. "Notamment parce qu'elle viole la règle la plus importante de ce type d'opérations : considérer le résultat final."

Des Etats-Unis qui "n'apprennent jamais"

The Guardian juge également ce conflit "inutile", et regrette que les Etats-Unis ne "retiennent pas les leçons du passé". "Ils n'apprennent jamais. Une fois de plus, un président américain belliqueux a déchaîné une puissance militaire écrasante pour contraindre une nation souveraine à la capitulation", déplore le quotidien britannique. "Une fois de plus, des mensonges flagrants et des affirmations exagérées sont propagés pour justifier l'attaque", poursuit-il. "La diplomatie américaine, hypocrite, a servi de prétexte à une agression préméditée. Les mises en garde des alliés ont été ignorées. L'ONU, le droit international et l'opinion publique ont été passés sous silence", fustige le Guardian. "Aujourd’hui comme par le passé, l'agression américano-israélienne renouvelée, étendue et apparemment sans fin contre l'Iran aura pour conséquence prévisible un chaos immédiat et généralisé. Des civils seront tués, des enfants orphelins, des familles déchirées", déplore-t-il.

En outre, si Donald Trump "encourage ouvertement le peuple iranien à se soulever et à renverser son gouvernement", il n'explique pas "comment ce changement peut être réalisé sans déployer de troupes au sol, comme en Irak et en Afghanistan, sans occuper le pays pendant des années et sans combattre des insurrections sans fin", alors qu’aucun déploiement américain de ce type n'est envisagé.

Pour Die Welt, les Etats-Unis visent bien "un renversement de pouvoir" en Iran. Un revirement par rapport à d'autres prises de position par le passé, mais un "bon revirement", juge le quotidien allemand. "L'Iran, sous ses dictateurs théocratiques, n'abandonnera ni sa quête de la bombe atomique ni son fantasme d'anéantissement d'Israël. Ses citoyens continueront de souffrir, d'être persécutés, humiliés et assassinés sous son joug tant que le régime des mollahs et des Gardiens de la révolution perdurera", considère Die Welt, qui veut croire qu'"après la victoire sur Téhéran, le monde sera plus sûr". "L'axe Iran-Russie-Corée du Nord-Chine sera affaibli, ce qui profitera également à l'Ukraine. Dès lors, l'Ukraine n'aura plus à craindre d'être quotidiennement bombardée par des drones et des missiles iraniens", pense le média avant de prévenir : "L'Iran ne peut être libéré que par une invasion militaire et une occupation temporaire. Faute de quoi, il sera difficile de démanteler le régime."

© via REUTERS

Le président américain Donald Trump annonce que les États-Unis ont lancé des « opérations militaires majeures » en Iran, dans un lieu inconnu, dans cette capture d'écran tirée d'une vidéo diffusée le 28 février 2026. Israël et les États-Unis ont mené des frappes contre l'Iran le samedi 28 février 2026. Donald Trump via Truth Social/Document fourni par REUTERS

Emirats arabes unis, Qatar, Arabie saoudite… Et soudain, les pétromonarchies du Golfe découvrent la guerre

1 mars 2026 à 18:05

De lourdes explosions entendues au-dessus de Doha, la capitale du Qatar, un hôtel de Manama au Bahreïn qui a subi une attaque, des personnes blessées par des débris d'un drone abattu par les défenses aériennes de Dubaï aux Emirats arabes unis… Les pays du Golfe, zones habituellement sécurisées dans une région instable, ne sont pas épargnés par les attaques aériennes de représailles lancées par l'Iran, en pleine guerre menée par les États-Unis et Israël contre Téhéran.

À Dubaï, de nombreux habitants, en grande majorité des ressortissants étrangers attirés par la réputation de sécurité de la ville, étaient désemparés. Contrairement à Israël, Dubaï ne dispose d'aucun réseau d'abris ni de système d'alerte précis, laissant la population livrée à elle-même. Aucune sirène d'alerte n'a retenti dans cette ville lors des collisions entre les missiles et les intercepteurs. Le secteur aérien est également perturbé. L'aéroport international de Dubaï a subi des dommages lors des attaques iraniennes, tandis que les aéroports d'Abou Dhabi et du Koweït ont également été touchés. Les principaux aéroports de transit, notamment Dubaï, Abou Dhabi et Doha, étaient fermés ou fortement restreints ce dimanche et une grande partie de l'espace aérien de la région reste fermée.

L'Iran a donc mis à exécution sa menace de frapper les Etats du Golfe persique en cas d'attaque. Dès samedi, de nombreuses explosions ont été entendues dans le ciel du Qatar, des Émirats arabes unis, du Bahreïn et du Koweït, qui hébergent des bases militaires américaines. La Jordanie a également dit avoir intercepté des missiles. Le ministère saoudien des Affaires étrangères a quant à lui confirmé l'attaque iranienne sur la capitale du pays, Riyad.

Plusieurs bases américaines

La crainte de telles représailles était l'une des raisons pour lesquelles les dirigeants du Golfe avaient exhorté les États-Unis à ne pas attaquer. "Tous les territoires occupés et les bases américaines criminelles de la région ont été frappés par les explosions puissantes des missiles iraniens. L'opération continuera sans répit jusqu'à ce que l'ennemi soit défait de façon décisive", ont commenté les Gardiens de la révolution islamique, qui avaient déjà prévenu ces pays ces derniers mois qu’ils s’exposaient à des représailles.

Les Etats du Golfe se trouvent dans une situation particulièrement délicate. Même s'ils ne sont pas directement impliqués dans le conflit, leur situation géographique, la présence de bases ou de soldats américains sur leurs territoires et leurs relations étroites avec Washington font d'eux une cible facile pour Téhéran. Bahreïn abrite ainsi la Cinquième flotte américaine ; le Qatar, le quartier général régional de son commandement central. Ces dernières semaines, des dizaines d'avions de combat américains ont atterri sur la base aérienne d'al-Dhafra à Abou Dhabi et sur la base aérienne Prince Sultan, au sud-est de Riyad, rappelle The Economist. En outre, les six membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) sont tous des alliés proches des Etats-Unis.

Téhéran considère que si les pays du Golfe sont exposés, ils feront pression sur les Etats-Unis afin qu'ils revoient à la baisse ou cessent leurs objectifs. Pour l'Iran, l’objectif semble donc d'amplifier l'inquiétude internationale, ce qui pourrait exercer une pression en faveur d'une désescalade. "La logique de l'Iran est de répartir les coûts afin d’empêcher Washington et Tel-Aviv de cantonner le conflit au seul territoire iranien", analyse auprès de l'Orient-Le Jour Andreas Krieg, spécialiste de la sécurité au Moyen-Orient au King’s College London. "C’est une stratégie de coercition par la régionalisation." Afin de discuter de la riposte aux attaques iraniennes, les ministres des Affaires étrangères des pays arabes du Golfe ont organisé ce dimanche une visioconférence, a indiqué un responsable du Golfe à Reuters.

Ces attaques ébranlent par ailleurs leur image de sécurité dans une région instable. Pendant des décennies, les Etats arabes du Golfe persique se sont en effet présentés comme un havre de paix dans une région sujette aux conflits, attirant des expatriés fortunés, des multinationales et des investissements. Mais, samedi, des explosifs iraniens ont fait éclater cette bulle lucrative. De nombreuses entreprises internationales opèrent dans les secteurs de la consommation, de la finance et de l'énergie du Golfe arabe, notamment aux Emirats arabes unis, devenus la plaque tournante commerciale de la région.

"Un conflit de cette ampleur risque fort de déstabiliser les entreprises internationales opérant dans le Golfe", estime Michael Ratney, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Arabie saoudite sous l'administration Biden, auprès du Wall Street Journal. "Cela tient à la fois au risque d'inquiéter leurs employés expatriés, dont certains souhaiteront quitter le pays, et au fait que cela remet en question le sentiment fondamental de sécurité et de stabilité sur lequel ils ont fondé leur décision d'y opérer et d'y investir." "La guerre risque évidemment de faire fuir les investisseurs et les touristes, qui sont de plus en plus essentiels aux ambitions économiques des pays du Golfe", explique également Michael Ratney.

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Kite Beach, avec Burj Khalifa en arrière-plan, après une attaque iranienne, suite aux frappes américaines et israéliennes contre l'Iran, à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 1er mars 2026. REUTERS/Amr Alfiky REFILE

"Pour de Gaulle, il fallait toujours s’attendre au meilleur comme au pire avec les Américains". Son biographe raconte

1 mars 2026 à 16:00

"La France avait peut-être raison depuis le début (...) Aucun pays ne s’est montré aussi constamment sceptique quant à la fiabilité de son allié transatlantique", pouvait-on lire dans un éditorial de The Economist publié après la conférence de Munich. Et le journal de l'establishment anglo-saxon de rendre hommage à De Gaulle ! De quoi faire sourire Jean-Luc Barré, qui a publié cet automne le deuxième tome de sa biographie du général, "Le premier des Français" (Grasset). Ce volume couvre quatorze années, de la Libération à la crise de mai 1958. Souvent résumée à une "traversée du désert", cette période fut, au contraire, très féconde. Restauration de l'Etat, reconstruction de l'ego national, rétablissement international... En écrivain et en historien, Jean-Luc Barré restitue à merveille cet immédiat après-guerre qui, politiquement, n'est pas sans évoquer la situation présente. Il campe De Gaulle en joueur de poker misant sur un nouveau 18 juin, qui finira par arriver, mais bien plus tard qu'il l'espérait. Les relations avec les Etats-Unis et la défense européenne sont aussi déjà au coeur de cette fresque passionnante. Et très actuelle : Le président de la République, Emmanuel Macron s'est exprimé le 2 mars sur la dissuasion nucléaire française dans le cadre de l'Île Longue, à Brest (Finistère), où sont stationnés les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins français. L'ombre du Général a plané sur la Bretagne durant son discours.

L'Express : "Ni fiables ni très solides et ne comprenant rien à l’Histoire ni à l’Europe". Ainsi le général de Gaulle évoquait-il les Américains devant Konrad Adenaueur. Comment s’est-il forgé ses convictions transatlantiques ?

Jean-Luc Barré : Cette conviction est liée tout à la fois à son exigence en matière de souveraineté nationale et à son expérience spécifique des autorités américaines. Pour lui, un pays ne pouvait prétendre à son indépendance ni assurer sa sécurité s’il ne disposait pas de son propre système de défense. Ce raisonnement était valable pour la France comme pour le continent européen dans son ensemble. Son idée n’excluait pas d’être associé à une organisation collective comme l’Otan – de Gaulle a approuvé d’emblée la Charte atlantique -, à condition de ne pas être assujetti à un commandement supranational piloté exclusivement par une grande puissance extérieure.

C’est pourquoi il a veillé à doter notre pays de l’arme nucléaire et refusé de s’abriter sous le parapluie américain. Dès lors que les deux Grands, l’URSS et les Etats-Unis, disposaient de la bombe atomique, le risque était de les voir s’affronter, non directement, par souci de ménager leur "sanctuaire" national, mais sur un territoire intermédiaire qui se trouverait ainsi sacrifié ou délaissé.

Il pensait que les Etats-Unis ne se décidaient jamais à intervenir que s’il en allait avant tout de leur propre intérêt et qu’on ne pouvait compter sur leur soutien que s’il correspondait d’abord à leurs priorités diplomatiques ou stratégiques.

Cette méfiance n’était pas seulement fondée sur une position de principe. Elle découlait de ce qu’il avait vécu à Strasbourg à la fin de l’année 1944, où Eisenhower, pris de court par l’offensive ennemie et soucieux de poursuivre son avancée vers l’Allemagne, avait subitement décidé d’abandonner la ville à son sort. De Gaulle avait dû beaucoup batailler pour que le haut commandement allié accepte de revenir sur sa décision. Cet exemple était resté évidemment édifiant pour lui. Il explique à lui seul ses prises de position ultérieures.

"L’homme en lequel j’ai le moins confiance", confiait Franklin D.Roosevelt à son propos en janvier 1943. Les Américains lui avaient préféré Giraud. De Gaulle en a-t-il conçu de la rancœur ?

Pour Franklin Roosevelt, il paraissait acquis que la France ne pourrait jamais se relever de sa défaite, du moins qu’elle devrait en payer le prix en se rangeant sous la tutelle des Etats-Unis. C’est ce raisonnement que de Gaulle est venu contredire par l’appel du 18 juin et la création de la France Libre.

Roosevelt ne l’a jamais supporté et il a donc fait tout ce qui était en son pouvoir pour éliminer ce militaire arrogant auquel il reprochait, avec une lourde ironie, de se prendre pour Jeanne d’Arc. Il n’a cessé de chercher une alternative à de Gaulle, à travers des "expédients provisoires", d’autant plus fréquentables qu’ils étaient pleinement soumis aux Etats-Unis.

Parmi eux, Darlan, et bien sûr Giraud… Cet ostracisme qu’il a dû endurer, de Gaulle ne l’a jamais pardonné à l’administration américaine, en tout cas à Roosevelt, même s’il a trouvé auprès d’Eisenhower un allié et un ami. Il s’est méfié par la suite de Kennedy, sans parler de Johnson. Il a fallu l’arrivée au pouvoir de Richard Nixon pour qu’il se sente enfin compris par la Maison-Blanche.

En juillet 1944, il effectue une visite aux Etats-Unis et Roosevelt le reçoit. Qu’est-ce qui ressort de ce voyage ?

"Eh bien, je suis rudement content de vous voir !" s’exclamera Roosevelt en le recevant à Washington en juillet 1944, après avoir annulé à plusieurs reprises cette invitation officielle. Le peuple américain, qui lui était largement acquis, a réservé à de Gaulle un accueil triomphal. Le président, alors en pleine campagne électorale pour sa réélection, a dû tenir compte de cette popularité et manifester à son visiteur une cordialité bien loin de correspondre à son véritable état d’esprit. "Il n’y a pas de grands problèmes entre les Français et les Américains Nous sommes en complet accord sur l’avenir du monde", déclarera-t-il à l’issue de leur premier entretien.

En réalité, rien n’était réglé sur ce point : Yalta aura vite fait de le démontrer. De Gaulle n’a pas obtenu plus d’assurances définitives s’agissant ni de la reconnaissance de son futur gouvernement, ni de l’administration future du territoire français que les Etats-Unis entendaient bien se réserver. Il a quitté Washington sans avoir obtenu aucune certitude à ce sujet, si ce n’est, grâce à l’intercession du ministre des Affaires étrangères britannique Anthony Eden, la reconnaissance du Comité de Libération nationale comme "autorité de facto" de la France libérée. Mais Roosevelt, refusant d’admettre sa légitimité, a persisté dans l’idée qu’il fallait trouver à tout prix un substitut à de Gaulle pour diriger la France.

Quel sens donne-t-il à l’amitié franco-américaine ?

De Gaulle n’a jamais été antiaméricain, contrairement à ce qu’on a abondamment raconté et qu’il a pu lui-même laisser penser. Il éprouvait, en réalité, une certaine admiration pour le gigantisme, la vitalité des Etats-Unis, tout en déplorant les excès commis par cette puissance quasiment sans limite, aussi dangereuse pour l’Amérique elle-même que pour l’équilibre du monde. Ami des Américains, oui, mais avec une extrême lucidité.

Ceci étant, il n’a jamais manqué de leur manifester sa solidarité lorsqu’il s’agissait de défendre les valeurs de l’Occident. Son attitude a toujours été parfaitement claire à ce sujet. Il ne s’est jamais interdit pour autant de réprouver, ni même de condamner la façon, souvent hasardeuse et injustifiée à ses yeux, dont les dirigeants américains croyaient pouvoir se mêler des affaires du monde dans leur seul intérêt. Relisez son discours de Phnom Penh, il n’a rien perdu de son actualité.

On imagine sa réaction devant les menaces d’un Donald Trump de s’emparer du Groenland ou de frapper tout régime qui ne lui conviendrait pas. Reste à savoir s’il aurait été fondamentalement surpris, lui qui avait connu toutes sortes de présidents, par l’irruption sur la scène politique américaine d’un personnage aussi outrancier. Pour lui, il fallait toujours s’attendre avec les Etats-Unis au meilleur comme au pire. Raison de plus pour marquer son indépendance vis-à-vis d’eux.

Dans sa vision géopolitique, il croit davantage aux relations séculaires qu’aux données politiques. Sa vision de la Russie et la relation qu’il tente d’établir avec Staline en 1944 n’en témoigne-t-elle pas ?

De Gaulle n’a jamais parlé, comme on le sait, de l’URSS, mais de la Russie. Sa conviction était que les peuples se définissaient non par l’idéologie qui les gouvernait de manière momentanée, mais par leur histoire profonde, leurs traditions séculaires.

Une anecdote résume bien cette conception des choses. Après son voyage à Moscou en décembre 1944, il racontera au colonel Rémy avoir vu trois portraits dans le bureau de Staline. "A votre avis, quels étaient-ils ?" demande-t-il à Rémy qui lui répond "Marx et Lénine" sans savoir qui pouvait être le troisième. Et le général de s’écrier : "Vous n’y êtes pas du tout : derrière Staline, il y avait le portrait de Pierre Le Grand. A droite, Souvorov, à gauche, Koutouzov. La Russie est immuable". Tout était dit.

Au sortir de la guerre, de Gaulle a une priorité : donner aux Français "la mystique de la reconstruction", selon votre expression. Il veut à tout prix associer la France à la victoire. Ne fallait-il pas aussi des talents d’illusionniste pour y parvenir ?

De Gaulle était, en effet, un virtuose du verbe, un metteur en scène hors pair. Mais chez lui, c’était avant tout une question de foi, de confiance fondamentale dans le génie de la France et sa capacité à sortir du déclin irréversible auquel on l’avait cru condamnée, après une défaite sans précédent.

Il y avait naturellement une part de mythification dans tout cela. Mais pour se reconstruire, la France devait à nouveau croire en elle, se persuader d’être redevenue une nation victorieuse, guérie de la honte et de l’humiliation de 40. De Gaulle a mis en scène de manière magistrale cette résurrection à des fins d’unité et de grandeur nationales. Au demeurant, si les troupes françaises n’auraient pas suffi à libérer le territoire, elles avaient du moins pris part à la défaite de l’ennemi. De Gaulle a tenu à le faire savoir au reste du monde en imposant la présence de De Lattre à Berlin, en mai 1945, comme un des signataires de l’acte de capitulation allemande.

"Il n’y aura pas toujours un miracle pour sortir d’affaire les Français ni la France", dit-il. Le miracle, c’est lui ? Ne comptait-il pas sur lui seul pour réussir le redressement de la France ?

Il connaissait bien les Français, leur propension à se diviser, à se laisser aller en quelque sorte, en espérant qu’il se trouverait toujours un homme providentiel pour les aider à se relever. Ce qui avait été parfois le cas, mais ne se produirait peut-être plus à l’avenir. Les sauveurs de ce genre étaient une espèce rare : Jeanne d’Arc, Richelieu, Napoléon, Clemenceau et lui, de Gaulle.

Le risque pour lui était de ne pas la voir se reproduire. Il avait trop souvent mesuré les insuffisances de la classe politique pour la croire capable de faire face aux grands enjeux de l’Histoire. Seuls des hommes d’exception à la tête de l’Etat pouvaient accomplir cette mission. Ce qui était donné raison aux Français d’une certaine manière. Mais il savait qu’il n’y aurait pas toujours un de Gaulle pour les sortir d’une catastrophe. Il avait prédit qu’après lui, ce serait non le vide, mais "le trop-plein", c’est-à-dire le bal habituel des prétendants sans consistance. Nous y sommes.

Adhérait-il totalement au programme du CNR, qui a fondé le modèle social français ?

Il y adhérait d’autant plus qu’il l’avait inspiré dans son discours d’Oxford en 1941 appelant à une véritable révolution sociale et économique pour réaffirmer la place et la dignité de l’individu face à tous les conservatismes. Il n’a cessé de dénoncer l’ordre bourgeois dans ce qu’il a de plus égoïste "les possédants sont possédés par ce qu’ils possèdent", rappelle-t-il dans ses entretiens avec Alain Peyrefitte.

Il n’entendait pas dépendre du programme du CNR, d’autant que celui-ci était largement noyauté par le Parti communiste. Mais il se reconnaissait suffisamment dans les réformes préconisées, et notamment la nécessité d’une reprise en main des grands leviers de l’économie à travers les nationalisations, pour les mettre en œuvre, même s’il n’en était pas toujours l’auteur.

A la tête du gouvernement provisoire, il se retrouve dans une situation qui n’est pas sans évoquer celle de l’actuel Premier ministre Sébastien Lecornu, non ?

La similitude est très frappante, en effet. A la tête du gouvernement, il s’est trouvé en butte à la même surenchère des partis que nous subissons aujourd’hui, aux mêmes méfaits d’un système parlementaire qui aujourd’hui prétend se substituer à l’exécutif, contrairement aux règles et à l’esprit même des institutions.

Sébastien Lecornu, que je sais être un authentique gaulliste, a rappelé à juste titre aux formations politiques qu’elles devaient savoir s’effacer devant l’intérêt national. Ceux qui se réclament de tous côtés, et jusqu’à l’imposture, de la pensée du général, à commencer par ses héritiers présumés, auraient dû s’en souvenir par eux-mêmes. C’était donc une bonne chose de leur rafraîchir la mémoire.

Pour de Gaulle, il n’y avait rien de choquant ni d’anathème à ce que les responsables politiques, de gauche ou de droite, puissent trouver entre eux un compromis raisonnable quand les circonstances nationales l’imposaient. Rappelons qu’en 1958 il ne serait pas revenu au pouvoir comme il l’a fait, c’est-à-dire dans des conditions légales, sans une entente avec la gauche socialiste, également associée, à travers Guy Mollet, à l’élaboration de la Constitution. Ce qui lui était insupportable, c’était l’affaiblissement de l’Etat provoqué soit par la faiblesse de ses dirigeants, soit par le jeu des partis.

"Si je dois refaire un 18 juin", dit-il. N’est-ce pas son obsession dès 1944 ?

C’était la raison même de la création du RPF après son départ du pouvoir : regrouper l’ensemble du peuple français, à l’exception de l’extrême droite qui avait trempé dans la collaboration et des communistes qu’ils qualifiaient de "séparatistes", autour d’un même idéal de grandeur, de liberté, de justice sociale. Il n’y a pas réussi autant qu’il l’espérait. L’homme du 18 juin gardera toute sa vie la nostalgie de cette "époque héroïque" des années 1940-1945, qui n’était pas "encore sollicitée de toutes parts par la médiocrité", selon sa formule.

Lorsqu’il démissionne en 1946, n’est-ce pas d’abord avec l’idée d’être rappelé très vite ?

Pour une fois, son intuition a été prise en défaut. Il avait parié sur le fait que le vide politique qui lui succéderait serait insupportable aux Français, et qu’ils auraient vite fait de réclamer son retour au pouvoir. Mais cet élan collectif ne s’est pas produit. Et les Français, sans doute lassés d’être sans cesse rappelés à leur devoir de grandeur, se sont accommodés de dirigeants interchangeables et de moindre envergure qu’ils jugeaient plus confortables.

Durant sa traversée du désert, à quel moment a-t-il douté de son retour ? Comment aborde-t-il cette période de repli ?

Ce qu’on a appelé un peu abusivement sa "traversée du désert" a été marquée chez lui par de grands moments de colère et de mélancolie. Il n’était pas ennemi de la solitude, mais le sentiment de son isolement lui était insupportable. Il ne s’était pas préparé à vivre cloîtré à Colombey, fut-ce pour écrire ses Mémoires, et multipliait les allers-retours quasi hebdomadaires entre la Haute-Marne et Paris. Sa discipline de vie consistait à passer la majeure partie de ses journées à travailler dans son bureau, les repas de famille ne dépassant jamais trois quarts d’heure, et à effectuer de longues promenades dans les forêts environnantes. Il avait arrêté de fumer après que son médecin l’eut prévenu d’un risque sérieux pour sa santé.

Je crois qu’il a toujours été convaincu qu’en cas de "nouvelle secousse" la France aurait de nouveau besoin de lui. Tout dépendrait naturellement des circonstances. Mais à partir de 1954, il a clairement identifié le conflit algérien comme un problème que lui seul saurait résoudre.

On est frappé pas le peu de considération qu’il a pour les hommes qui se sont battus pour eux. Il y a chez lui du mépris et de l’ingratitude. Comment expliquez-vous son attitude ?

A l’automne 1944, il a entrepris de faire rentrer dans le rang les groupes résistants sans beaucoup de ménagement, en effet. Il a même fait preuve vis-à-vis d’eux d’une brutalité inouïe, à la manière d’un Philippe le Bel ou d’un Richelieu, ses références dans beaucoup de domaines. Il a fait prévaloir la raison d’Etat sur la fraternité combattante.

Dans un de ses livres les plus éclairants pour comprendre le personnage, il attribue des vertus essentielles à la capacité de distance du chef, voire à son indifférence. Quant à l’ingratitude, il considérait que ceux qui s’étaient battus pour la France n’avaient fait que leur devoir. Mais il n’était jamais méprisant envers le peuple, c’est avec tous les autres qu’il pouvait manifester une rudesse qui s’est un peu atténuée avec l’âge.

Dès 1952, il s’oppose au projet de CED. Quelles sont ses raisons ? Comment envisageait-il la défense de l’Europe ?

Pour les raisons que j’ai indiquées au début de notre entretien, il était convaincu de la nécessité pour l’Europe de se doter de son propre système de défense, à condition que celui-ci fût indépendant des Etats-Unis. Il a combattu la CED jusqu’à la faire échouer, parce que cette organisation était placée précisément sous tutelle américaine et qu’elle ne permettait pas à la France de préserver son autonomie. C’était une question de souveraineté, compatible pour lui avec un projet européen qui garantisse la sécurité collective, à la condition de ne pas nuire à la liberté de chaque nation de disposer d’elle-même.

François Mauriac, dont vous êtes aussi le biographe écrivait dans son bloc-notes de L’Express que "l’histoire de France est celle d’une longue guerre civile". De Gaulle était-il hanté par ce sujet ?

De Gaulle savait que la France était par essence un pays tout à la fois conservateur et révolutionnaire, et qu’une part de radicalité faisait partie intégrante de l’âme de son peuple. Enfant, il avait entendu les récits de son père lui racontant les horreurs de la Commune. En 1944, il s’est inquiété fortement du risque de voir la France basculer dans la guerre civile à l’instigation des communistes.

Le seul rempart pour lui, c’était la restauration de l’Etat. Par la suite, il a conçu les institutions de la cinquième République comme le meilleur des garde-fous face à des désordres extrêmes. Voilà pourquoi il importe plus que jamais de préserver cet héritage.

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"Ni fiables ni très solides et ne comprenant rien à l’Histoire ni à l’Europe". Ainsi le général de Gaulle évoquait-il les Américains devant Konrad Adenaueur.

Guerre en Iran : l’Amérique hyperpuissante, l’Europe méprisée pour sa faiblesse

1 mars 2026 à 14:41

En décapitant le régime iranien, les Etats-Unis font la démonstration qu’ils sont toujours, au Moyen-Orient comme ailleurs, l’unique puissance dominante. Pour l’Europe, les implications sont considérables. Exit la "multipolarité" qui devait permettre à l’Union européenne de se faire une place comme acteur géopolitique à part entière. Les actions décisives menées par l’administration Trump depuis le début de l’année, en Iran comme au Venezuela, montrent que pour la Maison-Blanche, la résolution de replacer l’Amérique au firmament de la planète n’est pas que rhétorique. Elle s’accompagne d’une volonté politique de remodeler le monde à sa main au détriment de la Chine mais aussi de l’Europe, méprisée pour sa faiblesse.

Le rival chinois et son partenaire russe sont relégués en seconde division. Contraints de s’en tenir à des condamnations verbales, ils ont laissé tomber leur allié de Téhéran comme ils avaient abandonné leur protégé de Caracas le 3 janvier. Tous les autocrates savent désormais qu’en confiant leur sécurité à Pékin et à Moscou, ils risquent de finir pulvérisés par une bombe, à l’instar de l’iranien Khamenei, ou de croupir dans une prison new-yorkaise, tel le vénézuélien Maduro. La Chine et la Russie n’ont pas la capacité d’effectuer de telles actions ciblées. Vladimir Poutine l’a tenté en 2022 en Ukraine mais quatre ans plus tard, ses armées piétinent encore dans les steppes du Donbass.

Les Européens, pour leur part, en sont réduits à soutenir du bout des lèvres, ou du moins à s’abstenir de critiquer, les opérations américano-israéliennes, malgré leur crainte du désordre régional qui ne manquera pas de s’ensuivre et leur scepticisme quant à l’aptitude de Donald Trump à le gérer. Seul le président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez a condamné sans détour les frappes américano-israéliennes. A l’inverse, la quasi-totalité des dirigeants européens se sont contentés d’appels à la désescalade, tout en marquant leur espoir d’un changement de régime. La violence inouïe avec laquelle celui-ci a réprimé les Iraniens qui manifestaient en janvier dans les rues pour la liberté et la démocratie (jusqu’à 30 000 morts) a achevé de le condamner moralement.

Mais ce changement de régime, s’il a bien lieu, aura été impulsé par les Etats-Unis et Israël, pas par l’Europe. Encore marqués par les échecs des interventions militaires occidentales menées depuis le début du siècle en Irak, en Libye et en Afghanistan, les dirigeants européens n’attendent en général rien de bon de frappes aériennes contre un régime maléfique. Ils ont longtemps pensé que l’Iran pouvait être contenu par le biais de négociations et de sanctions, mais ils ont ainsi fait le jeu de Téhéran pour qui l’essentiel était de gagner du temps afin de poursuivre ses programmes nucléaire et balistique. Il aura fallu les massacres perpétrés par les islamistes du Hamas proches de l’Iran, le 7 octobre 2023 en Israël, et la riposte de Jérusalem qui a ciblé les milices régionales affiliées à Téhéran, puis l’Iran lui-même, pour mettre à nu la faiblesse du régime des mollahs et ouvrir la voie à l’opération américano-israélienne.

A l’heure décisive, les Européens ont été laissés de côté par la Maison-Blanche qui n’a pas jugé utile de les consulter, ni même de les informer. A Washington, le ton monte contre les Européens accusés de passivité coupable. "Vous avez tous tort en refusant de venir en aide au peuple iranien et, comble d'insulte, vous suggérez que nous devrions continuer à négocier avec des nazis religieux", a déclaré le sénateur Lindsey Graham, un faucon trumpiste pour qui les alliés européens sont devenus "pathétiquement mous".

Sommée par Washington, qui entend se garder les mains libres face à la Chine, de gérer toute seule le problème de l’impérialisme russe et de la guerre en Ukraine, l’Europe se retrouve une fois de plus en position de commentateur face aux événements du Proche-Orient. Dans l’immédiat, les événements d’Iran donnent des arguments aux atlantistes, qui préfèrent confier leur sécurité à Washington. A plus long terme cependant, tout va dépendre de l’évolution de la situation en Iran.

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Donald Trump à son arrivée au Texas, le 28 février 2026.

Trump, Obama, Carter, Nixon... Entre les Etats-Unis et l'Iran, cinquante ans de conflit inextricable

1 mars 2026 à 13:26

En mai 1972, sur les hauteurs verdoyantes de Téhéran, le chah d'Iran et son épouse Farah Pahlavi reçoivent Richard Nixon et sa femme Pat, vêtue d'une robe longue en soie rose pour un dîner de gala. Sept ans avant la révolution islamique, les Etats-Unis et l'Iran sont encore de solides alliés en vertu de la doctrine Nixon selon laquelle Téhéran est, avec l'Arabie saoudite, l'un de ses deux piliers de sa politique de stabilité au Moyen Orient. Le président américain décuple l'aide militaire qu'il offre à la monarchie persique. Cela inclut des avions F-14 Tomcat, des navires destroyers, des systèmes Awacs.

L'Iran est alors le "gendarme" de Washington dans le Golfe, censé contenir l'URSS dans la région. Lors du dîner de gala, au palais Saadabad, Richard Nixon porte un toast. Le républicain va jusqu'à dire au chah "Protégez-moi" [sous-entendu : dans la région]. Il vient ainsi d'offrir au monarque un chèque en blanc. Celui-ci, saisi d'hubris, accentue la répression contre les opposants politiques. Par ailleurs atteint par la folie des grandeurs, il va jusqu'à tenter de racheter la compagnie aérienne Pan Am et la chaîne d'hôtel Intercontinental. Interrogé des années plus tard sur son soutien au chah d'Iran, Richard Nixon dira : "Ce n'est pas tellement que nous approuvions toute sa politique, mais l'alternative au chah nous semblait pire." Il n'y avait pas de bonne solution, en somme.

Le Nouvel An iranien de Jimmy Carter

Après l'affaire du Watergate et la démission du président, son successeur Gerald Ford poursuit la même politique. En Iran, le clergé se sent humilié par la modernisation à marche forcée tandis que la bourgeoisie et l'élite intellectuelle nourrissent un ressentiment de plus en plus fort en raison des violations des droits de l'homme. En 1975, Gerald Ford reçoit le chah à la Maison-Blanche avec tous les honneurs, toasts et dîners, malgré les critiques internes aux États-Unis sur les ventes d'armes à un régime vilipendé par la presse occidentale.

Lorsque le démocrate Jimmy Carter est élu président à son tour en novembre 1976, les opposants iraniens au monarque reprennent espoir. Mais le 31 décembre 1977 ils déchantent. A l'occasion d'une visite officielle à Téhéran (la dernière d'un président américain) où il passe le réveillon du Nouvel An, Carter chante les louanges du chah dont "le grand leadership" apporte "la stabilité dans une des régions les plus troublées du monde". L'intelligentsia iranienne, qui attendait autre chose du démocrate, se sent trahie. Les mois suivant, depuis la Maison-Blanche, le président infléchit toutefois la politique américaine de soutien inconditionnel à son allié. Il fait pression sur le chah pour qu'il libéralise un tant soit peu la vie politique. Mais trop tard. Treize mois après cette visite officielle, le chah est en fuite. Encore quelques jours et l'ayatollah Khomeyni rentre de son exil à Neauphle-le-Chateau (Yvelines), accueilli par deux millions de fidèles.

Le fiasco de "l'Opération Eagle Claw"

Le 4 novembre 1979, le cauchemar commence: 66 diplomates américains sont pris en otage à Téhéran dans leur propre ambassade. Jimmy Carter est devenu l'ennemi numéro 1 de l'ayatollah Khomeyni qui entend lui faire payer son toast du Nouvel An deux ans deux ans plus tôt. Cinquante-deux membres de l'ambassade eux resteront captifs pendant 444 jours. C'est le plus long calvaire diplomatique de l'histoire américaine. Carter tente tout. Les sanctions, la rupture des relations, l'embargo pétrolier. Puis, le 24 avril 1980, il déclenche l'opération Eagle Claw (griffe d'aigle): huit hélicoptères sont lancés dans le désert pour un raid de sauvetage. Mais en raison d'un manque de coordination du commandement, de pannes mécaniques en série et, in fine d'une collision entre un hélicoptère et un C-130 qui coûte la vie à huit militaires, le fiasco est complet. Il coûtera à Jimmy Carter, sa réélection en novembre 1980. Alors que le chah d'Iran vient de décéder en juillet en exil (en Egypte), Ronald Reagan, tout juste élu, tire les leçons de cette bérézina: il réorganise le commandement militaire en vue d'une meilleure coordination et crée un commandement des opérations spéciales. Humiliation suprême pour Carter: les otages sont libérés quelques minutes seulement après que son successeur a prêté serment, le 20 janvier 1981.

La présidence Reagan ouvre un nouveau chapitre dans les relations entre Washington et Téhéran. Pour commencer, des attentats-suicides de Beyrouth en octobre 1983 frappent les contingents américain et français de la Force multinationale de sécurité au Liban et tuent 241 soldats américains et 58 parachutistes français. Paris et Washington accusent le Hezbollah et l'Iran. Les deux capitales soutiennent d'ailleurs ouvertement – comme les autres puissances occidentales – Saddam Hussein dans la guerre Iran-Irak (1980-1988). Cela n'empêche pas Ronald Reagan d'être éclaboussée par l'affaire de l'Irangate des ventes d'armes... à l'Iran. En contradiction avec leur discours, les responsables de son administration vendent en effet secrètement des armes, y compris des missiles, à Téhéran en 1985-1986. Et cela, afin d'obtenir la libération d'otages américains au Liban et d'obtenir de l'argent pour financer secrètement les "Contras" nicaraguayens, en guerre contre les sandinistes procubains (au pouvoir depuis 1979). Le scandale est retentissant.

Les Etats-Unis abattent un Boeing

D'autres événements marquent la fin de la présidence Reagan, à commencer par l'Opération Praying Mantis (mante religieuse) en avril 1988. Lors du plus grand engagement naval américain depuis 1945, une frégate iranienne est coulée dans le golfe Persique en représailles à l'attentat à la mine contre un destroyer de l'US Navy. Puis, en juillet, le croiseur USS Vincennes abat le vol Iran Air 655, tuant 290 passagers dont 66 enfants. L'équipage a confondu un Airbus civil avec un chasseur F-14. Washington ne présentera jamais d'excuses. Convaincu d'affronter une guerre sur deux fronts, en Irak et contre les Etats-Unis, Khomeyni accepte le cessez-le-feu avec l'Irak. Il compare cet acte au fait de "boire du poison".

Lorsque le "guide suprême" meurt l'été suivant, le pragmatique président Hachemi Rafsandjani facilite la libération des derniers otages américains au Liban, faisant écho au discours inaugural de George H.W. Bush en janvier 1989 qui a tendu la main en déclarant: "La bonne volonté engendre la bonne volonté." Quoi qu'il en soit, les relations avec l'Iran passent au second plan en raison de l'Opération Desert Storm (tempête du désert) lors de la première guerre du Golfe contre l'Irak (août 1990-février 1991).

Sous Bill Clinton, un léger dégel

Sous Bill Clinton, l'élection du président Khatami en 1997 ouvre une fenêtre d'apaisement. Dans une interview sur CNN, ce dernier exprime son admiration pour "l'essence de la civilisation américaine", cite Lincoln et propose un "dialogue entre les civilisations". La secrétaire d'Etat (ministre des Affaires étrangères) Madeleine Albright, elle, reconnaît publiquement le rôle américain dans le coup d'État de 1953 contre le premier Mossadegh, renversé par la CIA américaine et le Mi6 britannique sous la présidence d'Ike Eisenhower (1953-1960) et le second gouvernement de Winston Churchill (1951-1955). Mossadegh est soupçonné de se rapprocher de l'Union soviétique. Le dégel clintonien s'arrête là. Certes, le climat entre Téhéran est Washington est légèrement apaisé. Mais pas au point que Washington renonce à sa politique de double sanction contre l'Irak et contre l'Iran, accusé de soutenir le terrorisme.

Accaparé, comme son père, par l'Irak, George Bush fils se consacre avant tout à traquer Oussama Ben Laden en Afghanistan, puis Saddam Hussein lors de la seconde guerre du Golfe. Elu en 2008, Barack Obama, lui, combine la carotte et le bâton. Pour commencer, il applique des sanctions contre le pétrole iranien, procède au gel d'avoirs appartenant aux gardiens de la révolution ou déconnecte l'Iran du réseau SWIFT. En 2013, une opération conjointe américano-israélienne détruit un millier de centrifugeuses à Natanz grâce à un virus introduit dans le logiciel iranien.

Et Donald Trump arriva...

La même année, l'élection du président réformateur Hassan Rohani (qui succède à Mahmoud Ahmadinejad) débloque un peu le processus : Obama et lui s'appellent pendant quinze minutes; c'est le premier contact présidentiel direct depuis 1979. Puis, le 14 juillet 2015 est signé l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien (en anglais : Joint Comprehensive Plan of Action ou JCPOA). L'Iran réduit son stock d'uranium enrichi et accepte la présence permanente de contrôleur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

En mai 2018, Donald Trump déchire l'accord et lance sa politique de "pression maximale". Les exportations pétrolières iraniennes s'effondrent sous 500 000 barils par jour. Mais les sanctions américaines accélèrent la fuite en avant nucléaire de l'Iran qui reprend l'enrichissement de son uranium. En janvier 2020, un drone Reaper pulvérise le convoi du général Qassem Soleimani alors que le commandant de la Force Al-Qods du corps des gardiens de la révolution islamique se trouve en Irak. L'Iran riposte symboliquement en tirant des missiles sur une base américaine en Irak mais sans faire de blessés. L'escalade s'arrête là. Elu en 2020 Joe Biden promet de revenir dans l'accord JCPOA. Il n'y parviendra jamais malgré huit cycles de négociations à Vienne et à Oman. La fin de sa présidence est marquée par l'attaque et le pogrom perpétré le 7 octobre 2023 contre Israël par le Hamas pro-iranien.

Avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche voilà un peu plus d'un an, s'ouvre une nouvelle phase marquée par la collaboration militaire étroite les Etats-Unis et Israël, pays décrit comme "l'allié modèle" dans la récente "Stratégie de défense nationale", document publié par le Pentagone. A la guerre des Douze jours entre Israël et l'Iran déclenchée le 13 juin denier, et, immédiatement après, l'Opération Midnight Hammer (Marteau de minuit, du 21 au 22 juin 2025) américaine contre les installations nucléaires iraniennes suit maintenant, suit maintenant l'Operation Epic Fury (fureur épique). Le 45e et 47e président américain espère clore avec elle un chapitre ouvert voilà cinquante ans et entrer dans l'Histoire. Y parviendra-t-il ?

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Donald Trump à Washington le 16 janvier 2026.

Iran : qui pourrait succéder au guide suprême, Ali Khamenei ?

1 mars 2026 à 12:13

Il s'efforçait depuis près de quatre décennies de faire de l'Iran chiite une puissance régionale rivalisant avec les Etats sunnites du Golfe tout en entretenant une rivalité avec les Etats-Unis. L'ayatollah et guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, est mort samedi 28 février à l'âge de 86 ans. Les médias officiels iraniens ont déclaré qu'il avait été tué dans les frappes aériennes menées par Israël et les Etats-Unis qui ont détruit sa résidence dans le centre de Téhéran.

La Constitution iranienne prévoit qu'un nouveau dirigeant doit être élu dans un délai de trois mois. D'ici là, le président Massoud Pezeshkian, l'ayatollah Alireza Arafi, membre du Conseil des gardiens, et l'ayatollah Gholamhossein Mohseni-Ejei, chef du pouvoir judiciaire, assureront l'intérim au sein du conseil des dirigeants, un organe chargé de remplir le rôle du guide suprême dans l'attente de nouvelles élections.

Trois successeurs potentiels

Ali Khamenei était en place depuis 1989 et détenait l'autorité suprême sur toutes les branches du gouvernement, sur l'armée et sur le pouvoir judiciaire, conformément au système nouveau système du "vilayat-e faqih" (gouvernement des savants ou tutelle du juriste islamique) qui soutient que, jusqu'au retour du 12e imam chiite, disparu au IXe siècle, le pouvoir sur terre doit être exercé par un religieux vénérable. Depuis 1979 avec Khomeini d'abord puis Khamenei, le guide suprême avait donc le dernier mot sur toutes les affaires d'Etat. Il était vénéré par ses fidèles comme un représentant de Dieu et comme le commandant en chef des forces armées.

Avant que les bombes américaines et israéliennes ne commencent à tomber samedi, l'ayatollah Ali Khamenei, qui se considérait comme le responsable de la survie de la République islamique, avait déjà prévu une transition du pouvoir en cas de décès et désigné des successeurs potentiels. Le guide suprême, dont la Constitution autorise à déléguer ses pouvoirs, doit être un haut dignitaire chiite, nommé par un comité de religieux appelé l'Assemblée des experts.

Comme l'explique le New York Times, en juin 2025, durant les douze jours de guerre contre Israël, alors que l'ayatollah Khamenei était en fuite, ce dernier a désigné trois candidats susceptibles de lui succéder rapidement. Selon le quotidien américain, ces trois personnalités sont Gholamhussein Mohseni Ejei ; le chef de cabinet de l'ayatollah Khamenei, Ali Asghar Hejazi - tué samedi ; ainsi que Hassan Khomeini, un religieux modéré issu de la faction politique réformiste et petit-fils de l'ayatollah Khomeini.

Le fils de l'ayatollah Khamenei, Mojtaba, qui a été une figure influente dans l'ombre, est pourtant plébiscité par certaines factions, mais l'ayatollah Khamenei a déclaré à ses partisans qu'il ne souhaitait pas que le poste de guide suprême soit héréditaire, précise le New York Times.

L'influence majeure d'Ali Larijani

Il est un autre homme à l'influence notable dont le nom circule pour la succession de l'ayatollah : le vétéran de la politique Ali Larijani, chef du plus haut organe de sécurité iranien, le Conseil suprême de sécurité nationale. Avant les frappes aériennes de samedi, l'ayatollah Khamenei a délégué la direction du pays à ce proche allié - l'un des plus proches en réalité -, qui a de facto marginalisé le président Massoud Pezeshkian. Dans les faits, Ali Larijani semble donc déjà avoir une influence prépondérante. Politicien expérimenté, Ali Larijani a émergé l'an dernier comme l'une des figures majeures du système sécuritaire iranien. Nommé secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale (SNSC) d'Iran en août, Ali Larijani, ex-conseiller d'Ali Khamenei, a fait carrière grâce à sa loyauté envers lui et à un pragmatisme lui permettant de naviguer à travers les factions rivales au sein du régime iranien.

Professeur de philosophie - sa spécialité étant Emmanuel Kant - et mathématicien qualifié, précise The Economist, Ali Larijani est issu d'une lignée cléricale. Son père était ayatollah (un religieux chiite d'un rang élevé) ; son beau-père était le principal théoricien de la révolution islamique et le bras droit du fondateur de la République islamique ; son frère Sadeq Larijani, lui aussi un haut fonctionnaire, a dirigé le pouvoir judiciaire pendant dix ans. Il lui est même arrivé de diriger la prière du vendredi à la place d'Ali Khamenei. Il a servi dans les Gardiens de la révolution islamique, a occupé quatre postes ministériels et a été président du Parlement pendant douze ans.

Son statut de stratège de confiance du guide suprême iranien a été mis en avant lors de son déplacement à Oman, négociateur dans le dossier du nucléaire iranien, lors de discussions indirectes avec Washington, alors que les Etats-Unis positionnaient ses forces au Moyen-Orient, rappelle Reuters. "Il était l'éminence grise de Khamenei", explique à The Economist Lynette Nusbacher, une ancienne agente de renseignement britannique.

Comme le relève le New York times, qui a interrogé plusieurs hauts responsables iraniens, l'ayatollah Khamenei avait également autorisé un petit cercle d'alliés politiques et militaires à prendre des décisions s'il venait à être tué ou injoignable pendant une guerre, et avait désigné quatre niveaux de succession pour les hauts responsables militaires et politiques qu’il nomme personnellement. Parmi eux figurent son chef d'état-major, Mohammad Hejazi, décédé en 2021 ; le général de brigade Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et ancien commandant du Corps des Gardiens de la révolution ; et son principal conseiller militaire et ancien commandant en chef des Gardiens, le général Yahya Rahim Safavi.

© via REUTERS

Une photo du défunt guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, est diffusée à la télévision lors de l'annonce de son décès, à Téhéran, en Iran, le 1er mars 2026. Majid Asgaripour/WANA (West Asia News Agency) via REUTERS
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