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Guerre en Iran : ces questions autour du déploiement du Charles de Gaulle en Méditerranée

4 mars 2026 à 16:09

Il aurait dû continuer ses exercices avec l'Otan en Atlantique Nord, où il participait à la mission "Lafayette 26". Il se dirige finalement vers le sud, en Méditerranée. Dans son allocution mardi soir à la télévision, Emmanuel Macron a annoncé le départ du porte-avions français Charles de Gaulle vers la Méditerranée. "Nous avons des accords de défense qui nous lient au Qatar, au Koweït et aux Émirats arabes unis, a annoncé le président dans son discours. Ces derniers sont particulièrement ciblés, et nous leur devons de la solidarité". Le bâtiment français va participer à la construction d'une coalition pour sécuriser notamment le transport maritime, alors que le détroit d'Ormuz est fermé par l'Iran.

Parti dès mardi soir, le bâtiment de 261 mètres devrait arriver dans la zone dans une dizaine de jours selon le ministère de la Défense. Fort d'un équipage de près de 1 900 marins, il tient sa force dans son groupe aérien embarqué qu'il transporte, qui peut être composé de 40 aéronefs : des avions de combat Rafale Marine, des Grumman E-2 Hawkeye, des avions américains de commandement équipés de radars, ou encore des hélicoptères Caïman Marine. Au total, 600 marins sont chargés du groupe aérien embarqué. Mis en service en 2001, en remplacement du porte-avions Foch, il transporte également plusieurs armes de combat comme des canons, des mitrailleuses et des systèmes anti-missiles, précise le ministère de la Défense.

"Légitime défense"

Mais le Charles de Gaulle ne se déplace pas seul en Méditerranée. Le groupe aéronaval français, articulé autour de son porte-avions, est aussi composé de plusieurs frégates de défense, d'un pétrolier ravitailleur ou encore d'un sous-marin nucléaire d'attaque. En Méditerranée, il rejoint le plus grand porte-avions, le bâtiment américain USS Gerald R. Ford, arrivé mercredi dans la zone.

Interrogée mardi soir par BFMTV sur la mission du porte-avions français, Alice Rufo, la ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, a tenté de rassurer sur l'utilisation de ces armes, niant l'entrée de la France dans la guerre. "On est sur une logique défensive, de défense de nos intérêts", a-t-elle affirmé, qualifiant la présence française en mer Méditerranée de "légitime défense"." Selon elle, l'arrivée du Charles de Gaulle permet d'apporter "des moyens aériens supplémentaires". "C'est une capacité d'agir de manière plus active, plus efficace, plus rapide", a-t-elle ajouté.

Dissuasion nucléaire

Mais le déploiement en Méditerranée du Charles de Gaulle a aussi une dimension symbolique, une "démonstration de puissance" pour Alice Rufo. "C'est un signalement stratégique, a-t-elle reconnu sur BFMTV. Ça veut dire que nous défendons nos intérêts, que nous sommes là". Seul porte-avions à propulsion nucléaire à ne pas être américain, seul porte-avions de l'Union européenne, le Charles de Gaulle permet à la France d'affirmer sa puissance.

Un signe fort, qui résonne avec le discours sur la dissuasion nucléaire, prononcé par Emmanuel Macron le lundi 2 mars. "Notre dissuasion est robuste et efficace. Tous ceux qui auraient l'audace de s'en prendre à la France savent le prix insoutenable qu'il y aurait à payer", a notamment lancé le chef de l'État, depuis la base militaire de l'Île Longue dans le Finistère, devant le sous-marin nucléaire Le Téméraire.

Au-delà du déploiement du Charles de Gaulle, la France a également envoyé la frégate "Languedoc" aux abords de Chypre, membre de l'Union européenne. Arrivée mardi soir, elle devra œuvrer à la sécurisation de l'île, où la base britannique Akrotiri a été touchée par des drones ces derniers jours. Polyvalente dans son utilisation, la frégate peut autant servir d'escorte que pour la lutte anti-sous-marine et antiaérienne. Deux frégates grecques sont aussi sur place.

© via REUTERS

Le porte-avions français Charles de Gaulle, à Malmö en Suède, le 25 février 2026.

Guerre en Iran : l'Otan détruit un missile balistique qui se dirigeait vers la Turquie

4 mars 2026 à 15:43

Un missile balistique tiré depuis l'Iran et se dirigeant vers l'espace aérien turc a été intercepté mercredi 4 mars par les systèmes de défense de l'Otan déployés en Méditerranée orientale, a déclaré le ministère turc de la Défense. "Un missile balistique tiré depuis l'Iran, qui avait traversé les espaces aériens de l'Irak et de la Syrie avant d'être détecté comme se dirigeant vers l'espace aérien turc, a été intercepté et neutralisé par les éléments de défense aérienne et antimissile de l'Otan stationnés en Méditerranée orientale [...] Aucun mort ni blessé n’a été signalé lors de cet incident", a indiqué le ministère turc de la Défense dans un communiqué publié sur X.

Statement Regarding the Neutralized Ballistic Munition#MillîSavunmaBakanlığı pic.twitter.com/wFjZuoAgPI

— T.C. Millî Savunma Bakanlığı (@tcsavunma) March 4, 2026

Un débris issu de la munition d'interception est toutefois retombé dans le district de Dörtyol, province de Hatay, dans le sud-est de la Turquie, une zone proche de la frontière syrienne.

"Toute action hostile recevra la réponse appropriée"

"Toutes les mesures nécessaires à la défense de notre territoire et de notre espace aérien seront prises avec fermeté et sans hésitation. Nous rappelons que nous nous réservons le droit de répondre à toute action hostile contre notre pays", a ajouté le ministère. L'ambassadeur iranien à Ankara sera convoqué au ministère des Affaires étrangères, a indiqué une source diplomatique turque.

Burhanettin Duran, directeur des communications de la présidence turque, a renchéri sur la plateforme : "Toute action hostile recevra la réponse appropriée dans le cadre du droit international. La consultation et la coopération avec l'Otan et nos alliés se poursuivront tout au long de ce processus." Il a également exhorté toutes les parties à "s'abstenir de toute action susceptible d'exacerber les tensions" régionales.

Par la voix de sa porte-parole Allison Hart, l’Alliance atlantique a "condamné le ciblage" de la Turquie par l'Iran. "L'Otan se tient fermement aux côtés de tous les alliés, y compris la Turquie, au moment où l’Iran poursuit ses attaques indiscriminées dans toute la région", a-t-elle déclaré.

© via REUTERS

Un missile est lancé lors d'un exercice dans le sud de l'Iran, comme le montre cette image diffusée le 17 février 2026.

Iran : comment les tentatives d'assassinat contre Donald Trump ont influencé sa décision d'attaquer Téhéran

4 mars 2026 à 14:30

La justification de la guerre menée par Washington en Iran, aux côtés d'Israël, semble encore floue cinq jours après le début des frappes dans la région. Dans une tentative d'explication, Marco Rubio, le chef de la diplomatie américaine, avait expliqué lundi devant les journalistes que les frappes avaient débuté samedi face à "une menace imminente" d'une attaque de l'Iran sur Israël, instillant l'idée que Tel-Aviv aurait poussé Washington à agir.

Mais le président américain ne semble pas tout à fait en accord avec cette justification, suggérant même l'inverse. Mardi, Donald Trump a ainsi déclaré que ces frappes étaient prévues de longue date et que c'est probablement lui qui "leur a forcé la main [à Israël, NDLR]", et non l'inverse. Et d'ajouter : "Si nous n'avions pas frappé, ils auraient attaqué en premier. J'en étais convaincu. Cela devait être fait", a-t-il dit.

Une dimension personnelle

A ce jour, Donald Trump n'a toujours pas fourni de preuves expliquant pourquoi son administration pensait que l'Iran constituait une menace imminente pour les Etats-Unis. Toutefois, le président américain aurait reconnu dimanche auprès de journalistes, et notamment du correspondant à Washington de la chaîne ABC News, Jonathan Karl, que ces frappes en Iran avait une dimension personnelle pour lui. Selon le journaliste, le président a rapporté le fait que les efforts de l'Iran pour l'assassiner en 2024, lors de la campagne présidentielle, ont pu faire partie des facteurs dans la décision de lancer l'opération conjointe américano-israélienne qui a tué l'ayatollah Ali Khamenei.

"Je l'ai eu avant qu'il ne m'ait eu", aurait déclaré Donald Trump dans son échange avec ABC News. "Je l'ai eu en premier", rapporte le journaliste citant directement le président américain.

"Ils ont essayé deux fois"

En 2024, quand Joe Biden était encore président et candidat à la Maison-Blanche, les services secrets américains avaient alors indiqué que l'Iran avait un plan pour assassiner le candidat républicain Donald Trump, pour venger l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani dans une frappe de Washington en Irak en janvier 2020, lors du premier mandat du milliardaire. En novembre 2024, les autorités judiciaires américaines avaient ainsi annoncé l’inculpation d’un "agent de l’Iran" accusé d’avoir reçu l’ordre de Téhéran d’organiser des projets d’assassinat aux Etats-Unis visant notamment Donald Trump. Les deux tentatives d'assassinat, l'une lors d'un meeting en Pennsylvanie l'autre à sa résidence de Mar-a-lago en Floride, auxquelles le candidat Trump a échappé n'ont toutefois pas de lien avec ces menaces. Donald Trump a, lui, suggéré qu'il voyait un lien, en déclarant auprès d'ABC : "Ils ont essayé deux fois."

"Il y a un million de raisons d'éliminer des terroristes comme l'ayatollah Khamenei", a déclaré un haut responsable de l'administration, s'exprimant sous couvert d'anonymat auprès du Washington Post. "Ses complots pour assassiner le président Trump ne sont qu'une raison". L'ambassadeur de Donald Trump auprès des Nations unies, Mike Waltz, a lui même cité cet argument parmi d'autres, dès samedi, pour justifier l'attaque américaine sur Téhéran. L'Iran "est responsable d'une série d'attaques armées non provoquées contre les Etats-Unis et Israël, de violations de la Charte des Nations unies et de menaces qui pèsent sur la paix et la sécurité internationales au Moyen-Orient", a-t-il déclaré lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU. "Il a même tenté d'assassiner le président américain, le président Trump".

Si les raisons de l'entrée en guerre des Etats-Unis contre l'Iran restent floues, Donald Trump a toutefois énuméré lundi ses quatre objectifs : détruire les missiles de Téhéran, sa marine, réduire à néant ses ambitions nucléaires et la capacité de soutenir le terrorisme, notamment au Liban avec le Hezbollah. Il a aussi précisé que les frappes américaines devraient durer entre quatre et cinq semaines.

© REUTERS/Elizabeth Frantz

Le président américain Donald Trump s'adresse aux familles de militaires lors d'une visite à Fort Bragg, en Caroline du Nord, le 13 février 2026.

Guerre en Iran : Donald Trump menace l'Espagne, Pedro Sanchez refuse de "jouer à la roulette russe"

4 mars 2026 à 11:39

Le torchon brûle entre Washington et Madrid. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a réaffirmé, ce mercredi 4 mars, son opposition à l'attaque menée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, suite aux menaces de Donald Trump de couper les échanges commerciaux avec l'Espagne en raison de sa position sur le conflit au Moyen-Orient.

"C’est ainsi que commencent les grandes catastrophes de l’humanité… On ne peut pas jouer à la roulette russe avec le destin de millions de personnes", a déclaré ce matin Pedro Sanchez lors d'une allocution télévisée à la nation.

Les tensions entre les deux alliés de l'Otan se sont intensifiées après que Pedro Sanchez a dénoncé les bombardements américains et israéliens en Iran, une position peu commune parmi les pays européens. Madrid est allé plus loin en interdisant aux avions américains d'utiliser les bases navales et aériennes du sud de l'Espagne pour l'offensive contre Téhéran. Un crime de lèse-majesté pour Washington, qui a été obligé de déplacer 15 appareils, dont des ravitailleurs, qui se trouvaient sur ces sites militaires.

"Nous ne voulons rien avoir à faire avec l'Espagne"

"L'Espagne est épouvantable", a lâché mardi Donald Trump dans le bureau Ovale avant de s'entretenir avec le chancelier allemand Friedrich Merz, en visite à la Maison-Blanche. "Nous allons stopper tous les échanges commerciaux avec l'Espagne. Nous ne voulons rien avoir à faire avec l'Espagne", a-t-il dit. "J'ai le droit de stopper tout cela. Des embargos - je fais ce que je veux, et on pourrait le faire contre l'Espagne".

Du côté de Madrid, pas question de céder aux menaces américaines. "La position du gouvernement espagnol peut se résumer en quatre mots : 'Non à la guerre'", a déclaré Pedro Sanchez, ajoutant que cette position n’était "pas hypocrite mais cohérente". "Nous n'allons pas nous rendre complices de quelque chose qui est mauvais pour le monde et qui est contraire à nos valeurs et à nos intérêts simplement pour éviter des représailles de la part de quelqu'un", a déclaré le Premier ministre espagnol, faisant référence aux menaces commerciales de la Maison-Blanche.

L'Espagne peu dépendante des Etats-Unis

L'Espagne doit-elle vraiment craindre ces sanctions commerciales ? Réagissant aux commentaires de Donald Trump, le gouvernement espagnol a déclaré dès mardi soir dans un communiqué que les Etats-Unis devaient "garder à l'esprit l'autonomie des entreprises privées, le droit international et les accords commerciaux entre les Etats-Unis et l'Union européenne". Madrid a ajouté avoir "les ressources nécessaires pour contenir les potentielles répercussions d'un embargo commercial" imposé par les Etats-Unis et "pour soutenir les secteurs affectés."

Principal exportateur mondial d'huile d'olive, l'Espagne vend également de l'acier, des pièces automobiles détachées et des produits chimiques aux Etats-Unis. Mais elle est moins vulnérable que d'autres pays européens aux menaces de sanctions économiques émanant de l'administration Trump. En 2025, les Etats-Unis ont enregistré pour la quatrième année consécutive un excédent commercial avec l'Espagne, à hauteur de 4,8 milliards de dollars, selon des données gouvernementales américaines.

© MaxPPP

Donald Trump et Pedro Sanchez, lors d'un sommet de l'Otan, à Bruxelles, le 11 juillet 2018.

Guerre en Iran : le régime des mollahs frappe la CIA à Ryad

4 mars 2026 à 10:04

Parmi les frappes de drones lancées par l'Iran dans la région après l'attaque coordonnée des Etats-Unis et Israël samedi 28 février, l'une d'elles a atterri sur l'ambassade des Etats-Unis à Ryad en Arabie saoudite. Et selon le journal The Washington Post, une antenne de la CIA aurait alors été touchée. Si l'information venait à être confirmée officiellement cela "représenterait une victoire symbolique pour le régime des mollahs", écrit le quotidien, qui cherche à frapper les représentations américaines dans la région, au Qatar, en Arabie saoudite ainsi qu'aux Emirats arabes unis.

Dégâts matériels

Selon les informations du journal, deux drones se sont abattus sur le bâtiment, et plus précisément sur l'aile qui abrite la CIA. Si aucune victime n'est à déplorer, l'explosion a toutefois engendré de gros dégâts matériels, provoquant l'effondrement d'une partie du toit et un incendie. Une alerte interne du Département d'État obtenue par le Washington Post a ainsi déclaré que l'attaque du drone a "effondré" une partie du toit de l'ambassade et "contaminé" l'intérieur avec de la fumée. L'avis a déclaré que l'ambassade a subi des "dommages structurels" et que le personnel "continue de s'abriter sur place".

Néanmoins, l'étendue des dommages causés à l'agence, qui se trouvait au dernier étage de l'ambassade et est l'une des plus importantes de la région, n'est pas claire, poursuit le quotidien.

"Être pris pour cible fait partie du job"

Selon des sources proches de la CIA ou membres de la CIA elles-mêmes, la perte de cette station à Ryad n'est qu'une perturbation et cela n'affectera pas sa mission dans le pays car il existe des "solutions de contournement". "Être pris pour cible, ça fait partie du job", a déclaré un ancien officier qui a servi au Moyen-Orient. Et de poursuivre en déclarant que "la relation de liaison avec les autorités locales est si forte que je pense que les Saoudiens vont déployer le tapis rouge" pour accueillir le personnel de l'agence d'espionnage. Un autre ancien agent officier de la CIA a par ailleurs rapporté, toujours sous le couvert de l'anonymat, que "l'agence a déjà eu beaucoup d'expérience dans ce domaine au fil des ans... donc avoir une frappe de drone qui détruit le bureau est beaucoup moins perturbant que d'avoir une prise de contrôle d'une ambassade", comme cela s'est produit à Téhéran en 1979.

Depuis que les Etats-Unis et Israël ont mené des frappes contre l'Iran samedi, près de 1 250 missiles iraniens et des drones d'attaque auraient frappé le Koweït, le Qatar, Israël, les Emirats arabes unis et l'Arabie saoudite, visant des bases américaines mais aussi des cibles civiles. Mardi soir, le Pentagone a d'ailleurs publié les noms de quatre soldats américains tués dans une attaque de drone au Koweït dimanche. En outre, le Pentagone a annoncé ce mercredi que près de 2 000 frappes avaient été effectuées par les Américains en Iran, ajoutant que 17 navires iraniens, dont un sous-marin, ont été détruits. Selon le même communiqué, l'armée a par ailleurs assuré que les frappes des premières 24 heures étaient "deux fois" plus importantes que celles menées au début de l'invasion de l'Irak en 2003.

© REUTERS/Dado Ruvic/Illustration

Le logo de la CIA (Agence centrale de renseignement) et le drapeau américain apparaissent sur cette illustration prise le 6 mai 2025.

EN DIRECT. Guerre en Iran : un sous-marin américain coule un navire iranien au large du Sri Lanka

4 mars 2026 à 15:18

Israël et les Etats-Unis poursuivent, ce mercredi 4 mars, leurs bombardements incessants sur l'Iran pour une cinquième journée, visant notamment les sites de tirs de missiles, les défenses antiaériennes et les centres de commandement du régime des mollahs. Le conflit s'est aussi étendu au Liban, où Israël laisse planer la menace d'une intervention terrestre après des tirs du Hezbollah sur son territoire.

Malgré le ciblage méthodique des dirigeants iraniens, dont le Guide suprême Ali Khamenei tué dès samedi, l'Iran continue pour sa part de riposter en tentant de frapper Israël mais aussi des pays du Golfe accueillant des forces occidentales.

Les infos à retenir

⇒ Israël prévient que tout successeur à Ali Khamenei est destiné à être "éliminé"

⇒ Un missile tiré d'Iran qui visait la Turquie détruit par l’Otan

⇒ Emmanuel Macron convoque un nouveau Conseil de défense ce mercredi soir

17h55

"Le gouvernement iranien justifie la nécessité de sa chute", dit Kaja Kallas

Par ses actions, en attaquant de manière indiscriminée ses voisins, le gouvernement iranien justifie la nécessité de sa chute, dit la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, lors d'une visite à Varsovie. "La stratégie de l'Iran est de semer le chaos et de mettre la région en feu", dit-elle devant les journalistes.

17h30

L'"agression" israélo-américaine n'a laissé d'autre choix à Téhéran que de se défendre, déclare Masoud Pezeshkian

"Dirigeants respectés de nos pays amis et voisins, nous avons tenté d'éviter la guerre avec votre aide et par la voie diplomatique, mais l'attaque militaire américano-sioniste ne nous a laissé d'autre choix que de nous défendre", a déclaré sur X le président de l'Iran, Masoud Pezeshkian. "Nous respectons votre souveraineté et restons convaincus que la paix régionale doit être garantie par les pays de la région", a-t-il ajouté.

روسای محترم کشورهای دوست و همسایه ما کوشیدیم با کمک شما و از طریق دیپلماسی از جنگ اجتناب کنیم اما حمله نظامی آمریکایی صهیونی هیچ راه دیگری جز دفاع از خود برای ما باقی نگذاشت ما به حاکمیت شما احترام می‌گذاریم و هنوز هم معتقدیم آرامش منطقه باید به دست کشورهای منطقه تامین شود https://t.co/6s6dYepSmv

— Masoud Pezeshkian (@drpezeshkian) March 4, 2026

17h17

L'Iran a tort d'étendre la guerre à des pays qui ne l'ont pas attaqué, déclare la Pologne

Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a déclaré mercredi que l'Iran commettait des erreurs en étendant la guerre à des pays qui ne l'avaient pas attaqué, après que la Turquie a affirmé que les défenses aériennes de l'Otan avaient détruit un missile iranien qui se dirigeait vers l'espace aérien turc.

"L’Iran étend la guerre à des pays qui ne l’ont pas attaqué, à un pays de l’Otan et à un pays de l’UE. Comme le dit l’adage, c’est pire qu’un crime, c’est une erreur", a déclaré Sikorski après une réunion du Conseil des États de la mer Baltique.

16h10

Missile iranien tiré vers la Turquie : l'ambassadeur d'Iran à Ankara convoqué

La Turquie a convoqué mercredi l'ambassadeur iranien à Ankara à son ministère des Affaires étrangères pour lui faire part de sa protestation et de ses inquiétudes concernant un missile balistique tiré depuis l'Iran qui se dirigeait vers son espace aérien, a déclaré une source diplomatique turque.

15h13

L'UE s'inquiète de la flambée des prix de l'énergie provoquée par l'Iran

L'Union européenne a mis en garde ses États membres contre la flambée des prix du gaz provoquée par la crise iranienne, mais n'a constaté aucune menace immédiate sur les approvisionnements et n'a pas prévu de réponse d'urgence, ont déclaré des responsables à Reuters. Les marchés mondiaux du pétrole et du gaz ont été secoués par la guerre américano-israélienne contre l'Iran et par les attaques iraniennes au Moyen-Orient, interrompant la production de GNL qatari et les expéditions d'énergie via le détroit d'Ormuz.

Le prix de référence du gaz en Europe, le contrat néerlandais à terme du mois suivant sur le hub TTF TFMBMc1, a légèrement baissé mercredi, après avoir atteint des sommets en trois ans lors des échanges de mardi - culminant à 65,79 euros/MWh, soit plus du double des prix de la semaine dernière. La Commission européenne a fait part à ses membres, lors de visioconférences, de son inquiétude face à la flambée des prix du pétrole et du gaz, mais a affirmé qu'il n'y avait pas de risque immédiat pour les approvisionnements de l'UE, selon quatre responsables au fait des discussions.

La Commission a indiqué que, pour l'instant, l'UE ne prévoyait pas de mesures d'urgence en réponse.

15h10

Les États-Unis éliminent le chef iranien du complot visant à assassiner Trump

L'armée américaine a déclaré avoir tué un responsable iranien qui dirigeait une unité à l'origine d'un prétendu complot d'assassinat contre le président Donald Trump, mais que la cible n'était pas l'objectif initial de la guerre. "Le chef de l'unité qui a tenté d'assassiner le président Trump a été traqué et tué. L'Iran a essayé de tuer le président Trump, et c'est le président Trump qui a eu le dernier mot", a déclaré le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, lors d'un point de presse.

"Bien que cela n'ait absolument pas été l'objectif principal de cette opération – en fait, ni le président ni personne d'autre n'en ait jamais parlé –, je me suis assuré, et d'autres se sont assurés, que les responsables de cela figurent finalement sur la liste des personnes visées", a déclaré Hegseth aux journalistes. Pete Hegseth n'a pas nommé la personne, mais a indiqué que l'opération avait eu lieu hier.

13h55

L'armée américaine a frappé un navire militaire iranien au large du Sri Lanka

L'armée américaine a mené une frappe contre un bâtiment de guerre iranien au large des côtes du Sri Lanka, ont déclaré ce mercredi à Reuters trois responsables américains.

L'un des responsables, qui s'exprimait sous le sceau de l'anonymat, a précisé que l'attaque avait été menée par un sous-marin américain.

13h40

Israël ordonne l'évacuation d'une vaste zone du sud du Liban

Israël a ordonné ce mercredi l'évacuation d'une partie du sud du Liban, y compris la ville de Tyr, demandant aux habitants de se déplacer au nord du fleuve Litani, au troisième jour d'hostilités avec le Hezbollah, le groupe libanais soutenu par l'Iran.

Alors qu'Israël avait déjà averti les habitants de dizaines de villages du sud de quitter le pays, l'ordre d'évacuation de mercredi est plus large, couvrant une zone située entre la frontière et le fleuve Litani, qui se jette dans la Méditerranée à environ 10 kilomètres au nord de Tyr, une ville portuaire historique et l'une des plus grandes du Liban.

Le Liban est devenu un théâtre d'opérations majeur dans la guerre qui ravage la région depuis l'attaque menée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran. Lundi, le Hezbollah a lancé des drones et des roquettes sur l'Etat hébreu, provoquant une riposte israélienne qui a fait des dizaines de morts. Plusieurs milliers de Libanais ont déjà fui leurs foyers. Le porte-parole de Tsahal Effie Defrin a déclaré que l'armée israélienne avait attaqué plus de 250 cibles du Hezbollah au Liban en l'espace de 48 heures.

12h50

La Turquie affirme que les défenses de l'Otan ont détruit un missile tiré d'Iran

Les systèmes de défense antiaérien et antimissile de l'Otan stationnés en Méditerranée orientale ont détruit un missile balistique tiré d'Iran alors qu'il pénétrait dans l'espace aérien turc après avoir survolé la Syrie et l'Irak, a déclaré mercredi le ministère turc de la Défense.

C'est la première fois que la Turquie, membre de l'Otan et voisine de l'Iran, est impliquée dans le conflit grandissant entre Téhéran et les États-Unis et Israël, qui touche désormais plusieurs pays de la région.

"Nous mettons en garde toutes les parties contre toute action susceptible d'aggraver le conflit dans la région. Dans ce contexte, nous poursuivrons nos consultations avec l'Otan et nos autres alliés", a déclaré le ministère, précisant qu'il n'y avait ni morts ni blessés. "Toutes les mesures nécessaires à la défense de notre territoire et de notre espace aérien seront prises avec résolution et sans hésitation. Nous rappelons à toutes les parties que nous nous réservons le droit de répondre à toute action hostile contre notre pays", a-t-il ajouté.

Ankara a déclaré que des débris du missile de défense antiaérien qui a intercepté le missile balistique sont tombés dans le district de Dortyol, dans la province de Hatay, au sud-est de la Turquie.

12h20

L'hommage national pour Ali Khamenei prévu ce mercredi soir à Téhéran est "reporté"

"La cérémonie d’adieu à la mosquée de Téhéran a été reportée et un nouveau programme sera communiqué ultérieurement", a annoncé ce matin l’agence de presse d'Etat Tasnim.

11h55

Emmanuel Macron convoque un nouveau Conseil de défense et de sécurité

La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a annoncé ce matin lors du compte rendu du Conseil des ministres qu'Emmanuel Macron avait convoqué pour ce mercredi soir un nouveau Conseil de défense et de sécurité à l'Elysée.

EN DIRECT | Compte rendu du Conseil des ministres du 4 mars 2026. https://t.co/VFgk5U9znB

— Élysée (@Elysee) March 4, 2026

11h00

L'Iran sur le point de choisir un nouveau Guide suprême ?

L'Iran est sur le point de choisir un nouveau Guide suprême pour remplacer l'ayatollah Ali Khamenei, a déclaré ce mercredi à la télévision d'État un membre de l'Assemblée des experts iraniens, chargée de choisir le nouveau dirigeant.

"Le Guide suprême sera identifié dès que possible, nous sommes proches d'une conclusion, cependant le pays est en situation de guerre", a déclaré l'ayatollah Ahmad Khatami à la télévision d'État.

10h40

Au moins 101 personnes sont portées disparues après une attaque de sous-marin contre un navire iranien au large du Sri Lanka

Au moins 101 personnes sont portées disparues et 78 blessées après une attaque de sous-marin contre un navire iranien au large des côtes du Sri Lanka, ont indiqué mercredi à Reuters des sources au sein de la marine et du ministère de la Défense sri-lankais.

10h10

Un F-35 israélien a abattu un avion de chasse iranien au-dessus de Téhéran

"Un avion impressionnant (F-35I) de l’armée de l’air israélienne a abattu il y a peu un avion de chasse iranien (YAK-130) au-dessus du ciel de Téhéran", a annoncé Tsahal dans un communiqué publié sur Telegram. "C’est la première interception au monde d’un avion de chasse piloté par un F-35", se félicite le porte-parole de l'armée israélienne cité dans le communiqué.

09h30

Pedro Sanchez répond à Donald Trump : "On ne peut pas jouer à la roulette russe avec le destin de millions de personnes"

L'Espagne est opposée au "désastre" de la guerre en cours au Moyen-Orient, a déclaré ce mercredi le Premier ministre Pedro Sanchez, suite aux menaces du président Donald Trump de couper les échanges commerciaux avec Madrid en raison de sa position sur le conflit.

"C’est ainsi que commencent les grandes catastrophes de l’humanité… On ne peut pas jouer à la roulette russe avec le destin de millions de personnes", a déclaré le chef du gouvernement dans une allocution télévisée à la nation. Les tensions entre les deux alliés de l'Otan se sont accrues après que Pedro Sanchez a dénoncé les bombardements américains et israéliens sur l'Iran, et a par la suite interdit aux avions américains d'utiliser les bases navales et aériennes du sud de l'Espagne pour l'offensive contre Téhéran.

08h50

La France prévoit des vols de rapatriement ce mercredi

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a déclaré ce matin que plusieurs vols de rapatriement pour les ressortissants français au Moyen-Orient étaient prévus aujourd'hui.

"L’un partira des Émirats arabes unis, un autre d’Égypte… et un autre d’Israël", a déclaré le ministre sur France 2. Jean-Noël Barrot n'a pas précisé le nombre de passagers à bord de ces vols. Environ 400 000 ressortissants français se trouvent actuellement dans la région.

08h40

Israël prévient que tout successeur à Ali Khamenei est destiné à être "éliminé"

Dans un message posté sur X, le ministre de la Défense israélien Israël Katz prévient Téhéran que, "peu importe son nom ou son lieu de refuge", tout futur dirigeant iranien sera une "cible à éliminer".

"Tout dirigeant nommé par le régime terroriste iranien pour poursuivre le plan visant à détruire Israël, à menacer les États-Unis, le monde libre et les pays de la région, et à opprimer le peuple iranien, sera sans aucun doute une cible à éliminer", a annoncé le ministre.

כל מנהיג שימונה ע"י משטר הטרור האיראני כדי להמשיך ולהוביל את התוכנית להשמדת ישראל, לאיים על ארה"ב והעולם החופשי ומדינות האזור, ולדכא את העם האירני - יהיה יעד חד משמעי לחיסול.

לא חשוב מה שמו והמקום בו יסתתר.

רה"מ ואני הנחינו את צה"ל להיערך ולפעול בכל האמצעים למימוש המשימה כחלק…

— ישראל כ”ץ Israel Katz (@Israel_katz) March 4, 2026

08h15

Le Sri Lanka a secouru 30 personnes à bord d'un navire iranien en détresse

L'armée sri-lankaise a secouru ce mercredi au moins 30 personnes à bord d'un navire iranien qui coulait près des eaux sri-lankaises, a déclaré le ministre des Affaires étrangères du pays au Parlement.

La marine sri-lankaise a dépêché une mission de sauvetage après un appel de détresse provenant d'un navire iranien, a déclaré un porte-parole du ministère de la Défense. Les médias locaux ont rapporté que le navire avait lancé un signal de détresse au large de Galle, dans le sud du pays, et que les blessés avaient été admis dans un hôpital de Galle.

07h30

Les Iraniens rendront un dernier hommage au Guide suprême Khamenei ce mercredi

Les Iraniens doivent faire leurs adieux au Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, lors d'une cérémonie qui se tiendra ce mercredi à 22 heures (heure locale) sur le terrain de prière Imam Khomeini de Téhéran, ont rapporté les médias d'État. La cérémonie durera trois jours, a-t-on indiqué.

07h00

Liban : au moins quatre morts dans une frappe israélienne au Liban

Au moins quatre personnes ont été tuées et six autres blessées dans une frappe israélienne contre un immeuble résidentiel de la ville de Baalbek, dans l'est du Liban, a rapporté mercredi l'agence de presse libanaise NNA. Le Liban est depuis le début de la semaine une nouvelle cible de la campagne militaire israélienne, le Hezbollah ayant ouvert le feu avec des drones et des missiles après l'attaque américano-israélienne menée samedi contre l'Iran.

L'armée israélienne a déclaré mardi avoir déployé des forces supplémentaires dans le sud du Liban pendant la nuit, afin de prendre des positions défensives pour se prémunir contre toute attaque potentielle du Hezbollah. L'armée israélienne a ainsi émis mercredi des ordres d'évacuation dans 16 villages libanais. De son côté, le Hezbollah a déclaré mercredi que ses combattants avaient lancé une salve de roquettes sur les forces israéliennes en représailles aux frappes ayant visé des dizaines de villes au Liban.

06h30

Israël annonce avoir mené de nouvelles frappes sur "des dizaines" de cibles à Téhéran

Tôt ce mercredi, l'armée israélienne a annoncé avoir mené de nouvelles frappes, sur "des dizaines" de cibles à Téhéran. Tsahal a dit avoir visé "des sites de lancement, des systèmes de défense antiaérien et d’autres infrastructures". Elle avait annoncé plus tôt avoir visé un centre militaire souterrain secret dans la région de Téhéran, détruisant "un élément clé de la capacité du régime iranien à développer des armes atomiques ".

06h15

2 000 frappes effectuées par les Etats-Unis en Iran

Dans la nuit de mardi à mercredi, de nouveaux bombardements ont visé l'Iran, en provenance d'Israël et des Etats-Unis. Au total, près de 2 000 frappes ont été effectuées par les Américains en Iran, a indiqué mardi le Pentagone, ajoutant que 17 navires iraniens, dont un sous-marin, ont été détruits. Selon le même communiqué, l'armée a par ailleurs assuré que les frappes des premières 24 heures étaient "deux fois" plus importantes que celles menées au début de l'invasion de l'Irak en 2003. En outre, l'assaut américain contre l'Iran était en avance sur le calendrier, a déclaré le haut commandant américain pour le Moyen-Orient.

06h00

Le ministère de la Défense saoudien a annoncé l’interception de deux missiles et de neuf drones

Le ministère de la Défense d'Arabie saoudite a déclaré mercredi qu'il avait intercepté et détruit neuf drones et deux missiles, notamment dans la province orientale du pays. Le ministère n'a pas immédiatement fourni plus de détails sur l'origine du drone ou si l'incident a causé des dommages ou des victimes.

© REUTERS

Un missile tiré d’Iran, qui se dirigeait vers l’espace aérien turc, a été détruit par les systèmes de défense de l’Otan basés en Méditerranée orientale.

Iran, Venezuela, Syrie... Vladimir Poutine, le pire allié du monde

4 mars 2026 à 07:30

Avant de rendre son dernier souffle, Ali Khamenei a peut-être eu une pensée pour son ami Vladimir Poutine. Drôle d’ami, qui n’aura pas bougé un petit doigt pour le sauver. Tout juste a-t-il présenté ses "plus sincères condoléances", déplorant "une violation cynique de toutes les normes de la morale humaine et du droit international". C’est sûr, le président russe en connaît un rayon sur ces questions.

Depuis une décennie, l’aspirant tsar et l’ayatollah affichaient leur proximité, unis dans leur haine de "l’Occident collectif" et leur croisade contre les sanctions. En janvier 2025, les deux pays avaient conclu un nouveau partenariat stratégique, signé à Moscou sous les dorures du Kremlin. Trois ans plus tôt, la République islamique volait au secours de Vladimir Poutine dans sa guerre contre l’Ukraine. D'abord en conseillant le Kremlin pour s’adapter – et contourner – les sanctions occidentales. Ensuite, en lui fournissant une précieuse aide militaire.

Dès 2022, l’Iran livre à l’armée russe des drones Shahed par milliers. Des aéronefs bon marché, capables de voler jusqu’à 2 500 kilomètres. Redoutables pour cibler les infrastructures et les civils ukrainiens. Conquis par cette technologie, le gouvernement russe signe en 2023 un accord de 1,75 milliard de dollars autorisant la Russie à les importer, mais aussi à développer les capacités pour les produire localement. Trois ans plus tard, elle maîtrise jusqu’à 90 % de leur fabrication.

Clause d'assistance mutuelle

Ainsi Vladimir Poutine dispose-t-il de ses "alliés", exactement comme de ses soldats envoyés au hachoir à viande en Ukraine : des consommables. Après la Syrie et le Venezuela, l’Iran en fait les frais, pour la seconde fois en quelques mois. En juin 2025, au lendemain des frappes aériennes américaines et israéliennes contre les installations nucléaires iraniennes, la Russie s’était contentée de dénoncer un acte d’"agression non provoquée" sans "fondement ni justification"… mais sans apporter la moindre aide militaire. La Russie n’en a, semble-t-il, ni les moyens ni la volonté. "Moscou a besoin de ses systèmes de défense antiaérienne S-400 pour sa guerre contre l’Ukraine, précise la chercheuse Nicole Grajewski, associée au Centre de recherches internationales de Sciences Po. Si la situation venait à empirer, les Iraniens pourraient se tourner vers les Russes, pour récupérer par exemple certains des missiles balistiques à courte portée qu’ils ont livrés à la Russie et qui n'ont pas été utilisés. Reste à savoir la réponse qu’ils auront."

Rien n’oblige Moscou à épauler son "camarade". Le partenariat stratégique conclu en décembre ne comprend aucune clause d’assistance mutuelle. Et l’accord secret de 500 millions d’euros que Téhéran aurait signé dans la foulée avec Moscou pour acquérir des milliers de missiles portables MANPADS à partir de 2027 n’y change rien.

L’Iran n’est pas le premier pays à éprouver les limites de l’amitié russe, notait dès juillet 2025 la chercheuse Elena Davlikanova dans une note pour l’Atlantic Council. "Il suffit de demander à l’Arménie, qui a été laissée sans le soutien du Kremlin ces dernières années face à l’escalade des hostilités avec l’Azerbaïdjan. En tant que membre fondateur de l’Organisation du traité de sécurité collective, dirigée par la Russie, et allié de longue date de Moscou, l’Arménie comptait sur l’appui russe, mais n’a rien reçu. Une situation similaire s’est produite en Syrie à la fin de l’année dernière, lorsque le régime d’Assad, soutenu par le Kremlin, s’est effondré en l’espace de quelques jours. Une fois encore, la Russie a refusé de s’impliquer directement et a choisi de ne pas fournir à son allié le soutien militaire dont il avait désespérément besoin. Au lieu de cela, la principale contribution de Moscou a été d’offrir l’asile au dirigeant syrien déchu."

Les vrais-faux amis de Moscou

Quant à ceux qui ont eu "droit" au déploiement militaire russe, ils ne s’en portent guère mieux, bien au contraire. En témoigne l’état des pays sahéliens qui ont contracté avec le groupe paramilitaire Wagner, devenu Africa Corps, officiellement pour combattre les groupes djihadistes sur leur territoire. Au Mali, le bilan est catastrophique. "Les forces du groupe Wagner ont été incapables de prendre le contrôle des zones du nord et du centre du pays, où des groupes terroristes et séparatistes armés contestent l’autorité de l’État malien, rapporte une étude de l’ONG américaine The Sentry publiée en août dernier. Les attaques contre les civils et les décès parmi ces derniers ont considérablement augmenté depuis l’arrivée du groupe Wagner au Mali, ce qui, à son tour, a gravement compromis les relations entre l’armée et le public maliens." Le tout pour une facture exorbitante. Le "partenariat" sécuritaire avec la Russie aurait coûté la bagatelle de 900 millions de dollars à Bamako en quatre ans, selon une récente enquête de Jeune Afrique.

Ni le Mali, ni le Niger ni le Burkina Faso, tous les trois dirigés par des juntes prorusses, ne semblent prêts à sacrifier ce partenariat, si boiteux soit-il. Tant que ce dernier leur garantit la pérennité de leur régime. "Quand le régime iranien a été ébranlé au début de l’année par des manifestations de masse, les Russes l’ont aidé à censurer Internet et à brouiller Starlink, rappelle Nicole Grajewski. Les relations entre la Russie et l'Iran restent guidées par leur désir commun d’assurer à tout prix la survie de leur régime." Vladimir Poutine n’a peut-être pas dit son dernier mot, d’autant qu’il a investi en Iran pour exploiter pétrole et gaz et construire quatre réacteurs nucléaires, et qu’il compte sur ce pays pour construire son corridor nord sud, cette route ferroviaire et navale censée relier la Russie et l’Inde via l’Iran. "Les prochaines initiatives du Kremlin seront vraisemblablement calibrées pour préserver sa crédibilité en tant que partenaire contre-occidental, tout en évitant d'être entraîné dans un second conflit de haute intensité", présage dans une note, parue le 2 mars, Grégoire Roos, directeur des programmes Europe, Russie et Eurasie à la Chatham House.

Pour l’heure, le Kremlin profite des avantages que lui offre cette guerre. Non seulement l’attention mondiale est détournée du front ukrainien, mais des moyens militaires destinés à Kiev pourraient être détournés vers le Moyen-Orient. Surtout, le cours du pétrole s’envole : le baril pour le Brent de mer du Nord atteint lundi 2 mars au matin un peu plus de 80 dollars, en hausse de 13 %. Une excellente nouvelle pour les caisses de l’État russe. L’an dernier, les recettes pétrolières et gazières de la Russie ont reculé de près de 25 %.

© REUTERS

Vladimir Poutine, le 26 février 2026 à Moscou.

Donald Trump face à l’Iran : le bras de fer qui peut bouleverser l’ordre mondial

4 mars 2026 à 05:45

Trente-six ans d’un règne sanguinaire pulvérisé en seulement deux heures. A 6 heures du matin, ce samedi 28 février, au moment où les chasseurs de l’Israeli Air Force décollent de leur base, Ali Khamenei ne sait pas encore qu’il vit ses ultimes moments à la tête de l’Iran. Les services de renseignement de la CIA et du Mossad, qui traquaient depuis des mois ses moindres faits et gestes, ont obtenu l’information d’une imprudente réunion secrète en présence du Guide suprême.

Les deux plus grandes agences de renseignements au monde vont offrir sur un plateau l’ennemi numéro 1 d’Israël. A 9 h 40, à Téhéran, les missiles à longue portée claquent en plein cœur du quartier Pasteur, tuant l’ayatollah et plusieurs hauts membres de l’État-major iranien. "Pour Netanyahou, le Premier ministre israélien, le rêve est brusquement devenu réalité", estime Danny Citrinowicz, chercheur à l’Institut for national security studies, à Tel-Aviv.

Des scènes de liesse

Dans les premières heures, alors même que la mort du Guide suprême n’est pas encore officialisée par l’Iran, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre dans tout le pays. Sur les réseaux sociaux fleurissent des scènes de liesse qui contrastent avec le fracas des bombes - le Pentagone a pilonné plus de 1 250 cibles dans les premières quarante-huit heures du conflit. Pour cela, l’armée américaine a déployé deux groupes aéronavals, équipés de chasseurs de dernière génération. Une "invincible armada", sans équivalent depuis la guerre en Irak en 2003. Historiques par leur ampleur, les opérations "Fureur épique" (du côté américain) et "Rugissement du lion" (du côté israélien) le sont aussi par leur portée.

Cinq jours après son déclenchement, personne ne sait jusqu’où cette guerre entraînera le monde, mais une chose est sûre, l’Histoire retiendra le 28 février 2026 comme celui qui a mis fin à trois décennies d’un pouvoir absolu : celui du Guide suprême qui aura transformé la République islamique, née en 1979, en une théocratie ultra-militarisée, verrouillée par les Gardiens de la révolution. "N’ayant pas l’autorité religieuse de son prédécesseur, Rouhollah Khomeini, il s’est appuyé sur l’appareil militaire pour consolider son pouvoir", rappelle Abbas Milani, directeur du programme d'études iraniennes à l'université Stanford, qui expose sans détour l’héritage funeste de Khamenei et la manière dont il a consolidé les piliers stratégiques du régime : "le programme nucléaire, la création des proxys (Hezbollah, Hamas, houthistes), l’inscription de la destruction d’Israël parmi les objectifs stratégiques à long terme, et le refus de dialoguer directement avec les États-Unis".

En Iran, Khamenei a aussi inlassablement durci les restrictions visant les femmes dans l’espace public, renforçant la redoutable police des mœurs malgré l’élan du mouvement "Femme, Vie, Liberté", né après la mort de Mahsa Amini, en 2022. C’est encore lui qui a réprimé dans le sang le mouvement parti des bazars, déclenché par une crise économique aiguë, une inflation galopante et une dévaluation du rial, causant plusieurs dizaines de milliers de morts, en janvier dernier.

Sur le terrain, les stratèges américains et israéliens savent donc pertinemment que le régime des mollahs fait face à un cycle quasi ininterrompu de soulèvements depuis le "Mouvement vert" de 2009, apparu après la réélection controversée de l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad. Et que ces vagues révolutionnaires ne s’arrêteront pas. Washington et Tel-Aviv ont donc fait le pari de s’appuyer sur cette fracture persistante, convaincus, comme l’affirme Donald Trump, que le peuple doit "reprendre son destin en main".

Quelques jours avant la mort du Guide suprême, dans un nouvel élan de courage inouï, les étudiants des principales universités du pays sont de nouveau descendus dans la rue, scandant des slogans hostiles au régime et brûlant des drapeaux de la République islamique. "Cette conjonction a créé pour les Américains et les Israéliens ce qui peut être perçu comme une fenêtre d’opportunité : agir à un moment où la contestation interne reprend de l’ampleur", pointe David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique.

Un triumvirat pour assurer la transition

Mais face au déluge du feu américain et israélien - du jamais-vu entre les deux alliés -, Téhéran n’a pas courbé l’échine. Un triumvirat, composé du président Masoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejeï et de l’ayatollah Alireza Arafi est déjà aux affaires pour assurer la transition avant la désignation, par l’Assemblée des experts - composée de 88 religieux chiites - d’un successeur dans les prochains jours. "Le régime est faible, mais il est résilient et ne va jamais se rendre ou capituler. Le temps joue en sa faveur", juge Danny Citrinowicz, fin connaisseur du dossier iranien.

À ce jour, deux scénarios se dessinent. Une première option fait craindre un maintien du régime et une nouvelle répression si la population venait à répondre aux appels à l'insurrection du président américain. La seconde, redoutée par certains spécialistes, est la prise de contrôle de l’État par le pouvoir militaire, offrant "un nouveau Guide suprême comme symbole à des millions d’Iraniens conservateurs, mais dont le pouvoir serait fermement détenu par le corps des Gardiens de la révolution islamique", écrit l’expert Jonathan Panikoff sur le site de l’Atlantic Council. Et que cette solution, aux allures de scénario vénézuélien séduise Trump. "Le régime reste, mais avec à sa tête des 'mous', prêts à accepter les conditions américaines", illustre Bernard Haykel, grand spécialiste du Moyen-Orient à l’université Princeton et chroniqueur à L'Express. Le locataire de la Maison-Blanche avait d’ailleurs "trois noms" en tête pour diriger l’Iran. Problème : "l’attaque a été si efficace qu’elle a éliminé la plupart des candidats. Il ne s’agira d’aucun de ceux auxquels nous pensions, car ils sont tous morts", s’emporte le président américain sur la chaîne ABC.

Les doutes des stratèges américains

Même sans le nom de "l’heureux" élu, Donald Trump a pris la décision de politique étrangère la plus spectaculaire de ces vingt-cinq dernières années : une intervention massive, qui prévoit de mettre le régime à genoux en moins de "quatre semaines", torpillant les négociations en cours sous l’égide d’Oman. Un optimisme qui a suscité des doutes profonds de la part des stratèges américains, à commencer par le chef d’état-major américain, le général Dan Caine, qui a mis en garde Donald Trump contre les risques d’une telle aventure, notamment en "pertes humaines" et en "épuisement des défenses aériennes". Et pour cause : déjà six morts du côté de l’armée américaine - et 555 Iraniens, selon le Croissant Rouge -, et des buts de guerre toujours aussi flous.

"On n’a jamais changé de régime en se contentant de bombarder des ministères ou des casernes", rappelle l’essayiste Brice Couturier auteur de l’ouvrage 1979. Le grand basculement du monde​​. Tandis que les frappes s’intensifient sur l’Iran, une question se pose avec de plus en plus d’acuité : quelle est l’étape d’après ? Le sujet agite de plus en plus les politiciens américains, notamment démocrates, ulcérés que cette opération ait été décidée sans l’aval du Congrès. Conscient que la grogne monte, le Secrétaire à la guerre, Pete Hegseth s’est fendu d’une conférence de presse, ce 2 mars, pour couper court aux inquiétudes d’une population, dont seule une minorité (27%) soutient l’intervention, selon un sondage Reuters/Ipsos, réalisé avant l’annonce des premiers morts américains.

L'Iran ne doit pas être un bourbier

Surtout, il fallait rassurer les Américains sur un point essentiel : l’Iran ne sera pas un bourbier pour le Pentagone. "Ce n'est pas l'Irak. Ce n'est pas interminable", a assuré Hegseth. "Trump a besoin d’une victoire rapide, avance le politologue Gilles Kepel. Il ne peut pas se permettre un conflit qui s’éternise, du fait de l’approche des élections de mi-mandat. Sa base Maga a voté contre les opérations extérieures aura du mal à comprendre comment on peut dépenser une fortune pour ces interventions".

De fait, les détracteurs du président n’ont pas manqué d’exhumer ce qu’il écrivait sur X, le 11 novembre 2013 : "N'oubliez pas que j'avais prédit il y a longtemps que le président Obama attaquerait l'Iran en raison de son incapacité à négocier correctement - il n'est pas compétent !" Ou, le 6 novembre 2024, après sa victoire électorale : "Je ne déclencherai pas de guerres. Je vais arrêter les guerres". En réalité, Donald Trump, le "faiseur de paix", a ordonné plus de frappes en 14 mois depuis son retour à la Maison-Blanche que son prédécesseur, Joe Biden, durant tout son mandat. Mais l’homme n’est pas à une contradiction près. "La politique des Etats-Unis a toujours été que ce régime terroriste ne pourra jamais posséder d’arme nucléaire", a-t-il déclaré le 28 février pour justifier le déclenchement des frappes. Or, Donald Trump a toujours affirmé avoir "anéanti" le programme nucléaire iranien. Pourquoi, alors, s’attaquer à un programme qu’il aurait déjà détruit ?

Et que penser de la volonté du président américain de voir les Gardiens de la révolution et la police iranienne "fusionner pacifiquement avec les patriotes iraniens et œuvrer ensemble pour rendre au pays la grandeur qu’il mérite" ? Comme si les bourreaux des 8 et 9 janvier pouvaient fraterniser avec leurs victimes. Il n’y a que dans le film de Jafar Panahi, Un simple accident, qu’un tortionnaire est capable d’un tel geste…

Le "pari géopolitique" de Trump paraît donc mal engagé. "C’est normal, car il n’a aucune cohérence", tranche Jacob Heilbrunn, directeur de la revue The national Interest. Enhardi par ses succès militaires, dont l’enlèvement spectaculaire du président vénézuélien, la nuit du 2 janvier, "le sentiment d’hyperpuissance de Trump confine de plus en plus à la mégalomanie, ajoute-t-il. Il joue sa présidence aux dés, mais il pourrait finir par perdre sa mise." Car Donald Trump montre la même faiblesse que devant Vladimir Poutine : il est pressé. "Si le régime ne tombe pas ou ne change pas, et qu’au contraire il s’endurcit en faisant exploser le prix du pétrole, alors Trump prendra une énorme leçon, comme d’autres présidents américains avant lui, à l’image d’un George W. Bush qui croyait que la guerre en Irak en 2003 serait rapide", prédit Bernard Haykel. Mais Trump en sortirait-il alors perdant. Pas forcément : "Il est parfaitement capable de dire 'On a tué Khamenei, c’est une victoire totale, maintenant on arrête'", poursuit ce spécialiste.

C’est la plus grande inquiétude pour les Occidentaux, mais aussi pour les pays du Golfe, sortis contre leur gré de leur léthargie sécuritaire. Les conséquences d’un retrait américain seraient incalculables : elles pourraient laisser un pays multiconfessionnel à feu et à sang, comme en Libye, et provoqueraient une nouvelle bataille énergétique mondiale. À moins que le locataire de la Maison-Blanche, qui se targue d’avoir "mis fin à huit guerres en huit mois", ne décide, dans un coup de théâtre dont lui seul a le secret, de déployer des troupes en Iran. Hautement improbable jusqu’ici, cette éventualité "ne lui donne pas le trac", a-t-il lâché ce 2 mars. Bluff ou vertige du pouvoir ? Rien n’est plus périlleux qu’un chef de guerre enivré par sa propre audace.

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Washington et Tel-Aviv ont donc fait le pari de s’appuyer sur cette fracture persistante, convaincus, comme l’affirme Donald Trump, que le peuple doit "reprendre son destin en main".

Ali Larijani, dirigeant pragmatique et fidèle soutien de Khamenei, nouvel homme fort de l'Iran

3 mars 2026 à 21:15

Il a longtemps été l'homme pragmatique du régime des mollahs, celui ouvert aux discussions et aux négociations. Pourtant, lundi, c'est sa voix qui s'est violemment opposée aux États-Unis de Donald Trump. "L'Iran, contrairement aux États-Unis, s'est préparé à une longue guerre", a écrit Ali Larijani dans une série de publications sur X. Accusant Donald Trump d'avoir "plongé la région dans le chaos" et de faire "une fois de plus payer le prix de son culte de la personnalité aux soldats et à leurs familles américaines", il a fermé la porte à toute négociation avec les États-Unis.

Trump's wishful thinking has dragged the whole region into an unnecessarily war and now he is rightly worried about more American casualties. It is indeed very sad that he is sacrificing American treasure and blood to advance Netanyahu's illegitimate expansionist ambitions. https://t.co/b11I6cNb6I

— Ali Larijani | علی لاریجانی (@alilarijani_ir) March 2, 2026

Après l'assassinat d'Ali Khamenei dans un bombardement américain et de plusieurs dizaines de dignitaires iraniens, Ali Larijani est la nouvelle figure du régime des mollahs, en attendant qu'un nouveau chef d'État soit désigné. Fidèle proche de l'ayatollah, il avait été choisi par le chef de l'État lui-même pour prendre son relais s'il venait à mourir. Secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale jusque-là, il était alors chargé de la protection de la République islamique face aux attaques militaires. Donald Trump pourrait s'appuyer sur lui pour préparer la suite du régime.

Une position fragilisée

Né dans l'une des plus grandes familles cléricales du pays à Amol, dans la province de Mazandaran, au nord de Téhéran, à une vingtaine de kilomètres de la mer Caspienne, Ali Larijani entreprend des études de mathématiques et de philosophie continentale, avant d'être diplômé du séminaire de Qom, comme Khamenei. Ancien président du Parlement iranien entre 2008 et 2020, passé notamment par la tête de la radio et de la télévision d'État entre 1994 et 2004, l'homme de 67 ans commence sa carrière auprès des Gardiens de la révolution, dont il a été commandant.

S'il est l'un des personnages les plus puissants de l'Iran depuis son retour aux affaires en 2025, en étant nommé à la tête du Conseil suprême de la sécurité nationale, poste qu'il avait déjà occupé entre 2004 et 2007, sa place politique avait été fragilisée ces dernières années par le Conseil des gardiens. Fort de son expérience de président du Parlement iranien, qu'il a exercée pendant douze ans, il avait pourtant vu sa candidature à la présidentielle disqualifiée à deux reprises, en 2021 et en 2024. Si le Conseil des gardiens n'a jamais donné de justification, la présence de sa fille aux États-Unis, sa proximité avec l'ancien président Hassan Rouhani ou encore sa position en faveur de l'accord sur le nucléaire de 2015 sont des hypothèses.

Alors que les futurs dirigeants potentiels pour l'Iran sont peu nombreux, son profil ressort particulièrement, et pour cause : chargé de superviser les négociations nucléaires avec les États-Unis, interrompues par le bombardement américain samedi, il est un fidèle de l'ayatollah, et plus largement, du régime des mollahs. Conservateur dans ses positions, attaché aux valeurs idéologiques de la révolution de 1979, il a pourtant l'image d'un homme politique pragmatique, n'hésitant pas à épouser des positions plus modérées pour faire avancer certaines négociations.

Une opposition interne ?

Mais face aux États-Unis et à Israël, les choses risquent de se compliquer. S'il a déjà annoncé son refus catégorique de négocier avec les États-Unis, il est même visé par des sanctions de Washington pour son rôle dans la répression sanglante des mouvements de manifestation dans le pays en janvier dernier. Mais son positionnement pragmatique pourrait justement permettre de faire avancer les sujets épineux. Le mois dernier, il n'hésitait pas à considérer la question des négociations sur le nucléaire "résolue" à la télévision d'État d'Oman. "Si la préoccupation des Américains est que l'Iran ne devrait pas s'orienter vers l'acquisition d'une arme nucléaire, cela peut être abordé", avançait-il par la même occasion.

Finalement, la plus grande opposition que pourrait rencontrer Ali Larijani pourrait être au sein même du pays. Ne pouvant prendre la succession d'Ali Khamenei, n'ayant pas les références de clerc supérieur pour le poste de Guide suprême, il pourrait se voir opposé aux Gardiens de la révolution, véritable État dans l'État, qui l'ont longtemps considéré comme un adversaire politique. Il pourrait aussi se voir mis de côté par le triumvirat intérimaire, qui a pris la suite de Khamenei le temps d'assurer la transition, composé du président Massoud Pezeshkian, de l'ayatollah Ali Reza Arafi, dignitaire religieux chiite, et du chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï. Un trio dominé par des clercs adeptes de la ligne dure, aux yeux desquels Ali Larijani pourrait être vu comme un modéré.

© via REUTERS

Ali Larijani lors d'une conférence de presse après s'être inscrit en tant que candidat à l'élection présidentielle, à Téhéran, le 31 mai 2024.

Pour sortir de la guerre, l'Iran pourrait proposer un "accord de rêve" aux États-Unis

3 mars 2026 à 19:22

Les négociations étaient pourtant ouvertes entre les deux pays. Alors que les États-Unis et l'Iran discutaient depuis plusieurs mois pour trouver un accord sur la question du nucléaire iranien, les deux parties s'étaient de nouveau rencontrées jeudi 26 mars à Genève. Selon Oman, pays médiateur, l'Iran avait même accepté de renoncer au stockage d'uranium enrichi alors que Donald Trump le réclamait justement. Puis Téhéran a été bombardé, tuant l'ayatollah Khamenei, à la tête du pays depuis 1989 et plusieurs dizaines de hauts-dignitaires iraniens. Depuis, la région s'est embrasée et les missiles pleuvent sur les pays de la région.

Paradoxalement, le président américain ne ferme pas la porte à des discussions. Selon CNBC, Donald Trump a affirmé que les dirigeants iraniens "veulent parler", ce qu'il aurait accepté. Une option que semble confirmer le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, qui aurait confié à son homologue omanais que l'Iran était ouvert à des efforts pour éviter toute nouvelle escalade de violence. D'autant que Donald Trump n'a aucun intérêt à faire durer la guerre en Iran à l'approche des élections de midterm, la population américaine voyant d'un mauvais œil cette nouvelle intervention au Moyen-Orient.

"L'Iran, contrairement aux États-Unis, s'est préparé à une longue guerre"

Après la mort d'Ali Khamenei et le temps que l'Assemblée des experts, l'organisme clérical chargé de choisir un nouveau chef d'État selon la Constitution iranienne, se décide, le nouvel homme fort du pays semble être Ali Larijani. Secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, qui décide des politiques internationales et de défense, il avait été désigné par Khamenei pour prendre le relais s'il venait à mourir. En l'absence des principaux ministres iraniens, également tués dans des bombardements, l'ancien président de l'assemblée consultative islamique a désormais les mains libres pour négocier avec les Américains.

Pour le moment, l'Iran reste ferme sur ses positions et refuse de négocier. "L'Iran, contrairement aux États-Unis, s'est préparé à une longue guerre", a écrit Larijani sur X, lundi, ajoutant que son pays ne négocierait pas avec les États-Unis. Si le pays riposte aux bombardements, visant notamment Israël, les bases américaines et les alliés comme le Qatar ou les Émirats arabes unis, il sait qu'il va devoir trouver une porte de sortie à ce conflit.

"Un accord de rêve"

Selon Haaretz, Larijani devra d'abord convaincre Donald Trump qu'un changement de régime n'est pas réalisable en l'absence d'alternative concrète. Si le régime des mollahs connaît une opposition sérieuse dans le pays, à l'instar des manifestations étudiantes que le pays a connues avant les bombardements, elle n'est pas organisée et n'a aucune expérience du pouvoir.

Iran, unlike the United States, has prepared itself for a long war. pic.twitter.com/0nTGu9u2K4

— Ali Larijani | علی لاریجانی (@alilarijani_ir) March 2, 2026

Ancien négociateur nucléaire, ce qui l'a amené à connaître les rouages de Washington, Ali Larijani pourrait proposer "un accord de rêve" à Donald Trump selon Haaretz, en ouvrant le marché iranien aux États-Unis, créant une concurrence avec la Chine et la Russie, en échange de la fin des bombardements et d'un allègement des sanctions visant le pays. L'argument économique pourrait être la corde sensible pour Donald Trump.

L'incertitude du changement de régime

Mais si Ali Larijani est aujourd'hui la nouvelle tête de l'Iran, rien ne garantit qu'il soit l'avenir du pays. Issu de l'une des familles cléricales les plus puissantes du pays, cela ne l'a pas empêché d'être interdit de se présenter à la présidence à deux reprises en raison de son soutien aux accords nucléaires de 2015. Sans le statut de clerc supérieur, il ne peut espérer prendre la relève de Khamenei. D'autant que les Gardiens de la révolution l'ont longtemps considéré comme un concurrent politique. Sans parler des potentiels bombardements dans lesquels il pourrait être tué dans les prochains jours, alors qu'Israël et les États-Unis ciblent les lieux de pouvoir du pays.

Pour les États-Unis, un accord avec l'Iran pourrait permettre d'éviter de laisser le pays dans un chaos incertain que pourrait provoquer un changement de régime. En obtenant des concessions sur le nucléaire et des accords stratégiques avec l'Iran, Donald Trump éviterait un enlisement des États-Unis dans un nouveau conflit au Moyen-Orient et permettrait un retour à la normale de la situation économique de la région, alors que le détroit d'Ormuz, point de passage clé du commerce international, est bloqué par l'Iran depuis le début des bombardements.

© via REUTERS

Le secrétaire du conseil de sécurité nationale iranien, Ali Larijani, accueilli par le ministre du cabinet royal du sultanat d'Oman, Sultan bin Mohammed al Numani, à son arrivée à Mascate, Oman, le 10 février 2026.

Stephen Smith : "La jeune Afrique va se ruer vers la vieille Europe, c'est dans l'ordre des choses"

3 mars 2026 à 17:30

"A l’université, j'avais l'impression d'être dans un supermarché intellectuel. Je suivais un séminaire, puis un autre. Mais il n'y avait aucune cohérence. Je suis allé voir ma mère et je lui ai dit que j’aimerais prendre une année sabbatique. Et je suis parti en auto-stop à travers l'Afrique, entre l'Algérie et le Niger, en faisant des allers-retours avec des camions à travers le désert. C’est là que j'ai commencé à apprendre le français, avec des Africains. Ces derniers sont polyglottes. Moi-même, je le suis : ma mère est allemande, je parle ma langue maternelle et j'ai appris le français l'espagnol. En rentrant de cette année, j'avais l'impression d'avoir trouvé ma voie, le dénominateur commun me permettant d'unifier mes séminaires et mes activités. L’Afrique est une sorte de laboratoire anthropologique. Les questions de modernité et de tradition sont totalement chamboulées là-bas."

Ainsi Stephen Smith raconte-t-il, dans le nouvel épisode des Temps sauvages, le podcast géopolitique de L’Express, la naissance de sa vocation d’africaniste. Professeur à l’université Duke, après avoir longtemps été journaliste à Libération puis au Monde, il a publié plusieurs ouvrages consacrés au continent, qui font autorité. On peut désormais le lire tous les mois dans L'Express.

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Pour qui veut comprendre les enjeux de la "rencontre migratoire" entre l’Afrique et l’Europe, il faut lire son enquête parue en 2018, La ruée vers l’Europe (Grasset). "La jeune Afrique va se ruer vers la vieille Europe, cela est inscrit dans l’ordre des choses comme l’était, vers la fin du XIXe siècle, la 'ruée vers l’Afrique' de l’Europe", écrit-il dans cet essai de "géographie humaine", très documenté.

Quelles seront l’ampleur et la durée de cette migration ? Dans un peu plus de trente ans, entre un cinquième et un quart de la population européenne pourraient être d’origine africaine, selon certaines projections. "L’histoire n’est jamais écrite, nuance Stephen Smith, les précédents peuvent être trompeurs. Du reste, l’Europe ne sera peut-être pas la destination des Africains au sens quasi exclusif où l’étaient les Etats-Unis pour les Mexicains". Mais il estime que "l’Afrique noire n’est pas encore partie". Pour beaucoup d’Africains, "leur continent s’est transformé en salle des départs".

Témoin, le Nigeria, qui deviendra le troisième pays le plus peuplé du monde d’ici 2050. Stephen Smith a commencé sa carrière de journaliste ici : "Le Nigeria me passionnait et j’avais le projet de m'y installer une année pour écrire un livre sur Lagos. Cette ville est la préfiguration de ce que sera l'Afrique dans une génération. C’est la plus jeune du monde. Il y a une énergie folle là-bas ! Une créativité formidable. Il s’y passe beaucoup de choses culturellement contrairement à certaines villes européennes devenues des musées. Le Nigeria est fondamental. Quand vous y passez aujourd'hui ce qui vous frappe, c'est à quel point les gens vont mal. Jusqu’en 2015, à peu près partout en Afrique, il y avait encore un peu d'espoir. Depuis, la situation s'est vraiment détériorée."

En Europe, l’immigration africaine pose des questions politiques, sociales et économiques. A l’instar de Paul Collier, professeur à l’université d’Oxford, auteur de Exodus, Stephen Smith déplore que le débat sur la migration ait été "politisé avant d’avoir été analysé". C’est précisément l’objet de son travail : documenter le sujet pour fournir des éléments d’appréciation rationnels. Aujourd’hui, la discussion est prise en tenaille par d’un côté les thuriféraires de "la porte close" et, de l’autre, des défenseurs du "droit de s’installer où l’on veut".

Stephen Smith s’attendait à ce que les enseignements de son enquête au long cours soulèvent passions et polémiques : il a été plutôt servi. Alors que La ruée vers l’Europe » repose sur des faits, on l’a accusé de véhiculer les fantasmes du "Grand remplacement". Comment perçoit-il, avec le recul, l’accueil fait à son livre ?

"Pour moi, cela a été une sorte de supplice de l'estrapade. Dans un grand nombre de journaux, mon livre a été accueilli avec ouverture d’esprit. Pourquoi laisser la migration à la droite ? Pourquoi, à l’instar de Didier Leschi, ancien le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ne pas considérer que c’est aussi un sujet de gauche, puisqu’il a des effets sociaux ? Ce n’est pas dans les beaux quartiers que l’on vit l’immigration, c’est ailleurs. Il faut donc se préoccuper de la pression sur l'habitat et l'école notamment. Sans même parler de la solidarité internationale : le tiers-monde doit-il être siphonné de tous ses talents ? C’est l’état d’esprit dans lequel j’ai écrit mon livre. Et d’ailleurs, il a été reçu comme tel. Jusqu'à ce que François Héran [NDLR : sociologue et anthropologue), intervienne en disant 'quelqu'un qui n'est pas démographe ne peut pas parler de ces questions-là, c'est mon domaine, et deuxièmement, tout ça c'est faux, ouvrez les frontières, il y a d'autres pays européens qui prennent plus de migrants que la France et donc tout ça, c'est une façon de faire le lit du Rassemblement national.' A nouveau, le débat sur la migration est relégué au second rang. Chacun se surveille. On fait du dépistage politique au lieu du parler du sujet !"

Il en faut davantage pour décourager cet insatiable curieux. Il ne désespère pas de la capacité des Européens à se saisir de manière pragmatique de ce défi du siècle : "Je reste optimiste, dit-il. Il y a des progrès. Même s’il existe des tensions, il n’y a pas eu d’explosion raciste, ni en France ni dans d'autres pays européens. Pensez à l'Allemagne ! Des amis allemands ont accueilli des migrants et, aujourd'hui, disent que c'était probablement une erreur d'avoir ouvert la porte à un million de migrants à la fois. D’une part car cela a permis à l’extrême droite de se renforcer. D'autre part, pour les difficultés d'accueil que cela représente. Il y a beaucoup de travail pour intégrer : s'occuper des gens, effectuer des démarches administratives avec eux, leur trouver un logement. Ce n’est pas seulement le problème de l'Etat. En Allemagne, la société s'est mobilisée. Ayant vécu cette expérience, les Allemands parlent d'une façon réaliste de la migration. Pour eux, les migrants ne sont pas des punching-balls politiques. Dans le même temps, ils ne résument pas le débat en termes de fermeture ou d’ouverture."

Outre la polarisation du débat sur ces questions cruciales, on peut aussi regretter que l’Afrique demeure un angle mort européen alors que l’avenir du Vieux Continent se joue en grande partie chez son voisin du sud. Comment Stephen Smith explique-t-il ce décalage ?

"Ce qui est important démographiquement ne l’est pas forcément d’un point de vue géopolitique, explique-t-il. L'Afrique, au moment de son indépendance, représentait 3 % des échanges mondiaux. C’est toujours le cas. Alors que sa population a plus que doublé au cours de la même période !"

Le sujet a, en tout cas, passionné les auditeurs des Temps sauvages. Ceux qui se sont inscrits pour assister au direct et dialoguer avec l’invité, lui ont posé beaucoup de questions. "Est-il toujours pertinent de distinguer réfugiés politiques et migrants économiques ?", l'interroge-t-on. Sa réponse : "La plupart des gens qui viennent en Europe sont des migrants économiques. Mais une fois que l’on a dit ça, on ne peut pas rétorquer à une personne se revendiquant réfugiée politique : 'non, tu ne l'es pas !' Comme une sorte de procès d'intention. Selon moi, il devient urgent de redéfinir correctement la catégorie de réfugié politique pour garantir les droits d'asile à ceux qui le méritent. 'Mériter' étant un mot ambigu, puisque en réalité elles sont victimes. Il faut donc être solidaires. Mais on ne peut pas être solidaire lorsque l'acte d'intégration, le premier que vous posez pour entrer en Europe, est une triche. Une triche qu'on peut comprendre, humainement, mais une triche quand même, vous trichez sur la vraie intention, vous venez, je le ferai à votre place comme migrant économique, vous cherchez fortune pour vous et vos enfants ailleurs, rien de plus compréhensible, mais ce n'est pas la vérité. On ne peut bâtir un contrat social sur une fraude."

Est-il concevable de cogérer les migrations avec l'Afrique, lui demande un auditeur ? "Ce serait bien sûr souhaitable. Mais les intérêts entre les pays africains et européens divergent. Les économistes libéraux nous font croire que faire venir des jeunes gens pour les intégrer dans notre système va sauver notre Sécurité sociale. Je n'y crois pas du tout. Les êtres humains ne sont pas que des acteurs économiques. Ils vivent avec leurs voisins et leurs concitoyens."

D’autres questions lui ont été posées lors de ce numéro exceptionnel des Temps sauvages, sur les migrations intra-africaines, la politique européenne et les pays du Maghreb, notamment l’Algérie et le Maroc. Un pays où l’ont souvent conduit ses enquêtes sur le général Mohamed Oufkir et Mehdi Ben Barka, dont il a enfin élucidé la mort dans un document explosif, L’affaire Ben Barka (Grasset), écrit avec Ronen Bergman. "Je m’intéressais depuis longtemps à Ben Barka, confie-t-il. Olivier Nora, le patron des éditions Grasset, m’a présenté Ronen Bergman, qui était assis sur trésor de documents émanant du Mossad, dont il est un spécialiste !"

Un modèle d’enquête journalistique et historique, qui se savoure comme un roman de John Le Carré. En regardant Stephen Smith déplier sa silhouette longiligne après l'entretien, on se dit qu'il aurait pu inspirer un personnage à l'écrivain britannique.

© JEROME FAVRE/EPA/MaxPPP

Des migrants clandestins sont gardés par des gendarmes en attendant d'être pris en charge après l'interception de leur bateau par la marine sénégalaise à Ouakam, Dakar, Sénégal, le 16 septembre 2025.

Visés par l’Iran, les pays du Golfe auront-ils assez d’intercepteurs ?

3 mars 2026 à 17:13

En représailles aux attaques d'Israël et des États-Unis, qui ont notamment tué l'ayatollah Khamenei et de nombreux dignitaires iraniens, l'Iran bombarde la région du Golfe depuis près de quatre jours. Des attaques contre Israël, les intérêts militaires américains au Qatar ou aux Émirats arabes unis, mais aussi leurs alliés. Lundi, les Émirats arabes unis affirmaient avoir été ciblés par 174 missiles balistiques, huit missiles de croisière et 689 drones en trois jours. Bien moins ciblé, le Bahreïn a tout de même été visé par 70 missiles balistiques, tandis que le Qatar a fait face à 65 missiles et 12 drones samedi.

Jusque-là, les pays du Golfe ont su se défendre grâce à leur défense aérienne. Quand les Émirats arabes unis affirment avoir intercepté tous les missiles et plus de 93 % des drones, les Qataris ont détruit 63 des 65 missiles lancés. Mais jusqu'à quand pourront-ils résister ? Alors que l'Iran possédait environ 2 000 missiles balistiques après le conflit de l'année dernière avec Israël selon Bloomberg, les défenses aériennes des pays du Golfe s'épuisent jour après jour. "L'intensité d'utilisation des intercepteurs que nous avons observée ces derniers jours ne peut pas être maintenue plus d'une semaine supplémentaire — probablement quelques jours tout au plus — après quoi ils ressentiront douloureusement la pénurie d'intercepteurs", a analysé Fabian Hoffman, expert en missiles à l'université d'Oslo, auprès du Wall Street Journal.

Stratégie militaire... et financière

Si le nombre d'intercepteurs disponibles reste confidentiel, d'autant plus en situation de guerre ouverte, il pourrait atteindre 1 000 aux Émirats arabes unis, 500 au Koweït et une centaine au Bahreïn. Un nombre qui peut diminuer drastiquement si les attaques iraniennes persistent dans les prochains jours, alors que certains projectiles nécessitent plusieurs intercepteurs pour être neutralisés. Mais les premiers signes de pénurie apparaissent déjà. "Les pays du Golfe expriment une vive inquiétude face à l'évolution de la crise et ont indiqué l'urgence de renforcer leurs capacités de défense, notamment la défense aérienne et anti-drone", a déclaré le ministre italien de la Défense Guido Crosetto, qui a déjà reçu des demandes de la part de pays du Golfe.

Mais l'enjeu ne se joue pas uniquement sur le nombre de missiles. Car si l'Iran a, pour le moment, conservé une grande partie de son arsenal de missiles balistiques, c'est notamment grâce à ses drones Shahed, qu'il privilégie pour frapper les pays du Golfe, une stratégie avant tout financière. Quand un missile coûte entre un et deux millions de dollars, un drone kamikaze iranien vaut entre 20 000 et 50 000 dollars selon le Middle East Eye. Une bagatelle face au coût de l'interception pour les Émirats arabes unis, par exemple. Selon la chercheuse du think tank Stimson Center, Kelly Grieco, les attaques du week-end ont coûté entre 1,45 et 2,28 milliards de dollars, soit cinq à dix fois le montant dépensé par l'Iran dans le même temps. Cela revient à "utiliser des Ferrari pour intercepter des vélos électriques", a imagé le correspondant de The Economist, Gregg Carlstrom, sur X. En plus d'être bon marché, ces drones Shahed sont faciles d'utilisation et ont la capacité de saturer les défenses antiaériennes ennemies. Une stratégie déjà utilisée par les Russes en Ukraine.

L'Ukraine, victime collatérale

Alors que les ressources matérielles et financières des pays du Golfe s'épuisent, les États-Unis et Israël ont entamé une course contre la montre en bombardant les lanceurs — plusieurs dizaines ayant déjà été détruits depuis samedi — avant d'être à court de défense antiaérienne. D'autant que les stocks américains ne sont pas non plus illimités. Si Donald Trump affirme que son pays a "un approvisionnement pratiquement illimité de ces armes", le chef d'état-major des armées Dan Caine, en privé, alertait justement sur les stocks de munitions américaines la semaine dernière. Un avertissement que le président américain n'a pas pris en compte.

L'Ukraine pourrait être une victime collatérale de cette nouvelle guerre. "Si les activités militaires au Moyen-Orient sont prolongées, cela influencera sans aucun doute l'approvisionnement", a d'ailleurs réagi le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a lui-même besoin d'être alimenté en défense antiaérienne. Aujourd'hui, Washington a pratiquement arrêté de fournir une aide militaire aux Ukrainiens, qui se sont tournés vers l'Europe. Le président Volodymyr Zelensky s'est d'ailleurs entretenu avec le chancelier allemand Friedrich Merz, qui rencontre Donald Trump à Washington ce mardi. Interrogé sur ce sujet, le ministre italien de la Défense Guido Crosetto a reconnu qu'il s'agissait d'une "question délicate", alors que son pays fournit déjà des systèmes de défense aérienne SAMP/T à l'Ukraine.

© REUTERS

Le système de défense antiaérienne israélien intercepte des missiles lancés depuis l'Iran vers Israël, à Haïfa, le 1er mars 2026.

L'Europe menacée par l'Iran : où sont situées ses bases militaires au Moyen-Orient ?

3 mars 2026 à 14:30

"Toute [implication des Européens] contre l’Iran serait considérée comme un geste de complicité avec les agresseurs", a prévenu Esmaeil Baghaei, le porte-parole du ministre des Affaires étrangères iranien lors d'une conférence de presse organisée ce mardi 3 mars. Cet avertissement intervient au quatrième jour de l'attaque menée par Israël et les Etats-Unis, qui a déjà mené à l'élimination d'Ali Khamenei, Guide suprême de la république islamique d'Iran, ainsi qu'à celle de plusieurs hauts dignitaires du régime. Tandis que Téhéran riposte et vise des bases étrangères dans presque tous les pays de la région, une partie des Européens a accordé son soutien à l'opération, quand d'autres rechignent.

C'est notamment le cas de l'Espagne qui a refusé d'ouvrir deux de ses bases militaires aux Etats-Unis. Habituellement, ces bases situées à proximité de Cadix et de Séville permettent d'assurer le ravitaillement des troupes américaines lors de leur transit vers le Moyen-Orient. Pour justifier ce positionnement qui tranche avec celui de ses voisins, le gouvernement de Pedro Sanchez en a appelé au respect du droit international. L'ambassadeur iranien à Madrid a également été convoqué par le ministère des Affaires étrangères qui dénonce "le lancement d'attaques contre le territoire européen [...] et sur d'autres pays de la région."

Cette condamnation diplomatique intervient en pleine riposte iranienne. Au soir du 2 mars, Téhéran avait déjà envoyé plusieurs centaines de missiles, notamment vers Israël ainsi que vers des bases militaires américaines dans la région. La plupart de ces missiles ont été interceptés, mais aucun pays de la région ne semble épargné.

D'autres bases occidentales ont également été visées par le régime des mollahs, à l'image de la base britannique d'Akrotiri, à Chypre, provoquant l'évacuation préventive de nombreuses familles. Une autre attaque de drones a également visé une base militaire française située à Abou Dhabi, aux Emirats arabes unis, à quelques centaines de kilomètres du territoire iranien, sans faire de victimes.

Dès dimanche, Paris, Londres et Berlin s'étaient dits prêts à plusieurs "actions défensives nécessaires et proportionnées" pour détruire les capacités militaires iraniennes et protéger leurs intérêts dans la région.

Les Occidentaux disposent de nombreuses bases dans la région, que l'Iran essaie d'affaiblir.
Les Occidentaux disposent de nombreuses bases dans la région, que l'Iran essaie d'affaiblir.

La situation est en revanche plus compliquée dans le sud du Liban où l'on dénombre plusieurs dizaines de morts. Visé par des tirs de missiles appartenant au Hezbollah, le groupe chiite libanais allié à l'Iran, Israël a répliqué provoquant la mort de 31 personnes au Liban, ainsi que le déplacement de 30 000 personnes.

Donald Trump a dit anticiper un conflit qui pourrait durer de "quatre à cinq semaines" et préparé sa population a des pertes militaires. Six soldats américains ont déjà été tués depuis le début de l'opération baptisée "Furie épique" par Washington. La Maison-Blanche a par ailleurs conseillé à tous ses ressortissants au Moyen-Orient de rentrer aux Etats-Unis.

© Mathias Penguilly / L'Express

Les Etats-Unis et leurs alliés disposent de nombreuses bases militaires au Moyen-Orient.

Iran : l'Espagne refuse que ses bases aériennes aident les Etats-Unis dans leur offensive

3 mars 2026 à 13:27

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a pris une décision de fond dont il devra assumer les conséquences : l’Espagne n’ouvrira pas ses bases stratégiques aux forces américaines pour leurs opérations contre l’Iran, prenant ainsi le risque d’un bras de fer politique avec Washington et rompant avec plusieurs alliés européens. Lundi 2 mars, le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares affirmait sur la télévision publique que "les bases espagnoles ne sont pas utilisées pour cette opération militaire", tandis que la ministre de la Défense Margarita Robles précisait qu’elles "ne fourniront un soutien que si cela était nécessaire d’un point de vue humanitaire".

Rechazamos la acción militar unilateral de EE.UU. e Israel, que supone una escalada y contribuye a un orden internacional más incierto y hostil.

Rechazamos igualmente las acciones del régimen iraní y de la Guardia Revolucionaria. No podemos permitirnos otra guerra prolongada y…

— Pedro Sánchez (@sanchezcastejon) February 28, 2026

Ce mardi 3 mars, le quotidien espagnol El Pais a confirmé que le gouvernement avait formellement ordonné de ne pas autoriser l’utilisation des bases américaines de Rota (Cadix) et Moron (Séville) pour ces opérations. Les États-Unis opèrent habituellement sur ces bases dans le cadre d'un accord d'utilisation conjointe, mais elles demeurent sous souveraineté espagnole.

"Ils se trompent"

Selon le quotidien, l’exécutif considère la guerre lancée par Donald Trump et Benyamin Netanyahou comme "un non-sens aux conséquences imprévisibles pour la planète", mené sans aval des Nations unies ni même du Congrès américain. Madrid estime que cette intervention "va contre le droit international" et pourrait avoir des "conséquences désastreuses aussi pour l’Espagne et pour toute l’Europe".

La décision est assumée au plus haut niveau. "Où est-il écrit que nous devons être avec eux même s’ils se trompent ? Ils se trompent. Beaucoup de gens pensent comme nous dans toute l’Europe, et aussi aux États-Unis. Cette guerre n’a aucun sens et n’est pas pensée pour apporter la démocratie en Iran", déclare un membre de l’exécutif cité par le journal. Le gouvernement estime que le président américain agit "de manière désespérée" et pourrait "entraîner le monde avec lui". "Nous ne soutiendrons pas cette guerre et n’y contribuerons en rien", insiste un autre de ses membres auprès du quotidien.

Rupture avec les alliés européens

Cette position tranche avec celle affichée lundi par le chancelier allemand Friedrich Merz, qui, tout en reconnaissant des "doutes" sur la légalité internationale des frappes, a affirmé partager "beaucoup des objectifs" de l’attaque et jugé que "ce n’est pas le moment de donner des leçons" aux alliés.

Les réactions internationales ont été immédiates. Lundi, le sénateur républicain Lindsey Graham a dénoncé sur X un gouvernement espagnol devenu "le modèle d’un leadership européen pathétiquement faible, qui a perdu son cap, apparemment réticent à condamner le régime terroriste iranien et qui n’a que des critiques pour les États-Unis". Le même jour, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a ironisé : "D’abord le Hamas remercie Sanchez. Ensuite les houthis. Maintenant l’Iran. Est-ce cela être du bon côté de l’histoire ?" Malgré ces pressions diplomatiques et politiques, Madrid maintient sa ligne, assumant le risque d’un isolement temporaire au nom du respect du droit international.

© REUTERS

L'Espagne n’ouvrira pas ses bases stratégiques aux forces américaines pour les opérations contre l’Iran, prenant ainsi le risque d’un bras de fer politique avec Washington.

Iran : l’axe du mal ne répond plus, par Eric Chol

Par : Eric Chol
3 mars 2026 à 12:30

C’était au départ une trouvaille des conseillers de George W. Bush, peu après les attentats du 11-Septembre. Dans son discours sur l’état de l’Union, en janvier 2002, le président des Etats-Unis qualifie d’"axe du mal" ces Etats accusés d’avoir aidé Ben Laden et les islamistes : l’Iran, l’Irak, et la Corée du Nord. L’expression, empruntée au lexique de la Seconde Guerre mondiale, va servir à la croisade du bien contre le mal lancée par les néoconservateurs américains juste avant l’invasion de l’Irak en 2003 ; puis elle passera aux oubliettes, avant de revenir sur le devant de la scène après l’attaque russe en Ukraine, en 2022.

Cette fois-ci, le camp du mal est clairement identifié : les régimes autocratiques, revanchards et antioccidentaux de Poutine, de Xi Jinping, d’Ali Khamenei et de Kim Jong-un. Soit les quatre cavaliers de l’apocalypse qui cumulent ensemble, jusqu’à la mort du Guide suprême iranien, 84 années de pouvoir.

Inutile de chercher derrière cette appellation une quelconque cohérence. "C’est la façon dont les Etats-Unis perçoivent ces pays, en insistant sur une justification morale, car dans la réalité, cet axe n’existe pas", résume Guillaume Lasconjarias, professeur associé à la Sorbonne Université.

Pas d’organisation, pas d’alliance militaire, pas de secrétariat permanent, pas même d’objectifs communs… Et pourtant, entre Pyongyang, Pékin, Téhéran et Moscou, le courant passe bien, entretenu par une détestation mutuelle des valeurs occidentales et démocratiques. Au point que le régime des ùollahs, de plus en plus isolé, va surjouer cette carte diplomatique. D’abord en mars 2023, lorsque la Chine bouscule l’échiquier du Moyen-Orient en célébrant le rapprochement de Téhéran et Ryad. Puis en janvier 2025, lorsque l’Iran signe un partenariat stratégique avec la Russie.

Mais le 28 février dernier, quand les missiles israéliens et américains transpercent le ciel de Téhéran, l’Iran ne reçoit aucune aide de ses alliés, en dehors des discours condamnant l’agression. La Russie, trop occupée en Ukraine, ne tient pas ses promesses de soutien. "Ces alliances ne sont pas très solides dans l’adversité : cet axe manquait de cohésion en dehors d’un imaginaire géopolitique et d’intérêts communs. Et aujourd’hui, même leurs intérêts divergent", relève Marc Hecker, directeur exécutif de l'Ifri.

Le délitement du régime des mollahs ne fait en effet pas les affaires de ses alliés. La Chine s’inquiète de la fourniture du brut iranien, tandis qu’en Russie, à l’inverse, la flambée des cours est une aubaine. Pas de quoi rassurer totalement Moscou, qui a beaucoup à craindre d’une chute éventuelle de la République islamique. Le risque de chaos politique pourrait avoir des répercussions jusque dans les anciennes républiques de l'Union soviétique. Voici sans doute la première leçon géopolitique de l’attaque du 28 février : l’axe du mal, inventé par les Américains il y a un presque un quart de siècle, tourne désormais dans le vide.

© REUTERS

Un portrait du défunt Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, tué samedi 28 février lors de frappes israéliennes et américaines, est exposé parmi des fleurs devant l'ambassade d'Iran à Moscou, en Russie, le 2 mars 2026.

Le grand flou de Donald Trump sur l’Iran : entre calendrier incertain et objectifs changeants

3 mars 2026 à 11:06

Le président américain Donald Trump a cherché lundi 2 mars à justifier la vaste campagne militaire lancée contre l'Iran, offrant ses commentaires les plus détaillés depuis le début des frappes samedi. De retour à la Maison-Blanche après un week-end passé dans sa résidence en Floride, il a déclaré que les attaques aériennes menées par les États-Unis et Israël pourraient durer quatre à cinq semaines, mais pourraient se prolonger au-delà.

"Nous sommes déjà considérablement en avance sur nos prévisions", a-t-il dit dans ses premiers commentaires publics depuis le début du conflit, alors que plus d'un millier de cibles en Iran ont déjà été frappées et que le Guide suprême de la révolution iranienne, l'ayatollah Ali Khamenei, a été tué samedi, de même que d'autres hauts responsables à Téhéran. "Mais peu importe le temps que ça prendra, ça ira. [Nous ferons] tout ce qui est nécessaire", a-t-il ajouté. A ce jour, le président américain n'a toujours pas prononcé d'allocution télévisée à la nation, comme le veut la coutume pour une intervention militaire.

Une "menace intolérable" avancée pour justifier l’attaque

Une seule justification est rabâchée pour expliquer le choix de déclencher une guerre régionale au Moyen-Orient, qui déborde désormais jusqu’au cœur de Beyrouth, la capitale du Liban encore sous les bombes d’Israël ce mardi matin. Selon Donald Trump, l’offensive était nécessaire pour empêcher Téhéran de développer l'arme nucléaire et pour neutraliser le programme balistique iranien. "Un régime iranien armé de missiles à longue portée et d'armes nucléaires serait une menace intolérable pour le Proche-Orient, mais aussi pour le peuple américain", a déclaré lundi le locataire de la Maison-Blanche.

Plusieurs médias américains, s’appuyant sur des sources du renseignement, estiment cependant que cette menace a été exagérée par Donald Trump et ses généraux. "Une évaluation non classifiée de la Defense Intelligence Agency de 2025 indique que l’Iran pourrait développer un missile balistique intercontinental 'militairement viable' d’ici 2035 si Téhéran décidait de poursuivre cette capacité. Il n’existe aucune intelligence suggérant qu’il poursuit actuellement un programme de missile pour frapper les États-Unis", note ainsi la chaîne de télévision CNN.

A l’issue d’une troisième réunion de discussions diplomatiques avec Téhéran, Steve Witkoff, envoyé de Donald Trump, a déclaré jeudi dernier sur Fox News que l’Iran était "probablement à une semaine de posséder du matériel de fabrication de bombe de qualité industrielle". Six mois plus tôt pourtant, le président avait lui-même revendiqué avoir anéanti le programme nucléaire de l'Iran avec de puissants bombardements contre ses principaux sites. Le Pentagone quant à lui a reconnu après le début de l’offensive que l’Iran ne prévoyait pas d’attaquer, à moins qu'Israël ne frappe en premier.

Grand flou autour du changement de régime

Bien qu’aucun plan de guerre n’ait été détaillé par les Etats-Unis, certains objectifs ont été abordés par fragments dans des vidéos publiées sur les réseaux sociaux du président, ou évoqués à la volée lors d’interviews. Parmi eux, la volonté de libérer les Iraniens du joug du régime des mollahs qui leur fait vivre une répression sanglante. Lorsqu’il a annoncé samedi les frappes en Iran, Donald Trump a exhorté les Iraniens à "reprendre leur pays", laissant penser que le but était de faire chuter le régime de Téhéran. "C’est comme si nous allions casser toute la vaisselle et qu'ils devaient ensuite se débrouiller pour réparer les dégâts. Il semble que ce soit la stratégie" commente dans le Washington Post le sénateur démocrate Tim Kaine.

Selon le secrétaire à la Défense Pete Hegseth pourtant, il s’agit bien de "détruire la menace balistique et la marine iranienne", et non d’une "guerre de changement de régime", bien que le régime ait "quand même changé". Donald Trump a par ailleurs comparé la situation au Venezuela, où l’intervention américaine a permis de maintenir une partie de l’autorité locale tout en atteignant les objectifs stratégiques.

Quel que soit son but, cette offensive pourrait ne rien changer à la répression vécue par les Iraniens. Des sources du Washington Post indiquent qu’après étude de plusieurs scénarios pour le gouvernement post-Khamenei, la CIA a estimé que le Corps des Gardiens de la révolution islamique serait le mieux placé pour prendre le pouvoir, Les analystes occidentaux avertissent aussi que l’Iran pourrait connaître de longues périodes de conflits internes, impliquant chiites majoritaires et minorités kurdes et baloutches, compliquant toute tentative de stabilisation du pays, l’opposition iranienne, sans leader clair, ayant peu de chances d’assumer le contrôle.

Un calendrier incertain

Lors de ses dernières prises de parole, le président américain a fourni des indications variables sur la durée de l’opération : quatre semaines "ou moins" auprès du Daily Mail, quatre à cinq semaines auprès du New York Times, et éventuellement plus longtemps jusqu’à l’atteinte des objectifs. Dans une note adressée au Congrès et consultée par Politico, le républicain a précisé que l’ampleur et la durée des opérations restaient incertaines.

Pour Jon Alterman, spécialiste de la zone au Centre pour les études stratégiques et internationales, qui s’exprime auprès de Reuters, Donald Trump semble s'être volontairement gardé de définir le but ultime de la guerre. En juin, pour des frappes limitées sur les sites nucléaires iraniens, il avait prononcé une allocution solennelle avec ses responsables. Après la capture de Maduro en janvier, il avait tenu une conférence à Mar-a-Lago tandis que son administration multipliait les interventions télévisées. Cette fois, aucun haut responsable de l’administration Trump n’est apparu à la télévision, pour éviter des messages divergents et laisser le président être le principal porte-parole. Selon Reuters, des discussions restent en cours pour définir le discours officiel sur l’opération en Iran.

© REUTERS

Donald Trump embarque pour Air Force One, le 1er mars 2026 en Floride.

Combien de temps l'Iran peut-il continuer à tirer sur Israël ?

3 mars 2026 à 08:10

Les sirènes retentissent à intervalles réguliers, les écoles restent fermées et l’économie tourne au ralenti. Depuis le lancement de l’offensive américano-israélienne contre Téhéran il y a quatre jours, Israël vit au rythme des missiles de représailles envoyés par l’Iran. Cette pression peut-elle durer ? Comme le relève le journal israélien Haaretz, l’Iran a pour l'heure opté pour une stratégie de tirs mesurés afin de maintenir une menace constante sans épuiser trop vite son arsenal.

"La stratégie iranienne est claire", explique à Haaretz Pini Yungman, président du TSG Group, entreprise israélienne spécialisée dans les systèmes de commandement et de contrôle pour les forces de sécurité. "Ils se sont préparés à une attaque américano-israélienne, ce qui leur permet de nous maintenir sous un feu continu sans épuiser rapidement leur arsenal de missiles et de lanceurs, même s’ils sont attaqués par des avions de chasse américains".

"Quelques jours, mais pas des mois"

L’Iran possède le plus grand stock de missiles balistiques du Moyen-Orient, avec une portée allant pour certains jusqu’à 2 000 kilomètres, capables donc d’atteindre Israël. L’arsenal de Téhéran est évalué à plus de 2 000 missiles balistiques. Mais une partie a été détruite pendant le début de la guerre, tout comme environ 200 lanceurs, par les frappes aériennes israélo-américaines, selon Reuters. Les engins longue portée incluent le Sejil (2 000 km), l’Emad (1 700 km), le Ghadr (2 000 km), le Shahab-3 (1 300 km), le Khorramshahr (2 000 km) et le Hoveyzeh (1 350 km). Des dépôts souterrains et des "villes de missiles" sont répartis autour de Téhéran, dans les provinces de Kermanshah et Semnan, et le long du Golfe.

Pour autant, les capacités balistiques iraniennes ne devraient pas permettre un long siège d’Israël. Selon Haaretz, au 1er mars, second jour de la guerre, entre 150 et 175 missiles avaient déjà été tirés sur Israël, auxquels s’ajoutent des frappes contre des pays du Golfe, dont l’Arabie saoudite, portant le total à environ 250 missiles. "Cela signifie qu’ils ont encore de quoi tenir quelques jours, mais pas des mois ni même des semaines", estime Pini Yungman, ancien chef de la défense aérienne. Contrairement à la guerre de 12 jours, où une salve massive de 200 missiles avait été tirée en une nuit, Téhéran privilégie aujourd’hui un "feu au compte-goutte", une méthode déjà utilisée pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980. Un rythme cadencé qui permet de prolonger la pression psychologique sans épuiser trop rapidement ses stocks.

Systèmes de défense israéliens

Techniquement, les systèmes israéliens détectent les lancements dès leur phase initiale et calculent la trajectoire des missiles tirés depuis l’Iran, à environ 1 300 kilomètres de distance. À une vitesse estimée entre 5 et 7 kilomètres par seconde, ces engins parcourent près de 150 kilomètres en trente secondes et mettent plus de dix minutes à atteindre Israël. Cette anticipation permet l’évacuation vers les abris, mais elle impose aussi des alertes sur de vastes zones, la trajectoire exacte n’étant pas immédiatement déterminable. Même interceptés loin du territoire israélien, les missiles restent dangereux : leur destruction en vol provoque la dispersion de milliers d’éclats métalliques, dont certains, même de petite taille, peuvent être mortels à l’impact.

À court terme, l’Iran ne semble pas en mesure de soutenir un feu massif pendant des semaines. Mais selon le New York Times, les rapports de renseignement américain et israélien suggèrent que l’Iran prévoit de produire jusqu’à 8 000 missiles d’ici 2027. Malgré les revers causés par le conflit de 12 jours l’année dernière, Téhéran travaille, selon les autorités israéliennes, à reconstruire ses capacités de production, avec une fabrication récente estimée à des dizaines de missiles par mois et en accélération. Les lieux de production restent les cibles prioritaires des nouvelles frappes israéliennes et américaines.

© REUTERS

Des Israéliens se rassemblent sur le site d'une frappe iranienne, à Beit Shemesh le 1er mars 2026.

"L'Iran en 1979 n'est plus celui de 1926" : l'instauration de la République islamique analysée par Raymond Aron

3 mars 2026 à 08:00

Quel avenir pour "le prophète désarmé", nouvel homme fort de l'Iran, après la fuite du dernier des Pahlavi, s'interroge Raymond Aron dans son éditorial. Désormais, prévient-il, "la construction de la République islamique pose d'autres problèmes que la destruction de la dynastie Pahlavi."

Dans L'Express du 17 février 1979

Le prophète désarmé

L'aboutissement de la lutte entre les deux pouvoirs, l'ayatollah Khomeini et Chapour Bakhtiar, ne faisait pas de doute. En quittant le pays, le chah avait, en fait, abdiqué. Le Premier ministre tenait son pouvoir d'un souverain que lui-même avait, pendant des années, combattu et dénoncé. Il se réclamait d'une légalité que les foules bafouaient à chaque instant. Si l'Armée n'avait pas pu ou pas voulu sauver la dynastie, pourquoi aurait-elle résisté jusqu'au bout à une vague populaire qui montait de jour en jour ? Dans le duel entre le vieux chef religieux et l'Empereur, ce qui me frappait, c'était que l'un, de son village français, remplissait le monde de ses anathèmes et que l'autre, isolé dans son palais, avouait pour ainsi dire les méfaits que ses adversaires lui reprochaient.

Le chah livra lui-même aux bêtes ceux qui l'avaient servi ; il promit de rendre au pays les libertés qu'il avait supprimées ; comme s'il espérait s'entendre avec ses adversaires ou apaiser le peuple en prenant à son compte les critiques et le programme des opposants. Stratégie dérisoire. Un régime despotique prévient la révolte par des réformes octroyées, avant que gronde la colère. Quand la colère jette les masses dans la rue, les concessions ne servent de rien ; plus exactement, affaiblissent le pouvoir contesté. Avant ou après les émeutes, un souverain absolu peut consolider son règne par des concessions. Pendant les émeutes, les concessions discréditent le chef, qui, la veille superbe, devient bientôt le roi nu — en dépit de sa garde prétorienne autour de lui et des vrombissements des avions au-dessus de sa tête.

L'ayatollah Khomeini et Chapour Bakhtiar souhaitaient l'un et l'autre un dénouement d'autre style. Certains épisodes demeurent incompréhensibles : pourquoi l'expédition des Djadivan, la garde impériale, contre la caserne de l'aviation, le vendredi ? A l'occasion de ce premier combat entre les troupes fidèles et les troupes ralliées à l'ayatollah, les commandos révolutionnaires sortirent de la clandestinité ; les fedayin (marxistes-léninistes), rattachés ou non au parti Toudeh, les moudjahidin, guérilleros musulmans, prennent dès lors la tête de l'insurrection, et agissent à leur guise. La population de Téhéran se joint à ceux qui, dans l'ombre, se préparaient au grand jour. Le dimanche après-midi, le commandant suprême des forces armées déclare sa neutralité. Le Premier ministre, après un entretien avec Mehdi Bazargan, donne sa démission.

A la fin du jour, ce qui reste de la dynastie Pahlavi a disparu. Le prophète désarmé l'a emporté sur les armes qui, il y a quelques jours encore, défilaient à travers les avenues de la capitale. A partir de quelle date le Souverain a-t-il perdu la partie, en dépit des moyens de force qu'il avait accumulés ? Les historiens en discuteront, sans donner une réponse certaine. L'intervention des guérilleros, au cours des dernières péripéties, rectifie la version trop édifiante de la victoire remportée par la parole sur les armes. Elle annonce aussi certains des conflits qui surgissent déjà entre les vainqueurs. Ceux-ci se sont tous ralliés au nom de l'ayatollah, ils n'ont pas tous obéi à ses ordres quand celui-ci tenta de mettre fin aux combats de rue. Pas davantage, ils n'ont rendu leurs armes. La construction de la République islamique pose d'autres problèmes que la destruction de la dynastie Pahlavi.

Sauver l'Iran d'une autre tyrannie

La grève générale, prolongée pendant des mois, la paralysie des entreprises, l'arrêt de la production pétrolière ont coûté à l'économie iranienne des pertes que l'on peut difficilement calculer. Pour éviter la ruine, voire la famine, le nouveau gouvernement doit avant tout obtenir de tous, fonctionnaires et ouvriers, la reprise du travail. Pendant que se dérouleront les consultations prévues par l'ayatollah, référendum sur la République islamique et élection d'une Assemblée constituante, la tâche essentielle revient au gouvernement : reconstruire le pays. En dépit du départ de techniciens, en dépit de l'extrémisme révolutionnaire. Dans une interview donnée à l'hebdomadaire Newsweek, Noureddin Kianouri, le chef du parti Toudeh, qui réside dans la RDA, invoqua le témoignage du chah lui-même pour confirmer le fait que les ouvriers du pétrole suivent les directives de son parti, et de personne d'autre. Dans l'immédiat, le parti Toudeh, parti communiste de stricte observance, désormais légalisé, s'efforcera, selon sa tactique coutumière, de prendre des positions, de créer et de contrôler les syndicats, de se transformer en une puissance parallèle ou rivale.

Toutes les comparaisons entre la révolution iranienne et les révolutions européennes pèchent de quelque manière. Khomeini ne ressemble pas à Kerenski ; le parti Toudeh ne constitue pas l'équivalent des soviets. Dans une société déstabilisée par une modernisation sauvage, la religion nationale, le chiisme, a exprimé, organisé, exalté le rejet par le peuple de l'Occident qui violait l'âme nationale, nourrissait la corruption et créait plus de misère que de richesse. Le retour à l'Islam pur et dur ne tiendra pas lieu de riz et de thé. On ne ramènera pas à la campagne les millions d'hommes qui l'ont quittée. La suppression des cinémas, le châtiment pour la femme adultère, la mise au ban des minorités, juive, arménienne, zoroastrienne, baha : oui, probablement. Mais la République islamique a besoin de la nouvelle bourgeoisie, des laïcs, des techniciens, indispensables au fonctionnement de l'économie que le régime aboli laisse en charge et en héritage à l'Eglise. Le Premier ministre, de formation scientifique, et profondément religieux, symbolise la synthèse qui sauverait l'Iran de la décomposition et d'une autre tyrannie.

La phrase célèbre de Machiavel m'est revenue à l'esprit : les prophètes désarmés périssent. Pour l'instant, il faudrait compléter la formule : les souverains armés périssent, eux aussi. Mais le prophète, hier désarmé, n'avait pas la mission et la responsabilité de gouverner un pays de 35 millions d'hommes. La révolte de l'Eglise chiite contre le pouvoir appartient à la tradition iranienne. Reza Chah, qui établit la dynastie Pahlavi en 1926, mit fin, par des méthodes brutales, à l'agitation religieuse. L'Iran en 1979 n'est plus celui de 1926. Téhéran compte 6 millions d'habitants, au lieu de 200 000 ou 300 000 il y a un demi-siècle. L'ayatollah peut donner satisfaction aux aspirations religieuses des masses. Que donnera-t-il aux ouvriers, quelques millions déjà ? Que donnera-t-il à l'élite intellectuelle et professionnelle, qui redoute et déteste le fanatisme d'un autre âge ? Contre les fedayin, les révolutionnaires de l'Islam et du marxisme unis, pour protéger les ambassades la parole ne suffit plus. L'ayatollah, lui aussi, a besoin d'une police et d'une armée. Le prophète désarmé périt.

© Keystone Pictures USA / MaxPPP/Newscom/MaxPPP

Le 1er février 1979, l'ayatollah iranien Khomeini quitte la France après 16 ans d'exil.

Guerre en Iran : Emmanuel Macron annonce que le porte-avions Charles de Gaulle fait route vers la Méditerranée

3 mars 2026 à 21:24

Au quatrième jour de l'opération israélienne et américaine contre l'Iran, les frappes et attaques de drones continuent ce mardi 3 mars dans tous les pays de la région ou presque. Les Etats-Unis ont conseillé lundi soir à leurs ressortissants de partir immédiatement de plus d'une dizaine de pays du Proche-Orient, citant des "risques sécuritaires".

S'exprimant pour la première fois devant les journalistes depuis le lancement de cette campagne militaire, Donald Trump a déclaré lundi à la Maison-Blanche que les Etats-Unis anticipaient un conflit de quatre à cinq semaines avec l'Iran. Un peu plus tôt, il avait assuré sur CNN que "la grosse vague" d'attaques contre l'Iran n'était "même pas encore arrivée".

Les infos à retenir

⇒ Donald Trump annonce couper tous les échanges commerciaux avec l'Espagne

⇒ Le bâtiment de l'Assemblée des experts iraniens rasé par une frappe aérienne

⇒ Emmanuel Macron annonce le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle et d’une frégate

20h57

"Il n'y a aucune preuve que l'Iran développe une arme atomique", selon l'AIEA

"Il n'y a aucune preuve que l'Iran développe une arme atomique", dit le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, ajoutant toutefois que le stock important d'uranium enrichi de Téhéran et le refus de celui-ci de donner un accès complet aux inspecteurs de l'AIEA ont nourri de profondes réflexions.

Sans progrès sur la question, poursuit-il, l’AIEA ne sera pas en mesure de confirmer que le programme nucléaire de l’Iran est pacifique – comme le répète Téhéran de longue date.

20h46

La Syrie renforce sa frontière avec le Liban

D'après plusieurs sources syriennes et libanaises à Reuters, la Syrie a renforcé sa frontière avec le Liban en dépêchant des milliers de soldats et des unités de roquettes.

20h20

Emmanuel Macron annonce le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée

"J’ai donné l’ordre au porte-avions Charles de Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée", a annoncé Emmanuel Macron lors d'une allocution télévisée mardi soir.

Le président a annoncé le déploiement de radars, de Rafales supplémentaires et l'envoi d'une frégate française, le Languedoc, au large de Chypre.

20h02

"L'Iran porte la responsabilité première de cette situation", déclare Emmanuel Macron

Au cours d'une allocution télévisée, Emmanuel Macron a imputé à l'Iran la "responsabilité première de cette situation". Le président français dit toutefois ne pas pouvoir approuver les actions militaires des Etats-Unis et d'Israël au regard du "droit international".

"Les Etats-Unis d'Amérique et Israël ont décidé de lancer des opérations militaires, conduites en dehors du droit international, ce que nous ne pouvons approuver. Il reste que l’Histoire ne pleure jamais les bourreaux de leur peuple. Aucun ne sera regretté", a-t-il ajouté.

19h09

Plusieurs projectiles tirés du Liban vers Israël

L'armée israélienne dit avoir repéré plusieurs projectiles tirés du Liban en direction du nord et du centre d'Israël. La majorité de ces projectiles a été interceptée et l'un d'eux s'est écrasé dans un endroit non habité, ajoute-t-elle.

18h53

Israël annonce avoir tué à Téhéran un haut commandant iranien en charge du Liban

L'armée israélienne indique également avoir tué dans une frappe à Téhéran le commandant de la branche au Liban de l'unité d'élite de l'armée iranienne chargée des opérations extérieures, la force Al Qods.

18h20

"Nous n'avons pas affaire à Winston Churchill" : Donald Trump s'en prend à Keir Starmer

Après avoir critiqué la position de l'Espagne, le pays européen a refusé que l'armée américaine utilise ses bases pour des missions liées à ses bombardements en Iran, Donald Trump est revenu sur sa relation avec le Royaume-Uni. "D'ailleurs, je ne suis pas content du Royaume-Uni non plus. Nous n'avons pas affaire à Winston Churchill", a-t-il lancé. Au coeur du différend : la base militaire conjointe de Diego Garcia. Londres a dans un premier temps refusé que les Etats-Unis l’utilisent pour leurs opérations en Iran.

18h14

Donald Trump annonce couper tous les échanges commerciaux avec l'Espagne

Lors d'un point presse à la Maison-Blanche, en compagnie du chancelier allemand Friedrich Merz, Donald Trump a affirmé que "certaines nations européennes ont été utiles, d'autres non" pendant la guerre. Il a cité l'Allemagne comme ayant été utile et l'Espagne comme ayant été nuisible.

Le président américain a déclaré que les Etats-Unis allaient mettre fin à tous leurs échanges commerciaux avec l'Espagne, reprochant à Madrid de n'avoir pas autorisé l'armée américaine à utiliser des bases espagnoles pour des missions liées à ses bombardements en Iran. "Nous allons couper tout commerce avec l'Espagne, nous ne voulons plus rien avoir à faire avec elle", a-t-il déclaré.

18h00

Donald Trump assure que "tout a été détruit" en Iran

Le président américain assure que "tout a été détruit" en Iran, lors d’un point presse à la Maison-Blanche avec le chancelier allemand, Friedrich Merz. "Nous sommes d’accord pour dire que ce terrible régime de Téhéran doit être éliminé", a déclaré le dirigeant allemand.

"Nous savions que les Iraniens allaient attaquer en premier, ils ont été pris par surprise", a ajouté Donald Trump qui a confié avoir "peut-être forcé la main d'Israël" à attaquer la République islamique.

17h56

Des explosions entendues à Doha et Abou Dhabi

Plusieurs explosions ont été entendues dans la région, à Doha au Qatar ainsi qu'à Abou Dhabi aux Emirats arabes unis, rapportent des journalistes de Reuters sur place.

17h48

L'armée américaine affirme avoir frappé plus de 1 700 cibles en Iran

L'armée américaine a mené des frappes contre plus de 1 700 cibles en Iran, a déclaré mardi le commandement central américain. Dans une fiche d'information, le commandement central américain a déclaré que les frappes, qui ont débuté samedi, visaient des navires de la marine iranienne, des sous-marins et des sites de missiles antinavires, ainsi que des centres de commandement et de contrôle.

17h20

L'Iran "est à court de munitions", affirme Donald Trump

"Ils sont à court de munitions et ils manquent d'endroits d'où les tirer, car ils sont en train d'être décimés. Ils sont à court de lanceurs", a déclaré Donald Trump lors d'un entretien téléphonique à Politico.

16h54

Emmanuel Macron s'entretient avec plusieurs dirigeants du Moyen-Orient

Le président français Emmanuel Macron a tenu des réunions séparées avec les dirigeants de Chypre, du Liban, du Qatar, des Émirats arabes unis et de la région autonome du Kurdistan pour discuter de la situation au Moyen-Orient, a indiqué mardi l'Élysée, sans donner plus de détails.

16h38

L'aéroport de Tel Aviv-David Ben Gourion s'apprête à reprendre progressivement ses vols

L'aéroport de Tel Aviv-David Ben Gourion, principale porte d'entrée internationale du pays près de Tel Aviv, a déclaré que l'espace aérien israélien devrait rouvrir progressivement dans la nuit de mercredi à jeudi avec un seul vol passager par heure dans la première phase.

L'aéroport Ben Gourion a annoncé mardi dans un communiqué qu'il ouvrirait à terme à deux vols passagers par heure dans une seconde phase, sans toutefois préciser de calendrier.

16h30

Le bâtiment de l'Assemblée des experts iraniens "rasé" par une frappe aérienne

Des frappes israélo-américaines ont visé le bâtiment abritant l'institution chargée d'élire un nouveau Guide suprême pour succéder à l’ayatollah Ali Khamenei, selon les agences de presse iraniennes, également citées par The Jerusalem Post. L'Assemblée des experts iraniens, composée de 88 membres, se réunissait ce mardi dans la ville de Qoom au sud de Téhéran.

Les agences de presse iraniennes ont rapporté que le bâtiment avait été "rasé" lors des frappes.

15h17

Le Hezbollah affirme avoir abattu un drone israélien au Liban

Le Hezbollah libanais a affirmé mardi avoir abattu un drone israélien au-dessus de la ville de Nabatieh, dans le sud du Liban, sans préciser s'il s'agissait d'un drone de surveillance ou d'attaque. L'armée israélienne n'a pas réagi dans l'immédiat.

Lors de sa guerre de 2024 contre Israël, le Hezbollah a abattu plusieurs drones de surveillance israéliens au-dessus du Liban.

15h00

Emmanuel Macron s'adressera aux Français à 20 heures mardi

Le président de la République s'adressera aux Français mardi à 20 heures lors d'une allocution télévisée sur la situation au Moyen-Orient, a annoncé l'Elysée.

14h49

Plusieurs blessés après dans le centre d'Israël après des tirs de missiles iraniens

L'armée israélienne a signalé mardi des frappes de missiles iraniens dans la région de Tel Aviv. "Les équipes de recherche et de sauvetage, appuyées par de nombreuses équipes de secours, sont actuellement déployées sur les lieux de l'impact dans le centre d'Israël", a déclaré l'armée. "Les circonstances de l'impact font l'objet d'une enquête."

Les services ambulanciers israéliens ont indiqué qu'ils soignaient trois personnes légèrement blessées sur les lieux. La police israélienne a indiqué qu'il y avait plusieurs zones d'impact impliquant des fragments de munitions dans le district de Tel Aviv.

14h22

L'ambassade américaine met en garde contre une attaque imminente en Arabie saoudite

L'ambassade des États-Unis en Arabie saoudite a émis mardi une alerte de sécurité mettant en garde contre une possible attaque imminente de missiles ou de drones sur la ville orientale de Dhahran, où se trouvent un consulat américain et le siège du géant pétrolier saoudien Aramco 2222.SE.

13h48

Donald Trump dit à l'Iran qu'il est "trop tard" pour discuter

Le président américain a déclaré ce mardi que Téhéran voulait dialoguer, mais qu'il était trop tard, alors que les États-Unis poursuivent leur opération militaire contre l'Iran. "Leur défense aérienne, leur armée de l'air, leur marine et leurs dirigeants n'existent plus. Ils veulent discuter. J'ai dit : 'Trop tard !'", a déclaré Donald Trump dans une publication sur Truth Social.

Le locataire de la Maison-Blanche a aussi déclaré que l'armée américaine disposait de suffisamment de munitions pour combattre "indéfiniment". "Les États-Unis sont prêts à remporter une GRANDE victoire !!!", a-t-il écrit.

13h40

L'ambassadeur iranien en Allemagne convoqué par le ministère des Affaires étrangères

Le ministère allemand des Affaires étrangères a convoqué mardi l'ambassadeur iranien pour appeler les dirigeants du pays à cesser les attaques contre les États de la région, a-t-il déclaré dans un message sur X. "Nous avons appelé sans équivoque le régime iranien à cesser immédiatement ses attaques inconsidérées contre les pays de la région", dit ce message, qui condamne les attaques de missiles et de drones "arbitraires et disproportionnées" menées par l'Iran, y compris contre des cibles civiles.

13h26

Les Émirats arabes unis ont "quatre à six mois" de réserves stratégiques de produits de base

Les Émirats arabes unis disposent de réserves stratégiques suffisantes de produits de base pour couvrir leurs besoins pendant quatre à six mois, a déclaré mardi le ministre de l'Économie, après que le conflit régional a suscité des inquiétudes quant à d'éventuelles perturbations de l'approvisionnement. Le ministre a ajouté que les Émirats arabes unis pouvaient rapidement trouver des marchés alternatifs et réagir à diverses crises.

13h13

L'Iran appelle le Conseil de sécurité de l’ONU à agir

L’Iran a appelé ce mardi le Conseil de sécurité des Nations unies à agir pour arrêter la guerre déclenchée samedi. "S’il le souhaite", le Conseil de sécurité "peut agir" et a "un devoir" en ce sens, a déclaré lors d'un point presse le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Esmaïl Baghaï. "Il n’y a pas d’obstacle à son action, excepté sa propre volonté", a-t-il jugé.

13h04

L'Iran s'interroge sur sa participation au Mondial 2026

L'Iran s'interroge sur sa participation à la Coupe de monde de football 2026, qui se tiendra cet été aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique, après que Washington, aidé d'Israël, a déclenché samedi des attaques aériennes sur le pays. Mehdi Taj, président de la fédération de football iranienne, a déclaré que ces attaques n'étaient pas de bon augure pour le Mondial, qui se tient du 11 juin au 19 juillet, sans pour autant suggérer qu'un boycott de l'événement était à l'ordre du jour.

"Ce n'est pas possible de dire exactement ce qu'il en ira, mais il y aura certainement une réponse. (La situation) sera sûrement étudiée par les plus hauts responsables sportifs du pays et il y aura une décision sur ce qui se passera ensuite", a-t-il déclaré lundi sur la chaîne de télévision iranienne IRIB Channel 3.

L'Iran s'est qualifié l'an dernier pour sa quatrième Coupe de monde consécutive et, lors du tirage de décembre dernier, le pays a été placé dans le groupe G, aux côtés de la Belgique, de l'Egypte et de la Nouvelle-Zélande. Il est prévu que l'Iran joue ses trois matchs de poule aux Etats-Unis, deux à Los Angeles et un à Seattle. En près de 100 ans d'histoire, il n'est jamais arrivé qu'un pays qui s'est qualifié pour la phase finale d'une Coupe de monde décide au bout du compte de ne pas y participer.

12h53

Le Royaume-Uni va envoyer un navire de guerre pour défendre sa base à Chypre, selon le Times

Le Times rapporte ce mardi que les forces britanniques comptent envoyer un navire au large de Chypre afin de défendre la base de la Royal Air Force à Akrotiri, qui a été touchée lundi matin par un drone Shahed de fabrication iranienne. Ce dernier s'est écrasé sur une piste. Deux autres drones ont été interceptés quelques heures plus tard.

12h41

L’armée israélienne annonce la création d'une "zone tampon" au Liban

"Le commandement nord a avancé, pris le contrôle des hauteurs et crée à présent une zone tampon, comme nous l’avions promis, entre notre population et toute menace", a déclaré à la télévision le porte-parole de l’armée israélienne, le général de brigade Effie Defrin, au lendemain des premières frappes de l'Etat hébreu sur le Liban.

12h25

L'aéroport du Qatar visé par des attaques iraniennes

Des attaques iraniennes ont visé l'aéroport international Hamad, à Doha, a annoncé un porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar lors d'une conférence de presse, précisant que toutes les attaques avaient été déjouées. Les cibles iraniennes ne se limitent pas aux sites militaires, mais incluent tout le territoire du Qatar, a-t-il souligné, indiquant aussi qu'il n'y avait aucune communication en cours avec l'Iran.

12h13

Les Bourses européennes s'enfoncent

Les Bourses européennes s’enfonçaient vers 11h40 ce mardi, au quatrième jour de la guerre au Moyen-Orient : Paris perdait 3,18 %, Francfort 4,11 % et Milan 4,73 %. La veille, les principales places européennes avaient déjà cédé environ 2 %.

Les investisseurs sont particulièrement préoccupés par la hausse des prix du pétrole résultant de ce conflit et son impact sur les perspectives en matière d'inflation et de croissance.

12h00

L'ONU demande une enquête sur l'attaque "horrible" perpétrée contre une école iranienne

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme a exhorté les "forces" à l'origine de l'attaque contre une école de filles en Iran à enquêter et à partager leurs informations sur cet incident "horrible", sans les nommer. "Le Haut-Commissaire (Volker Turk) demande une enquête rapide, impartiale et approfondie sur les circonstances de l'attaque. Il incombe aux forces qui ont perpétré l'attaque d'enquêter", a déclaré Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, lors d'un point de presse à Genève, qualifiant l'incident d'"horrible".

Le secrétaire d'État Marco Rubio a déclaré que les forces américaines "ne cibleraient pas délibérément une école", après que les médias d'État iraniens ont rapporté que plus de 160 personnes avaient été tuées le premier jour des attaques américaines et israéliennes contre l'Iran.

11h26

Au moins 30 000 personnes déplacées au Liban

Au moins 30 000 personnes déplacées ont cherché refuge dans des abris au Liban depuis le début des hostilités entre Israël et le Hezbollah lundi, a déclaré mardi l'agence des Nations Unies pour les réfugiés.

"Selon des estimations prudentes, près de 30 000 personnes auraient été accueillies dans des abris collectifs", a déclaré Babar Baloch, porte-parole du HCR. Beaucoup d'autres ont dormi dans leur voiture au bord des routes ou étaient encore coincés dans les embouteillages", a-t-il ajouté.

L'armée israélienne a émis ce mardi de nouveaux ordres d'évacuation à destination des habitants de plusieurs dizaines de villes situées dans le sud du Liban.

11h14

L'Arabie saoudite condamne l'attaque iranienne contre l'ambassade américaine à Riyad et se réserve le droit de riposter

L'Arabie saoudite a condamné mardi une attaque iranienne nocturne visant l'ambassade américaine à Riyad, et a souligné qu'elle se réservait le droit de riposter, selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères. Le royaume a réaffirmé son plein droit de prendre toutes les mesures nécessaires pour défendre sa sécurité et ses intérêts vitaux, y compris la possibilité de répondre à toute agression, indique le communiqué.

11h01

Israël dit avoir frappé la présidence iranienne et le Conseil de sécurité à Téhéran

L'armée israélienne a annoncé mardi avoir mené hier des frappes aériennes contre la présidence iranienne et les bureaux du Conseil suprême de sécurité nationale à Téhéran. Lundi soir, "l’aviation israélienne a frappé et démantelé des installations situées dans le complexe de la direction du régime terroriste iranien au cœur de Téhéran", a-t-elle déclaré. "De nombreuses munitions ont été larguées sur les bureaux de la présidence et le bâtiment du Conseil suprême de sécurité nationale", a-t-elle ajouté.

10h51

La Russie demande des preuves que l'Iran développait un arsenal nucléaire

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov déplore ne pas avoir vu une seule preuve du développement par l'Iran d'un arsenal nucléaire, l'une des raisons avancées par les Etats-Unis ou Israël pour justifier leur campagne de frappes aériennes contre la République islamique.

Le Kremlin a par ailleurs déclaré ce mardi que Vladimir Poutine ferait de son mieux pour apaiser les tensions au Moyen-Orient.

10h48

Téhéran met en garde les pays européens

Le porte-parole du ministre des Affaires étrangères iranien met en garde les pays européens contre "toute implication dans la guerre", laissant ainsi planer la menace de représailles ciblées. "Toute [implication] contre l’Iran serait considérée comme un geste de complicité avec les agresseurs", a prévenu Esmaeil Baghaei lors d'une conférence de presse.

10h34

L'AIEA confirme des dégâts récents sur le site nucléaire iranien de Natanz

L'AIEA, l'agence de surveillance nucléaire de l'ONU, a déclaré mardi que des dégâts récents avaient été constatés dans le périmètre du site d'enrichissement nucléaire souterrain iranien de Natanz, dans la province d'Ispahan (centre de l'Iran). Lundi, le représentant de l'Iran auprès de l'AIEA avait déclaré que le site, déjà visé en juin 2025, avait été de nouveau bombardé dimanche par Israël et les Etats-Unis.

Selon l'AIEA, qui a pu le vérifier grâce à des images par satellite, des bâtiments situés à l'entrée du site ont été touchés mais aucun impact n'a été détecté dans l'usine souterraine elle-même. L'agence onusienne dit ne pas s'attendre à des conséquences en termes de radioactivité.

10h15

Des avions français ont "conduit des opérations de sécurisation du ciel"

Des Rafale français basés à Abou Dabi ont été "mobilisés pour assurer la sécurité" de "l'emprise" de la France, a déclaré Jean-Noël Barrot ce mardi sur BFMTV. "Ils ont conduit leurs opérations de sécurisation du ciel au-dessus de nos bases et donc des Émirats", a-t-il déclaré, sans préciser si des drones iraniens avaient été détruits par ces avions.

10h06

Près de 800 morts en Iran

Le bilan humain des bombardements israéliens et américains en Iran s'établit désormais à 787 morts, selon les chiffres du Croissant-Rouge iranien cités par les médias officiels de Téhéran.

10h03

Le raid contre l’ayatollah Khamenei analysé par un ancien de la DGSE

Ex-directeur technique de la DGSE, Bernard Barbier décrypte pour L’Express ce que l’élimination de l’ayatollah Ali Khamenei révèle de la transformation du renseignement américain, devenu non plus seulement un outil d'observation mais un système de frappe intégré en temps réel.

>> Notre entretien

09h42

Le ministre français de l'Économie affirme que l'approvisionnement en gaz et en essence n'est pas menacé en France

Tout en reconnaissant des "incertitudes économiques et financières", le ministre français de l'Économie, Roland Lescure, a déclaré mardi que l'approvisionnement en gaz naturel et en essence n'était pas menacé en France à court terme. "N’inventons pas un problème qui n’existe pas, il n’y a aucune raison de se précipiter vers les stations-service", a-t-il déclaré aux journalistes lors d'un point presse aux côtés du gouverneur de la Banque de France.

Celui-ci a assuré que le secteur financier français était peu exposé à la crise du Moyen-Orient. "L'économie française aborde ces tensions avec certains éléments favorables : une inflation basse, une croissance relativement résiliente et un secteur financier solide avec une exposition limitée sur le Moyen-Orient", a souligné François Villeroy de Galhau.

09h29

Un réservoir de carburant percuté par un drone au port de Duqm, à Oman

Un réservoir de carburant du port commercial de Duqm, à Oman, a été touché mardi lorsque l'installation a été attaquée par plusieurs drones, a indiqué l'agence de presse officielle du pays, citant une source sécuritaire, au quatrième jour des frappes américano-israéliennes contre l'Iran, qui a riposté en ciblant des pays voisins.

Cette attaque survient au lendemain de l'arrêt par le Qatar de sa production de gaz naturel liquéfié (environ un cinquième de l'approvisionnement mondial ), tandis que l'Arabie saoudite a suspendu la production dans sa plus grande raffinerie nationale.

09h23

Les Bourses européennes chutent à nouveau

Les principales Bourses européennes sont dans le rouge en début de séance mardi. À Paris, le CAC 40 perd 1,47 %. A Francfort, le Dax recule de 1,88 % et à Londres, le FTSE 100 cède 1,24 %.

09h10

La France s'apprête à rapatrier ses ressortissants les plus vulnérables

La France se prépare à affréter des vols pour rapatrier ses ressortissants "les plus vulnérables" présents dans les pays du Moyen-Orient touchés par la guerre contre l’Iran, a annoncé Jean-Noël Barrot ce mardi. "Nous nous préparons à des affrètements de vols pour que les personnes les plus vulnérables, les personnes qui méritent d’être accompagnées, puissent, le cas échéant, en bénéficier", a déclaré sur BFMTV le ministre des Affaires étrangères français, sans préciser le nombre de personnes qui pourraient être concernées par ces vols.

400 000 ressortissants français, résidents ou de passage, sont présents dans la douzaine de pays concernés par le conflit. Jean-Noël Barrot les a appelés à la plus grande prudence et à emprunter si nécessaire les voies de sortie aériennes ou terrestres en fonction des situations locales. Plus de 25 000 Français sont inscrits auprès des autorités comme "de passage".

"La France se tient prête à défendre ses partenaires conformément au principe de légitime défense collective qui est un principe du droit international", a par ailleurs réaffirmé le ministre. "C'est au président de la République de prendre la décision", a-t-il souligné. "Lorsque les décisions auront été prises, elles seront communiquées."

09h01

Israël se prépare à une campagne de plusieurs semaines contre l'Iran

L'armée israélienne s'est préparée à une campagne contre l'Iran qui pourrait durer plusieurs semaines, mais il est peu probable qu'elle implique le déploiement de forces terrestres, a déclaré mardi un porte-parole militaire aux journalistes. "Nous avons établi un calendrier général sur plusieurs semaines", a déclaré le lieutenant-colonel Nadav Shoshani lors d'un point de presse en ligne, ajoutant que la durée de la campagne militaire pourrait évoluer en fonction de la situation. Il a qualifié les progrès réalisés jusqu'à présent de positifs.

08h54

La Chine exhorte à la reprise des pourparlers sur le nucléaire iranien

La Chine respecte le "droit légitime de l'Iran à l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire", a déclaré ce mardi un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, tout en exhortant à mettre fin aux actions militaires américaines et à privilégier la reprise des pourparlers et des négociations.

"Les frappes américaines contre l'Iran, qui ont lieu pendant les négociations en cours, violent le droit international et les principes fondamentaux des relations internationales", a déclaré le porte-parole du ministère, Mao Ning, lors d'un point de presse régulier. "La question nucléaire iranienne devrait à terme retrouver le chemin d'un règlement politique et diplomatique", a-t-il ajouté.

08h35

La France envoie des systèmes anti-drones à Chypre après une attaque contre une base britannique

La France prévoit d'envoyer des systèmes antimissiles et antidrones à Chypre après qu'une base souveraine britannique sur l'île a été attaquée par des drones, a déclaré l'agence de presse semi-officielle chypriote (CNA).

L'aide française à l'île, telle que rapportée, fait suite à l'offre d'assistance de la Grèce quelques heures après que la base aérienne britannique d'Akrotiri, une base souveraine, a été visée par deux incidents distincts de drones lundi. Dans un premier temps, un drone Shahed de fabrication iranienne s'est écrasé sur la piste de la base, causant des dégâts limités. Quelques heures plus tard, deux autres drones ont été interceptés.

08h32

Changer le régime iranien par les airs ? Cette doctrine controversée qui a séduit Donald Trump

Pour comprendre l'opération "Epic Fury", il faut se pencher sur la doctrine Douhet et son mythe du changement de régime par les airs. Mais cela peut-il réussir sans troupes au sol ? Donald Trump refuse d'exclure cette hypothèse...

>> Notre décryptage à lire ici

08h30

La France affirme qu'elle travaillera avec la Chine à la désescalade de la guerre contre l'Iran

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s'est entretenu hier avec son homologue chinois, Wang Yi, pour discuter de la guerre en Iran et les deux hommes ont convenu de travailler à la désescalade, a indiqué le bureau de Jean-Noël Barrot dans un communiqué.

Les deux ministres se sont engagés à rechercher une solution politique qui garantisse la sécurité collective et prenne en compte les aspirations du peuple iranien, indique le communiqué.

08h28

Donald Trump déclare qu'il est "triste de constater" que les relations entre les États-Unis et le Royaume-Uni ne sont plus ce qu'elles étaient

Le président américain Donald Trump a déclaré qu'il était "triste de constater" que la relation avec la Grande-Bretagne n'était "plus ce qu'elle était" après que le Premier ministre Keir Starmer a initialement hésité à apporter son soutien aux frappes contre l'Iran. "C’est très triste de constater que la relation n’est plus ce qu’elle était", a-t-il déclaré mardi au journal The Sun.

Il a déclaré que les États-Unis n'avaient pas besoin de la Grande-Bretagne pour faire la guerre au Moyen-Orient, mais a ajouté : "Cela n'aura aucune importance, mais (Starmer) aurait dû aider… il aurait dû." "Je veux dire, la France a été formidable. Ils ont tous été formidables. Le Royaume-Uni a été très différent des autres."

08h21

L'armée israélienne affirme que ses soldats sont déployés en "plusieurs points" dans le sud du Liban

L’armée israélienne affirme que ses soldats sont déployés en "plusieurs points" dans le sud du Liban. "Parallèlement à l’opération 'Roaring Lion', les soldats de l’armée israélienne mènent des opérations dans le sud du Liban et sont positionnés à plusieurs endroits près de la zone frontalière dans le cadre d’un renforcement de la défense avancée", dit-elle dans un communiqué annonçant l’envoi de troupes au sol.

Le ministre de la Défense, Israël Katz, a déclaré dans un communiqué avoir autorisé l'armée à progresser et à prendre le contrôle de positions supplémentaires au Liban après que le Hezbollah a tiré des roquettes sur Israël dimanche soir, en réaction aux frappes américaines et israéliennes contre l'Iran. Les forces israéliennes occupent cinq positions dans le sud du Liban depuis novembre 2024.

07h53

Air France prolonge la suspension de ses vols

Dans un avis diffusé lundi soir, Air France a annoncé la prolongation jusqu'au 5 mars inclus de l'annulation de ses vols à direction ou en provenance de Tel Aviv, Beyrouth, Dubaï et Riyad en raison du conflit en cours. La compagnie a indiqué que la sécurité de ses clients et de son équipage était sa priorité absolue et qu'elle évaluerait la situation avant de reprendre les vols.

07h35

L’ambassade des États-Unis au Koweït "fermée jusqu’à nouvel ordre"

"En raison des tensions régionales actuelles", l'ambassade des Etats-Unis au Koweït a annoncé ce mardi matin sa fermeture jusqu'à nouvel ordre, dans un message sur X.

Security Alert:  U.S. Embassy Kuwait Closure

Due to ongoing regional tensions, the U.S. Embassy in Kuwait will be closed until further notice.  We have canceled all regular and emergency consular appointments.  We will communicate when the embassy returns to normal operations.… pic.twitter.com/x3hJQXp51Q

— U.S. Embassy Kuwait (@USEmbassyQ8) March 3, 2026

L'ambassade américaine en Arabie saoudite a pour sa part confirmé dans un communiqué avoir été visée par une attaque. Elle restera fermée ce mardi.

07h28

Un projet d'action d'Israël contre l'Iran a incité les Etats-Unis à frapper, dit Marco Rubio

Un projet d'action d'Israël contre l'Iran qui aurait déclenché des représailles iraniennes contre les troupes américaines a incité les Etats-Unis à lancer au cours du week-end des bombardements contre Téhéran, a déclaré hier soir à Washington le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio. "Nous savions qu'il y aurait une action israélienne", a-t-il déclaré aux journalistes avant d'effectuer un compte rendu à huis clos de l'opération en Iran à des élus du Congrès. "Nous savions que cela précipiterait une attaque contre les troupes américaines, et nous savions que si nous ne nous en prenions pas à eux de manière préventive avant qu'ils ne lancent ces attaques, nous aurions subi des pertes plus lourdes", a-t-il ajouté.

07h09

Le successeur d'Ali Khamenei rapidement nommé ?

Un membre de l'Assemblée des experts iraniens, chargée de choisir un nouveau Guide suprême, a déclaré que le choix du successeur de l'ayatollah Ali Khamenei "ne prendra pas longtemps", a rapporté ce mardi l'agence de presse iranienne Isna.

06h51

Les États-Unis ordonnent à leur personnel non essentiel de quitter Bahreïn, l'Irak et la Jordanie

Le département d'État américain a annoncé mardi avoir ordonné le départ du personnel gouvernemental américain non essentiel et des membres de leur famille du Bahreïn, de l'Irak et de la Jordanie. Cette décision intervient alors que les États-Unis surveillent les risques sécuritaires liés à leur conflit avec l'Iran.

06h32

Israël frappe Téhéran et Beyrouth

L'armée israélienne dit mener présentement des attaques simultanées contre Téhéran et contre Beyrouth.

06h16

Les Etats-Unis disent avoir détruit des postes de commandement des Gardiens de la révolution

"Les forces américaines ont détruit les installations de commandement et de contrôle du corps des Gardiens de la révolution islamique, les capacités de défense aérienne iraniennes, les sites de lancement de missiles et de drones, ainsi que les aérodromes militaires au cours d’opérations soutenues", a écrit tôt ce mardi sur X le commandement militaire central américain (CentCom). "Nous continuerons à prendre des mesures décisives contre les menaces imminentes posées par le régime iranien", ajoute l'armée américaine dans son post.

U.S. forces have destroyed Islamic Revolutionary Guard Corps command and control facilities, Iranian air defense capabilities, missile and drone launch sites, and military airfields during sustained operations. We will continue to take decisive action against imminent threats… pic.twitter.com/0aHEyVHf5e

— U.S. Central Command (@CENTCOM) March 3, 2026

06h13

Israël poursuit ses frappes au Liban

L'armée israélienne a dit cette nuit effectuer des frappes au Liban contre des centres du commandement du Hezbollah et des entrepôts d'armes du mouvement aligné sur l'Iran.

Le Hezbollah de son côté dit avoir lancé des drones en direction du nord d'Israël, dont l'armée a annoncé avoir intercepté deux drones en provenance du Liban.

06h05

L'ambassade des Etats-Unis à Riyad visée par deux drones

L'ambassade américaine dans la capitale saoudienne a été visée cette nuit par deux drones. L'attaque a provoqué un incendie "limité" et des dégâts matériels mineurs, a précisé le ministère saoudien de la Défense. Aucune victime n'a été signalée, des personnes au fait de la question confirmant que le bâtiment diplomatique était alors vide. Il a été conseillé tôt ce mardi aux ressortissants américains résidant en Arabie saoudite de rester à l'abri.

Interrogé par la chaîne News Nation sur la riposte prévue à cette frappe, Donald Trump a déclaré : "Vous le découvrirez bientôt".

المتحدث الرسمي لوزارة الدفاع: تعرّضت السفارة الأمريكية في الرياض لهجوم بمسيّرتين بحسب التقديرات الأولية، ونتج عن ذلك حريق محدود وأضرار مادية بسيطة في المبنى. pic.twitter.com/YuCukrePkH

— وزارة الدفاع (@modgovksa) March 3, 2026

06h01

La guerre ne sera pas "sans fin", assure Benyamin Netanyahou

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a déclaré dans une interview à la chaîne de télévision américaine Fox News que l'action menée en Iran par Israël et les Etats-Unis serait "rapide et décisive". "Vous n’allez pas avoir une guerre sans fin", a-t-il assuré, ajoutant que la campagne militaire israélo-américaine "créé les conditions" pour que le peuple iranien fasse chuter le gouvernement de Téhéran.

© via REUTERS

Emmanuel Macron, ici lors d'une conférence de presse à l'Elysée, le 13 juin 2025, doit s'exprimer sur le nucléaire ce lundi 2 mars à l'Ile Longue.

Guerre en Iran : Reza Pahlavi - Ali Ahmad Khomeini, la bataille des héritiers

3 mars 2026 à 07:00

L'histoire comme un éternel recommencement. 47 ans après la Révolution islamique, la mort de l'ayatollah Khamenei ouvre une nouvelle page de l'histoire de l'Iran : une page remplie d'inconnu et de chaos potentiel. Alors, dans cette période de doutes, des noms familiers refont surface : celui d'Ali Ahmad Khomeini, petit-fils du premier Guide suprême ; celui de Reza Pahlavi, fils du dernier chah d'Iran, en exil depuis 1979. Deux camps de la Révolution, deux incarnations d'un avenir possible de l'Iran.

Du côté du régime iranien, la mort de l'ayatollah Khamenei laisse un vide béant. A 86 ans, le Guide suprême régnait à la fois sur le gouvernement, les religieux, l'armée régulière et les Gardiens de la révolution. D'après la Constitution, une assemblée des experts, composée de 88 hauts dignitaires religieux, doit se réunir bientôt pour nommer le prochain chef d'Etat. "Mais la République islamique n'a connu qu'une seule succession dans son histoire, et jamais en temps de guerre, souligne Alex Vatanka, auteur de The Battle of the Ayatollahs in Iran (2021). La dernière transition, en 1989, était le résultat d'arrangements occultes. Les 88 religieux valident seulement le nom d'un candidat, qui sera probablement choisi par les Gardiens de la révolution cette fois."

Le nom qui émerge des coulisses du pouvoir iranien est bien connu : Ali Ahmad Khomeini, petit-fils du fondateur de la République islamique. "Il est le favori dans la course à la succession, assure le chercheur Nozar Vaziri dans une analyse pour New Lines Institute. Dans les traditions du clergé chiite, le pouvoir se transmet du père à son fils le plus âgé ou le plus capable. [...] Ali Ahmad Khomeini, qui est à la fois un islamiste et un homme politique astucieux et efficace, apparaît comme le meilleur candidat au poste de Guide suprême au sein de son clan." Autre atout : sa femme, petite-fille du grand ayatollah Ali al-Sistani d'Irak, donnerait au nouveau Guide une assise régionale, utile en temps de guerre.

Quel choix pour Donald Trump ?

Ces dernières semaines, le petit-fils de l'ayatollah Khomenei s'est distingué par plusieurs apparitions publiques. D'abord dans une interview au média Al Mayadeen, dans laquelle il loue les "innombrables qualités" d'Ali Khamenei ; puis au lendemain de sa mort, il a prononcé un éloge funèbre très remarqué en Iran. "A l'inverse, le propre fils de Khamenei, Motjaba [NDLR : lui aussi pressenti pour succéder à son père] n'a pas pris la parole, ce qui laisse supposer que le petit-fils du fondateur de la République islamique a de grandes chances d'être nommé Guide suprême", estime Nozar Vaziri.

Dans le camp d'en face, un nom ressort d'une opposition fracturée : celui de Reza Pahlavi, fils du dernier chah d'Iran et incarnation de la monarchie en exil. Ses soutiens l'appellent "prince" même s'il ne revendique pas officiellement l'héritage du trône. "Il veut incarner une autre voie pour le peuple d'Iran, une transition vers la démocratie, nous expliquait récemment un membre de son entourage. Ces dernières années, il a décidé de ne plus mener la lutte depuis les coulisses et de construire une grande coalition du changement en Iran."

Reza Pahlavi multiplie les apparitions depuis son arrivée sur la scène publique en 2022, dans la foulée du mouvement "Femme, vie, liberté". Il court les médias européens (TF1 et Le Point en France le mois dernier) mais surtout américains, où il est un invité régulier de Fox News. Son discours vise à convaincre un téléspectateur en particulier : Donald Trump. Jusqu'ici, le président américain a refusé de le recevoir, déclarant tout de même en janvier : "Il semble très sympathique, mais je ne sais pas comment il se comporterait dans son propre pays. […] Je ne sais pas si son pays accepterait ou non son leadership. Si c’était le cas, je m’en réjouirais." Une autre inconnue, une autre bataille des récits à mener.

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Qui sera le successeur du guide suprême Ali Khamenei, tué dans une frappe israélo-américaine ?

Pourquoi il est important de parler de fascisme, par Catherine Fieschi

3 mars 2026 à 06:30

Autour de la mort tragique de Quentin Deranque, une bataille lexicale s’est ouverte révélant des réflexes politiques à la fois apeurés et brouillons. Chacun a semblé chercher moins à comprendre qu’à stabiliser un récit immédiatement acceptable. Soyons indulgents : face à un événement violent et politiquement chargé, le langage a vacillé.

Quentin Deranque, qui assurait le service d’ordre du groupe d’extrême droite Némésis, est ainsi d’abord présenté comme un "militant identitaire", formule atténuée qui transforme une appartenance idéologique en simple engagement. En face, ses agresseurs désignés comme des "antifas", relèvent donc de l’"extrême gauche", une radicalité cette fois clairement assumée dans le vocabulaire employé. Les qualifications sont ensuite devenues plus précises, les prudences plus équilibrées. Mais quelque chose est resté inchangé : une nette réticence à nommer certains phénomènes pour ce qu’ils pourraient être.

Les actes doivent évidemment être jugés pour ce qu’ils sont : une violence abominable ayant entraîné la mort d’un jeune homme de 23 ans. Rien ne saurait en atténuer la gravité ni la responsabilité.

Mais les débats publics et médiatiques autour de cette affaire reposent trop souvent sur une idée devenue familière - le fascisme n’existerait plus. Le raisonnement est redoutablement efficace. Et circulaire. Si le fascisme appartient définitivement au passé, alors l’antifascisme devient une posture anachronique et absurde. Voire la véritable source de violence politique. En disqualifiant l’antifascisme, le fascisme cesse d’être une catégorie d’analyse du présent. L’extrême droite devient alors une opinion parmi d’autres — parfois excessive, mais désormais ordinaire. Elle n’avait pourtant pas besoin d’une normalisation supplémentaire.

Réduire le fascisme à un régime revient à oublier qu’il est aussi une idéologie

Il est vrai que la question du fascisme continue d’animer les sphères universitaires. Elle fait débat, et ses contours restent disputés. Historiquement, le fascisme est un régime — l’Italie de 1922 à 1946 en constitue la matrice évidente. Mais l’histoire ne se laisse pas enfermer dans un seul modèle : d’autres expériences autoritaires, du Chili de Pinochet à diverses dictatures du XXᵉ siècle, en brouillent les frontières. Surtout, réduire le fascisme à un régime revient à oublier qu’il est aussi une idéologie. Or les idéologies ne meurent pas avec les institutions qui les ont incarnées. Elles se transforment, changent parfois de cibles, s’adaptent aux contextes culturels et politiques.

Les travaux du philosophe politique britannique Michael Freeden le montrent bien : une idéologie repose sur un noyau dur d’idées relativement stables, entouré d’éléments plus contextuels qui évoluent avec le temps. Ce cœur conceptuel peut survivre aux défaites historiques. Dans le cas du fascisme, il n’est pas difficile d’en identifier les constantes : la fascination des plus forts pour la domination, la croyance en des hiérarchies naturelles et immuables, l’acceptation — voire la valorisation — de l’oppression ou de l’exploitation des plus vulnérables que l’on méprise. Et enfin, la violence comme source de renouveau et de purification collective.

Ces imaginaires n’ont pas disparu. Ils sourdent, bien vivants, dans des espaces politiques et culturels devenus familiers : dans le mouvement Maga aux États-Unis, dans les courants masculinistes, ou encore sous le racisme feutré de l’anti-wokisme. Et évidemment chez les groupes d’extrême droite à la recherche de la violence de rue contre leurs opposants – et qui rappellent les groupes des années 20 et 30, l’Action française, les Jeunesses patriotes, ou Solidarité française. Tous partagent, à des degrés divers, la nostalgie d’un passé mythifié et la promesse d’un ordre naturel perdu qu’il faudrait restaurer - afin que ses bénéficiaires profitent de ce dont ils ont été déchus, et qui leur serait dû. Tous sont animés par une conviction simple et brutale : la force fait le droit, et les faibles subissent ce qu'ils ne peuvent éviter. Et à chacun "son" souffre-douleur. Car c’est là le talent du fascisme – hiérarchiser pour mieux contrôler.

Alors, à quoi cela sert-il de parler de fascisme ? Non pas à distribuer des anathèmes moraux, mais à nommer des logiques politiques réelles - qui pourraient trop facilement passer du stade d’idées partagées à celui de force politique institutionnalisée tout en douceur et en dédiabolisation.

Catherine Fieschi est chercheuse au centre Robert Schuman de l’Institut universitaire européen (IUE) de Florence

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Affiche représentant Quentin Deranque, militant identitaire tué à Lyon.

De l'Iran au Venezuela : bienvenue dans l'ère de la CIA "made in Trump"

2 mars 2026 à 20:00

Pour éliminer le guide suprême iranien, Ali Khamenei, les informations de la CIA ont encore une fois été décisives. Selon les informations du New York Times, l'agence de renseignement américaine traquait l'ayatollah depuis des mois et savait qu'une réunion entre les dirigeants iraniens allait avoir lieu samedi 28 février à Téhéran. L'infiltration de la CIA ne s'est pas arrêtée là puisque l'agence américaine aurait également pu transmettre une photo de l'ayatollah au président américain pour confirmer son décès.

Malgré ce nouveau succès, une menace plane sur l’agence de renseignements la plus puissante au monde. Son nom ? Donald Trump. Dès son retour à la Maison-Blanche, en janvier 2025, le président américain organise une purge d’envergure au sein de ses services de renseignements. L'objectif : détruire les carrières des personnes qui ont enquêté sur ses liaisons avec la Russie lors de la campagne de 2016. "La purge va même encore plus loin, précise Tim Weiner, journaliste américain, auteur de La Mission (Robert Laffont), vainqueur du prix Pulitzer en 1988. Si vous voulez un poste élevé au sein de la CIA, vous devez essentiellement prêter allégeance, non pas à la Constitution, mais à Donald Trump lui-même." Un an après le début de cette purge, difficile de savoir précisément combien de personnes sont parties. Certaines sources évoquent un chiffre avoisinant les 1 200 personnes.

D’autres changements surviennent rapidement. Notamment sur le recrutement des agents. Depuis les années 1980, la CIA avait pour habitude de recruter des agents de différentes ethnies pour faciliter les infiltrations à l’étranger. Mais l’administration Trump a aboli le DEI, le programme en faveur de la diversité, l’équité et l'inclusion. "Envoyer des espions exclusivement blancs, en Chine, au Pakistan ou en Somalie, est une mauvaise idée, explique Tim Weiner. Les espions veulent se fondre dans la masse. Ils veulent connaître la langue, l'histoire et la culture des pays qu'ils espionnent. Autrefois, la diversité était l'un des superpouvoirs de la CIA." Enfin, un troisième bouleversement s’est joué au fil des mois au sein de l’agence, dont l’aboutissement s'est illustré... le 3 janvier 2026.

L'opération Maduro

L’enlèvement de Nicolas Maduro raconte quelque chose de ce qu’est devenue la CIA sous Donald Trump. Une agence qu’il a voulu remodeler pour l’adapter à ses priorités. A travers la "Doctrine Monroe", rebaptisée "Donroe" par le président Trump, Washington s'autorise à s’immiscer dans les affaires de ses voisins latino-américains. Et sur le plan tactique, l’opération "Absolute Revolve" est un véritable succès. En plus de ces sources humaines infiltrées à Caracas, la CIA aurait communiqué plusieurs renseignements essentiels à la capture du président vénézuélien. En interne, l’opération symbolise bien la fracture qui s’est progressivement ouverte à la CIA : avec d’un côté, les analystes qui travaillent dans les bureaux, et de l’autre, les officiers de terrain, considérés comme des héros par la nouvelle administration.

La CIA serait donc entrée dans une nouvelle phase de politisation à outrance. Pourtant ce n’est pas si nouveau… Fondée en 1947 dans le cadre du National Security Act, l’agence est dès le début utilisée contre l’Union soviétique pendant la guerre froide. Depuis sa création, "la CIA est un instrument de la politique étrangère américaine, raconte Tim Weiner. Elle fait ce que le président lui dit de faire. Elle lui appartient." Aujourd’hui, la question est donc de savoir où placer le curseur entre la compétence et la loyauté. Entre purge au sein du renseignement, dérive autoritaire et politisation des institutions, Donald Trump prend le risque de fragiliser considérablement la plus célèbre des agences de renseignement.

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Donald Trump à son arrivée au Texas, le 27 février 2026.

Attaque iranienne contre une base militaire à Chypre : la guerre aux portes de l'Europe ?

2 mars 2026 à 19:51

La guerre au Moyen-Orient, entre la coalition israélo-américaine et l'Iran, pourrait-elle s'étendre aux portes de l'Europe ? Lundi, une base britannique située à Chypre a été ciblée par plusieurs drones iraniens Shahed, causant toutefois des dégâts limités et aucune victime, selon des responsables chypriotes et britanniques.

Une première frappe a touché une piste de la base aérienne britannique d'Akrotiri peu après minuit. Les responsables chypriotes pensent que l'attaque aurait été menée par le Hezbollah libanais, groupe militaire soutenu par l'Iran, au moyen d'un drone Shahed.

La cible n'était pas l'île méditerranéenne en soi, mais la base militaire britannique. Depuis ce week-end, l'Iran et ses alliés ripostent en effet à l'offensive israélo-américaine par des attaques contre des bases militaires, y compris alliées. Lundi en journée, deux autres drones ont été détectés se dirigeant vers Akrotiri, avant d'être interceptés, a déclaré un porte-parole chypriote.

Vers une possible escalade ?

La base d'Akrotiri est dans le viseur de l'Iran et de ses alliés, après que le Premier ministre Keir Starmer a accepté la demande des Etats-Unis, dimanche, d'utiliser cette position pour "des frappes défensives". La Grande-Bretagne compte environ 7 000 militaires et leurs familles à Chypre. Ses bases, d'une superficie de 255 kilomètres carrés (un peu moins de 3 % de la superficie de Chypre), abritent également un poste d'écoute britannique stratégique.

Le président chypriote Níkos Christodoulídis a néanmoins dit vouloir "être clair" sur le fait que son pays "ne participe d'aucune manière et n'a aucune intention de prendre part à une quelconque opération militaire".

La base d'Akrotiri est l'une des deux bases que la Grande-Bretagne a conservées dans son ancienne colonie depuis son indépendance en 1960. Elle a notamment été utilisée pour des opérations militaires en Irak, en Syrie et au Yémen. Chypre assure actuellement la présidence tournante de l'Union européenne (UE). Bien qu'elle ne soit pas membre de l'Otan comme le Royaume-Uni, en vertu de la clause de défense mutuelle de l'UE, les Etats membres devraient lui porter secours en cas d'attaque.

Le ministre grec de la Défense, Nikos Dendias, a déclaré lundi que la Grèce défendrait Chypre "par tous les moyens possibles" et qu'elle envoyait deux frégates à Chypre, dont une équipée d'un système anti-drone, ainsi que quatre avions de chasse F-16.

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La base aérienne britannique d'Akrotiri (Chypre), frappée par un drone iranien sans pilote pendant la nuit le 2 mars 2026.

Pouvoir décapité, siège des Gardiens de la révolution attaqué : quelles pertes côté iranien ?

2 mars 2026 à 19:19

Assiste-t-on à la fin du régime des mollahs ? Dimanche 1er mars, les médias iraniens ont confirmé la mort du Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, dans des frappes israélo-américaines contre sa résidence, la veille. Son nom s'ajoute ainsi à la liste des dignitaires politiques et militaires éliminés au cours de l'offensive menée par les Etats-Unis et Israël, déclenchée samedi 28 février. L'Iran a également essuyé des frappes contre le quartier général des Gardiens de la révolution, et une partie de sa flotte navale a été coulée. Et ce, en moins de trois jours, plongeant la République islamique dans sa pire crise depuis l'avènement du régime en 1979.

De nombreuses figures militaires et politiques assassinées

Lundi, les médias iraniens ont confirmé la mort de Mansoureh Khojasteh, l'épouse d'Ali Khamenei, blessée dans l'attaque contre le palais présidentiel. Selon l'agence Tasnim, sept missiles se sont abattus aux abords de la résidence du Guide suprême samedi, tuant également la fille d'Ali Khamenei, son gendre et sa petite-fille.

Donald Trump s'est empressé de se réjouir de la mort d'Ali Khamenei sur son réseau Truth Social, évoquant "l'une des personnes les plus diaboliques de l'Histoire". En tant que Guide suprême de la Révolution islamique, l'ayatollah occupait le plus haut poste en termes de responsabilités politiques et religieuses en Iran, le président assurant quant à lui la direction du gouvernement. A 86 ans, Ali Khamenei dirigeait le pays d'une main de fer depuis 1989, ayant notamment orchestré les répressions sanglantes contre les manifestants anti-régime de ces dernières années.

Au cours de l'opération baptisée "fureur épique" par le Pentagone, les Etats-Unis et Israël ont également annoncé la mort de plusieurs hauts responsables iraniens. A commencer par deux figures importantes des corps militaires : le chef d'état-major des forces armées Abdolrahim Mousavi, ainsi que le général Mohammad Pakpour, le commandant du corps des Gardiens de la révolution islamique. Ce dernier avait été nommé à sa tête après la mort de son prédécesseur, Hossein Salami, lors des frappes aériennes de juin 2025 en Iran.

Les médias iraniens ont également annoncé la mort d'Aziz Nasirzadeh, ministre de la Défense du pays, et d'Ali Shamkhani, secrétaire du Conseil de défense iranien. Il dirigeait le Conseil de défense iranien, créé en août 2025 après la guerre de juin, afin d'élaborer la stratégie militaire en temps de guerre. "Auparavant, il avait dirigé le Conseil national de sécurité, et été commandant dans la marine iranienne", précise le Wall Street Journal.

Le chef du bureau militaire, Mohammad Shirazi, a lui aussi été tué ainsi que Gholamreza Rezaian, chef des renseignements nationaux de la police. Salah Asadi, important officier de renseignement au sein de l'état-major des forces iraniennes, est aussi décédé. Deux autres hauts dignitaires du régime liés au SPND, une division du ministère de la Défense chargée de développer les sciences et technologies, ont également été éliminés : Hossein Jabal Amelian, son président, et son prédécesseur Reza Mozaffari-Nia, qui ont joué un rôle important dans le programme nucléaire iranien.

Mardi, Tsahal a encore annoncé dans un communiqué avoir éliminé plusieurs hauts responsables du ministère iranien du Renseignement, dont Yahya Hamidi, vice-ministre du renseignement pour les affaires israéliennes, et Jalal Pour Hossein, chef de la division d’espionnage du ministère.

Le QG des Gardiens de la révolution détruit

Au-delà de la perte de ces figures importantes, le commandement américain pour le Moyen-Orient, le Centcom, a également affirmé avoir détruit le quartier général des Gardiens de la révolution dans des frappes, dimanche. Selon une infographie réalisée par Le Monde, les frappes israéliennes et américaines ont également ciblé plusieurs bâtiments politiques et administratifs : le ministère du renseignement, le tribunal révolutionnaire islamique de Téhéran, le Palais de justice de Téhéran et la Cour suprême, ainsi que "plusieurs sites d'importantes institutions gouvernementales".

L'Iran a également dit avoir vu son site nucléaire de Natanz bombardé dimanche par Israël et les Etats-Unis. Donald Trump, pour sa part, a annoncé ce dimanche sur ses réseaux sociaux que neuf navires appartenant à la marine iranienne ont été "coulés et détruits".

"Processus de transition"

Des pertes importantes, infligées en un temps éclair. Néanmoins, le régime politique iranien est construit pour résister à ces menaces extérieures et survivre à la mort de son leader.

Dimanche, le principal responsable de la sécurité du pays, Ali Larijani, a assuré qu'un processus de transition était en cours, après la mort d'Ali Khamenei. "Un conseil de direction provisoire sera bientôt formé. Le président, le chef du pouvoir judiciaire et un juriste du Conseil des gardiens assumeront la responsabilité jusqu'à l'élection du prochain dirigeant", a assuré le chef du plus haut organe de sécurité iranien, le Conseil suprême de sécurité nationale.

Ce vétéran de la politique iranienne, ou encore le président du Parlement, Mohammad Baqer Qalibaf, sont aujourd'hui perçus comme des figures de transition potentielles. De son côté, Donald Trump a ajouté être disposé à parler aux nouveaux dirigeants iraniens . "Ils veulent parler et j'ai accepté", a-t-il déclaré dans un entretien à The Atlantic.

Néanmoins, le président des Etats-Unis a annoncé que l'offensive en cours durerait au moins quatre semaines. Lundi, le secrétaire américain de la défense, Pete Hegseth a indiqué que les Etats-Unis n'excluent "aucune option dans une guerre en Iran", ajoutant "nous combattons pour gagner".

© REUTERS

Qui sera le successeur du guide suprême Ali Khamenei, tué dans une frappe israélo-américaine ?
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