C’est une scène qui semble tout droit sortie d’une dystopie politique : à peine la disparition du chef actée, que déjà la succession se met en place, comme si rien ne devait vraiment changer. Il suffit de regarder Mojtaba Khamenei, 56 ans, pour avoir cette impression troublante de continuité : mêmes petits yeux noisette, même turban noir, et cet air de fausse bonhomie que lui donnent un visage rond et une barbe fournie. À 56 ans, le second fils d'Ali Khamenei succède à son père, mort dans un bombardement américano-israélien samedi 28 février. "La légitimité du sang", se réjouit le quotidien libanais Al Akhbar, proche du Hezbollah, qui voit dans cette nomination "un message de cohésion politique et militaire", selon France 24.
Mojtaba Khamenei est le seul des six fils de l’ayatollah Ali Khamenei à avoir occupé une place visible dans les sphères du pouvoir. Religieux influent, il était réputé proche des appareils sécuritaires iraniens et à la tête de vastes réseaux d’affaires hérités de son père, rappelait déjà L'Expressavant sa désignation. Très lié aux Gardiens de la révolution, il supervisait le Beit, le bureau du guide suprême chargé de filtrer et de valider l’essentiel des décisions de l’État iranien. Né en 1969 à Mashhad, dans le nord-est de l’Iran, Mojtaba Khamenei voit le nouveau régime engagé, au début des années 1980, dans une guerre contre l’Irak de Saddam Hussein, et rejoint les rangs de l’armée iranienne.
À 56 ans, Mojtaba Khamenei était depuis longtemps perçu comme l’héritier politique le plus probable de son père, Ali Khamenei. Avant le vote du dimanche 8 mars, son nom circulait déjà comme favori au sein de l’Assemblée des experts, cette instance composée de 88 religieux chargée de désigner le successeur du Guide suprême. Ces dernières années pourtant, le discours d’Ali Khamenei semblait avoir évolué. Le Guide aurait fait savoir qu’il ne souhaitait pas voir son fils lui succéder, "afin que la fonction ne devienne pas héréditaire", ont confié auThe New York Timesdes Iraniens proches du pouvoir. Une précaution loin d’être anodine : la Révolution iranienne s’est construite en opposition à la monarchie des Pahlavi. L’accession de Mojtaba Khamenei au pouvoir donne pourtant à ce principe des airs de succession dynastique.
"Un gage de continuité en pleine crise"
Quelles conséquences aura cette nomination ? Elle pourrait susciter l’ire du président américain Donald Trump, qui a affirmé, dimanche 8 mars, que Washington devrait avoir son mot à dire dans ce choix. "Le pire des scénarios serait que celui qui prend la relève soit aussi mauvais que le précédent", a-t-il martelé ces derniers jours, avant d’avertir qu’un nouveau dirigeant iranien "ne tiendrait pas longtemps" sans son aval. Jeudi 5 mars, le locataire de la Maison-Blanche avait déjà prévenu qu'il refuserait de voir Mojtaba Khamenei accéder au pouvoir, le qualifiant de "poids plume". Interrogé par le site Axios sur la possibilité que Mojtaba Khamenei succède à son père, Donald Trump n’a pas caché son scepticisme. Selon lui, le fils du Guide suprême est "un incapable" et toute tentative de le propulser à la tête de l’Iran serait "une perte de temps". Avant même l’annonce, Tel Aviv de son côté avait menacé de prendre pour cible le candidat désigné.
Pour le The New York Times, la succession du fils du dirigeant assassiné est perçue à la fois "comme un signe de défiance de la République islamique envers Israël et les États-Unis, et comme un gage de continuité en pleine crise". Sur le plan interne, cette nomination risque d’accentuer les divisions au sein d’une population déjà profondément fracturée, de nombreux Iraniens étant farouchement opposés au régime de la République islamique. Pour nombre d'entre eux, son nom est surtout associé à la répression et à la fraude électorale. "Mojtaba Khamenei est perçu comme un dur, hostile à toute ouverture politique, mais il reste extrêmement impopulaire et n’a jamais exercé de mandat électif", souligne Ali Vaez, directeur du programme Iran au centre de réflexion International Crisis Group, dans Le Figaro.
D’autres relèvent que son silence sur de nombreuses questions politiques laisse planer le doute sur sa véritable orientation idéologique. "S’il y a bien une personne capable d’amorcer une désescalade avec les États-Unis, c’est lui ; toute autre option s’exposerait à des représailles de la part de la classe dirigeante et des conservateurs", assure Abdolreza Davari, un homme politique proche de Mojtaba Khamenei, citant Mohammed ben Salman, à la tête du royaume d'Arabie saoudite, comme modèle. Ironie de l’exemple : un dirigeant tout aussi autoritaire et sanguinaire, rappelant que, pour l’Iran, rien ne semble devoir changer sous le soleil du pouvoir.
Mojtaba Khamenei, le deuxième fils du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, lors d'une visite au bureau du Hezbollah à Téhéran, en Iran, le 1er octobre 2024.
Les 15 et 22 mars, les Français votent aux municipales. L'occasion pour L'Express de sélectionner chez nos voisins des idées innovantes, des concepts pertinents et des dynamiques vertueuses pour améliorer notre quotidien. Tour d'Europe des villes qui doivent nous inspirer, et surtout inspirer nos nouveaux élus.
À en croire TikTok et X, Londres détiendrait le record européen du "knife crime", les agressions par armes blanches. Les vidéos virales de rixes entre adolescents et les discours alarmistes ont alimenté l’image d’une ville dangereuse livrée aux gangs. Les chiffres racontent une toute autre histoire : en 2025, la capitale britannique a enregistré son plus faible nombre d’homicides depuis une décennie – 97 morts – soit environ 1,1 victime pour 100 000 habitants. Un taux inférieur à ceux de Paris (1,3), Berlin (1,4) ou New York (3,2).
Cette amélioration s’inscrit dans une tendance de long terme. Les homicides ont chuté d’environ un tiers depuis 2019, et ce malgré la croissance démographique de Londres. La baisse est particulièrement marquée chez les jeunes : les homicides d’adolescents ont reculé de plus de 70 % depuis 2021. Si Londres s’éloigne du sommet des statistiques criminelles, ce n’est pas un hasard : depuis cinq ans, la ville combine une répression extrêmement ciblée avec un investissement inédit dans la prévention, en s’inspirant notamment du modèle écossais de santé publique.
Premier pilier : le tournant pris par la Metropolitan Police. Arrivé à la tête de la Met en 2022, le commissaire Mark Rowley a fait de la lutte contre la violence par armes blanches sa priorité. Ses équipes ont mis en place un dispositif de "precision policing" : l’activité des gangs, des trafiquants d’armes et des multirécidivistes violents est cartographiée en temps réel, grâce au croisement de fichiers judiciaires, de données téléphoniques et d’informations de terrain. La police revendique plus de 1 000 arrestations supplémentaires par mois par rapport à 2022, ciblant les individus déjà connus pour port d’armes ou agressions.
Cette stratégie s’appuie sur une panoplie technologique controversée et assumée. Dans les gares ou les centres commerciaux, des caméras de reconnaissance faciale (plus de 900 000, selon certaines sources) comparent en temps réel les visages aux fichiers des personnes recherchées pour violences. Des opérations "intensives mais brèves" sont montées dans les quartiers sensibles, avec fouilles pour armes blanches, contrôles de scooters et vérifications de scooters-livraisons utilisés pour des vols de téléphone. La Met s’attaque aussi au nerf de la guerre : le trafic de drogue. Plus de 1 600 réseaux, qui exploitaient des adolescents pour livrer cocaïne et héroïne en province, auraient été démantelés en un an, avec des milliers d’armes saisies.
"La police seule ne peut pas mettre fin à la violence"
Mais Rowley et le maire Sadiq Khan insistent sur un point : "la police seule ne peut pas mettre fin à la violence". D'où le deuxième pilier de la stratégie londonienne : la Violence Reduction Unit (VRU), créée en 2019 et rattachée à la mairie, coordonne l’action des services sociaux, des écoles, du système de santé et des associations. Son modèle, inspiré de Glasgow, considère la violence comme une maladie contagieuse : il s’agit d’identifier les facteurs de risque, d’intervenir précocement, puis de suivre les jeunes sur la durée.
Concrètement, la VRU finance des travailleurs sociaux dans les services d’urgences et les commissariats. Chaque jeune admis à l’hôpital pour blessure par arme blanche est approché par un "youth worker" qui lui propose un accompagnement intensif : médiation avec la famille, sortie de gang, retour en formation ou vers l’emploi. Selon les évaluations, 90 % des 10‑17 ans ayant bénéficié de ces programmes de suivi après un passage en garde à vue pour violences n’ont pas récidivé dans l’année.
La VRU a également mis l’accent sur les quartiers les plus touchés par les agressions. Mentorat, soutien psychologique, clubs de sport, médiation scolaire : environ 40 000 activités ciblées ont été menées, pour quelque 350 000 "opportunités positives" offertes à des jeunes en cinq ans, selon la mairie. La ville affirme aussi avoir soutenu plus de 7 000 parents via des réseaux de voisins formés à la prévention des violences.
L’approche commence à produire des effets mesurables. Depuis 2019, date de création de la VRU, les homicides de jeunes ont été divisés par trois et les hospitalisations de jeunes pour agression au couteau ont chuté de 43 %. L’exemple londonien ne fournit pas de recette miracle, mais il montre qu’une grande métropole peut faire reculer durablement la violence en clarifiant ses priorités : cibler sans relâche les quelques milliers de récidivistes, investir dans les trajectoires des plus jeunes et accepter que la bataille de l’opinion – largement jouée sur les réseaux sociaux – se gagne d’abord avec des courbes et des statistiques plutôt qu’avec des vidéos virales.
Mojtaba Khamenei, fils de l'ayatollah Ali Khamenei assassiné au premier jour de la campagne militaire menée par les Etats-Unis et Israël en Iran, a été nommé par l'Assemblée des experts iraniens dimanche successeur de son père comme Guide suprême de la République islamique, selon la presse officielle. Aucun commentaire n'a été effectué dans l'immédiat par la Maison-Blanche à propos de cette annonce. Donald Trump a éludé la question dans une interview téléphonique au Times of Israel, déclarant simplement : "Nous verrons bien ce qui va se passer".
Il est probable que la décision de Téhéran provoque la colère du président américain, qui avait répété plus tôt sa volonté d'être impliqué dans le processus de sélection du nouveau dirigeant iranien, après des commentaires parfois contradictoires sur les objectifs de guerre de Washington. "S'il n'est pas approuvé par nous, il ne durera pas longtemps", a dit Donald Trump dimanche sur la chaîne ABC News. Israël avait déjà prévenu qu'il pourrait cibler quiconque serait désigné nouveau guide suprême de l'Iran.
Les bombardements se sont poursuivis dimanche en Iran et au Liban, où l'armée israélienne a de nouveau frappé la banlieue sud de la capitale Beyrouth. D'après l'ambassadeur iranien à l'ONU, les bombardements israélo-américains ont tué au moins 1 332 civils iraniens et blessé des milliers d'autres. L'armée américaine a fait état de la mort d'un septième soldat, qui a succombé aux blessures provoquées par une frappe de représailles de Téhéran. Les prix du pétrole continuent de grimper, alors que les livraisons via le détroit d'Ormuz sont perturbées. Le Brent a bondi de 17 % pour dépasser le seuil de 100 dollars le baril.
Les infos à retenir
⇒ Mojtaba Khamenei, fils de l'ayatollah Ali Khamenei, a été nommé Guide suprême de la République islamique
⇒ La Turquie annonce le déploiement de six avions de chasse F-16 dans le nord de Chypre
⇒ Le baril de pétrole dépasse les 115 dollars
11h17
Le Hezbollah signale un raid israélien dans l'est du Liban
Le Hezbollah a déclaré lundi que ses combattants s'étaient affrontés avec des troupes israéliennes dans l'est du Liban lors d'un raid aérien israélien dans la nuit, ce qui serait la deuxième opération de ce type dans la région ces derniers jours, alors que la guerre entre Israël et le groupe soutenu par l'Iran entrait dans une deuxième semaine.
Un porte-parole de l'armée israélienne n'a fait aucun commentaire dans l'immédiat. Dans un communiqué, le Hezbollah a déclaré que ses combattants "ont affronté les hélicoptères et les forces infiltrées avec des armes appropriées".
Lundi, l'armée israélienne a poursuivi ses frappes aériennes dans la banlieue sud de Beyrouth, contrôlée par le Hezbollah, provoquant d'épaisses fumées qui ont envahi la ville. Elle a réitéré ses avertissements aux habitants, leur demandant d'évacuer, et a annoncé des mesures contre l'institution financière du Hezbollah, Al-Qard Al-Hassan.
11h02
Vladimir Poutine félicite Mojtaba Khamenei pour sa nomination à la tête de l'Iran
Le président russe Vladimir Poutine a félicité Mojtaba Khamenei pour sa nomination en tant que nouveau dirigeant de l'Iran, a déclaré le Kremlin lundi. Vladimir Poutine s'est dit convaincu que Khamenei poursuivrait l'œuvre de son père "avec honneur" et unirait le peuple iranien "face à de graves épreuves".
Il a ajouté que la Russie continuerait à soutenir Téhéran, déclarant qu'il souhaitait "confirmer son soutien indéfectible à Téhéran et sa solidarité avec nos amis iraniens".
10h28
600 Israéliens rapatriés de Dubaï
Les deux premiers vols directs rapatriant les Israéliens bloqués à Dubaï ont atterri aujourd'hui à l'aéroport Ben Gourion de Tel Aviv. Les deux vols opérés par la compagnie flydubai, basée à Dubaï, ont ramené chez eux un total de 603 passagers, a indiqué l'Autorité aéroportuaire israélienne au Times of Israel.
09h57
Téhéran menace de confisquer les biens des Iraniens à l'étranger qui soutiennent les attaques contre l'Iran
Les Iraniens vivant à l'étranger pourraient voir leurs biens confisqués et faire face à d'autres sanctions légales s'ils expriment leur soutien aux États-Unis et à Israël, a déclaré lundi le bureau du procureur général iranien.
Des membres de la diaspora iranienne, aspirant à un changement politique à Téhéran, ont manifesté dans les rues de villes européennes et américaines pour célébrer la mort du Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, lors de la guerre israélo-américaine contre l'Iran. Lundi, l'Iran a nommé Mojtaba Khamenei pour succéder à son père. "Un avertissement a été lancé aux Iraniens résidant à l'étranger qui, de diverses manières, sympathisent, soutiennent ou coopèrent avec l'ennemi américano-sioniste (israélien)", a déclaré le bureau du procureur général, cité par les médias d'État.
"Ils se verront infliger la confiscation de tous leurs biens et d'autres sanctions légales conformément à la loi."
09h03
Le G7 discutera d'un déblocage conjoint des réserves pétrolières d'urgence
Les ministres des Finances du G7 discuteront lundi de la possibilité de débloquer les réserves pétrolières d'urgence, a déclaré une source gouvernementale française, en réponse à la flambée des prix du pétrole résultant du conflit au Moyen-Orient .
L’information a été initialement rapportée par le Financial Times, qui a précisé que l’Agence internationale de l’énergie participerait aux discussions. Trois pays du G7, dont les États-Unis, ont jusqu'à présent exprimé leur soutien à cette idée, a indiqué le Financial Times, citant des sources.
Ce rapport intervient alors que les prix du pétrole ont bondi de plus de 25 % lundi pour atteindre leur plus haut niveau depuis mi-2022, certains grands producteurs ayant réduit leur production et la crainte de perturbations prolongées du transport maritime s'étant emparée du marché en raison de l'escalade du conflit israélo-américain avec l'Iran.
8h20
La Turquie annonce le déploiement de six avions de chasse F-16 dans le nord de Chypre
La Turquie a déployé lundi six avions de chasse F-16 et des systèmes de défense aérienne dans le nord de Chypre pour renforcer la sécurité de la communauté turque sur place dans le contexte de la guerre en Iran, a déclaré le ministère de la Défense, ajoutant qu'Ankara prendrait des mesures supplémentaires si nécessaire.
"Compte tenu des derniers développements dans notre région, six avions de chasse F-16 et des systèmes de défense aérienne ont été déployés à la République turque de Chypre du Nord à compter d'aujourd'hui", a déclaré le ministère dans un communiqué, ajoutant que cela faisait partie de la planification progressive visant à renforcer la sécurité de cet État sécessionniste.
"Suite aux évaluations qui seront effectuées en fonction de l'évolution de la situation, des mesures supplémentaires continueront d'être prises si nécessaire", a-t-il ajouté.
7h45
Bahreïn : une frappe iranienne provoque un incendie sur un site pétrolier
Une frappe iranienne a provoqué un incendie dans un complexe pétrolier de la ville d'Al-Maameer à Bahreïn. La compagnie nationale Bapco Energies évoque un "cas de force majeure" affectant ses activités. "Tous les besoins du marché intérieur restent pleinement couverts et que les approvisionnements se poursuivront sans interruption, grâce aux plans proactifs mis en place", a déclaré la société.
6h58
Les Emirats arabes unis font face à de nouvelles attaques de missiles
Les autorités des Emirats arabes unis ont annoncé lundi matin faire face à de nouvelles attaques de missiles. "Les systèmes de défense aérienne réagissent actuellement à une attaque de missile", a écrit le centre national de gestion des urgences et des catastrophes du pays sur X.
Air defense systems are currently responding to a missile threat. Please remain in a safe location and follow official channels for warnings and updates. pic.twitter.com/ldSZZCWI51
La hausse du baril de pétrole, "un petit prix à payer" selon Donald Trump
"Les cours du pétrole à court terme, qui chuteront rapidement une fois la menace nucléaire iranienne écartée, représentent un petit prix à payer pour la sécurité et la paix des États-Unis et du monde. Seuls les idiots peuvent penser le contraire !", a écrit Donald Trump sur son réseau Truth Social.
Le prix du baril de pétrole s'est envolé lundi de 30 % en quelques heures et dépasse désormais les 115 dollars.
02h47
La fin de la guerre sera une décision "mutuelle" avec Benyamin Netanyahou, déclare Donald Trump
Donald Trump déclare que la décision de mettre fin à la guerre en Iran sera prise en collaboration avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, soulignant que celui-ci aura son mot à dire sur la question. "Ce sera mutuel (...) Nous discutons. Je prendrai une décision au moment voulu, mais tout sera pris en compte", a déclaré le président américain dans une interview téléphonique avec le Times of Israel.
Donald Trump a également affirmé que la République islamique aurait détruit Israël si lui et Netanyahu n'avaient pas été là. "L'Iran allait détruire Israël et tout ce qui l'entourait… Nous avons travaillé ensemble. Nous avons détruit un pays qui voulait détruire Israël."
Interrogé à propos de la nomination de Mojtaba Khamenei comme Guide suprême iranien, il refuse de répondre, déclaré que "nous verrons bien ce qui va se passer".
22h31
Mojtaba Khamenei choisi comme nouveau Guide suprême
L'Iran a nommé Mojtaba Khamenei pour succéder à son père Ali Khamenei au poste de Guide suprême, signalant ainsi que les conservateurs restent fermement aux commandes.
Mojtaba, un religieux influent au sein des forces de sécurité iraniennes et disposant de vastes réseaux d'affaires sous l'égide de son père, était considéré comme un favori avant le vote de dimanche par l'Assemblée des experts, un organe composé de 88 religieux chargés de choisir le successeur d'Ali Khamenei. "Par un vote décisif, l'Assemblée des experts a nommé l'ayatollah Seyyed Mojtaba Hosseini Khamenei troisième Guide du système sacré de la République islamique d'Iran", a déclaré l'Assemblée dans un communiqué. Ce poste confère à Mojtaba le pouvoir de décision final sur toutes les affaires d'Etat de la République islamique.
Une semaine après le début de l’offensive israélo-américaine en Iran, les drones kamikazes Shahed envoyés par Téhéran continuent de pleuvoir à un rythme inédit sur Israël et les pays de la région. Plus de 2 000 de ces engins low cost (35 000 dollars pièce) auraient d’ores et déjà été envoyés, ont revendiqué vendredi les Gardiens de la Révolution. Face à ce déluge de feu sans précédent, Washington et ses alliés portent un intérêt croissant à l’Ukraine, qui, à plus de 2 000 kilomètres de là, a acquis une expérience unique pour les neutraliser. Et pour cause : Kiev est confronté depuis quatre ans à ces armes utilisées massivement par l’armée de Poutine.
Rien que cette semaine, le Pentagone et au moins trois monarchies du Golfe - l’Arabie saoudite, les Emirats et le Qatar - ont évoqué avec des industriels ukrainiens de l’armement la question d’un achat éventuel de drones intercepteurs, nous confirme une source du secteur. Ces engins, de petits aéronefs conçus spécifiquement pour détruire les Shahed, ont l’avantage de présenter un coût bien inférieur aux millions de dollars des munitions utilisées par les batteries Patriot et autres systèmes de défense antiaérienne dont se servent quotidiennement Washington et ses alliés au Moyen-Orient.
"Le prix d’un drone intercepteur ukrainien tourne autour de 2 000 dollars, abonde Mykhailo Gonchar, président de l’institut ukrainien Centre for Global Studies Strategy XXI. C’est infiniment moins cher que toutes les défenses actuellement utilisées contre l’Iran." Ils présentent aussi l’intérêt de garder les précieuses munitions des batteries Patriot pour les cibles de haute valeur, comme les missiles balistiques ou de croisière, nettement plus difficiles à neutraliser dans le ciel. Ces derniers jours, Volodymyr Zelensky avait lui-même confirmé avoir été approché par Washington et les dirigeants du Qatar, des Emirats, de Bahreïn, du Koweït et de la Jordanie, en vue de discuter les contours d’une possible coopération.
Une expérience unique
L’Ukraine, qui revendique un taux d’interception des Shahed de 90 %, a de solides arguments à faire valoir. "Aucun autre pays ni aucune autre armée ne possède actuellement les tactiques, techniques et procédures nécessaires pour gérer des attaques massives de drones, souligne Lesia Orobets, fondatrice de l’ONG ukrainienne Price of Freedom, qui œuvre à la protection du ciel. Nous avons bâti ces capacités de toute pièce, en les perfectionnant au fil de quatre années de guerre intense."
Résultat, le président ukrainien a indiqué dans la soirée de jeudi sur la plateforme X avoir donné des instructions "pour fournir les moyens nécessaires et assurer la présence de spécialistes ukrainiens" auprès des pays concernés. Le même jour, dans une interview à Reuters, Donald Trump s’était dit prêt à accepter la main tendue : "Assurément, je prendrai toute aide de quelque pays que ce soit." Ses forces n’ont pas été épargnées par les Shahed. Les six soldats américains tués dimanche 1er mars au Koweït l’ont été dans une frappe de drones. En plus des nombreuses bases américaines ciblées, les sites de l’ambassade des Etats-Unis à Riyad, et du consulat américain à Dubaï ont tous deux été frappés à quelques heures d’intervalle par ces mêmes engins le 3 mars.
L’occasion pour le président ukrainien de jouer un coup diplomatique ? A tout le moins un moyen d’apporter de l’huile dans les rouages de sa relation avec Donald Trump - qui a toujours été en dents de scie. Mais pas uniquement. L’Ukraine, qui a elle-même cruellement besoin de missiles Patriot pour contrer les missiles balistiques et de croisières tirés par Moscou, voit d’un œil plus qu’inquiet les stocks de ces engins se vider à grande vitesse au Moyen-Orient. En apportant son aide dans l’interception des Shahed avec des moyens appropriés, elle espère limiter un risque de pénurie de munitions dont elle pourrait, in fine, payer le prix.
Lors d’un point presse le 5 mars, Volodymyr Zelensky a déclaré qu’en trois jours de combats au Moyen-Orient, plus de 800 missiles de Patriot avaient été utilisés - soit davantage que ce que l’Ukraine a reçu en quatre ans de guerre. Et suggéré que son pays pourrait fournir des drones intercepteurs en échange de ces munitions. "La production de nouveaux missiles intercepteurs utilisés par les systèmes Patriot est longue et coûteuse, rappelle Mykhailo Gonchar. Il est donc essentiel d’utiliser des armes adaptées pour détruire les Shahed." D’autant que Téhéran pourrait encore, selon certaines estimations, en avoir des milliers en réserve.
Près de sept jours après le début de la guerre en Iran, démarrée par des frappes israélo-américaines le 28 février dernier, tout le commerce mondial des hydrocarbures retient son souffle. Depuis une semaine, le détroit d'Ormuz, où transitent habituellement près de 20 % du pétrole mondial (soit entre 15 et 17 millions de barils par jour) et 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar, de l'Arabie saoudite ou encore des Émirats arabes unis, est quasiment fermé. Bordé à l'est par l'Iran, qui riposte aux frappes américaines en ciblant les pays de la région, le trafic maritime dans cette mer presque fermée a ainsi chuté de 90 %, selon la société d'analyse Kpler.
Tandis qu'à quelques centaines de kilomètres de là, la situation du canal de Suez, vital pour près de 12 % du commerce mondial, n'est pas beaucoup plus dynamique. Déjà effondrées de moitié depuis 2023 à cause des attaques des rebelles houthistes du Yémen en Mer Rouge en lien avec la guerre à Gaza, les traversées de navires en provenance du Moyen-Orient vers l'Europe sont aujourd'hui presque à l'arrêt. Selon le site Windward, spécialiste des données maritimes, 23 passages ontété enregistrés le 4 mars, soit une baisse de moitié par rapport à la moyenne quotidienne oscillant entre 40 et 55 passages.
Cap sur l'Afrique du Sud
Dès le premier jour des frappes, le 28 février, l'armateur français CMA-CGM a déclaré avoir demandé à tous ses navires présents dans le Golfe Persique de "se mettre à l'abri", et donc de ne pas franchir le détroit d'Ormuz. Dans le même temps, la compagnie a également annoncé suspendre le passage de ses navires par le canal de Suez. La même consigne a été observée du côté des numéros un et deux mondiaux MSC et Maersk. "Jusqu'à nouvel ordre, toutes les traversées des services ME11 (du Moyen-Orient-Inde vers la Méditerranée) et MECL (depuis le Moyen-Orient-Inde vers la côte est des États-Unis) seront détournées par le cap de Bonne-Espérance", en Afrique du Sud, a pour sa part précisé le groupe danois Maersk dans un communiqué de presse.
"Nous sommes très prudents sur la poursuite de la guerre car nous voyons ses effets sur le golfe d'Ormuz et l'impact sur le canal de Suez", a affirmé dimanche soir le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, dans une déclaration diffusée par la télévision publique. "Nous avons souffert ces deux dernières années, depuis le 7 octobre 2023 et depuis n'avons jamais retrouvé le niveau précédent de trafic maritime dans le canal de Suez", avec pour effet "de grandes pertes financières", a déploré le chef de l'Etat.
Un trajet plus long mais prévisible
Face à l'instabilité de la région, les trois principaux armateurs ont ainsi décidé de réorienter une partie de leur flotte, dans la mesure du possible, vers le cap de Bonne-Espérance, en Afrique du Sud. Soit un contournement complet du continent africain. Toujours selon le site Windward, les transits via l'Afrique du Sud Cap ont grimpé à 94 navires le 3 mars, soit une hausse de 35 % par rapport à la moyenne sur les sept jours précédents.
Mais cette route rallonge les trajets des navires, jusqu'à trois semaines tout au plus. A titre d’exemple, alors que la distance de la route maritime entre les ports de Rotterdam et Singapour via le canal de Suez atteint 16 000 kilomètres, elle en atteint près de 21 000 pour la route alternative via le cap de Bonne-Espérance. Soit près de 20 jours de navigation en plus. À ce temps, incompressible, s'ajoutent inévitablement des coûts de transport importants, alors qu'il faut davantage de carburant pour assurer le transit (la hausse de la consommation de carburant avec cette route est estimée à près de 30 %, selon le site du trésor public français). Selon l'agence de presse Reuters, l'armateur MSC a d'ores et déjà annoncé reporter ces coûts avec la mise en place, dès le 16 mars, d'un "supplément carburant", notamment pour les navires faisant route entre l'Europe et le Moyen-Orient.
Si le trajet par le cap de Bonne-Espérance est plus coûteux et bien plus long, il présente au moins l'avantage d'être prévisible. Avant les frappes américaines en Iran fin février, certains armateurs avaient bien essayé de réemprunter la route du canal de Suez, avant de se raviser face à "des contraintes imprévues", selon les mots de l'armateur Maersk dans un communiqué de presse relayé par Reuters.
Sur le dossier iranien, Giorgia Meloni, avance à pas comptés. Et pour cause : la présidente du Conseil italien, qui peut aujourd'hui se targuer d'être l'interlocutrice européenne privilégiée de Washington, demeure aussi un allié historique de Téhéran, avec un canal de discussion toujours ouvert.
"Une grande dirigeante, une amie"
Pas plus tard que samedi, répondant à une interview téléphonique du quotidien italien Corriere della Sera, le président américain faisait l'éloge de la Première ministre Giorgia Meloni, estimant qu'elle est une alliée précieuse pour son pays, désormais en guerre en Iran. "J'aime l'Italie, je pense que c'est une grande leader", a déclaré le président américain. Giorgia Meloni "essaie toujours d'aider, c'est une excellente leader et c'est mon amie", a-t-il martelé, en réponse à l'annonce vendredi par Rome de l'envoi de structures navales pour la défense de Chypre, aux côtés de la France, de l'Espagne et des Pays-Bas, mais aussi en soutien aux pays du Golfe alliés, sous le feu des frappes de riposte de Téhéran depuis une semaine.
Toutefois, en Italie, comme ailleurs en Europe et même aux États-Unis, la guerre en Iran est loin de faire l'unanimité. D'autant qu'elle attise les craintes d'une inflation galopante des prix de l'énergie. Un enjeu qui revêt une importance capitale dans un pays où les factures d'électricité figurent au top 5 des plus chères d'Europe, selon Euronews. Quant à Donald Trump, il n'est guère apprécié de nos voisins italiens, rapporte le site d'information Politico. Selon un sondage de l'institut Yougov, publié en janvier, seuls 15 % des Italiens ont une opinion favorable de Donald Trump. " Giorgia Meloni garde un profil bas, bien consciente que l'opinion publique est extrêmement opposée à l'implication italienne à la guerre, tout en n'ayant pas envie d'endommager ses relations avec Trump", a réagi l'analyste Leo Goretti de l'Istituto d'Affari Internazionali auprès de Politico.
Une prudence de mise
Giorgia Meloni avance donc prudemment malgré sa bonne entente avec Washington, d'autant que son gouvernement doit faire face à un référendum les 22 et 23 mars prochains portant sur une réforme judiciaire, qui pourrait faire office de vote de confiance. Après le début des frappes le 28 février, la dirigeante italienne a attendu trois jours avant de s'exprimer, relève le quotidien d'opposition ancré à gauche Il Manifesto. "Giorgia Meloni a parlé, mais en faisant très attention à ne pas dire un mot qui puisse sonner comme un soutien ouvert à l’attaque", note le journal, ajoutant qu'"elle a aussi pris bien soin de ne pas prononcer une syllabe qui puisse sonner critique envers Trump ou Israël".
Ce jeudi 5 mars, dans un entretien avec la radio italienne RTL 102.5, elle s’est ainsi alarmée d’une"crise toujours plus évidente du droit international et des organismes multilatéraux", sans toutefois condamner les frappes en Iran. Une dégradation qu’elle a jugée "malheureusement prévisible après l’anomalie totale d’un membre du Conseil de sécurité des Nations unies qui envahissait son voisin", ciblant clairement l'invasion russe en Ukraine en 2021.
"Engagés sur le front diplomatique"
Au-delà de l'envoi de moyens navals de défense à Chypre et à ses alliés du Moyen-Orient, Giorgia Meloni a par ailleurs confirmé l'utilisation des bases américaines en Italie pour "offrir un soutien logistique", et notamment la Naval Air Station Sigonella en Sicile, conformément aux accords bilatéraux entre Rome et Washington signés en 1954. Il s'agit d'opérations "qui n'impliquent pas de bombardements", s'est-elle défendue alors que l'opposition italienne l'accuse d'entraîner le pays dans cette guerre. "Je tiens à réitérer que nous ne sommes pas en guerre et que nous ne voulons pas entrer en guerre", a-t-elle ajouté auprès de la radio RTL 102.5.
La cheffe du gouvernement italien a par ailleurs indiqué "travailler sur tous les fronts", y compris diplomatique, et être en contact permanent avec les principaux alliés et les dirigeants du Moyen-Orient. Contrairement au reste du monde occidental, Rome, deuxième partenaire commercial européen de l'Iran derrière l'Allemagne, malgré des échanges en baisse ces dernières années liées aux sanctions internationales, détient encore un canal de discussion avec Téhéran. Le géant italien des hydrocarbures Eni, figurerait, selon plusieurs observateurs, parmi les canaux possibles de discussion possibles. L'entreprise métro-gazière étant présente en Iran depuis 1950. "Nous travaillons pour voir s'il y a des marges pour une reprise des négociations sur le nucléaire iranien, un objectif qui, de mon point de vue, est impossible si l'Iran n'arrête pas d'attaquer les pays voisins, notamment ceux du Golfe. Il est essentiel de favoriser une désescalade", a ajouté la cheffe du conseil Italien.
Avant les frappes du 28 février, Rome a souvent fait office de médiateur entre Washington et Téhéran, où les dirigeants des deux pays se sont même rendus une fois, en avril 2025, pour des cycles de négociations sur le nucléaire.
PHOTO D'ARCHIVE : Le président américain Donald Trump et la Première ministre italienne Giorgia Meloni se serrent la main alors qu'ils posent pour une photo, lors d'un sommet des dirigeants mondiaux sur la fin de la guerre à Gaza, dans le cadre d'un accord de cessez-le-feu et d'échange de prisonniers et d'otages négocié par les États-Unis entre Israël et le Hamas, à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 13 octobre 2025. Yoan Valat/Pool via REUTERS/Photo d'archive
Le 6 octobre 1978, un vieil ayatollah enturbanné, une longue cape brune sur les épaules, atterrit à l’aéroport parisien Charles-de-Gaulle en provenance de Bagdad. Il présente son passeport au fonctionnaire de la police aux frontières qui lui octroie sans autre formalité un visa de tourisme de trois mois, comme c’était la règle à l’époque pour tout Iranien arrivant en France.
Un intellectuel exilé, Abolhassan Banisadr, est venu accueillir le religieux. Il le conduit à son appartement de Cachan, en banlieue parisienne, où il l’héberge quelques jours avant de l’installer dans le village de Neauphle-le-Château, dans les Yvelines. Pendant quatre mois, jusqu’à son retour à Téhéran le 1er février 1979, Rouhollah Khomeini va y fomenter la révolution islamique iranienne, premier triomphe contemporain de l’islamisme politique.
Prises au dépourvu, les autorités françaises mettent plusieurs jours à prendre la mesure de l’événement. Le monarque absolu qui règne en Iran, le chah (empereur) Mohammed Reza Pahlavi, est pourtant l’un des principaux alliés de la France au Proche-Orient ; Khomeini est, depuis des années, son ennemi mortel ; exilé depuis 1964 en Irak, il vient d’en être expulsé par le président Saddam Hussein à la demande du souverain iranien.
Le remue-ménage causé par l’arrivée de l’éminence chiite dans le paisible bourg des Yvelines, ainsi que les dépêches inquiètes envoyées par l’ambassade de France à Téhéran, finissent par éveiller l’attention des autorités. Dès son élection en 1974, le président Valéry Giscard d’Estaing avait accueilli le chah en grande pompe à Paris et avait signé avec lui des accords de coopération nucléaire. L’année suivante, il lui rendit visite sur son lieu de vacances à Saint-Moritz en Suisse, puis en 1976 à Téhéran.
Mais là, un incident vint troubler leur relation. Après le dîner d’Etat au palais du Golestan, Giscard confia à ses conseillers qu’il n’appréciait pas les cadeaux offerts à son épouse, Anne-Aymone, et traita le chah de "parvenu". Informé des propos présidentiels par les micros dissimulés dans les murs du palais, le souverain en prit ombrage, raconte son ancien ministre Houchang Navahandi dans son livre Khomeyni en France (Ed. Godefroy de Bouillon, 2009).
Prêches enflammés sur des cassettes audio
Quoi qu’il en soit, Giscard laisse faire Khomeini, en dépit des avertissements de la Direction de la surveillance du territoire (DST) qui lui conseillait d’expulser l’intrus vers l’Algérie. "Le gouvernement n’a pas à intervenir dans les affaires intérieures de l’Iran", affirme Giscard dans la conférence de presse qu’il donne le 21 novembre. "En ce qui concerne l’ayatollah Khomeini, il est venu en France dans des conditions régulières". Par deux fois, le gouvernement envoie un diplomate chevronné du Quai d’Orsay, Claude Chayet, auprès de l’ayatollah, pour lui rappeler le devoir de réserve exigé des réfugiés. À chaque fois, en vain. Et pourtant, aucune suite n’est donnée.
Communicateur hors pair, Khomeini s’installe chaque jour en tailleur sous un pommier, sur des tapis persans, donnant l’image paisible d’un vieillard soucieux des choses de Dieu plutôt que de basse politique. Il reçoit les exilés iraniens qui affluent par centaines, certains avec des sacs de billets de banque pour soutenir la cause. Les policiers discrètement envoyés sur place par le ministère de l'Intérieur se contentent d’observer.
L’ayatollah a beau vouer aux gémonies la civilisation occidentale décadente, il utilise avec habileté la technologie de l’époque. Il enregistre sur des cassettes audio des prêches enflammés contre le chah et son régime. Reproduites à l’infini, les bandes magnétiques sont acheminées vers l’Iran où le clergé chiite les distribue sous le manteau. Là encore, les autorités françaises restent passives.
Il est vrai qu’à l’intention des opinions occidentales, le religieux tient un discours apaisant. Les intellectuels de gauche voient en lui une sorte de nouveau Gandhi. Le philosophe Michel Foucault, dont l’influence est grande en Europe comme en Amérique, l’appelle "le vieux saint".
Dans les médias, l’ayatollah se présente en démocrate épris de justice et de concorde. "Dans un régime islamique, les libertés sont totales et sans équivoque", affirme-t-il dans l'entretien qu'il accorde le 10 janvier 1979 au journaliste de L'Express Christian d'Épenoux. Un trio de conseillers formés en Occident gère sa communication : Banisadr, mais aussi Sadegh Ghotbzadeh et Ebrahim Yazdeh. Tous les trois occuperont des postes importants dans les premiers temps de la République islamique, avant d’être éliminés un à un par les durs du régime.
"Ils traduisaient en anglais et en français les propos de Khomeini", relate la journaliste canadienne Carole Jerome dans son livre The Man in the Mirror (Ed. HarperCollins, 1988, non traduit en français). "Ils étaient faits pour la télévision. Ils nous fournissaient un spectacle permanent, dans notre langue. Cependant, la traduction que fournissait Yazdeh en anglais différait sensiblement de la française, assurée par Banisadr. Et le lendemain, Ghotbzadeh venait dire encore autre chose, dans ces deux langues".
Le trio n’est là que pour la galerie. Dans l’ombre, d’autres compagnons de l’ayatollah préparent la théocratie à venir, en mettant sur pied ce qui deviendra le Corps des gardiens de la révolution, le bras armé du régime. Parmi eux se trouvait Mohsen Sazegara, pour qui la maison aux volets bleus de Neauphle était alors "le centre névralgique de la révolution" qui s’annonçait.
"Le point de bascule est identifiable : il se situe à Neauphle-le-Château", écrit l’expert de l’Iran Camille Alexandre (Le Proche Orient iranien, éditions Odile Jacob, 2025). "L’Occident aura volontairement constitué une formidable caisse de résonance pour Khomeini, en diffusant et en crédibilisant son image de vieux sage".
A Washington, le président Jimmy Carter, un idéaliste partisan d’une diplomatie soucieuse des droits de l’Homme, prend ses distances avec le chah. Appelée à faire florès, la thèse selon laquelle les islamistes pourraient constituer un solide rempart contre le communisme commence à circuler aux Etats-Unis. En décembre, les dirigeants occidentaux apprennent que Mohammed Reza Pahlavi est irrémédiablement condamné par son cancer. Ils comprennent que celui sur lequel ils comptaient pour faire obstacle à l’URSS au Proche-Orient va bientôt quitter la scène.
Giscard réunit Carter, le chancelier allemand Schmidt et le Premier ministre britannique Callaghan début janvier 1979 à la Guadeloupe. "Carter nous a annoncé sans ambages que les Etats-Unis avaient décidé de retirer leur soutien au régime du chah", retrace le président français dans ses mémoires (Le Pouvoir et la Vie, Ed. Compagnie 12, 1991). "VGE" ne semblait pas s’en formaliser outre mesure. Il n’excluait pas que l’ayatollah puisse devenir une alternative démocratique à l’autocrate Pahlavi. Il est possible qu’il ait vu aussi dans le changement qui s’amorçait un moyen de limiter l’influence américaine au Proche-Orient, au profit de la France.
Visa expiré depuis un mois
L'ignorance occidentale de la réalité du projet islamiste joue son rôle. Neuf ans auparavant, Khomeini avait écrit un mémorandum de 74 pages décrivant son projet de théocratie autoritaire. Le texte a longtemps circulé en Iran mais la CIA ne l'a traduit que deux mois après la proclamation de la République islamique.
Le 16 janvier 1979, le chah, aux commandes de son avion, quitte l’Iran définitivement. Deux semaines plus tard, le Quai d’Orsay affrète obligeamment un Boeing 747 d’Air France pour convoyer en Iran le futur "guide suprême", qui va installer le régime réactionnaire et obscurantiste encore en place aujourd'hui. Avant de monter dans l'appareil, Khomeini se fend d'une déclaration pour remercier "le gouvernement et le peuple français". Son visa de touriste est expiré depuis près d’un mois.
Interrogé samedi sur la possibilité d'envoyer des troupes au sol pour sécuriser les sites nucléaires, Donald Trump a déclaré que c'était quelque chose qu'ils pourraient faire "plus tard".
Les gouvernements d'Arabie saoudite, du Koweït, des Émirats arabes unis et de Bahreïn ont signalé des attaques de drones iraniens sur leur territoire samedi et tôt dimanche, un important incendie ayant ravagé un immeuble de bureaux gouvernementaux au Koweït. L’Arabie saoudite a averti Téhéran que la poursuite des attaques iraniennes contre le royaume et son secteur énergétique pourrait inciter Riyad à riposter de la même manière, ont indiqué à Reuters des sources proches du dossier.
L'ambassade des États-Unis à Oslo, la capitale norvégienne, a également été touchée par une explosion tôt dimanche matin. Selon la police, des dégâts mineurs ont été constatés, mais aucun blessé n'a été signalé. Les causes de l'explosion et les personnes impliquées restent pour l'instant inconnues.
Dans une tentative apparente d'apaiser les tensions dans le Golfe, le président iranien a présenté ses excuses aux États voisins pour les attaques perpétrées samedi contre des installations américaines dans ces pays. Des propos qui ont provoqué une onde de choc politique en Iran, incitant son cabinet à réaffirmer que l'armée iranienne répondrait fermement aux attaques provenant de bases américaines.
L'assemblée des experts chargée de désigner le prochain guide suprême de l'Iran, en remplacement de l'ayatollah Ali Khamenei, assassiné la semaine dernière, pourrait se réunir dès dimanche, selon les médias iraniens. Un consensus majoritaire sur un successeur a été quasiment atteint, a déclaré l'ayatollah Mohammad-Mahdi Mirbaqeri, membre de l'assemblée, d'après l'agence de presse Mehr.
16h49
Le Premier ministre britannique Starmer s'entretient avec le président américain Trump au sujet du Moyen-Orient
Le Premier ministre britannique Keir Starmer s'est entretenu dimanche avec le président américain Donald Trump, a indiqué son cabinet dans un communiqué. "Les dirigeants ont commencé par évoquer la situation actuelle au Moyen-Orient et la coopération militaire entre le Royaume-Uni et les États-Unis à travers l'utilisation des bases de la RAF (Royal Air Force) pour soutenir l'autodéfense collective des partenaires dans la région", a déclaré une porte-parole du bureau de Starmer dans un communiqué.
"Le Premier ministre a également présenté ses sincères condoléances au président Trump et au peuple américain à la suite de la mort de six soldats américains." "Ils avaient hâte de se reparler bientôt."
13h37
L'Assemblée des experts est parvenue à un consensus sur le successeur de Khamenei
L'Assemblée des experts, instance religieuse chargée de désigner le Guide suprême, est parvenue à un consensus quant à la personne qui devrait succéder à l'ayatollah Ali Khamenei à la tête de l'Iran, après sa mort lors des frappes israélo-américaines le 28 février, selon l'agence de presse officielle iranienne IRNA.
Mohammad-Mahdi Mirbagheri a déclaré à l'IRNA que "la question sera bientôt tranchée", mais le nom du successeur n'a pas été mentionné dans le rapport. "Le candidat le plus approprié, approuvé par la majorité de l'Assemblée des experts, a été désigné", a déclaré Mohsen Heydari, représentant de la province du Khouzestan à l'Assemblée, selon l'agence de presse.
12h26
Le pape Léon XIV exhorte à la fin des bombardements et appelle au dialogue face aux violences au Moyen-Orient
Pope Leo celebrates Mass at the Parish of Saint Mary of the Presentation in Rome, Italy, March 8, 2026. REUTERS/Ciro De Luca
Le pape Léon XIV a déclaré dimanche que des nouvelles profondément inquiétantes continuaient d'arriver d'Iran et du Moyen-Orient, appelant à la fin des violences et à la reprise des efforts pour ouvrir un espace de dialogue. S'exprimant lors de la prière de l'Angélus sur la place Saint-Pierre, le pape a déclaré que le conflit alimentait la peur et la haine et a exprimé des inquiétudes quant à sa possible propagation, entraînant d'autres pays, dont le "cher Liban".
"Élevons humblement notre prière vers le Seigneur pour que le grondement des bombes cesse, que les armes se taisent et qu'un espace s'ouvre au dialogue, où la voix des peuples puisse être entendue", a déclaré le pape Léon XIV.
12h17
La piste terroriste explorée après l’explosion visant l’ambassade américaine à Oslo
Une explosion survenue dimanche devant l'ambassade américaine à Oslo pourrait être liée à la situation sécuritaire actuelle, mais aucun suspect n'a été identifié, a déclaré la police norvégienne. "Il est naturel de voir cela dans le contexte de la situation sécuritaire actuelle et de considérer qu'il pourrait s'agir d'une attaque visant délibérément l'ambassade américaine", a déclaré le porte-parole de la police, Frode Larsen, lors d'une conférence de presse.
12h14
Liban : nouveau bilan des frappes israéliennes s'élève à 394 morts cette semaine
Le ministère libanais de la Santé annonce que 394 personnes ont été tuées dans les frappes israéliennes au Liban cette semaine, dont 83 enfants. Le ministre Rakan Rakan Nassereddine a dénoncé les attaques contre "les équipes médicales et les ambulances", affirmant que neuf secouristes avaient été tués en une semaine.
8h56
L'armée israélienne affirme qu'elle poursuivra tous les successeurs de Khamenei
L'armée israélienne a averti qu'elle continuerait à traquer tous les successeurs du guide suprême iranien assassiné, l'ayatollah Ali Khamenei, tué lors de frappes américaines et israéliennes en Iran.
Dans un message publié sur X en farsi, l'armée israélienne a également averti qu'elle poursuivrait toute personne cherchant à nommer un successeur à Khamenei, faisant référence à l'organe clérical chargé de choisir le guide suprême de la République islamique. Cet avertissement intervient alors que l'assemblée cléricale s'apprête à se réunir pour choisir le prochain guide suprême de l'Iran.
8h33
Donald Trump refuse toute négociation avec l'Iran
Le président américain Donald Trump a déclaré qu'il n'était pas intéressé par des négociations avec l'Iran, soulevant la possibilité que la guerre contre l'Iran ne prenne fin que lorsque Téhéran n'aura plus d'armée opérationnelle et que ses dirigeants seront complètement éliminés.
Peu après que Trump s'est adressé aux journalistes à bord d'Air Force One, Israël, allié des États-Unis, a annoncé de nouvelles frappes en Iran tôt dimanche matin, alors que la guerre qui a semé le chaos au Moyen-Orient et bouleversé les marchés pétroliers mondiaux entame sa deuxième semaine.
"À un moment donné, je ne pense pas qu'il restera quelqu'un pour dire : 'Nous capitulons'", a déclaré Donald Trump.
8h17
Donald Trump salue la volonté de Giorgia Meloni d'aider dans la guerre israélo-américaine contre l'Iran
Donald Trump et Giorgia Meloni à la Maison-Blanche, en avril 2025.
Le président américain Donald Trump a fait l'éloge de la Première ministre italienne Giorgia Meloni et a déclaré qu'elle était disposée à aider les États-Unis et Israël dans leur guerre contre l'Iran, a rapporté dimanche le quotidien italien Corriere della Sera. S'adressant au journal par téléphone samedi, Trump a décrit Meloni comme "une grande dirigeante" et a déclaré que l'Italie faisait tout son possible pour aider. "Elle essaie toujours d'aider, c'est une excellente dirigeante et c'est une amie", a déclaré Trump, selon le Corriere della Sera.
L'Italie prévoit d'envoyer une aide à la défense aérienne aux pays du Golfe face aux frappes aériennes iraniennes, a déclaré Meloni jeudi. Un navire de la marine italienne se prépare à faire route vers Chypre, a déclaré vendredi un porte-parole de la marine, dans le cadre d'une mission européenne conjointe visant à protéger l'île après qu'elle a été la cible de tirs iraniens.
7h54
Le successeur de Khamenei devrait être désigné dans la journée
Un consensus s'est plus ou moins dégagé concernant le choix du successeur du guide suprême iranien Ali Khamenei - tué le 28 février par des frappes sur Téhéran, rapport l'agence de presse Mehr citant l'ayatollah Mohammad-Mahdi Mirbaqeri, membre de l'Assemblée des experts. Ce dernier a toutefois ajouté que "certains obstacles" devaient être résolus concernant ce processus de désignation, ajoute Mehr.
Les médias iraniens ont souligné que l'Assemblée des experts - l'organe chargé de nommer le guide suprême iranien - avait un léger désaccord sur la question de savoir si sa décision finale devait être prise lors d'une réunion en personne ou si elle pouvait être rendue sans respecter cette formalité.
7h38
Israël avertit le Liban de maîtriser le Hezbollah
Israël a lancé de nouvelles attaques au Liban samedi après que le Hezbollah, milice soutenue par l'Iran, a ouvert le feu de l'autre côté de la frontière. Israël a averti le Liban qu'il paierait un "prix très lourd" s'il ne maîtrisait pas les militants du Hezbollah, alors que le bilan des attaques israéliennes au Liban depuis lundi s'élève à environ 300 morts.
Ce dimanche matin, l'armée israélienne a lancé un avertissement d'évacuation à quatre villages du sud du Liban. Au moins quatre personnes sont mortes dans une frappe israélienne visant un hôtel du centre de Beyrouth, selon le ministère de la Santé libanais.
7h05
Bahreïn : une attaque de drone iranien a endommagé une usine de dessalement de l'eau
Au Bahreïn, une attaque de drone iranien a endommagé une usine de dessalement de l'eau, selon le ministère de l'Intérieur du pays. "L’agression iranienne a attaqué sans distinction des cibles civiles et causé des dégâts matériels à une usine de dessalement de l’eau à la suite d’une attaque de drone", a indiqué le ministère de l’Intérieur dans un communiqué sur X.
7h
Dubaï et les pays du Golfe : la fin du mirage
Le Burj Khalifa le 13 novembre 2012 à Dubaï, aux Émirats arabes unis. Le Burj Khalifa est actuellement le plus haut bâtiment du monde, culminant à 829,84 m
Comme d'un coup de baguette magique et avec tout le talent d'un prestidigitateur, Dubaï, Abou Dhabi, le Qatar mais aussi les autres ville-Etats ou pays de la région avaient fini par nous faire croire qu'ils ne se trouvaient pas au Moyen-Orient. C'était trop beau pour être vrai. Un premier projectile - suivi de près par 380 missiles et 1 480 drones lancés dans toute la région les jours suivants - aura suffi à pulvériser cette illusion sécuritaire. Le conflit avec l'Iran a porté un coup au soft power des pays de la région et à son illusion sécuritaire. Retrouvez notre ici notre décryptage.
Mojtaba Khamenei (au centre), fils du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, est photographié lors d’une manifestation marquant la Journée d’al-Quds (Journée de Jérusalem). Il est pressenti, parmi d'autres, comme futur Guide suprême, successeur de son père Ali tué il y a une semaine.
Les 15 et 22 mars, les Français votent aux municipales. L'occasion pour L'Express de sélectionner chez nos voisins des idées innovantes, des concepts pertinents et des dynamiques vertueuses pour améliorer notre quotidien. Tour d'Europe des villes qui doivent nous inspirer, et surtout inspirer nos nouveaux élus.
Rester inactive n’a jamais été une option pour Suzanne Claudia Krasni, retraitée Viennoise de 80 ans. Pour éviter à tout prix la sédentarité et l’isolement, cette résidente de la capitale autrichienne se rend plusieurs fois par semaine au "Pensionistinnenklub" (club de retraité, en français) de son quartier. Dans ces centres communautaires dédiés aux seniors et accessibles gratuitement à tous les résidents Viennois âgés de plus de 60 ans, elle rencontre d’autres retraités, pratique la gymnastique, les randonnées de groupe ou la danse - discipline qu’elle enseigne désormais en ligne à ses nouveaux camarades. "Cela me permet non seulement de rester en forme physiquement, mais aussi de garder un esprit jeune ! À chaque fois, je ressens à quel point il est bon d’être actif ensemble", commente la retraitée auprès de L’Express.
Récemment, son club lui a même permis de réaliser des rêves qu’elle n’aurait jamais cru possibles : en septembre dernier, l’octogénaire a ainsi défilé à la Fashion Week de Vienne, et présenté sa propre collection de vêtements upcyclés dans le cadre du projet "Fashion reloaded", soutenu par les Pensionistinnerklubs. "C’était vraiment spécial… J’étais ravie de montrer que le style et la joie de vivre n’ont pas de limite d’âge", précise Suzanne, très fière de son travail. Quelques mois plus tôt, en juin, sa collègue Karoline Neumann, elle aussi retraitée et membre des Pensionistinnenklubs, a fait la Une des journaux locaux en parcourant, à 96 ans, cinq kilomètres dans le Prater de Vienne - plus grand parc de la ville -, lors de la Journée de marche nordique organisée chaque année par ces clubs.
Autant d’activités rendues possibles par la municipalité de Vienne, principal soutien financier des Pensionistinnenklubs avec un budget annuel d’environ 20 millions d’euros selon les chiffres d’Interreg Europe, programme financé par l’Union européenne visant à recenser les bonnes pratiques locales en termes de politiques publiques. "Cela permet le fonctionnement de 135 clubs répartis dans toute la ville, pour un nombre de bénéficiaires qui ne cesse d’augmenter : en 2025, 27 000 seniors ont fréquenté nos centres", précise Simon Bluma, PDG de Häuser zum Leben, l’organisme public en charge du logement et de l’accompagnement des seniors.
Cet investissement conséquent s’inscrit dans une politique municipale très favorable sur le sujet dans la capitale autrichienne. Alors que la population Viennoise âgée de plus de 65 ans atteindra près de 21 % d’ici 2050, la municipalité vient par exemple d’élargir son programme de financement pour l’adaptation des logements aux personnes âgées. Depuis le 1er janvier 2026, les résidents de plus de 60 ans peuvent ainsi recevoir jusqu’à 7 500 euros pour financer les travaux d’aménagement de leur domicile, en installant par exemple des douches de plain-pied, des monte-escaliers ou des barres d’appui et de maintien. Soit une nette augmentation de cette subvention, qui ne couvrait jusqu’à présent que 4 200 euros de frais maximum.
"Il est de plus en plus important de permettre aux personnes âgées de vivre de manière autonome chez elles aussi longtemps que possible. Les adaptations matérielles nécessaires ne doivent pas être compromises par des obstacles financiers", fait valoir la mairie de Vienne auprès de L’Express. Des plafonds de revenus s’appliquent néanmoins aux résidents intéressés par cette aide, sur la base de la loi viennoise sur la promotion et la rénovation du logement. Une personne seule gagnant plus de 43 770 euros annuels ou un couple dont les revenus s’élèvent à plus de 65 230 euros ne pourront pas en bénéficier, par exemple.
Ville "modèle" pour le logement social
Dans cette ville d’un peu plus de deux millions d’habitants, la municipalité a parfaitement conscience des enjeux liés au droit au logement. Au-delà du simple accompagnement des seniors pour leur permettre une plus longue autonomie au sein de leur domicile, Vienne est également régulièrement citée comme l’une des villes européennes les plus avancées sur sa politique de logements sociaux. La capitale autrichienne détient ainsi environ 220 000 logements municipaux, gérés par l’organisme public Wiener Wohnen - à eux seuls, ces logements hébergent plus d'un demi-million de personnes, rappelle la mairie. Plus de 200 000 logements supplémentaires sont également gérés par des promoteurs à but non lucratif, avec des subventions et loyers contrôlés par la municipalité. Ce modèle très complet amène "environ 50 % de la population Viennoise" à vivre dans des logements subventionnés, selon la ville de Vienne.
Vienne (image d'illustration).
La municipalité consacre un budget de 500 millions d'euros par an au logement social, dont environ la moitié (250 millions d'euros) est financée par une partie fixe de l'impôt sur le revenu, correspondant à 1 % du revenu combiné des employés et des employeurs (chacun paie dont 0,5 %). Le reste du financement provient notamment du remboursement des prêts à faible taux d’intérêt accordés par Wiener Wohnen aux fameuses associations de logement à but non lucratif. L'investissement de la ville sur le sujet ne cesse par ailleurs d'augmenter : dans le cadre de son initiative "Housing offensive 2024", la ville prévoit de construire plus de 22 200 nouveaux logements sociaux, permettant d’héberger plus de 45 000 personnes, pour un budget de 2,8 milliards d’euros.
Pour pouvoir accéder à ces logements, les résidents doivent néanmoins répondre à plusieurs critères d’éligibilité : être âgé d’au moins 18 ans, disposer de la nationalité autrichienne, de celle d’un autre pays membre de l’Union européenne ou d’un statut de réfugié, ou encore détenir un permis de résidence depuis plus de cinq ans. Les bénéficiaires doivent également justifier d’un revenu annuel sous la limite établie par la loi viennoise sur la promotion et la réhabilitation de logement - pas plus de 47 000 euros par an pour un ménage par exemple, ou 90 000 pour une famille avec enfants.
Pour les habitants qui ne pourraient pas accéder à ces logements subventionnés, les loyers pratiqués dans le reste de la capitale autrichienne restent relativement raisonnables - la politique de logement social ayant un effet modérateur sur l'ensemble du marché immobilier. Selon la dernière étude comparative réalisée en 2025 par le cabinet Deloitte, le prix du loyer mensuel moyen par mètre carré atteint ainsi 10,80 euros dans les rues de Vienne, soit un prix extrêmement concurrentiel pour une grande ville européenne. À titre de comparaison, un mètre carré en location coûte environ 32 euros à Paris, 18,40 euros à Berlin, ou 15,70 euros à Bruxelles.
Comme d'un coup de baguette magique et avec tout le talent d'un prestidigitateur, Dubaï, Abou Dhabi, le Qatar mais aussi les autres ville-Etats ou pays de la région avaient fini par nous faire croire qu'ils ne se trouvaient pas au Moyen-Orient. Et qu'au contraire, ces havres de paix au luxe tapageur vivaient sous cloche ou dans une bulle préservée de la géographie, loin des conflits qui ravagent la région depuis un quart de siècle et davantage : guerres en Irak, guerre israélo-palestinienne, guerre en Syrie, guerre au (tout proche) Yémen, et, depuis le 28 février, guerre en Iran. C'était trop beau pour être vrai. Un premier projectile - suivi de près par 380 missiles et 1 480 drones lancés dans toute la région les jours suivants - aura suffi à pulvériser cette illusion sécuritaire.
Dès le premier jour de la riposte iranienne, leurs débris, interceptés par la défense des Émirats arabes unis, sont retombés sur les hôtels Fairmont The Palm (situé sur la célèbre île artificielle en forme de palmier) et Burl Al Arab (7 étoiles), occasionnant des incendies. Dans les heures suivantes, le consulat américain, l'aéroport, une centrale électrique, une base aérienne australienne ont également été touchés à des degrés divers. "Pour la psyché des pétromonarchies, qui ont tout misé sur la stabilité, le choc est d'autant plus grand que de nombreuses cibles sont des bâtiments civils", estime l'expert David Rigoulet-Roze, de l’Institut français d'analyse stratégique. "Les Emirats ne s'imaginaient pas si fragiles, car jamais depuis leur création en 1971 [NDLR : après le départ de Britanniques], ils n'avaient été touchés par des missiles à cette échelle, hormis par une frappe de drone supposée des Houtis [NDLR : du Yémen] en juillet 2018 sur l'aéroport d'Abou Dhabi."
Si Dubaï, qui se rêve en une sorte de Las Vegas arabe - un premier casino devrait voir le jour en 2026 malgré la loi islamique -, est la plus touchée, la capitale politique Abou Dhabi l'est également, tout comme Doha, au Qatar voisin ou encore, juste à côté, le Bahreïn. Au rythme des alertes aériennes, des dizaines de milliers d'expatriés, de touristes et d'influenceurs, bloqués dans la région, attendent leur rapatriement qui tarde à venir. Pour les super-riches, les choses vont plus vite. Un absurde marché noir s'est organisé : une compagnie locale de jets privés aurait ainsi vendu des billets retour à plus de 300 000 euros !
L'hôtel Atlantis à Dubai.
Le soft power risque de s'effondrer
Lancée voilà plusieurs décennies, la stratégie du soft power – qui a culminé lors du dernier Mondial de football au Qatar - semble soudain plus fragile qu'un château de sable. "Si les forces armées et économiques constituent le hard power d'un pays, le soft power, lui, se définit par tout ce qui lui permet d'avoir de l'influence sur le reste du monde", rappelle l'essayiste suédois Martin Gelin, qui vient de publier Mjuk Makt (Soft Power, à paraître aux Etats-Unis). Les Etats-Unis ont Hollywood et la Silicon Valley ; la France a Paris et la culture française ; les pays du Golfe ont le soleil, le luxe et, jusqu’à peu, le calme assuré. "Leurs gouvernements ont en outre investi des sommes considérables dans l'art, l'architecture, le sport, le tourisme - 13 % du produit intérieur brut des Émirats arabes unis ! -, le design, le luxe. Le Qatar, par exemple, est devenu une superpuissance dans le monde de la culture sous l'égide de la cheikha Al-Mayassa bint Hamad Al Thani, qui est une sorte de Catherine de Médicis du XXIe siècle", complète Martin Gelin. Cette princesse royale est derrière l'acquisition d'un Rothko à 73 millions de dollars, d'un Warhol à 63 millions ou encore d'un Cézanne à 250 millions (Les Joueurs de cartes). Si Dubaï, aux Emirats, s'est spécialisée dans le bling-bling, Doha brille par ses musées et ses réussites architecturales signées Jean Nouvel (musée national en forme de rose des sables), I.M. Pei (musée des Arts islamiques) ou Rem Koolhas (bibliothèque nationale), etc. La baisse des prix du pétrole a ralenti certains projets titanesques, mais "Vision 2030" reste le moteur du rayonnement de l’Arabie saoudite sous Mohammed ben Salmane.
Cette stratégie de rapprochement avec la culture occidentale (et avec le sport, notamment à travers le football et la Formule 1) se révèle payante. En témoigne le baromètre 2026 de la réputation économique, publié par le média Visual Capitalist (Canada). Dans cet index, les Emirats arabes unis se classent 10e, l'Arabie saoudite 17e et le Qatar, 20e. La France, elle, est 6e, derrière les Etats-Unis, la Chine, le Japon, le Royaume-Uni et l'Allemagne. "En fait, les Occidentaux ne voient plus ces pays comme des dictatures corrompues, où les droits de femmes sont marginaux, mais comme des nations amies où il est intéressant d'investir et agréable de passer ses vacances, reprend Martin Gelin.Au bout du compte, il est plus facile à un dirigeant comme Emmanuel Macron de faire accepter aux contribuables français de venir en aide à des pays du Golfe (NDLR : le porte-avions Charles-de-Gaulle est arrivé en Méditerranée) puisque ces destinations leur sont familières. On est plus enclins à aider les gens qu'on connaît..." Selon Robert Mogielnicki, qui dirige une société de conseil en investissement et en géoéconomie axée le Moyen-Orient, "les pays du Golfe jouissent d'une réputation solide qui leur permet de résister à une forte pression. Tout dépendra bien sûr de la durée de cette guerre et de la manière dont les gouvernements du Golfe réagiront pendant et après la crise. Même si des risques persistent, leur résilience demeure grande", calcule-t-il.
Deux avions américains abattus
Cependant, une très grande fébrilité règne déjà dans les capitales régionales : le 2 mars, trois F-15 américains, en vol dans le ciel de leur allié koweïtien, tombent littéralement au sol comme des feuilles mortes. Ils viennent d’être abattus par… l’armée de l'air koweïtienne, avec qui les Etats-Unis entretiennent une coopération étroite depuis la guerre du Golfe en 1991. C’est aussi sur le territoire de cette micromonarchie de seulement 4 millions d’habitants que les six premiers soldats américains sont morts après une attaque de drone contre un centre d'opérations à Port Shuaiba, à seulement 16 kilomètres de la base du Pentagone.
En l’espace de quelques jours, l’Iran a donc mis à nu la crainte centrale des monarchies du Golfe : même leurs défenses antimissiles les plus avancées — principalement américaines, comme le THAAD — ne sont pas infaillibles. Si les dégâts matériels sont peu nombreux et le taux d’interception de la défense aérienne et antimissiles très élevé, le mythe sécuritaire mis en œuvre par six accords de défense et autant de bases régionales s’est fissuré. Le silence de nombreuses capitales régionales en dit long sur le niveau de tension : certains alliés n’ont même pas été informés de l’engagement américain, alors même que l’amiral Brad Cooper, ancien chef de la 5e flotte basée à Bahreïn, dirige aujourd’hui le CENTCOM (NDLR : l’un des 11 commandements régionaux des forces armées américaines). "C’est la guerre de Netanyahou", s’emporte le prince Turki al-Faisal, ancien chef des renseignements saoudiens sur CNN. "Il a réussi à convaincre le président (Trump) de soutenir ses idées."
"Jusqu’ici, les bases américaines étaient considérées comme les assurances-vie des pays du Golfe", pointe encore David Rigoulet-Roze, spécialiste de la région. C'est le cas pour l’Arabie saoudite (225 000 soldats) - dont l'ambassade américaine et son antenne de la CIA ont été visées -, les Emirats arabes unis (70 000 soldats), qui sont les armées les plus puissantes dans la zone, mais aussi le Qatar avec la très stratégique base d’Al Udeid, le centre névralgique de l'US Air Force pour le Moyen-Orient. Signe que Téhéran y attache toujours une attention particulière : deux bombardiers Su‑24 iraniens ont été abattus le 5 mars par des F‑15 qataris alors qu’ils s’aventuraient dangereusement à proximité de cette base où sont stationnés près de 10 000 soldats américains. "Cette présence militaire yankee a fragilisé les pays du Golfe, puisque cela a fait d'eux des cibles pour les Iraniens. Mais à court terme, ils n'ont d'autre option que de rester aux côtés des Etats-Unis", estime Jean-Loup Samaan, expert associé à l'Institut Montaigne. Et ce, même si la diversification militaire, afin de ne pas dépendre uniquement du "parapluie américain", est déjà bien enclenchée. Les Émirats arabes unis ont déjà intégré à leur arsenal un système de défense sud-coréen. Abou Dhabi a également commandé en 2021 près de 80 Rafale français et 12 hélicoptères Caracal (Airbus) afin de compléter leur panoplie aérienne pour un montant de près de 16 milliards d'euros, l'un des plus gros contrats d’armement de l’histoire de la France.
Cette nouvelle flambée dans le Golfe remet aussi en question les alliances stratégiques. Le rapprochement, amorcé en 2023 entre Ryad et Téhéran et soutenu par le Conseil de coopération du Golfe (CCG), semble aujourd'hui bien lointain, l’attaque iranienne contre le Qatar lors de la guerre des Douze Jours constituant un sérieux précédent. "Dans le passé, la stratégie d’isolement de la part de l’Iran n’avait produit aucun résultat en trente ans", relate Mohammed Baharoon, directeur général de B'huth, un centre de recherche de Dubaï. Mais le conflit actuel risque d'opérer un retour en arrière, alors que nous avions commencé à adopter avec Téhéran une logique géo-économique gagnant-gagnant."
Avec la crainte que la situation dégénère et pousse certaines capitales à ne plus rester passives, face aux missiles et drones qui leur pleuvent dessus. "Si un missile ou un drone frappait une zone habitée et tuait de nombreuses personnes, ou si les Iraniens s'en prenaient à des infrastructures critiques comme les points névralgiques de l'approvisionnement énergétique ou les usines de dessalement, un enjeu crucial au Moyen-Orient, les gouvernements du Golfe subiraient de fortes pressions pour intervenir", assure à depuis Houston, Kristian Coates Ulrichsen, chercheur associé à l'Institut Baker. Et comme si le chaos ne suffisait pas, les Houthis, proxy iranien au Yémen, ne sont pas encore entrés en action, mais pourraient attiser l’incendie dans le Golfe. Là où les populations locales, tout comme les expatriés et touristes, rêvent que le hard power des armées laisse place au soft power des instagrameurs.
Le Burj Khalifa le 13 novembre 2012 à Dubaï, aux Émirats arabes unis. Le Burj Khalifa est actuellement le plus haut bâtiment du monde, culminant à 829,84 m
Le président américain Donald Trump a accueilli samedi en Floride des dirigeants latino-américains pour lancer une nouvelle coalition contre les cartels de la drogue, tout en adoptant un ton dédaigneux envers la région, déclarant aux responsables que leurs pays avaient permis aux gangs de s'emparer de territoires et plaisantant sur le fait qu'il n'avait pas le temps d'apprendre leurs langues.
Lors de ce sommet baptisé "Bouclier des Amériques", organisé dans son complexe du Trump National Doral Golf à Miami, Donald Trump a signé une proclamation officialisant cette coalition régionale. Douze dirigeants d’Amérique latine et des Caraïbes ont participé à cette rencontre, dont le président argentin Javier Milei et le président salvadorien Nayib Bukele.
Cuba et le Venezuela en ligne de mire
Donald Trump a présenté cette initiative comme une campagne offensive destinée à "éradiquer les cartels criminels qui infestent notre région", les citant comme l'une des principales raisons de l'intensification de l'engagement américain en Amérique latine, notamment à travers une campagne de pression contre le Venezuela qui a abouti à la capture du président Nicolas Maduro en janvier. Dans un discours de plus de trente minutes, il a accusé les gouvernements de la région d’avoir laissé "de vastes portions de territoire de l’hémisphère occidental tomber sous le contrôle direct de gangs transnationaux".
Donald Trump a laissé entendre que Washington pourrait recourir à des frappes ciblées contre les chefs de cartels si ses partenaires en faisaient la demande. "Nous utiliserons des missiles. Vous voulez qu’on utilise un missile ?", a-t-il lancé en évoquant la criminalité organisée, ajoutant que ces armes étaient "extrêmement précises".
Le président américain a par ailleurs multiplié les déclarations offensives sur Cuba, affirmant que le régime communiste "vivait ses derniers moments". Il a répété que des responsables cubains étaient déjà en discussion avec lui et avec le secrétaire d’État Marco Rubio.
Donald Trump s'est efforcé de constituer une coalition de partenaires régionaux autour d'une approche plus énergique de la lutte contre les cartels de la drogue et le crime organisé. L'événement de samedi lui a également permis d'afficher sa fermeté au niveau national, alors que la guerre avec l'Iran s'intensifie et menace de faire grimper les prix mondiaux du pétrole et du gaz.
Plus tôt dans la journée, Donald Trump a déclaré que l'Iran serait "durement touché" samedi et qu'il envisageait d'étendre les zones et les groupes de personnes visés, sans fournir de détails.
Des alliés de Donald Trump participaient au sommet
Parmi les participants au sommet figuraient le président argentin Javier Milei, le président élu du Chili José Antonio Kast et le président salvadorien Nayib Bukele, dont la répression des gangs, critiquée par les groupes de défense des droits de l'homme, est devenue un modèle pour certaines parties de la droite latino-américaine. Des personnalités politiques de toute la région ont visité la vaste "méga-prison" de Nayib Bukele, où les États-Unis ont expulsé l'an dernier plus de 200 Vénézuéliens sans procès.
Étaient également présents le président hondurien Nasry Asfura, qui a remporté de justesse une élection contestée avec le soutien de Donald Trump, et le président équatorien Daniel Noboa, qui a repris certains aspects du programme économique de Trump et a récemment annoncé des opérations conjointes avec les États-Unis dans le cadre d'une répression militaire contre le trafic de drogue.
Nombre de ces dirigeants partagent la vision intransigeante du milliardaire américain sur la criminalité et l'immigration, privilégiant la répression aux solutions sociales et le secteur privé à l'État. Leur ascension témoigne d'un virage à droite plus général dans certaines régions d'Amérique latine, à l'heure où cette région est tiraillée entre Washington et Pékin.
Contrer l'influence régionale croissante de la Chine
Au-delà de la lutte contre le narcotrafic, Washington cherche également à renforcer son influence dans la région face à Pékin. Sans mentionner directement la Chine, Donald Trump a averti que les États-Unis ne permettraient pas à une "influence étrangère hostile" de s’implanter dans l’hémisphère occidental, évoquant notamment l’importance stratégique du canal de Panama. Les échanges commerciaux entre la Chine et l’Amérique latine ont atteint environ 518 milliards de dollars en 2024, tandis que Pékin a accordé plus de 120 milliards de dollars de prêts aux gouvernements de la région, selon Ryan Berg du Centre d’études stratégiques et internationales.
L’influence croissante de la Chine — des installations de suivi par satellite en Argentine au port péruvien soutenu par la Chine en passant par le soutien économique au Venezuela — inquiète depuis longtemps les responsables américains. En réponse, l'administration Trump a fait pression sur les gouvernements de toute la région pour limiter le rôle de Pékin dans les ports, les projets énergétiques et autres infrastructures stratégiques.
FILE PHOTO: U.S. President Donald Trump attends a roundtable on the Ratepayer Protection Pledge in the Indian Treaty Room in the Eisenhower Executive Office Building (EEOB) on the White House campus in Washington, D.C., U.S., March 4, 2026. REUTERS/Nathan Howard/File Photo
Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, avait prévenu : l'opération menée par Washington en Iran, en visant "les ambitions nucléaires" du pays, "enverrait de nombreux signaux au passage", au-delà du Moyen-Orient. Selon plusieurs analystes, après l'attaque israélo-américaine ayant décapité la tête du régime iranien, la Corée du Nord prendrait la menace américaine contre son pays très au sérieux - sans pour autant renoncer à son programme nucléaire, au contraire.
Cherchant à gonfler les muscles, le dirigeant Kim Jong-un a déclaré, jeudi 5 mars via l'agence KCNA, que Pyongyang avait conclu cette semaine des essais militaires avec un navire destroyer, présenté comme ultramoderne. C'est "un changement radical" pour "la défense de la souveraineté maritime nord-coréenne", a-t-il affirmé, précisant que "le pays n’avait pas réussi à accomplir [une telle chose] depuis un demi-siècle", relaie Le Monde avec AFP. "L'armement de la marine avec des armes nucléaires progresse de manière satisfaisante", a ajouté l'homme fort de Pyongyang.
Une menace "réelle" contre les adversaires des Etats-Unis
"Pour Kim Jong-un, la leçon la plus immédiate à tirer des opérations américaines au Venezuela et en Iran est que la capacité et la volonté des États-Unis d'éliminer les dirigeants hostiles sont passées de la théorie à la pratique", analyse auprès du Korea Times Go Myong-hyun, analyste à l'Institute for National Security Strategy. La semaine dernière, le ministère nord-coréen des Affaires étrangères a critiqué les États-Unis pour leurs frappes militaires contre l'Iran, affirmant qu'elles mettaient en évidence le "rôle destructeur des États-Unis dans la destruction de la paix et de la stabilité mondiales".
Les essais, réalisés mercredi 4 mars, portaient sur le lancement d'un missile de croisière mer-sol, réalisé "avec succès". La veille, Kim Jong-un avait également procédé à l'inspection d'un navire de la classe Choe Hyon, mis à l'eau l'année dernière. Ce destroyer est l’un des deux navires de guerre que possède la Corée du Nord, lancés en 2025. Un troisième bâtiment, que le dirigeant nord-coréen a également inspecté, serait en construction, selon KCNA. Il pourrait embarquer des missiles tactiques à courte portée capables de transporter des ogives nucléaires.
Ces tests interviennent peu de temps après le congrès du Parti communiste nord-coréen, à l'occasion duquel Kim Jong-un a affirmé sa volonté de renforcer la défense militaire de son pays (doté de l'arme nucléaire) et a menacé de répondre avec force à toute tentative de déstabilisation.
"Garantie de survie"
Une démonstration de force, dans le contexte de la guerre en Iran, et alors que les Etats-Unis et la Corée du Sud réalisent régulièrement des exercices militaires conjoints. "L’un de leurs objectifs est de démontrer que la Corée du Nord peut frapper non seulement la Corée du Sud, mais aussi le territoire continental américain, depuis la terre et désormais depuis la mer", estime Oh Gyeong-seob, de l'Institut coréen pour l'unification nationale, auprès du Korea Times.
"Pyongyang considère depuis longtemps son arsenal nucléaire comme une garantie de survie", analyse pour sa part le Wall Street Journal. "Lors d'une réunion politique cruciale qui s'est achevée la semaine dernière, Kim a réitéré que se défaire des armes nucléaires du pays n'était pas une option". De plus, en visant également des pays qui n'ont pas la bombe nucléaire, comme le Venezuela, certains analystes estiment que les Américains ne font que motiver les adversaires des Etats-Unis à ne rien lâcher de leurs ambitions nucléaires. En parallèle, les récentes frappes en Iran et au Venezuela ont également prouvé qu'en cas d'attaques, ni la Chine, ni la Russie ne sont prêtes à risquer un affrontement direct avec les Etats-Unis.
Depuis l'échec des négociations avec Washington en 2019, la Corée du Nord a intensifié la construction de son principal site. Pyongyang posséderait actuellement jusqu'à 50 ogives nucléaires et suffisamment de matières fissiles pour en produire 40 supplémentaires, selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), un groupe de réflexion. Le pays poursuit, par ailleurs, le développement de missiles balistiques intercontinentaux capables d'atteindre le territoire américain.
Une menace pour la voie diplomatique
Washington et Pyongyang sont des adversaires de longue date, bien que Donald Trump ait tenté une ouverture avec la Corée du Nord. Kim Jong-un a néanmoins déclaré en février que les deux nations ne pourraient "s’entendre" qu'à la condition que Washington accepte le statut nucléaire de son pays. Néanmoins, le comportement belliqueux des Etats-Unis, en mettant ses adversaires le pied au mur, pourrait saborder d'avance toute voie diplomatique.
"Avant les frappes américaines, Kim pouvait considérer une telle rencontre comme une mise en scène politique, les demandes de dénucléarisation étant perçues comme négociables. Désormais, toute demande américaine de dénucléarisation sera perçue moins comme une requête normale et plus comme une menace", estime Go Myong-hyun.
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un lors d'une visite auprès des tireurs d'élite de l'Armée populaire coréenne à Pyongyang, le 3 mars 2026. Source : agence d'Etat KCNA via REUTERS
Pour la première fois de son histoire, le régime des mollahs a été décapité, et le commandant en chef des Gardiens de la révolution éliminé, aux côtés d'une cinquantaine de hauts dignitaires. Depuis, les bombes américaines et israéliennes continuent de pleuvoir au-dessus de l'Iran, et pourtant ; force est de constater que cette République islamique famélique, tient, presque impavide. Un processus de désignation du successeur au Guide suprême a été ouvert et un nom semble mettre d'accord l'IRGC, le Corps des gardiens de la révolution islamique : celui du fils de Khamenei, dont le règne promet d'être plus sanguinaire encore que celui de son père, subodore le spécialiste de l'Iran, David Izadifar. Les Iraniens, désabusés, ont-ils encore une chances d'y échapper ? Et à quelles conditions ? Entretien.
L'Express : Sommes-nous en train d'assister à la fin du régime instauré en 1979 ?
David Izadifar : La situation est extrêmement tendue. Plusieurs personnalités importantes du régime ont été éliminées, ainsi qu’une cinquantaine de membres des Gardiens de la révolution, souvent de haut rang. Par ailleurs, de nombreux centres et bases de commandement de l’IRGC ont été gravement endommagés ou détruits. Or, lors du mouvement déclenché après la mort de Mahsa Amini, les forces de sécurité manquaient déjà d’unités antiémeutes pour faire face aux manifestations. Si les frappes israéliennes et américaines continuent de détruire les centres du Bassidj et de l’IRGC, il pourrait devenir très difficile de maintenir le système de répression une fois la guerre terminée.
Cela dit, le régime a jusqu’à présent montré une certaine capacité d’adaptation. Il parvient à maintenir une forme de continuité institutionnelle, notamment en procédant rapidement à des nominations. Très vite après la mort d’Ali Khamenei, un conseil intérimaire de trois membres a été mis en place pour assurer provisoirement les fonctions de leadership. L’un d’entre eux, l’ayatollah Mohammad Arafi, qui représentait la composante religieuse de ce conseil et était parfois évoqué comme possible candidat au poste de Guide, aurait été tué lors d’une frappe israélienne. Le 2 mars, des informations provenant d’Iran indiquaient que Mojtaba Khamenei aurait été choisi comme prochain Guide suprême par l’Assemblée des experts, dans un contexte de forte pression des Gardiens de l’IRGC.
Qu’est-ce qui pourrait lui porter un coup décisif ?
Plusieurs scénarios restent possibles. D’abord, il pourrait y avoir des désertions au sein des forces armées. Tout dépendra de la durée des bombardements : plus les bombardements se prolongent, plus le risque de défections augmente. L’armée régulière n’est pas aussi loyale au régime que l’IRGC, car elle a été affaiblie au fil des années au profit des Gardiens de la révolution. On voit déjà circuler des vidéos montrant certains membres de l’IRGC qui cherchent à fuir ou à quitter leurs positions. Dans ce contexte, l’hypothèse d’un coup d’Etat interne ne peut pas être exclue. Il pourrait venir des échelons intermédiaires de l’appareil sécuritaire ou militaire, qui se retourneraient contre les dirigeants actuels issus de la génération de la guerre Iran-Irak — d’autant que nombre d’entre eux ont déjà été éliminés ces dernières années.
Il faut aussi rappeler que les Gardiens de la révolution sont devenus une véritable puissance économique. Certains de leurs dirigeants cumulent un grand nombre de postes dans des entreprises et des conseils d’administration. Hossein Salami, ancien chef de l’IRGC, siégeait par exemple dans plus de trente conseils d’administration. Cette transformation d’une partie de l’élite militaire en acteurs économiques alimente des tensions internes : certains officiers plus jeunes dénoncent cette corruption et le mélange entre pouvoir militaire et intérêts économiques. A terme, ces divisions au sein même de l’appareil sécuritaire pourraient fragiliser le régime et ouvrir la voie à une rupture interne.
Les Etats-Unis ne cherchent pas forcément à détruire tout le système iranien, mais à affaiblir son noyau le plus dur
La disparition du Guide suprême ne pourrait-elle pas, au contraire, provoquer un réflexe d'unité face à l’adversaire ?
Je ne le pense pas. Les divisions au sein du régime sont déjà très profondes. Regardez par exemple où sont aujourd’hui les figures réformistes comme Hassan Rohani ou Mohammad Javad Zarif : elles ont quasiment disparu de la scène politique. Quant au président Pezeshkian, son pouvoir réel reste très limité ; il joue surtout un rôle symbolique. Par ailleurs, si l’on observe les personnalités visées par les opérations américaines ou israéliennes, on constate que la plupart appartiennent au camp conservateur, proche d’Ali Khamenei. A l’inverse, les figures réformistes — issues du courant khomeiniste — n’ont pas été ciblées. Ce contraste est frappant et peut difficilement être le fruit du hasard.
Qu'entendez-vous par là ?
Cela peut laisser penser que les Etats-Unis ne cherchent pas nécessairement à détruire tout le système iranien, mais plutôt à affaiblir son noyau le plus dur. Leur intérêt serait alors de favoriser l’émergence d’une figure réformiste ou plus pragmatique, perçue comme moins idéologique, moins liée à l’appareil militaire et plus ouverte à la négociation. Pour Washington, un tel scénario aurait un avantage : il permettrait de contenir l’Iran sans provoquer l’effondrement total de l’Etat ni ouvrir une période de chaos incontrôlable. En revanche, je ne suis pas certain que les Israéliens partagent ce point de vue avec les Américains.
Comment expliquer que l'opposition ne soit jamais parvenue à se structurer ?
Cela tient d’abord au fonctionnement même du système. En Iran, aucun parti d’opposition ne peut exister légalement s’il n’est pas approuvé par des institutions de l’Etat qui sont elles-mêmes placées sous l’autorité du Guide suprême. Dans ces conditions, il est pratiquement impossible de structurer une opposition organisée à l’intérieur du pays. C’est l’un des principaux obstacles lorsque l’on évoque l’hypothèse d’un renversement du régime. Par ailleurs, l’opposition iranienne reste très fragmentée, notamment en exil, où coexistent de nombreux groupes aux visions et aux stratégies parfois divergentes.
Quid de Reza Pahlavi ? Comment est-il perçu en Iran ?
Dans cette perspective, les figures qui pourraient apparaître les plus crédibles aux yeux des Américains sont probablement des personnalités comme Mir Hossein Mousavi. Elles disposent encore de réseaux importants au sein du système et, surtout, restent familières avec les réalités de l’Iran d’aujourd’hui. Il paraît en revanche difficile d’imaginer qu’une figure issue du système puisse gouverner sans partager le pouvoir avec Reza Pahlavi, qui demeure la personnalité la plus populaire de l’opposition.
Cela étant dit, Reza Pahlavi joue surtout un rôle de fédérateur. Il incarne davantage un symbole capable de rassembler les Iraniens. Autrement dit, il sert surtout de point de ralliement pour une partie de l’opposition plutôt que de chef politique structuré.
Mais cette figure a-t-elle suffisamment de poids pour rassembler l’ensemble de l’opposition ? Donald Trump ne semble pas y croire...
De façon générale, l'hypothèse de la prise de pouvoir d'une seule personne me paraît peu réaliste. Marco Rubio [NDLR : le secrétaire d'Etat américain] expliquait encore il y a quelques semaines qu’il n’envisageait pas un scénario "à l’irakienne" ou "à l’afghane", comme avec Ahmed Chalabi ou Hamid Karzaï, c’est-à-dire l’installation d’un dirigeant venu de l’extérieur. L’idée serait plutôt celle d’un scénario interne : quelqu’un issu du système qui prendrait le pouvoir ou le partagerait éventuellement avec l’opposition en exil, par exemple avec Reza Pahlavi — même si Rubio n’a jamais mentionné son nom explicitement.
Dans cette perspective, les figures qui pourraient apparaître les plus crédibles aux yeux des Américains sont probablement des personnalités comme Mir Hossein Mousavi. Elles disposent encore de réseaux importants au sein du système et, surtout, restent familières avec les réalités de l’Iran d’aujourd’hui. Il paraît en revanche difficile d’imaginer qu’une figure issue du système puisse gouverner sans partager le pouvoir avec Reza Pahlavi, qui demeure la personnalité la plus populaire de l’opposition.
Cela dit, Reza Pahlavi conserve une certaine capacité de mobilisation. En persan, on parle de farakhân, c’est-à-dire d’un appel à manifester, qui peut entraîner des rassemblements importants. Mais aujourd’hui, les bombardements rendent ces mobilisations extrêmement dangereuses, ce qui rend pratiquement impossible tout appel à descendre dans la rue.
Le président américain ne cesse pourtant d'inciter les Iraniens à renverser le régime. En continuant cette guerre ne rend-il pas impossible tout mouvement de contestation qui pourrait lui porter un coup fatal ?
Le problème est aussi que la société iranienne est aujourd’hui profondément épuisée. J’ai encore de la famille et des amis dans le pays : la plupart ont quitté Téhéran pour se réfugier dans le Nord, même si les bombardements y ont également lieu. Quand je parle avec mes cousins, ils me disent souvent que la vie n’a plus beaucoup de sens. Depuis plusieurs années, les Iraniens traversent une succession de traumatismes : la répression du mouvement déclenché après la mort de Mahsa Amini, la pandémie, les crises économiques et maintenant la guerre. Dans ces conditions, il est très difficile d’imaginer une mobilisation massive à court terme. Beaucoup de familles ont été directement touchées par la violence. Après certaines répressions, des habitants racontent que les rues étaient encore couvertes de sang le lendemain et que de nombreuses maisons arborent des drapeaux noirs, signe qu’un membre de la famille a été tué. Les victimes sont très souvent des jeunes. Cette accumulation de drames a profondément marqué la société iranienne.
Les bombardements, s'ils continuent, ne risquent-ils pas de provoquer un réflexe nationaliste dont le régime pourrait tirer parti ?
Pour l’instant, c’est plutôt l’inverse qui se produit. Lorsque les bombardements américains ont commencé, ou même lorsque Khamenei a été tué, on aurait pu s’attendre à un réflexe nationaliste. Mais la réaction a été différente : de plus en plus d’Iraniens considèrent que les guerres dans lesquelles le régime engage le pays sont celles du régime, et non celles de l’Iran.
On observe d’ailleurs cette distinction dans le langage utilisé sur les réseaux sociaux. Les Iraniens parlent de plus en plus de la "République islamique" plutôt que de l’"Iran", comme pour bien marquer la différence entre le régime et le pays lui-même. Cela traduit un changement de mentalité assez profond, qui limite le risque d'un repli nationaliste. Même parmi les courants d’opposition les plus modérés, beaucoup considèrent désormais qu’une forme d’intervention extérieure pourrait être nécessaire. Seule une partie de la gauche continue de s’y opposer.
Soutenir des groupes séparatistes pourrait ouvrir la voie à une fragmentation du pays et à une guerre civile
Donald Trump ne souhaite pas envoyer de troupes au sol. Pourtant, beaucoup de spécialistes estiment que leur déploiement serait le moyen le plus sûr de faire tomber le régime...
Ils ont probablement raison. Mais avant d’en arriver à un déploiement de troupes au sol, il existe peut-être d’autres leviers. L’un d’eux consiste à affaiblir les infrastructures de sécurité du régime. Les images montrent déjà que plusieurs centres des forces antiémeutes ont été endommagés ou détruits. Si ces pertes continuent de s’accumuler, les forces du régime pourraient avoir beaucoup plus de mal à contenir une grande mobilisation populaire.
Certains évoquent également la possibilité d’opérations commandos israéliennes visant à éliminer certaines figures clés du régime. Si les bombardements se poursuivent au rythme actuel — avec déjà plus d’une trentaine de centres de commandement des Gardiens de la révolution endommagés ou détruits — l’équilibre pourrait progressivement basculer. Dans un tel scénario, si un appel massif à manifester était lancé, la population pourrait effectivement jouer un rôle décisif dans la chute du régime. En revanche, penser que celui-ci pourrait s’effondrer uniquement sous l’effet de bombardements aériens serait une erreur.
Certaines stratégies me paraissent toutefois dangereuses. Soutenir ou financer des groupes séparatistes baloutches, kurdes ou arabes pourrait être une grave erreur. L’Iran est un pays multiethnique où les populations sont très imbriquées. Armer certaines minorités contre le pouvoir central ne risquerait pas seulement d’affaiblir le régime : cela pourrait aussi ouvrir la voie à une fragmentation du pays et à une guerre civile prolongée.
Vous écrivez que le fonctionnement du régime "a produit une société dépendante de l’Etat et de la répression, incapable de générer une croissance stable orientée vers le développement". Cette dépendance structurelle ne risque-t-elle pas de rendre toute transformation politique particulièrement coûteuse sur le plan économique ?
Sur le plan économique, la situation ne pourrait de toute façon guère être pire que celle d’aujourd’hui. L’économie iranienne est déjà dans une situation très proche de la faillite. Le régime a toujours refusé d’admettre la gravité de la situation. L’Etat manque d’argent et la corruption est massive : il contrôle une grande partie de l’économie mais n’est pas capable de redistribuer efficacement les ressources à la population. Cela dit, si le régime tombait, il y aurait rapidement un afflux d’investissements, notamment de la part des Iraniens de la diaspora. Ceux qui ont quitté le pays ne sont généralement pas les plus pauvres : ce sont souvent les élites, qui ont aujourd’hui un niveau de vie élevé à l’étranger.
A cela s’ajouteraient des investissements étrangers. De nombreuses entreprises internationales sont intéressées par le marché iranien. Dans ce contexte, l’économie pourrait connaître une forte croissance dans les premières années suivant la chute du régime. Un nouveau gouvernement devrait rapidement renégocier les cadres économiques existants et signer de nouveaux contrats internationaux. On l’a vu par exemple avec l’accord sur le nucléaire : malgré les attentes, les investissements étrangers sont restés très limités, notamment parce que les procédures étaient extrêmement lourdes et bureaucratiques. Les négociations prennent souvent deux ou trois ans.
Quid de la transition politique ?
La situation politique serait probablement instable pendant un certain temps, peut-être deux ou trois ans également. On pourrait assister à une situation comparable à celle de 1979-1980, avec une explosion de partis politiques et l’émergence de nombreuses nouvelles figures. Après des décennies de répression, une véritable effervescence politique pourrait apparaître. C’est aussi pour cela que je pense que Reza Pahlavi ne serait probablement qu’une figure symbolique dans un tel contexte. Une fois le régime renversé, il y aurait tellement de nouvelles forces politiques qu’il n’est pas certain qu’il occupe une position dominante.
En 1989, lorsque Khomeini est décédé, deux options avaient été envisagées : maintenir un Guide suprême unique — ce qui a finalement été choisi — ou instaurer une direction collégiale, avec un conseil dirigeant. Si le régime parvient à se maintenir aujourd’hui, quel scénario vous semble le plus probable ?
Si le régime se maintient après la guerre, je pense que le pouvoir sera largement concentré entre les mains des Gardiens de la révolution (IRGC) qui ont soutenu la désignation de Mojtaba Khamenei. Dans ce cas, leur influence deviendrait pratiquement totale à tous les niveaux du système. On pourrait éventuellement voir apparaître une forme de système hybride, avec quelques technocrates, mais l’ensemble resterait dominé par l’appareil sécuritaire. Le régime deviendrait probablement encore plus répressif. Le choix de Mojtaba Khamenei n’est pas anodin. Il entretient depuis longtemps des relations étroites avec un cercle de généraux des Gardiens de la révolution et aurait exercé une influence notable sur certaines nominations au sein de l’appareil sécuritaire et politique du régime. En décembre 2022, plusieurs hauts gradés de l’IRGC auraient d’ailleurs déclaré, en présence d’Ali Khamenei, que même si Mojtaba intervenait dans certaines nominations au sein des Gardiens de la révolution sans réelle expérience des affaires militaires, ils comprenaient ses choix, estimant qu’ils permettaient d’éviter la promotion d’éventuels agents étrangers à des postes sensibles.
Des personnes assistent à une cérémonie funéraire pour les victimes des frappes israéliennes et américaines, dans le contexte du conflit américano-israélien avec l'Iran, à Yazd, en Iran, le 6 mars 2026.
Tandis que les bombardements sur la capitale iranienne se poursuivent samedi, une semaine après l'offensive lancée par les Etats-Unis et Israël, Washington réfléchit aux solutions pour continuer d'affaiblir le régime iranien, après l'assassinat de l'ayatollah Ali Khamenei. Cherchant à éviter une intervention terrestre américaine qui pourrait s'avérer coûteuse, le Pentagone tenterait de s'appuyer sur des forces locales, en profitant des divisions ethniques. Cette semaine, la chaîne CNN a ainsi indiqué que, d'après certaines sources, la CIA s'efforcerait d'armer les Kurdes d'Irak, afin de fomenter un soulèvement populaire en Iran, aux côtés d'autres groupes d'opposition.
Les autorités américaines n'ont pas confirmé publiquement cette information. Mais on sait, toujours selon la chaîne américaine, que Donald Trump s'est entretenu cette semaine avec des responsables kurdes d'Iran. L'un d'entre eux a également dévoilé que ces forces d'opposition devraient participer à une opération terrestre dans l'ouest de l'Iran dans les prochains jours, tandis que plusieurs de ces groupes ont publié des communiqués appelant les forces iraniennes à la défection.
"Au niveau tactique, l’objectif apparent semble être d’entraîner les forces terrestres du Corps des gardiens de la révolution [organisation paramilitaire liée au régime iranien, NDLR] dans des opérations anti-insurrectionnelles contre les groupes séparatistes, les exposant davantage à la puissance aérienne américaine et israélienne", analyse auprès du Figaro Ali Vaez, directeur du projet Iran au sein du groupe de réflexions "International Crisis Group".
Samedi matin, les Gardiens de la Révolution ont ainsi annoncé avoir frappé "trois sites de groupes séparatistes dans la région irakienne du Kurdistan", dans un communiqué. "Si des groupes séparatistes dans la zone entreprennent la moindre action contre l’intégrité territoriale de l’Iran, nous les écraserons", poursuit le texte cité par l'agence Tasnim. Depuis plusieurs jours, les bombardements continus contre l'Iran ont contribué à affaiblir les infrastructures militaires du régime. Néanmoins, les factions kurdes iraniennes au sol pourraient "ne pas être assez puissantes militairement" pour se rendre jusqu'à Téhéran, confie un officier israélien cité par Axios.
Divisions ethniques
L'alliance avec des groupes locaux ou des communautés ethniques rivales est une stratégie de longue date des Etats-Unis pour servir leurs intérêts dans la région. "Après la guerre du Golfe de 1991, les Américains ont encouragé un soulèvement kurde en Irak, puis sont restés les bras croisés pendant que l'armée irakienne massacrait les forces kurdes", rappelle Raja Abdulrahim, correspondante du New York Timesau Moyen-Orient.
En 2001 encore, l'Alliance du Nord, groupe islamiste, était parvenue à prendre le contrôle de l'Afghanistan contre les talibans avec le soutien d'une coalition internationale composée des Etats-Unis et de la France. Lors de l'invasion américaine de l'Irak en 2003, le Pentagone s'était également appuyé sur les forces kurdes. Ou encore, plus récemment, en 2014 en Irak et Syrie, où les Peshmerga kurdes ont joué un rôle important dans la reprise de villes comme Kobané et Raqqa contre Daesh. Et ce, avant d'être lâchés par les Etats-Unis, qui ont souhaité privilégier leurs relations avec le nouvel Etat syrien et avec la Turquie, au détriment des revendications territoriales kurdes. Depuis, les forces kurdes ont perdu du terrain en Syrie, après la reprise du pays par les troupes du gouvernement dirigé par Ahmed al-Charaa.
40 000 millions d'individus dépourvus d'État
Ce groupe ethnique est composé d'environ 40 millions de personnes, réparties en Turquie, Arménie, Azerbaïdjan, Syrie, Irak et Iran. Connaissant différents degrés de discriminations, les Kurdes revendiquent un État indépendant de longue date, ayant perdu le contrôle de leurs zones d'influence avec la chute de l'empire ottoman et le partage du Moyen-Orient par les puissances occidentales. Certains vivent actuellement dans le Kurdistan irakien, région séparatiste du nord de l'Irak, reconnue comme semi-autonome par les Nations Unies.
En Iran, ils représentent 10 % de la population et ont parfois été à l'avant-garde de mouvements de protestation contre le régime. C'est le cas notamment du soulèvement de 2022, à la suite du décès de la Kurde-Iranienne Mahsa Amini après son arrestation par la police des mœurs, qui l'accusait de mal porter le voile - déclenchant un mouvement de solidarité dans tout le pays. Ou bien, lors de la récente vague de contestations contre le régime, particulièrement active dans les régions kurdes d'Iran.
Néanmoins, bien que perçus comme une minorité, beaucoup de Kurdes sont très bien intégrés à l'appareil politique iranien, comme les Azéris - à l'image du président Massoud Pezeshkian ou de l’ayatollah Khamenei. Cette communauté bénéficie du soutien de la Turquie ou encore de l'Azerbaïdjan, en raison de liens culturels et historiques forts. Certains craignent d'ailleurs que l'effondrement du pouvoir central ne ravive les tensions entre ces diverses communautés. Les Kurdes ne sont donc pas une entité avec des intérêts totalement homogènes.
D'autant que, pris de court par la guerre, personne en Iran ne tient à se précipiter dans une attaque contre le pouvoir. C'est ce qui explique notamment l'attitude très en retrait du gouvernement régional kurde d'Irak, qui a précisé sur ses réseaux sociaux qu'il ne participerait à "aucune campagne visant à étendre la guerre et les tensions dans la région". Pour sa part, Shanaz Ibrahim Ahmed, la première dame d'Irak, d'origine kurde, a publié une déclaration dans la même logique. Les Kurdes d'Irak ont "enfin atteint une certaine stabilité et dignité dans leur vie" et n'accepteront pas d'être "traités comme des pions par les superpuissances mondiales", a-t-elle écrit. "Laissez les Kurdes tranquilles. Nous ne sommes pas des mercenaires".
Trouver la bonne équation dans ce contexte pourrait s'avérer périlleux pour les Etats-Unis. Si ces derniers ne parviennent pas à imposer un changement de régime totalement aligné sur leurs intérêts, des spécialistes indiquent qu'ils pourraient se contenter d'un fort affaiblissement politique, consolidant Israël comme puissance hégémonique dans la région. "Un Iran en proie à des troubles civils resterait probablement préoccupé par la stabilisation intérieure pendant des années, réduisant ainsi sa capacité à projeter sa puissance à l’étranger et supprimant potentiellement le dernier obstacle à la primauté régionale incontestée d’Israël", résume Ali Vaez auprès du Figaro.
Des combattants kurdes iraniens du Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) participent à une session d'entraînement dans une base située à la périphérie d'Erbil, en Irak, le 12 février 2026. REUTERS/Thaier Al-Sudani/Photo d'archive
Israël et l'Iran ont échangé des attaques alors que la guerre au Moyen-Orient entrait dans une deuxième semaine samedi, tandis que le président iranien Masoud Pezeshkian a présenté des excuses inhabituelles aux États voisins pour ses "actions", cherchant apparemment à calmer la colère régionale contre les frappes iraniennes sur des cibles civiles du Golfe. Le président iranien a également dit s'être engagé à "mettre fin aux attaques", à la condition d'un arrêt des attaques contre l'Iran menées depuis leur territoire.
Les propos de Masoud Pezeshkian ont provoqué une vive polémique en Iran, incitant son cabinet à réaffirmer que l'armée iranienne répondrait fermement aux attaques provenant des bases américaines de la région. Hamid Rasai, un religieux et député conservateur, a écrit sur X : "Monsieur Pezeshkian, votre position était non professionnelle, faible et inacceptable." Donald Trump a qualifié les excuses de l'Iran de capitulation, tout en affirmant que le pays serait "durement touché" samedi.
L'armée israélienne a annoncé ce matin avoir lancé une nouvelle vague de frappes sur Téhéran et Ispahan, une semaine jour pour jour après le début de l'opération israélo-américaine contre le régime iranien. Le président iranien a déclaré que le pays n'attaquerait plus les "pays voisins", alors même que le Qatar et Bahreïn signalaient des tirs ennemis.
18h19
Les pays qui accueillent des bases américaines "ne connaîtront pas la paix", selon l'Iran
Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien, a réagi aux excuses présentées samedi par le président iranien Masoud Pezeshkian aux pays du Golfe. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, il a déclaré que tant que ces pays accueilleraient des bases américaines, "ils ne connaîtront pas la paix".
16h56
Des religieux iraniens radicaux réclament la nomination rapide d'un nouveau guide suprême
Des religieux radicaux ont appelé à la désignation rapide d'un nouveau guide suprême pour aider à guider l'Iran, ont rapporté samedi les médias iraniens, alors que la République islamique est secouée par une nouvelle vague de frappes américaines et israéliennes.
Ces appels laissent entendre que certains membres du clergé pourraient être mal à l'aise à l'idée de laisser le pouvoir entre les mains du conseil de trois hommes mis en place temporairement après l'assassinat du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, qui avait le dernier mot sur toutes les affaires d'État.
Le président américain Donald Trump a déclaré que les États-Unis devraient avoir un rôle à jouer dans le choix du nouveau dirigeant, une demande que l'Iran a rejetée.
Les médias iraniens ont rapporté samedi soir que l'ayatollah Hossein Mozafari, membre de l'Assemblée des experts (l'organe religieux de 88 membres chargé de choisir le prochain dirigeant), a déclaré que l'assemblée pourrait se réunir dans les prochaines 24 heures pour prendre une décision.
16h26
Un responsable des Émirats arabes unis déclare que tout nouvel accord négocié avec l'Iran ne se limitera plus au nucléaire
Les missiles sont désormais au cœur des discussions. Il affirme que les attaques iraniennes ont creusé un profond fossé de confiance qui perdurera pendant des décennies.
16h04
David Izadifar : "En Iran, l’hypothèse d’un coup d’Etat ne doit pas être exclue"
Retrouvez notre entretien sur les leviers qui peuvent être activés pour tenter de faire tomber la République islamique.
15h50
Donald Trump affirme que les États-Unis ont mis hors service 42 navires de la marine iranienne en trois jours
Donald Trump affirme que les États-Unis ont mis hors service 42 navires de la marine iranienne en trois jours. Plus d'informations à suivre...
15h43
Israël dit avoir frappé 16 avions de l'unité d'élite iranienne
Tsahal a annoncé sur X avoir ciblé 16 avions de la Force Al-Qods du corps des Gardiens de la révolution. "L’armée de l’air israélienne a mené des frappes à Téhéran, ciblant des infrastructures militaires à l’aéroport de Mehrabad, un hub central utilisé par le CGRI pour armer et financer ses organisations terroristes à travers le Moyen-Orient. Plusieurs avions de chasse iraniens ont également été ciblés." Selon l'armée israélienne, ces avions étaient "utilisés pour transférer des armes au Hezbollah".
12h52
"Donald Trump veut redessiner la carte du monde"
Retrouvez l'analyse de Jonathan Lemire, journaliste de The Atlantic qui couvre l'actualité de la Maison-Blanche. Pour lui, deux scénarios catastrophiques pourraient désormais se profiler pour le président américain
12h17
Donald Trump annonce que l'Iran sera "très durement frappé aujourd'hui"
"L’Iran va être très durement frappé aujourd’hui. Des zones et des groupes de personnes qui n'étaient pas considérés comme des cibles jusqu'à présent sont sérieusement envisagés pour une destruction totale et une mort certaine, en raison de la conduite inacceptable de l'Iran", a déclaré ce samedi président américain sur Truth social. "L'Iran n'est plus le 'tyran du Moyen-Orient', mais le 'perdant du Moyen-Orient', et le restera pendant des décennies, jusqu'à sa capitulation ou, plus probablement, son effondrement total", a-t-il ajouté, sans donner plus de détails.
"Les ennemis (de l'Iran, soit Israël et les Etats-Unis) peuvent emporter dans leurs tombes leur souhait de voir le peuple iranien se rendre", avait affirmé un peu plus tôt ce samedi le président iranien Masoud Pezeshkian, en réponse à l'appel de Donald Trump la veille, qui avait réclamé une "capitulation sans conditions" pour mettre fin à la guerre.
9h44
L'armée israélienne lance une nouvelle vague de frappes sur l'Iran
L'armée israélienne a annoncé ce matin avoir lancé une nouvelle vague de frappes sur Téhéran et Ispahan. L'armée "a lancé une vaste vague d'attaques contre les infrastructures du régime terroriste iranien à Téhéran et Ispahan", indique-t-elle dans un communiqué.
L'armée israélienne a annoncé samedi matin que plus de 80 de ses avions de chasse avaient mené des frappes aériennes dans la nuit de samedi à dimanche contre des cibles à Téhéran et dans d'autres régions du centre de l'Iran. Parmi ces cibles visées figuraient notamment les bombardements de l'université Imam Hossein, un établissement placé sous sanctions américaines en raison de ses liens avec les Gardiens de la révolution iraniens, selon l'armée israélienne.
9h02
Arash Azizi : "Je rêve d'un pays où l'on scande 'Vive l'Iran' plutôt que 'mort à Israël'"
Retrouvez notre entretien avec Arash Azizi, historien irano-américain pour qui, quels que soient le successeur d’Ali Khamenei et l’avenir du régime, l’Iran pourrait être amené à privilégier la diplomatie et à remplacer le rejet d’Israël par une approche plus pragmatique.
8h41
Liban : le bilan des frappes israéliennes de vendredi monte à 16 morts
Le ministère libanais de la Santé a annoncé un bilan de 16 morts causés par les frappes israéliennes de vendredi soir dans la région de Baalbeck, dans l'est du Liban. Le bilan reste provisoire, 35 personnes ayant également été gravement blessées.
8h30
Le président iranien s'excuse auprès des pays voisins pour les frappes
Le président iranien Massoud Pezeshkian a présenté ses excuses auprès des pays voisins pour les frappes iraniennes qui les visent depuis le début du conflit avec Israël et les Etats-Unis. "Je m’excuse (...) auprès des pays voisins qui ont été attaqués par l’Iran", a-t-il déclaré samedi dans un discours diffusé sur la télévision d’État. Il a ajouté que le conseil de direction provisoire avait approuvé la suspension des attaques contre ces pays, sauf si des frappes devaient survenir de ces mêmes pays.
Concernant les frappes dans les pays du Golfe, le président iranien a déclaré que les unités militaires iraniennes avaient agi de leur propre initiative et fait ce qu'elles estimaient nécessaire après la mort de leurs commandants. Le matin même de son discours, des alertes aux drones et aux missiles ont été déclenchées en Arabie saoudite, au Qatar et aux Émirats arabes unis. Le ministère de la Défense des Émirats arabes unis a annoncé avoir détruit 15 missiles balistiques et intercepté 119 drones en provenance d'Iran. La compagnie aérienne Emirates a brièvement suspendu ses vols à destination et en provenance de Dubaï samedi. Les autorités de Dubaï ont évoqué un incident mineur, la chute de débris survenu après une interception, sans préciser le lieu. Emirates a ensuite annoncé la reprise de ses vols.
Le ministère de la Défense saoudien a quant à lui déclaré avoir intercepté et détruit plusieurs drones et missiles, sans toutefois préciser leur origine.
6h36
Iran : dans l’enfer de la prison d’Evin, les opposants aux mollahs préparent déjà l'après
Retrouvez notre reportage au sein de la sinistre prison iranienne, carrefour d'idées où se croisent les nombreux courants politiques du pays.
Le président iranien Massoud Pezeshkian lors de l'Assemblée générale des Nations unies au siège de l'ONU, à New York, aux Etats-Unis, le 24 septembre 2025
Les 15 et 22 mars, les Français votent aux municipales. L'occasion pour L'Express de sélectionner chez nos voisins des idées innovantes, des concepts pertinents et des dynamiques vertueuses pour améliorer notre quotidien. Tour d'Europe des villes qui doivent nous inspirer, et surtout inspirer nos nouveaux élus.
C’est le plus bluffant des clubs étudiants. Au WARR de l'Université technique de Munich (TUM), on ne perd pas son temps à organiser des soirées karaoké : on construit des fusées. "Les clubs ont accès, chez nous, à de grands ateliers équipés d’une variété de machines pour mener leurs expériences et fabriquer des prototypes. Des imprimantes 3D ou des grues pour lever des poids lourds", confie Ulrich Meyer, porte-parole de l’université. La TUM va leur remettre, cette année encore, les clés d’un hall additionnel de 1200 m2, financé par 10 millions d’euros de dons.
Une stratégie qui paye. Depuis sa création en 1962, le WARR Club a mis des satellites CubeStar en orbite, créé pour l'ISS un laboratoire automatisé d’expériences en microgravité et raflé plusieurs fois le premier prix des compétitions Hyperloop d'Elon Musk. On retrouve même certains de ses membres derrière l’ambitieuse Isar Aerospace, la première start-up européenne à s’attaquer au marché des mini-lanceurs orbitaux.
Le WARR Club symbolise bien le caractère radicalement singulier de la tech munichoise. Là où Paris, Londres et Berlin ont misé sur le numérique grand public, l'IA, le software et les fintechs, Munich cible un marché plus pointu mais ô combien stratégique : l'industrie. "Cela s'explique bien sûr par la présence historique de fleurons allemands du secteur", observe Tom Wehmeier, associé et directeur de l’analyse du fonds de capital-risque européen basé à Londres Atomico.
Industries de pointe et universités techniques
Siemens, BMW et Audi en sont les plus connus, mais Munich abrite aussi des champions discrets : Infineon, poids lourd mondial des semi-conducteurs ; EOS, référence internationale des machines d'impression 3D industrielles ; Rohde & Schwarz, spécialiste des communications sécurisées. Un vivier de clients potentiels qui mettent les start-up à l’épreuve du réel. "C’est précieux pour les deeptech qui ont besoin de validation à l'échelle industrielle", pointe Jan Miczaika, associé du fonds munichois HV Capital.
Munich (image d'illustration).
Le tissu académique et de recherche constitue le deuxième pilier du modèle bavarois. Entre la prestigieuse TUM, l’université Louis-et-Maximilien de Munich (LMU), l’institut Max Planck de physique et le réseau de recherche appliquée Fraunhofer, la ville abrite "des dizaines de milliers d’étudiants en STEM et des milliers de chercheurs", pointe André Loesekrug-Pietri, président et directeur scientifique de la Joint European Disruptive Initiative (JEDI). Une ressource prisée qui a convaincu tous les géants du numérique américains d’ouvrir un centre de R & D sur place - d’Apple à Microsoft, en passant par Qualcomm et Intel.
Mais si la magie opère, c’est que ces deux mondes ne s’ignorent pas, ils collaborent étroitement. Notamment via l'UnternehmerTUM, le plus grand centre européen de création de start-up adossé à l'université technique de Munich, qui connecte plus de 500 entreprises et PME avec des deeptech, tout en accompagnant étudiants et chercheurs dans la création d'entreprises.
"L'autre facteur clef de réussite est que les acteurs publics et privés partagent un même projet économique", analyse Vincent Charlet, délégué général de La Fabrique de l’industrie. La CSU régnant en Bavière depuis 1957, ses politiques pro-business n’ont jamais été remises en question et ont assuré aux entreprises un cadre stable, prévisible, propice au temps long. En 2024, le ministre-président de la région, Markus Söder a encore annoncé un investissement de 5,5 milliards d’euros dans l’IA, le quantique et l’espace.
Le défi financier de la deeptech
En dépit de ses atouts, Munich a plusieurs obstacles à surmonter pour transformer l’essai. Le premier est financier. "On trouve moins de grands investisseurs ici que dans des capitales européennes telles que Berlin, Londres ou Paris", observe Arnaud Aymé, DG France de Sia Partners. Si les start-up munichoises ont levé près de 2,3 milliards d’euros en 2024, cela reste ainsi bien en deçà de Paris (7,8 milliards) et de Londres (14,3 milliards). Les premiers tours de table se font aisément dans la capitale bavaroise. Mais dès que les start-up grandissent, la situation se corse. "Les investisseurs en croissance excellent à évaluer le software qui génère déjà des revenus en Series B. Face à la deeptech et ses longs cycles de développement, ils ont moins de repères et se montrent plus frileux", explique Ingo Potthof, cofondateur du fonds munichois UVC Partners, pionnier de l’investissement dans les technologies de rupture.
La bureaucratie allemande pèse aussi le secteur. Ici, le papier et les signatures à l’encre continuent de régner. Enregistrer une société prend des semaines, contre quelques heures en Estonie. Un notaire doit valider toute opération de cession de parts. Et obtenir un visa reste un défi. La présence de géants américains est enfin un facteur à double tranchant. Elle incite les cerveaux munichois à ne pas quitter leur ville natale. Mais elle fait grimper les salaires à des niveaux que les start-up locales peinent à suivre.
Munich s’affirme pourtant chaque année davantage comme un hub tech européen de premier plan, avec plus de 1 000 start-up spécialisées dans des domaines auxquels peu de villes osent se frotter. Dans le spatial, The Exploration Company développe une capsule cargo pour l'ISS tandis que Mynaric repousse les limites des communications par laser. Dans la défense, Helsing, star de l'IA militaire valorisée 12 milliards de dollars, côtoie Quantum Systems, spécialiste des drones autonomes. Munich est devenu le havre de la nouvelle génération de robotique industrielle, avec Agile Robots, RobCo ou Magazino. Et les deeptechs les plus audacieuses y ont élu domicile : Proxima Fusion parie sur la fusion nucléaire, Planqc sur l'informatique quantique. Un cheptel comptant huit licornes et même une des rares décacornes européennes : Celonis. Fondée par trois étudiants de la TUM, celle-ci a séduit les entreprises du DAX et du CAC40 avec ses outils d’analyse de processus et est désormais valorisée plus de 13 milliards d'euros.
"L'industrie allemande subissant une concurrence internationale nouvelle, la tech munichoise va prendre une importance croissante", prédit l'économiste belge Reinhilde Veugelers, chercheuse associée au centre de réflexion Bruegel. Les exports du pays vers la Chine ont chuté (- 9,3 % en 2025) tandis que les importations augmentent (+ 9 %). Et la puissance asiatique concurrence désormais l'Allemagne sur ses marchés phares de l’automobile aux machines-outils. Les industriels historiques ont plus que jamais besoin des idées folles des startupers pour renverser la vapeur.
"La situation à la prison d'Evin est critique. Les forces spéciales (de la police iranienne Nopo) contrôlent l'établissement, les accès sont verrouillés et les autorités ont quitté les lieux. La nourriture se fait rare et l'économat est fermé." Sur X, la femme d’un prisonnier politique, condamné à 3 ans d'incarcération pour avoir critiqué le pouvoir, témoigne de l'inquiétude qui gagne les familles de détenus. Que va-t-il advenir de ces prisonniers alors que le ciel de Téhéran s'embrase sous les missiles américains et israéliens et que le régime est prêt à tout pour se maintenir ? L'ONG Iran Human Rights tire déjà la sonnette d'alarme face au danger d'exécutions accélérées menées sous le couvert de la guerre.
Depuis des décennies ce lieu, symbole de la répression de la République islamique, vit au rythme des soubresauts de l'histoire iranienne. Chaque vague de colère, suivie d'arrestations arbitraires, a vu son lot d'opposants y être brutalement incarcéré : royalistes, communistes, marxistes, libéraux, réformateurs… En plus d'être un lieu d'horreur où la torture est monnaie courante, l'établissement construit en 1972 sous le règne du dernier chah est devenu un carrefour d’idées politiques, au point d'être surnommé "l’université d'Evin" par ses occupants.
Le choc des idéologies
Otage retenu à Evin entre 2022 et 2024, Louis Arnaud en a été le témoin. Dans son ouvrage La Révolution intérieure (Éditions des Équateurs, paru en 2026), il décrit une mosaïque de groupes très hétérogènes, aux visions et aux modes d’action divergents. Même si la majorité d'entre eux n’aspire qu’à la chute du régime des mollahs, leurs relations n’en demeurent pas moins souvent conflictuelles, parfois même hostiles. "Dans une seule et même cellule, on pouvait trouver un royaliste, un ancien réformateur et un libéral, tous réunis", décrit Mohsen Amiri, futur doctorant en relations internationales, détenu pour son activisme universitaire durant le mouvement "Femme, vie, liberté", dans la tristement connue "section 209". Dans ce quartier de haute sécurité des services de renseignement s’entassent jusqu’à 35 personnes dans un espace d'environ 30 mètres carrés.
Cette promiscuité est d'autant plus difficile à vivre quand des opposants doivent partager leur quotidien avec des personnalités qui ont gravité près du pouvoir. Karim Lahidji, président d’honneur de la Fédération internationale pour les droits humains, prend l'exemple de la militante Faezeh Rafsanjani, emprisonnée dans la section des femmes. La présence de la fille de l'ancien président et pilier de la Révolution a parfois, malgré ses critiques envers le régime, suscité un malaise chez les autres détenues, parmi lesquelles Nasrin Sotoudeh et Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023.
Des fausses rumeurs qui circulent
Loin de l'exposition de ces grandes figures d'Evin, une règle d'or tacite régit le quotidien des prisonniers plus anonymes : réduire au strict minimum toute affiliation politique visible. "On s'efforce de dissimuler nos attaches organisationnelles ou nos liens politiques structurés, rapporte Mohsen Amiri, condamné à trois ans de prison avant d'être amnistié. Car le risque d'infiltration ou de présence d'informateurs parmi les détenus est une menace constante." "Cela rend le dialogue extrêmement difficile et instaure une méfiance permanente, complète Louis Arnaud. Le régime va même jusqu’à répandre de fausses rumeurs pour semer le doute. La pression est telle qu'il n'y a aucun espace pour penser la suite."
Malgré cette atmosphère étouffante, le Français, dont l'un des proches compagnons d'infortune donnait des cours de philosophie à Evin, a pu observer, dans la discrétion, des "assemblées" s'organiser. Ces réunions visaient à trouver des compromispolitiques au sein de la "prison publique", cette section d'Evin aux conditions plus "humaines" où il a ensuite été transféré. Outre des actions symboliques, comme une grève de la faim collective pour l'anniversaire de la mort de Mahsa Amini, les échanges en prison pouvaient servir de socle à des réflexions plus profondes sur l'après-régime.
Kamyar Sharifi, autre étudiant téhéranais arrêté à cette période, a ainsi assisté à des débats sur "l'identité islamique du pays" ou sur l'avenir même du centre de détention : le "préserver comme une forme d'héritage ?" La question du traitement de leurs propres bourreaux occupait aussi les esprits. "Imaginez la scène : nous sommes leurs prisonniers, et pourtant, dans un coin de la cellule, certains chuchotent que le jour de la libération, nous ne devrons pas leur ressembler, se souvient le jeune homme aujourd'hui basé à Londres. Nous devrons les traiter avec équité, sans aucune torture, rien de tel ; simplement leur garantir un procès juste devant un tribunal impartial."
"Des discussions émergeaient sur ce à quoi pourrait ressembler un avenir politique idéal, poursuit Mohsen Amiri qui détaille certains scénarios imaginés dans la pénombre des cellules : les détenus d'orientation de gauche s'articulaient plutôt autour de versions d'une démocratie fédérale. Les libéraux, de leur côté, décrivaient souvent des modèles républicains ou des formes de monarchie constitutionnelle. Ces conversations existaient bel et bien, mais elles relevaient davantage de l'exploration intellectuelle que de la stratégie organisationnelle."
Ces questionnements sur l'après-République islamique n'ont cessé de gagner en intensité. Le futur doctorant, qui a vu nombre de ses ex-codétenus se tourner vers un soutien explicite au fils du dernier chah, Reza Pahlavi, estime que des figures comme le sociologue Saeed Madani, le réformiste Mostafa Tajzadeh, le journaliste politique Mehdi Mahmoudian, proche du même courant, et Narges Mohammadi, pourraient jouer un rôle de premier plan dans un futur conseil de transition. Louis Arnaud abonde en ce sens en voyant à Evin les figures clés d'un virage démocratique, "en parallèle à Reza Pahlavi", dont le nom a été massivement scandé dans les rues du pays et à l'étranger, en janvier. Entre les bombes et les barreaux, l'Iran retient son souffle.
Quatre mots ont marqué les esprits européens cette semaine : "no a la guerra". Une formule prononcée par Pedro Sanchez, mercredi 4 mars, en conclusion d'une charge en règle contre "des dirigeants incapables de répondre aux besoins de leurs citoyens et qui instrumentalisent la guerre pour masquer leurs échecs". Avec cette attaque visant, sans les nommer, Donald Trump et Benyamin Netanyahou, le Premier ministre espagnol s'est érigé en premier opposant à la guerre en Iran, qui bouleverse le Moyen-Orient et au-delà depuis le 28 février. Par ailleurs, en refusant que les Américains utilisent leurs bases militaires en Andalousie pour cette opération, Madrid s'est attiré les foudres de la Maison-Blanche, qui menace d'arrêter tout commerce avec la quatrième puissance économique européenne.
Arancha González fut la ministre des Affaires étrangères de Pedro Sanchez en 2020 et 2021. A présent doyenne de la Paris School of International Affairs (PSIA) à Sciences Po, cette amoureuse de l'Europe défend la position de la diplomatie espagnole, en raconte les origines et assure que notre continent aura un rôle clé à jouer dans ce conflit.
L'Express : Le monde entier a entendu le "No a la guerra" de Pedro Sanchez, quatre mots pour définir la position espagnole sur l'Iran. Vous avez été sa ministre des Affaires étrangères. Est-ce un simple slogan romantique ou la définition même de la politique étrangère espagnole ?
Arancha González : Avant tout, il s'agit d'exprimer le fait que l'Espagne considère que cette guerre d'Israël et des États-Unis contre l'Iran ne respecte pas les règles internationales. Ce n'est pas une guerre nécessaire, il n'y avait pas de risque imminent, comme le Pentagone le reconnait lui-même. Ce n'est pas non plus une intervention humanitaire, qui aurait pour but de protéger les civils et passerait par une autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies. Ce n'est pas une intervention sous le parapluie du droit à protéger, qui peut se déclencher uniquement quand toutes les autres options ont été épuisées, notamment la voie diplomatique. Celle-ci, à entendre les médiateurs d'Oman, n'a pas vraiment été épuisée...
C'est donc une guerre de choix : les Américains et les Israéliens ont fait le choix de la guerre. Je ne juge pas le bien ou le mal, je dis simplement que cette guerre n'est pas couverte par les normes internationales et qu'elle n'a été ni discutée ni approuvée par les alliés des Etats-Unis. Quand le Premier ministre espagnol dit "No a la guerra", il dit que ce n'est pas une guerre soutenue par la moindre norme internationale, ni par les règles entre alliés.
L'Espagne va envoyer une frégate à Chypre dans les prochains jours. Cela signifie que, malgré son refus de la guerre, Madrid reste prête à la faire en cas de besoin ?
Quand l'Espagne dit non à la guerre, ce n'est pas simplement un slogan. C'est qu'elle ne croit pas dans la participation offensive à cette guerre et ne permettra pas non plus aux Etats-Unis d'utiliser les bases militaires américaines sur le territoire espagnol pour le faire. Mais l'Espagne ne renonce pas pour autant aux engagements qu'elle a pris vis-à-vis de ses alliés de l'Otan, et Chypre et la Turquie sont des alliés de l'Otan. Je signale par ailleurs qu'une batterie de missiles Patriot espagnols reste stationnée en Turquie pour permettre à un allier de l'Otan de se défendre. Dans cette posture espagnole, il y a le refus de la guerre, mais aussi la réponse aux engagements pris par l'Espagne avec ses alliés.
Avec ses mots, Pedro Sanchez tente d'incarner le pacifisme, du moins en Occident. Sa position reflète-t-elle un sentiment répandu en Espagne ?
Il ne faut pas oublier que l'Espagne a été très marquée par l'intervention en Irak [en 2003]. Certes, ce n'est pas la même intervention en Iran, parce qu'à l'époque les Etats-Unis avaient au moins fait l'effort d'avoir un parapluie onusien, d'essayer de discuter et de s'accorder avec leurs alliés. Il y avait alors une vraie division à l'intérieur de la société espagnole vis-à-vis de la guerre en Irak. Le gouvernement de l'époque a décidé de se rallier aux Etats-Unis, contrairement à la France et à l'Allemagne, et cette décision s'est révélée un fiasco pour l'Espagne, un fiasco pour l'ancien Premier ministre José Maria Aznar. Ce qui s'est passé en Irak a traumatisé l'Espagne, d'une manière un peu similaire au Royaume-Uni, où l'ombre de l'intervention américaine en Irak a laissé des traces.
Il est vrai, aussi, qu'une partie de la coalition gouvernementale penche davantage du côté du refus de la guerre, et qu'une autre partie de la gauche, de l'extrême gauche, s'oppose même à la participation de l'Espagne à l'Otan. L'élément le plus marquant en Espagne reste l'Irak.
Quand vous avez été nommée à la tête du ministère des Affaires étrangères, en 2020, quels grands principes deviez-vous suivre ?
La priorité était la politique européenne, très clairement : renforcer la politique européenne, renforcer l'intégration européenne, être un allié fiable de l'Otan et avoir de bonnes relations transatlantiques. Pour naviguer parmi tous ces objectifs, il faut s'ajuster. Quand j'étais en poste, en 2020-2021, il y avait déjà les premiers signaux de la part de la Russie à propos de l'Ukraine. J'ai beaucoup investi à l'époque pour renforcer nos liens avec les pays Baltes, avec les pays de l'Europe centrale et orientale ; je suis allée rendre visite à nos troupes sur le flanc est de l'Europe, sous bannière de l'Otan ; je suis allée voir les pays Baltes, la Roumanie, la Pologne pour leur dire : nous sommes avec vous, nous partageons vos cauchemars vis-à-vis de votre voisin à l'est et il faut que vous compreniez nos cauchemars par rapport à nos voisins au sud. A cette époque, nous essayions aussi d'avoir une présence plus soutenue au Sahel.
Pedro Sanchez s'exprime lors d'une conférence de presse, à Bruxelles le 23 janvier 2026.
Nous sommes tous très choqués par la manière dont cette guerre en Iran a été déclenchée. Dire cela, ce n'est pas soutenir le régime iranien : l'Espagne, comme le reste de l'Union européenne, a placé les Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes et a soutenu chacun des paquets de sanctions contre l'Iran pour violations des droits de l'homme, pour empêcher la prolifération nucléaire ou même pour empêcher l'accès des Iraniens à la technologie et aux armes. Là-dessus, nous sommes tous très clairs en Europe, nous avons agi ensemble.
Ces derniers jours, une partie des soutiens de Donald Trump accusent Pedro Sanchez de soutenir Téhéran. Avez-vous déjà constaté une quelconque complaisance de l'Espagne envers le régime iranien ?
C'en est presque drôle. Quand les autorités iraniennes font un tweet en disant "Merci beaucoup, M. Pedro Sanchez", moi j'aurais aimé ces mêmes tweets quand M. Sanchez a placé les Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes. Il ne faut pas être dupe...
Vous estimez qu'ils tentent d'amplifier la division européenne ?
Bien sûr ! Et là-dessus, l'Espagne ne fera jamais quoi que ce soit qui pourrait affaiblir l'Europe.
Après les menaces commerciales américaines, Emmanuel Macron a assuré l'Espagne du soutien total de la France. Mais ce soutien français résonne d'autant plus dans le silence gêné de nos voisins… Percevez-vous un soutien européen à l'Espagne ?
La politique commerciale est une politique commune et ceux qui devaient se positionner sur ces menaces américaines, c'est-à-dire la Commission européenne et le président du Conseil, ont été très clairs. La politique commerciale en Europe n'est gérée ni par l'Espagne, ni par la France, ni par l'Allemagne, mais par la Commission européenne au nom des Etats membres. Nous avons été très rassurés qu'ils comprennent, comme nous, qu'une attaque contre l'Espagne d'un point de vue commercial serait une attaque contre l'Union européenne.
Les Américains ont dit qu'ils pourraient nous sanctionner sur l'exportation du gaz... Ce sont les mêmes qui passent tout de même beaucoup de temps à nous demander d'acheter du gaz américain. Il serait étrange que les Etats-Unis décident de ne plus vendre de gaz à l'Espagne, avec laquelle ils ont une balance commerciale positive précisément pour cette raison. Ce serait se tirer une balle dans le pied.
Cette attaque de Donald Trump contre Pedro Sanchez s'est tout de même faite alors que le chancelier allemand, Friedrich Merz, se trouvait dans le bureau Ovale. Il n'a pas réagi. Que penser de ce silence de Merz ?
Il faut traiter à l'intérieur de l'Union européenne les différends que nous pouvons avoir au sein de l'Union européenne. Je ne suis pas prête à discuter ni à débattre des différends qu'il peut y avoir entre Européens sur la place publique. Cela affaiblit l'Europe et, en ce moment, le plus important est de ne pas faire quoi que ce soit qui puisse affaiblir l'Europe. Si nous avons des choses à nous dire, il faut se le dire en Européens, discrètement, plutôt que laver son linge sale sur la place publique. Disons-nous les choses en famille, c'est plus intelligent.
L'Espagne s'est opposée farouchement à la guerre à Gaza, a critiqué de manière très forte et rapide l'enlèvement de Nicolas Maduro en début d'année, s'érige en principal opposant à cette guerre en Iran… Pedro Sanchez incarne-t-il la résistance européenne à Donald Trump ? Est-ce son objectif ?
Il y a une constante dans la position espagnole, qui reste la même sur l'Ukraine, sur le Groenland, sur le Venezuela, sur Gaza et sur l'Iran.Plus notre posture est cohérente et consistante, plus elle est forte. Nous ne pouvons pas vivre dans une communauté internationale et choisir ce qui est bien ou mal de manière aléatoire. Accepter une intervention militaire en Iran, c'est affaiblir la posture que nous avons en Ukraine. Alors certes, ce n'est pas simplement le droit international qui va nous protéger, mais l'Espagne considère que le droit international est un élément de la dissuasion. La dissuasion comprend l'armement, le renseignement, la gestion maîtrisée des interdépendances, mais c'est aussi la posture internationale : le faire à la carte affaiblit l'Europe.
Jusqu'à présent, les critiques espagnoles contre l'administration américaine n'avaient pas provoqué de représailles. Cette fois, Donald Trump menace de s'en prendre au commerce avec l'Espagne. Est-ce une stratégie risquée ?
Ce n'est pas la première fois que le président des Etats-Unis s'en prend à un leader européen, ce n'est pas la première fois qu'il brandit des menaces contre des Etats membres de l'Union européenne ou même contre l'Union européenne. C'est une constante. On l'a vu avec Volodymyr Zelensky dans le bureau Ovale, on l'a vu avec la Première ministre du Danemark, Mette Frederiksen, on l'a vu plus récemment avec le Premier ministre du Royaume-Uni, Keir Starmer, et on le voit très clairement aujourd'hui avec Pedro Sanchez.
Les Etats-Unis vont jusqu'à prendre des mesures de rétorsion contre des citoyens européens, comme Thierry Breton, qui se retrouve sous sanctions américaines simplement pour avoir poussé une législation soutenue par le Parlement européen [NDLR : les règlements sur le numérique]. Il ne sera pas le dernier... C'est une méthode : menacer pour essayer de faire plier. La seule leçon que nous pouvons tirer de cette année difficile pour l'Europe, c'est que Trump déteste la faiblesse et respecte la force.
Pensez-vous que cette leçon a été retenue par tous en Europe ?
Oui, je crois que tous les Européens ont compris comment il fonctionne. Simplement, nous ne réagissons pas tous de la même manière.
Comment l'Europe doit-elle, et peut-elle, s'impliquer dans cette guerre en Iran ?
Je tiens à rappeler que, sur l'Iran, l'Europe avait un plan, qu'elle a construit et défendu : c'est l'accord nucléaire signé en 2015, mené par l'UE, avec l'E3 — France, Allemagne, Royaume-Uni —, avec les Etats-Unis, la Russie et la Chine. Cet accord permettait de contrôler, grâce à la vérification internationale, la prolifération nucléaire et la capacité de l'Iran d'avoir accès à une arme nucléaire. Il a été saboté par Donald Trump lors de son premier mandat.
Les Etats-Unis ont adopté comme politique de castrer la capacité de l'Union européenne à ouvrir d'autres voies. Nous devons en avoir conscience et y réfléchir en tant qu'Européens.
L'Union européenne pourrait se rendre utile en construisant un espace — pas tout de suite bien sûr, au vu de la situation— pour amorcer une désescalade et pour empêcher le développement de l'arme nucléaire par l'Iran. Il faudra, à un moment, construire un espace de diplomatie. L'Union européenne doit y réfléchir, et aussi trouver de quelle manière obtenir des concessions du régime iranien sur sa manière de traiter ses opposants, qui est inacceptable à tout point de vue. Il faut commencer à imaginer l'après, parce qu'il y a toujours un après.
A cette heure, l'après-guerre paraît presque inimaginable...
Comme dans tout conflit. Une fois qu'on a ouvert la porte de la guerre, il est très difficile de la refermer. D'autant plus quand personne n'a prévu de porte de sortie ! Malheureusement, cela semble être le cas, avec des objectifs qui changent chaque jour. Aux Européens de penser cette porte de sortie.
Arancha Gonzalez Laya, ancien ministre des Affaires étrangères en Espagne, ici le 29 novembre 2025 lors du congrès fédéral du parti Bündnis 90/Die Grünen.
Elles comptent parmi les premières images marquantes de cette guerre. Les frappes du 28 février qui ont touché une école primaire de Minab, dans le sud de l’Iran, constituent l’épisode le plus meurtrier connu en termes de victimes civiles depuis les attaques menées par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran. À ce stade, aucune des parties n’a officiellement assumé la responsabilité de cette frappe. Mais un ensemble d’éléments rassemblés par le New York Times semble désigner une piste probable, tout en laissant subsister de nombreuses zones d’ombre.
Selon le journal américain, l’analyse d’images satellites récemment publiées, de vidéos géolocalisées et de messages diffusés sur les réseaux sociaux montre que l’école aurait été gravement endommagée par une frappe de précision. Celle-ci serait intervenue simultanément à des attaques visant une base navale voisine, gérée par le Corps des gardiens de la révolution islamique, à proximité du détroit d’Ormuz, zone stratégique du Golfe.
Les déclarations officielles américaines évoquent des frappes visant des installations navales dans cette région, selon le New York Times. Interrogée sur une éventuelle responsabilité américaine dans la destruction de l’école, la porte-parole de la Maison-Blanche Karoline Leavitt a rétorqué : "Pas à notre connaissance", ajoutant que le département de la Défense avait ouvert une enquête. De leur côté, les autorités israéliennes affirment n’avoir été mises au courant d’aucune opération militaire menée dans ce secteur au moment des faits.
Un accès aux journalistes étrangers impossible
La difficulté à établir avec certitude la chaîne des responsabilités tient aussi aux conditions d’enquête, rappelle le New York Times. Aucun fragment d’arme n’a été rendu public et l’accès des journalistes étrangers au site reste impossible. Le bilan humain exact n’a pas non plus été confirmé de manière indépendante. Les autorités sanitaires iraniennes et les médias d’État évoquent toutefois au moins 175 morts, parmi lesquels un grand nombre d’enfants scolarisés à l’école primaire Shajarah Tayyebeh.
L’attaque a eu lieu samedi 28 février au matin, jour de reprise de la semaine de travail en Iran. Les enfants et les enseignants étaient donc en classe lorsque les frappes ont été signalées. Les premiers signalements sont apparus sur les réseaux sociaux vers 11h30, heure locale. L’analyse croisée de photos et de vidéos publiées par des témoins dans l’heure qui a suivi confirme que l’école a été touchée en même temps que la base militaire voisine. Une vidéo authentifiée par des experts en géolocalisation montre d’épais panaches de fumée s’élever simultanément des deux sites.
Une frappe d'une grande précision
Des images diffusées par des organisations de défense des droits humains et par les médias iraniens montrent ensuite des équipes de secours fouillant les décombres à mains nues, à la recherche de survivants. D’autres séquences montrent des habitants et des proches rassemblés autour de l’école détruite, certains criant ou pleurant à l’extérieur du bâtiment partiellement effondré.
Les analyses du New York Times suggèrent que la frappe aurait été d’une grande précision, compte tenu de la nature des dégâts observés. Des vidéos montrent également d’importants dommages au sein de la base des Gardiens de la révolution, où des panneaux indiquant un commandement médical naval et l’insigne du corps militaire iranien étaient visibles à l’entrée du complexe. D’épaisses volutes de fumée noire s’élevaient des bâtiments militaires visés.
Dans un cimetière de Minab, des ouvriers ont par ailleurs creusé près de 100 tombes avant les funérailles des victimes, témoignant de l’ampleur du bilan humain redouté par les autorités locales. Cette attaque ravive les tensions dans la région, alors que la responsabilité exacte des frappes demeure officiellement non établie et que les enquêtes militaires et diplomatiques se poursuivent.
Alors que l'issue du conflit en Iran est incertaine, la Chine, dont Téhéran constituait l'un des alliés dans la région, n'est pas sortie du bois. Fidèle à sa ligne, Pékin appelle à la fin des combats et met en garde contre le risque d’un embrasement régional. Même si la fragilisation de l'Iran et le blocus du détroit d'Ormuz compliquent son approvisionnement énergétique, le pays dispose de réserves suffisantes pour tenir plusieurs semaines. A l'origine de la retenue chinoise : les victoires symboliques et les gains commerciaux que pourrait obtenir Xi Jinping lors de sa rencontre avec Donald Trump à la fin du mois, soutient Alicia Garcia Herrero, chef économiste de Natixis à Hong Kong.
L'Express : En quoi la campagne militaire menée par les Etats-Unis et Israël en Iran perturbe-t-elle les plans de la Chine ?
Alicia Garcia Herrero : La Chine souffre d'une vulnérabilité énergétique. Or elle a fait de l'Iran, qui est assis sur les troisièmes réserves mondiales de pétrole, un acteur clé de son approvisionnement. Pékin absorbe aujourd'hui entre 80 et 90 % du pétrole iranien, ce qui représente quasiment 13 % de ses importations d'or noir. Un pétrole qu'elle achète à des prix très décotés, probablement autour de 35 dollars le baril, soit quasiment moitié moins que le cours mondial au moment du déclenchement de la guerre. Cela lui donne un avantage compétitif indéniable, d'autant qu'elle achète aussi énormément de pétrole à la Russie, à des prix bradés eux aussi.
La Chine a parié également sur l'Iran pour son futur énergétique en investissant 40 milliards de dollars dans le corridor Chine-Pakistan et le développement du port pakistanais de Gwadar. L'objectif est d'utiliser les oléoducs existants entre le Pakistan et l'Iran et de les prolonger sur près de 200 kilomètres jusqu'à Gwadar. De cette façon, la Chine pourrait théoriquement s'approvisionner directement en Iran sans passer par le détroit d'Ormuz et en évitant même celui de Malacca. Tout cela est aujourd'hui compromis.
Une chute du régime des mollahs pourrait-elle remettre en cause la politique géostratégique de Pékin ?
Evidement car au-delà de la sécurité énergétique, l'Iran est crucial pour le prestige diplomatique de la Chine et dans la rivalité qui l'oppose aux Etats-Unis. C'est particulièrement vrai au Moyen-Orient. Rappelons que la Chine a orchestré l'adhésion de l'Iran à l'Organisation de coopération de Shanghai, en juillet 2023, et plus récemment aux Brics, en janvier 2024. Elle a aussi joué un rôle de médiateur dans la réconciliation de mars 2023 entre l'Iran et l'Arabie saoudite. Sans un Iran stable, la Chine perd un levier géopolitique majeur.
La fragilité énergétique de la Chine peut-elle freiner une opération militaire à Taïwan?
La dépendance énergétique chinoise est, sur le papier, inquiétante. Le pays a importé pour 11,55 millions de barils par jour l'an passé. Une bonne partie a servi à remplir ses réserves stratégiques. Officiellement, elles se montent à 80 jours de consommation. Ces chiffres sont probablement faux. Elles sont sans doute quatre à cinq fois plus importantes. Reste que cette fragilité énergétique pourrait freiner une opération à Taïwan : une guerre longue nécessiterait des flux ininterrompus, ce qui est aujourd'hui compromis avec la déstabilisation de l'Iran. Pékin sait aussi qu’un conflit avec Taïwan exposerait ses importations d'or noir - dont 90 % passent par la mer - à des strangulations américaines.
Que peut-on espérer de la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping à Pékin à la fin du mois ?
Il est intéressant de noter que depuis le début de l'intervention en Iran, la Chine reste très en retrait car elle n’a pas les moyens militaires d’intervenir efficacement loin de chez elle. En réalité, elle préfère préserver sa relation commerciale avec les États-Unis et joue le long terme : condamner verbalement sans se "mouiller", en espérant que le chaos profite indirectement à sa diplomatie "anti-hégémonique" sans coût direct.
Le sommet Trump-Xi, qui doit se dérouler du 31 mars au 2 avril, risque d’être tendu mais pragmatique. Donald Trump voudra arracher des concessions commerciales et des engagements sur Taïwan. Quant à Xi Jinping, il cherchera à stabiliser le commerce et à éviter l’escalade. Peu de percées sont attendues, mais un affichage de "dialogue" pour calmer les marchés. La Chine ne lâchera rien de stratégique.
Depuis des décennies, l’Iran a multiplié la construction de bunkers souterrains pour protéger son arsenal de missiles. Mais cette stratégie pourrait-elle se retourner contre Téhéran ? Moins d’une semaine après le début de la guerre au Moyen-Orient, elle commence à apparaître comme une possible faiblesse, estime le Wall Street Journal. Des images satellites montrent ainsi les restes de plusieurs missiles et lanceurs iraniens détruits lors de frappes américano-israéliennes, souvent à proximité des entrées des "villes missiles", comme les responsables iraniens désignent leurs sites souterrains. L’Iran dispose par ailleurs de l’un des plus vastes arsenaux de missiles de la région, avec plus de 3 000 missiles balistiques estimés en 2022 par le Commandement central américain.
Selon plusieurs analystes militaires, la quasi-totalité des dizaines de bases iraniennes seraient souterraines. En mars 2025, des images de propagande montrant l’inauguration de l’une de ces installations dévoilaient des commandants supérieurs parcourant de longs couloirs sans fenêtres, bordés de camions transportant des missiles. La vidéo ne précisait toutefois pas l’emplacement de cette base. Ces infrastructures sont souvent creusées dans les montagnes. Dissimulées sur l’ensemble du territoire iranien, elles peuvent notamment abriter des missiles à longue portée comme les Shahab-3, ainsi que les modèles Sejil et Khorramshahr, capables de frapper des cibles situées jusqu’à 2 000 kilomètres, selonEl Pais. Sur certaines bases, Téhéran a également construit des silos souterrains rudimentaires permettant de lancer des missiles sans les remonter à la surface.
La localisation de ces "villes missiles" est suivie depuis plusieurs années par l’armée américaine, ces bunkers pouvant être repérés grâce aux bâtiments, routes et entrées visibles en surface sur les images satellites. À la fois redoutés et étudiés de près, ils figurent parmi les priorités des services de renseignement américains. Selon le Wall Street Journal, des avions de combat et des drones armés américains et israéliens survolent régulièrement ces dizaines de bases, frappant les lanceurs de missiles dès qu’ils sortent pour tirer. Parallèlement, des bombardiers lourds ont mené des frappes massives sur ces sites, contribuant à enfouir davantage certaines armes iraniennes sous terre.
Une partie des missiles déplacée
Leurs cachettes ayant été en partie révélées, Téhéran aurait déplacé une portion de ses missiles et de ses lanceurs mobiles hors des bunkers avant le début du conflit, dans l’espoir de les protéger en les dispersant sur le territoire. Selon l’amiral Brad Cooper, commandant des forces américaines au Moyen-Orient, les Etats-Unis et Israël affirment avoir détruit des centaines de missiles, de lanceurs et de drones. Les autorités militaires américaines ont par ailleurs indiqué mercredi que les tirs de missiles iraniens avaient diminué de 86 % en quatre jours.
Dans ce contexte, les frappes occidentales ont notamment visé des infrastructures stratégiques iraniennes. L’armée israélienne a ainsi annoncé, samedi 28 février, que l’une des cibles attaquées dans la région de Tabriz était une base appartenant à une "unité de missiles balistiques iranienne", d’où "des dizaines de missiles devaient être lancées vers Israël". Des images satellites ont ensuite montré l’effondrement de certains tunnels de l’installation. Parmi les sites les plus importants ciblés par Tel-Aviv et Washington figure celui de Khorramabad, dans la province iranienne du Lorestan, qui sert de base de stockage et de lancement pour des missiles sol-sol et de croisière, notamment le Shahab-3. Cette installation avait déjà été visée par des frappes israéliennes en juin dernier, rappelle El País.
Si Israël et les Etats-Unis parviennent à endommager les "entrées et sorties" facilement identifiables de ces installations souterraines, ou les "ouvertures" par lesquelles les projectiles sont lancés, ces "villes missiles" pourraient se transformer en "tombes", prévient l’analyste militaire Guillermo Pulido toujours dans El País. Les missiles deviendraient alors incapables de décoller, tandis que les camions équipés de lanceurs mobiles resteraient bloqués à l’intérieur des bases. Dans ce scénario, ces infrastructures, conçues pour protéger les arsenaux iraniens, pourraient paradoxalement limiter leur capacité opérationnelle et affaiblir la riposte militaire de Téhéran.
Une image satellite montre une deuxième entrée de tunnel et des bâtiments de soutien au complexe de missiles de Khorramabad, en Iran, le 8 janvier 2026.
Le ministère américain de la Justice a publié, jeudi 5 mars, des documents du FBI qui retranscrivent les auditions d'une femme qui a formulé il y a plus de six ans des accusations graves de violences sexuelles contre le président Donald Trump.
En 2019, des agents du FBI ont interrogé cette femme à quatre reprises dans le cadre de leur enquête sur Jeffrey Epstein, accusé de trafic sexuel. Le ministère de la Justice avait précédemment publié un compte rendu confirmant la tenue de ces entretiens, mais n'avait diffusé qu'un résumé de l'une de ces quatre rencontres, au cours de laquelle elle accusait Epstein de l'avoir agressée sexuellement lorsqu'elle était adolescente.
Les documents récemment divulgués, publiés jeudi sur le site web du département de la Justice, montrent qu'elle a également affirmé que Donald Trump avait tenté de la forcer à lui faire une fellation après que Jeffrey Epstein l'a présentée au futur président à New York ou dans le New Jersey dans les années 1980, alors qu'elle avait entre 13 et 15 ans.
La Maison-Blanche n'a pas immédiatement réagi aux questions concernant ces révélations. Politico, qui a révélé l'affaire en premier, a indiqué que la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, avait qualifié les allégations d'"accusations totalement infondées", sans le moindre élément de preuve crédible".
Des "allégations mensongères et sensationnalistes"
Le ministère de la Justice a averti que certains documents contenaient des "allégations mensongères et sensationnalistes à l'encontre du président Trump". Reuters n'a pas pu confirmer de manière indépendante l'exactitude des allégations de cette femme, et les archives du FBI indiquent que les agents ont cessé de la contacter en 2019. Le ministère de la Justice a déclaré dans un message publié sur le réseau social X que les documents qu'il a publiés jeudi faisaient partie de 15 documents qu'il avait "incorrectement codés comme dupliqués" et qui, par conséquent, n'avaient pas été publiés.
Cette révélation intervient alors que le ministère de la Justice est sous le feu des critiques du Congrès concernant sa gestion des documents de l'enquête Epstein, qu'il est tenu de rendre publics. Les démocrates accusent l'administration Trump d'avoir dissimulé des documents le concernant, et une commission de la Chambre des représentants a voté pour assigner la procureure générale Pam Bondi à comparaître afin que les parlementaires puissent l'interroger sur la manière dont le gouvernement gère ces divulgations.
Donald Trump a déclaré que sa relation avec Jeffrey Epstein avait pris fin au milieu des années 2000 et qu'il n'avait jamais eu connaissance des agressions sexuelles commises par le financier. Des documents précédemment publiés par le département de la Justice montrent que Donald Trump a voyagé à plusieurs reprises à bord de l'avion d'Epstein dans les années 1990, ce qu'il a nié. Après les premières accusations de violences sexuelles portées contre le financier, Donald Trump a appelé le chef de la police de Palm Beach pour déclarer : "Tout le monde savait qu'il faisait ça", selon le compte rendu d'un interrogatoire du FBI.
Dans le rapport relatant la dernière audition de la femme, menée en octobre 2019, durant la première présidence de Donald Trump, les agents lui ont demandé si elle était disposée à fournir davantage d'informations sur le président. L'agent a alors indiqué qu'elle avait répondu "quel intérêt y aurait-il à fournir ces informations à ce stade de sa vie, alors qu'il était fort probable qu'on ne puisse plus rien y faire".
Kiev propose un échange de bons procédés à Washington. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est dit prêt à fournir des drones intercepteurs aux Etats-Unis et à leurs alliés au Moyen-Orient afin de les aider à contrer les attaques de drones iraniens Shahed dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient, a indiqué à Reuters une source proche du dossier. En retour, l’Ukraine espère obtenir davantage de missiles américains Patriot, devenus indispensables pour se protéger des frappes russes. Le Pentagone et au moins un gouvernement du Golfe, le Qatar, discutent actuellement avec Kiev de l’acquisition de ces systèmes destinés à neutraliser les drones.
Pourquoi l'Ukraine est-elle appelée à la rescousse ? Kiev est forte de son expérience acquise depuis l’invasion russe, débutée en février 2022. Depuis près de quatre ans, Moscou utilise massivement le drone kamikaze Shahed pour frapper les infrastructures ukrainiennes. Face à cette menace, Kiev a progressivement développé toute une gamme de drones intercepteurs peu coûteux, capables de détruire ces appareils en vol. "Nous avons reçu une demande des Etats-Unis pour un soutien spécifique en matière de protection contre les drones Shahed au Moyen-Orient", a écrit Volodymyr Zelensky en anglais sur le réseau social X.
Comme le rappelait L'Express, l'Iran privilégie ses drones Shahed pour frapper les pays du Golfe. Objectif : préserver une partie de son arsenal balistique. Quand un missile coûte entre un et deux millions de dollars, un drone kamikaze iranien vaut entre 20 000 et 50 000 dollars selon le Middle East Eye. Une disproportion qui pousse les armées occidentales à chercher des alternatives moins onéreuses. "Le rôle clé dans la contre-action passe désormais aux drones-intercepteurs", a martelé, mardi 3 mars, le commandant en chef des armées ukrainiennes, Oleksandre Syrsky, sur les réseaux sociaux, rapportent nos confrères deBFMTV. Selon le haut gradé, ces dispositifs ont permis d’abattre près de 70 % des drones russes au-dessus de Kiev et de sa banlieue au mois de février.
L’armée ukrainienne manque de missiles Patriot
Si Kiev se dit prêt à partager ses technologies et ses spécialistes, l’objectif est aussi d’obtenir en retour des moyens supplémentaires pour sa propre défense. L’armée ukrainienne manque de missiles Patriot, essentiels pour protéger les infrastructures énergétiques et militaires contre les missiles balistiques russes. Dans l’arsenal ukrainien, seuls les systèmes Patriot de fabrication américaine permettent aujourd’hui d’intercepter ce type de projectile.
Derrière cette offre de coopération se cache aussi une préoccupation stratégique pour Kiev. Le président ukrainien s'inquiète que l’escalade militaire autour de l’Iran puisse détourner une partie des ressources militaires occidentales destinées à l’Ukraine, notamment les systèmes de défense aérienne, rapporte Reuters. Les alliés de Kiev se sont engagés à livrer 37 missiles PAC-3 depuis leur dernière réunion à la mi-février. À noter que l'Italie a exclu de retirer des ressources de la défense aérienne de Kiev pour soutenir les Etats du Golfe, selon une autre source auprès de Reuters.
Des stocks de missiles Patriot limités
Or les stocks sont déjà limités. Selon Serhii Kuzan, directeur du Centre ukrainien de sécurité et de coopération à Kiev, les quelque 600 missiles PAC-3 produits chaque année par l’industriel américain Lockheed Martin ne suffisent pas à couvrir les besoins combinés des Etats-Unis, de leurs alliés du Golfe et de l’Ukraine, avance Reuters. La pression sur ces capacités est d’autant plus forte que la Russie a intensifié ses frappes ces derniers mois. Selon Kiev, plus de 700 missiles ont visé les infrastructures énergétiques ukrainiennes durant la dernière campagne hivernale. Le mois dernier encore, Moscou aurait lancé 32 missiles balistiques en une seule nuit.
Dans ce contexte, l’offre ukrainienne ressemble à un pari diplomatique autant que militaire : transformer l’expérience acquise sur le champ de bataille en monnaie d’échange pour obtenir les systèmes de défense dont le pays a besoin.
Un drone intercepteur STING FPV est exposé lors d'une exposition de fabricants de drones ukrainiens, dans un lieu tenu secret, en Ukraine, le 20 février 2026, alors que la Russie attaque l'Ukraine.
Sur les plateaux de télévision du monde entier, les images d'explosions, de fumées et d'immeubles éventrés tournent en boucle. Depuis le début de cette guerre, il y a sept jours, l'Iran a pris pour cible Israël, les Etats du Golfe, Chypre, la Turquie et l'Azerbaïdjan, et s'est étendu à l'océan Indien au large du Sri Lanka, où un sous-marin américain a coulé un navire de guerre iranien. Vendredi 6 mars, l'Etat hébreu a annoncé avoir lancé une vague d'attaques de grande envergure contre des infrastructures à Téhéran, tandis que l'armée américaine estime avoir coulé plus de 30 navires iraniens depuis le début du conflit.
Parallèlement, la guerre se poursuit au Liban, où Israël laisse planer la menace d'une intervention terrestre après des tirs du Hezbollah en direction de son territoire. L'armée israélienne a dit, ce jeudi, avoir commencé à frapper des infrastructures du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth.
Les infos à retenir
⇒ La situation au Moyen-Orient constitue une "urgence humanitaire majeure", d'après l'ONU
⇒ Donald Trump affirme qu'il n'y aura pas d'accord avec l'Iran, sauf si "capitulation"
⇒ Sébastien Lecornu va réunir les partis politiques à Matignon mercredi
19h04
L'armée israélienne déclare avoir bombardé plus de 500 cibles au Liban
L'armée israélienne déclare avoir bombardé plus de 500 cibles au Liban cette semaine. Elle a dit avoir frappé vendredi un centre de commandement de la marine du Corps des gardiens de la révolution iranienne ainsi que des centres de commandement de la marine, de l'unité financière et du conseil opérationnel du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth.
18h57
Emmanuel Macron félicite le Premier ministre irakien
Le président français Emmanuel Macron a déclaré vendredi avoir parlé au Premier ministre irakien Mohammed Shia al-Sudani et avoir salué ses efforts pour maintenir son pays hors du conflit au Moyen-Orient.
"J’ai réitéré mon soutien à son action résolue pour empêcher l’Irak d’être entraîné dans le conflit", a déclaré Emmanuel Macron dans un message publié sur le réseau social X.
Je viens de parler au Premier ministre irakien Mohammed Chia al-Soudani.
Je lui ai exprimé la pleine solidarité de la France avec l’Irak face à l’escalade en cours au Proche et au Moyen-Orient. J'ai renouvelé mon appui à son action…
Les attaques iraniennes contre des civils ne resteront pas impunies, déclare le commandant du CENTCOM
Les États-Unis répondront aux attaques iraniennes contre des civils dans tout le Moyen-Orient, a déclaré vendredi le commandant du Commandement central américain, Brad Cooper.
Cooper a déclaré que l'Iran avait attaqué 12 pays différents depuis les frappes lancées par les États-Unis et Israël contre la République islamique la semaine dernière, notamment en tirant sept drones d'attaque sur des quartiers résidentiels civils à Bahreïn jeudi soir. "C’est inacceptable et cela ne restera pas sans réponse", a-t-il déclaré dans un communiqué.
16h15
Les États-Unis déplacent des milliers de personnes hors des pays du Moyen-Orient, déclare Donald Trump
Le président Donald Trump a déclaré vendredi que les États-Unis déplaçaient des milliers de personnes hors de divers pays du Moyen-Orient en raison du conflit militaire entre les États-Unis, Israël et l'Iran. "Cela se fait discrètement, mais sans accroc", a-t-il déclaré dans un message publié sur les réseaux sociaux, sans fournir plus de détails.
"Plusieurs vols ont permis à des centaines d'Américains de rentrer sains et saufs aux États-Unis, et d'autres vols sont prévus dans les prochains jours, en fonction des conditions de sécurité", a déclaré Dylan Johnson, secrétaire d'État adjoint aux affaires publiques mondiales, dans un communiqué.
15h02
Donald Trump exige la "capitulation sans condition" de l'Iran
Le président américain Donald Trump a exigé vendredi la "capitulation sans condition" de l'Iran, une escalade dramatique de ses exigences une semaine après le début de la guerre qu'il a lancée aux côtés d'Israël, ce qui pourrait rendre plus difficile la négociation d'une fin rapide du conflit.
Donald Trump a fait ces remarques sur les réseaux sociaux quelques heures seulement après que le président iranien a annoncé que des pays non spécifiés avaient entamé des efforts de médiation, l'un des premiers signaux d'une initiative diplomatique visant à mettre fin au conflit. "Il n'y aura pas d'accord avec l'Iran sans une capitulation sans condition !", a-t-il écrit.
"Après cela, et après la sélection d'un ou plusieurs dirigeants FORMIDABLES ET ACCEPTABLES, nous, ainsi que nombre de nos merveilleux et très courageux alliés et partenaires, travaillerons sans relâche pour ramener l'Iran du bord du gouffre et le rendre économiquement plus grand, meilleur et plus fort que jamais."
13h21
Le bunker militaire souterrain d'Ali Khamenei détruit par l'armée israélienne
L'armée israélienne a dit avoir détruit le bunker militaire souterrain d'Ali Khamenei à Téhéran avec des frappes exercées par 50 avions de chasse.
"Ce bunker militaire souterrain (...) était destiné à servir de centre de commandement d'urgence sécurisé au Guide suprême du régime iranien", a déclaré Tsahal sur Telegram, soulignant que le complexe était toujours utilisé par des dirigeants de Téhéran malgré la mort d'Ali Khamenei.
12h48
Sébastien Lecornu va réunir les partis politiques à Matignon mercredi
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu réunira mercredi 11 mars les partis politiques afin de les informer de "l'état de la menace et du positionnement de la France" dans le conflit, a annoncé Matignon.
Les présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat seront également présents à la réunion, organisée "dans un cadre confidentiel".
11h30
La situation au Moyen-Orient constitue une "urgence humanitaire majeure", d'après l'ONU
L'agence des Nations Unies pour les réfugiés a déclaré ce vendredi que près de 100 000 personnes avaient été déplacées à l'intérieur du Liban et que des dizaines de milliers de réfugiés syriens présents sur place ont fui vers la frontière, qualifiant la situation dans la région d'"urgence humanitaire majeure".
Israël a émis des ordres d'évacuation à grande échelle pour le sud du Liban et certaines parties de Beyrouth en raison des combats avec le Hezbollah, groupe libanais soutenu par l'Iran, depuis le début de la campagne aérienne américano-israélienne contre l'Iran le 28 février.
11h00
Les ordres d'évacuation massive au Liban soulèvent des préoccupations en matière de droit international, selon l'ONU
Le Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme a déclaré que les ordres d'évacuation émis par l'armée israélienne pour le sud du Liban et la banlieue sud de Beyrouth soulevaient de sérieuses préoccupations au regard du droit international.
"Ces ordres d'évacuation généralisée et massive concernent des milliers de personnes", a-t-il déclaré. "Cela soulève de sérieuses préoccupations au regard du droit international humanitaire, en particulier en ce qui concerne les questions liées au transfert forcé", a-t-il ajouté.
10h30
Le Qatar prévient qu'il ne reprendra pas ses exportations d'énergie avant plusieurs semaines
Le ministre qatari de l'Énergie, Saad al-Kaabi, a déclaré que même si la guerre prenait fin immédiatement, il faudrait au Qatar "des semaines, voire des mois", pour revenir à un cycle normal de livraisons de gaz et de pétrole, a-t-il déclaré au Financial Times dans une interview publiée ce vendredi.
Le Qatar a interrompu sa production de gaz naturel liquéfié (GNL) lundi, alors que l'Iran poursuivait ses frappes contre les pays du Golfe en représailles aux frappes israéliennes et américaines. La production de GNL du pays représente environ 20 % de l'offre mondiale et joue un rôle majeur dans l'équilibre de la demande en combustible sur les marchés asiatiques et européens.
10h00
Maersk suspend deux services maritimes
Le groupe de transport maritime de conteneurs Maersk a annoncé aujourd'hui avoir temporairement suspendu deux services dépendant du Moyen-Orient à l'Asie et à l'Europe, le conflit perturbant les chaînes d'approvisionnement mondiales.
Le groupe danois a annoncé dans un communiqué qu'il suspendrait ses services FM1 reliant l'Extrême-Orient au Moyen-Orient et ME11 reliant le Moyen-Orient à l'Europe. "Cette décision a été prise par mesure de précaution afin d’assurer la sécurité de notre personnel et de nos navires tout en minimisant les perturbations opérationnelles sur l’ensemble de notre réseau", a indiqué Maersk dans un avis à ses clients.
08h50
52 navires français bloqués dans le golfe Persique
Une cinquantaine de navires français sont actuellement bloqués dans le golfe Persique et huit autres en mer Rouge, a déclaré ce vendredi le ministre français des Transports, Philippe Tabarot, alors que Paris cherche un soutien pour constituer une coalition de pays afin de sécuriser le trafic maritime dans la région.
"Il y a une cinquantaine de navires - 52 pour être précis - dans le golfe Persique et huit dans la mer Rouge, et nous sommes également en contact permanent avec les équipages, car il y a des marins français à bord de plusieurs de ces navires", a déclaré le ministre à la sur CNews et Europe 1.
08h30
Bien que blessé, le régime iranien conserve une dangereuse puissance de feu
Bien qu’affaiblie comme jamais par le pilonnage intensif des forces américaines et israéliennes, la République islamique d'Iran conserve une dangereuse puissance de feu. "On remarque un saut qualitatif dans les frappes qui sont conduites, relève David Khalfa, cofondateur de l’Atlantic Middle East Forum. Il y a une augmentation de la précision, de la vélocité et de la létalité qui est liée à une montée en gamme capacitaire."
Des missiles iraniens sont exposés au Musée des forces aérospatiales du Corps des gardiens de la révolution islamique à Téhéran, en Iran, le 12 novembre 2025
08h00
La Corée du Sud et l'armée américaine discutent du transfert de missiles Patriot
Le ministre sud-coréen des Affaires étrangères, Cho Hyun, a déclaré ce vendredi lors d'une audition devant le Parlement, que les armées américaine et sud-coréenne discutaient du transfert de certains systèmes de défense antimissile américains Patriot basés en Corée du Sud pour être déployés dans la guerre contre l'Iran.
07h30
Des troupes au sol seraient "une perte de temps", selon Donald Trump
Interrogé par la chaîne NBC News, le président américain a jugé que le déploiement au sol de soldats était une option inutile.
"C’est une perte de temps. Les Iraniens ont tout perdu. Ils ont perdu leur marine. Ils ont perdu tout ce qu’ils pouvaient perdre", a déclaré Donald Trump à la chaîne américaine.
07h20
Les compagnies aériennes des pays du Golfe reprennent des vols limités
Emirates et Etihad Airways ont repris ce vendredi des vols limités vers les principales villes du monde depuis les Emirats arabes unis, bien que la menace de tirs de missiles ait accentué la pression sur les compagnies aériennes qui s'efforcent d'accueillir les voyageurs.
La majeure partie de l'espace aérien du Moyen-Orient restant fermée en raison des risques liés aux missiles et aux drones depuis le début de la guerre israélo-américaine contre l'Iran, les autorités ont organisé des vols charters et réservé des places sur des vols commerciaux limités afin d'évacuer des dizaines de milliers de personnes. Un vol Air France affrété par le gouvernement pour rapatrier des ressortissants français des Emirats arabes unis a été contraint de faire demi-tour jeudi en raison de tirs de missiles dans la région, a déclaré le ministre français des Transports, Philippe Tabarot.
L'armée américaine affirme avoir coulé plus de 30 navires iraniens jusqu'à présent
L'armée américaine a annoncé jeudi avoir coulé plus de 30 navires iraniens depuis le début du conflit mené conjointement par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, dont un navire-drone iranien en feu. Les frappes de missiles balistiques iraniens ont diminué de 90 % depuis le début des hostilités, a indiqué aux journalistes l'amiral Brad Cooper, commandant des forces américaines au Moyen-Orient au sein du Commandement central.
06h45
Donald Trump exhorte les Kurdes iraniens à attaquer l'Iran
Alors que le conflit au Moyen-Orient s'étend, le président américain Donald Trump a encouragé les forces kurdes iraniennes en Irak à lancer des attaques contre l'Iran. Interrogé sur le sujet, Donald Trump a martelé : "Je trouve formidable qu'elles veuillent le faire, je suis tout à fait pour." D'après trois sources proches du dossier, des milices kurdes iraniennes ont consulté les Etats-Unis ces derniers jours afin de déterminer s'il convient d'attaquer les forces de sécurité iraniennes dans l'ouest du pays, et comment. La coalition kurde iranienne, basée à la frontière irano-irakienne dans la région semi-autonome du Kurdistan irakien, s'entraîne en vue d'une telle attaque, dans l'espoir d'affaiblir l'armée iranienne, alors que les Etats-Unis et Israël bombardent des cibles iraniennes.
06h30
Donald Trump veut être impliqué dans le choix du nouveau dirigeant à Téhéran
Le président américain Donald Trump a déclaré jeudi qu'il voulait être impliqué dans le choix du nouveau dirigeant à Téhéran, alors que les bombardements d'Israël et des Etats-Unis se sont poursuivis en Iran pour un sixième jour consécutif. "Nous voulons être impliqués dans le choix de la personne qui dirigera l'Iran à l'avenir", a-t-il indiqué.
Le Pentagone avait indiqué en début de semaine que la campagne militaire, baptisée "Opération Furie Épique", visait à détruire les missiles offensifs, la production de missiles et la marine iranienne, tout en empêchant Téhéran de se doter de l'arme nucléaire." Nos objectifs restent inchangés. Nous savons précisément ce que nous cherchons à accomplir", a indiqué Pete Hegseth, secrétaire à la Défense américain. Il a ajouté que Donald Trump avait "une influence considérable sur le choix du dirigeant iranien, compte tenu de l'opération en cours".
06h15
Le Hezbollah demande aux habitants israéliens d'évacuer les villes proches de la frontière
Le Hezbollah libanais a sommé les habitants israéliens d'évacuer les villes situées à moins de 5 kilomètres de la frontière, dans un message diffusé en hébreu sur sa chaîne Telegram tôt vendredi matin. Ce message du mouvement pro-iranien intervient moins de 24 heures après qu'Israël a exhorté les habitants de la banlieue sud de Beyrouth à quitter les lieux, provoquant un exode massif d'une partie de la capitale, notamment du quartier de Dahiyeh. Israël a affirmé qu'il n'évacuerait pas ses villes frontalières et a déployé des renforts au Liban, invoquant une mesure défensive visant à protéger ses citoyens vivant à proximité.