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Thierry Breton : "Sortant des traités, l’Europe s’expose à la tempête"

9 mars 2026 à 18:00

L’heure est grave pour l’Europe. À l’Est, la guerre a refait irruption sur notre continent, tandis qu’au Sud et au Moyen‑Orient, les foyers de crise se multiplient. La compétition stratégique entre grandes puissances s’intensifie, les opinions publiques doutent, les extrêmes prospèrent. Dans cet environnement d’ouragan géopolitique, la question n’est plus seulement de savoir si l’Union "fait assez", mais si elle tient encore debout sur les fondations institutionnelles que les pères de l’Europe avaient patiemment dessinées.

Ces fondations étaient simples et robustes. Un Parlement européen pour représenter les citoyens, débattre, codécider la loi, contrôler l’exécutif. Un Conseil, où siègent les États, pour faire converger des souverainetés nationales qui restent, quoi qu’on en dise, le cœur de la légitimité démocratique en Europe. Et une Commission chargée de proposer, d’exécuter, de veiller aux traités, dans une position d’arbitre et de moteur, mais certainement pas de chef de camp. La force de ce triangle ne vient pas d’un homme providentiel ni d’une majorité partisane, mais de la séparation des rôles et de la confiance que cette séparation rend possible.

Au centre de ce dispositif, la Commission a été voulue comme une institution singulière. Ni gouvernement partisan, ni simple secrétariat administratif, elle est collégiale et indépendante. Collégiale, parce que chaque commissaire partage la responsabilité des décisions, quelle que soit sa nationalité ou son portefeuille. Indépendante, parce que chacun d’eux jure à Luxembourg d’exercer sa fonction en toute indépendance, de ne solliciter ni n’accepter d’instructions d’aucun gouvernement, d’aucun parti, d’aucun intérêt particulier, et de servir exclusivement l’intérêt général de l’Union. Ce serment implique de mettre à distance non seulement son pays d’origine, mais aussi sa famille politique et ses calculs de carrière.

Cette exigence n’est pas un fétichisme juridique. Elle répond à une question simple et brûlante : comment faire travailler ensemble, dans la durée, des États qui se méfient, des partis qui s’affrontent, des intérêts économiques qui se heurtent ? En instituant un lieu où, par construction, on cesse de parler en Français, en Polonais, en conservateur ou en écologiste, pour parler en commissaire européen. La collégialité est la traduction concrète de cette idée : personne ne gouverne seul, personne ne parle au nom de "son" camp, tous assument ensemble.

La politisation de la Commission s’accélère

C’est précisément cette architecture subtile qui se fissure aujourd’hui. Sous la pression des crises, la tentation est grande de transformer la Commission en exécutif politique à part entière, vertical, incarné, revendiquant pour lui‑même un mandat "géopolitique" que les traités n’ont jamais explicitement prévu. La personnalisation extrême de la fonction, la multiplication d’annonces unilatérales en matière de politique étrangère ou de défense, la mise en scène d’un leadership individuel relèguent le collège à l’arrière‑plan. On passe d’une institution qui décidait en silence à une sorte de quasi‑gouvernement qui occupe la scène, commente l’actualité, se projette dans la bataille politique.

Un autre point de bascule tient à la représentation extérieure de l’Union. Là encore, les textes et l’esprit sont clairs : la conduite politique de la politique étrangère et de sécurité revient au Conseil européen et au Conseil, et son incarnation quotidienne est confiée au Haut Représentant. Le seul président directement issu d’une élection à l’échelle de l’Union, celui du Parlement européen, a quant à lui une vocation naturelle à entretenir des liens politiques et symboliques avec les parlements et les dirigeants des pays partenaires.

La Commission, elle, n’a ni service diplomatique autonome ni flotte aérienne officielle : ce n’est pas un oubli, mais un choix de gouvernance. Elle représente l’Union à l’extérieur lorsqu’un mandat lui est confié – en matière commerciale, de coopération, de mise en œuvre – mais elle n’a pas été conçue pour se comporter en chancellerie politique parallèle. Lorsque la présidence de la Commission occupe l’espace médiatique de la politique étrangère au point de donner l’impression que le Conseil vient entériner a posteriori ses positions, la hiérarchie institutionnelle se renverse discrètement. L’Europe y perd en lisibilité, en légitimité démocratique, et en capacité à parler d’une seule voix.

Dans le même temps, la politisation de la Commission s’accélère. La pratique de réunions régulières de commissaires par affinité partisane, sous la houlette de familles politiques européennes, instille un doute corrosif : et si, au moment critique, la loyauté allait d’abord à la majorité partisane plutôt qu’au collège ? Peu à peu, la Commission glisse vers le modèle d’un gouvernement de coalition classique, aligné sur une majorité parlementaire, précisément ce que les pères de l’Europe avaient cherché à éviter pour préserver l’impartialité de l’exécutif communautaire. Déclarer que la Commission est "politique" ne change rien à cette réalité : elle n’est pas faite pour être le bras armé d’un camp, mais l’instrument de l’intérêt général.

L’heure est au rappel calme mais ferme des règles du jeu

Les anciens présidents qui ont sollicité un second mandat l’avaient bien compris : qu’il s’agisse de Jacques Delors ou de José Manuel Barroso, ils avaient pris soin, à la veille de leur reconduction, de ne pas s’impliquer dans la campagne des élections européennes comme des chefs de file partisans, et a fortiori de ne pas se présenter comme têtes de liste. Ils savaient qu’en se plaçant au cœur de la bataille électorale, ils auraient donné le sentiment de transformer la Commission en prise de guerre d’un camp, au risque de rompre le fil de confiance fragile qui la relie à tous les États membres et à toutes les familles politiques. Cette retenue n’était pas de la timidité politique ; c’était un choix assumé pour ne pas politiser l’institution au‑delà de ce que les traités avaient prévu.

Cette dérive n’est pas une querelle de juristes ni une querelle de personnes. Elle fragilise concrètement l’Europe dans la tempête actuelle. Quand la Commission se comporte comme un acteur diplomatique autonome, doublant ou contredisant le message des chefs d’État et de gouvernement, elle dilue la voix européenne. Quand certaines positions semblent dictées davantage par les équilibres internes d’une famille politique que par une synthèse assumée entre États membres, elle nourrit l’accusation de "deux poids deux mesures". À l’intérieur, cette politisation crée des fractures supplémentaires : les pays qui ne se reconnaissent pas dans la majorité dominante se sentent marginalisés, les forces eurosceptiques disposent d’un angle d’attaque rêvé pour dénoncer une Commission à la fois trop puissante et trop peu responsable devant les citoyens.

Face à cela, le réflexe de facilité consisterait à se dire : après tout, toutes les démocraties vivent de l’alternance, pourquoi pas l’Union ? Mais précisément, l’Union n’est pas un État. Elle repose sur une addition délicate de légitimités différentes, sur un équilibre entre le poids des peuples, celui des États, et celui d’un intérêt commun qui ne s’incarne nulle part ailleurs que dans la Commission. Casser cet équilibre, c’est réveiller toutes les méfiances, toutes les jalousies, toutes les tentations de repli national que l’intégration européenne cherchait justement à dompter.

L’heure n’est donc pas à ajouter de la confusion à la confusion. L’heure est au rappel calme mais ferme des règles du jeu. Revenir à la collégialité, ce n’est pas paralyser l’action, c’est la rendre plus solide parce que mieux partagée. Réaffirmer l’indépendance des commissaires, ce n’est pas les enfermer dans une technocratie hors sol, c’est les protéger – et nous protéger – des réflexes de camp qui fragmentent l’Union. Tenir la Commission à égale distance des gouvernements et des partis, c’est lui permettre de rester ce qu’elle doit être : la garante de l’intérêt général européen, pas l’expression d’un moment partisan ni d’un style de gouvernance.

La Commission devrait donner l'exemple

Encore faut‑il que chacun assume ses responsabilités. Les institutions élues ou représentatives – le Parlement européen et le Conseil – ne peuvent pas se contenter d’observer ces évolutions en spectateurs résignés. Il leur revient d’exercer pleinement leur pouvoir de contrôle politique, de rappeler la Commission à son rôle lorsqu’elle s’en écarte, de refuser qu’une pratique s’installe durablement en contradiction avec l’esprit des traités. C’est leur devoir, non seulement vis‑à‑vis des textes, mais vis‑à‑vis des citoyens qui les ont mandatées.

Mais la première obligation incombe à la Commission elle‑même. Gardienne des traités, elle devrait donner l’exemple plus que quiconque en matière de retenue institutionnelle, de collégialité, d’indépendance. Chaque commissaire, parce qu’il est responsable collectivement de l’ensemble des décisions du collège, porte une part de cette charge : celle de se faire entendre lorsque la ligne s’éloigne de l’intérêt général européen, de refuser les logiques de bloc partisan, de défendre la collégialité plutôt que sa propre trajectoire politique. Cette responsabilité individuelle n’existe toutefois qu’à l’intérieur du cadre de la collégialité. Et si, malgré les alertes, la dérive persiste, il existe un ultime recours, qu’il ne faut ni banaliser ni exclure par principe : celui de la démission, individuelle ou collective, pour rappeler que la loyauté première d’un commissaire va aux traités et aux citoyens européens, non à une famille politique ni à une méthode de communication.

L’ouragan qui s’abat sur l’Europe appelle un centre de gravité solide. Ce centre ne se trouvera ni dans un slogan, ni dans une figure, ni dans une couleur politique, mais dans la fidélité à ce qui a fait la force de l’Union : des institutions qui se tiennent en équilibre, un exécutif collégial et indépendant, un Parlement et un Conseil qui jouent pleinement leur rôle. Si nous acceptons que cette grammaire institutionnelle soit dévoyée au nom de l’urgence, nous affaiblirons l’Europe au moment précis où elle a besoin de toute sa cohésion. Si au contraire nous la réaffirmons avec calme et détermination, alors, malgré la tempête, l’Union pourra encore peser sur le cours de l’histoire – et ne pas se contenter de la subir.

*Thierry Breton est ancien commissaire européen au Marché intérieur, et ancien ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie.

© Olivier CORSAN/PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

Thierry Breton, ancien commissaire européen au Marché intérieur.

Guerre en Iran : Emmanuel Macron dit préparer "une mission strictement défensive" pour rouvrir le détroit d'Ormuz

9 mars 2026 à 15:20

En déplacement à Chypre ce lundi 9 mars, Emmanuel Macron a dit préparer avec ses partenaires une mission "purement défensive" pour permettre la réouverture du très stratégique détroit d'Ormuz et escorter les navires transportant du pétrole et du gaz, bloqués par le conflit au Moyen-Orient.

"Nous sommes en train de mettre en place une mission purement défensive, purement d'accompagnement, qui doit être préparée conjointement avec des Etats européens et non européens, qui a vocation à permettre l'escorte de porte-conteneurs et de tankers pour rouvrir le détroit d'Ormuz, qui est essentiel au commerce international et à la circulation du gaz et du pétrole", a déclaré le chef de l'Etat depuis Paphos, où il s'exprimait aux côtés de son homologue chypriote Nikos Christodoulides. "Nous préparons cette mission avec nos partenaires. Elle a pour but d'être strictement pacifique, strictement défensive", a précisé Emmanuel Macron.

Un total de huit frégates françaises mobilisées

Le président français a aussi annoncé que la France enverra deux frégates dans le cadre de la mission navale de l'Union européenne Aspides en mer Rouge. "Nous voulons assurer la liberté de navigation et la sûreté maritime en Méditerranée orientale et en mer Rouge", a fait valoir le chef de l'Etat.

Au total, "la présence française qui se déploiera de la Méditerranée orientale, en mer Rouge et justement au large d'Ormuz, mobilisera huit frégates, deux portes-hélicoptères amphibies et notre porte-avions", le Charles de Gaulle, qui se trouve actuellement non loin la Crète, en Grèce.

Quelques instants plus tôt, Emmanuel Macron avait assuré Chypre de la pleine solidarité de la France, alors que le pays a été ciblé par plusieurs drones et tirs de missiles iraniens la semaine dernière, au début du conflit au Moyen-Orient. "Quand Chypre est attaquée, c'est l'Europe qui est attaquée", a notamment déclaré le président français.

© AURELIEN MORISSARD / PISCINE/EPA/MaxPPP

Le président français Emmanuel Macron s'exprime lors d'une réunion du Conseil national de défense et de sécurité sur la situation en Iran et au Moyen-Orient, au palais de l'Élysée, à Paris, le 1er mars 2026.

Guerre au Moyen-Orient : dans le golfe Persique, l'eau potable devient une cible stratégique

9 mars 2026 à 12:51

Nouvelle escalade dangereuse dans le golfe Persique : après les bases militaires, c’est désormais l’eau qui devient cible stratégique. Une manière de jouer avec la vie de millions de civils dans une région où les ressources en eau douce sont rares, et où chaque goutte compte. En effet, les nombreuses usines de dessalement du Moyen-Orient, qui extraient le sel de l'eau de mer, constituent la principale source d'eau potable pour des millions d'habitants de cette région aride. Visant la faille invisible, un drone iranien a frappé une usine de dessalement au Bahreïn, mettant en péril la ressource la plus vitale du Golfe, juste derrière le pétrole. L’attaque a provoqué des dégâts matériels et blessé trois personnes, a confirmé, dimanche 8 mars, le ministère de l’Intérieur bahreïni.

L'Iran n'a pas encore réagi à l'attaque, mais la veille, le ministre des Affaires étrangères du régime des mollahs, Abbas Araghchi, avait affirmé que Washington avait frappé une usine de dessalement iranienne sur l'île de Qeshm, dans le Golfe. "L’approvisionnement en eau de 30 villages est perturbé. Attaquer les infrastructures iraniennes est un acte dangereux aux graves conséquences. Ce sont les États-Unis qui ont créé ce précédent, et non l’Iran", a tancé Abbas Araghchi sur les réseaux sociaux. Un porte-parole du Commandement central américain, responsable du Moyen-Orient, a, cependant, démenti toute attaque militaire contre une usine de dessalement en Iran.

Quoi qu’il en soit, les auteurs de ces attaques savent parfaitement ce qu’ils visent. "Le Moyen-Orient concentre plus de 40 % de la capacité mondiale de dessalement, avec quelque 5 000 usines alimentant ses réseaux d’eau", rappelle le Wall Street Journal. Ces installations transforment l’eau de mer en eau douce grâce à des procédés comme l’osmose inverse, fournissant l’eau indispensable aux villes, hôtels, industries et même à une partie de l’agriculture dans l’une des régions les plus arides du globe. "Les infrastructures de dessalement figurent parmi les cibles militaires les plus vulnérables de la région : sans elles, les métropoles tentaculaires du Golfe s’effondreraient", insiste le New York Times. "C’est une menace directe pour la survie des populations civiles", ajoute Abdullah Baabood, universitaire omanais à l’université Waseda au Japon.

Les stocks d'eau pourraient s'épuiser en quelques jours

Le Bahreïn, frappé par un drone, dépend presque entièrement de ses usines de dessalement pour fournir de l’eau potable à ses 1,6 million d’habitants. Ces mêmes installations alimentent aussi Israël à hauteur d’environ 80 % de son eau potable. Au Koweït, le dessalement couvre près de 90 % des besoins, contre 86 % à Oman et 70 % en Arabie saoudite. Ce dernier, le plus vaste pays du Golfe, est mieux armé pour résister à une attaque sur ses ressources en eau que ses voisins immédiats, souligne Hussein Ibish, chercheur principal à l’Arab Gulf States Institute, cité par le Wall Street Journal. Pour des nations plus petites comme Bahreïn, en revanche, une panne prolongée de leurs usines pourrait rapidement épuiser leurs stocks, menaçant directement la vie de millions de personnes.

La menace est bien réelle. Pendant l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990-1991 et la guerre du Golfe qui s’ensuivit, les forces irakiennes ont détruit des centrales électriques et saboté des usines de dessalement en se retirant, rappelle Michael Christopher Low, directeur du Centre du Moyen-Orient à l’Université de l’Utah, interrogé par Associated Press. Simultanément, des millions de barils de pétrole furent déversés dans le golfe Persique, déclenchant l’une des plus importantes marées noires jamais enregistrées. L’immense nappe menaçait les conduites d’eau de mer utilisées par les usines de dessalement, poussant les équipes à installer en urgence des barrières flottantes pour protéger les principales installations.

Cette guerre de l’eau survient au cœur d’une semaine de tensions inédites dans le golfe Persique. Samedi 6 mars, un drone a explosé près de l’aéroport de Dubaï, forçant la suspension temporaire des vols, tandis que des projectiles ont endommagé des immeubles résidentiels dans la zone touristique de Dubai Marina. Des champs pétroliers stratégiques, tels que Berri en Arabie saoudite et Shaybah, ont également été pris pour cible par des drones, certains interceptés par les forces saoudiennes. Pour la première fois, même l’Iran a subi des frappes directes de l'armée israélienne sur des dépôts de carburant à Téhéran, entraînant des restrictions pour les automobilistes. Ces attaques révèlent la fragilité des infrastructures critiques et plongent des populations peu habituées à la guerre dans l’incertitude et la peur.

© REUTERS

De la fumée s'élève après l'interception d'un drone iranien au-dessus des tours du Bahrain Financial Harbour, qui abritent l'ambassade d'Israël, à Manama (Bahreïn), le 6 mars 2026, dans un contexte de conflit israélo-américain avec l'Iran.

Pétrole, tourisme, pénuries… La guerre au Moyen-Orient fait trembler l’économie mondiale

Imbibée de pétrole, la mèche d'une crise économique planétaire s'est allumée dans le golfe persique. Après l'attaque du 28 février menée par Israël et les Etats-Unis contre l'Iran, le cours du Brent avait augmenté de près de 30 % en cinq séances. Ce lundi 9 mars, au sortir d'un week-end émaillé de frappes sur différents dépôts autour de Téhéran, il a bondi de 16 % en une seule journée, enfonçant la barre symbolique des 100 dollars le baril. Interrogé par le Financial Times, le ministre de l'Energie qatari, Saad al-Kaabi, le voit à 150 dollars d'ici deux ou trois semaines si le trafic des tankers, mais aussi des méthaniers, dans le stratégique détroit d'Ormuz ne reprend pas. Une flambée qui, après celle de 2022 liée au déclenchement de la guerre en Ukraine, pourrait de nouveau faire vaciller des pans entiers de l'industrie mondiale. Revue de détail.

Pétrole : une prime de risque durable

Cette fois, c'est peut-être la crise de trop. De celle qui peut tout faire basculer. Pour Seqens, le chouchou français du paracétamol, la guerre en Iran a un air de déjà-vu. En 2020, au cœur de la pandémie, la France, fiévreuse, s'inquiétait des pénuries de Doliprane et découvrait éberluée l'extrême dépendance européenne aux principes actifs venus d'Asie. Dans l'urgence, il fallait investir, relocaliser, ne plus rien sacrifier sur l'autel de la souveraineté européenne. Seqens a joué le jeu, ouvert une usine flambant neuve dans l'Isère fin 2025… Et patatras, l'Iran s'est embrasé. Depuis dix jours, Gildas Barreyre, le secrétaire général de l'entreprise, refait ses calculs quasiment en temps réel. Le gaz qui fait tourner les chaudières absorbe presque 5 % de son chiffre d'affaires.

Il faut aussi prendre en compte les matières premières comme le méthanol où le benzène, des dérivés pétroliers dont les prix suivent les cours de l'or noir. En cumulant le coût des intrants et de l'énergie, ce sont 30 à 40 % des revenus de Seqens qui peuvent être impactés si la guerre se prolonge. Déjà, la facture s'est alourdie de 10 à 15 %. Impossible d'en répercuter les effets sur les clients tant la concurrence chinoise est rude. Dans la pharma, comme dans la chimie, la sidérurgie, la papeterie, les matières plastiques ou le transport de marchandises, cette nouvelle tempête rebat les cartes pour des entreprises qui avaient tout juste terminé de panser les plaies du Covid et ne savent toujours pas où la guerre commerciale de Trump va les mener.

Quelques jours après les bombardements américains et israéliens en Iran, leur impact se fait aussi sentir sur l'économie mondiale.
Quelques jours après les bombardements américains et israéliens en Iran, leur impact se fait aussi sentir sur l'économie mondiale.

L'ampleur du choc actuel dépendra évidemment de l'issue, plus ou moins rapide, du conflit. Les économistes font déjà tourner leurs modèles mathématiques. "Sur les prix du pétrole, on ne reviendra pas de sitôt à la situation antérieure car la prime de risque géopolitique va longtemps peser sur les cours", avertit Anthony Morlet Lavidalie, économiste chez Rexecode, qui table sur un prix moyen installé au-dessus de 100 dollars le baril et qui ne refluerait que modérément dans l'année, (contre 60 dollars avant le début de l'intervention militaire). A l'envolée des prix des hydrocarbures et des cours de certaines matières premières s'ajoutent les surcoûts de la désorganisation des chaînes d'approvisionnement et l'explosion des primes d'assurance. Les conséquences ? Un cercle vicieux bien connu : moins d'activité, plus d'inflation, moins de pouvoir d'achat et, en bout de course, moins de demande… Une forme de "stagflation".

Evidemment, tous les pays ne seront pas touchés de la même manière selon qu'ils sont importateurs ou exportateurs d'énergie. Selon aussi le poids de leur industrie. Pour les experts de la banque d'affaires Goldman Sachs, l'Europe centrale et orientale où l'industrie lourde est encore très puissante payerait le plus lourd tribut avec une croissance amputée de près de 0,4 % cette année, contre un impact de 0,1 % seulement aux Etats-Unis. En France, Rexecode craint désormais une récession industrielle, une progression du PIB réduite de 0,2 à 0,3 % et une inflation rehaussée de 0,7 %. Une mauvaise nouvelle pour les finances publiques alors que les retraites et une partie des prestations sociales sont indexées sur l'inflation et que certains ne manqueront pas d'appeler à un nouveau "quoi qu'il en coûte". Or, les marges de manœuvre budgétaire pour soutenir l'économie en cas de choc prolongé sont aujourd'hui plus minces qu'en 2022, pour ne pas dire inexistantes. Une différence de taille d'avec la plupart de nos voisins européens.

Le détroit d'Ormuz, casse-tête des armateurs

La nouvelle a sonné comme un coup de massue. Mais très vite, dès les premières heures de l'annonce, le 28 février, de la prise de contrôle du détroit d'Ormuz par les Gardiens de la révolution, les armateurs mondiaux se sont mis en ordre de marche pour trouver des solutions de repli. Ce point de passage situé entre l'Iran et Oman est crucial pour le commerce mondial : 20 % des volumes de pétrole et de GNL y transitent chaque année. L'Asie, particulièrement dépendante des matières premières en provenance des pays du Golfe, se retrouve en première ligne.

Et il n'y a pas que les hydrocarbures. "On oublie souvent le rôle du transport conteneurisé. Dubaï est l’une des plus grandes plateformes logistiques de transbordement au monde", rappelle Jean-Paul Rodrigue, professeur de géographie des transports à l’université A&M du Texas. Les Etats de la péninsule arabique sont particulièrement dépendants des importations de produits frais, impossibles à cultiver localement. "Les chaînes d’approvisionnement fonctionnent souvent en flux tendu, par exemple pour le poulet importé du Brésil", précise Paul Tourret, directeur de l’Institut supérieur d’économie maritime. Les stocks permettront de tenir à court terme, mais des pénuries pourraient vite apparaître.

Cette bande marine de moins de 40 km de large voit transiter chaque jour des millions de barils de pétrole.
Cette bande marine de moins de 40 km de large voit transiter chaque jour des millions de barils de pétrole.

Les armateurs s'efforcent donc de trouver la parade. "Dans le transport conteneurisé, les routes alternatives sont peu nombreuses. L’idée serait d’acheminer les marchandises jusqu’au fond de la Méditerranée ou de la mer Rouge pour ensuite rejoindre les pays du Golfe par camions", détaille Anne-Sophie Fribourg, présidente de la commission maritime de TLF Overseas, l'organisation qui représente les commissionnaires de transport. Le port de Djeddah en Arabie saoudite pourrait être une option, mais les compagnies maritimes évitent la zone depuis les attaques des Houthis en 2024. Ailleurs, la situation évolue très rapidement. "Plusieurs transporteurs ont tenté d’utiliser le port de Salalah à Oman. Mais un incident impliquant un drone a vite remis ce choix en cause", souligne Peter Sand, analyste en chef de Xeneta. Sans compter que la logistique par voie terrestre reste limitée et beaucoup plus coûteuse. "Les volumes transportés n’ont rien à voir avec ceux du transport maritime, sans même parler des contraintes de sécurité. Un navire peut transporter environ 15 000 conteneurs. Pour déplacer un volume équivalent par la route, il faudrait plus de 10 000 camions", illustre Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président de l'Ecole nationale supérieure maritime.

Pour le pétrole, les alternatives se comptent sur les doigts d'une main. "Les trois oléoducs existants ne permettent de transporter qu’environ 15 % des volumes habituellement exportés dans la région. Dans ces conditions, les marges sont minces", avance Cyrille P. Coutansais, directeur du département recherches du Centre d'études stratégiques de la Marine. Depuis les attaques au Yémen et les tensions en mer Rouge, les grandes compagnies maritimes ont déjà adapté leurs flux. "Leur modèle économique s’est progressivement ajusté à des itinéraires bis", explique Arnaud Peyronnet, chercheur associé à la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques. Selon lui, les capacités militaires iraniennes vont finir par s'affaiblir. "Des dispositifs seront alors mis en place par les Etats-Unis et leurs alliés pour sécuriser le détroit", espère-t-il. Une gageure, tant ce goulet d'étranglement, à portée de drones des côtes iraniennes, semble difficile à protéger.

Coup dur pour le tourisme dans le Golfe

Quand la guerre s’invite au paradis des influenceurs, les sourires sur TikTok se figent. Ces derniers jours, les fans de Dubaï ont appris à leurs dépens que le royaume du bling-bling n’était pas à l’abri des conflits de ce monde. En s’attaquant aux bases américaines de ses voisins du Golfe persique, l’Iran a provoqué la panique parmi les vacanciers et autres passagers en transit dans les aéroports de la région. Pluie de missiles et de drones, bateaux de croisière bloqués, espace aérien fermé… L’embrasement aura-t-il raison de l’attrait touristique de ces pétromonarchies, qui avaient tant misé sur cette source alternative de revenus, instrument de soft power ? "Il sera plus compliqué, désormais, d’affirmer que vous êtes en sécurité absolue quand vous séjournez à Abu Dhabi, au Qatar ou à Dubaï", reconnaît le patron de Voyageurs du Monde, Jean-François Rial, qui a exfiltré 250 clients naufragés en 48 heures en les orientant vers Mascate, à Oman.

Certes, "Abu Dhabi a très bien réagi en annonçant couvrir les frais des visiteurs bloqués sur son territoire", relève-t-il. Mais quels seront les stigmates de cet épisode ? Les analystes spécialisés d’Oxford Economics se sont essayés à une estimation des dommages, non négligeables. Ils anticipent une chute de 11 à 27 % du nombre d’arrivants dans la région du Moyen-Orient cette année, selon que le conflit se cantonne à moins de trois semaines ou s’étire sur deux mois. En décembre dernier, les mêmes envisageaient encore une croissance de 13 % par rapport à 2025.

Des dizaines de millions de visiteurs perdus, ce sont des dizaines de milliards de dollars de dépenses qui s’évaporent. Car au-delà des nuitées d’hôtels annulées, la désertion des touristes menace les innombrables boutiques de luxe, logées dans les malls démesurés de Dubaï ou Abu Dhabi. Au lendemain des attaques, Kering, LVMH ou Richemont ont plongé en Bourse – certes, dans une moindre mesure que les compagnies aériennes et les groupes hôteliers. "Pour certaines sociétés européennes du luxe, le Moyen-Orient représente 5 % voire 10 % des ventes, un volume limité mais qui était censé compenser le ralentissement observé aux Etats-Unis et en Chine", pointe Claudia Panseri, directrice des investissements d'UBS Wealth Management. "Ces pays faisaient partie des rares poches de croissance du secteur", confirme Olivier Abtan, consultant chez AlixPartners.

Le scénario du pire n’est pas certain. D’autant que les voyageurs ont la mémoire de plus en plus courte, constatent les professionnels, qui en ont vu d’autres. "Avant le Covid, il fallait au moins deux ans pour que le tourisme reprenne dans une zone touchée par un attentat ou une guerre. Aujourd’hui, au bout de 15 jours, c’est oublié !", assure Laurent Abitbol. Le président de Selectour et d’Havas Voyages enregistre une baisse de 25 % des réservations mais espère bien être "débordé" par la demande à l’issue de cette crise. Chez Accor, on constate des reports vers l'Egypte ou la Turquie. Mais "les pays du Golfe ont une telle force financière qu’ils seront en mesure de baisser leurs prix de 30 %, pour faire revenir les touristes en masse", veut croire Laurent Abitbol.

© REUTERS

La flambée du pétrole pourrait faire vaciller des pans entiers de l'industrie mondiale.

Iran : Mojtaba Khamenei, de l'ombre familiale au sommet du pouvoir

9 mars 2026 à 09:45

C’est une scène qui semble tout droit sortie d’une dystopie politique : à peine la disparition du chef actée, que déjà la succession se met en place, comme si rien ne devait vraiment changer. Il suffit de regarder Mojtaba Khamenei, 56 ans, pour avoir cette impression troublante de continuité : mêmes petits yeux noisette, même turban noir, et cet air de fausse bonhomie que lui donnent un visage rond et une barbe fournie. À 56 ans, le second fils d'Ali Khamenei succède à son père, mort dans un bombardement américano-israélien samedi 28 février. "La légitimité du sang", se réjouit le quotidien libanais Al Akhbar, proche du Hezbollah, qui voit dans cette nomination "un message de cohésion politique et militaire", selon France 24.

Mojtaba Khamenei est le seul des six fils de l’ayatollah Ali Khamenei à avoir occupé une place visible dans les sphères du pouvoir. Religieux influent, il était réputé proche des appareils sécuritaires iraniens et à la tête de vastes réseaux d’affaires hérités de son père, rappelait déjà L'Express avant sa désignation. Très lié aux Gardiens de la révolution, il supervisait le Beit, le bureau du guide suprême chargé de filtrer et de valider l’essentiel des décisions de l’État iranien. Né en 1969 à Mashhad, dans le nord-est de l’Iran, Mojtaba Khamenei voit le nouveau régime engagé, au début des années 1980, dans une guerre contre l’Irak de Saddam Hussein, et rejoint les rangs de l’armée iranienne.

À 56 ans, Mojtaba Khamenei était depuis longtemps perçu comme l’héritier politique le plus probable de son père, Ali Khamenei. Avant le vote du dimanche 8 mars, son nom circulait déjà comme favori au sein de l’Assemblée des experts, cette instance composée de 88 religieux chargée de désigner le successeur du Guide suprême. Ces dernières années pourtant, le discours d’Ali Khamenei semblait avoir évolué. Le Guide aurait fait savoir qu’il ne souhaitait pas voir son fils lui succéder, "afin que la fonction ne devienne pas héréditaire", ont confié au The New York Times des Iraniens proches du pouvoir. Une précaution loin d’être anodine : la Révolution iranienne s’est construite en opposition à la monarchie des Pahlavi. L’accession de Mojtaba Khamenei au pouvoir donne pourtant à ce principe des airs de succession dynastique.

"Un gage de continuité en pleine crise"

Quelles conséquences aura cette nomination ? Elle pourrait susciter l’ire du président américain Donald Trump, qui a affirmé, dimanche 8 mars, que Washington devrait avoir son mot à dire dans ce choix. "Le pire des scénarios serait que celui qui prend la relève soit aussi mauvais que le précédent", a-t-il martelé ces derniers jours, avant d’avertir qu’un nouveau dirigeant iranien "ne tiendrait pas longtemps" sans son aval. Jeudi 5 mars, le locataire de la Maison-Blanche avait déjà prévenu qu'il refuserait de voir Mojtaba Khamenei accéder au pouvoir, le qualifiant de "poids plume". Interrogé par le site Axios sur la possibilité que Mojtaba Khamenei succède à son père, Donald Trump n’a pas caché son scepticisme. Selon lui, le fils du Guide suprême est "un incapable" et toute tentative de le propulser à la tête de l’Iran serait "une perte de temps". Avant même l’annonce, Tel Aviv de son côté avait menacé de prendre pour cible le candidat désigné.

Pour le The New York Times, la succession du fils du dirigeant assassiné est perçue à la fois "comme un signe de défiance de la République islamique envers Israël et les États-Unis, et comme un gage de continuité en pleine crise". Sur le plan interne, cette nomination risque d’accentuer les divisions au sein d’une population déjà profondément fracturée, de nombreux Iraniens étant farouchement opposés au régime de la République islamique. Pour nombre d'entre eux, son nom est surtout associé à la répression et à la fraude électorale. "Mojtaba Khamenei est perçu comme un dur, hostile à toute ouverture politique, mais il reste extrêmement impopulaire et n’a jamais exercé de mandat électif", souligne Ali Vaez, directeur du programme Iran au centre de réflexion International Crisis Group, dans Le Figaro.

D’autres relèvent que son silence sur de nombreuses questions politiques laisse planer le doute sur sa véritable orientation idéologique. "S’il y a bien une personne capable d’amorcer une désescalade avec les États-Unis, c’est lui ; toute autre option s’exposerait à des représailles de la part de la classe dirigeante et des conservateurs", assure Abdolreza Davari, un homme politique proche de Mojtaba Khamenei, citant Mohammed ben Salman, à la tête du royaume d'Arabie saoudite, comme modèle. Ironie de l’exemple : un dirigeant tout aussi autoritaire et sanguinaire, rappelant que, pour l’Iran, rien ne semble devoir changer sous le soleil du pouvoir.

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Mojtaba Khamenei, le deuxième fils du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, lors d'une visite au bureau du Hezbollah à Téhéran, en Iran, le 1er octobre 2024.

Londres, un modèle pour la sécurité ? Sa recette miracle pour faire baisser le crime

9 mars 2026 à 07:30

Les 15 et 22 mars, les Français votent aux municipales. L'occasion pour L'Express de sélectionner chez nos voisins des idées innovantes, des concepts pertinents et des dynamiques vertueuses pour améliorer notre quotidien. Tour d'Europe des villes qui doivent nous inspirer, et surtout inspirer nos nouveaux élus.

EPISODE 1 - Ces villes qui doivent nous inspirer : Munich, le mariage réussi de la Silicon Valley et de l'huile de moteur

EPISODE 2 - Comment Vienne est devenue un petit paradis pour les seniors et les locataires

À en croire TikTok et X, Londres détiendrait le record européen du "knife crime", les agressions par armes blanches. Les vidéos virales de rixes entre adolescents et les discours alarmistes ont alimenté l’image d’une ville dangereuse livrée aux gangs. Les chiffres racontent une toute autre histoire : en 2025, la capitale britannique a enregistré son plus faible nombre d’homicides depuis une décennie – 97 morts – soit environ 1,1 victime pour 100 000 habitants. Un taux inférieur à ceux de Paris (1,3), Berlin (1,4) ou New York (3,2).

Cette amélioration s’inscrit dans une tendance de long terme. Les homicides ont chuté d’environ un tiers depuis 2019, et ce malgré la croissance démographique de Londres. La baisse est particulièrement marquée chez les jeunes : les homicides d’adolescents ont reculé de plus de 70 % depuis 2021. Si Londres s’éloigne du sommet des statistiques criminelles, ce n’est pas un hasard : depuis cinq ans, la ville combine une répression extrêmement ciblée avec un investissement inédit dans la prévention, en s’inspirant notamment du modèle écossais de santé publique.

Premier pilier : le tournant pris par la Metropolitan Police. Arrivé à la tête de la Met en 2022, le commissaire Mark Rowley a fait de la lutte contre la violence par armes blanches sa priorité. Ses équipes ont mis en place un dispositif de "precision policing" : l’activité des gangs, des trafiquants d’armes et des multirécidivistes violents est cartographiée en temps réel, grâce au croisement de fichiers judiciaires, de données téléphoniques et d’informations de terrain. La police revendique plus de 1 000 arrestations supplémentaires par mois par rapport à 2022, ciblant les individus déjà connus pour port d’armes ou agressions.

Cette stratégie s’appuie sur une panoplie technologique controversée et assumée. Dans les gares ou les centres commerciaux, des caméras de reconnaissance faciale (plus de 900 000, selon certaines sources) comparent en temps réel les visages aux fichiers des personnes recherchées pour violences. Des opérations "intensives mais brèves" sont montées dans les quartiers sensibles, avec fouilles pour armes blanches, contrôles de scooters et vérifications de scooters-livraisons utilisés pour des vols de téléphone. La Met s’attaque aussi au nerf de la guerre : le trafic de drogue. Plus de 1 600 réseaux, qui exploitaient des adolescents pour livrer cocaïne et héroïne en province, auraient été démantelés en un an, avec des milliers d’armes saisies.

"La police seule ne peut pas mettre fin à la violence"

Mais Rowley et le maire Sadiq Khan insistent sur un point : "la police seule ne peut pas mettre fin à la violence". D'où le deuxième pilier de la stratégie londonienne : la Violence Reduction Unit (VRU), créée en 2019 et rattachée à la mairie, coordonne l’action des services sociaux, des écoles, du système de santé et des associations. Son modèle, inspiré de Glasgow, considère la violence comme une maladie contagieuse : il s’agit d’identifier les facteurs de risque, d’intervenir précocement, puis de suivre les jeunes sur la durée.

Concrètement, la VRU finance des travailleurs sociaux dans les services d’urgences et les commissariats. Chaque jeune admis à l’hôpital pour blessure par arme blanche est approché par un "youth worker" qui lui propose un accompagnement intensif : médiation avec la famille, sortie de gang, retour en formation ou vers l’emploi. Selon les évaluations, 90 % des 10‑17 ans ayant bénéficié de ces programmes de suivi après un passage en garde à vue pour violences n’ont pas récidivé dans l’année.

La VRU a également mis l’accent sur les quartiers les plus touchés par les agressions. Mentorat, soutien psychologique, clubs de sport, médiation scolaire : environ 40 000 activités ciblées ont été menées, pour quelque 350 000 "opportunités positives" offertes à des jeunes en cinq ans, selon la mairie. La ville affirme aussi avoir soutenu plus de 7 000 parents via des réseaux de voisins formés à la prévention des violences.

L’approche commence à produire des effets mesurables. Depuis 2019, date de création de la VRU, les homicides de jeunes ont été divisés par trois et les hospitalisations de jeunes pour agression au couteau ont chuté de 43 %. L’exemple londonien ne fournit pas de recette miracle, mais il montre qu’une grande métropole peut faire reculer durablement la violence en clarifiant ses priorités : cibler sans relâche les quelques milliers de récidivistes, investir dans les trajectoires des plus jeunes et accepter que la bataille de l’opinion – largement jouée sur les réseaux sociaux – se gagne d’abord avec des courbes et des statistiques plutôt qu’avec des vidéos virales.

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Des policiers à cheval dans les rues de Londres.

Guerre en Iran : "Nous ne participons pas à un conflit en cours", assure Emmanuel Macron à bord du Charles-de-Gaulle

9 mars 2026 à 14:03

Mojtaba Khamenei, fils de l'ayatollah Ali Khamenei assassiné au premier jour de la campagne militaire menée par les Etats-Unis et Israël en Iran, a été nommé par l'Assemblée des experts iraniens dimanche successeur de son père comme Guide suprême de la République islamique, selon la presse officielle.

Ce lundi, Donald Trump s'est d'ores-et-dejà dit insatisfait du nom du nouveau Guide suprême. De son côté, Israël avait déjà prévenu qu'il pourrait cibler quiconque serait désigné nouveau guide suprême de l'Iran.

En déplacement à Chypre, d'où il a dit préparer avec des pays partenaires une "mission purement défensive" visant à rouvrir le détroit d'Ormuz, Emmanuel Macron s'est aussi rendu sur le porte-avions français Charles-de-Gaulle, actuellement en Méditerranée. Face aux armées, le chef de l'Etat a assuré que la France "ne participe pas à un conflit en cours".

Les infos à retenir

⇒ Mojtaba Khamenei, fils de l'ayatollah Ali Khamenei, a été nommé Guide suprême de la République islamique

⇒ La Turquie annonce le déploiement de six avions de chasse F-16 dans le nord de Chypre

⇒ Le baril de pétrole dépasse les 115 dollars

⇒ Emmanuel Macron est en déplacement à Chypre, où il a dit préparer une "mission purement défensive" pour rouvrir le détroit d'Ormuz. Il se rend ensuite sur le porte-avions Charles-de-Gaulle.

19h45

Les Gardiens de la révolution annoncent une intensification des frappes iraniennes

Le commandant de la force aérospatiale des Gardiens de la révolution, Majid Mousavi, annonce que la fréquence et l'ampleur des frappes iraniennes vont s'amplifier. "Désormais, aucun missile doté d’une ogive pesant moins d’une tonne ne sera lancé", avertit-il.

19h35

Selon Emmanuel Macron, le G7 "s’oriente" vers un recours aux réserves stratégiques de pétrole

Les pays du G7 "s’orientent" vers un recours à leurs réserves stratégiques de pétrole afin d’atténuer la flambée des prix du but provoquée par la guerre en Iran, a déclaré ce lundi le président français.

"Les pays du G7 ont en effet des réserves stratégiques. Elles sont faites pour ça, pour piloter les choses dans les moments de tension", a-t-il déclaré à bord du Charles-de-Gaulle. "Il faudra le faire avec les éléments objectifs qui nous seront donnés par l’Agence internationale de l’énergie et en étant coordonnés. Mais je pense qu’on s’oriente vers des mesures techniques de cet ordre", a précisé Emmanuel Macron.

18h55

Au Liban, les attaques israéliennes ont fait 486 morts

Selon le ministère de la santé libanais, le bilan des attaques israéliennes contre le Liban depuis le 2 mars s'élève à 486 morts.

18h30

Donald Trump s'exprimera ce lundi lors d'une conférence de presse

Le président américain a annoncé qu'il s'exprimera ce lundi à 17h30 (22h30, heure de Paris), lors d'une conférence de presse, sa première depuis le début de la guerre en Iran.

18h

Emmanuel Macron dit ne pas croire à un changement de régime "uniquement par des bombardements"

S'exprimant à bord du Charles-de-Gaulle, Emmanuel Macron estime que la guerre au Moyen-Orient va durer "peut-être plusieurs semaines" et dit ne pas croire à un changement de régime "uniquement par des bombardements".

17h50

Donald Trump assure n'avoir rien décidé concernant l'envoi de troupes en Iran pour sécuriser le stock d'uranium enrichi

Donald Trump a indiqué ce lundi être "loin d'être prêt" à décider d'envoyer des troupes américaines en Iran pour sécuriser le stock d'uranium hautement enrichi qui s'y trouve.

"Nous n'avons pris aucune décision à ce sujet. Nous en sommes encore très loin", a-t-il déclaré au New York Post, interrogé sur les discussions rapportées entre Israël et les États-Unis concernant un éventuel déploiement de forces spéciales en Iran pour saisir et sécuriser le matériel.

17h40

"Nous ne participons pas à un conflit en cours", déclare Emmanuel Macron à bord du Charles-de-Gaulle

Le chef de l'Etat est arrivé en milieu d'après-midi sur le porte-avions français, qui se trouve actuellement près de l'île de Crète, en Grèce. Lors de sa prise de parole, Emmanuel Macron a assuré que "nous ne participons pas à un conflit en cours, mais nous opérons dans ce cadre".

16h30

Donald Trump dit n'être "pas content" de l'élection du nouveau Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei

Le président américain a réagi à la désignation du fils de l'ayatollah Ali Khamenei, Mojtaba Khamenei, comme nouveau Guide suprême iranien, se disant "pas content" de ce choix, auprès du tabloïd New York Post.

16h20

Le ministre chinois des Affaires étrangères appelle à un cessez-le-feu dans la région du Golfe

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a appelé ce lundi à un cessez-le-feu dans la région du Golfe dès que possible, soulignant que la souveraineté, la sécurité et l'intégrité territoriale des pays du Golfe devaient être pleinement respectées, selon des déclarations de son ministère.

Wang a tenu ces propos lors d'un entretien téléphonique avec son homologue koweïtien Jarrah Jaber Al-Ahmad Al-Sabah lundi, alors que l'Iran répondait à une campagne de bombardements américano-israélienne par des frappes dans la région du Golfe.

14h35

Friedrich Merz s'inquiète de l'impact de la hausse des prix de l'énergie sur l'économie

Le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré que le gouvernement était préoccupé par la hausse des prix de l'énergie due à la guerre en Iran, qui pourrait potentiellement avoir un impact sur l'économie allemande.

"Nous sommes préoccupés par l'évolution des prix de l'énergie. Nous savons que cela pourrait avoir un impact sur l'économie allemande", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

14h10

Emmanuel Macron dit préparer "une mission strictement défensive" pour rouvrir le détroit d'Ormuz

La France enverra deux frégates dans le cadre de la mission navale de l'Union européenne Aspides en mer Rouge, a déclaré ce lundi Emmanuel Macron depuis Chypre. "Nous voulons assurer la liberté de navigation et la sûreté maritime en Méditerranée orientale et en mer Rouge", a fait valoir le chef de l'Etat.

"Et nous sommes en train de mettre en place une mission purement défensive, purement d'accompagnement, qui doit être préparée conjointement avec des Etats européens et non européens, qui a vocation à permettre l'escorte de porte-conteneurs et de tankers pour rouvrir le détroit d'Ormuz, qui est essentiel au commerce international et à la circulation du gaz et du pétrole. Nous préparons cette mission avec nos partenaires. Elle a pour but d'être strictement pacifique, strictement défensive", a ajouté Emmanuel Macron, après sa rencontre avec Nikos Christodoulides et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis.

Le président de la République a précisé qu'au total, "la présence française qui se déploiera de la Méditerranée orientale en mer Rouge et (...) au large d’Ormuz, mobilisera huit frégates, deux portes hélicoptères amphibies et notre porte-avions", le Charles-de-Gaulle.

14h

Emmanuel Macron prend la parole depuis Chypre

Le chef de l'Etat est en déplacement à Chypre ce lundi après-midi, où il a pris la parole aux côtés du président chypriote, Nikos Christodoulides. "Le premier objectif de ce déplacement à vos côtés et de marquer la pleine solidarité avec Chypre, qui a été la cible la semaine dernière de plusieurs drones et tirs de missiles. Quand Chypre est attaquée, c'est l'Europe qui est attaquée", a déclaré le président français.

13h06

Un deuxième missile balistique iranien abattu par l'Otan, selon la Turquie

La Turquie a déclaré lundi que la défense aérienne de l'Otan avait abattu un deuxième missile balistique tiré depuis l'Iran et entré dans l'espace aérien turc, avertissant qu'elle prendrait toutes les mesures nécessaires contre les menaces.

Il s'agit du deuxième tir de missile balistique iranien en une semaine visant le sud de la Turquie, pays membre de l'Otan et voisin de l'Iran. Ankara avait mis en garde l'Iran contre toute nouvelle attaque samedi, mais n'a pas indiqué vouloir solliciter officiellement la protection des membres de l'Alliance.

"Nous réaffirmons que toutes les mesures nécessaires seront prises avec fermeté et sans hésitation contre toute menace visant le territoire et l'espace aérien de notre pays", a déclaré le ministère turc de la Défense, ajoutant que des débris de munitions étaient tombés dans la province de Gaziantep, dans le sud-est du pays, mais qu'il n'y avait eu aucune victime. "Nous réaffirmons également qu'il est dans l'intérêt de tous de tenir compte des avertissements de la Turquie à cet égard", a-t-il ajouté.

On ignore où se dirigeait le missile avant qu'il ne soit intercepté par les défenses de l'Otan stationnées dans l'est de la mer Méditerranée.

12h45

Israël annonce des attaques "à grande échelle" sur Téhéran et Ispahan

L'armée israélienne a annoncé sur Telegram avoir lancé des frappes "à grande échelle contre les infrastructures du régime terroriste iranien" sur les villes de Téhéran et Ispahan.

12h32

L'UE dispose de suffisamment de pétrole et de gaz, affirme la porte-parole de la Commission européenne

Les États membres de l'UE disposent de stocks suffisants de pétrole et de gaz malgré les perturbations des chaînes d'approvisionnement dues à la guerre au Moyen-Orient, a déclaré lundi la Commission européenne. "La sécurité de l’approvisionnement nous préoccupe bien moins que le prix élevé de l’énergie", a déclaré Anna-Kaisa Itkonen, porte-parole de la Commission européenne, aux journalistes à Bruxelles.

Elle a indiqué que les États membres de l'UE disposaient de stocks de pétrole ou d'équivalents suffisants pour tenir jusqu'à 90 jours, et qu'il n'y avait aucun signe de situation d'urgence.

Anna-Kaisa Itkonen a confirmé que les pays du G7 discuteraient de la possible libération des réserves stratégiques lors d'une réunion plus tard lundi.

11h17

Le Hezbollah signale un raid israélien dans l'est du Liban

Le Hezbollah a déclaré lundi que ses combattants s'étaient affrontés avec des troupes israéliennes dans l'est du Liban lors d'un raid aérien israélien dans la nuit, ce qui serait la deuxième opération de ce type dans la région ces derniers jours, alors que la guerre entre Israël et le groupe soutenu par l'Iran entrait dans une deuxième semaine.

Un porte-parole de l'armée israélienne n'a fait aucun commentaire dans l'immédiat. Dans un communiqué, le Hezbollah a déclaré que ses combattants "ont affronté les hélicoptères et les forces infiltrées avec des armes appropriées".

Lundi, l'armée israélienne a poursuivi ses frappes aériennes dans la banlieue sud de Beyrouth, contrôlée par le Hezbollah, provoquant d'épaisses fumées qui ont envahi la ville. Elle a réitéré ses avertissements aux habitants, leur demandant d'évacuer, et a annoncé des mesures contre l'institution financière du Hezbollah, Al-Qard Al-Hassan.

11h02

Vladimir Poutine félicite Mojtaba Khamenei pour sa nomination à la tête de l'Iran

Le président russe Vladimir Poutine a félicité Mojtaba Khamenei pour sa nomination en tant que nouveau dirigeant de l'Iran, a déclaré le Kremlin lundi. Vladimir Poutine s'est dit convaincu que Khamenei poursuivrait l'œuvre de son père "avec honneur" et unirait le peuple iranien "face à de graves épreuves".

Il a ajouté que la Russie continuerait à soutenir Téhéran, déclarant qu'il souhaitait "confirmer son soutien indéfectible à Téhéran et sa solidarité avec nos amis iraniens".

10h28

600 Israéliens rapatriés de Dubaï

Les deux premiers vols directs rapatriant les Israéliens bloqués à Dubaï ont atterri aujourd'hui à l'aéroport Ben Gourion de Tel Aviv. Les deux vols opérés par la compagnie flydubai, basée à Dubaï, ont ramené chez eux un total de 603 passagers, a indiqué l'Autorité aéroportuaire israélienne au Times of Israel.

09h57

Téhéran menace de confisquer les biens des Iraniens à l'étranger qui soutiennent les attaques contre l'Iran

Les Iraniens vivant à l'étranger pourraient voir leurs biens confisqués et faire face à d'autres sanctions légales s'ils expriment leur soutien aux États-Unis et à Israël, a déclaré lundi le bureau du procureur général iranien.

Des membres de la diaspora iranienne, aspirant à un changement politique à Téhéran, ont manifesté dans les rues de villes européennes et américaines pour célébrer la mort du Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, lors de la guerre israélo-américaine contre l'Iran. Lundi, l'Iran a nommé Mojtaba Khamenei pour succéder à son père. "Un avertissement a été lancé aux Iraniens résidant à l'étranger qui, de diverses manières, sympathisent, soutiennent ou coopèrent avec l'ennemi américano-sioniste (israélien)", a déclaré le bureau du procureur général, cité par les médias d'État.

"Ils se verront infliger la confiscation de tous leurs biens et d'autres sanctions légales conformément à la loi."

09h03

Le G7 discutera d'un déblocage conjoint des réserves pétrolières d'urgence

Les ministres des Finances du G7 discuteront lundi de la possibilité de débloquer les réserves pétrolières d'urgence, a déclaré une source gouvernementale française, en réponse à la flambée des prix du pétrole résultant du conflit au Moyen-Orient .

L’information a été initialement rapportée par le Financial Times, qui a précisé que l’Agence internationale de l’énergie participerait aux discussions. Trois pays du G7, dont les États-Unis, ont jusqu'à présent exprimé leur soutien à cette idée, a indiqué le Financial Times, citant des sources.

Ce rapport intervient alors que les prix du pétrole ont bondi de plus de 25 % lundi pour atteindre leur plus haut niveau depuis mi-2022, certains grands producteurs ayant réduit leur production et la crainte de perturbations prolongées du transport maritime s'étant emparée du marché en raison de l'escalade du conflit israélo-américain avec l'Iran.

8h20

La Turquie annonce le déploiement de six avions de chasse F-16 dans le nord de Chypre

La Turquie a déployé lundi six avions de chasse F-16 et des systèmes de défense aérienne dans le nord de Chypre pour renforcer la sécurité de la communauté turque sur place dans le contexte de la guerre en Iran, a déclaré le ministère de la Défense, ajoutant qu'Ankara prendrait des mesures supplémentaires si nécessaire.

"Compte tenu des derniers développements dans notre région, six avions de chasse F-16 et des systèmes de défense aérienne ont été déployés à la République turque de Chypre du Nord à compter d'aujourd'hui", a déclaré le ministère dans un communiqué, ajoutant que cela faisait partie de la planification progressive visant à renforcer la sécurité de cet État sécessionniste.

"Suite aux évaluations qui seront effectuées en fonction de l'évolution de la situation, des mesures supplémentaires continueront d'être prises si nécessaire", a-t-il ajouté.

7h45

Bahreïn : une frappe iranienne provoque un incendie sur un site pétrolier

Une frappe iranienne a provoqué un incendie dans un complexe pétrolier de la ville d'Al-Maameer à Bahreïn. La compagnie nationale Bapco Energies évoque un "cas de force majeure" affectant ses activités. "Tous les besoins du marché intérieur restent pleinement couverts et que les approvisionnements se poursuivront sans interruption, grâce aux plans proactifs mis en place", a déclaré la société.

6h58

Les Emirats arabes unis font face à de nouvelles attaques de missiles

Les autorités des Emirats arabes unis ont annoncé lundi matin faire face à de nouvelles attaques de missiles. "Les systèmes de défense aérienne réagissent actuellement à une attaque de missile", a écrit le centre national de gestion des urgences et des catastrophes du pays sur X.

Air defense systems are currently responding to a missile threat. Please remain in a safe location and follow official channels for warnings and updates. pic.twitter.com/ldSZZCWI51

— NCEMA UAE (@NCEMAUAE) March 9, 2026

6h22

La hausse du baril de pétrole, "un petit prix à payer" selon Donald Trump

"Les cours du pétrole à court terme, qui chuteront rapidement une fois la menace nucléaire iranienne écartée, représentent un petit prix à payer pour la sécurité et la paix des États-Unis et du monde. Seuls les idiots peuvent penser le contraire !", a écrit Donald Trump sur son réseau Truth Social.

Le prix du baril de pétrole s'est envolé lundi de 30 % en quelques heures et dépasse désormais les 115 dollars.

02h47

La fin de la guerre sera une décision "mutuelle" avec Benyamin Netanyahou, déclare Donald Trump

Donald Trump déclare que la décision de mettre fin à la guerre en Iran sera prise en collaboration avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, soulignant que celui-ci aura son mot à dire sur la question. "Ce sera mutuel (...) Nous discutons. Je prendrai une décision au moment voulu, mais tout sera pris en compte", a déclaré le président américain dans une interview téléphonique avec le Times of Israel.

Donald Trump a également affirmé que la République islamique aurait détruit Israël si lui et Netanyahu n'avaient pas été là. "L'Iran allait détruire Israël et tout ce qui l'entourait… Nous avons travaillé ensemble. Nous avons détruit un pays qui voulait détruire Israël."

Interrogé à propos de la nomination de Mojtaba Khamenei comme Guide suprême iranien, il refuse de répondre, déclaré que "nous verrons bien ce qui va se passer".

22h31

Mojtaba Khamenei choisi comme nouveau Guide suprême

L'Iran a nommé Mojtaba Khamenei pour succéder à son père Ali Khamenei au poste de Guide suprême, signalant ainsi que les conservateurs restent fermement aux commandes.

Mojtaba, un religieux influent au sein des forces de sécurité iraniennes et disposant de vastes réseaux d'affaires sous l'égide de son père, était considéré comme un favori avant le vote de dimanche par l'Assemblée des experts, un organe composé de 88 religieux chargés de choisir le successeur d'Ali Khamenei. "Par un vote décisif, l'Assemblée des experts a nommé l'ayatollah Seyyed Mojtaba Hosseini Khamenei troisième Guide du système sacré de la République islamique d'Iran", a déclaré l'Assemblée dans un communiqué. Ce poste confère à Mojtaba le pouvoir de décision final sur toutes les affaires d'Etat de la République islamique.

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Emmanuel Macron passe les troupes en revue lors de sa visite à la base navale de sous-marins nucléaires de l'Ile Longue à Crozon, en France, le 2 mars 2026.

Guerre en Iran : l'Ukraine au secours de Donald Trump et des monarchies du Golfe

8 mars 2026 à 19:21

Une semaine après le début de l’offensive israélo-américaine en Iran, les drones kamikazes Shahed envoyés par Téhéran continuent de pleuvoir à un rythme inédit sur Israël et les pays de la région. Plus de 2 000 de ces engins low cost (35 000 dollars pièce) auraient d’ores et déjà été envoyés, ont revendiqué vendredi les Gardiens de la Révolution. Face à ce déluge de feu sans précédent, Washington et ses alliés portent un intérêt croissant à l’Ukraine, qui, à plus de 2 000 kilomètres de là, a acquis une expérience unique pour les neutraliser. Et pour cause : Kiev est confronté depuis quatre ans à ces armes utilisées massivement par l’armée de Poutine.

Rien que cette semaine, le Pentagone et au moins trois monarchies du Golfe - l’Arabie saoudite, les Emirats et le Qatar - ont évoqué avec des industriels ukrainiens de l’armement la question d’un achat éventuel de drones intercepteurs, nous confirme une source du secteur. Ces engins, de petits aéronefs conçus spécifiquement pour détruire les Shahed, ont l’avantage de présenter un coût bien inférieur aux millions de dollars des munitions utilisées par les batteries Patriot et autres systèmes de défense antiaérienne dont se servent quotidiennement Washington et ses alliés au Moyen-Orient.

"Le prix d’un drone intercepteur ukrainien tourne autour de 2 000 dollars, abonde Mykhailo Gonchar, président de l’institut ukrainien Centre for Global Studies Strategy XXI. C’est infiniment moins cher que toutes les défenses actuellement utilisées contre l’Iran." Ils présentent aussi l’intérêt de garder les précieuses munitions des batteries Patriot pour les cibles de haute valeur, comme les missiles balistiques ou de croisière, nettement plus difficiles à neutraliser dans le ciel. Ces derniers jours, Volodymyr Zelensky avait lui-même confirmé avoir été approché par Washington et les dirigeants du Qatar, des Emirats, de Bahreïn, du Koweït et de la Jordanie, en vue de discuter les contours d’une possible coopération.

Une expérience unique

L’Ukraine, qui revendique un taux d’interception des Shahed de 90 %, a de solides arguments à faire valoir. "Aucun autre pays ni aucune autre armée ne possède actuellement les tactiques, techniques et procédures nécessaires pour gérer des attaques massives de drones, souligne Lesia Orobets, fondatrice de l’ONG ukrainienne Price of Freedom, qui œuvre à la protection du ciel. Nous avons bâti ces capacités de toute pièce, en les perfectionnant au fil de quatre années de guerre intense."

Résultat, le président ukrainien a indiqué dans la soirée de jeudi sur la plateforme X avoir donné des instructions "pour fournir les moyens nécessaires et assurer la présence de spécialistes ukrainiens" auprès des pays concernés. Le même jour, dans une interview à Reuters, Donald Trump s’était dit prêt à accepter la main tendue : "Assurément, je prendrai toute aide de quelque pays que ce soit." Ses forces n’ont pas été épargnées par les Shahed. Les six soldats américains tués dimanche 1er mars au Koweït l’ont été dans une frappe de drones. En plus des nombreuses bases américaines ciblées, les sites de l’ambassade des Etats-Unis à Riyad, et du consulat américain à Dubaï ont tous deux été frappés à quelques heures d’intervalle par ces mêmes engins le 3 mars.

L’occasion pour le président ukrainien de jouer un coup diplomatique ? A tout le moins un moyen d’apporter de l’huile dans les rouages de sa relation avec Donald Trump - qui a toujours été en dents de scie. Mais pas uniquement. L’Ukraine, qui a elle-même cruellement besoin de missiles Patriot pour contrer les missiles balistiques et de croisières tirés par Moscou, voit d’un œil plus qu’inquiet les stocks de ces engins se vider à grande vitesse au Moyen-Orient. En apportant son aide dans l’interception des Shahed avec des moyens appropriés, elle espère limiter un risque de pénurie de munitions dont elle pourrait, in fine, payer le prix.

Lors d’un point presse le 5 mars, Volodymyr Zelensky a déclaré qu’en trois jours de combats au Moyen-Orient, plus de 800 missiles de Patriot avaient été utilisés - soit davantage que ce que l’Ukraine a reçu en quatre ans de guerre. Et suggéré que son pays pourrait fournir des drones intercepteurs en échange de ces munitions. "La production de nouveaux missiles intercepteurs utilisés par les systèmes Patriot est longue et coûteuse, rappelle Mykhailo Gonchar. Il est donc essentiel d’utiliser des armes adaptées pour détruire les Shahed." D’autant que Téhéran pourrait encore, selon certaines estimations, en avoir des milliers en réserve.

© REUTERS/Jonathan Ernst

Le président américain Donald Trump reçoit son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky à Mar-a-Lago (États-Unis), le 28 décembre 2025.

Guerre en Iran : CMA-CGM, Maersk, MSC... Les armateurs choisissent de rerouter leur flotte vers l'Afrique

8 mars 2026 à 18:14

Près de sept jours après le début de la guerre en Iran, démarrée par des frappes israélo-américaines le 28 février dernier, tout le commerce mondial des hydrocarbures retient son souffle. Depuis une semaine, le détroit d'Ormuz, où transitent habituellement près de 20 % du pétrole mondial (soit entre 15 et 17 millions de barils par jour) et 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar, de l'Arabie saoudite ou encore des Émirats arabes unis, est quasiment fermé. Bordé à l'est par l'Iran, qui riposte aux frappes américaines en ciblant les pays de la région, le trafic maritime dans cette mer presque fermée a ainsi chuté de 90 %, selon la société d'analyse Kpler.

Tandis qu'à quelques centaines de kilomètres de là, la situation du canal de Suez, vital pour près de 12 % du commerce mondial, n'est pas beaucoup plus dynamique. Déjà effondrées de moitié depuis 2023 à cause des attaques des rebelles houthistes du Yémen en Mer Rouge en lien avec la guerre à Gaza, les traversées de navires en provenance du Moyen-Orient vers l'Europe sont aujourd'hui presque à l'arrêt. Selon le site Windward, spécialiste des données maritimes, 23 passages ont été enregistrés le 4 mars, soit une baisse de moitié par rapport à la moyenne quotidienne oscillant entre 40 et 55 passages.

Cap sur l'Afrique du Sud

Dès le premier jour des frappes, le 28 février, l'armateur français CMA-CGM a déclaré avoir demandé à tous ses navires présents dans le Golfe Persique de "se mettre à l'abri", et donc de ne pas franchir le détroit d'Ormuz. Dans le même temps, la compagnie a également annoncé suspendre le passage de ses navires par le canal de Suez. La même consigne a été observée du côté des numéros un et deux mondiaux MSC et Maersk. "Jusqu'à nouvel ordre, toutes les traversées des services ME11 (du Moyen-Orient-Inde vers la Méditerranée) et MECL (depuis le Moyen-Orient-Inde vers la côte est des États-Unis) seront détournées par le cap de Bonne-Espérance", en Afrique du Sud, a pour sa part précisé le groupe danois Maersk dans un communiqué de presse.

"Nous sommes très prudents sur la poursuite de la guerre car nous voyons ses effets sur le golfe d'Ormuz et l'impact sur le canal de Suez", a affirmé dimanche soir le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, dans une déclaration diffusée par la télévision publique. "Nous avons souffert ces deux dernières années, depuis le 7 octobre 2023 et depuis n'avons jamais retrouvé le niveau précédent de trafic maritime dans le canal de Suez", avec pour effet "de grandes pertes financières", a déploré le chef de l'Etat.

Un trajet plus long mais prévisible

Face à l'instabilité de la région, les trois principaux armateurs ont ainsi décidé de réorienter une partie de leur flotte, dans la mesure du possible, vers le cap de Bonne-Espérance, en Afrique du Sud. Soit un contournement complet du continent africain. Toujours selon le site Windward, les transits via l'Afrique du Sud Cap ont grimpé à 94 navires le 3 mars, soit une hausse de 35 % par rapport à la moyenne sur les sept jours précédents.

Mais cette route rallonge les trajets des navires, jusqu'à trois semaines tout au plus. A titre d’exemple, alors que la distance de la route maritime entre les ports de Rotterdam et Singapour via le canal de Suez atteint 16 000 kilomètres, elle en atteint près de 21 000 pour la route alternative via le cap de Bonne-Espérance. Soit près de 20 jours de navigation en plus. À ce temps, incompressible, s'ajoutent inévitablement des coûts de transport importants, alors qu'il faut davantage de carburant pour assurer le transit (la hausse de la consommation de carburant avec cette route est estimée à près de 30 %, selon le site du trésor public français). Selon l'agence de presse Reuters, l'armateur MSC a d'ores et déjà annoncé reporter ces coûts avec la mise en place, dès le 16 mars, d'un "supplément carburant", notamment pour les navires faisant route entre l'Europe et le Moyen-Orient.

Si le trajet par le cap de Bonne-Espérance est plus coûteux et bien plus long, il présente au moins l'avantage d'être prévisible. Avant les frappes américaines en Iran fin février, certains armateurs avaient bien essayé de réemprunter la route du canal de Suez, avant de se raviser face à "des contraintes imprévues", selon les mots de l'armateur Maersk dans un communiqué de presse relayé par Reuters.

© REUTERS

Les tensions au Moyen-Orient bouleversent les équilibres énergétiques mondiaux.

Guerre en Iran : le jeu d'équilibriste de Giorgia Meloni entre Donald Trump et Téhéran

8 mars 2026 à 14:08

Sur le dossier iranien, Giorgia Meloni, avance à pas comptés. Et pour cause : la présidente du Conseil italien, qui peut aujourd'hui se targuer d'être l'interlocutrice européenne privilégiée de Washington, demeure aussi un allié historique de Téhéran, avec un canal de discussion toujours ouvert.

"Une grande dirigeante, une amie"

Pas plus tard que samedi, répondant à une interview téléphonique du quotidien italien Corriere della Sera, le président américain faisait l'éloge de la Première ministre Giorgia Meloni, estimant qu'elle est une alliée précieuse pour son pays, désormais en guerre en Iran. "J'aime l'Italie, je pense que c'est une grande leader", a déclaré le président américain. Giorgia Meloni "essaie toujours d'aider, c'est une excellente leader et c'est mon amie", a-t-il martelé, en réponse à l'annonce vendredi par Rome de l'envoi de structures navales pour la défense de Chypre, aux côtés de la France, de l'Espagne et des Pays-Bas, mais aussi en soutien aux pays du Golfe alliés, sous le feu des frappes de riposte de Téhéran depuis une semaine.

Toutefois, en Italie, comme ailleurs en Europe et même aux États-Unis, la guerre en Iran est loin de faire l'unanimité. D'autant qu'elle attise les craintes d'une inflation galopante des prix de l'énergie. Un enjeu qui revêt une importance capitale dans un pays où les factures d'électricité figurent au top 5 des plus chères d'Europe, selon Euronews. Quant à Donald Trump, il n'est guère apprécié de nos voisins italiens, rapporte le site d'information Politico. Selon un sondage de l'institut Yougov, publié en janvier, seuls 15 % des Italiens ont une opinion favorable de Donald Trump. " Giorgia Meloni garde un profil bas, bien consciente que l'opinion publique est extrêmement opposée à l'implication italienne à la guerre, tout en n'ayant pas envie d'endommager ses relations avec Trump", a réagi l'analyste Leo Goretti de l'Istituto d'Affari Internazionali auprès de Politico.

Une prudence de mise

Giorgia Meloni avance donc prudemment malgré sa bonne entente avec Washington, d'autant que son gouvernement doit faire face à un référendum les 22 et 23 mars prochains portant sur une réforme judiciaire, qui pourrait faire office de vote de confiance. Après le début des frappes le 28 février, la dirigeante italienne a attendu trois jours avant de s'exprimer, relève le quotidien d'opposition ancré à gauche Il Manifesto. "Giorgia Meloni a parlé, mais en faisant très attention à ne pas dire un mot qui puisse sonner comme un soutien ouvert à l’attaque", note le journal, ajoutant qu'"elle a aussi pris bien soin de ne pas prononcer une syllabe qui puisse sonner critique envers Trump ou Israël".

Ce jeudi 5 mars, dans un entretien avec la radio italienne RTL 102.5, elle s’est ainsi alarmée d’une "crise toujours plus évidente du droit international et des organismes multilatéraux", sans toutefois condamner les frappes en Iran. Une dégradation qu’elle a jugée "malheureusement prévisible après l’anomalie totale d’un membre du Conseil de sécurité des Nations unies qui envahissait son voisin", ciblant clairement l'invasion russe en Ukraine en 2021.

"Engagés sur le front diplomatique"

Au-delà de l'envoi de moyens navals de défense à Chypre et à ses alliés du Moyen-Orient, Giorgia Meloni a par ailleurs confirmé l'utilisation des bases américaines en Italie pour "offrir un soutien logistique", et notamment la Naval Air Station Sigonella en Sicile, conformément aux accords bilatéraux entre Rome et Washington signés en 1954. Il s'agit d'opérations "qui n'impliquent pas de bombardements", s'est-elle défendue alors que l'opposition italienne l'accuse d'entraîner le pays dans cette guerre. "Je tiens à réitérer que nous ne sommes pas en guerre et que nous ne voulons pas entrer en guerre", a-t-elle ajouté auprès de la radio RTL 102.5.

La cheffe du gouvernement italien a par ailleurs indiqué "travailler sur tous les fronts", y compris diplomatique, et être en contact permanent avec les principaux alliés et les dirigeants du Moyen-Orient. Contrairement au reste du monde occidental, Rome, deuxième partenaire commercial européen de l'Iran derrière l'Allemagne, malgré des échanges en baisse ces dernières années liées aux sanctions internationales, détient encore un canal de discussion avec Téhéran. Le géant italien des hydrocarbures Eni, figurerait, selon plusieurs observateurs, parmi les canaux possibles de discussion possibles. L'entreprise métro-gazière étant présente en Iran depuis 1950. "Nous travaillons pour voir s'il y a des marges pour une reprise des négociations sur le nucléaire iranien, un objectif qui, de mon point de vue, est impossible si l'Iran n'arrête pas d'attaquer les pays voisins, notamment ceux du Golfe. Il est essentiel de favoriser une désescalade", a ajouté la cheffe du conseil Italien.

Avant les frappes du 28 février, Rome a souvent fait office de médiateur entre Washington et Téhéran, où les dirigeants des deux pays se sont même rendus une fois, en avril 2025, pour des cycles de négociations sur le nucléaire.

© via REUTERS

PHOTO D'ARCHIVE : Le président américain Donald Trump et la Première ministre italienne Giorgia Meloni se serrent la main alors qu'ils posent pour une photo, lors d'un sommet des dirigeants mondiaux sur la fin de la guerre à Gaza, dans le cadre d'un accord de cessez-le-feu et d'échange de prisonniers et d'otages négocié par les États-Unis entre Israël et le Hamas, à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 13 octobre 2025. Yoan Valat/Pool via REUTERS/Photo d'archive

Iran : quand la France incubait, chez elle, le régime des mollahs

8 mars 2026 à 12:00

Le 6 octobre 1978, un vieil ayatollah enturbanné, une longue cape brune sur les épaules, atterrit à l’aéroport parisien Charles-de-Gaulle en provenance de Bagdad. Il présente son passeport au fonctionnaire de la police aux frontières qui lui octroie sans autre formalité un visa de tourisme de trois mois, comme c’était la règle à l’époque pour tout Iranien arrivant en France.

Un intellectuel exilé, Abolhassan Banisadr, est venu accueillir le religieux. Il le conduit à son appartement de Cachan, en banlieue parisienne, où il l’héberge quelques jours avant de l’installer dans le village de Neauphle-le-Château, dans les Yvelines. Pendant quatre mois, jusqu’à son retour à Téhéran le 1er février 1979, Rouhollah Khomeini va y fomenter la révolution islamique iranienne, premier triomphe contemporain de l’islamisme politique.

Prises au dépourvu, les autorités françaises mettent plusieurs jours à prendre la mesure de l’événement. Le monarque absolu qui règne en Iran, le chah (empereur) Mohammed Reza Pahlavi, est pourtant l’un des principaux alliés de la France au Proche-Orient ; Khomeini est, depuis des années, son ennemi mortel ; exilé depuis 1964 en Irak, il vient d’en être expulsé par le président Saddam Hussein à la demande du souverain iranien.

Le remue-ménage causé par l’arrivée de l’éminence chiite dans le paisible bourg des Yvelines, ainsi que les dépêches inquiètes envoyées par l’ambassade de France à Téhéran, finissent par éveiller l’attention des autorités. Dès son élection en 1974, le président Valéry Giscard d’Estaing avait accueilli le chah en grande pompe à Paris et avait signé avec lui des accords de coopération nucléaire. L’année suivante, il lui rendit visite sur son lieu de vacances à Saint-Moritz en Suisse, puis en 1976 à Téhéran.

Mais là, un incident vint troubler leur relation. Après le dîner d’Etat au palais du Golestan, Giscard confia à ses conseillers qu’il n’appréciait pas les cadeaux offerts à son épouse, Anne-Aymone, et traita le chah de "parvenu". Informé des propos présidentiels par les micros dissimulés dans les murs du palais, le souverain en prit ombrage, raconte son ancien ministre Houchang Navahandi dans son livre Khomeyni en France (Ed. Godefroy de Bouillon, 2009).

Prêches enflammés sur des cassettes audio

Quoi qu’il en soit, Giscard laisse faire Khomeini, en dépit des avertissements de la Direction de la surveillance du territoire (DST) qui lui conseillait d’expulser l’intrus vers l’Algérie. "Le gouvernement n’a pas à intervenir dans les affaires intérieures de l’Iran", affirme Giscard dans la conférence de presse qu’il donne le 21 novembre. "En ce qui concerne l’ayatollah Khomeini, il est venu en France dans des conditions régulières". Par deux fois, le gouvernement envoie un diplomate chevronné du Quai d’Orsay, Claude Chayet, auprès de l’ayatollah, pour lui rappeler le devoir de réserve exigé des réfugiés. À chaque fois, en vain. Et pourtant, aucune suite n’est donnée.

Communicateur hors pair, Khomeini s’installe chaque jour en tailleur sous un pommier, sur des tapis persans, donnant l’image paisible d’un vieillard soucieux des choses de Dieu plutôt que de basse politique. Il reçoit les exilés iraniens qui affluent par centaines, certains avec des sacs de billets de banque pour soutenir la cause. Les policiers discrètement envoyés sur place par le ministère de l'Intérieur se contentent d’observer.

L’ayatollah a beau vouer aux gémonies la civilisation occidentale décadente, il utilise avec habileté la technologie de l’époque. Il enregistre sur des cassettes audio des prêches enflammés contre le chah et son régime. Reproduites à l’infini, les bandes magnétiques sont acheminées vers l’Iran où le clergé chiite les distribue sous le manteau. Là encore, les autorités françaises restent passives.

Il est vrai qu’à l’intention des opinions occidentales, le religieux tient un discours apaisant. Les intellectuels de gauche voient en lui une sorte de nouveau Gandhi. Le philosophe Michel Foucault, dont l’influence est grande en Europe comme en Amérique, l’appelle "le vieux saint".

Dans les médias, l’ayatollah se présente en démocrate épris de justice et de concorde. "Dans un régime islamique, les libertés sont totales et sans équivoque", affirme-t-il dans l'entretien qu'il accorde le 10 janvier 1979 au journaliste de L'Express Christian d'Épenoux. Un trio de conseillers formés en Occident gère sa communication : Banisadr, mais aussi Sadegh Ghotbzadeh et Ebrahim Yazdeh. Tous les trois occuperont des postes importants dans les premiers temps de la République islamique, avant d’être éliminés un à un par les durs du régime.

"Ils traduisaient en anglais et en français les propos de Khomeini", relate la journaliste canadienne Carole Jerome dans son livre The Man in the Mirror (Ed. HarperCollins, 1988, non traduit en français). "Ils étaient faits pour la télévision. Ils nous fournissaient un spectacle permanent, dans notre langue. Cependant, la traduction que fournissait Yazdeh en anglais différait sensiblement de la française, assurée par Banisadr. Et le lendemain, Ghotbzadeh venait dire encore autre chose, dans ces deux langues".

Le trio n’est là que pour la galerie. Dans l’ombre, d’autres compagnons de l’ayatollah préparent la théocratie à venir, en mettant sur pied ce qui deviendra le Corps des gardiens de la révolution, le bras armé du régime. Parmi eux se trouvait Mohsen Sazegara, pour qui la maison aux volets bleus de Neauphle était alors "le centre névralgique de la révolution" qui s’annonçait.

"Le point de bascule est identifiable : il se situe à Neauphle-le-Château", écrit l’expert de l’Iran Camille Alexandre (Le Proche Orient iranien, éditions Odile Jacob, 2025). "L’Occident aura volontairement constitué une formidable caisse de résonance pour Khomeini, en diffusant et en crédibilisant son image de vieux sage".

A Washington, le président Jimmy Carter, un idéaliste partisan d’une diplomatie soucieuse des droits de l’Homme, prend ses distances avec le chah. Appelée à faire florès, la thèse selon laquelle les islamistes pourraient constituer un solide rempart contre le communisme commence à circuler aux Etats-Unis. En décembre, les dirigeants occidentaux apprennent que Mohammed Reza Pahlavi est irrémédiablement condamné par son cancer. Ils comprennent que celui sur lequel ils comptaient pour faire obstacle à l’URSS au Proche-Orient va bientôt quitter la scène.

Giscard réunit Carter, le chancelier allemand Schmidt et le Premier ministre britannique Callaghan début janvier 1979 à la Guadeloupe. "Carter nous a annoncé sans ambages que les Etats-Unis avaient décidé de retirer leur soutien au régime du chah", retrace le président français dans ses mémoires (Le Pouvoir et la Vie, Ed. Compagnie 12, 1991). "VGE" ne semblait pas s’en formaliser outre mesure. Il n’excluait pas que l’ayatollah puisse devenir une alternative démocratique à l’autocrate Pahlavi. Il est possible qu’il ait vu aussi dans le changement qui s’amorçait un moyen de limiter l’influence américaine au Proche-Orient, au profit de la France.

Visa expiré depuis un mois

L'ignorance occidentale de la réalité du projet islamiste joue son rôle. Neuf ans auparavant, Khomeini avait écrit un mémorandum de 74 pages décrivant son projet de théocratie autoritaire. Le texte a longtemps circulé en Iran mais la CIA ne l'a traduit que deux mois après la proclamation de la République islamique.

Le 16 janvier 1979, le chah, aux commandes de son avion, quitte l’Iran définitivement. Deux semaines plus tard, le Quai d’Orsay affrète obligeamment un Boeing 747 d’Air France pour convoyer en Iran le futur "guide suprême", qui va installer le régime réactionnaire et obscurantiste encore en place aujourd'hui. Avant de monter dans l'appareil, Khomeini se fend d'une déclaration pour remercier "le gouvernement et le peuple français". Son visa de touriste est expiré depuis près d’un mois.

© Keystone Pictures USA / MaxPPP/Newscom/MaxPPP

Le 1er février 1979, l'ayatollah iranien Khomeini quitte la France après 16 ans d'exil.

Le successeur d'Ali Khamenei a été désigné, sans que son nom ne soit encore dévoilé

8 mars 2026 à 17:30

Interrogé samedi sur la possibilité d'envoyer des troupes au sol pour sécuriser les sites nucléaires, Donald Trump a déclaré que c'était quelque chose qu'ils pourraient faire "plus tard".

Les gouvernements d'Arabie saoudite, du Koweït, des Émirats arabes unis et de Bahreïn ont signalé des attaques de drones iraniens sur leur territoire samedi et tôt dimanche, un important incendie ayant ravagé un immeuble de bureaux gouvernementaux au Koweït. L’Arabie saoudite a averti Téhéran que la poursuite des attaques iraniennes contre le royaume et son secteur énergétique pourrait inciter Riyad à riposter de la même manière, ont indiqué à Reuters des sources proches du dossier.

L'ambassade des États-Unis à Oslo, la capitale norvégienne, a également été touchée par une explosion tôt dimanche matin. Selon la police, des dégâts mineurs ont été constatés, mais aucun blessé n'a été signalé. Les causes de l'explosion et les personnes impliquées restent pour l'instant inconnues.

Dans une tentative apparente d'apaiser les tensions dans le Golfe, le président iranien a présenté ses excuses aux États voisins pour les attaques perpétrées samedi contre des installations américaines dans ces pays. Des propos qui ont provoqué une onde de choc politique en Iran, incitant son cabinet à réaffirmer que l'armée iranienne répondrait fermement aux attaques provenant de bases américaines.

L'assemblée des experts chargée de désigner le prochain guide suprême de l'Iran, en remplacement de l'ayatollah Ali Khamenei, assassiné la semaine dernière, pourrait se réunir dès dimanche, selon les médias iraniens. Un consensus majoritaire sur un successeur a été quasiment atteint, a déclaré l'ayatollah Mohammad-Mahdi Mirbaqeri, membre de l'assemblée, d'après l'agence de presse Mehr.

16h49

Le Premier ministre britannique Starmer s'entretient avec le président américain Trump au sujet du Moyen-Orient

Le Premier ministre britannique Keir Starmer s'est entretenu dimanche avec le président américain Donald Trump, a indiqué son cabinet dans un communiqué. "Les dirigeants ont commencé par évoquer la situation actuelle au Moyen-Orient et la coopération militaire entre le Royaume-Uni et les États-Unis à travers l'utilisation des bases de la RAF (Royal Air Force) pour soutenir l'autodéfense collective des partenaires dans la région", a déclaré une porte-parole du bureau de Starmer dans un communiqué.

"Le Premier ministre a également présenté ses sincères condoléances au président Trump et au peuple américain à la suite de la mort de six soldats américains." "Ils avaient hâte de se reparler bientôt."

13h37

L'Assemblée des experts est parvenue à un consensus sur le successeur de Khamenei

L'Assemblée des experts, instance religieuse chargée de désigner le Guide suprême, est parvenue à un consensus quant à la personne qui devrait succéder à l'ayatollah Ali Khamenei à la tête de l'Iran, après sa mort lors des frappes israélo-américaines le 28 février, selon l'agence de presse officielle iranienne IRNA.

Mohammad-Mahdi Mirbagheri a déclaré à l'IRNA que "la question sera bientôt tranchée", mais le nom du successeur n'a pas été mentionné dans le rapport. "Le candidat le plus approprié, approuvé par la majorité de l'Assemblée des experts, a été désigné", a déclaré Mohsen Heydari, représentant de la province du Khouzestan à l'Assemblée, selon l'agence de presse.

12h26

Le pape Léon XIV exhorte à la fin des bombardements et appelle au dialogue face aux violences au Moyen-Orient

Pope Leo celebrates Mass at the Parish of Saint Mary of the Presentation in Rome, Italy, March 8, 2026. REUTERS/Ciro De Luca
Pope Leo celebrates Mass at the Parish of Saint Mary of the Presentation in Rome, Italy, March 8, 2026. REUTERS/Ciro De Luca

Le pape Léon XIV a déclaré dimanche que des nouvelles profondément inquiétantes continuaient d'arriver d'Iran et du Moyen-Orient, appelant à la fin des violences et à la reprise des efforts pour ouvrir un espace de dialogue. S'exprimant lors de la prière de l'Angélus sur la place Saint-Pierre, le pape a déclaré que le conflit alimentait la peur et la haine et a exprimé des inquiétudes quant à sa possible propagation, entraînant d'autres pays, dont le "cher Liban".

"Élevons humblement notre prière vers le Seigneur pour que le grondement des bombes cesse, que les armes se taisent et qu'un espace s'ouvre au dialogue, où la voix des peuples puisse être entendue", a déclaré le pape Léon XIV.

12h17

La piste terroriste explorée après l’explosion visant l’ambassade américaine à Oslo

Une explosion survenue dimanche devant l'ambassade américaine à Oslo pourrait être liée à la situation sécuritaire actuelle, mais aucun suspect n'a été identifié, a déclaré la police norvégienne. "Il est naturel de voir cela dans le contexte de la situation sécuritaire actuelle et de considérer qu'il pourrait s'agir d'une attaque visant délibérément l'ambassade américaine", a déclaré le porte-parole de la police, Frode Larsen, lors d'une conférence de presse.

12h14

Liban : nouveau bilan des frappes israéliennes s'élève à 394 morts cette semaine

Le ministère libanais de la Santé annonce que 394 personnes ont été tuées dans les frappes israéliennes au Liban cette semaine, dont 83 enfants. Le ministre Rakan Rakan Nassereddine a dénoncé les attaques contre "les équipes médicales et les ambulances", affirmant que neuf secouristes avaient été tués en une semaine.

8h56

L'armée israélienne affirme qu'elle poursuivra tous les successeurs de Khamenei

L'armée israélienne a averti qu'elle continuerait à traquer tous les successeurs du guide suprême iranien assassiné, l'ayatollah Ali Khamenei, tué lors de frappes américaines et israéliennes en Iran.

Dans un message publié sur X en farsi, l'armée israélienne a également averti qu'elle poursuivrait toute personne cherchant à nommer un successeur à Khamenei, faisant référence à l'organe clérical chargé de choisir le guide suprême de la République islamique. Cet avertissement intervient alors que l'assemblée cléricale s'apprête à se réunir pour choisir le prochain guide suprême de l'Iran.

8h33

Donald Trump refuse toute négociation avec l'Iran

Le président américain Donald Trump a déclaré qu'il n'était pas intéressé par des négociations avec l'Iran, soulevant la possibilité que la guerre contre l'Iran ne prenne fin que lorsque Téhéran n'aura plus d'armée opérationnelle et que ses dirigeants seront complètement éliminés.

Peu après que Trump s'est adressé aux journalistes à bord d'Air Force One, Israël, allié des États-Unis, a annoncé de nouvelles frappes en Iran tôt dimanche matin, alors que la guerre qui a semé le chaos au Moyen-Orient et bouleversé les marchés pétroliers mondiaux entame sa deuxième semaine.

"À un moment donné, je ne pense pas qu'il restera quelqu'un pour dire : 'Nous capitulons'", a déclaré Donald Trump.

8h17

Donald Trump salue la volonté de Giorgia Meloni d'aider dans la guerre israélo-américaine contre l'Iran

Donald Trump et Giorgia Meloni à la Maison-Blanche, en avril 2025.
Donald Trump et Giorgia Meloni à la Maison-Blanche, en avril 2025.

Le président américain Donald Trump a fait l'éloge de la Première ministre italienne Giorgia Meloni et a déclaré qu'elle était disposée à aider les États-Unis et Israël dans leur guerre contre l'Iran, a rapporté dimanche le quotidien italien Corriere della Sera. S'adressant au journal par téléphone samedi, Trump a décrit Meloni comme "une grande dirigeante" et a déclaré que l'Italie faisait tout son possible pour aider. "Elle essaie toujours d'aider, c'est une excellente dirigeante et c'est une amie", a déclaré Trump, selon le Corriere della Sera.

L'Italie prévoit d'envoyer une aide à la défense aérienne aux pays du Golfe face aux frappes aériennes iraniennes, a déclaré Meloni jeudi. Un navire de la marine italienne se prépare à faire route vers Chypre, a déclaré vendredi un porte-parole de la marine, dans le cadre d'une mission européenne conjointe visant à protéger l'île après qu'elle a été la cible de tirs iraniens.

7h54

Le successeur de Khamenei devrait être désigné dans la journée

Un consensus s'est plus ou moins dégagé concernant le choix du successeur du guide suprême iranien Ali Khamenei - tué le 28 février par des frappes sur Téhéran, rapport l'agence de presse Mehr citant l'ayatollah Mohammad-Mahdi Mirbaqeri, membre de l'Assemblée des experts. Ce dernier a toutefois ajouté que "certains obstacles" devaient être résolus concernant ce processus de désignation, ajoute Mehr.

Les médias iraniens ont souligné que l'Assemblée des experts - l'organe chargé de nommer le guide suprême iranien - avait un léger désaccord sur la question de savoir si sa décision finale devait être prise lors d'une réunion en personne ou si elle pouvait être rendue sans respecter cette formalité.

7h38

Israël avertit le Liban de maîtriser le Hezbollah

Israël a lancé de nouvelles attaques au Liban samedi après que le Hezbollah, milice soutenue par l'Iran, a ouvert le feu de l'autre côté de la frontière. Israël a averti le Liban qu'il paierait un "prix très lourd" s'il ne maîtrisait pas les militants du Hezbollah, alors que le bilan des attaques israéliennes au Liban depuis lundi s'élève à environ 300 morts.

Ce dimanche matin, l'armée israélienne a lancé un avertissement d'évacuation à quatre villages du sud du Liban. Au moins quatre personnes sont mortes dans une frappe israélienne visant un hôtel du centre de Beyrouth, selon le ministère de la Santé libanais.

7h05

Bahreïn : une attaque de drone iranien a endommagé une usine de dessalement de l'eau

Au Bahreïn, une attaque de drone iranien a endommagé une usine de dessalement de l'eau, selon le ministère de l'Intérieur du pays. "L’agression iranienne a attaqué sans distinction des cibles civiles et causé des dégâts matériels à une usine de dessalement de l’eau à la suite d’une attaque de drone", a indiqué le ministère de l’Intérieur dans un communiqué sur X.

7h

Dubaï et les pays du Golfe : la fin du mirage

Le Burj Khalifa le 13 novembre 2012 à Dubaï, aux Émirats arabes unis. Le Burj Khalifa est actuellement le plus haut bâtiment du monde, culminant à 829,84 m
Le Burj Khalifa le 13 novembre 2012 à Dubaï, aux Émirats arabes unis. Le Burj Khalifa est actuellement le plus haut bâtiment du monde, culminant à 829,84 m

Comme d'un coup de baguette magique et avec tout le talent d'un prestidigitateur, Dubaï, Abou Dhabi, le Qatar mais aussi les autres ville-Etats ou pays de la région avaient fini par nous faire croire qu'ils ne se trouvaient pas au Moyen-Orient. C'était trop beau pour être vrai. Un premier projectile - suivi de près par 380 missiles et 1 480 drones lancés dans toute la région les jours suivants - aura suffi à pulvériser cette illusion sécuritaire. Le conflit avec l'Iran a porté un coup au soft power des pays de la région et à son illusion sécuritaire. Retrouvez notre ici notre décryptage.

© Saeid Zareian/dpa/picture-alliance/Newscom/MaxPPP

Mojtaba Khamenei (au centre), fils du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, est photographié lors d’une manifestation marquant la Journée d’al-Quds (Journée de Jérusalem). Il est pressenti, parmi d'autres, comme futur Guide suprême, successeur de son père Ali tué il y a une semaine.

Comment Vienne est devenue un petit paradis pour les seniors et les locataires

8 mars 2026 à 08:45

Les 15 et 22 mars, les Français votent aux municipales. L'occasion pour L'Express de sélectionner chez nos voisins des idées innovantes, des concepts pertinents et des dynamiques vertueuses pour améliorer notre quotidien. Tour d'Europe des villes qui doivent nous inspirer, et surtout inspirer nos nouveaux élus.

EPISODE 1 - Ces villes qui doivent nous inspirer : Munich, le mariage réussi de la Silicon Valley et de l'huile de moteur

EPISODE 3 - Londres, un modèle pour la sécurité ? Sa recette miracle pour faire baisser le crime

Rester inactive n’a jamais été une option pour Suzanne Claudia Krasni, retraitée Viennoise de 80 ans. Pour éviter à tout prix la sédentarité et l’isolement, cette résidente de la capitale autrichienne se rend plusieurs fois par semaine au "Pensionistinnenklub" (club de retraité, en français) de son quartier. Dans ces centres communautaires dédiés aux seniors et accessibles gratuitement à tous les résidents Viennois âgés de plus de 60 ans, elle rencontre d’autres retraités, pratique la gymnastique, les randonnées de groupe ou la danse - discipline qu’elle enseigne désormais en ligne à ses nouveaux camarades. "Cela me permet non seulement de rester en forme physiquement, mais aussi de garder un esprit jeune ! À chaque fois, je ressens à quel point il est bon d’être actif ensemble", commente la retraitée auprès de L’Express.

Récemment, son club lui a même permis de réaliser des rêves qu’elle n’aurait jamais cru possibles : en septembre dernier, l’octogénaire a ainsi défilé à la Fashion Week de Vienne, et présenté sa propre collection de vêtements upcyclés dans le cadre du projet "Fashion reloaded", soutenu par les Pensionistinnerklubs. "C’était vraiment spécial… J’étais ravie de montrer que le style et la joie de vivre n’ont pas de limite d’âge", précise Suzanne, très fière de son travail. Quelques mois plus tôt, en juin, sa collègue Karoline Neumann, elle aussi retraitée et membre des Pensionistinnenklubs, a fait la Une des journaux locaux en parcourant, à 96 ans, cinq kilomètres dans le Prater de Vienne - plus grand parc de la ville -, lors de la Journée de marche nordique organisée chaque année par ces clubs.

Autant d’activités rendues possibles par la municipalité de Vienne, principal soutien financier des Pensionistinnenklubs avec un budget annuel d’environ 20 millions d’euros selon les chiffres d’Interreg Europe, programme financé par l’Union européenne visant à recenser les bonnes pratiques locales en termes de politiques publiques. "Cela permet le fonctionnement de 135 clubs répartis dans toute la ville, pour un nombre de bénéficiaires qui ne cesse d’augmenter : en 2025, 27 000 seniors ont fréquenté nos centres", précise Simon Bluma, PDG de Häuser zum Leben, l’organisme public en charge du logement et de l’accompagnement des seniors.

Cet investissement conséquent s’inscrit dans une politique municipale très favorable sur le sujet dans la capitale autrichienne. Alors que la population Viennoise âgée de plus de 65 ans atteindra près de 21 % d’ici 2050, la municipalité vient par exemple d’élargir son programme de financement pour l’adaptation des logements aux personnes âgées. Depuis le 1er janvier 2026, les résidents de plus de 60 ans peuvent ainsi recevoir jusqu’à 7 500 euros pour financer les travaux d’aménagement de leur domicile, en installant par exemple des douches de plain-pied, des monte-escaliers ou des barres d’appui et de maintien. Soit une nette augmentation de cette subvention, qui ne couvrait jusqu’à présent que 4 200 euros de frais maximum.

"Il est de plus en plus important de permettre aux personnes âgées de vivre de manière autonome chez elles aussi longtemps que possible. Les adaptations matérielles nécessaires ne doivent pas être compromises par des obstacles financiers", fait valoir la mairie de Vienne auprès de L’Express. Des plafonds de revenus s’appliquent néanmoins aux résidents intéressés par cette aide, sur la base de la loi viennoise sur la promotion et la rénovation du logement. Une personne seule gagnant plus de 43 770 euros annuels ou un couple dont les revenus s’élèvent à plus de 65 230 euros ne pourront pas en bénéficier, par exemple.

Ville "modèle" pour le logement social

Dans cette ville d’un peu plus de deux millions d’habitants, la municipalité a parfaitement conscience des enjeux liés au droit au logement. Au-delà du simple accompagnement des seniors pour leur permettre une plus longue autonomie au sein de leur domicile, Vienne est également régulièrement citée comme l’une des villes européennes les plus avancées sur sa politique de logements sociaux. La capitale autrichienne détient ainsi environ 220 000 logements municipaux, gérés par l’organisme public Wiener Wohnen - à eux seuls, ces logements hébergent plus d'un demi-million de personnes, rappelle la mairie. Plus de 200 000 logements supplémentaires sont également gérés par des promoteurs à but non lucratif, avec des subventions et loyers contrôlés par la municipalité. Ce modèle très complet amène "environ 50 % de la population Viennoise" à vivre dans des logements subventionnés, selon la ville de Vienne.

Vienne (image d'illustration).
Vienne (image d'illustration).

La municipalité consacre un budget de 500 millions d'euros par an au logement social, dont environ la moitié (250 millions d'euros) est financée par une partie fixe de l'impôt sur le revenu, correspondant à 1 % du revenu combiné des employés et des employeurs (chacun paie dont 0,5 %). Le reste du financement provient notamment du remboursement des prêts à faible taux d’intérêt accordés par Wiener Wohnen aux fameuses associations de logement à but non lucratif. L'investissement de la ville sur le sujet ne cesse par ailleurs d'augmenter : dans le cadre de son initiative "Housing offensive 2024", la ville prévoit de construire plus de 22 200 nouveaux logements sociaux, permettant d’héberger plus de 45 000 personnes, pour un budget de 2,8 milliards d’euros.

Pour pouvoir accéder à ces logements, les résidents doivent néanmoins répondre à plusieurs critères d’éligibilité : être âgé d’au moins 18 ans, disposer de la nationalité autrichienne, de celle d’un autre pays membre de l’Union européenne ou d’un statut de réfugié, ou encore détenir un permis de résidence depuis plus de cinq ans. Les bénéficiaires doivent également justifier d’un revenu annuel sous la limite établie par la loi viennoise sur la promotion et la réhabilitation de logement - pas plus de 47 000 euros par an pour un ménage par exemple, ou 90 000 pour une famille avec enfants.

Pour les habitants qui ne pourraient pas accéder à ces logements subventionnés, les loyers pratiqués dans le reste de la capitale autrichienne restent relativement raisonnables - la politique de logement social ayant un effet modérateur sur l'ensemble du marché immobilier. Selon la dernière étude comparative réalisée en 2025 par le cabinet Deloitte, le prix du loyer mensuel moyen par mètre carré atteint ainsi 10,80 euros dans les rues de Vienne, soit un prix extrêmement concurrentiel pour une grande ville européenne. À titre de comparaison, un mètre carré en location coûte environ 32 euros à Paris, 18,40 euros à Berlin, ou 15,70 euros à Bruxelles.

© dr Igi/Shutterstock

Vienne, la capitale autrichienne, est devenu un paradis pour les seniors.

Dubaï et les pays du Golfe : la fin du mirage

8 mars 2026 à 07:00

Comme d'un coup de baguette magique et avec tout le talent d'un prestidigitateur, Dubaï, Abou Dhabi, le Qatar mais aussi les autres ville-Etats ou pays de la région avaient fini par nous faire croire qu'ils ne se trouvaient pas au Moyen-Orient. Et qu'au contraire, ces havres de paix au luxe tapageur vivaient sous cloche ou dans une bulle préservée de la géographie, loin des conflits qui ravagent la région depuis un quart de siècle et davantage : guerres en Irak, guerre israélo-palestinienne, guerre en Syrie, guerre au (tout proche) Yémen, et, depuis le 28 février, guerre en Iran. C'était trop beau pour être vrai. Un premier projectile - suivi de près par 380 missiles et 1 480 drones lancés dans toute la région les jours suivants - aura suffi à pulvériser cette illusion sécuritaire.

Dès le premier jour de la riposte iranienne, leurs débris, interceptés par la défense des Émirats arabes unis, sont retombés sur les hôtels Fairmont The Palm (situé sur la célèbre île artificielle en forme de palmier) et Burl Al Arab (7 étoiles), occasionnant des incendies. Dans les heures suivantes, le consulat américain, l'aéroport, une centrale électrique, une base aérienne australienne ont également été touchés à des degrés divers. "Pour la psyché des pétromonarchies, qui ont tout misé sur la stabilité, le choc est d'autant plus grand que de nombreuses cibles sont des bâtiments civils", estime l'expert David Rigoulet-Roze, de l’Institut français d'analyse stratégique. "Les Emirats ne s'imaginaient pas si fragiles, car jamais depuis leur création en 1971 [NDLR : après le départ de Britanniques], ils n'avaient été touchés par des missiles à cette échelle, hormis par une frappe de drone supposée des Houtis [NDLR : du Yémen] en juillet 2018 sur l'aéroport d'Abou Dhabi."

Si Dubaï, qui se rêve en une sorte de Las Vegas arabe - un premier casino devrait voir le jour en 2026 malgré la loi islamique -, est la plus touchée, la capitale politique Abou Dhabi l'est également, tout comme Doha, au Qatar voisin ou encore, juste à côté, le Bahreïn. Au rythme des alertes aériennes, des dizaines de milliers d'expatriés, de touristes et d'influenceurs, bloqués dans la région, attendent leur rapatriement qui tarde à venir. Pour les super-riches, les choses vont plus vite. Un absurde marché noir s'est organisé : une compagnie locale de jets privés aurait ainsi vendu des billets retour à plus de 300 000 euros !

L'hôtel Atlantis à Dubai.
L'hôtel Atlantis à Dubai.

Le soft power risque de s'effondrer

Lancée voilà plusieurs décennies, la stratégie du soft power – qui a culminé lors du dernier Mondial de football au Qatar - semble soudain plus fragile qu'un château de sable. "Si les forces armées et économiques constituent le hard power d'un pays, le soft power, lui, se définit par tout ce qui lui permet d'avoir de l'influence sur le reste du monde", rappelle l'essayiste suédois Martin Gelin, qui vient de publier Mjuk Makt (Soft Power, à paraître aux Etats-Unis). Les Etats-Unis ont Hollywood et la Silicon Valley ; la France a Paris et la culture française ; les pays du Golfe ont le soleil, le luxe et, jusqu’à peu, le calme assuré. "Leurs gouvernements ont en outre investi des sommes considérables dans l'art, l'architecture, le sport, le tourisme - 13 % du produit intérieur brut des Émirats arabes unis ! -, le design, le luxe. Le Qatar, par exemple, est devenu une superpuissance dans le monde de la culture sous l'égide de la cheikha Al-Mayassa bint Hamad Al Thani, qui est une sorte de Catherine de Médicis du XXIe siècle", complète Martin Gelin. Cette princesse royale est derrière l'acquisition d'un Rothko à 73 millions de dollars, d'un Warhol à 63 millions ou encore d'un Cézanne à 250 millions (Les Joueurs de cartes). Si Dubaï, aux Emirats, s'est spécialisée dans le bling-bling, Doha brille par ses musées et ses réussites architecturales signées Jean Nouvel (musée national en forme de rose des sables), I.M. Pei (musée des Arts islamiques) ou Rem Koolhas (bibliothèque nationale), etc. La baisse des prix du pétrole a ralenti certains projets titanesques, mais "Vision 2030" reste le moteur du rayonnement de l’Arabie saoudite sous Mohammed ben Salmane.

Cette stratégie de rapprochement avec la culture occidentale (et avec le sport, notamment à travers le football et la Formule 1) se révèle payante. En témoigne le baromètre 2026 de la réputation économique, publié par le média Visual Capitalist (Canada). Dans cet index, les Emirats arabes unis se classent 10e, l'Arabie saoudite 17e et le Qatar, 20e. La France, elle, est 6e, derrière les Etats-Unis, la Chine, le Japon, le Royaume-Uni et l'Allemagne. "En fait, les Occidentaux ne voient plus ces pays comme des dictatures corrompues, où les droits de femmes sont marginaux, mais comme des nations amies où il est intéressant d'investir et agréable de passer ses vacances, reprend Martin Gelin. Au bout du compte, il est plus facile à un dirigeant comme Emmanuel Macron de faire accepter aux contribuables français de venir en aide à des pays du Golfe (NDLR : le porte-avions Charles-de-Gaulle est arrivé en Méditerranée) puisque ces destinations leur sont familières. On est plus enclins à aider les gens qu'on connaît..." Selon Robert Mogielnicki, qui dirige une société de conseil en investissement et en géoéconomie axée le Moyen-Orient, "les pays du Golfe jouissent d'une réputation solide qui leur permet de résister à une forte pression. Tout dépendra bien sûr de la durée de cette guerre et de la manière dont les gouvernements du Golfe réagiront pendant et après la crise. Même si des risques persistent, leur résilience demeure grande", calcule-t-il.

Deux avions américains abattus

Cependant, une très grande fébrilité règne déjà dans les capitales régionales : le 2 mars, trois F-15 américains, en vol dans le ciel de leur allié koweïtien, tombent littéralement au sol comme des feuilles mortes. Ils viennent d’être abattus par… l’armée de l'air koweïtienne, avec qui les Etats-Unis entretiennent une coopération étroite depuis la guerre du Golfe en 1991. C’est aussi sur le territoire de cette micromonarchie de seulement 4 millions d’habitants que les six premiers soldats américains sont morts après une attaque de drone contre un centre d'opérations à Port Shuaiba, à seulement 16 kilomètres de la base du Pentagone.

En l’espace de quelques jours, l’Iran a donc mis à nu la crainte centrale des monarchies du Golfe : même leurs défenses antimissiles les plus avancées — principalement américaines, comme le THAAD — ne sont pas infaillibles. Si les dégâts matériels sont peu nombreux et le taux d’interception de la défense aérienne et antimissiles très élevé, le mythe sécuritaire mis en œuvre par six accords de défense et autant de bases régionales s’est fissuré. Le silence de nombreuses capitales régionales en dit long sur le niveau de tension : certains alliés n’ont même pas été informés de l’engagement américain, alors même que l’amiral Brad Cooper, ancien chef de la 5e flotte basée à Bahreïn, dirige aujourd’hui le CENTCOM (NDLR : l’un des 11 commandements régionaux des forces armées américaines). "C’est la guerre de Netanyahou", s’emporte le prince Turki al-Faisal, ancien chef des renseignements saoudiens sur CNN. "Il a réussi à convaincre le président (Trump) de soutenir ses idées."

"Jusqu’ici, les bases américaines étaient considérées comme les assurances-vie des pays du Golfe", pointe encore David Rigoulet-Roze, spécialiste de la région. C'est le cas pour l’Arabie saoudite (225 000 soldats) - dont l'ambassade américaine et son antenne de la CIA ont été visées -, les Emirats arabes unis (70 000 soldats), qui sont les armées les plus puissantes dans la zone, mais aussi le Qatar avec la très stratégique base d’Al Udeid, le centre névralgique de l'US Air Force pour le Moyen-Orient. Signe que Téhéran y attache toujours une attention particulière : deux bombardiers Su‑24 iraniens ont été abattus le 5 mars par des F‑15 qataris alors qu’ils s’aventuraient dangereusement à proximité de cette base où sont stationnés près de 10 000 soldats américains. "Cette présence militaire yankee a fragilisé les pays du Golfe, puisque cela a fait d'eux des cibles pour les Iraniens. Mais à court terme, ils n'ont d'autre option que de rester aux côtés des Etats-Unis", estime Jean-Loup Samaan, expert associé à l'Institut Montaigne. Et ce, même si la diversification militaire, afin de ne pas dépendre uniquement du "parapluie américain", est déjà bien enclenchée. Les Émirats arabes unis ont déjà intégré à leur arsenal un système de défense sud-coréen. Abou Dhabi a également commandé en 2021 près de 80 Rafale français et 12 hélicoptères Caracal (Airbus) afin de compléter leur panoplie aérienne pour un montant de près de 16 milliards d'euros, l'un des plus gros contrats d’armement de l’histoire de la France.

Cette nouvelle flambée dans le Golfe remet aussi en question les alliances stratégiques. Le rapprochement, amorcé en 2023 entre Ryad et Téhéran et soutenu par le Conseil de coopération du Golfe (CCG), semble aujourd'hui bien lointain, l’attaque iranienne contre le Qatar lors de la guerre des Douze Jours constituant un sérieux précédent. "Dans le passé, la stratégie d’isolement de la part de l’Iran n’avait produit aucun résultat en trente ans", relate Mohammed Baharoon, directeur général de B'huth, un centre de recherche de Dubaï. Mais le conflit actuel risque d'opérer un retour en arrière, alors que nous avions commencé à adopter avec Téhéran une logique géo-économique gagnant-gagnant."

Avec la crainte que la situation dégénère et pousse certaines capitales à ne plus rester passives, face aux missiles et drones qui leur pleuvent dessus. "Si un missile ou un drone frappait une zone habitée et tuait de nombreuses personnes, ou si les Iraniens s'en prenaient à des infrastructures critiques comme les points névralgiques de l'approvisionnement énergétique ou les usines de dessalement, un enjeu crucial au Moyen-Orient, les gouvernements du Golfe subiraient de fortes pressions pour intervenir", assure à depuis Houston, Kristian Coates Ulrichsen, chercheur associé à l'Institut Baker. Et comme si le chaos ne suffisait pas, les Houthis, proxy iranien au Yémen, ne sont pas encore entrés en action, mais pourraient attiser l’incendie dans le Golfe. Là où les populations locales, tout comme les expatriés et touristes, rêvent que le hard power des armées laisse place au soft power des instagrameurs.

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Le Burj Khalifa le 13 novembre 2012 à Dubaï, aux Émirats arabes unis. Le Burj Khalifa est actuellement le plus haut bâtiment du monde, culminant à 829,84 m

"Cuba vit ses derniers moments" : la nouvelle offensive de Donald Trump contre les cartels

7 mars 2026 à 20:12

Le président américain Donald Trump a accueilli samedi en Floride des dirigeants latino-américains pour lancer une nouvelle coalition contre les cartels de la drogue, tout en adoptant un ton dédaigneux envers la région, déclarant aux responsables que leurs pays avaient permis aux gangs de s'emparer de territoires et plaisantant sur le fait qu'il n'avait pas le temps d'apprendre leurs langues.

Lors de ce sommet baptisé "Bouclier des Amériques", organisé dans son complexe du Trump National Doral Golf à Miami, Donald Trump a signé une proclamation officialisant cette coalition régionale. Douze dirigeants d’Amérique latine et des Caraïbes ont participé à cette rencontre, dont le président argentin Javier Milei et le président salvadorien Nayib Bukele.

Cuba et le Venezuela en ligne de mire

Donald Trump a présenté cette initiative comme une campagne offensive destinée à "éradiquer les cartels criminels qui infestent notre région", les citant comme l'une des principales raisons de l'intensification de l'engagement américain en Amérique latine, notamment à travers une campagne de pression contre le Venezuela qui a abouti à la capture du président Nicolas Maduro en janvier. Dans un discours de plus de trente minutes, il a accusé les gouvernements de la région d’avoir laissé "de vastes portions de territoire de l’hémisphère occidental tomber sous le contrôle direct de gangs transnationaux".

Donald Trump a laissé entendre que Washington pourrait recourir à des frappes ciblées contre les chefs de cartels si ses partenaires en faisaient la demande. "Nous utiliserons des missiles. Vous voulez qu’on utilise un missile ?", a-t-il lancé en évoquant la criminalité organisée, ajoutant que ces armes étaient "extrêmement précises".

Le président américain a par ailleurs multiplié les déclarations offensives sur Cuba, affirmant que le régime communiste "vivait ses derniers moments". Il a répété que des responsables cubains étaient déjà en discussion avec lui et avec le secrétaire d’État Marco Rubio.

Donald Trump s'est efforcé de constituer une coalition de partenaires régionaux autour d'une approche plus énergique de la lutte contre les cartels de la drogue et le crime organisé. L'événement de samedi lui a également permis d'afficher sa fermeté au niveau national, alors que la guerre avec l'Iran s'intensifie et menace de faire grimper les prix mondiaux du pétrole et du gaz.

Plus tôt dans la journée, Donald Trump a déclaré que l'Iran serait "durement touché" samedi et qu'il envisageait d'étendre les zones et les groupes de personnes visés, sans fournir de détails.

Des alliés de Donald Trump participaient au sommet

Parmi les participants au sommet figuraient le président argentin Javier Milei, le président élu du Chili José Antonio Kast et le président salvadorien Nayib Bukele, dont la répression des gangs, critiquée par les groupes de défense des droits de l'homme, est devenue un modèle pour certaines parties de la droite latino-américaine. Des personnalités politiques de toute la région ont visité la vaste "méga-prison" de Nayib Bukele, où les États-Unis ont expulsé l'an dernier plus de 200 Vénézuéliens sans procès.

Étaient également présents le président hondurien Nasry Asfura, qui a remporté de justesse une élection contestée avec le soutien de Donald Trump, et le président équatorien Daniel Noboa, qui a repris certains aspects du programme économique de Trump et a récemment annoncé des opérations conjointes avec les États-Unis dans le cadre d'une répression militaire contre le trafic de drogue.

Nombre de ces dirigeants partagent la vision intransigeante du milliardaire américain sur la criminalité et l'immigration, privilégiant la répression aux solutions sociales et le secteur privé à l'État. Leur ascension témoigne d'un virage à droite plus général dans certaines régions d'Amérique latine, à l'heure où cette région est tiraillée entre Washington et Pékin.

Contrer l'influence régionale croissante de la Chine

Au-delà de la lutte contre le narcotrafic, Washington cherche également à renforcer son influence dans la région face à Pékin. Sans mentionner directement la Chine, Donald Trump a averti que les États-Unis ne permettraient pas à une "influence étrangère hostile" de s’implanter dans l’hémisphère occidental, évoquant notamment l’importance stratégique du canal de Panama. Les échanges commerciaux entre la Chine et l’Amérique latine ont atteint environ 518 milliards de dollars en 2024, tandis que Pékin a accordé plus de 120 milliards de dollars de prêts aux gouvernements de la région, selon Ryan Berg du Centre d’études stratégiques et internationales.

L’influence croissante de la Chine — des installations de suivi par satellite en Argentine au port péruvien soutenu par la Chine en passant par le soutien économique au Venezuela — inquiète depuis longtemps les responsables américains. En réponse, l'administration Trump a fait pression sur les gouvernements de toute la région pour limiter le rôle de Pékin dans les ports, les projets énergétiques et autres infrastructures stratégiques.

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FILE PHOTO: U.S. President Donald Trump attends a roundtable on the Ratepayer Protection Pledge in the Indian Treaty Room in the Eisenhower Executive Office Building (EEOB) on the White House campus in Washington, D.C., U.S., March 4, 2026. REUTERS/Nathan Howard/File Photo

Après les frappes contre l'Iran, la Corée du Nord accélère sa stratégie nucléaire

7 mars 2026 à 17:50

Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, avait prévenu : l'opération menée par Washington en Iran, en visant "les ambitions nucléaires" du pays, "enverrait de nombreux signaux au passage", au-delà du Moyen-Orient. Selon plusieurs analystes, après l'attaque israélo-américaine ayant décapité la tête du régime iranien, la Corée du Nord prendrait la menace américaine contre son pays très au sérieux - sans pour autant renoncer à son programme nucléaire, au contraire.

Cherchant à gonfler les muscles, le dirigeant Kim Jong-un a déclaré, jeudi 5 mars via l'agence KCNA, que Pyongyang avait conclu cette semaine des essais militaires avec un navire destroyer, présenté comme ultramoderne. C'est "un changement radical" pour "la défense de la souveraineté maritime nord-coréenne", a-t-il affirmé, précisant que "le pays n’avait pas réussi à accomplir [une telle chose] depuis un demi-siècle", relaie Le Monde avec AFP. "L'armement de la marine avec des armes nucléaires progresse de manière satisfaisante", a ajouté l'homme fort de Pyongyang.

Une menace "réelle" contre les adversaires des Etats-Unis

"Pour Kim Jong-un, la leçon la plus immédiate à tirer des opérations américaines au Venezuela et en Iran est que la capacité et la volonté des États-Unis d'éliminer les dirigeants hostiles sont passées de la théorie à la pratique", analyse auprès du Korea Times Go Myong-hyun, analyste à l'Institute for National Security Strategy. La semaine dernière, le ministère nord-coréen des Affaires étrangères a critiqué les États-Unis pour leurs frappes militaires contre l'Iran, affirmant qu'elles mettaient en évidence le "rôle destructeur des États-Unis dans la destruction de la paix et de la stabilité mondiales".

Les essais, réalisés mercredi 4 mars, portaient sur le lancement d'un missile de croisière mer-sol, réalisé "avec succès". La veille, Kim Jong-un avait également procédé à l'inspection d'un navire de la classe Choe Hyon, mis à l'eau l'année dernière. Ce destroyer est l’un des deux navires de guerre que possède la Corée du Nord, lancés en 2025. Un troisième bâtiment, que le dirigeant nord-coréen a également inspecté, serait en construction, selon KCNA. Il pourrait embarquer des missiles tactiques à courte portée capables de transporter des ogives nucléaires.

Ces tests interviennent peu de temps après le congrès du Parti communiste nord-coréen, à l'occasion duquel Kim Jong-un a affirmé sa volonté de renforcer la défense militaire de son pays (doté de l'arme nucléaire) et a menacé de répondre avec force à toute tentative de déstabilisation.

"Garantie de survie"

Une démonstration de force, dans le contexte de la guerre en Iran, et alors que les Etats-Unis et la Corée du Sud réalisent régulièrement des exercices militaires conjoints. "L’un de leurs objectifs est de démontrer que la Corée du Nord peut frapper non seulement la Corée du Sud, mais aussi le territoire continental américain, depuis la terre et désormais depuis la mer", estime Oh Gyeong-seob, de l'Institut coréen pour l'unification nationale, auprès du Korea Times.

"Pyongyang considère depuis longtemps son arsenal nucléaire comme une garantie de survie", analyse pour sa part le Wall Street Journal. "Lors d'une réunion politique cruciale qui s'est achevée la semaine dernière, Kim a réitéré que se défaire des armes nucléaires du pays n'était pas une option". De plus, en visant également des pays qui n'ont pas la bombe nucléaire, comme le Venezuela, certains analystes estiment que les Américains ne font que motiver les adversaires des Etats-Unis à ne rien lâcher de leurs ambitions nucléaires. En parallèle, les récentes frappes en Iran et au Venezuela ont également prouvé qu'en cas d'attaques, ni la Chine, ni la Russie ne sont prêtes à risquer un affrontement direct avec les Etats-Unis.

Depuis l'échec des négociations avec Washington en 2019, la Corée du Nord a intensifié la construction de son principal site. Pyongyang posséderait actuellement jusqu'à 50 ogives nucléaires et suffisamment de matières fissiles pour en produire 40 supplémentaires, selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), un groupe de réflexion. Le pays poursuit, par ailleurs, le développement de missiles balistiques intercontinentaux capables d'atteindre le territoire américain.

Une menace pour la voie diplomatique

Washington et Pyongyang sont des adversaires de longue date, bien que Donald Trump ait tenté une ouverture avec la Corée du Nord. Kim Jong-un a néanmoins déclaré en février que les deux nations ne pourraient "s’entendre" qu'à la condition que Washington accepte le statut nucléaire de son pays. Néanmoins, le comportement belliqueux des Etats-Unis, en mettant ses adversaires le pied au mur, pourrait saborder d'avance toute voie diplomatique.

"Avant les frappes américaines, Kim pouvait considérer une telle rencontre comme une mise en scène politique, les demandes de dénucléarisation étant perçues comme négociables. Désormais, toute demande américaine de dénucléarisation sera perçue moins comme une requête normale et plus comme une menace", estime Go Myong-hyun.

© via REUTERS

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un lors d'une visite auprès des tireurs d'élite de l'Armée populaire coréenne à Pyongyang, le 3 mars 2026. Source : agence d'Etat KCNA via REUTERS

David Izadifar : "En Iran, l’hypothèse d’un coup d’Etat ne doit pas être exclue"

7 mars 2026 à 16:00

Pour la première fois de son histoire, le régime des mollahs a été décapité, et le commandant en chef des Gardiens de la révolution éliminé, aux côtés d'une cinquantaine de hauts dignitaires. Depuis, les bombes américaines et israéliennes continuent de pleuvoir au-dessus de l'Iran, et pourtant ; force est de constater que cette République islamique famélique, tient, presque impavide. Un processus de désignation du successeur au Guide suprême a été ouvert et un nom semble mettre d'accord l'IRGC, le Corps des gardiens de la révolution islamique : celui du fils de Khamenei, dont le règne promet d'être plus sanguinaire encore que celui de son père, subodore le spécialiste de l'Iran, David Izadifar. Les Iraniens, désabusés, ont-ils encore une chances d'y échapper ? Et à quelles conditions ? Entretien.

L'Express : Sommes-nous en train d'assister à la fin du régime instauré en 1979 ?

David Izadifar : La situation est extrêmement tendue. Plusieurs personnalités importantes du régime ont été éliminées, ainsi qu’une cinquantaine de membres des Gardiens de la révolution, souvent de haut rang. Par ailleurs, de nombreux centres et bases de commandement de l’IRGC ont été gravement endommagés ou détruits. Or, lors du mouvement déclenché après la mort de Mahsa Amini, les forces de sécurité manquaient déjà d’unités antiémeutes pour faire face aux manifestations. Si les frappes israéliennes et américaines continuent de détruire les centres du Bassidj et de l’IRGC, il pourrait devenir très difficile de maintenir le système de répression une fois la guerre terminée.

Cela dit, le régime a jusqu’à présent montré une certaine capacité d’adaptation. Il parvient à maintenir une forme de continuité institutionnelle, notamment en procédant rapidement à des nominations. Très vite après la mort d’Ali Khamenei, un conseil intérimaire de trois membres a été mis en place pour assurer provisoirement les fonctions de leadership. L’un d’entre eux, l’ayatollah Mohammad Arafi, qui représentait la composante religieuse de ce conseil et était parfois évoqué comme possible candidat au poste de Guide, aurait été tué lors d’une frappe israélienne. Le 2 mars, des informations provenant d’Iran indiquaient que Mojtaba Khamenei aurait été choisi comme prochain Guide suprême par l’Assemblée des experts, dans un contexte de forte pression des Gardiens de l’IRGC.

Qu’est-ce qui pourrait lui porter un coup décisif ?

Plusieurs scénarios restent possibles. D’abord, il pourrait y avoir des désertions au sein des forces armées. Tout dépendra de la durée des bombardements : plus les bombardements se prolongent, plus le risque de défections augmente. L’armée régulière n’est pas aussi loyale au régime que l’IRGC, car elle a été affaiblie au fil des années au profit des Gardiens de la révolution. On voit déjà circuler des vidéos montrant certains membres de l’IRGC qui cherchent à fuir ou à quitter leurs positions. Dans ce contexte, l’hypothèse d’un coup d’Etat interne ne peut pas être exclue. Il pourrait venir des échelons intermédiaires de l’appareil sécuritaire ou militaire, qui se retourneraient contre les dirigeants actuels issus de la génération de la guerre Iran-Irak — d’autant que nombre d’entre eux ont déjà été éliminés ces dernières années.

Il faut aussi rappeler que les Gardiens de la révolution sont devenus une véritable puissance économique. Certains de leurs dirigeants cumulent un grand nombre de postes dans des entreprises et des conseils d’administration. Hossein Salami, ancien chef de l’IRGC, siégeait par exemple dans plus de trente conseils d’administration. Cette transformation d’une partie de l’élite militaire en acteurs économiques alimente des tensions internes : certains officiers plus jeunes dénoncent cette corruption et le mélange entre pouvoir militaire et intérêts économiques. A terme, ces divisions au sein même de l’appareil sécuritaire pourraient fragiliser le régime et ouvrir la voie à une rupture interne.

Les Etats-Unis ne cherchent pas forcément à détruire tout le système iranien, mais à affaiblir son noyau le plus dur

La disparition du Guide suprême ne pourrait-elle pas, au contraire, provoquer un réflexe d'unité face à l’adversaire ?

Je ne le pense pas. Les divisions au sein du régime sont déjà très profondes. Regardez par exemple où sont aujourd’hui les figures réformistes comme Hassan Rohani ou Mohammad Javad Zarif : elles ont quasiment disparu de la scène politique. Quant au président Pezeshkian, son pouvoir réel reste très limité ; il joue surtout un rôle symbolique. Par ailleurs, si l’on observe les personnalités visées par les opérations américaines ou israéliennes, on constate que la plupart appartiennent au camp conservateur, proche d’Ali Khamenei. A l’inverse, les figures réformistes — issues du courant khomeiniste — n’ont pas été ciblées. Ce contraste est frappant et peut difficilement être le fruit du hasard.

Qu'entendez-vous par là ?

Cela peut laisser penser que les Etats-Unis ne cherchent pas nécessairement à détruire tout le système iranien, mais plutôt à affaiblir son noyau le plus dur. Leur intérêt serait alors de favoriser l’émergence d’une figure réformiste ou plus pragmatique, perçue comme moins idéologique, moins liée à l’appareil militaire et plus ouverte à la négociation. Pour Washington, un tel scénario aurait un avantage : il permettrait de contenir l’Iran sans provoquer l’effondrement total de l’Etat ni ouvrir une période de chaos incontrôlable. En revanche, je ne suis pas certain que les Israéliens partagent ce point de vue avec les Américains.

Comment expliquer que l'opposition ne soit jamais parvenue à se structurer ?

Cela tient d’abord au fonctionnement même du système. En Iran, aucun parti d’opposition ne peut exister légalement s’il n’est pas approuvé par des institutions de l’Etat qui sont elles-mêmes placées sous l’autorité du Guide suprême. Dans ces conditions, il est pratiquement impossible de structurer une opposition organisée à l’intérieur du pays. C’est l’un des principaux obstacles lorsque l’on évoque l’hypothèse d’un renversement du régime. Par ailleurs, l’opposition iranienne reste très fragmentée, notamment en exil, où coexistent de nombreux groupes aux visions et aux stratégies parfois divergentes.

Quid de Reza Pahlavi ? Comment est-il perçu en Iran ?

Dans cette perspective, les figures qui pourraient apparaître les plus crédibles aux yeux des Américains sont probablement des personnalités comme Mir Hossein Mousavi. Elles disposent encore de réseaux importants au sein du système et, surtout, restent familières avec les réalités de l’Iran d’aujourd’hui. Il paraît en revanche difficile d’imaginer qu’une figure issue du système puisse gouverner sans partager le pouvoir avec Reza Pahlavi, qui demeure la personnalité la plus populaire de l’opposition.

Cela étant dit, Reza Pahlavi joue surtout un rôle de fédérateur. Il incarne davantage un symbole capable de rassembler les Iraniens. Autrement dit, il sert surtout de point de ralliement pour une partie de l’opposition plutôt que de chef politique structuré.

Mais cette figure a-t-elle suffisamment de poids pour rassembler l’ensemble de l’opposition ? Donald Trump ne semble pas y croire...

De façon générale, l'hypothèse de la prise de pouvoir d'une seule personne me paraît peu réaliste. Marco Rubio [NDLR : le secrétaire d'Etat américain] expliquait encore il y a quelques semaines qu’il n’envisageait pas un scénario "à l’irakienne" ou "à l’afghane", comme avec Ahmed Chalabi ou Hamid Karzaï, c’est-à-dire l’installation d’un dirigeant venu de l’extérieur. L’idée serait plutôt celle d’un scénario interne : quelqu’un issu du système qui prendrait le pouvoir ou le partagerait éventuellement avec l’opposition en exil, par exemple avec Reza Pahlavi — même si Rubio n’a jamais mentionné son nom explicitement.

Dans cette perspective, les figures qui pourraient apparaître les plus crédibles aux yeux des Américains sont probablement des personnalités comme Mir Hossein Mousavi. Elles disposent encore de réseaux importants au sein du système et, surtout, restent familières avec les réalités de l’Iran d’aujourd’hui. Il paraît en revanche difficile d’imaginer qu’une figure issue du système puisse gouverner sans partager le pouvoir avec Reza Pahlavi, qui demeure la personnalité la plus populaire de l’opposition.

Cela dit, Reza Pahlavi conserve une certaine capacité de mobilisation. En persan, on parle de farakhân, c’est-à-dire d’un appel à manifester, qui peut entraîner des rassemblements importants. Mais aujourd’hui, les bombardements rendent ces mobilisations extrêmement dangereuses, ce qui rend pratiquement impossible tout appel à descendre dans la rue.

Le président américain ne cesse pourtant d'inciter les Iraniens à renverser le régime. En continuant cette guerre ne rend-il pas impossible tout mouvement de contestation qui pourrait lui porter un coup fatal ?

Le problème est aussi que la société iranienne est aujourd’hui profondément épuisée. J’ai encore de la famille et des amis dans le pays : la plupart ont quitté Téhéran pour se réfugier dans le Nord, même si les bombardements y ont également lieu. Quand je parle avec mes cousins, ils me disent souvent que la vie n’a plus beaucoup de sens. Depuis plusieurs années, les Iraniens traversent une succession de traumatismes : la répression du mouvement déclenché après la mort de Mahsa Amini, la pandémie, les crises économiques et maintenant la guerre. Dans ces conditions, il est très difficile d’imaginer une mobilisation massive à court terme. Beaucoup de familles ont été directement touchées par la violence. Après certaines répressions, des habitants racontent que les rues étaient encore couvertes de sang le lendemain et que de nombreuses maisons arborent des drapeaux noirs, signe qu’un membre de la famille a été tué. Les victimes sont très souvent des jeunes. Cette accumulation de drames a profondément marqué la société iranienne.

Les bombardements, s'ils continuent, ne risquent-ils pas de provoquer un réflexe nationaliste dont le régime pourrait tirer parti ?

Pour l’instant, c’est plutôt l’inverse qui se produit. Lorsque les bombardements américains ont commencé, ou même lorsque Khamenei a été tué, on aurait pu s’attendre à un réflexe nationaliste. Mais la réaction a été différente : de plus en plus d’Iraniens considèrent que les guerres dans lesquelles le régime engage le pays sont celles du régime, et non celles de l’Iran.

On observe d’ailleurs cette distinction dans le langage utilisé sur les réseaux sociaux. Les Iraniens parlent de plus en plus de la "République islamique" plutôt que de l’"Iran", comme pour bien marquer la différence entre le régime et le pays lui-même. Cela traduit un changement de mentalité assez profond, qui limite le risque d'un repli nationaliste. Même parmi les courants d’opposition les plus modérés, beaucoup considèrent désormais qu’une forme d’intervention extérieure pourrait être nécessaire. Seule une partie de la gauche continue de s’y opposer.

Soutenir des groupes séparatistes pourrait ouvrir la voie à une fragmentation du pays et à une guerre civile

Donald Trump ne souhaite pas envoyer de troupes au sol. Pourtant, beaucoup de spécialistes estiment que leur déploiement serait le moyen le plus sûr de faire tomber le régime...

Ils ont probablement raison. Mais avant d’en arriver à un déploiement de troupes au sol, il existe peut-être d’autres leviers. L’un d’eux consiste à affaiblir les infrastructures de sécurité du régime. Les images montrent déjà que plusieurs centres des forces antiémeutes ont été endommagés ou détruits. Si ces pertes continuent de s’accumuler, les forces du régime pourraient avoir beaucoup plus de mal à contenir une grande mobilisation populaire.

Certains évoquent également la possibilité d’opérations commandos israéliennes visant à éliminer certaines figures clés du régime. Si les bombardements se poursuivent au rythme actuel — avec déjà plus d’une trentaine de centres de commandement des Gardiens de la révolution endommagés ou détruits — l’équilibre pourrait progressivement basculer. Dans un tel scénario, si un appel massif à manifester était lancé, la population pourrait effectivement jouer un rôle décisif dans la chute du régime. En revanche, penser que celui-ci pourrait s’effondrer uniquement sous l’effet de bombardements aériens serait une erreur.

Certaines stratégies me paraissent toutefois dangereuses. Soutenir ou financer des groupes séparatistes baloutches, kurdes ou arabes pourrait être une grave erreur. L’Iran est un pays multiethnique où les populations sont très imbriquées. Armer certaines minorités contre le pouvoir central ne risquerait pas seulement d’affaiblir le régime : cela pourrait aussi ouvrir la voie à une fragmentation du pays et à une guerre civile prolongée.

Vous écrivez que le fonctionnement du régime "a produit une société dépendante de l’Etat et de la répression, incapable de générer une croissance stable orientée vers le développement". Cette dépendance structurelle ne risque-t-elle pas de rendre toute transformation politique particulièrement coûteuse sur le plan économique ?

Sur le plan économique, la situation ne pourrait de toute façon guère être pire que celle d’aujourd’hui. L’économie iranienne est déjà dans une situation très proche de la faillite. Le régime a toujours refusé d’admettre la gravité de la situation. L’Etat manque d’argent et la corruption est massive : il contrôle une grande partie de l’économie mais n’est pas capable de redistribuer efficacement les ressources à la population. Cela dit, si le régime tombait, il y aurait rapidement un afflux d’investissements, notamment de la part des Iraniens de la diaspora. Ceux qui ont quitté le pays ne sont généralement pas les plus pauvres : ce sont souvent les élites, qui ont aujourd’hui un niveau de vie élevé à l’étranger.

A cela s’ajouteraient des investissements étrangers. De nombreuses entreprises internationales sont intéressées par le marché iranien. Dans ce contexte, l’économie pourrait connaître une forte croissance dans les premières années suivant la chute du régime. Un nouveau gouvernement devrait rapidement renégocier les cadres économiques existants et signer de nouveaux contrats internationaux. On l’a vu par exemple avec l’accord sur le nucléaire : malgré les attentes, les investissements étrangers sont restés très limités, notamment parce que les procédures étaient extrêmement lourdes et bureaucratiques. Les négociations prennent souvent deux ou trois ans.

Quid de la transition politique ?

La situation politique serait probablement instable pendant un certain temps, peut-être deux ou trois ans également. On pourrait assister à une situation comparable à celle de 1979-1980, avec une explosion de partis politiques et l’émergence de nombreuses nouvelles figures. Après des décennies de répression, une véritable effervescence politique pourrait apparaître. C’est aussi pour cela que je pense que Reza Pahlavi ne serait probablement qu’une figure symbolique dans un tel contexte. Une fois le régime renversé, il y aurait tellement de nouvelles forces politiques qu’il n’est pas certain qu’il occupe une position dominante.

En 1989, lorsque Khomeini est décédé, deux options avaient été envisagées : maintenir un Guide suprême unique — ce qui a finalement été choisi — ou instaurer une direction collégiale, avec un conseil dirigeant. Si le régime parvient à se maintenir aujourd’hui, quel scénario vous semble le plus probable ?

Si le régime se maintient après la guerre, je pense que le pouvoir sera largement concentré entre les mains des Gardiens de la révolution (IRGC) qui ont soutenu la désignation de Mojtaba Khamenei. Dans ce cas, leur influence deviendrait pratiquement totale à tous les niveaux du système. On pourrait éventuellement voir apparaître une forme de système hybride, avec quelques technocrates, mais l’ensemble resterait dominé par l’appareil sécuritaire. Le régime deviendrait probablement encore plus répressif. Le choix de Mojtaba Khamenei n’est pas anodin. Il entretient depuis longtemps des relations étroites avec un cercle de généraux des Gardiens de la révolution et aurait exercé une influence notable sur certaines nominations au sein de l’appareil sécuritaire et politique du régime. En décembre 2022, plusieurs hauts gradés de l’IRGC auraient d’ailleurs déclaré, en présence d’Ali Khamenei, que même si Mojtaba intervenait dans certaines nominations au sein des Gardiens de la révolution sans réelle expérience des affaires militaires, ils comprenaient ses choix, estimant qu’ils permettaient d’éviter la promotion d’éventuels agents étrangers à des postes sensibles.

© via REUTERS

Des personnes assistent à une cérémonie funéraire pour les victimes des frappes israéliennes et américaines, dans le contexte du conflit américano-israélien avec l'Iran, à Yazd, en Iran, le 6 mars 2026.

En Iran, Donald Trump peut-il s'appuyer sur les Kurdes pour déstabiliser le régime ?

7 mars 2026 à 14:41

Tandis que les bombardements sur la capitale iranienne se poursuivent samedi, une semaine après l'offensive lancée par les Etats-Unis et Israël, Washington réfléchit aux solutions pour continuer d'affaiblir le régime iranien, après l'assassinat de l'ayatollah Ali Khamenei. Cherchant à éviter une intervention terrestre américaine qui pourrait s'avérer coûteuse, le Pentagone tenterait de s'appuyer sur des forces locales, en profitant des divisions ethniques. Cette semaine, la chaîne CNN a ainsi indiqué que, d'après certaines sources, la CIA s'efforcerait d'armer les Kurdes d'Irak, afin de fomenter un soulèvement populaire en Iran, aux côtés d'autres groupes d'opposition.

Les autorités américaines n'ont pas confirmé publiquement cette information. Mais on sait, toujours selon la chaîne américaine, que Donald Trump s'est entretenu cette semaine avec des responsables kurdes d'Iran. L'un d'entre eux a également dévoilé que ces forces d'opposition devraient participer à une opération terrestre dans l'ouest de l'Iran dans les prochains jours, tandis que plusieurs de ces groupes ont publié des communiqués appelant les forces iraniennes à la défection.

"Au niveau tactique, l’objectif apparent semble être d’entraîner les forces terrestres du Corps des gardiens de la révolution [organisation paramilitaire liée au régime iranien, NDLR] dans des opérations anti-insurrectionnelles contre les groupes séparatistes, les exposant davantage à la puissance aérienne américaine et israélienne", analyse auprès du Figaro Ali Vaez, directeur du projet Iran au sein du groupe de réflexions "International Crisis Group".

Samedi matin, les Gardiens de la Révolution ont ainsi annoncé avoir frappé "trois sites de groupes séparatistes dans la région irakienne du Kurdistan", dans un communiqué. "Si des groupes séparatistes dans la zone entreprennent la moindre action contre l’intégrité territoriale de l’Iran, nous les écraserons", poursuit le texte cité par l'agence Tasnim. Depuis plusieurs jours, les bombardements continus contre l'Iran ont contribué à affaiblir les infrastructures militaires du régime. Néanmoins, les factions kurdes iraniennes au sol pourraient "ne pas être assez puissantes militairement" pour se rendre jusqu'à Téhéran, confie un officier israélien cité par Axios.

Divisions ethniques

L'alliance avec des groupes locaux ou des communautés ethniques rivales est une stratégie de longue date des Etats-Unis pour servir leurs intérêts dans la région. "Après la guerre du Golfe de 1991, les Américains ont encouragé un soulèvement kurde en Irak, puis sont restés les bras croisés pendant que l'armée irakienne massacrait les forces kurdes", rappelle Raja Abdulrahim, correspondante du New York Times au Moyen-Orient.

En 2001 encore, l'Alliance du Nord, groupe islamiste, était parvenue à prendre le contrôle de l'Afghanistan contre les talibans avec le soutien d'une coalition internationale composée des Etats-Unis et de la France. Lors de l'invasion américaine de l'Irak en 2003, le Pentagone s'était également appuyé sur les forces kurdes. Ou encore, plus récemment, en 2014 en Irak et Syrie, où les Peshmerga kurdes ont joué un rôle important dans la reprise de villes comme Kobané et Raqqa contre Daesh. Et ce, avant d'être lâchés par les Etats-Unis, qui ont souhaité privilégier leurs relations avec le nouvel Etat syrien et avec la Turquie, au détriment des revendications territoriales kurdes. Depuis, les forces kurdes ont perdu du terrain en Syrie, après la reprise du pays par les troupes du gouvernement dirigé par Ahmed al-Charaa.

40 000 millions d'individus dépourvus d'État

Ce groupe ethnique est composé d'environ 40 millions de personnes, réparties en Turquie, Arménie, Azerbaïdjan, Syrie, Irak et Iran. Connaissant différents degrés de discriminations, les Kurdes revendiquent un État indépendant de longue date, ayant perdu le contrôle de leurs zones d'influence avec la chute de l'empire ottoman et le partage du Moyen-Orient par les puissances occidentales. Certains vivent actuellement dans le Kurdistan irakien, région séparatiste du nord de l'Irak, reconnue comme semi-autonome par les Nations Unies.

En Iran, ils représentent 10 % de la population et ont parfois été à l'avant-garde de mouvements de protestation contre le régime. C'est le cas notamment du soulèvement de 2022, à la suite du décès de la Kurde-Iranienne Mahsa Amini après son arrestation par la police des mœurs, qui l'accusait de mal porter le voile - déclenchant un mouvement de solidarité dans tout le pays. Ou bien, lors de la récente vague de contestations contre le régime, particulièrement active dans les régions kurdes d'Iran.

Néanmoins, bien que perçus comme une minorité, beaucoup de Kurdes sont très bien intégrés à l'appareil politique iranien, comme les Azéris - à l'image du président Massoud Pezeshkian ou de l’ayatollah Khamenei. Cette communauté bénéficie du soutien de la Turquie ou encore de l'Azerbaïdjan, en raison de liens culturels et historiques forts. Certains craignent d'ailleurs que l'effondrement du pouvoir central ne ravive les tensions entre ces diverses communautés. Les Kurdes ne sont donc pas une entité avec des intérêts totalement homogènes.

D'autant que, pris de court par la guerre, personne en Iran ne tient à se précipiter dans une attaque contre le pouvoir. C'est ce qui explique notamment l'attitude très en retrait du gouvernement régional kurde d'Irak, qui a précisé sur ses réseaux sociaux qu'il ne participerait à "aucune campagne visant à étendre la guerre et les tensions dans la région". Pour sa part, Shanaz Ibrahim Ahmed, la première dame d'Irak, d'origine kurde, a publié une déclaration dans la même logique. Les Kurdes d'Irak ont "enfin atteint une certaine stabilité et dignité dans leur vie" et n'accepteront pas d'être "traités comme des pions par les superpuissances mondiales", a-t-elle écrit. "Laissez les Kurdes tranquilles. Nous ne sommes pas des mercenaires".

Trouver la bonne équation dans ce contexte pourrait s'avérer périlleux pour les Etats-Unis. Si ces derniers ne parviennent pas à imposer un changement de régime totalement aligné sur leurs intérêts, des spécialistes indiquent qu'ils pourraient se contenter d'un fort affaiblissement politique, consolidant Israël comme puissance hégémonique dans la région. "Un Iran en proie à des troubles civils resterait probablement préoccupé par la stabilisation intérieure pendant des années, réduisant ainsi sa capacité à projeter sa puissance à l’étranger et supprimant potentiellement le dernier obstacle à la primauté régionale incontestée d’Israël", résume Ali Vaez auprès du Figaro.

© REUTERS/Thaier Al-Sudani/Photo d'archive

Des combattants kurdes iraniens du Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) participent à une session d'entraînement dans une base située à la périphérie d'Erbil, en Irak, le 12 février 2026. REUTERS/Thaier Al-Sudani/Photo d'archive

Les excuses du président iranien mettent en lumière les divisions au sein des dirigeants du pays

7 mars 2026 à 17:05

Israël et l'Iran ont échangé des attaques alors que la guerre au Moyen-Orient entrait dans une deuxième semaine samedi, tandis que le président iranien Masoud Pezeshkian a présenté des excuses inhabituelles aux États voisins pour ses "actions", cherchant apparemment à calmer la colère régionale contre les frappes iraniennes sur des cibles civiles du Golfe. Le président iranien a également dit s'être engagé à "mettre fin aux attaques", à la condition d'un arrêt des attaques contre l'Iran menées depuis leur territoire.

Les propos de Masoud Pezeshkian ont provoqué une vive polémique en Iran, incitant son cabinet à réaffirmer que l'armée iranienne répondrait fermement aux attaques provenant des bases américaines de la région. Hamid Rasai, un religieux et député conservateur, a écrit sur X : "Monsieur Pezeshkian, votre position était non professionnelle, faible et inacceptable." Donald Trump a qualifié les excuses de l'Iran de capitulation, tout en affirmant que le pays serait "durement touché" samedi.

L'armée israélienne a annoncé ce matin avoir lancé une nouvelle vague de frappes sur Téhéran et Ispahan, une semaine jour pour jour après le début de l'opération israélo-américaine contre le régime iranien. Le président iranien a déclaré que le pays n'attaquerait plus les "pays voisins", alors même que le Qatar et Bahreïn signalaient des tirs ennemis.

18h19

Les pays qui accueillent des bases américaines "ne connaîtront pas la paix", selon l'Iran

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien, a réagi aux excuses présentées samedi par le président iranien Masoud Pezeshkian aux pays du Golfe. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, il a déclaré que tant que ces pays accueilleraient des bases américaines, "ils ne connaîtront pas la paix".

16h56

Des religieux iraniens radicaux réclament la nomination rapide d'un nouveau guide suprême

Des religieux radicaux ont appelé à la désignation rapide d'un nouveau guide suprême pour aider à guider l'Iran, ont rapporté samedi les médias iraniens, alors que la République islamique est secouée par une nouvelle vague de frappes américaines et israéliennes.

Ces appels laissent entendre que certains membres du clergé pourraient être mal à l'aise à l'idée de laisser le pouvoir entre les mains du conseil de trois hommes mis en place temporairement après l'assassinat du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, qui avait le dernier mot sur toutes les affaires d'État.

Le président américain Donald Trump a déclaré que les États-Unis devraient avoir un rôle à jouer dans le choix du nouveau dirigeant, une demande que l'Iran a rejetée.

Les médias iraniens ont rapporté samedi soir que l'ayatollah Hossein Mozafari, membre de l'Assemblée des experts (l'organe religieux de 88 membres chargé de choisir le prochain dirigeant), a déclaré que l'assemblée pourrait se réunir dans les prochaines 24 heures pour prendre une décision.

16h26

Un responsable des Émirats arabes unis déclare que tout nouvel accord négocié avec l'Iran ne se limitera plus au nucléaire

Les missiles sont désormais au cœur des discussions. Il affirme que les attaques iraniennes ont creusé un profond fossé de confiance qui perdurera pendant des décennies.

16h04

David Izadifar : "En Iran, l’hypothèse d’un coup d’Etat ne doit pas être exclue"

Retrouvez notre entretien sur les leviers qui peuvent être activés pour tenter de faire tomber la République islamique.

15h50

Donald Trump affirme que les États-Unis ont mis hors service 42 navires de la marine iranienne en trois jours

Donald Trump affirme que les États-Unis ont mis hors service 42 navires de la marine iranienne en trois jours. Plus d'informations à suivre...

15h43

Israël dit avoir frappé 16 avions de l'unité d'élite iranienne

Tsahal a annoncé sur X avoir ciblé 16 avions de la Force Al-Qods du corps des Gardiens de la révolution. "L’armée de l’air israélienne a mené des frappes à Téhéran, ciblant des infrastructures militaires à l’aéroport de Mehrabad, un hub central utilisé par le CGRI pour armer et financer ses organisations terroristes à travers le Moyen-Orient. Plusieurs avions de chasse iraniens ont également été ciblés." Selon l'armée israélienne, ces avions étaient "utilisés pour transférer des armes au Hezbollah".

12h52

"Donald Trump veut redessiner la carte du monde"

Retrouvez l'analyse de Jonathan Lemire, journaliste de The Atlantic qui couvre l'actualité de la Maison-Blanche. Pour lui, deux scénarios catastrophiques pourraient désormais se profiler pour le président américain

12h17

Donald Trump annonce que l'Iran sera "très durement frappé aujourd'hui"

"L’Iran va être très durement frappé aujourd’hui. Des zones et des groupes de personnes qui n'étaient pas considérés comme des cibles jusqu'à présent sont sérieusement envisagés pour une destruction totale et une mort certaine, en raison de la conduite inacceptable de l'Iran", a déclaré ce samedi président américain sur Truth social. "L'Iran n'est plus le 'tyran du Moyen-Orient', mais le 'perdant du Moyen-Orient', et le restera pendant des décennies, jusqu'à sa capitulation ou, plus probablement, son effondrement total", a-t-il ajouté, sans donner plus de détails.

"Les ennemis (de l'Iran, soit Israël et les Etats-Unis) peuvent emporter dans leurs tombes leur souhait de voir le peuple iranien se rendre", avait affirmé un peu plus tôt ce samedi le président iranien Masoud Pezeshkian, en réponse à l'appel de Donald Trump la veille, qui avait réclamé une "capitulation sans conditions" pour mettre fin à la guerre.

9h44

L'armée israélienne lance une nouvelle vague de frappes sur l'Iran

L'armée israélienne a annoncé ce matin avoir lancé une nouvelle vague de frappes sur Téhéran et Ispahan. L'armée "a lancé une vaste vague d'attaques contre les infrastructures du régime terroriste iranien à Téhéran et Ispahan", indique-t-elle dans un communiqué.

L'armée israélienne a annoncé samedi matin que plus de 80 de ses avions de chasse avaient mené des frappes aériennes dans la nuit de samedi à dimanche contre des cibles à Téhéran et dans d'autres régions du centre de l'Iran. Parmi ces cibles visées figuraient notamment les bombardements de l'université Imam Hossein, un établissement placé sous sanctions américaines en raison de ses liens avec les Gardiens de la révolution iraniens, selon l'armée israélienne.

9h02

Arash Azizi : "Je rêve d'un pays où l'on scande 'Vive l'Iran' plutôt que 'mort à Israël'"

Retrouvez notre entretien avec Arash Azizi, historien irano-américain pour qui, quels que soient le successeur d’Ali Khamenei et l’avenir du régime, l’Iran pourrait être amené à privilégier la diplomatie et à remplacer le rejet d’Israël par une approche plus pragmatique.

8h41

Liban : le bilan des frappes israéliennes de vendredi monte à 16 morts

Le ministère libanais de la Santé a annoncé un bilan de 16 morts causés par les frappes israéliennes de vendredi soir dans la région de Baalbeck, dans l'est du Liban. Le bilan reste provisoire, 35 personnes ayant également été gravement blessées.

8h30

Le président iranien s'excuse auprès des pays voisins pour les frappes

Le président iranien Massoud Pezeshkian a présenté ses excuses auprès des pays voisins pour les frappes iraniennes qui les visent depuis le début du conflit avec Israël et les Etats-Unis. "Je m’excuse (...) auprès des pays voisins qui ont été attaqués par l’Iran", a-t-il déclaré samedi dans un discours diffusé sur la télévision d’État. Il a ajouté que le conseil de direction provisoire avait approuvé la suspension des attaques contre ces pays, sauf si des frappes devaient survenir de ces mêmes pays.

Concernant les frappes dans les pays du Golfe, le président iranien a déclaré que les unités militaires iraniennes avaient agi de leur propre initiative et fait ce qu'elles estimaient nécessaire après la mort de leurs commandants. Le matin même de son discours, des alertes aux drones et aux missiles ont été déclenchées en Arabie saoudite, au Qatar et aux Émirats arabes unis. Le ministère de la Défense des Émirats arabes unis a annoncé avoir détruit 15 missiles balistiques et intercepté 119 drones en provenance d'Iran. La compagnie aérienne Emirates a brièvement suspendu ses vols à destination et en provenance de Dubaï samedi. Les autorités de Dubaï ont évoqué un incident mineur, la chute de débris survenu après une interception, sans préciser le lieu. Emirates a ensuite annoncé la reprise de ses vols.

Le ministère de la Défense saoudien a quant à lui déclaré avoir intercepté et détruit plusieurs drones et missiles, sans toutefois préciser leur origine.

6h36

Iran : dans l’enfer de la prison d’Evin, les opposants aux mollahs préparent déjà l'après

Retrouvez notre reportage au sein de la sinistre prison iranienne, carrefour d'idées où se croisent les nombreux courants politiques du pays.

© afp.com/ANGELA WEISS

Le président iranien Massoud Pezeshkian lors de l'Assemblée générale des Nations unies au siège de l'ONU, à New York, aux Etats-Unis, le 24 septembre 2025

Ces villes qui doivent nous inspirer : Munich, le mariage réussi de la Silicon Valley et de l'huile de moteur

7 mars 2026 à 08:45

Les 15 et 22 mars, les Français votent aux municipales. L'occasion pour L'Express de sélectionner chez nos voisins des idées innovantes, des concepts pertinents et des dynamiques vertueuses pour améliorer notre quotidien. Tour d'Europe des villes qui doivent nous inspirer, et surtout inspirer nos nouveaux élus.

EPISODE 2 - Comment Vienne est devenue un petit paradis pour les seniors et les locataires

EPISODE 3 - Londres, un modèle pour la sécurité ? Sa recette miracle pour faire baisser le crime

C’est le plus bluffant des clubs étudiants. Au WARR de l'Université technique de Munich (TUM), on ne perd pas son temps à organiser des soirées karaoké : on construit des fusées. "Les clubs ont accès, chez nous, à de grands ateliers équipés d’une variété de machines pour mener leurs expériences et fabriquer des prototypes. Des imprimantes 3D ou des grues pour lever des poids lourds", confie Ulrich Meyer, porte-parole de l’université. La TUM va leur remettre, cette année encore, les clés d’un hall additionnel de 1200 m2, financé par 10 millions d’euros de dons.

Une stratégie qui paye. Depuis sa création en 1962, le WARR Club a mis des satellites CubeStar en orbite, créé pour l'ISS un laboratoire automatisé d’expériences en microgravité et raflé plusieurs fois le premier prix des compétitions Hyperloop d'Elon Musk. On retrouve même certains de ses membres derrière l’ambitieuse Isar Aerospace, la première start-up européenne à s’attaquer au marché des mini-lanceurs orbitaux.

Le WARR Club symbolise bien le caractère radicalement singulier de la tech munichoise. Là où Paris, Londres et Berlin ont misé sur le numérique grand public, l'IA, le software et les fintechs, Munich cible un marché plus pointu mais ô combien stratégique : l'industrie. "Cela s'explique bien sûr par la présence historique de fleurons allemands du secteur", observe Tom Wehmeier, associé et directeur de l’analyse du fonds de capital-risque européen basé à Londres Atomico.

Industries de pointe et universités techniques

Siemens, BMW et Audi en sont les plus connus, mais Munich abrite aussi des champions discrets : Infineon, poids lourd mondial des semi-conducteurs ; EOS, référence internationale des machines d'impression 3D industrielles ; Rohde & Schwarz, spécialiste des communications sécurisées. Un vivier de clients potentiels qui mettent les start-up à l’épreuve du réel. "C’est précieux pour les deeptech qui ont besoin de validation à l'échelle industrielle", pointe Jan Miczaika, associé du fonds munichois HV Capital.

Munich (image d'illustration).
Munich (image d'illustration).

Le tissu académique et de recherche constitue le deuxième pilier du modèle bavarois. Entre la prestigieuse TUM, l’université Louis-et-Maximilien de Munich (LMU), l’institut Max Planck de physique et le réseau de recherche appliquée Fraunhofer, la ville abrite "des dizaines de milliers d’étudiants en STEM et des milliers de chercheurs", pointe André Loesekrug-Pietri, président et directeur scientifique de la Joint European Disruptive Initiative (JEDI). Une ressource prisée qui a convaincu tous les géants du numérique américains d’ouvrir un centre de R & D sur place - d’Apple à Microsoft, en passant par Qualcomm et Intel.

Mais si la magie opère, c’est que ces deux mondes ne s’ignorent pas, ils collaborent étroitement. Notamment via l'UnternehmerTUM, le plus grand centre européen de création de start-up adossé à l'université technique de Munich, qui connecte plus de 500 entreprises et PME avec des deeptech, tout en accompagnant étudiants et chercheurs dans la création d'entreprises.

"L'autre facteur clef de réussite est que les acteurs publics et privés partagent un même projet économique", analyse Vincent Charlet, délégué général de La Fabrique de l’industrie. La CSU régnant en Bavière depuis 1957, ses politiques pro-business n’ont jamais été remises en question et ont assuré aux entreprises un cadre stable, prévisible, propice au temps long. En 2024, le ministre-président de la région, Markus Söder a encore annoncé un investissement de 5,5 milliards d’euros dans l’IA, le quantique et l’espace.

Le défi financier de la deeptech

En dépit de ses atouts, Munich a plusieurs obstacles à surmonter pour transformer l’essai. Le premier est financier. "On trouve moins de grands investisseurs ici que dans des capitales européennes telles que Berlin, Londres ou Paris", observe Arnaud Aymé, DG France de Sia Partners. Si les start-up munichoises ont levé près de 2,3 milliards d’euros en 2024, cela reste ainsi bien en deçà de Paris (7,8 milliards) et de Londres (14,3 milliards). Les premiers tours de table se font aisément dans la capitale bavaroise. Mais dès que les start-up grandissent, la situation se corse. "Les investisseurs en croissance excellent à évaluer le software qui génère déjà des revenus en Series B. Face à la deeptech et ses longs cycles de développement, ils ont moins de repères et se montrent plus frileux", explique Ingo Potthof, cofondateur du fonds munichois UVC Partners, pionnier de l’investissement dans les technologies de rupture.

La bureaucratie allemande pèse aussi le secteur. Ici, le papier et les signatures à l’encre continuent de régner. Enregistrer une société prend des semaines, contre quelques heures en Estonie. Un notaire doit valider toute opération de cession de parts. Et obtenir un visa reste un défi. La présence de géants américains est enfin un facteur à double tranchant. Elle incite les cerveaux munichois à ne pas quitter leur ville natale. Mais elle fait grimper les salaires à des niveaux que les start-up locales peinent à suivre.

Munich s’affirme pourtant chaque année davantage comme un hub tech européen de premier plan, avec plus de 1 000 start-up spécialisées dans des domaines auxquels peu de villes osent se frotter. Dans le spatial, The Exploration Company développe une capsule cargo pour l'ISS tandis que Mynaric repousse les limites des communications par laser. Dans la défense, Helsing, star de l'IA militaire valorisée 12 milliards de dollars, côtoie Quantum Systems, spécialiste des drones autonomes. Munich est devenu le havre de la nouvelle génération de robotique industrielle, avec Agile Robots, RobCo ou Magazino. Et les deeptechs les plus audacieuses y ont élu domicile : Proxima Fusion parie sur la fusion nucléaire, Planqc sur l'informatique quantique. Un cheptel comptant huit licornes et même une des rares décacornes européennes : Celonis. Fondée par trois étudiants de la TUM, celle-ci a séduit les entreprises du DAX et du CAC40 avec ses outils d’analyse de processus et est désormais valorisée plus de 13 milliards d'euros.

"L'industrie allemande subissant une concurrence internationale nouvelle, la tech munichoise va prendre une importance croissante", prédit l'économiste belge Reinhilde Veugelers, chercheuse associée au centre de réflexion Bruegel. Les exports du pays vers la Chine ont chuté (- 9,3 % en 2025) tandis que les importations augmentent (+ 9 %). Et la puissance asiatique concurrence désormais l'Allemagne sur ses marchés phares de l’automobile aux machines-outils. Les industriels historiques ont plus que jamais besoin des idées folles des startupers pour renverser la vapeur.

© Sergii Figurnyi/Shutterstock

Munich est devenue en quelques années l'une des capitales pour les créations de start-up.

Iran : dans l’enfer de la prison d’Evin, les opposants aux mollahs préparent déjà l'après

7 mars 2026 à 06:30

"La situation à la prison d'Evin est critique. Les forces spéciales (de la police iranienne Nopo) contrôlent l'établissement, les accès sont verrouillés et les autorités ont quitté les lieux. La nourriture se fait rare et l'économat est fermé." Sur X, la femme d’un prisonnier politique, condamné à 3 ans d'incarcération pour avoir critiqué le pouvoir, témoigne de l'inquiétude qui gagne les familles de détenus. Que va-t-il advenir de ces prisonniers alors que le ciel de Téhéran s'embrase sous les missiles américains et israéliens et que le régime est prêt à tout pour se maintenir ? L'ONG Iran Human Rights tire déjà la sonnette d'alarme face au danger d'exécutions accélérées menées sous le couvert de la guerre.

Depuis des décennies ce lieu, symbole de la répression de la République islamique, vit au rythme des soubresauts de l'histoire iranienne. Chaque vague de colère, suivie d'arrestations arbitraires, a vu son lot d'opposants y être brutalement incarcéré : royalistes, communistes, marxistes, libéraux, réformateurs… En plus d'être un lieu d'horreur où la torture est monnaie courante, l'établissement construit en 1972 sous le règne du dernier chah est devenu un carrefour d’idées politiques, au point d'être surnommé "l’université d'Evin" par ses occupants.

Le choc des idéologies

Otage retenu à Evin entre 2022 et 2024, Louis Arnaud en a été le témoin. Dans son ouvrage La Révolution intérieure (Éditions des Équateurs, paru en 2026), il décrit une mosaïque de groupes très hétérogènes, aux visions et aux modes d’action divergents. Même si la majorité d'entre eux n’aspire qu’à la chute du régime des mollahs, leurs relations n’en demeurent pas moins souvent conflictuelles, parfois même hostiles. "Dans une seule et même cellule, on pouvait trouver un royaliste, un ancien réformateur et un libéral, tous réunis", décrit Mohsen Amiri, futur doctorant en relations internationales, détenu pour son activisme universitaire durant le mouvement "Femme, vie, liberté", dans la tristement connue "section 209". Dans ce quartier de haute sécurité des services de renseignement s’entassent jusqu’à 35 personnes dans un espace d'environ 30 mètres carrés.

Cette promiscuité est d'autant plus difficile à vivre quand des opposants doivent partager leur quotidien avec des personnalités qui ont gravité près du pouvoir. Karim Lahidji, président d’honneur de la Fédération internationale pour les droits humains, prend l'exemple de la militante Faezeh Rafsanjani, emprisonnée dans la section des femmes. La présence de la fille de l'ancien président et pilier de la Révolution a parfois, malgré ses critiques envers le régime, suscité un malaise chez les autres détenues, parmi lesquelles Nasrin Sotoudeh et Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023.

Des fausses rumeurs qui circulent

Loin de l'exposition de ces grandes figures d'Evin, une règle d'or tacite régit le quotidien des prisonniers plus anonymes : réduire au strict minimum toute affiliation politique visible. "On s'efforce de dissimuler nos attaches organisationnelles ou nos liens politiques structurés, rapporte Mohsen Amiri, condamné à trois ans de prison avant d'être amnistié. Car le risque d'infiltration ou de présence d'informateurs parmi les détenus est une menace constante." "Cela rend le dialogue extrêmement difficile et instaure une méfiance permanente, complète Louis Arnaud. Le régime va même jusqu’à répandre de fausses rumeurs pour semer le doute. La pression est telle qu'il n'y a aucun espace pour penser la suite."

Malgré cette atmosphère étouffante, le Français, dont l'un des proches compagnons d'infortune donnait des cours de philosophie à Evin, a pu observer, dans la discrétion, des "assemblées" s'organiser. Ces réunions visaient à trouver des compromis politiques au sein de la "prison publique", cette section d'Evin aux conditions plus "humaines" où il a ensuite été transféré. Outre des actions symboliques, comme une grève de la faim collective pour l'anniversaire de la mort de Mahsa Amini, les échanges en prison pouvaient servir de socle à des réflexions plus profondes sur l'après-régime.

Kamyar Sharifi, autre étudiant téhéranais arrêté à cette période, a ainsi assisté à des débats sur "l'identité islamique du pays" ou sur l'avenir même du centre de détention : le "préserver comme une forme d'héritage ?" La question du traitement de leurs propres bourreaux occupait aussi les esprits. "Imaginez la scène : nous sommes leurs prisonniers, et pourtant, dans un coin de la cellule, certains chuchotent que le jour de la libération, nous ne devrons pas leur ressembler, se souvient le jeune homme aujourd'hui basé à Londres. Nous devrons les traiter avec équité, sans aucune torture, rien de tel ; simplement leur garantir un procès juste devant un tribunal impartial."

"Des discussions émergeaient sur ce à quoi pourrait ressembler un avenir politique idéal, poursuit Mohsen Amiri qui détaille certains scénarios imaginés dans la pénombre des cellules : les détenus d'orientation de gauche s'articulaient plutôt autour de versions d'une démocratie fédérale. Les libéraux, de leur côté, décrivaient souvent des modèles républicains ou des formes de monarchie constitutionnelle. Ces conversations existaient bel et bien, mais elles relevaient davantage de l'exploration intellectuelle que de la stratégie organisationnelle."

Ces questionnements sur l'après-République islamique n'ont cessé de gagner en intensité. Le futur doctorant, qui a vu nombre de ses ex-codétenus se tourner vers un soutien explicite au fils du dernier chah, Reza Pahlavi, estime que des figures comme le sociologue Saeed Madani, le réformiste Mostafa Tajzadeh, le journaliste politique Mehdi Mahmoudian, proche du même courant, et Narges Mohammadi, pourraient jouer un rôle de premier plan dans un futur conseil de transition. Louis Arnaud abonde en ce sens en voyant à Evin les figures clés d'un virage démocratique, "en parallèle à Reza Pahlavi", dont le nom a été massivement scandé dans les rues du pays et à l'étranger, en janvier. Entre les bombes et les barreaux, l'Iran retient son souffle.

© EPA

Depuis des décennies, ce lieu symbole de la répression de la République islamique vit au rythme des soubresauts de l'histoire iranienne.

Arancha Gonzalez, ex-ministre des Affaires étrangères : "Quand l'Espagne dit non à la guerre, ce n'est pas juste un slogan"

6 mars 2026 à 17:00

Quatre mots ont marqué les esprits européens cette semaine : "no a la guerra". Une formule prononcée par Pedro Sanchez, mercredi 4 mars, en conclusion d'une charge en règle contre "des dirigeants incapables de répondre aux besoins de leurs citoyens et qui instrumentalisent la guerre pour masquer leurs échecs". Avec cette attaque visant, sans les nommer, Donald Trump et Benyamin Netanyahou, le Premier ministre espagnol s'est érigé en premier opposant à la guerre en Iran, qui bouleverse le Moyen-Orient et au-delà depuis le 28 février. Par ailleurs, en refusant que les Américains utilisent leurs bases militaires en Andalousie pour cette opération, Madrid s'est attiré les foudres de la Maison-Blanche, qui menace d'arrêter tout commerce avec la quatrième puissance économique européenne.

Arancha González fut la ministre des Affaires étrangères de Pedro Sanchez en 2020 et 2021. A présent doyenne de la Paris School of International Affairs (PSIA) à Sciences Po, cette amoureuse de l'Europe défend la position de la diplomatie espagnole, en raconte les origines et assure que notre continent aura un rôle clé à jouer dans ce conflit.

L'Express : Le monde entier a entendu le "No a la guerra" de Pedro Sanchez, quatre mots pour définir la position espagnole sur l'Iran. Vous avez été sa ministre des Affaires étrangères. Est-ce un simple slogan romantique ou la définition même de la politique étrangère espagnole ?

Arancha González : Avant tout, il s'agit d'exprimer le fait que l'Espagne considère que cette guerre d'Israël et des États-Unis contre l'Iran ne respecte pas les règles internationales. Ce n'est pas une guerre nécessaire, il n'y avait pas de risque imminent, comme le Pentagone le reconnait lui-même. Ce n'est pas non plus une intervention humanitaire, qui aurait pour but de protéger les civils et passerait par une autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies. Ce n'est pas une intervention sous le parapluie du droit à protéger, qui peut se déclencher uniquement quand toutes les autres options ont été épuisées, notamment la voie diplomatique. Celle-ci, à entendre les médiateurs d'Oman, n'a pas vraiment été épuisée...

C'est donc une guerre de choix : les Américains et les Israéliens ont fait le choix de la guerre. Je ne juge pas le bien ou le mal, je dis simplement que cette guerre n'est pas couverte par les normes internationales et qu'elle n'a été ni discutée ni approuvée par les alliés des Etats-Unis. Quand le Premier ministre espagnol dit "No a la guerra", il dit que ce n'est pas une guerre soutenue par la moindre norme internationale, ni par les règles entre alliés.

L'Espagne va envoyer une frégate à Chypre dans les prochains jours. Cela signifie que, malgré son refus de la guerre, Madrid reste prête à la faire en cas de besoin ?

Quand l'Espagne dit non à la guerre, ce n'est pas simplement un slogan. C'est qu'elle ne croit pas dans la participation offensive à cette guerre et ne permettra pas non plus aux Etats-Unis d'utiliser les bases militaires américaines sur le territoire espagnol pour le faire. Mais l'Espagne ne renonce pas pour autant aux engagements qu'elle a pris vis-à-vis de ses alliés de l'Otan, et Chypre et la Turquie sont des alliés de l'Otan. Je signale par ailleurs qu'une batterie de missiles Patriot espagnols reste stationnée en Turquie pour permettre à un allier de l'Otan de se défendre. Dans cette posture espagnole, il y a le refus de la guerre, mais aussi la réponse aux engagements pris par l'Espagne avec ses alliés.

Avec ses mots, Pedro Sanchez tente d'incarner le pacifisme, du moins en Occident. Sa position reflète-t-elle un sentiment répandu en Espagne ?

Il ne faut pas oublier que l'Espagne a été très marquée par l'intervention en Irak [en 2003]. Certes, ce n'est pas la même intervention en Iran, parce qu'à l'époque les Etats-Unis avaient au moins fait l'effort d'avoir un parapluie onusien, d'essayer de discuter et de s'accorder avec leurs alliés. Il y avait alors une vraie division à l'intérieur de la société espagnole vis-à-vis de la guerre en Irak. Le gouvernement de l'époque a décidé de se rallier aux Etats-Unis, contrairement à la France et à l'Allemagne, et cette décision s'est révélée un fiasco pour l'Espagne, un fiasco pour l'ancien Premier ministre José Maria Aznar. Ce qui s'est passé en Irak a traumatisé l'Espagne, d'une manière un peu similaire au Royaume-Uni, où l'ombre de l'intervention américaine en Irak a laissé des traces.

Il est vrai, aussi, qu'une partie de la coalition gouvernementale penche davantage du côté du refus de la guerre, et qu'une autre partie de la gauche, de l'extrême gauche, s'oppose même à la participation de l'Espagne à l'Otan. L'élément le plus marquant en Espagne reste l'Irak.

Quand vous avez été nommée à la tête du ministère des Affaires étrangères, en 2020, quels grands principes deviez-vous suivre ?

La priorité était la politique européenne, très clairement : renforcer la politique européenne, renforcer l'intégration européenne, être un allié fiable de l'Otan et avoir de bonnes relations transatlantiques. Pour naviguer parmi tous ces objectifs, il faut s'ajuster. Quand j'étais en poste, en 2020-2021, il y avait déjà les premiers signaux de la part de la Russie à propos de l'Ukraine. J'ai beaucoup investi à l'époque pour renforcer nos liens avec les pays Baltes, avec les pays de l'Europe centrale et orientale ; je suis allée rendre visite à nos troupes sur le flanc est de l'Europe, sous bannière de l'Otan ; je suis allée voir les pays Baltes, la Roumanie, la Pologne pour leur dire : nous sommes avec vous, nous partageons vos cauchemars vis-à-vis de votre voisin à l'est et il faut que vous compreniez nos cauchemars par rapport à nos voisins au sud. A cette époque, nous essayions aussi d'avoir une présence plus soutenue au Sahel.

Pedro Sanchez s'exprime lors d'une conférence de presse, à Bruxelles le 23 janvier 2026.
Pedro Sanchez s'exprime lors d'une conférence de presse, à Bruxelles le 23 janvier 2026.

Nous sommes tous très choqués par la manière dont cette guerre en Iran a été déclenchée. Dire cela, ce n'est pas soutenir le régime iranien : l'Espagne, comme le reste de l'Union européenne, a placé les Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes et a soutenu chacun des paquets de sanctions contre l'Iran pour violations des droits de l'homme, pour empêcher la prolifération nucléaire ou même pour empêcher l'accès des Iraniens à la technologie et aux armes. Là-dessus, nous sommes tous très clairs en Europe, nous avons agi ensemble.

Ces derniers jours, une partie des soutiens de Donald Trump accusent Pedro Sanchez de soutenir Téhéran. Avez-vous déjà constaté une quelconque complaisance de l'Espagne envers le régime iranien ?

C'en est presque drôle. Quand les autorités iraniennes font un tweet en disant "Merci beaucoup, M. Pedro Sanchez", moi j'aurais aimé ces mêmes tweets quand M. Sanchez a placé les Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes. Il ne faut pas être dupe...

Vous estimez qu'ils tentent d'amplifier la division européenne ?

Bien sûr ! Et là-dessus, l'Espagne ne fera jamais quoi que ce soit qui pourrait affaiblir l'Europe.

Après les menaces commerciales américaines, Emmanuel Macron a assuré l'Espagne du soutien total de la France. Mais ce soutien français résonne d'autant plus dans le silence gêné de nos voisins… Percevez-vous un soutien européen à l'Espagne ?

La politique commerciale est une politique commune et ceux qui devaient se positionner sur ces menaces américaines, c'est-à-dire la Commission européenne et le président du Conseil, ont été très clairs. La politique commerciale en Europe n'est gérée ni par l'Espagne, ni par la France, ni par l'Allemagne, mais par la Commission européenne au nom des Etats membres. Nous avons été très rassurés qu'ils comprennent, comme nous, qu'une attaque contre l'Espagne d'un point de vue commercial serait une attaque contre l'Union européenne.

Les Américains ont dit qu'ils pourraient nous sanctionner sur l'exportation du gaz... Ce sont les mêmes qui passent tout de même beaucoup de temps à nous demander d'acheter du gaz américain. Il serait étrange que les Etats-Unis décident de ne plus vendre de gaz à l'Espagne, avec laquelle ils ont une balance commerciale positive précisément pour cette raison. Ce serait se tirer une balle dans le pied.

Cette attaque de Donald Trump contre Pedro Sanchez s'est tout de même faite alors que le chancelier allemand, Friedrich Merz, se trouvait dans le bureau Ovale. Il n'a pas réagi. Que penser de ce silence de Merz ?

Il faut traiter à l'intérieur de l'Union européenne les différends que nous pouvons avoir au sein de l'Union européenne. Je ne suis pas prête à discuter ni à débattre des différends qu'il peut y avoir entre Européens sur la place publique. Cela affaiblit l'Europe et, en ce moment, le plus important est de ne pas faire quoi que ce soit qui puisse affaiblir l'Europe. Si nous avons des choses à nous dire, il faut se le dire en Européens, discrètement, plutôt que laver son linge sale sur la place publique. Disons-nous les choses en famille, c'est plus intelligent.

L'Espagne s'est opposée farouchement à la guerre à Gaza, a critiqué de manière très forte et rapide l'enlèvement de Nicolas Maduro en début d'année, s'érige en principal opposant à cette guerre en Iran… Pedro Sanchez incarne-t-il la résistance européenne à Donald Trump ? Est-ce son objectif ?

Il y a une constante dans la position espagnole, qui reste la même sur l'Ukraine, sur le Groenland, sur le Venezuela, sur Gaza et sur l'Iran. Plus notre posture est cohérente et consistante, plus elle est forte. Nous ne pouvons pas vivre dans une communauté internationale et choisir ce qui est bien ou mal de manière aléatoire. Accepter une intervention militaire en Iran, c'est affaiblir la posture que nous avons en Ukraine. Alors certes, ce n'est pas simplement le droit international qui va nous protéger, mais l'Espagne considère que le droit international est un élément de la dissuasion. La dissuasion comprend l'armement, le renseignement, la gestion maîtrisée des interdépendances, mais c'est aussi la posture internationale : le faire à la carte affaiblit l'Europe.

Jusqu'à présent, les critiques espagnoles contre l'administration américaine n'avaient pas provoqué de représailles. Cette fois, Donald Trump menace de s'en prendre au commerce avec l'Espagne. Est-ce une stratégie risquée ?

Ce n'est pas la première fois que le président des Etats-Unis s'en prend à un leader européen, ce n'est pas la première fois qu'il brandit des menaces contre des Etats membres de l'Union européenne ou même contre l'Union européenne. C'est une constante. On l'a vu avec Volodymyr Zelensky dans le bureau Ovale, on l'a vu avec la Première ministre du Danemark, Mette Frederiksen, on l'a vu plus récemment avec le Premier ministre du Royaume-Uni, Keir Starmer, et on le voit très clairement aujourd'hui avec Pedro Sanchez.

Les Etats-Unis vont jusqu'à prendre des mesures de rétorsion contre des citoyens européens, comme Thierry Breton, qui se retrouve sous sanctions américaines simplement pour avoir poussé une législation soutenue par le Parlement européen [NDLR : les règlements sur le numérique]. Il ne sera pas le dernier... C'est une méthode : menacer pour essayer de faire plier. La seule leçon que nous pouvons tirer de cette année difficile pour l'Europe, c'est que Trump déteste la faiblesse et respecte la force.

Pensez-vous que cette leçon a été retenue par tous en Europe ?

Oui, je crois que tous les Européens ont compris comment il fonctionne. Simplement, nous ne réagissons pas tous de la même manière.

Comment l'Europe doit-elle, et peut-elle, s'impliquer dans cette guerre en Iran ?

Je tiens à rappeler que, sur l'Iran, l'Europe avait un plan, qu'elle a construit et défendu : c'est l'accord nucléaire signé en 2015, mené par l'UE, avec l'E3 — France, Allemagne, Royaume-Uni —, avec les Etats-Unis, la Russie et la Chine. Cet accord permettait de contrôler, grâce à la vérification internationale, la prolifération nucléaire et la capacité de l'Iran d'avoir accès à une arme nucléaire. Il a été saboté par Donald Trump lors de son premier mandat.

Les Etats-Unis ont adopté comme politique de castrer la capacité de l'Union européenne à ouvrir d'autres voies. Nous devons en avoir conscience et y réfléchir en tant qu'Européens.

L'Union européenne pourrait se rendre utile en construisant un espace — pas tout de suite bien sûr, au vu de la situation— pour amorcer une désescalade et pour empêcher le développement de l'arme nucléaire par l'Iran. Il faudra, à un moment, construire un espace de diplomatie. L'Union européenne doit y réfléchir, et aussi trouver de quelle manière obtenir des concessions du régime iranien sur sa manière de traiter ses opposants, qui est inacceptable à tout point de vue. Il faut commencer à imaginer l'après, parce qu'il y a toujours un après.

A cette heure, l'après-guerre paraît presque inimaginable...

Comme dans tout conflit. Une fois qu'on a ouvert la porte de la guerre, il est très difficile de la refermer. D'autant plus quand personne n'a prévu de porte de sortie ! Malheureusement, cela semble être le cas, avec des objectifs qui changent chaque jour. Aux Européens de penser cette porte de sortie.

© Michael Matthey/dpa

Arancha Gonzalez Laya, ancien ministre des Affaires étrangères en Espagne, ici le 29 novembre 2025 lors du congrès fédéral du parti Bündnis 90/Die Grünen.
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