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Quand Lego a failli disparaître : l’histoire méconnue d’une incroyable résurrection

10 mars 2026 à 18:00

En règle générale, les villes se situent dans des pays. Mais à Billund, 6 500 habitants, c'est l'inverse : en rase campagne, la petite commune contient un pays tout entier, le Legoland. Etat multiculturel et multicolore, il abrite tous les édifices iconiques de la planète, construits à l'aide de 20 millions de petites briques en plastique : la Tour Eiffel, Buckingham Palace, le Colisée, le Taj Mahal, l'Opéra de Sydney, le Capitole de Washington, la Statue de la Liberté de New York, le Mont Rushmore du Dakota du Sud. Et aussi des moulins à vent représentant la Hollande, des fjords norvégiens, les pittoresques canaux de Copenhague, et même le pas de tir de la Nasa à Cap Canaveral (Floride).

Dans ces scénographies animées se meuvent des figurines Lego, des bateaux, des trains, des camions, des avions, des fusées. Créé en 1968, le Legoland du Danemark - il en existe dix autres, deux en Europe, trois aux Etats-Unis et cinq en Asie - enchante chaque année plus de 2 millions de visiteurs, danois et internationaux, qui se rendent sur place par un vol direct grâce à l'aéroport international de Billund qui dessert à la fois Legoland et le siège social de Lego, lui-même en forme de briques assemblées.

Lego Star Wars, le premier contrat de licence

Vitrine de l'entreprise, ce parc d'attractions ne représente qu'une infime partie de la réussite de la multinationale – véritable fierté danoise au même titre que Maersk (transport maritime), Novo Nordisk (groupe pharmaceutique), Carlsberg (brasserie) ou Bang & Olufsen (hi-fi). Fondé il y a presque cent ans et devenu le leader mondial du jouet il y a une décennie, Lego a dépassé les mastodontes américains que sont Mattel (Barbie, Fisher Price) et Hasbro (Monopoly, Scrabble) – sans parler de l'Allemand Playmobil, un nain du secteur, en grande difficulté. A vrai dire, la saga de cette entreprise familiale est aussi étonnante qu'un conte d’Hans Christian Andersen, l'auteur de La petite Sirène, natif de la région. C'est l'histoire d'une résurrection, de celle que l'on étudie dans les business schools. Car, voilà seulement vingt ans, le géant des petites briques a frôlé la banqueroute.

Le Legoland de Billund
Le Legoland de Billund

Tout commence en 1932 lorsqu'un menuisier, Ole Kirk Kristiansen, se lance dans la fabrication de jouets en bois (canards à roulettes, yo-yo, etc.) et baptise sa société Lego, abréviation de "Leg Godt" qui signifie "Joue bien". Après guerre, l'entrepreneur à l'affût d'innovations acquiert une machine à injection qui lui permet, dès 1949, de fabriquer des briques en plastique, mais creuses. "Tout le monde lui déconseillait de se lancer dans le plastique, raconte, à Billund, l'historien maison Kristian Reimer Hauge en faisant visiter le musée Lego réservé aux 30 000 employés, dont 6 000 au Danemark. "Son entourage lui répétait : "Notre savoir-faire, c'est le bois." Mais l'audacieux Ole était ouvert d'esprit", poursuit-il. Son fils Godtfred sera tout aussi visionnaire.

En 1958, il dépose le très innovant brevet ABS (Automatic Binding Bricks) qui définit la brique Lego actuelle : dotée de "tétons" supérieurs et de tubes creux inférieurs afin d'assurer un emboîtement robuste et universel. Dès lors, la PME ne cesse de grossir, y compris à l'international. D'abord en Scandinavie, puis en Allemagne et en Amérique du Nord et, enfin, dans toute l'Europe. Pendant longtemps, le produit ne varie guère, si ce n'est avec l'apparition en 1978 des mini-personnages jaunes, considérés en interne comme une innovation majeure, et en 1999 avec le premier contrat de licence signé par Kjeld, petit-fils du fondateur, avec Lucasfilm pour les Lego Star Wars.

Le fondateur de Lego, Ole Kirk Kristiansen, en 1957
Le fondateur de Lego, Ole Kirk Kristiansen, en 1957

Au fil des ans, la philosophie de la discrète famille Kirk Kristiansen – qui détient toujours 100 % du groupe – ne varie pas davantage que la brique. "Leur approche est intellectuelle, explique Niels Linde, auteur de Miracle chez Lego (2012, non traduit). Ils ne se voient pas comme des marchands de jouets, mais comme des gens à la tête d'une entreprise qui a une mission : promouvoir l'apprentissage par le jeu afin de stimuler la créativité, la coopération et la résolution de problèmes et, in fine, améliorer le monde des enfants et celui des adultes." Ainsi, 25 % des bénéfices sont réinjectés dans des projets philanthropiques à travers la planète via la Fondation Lego.

L'architecture, une passion danoise

Par ailleurs, ceci expliquant peut-être cela, le Danemark, berceau de la brique miniature, forme davantage d'architectes par rapport à sa population que n'importe quel autre pays. Le cabinet BIG, de Bjarke Ingels, a signé la Lego House, un terrain de créativité pour adultes et enfants, tandis que le campus Lego – dans l'esprit du campus Google en Californie, avec minigolf sur le toit et d'innombrables espaces récréatifs – est l'œuvre de C.F. Møller Architects. Ces deux bâtiments ont pour forme un assemblage de briques.

Le Lego Campus de Billund, au Denmark
Le Lego Campus de Billund, au Denmark

En 1999, Lego est désigné "Jouet du siècle" par le magazine américain Fortune. Mais alors que le secteur est en pleine évolution, la société plonge dans une crise existentielle et financière. "Avec les jeux électroniques et l'apparition de la PlayStation, nous avons commencé à douter, raconte l'historien Kristian Reimer Hauge. Nous nous interrogions : les enfants ont-ils encore envie de jouer aux briques ?" Le numérique les fait devenir "grands" plus tôt, tendance encore accélérée par les smartphones. "Aujourd'hui, les filles arrêtent de jouer à 9-10 ans et les garçons à 11-12 ans", pointe, à Paris, Camille Thorneycroft, directrice de la marque en France, Espagne et Portugal. Qui plus est, au tournant du siècle, la Chine multiplie les contrefaçons - ce n'est plus le cas aujourd'hui.

En réponse, Lego choisit la diversification. Mais en misant sur cette stratégie, la marque se disperse et perd son âme. Elle propose des maisons de poupées sans élément de construction, des personnages à l'échelle de Barbie, des jeux électroniques, des livres, des montres, des vêtements... Autant de domaines où Lego est incompétent. Même les modes d'emploi évoluent : aussi détaillés que ceux d'IKEA, ils ne stimulent plus assez la créativité des amateurs. Résultat ? En multipliant les axes de développement, l'entreprise augmente ses coûts de fabrication. Elle fait valser son top management, laisse filer des savoir-faire précieux, investit trop d'argent dans des projets stériles. Le chiffre d’affaires recule de 25 % et les comptes virent au rouge : 260 millions d'euros de pertes en 2004. La vente de ce fleuron du jouet est envisagée. La presse danoise se déchaîne contre Kjeld Kirk Kristiansen, le représentant de la troisième génération, devenu entre-temps PDG.

L'humilité du patron va pourtant sauver l'entreprise. Dépourvu d'ego mal placé, il reconnaît ses erreurs et, mieux encore, s'en remet à un trentenaire, Jørgen Vig Knudstorp, jeune consultant qui déboule de chez McKinsey. "Afin de retrouver le sens profond des Lego, celui-ci propose un exercice aux cadres dirigeants, raconte le journaliste économique Niels Linde. Pourquoi les Lego existent-ils ? Et que nous manquerait-il s'ils disparaissaient ? En somme, avec ces deux questions, il leur demande de rédiger la nécrologie de Lego. Qui deviendra la nouvelle stratégie de l'entreprise pour les années à venir." Et le point de départ d'une spectaculaire reconquête. Pour la mener, les Kirk Kristiansen nomment, en 2004, le jeune Knudstorp au poste de PDG. Le premier dirigeant à ne pas appartenir à la famille.

Un assortiment en perpétuel renouvellement

Agé de 35 ans seulement, le nouveau boss recentre Lego sur son cœur de métier. Baptisée "Back to basics", sa feuille de route consiste à stopper la diversification, à délocaliser la production en République tchèque, aux Etats-Unis, au Mexique, en Chine, au Vietnam - tout en conservant une grande usine au Danemark car "l'esprit Lego doit demeurer à Billund" - et à optimiser la chaîne de commercialisation. La gestion des parcs Legoland est confiée à des sous-traitants. Et l'entreprise met l'accent sur les franchises. Après le succès des Lego "Star Wars" en 1999, elle multiplie les partenariats avec Disney, Pixar, Nintendo, Universal, la Nasa, l'univers de la Formule 1 et lance des dizaines de nouveaux sets : Harry Potter, Marvel, Minecraft, Super Mario, Toys Story, le Seigneur des anneaux, Indiana Jones, Pirates des Caraïbes mais aussi Porsche, Mercedes, Ferrari, McLaren, Bugatti ou Lamborghini. "Il existe actuellement une trentaine de licences qui représentent 30 % de la gamme, indique Camille Thorneycroft. Notre assortiment est en perpétuel renouvellement : il y a aujourd'hui 860 références, dont environ la moitié sont des nouveautés des douze derniers mois."

La marque mise aussi sur les adultes. Appelés AFOL (Adult Fans of Lego), ils représentent 40 % du chiffre d'affaires et constituent une puissante communauté d'aficionados sur Instagram – 1 million de followers rien qu'en France. A l'intention de ces "kidults" - contraction de "kids" et "adultes" -, Lego multiplie les festivals et les concours, comme le grand tournoi de briques Lego en septembre dernier sur les Champs-Elysées. L'événement a réuni 1 000 participants et 256 équipes dont la mission était de construire des Arc de Triomphe en Lego.

Loin de l'idée d'origine, les Lego sont aussi devenus des objets de déco et des bibelots pour adultes, à l'instar du Titanic (135 cm de long, 680 euros), des bouquets de fleurs de la récente collection Botanicals (60 euros) ou encore du Concorde (200 euros). Le lancement de l'iconique avion supersonique s'est fait en 2023 au Lego Store de Toulouse, en présence de Jacky Ramon, ancien commandant de bord du prestigieux aéronef, qui a dédicacé une centaine de boîtes, devenues "collectors".

Détail amusant : ce pilote de ligne à la retraite a lui même transmis le virus Lego à son fils Frédéric et à sa descendance. Avec sa femme et leurs trois enfants, il a déjà visité quatre Legoland, à Orlando (Floride), Osaka (Japon), Windsor (Royaume-Uni) et bien sûr, Billund. "Une pièce entière de notre maison est dédiée aux Lego", raconte-t-il, assis par terre en train d'assembler de briques en famille dans le lobby de l'hôtel Legoland qui donne sur le parc du même nom, à Billund. "Nous favorisons ce jeu créatif et la lecture plutôt que les écrans, ajoute sa femme Lucile. Et quand on regarde un écran, c'est souvent en lien avec les Lego !", rit-elle.

Depuis la fin du Covid-19, le chiffre d'affaires du groupe Lego repart à la hausse.
Depuis la fin du Covid-19, le chiffre d'affaires du groupe Lego repart à la hausse.

Sorti en 2014, le film d'animation La grande aventure Lego a largement contribué à la conquête de nouveaux marchés, notamment en Chine où se trouve près de la moitié des plus de 1 000 magasins dans le monde - la France en compte 26. Depuis l'ouverture vers l'Asie, après des procès homériques et victorieux pour contrefaçons, les chiffres, publiés par le groupe danois ce 10 mars, sont phénoménaux. En deux décennies, le groupe a multiplié son chiffre d'affaires par onze pour atteindre la somme record de 11,2 milliards d'euros en 2025, en progression de 12 % en un an, et 2,2 milliards de bénéfices nets (+ 21 %).

Et ce n'est pas fini ! "Avec 38 % de croissance et des parts de marché en augmentation régulière, la France est actuellement le marché le plus dynamique du monde, assure Camille Thorneycroft. Et comme il n'est pas encore arrivé à maturité, nous pouvons encore progresser." Dans ses bureaux parisiens ornés d'un tableau de la Joconde en Lego, elle ajoute: "Avec l'année du centenaire en ligne de mire, en 2032, nos équipes de R&D travaillent au remplacement de 100 % des briques en plastique par des briques en matériaux renouvelables ou recyclés." La "grande aventure" continue.

© LEGO

L'aéroport international de Billund, au Danemark, dessert à la fois Legoland et le siège social de Lego, en forme de briques assemblées.

Guerre en Iran : pourquoi les producteurs russes de pétrole se frottent les mains

10 mars 2026 à 16:48

La guerre en Iran ne fait pas que des malheureux dans le secteur de l'énergie. Le prix du pétrole a dépassé les 100 dollars le baril et a atteint 114 dollars pour la première fois depuis 2022. Certains s'en tirent particulièrement bien : les producteurs de pétrole russes. Dans ce contexte de hausse spectaculaire des prix de l'or noir depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, le 28 février, leurs actions ont fortement augmenté. La capitalisation totale des géants pétroliers russes Rosneft, Lukoil, Gazprom Neft, Surgutneftegaz et Tatneft a ainsi augmenté de 1969 milliards de roubles, soit environ 21,50 milliards d'euros, rapporte Euronews, citant le Moscow Times. Les titres de Rosneft ont grimpé de 25 % en une semaine et demie, quand le prix de Lukoil a augmenté de 10,2 % et celui de Gazprom Oil de 11 %, indique ce média en ligne indépendant.

L'acheminement de l'or noir depuis les pays du Golfe est perturbé par la guerre au Moyen-Orient. En cause : la réduction du trafic à presque zéro dans le détroit d'Ormuz, au large de l'Iran et des Emirats arabes unis. Cette paralysie est une aubaine pour les producteurs de pétrole russes, alors qu'environ 20 % du pétrole mondial transite par ce détroit. La Russie ne dépend en effet pas de cet endroit si stratégique pour exporter sa production de pétrole. Moscou "est un gros exportateur de pétrole en Asie", rappelle auprès des Echos Homayoun Falakshahi, analyste chez Kpler. "Puisque les pays du Moyen-Orient exportent surtout vers l'Asie et que le détroit d'Ormuz est dans les faits fermé, Moscou est un grand bénéficiaire", analyse-t-il.

Une aubaine pour la Russie

Le Kremlin s'est réjoui de cette situation, indiquant le 6 mars que la guerre en Iran avait stimulé la demande pour les produits énergétiques russes. "Nous constatons une augmentation significative de la demande en ressources énergétiques russes en raison de la guerre en Iran. La Russie a été et reste un fournisseur fiable de pétrole et de gaz, y compris de gaz acheminé par gazoduc et de gaz naturel liquéfié", a déclaré Dmitri Peskov. Le porte-parole du président russe s'était alors exprimé au lendemain de la décision du Trésor américain d'accorder à l'Inde une dérogation de 30 jours lui permettant d'acheter du pétrole russe actuellement bloqué en mer.

La situation actuelle tranche avec celle de janvier dernier, avec des revenus pétroliers en chute libre. Il y a deux mois à peine, les producteurs de pétrole russes étaient en effet contraints de réduire leur production à la suite de la chute du prix du brut Oural à 40 dollars le baril. Le pétrole russe invendu s'accumulait sur terre et sur mer, avec 150 millions de barils stockés dans des bateaux, qui ralentissaient leur vitesse faute de clients, et 16 millions de barils stockés sur terre, occupant la moitié des capacités de stockage, relatent Les Echos.

Des sanctions pétrolières contre Moscou assouplies ?

Les sanctions européennes et américaines avaient forcé Moscou à vendre son pétrole en Asie - notamment en Inde, en Chine et en Turquie - à prix cassé. Mais, désormais, Donald Trump étudie un ensemble de mesures destinées à enrayer la flambée des prix mondiaux du pétrole en marge de la guerre en Iran. Il envisage ainsi d'assouplir les sanctions pétrolières visant la Russie, selon plusieurs sources interrogées par Reuters. Lundi 9 mars, lors d'une conférence de presse en Floride, le président américain a déclaré que son administration levait des sanctions contre certains pays dans le cadre d'efforts pour stabiliser le marché pétrolier. "Nous avons des sanctions contre certains pays. Nous allons retirer ces sanctions jusqu'à ce que le détroit (d'Ormuz)" soit utilisable, a-t-il dit, refusant de donner des précisions.

La levée des sanctions américaines sur le pétrole russe n'aura aucun impact sur la pénurie et rapportera simplement des milliards de dollars à Vladimir Poutine, explique au Moscow Times Janis Kluge, expert à l'Institut allemand d'études de sécurité internationale.

Pour les compagnies pétrolières russes, cela représente une "nette amélioration du contexte des prix", relève Vladimir Chernov, analyste chez Freedom Finance Global. Les producteurs de pétrole russes pourraient engranger des revenus supplémentaires de 8 à 10 millions de dollars par jour, améliorant directement leur trésorerie, estime Vladimir Chernov.

Le budget russe pourrait retrouver des couleurs

Le budget russe devrait lui aussi bénéficier de cette situation : les recettes liées aux matières premières pourraient atteindre 800 à 900 milliards de roubles en mars (environ 9 à 10 milliards d'euros) soit plus du double des niveaux de janvier-février, selon les prévisions d'Alfa Bank. Le budget de la Russie pour 2026 est calculé sur la base d'un prix d'environ 59 dollars par baril. Chaque hausse de 11 dollars par baril au-dessus de ce niveau retenu par la Russie dans son budget pourrait générer 28 milliards de dollars supplémentaires d'ici la fin de l'année, a rapporté le journal pro-Kremlin Izvestia. Moscou devrait donc pouvoir continuer à financer son invasion de l'Ukraine, en partie grâce à ses revenus pétroliers, moteurs de sa machine de guerre.

Si la Russie connaît une "augmentation significative" de la demande en hydrocarbures depuis le début du conflit au Moyen-Orient, selon le Kremlin, elle continue cependant de rencontrer des problèmes pour écouler ses produits sur d'autres marchés que celui de l'Asie alors que l'Union européenne a interdit les importations maritimes de pétrole brut russe en 2022. Lundi, le président russe Vladimir Poutine, ragaillardi par cette nouvelle donne, s'est dit prêt à fournir les Européens en hydrocarbures s'ils se déclarent en faveur d'une "collaboration durable et stable, dépourvue de conjoncture politique" avec Moscou…. Après avoir menacé quelques jours plus tôt l'Europe d'une coupure anticipée des livraisons de gaz.

© REUTERS/Yoruk Isik//File Photo

Les actions des producteurs de pétrole russes, comme Rosneft, ont fortement augmenté dans un contexte de hausse spectaculaire des prix du pétrole lié à la guerre en Iran.

"L'hiver a été particulièrement difficile" : en Ukraine, les entreprises résistent aux coupures d'électricité

10 mars 2026 à 16:00

Oleksandr Honchar n’a pas dormi de la nuit : Moscou a lancé une pluie de drones sur une centrale électrique de Kiev, en face de chez lui. Réveillé par les explosions, il a aussitôt consulté les caméras de surveillance de son usine, qu'il nous montre : sous l'effet du souffle, les machines vibrent, les ampoules au plafond oscillent. À 39 ans, il dirige Ideashop, une entreprise de fabrication de cosmétiques qui emploie une centaine de personnes. L’usine est située au nord de Kiev, sur la trajectoire des drones qui descendent le fleuve Dniepr depuis la Biélorussie. Ces bombardements russes obligent le chef d'entreprise à innover pour maintenir son activité sans électricité.

En cette matinée de fin février, l'entreprise d’Oleksandr tourne d'ailleurs à plein régime. La musique pop de la radio donne la cadence aux employées qui remplissent des tubes de crèmes et de shampoings. Seul l'immense générateur, de la taille d'une camionnette, ronronnant sur le parking, trahit une situation hors-norme. Car ici, comme dans la majeure partie de la capitale, le réseau municipal ne délivre l'électricité que quelques heures par jour.

"Les pertes seraient bien plus lourdes si l'on cessait de travailler"

Cet hiver, la Russie a profité des températures atteignant les -20 °C pour lancer une attaque sans précédents sur le système énergétique, détruisant 60 % des capacités de production du pays. Du 1er décembre au 28 février, Moscou a lancé plus de 14 670 bombes, 738 missiles et près de 19 000 drones, a déclaré Volodymyr Zelensky, le 1er mars, premier jour du printemps en Ukraine. "Cet hiver a été le plus difficile depuis 2022 pour les entreprises, car en plus de l’absence de courant, il fallait remédier aux coupures de chauffage", souligne Anna Derevianko, directrice exécutive de l'European Business Association, qui représente un millier de sociétés étrangères et locales, en Ukraine. Même si les températures sont plus clémentes et positives depuis début mars, les bombardements et les coupures rythment toujours le quotidien.

"Nous avons eu la chance de trouver un générateur début janvier, car le nôtre était tombé en panne", raconte l’entrepreneur. Il a acquis, grâce à un crédit à taux zéro - un programme d’Etat pour soutenir les entreprises pendant la crise énergétique - un générateur de 280 kW pour 45 000 euros — le prix pour poursuivre son activité. "Les pertes seraient bien plus lourdes si l'on cessait de travailler. Si vous ne vous adaptez pas ou si vous fermez temporairement, vous serez simplement remplacé par une boîte plus agile", poursuit le trentenaire.

L'usine n'a baissé le rideau que deux mois, en mars et avril 2022, lorsque l'offensive russe vers la capitale a été stoppée à une vingtaine de kilomètres au nord de l’usine. Récemment, Oleksandr a envisagé de délocaliser son activité à Lviv, à l'ouest du pays, même si cela signifiait repartir de zéro. Mais la zone industrielle qu'il convoitait a depuis été frappée. "Cela prouve bien que nous ne sommes en sécurité nulle part en Ukraine", lâche-t-il.

Explosion des coûts

De fait, l’ensemble du pays subit de plein fouet les conséquences de la crise énergétique. "D’un côté, les coûts de production augmentent pour les entreprises, et de l’autre, la demande se contracte, explique Natalia Kolesnichenko, économiste au Center for Economic Strategy. Les gens renoncent aux biens et services non essentiels". La Banque centrale d’Ukraine a d’ailleurs revu à la baisse sa prévision de croissance pour l'année, désormais estimée à 1,8 % contre 2 % auparavant. La situation alimente une inflation d’environ 7 % et affaiblit la compétitivité des entreprises ukrainiennes. L’hiver a été particulièrement éprouvant pour l’industrie métallurgique, grande consommatrice d’énergie et déjà fragilisée par la guerre, ses sites étant souvent situés près du front.

Bien que les entreprises aient investi des millions dans des sources d’énergie alternatives, une enquête récente de l’European Business Association révèle que quatre sociétés sur cinq ont connu d’importantes difficultés liées aux coupures. La moitié d’entre elles a dû réduire leur production, tandis que 61 % dénoncent l’explosion des coûts. "Les petites structures souffrent davantage car elles disposent de moins de moyens pour investir dans des solutions alternatives, mais les grandes entreprises doivent, elles, chauffer davantage de locaux et ont plus d’équipements énergivores", observe Anna Derevianko. "Quelle que soit leur taille, il y a une forme de sélection naturelle : soit on anticipe, soit on disparaît."

De plus en plus d’entreprises produisent désormais leur électricité, grâce à de petites centrales de génération au gaz ou à des panneaux solaires en été. Oleksandr prévoit déjà d’en acheter pour la période estivale où les coupures sont en général plus nombreuses, à cause d’une hausse de la consommation. Il réfléchit également à préparer des réserves d’eau. Volodymyr Zelensky a en effet prévenu que les infrastructures hydrauliques seraient la prochaine cible de Moscou alors que les coupures électriques et de chauffage diminuent depuis deux semaines avec l’arrivée du printemps.

Cet esprit d'anticipation, Oleksandr le cultive aussi dans son autre affaire : un café-restaurant branché du nord de Kiev, agrandi en août 2025. "Le plus difficile, c'était en 2022, lors des premières coupures : nous n'étions pas préparés", se souvient son associé Evhen Shcherbak, 37 ans. Depuis, les deux associés ont investi dans un générateur à 20 000 euros, un terminal Starlink, et ont fait enregistrer l'établissement comme "point d'invincibilité" — ces lieux où les habitants peuvent recharger leur téléphone et se réchauffer gratuitement, alors que les coupures peuvent parfois durer vingt-quatre heures. Bien que l'électricité du générateur revienne à 13-14 euros de l'heure — soit 20 à 30 % de plus que le tarif public, hors coût d'achat de l'appareil —, les deux restaurateurs ont même branché leur équipement sur l'ascenseur de l'immeuble, pour qu'il puisse fonctionner.

"Nous voulons que les gens aient l'impression qu'il existe ici un îlot de vie normale, où ils peuvent reprendre leur souffle", résume Evhen. Des DJ sets, des clubs de lecture, des dégustations de vin : la fréquentation a d'ailleurs progressé ces deux derniers mois. "Nous soutenons nos clients en leur apportant chaleur et électricité, et en venant chez nous, ils nous soutiennent en retour et nous permettent de continuer à exister", confie Oleksandr, qui a tenu à garder les portes ouvertes malgré l'érosion des bénéfices (en raison de la hausse des charges). "Je ne veux pas partir, déplacer mes entreprises — ici, c'est ma patrie. Si nous partons, que restera-t-il ? C'est précisément ce que cherche la Russie."

© Clara Marchaud

Oleksandr Honchar, 39 ans, devant les lignes de production de son usine de cosmétiques, qui fonctionnent grâce à un générateur, à Vychhorod, au nord de Kiev.

Pourquoi l'Europe est devenue le principal importateur d'armes au monde

10 mars 2026 à 13:19

Le monde se réarme et les plus gros acheteurs d'armes sont… les Européens. L'Europe est devenue le principal importateur d'armes au monde au cours des cinq dernières années, d'après les données publiées lundi 9 mars par l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Selon ce rapport, les pays européens ont plus que triplé leurs importations d'armes entre 2021 et 2025 par rapport à la période 2016-2020 : l'Europe a ainsi représenté 33 % des importations mondiales, contre 12 % au cours de la période quinquennale précédente.

Cet institut international indépendant fondé en 1966 compare les tendances sur cinq ans car des livraisons dans le cadre de contrats importants peuvent fausser les chiffres annuels. Le volume des flux mondiaux d'armes a augmenté de 9,2 % entre 2021 et 2025 par rapport aux cinq années précédentes, indique également le Sipri. L'augmentation des flux mondiaux est la plus importante depuis 2011-2015, relève-t-il dans son rapport.

Les Etats-Unis, premier fournisseur mondial d'armes, représentent 42 % du total des transferts internationaux sur la période 2021-2025, contre 36 % entre 2016 et 2020. Ces cinq dernières années, les Américains ont exporté des armes vers 99 Etats, dont 35 en Europe. Pour la première fois depuis deux décennies, la plus grande part des exportations américaines est allée à l’Europe (38 %), devant celle du Moyen-Orient (33 %). "La forte augmentation des flux d'armes vers les Etats européens a fait grimper les transferts mondiaux d'armes de près de 10 %", indique Mathew George, directeur du programme de transferts d'armes du Sipri, cité dans un communiqué de cet institut.

Des livraisons d'armes à l'Ukraine, mais aussi…

Cette augmentation des flux mondiaux d'armes est due en partie à la hausse des transferts vers l'Ukraine, qui a reçu 9,7 % de l'ensemble de ces transferts sur la période 2021-2025. Au-delà de l'aide apportée à l'Ukraine pour se défendre contre la Russie, les menaces que font peser Moscou, aggravées par les incertitudes quant à l'engagement des Etats-Unis à défendre leurs alliés européens, ont stimulé la demande d'armes des Etats membres européens de l'Otan. Les pays européens cherchent ainsi à reconstruire leurs propres armées après des décennies de sous-investissement. "Les livraisons à l'Ukraine depuis 2022 en sont le facteur le plus évident, mais la plupart des autres Etats européens se sont également mis à importer beaucoup plus d'armes afin de renforcer leurs capacités militaires face à la perception d'une menace accrue de la part de la Russie", analyse Mathew George. Les pays européens ont continué à accroître leurs achats d'armes américaines, en particulier d'avions de combat et de systèmes de défense aérienne à longue portée.

Après l'Ukraine, la Pologne et le Royaume-Uni sont les plus grands importateurs européens ces cinq dernières années. Près de la moitié des armes transférées aux Etats européens proviennent des Etats-Unis (48 %), suivis de l'Allemagne (7,1 %) et de la France (6,2 %). En dépit de la volonté affichée de l'Europe de devenir plus autonome, les transferts entre pays européens ne représentent qu'un cinquième des flux dans la région.

La France tient son rang, l'Italie fait un bond

La France est le deuxième plus grand fournisseur mondial d'armes majeures en 2021-2025, représentant 9,8 % des exportations mondiales. Ses exportations d'armements ont progressé de 21 % entre la période 2016-2020 et la période 2021-2025, relève le Sipri. Paris a exporté vers 63 Etats. Les parts les plus importantes sont destinées à l'Inde (24 %), l'Egypte (11 %) et la Grèce (10 %). Les exportations françaises ont plus que quintuplé vers l'Europe, mais près de 80 % d'entre elles continuent encore de se faire en dehors de la région, relève le Sipri. La France n’est pas le seul pays à exporter hors Europe. Comme le précise Katarina Djokic, chercheuse au sein du programme Transferts d'armes du Sipri, "les plus grands fournisseurs européens ont parallèlement continué d'exporter la majeure partie de leurs armes hors Europe".

L'Allemagne a pour sa part dépassé la Chine et devient le quatrième plus grand exportateur mondial d'armes ces cinq dernières années, représentant 5,7 % des exportations mondiales. Près d'un quart des exportations de Berlin (24 %) sont destinées à l'Ukraine sous forme d'aide et 17 % à d'autres Etats européens. Un autre pays progresse dans le classement, relève le Sipri : l'Italie. Les exportations d'armes de Rome ont ainsi augmenté de 157 %, passant du dixième rang en 2016-2020 au sixième rang en 2021-2025.

La Russie est en revanche le seul des dix premiers pays mondiaux exportateurs d'armes à avoir vu ses exportations baisser. Les ventes d'armes de Moscou, troisième exportateur mondial, ont ainsi chuté de 64 % en volume en 2021-2025 par rapport aux cinq années précédentes, réduisant sa part mondiale des exportations de 21 % en 2016-2020 à 6,8 % en 2021-2025.

© REUTERS

L'Europe est devenue le principal importateur d'armes au monde au cours des cinq dernières années, d'après les données publiées le 9 mars 2026 par le Sipri (Ici, un avion militaire français Airbus 1400M durant les exercices Orion, le 10 février 2026).

"Les polémiques à Paris nous ont beaucoup amusés" : Copenhague, ce modèle de propreté qui s'exporte

10 mars 2026 à 12:00

Les 15 et 22 mars, les Français votent aux municipales. L'occasion pour L'Express de sélectionner chez nos voisins des idées innovantes, des concepts pertinents et des dynamiques vertueuses pour améliorer notre quotidien. Tour d'Europe des villes qui doivent nous inspirer, et surtout inspirer nos nouveaux élus.

EPISODE 1 - Ces villes qui doivent nous inspirer : Munich, le mariage réussi de la Silicon Valley et de l'huile de moteur

EPISODE 2 - Comment Vienne est devenue un petit paradis pour les seniors et les locataires

EPISODE 3 -Londres, un modèle pour la sécurité ? Sa recette miracle pour faire baisser le crime

Pas une franche rigolade, mais des éclats de rire discrets, politesse danoise oblige. L'été dernier, les habitants de Copenhague ont regardé avec attention les Parisiens enfiler leurs combinaisons, prélever des échantillons d'eau et s'inquiéter des maladies de peau avant de se baigner, pour la toute première fois, dans la Seine. "Ici, tout le monde se jette dans le port sans se poser de questions, tant la qualité de l'eau est bonne depuis des années, sourit Natalie Gulsrud, spécialiste d'aménagements urbains à l'Université de Copenhague. Toutes ces polémiques à Paris ont été très amusantes à suivre."

Depuis quinze ans déjà, la capitale danoise a modernisé ses systèmes d'égouts et a investi massivement dans ses stations d'épuration, afin de débarrasser les cours d'eau de la ville de leurs principaux polluants. Des "green" kayaks sont à disposition gratuitement pour tous ceux qui sont prêts à ramasser quelques ordures en échange, même si plusieurs visiteurs se sont plaints de devoir pagayer de (trop) longues minutes avant de trouver le moindre détritus à collecter.

La qualité impeccable du port reflète la réussite sanitaire d'une ville, numéro 1 mondial de la qualité de vie selon le baromètre 2025 de The Economist Intelligence Unit. "Ce classement reflète des choix politiques et de planification qui ont façonné la ville au fil des décennies, souligne Rikke Holme-Petersen, directrice de la communication de Wonderful Copenhagen : une infrastructure cyclable étendue, la purification des eaux du port pour permettre la baignade en toute sécurité, l'accès à la nature, un fort accent mis sur la conception de la ville pour faciliter le quotidien et une scène gastronomique reconnue mondialement." Mais la cité danoise, qui rassemble 1,4 million d'habitants, cherche toujours à briller davantage.

Copenhague a déjà investi plus de 300 millions d'euros ces dix dernières années pour étendre ses pistes cyclables, atteignant le chiffre impressionnant de 382 kilomètres de voies réservées aux vélos. Résultat, c'est le moyen de transport plébiscité par 62 % des habitants, avec 750 000 vélos en circulation chaque jour ! "A Copenhague, nous avons longtemps lutté pour créer de l'espace pour les gens, ce qui a créé une culture du compromis entre les disciplines et les agences afin de réaliser cet objectif, soutient Natalie Gulsrud, qui pilote un consortium de quinze institutions publiques et privées cherchant des solutions innovantes pour la capitale danoise. C'est une leçon qui peut être appliquée à toutes les villes, et Copenhague affronte encore des défis majeurs : l'idée de supprimer des places de stationnement est un enjeu très polarisant, qui était au cœur de nos élections municipales en novembre et qui reste contesté aujourd'hui. La plupart des gens ne se préoccupent pas du stationnement, jusqu'au jour où l'on menace de leur retirer leur propre place de parking..."

Sur ce plan, l'universitaire se dit impressionnée par les efforts de Paris ces cinq dernières années, avec une place faite aux forceps pour les vélos. "A Paris, cette immense ville, l'échelle est tout autre qu'à Copenhague, dont la taille est naturellement adaptée aux modes de transport 'doux'... Votre approche politique a créé une véritable vague de changements !"

CopenPay, une révolution touristique

Davantage adepte du compromis et de la douceur, la municipalité de Copenhague a lancé CopenPay en 2024, une initiative verte qui a rapidement fait les gros titres de la presse mondiale. Le principe ? Offrir des récompenses aux touristes (visites de musées, déjeuners, cafés, etc.) en échange d'actions positives pour le climat ou pour la propreté de la ville : ramasser les ordures, nettoyer une plage, se balader à vélo ou simplement arriver en train à Copenhague. "L'idée est attrayante, festive et surtout elle permet aux touristes d'avoir une attitude responsable et de se montrer solidaires de ceux qui vivent sur place", félicite Natalie Gulsrud. A l'heure du surtourisme et des manifestations de riverains excédés par ses excès, à Barcelone ou à Venise, CopenPay vise aussi à réconcilier les citoyens européens avec leurs touristes.

L'expérience repose avant tout sur la confiance, puisque aucune preuve de leurs bonnes actions n'est exigée des touristes. Une particularité danoise : dans une étude de 2019, des économistes avaient laissé traîner 17 000 portefeuilles dans des villes, partout dans le monde. Au Danemark, 80 % des portefeuilles avaient été ramenés à leurs propriétaires ! "Il est évident qu'il existe à Copenhague une culture très forte de protection et de sauvegarde des espaces publics, juge Rikke Holme-Petersen, de Wonderful Copenhagen. CopenPay s'appuie sur des caractéristiques qui font déjà partie de la vie quotidienne ici, telles qu'une culture de la confiance élevée, de fortes habitudes de cyclisme et une volonté générale de contribuer positivement à la communauté."

Avec déjà plus de 30 000 participants et des centaines de destinations intéressées par le concept, le succès fut tel que la ville a développé DestinationPay pour exporter l'initiative à l'étranger. "Nous pensions lancer une petite expérience locale et jamais nous n'aurions espéré un tel niveau d'intérêt mondial, raconte Rikke Holme-Petersen. Dès la première édition, plus de cent destinations touristiques nous ont contactés pour en apprendre davantage sur notre modèle et développer leur propre version de CopenPay. Cela montre que de nombreux endroits cherchent de nouveaux moyens d'encourager les visiteurs à adopter un comportement plus éveillé et conscient des enjeux." De plus, l'initiative ne coûte presque rien aux finances publiques, les récompenses étant à la charge des entreprises locales partenaires.

Dès cet été, BerlinPay sera inauguré dans la capitale allemande afin de mettre en valeur ses activités maritimes et, en France, la région Normandie est sur les rangs pour développer son propre modèle de participation touristique à la danoise. Sans aucune moquerie de Copenhague cette fois.

© Giuseppe Liverino/Wonderful Copenhaguen

Copenhague a installé 382 kilomètres de pistes cyclables ces dernières années, encourageant 750 000 vélos à circuler dans la capitale danoise chaque jour.

Guerre en Iran : ces premiers signes de frictions entre les Etats-Unis et Israël

10 mars 2026 à 10:20

Le conflit au Moyen-Orient est entré dans sa 11e journée ce mardi 10 mars. Israël poursuit ses opérations contre le Hezbollah au Liban, tandis que l'Iran prévient que la guerre n'est pas finie, après des déclarations de Donald Trump selon lesquelles la guerre contre l'Iran allait "se terminer bientôt", et est "quasiment finie", sans évoquer d'échéance précise. Si, officiellement, les Etats-Unis et Israël travaillent ensemble, main dans la main, avec un partage des opérations, en coulisses, cette bonne entente commence à se fissurer.

Lundi, Donald Trump a dit vouloir une victoire "totale", sans en définir les conditions. Depuis le début du conflit, le président américain tient des propos contradictoires sur les objectifs de Washington et les raisons pour lesquelles cette campagne militaire a été lancée. Le dirigeant ne semble pas avoir de stratégie claire de sortie du conflit, donnant l'impression d'une improvisation au fil des événements. Le changement de régime n'est pas vraiment une priorité pour lui. Le président américain verrait sans doute d'un bon œil un scénario à la vénézuélienne, c'est-à-dire travailler avec des cadres du pouvoir en place bienveillants à l’égard de Washington, plutôt que de faciliter un véritable changement de régime.

A contrario, Israël a de son côté dit vouloir entraîner la chute du système théocratique iranien et a promis, avant même qu'il ne soit désigné, de faire du successeur d'Ali Khamenei une cible. "Nous avons un plan méthodique, avec de nombreuses surprises, pour éradiquer le régime et permettre le changement", a affirmé samedi le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.

"Plus la guerre va durer…"

Signe des divergences, Donald Trump a affirmé la semaine dernière que la plupart des responsables iraniens auxquels pensait Washington pour diriger le pays à la fin de la guerre étaient décédés. "La plupart des personnes auxquelles nous pensions sont mortes [...] Et maintenant, nous avons un autre groupe [de dirigeants]. Ils sont peut-être décédés aussi [...] Bientôt, nous ne connaîtrons plus personne", a déclaré le président américain, semblant ainsi se démarquer d'Israël quant à l'après-Khamenei.

Entre le jusqu'au-boutisme d'Israël, décidé à éradiquer pour de bon le régime islamique iranien, et les contraintes économiques et politiques entraînées par ce conflit qui pèsent et pèseront de plus en plus sur les Etats-Unis, les deux belligérants vont avoir du mal à rester alignés, relève Les Echos.

Les Etats-Unis ont sans doute moins intérêt qu’Israël à un long conflit, étant donné les répercussions économiques qui se font déjà sentir. "Au fur et à mesure que le temps avance, le coût politique et économique de cette guerre va augmenter pour Donald Trump et les divergences avec Israël vont croître. Parce qu'Israël voit ici l'opportunité d'une génération de se débarrasser de la République islamique, alors que, pour les Etats-Unis, le poids de cette guerre ne va cesser de croître", estime auprès des Echos Kristina Kausch, directrice adjointe pour l'Europe au German Marshall Fund.

Washington opposé aux frappes sur un dépôt de carburant

L'administration Trump se serait aussi offusquée auprès de son allié des frappes israéliennes ayant visé durant le week-end des dépôts de carburant à Téhéran, rapporte le média américain Axios. L'attaque - dont a été informé en amont Washington - avait enveloppé la capitale iranienne d'un épais nuage de fumée toxique provoqué par les incendies. Des responsables américains ont été surpris par l'ampleur de ces frappes et ont fait part de leur étonnement à leurs homologues israéliens. "Nous ne pensons pas que c'était une bonne idée", a confié un haut responsable américain à Axios. "Le président n'aime pas cette attaque. Il veut garder le pétrole. Il ne veut pas le voir brûler. Et ça rappelle aux gens des prix de l'essence plus chers", a indiqué un conseiller de Donald Trump à ce média.

Interrogé par la presse ce mardi sur ces divergences, Pete Hegseth, secrétaire américain à la Défense, s'est contenté de répondre que "nos frappes suivent nos objectifs" et que "leurs frappes suivent leurs objectifs".

Sur le plan intérieur, le coût politique de ces opérations pourrait peser sur la Maison-Blanche, tant les Américains, y compris les électeurs Maga de Donald Trump, sont circonspects face à cette nouvelle guerre. Sept soldats américains ont trouvé la mort, tandis que les bombardements des Etats-Unis et d'Israël ont tué au moins 1 332 civils iraniens et blessé des milliers d'autres, selon l'ambassadeur d'Iran auprès de l'Onu. Un sondage Quinnipiac publié lundi révèle qu'une majorité d'Américains (53 %) s'oppose à l'intervention militaire en Iran et que 44 % estiment que les Etats-Unis soutiennent trop Israël. L'engagement américain dans une nouvelle guerre, à huit mois des élections législatives de mi-mandat cruciales en novembre, pourrait être sanctionné dans les urnes.

© REUTERS/Jonathan Ernst

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou semblent avoir quelques divergences sur la guerre en Iran qu'ils ont déclenchée.

Iran: la Maison-Blanche assure que la marine américaine n’a pas escorté de pétrolier à travers le détroit d’Ormuz

10 mars 2026 à 19:46

Le président américain Donald Trump a déclaré lundi aux journalistes que la guerre au Moyen-Orient était "quasiment finie", au lendemain de la désignation en Iran de Mojtaba Khamenei comme nouveau guide suprême de la Révolution islamique, en remplacement de son père, l'ayatollah Ali Khamenei, assassiné au premier jour de la campagne militaire israélo-américaine.

Donald Trump s'est dit "déçu" du choix de Téhéran, qui peut être perçu comme un signal de défi à l'égard des Etats-Unis, déplorant que cela "entraîne plus ou moins les mêmes problèmes" en Iran. Il avait exprimé sa volonté d'être impliqué dans la désignation du nouveau dirigeant iranien, désireux que celui-ci soit conciliant avec Washington et Israël. Reste que les commentaires du président américain à propos de la fin imminente de la guerre ont provoqué un relâchement sur les marchés pétroliers et financiers, alors que le prix du baril avait dépassé dimanche le seuil des 100 dollars pour la première fois depuis 2022.

L'Iran a affiché lundi son soutien à Mojtaba Khamenei, la presse officielle diffusant des images montrant des foules rassemblées dans plusieurs villes pour saluer le nouveau guide suprême, avec des drapeaux iraniens et des portraits d'Ali Khamenei brandis. L'armée iranienne a pour sa part déclaré qu'elle allait intensifier ses attaques de missiles. Donald Trump a dit lundi vouloir une victoire "totale", sans expliquer précisément ce que cela signifiait. Il a effectué par le passé des commentaires contradictoires sur les objectifs de Washington et les raisons pour lesquelles cette campagne militaire a été lancée. Israël dit vouloir entraîner la chute du système théocratique iranien et a promis d'abattre le successeur d'Ali Khamenei avant même que celui-ci ne soit désigné.

Les bombardements des Etats-Unis et d'Israël ont tué au moins 1 332 civils iraniens et blessé des milliers d'autres, selon l'ambassadeur de l'Iran auprès de l'Onu. Les autorités du Liban ont fait état de plus de 400 personnes tuées dans les frappes israéliennes, qui ont également déplacé près de 700 000 personnes. En Israël, 11 personnes ont été tuées dans les attaques iraniennes.

Les infos à retenir

⇒ Donald Trump menace de frapper l'Iran "beaucoup plus fort" en cas de blocage du pétrole

⇒ Emmanuel Macron convoque un nouveau Conseil de défense mardi à 18h30

⇒ Les Gardiens de la révolution disent avoir ciblé une base américaine au Kurdistan irakien

19h35

La Maison Blanche affirme que les prix du pétrole baisseront lorsque les objectifs de sécurité nationale seront atteints en Iran

La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré ce mardi aux journalistes que les Américains verraient les prix du pétrole et du gaz "chuter rapidement" une fois que les objectifs de sécurité nationale de l'armée américaine seraient "pleinement atteints" en Iran.

19h30

L'armée américaine n'a escorté aucun navire dans le détroit d'Ormuz, selon un responsable

L'armée américaine n'a jusqu'à présent escorté aucun navire à travers le détroit d'Ormuz, a déclaré ce mardi un responsable américain à Reuters, après que le secrétaire américain à l'Énergie, Chris Wright, a publié puis supprimé un tweet indiquant que la marine américaine avait escorté un pétrolier à travers le détroit.

19h25

Un Conseil de défense en cours à l'Elysée

Emmanuel Macron préside en ce moment même un Conseil de défense et de sécurité nationale à l'Elysée.

18h30

Les ambassadeurs de l'Otan rencontreront leurs partenaires du Golfe la semaine prochaine

Les ambassadeurs des 32 pays membres de l'Otan prévoient de rencontrer des représentants du Golfe la semaine prochaine pour discuter de la guerre en Iran et des tensions régionales, ont déclaré trois diplomates européens à l'agence Reuters.

Les ambassadeurs devraient s'entretenir avec leurs homologues du Bahreïn, du Koweït, du Qatar et des Emirats arabes unis, ont indiqué les diplomates.

18h25

La marine américaine a escorté un pétrolier dans le détroit d'Ormuz

Le secrétaire américain à l'Energie, Chris Wright, a déclaré ce mardi que la marine américaine a escorté avec succès un pétrolier à travers le détroit d'Ormuz "pour garantir que le pétrole continue d'affluer vers les marchés mondiaux".

17h20

L'Ukraine envoie des experts en défense aérienne dans plusieurs pays du Golfe

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré ce mardi que Kiev avait envoyé des experts en défense aérienne au Qatar, en Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis en raison des attaques aériennes iraniennes contre ces pays.

Lors d'une séance de questions-réponses avec le président sur WhatsApp, son conseiller en communication a également indiqué aux journalistes que des spécialistes ukrainiens avaient été déployés sur une base militaire américaine en Jordanie, sans donner de détails.

16h10

Un étranger accusé d'espionnage arrêté en Iran

Le ministère iranien du renseignement a arrêté un ressortissant étranger qui, selon lui, menait des activités d'espionnage pour le compte des Etats-Unis et d'Israël, et agissait comme intermédiaire pour deux pays du Golfe, ont rapporté ce mardi les médias d'Etat citant le ministère.

Le ministère a également indiqué avoir arrêté 30 espions, mercenaires internes et agents opérationnels israéliens et américains au cours des derniers jours.

15h35

Israël ne cherche pas une guerre sans fin avec l'Iran, selon son ministre des Affaires étrangères

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, a déclaré ce mardi qu'Israël ne cherchait pas une guerre sans fin avec l'Iran et qu'il se coordonnerait avec les Etats-Unis sur le moment de mettre fin au conflit.

"Nous consulterons nos amis américains lorsque nous jugerons le moment opportun. Nous ne souhaitons pas une guerre sans fin", a-t-il déclaré aux journalistes à Jérusalem, refusant de préciser quand le conflit pourrait prendre fin.

14h55

L'OMS met en garde contre les risques sanitaires liés aux "pluies noires" en Iran

L'Organisation mondiale de la santé a averti ce mardi que la "pluie noire" qui s'abat sur l'Iran après les frappes sur les installations pétrolières pourrait provoquer des problèmes respiratoires, et elle a soutenu l'avis de l'Iran exhortant les gens à rester à l'intérieur.

L'agence sanitaire des Nations unies, qui dispose d'un bureau en Iran et collabore avec les autorités en cas d'urgences sanitaires, a indiqué avoir reçu de nombreux signalements de pluies chargées de pétrole cette semaine. Lundi, Téhéran était étouffée par une épaisse fumée noire après le bombardement d'une raffinerie, marquant une escalade des frappes contre les infrastructures énergétiques iraniennes dans le cadre de la campagne américano-israélienne.

"Les pluies noires et les pluies acides qui les accompagnent constituent effectivement un danger pour la population, principalement sur le plan respiratoire", a déclaré le porte-parole de l'OMS, Christian Lindmeier, lors d'une conférence de presse à Genève.

14h45

Un ministre iranien affirme que le détroit d'Ormuz connaîtra soit la paix, soit la défaite

Le détroit d'Ormuz sera soit un détroit de paix et de prospérité pour tous, soit un détroit de défaite et de souffrance pour les "bellicistes", a déclaré le chef de la sécurité iranienne Ali Larijani dans un message publié sur X ce mardi.

Cette voie de transit pétrolière vitale est quasiment fermée depuis que des navires dans la région ont été touchés par des frappes iraniennes suite aux attaques américaines et israéliennes contre la République islamique. Téhéran a menacé de bloquer cette voie navigable étroite en réponse à toute attaque.

13h19

L'armée américaine frappe des navires iraniens poseurs de mines

Le plus haut gradé de l'armée américaine a déclaré mardi que les États-Unis menaient des frappes contre des navires iraniens poseurs de mines. La guerre a effectivement bloqué le détroit d'Ormuz, point de passage stratégique pour le transport mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié, empêchant les pétroliers de naviguer pendant plus d'une semaine et forçant les producteurs à interrompre le pompage à mesure que les capacités de stockage se remplissent.

"Le commandement central américain poursuit aujourd'hui ses opérations de traque et de neutralisation des navires poseurs de mines et des installations de stockage de mines", a déclaré aux journalistes le général Dan Caine, chef d'état-major interarmées .

Dan Caine a ajouté qu'au cours des dix premiers jours de la campagne contre l'Iran, les États-Unis avaient coulé ou détruit plus de 50 navires de guerre.

Le président américain Donald Trump a menacé lundi d'intensifier la guerre contre l'Iran si ce pays bloquait les livraisons de pétrole en provenance du Moyen-Orient, tout en prédisant une fin rapide du conflit.

13h11

Mardi sera "le jour le plus intense de frappes" contre l’Iran, prévient Pete Hegseth

Ce mardi sera la journée de frappes la plus intense contre l'Iran jusqu'à présent, a déclaré le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth lors d’une conférence de presse conjointe avec le chef d’état-major de l’armée américaine, Dan Caine, au Pentagone. Mardi verra "le déploiement du plus grand nombre d'avions de chasse et de bombardiers contre l'Iran".

Pete Hegseth a ajouté qu'au cours des dernières vingt-quatre heures l'Iran avait tiré son plus faible nombre de missiles depuis le début de la guerre.

11h04

Plus de 667 000 personnes déplacées au Liban

Plus de 667 000 personnes sont désormais enregistrées comme déplacées au Liban, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR), soit une augmentation de 100 000 personnes en un jour. Près de 120 000 personnes ont trouvé refuge dans des abris du gouvernement, ajoute l'HCR, citant les chiffres des autorités libanaises.

"Beaucoup d'autres sont restés avec des proches ou des amis ou sont toujours à la recherche d'un endroit. Nous voyons des fichiers de voitures le long des routes avec des gens dormants dedans ainsi que sur les trottoirs", a déclaré Karolina Lindholm Billing, la représentante de l'HCR au Liban.

10h20

Emmanuel Macron convoque un nouveau Conseil de défense à 18h30

Le chef de l’Etat a convoqué un nouveau Conseil de défense et de sécurité nationale mardi soir à 18h30 "sur la situation en Iran et au Moyen-Orient", a annoncé l’Elysée.

10h18

La Russie est la seule gagnante de la guerre au Moyen-Orient, affirme Antonio Costa

La Russie est jusqu'à présent la seule gagnante de la guerre au Moyen-Orient, alors que les prix de l'énergie montent en flèche et que l'attention portée à sa guerre contre l'Ukraine s'est estompée, a déclaré mardi le président du Conseil européen, Antonio Costa. "Jusqu’à présent, il n’y a qu’un seul vainqueur dans cette guerre : la Russie", a déclaré Costa lors d’un discours prononcé devant les ambassadeurs de l’UE à Bruxelles.

"Avec la hausse des prix de l’énergie, le pays se procure de nouvelles ressources pour financer sa guerre contre l’Ukraine. Il profite du détournement de moyens militaires qui auraient pu être envoyés en soutien à l’Ukraine. Et il bénéficie du désintérêt croissant pour le front ukrainien, le conflit au Moyen-Orient occupant le devant de la scène."

Antonio Costa a souligné la nécessité pour l'UE de protéger l'ordre international fondé sur des règles, qui, selon lui, est désormais remis en cause par les États-Unis, et pour toutes les parties au Moyen-Orient de retourner à la table des négociations. "La liberté et les droits de l'homme ne peuvent être obtenus par les bombes. Seul le droit international les garantit", a-t-il déclaré. "Nous devons éviter toute nouvelle escalade. Une telle voie menace le Moyen-Orient, l'Europe et bien au-delà."

09h15

Benyamin Netanyahou assure qu'Israël "brise les os" du pouvoir iranien

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a répété que le but de la guerre était par Israël de renverser le régime en place. "Notre aspiration est d'amener le peuple iranien à se libérer du joug de la tyrannie", a-t-il déclaré dans un communiqué publié par son bureau.

"A la fin, cela dépend d'eux. Mais il ne fait aucun doute qu'à travers les actions que nous avons exercées jusqu'ici, nous brisons leurs os, et notre main continue d'agir."

09h13

Les Bourses européennes ouvrent en nette hausse

Les Bourses européennes ouvrent en nette hausse à la faveur d'une réponse de près de 10 % des cours du pétrole au lendemain de leur flambée à plus de 100 dollars le baril. A Paris, le CAC 40 progresse de 1,68 % et l'indice paneuropéen Stoxx 600 avance de 1,87 %.

09h06

L'Iran dit avoir visé des raffineries et des entrepôts de pétrole à Haïfa en Israël

L'armée iranienne dit avoir visé des raffineries et des entrepôts de pétrole à Haïfa en Israël à l'aide d'une attaque de drones en représailles aux attaques sur des dépôts pétroliers en Iran, rapporte l'agence de presse iranienne Tasnim.

09h01

Israël en avance sur ses objectifs militaires, assure l'ambassadeur d'Israël en France

Israël est en avance sur son calendrier pour atteindre ses objectifs de guerre en Iran, comme l'affaiblissement des autorités afin que le peuple iranien prenne le contrôle de son propre destin, a déclaré mardi l'ambassadeur d'Israël en France, Joshua Zarka.

Au Liban, le gouvernement libanais n'est pas encore parvenu à désarmer le Hezbollah, a déclaré Zarka lors d'une interview accordée à la chaîne de télévision française BFMTV, ajoutant qu'il n'était au courant d'aucune décision d'Israël visant à négocier la fin de la guerre avec Beyrouth.

8h15

Un G7 Energie se tient à Paris, annonce Maud Bregeon

Une réunion du G7 Energie doit se tenir ce mardi, en marge du sommet international du nucléaire qui se tient à Paris, avec "un objectif de baisser les prix" du pétrole, a annoncé Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement sur France 2.

8h12

Le système Patriot américain déployé pour renforcer la défense aérienne de la Turquie

Le ministère turc de la Défense a déclaré mardi qu'un système de défense aérienne américain Patriot avait été déployé dans la province de Malatya, dans le sud-est du pays, dans le cadre des mesures prises par l'Otan pour renforcer les défenses aériennes de son allié face aux menaces de missiles liées à la guerre contre l'Iran.

La base radar de l'Otan de Kurecik, qui fournit des données vitales à l'alliance et a permis d'identifier deux missiles balistiques iraniens se dirigeant vers la Turquie, est située à Malatya. Dans un communiqué, le ministère a indiqué que la Turquie continuerait de coopérer et d'évaluer l'évolution de la situation régionale avec ses alliés de l'Otan.

08h08

Les Gardiens de la révolution disent avoir ciblé une base américaine au Kurdistan irakien

Les Gardiens de la révolution iraniens ont affirmé avoir ciblé une base américaine dans la région du Kurdistan irakien. "Le quartier général de l’armée américaine, situé sur la base aérienne de Harir dans la région du Kurdistan, a été visé par cinq missiles", ont déclaré les Gardiens dans un communiqué diffusé sur leur chaîne Telegram officielle.

08h03

Si la fermeture du détroit d'Ormuz se poursuit, les conséquences pourraient être "catastrophiques"

La fermeture du détroit d'Ormuz pourrait avoir des conséquences "catastrophiques" pour les marchés pétroliers mondiaux, a déclaré mardi le directeur général du géant pétrolier saoudien Aramco lors d'une conférence téléphonique avec les médias après la publication des résultats de la société pour 2025. "Bien que nous ayons connu des perturbations par le passé, celle-ci est de loin la plus grande crise à laquelle l'industrie pétrolière et gazière de la région ait été confrontée", a déclaré Amin Nasser.

Les Gardiens de la révolution iraniens ont déclaré mardi qu'ils n'autoriseraient pas l'exportation d'"un seul litre de pétrole" depuis le Moyen-Orient si les attaques américaines et israéliennes se poursuivaient, ce qui a incité le président Donald Trump à avertir que les États-Unis frapperaient l'Iran beaucoup plus durement si ce dernier bloquait les exportations de cette région productrice d'énergie vitale.

07h22

L'armée israélienne émet un ordre d'évacuation au sud du Liban

L'armée israélienne émet un ordre d'évacuation pour les résidents vivant au sud du fleuve Litani, au Liban, signalant une frappe imminente.

Depuis plusieurs jours, Israël bombarde le Liban, notamment au sud du pays, frontalier de l'État hébreu, et en périphérie sud de la capitale Beyrouth, considérée de longue date comme un bastion du Hezbollah, marquant une intensification des hostilités avec le mouvement chiite armé.

06h12

L'Iran exclut toute négociation avec les Etats-Unis

Il est peu probable que Téhéran renoue les négociations entamées avec Washington, a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, dans une interview diffusée lundi soir par la chaîne de télévision PBS.

Il cite l'"expérience amère" des cycles de pourparlers avec les Etats-Unis sur le nucléaire iranien, alors que des négociateurs des deux pays étaient à nouveau réunis à Genève moins de quarante-huit heures à peine avant le lancement de la campagne militaire israélo-américaine en Iran. "Après trois cycles de négociations, l'équipe américaine de négociateurs a dit elle-même que nous avions réalisé de grands progrès. Malgré tout, ils ont décidé de nous attaquer. Donc parler aux Américains n'est plus vraiment à notre ordre du jour désormais".

01h33

Donald Trump menace de frapper l'Iran "beaucoup plus fort" en cas de blocage du pétrole

Donald Trump prévient que les Etats-Unis frapperont l'Iran encore plus puissamment si Téhéran bloque les flux de pétrole dans le détroit d'Ormuz. "Si l'Iran fait quoi que ce soit qui stoppe la circulation du pétrole dans le détroit d'Ormuz, il sera frappé par les Etats-Unis d'Amérique VINGT FOIS PLUS FORT qu'il ne l'a été jusqu'à présent", écrit le président américain sur son réseau Truth Social.

"En outre, nous détruirons des cibles faciles qui rendront virtuellement impossible pour l'Iran de se reconstruire comme nation - la mort, le feu et la furie régneront sur eux", ajoute-t-il. "Mais j'espère, et je prie, que cela ne se produise pas".

01h10

Nous "déciderons de la fin de la guerre", répliquent les Gardiens de la révolution

Il appartient aux Gardiens de la révolution iranienne de "déterminer la fin de la guerre", dit un porte-parole, cité par la presse officielle iranienne.

Téhéran ne permettra à "aucun litre de pétrole" d'être exporté depuis la région si les Etats-Unis et Israël continueront leurs attaques, ajoute ce porte-parole des Gardiens iraniens. Ces commentaires interviennent après que le président américain Donald Trump a déclaré que la guerre était "quasiment finie".

© REUTERS/Amr Alfiky

Des navires bloqués dans le détroit d'Ormuz, au large de Fujairah (Émirats arabes unis), le 3 mars 2026.

Un an après la catastrophe de Fukushima, les regrets du Premier ministre Naoto Kan

10 mars 2026 à 08:00

L'Express : Dans quelles conditions avez-vous été informé des événements du 11 mars 2011 ?

Naoto Kan : Ce jour-là, je me trouvais à la chambre haute de la Diète, où j'assistais à une réunion de la commission des Comptes. Je répondais aux questions de l'opposition quand, à 14h46, le séisme a eu lieu. Tout a commencé à trembler violemment. Mon attention a été attirée par un lourd chandelier qui menaçait de tomber. Des gens se sont glissés sous les bureaux. Le président a suspendu la séance. Quand les secousses se sont arrêtées, avec mon équipe, nous sommes retournés au kantei [NDLR : bureau du Premier ministre]. J'ai immédiatement réuni la cellule de crise dans la salle prévue à cet effet au sous-sol du bâtiment. Nous étions confrontés à des problèmes de communication par téléphone portable, il a fallu déménager et nous nous sommes finalement installés dans mon bureau et dans la salle voisine. C'est de là que les premières décisions ont été prises.

Personnellement, comment avez-vous vécu les premiers jours ?

Au début, j'ai passé l'essentiel de mon temps à cet étage. J'en sortais uniquement pour me rendre dans les zones dévastées. Vous savez, pour aller du kantei à la résidence du Premier ministre, où je logeais à l'époque, il suffit de faire 110 pas. Pourtant, pendant une semaine, je ne suis pas rentré chez moi. Je dormais par épisodes, une demi-heure de temps en temps. Je n'ai quasiment pas quitté ma tenue de crise. Mon épouse, Nobuko, apportait des fruits, notamment des mikan [NDLR : sortes de mandarines], pour moi comme pour mon équipe. Elle m'a aussi aidé à retrouver d'anciens camarades d'université qui travaillent aujourd'hui dans le nucléaire. Après une semaine, je me suis rendu compte qu'aucun membre de mon équipe n'avait quitté le centre de crise : ils n'osaient pas rentrer chez eux, car je restais là. J'ai passé une courte nuit à la résidence afin de les libérer un peu.

Outre le séisme et le tsunami, la crise de la centrale nucléaire de Fukushima présentait un défi particulier...

Juste après le séisme, les barres de contrôle des réacteurs se sont automatiquement mises en place, conformément aux procédures d'urgence. Mais un peu plus tard, à cause du tsunami, le site a perdu son alimentation électrique et, peu après, tout moyen de refroidissement. Je savais ce que cela voulait dire : il pouvait y avoir une fusion du cœur. J'ai alors formé une cellule de crise spéciale. Elle réunissait des gens de la Compagnie d'électricité de Tokyo (Tepco), du ministère de l'Industrie, des différentes agences de sûreté nucléaire ainsi que le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano. Nous avions besoin d'un maximum d'informations. On ne comprenait pas bien ce qui se passait. Après la perte de l'alimentation, Tepco a demandé des camions équipés de groupes électrogènes. Comme il fallait aller vite, j'ai pensé à en envoyer par hélicoptère, mais on m'a dit que c'était impossible à cause du poids.

Comment s'est déroulée la gestion de cette crise ?

Au début, Tepco, entreprise privée, et la Nisa [NDLR : Agence de sûreté nucléaire et industrielle] ne fournissaient aucune information vraiment fiable. Pourtant, les données sur le risque de diffusion des émissions radioactives obligeaient à réagir vite. Tôt dans la matinée du 12 mars, j'ai décidé d'aller en hélicoptère à la centrale et de m'entretenir avec le directeur, Masao Yoshida, afin de me rendre compte de la réalité des problèmes. Le pire a été quand, au milieu de la nuit du 15 mars, quatre jours après le début de la crise, le ministre de l'Industrie, Banri Kaieda, m'a annoncé que Tepco envisageait d'abandonner la centrale... Le même jour, je me suis rendu au siège de l'entreprise, où j'ai rencontré les dirigeants du groupe. Là, je les ai placés devant leurs responsabilités. Je leur ai dit : "Cet accident est arrivé par votre faute. Vous devez tout faire, prendre tous les risques pour résoudre cette crise". La première semaine, la situation ne faisait qu'empirer. Nous n'avions aucune perspective. J'ai envisagé le pire : évacuer Tokyo et sa région. J'en ai fait des cauchemars. Grâce aux efforts de ceux qui ont risqué leur vie, l'accident n'a pas été aussi grave que je le redoutais et les zones d'évacuation n'ont pas dépassé 20 kilomètres.

Un an après, quelles leçons tirez-vous de la catastrophe en général ?

J'ai apprécié le calme de la population confrontée à un drame d'une ampleur unique. La police, les Forces d'autodéfense [NDLR : l'armée], les pompiers et les ouvriers de Tepco à la centrale ont accompli un travail extraordinaire. Ils n'ont pas hésité à se rendre dans les endroits les plus dangereux. Tous méritent un grand hommage. Il y a eu un séisme, un tsunami, puis un accident nucléaire. C'est un ensemble, certes, mais chaque problème présente ses caractéristiques propres. Vingt mille vies ont été perdues. A travers l'expérience du tsunami, j'ai pris conscience des limites de l'être humain face à la puissance de la nature.

Et sur l'accident nucléaire ?

C'est là que je nourris le plus de regrets : cette crise n'a pas été évitée. Si des mesures de prévention suffisantes avaient été mises en place, il n'y aurait jamais eu un tel drame. Cet accident a une cause humaine ; il faut aujourd'hui tout revoir, tout réformer, à commencer par les façons de penser et d'agir.

Sur le plan politique, vous avez tenté de former un gouvernement d'union nationale, sans succès. Comment analyser cet échec ?

Compte tenu de l'ampleur de la crise, j'avais souhaité réserver deux années à travailler avec l'opposition pour la reconstruction. Malgré toutes mes tentatives, formelles et informelles, je n'ai jamais pu rencontrer en tête à tête Sadakazu Tanigaki [NDLR : le leader du Parti libéral démocrate].

Est-ce à dire qu'il n'a pas saisi l'ampleur de la catastrophe ?

(Silence, sourire.) Le mieux serait de lui demander directement.

En quoi cette catastrophe vous a-t-elle changé ?

Mon point de vue a évolué sur le nucléaire : aujourd'hui, je comprends que, malgré tous les efforts consentis sur le plan technique, il est impossible de garantir une sécurité à 100 %. La vie de beaucoup de gens est en jeu. L'existence même du pays peut être remise en question. Pour échapper à ce risque, il n'y a qu'une solution : cesser de dépendre de cette énergie. J'ai demandé une refonte de la politique énergétique du Japon à l'horizon 2030 ; au G8 de Deauville, en France, j'ai annoncé que nous porterions la part des énergies renouvelables à 20 % de la production d'électricité d'ici au début des années 2020. Par la suite, j'ai fait adopter une loi pour soutenir leur développement. Convaincre la population que l'on peut se passer du nucléaire sans manquer d'énergie n'est pas facile. Développer les technologies liées aux énergies renouvelables est une fin en soi, et ne peut pas se résumer à un simple moyen pour faciliter la sortie du nucléaire. Une telle volonté politique signifie innover, investir, créer des emplois. De quoi contribuer au développement économique.

Restez-vous impliqué dans le développement de ces activités ?

Oui. Je rencontre des industriels et je multiplie les déplacements. A la fin de 2011, je me suis rendu en Espagne et en Allemagne. En janvier, j'étais au Danemark : le travail réalisé à Copenhague, ville tournée vers les énergies renouvelables, m'a beaucoup impressionné. Je pense m'en inspirer pour la mise au point du plan de reconstruction de Higashi-Matsushima [NDLR : département de Miyagi].

Revenons à la situation après la catastrophe. Vous avez reçu le président français Nicolas Sarkozy trois semaines après...

Oui, il est venu fin mars. J'ai beaucoup apprécié cette visite, car il fut le premier dirigeant étranger à se rendre au Japon après la catastrophe. Nicolas Sarkozy est sympathique, c'est un "nice guy" [sic]. Au G8 de Deauville, il nous a fourni une aide importante. Je l'ai remercié et le remercie encore. Cela dit, concernant le nucléaire, M. Sarkozy et moi ne partageons pas les mêmes positions. Nicolas Sarkozy promeut cette source d'énergie. Sur le plan politique, j'avoue me sentir plus proche de François Hollande.

© Kyodo/MAXPPP

Le Premier ministre japonais Naoto Kan (debout) s'exprime lors d'une réunion de la cellule de crise qui s'est tenue dans ses bureaux à Tokyo le 21 mars 2011.

L'Australie accorde l'asile à cinq footballeuses iraniennes, pour les protéger après ne pas avoir chanté leur hymne

10 mars 2026 à 07:23

L'Australie a accordé mardi 10 mars des visas humanitaires à cinq joueuses de football iraniennes qui avaient demandé l'asile, redoutant d'être persécutées à leur retour dans leur pays pour avoir refusé de chanter l'hymne national lors d'un match de la Coupe d'Asie. "Les Australiens ont été touchés par le sort de ces femmes courageuses", a déclaré le Premier ministre australien Anthony Albanese lors d'une conférence de presse à Canberra. L'annonce intervient au lendemain de l'intervention de la police pour extraire les femmes des griffes de leurs responsables au sein du gouvernement iranien. "Elles sont en sécurité ici, et elles devraient se sentir comme chez elles."

Les autorités australiennes ont identifié les joueuses comme étant Zahra Sarbali Alishah, Mona Hamoudi, Zahra Ghanbari, Fatemeh Pasandideh et Atefeh Ramezanizadeh. Elles séjournent dans un lieu tenu secret sous protection policière, ont indiqué les autorités.

Le ministre de l’Intérieur, Tony Burke, a publié sur son compte X des photos le montrant aux côtés des cinq joueuses après leur avoir accordé leurs visas. Il a indiqué que le gouvernement menait depuis plusieurs jours des discussions secrètes avec elles, tout en reconnaissant que la décision de fuir était difficile à prendre. "Même si l’offre reste valable pour les autres membres de l’équipe, il est tout à fait possible, voire probable, que toutes les femmes de l’équipe ne décident pas de saisir l’opportunité que leur offre l’Australie", a-t-il déclaré.

Last night I was able to tell five women from the Iranian Women’s Soccer team that they are welcome to stay in Australia, to be safe and have a home here. pic.twitter.com/2JQp9q9Z8W

— Tony Burke (@Tony_Burke) March 9, 2026

Anthony Albanese a précisé qu’une aide restait disponible pour les autres joueuses actuellement en Australie avec l’équipe nationale iranienne, mais qu’il leur appartenait de l’accepter. Des images télévisées ont montré plusieurs joueuses iraniennes quittant leur hôtel de Gold Coast, dans le nord-est du pays, à bord d’un bus mardi après-midi. On ignorait quelles joueuses se trouvaient dans le bus et où elles se rendaient.

Le président américain Donald Trump a félicité Anthony Albanese d'avoir autorisé les joueuses à rester, déclarant sur les réseaux sociaux que les États-Unis étaient prêts à accueillir les joueuses si l'Australie ne le faisait pas.

Qualifiées de "traîtres en temps de guerre"

Le refus des footballeuses de chanter l’hymne national a été interprété en Iran comme un acte de rébellion. Un présentateur de la télévision d’État les a qualifiées de "traîtres en temps de guerre", évoquant le "summum du déshonneur". Les inquiétudes sur leur sécurité se sont accrues après ces déclarations. Avant leur premier match contre la Corée du Sud, l’équipe avait refusé d’entonner l’hymne national. Lors de la rencontre suivante face à l’Australie, les joueuses ont finalement chanté et salué, suscitant les craintes de militants des droits de l’homme qui redoutent qu’elles aient été contraintes par des agents du gouvernement.

La campagne de l’équipe iranienne dans la Coupe d’Asie organisée en Australie a débuté au moment même où les États-Unis et Israël lançaient des frappes aériennes contre l’Iran, tuant le guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei. L’Iran a été éliminé du tournoi dimanche après sa défaite 2-0 face aux Philippines.

L'Australie a accordé des visas humanitaires d'urgence à plus de 20 membres de l'équipe féminine de cricket d'Afghanistan après le retour au pouvoir des talibans en 2021 et l'interdiction du sport féminin.

© AAP Image via REUTERS

Pour ne pas avoir entonné leur hymne lors de la Coupe d’Asie en Australie, quelques jours après le début des bombardements israélo-américains, les joueuses iraniennes pourraient être menacées d’emprisonnement.

Préférence européenne : les illusions d’un projet d’une complexité folle

10 mars 2026 à 06:00

"Acheter européen" : l’idée est révolutionnaire pour l’Union européenne, biberonnée depuis des décennies au libre-échange. Elle inspire les dernières propositions de la Commission visant à protéger l’industrie du continent des ravages de la concurrence déloyale chinoise. Le principe consiste à réserver l’argent public, qu’il soit distribué sous forme de subventions, d’aides d’Etat ou de marchés publics, aux produits fabriqués en Europe. Le projet est séduisant mais périlleux. Car plus les règles seront contraignantes, plus elles désavantageront l’économie et donc les consommateurs.

Primo, attention au risque de se tirer une balle dans le pied. Le commerce international est l’un des rares domaines où l’Union est une puissance qui compte dans le monde. Elle enregistre chaque année un excédent commercial, qui peut atteindre des montants colossaux : 150 milliards d’euros en 2024, dernière année connue. Le libre-échange enrichit les Européens. S’engager dans la voie protectionniste favorisée aujourd'hui par les Etats-Unis et la Chine, c’est risquer de tuer la poule aux œufs d’or.

Secundo, l’excès de bureaucratie nous guette, une fois de plus. Alors que la Commission d’Ursula von der Leyen n’avait ces derniers mois que le mot "simplification" à la bouche, la voilà qui met sur la table, sous l’impulsion du commissaire français, Stéphane Séjourné, un projet d’une complexité folle. Dans un monde où les chaînes de valeur sont mondiales, il va falloir définir, pour chaque produit, à partir de quel seuil celui-ci sera estampillé "made in Europe". Sont concernés dans un premier temps les automobiles, les produits à forte teneur en énergie (acier, aluminium et ciment bas-carbone, notamment) et les technologies propres (batteries électriques, nucléaire, pompes à chaleur, éoliennes, etc.). Ainsi, l’acheteur d’une automobile électrique ne pourra recevoir une subvention des pouvoirs publics que si la voiture de son choix comporte au moins 70 % de pièces européennes, hors batterie. Voilà de quoi occuper longtemps un nombre considérable de fonctionnaires.

Tertio, le texte bride l’innovation. En réservant les marchés publics et les subventions aux produits fabriqués en Europe, on conforte les positions des entreprises déjà installées et on décourage les propositions mieux disantes. Une armée qui ne s’équiperait qu’en Europe, par exemple, passerait à côté de beaucoup d'instruments pas ou peu produits en Europe. Qu’on pense aux drones, par exemple, qui sont devenus incontournables sur les champs de bataille contemporains.

Quarto, le risque inflationniste est réel puisqu’en incitant les fabricants à n’utiliser que des composants européens, on écarte des offres étrangères moins onéreuses et on renchérit le coût du produit final. Cela nuit à la productivité et la compétitivité de l’économie européenne.

Les handicaps de l’économie continentale sont bien identifiés et l’absence de préférence européenne n’en fait pas partie. Deux rapports publiés en 2024, l’un rédigé par Mario Draghi et l’autre par Enrico Letta, ont décrit les réformes nécessaires : achever le marché intérieur en levant les coûteuses barrières aux échanges qui persistent (et même parfois se renforcent) entre les Vingt-Sept, réaliser l’union des marchés de capitaux, orienter l’industrie vers des secteurs plus intensifs en haute technologie, alléger les réglementations tracassières…

En misant sur l’innovation et les incitations fiscales, la Suède est devenue depuis quelques années le numéro un européen en nombre de licornes (start-up valorisées plus de 1 milliard d’euros) par habitant. Son exemple montre que les entreprises européennes sont capables d’affronter les meilleurs groupes mondiaux, si les gouvernements acceptent de leur laisser la bride sur le cou. Les Etats membres et le Parlement européen, qui doivent maintenant se saisir du texte de la Commission, feraient bien de s’en inspirer, plutôt que de vouloir imiter la Chine communiste ou l’Amérique trumpiste en adoptant des mesures protectionnistes.

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La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le 24 février 2026.

Donald Trump juge que la guerre en Iran est "quasiment finie"

9 mars 2026 à 22:31

Le conflit débuté le 28 février dernier sur le point de s'achever ? C'est ce que le président américain Donald Trump a laissé entendre dans une interview accordée à CBS News puis lors d'une conférence de presse, ce lundi 9 mars, jugeant que la guerre en Iran est selon lui "quasiment finie" et que Washington est "bien en avance" sur son estimation initiale de quatre à cinq semaines. "Je pense que la guerre est quasiment finie. Ils (l'Iran, NDLR) n'ont plus de marine, plus de moyens de communication, plus d'armée de l'air", a déclaré Donald Trump à la chaîne de télévision américaine.

Le président américain a toutefois rejeté lors de sa conférence de presse une possible fin du conflit cette semaine, indiquant simplement qu'il se terminerait "prochainement", sans plus de précisions.

Menaces autour du pétrole

Questionné par CBS News sur le détroit d'Ormuz, le locataire de la Maison-Blanche a indiqué que des navires y circulent actuellement, mais qu'il "envisage de le contrôler". Lors de sa conférence de presse, Donald Trump a menacé de "frapper plus fort l'Iran" si Téhéran décide de bloquer l'approvisionnement en pétrole.

"Je ne laisserai pas un régime terroriste tenter de stopper l’offre mondiale de pétrole. Et si l’Iran fait quelque chose en ce sens, ils seront frappés beaucoup, beaucoup plus fort", a-t-il ainsi déclaré.

Le détroit d'Ormuz est un point de passage stratégique majeur pour le transport du pétrole à l'échelle mondiale, assurant environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié. La guerre a quasiment paralysé cette voie maritime vitale.

Concernant le nouveau Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, fils du Guide suprême assassiné, Donald Trump s'est dit face à la presse "déçu" de ce choix, estimant qu'il ne fera "qu'aggraver les mêmes problèmes pour l'Iran".

A CBS News, le président homme d'affaires a indiqué avoir une personne en tête pour diriger le pays, sans donner plus de précisions. Donald Trump a déjà déclaré ces derniers jours avoir son mot à dire dans la désignation du dirigeant iranien, ce que Téhéran a rejeté.

Coup de fil Trump-Poutine

Donald Trump s'est par ailleurs entretenu ce lundi au téléphone avec Vladimir Poutine. Les deux hommes ont évoqué la guerre en Iran et, selon le conseiller en politique étrangère du Kremlin Yuri Ushakov, le président russe a présenté des propositions pour un règlement rapide du conflit.

D'après Yuri Ushakov, qui a relaté la conversation à la presse, Vladimir Poutine "a exprimé plusieurs idées visant à une fin politique et diplomatique rapide du conflit iranien, notamment des contacts qui ont eu lieu avec des dirigeants des États du Golfe, le président iranien et des dirigeants d'autres pays".

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Donald Trump à la Maison-Blanche, le 3 mars 2026.

Thierry Breton : "Sortant des traités, l’Europe s’expose à la tempête"

9 mars 2026 à 18:00

L’heure est grave pour l’Europe. À l’Est, la guerre a refait irruption sur notre continent, tandis qu’au Sud et au Moyen‑Orient, les foyers de crise se multiplient. La compétition stratégique entre grandes puissances s’intensifie, les opinions publiques doutent, les extrêmes prospèrent. Dans cet environnement d’ouragan géopolitique, la question n’est plus seulement de savoir si l’Union "fait assez", mais si elle tient encore debout sur les fondations institutionnelles que les pères de l’Europe avaient patiemment dessinées.

Ces fondations étaient simples et robustes. Un Parlement européen pour représenter les citoyens, débattre, codécider la loi, contrôler l’exécutif. Un Conseil, où siègent les États, pour faire converger des souverainetés nationales qui restent, quoi qu’on en dise, le cœur de la légitimité démocratique en Europe. Et une Commission chargée de proposer, d’exécuter, de veiller aux traités, dans une position d’arbitre et de moteur, mais certainement pas de chef de camp. La force de ce triangle ne vient pas d’un homme providentiel ni d’une majorité partisane, mais de la séparation des rôles et de la confiance que cette séparation rend possible.

Au centre de ce dispositif, la Commission a été voulue comme une institution singulière. Ni gouvernement partisan, ni simple secrétariat administratif, elle est collégiale et indépendante. Collégiale, parce que chaque commissaire partage la responsabilité des décisions, quelle que soit sa nationalité ou son portefeuille. Indépendante, parce que chacun d’eux jure à Luxembourg d’exercer sa fonction en toute indépendance, de ne solliciter ni n’accepter d’instructions d’aucun gouvernement, d’aucun parti, d’aucun intérêt particulier, et de servir exclusivement l’intérêt général de l’Union. Ce serment implique de mettre à distance non seulement son pays d’origine, mais aussi sa famille politique et ses calculs de carrière.

Cette exigence n’est pas un fétichisme juridique. Elle répond à une question simple et brûlante : comment faire travailler ensemble, dans la durée, des États qui se méfient, des partis qui s’affrontent, des intérêts économiques qui se heurtent ? En instituant un lieu où, par construction, on cesse de parler en Français, en Polonais, en conservateur ou en écologiste, pour parler en commissaire européen. La collégialité est la traduction concrète de cette idée : personne ne gouverne seul, personne ne parle au nom de "son" camp, tous assument ensemble.

La politisation de la Commission s’accélère

C’est précisément cette architecture subtile qui se fissure aujourd’hui. Sous la pression des crises, la tentation est grande de transformer la Commission en exécutif politique à part entière, vertical, incarné, revendiquant pour lui‑même un mandat "géopolitique" que les traités n’ont jamais explicitement prévu. La personnalisation extrême de la fonction, la multiplication d’annonces unilatérales en matière de politique étrangère ou de défense, la mise en scène d’un leadership individuel relèguent le collège à l’arrière‑plan. On passe d’une institution qui décidait en silence à une sorte de quasi‑gouvernement qui occupe la scène, commente l’actualité, se projette dans la bataille politique.

Un autre point de bascule tient à la représentation extérieure de l’Union. Là encore, les textes et l’esprit sont clairs : la conduite politique de la politique étrangère et de sécurité revient au Conseil européen et au Conseil, et son incarnation quotidienne est confiée au Haut Représentant. Le seul président directement issu d’une élection à l’échelle de l’Union, celui du Parlement européen, a quant à lui une vocation naturelle à entretenir des liens politiques et symboliques avec les parlements et les dirigeants des pays partenaires.

La Commission, elle, n’a ni service diplomatique autonome ni flotte aérienne officielle : ce n’est pas un oubli, mais un choix de gouvernance. Elle représente l’Union à l’extérieur lorsqu’un mandat lui est confié – en matière commerciale, de coopération, de mise en œuvre – mais elle n’a pas été conçue pour se comporter en chancellerie politique parallèle. Lorsque la présidence de la Commission occupe l’espace médiatique de la politique étrangère au point de donner l’impression que le Conseil vient entériner a posteriori ses positions, la hiérarchie institutionnelle se renverse discrètement. L’Europe y perd en lisibilité, en légitimité démocratique, et en capacité à parler d’une seule voix.

Dans le même temps, la politisation de la Commission s’accélère. La pratique de réunions régulières de commissaires par affinité partisane, sous la houlette de familles politiques européennes, instille un doute corrosif : et si, au moment critique, la loyauté allait d’abord à la majorité partisane plutôt qu’au collège ? Peu à peu, la Commission glisse vers le modèle d’un gouvernement de coalition classique, aligné sur une majorité parlementaire, précisément ce que les pères de l’Europe avaient cherché à éviter pour préserver l’impartialité de l’exécutif communautaire. Déclarer que la Commission est "politique" ne change rien à cette réalité : elle n’est pas faite pour être le bras armé d’un camp, mais l’instrument de l’intérêt général.

L’heure est au rappel calme mais ferme des règles du jeu

Les anciens présidents qui ont sollicité un second mandat l’avaient bien compris : qu’il s’agisse de Jacques Delors ou de José Manuel Barroso, ils avaient pris soin, à la veille de leur reconduction, de ne pas s’impliquer dans la campagne des élections européennes comme des chefs de file partisans, et a fortiori de ne pas se présenter comme têtes de liste. Ils savaient qu’en se plaçant au cœur de la bataille électorale, ils auraient donné le sentiment de transformer la Commission en prise de guerre d’un camp, au risque de rompre le fil de confiance fragile qui la relie à tous les États membres et à toutes les familles politiques. Cette retenue n’était pas de la timidité politique ; c’était un choix assumé pour ne pas politiser l’institution au‑delà de ce que les traités avaient prévu.

Cette dérive n’est pas une querelle de juristes ni une querelle de personnes. Elle fragilise concrètement l’Europe dans la tempête actuelle. Quand la Commission se comporte comme un acteur diplomatique autonome, doublant ou contredisant le message des chefs d’État et de gouvernement, elle dilue la voix européenne. Quand certaines positions semblent dictées davantage par les équilibres internes d’une famille politique que par une synthèse assumée entre États membres, elle nourrit l’accusation de "deux poids deux mesures". À l’intérieur, cette politisation crée des fractures supplémentaires : les pays qui ne se reconnaissent pas dans la majorité dominante se sentent marginalisés, les forces eurosceptiques disposent d’un angle d’attaque rêvé pour dénoncer une Commission à la fois trop puissante et trop peu responsable devant les citoyens.

Face à cela, le réflexe de facilité consisterait à se dire : après tout, toutes les démocraties vivent de l’alternance, pourquoi pas l’Union ? Mais précisément, l’Union n’est pas un État. Elle repose sur une addition délicate de légitimités différentes, sur un équilibre entre le poids des peuples, celui des États, et celui d’un intérêt commun qui ne s’incarne nulle part ailleurs que dans la Commission. Casser cet équilibre, c’est réveiller toutes les méfiances, toutes les jalousies, toutes les tentations de repli national que l’intégration européenne cherchait justement à dompter.

L’heure n’est donc pas à ajouter de la confusion à la confusion. L’heure est au rappel calme mais ferme des règles du jeu. Revenir à la collégialité, ce n’est pas paralyser l’action, c’est la rendre plus solide parce que mieux partagée. Réaffirmer l’indépendance des commissaires, ce n’est pas les enfermer dans une technocratie hors sol, c’est les protéger – et nous protéger – des réflexes de camp qui fragmentent l’Union. Tenir la Commission à égale distance des gouvernements et des partis, c’est lui permettre de rester ce qu’elle doit être : la garante de l’intérêt général européen, pas l’expression d’un moment partisan ni d’un style de gouvernance.

La Commission devrait donner l'exemple

Encore faut‑il que chacun assume ses responsabilités. Les institutions élues ou représentatives – le Parlement européen et le Conseil – ne peuvent pas se contenter d’observer ces évolutions en spectateurs résignés. Il leur revient d’exercer pleinement leur pouvoir de contrôle politique, de rappeler la Commission à son rôle lorsqu’elle s’en écarte, de refuser qu’une pratique s’installe durablement en contradiction avec l’esprit des traités. C’est leur devoir, non seulement vis‑à‑vis des textes, mais vis‑à‑vis des citoyens qui les ont mandatées.

Mais la première obligation incombe à la Commission elle‑même. Gardienne des traités, elle devrait donner l’exemple plus que quiconque en matière de retenue institutionnelle, de collégialité, d’indépendance. Chaque commissaire, parce qu’il est responsable collectivement de l’ensemble des décisions du collège, porte une part de cette charge : celle de se faire entendre lorsque la ligne s’éloigne de l’intérêt général européen, de refuser les logiques de bloc partisan, de défendre la collégialité plutôt que sa propre trajectoire politique. Cette responsabilité individuelle n’existe toutefois qu’à l’intérieur du cadre de la collégialité. Et si, malgré les alertes, la dérive persiste, il existe un ultime recours, qu’il ne faut ni banaliser ni exclure par principe : celui de la démission, individuelle ou collective, pour rappeler que la loyauté première d’un commissaire va aux traités et aux citoyens européens, non à une famille politique ni à une méthode de communication.

L’ouragan qui s’abat sur l’Europe appelle un centre de gravité solide. Ce centre ne se trouvera ni dans un slogan, ni dans une figure, ni dans une couleur politique, mais dans la fidélité à ce qui a fait la force de l’Union : des institutions qui se tiennent en équilibre, un exécutif collégial et indépendant, un Parlement et un Conseil qui jouent pleinement leur rôle. Si nous acceptons que cette grammaire institutionnelle soit dévoyée au nom de l’urgence, nous affaiblirons l’Europe au moment précis où elle a besoin de toute sa cohésion. Si au contraire nous la réaffirmons avec calme et détermination, alors, malgré la tempête, l’Union pourra encore peser sur le cours de l’histoire – et ne pas se contenter de la subir.

*Thierry Breton est ancien commissaire européen au Marché intérieur, et ancien ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie.

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Thierry Breton, ancien commissaire européen au Marché intérieur.

Guerre en Iran : Emmanuel Macron dit préparer "une mission strictement défensive" pour rouvrir le détroit d'Ormuz

9 mars 2026 à 15:20

En déplacement à Chypre ce lundi 9 mars, Emmanuel Macron a dit préparer avec ses partenaires une mission "purement défensive" pour permettre la réouverture du très stratégique détroit d'Ormuz et escorter les navires transportant du pétrole et du gaz, bloqués par le conflit au Moyen-Orient.

"Nous sommes en train de mettre en place une mission purement défensive, purement d'accompagnement, qui doit être préparée conjointement avec des Etats européens et non européens, qui a vocation à permettre l'escorte de porte-conteneurs et de tankers pour rouvrir le détroit d'Ormuz, qui est essentiel au commerce international et à la circulation du gaz et du pétrole", a déclaré le chef de l'Etat depuis Paphos, où il s'exprimait aux côtés de son homologue chypriote Nikos Christodoulides. "Nous préparons cette mission avec nos partenaires. Elle a pour but d'être strictement pacifique, strictement défensive", a précisé Emmanuel Macron.

Un total de huit frégates françaises mobilisées

Le président français a aussi annoncé que la France enverra deux frégates dans le cadre de la mission navale de l'Union européenne Aspides en mer Rouge. "Nous voulons assurer la liberté de navigation et la sûreté maritime en Méditerranée orientale et en mer Rouge", a fait valoir le chef de l'Etat.

Au total, "la présence française qui se déploiera de la Méditerranée orientale, en mer Rouge et justement au large d'Ormuz, mobilisera huit frégates, deux portes-hélicoptères amphibies et notre porte-avions", le Charles de Gaulle, qui se trouve actuellement non loin la Crète, en Grèce.

Quelques instants plus tôt, Emmanuel Macron avait assuré Chypre de la pleine solidarité de la France, alors que le pays a été ciblé par plusieurs drones et tirs de missiles iraniens la semaine dernière, au début du conflit au Moyen-Orient. "Quand Chypre est attaquée, c'est l'Europe qui est attaquée", a notamment déclaré le président français.

© AURELIEN MORISSARD / PISCINE/EPA/MaxPPP

Le président français Emmanuel Macron s'exprime lors d'une réunion du Conseil national de défense et de sécurité sur la situation en Iran et au Moyen-Orient, au palais de l'Élysée, à Paris, le 1er mars 2026.

Guerre au Moyen-Orient : dans le golfe Persique, l'eau potable devient une cible stratégique

9 mars 2026 à 12:51

Nouvelle escalade dangereuse dans le golfe Persique : après les bases militaires, c’est désormais l’eau qui devient cible stratégique. Une manière de jouer avec la vie de millions de civils dans une région où les ressources en eau douce sont rares, et où chaque goutte compte. En effet, les nombreuses usines de dessalement du Moyen-Orient, qui extraient le sel de l'eau de mer, constituent la principale source d'eau potable pour des millions d'habitants de cette région aride. Visant la faille invisible, un drone iranien a frappé une usine de dessalement au Bahreïn, mettant en péril la ressource la plus vitale du Golfe, juste derrière le pétrole. L’attaque a provoqué des dégâts matériels et blessé trois personnes, a confirmé, dimanche 8 mars, le ministère de l’Intérieur bahreïni.

L'Iran n'a pas encore réagi à l'attaque, mais la veille, le ministre des Affaires étrangères du régime des mollahs, Abbas Araghchi, avait affirmé que Washington avait frappé une usine de dessalement iranienne sur l'île de Qeshm, dans le Golfe. "L’approvisionnement en eau de 30 villages est perturbé. Attaquer les infrastructures iraniennes est un acte dangereux aux graves conséquences. Ce sont les États-Unis qui ont créé ce précédent, et non l’Iran", a tancé Abbas Araghchi sur les réseaux sociaux. Un porte-parole du Commandement central américain, responsable du Moyen-Orient, a, cependant, démenti toute attaque militaire contre une usine de dessalement en Iran.

Quoi qu’il en soit, les auteurs de ces attaques savent parfaitement ce qu’ils visent. "Le Moyen-Orient concentre plus de 40 % de la capacité mondiale de dessalement, avec quelque 5 000 usines alimentant ses réseaux d’eau", rappelle le Wall Street Journal. Ces installations transforment l’eau de mer en eau douce grâce à des procédés comme l’osmose inverse, fournissant l’eau indispensable aux villes, hôtels, industries et même à une partie de l’agriculture dans l’une des régions les plus arides du globe. "Les infrastructures de dessalement figurent parmi les cibles militaires les plus vulnérables de la région : sans elles, les métropoles tentaculaires du Golfe s’effondreraient", insiste le New York Times. "C’est une menace directe pour la survie des populations civiles", ajoute Abdullah Baabood, universitaire omanais à l’université Waseda au Japon.

Les stocks d'eau pourraient s'épuiser en quelques jours

Le Bahreïn, frappé par un drone, dépend presque entièrement de ses usines de dessalement pour fournir de l’eau potable à ses 1,6 million d’habitants. Ces mêmes installations alimentent aussi Israël à hauteur d’environ 80 % de son eau potable. Au Koweït, le dessalement couvre près de 90 % des besoins, contre 86 % à Oman et 70 % en Arabie saoudite. Ce dernier, le plus vaste pays du Golfe, est mieux armé pour résister à une attaque sur ses ressources en eau que ses voisins immédiats, souligne Hussein Ibish, chercheur principal à l’Arab Gulf States Institute, cité par le Wall Street Journal. Pour des nations plus petites comme Bahreïn, en revanche, une panne prolongée de leurs usines pourrait rapidement épuiser leurs stocks, menaçant directement la vie de millions de personnes.

La menace est bien réelle. Pendant l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990-1991 et la guerre du Golfe qui s’ensuivit, les forces irakiennes ont détruit des centrales électriques et saboté des usines de dessalement en se retirant, rappelle Michael Christopher Low, directeur du Centre du Moyen-Orient à l’Université de l’Utah, interrogé par Associated Press. Simultanément, des millions de barils de pétrole furent déversés dans le golfe Persique, déclenchant l’une des plus importantes marées noires jamais enregistrées. L’immense nappe menaçait les conduites d’eau de mer utilisées par les usines de dessalement, poussant les équipes à installer en urgence des barrières flottantes pour protéger les principales installations.

Cette guerre de l’eau survient au cœur d’une semaine de tensions inédites dans le golfe Persique. Samedi 6 mars, un drone a explosé près de l’aéroport de Dubaï, forçant la suspension temporaire des vols, tandis que des projectiles ont endommagé des immeubles résidentiels dans la zone touristique de Dubai Marina. Des champs pétroliers stratégiques, tels que Berri en Arabie saoudite et Shaybah, ont également été pris pour cible par des drones, certains interceptés par les forces saoudiennes. Pour la première fois, même l’Iran a subi des frappes directes de l'armée israélienne sur des dépôts de carburant à Téhéran, entraînant des restrictions pour les automobilistes. Ces attaques révèlent la fragilité des infrastructures critiques et plongent des populations peu habituées à la guerre dans l’incertitude et la peur.

© REUTERS

De la fumée s'élève après l'interception d'un drone iranien au-dessus des tours du Bahrain Financial Harbour, qui abritent l'ambassade d'Israël, à Manama (Bahreïn), le 6 mars 2026, dans un contexte de conflit israélo-américain avec l'Iran.

Pétrole, tourisme, pénuries… La guerre au Moyen-Orient fait trembler l’économie mondiale

Imbibée de pétrole, la mèche d'une crise économique planétaire s'est allumée dans le golfe persique. Après l'attaque du 28 février menée par Israël et les Etats-Unis contre l'Iran, le cours du Brent avait augmenté de près de 30 % en cinq séances. Ce lundi 9 mars, au sortir d'un week-end émaillé de frappes sur différents dépôts autour de Téhéran, il a bondi de 16 % en une seule journée, enfonçant la barre symbolique des 100 dollars le baril. Interrogé par le Financial Times, le ministre de l'Energie qatari, Saad al-Kaabi, le voit à 150 dollars d'ici deux ou trois semaines si le trafic des tankers, mais aussi des méthaniers, dans le stratégique détroit d'Ormuz ne reprend pas. Une flambée qui, après celle de 2022 liée au déclenchement de la guerre en Ukraine, pourrait de nouveau faire vaciller des pans entiers de l'industrie mondiale. Revue de détail.

Pétrole : une prime de risque durable

Cette fois, c'est peut-être la crise de trop. De celle qui peut tout faire basculer. Pour Seqens, le chouchou français du paracétamol, la guerre en Iran a un air de déjà-vu. En 2020, au cœur de la pandémie, la France, fiévreuse, s'inquiétait des pénuries de Doliprane et découvrait éberluée l'extrême dépendance européenne aux principes actifs venus d'Asie. Dans l'urgence, il fallait investir, relocaliser, ne plus rien sacrifier sur l'autel de la souveraineté européenne. Seqens a joué le jeu, ouvert une usine flambant neuve dans l'Isère fin 2025… Et patatras, l'Iran s'est embrasé. Depuis dix jours, Gildas Barreyre, le secrétaire général de l'entreprise, refait ses calculs quasiment en temps réel. Le gaz qui fait tourner les chaudières absorbe presque 5 % de son chiffre d'affaires.

Il faut aussi prendre en compte les matières premières comme le méthanol où le benzène, des dérivés pétroliers dont les prix suivent les cours de l'or noir. En cumulant le coût des intrants et de l'énergie, ce sont 30 à 40 % des revenus de Seqens qui peuvent être impactés si la guerre se prolonge. Déjà, la facture s'est alourdie de 10 à 15 %. Impossible d'en répercuter les effets sur les clients tant la concurrence chinoise est rude. Dans la pharma, comme dans la chimie, la sidérurgie, la papeterie, les matières plastiques ou le transport de marchandises, cette nouvelle tempête rebat les cartes pour des entreprises qui avaient tout juste terminé de panser les plaies du Covid et ne savent toujours pas où la guerre commerciale de Trump va les mener.

Quelques jours après les bombardements américains et israéliens en Iran, leur impact se fait aussi sentir sur l'économie mondiale.
Quelques jours après les bombardements américains et israéliens en Iran, leur impact se fait aussi sentir sur l'économie mondiale.

L'ampleur du choc actuel dépendra évidemment de l'issue, plus ou moins rapide, du conflit. Les économistes font déjà tourner leurs modèles mathématiques. "Sur les prix du pétrole, on ne reviendra pas de sitôt à la situation antérieure car la prime de risque géopolitique va longtemps peser sur les cours", avertit Anthony Morlet Lavidalie, économiste chez Rexecode, qui table sur un prix moyen installé au-dessus de 100 dollars le baril et qui ne refluerait que modérément dans l'année, (contre 60 dollars avant le début de l'intervention militaire). A l'envolée des prix des hydrocarbures et des cours de certaines matières premières s'ajoutent les surcoûts de la désorganisation des chaînes d'approvisionnement et l'explosion des primes d'assurance. Les conséquences ? Un cercle vicieux bien connu : moins d'activité, plus d'inflation, moins de pouvoir d'achat et, en bout de course, moins de demande… Une forme de "stagflation".

Evidemment, tous les pays ne seront pas touchés de la même manière selon qu'ils sont importateurs ou exportateurs d'énergie. Selon aussi le poids de leur industrie. Pour les experts de la banque d'affaires Goldman Sachs, l'Europe centrale et orientale où l'industrie lourde est encore très puissante payerait le plus lourd tribut avec une croissance amputée de près de 0,4 % cette année, contre un impact de 0,1 % seulement aux Etats-Unis. En France, Rexecode craint désormais une récession industrielle, une progression du PIB réduite de 0,2 à 0,3 % et une inflation rehaussée de 0,7 %. Une mauvaise nouvelle pour les finances publiques alors que les retraites et une partie des prestations sociales sont indexées sur l'inflation et que certains ne manqueront pas d'appeler à un nouveau "quoi qu'il en coûte". Or, les marges de manœuvre budgétaire pour soutenir l'économie en cas de choc prolongé sont aujourd'hui plus minces qu'en 2022, pour ne pas dire inexistantes. Une différence de taille d'avec la plupart de nos voisins européens.

Le détroit d'Ormuz, casse-tête des armateurs

La nouvelle a sonné comme un coup de massue. Mais très vite, dès les premières heures de l'annonce, le 28 février, de la prise de contrôle du détroit d'Ormuz par les Gardiens de la révolution, les armateurs mondiaux se sont mis en ordre de marche pour trouver des solutions de repli. Ce point de passage situé entre l'Iran et Oman est crucial pour le commerce mondial : 20 % des volumes de pétrole et de GNL y transitent chaque année. L'Asie, particulièrement dépendante des matières premières en provenance des pays du Golfe, se retrouve en première ligne.

Et il n'y a pas que les hydrocarbures. "On oublie souvent le rôle du transport conteneurisé. Dubaï est l’une des plus grandes plateformes logistiques de transbordement au monde", rappelle Jean-Paul Rodrigue, professeur de géographie des transports à l’université A&M du Texas. Les Etats de la péninsule arabique sont particulièrement dépendants des importations de produits frais, impossibles à cultiver localement. "Les chaînes d’approvisionnement fonctionnent souvent en flux tendu, par exemple pour le poulet importé du Brésil", précise Paul Tourret, directeur de l’Institut supérieur d’économie maritime. Les stocks permettront de tenir à court terme, mais des pénuries pourraient vite apparaître.

Cette bande marine de moins de 40 km de large voit transiter chaque jour des millions de barils de pétrole.
Cette bande marine de moins de 40 km de large voit transiter chaque jour des millions de barils de pétrole.

Les armateurs s'efforcent donc de trouver la parade. "Dans le transport conteneurisé, les routes alternatives sont peu nombreuses. L’idée serait d’acheminer les marchandises jusqu’au fond de la Méditerranée ou de la mer Rouge pour ensuite rejoindre les pays du Golfe par camions", détaille Anne-Sophie Fribourg, présidente de la commission maritime de TLF Overseas, l'organisation qui représente les commissionnaires de transport. Le port de Djeddah en Arabie saoudite pourrait être une option, mais les compagnies maritimes évitent la zone depuis les attaques des Houthis en 2024. Ailleurs, la situation évolue très rapidement. "Plusieurs transporteurs ont tenté d’utiliser le port de Salalah à Oman. Mais un incident impliquant un drone a vite remis ce choix en cause", souligne Peter Sand, analyste en chef de Xeneta. Sans compter que la logistique par voie terrestre reste limitée et beaucoup plus coûteuse. "Les volumes transportés n’ont rien à voir avec ceux du transport maritime, sans même parler des contraintes de sécurité. Un navire peut transporter environ 15 000 conteneurs. Pour déplacer un volume équivalent par la route, il faudrait plus de 10 000 camions", illustre Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président de l'Ecole nationale supérieure maritime.

Pour le pétrole, les alternatives se comptent sur les doigts d'une main. "Les trois oléoducs existants ne permettent de transporter qu’environ 15 % des volumes habituellement exportés dans la région. Dans ces conditions, les marges sont minces", avance Cyrille P. Coutansais, directeur du département recherches du Centre d'études stratégiques de la Marine. Depuis les attaques au Yémen et les tensions en mer Rouge, les grandes compagnies maritimes ont déjà adapté leurs flux. "Leur modèle économique s’est progressivement ajusté à des itinéraires bis", explique Arnaud Peyronnet, chercheur associé à la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques. Selon lui, les capacités militaires iraniennes vont finir par s'affaiblir. "Des dispositifs seront alors mis en place par les Etats-Unis et leurs alliés pour sécuriser le détroit", espère-t-il. Une gageure, tant ce goulet d'étranglement, à portée de drones des côtes iraniennes, semble difficile à protéger.

Coup dur pour le tourisme dans le Golfe

Quand la guerre s’invite au paradis des influenceurs, les sourires sur TikTok se figent. Ces derniers jours, les fans de Dubaï ont appris à leurs dépens que le royaume du bling-bling n’était pas à l’abri des conflits de ce monde. En s’attaquant aux bases américaines de ses voisins du Golfe persique, l’Iran a provoqué la panique parmi les vacanciers et autres passagers en transit dans les aéroports de la région. Pluie de missiles et de drones, bateaux de croisière bloqués, espace aérien fermé… L’embrasement aura-t-il raison de l’attrait touristique de ces pétromonarchies, qui avaient tant misé sur cette source alternative de revenus, instrument de soft power ? "Il sera plus compliqué, désormais, d’affirmer que vous êtes en sécurité absolue quand vous séjournez à Abu Dhabi, au Qatar ou à Dubaï", reconnaît le patron de Voyageurs du Monde, Jean-François Rial, qui a exfiltré 250 clients naufragés en 48 heures en les orientant vers Mascate, à Oman.

Certes, "Abu Dhabi a très bien réagi en annonçant couvrir les frais des visiteurs bloqués sur son territoire", relève-t-il. Mais quels seront les stigmates de cet épisode ? Les analystes spécialisés d’Oxford Economics se sont essayés à une estimation des dommages, non négligeables. Ils anticipent une chute de 11 à 27 % du nombre d’arrivants dans la région du Moyen-Orient cette année, selon que le conflit se cantonne à moins de trois semaines ou s’étire sur deux mois. En décembre dernier, les mêmes envisageaient encore une croissance de 13 % par rapport à 2025.

Des dizaines de millions de visiteurs perdus, ce sont des dizaines de milliards de dollars de dépenses qui s’évaporent. Car au-delà des nuitées d’hôtels annulées, la désertion des touristes menace les innombrables boutiques de luxe, logées dans les malls démesurés de Dubaï ou Abu Dhabi. Au lendemain des attaques, Kering, LVMH ou Richemont ont plongé en Bourse – certes, dans une moindre mesure que les compagnies aériennes et les groupes hôteliers. "Pour certaines sociétés européennes du luxe, le Moyen-Orient représente 5 % voire 10 % des ventes, un volume limité mais qui était censé compenser le ralentissement observé aux Etats-Unis et en Chine", pointe Claudia Panseri, directrice des investissements d'UBS Wealth Management. "Ces pays faisaient partie des rares poches de croissance du secteur", confirme Olivier Abtan, consultant chez AlixPartners.

Le scénario du pire n’est pas certain. D’autant que les voyageurs ont la mémoire de plus en plus courte, constatent les professionnels, qui en ont vu d’autres. "Avant le Covid, il fallait au moins deux ans pour que le tourisme reprenne dans une zone touchée par un attentat ou une guerre. Aujourd’hui, au bout de 15 jours, c’est oublié !", assure Laurent Abitbol. Le président de Selectour et d’Havas Voyages enregistre une baisse de 25 % des réservations mais espère bien être "débordé" par la demande à l’issue de cette crise. Chez Accor, on constate des reports vers l'Egypte ou la Turquie. Mais "les pays du Golfe ont une telle force financière qu’ils seront en mesure de baisser leurs prix de 30 %, pour faire revenir les touristes en masse", veut croire Laurent Abitbol.

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La flambée du pétrole pourrait faire vaciller des pans entiers de l'industrie mondiale.

Iran : Mojtaba Khamenei, de l'ombre familiale au sommet du pouvoir

9 mars 2026 à 09:45

C’est une scène qui semble tout droit sortie d’une dystopie politique : à peine la disparition du chef actée, que déjà la succession se met en place, comme si rien ne devait vraiment changer. Il suffit de regarder Mojtaba Khamenei, 56 ans, pour avoir cette impression troublante de continuité : mêmes petits yeux noisette, même turban noir, et cet air de fausse bonhomie que lui donnent un visage rond et une barbe fournie. À 56 ans, le second fils d'Ali Khamenei succède à son père, mort dans un bombardement américano-israélien samedi 28 février. "La légitimité du sang", se réjouit le quotidien libanais Al Akhbar, proche du Hezbollah, qui voit dans cette nomination "un message de cohésion politique et militaire", selon France 24.

Mojtaba Khamenei est le seul des six fils de l’ayatollah Ali Khamenei à avoir occupé une place visible dans les sphères du pouvoir. Religieux influent, il était réputé proche des appareils sécuritaires iraniens et à la tête de vastes réseaux d’affaires hérités de son père, rappelait déjà L'Express avant sa désignation. Très lié aux Gardiens de la révolution, il supervisait le Beit, le bureau du guide suprême chargé de filtrer et de valider l’essentiel des décisions de l’État iranien. Né en 1969 à Mashhad, dans le nord-est de l’Iran, Mojtaba Khamenei voit le nouveau régime engagé, au début des années 1980, dans une guerre contre l’Irak de Saddam Hussein, et rejoint les rangs de l’armée iranienne.

À 56 ans, Mojtaba Khamenei était depuis longtemps perçu comme l’héritier politique le plus probable de son père, Ali Khamenei. Avant le vote du dimanche 8 mars, son nom circulait déjà comme favori au sein de l’Assemblée des experts, cette instance composée de 88 religieux chargée de désigner le successeur du Guide suprême. Ces dernières années pourtant, le discours d’Ali Khamenei semblait avoir évolué. Le Guide aurait fait savoir qu’il ne souhaitait pas voir son fils lui succéder, "afin que la fonction ne devienne pas héréditaire", ont confié au The New York Times des Iraniens proches du pouvoir. Une précaution loin d’être anodine : la Révolution iranienne s’est construite en opposition à la monarchie des Pahlavi. L’accession de Mojtaba Khamenei au pouvoir donne pourtant à ce principe des airs de succession dynastique.

"Un gage de continuité en pleine crise"

Quelles conséquences aura cette nomination ? Elle pourrait susciter l’ire du président américain Donald Trump, qui a affirmé, dimanche 8 mars, que Washington devrait avoir son mot à dire dans ce choix. "Le pire des scénarios serait que celui qui prend la relève soit aussi mauvais que le précédent", a-t-il martelé ces derniers jours, avant d’avertir qu’un nouveau dirigeant iranien "ne tiendrait pas longtemps" sans son aval. Jeudi 5 mars, le locataire de la Maison-Blanche avait déjà prévenu qu'il refuserait de voir Mojtaba Khamenei accéder au pouvoir, le qualifiant de "poids plume". Interrogé par le site Axios sur la possibilité que Mojtaba Khamenei succède à son père, Donald Trump n’a pas caché son scepticisme. Selon lui, le fils du Guide suprême est "un incapable" et toute tentative de le propulser à la tête de l’Iran serait "une perte de temps". Avant même l’annonce, Tel Aviv de son côté avait menacé de prendre pour cible le candidat désigné.

Pour le The New York Times, la succession du fils du dirigeant assassiné est perçue à la fois "comme un signe de défiance de la République islamique envers Israël et les États-Unis, et comme un gage de continuité en pleine crise". Sur le plan interne, cette nomination risque d’accentuer les divisions au sein d’une population déjà profondément fracturée, de nombreux Iraniens étant farouchement opposés au régime de la République islamique. Pour nombre d'entre eux, son nom est surtout associé à la répression et à la fraude électorale. "Mojtaba Khamenei est perçu comme un dur, hostile à toute ouverture politique, mais il reste extrêmement impopulaire et n’a jamais exercé de mandat électif", souligne Ali Vaez, directeur du programme Iran au centre de réflexion International Crisis Group, dans Le Figaro.

D’autres relèvent que son silence sur de nombreuses questions politiques laisse planer le doute sur sa véritable orientation idéologique. "S’il y a bien une personne capable d’amorcer une désescalade avec les États-Unis, c’est lui ; toute autre option s’exposerait à des représailles de la part de la classe dirigeante et des conservateurs", assure Abdolreza Davari, un homme politique proche de Mojtaba Khamenei, citant Mohammed ben Salman, à la tête du royaume d'Arabie saoudite, comme modèle. Ironie de l’exemple : un dirigeant tout aussi autoritaire et sanguinaire, rappelant que, pour l’Iran, rien ne semble devoir changer sous le soleil du pouvoir.

© via REUTERS

Mojtaba Khamenei, le deuxième fils du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, lors d'une visite au bureau du Hezbollah à Téhéran, en Iran, le 1er octobre 2024.

Londres, un modèle pour la sécurité ? Sa recette miracle pour faire baisser le crime

9 mars 2026 à 07:30

Les 15 et 22 mars, les Français votent aux municipales. L'occasion pour L'Express de sélectionner chez nos voisins des idées innovantes, des concepts pertinents et des dynamiques vertueuses pour améliorer notre quotidien. Tour d'Europe des villes qui doivent nous inspirer, et surtout inspirer nos nouveaux élus.

EPISODE 1 - Ces villes qui doivent nous inspirer : Munich, le mariage réussi de la Silicon Valley et de l'huile de moteur

EPISODE 2 - Comment Vienne est devenue un petit paradis pour les seniors et les locataires

EPISODE 4 - "Les polémiques à Paris nous ont beaucoup amusés" : Copenhague, ce modèle de propreté qui s'exporte

À en croire TikTok et X, Londres détiendrait le record européen du "knife crime", les agressions par armes blanches. Les vidéos virales de rixes entre adolescents et les discours alarmistes ont alimenté l’image d’une ville dangereuse livrée aux gangs. Les chiffres racontent une toute autre histoire : en 2025, la capitale britannique a enregistré son plus faible nombre d’homicides depuis une décennie – 97 morts – soit environ 1,1 victime pour 100 000 habitants. Un taux inférieur à ceux de Paris (1,3), Berlin (1,4) ou New York (3,2).

Cette amélioration s’inscrit dans une tendance de long terme. Les homicides ont chuté d’environ un tiers depuis 2019, et ce malgré la croissance démographique de Londres. La baisse est particulièrement marquée chez les jeunes : les homicides d’adolescents ont reculé de plus de 70 % depuis 2021. Si Londres s’éloigne du sommet des statistiques criminelles, ce n’est pas un hasard : depuis cinq ans, la ville combine une répression extrêmement ciblée avec un investissement inédit dans la prévention, en s’inspirant notamment du modèle écossais de santé publique.

Premier pilier : le tournant pris par la Metropolitan Police. Arrivé à la tête de la Met en 2022, le commissaire Mark Rowley a fait de la lutte contre la violence par armes blanches sa priorité. Ses équipes ont mis en place un dispositif de "precision policing" : l’activité des gangs, des trafiquants d’armes et des multirécidivistes violents est cartographiée en temps réel, grâce au croisement de fichiers judiciaires, de données téléphoniques et d’informations de terrain. La police revendique plus de 1 000 arrestations supplémentaires par mois par rapport à 2022, ciblant les individus déjà connus pour port d’armes ou agressions.

Cette stratégie s’appuie sur une panoplie technologique controversée et assumée. Dans les gares ou les centres commerciaux, des caméras de reconnaissance faciale (plus de 900 000, selon certaines sources) comparent en temps réel les visages aux fichiers des personnes recherchées pour violences. Des opérations "intensives mais brèves" sont montées dans les quartiers sensibles, avec fouilles pour armes blanches, contrôles de scooters et vérifications de scooters-livraisons utilisés pour des vols de téléphone. La Met s’attaque aussi au nerf de la guerre : le trafic de drogue. Plus de 1 600 réseaux, qui exploitaient des adolescents pour livrer cocaïne et héroïne en province, auraient été démantelés en un an, avec des milliers d’armes saisies.

"La police seule ne peut pas mettre fin à la violence"

Mais Rowley et le maire Sadiq Khan insistent sur un point : "la police seule ne peut pas mettre fin à la violence". D'où le deuxième pilier de la stratégie londonienne : la Violence Reduction Unit (VRU), créée en 2019 et rattachée à la mairie, coordonne l’action des services sociaux, des écoles, du système de santé et des associations. Son modèle, inspiré de Glasgow, considère la violence comme une maladie contagieuse : il s’agit d’identifier les facteurs de risque, d’intervenir précocement, puis de suivre les jeunes sur la durée.

Concrètement, la VRU finance des travailleurs sociaux dans les services d’urgences et les commissariats. Chaque jeune admis à l’hôpital pour blessure par arme blanche est approché par un "youth worker" qui lui propose un accompagnement intensif : médiation avec la famille, sortie de gang, retour en formation ou vers l’emploi. Selon les évaluations, 90 % des 10‑17 ans ayant bénéficié de ces programmes de suivi après un passage en garde à vue pour violences n’ont pas récidivé dans l’année.

La VRU a également mis l’accent sur les quartiers les plus touchés par les agressions. Mentorat, soutien psychologique, clubs de sport, médiation scolaire : environ 40 000 activités ciblées ont été menées, pour quelque 350 000 "opportunités positives" offertes à des jeunes en cinq ans, selon la mairie. La ville affirme aussi avoir soutenu plus de 7 000 parents via des réseaux de voisins formés à la prévention des violences.

L’approche commence à produire des effets mesurables. Depuis 2019, date de création de la VRU, les homicides de jeunes ont été divisés par trois et les hospitalisations de jeunes pour agression au couteau ont chuté de 43 %. L’exemple londonien ne fournit pas de recette miracle, mais il montre qu’une grande métropole peut faire reculer durablement la violence en clarifiant ses priorités : cibler sans relâche les quelques milliers de récidivistes, investir dans les trajectoires des plus jeunes et accepter que la bataille de l’opinion – largement jouée sur les réseaux sociaux – se gagne d’abord avec des courbes et des statistiques plutôt qu’avec des vidéos virales.

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Des policiers à cheval dans les rues de Londres.

Guerre en Iran : "Nous ne participons pas à un conflit en cours", assure Emmanuel Macron à bord du Charles-de-Gaulle

9 mars 2026 à 14:03

Mojtaba Khamenei, fils de l'ayatollah Ali Khamenei assassiné au premier jour de la campagne militaire menée par les Etats-Unis et Israël en Iran, a été nommé par l'Assemblée des experts iraniens dimanche successeur de son père comme Guide suprême de la République islamique, selon la presse officielle.

Ce lundi, Donald Trump s'est d'ores-et-dejà dit insatisfait du nom du nouveau Guide suprême. De son côté, Israël avait déjà prévenu qu'il pourrait cibler quiconque serait désigné nouveau guide suprême de l'Iran.

En déplacement à Chypre, d'où il a dit préparer avec des pays partenaires une "mission purement défensive" visant à rouvrir le détroit d'Ormuz, Emmanuel Macron s'est aussi rendu sur le porte-avions français Charles-de-Gaulle, actuellement en Méditerranée. Face aux armées, le chef de l'Etat a assuré que la France "ne participe pas à un conflit en cours".

Les infos à retenir

⇒ Mojtaba Khamenei, fils de l'ayatollah Ali Khamenei, a été nommé Guide suprême de la République islamique

⇒ La Turquie annonce le déploiement de six avions de chasse F-16 dans le nord de Chypre

⇒ Le baril de pétrole dépasse les 115 dollars

⇒ Emmanuel Macron est en déplacement à Chypre, où il a dit préparer une "mission purement défensive" pour rouvrir le détroit d'Ormuz. Il se rend ensuite sur le porte-avions Charles-de-Gaulle.

19h45

Les Gardiens de la révolution annoncent une intensification des frappes iraniennes

Le commandant de la force aérospatiale des Gardiens de la révolution, Majid Mousavi, annonce que la fréquence et l'ampleur des frappes iraniennes vont s'amplifier. "Désormais, aucun missile doté d’une ogive pesant moins d’une tonne ne sera lancé", avertit-il.

19h35

Selon Emmanuel Macron, le G7 "s’oriente" vers un recours aux réserves stratégiques de pétrole

Les pays du G7 "s’orientent" vers un recours à leurs réserves stratégiques de pétrole afin d’atténuer la flambée des prix du but provoquée par la guerre en Iran, a déclaré ce lundi le président français.

"Les pays du G7 ont en effet des réserves stratégiques. Elles sont faites pour ça, pour piloter les choses dans les moments de tension", a-t-il déclaré à bord du Charles-de-Gaulle. "Il faudra le faire avec les éléments objectifs qui nous seront donnés par l’Agence internationale de l’énergie et en étant coordonnés. Mais je pense qu’on s’oriente vers des mesures techniques de cet ordre", a précisé Emmanuel Macron.

18h55

Au Liban, les attaques israéliennes ont fait 486 morts

Selon le ministère de la santé libanais, le bilan des attaques israéliennes contre le Liban depuis le 2 mars s'élève à 486 morts.

18h30

Donald Trump s'exprimera ce lundi lors d'une conférence de presse

Le président américain a annoncé qu'il s'exprimera ce lundi à 17h30 (22h30, heure de Paris), lors d'une conférence de presse, sa première depuis le début de la guerre en Iran.

18h

Emmanuel Macron dit ne pas croire à un changement de régime "uniquement par des bombardements"

S'exprimant à bord du Charles-de-Gaulle, Emmanuel Macron estime que la guerre au Moyen-Orient va durer "peut-être plusieurs semaines" et dit ne pas croire à un changement de régime "uniquement par des bombardements".

17h50

Donald Trump assure n'avoir rien décidé concernant l'envoi de troupes en Iran pour sécuriser le stock d'uranium enrichi

Donald Trump a indiqué ce lundi être "loin d'être prêt" à décider d'envoyer des troupes américaines en Iran pour sécuriser le stock d'uranium hautement enrichi qui s'y trouve.

"Nous n'avons pris aucune décision à ce sujet. Nous en sommes encore très loin", a-t-il déclaré au New York Post, interrogé sur les discussions rapportées entre Israël et les États-Unis concernant un éventuel déploiement de forces spéciales en Iran pour saisir et sécuriser le matériel.

17h40

"Nous ne participons pas à un conflit en cours", déclare Emmanuel Macron à bord du Charles-de-Gaulle

Le chef de l'Etat est arrivé en milieu d'après-midi sur le porte-avions français, qui se trouve actuellement près de l'île de Crète, en Grèce. Lors de sa prise de parole, Emmanuel Macron a assuré que "nous ne participons pas à un conflit en cours, mais nous opérons dans ce cadre".

16h30

Donald Trump dit n'être "pas content" de l'élection du nouveau Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei

Le président américain a réagi à la désignation du fils de l'ayatollah Ali Khamenei, Mojtaba Khamenei, comme nouveau Guide suprême iranien, se disant "pas content" de ce choix, auprès du tabloïd New York Post.

16h20

Le ministre chinois des Affaires étrangères appelle à un cessez-le-feu dans la région du Golfe

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a appelé ce lundi à un cessez-le-feu dans la région du Golfe dès que possible, soulignant que la souveraineté, la sécurité et l'intégrité territoriale des pays du Golfe devaient être pleinement respectées, selon des déclarations de son ministère.

Wang a tenu ces propos lors d'un entretien téléphonique avec son homologue koweïtien Jarrah Jaber Al-Ahmad Al-Sabah lundi, alors que l'Iran répondait à une campagne de bombardements américano-israélienne par des frappes dans la région du Golfe.

14h35

Friedrich Merz s'inquiète de l'impact de la hausse des prix de l'énergie sur l'économie

Le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré que le gouvernement était préoccupé par la hausse des prix de l'énergie due à la guerre en Iran, qui pourrait potentiellement avoir un impact sur l'économie allemande.

"Nous sommes préoccupés par l'évolution des prix de l'énergie. Nous savons que cela pourrait avoir un impact sur l'économie allemande", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

14h10

Emmanuel Macron dit préparer "une mission strictement défensive" pour rouvrir le détroit d'Ormuz

La France enverra deux frégates dans le cadre de la mission navale de l'Union européenne Aspides en mer Rouge, a déclaré ce lundi Emmanuel Macron depuis Chypre. "Nous voulons assurer la liberté de navigation et la sûreté maritime en Méditerranée orientale et en mer Rouge", a fait valoir le chef de l'Etat.

"Et nous sommes en train de mettre en place une mission purement défensive, purement d'accompagnement, qui doit être préparée conjointement avec des Etats européens et non européens, qui a vocation à permettre l'escorte de porte-conteneurs et de tankers pour rouvrir le détroit d'Ormuz, qui est essentiel au commerce international et à la circulation du gaz et du pétrole. Nous préparons cette mission avec nos partenaires. Elle a pour but d'être strictement pacifique, strictement défensive", a ajouté Emmanuel Macron, après sa rencontre avec Nikos Christodoulides et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis.

Le président de la République a précisé qu'au total, "la présence française qui se déploiera de la Méditerranée orientale en mer Rouge et (...) au large d’Ormuz, mobilisera huit frégates, deux portes hélicoptères amphibies et notre porte-avions", le Charles-de-Gaulle.

14h

Emmanuel Macron prend la parole depuis Chypre

Le chef de l'Etat est en déplacement à Chypre ce lundi après-midi, où il a pris la parole aux côtés du président chypriote, Nikos Christodoulides. "Le premier objectif de ce déplacement à vos côtés et de marquer la pleine solidarité avec Chypre, qui a été la cible la semaine dernière de plusieurs drones et tirs de missiles. Quand Chypre est attaquée, c'est l'Europe qui est attaquée", a déclaré le président français.

13h06

Un deuxième missile balistique iranien abattu par l'Otan, selon la Turquie

La Turquie a déclaré lundi que la défense aérienne de l'Otan avait abattu un deuxième missile balistique tiré depuis l'Iran et entré dans l'espace aérien turc, avertissant qu'elle prendrait toutes les mesures nécessaires contre les menaces.

Il s'agit du deuxième tir de missile balistique iranien en une semaine visant le sud de la Turquie, pays membre de l'Otan et voisin de l'Iran. Ankara avait mis en garde l'Iran contre toute nouvelle attaque samedi, mais n'a pas indiqué vouloir solliciter officiellement la protection des membres de l'Alliance.

"Nous réaffirmons que toutes les mesures nécessaires seront prises avec fermeté et sans hésitation contre toute menace visant le territoire et l'espace aérien de notre pays", a déclaré le ministère turc de la Défense, ajoutant que des débris de munitions étaient tombés dans la province de Gaziantep, dans le sud-est du pays, mais qu'il n'y avait eu aucune victime. "Nous réaffirmons également qu'il est dans l'intérêt de tous de tenir compte des avertissements de la Turquie à cet égard", a-t-il ajouté.

On ignore où se dirigeait le missile avant qu'il ne soit intercepté par les défenses de l'Otan stationnées dans l'est de la mer Méditerranée.

12h45

Israël annonce des attaques "à grande échelle" sur Téhéran et Ispahan

L'armée israélienne a annoncé sur Telegram avoir lancé des frappes "à grande échelle contre les infrastructures du régime terroriste iranien" sur les villes de Téhéran et Ispahan.

12h32

L'UE dispose de suffisamment de pétrole et de gaz, affirme la porte-parole de la Commission européenne

Les États membres de l'UE disposent de stocks suffisants de pétrole et de gaz malgré les perturbations des chaînes d'approvisionnement dues à la guerre au Moyen-Orient, a déclaré lundi la Commission européenne. "La sécurité de l’approvisionnement nous préoccupe bien moins que le prix élevé de l’énergie", a déclaré Anna-Kaisa Itkonen, porte-parole de la Commission européenne, aux journalistes à Bruxelles.

Elle a indiqué que les États membres de l'UE disposaient de stocks de pétrole ou d'équivalents suffisants pour tenir jusqu'à 90 jours, et qu'il n'y avait aucun signe de situation d'urgence.

Anna-Kaisa Itkonen a confirmé que les pays du G7 discuteraient de la possible libération des réserves stratégiques lors d'une réunion plus tard lundi.

11h17

Le Hezbollah signale un raid israélien dans l'est du Liban

Le Hezbollah a déclaré lundi que ses combattants s'étaient affrontés avec des troupes israéliennes dans l'est du Liban lors d'un raid aérien israélien dans la nuit, ce qui serait la deuxième opération de ce type dans la région ces derniers jours, alors que la guerre entre Israël et le groupe soutenu par l'Iran entrait dans une deuxième semaine.

Un porte-parole de l'armée israélienne n'a fait aucun commentaire dans l'immédiat. Dans un communiqué, le Hezbollah a déclaré que ses combattants "ont affronté les hélicoptères et les forces infiltrées avec des armes appropriées".

Lundi, l'armée israélienne a poursuivi ses frappes aériennes dans la banlieue sud de Beyrouth, contrôlée par le Hezbollah, provoquant d'épaisses fumées qui ont envahi la ville. Elle a réitéré ses avertissements aux habitants, leur demandant d'évacuer, et a annoncé des mesures contre l'institution financière du Hezbollah, Al-Qard Al-Hassan.

11h02

Vladimir Poutine félicite Mojtaba Khamenei pour sa nomination à la tête de l'Iran

Le président russe Vladimir Poutine a félicité Mojtaba Khamenei pour sa nomination en tant que nouveau dirigeant de l'Iran, a déclaré le Kremlin lundi. Vladimir Poutine s'est dit convaincu que Khamenei poursuivrait l'œuvre de son père "avec honneur" et unirait le peuple iranien "face à de graves épreuves".

Il a ajouté que la Russie continuerait à soutenir Téhéran, déclarant qu'il souhaitait "confirmer son soutien indéfectible à Téhéran et sa solidarité avec nos amis iraniens".

10h28

600 Israéliens rapatriés de Dubaï

Les deux premiers vols directs rapatriant les Israéliens bloqués à Dubaï ont atterri aujourd'hui à l'aéroport Ben Gourion de Tel Aviv. Les deux vols opérés par la compagnie flydubai, basée à Dubaï, ont ramené chez eux un total de 603 passagers, a indiqué l'Autorité aéroportuaire israélienne au Times of Israel.

09h57

Téhéran menace de confisquer les biens des Iraniens à l'étranger qui soutiennent les attaques contre l'Iran

Les Iraniens vivant à l'étranger pourraient voir leurs biens confisqués et faire face à d'autres sanctions légales s'ils expriment leur soutien aux États-Unis et à Israël, a déclaré lundi le bureau du procureur général iranien.

Des membres de la diaspora iranienne, aspirant à un changement politique à Téhéran, ont manifesté dans les rues de villes européennes et américaines pour célébrer la mort du Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, lors de la guerre israélo-américaine contre l'Iran. Lundi, l'Iran a nommé Mojtaba Khamenei pour succéder à son père. "Un avertissement a été lancé aux Iraniens résidant à l'étranger qui, de diverses manières, sympathisent, soutiennent ou coopèrent avec l'ennemi américano-sioniste (israélien)", a déclaré le bureau du procureur général, cité par les médias d'État.

"Ils se verront infliger la confiscation de tous leurs biens et d'autres sanctions légales conformément à la loi."

09h03

Le G7 discutera d'un déblocage conjoint des réserves pétrolières d'urgence

Les ministres des Finances du G7 discuteront lundi de la possibilité de débloquer les réserves pétrolières d'urgence, a déclaré une source gouvernementale française, en réponse à la flambée des prix du pétrole résultant du conflit au Moyen-Orient .

L’information a été initialement rapportée par le Financial Times, qui a précisé que l’Agence internationale de l’énergie participerait aux discussions. Trois pays du G7, dont les États-Unis, ont jusqu'à présent exprimé leur soutien à cette idée, a indiqué le Financial Times, citant des sources.

Ce rapport intervient alors que les prix du pétrole ont bondi de plus de 25 % lundi pour atteindre leur plus haut niveau depuis mi-2022, certains grands producteurs ayant réduit leur production et la crainte de perturbations prolongées du transport maritime s'étant emparée du marché en raison de l'escalade du conflit israélo-américain avec l'Iran.

8h20

La Turquie annonce le déploiement de six avions de chasse F-16 dans le nord de Chypre

La Turquie a déployé lundi six avions de chasse F-16 et des systèmes de défense aérienne dans le nord de Chypre pour renforcer la sécurité de la communauté turque sur place dans le contexte de la guerre en Iran, a déclaré le ministère de la Défense, ajoutant qu'Ankara prendrait des mesures supplémentaires si nécessaire.

"Compte tenu des derniers développements dans notre région, six avions de chasse F-16 et des systèmes de défense aérienne ont été déployés à la République turque de Chypre du Nord à compter d'aujourd'hui", a déclaré le ministère dans un communiqué, ajoutant que cela faisait partie de la planification progressive visant à renforcer la sécurité de cet État sécessionniste.

"Suite aux évaluations qui seront effectuées en fonction de l'évolution de la situation, des mesures supplémentaires continueront d'être prises si nécessaire", a-t-il ajouté.

7h45

Bahreïn : une frappe iranienne provoque un incendie sur un site pétrolier

Une frappe iranienne a provoqué un incendie dans un complexe pétrolier de la ville d'Al-Maameer à Bahreïn. La compagnie nationale Bapco Energies évoque un "cas de force majeure" affectant ses activités. "Tous les besoins du marché intérieur restent pleinement couverts et que les approvisionnements se poursuivront sans interruption, grâce aux plans proactifs mis en place", a déclaré la société.

6h58

Les Emirats arabes unis font face à de nouvelles attaques de missiles

Les autorités des Emirats arabes unis ont annoncé lundi matin faire face à de nouvelles attaques de missiles. "Les systèmes de défense aérienne réagissent actuellement à une attaque de missile", a écrit le centre national de gestion des urgences et des catastrophes du pays sur X.

Air defense systems are currently responding to a missile threat. Please remain in a safe location and follow official channels for warnings and updates. pic.twitter.com/ldSZZCWI51

— NCEMA UAE (@NCEMAUAE) March 9, 2026

6h22

La hausse du baril de pétrole, "un petit prix à payer" selon Donald Trump

"Les cours du pétrole à court terme, qui chuteront rapidement une fois la menace nucléaire iranienne écartée, représentent un petit prix à payer pour la sécurité et la paix des États-Unis et du monde. Seuls les idiots peuvent penser le contraire !", a écrit Donald Trump sur son réseau Truth Social.

Le prix du baril de pétrole s'est envolé lundi de 30 % en quelques heures et dépasse désormais les 115 dollars.

02h47

La fin de la guerre sera une décision "mutuelle" avec Benyamin Netanyahou, déclare Donald Trump

Donald Trump déclare que la décision de mettre fin à la guerre en Iran sera prise en collaboration avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, soulignant que celui-ci aura son mot à dire sur la question. "Ce sera mutuel (...) Nous discutons. Je prendrai une décision au moment voulu, mais tout sera pris en compte", a déclaré le président américain dans une interview téléphonique avec le Times of Israel.

Donald Trump a également affirmé que la République islamique aurait détruit Israël si lui et Netanyahu n'avaient pas été là. "L'Iran allait détruire Israël et tout ce qui l'entourait… Nous avons travaillé ensemble. Nous avons détruit un pays qui voulait détruire Israël."

Interrogé à propos de la nomination de Mojtaba Khamenei comme Guide suprême iranien, il refuse de répondre, déclaré que "nous verrons bien ce qui va se passer".

22h31

Mojtaba Khamenei choisi comme nouveau Guide suprême

L'Iran a nommé Mojtaba Khamenei pour succéder à son père Ali Khamenei au poste de Guide suprême, signalant ainsi que les conservateurs restent fermement aux commandes.

Mojtaba, un religieux influent au sein des forces de sécurité iraniennes et disposant de vastes réseaux d'affaires sous l'égide de son père, était considéré comme un favori avant le vote de dimanche par l'Assemblée des experts, un organe composé de 88 religieux chargés de choisir le successeur d'Ali Khamenei. "Par un vote décisif, l'Assemblée des experts a nommé l'ayatollah Seyyed Mojtaba Hosseini Khamenei troisième Guide du système sacré de la République islamique d'Iran", a déclaré l'Assemblée dans un communiqué. Ce poste confère à Mojtaba le pouvoir de décision final sur toutes les affaires d'Etat de la République islamique.

© via REUTERS

Emmanuel Macron passe les troupes en revue lors de sa visite à la base navale de sous-marins nucléaires de l'Ile Longue à Crozon, en France, le 2 mars 2026.

Guerre en Iran : l'Ukraine au secours de Donald Trump et des monarchies du Golfe

8 mars 2026 à 19:21

Une semaine après le début de l’offensive israélo-américaine en Iran, les drones kamikazes Shahed envoyés par Téhéran continuent de pleuvoir à un rythme inédit sur Israël et les pays de la région. Plus de 2 000 de ces engins low cost (35 000 dollars pièce) auraient d’ores et déjà été envoyés, ont revendiqué vendredi les Gardiens de la Révolution. Face à ce déluge de feu sans précédent, Washington et ses alliés portent un intérêt croissant à l’Ukraine, qui, à plus de 2 000 kilomètres de là, a acquis une expérience unique pour les neutraliser. Et pour cause : Kiev est confronté depuis quatre ans à ces armes utilisées massivement par l’armée de Poutine.

Rien que cette semaine, le Pentagone et au moins trois monarchies du Golfe - l’Arabie saoudite, les Emirats et le Qatar - ont évoqué avec des industriels ukrainiens de l’armement la question d’un achat éventuel de drones intercepteurs, nous confirme une source du secteur. Ces engins, de petits aéronefs conçus spécifiquement pour détruire les Shahed, ont l’avantage de présenter un coût bien inférieur aux millions de dollars des munitions utilisées par les batteries Patriot et autres systèmes de défense antiaérienne dont se servent quotidiennement Washington et ses alliés au Moyen-Orient.

"Le prix d’un drone intercepteur ukrainien tourne autour de 2 000 dollars, abonde Mykhailo Gonchar, président de l’institut ukrainien Centre for Global Studies Strategy XXI. C’est infiniment moins cher que toutes les défenses actuellement utilisées contre l’Iran." Ils présentent aussi l’intérêt de garder les précieuses munitions des batteries Patriot pour les cibles de haute valeur, comme les missiles balistiques ou de croisière, nettement plus difficiles à neutraliser dans le ciel. Ces derniers jours, Volodymyr Zelensky avait lui-même confirmé avoir été approché par Washington et les dirigeants du Qatar, des Emirats, de Bahreïn, du Koweït et de la Jordanie, en vue de discuter les contours d’une possible coopération.

Une expérience unique

L’Ukraine, qui revendique un taux d’interception des Shahed de 90 %, a de solides arguments à faire valoir. "Aucun autre pays ni aucune autre armée ne possède actuellement les tactiques, techniques et procédures nécessaires pour gérer des attaques massives de drones, souligne Lesia Orobets, fondatrice de l’ONG ukrainienne Price of Freedom, qui œuvre à la protection du ciel. Nous avons bâti ces capacités de toute pièce, en les perfectionnant au fil de quatre années de guerre intense."

Résultat, le président ukrainien a indiqué dans la soirée de jeudi sur la plateforme X avoir donné des instructions "pour fournir les moyens nécessaires et assurer la présence de spécialistes ukrainiens" auprès des pays concernés. Le même jour, dans une interview à Reuters, Donald Trump s’était dit prêt à accepter la main tendue : "Assurément, je prendrai toute aide de quelque pays que ce soit." Ses forces n’ont pas été épargnées par les Shahed. Les six soldats américains tués dimanche 1er mars au Koweït l’ont été dans une frappe de drones. En plus des nombreuses bases américaines ciblées, les sites de l’ambassade des Etats-Unis à Riyad, et du consulat américain à Dubaï ont tous deux été frappés à quelques heures d’intervalle par ces mêmes engins le 3 mars.

L’occasion pour le président ukrainien de jouer un coup diplomatique ? A tout le moins un moyen d’apporter de l’huile dans les rouages de sa relation avec Donald Trump - qui a toujours été en dents de scie. Mais pas uniquement. L’Ukraine, qui a elle-même cruellement besoin de missiles Patriot pour contrer les missiles balistiques et de croisières tirés par Moscou, voit d’un œil plus qu’inquiet les stocks de ces engins se vider à grande vitesse au Moyen-Orient. En apportant son aide dans l’interception des Shahed avec des moyens appropriés, elle espère limiter un risque de pénurie de munitions dont elle pourrait, in fine, payer le prix.

Lors d’un point presse le 5 mars, Volodymyr Zelensky a déclaré qu’en trois jours de combats au Moyen-Orient, plus de 800 missiles de Patriot avaient été utilisés - soit davantage que ce que l’Ukraine a reçu en quatre ans de guerre. Et suggéré que son pays pourrait fournir des drones intercepteurs en échange de ces munitions. "La production de nouveaux missiles intercepteurs utilisés par les systèmes Patriot est longue et coûteuse, rappelle Mykhailo Gonchar. Il est donc essentiel d’utiliser des armes adaptées pour détruire les Shahed." D’autant que Téhéran pourrait encore, selon certaines estimations, en avoir des milliers en réserve.

© REUTERS/Jonathan Ernst

Le président américain Donald Trump reçoit son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky à Mar-a-Lago (États-Unis), le 28 décembre 2025.

Guerre en Iran : CMA-CGM, Maersk, MSC... Les armateurs choisissent de rerouter leur flotte vers l'Afrique

8 mars 2026 à 18:14

Près de sept jours après le début de la guerre en Iran, démarrée par des frappes israélo-américaines le 28 février dernier, tout le commerce mondial des hydrocarbures retient son souffle. Depuis une semaine, le détroit d'Ormuz, où transitent habituellement près de 20 % du pétrole mondial (soit entre 15 et 17 millions de barils par jour) et 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar, de l'Arabie saoudite ou encore des Émirats arabes unis, est quasiment fermé. Bordé à l'est par l'Iran, qui riposte aux frappes américaines en ciblant les pays de la région, le trafic maritime dans cette mer presque fermée a ainsi chuté de 90 %, selon la société d'analyse Kpler.

Tandis qu'à quelques centaines de kilomètres de là, la situation du canal de Suez, vital pour près de 12 % du commerce mondial, n'est pas beaucoup plus dynamique. Déjà effondrées de moitié depuis 2023 à cause des attaques des rebelles houthistes du Yémen en Mer Rouge en lien avec la guerre à Gaza, les traversées de navires en provenance du Moyen-Orient vers l'Europe sont aujourd'hui presque à l'arrêt. Selon le site Windward, spécialiste des données maritimes, 23 passages ont été enregistrés le 4 mars, soit une baisse de moitié par rapport à la moyenne quotidienne oscillant entre 40 et 55 passages.

Cap sur l'Afrique du Sud

Dès le premier jour des frappes, le 28 février, l'armateur français CMA-CGM a déclaré avoir demandé à tous ses navires présents dans le Golfe Persique de "se mettre à l'abri", et donc de ne pas franchir le détroit d'Ormuz. Dans le même temps, la compagnie a également annoncé suspendre le passage de ses navires par le canal de Suez. La même consigne a été observée du côté des numéros un et deux mondiaux MSC et Maersk. "Jusqu'à nouvel ordre, toutes les traversées des services ME11 (du Moyen-Orient-Inde vers la Méditerranée) et MECL (depuis le Moyen-Orient-Inde vers la côte est des États-Unis) seront détournées par le cap de Bonne-Espérance", en Afrique du Sud, a pour sa part précisé le groupe danois Maersk dans un communiqué de presse.

"Nous sommes très prudents sur la poursuite de la guerre car nous voyons ses effets sur le golfe d'Ormuz et l'impact sur le canal de Suez", a affirmé dimanche soir le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, dans une déclaration diffusée par la télévision publique. "Nous avons souffert ces deux dernières années, depuis le 7 octobre 2023 et depuis n'avons jamais retrouvé le niveau précédent de trafic maritime dans le canal de Suez", avec pour effet "de grandes pertes financières", a déploré le chef de l'Etat.

Un trajet plus long mais prévisible

Face à l'instabilité de la région, les trois principaux armateurs ont ainsi décidé de réorienter une partie de leur flotte, dans la mesure du possible, vers le cap de Bonne-Espérance, en Afrique du Sud. Soit un contournement complet du continent africain. Toujours selon le site Windward, les transits via l'Afrique du Sud Cap ont grimpé à 94 navires le 3 mars, soit une hausse de 35 % par rapport à la moyenne sur les sept jours précédents.

Mais cette route rallonge les trajets des navires, jusqu'à trois semaines tout au plus. A titre d’exemple, alors que la distance de la route maritime entre les ports de Rotterdam et Singapour via le canal de Suez atteint 16 000 kilomètres, elle en atteint près de 21 000 pour la route alternative via le cap de Bonne-Espérance. Soit près de 20 jours de navigation en plus. À ce temps, incompressible, s'ajoutent inévitablement des coûts de transport importants, alors qu'il faut davantage de carburant pour assurer le transit (la hausse de la consommation de carburant avec cette route est estimée à près de 30 %, selon le site du trésor public français). Selon l'agence de presse Reuters, l'armateur MSC a d'ores et déjà annoncé reporter ces coûts avec la mise en place, dès le 16 mars, d'un "supplément carburant", notamment pour les navires faisant route entre l'Europe et le Moyen-Orient.

Si le trajet par le cap de Bonne-Espérance est plus coûteux et bien plus long, il présente au moins l'avantage d'être prévisible. Avant les frappes américaines en Iran fin février, certains armateurs avaient bien essayé de réemprunter la route du canal de Suez, avant de se raviser face à "des contraintes imprévues", selon les mots de l'armateur Maersk dans un communiqué de presse relayé par Reuters.

© REUTERS

Les tensions au Moyen-Orient bouleversent les équilibres énergétiques mondiaux.

Guerre en Iran : le jeu d'équilibriste de Giorgia Meloni entre Donald Trump et Téhéran

8 mars 2026 à 14:08

Sur le dossier iranien, Giorgia Meloni, avance à pas comptés. Et pour cause : la présidente du Conseil italien, qui peut aujourd'hui se targuer d'être l'interlocutrice européenne privilégiée de Washington, demeure aussi un allié historique de Téhéran, avec un canal de discussion toujours ouvert.

"Une grande dirigeante, une amie"

Pas plus tard que samedi, répondant à une interview téléphonique du quotidien italien Corriere della Sera, le président américain faisait l'éloge de la Première ministre Giorgia Meloni, estimant qu'elle est une alliée précieuse pour son pays, désormais en guerre en Iran. "J'aime l'Italie, je pense que c'est une grande leader", a déclaré le président américain. Giorgia Meloni "essaie toujours d'aider, c'est une excellente leader et c'est mon amie", a-t-il martelé, en réponse à l'annonce vendredi par Rome de l'envoi de structures navales pour la défense de Chypre, aux côtés de la France, de l'Espagne et des Pays-Bas, mais aussi en soutien aux pays du Golfe alliés, sous le feu des frappes de riposte de Téhéran depuis une semaine.

Toutefois, en Italie, comme ailleurs en Europe et même aux États-Unis, la guerre en Iran est loin de faire l'unanimité. D'autant qu'elle attise les craintes d'une inflation galopante des prix de l'énergie. Un enjeu qui revêt une importance capitale dans un pays où les factures d'électricité figurent au top 5 des plus chères d'Europe, selon Euronews. Quant à Donald Trump, il n'est guère apprécié de nos voisins italiens, rapporte le site d'information Politico. Selon un sondage de l'institut Yougov, publié en janvier, seuls 15 % des Italiens ont une opinion favorable de Donald Trump. " Giorgia Meloni garde un profil bas, bien consciente que l'opinion publique est extrêmement opposée à l'implication italienne à la guerre, tout en n'ayant pas envie d'endommager ses relations avec Trump", a réagi l'analyste Leo Goretti de l'Istituto d'Affari Internazionali auprès de Politico.

Une prudence de mise

Giorgia Meloni avance donc prudemment malgré sa bonne entente avec Washington, d'autant que son gouvernement doit faire face à un référendum les 22 et 23 mars prochains portant sur une réforme judiciaire, qui pourrait faire office de vote de confiance. Après le début des frappes le 28 février, la dirigeante italienne a attendu trois jours avant de s'exprimer, relève le quotidien d'opposition ancré à gauche Il Manifesto. "Giorgia Meloni a parlé, mais en faisant très attention à ne pas dire un mot qui puisse sonner comme un soutien ouvert à l’attaque", note le journal, ajoutant qu'"elle a aussi pris bien soin de ne pas prononcer une syllabe qui puisse sonner critique envers Trump ou Israël".

Ce jeudi 5 mars, dans un entretien avec la radio italienne RTL 102.5, elle s’est ainsi alarmée d’une "crise toujours plus évidente du droit international et des organismes multilatéraux", sans toutefois condamner les frappes en Iran. Une dégradation qu’elle a jugée "malheureusement prévisible après l’anomalie totale d’un membre du Conseil de sécurité des Nations unies qui envahissait son voisin", ciblant clairement l'invasion russe en Ukraine en 2021.

"Engagés sur le front diplomatique"

Au-delà de l'envoi de moyens navals de défense à Chypre et à ses alliés du Moyen-Orient, Giorgia Meloni a par ailleurs confirmé l'utilisation des bases américaines en Italie pour "offrir un soutien logistique", et notamment la Naval Air Station Sigonella en Sicile, conformément aux accords bilatéraux entre Rome et Washington signés en 1954. Il s'agit d'opérations "qui n'impliquent pas de bombardements", s'est-elle défendue alors que l'opposition italienne l'accuse d'entraîner le pays dans cette guerre. "Je tiens à réitérer que nous ne sommes pas en guerre et que nous ne voulons pas entrer en guerre", a-t-elle ajouté auprès de la radio RTL 102.5.

La cheffe du gouvernement italien a par ailleurs indiqué "travailler sur tous les fronts", y compris diplomatique, et être en contact permanent avec les principaux alliés et les dirigeants du Moyen-Orient. Contrairement au reste du monde occidental, Rome, deuxième partenaire commercial européen de l'Iran derrière l'Allemagne, malgré des échanges en baisse ces dernières années liées aux sanctions internationales, détient encore un canal de discussion avec Téhéran. Le géant italien des hydrocarbures Eni, figurerait, selon plusieurs observateurs, parmi les canaux possibles de discussion possibles. L'entreprise métro-gazière étant présente en Iran depuis 1950. "Nous travaillons pour voir s'il y a des marges pour une reprise des négociations sur le nucléaire iranien, un objectif qui, de mon point de vue, est impossible si l'Iran n'arrête pas d'attaquer les pays voisins, notamment ceux du Golfe. Il est essentiel de favoriser une désescalade", a ajouté la cheffe du conseil Italien.

Avant les frappes du 28 février, Rome a souvent fait office de médiateur entre Washington et Téhéran, où les dirigeants des deux pays se sont même rendus une fois, en avril 2025, pour des cycles de négociations sur le nucléaire.

© via REUTERS

PHOTO D'ARCHIVE : Le président américain Donald Trump et la Première ministre italienne Giorgia Meloni se serrent la main alors qu'ils posent pour une photo, lors d'un sommet des dirigeants mondiaux sur la fin de la guerre à Gaza, dans le cadre d'un accord de cessez-le-feu et d'échange de prisonniers et d'otages négocié par les États-Unis entre Israël et le Hamas, à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 13 octobre 2025. Yoan Valat/Pool via REUTERS/Photo d'archive

Iran : quand la France incubait, chez elle, le régime des mollahs

8 mars 2026 à 12:00

Le 6 octobre 1978, un vieil ayatollah enturbanné, une longue cape brune sur les épaules, atterrit à l’aéroport parisien Charles-de-Gaulle en provenance de Bagdad. Il présente son passeport au fonctionnaire de la police aux frontières qui lui octroie sans autre formalité un visa de tourisme de trois mois, comme c’était la règle à l’époque pour tout Iranien arrivant en France.

Un intellectuel exilé, Abolhassan Banisadr, est venu accueillir le religieux. Il le conduit à son appartement de Cachan, en banlieue parisienne, où il l’héberge quelques jours avant de l’installer dans le village de Neauphle-le-Château, dans les Yvelines. Pendant quatre mois, jusqu’à son retour à Téhéran le 1er février 1979, Rouhollah Khomeini va y fomenter la révolution islamique iranienne, premier triomphe contemporain de l’islamisme politique.

Prises au dépourvu, les autorités françaises mettent plusieurs jours à prendre la mesure de l’événement. Le monarque absolu qui règne en Iran, le chah (empereur) Mohammed Reza Pahlavi, est pourtant l’un des principaux alliés de la France au Proche-Orient ; Khomeini est, depuis des années, son ennemi mortel ; exilé depuis 1964 en Irak, il vient d’en être expulsé par le président Saddam Hussein à la demande du souverain iranien.

Le remue-ménage causé par l’arrivée de l’éminence chiite dans le paisible bourg des Yvelines, ainsi que les dépêches inquiètes envoyées par l’ambassade de France à Téhéran, finissent par éveiller l’attention des autorités. Dès son élection en 1974, le président Valéry Giscard d’Estaing avait accueilli le chah en grande pompe à Paris et avait signé avec lui des accords de coopération nucléaire. L’année suivante, il lui rendit visite sur son lieu de vacances à Saint-Moritz en Suisse, puis en 1976 à Téhéran.

Mais là, un incident vint troubler leur relation. Après le dîner d’Etat au palais du Golestan, Giscard confia à ses conseillers qu’il n’appréciait pas les cadeaux offerts à son épouse, Anne-Aymone, et traita le chah de "parvenu". Informé des propos présidentiels par les micros dissimulés dans les murs du palais, le souverain en prit ombrage, raconte son ancien ministre Houchang Navahandi dans son livre Khomeyni en France (Ed. Godefroy de Bouillon, 2009).

Prêches enflammés sur des cassettes audio

Quoi qu’il en soit, Giscard laisse faire Khomeini, en dépit des avertissements de la Direction de la surveillance du territoire (DST) qui lui conseillait d’expulser l’intrus vers l’Algérie. "Le gouvernement n’a pas à intervenir dans les affaires intérieures de l’Iran", affirme Giscard dans la conférence de presse qu’il donne le 21 novembre. "En ce qui concerne l’ayatollah Khomeini, il est venu en France dans des conditions régulières". Par deux fois, le gouvernement envoie un diplomate chevronné du Quai d’Orsay, Claude Chayet, auprès de l’ayatollah, pour lui rappeler le devoir de réserve exigé des réfugiés. À chaque fois, en vain. Et pourtant, aucune suite n’est donnée.

Communicateur hors pair, Khomeini s’installe chaque jour en tailleur sous un pommier, sur des tapis persans, donnant l’image paisible d’un vieillard soucieux des choses de Dieu plutôt que de basse politique. Il reçoit les exilés iraniens qui affluent par centaines, certains avec des sacs de billets de banque pour soutenir la cause. Les policiers discrètement envoyés sur place par le ministère de l'Intérieur se contentent d’observer.

L’ayatollah a beau vouer aux gémonies la civilisation occidentale décadente, il utilise avec habileté la technologie de l’époque. Il enregistre sur des cassettes audio des prêches enflammés contre le chah et son régime. Reproduites à l’infini, les bandes magnétiques sont acheminées vers l’Iran où le clergé chiite les distribue sous le manteau. Là encore, les autorités françaises restent passives.

Il est vrai qu’à l’intention des opinions occidentales, le religieux tient un discours apaisant. Les intellectuels de gauche voient en lui une sorte de nouveau Gandhi. Le philosophe Michel Foucault, dont l’influence est grande en Europe comme en Amérique, l’appelle "le vieux saint".

Dans les médias, l’ayatollah se présente en démocrate épris de justice et de concorde. "Dans un régime islamique, les libertés sont totales et sans équivoque", affirme-t-il dans l'entretien qu'il accorde le 10 janvier 1979 au journaliste de L'Express Christian d'Épenoux. Un trio de conseillers formés en Occident gère sa communication : Banisadr, mais aussi Sadegh Ghotbzadeh et Ebrahim Yazdeh. Tous les trois occuperont des postes importants dans les premiers temps de la République islamique, avant d’être éliminés un à un par les durs du régime.

"Ils traduisaient en anglais et en français les propos de Khomeini", relate la journaliste canadienne Carole Jerome dans son livre The Man in the Mirror (Ed. HarperCollins, 1988, non traduit en français). "Ils étaient faits pour la télévision. Ils nous fournissaient un spectacle permanent, dans notre langue. Cependant, la traduction que fournissait Yazdeh en anglais différait sensiblement de la française, assurée par Banisadr. Et le lendemain, Ghotbzadeh venait dire encore autre chose, dans ces deux langues".

Le trio n’est là que pour la galerie. Dans l’ombre, d’autres compagnons de l’ayatollah préparent la théocratie à venir, en mettant sur pied ce qui deviendra le Corps des gardiens de la révolution, le bras armé du régime. Parmi eux se trouvait Mohsen Sazegara, pour qui la maison aux volets bleus de Neauphle était alors "le centre névralgique de la révolution" qui s’annonçait.

"Le point de bascule est identifiable : il se situe à Neauphle-le-Château", écrit l’expert de l’Iran Camille Alexandre (Le Proche Orient iranien, éditions Odile Jacob, 2025). "L’Occident aura volontairement constitué une formidable caisse de résonance pour Khomeini, en diffusant et en crédibilisant son image de vieux sage".

A Washington, le président Jimmy Carter, un idéaliste partisan d’une diplomatie soucieuse des droits de l’Homme, prend ses distances avec le chah. Appelée à faire florès, la thèse selon laquelle les islamistes pourraient constituer un solide rempart contre le communisme commence à circuler aux Etats-Unis. En décembre, les dirigeants occidentaux apprennent que Mohammed Reza Pahlavi est irrémédiablement condamné par son cancer. Ils comprennent que celui sur lequel ils comptaient pour faire obstacle à l’URSS au Proche-Orient va bientôt quitter la scène.

Giscard réunit Carter, le chancelier allemand Schmidt et le Premier ministre britannique Callaghan début janvier 1979 à la Guadeloupe. "Carter nous a annoncé sans ambages que les Etats-Unis avaient décidé de retirer leur soutien au régime du chah", retrace le président français dans ses mémoires (Le Pouvoir et la Vie, Ed. Compagnie 12, 1991). "VGE" ne semblait pas s’en formaliser outre mesure. Il n’excluait pas que l’ayatollah puisse devenir une alternative démocratique à l’autocrate Pahlavi. Il est possible qu’il ait vu aussi dans le changement qui s’amorçait un moyen de limiter l’influence américaine au Proche-Orient, au profit de la France.

Visa expiré depuis un mois

L'ignorance occidentale de la réalité du projet islamiste joue son rôle. Neuf ans auparavant, Khomeini avait écrit un mémorandum de 74 pages décrivant son projet de théocratie autoritaire. Le texte a longtemps circulé en Iran mais la CIA ne l'a traduit que deux mois après la proclamation de la République islamique.

Le 16 janvier 1979, le chah, aux commandes de son avion, quitte l’Iran définitivement. Deux semaines plus tard, le Quai d’Orsay affrète obligeamment un Boeing 747 d’Air France pour convoyer en Iran le futur "guide suprême", qui va installer le régime réactionnaire et obscurantiste encore en place aujourd'hui. Avant de monter dans l'appareil, Khomeini se fend d'une déclaration pour remercier "le gouvernement et le peuple français". Son visa de touriste est expiré depuis près d’un mois.

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Le 1er février 1979, l'ayatollah iranien Khomeini quitte la France après 16 ans d'exil.
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