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EN DIRECT. Guerre en Moyen-Orient : Israël se prépare à étendre ses opérations au Liban

12 mars 2026 à 13:03

Le conflit qui fait rage au Moyen-Orient depuis le lancement des bombardements israéliens et américains contre l'Iran est entré, jeudi 12 mars, dans son treizième jour. Les frappes contre Beyrouth se poursuivent également au Liban, où Israël et le Hezbollah, mouvement aligné sur l'Iran, s'affrontent. Près de deux mille personnes ont été tuées à travers le Moyen-Orient depuis le début de l'offensive déclenchée le 28 février. De son côté, le président américain, Donald Trump, a indiqué que l’Iran était "proche de la défaite" et que les Etats-Unis allaient "finir le boulot", sans expliquer réellement ce que cela signifie.

Les infos à retenir

⇒ Donald Trump assure que l’Iran est "proche de la défaite"

⇒ Israël se prépare à étendre ses opérations au Liban

⇒ La guerre est à l'origine de "la plus importante perturbation" de l’approvisionnement en pétrole de l’histoire, selon l'AIE

12h20

La Russie appelle Israël et les États-Unis à mettre fin à la guerre contre l'Iran

La Russie a appelé Israël et les États-Unis à cesser leurs attaques contre l'Iran et à s'asseoir à la table des négociations. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a déclaré ce jeudi que la situation humanitaire dans la région était extrêmement difficile et que l'escalade du conflit était profondément préoccupante.

12h05

L'Europe ne devrait pas plafonner les prix du gaz, déclare le Premier ministre norvégien

Le Premier ministre norvégien a jugé ce jeudi qu'il serait imprudent pour l'Europe de plafonner le prix du gaz naturel, qui a augmenté d'environ 60 % à la suite de la guerre israélo-américaine contre l'Iran. Il a affirmé que la Norvège, premier fournisseur de gaz d'Europe, resterait un fournisseur d'énergie fiable pour le continent. L'Europe s'est abstenue de plafonner les prix du gaz lors de la flambée des prix consécutive à l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, et la Norvège continuera de s'opposer à un tel plafonnement, a déclaré Jonas Gahr Störe lors d'une conférence sur l'énergie à Oslo.

11h50

L'armée israélienne affirme avoir ciblé un site lié au programme nucléaire iranien

L'armée israélienne a déclaré ce jeudi avoir ciblé ces derniers jours un site utilisé dans le programme nucléaire iranien, identifié comme "Taleghan". Taleghan est une installation située dans le complexe militaire de Parchin que les responsables occidentaux soupçonnent d'être liée au programme nucléaire de Téhéran.

11h46

Jusqu'à 3 millions de déplacés en Iran

L'agence des Nations Unies pour les réfugiés a déclaré jeudi que jusqu'à 3,2 millions de personnes ont été déplacées à l'intérieur de l'Iran depuis le début du conflit le 28 février. "Ce chiffre devrait continuer d'augmenter tant que les hostilités persisteront, ce qui marque une escalade inquiétante des besoins humanitaires", a déclaré le HCR dans un communiqué, citant des évaluations préliminaires basées sur le nombre de ménages déracinés.

11h28

Israël se prépare à étendre ses opérations au Liban

L'armée israélienne a reçu l'ordre d'étendre ses opérations au Liban, a déclaré ce jeudi le ministre de la Défense, Israël Katz, après un important barrage de roquettes tirées par le Hezbollah sur Israël dans la nuit. Le ministre a averti le président libanais Joseph Aoun que si le gouvernement libanais ne pouvait empêcher le Hezbollah d'attaquer l'Etat hébreu, celui-ci "le ferait lui-même", selon un communiqué publié par son bureau.

11h02

L'Iran met en garde contre toute agression contre ses îles

L'Iran "abandonnera toute retenue" en cas d'"agression contre le sol des îles iraniennes" dans le golfe Persique, a averti sur X le président du Parlement iranien. Dans son post, Mohammad Bagher Ghalibaf menace de "faire couler le sang des envahisseurs" dans le Golfe.

Plusieurs îles iraniennes, dont Kharg, sont des terminaux d'exportation d'énergie essentiels. D'autres abritent des bases militaires iraniennes.

10h58

Des pétroliers indiens autorisés à traverser le détroit d'Ormuz ?

Une source gouvernementale indienne a déclaré que l'Iran allait autoriser des pétroliers battant pavillon indien à transiter par le détroit d'Ormuz, une information démentie par une source iranienne. Environ 40 % des importations de pétrole indiennes passent par le détroit d'Ormuz.

10h15

La guerre au Moyen-Orient à l'origine de "la plus importante perturbation" de l’approvisionnement en pétrole de l’histoire, selon l’AIE

La guerre en Iran provoque "la plus importante perturbation de l’offre de toute l’histoire du marché pétrolier mondial", constate l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans un rapport, qui souligne que les pays du Golfe réduisent actuellement leur production pétrolière d’au moins 10 millions de barils par jour, en raison du blocage du détroit d’Ormuz.

10h03

De nouveaux drones à Dubaï et au Koweït

Les autorités de Dubaï font état ce jeudi d'un "incident mineur" résultant de la chute d'un drone sur la façade d'un immeuble situé sur la grande artère Sheikh Zayed, qui n'a pas fait de victimes.

Citée par les médias d'Etat, l'autorité koweïtienne de l'aviation civile annonce de son côté que l'aéroport international de Koweït a été visé par plusieurs drones qui ont causé des dommages matériels.

09h21

De nouvelles explosions au-dessus de Jérusalem

Les sirènes d’alerte ont été activées ce jeudi matin à Jérusalem après que l’armée israélienne a signalé des tirs de missiles iraniens vers l'Etat hébreu, et de nouvelles explosions ont été entendues au-dessus de la ville.

En parallèle, l'armée iranienne a déclaré dans un communiqué diffusé par la télévision d’Etat avoir ciblé des bases militaires israéliennes et le Shin Bet, l’Agence de la sécurité intérieure du pays.

08h57

Citibank ferme temporairement ses agences aux Émirats arabes unis

Par mesure de précaution, la banque américaine Citibank va fermer ses succursales et centres financiers aux Émirats arabes unis jusqu'au 14 mars, a indiqué jeudi le site web de la banque alors que la crise au Moyen-Orient s'aggrave. Plus tôt cette semaine, Citibank avait déjà demandé à son personnel d'évacuer les bureaux du Dubai International Financial Centre et du quartier d'Oud Metha à Dubaï, en leur demandant de travailler à domicile jusqu'à nouvel ordre.

HSBC, une autre grande banque mondiale, a fermé toutes ses succursales au Qatar jusqu'à nouvel ordre, selon un avis à la clientèle, précisant que cette mesure visait à assurer la sécurité du personnel et des clients.

08h30

Les six premiers jours de guerre ont coûté 11 milliards de dollars aux États-Unis

Le New York Times rapporte que des responsables de l'administration Trump ont estimé cette semaine, lors d'une réunion d'information au Congrès, que les six premiers jours de la guerre contre l'Iran avaient coûté aux États-Unis au moins 11,3 milliards de dollars. La Maison-Blanche n'a fourni aucune évaluation publique du coût du conflit ni d'estimation précise de sa durée.

Plusieurs collaborateurs du Congrès ont indiqué à Reuters s'attendre à ce que la Maison-Blanche soumette prochainement au Congrès une demande de financement supplémentaire pour la guerre. Certains responsables évoquent un montant de 50 milliards de dollars, tandis que d'autres estiment cette estimation basse.

08h13

Un drone iranien intercepté en Arabie saoudite

Le ministère saoudien de la Défense a annoncé ce matin qu'un drone avait été intercepté alors qu'il se dirigeait vers le champ pétrolier de Shaybah, régulièrement visé cette semaine.

08h04

Des discussions entre Etats-Unis et Russie sur la crise énergétique

L'envoyé spécial du Kremlin Kirill Dmitriev a déclaré avoir discuté de la crise énergétique provoquée par le conflit au Moyen-Orient avec les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner dans le cadre d'un groupe de travail russo-américain sur l'économie qui s'est réuni en Floride.

"De nombreux pays aujourd'hui, à commencer par les Etats-Unis, commencent à mieux comprendre le rôle clé et systémique du gaz et pétrole russe pour assurer la stabilité de l'économie mondiale, ainsi que l'inefficacité et la nature destructrice des sanctions contre la Russie", a-t-il dit sur Telegram. "Nous avons discuté à la fois de projets prometteurs pouvant contribuer à la restauration de relations russo-américaines ainsi que de la crise actuelle sur les marchés mondiaux de l'énergie", a-t-il ajouté.

07h58

Une base italienne au Kurdistan irakien touchée par un missile

Une base militaire italienne au Kurdistan irakien a été touchée par un missile dans la nuit, mais aucun blessé n'a été signalé, a déclaré ce jeudi le ministère italien de la Défense. "Un missile a touché notre base à Erbil. Il n'y a ni morts ni blessés parmi le personnel italien. Ils sont tous sains et saufs", a-t-il indiqué sur X peu après minuit.

Le ministre de la Défense, Guido Crosetto, est resté en contact permanent avec les hauts commandants militaires au sujet de cet incident, a ajouté le ministère. Le ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a déclaré dans un message séparé sur X que les militaires italiens s'étaient réfugiés dans un bunker et que tous étaient " sains et saufs". L'Italie compte environ 300 soldats à Erbil, chargés de la formation des forces de sécurité kurdes, a indiqué le ministère de la Défense sur son site web.

07h30

Au moins sept morts dans une frappe israélienne à Beyrouth

Au Liban, les autorités font état d'au moins sept morts dans une frappe israélienne sur le front de mer à Beyrouth. 21 personnes ont également été blessées, fait savoir le ministère de la Santé dans un communiqué.

07h17

Un mort dans une attaque sur un pétrolier au large de l'Irak

Une attaque visant deux pétroliers dans le Golfe, au large du sud de l’Irak, a fait au moins un mort, a rapporté jeudi la télévision publique irakienne. Les recherches se poursuivent pour tenter de retrouver plusieurs personnes portées disparues. La chaîne Al-Ikhbariya a diffusé des images montrant un navire en mer enveloppé de flammes et de fumée. Selon un bandeau citant le directeur de l’autorité portuaire, Farhan al-Fartousi, un membre d’équipage a été tué. Trente-huit personnes ont par ailleurs pu être secourues, précise la télévision.

07h01

Donald Trump assure que l’Iran est "proche de la défaite"

Donald Trump a affirmé mercredi que l’Iran était "proche de la défaite ", alors que le conflit entre dans son treizième jour. À son arrivée près de Washington, au retour d’un déplacement dans l’Ohio et le Kentucky, le président américain a également averti que les États-Unis avaient la capacité de rendre la reconstruction du pays "presque impossible". "Nous pouvons frapper des zones de Téhéran et d’autres endroits (…). Si nous le faisons, il leur sera presque impossible de reconstruire leur pays", a-t-il déclaré. "L’Iran est proche de la défaite. Cela ne veut pas dire que nous allons arrêter immédiatement, mais ils le sont", a-t-il ajouté.

Le président Donald Trump a aussi déclaré mercredi que Washington était en "très bonne position" dans sa guerre contre l'Iran et que les États-Unis allaient" se pencher sérieusement sur la situation dans le détroit d'Ormuz". Il a d’abord assuré que la guerre devrait se terminer "bientôt", estimant qu’il ne restait "pratiquement plus rien à frapper" en Iran et que l’opération militaire américaine avançait "largement en avance" sur le calendrier initial. Lors d’un meeting dans le Kentucky, il a ensuite lancé : "Nous ne voulons pas partir trop tôt, n’est-ce pas ? Nous devons terminer le travail, non ?", sans préciser quels objectifs il visait.

06h45

Emmanuel Macron appelle Israël à renoncer à son offensive terrestre au Liban

Dans un message, publié mercredi 11 mars au soir, sur le réseau social X, le président français Emmanuel Macron a exhorté Israël à "renoncer clairement à toute offensive terrestre au Liban" et appelé le Hezbollah à "cesser immédiatement ses attaques". Cette déclaration intervient après un entretien avec son homologue libanais, Joseph Aoun. "Le Hezbollah a commis une erreur grave en entraînant le Liban dans une confrontation avec Israël. Il doit mettre fin sans délai à ses attaques. Israël, de son côté, doit renoncer explicitement à une offensive terrestre au Liban", a martelé le chef de l’État.

J’ai eu une longue conversation avec les présidents du Liban et de la Syrie.

Je suis heureux que la France contribue et participe aux échanges d’égal à égal, dans un esprit de partenariat tout à fait nouveau, que le Liban et la Syrie veulent à présent nouer.…

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) March 11, 2026

06h30

Les Etats-Unis vont puiser dans leurs réserves de pétrole

Les États-Unis vont débloquer 172 millions de barils de pétrole de leurs réserves stratégiques afin de faire baisser les prix du pétrole, qui ont flambé en raison des perturbations de l'approvisionnement liées à la guerre israélo-américaine contre l'Iran, a déclaré mercredi le secrétaire américain à l'Énergie, Chris Wright. Ce dernier a précisé que ce déblocage s'inscrit dans le cadre d'un accord plus large portant sur 400 millions de barils de pétrole, conclu plus tôt dans la journée par l'Agence internationale de l'énergie (AIE), qui regroupe 32 pays. Chris Wright a indiqué que le déblocage débutera la semaine prochaine et s'étalera sur environ 120 jours.

© REUTERS

Un bâtiment endommagé après une frappe israélienne, dans la banlieue sud de Beyrouth au Liban, le 9 mars 2026.

Iran : pourquoi la guerre renforce la position de Recep Tayyip Erdogan face à l’Europe

12 mars 2026 à 12:00

Les 4 et 9 mars, deux missiles iraniens volant en direction du territoire turc étaient abattus dans les airs par les forces de l'Otan, probablement en route vers des bases américaines du sud du pays, ou vers le terminal de l'oléoduc stratégique acheminant le pétrole azéri en Méditerranée. Le leader islamo-nationaliste turc, Recep Tayyip Erdogan, est bien mal payé de ses efforts envers Téhéran. Après avoir soutenu sur le plan diplomatique les massacres des manifestants iraniens protestants contre le régime des mollahs en janvier, il avait tenté d'user de son influence sur Donald Trump pour éviter une guerre contre l'Iran. Il craignait en effet qu'elle ne déstabilise son économie et renforce les Kurdes iraniens. Pour autant, si elle comporte de nombreux risques, la guerre israélo-américaine en Iran et la déstabilisation de la région peuvent en partie jouer en faveur du leader turc, comme cela a été le cas avec la guerre en Syrie.

A l'occasion du conflit syrien - qui s'est achevé au profit des islamistes, plutôt proches d'Ankara -, la Turquie a joué un rôle central dans la gestion des réfugiés fuyant les combats. Profitant de la situation, elle avait négocié, pour les garder sur son sol, des compensations économiques et politiques avec les Européens. La guerre en Ukraine, ensuite, a encore souligné l'importance stratégique de la Turquie, deuxième plus grande armée de l'Otan, riveraine de la mer Noire et gardienne du détroit du Bosphore. Le conflit en Iran, lui, vient rappeler la place toujours centrale du Moyen-Orient dans la géopolitique mondiale. Une zone où la Turquie fait désormais office de puissance régionale, d'autant plus que les coups portés à son voisin et rival iranien créent un vide qui lui permettra d'avancer encore davantage ses pions dans la région.

D'importantes négociations commerciales et diplomatiques

Un cadre propice à de nouvelles négociations avec les Européens. Ceux-ci envisagent en effet avec inquiétude la question des réfugiés qui pourraient tenter de fuir l'Iran si le pays sombrait dans le chaos ou une forme de guerre civile. "J’apprécie les efforts de préparation du Président [Erdogan] pour faire face à l’impact potentiel de cette crise sur les migrations", a ainsi salué la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen le 1er mars à l'issue d'un appel téléphonique avec le leader turc.

"La Commission européenne à une volonté de renouer avec la Turquie, de continuer et d'élargir le partenariat dans le domaine de la gestion des migrations mais aussi du commerce et de la défense", explique Sébastien Maillard, spécialiste des affaires européennes et conseiller spécial à l’Institut Jacques Delors. Pas question en revanche de faire miroiter à Ankara une entrée dans l'Union européenne qui, elle, est totalement gelée, souligne l'expert. La Turquie, cinquième partenaire commerciale de l'UE, peut notamment espérer une modernisation et un élargissement de l'union douanière en vigueur depuis 1996. Elle a déjà obtenu, début mars, un accord pour que ses produits et ses entreprises soient considérés comme "made in EU" dans le cadre du chantier de la réindustrialisation européenne.

Sans succès pour le moment, Ankara lorgne aussi sur le pactole du SAFE, le programme visant, lui, à réarmer l'Union et doté d'un budget de 150 milliards d'euros. "Après tout, le Royaume-Uni a bien obtenu d'y participer, pourquoi pas la Turquie qui possède une industrie de défense et une armée considérable ?", interroge Sébastien Maillard.

Détourner le regard des procès politiques

Mais si la commission fait preuve d'un certain réalisme géopolitique, certains, à Bruxelles, s'indignent du rapprochement avec Ankara alors que le pouvoir turc est en pleine dérive antidémocratique. "L'attitude de la Commission et du Conseil sont une honte pour l'Europe !", accuse Nacho Sánchez Amor, député européen espagnol et rapporteur pour la Turquie au Parlement européen. Il reproche notamment à ces institutions le silence avec lequel elles ont accueilli l'ouverture, le 9 mars, du procès du maire d'Istanbul, Ekrem Imamoglu. Réélu à deux reprises, il avait été arrêté quelques jours avant sa nomination officielle comme candidat du principal parti d'opposition à la prochaine élection présidentielle, face au tout-puissant président, au pouvoir depuis 2002.

"Erdogan a spécialement confié ce procès à un procureur à ses ordres, Akin Gürlek, pour obtenir par le biais d'un tribunal ce qu'il n'a pas obtenu dans les urnes", se scandalise le député européen. Akin Gürlek, l'ancien procureur général d'Istanbul, a requis une peine de 828 à 2 352 années de prison à l'encontre du principal rival d'Erdogan, accusé de "corruption". En récompense, dénonce l'opposition, il a été nommé en février ministre de la Justice. Sa prestation de serment a déclenché une bagarre générale dans les rangs de l'Assemblée. "Erdogan a aussi obtenu l'annulation du diplôme universitaire d'Imamoglu, ce qui l'empêche d'être candidat à une élection présidentielle, et un nouveau procès est maintenant ouvert contre lui, pour 'espionnage'. Ce genre d'accusations grotesques donne une très mauvaise image de la Turquie et sape sa crédibilité en Europe", dénonce le rapporteur Nacho Sánchez Amor.

La Turquie espère aussi obtenir une exemption de visa en Europe pour ses ressortissants. Une demande que le Parlement européen conditionne à l'amélioration du respect des droits de l'homme en Turquie. "Mais ça ne les intéresse pas vraiment, il y a déjà deux millions de personnes en Turquie qui ont des passeports de fonction, qui leur permettent de venir en Europe sans visa, tous les proches du pouvoir en ont un, ça leur suffit comme ça", pointe ce député européen espagnol.

Le pari cynique de la Commission peut être risqué à long terme, tant il renforce le président Erdogan et l'incite à demander toujours davantage aux Européens sans trop de contrepartie. "On peut rentrer dans une logique transactionnelle avec la Turquie, sur le SAFE, le made in UE, les visas, mais qu'amènent-ils à la table des négociations ?" s'interroge Nacho Sanchez Amor.

Toujours est-il que les Européens prennent soin de ménager un acteur qui a pris une place centrale dans la région. "Dans l'épisode géopolitique troublé que nous traversons, mieux vaut garder la Turquie proche de nous plutôt que de la voir dériver vers d'autres puissances", estime Sébastien Maillard, de l'institut Jacques Delors. Main dans la main avec Erdogan et dans un Moyen-Orient en feu, l'Europe s'élance sur une périlleuse ligne de crête.

© REUTERS

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan prononce un discours lors de l'inauguration des résidences universitaires pour garçons et filles à l'université de Bogazici, à Istanbul, en Turquie, le 13 février 2026.

La Californie, cible potentielle de l'Iran : la mise en garde du FBI

12 mars 2026 à 11:17

Les drones iraniens pourraient-ils frapper la côte ouest américaine, à des dizaines de milliers de kilomètres du Moyen-Orient ? Le FBI a averti le mois dernier les forces de l'ordre de la possibilité que Téhéran tente de riposter à toute frappe en lançant des attaques surprises de drones en Californie, dans une note de sécurité consultée par Reuters.

Cette alerte confidentielle, émise par le FBI via le Centre régional conjoint de renseignement de Los Angeles, qui regroupe plusieurs agences, a été rendue publique mercredi 11 mars, alors que la guerre qui a débuté le 28 février par des bombardements massifs américains et israéliens sur Téhéran entrait dans son 12e jour. La formulation de la note du FBI, révélée en premier par ABC News, indique que le texte a été rédigé avant le début des hostilités. La possibilité de représailles iraniennes sur le territoire américain était alors déjà clairement prise en compte.

Une attaque depuis un navire au large

Le rapport cite des informations de la police fédérale américaine selon lesquelles, début février, l'Iran "aurait aspiré à mener une attaque surprise à l'aide de drones" lancés depuis un navire au large contre des cibles en Californie "dans l'éventualité où les États-Unis mèneraient des frappes contre l'Iran". "Nous ne disposons d'aucune information supplémentaire concernant le moment, la méthode, la cible ou les auteurs" d'une telle attaque, ajoute le bulletin. Le FBI a refusé de commenter ce dernier.

L'Iran, dont le Guide suprême et d'autres hauts responsables ont été tués lors de frappes aériennes, a riposté par des attaques de missiles et de drones contre Israël et plusieurs États du Golfe abritant des installations militaires américaines. Plusieurs soldats américains ont été tués le deuxième jour de la guerre lors d'une attaque contre une base au Koweït.

Interrogé mercredi sur la possibilité que l'Iran intensifie ses représailles, notamment par des frappes sur le sol américain, Donald Trump a balayé d'un revers de main cette hypothèse : "Non, je ne le crains pas", a-t-il déclaré depuis la Maison-Blanche, avant qu'ABC News ne révèle l'existence de la note de sécurité du FBI.

Aucune "menace imminente"

Le gouverneur de Californie a quant à lui déclaré qu'il n'avait connaissance d'aucune "menace imminente" pesant sur l'État. Dans un message publié sur X, Gavin Newsom a assuré qu'il était "en coordination constante avec les responsables de la sécurité et du renseignement" pour surveiller "les menaces potentielles contre la Californie, y compris celles liées au conflit au Moyen-Orient". "Bien que nous n'ayons connaissance d'aucune menace imminente pour le moment, nous restons prêts à faire face à toute situation d'urgence dans notre État", a-t-il ajouté.

I am in constant coordination with security and intelligence officials, including at @Cal_OES, to monitor potential threats to California — including those tied to the conflict in the Middle East.

While we are not aware of any imminent threats at this time, we remain prepared…

— Governor Gavin Newsom (@CAgovernor) March 11, 2026

Son bureau a précisé que le bulletin du FBI faisait partie des nombreuses mises à jour de sécurité que l'État reçoit quotidiennement de ses partenaires fédéraux. La Californie, a-t-il précisé, a renforcé son dispositif de sécurité depuis le début du conflit.

Devant la presse, Gavin Newsom a également déclaré que l'avertissement du FBI n'était pas une surprise, mais qu'il avait de nombreuses questions quant à l'évolution possible de la guerre avec l'Iran. "J’aimerais que le président s’adresse aux Américains pour leur expliquer les enjeux de cette affaire. Quel est le but recherché ?", a lancé le démocrate, pressenti comme candidat potentiel à la présidentielle de 2028.

Bases militaires

La maire de Los Angeles, ville la plus peuplée de Californie, a elle aussi déclaré que son bureau et le département de police de Los Angeles "travaillaient en étroite collaboration avec leurs partenaires étatiques et fédéraux pour assurer la sécurité des habitants de Los Angeles". "À l'heure actuelle, il n'existe aucune menace spécifique ou crédible pour Los Angeles", a souligné Karen Bass.

En début de mois, Reuters rapportait que l'Iran et ses alliés pourraient cibler les États-Unis par des attaques. Une évaluation des menaces produite par le département américain de la Sécurité intérieure indique que l'Iran et ses alliés représentent "probablement" une menace d'attaques ciblées contre les États-Unis, bien qu'une frappe physique à grande échelle soit peu probable. Comme le rappelle le New York Times, la côte californienne s'étend sur quelque 1 350 kilomètres, et cet État abrite plus de bases militaires que tout autre État américain. Environ 150 000 Américains d'origine iranienne vivent dans la région de Los Angeles, nombre d'entre eux appartenant à des minorités opprimées en Iran.

© REUTERS

Le gouverneur de Californie Gavin Newsom a déclaré qu'il n'avait connaissance d'aucune "menace imminente".

Des mini-réacteurs nucléaires pour se chauffer ? Helsinki prépare sa révolution énergétique

12 mars 2026 à 11:15

Les 15 et 22 mars, les Français votent aux municipales. L'occasion pour L'Express de sélectionner chez nos voisins des idées innovantes, des concepts pertinents et des dynamiques vertueuses pour améliorer notre quotidien. Tour d'Europe des villes qui doivent nous inspirer, et surtout inspirer nos nouveaux élus.

EPISODE 1 - Ces villes qui doivent nous inspirer : Munich, le mariage réussi de la Silicon Valley et de l'huile de moteur

EPISODE 2 - Comment Vienne est devenue un petit paradis pour les seniors et les locataires

EPISODE 3 -Londres, un modèle pour la sécurité ? Sa recette miracle pour faire baisser le crime

EPISODE 4 - "Les polémiques à Paris nous ont beaucoup amusés" : Copenhague, ce modèle de propreté qui s'exporte

EPISODE 5 - Prague, la ville rêvée des étudiants qui caracole en tête des classements européens

Imaginez un réacteur nucléaire situé en plein cœur de Paris, près de la tour Eiffel. Pas un EPR énorme non, mais un modèle 150 fois plus petit si bien qu’il peut être enterré sous les pelouses du Trocadéro. Ce scénario, encore inimaginable chez nous, pourrait être demain le quotidien des habitants d’Helsinki.

La capitale finlandaise a décidé de confier à la filière nucléaire une partie de ses énormes besoins en chaleur. "Trois sites sont à l’étude pour accueillir un ou plusieurs réacteurs, dont un situé à 1 kilomètre seulement du centre de la ville", explique Juha-Pekka Weckström, PDG d’Ilmatar, le plus grand producteur d'énergie éolienne de Finlande. "Plusieurs choix s'offrent à nous : un réacteur produisant à la fois de la chaleur et de l’électricité, ou bien investir dans une machine dédiée au chauffage des bâtiments. Ma préférence va plutôt vers cette deuxième catégorie, car cela voudrait dire des réacteurs plus compacts et un devis trois ou quatre fois moins cher pour la ville", poursuit le dirigeant.

Comment Helsinki a-t-elle pris le virage de l’atome ? "Il y a dix ans, la Finlande se chauffait principalement au charbon ou au gaz en provenance de Russie, c'était pratique et peu cher. Mais avant même la guerre en Ukraine, les dirigeants finlandais ont compris que cette situation n’était pas pérenne", détaille Juha-Pekka Weckström. "En investissant dans des technologies vertes comme, l'éolien, le photovoltaïque ou de grosses bouilloires électriques, nous avons déjà réduit de 80 % les émissions de CO2 par rapport au niveau de 1990", confie Pekka Tolonen, dirigeant de Helen Nuclear, une filiale de la compagnie énergétique de la municipalité d'Helsinki. Mais pour aller plus loin, selon lui, le nucléaire reste l'alternative la plus prometteuse.

En Finlande, environ 70 % de la population se déclare favorable à l'énergie de l'atome et devrait donc soutenir l’initiative municipale, tout comme les politiques. La ville, de son côté, cultive son rôle de précurseur. "Cela a toujours été un moteur pour Helsinki, confirme Juha-Pekka Weckström : être la première ville à réduire autant les émissions de CO2, avoir le meilleur aéroport en Europe, de pistes pour les vélos, des parcs, des plans d'eau, etc." Si tout se passe bien, dès le début de la prochaine décennie, Helsinki sera donc chauffée grâce à un ou plusieurs petits réacteurs modulaires (SMR). De quoi d’inspirer d’autres capitales. Les Coréens regardent déjà de près les progrès accomplis par les Finlandais. Et la France ? Juha-Pekka Weckström en est persuadé : installer un petit réacteur dans Paris serait sans doute une bonne idée.

© Hans Engbers/Shutterstock

Un immeuble écologique à Helsinki, en Finlande.

Pétrole : tout comprendre à la mobilisation sans précédent des réserves stratégiques

12 mars 2026 à 10:12

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a lancé son plan d’urgence, un geste rare et d’une ampleur inédite. La libération de 400 millions de barils de réserves de pétrole, décidée mercredi 11 mars, vise à limiter l’impact catastrophique de la guerre en Iran sur l’approvisionnement mondial. L’AIE a annoncé que ses 32 pays membres avaient donné leur accord à l’unanimité pour le prélèvement collectif le plus massif jamais réalisé sur leurs réserves stratégiques de pétrole (RSP). Cette opération dépasse de plus du double le précédent record, établi en mars 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, lorsque les États-Unis avaient libéré 180 millions de barils — jusque-là la plus grande intervention de ce type jamais orchestrée.

En quoi consistent les réserves stratégiques mobilisées ?

C’est sous l’égide de l'AIE, rattachée à l’OCDE, l'Organisation de coopération et de développement économiques, que le système des stocks stratégiques de pétrole a été mis en place. Pour prévenir toute interruption d’approvisionnement, les pays membres doivent maintenir des réserves couvrant au moins 90 jours d’importations. Selon l’AIE, ils disposent aujourd’hui de plus de 1,2 milliard de barils de stocks d’urgence, auxquels s’ajoutent 600 millions de barils détenus par l’industrie en vertu d’obligations réglementaires. Le déblocage conjoint dévoilé représente ainsi environ un tiers de ces réserves publiques.

A noter que l'AIE n'a procédé qu'à quatre déblocages d'urgence de ses réserves stratégiques de pétrole depuis sa création par les membres de l'OCDE au milieu des années 1970, en réponse à l'embargo pétrolier de l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) de 1973. Cette crise avait entraîné de graves pénuries de carburant et une multiplication par quatre des prix du pétrole. Cette rareté souligne la gravité de la situation actuelle, mais aussi potentiellement les limites de l'outil déployé.

Comment ce déblocage fonctionne-t-il ?

Plusieurs détails essentiels du déblocage n’ont pas encore été communiqués, et ils sont cruciaux pour mesurer son impact potentiel. D’abord, le rythme auquel le pétrole sera libéré reste inconnu : l’AIE a précisé que chaque membre déciderait de son propre calendrier et, surtout, de la rapidité avec laquelle le pétrole atteindra le marché.

D’après les estimations de JPMorgan, un déblocage coordonné des réserves stratégiques pourrait atteindre un débit maximal d’environ 1,2 million de barils par jour, sur la base des précédents. À titre de comparaison, l’opération de 2022 avait libéré environ 1 million de barils par jour. Même à ce rythme, cette mesure ne couvrirait qu’une fraction des perturbations actuelles de l’approvisionnement, laissant le marché profondément sous tension. Selon le ministère de l’Énergie américain, la réserve pourrait théoriquement fournir jusqu’à 4,4 millions de barils par jour dans les 13 jours suivant une décision présidentielle. Mais les analystes préviennent que le débit effectif sera probablement beaucoup plus faible — autour de 2 millions de barils par jour — en raison de contraintes logistiques et physiques.

Qui détient quoi ?

"Chaque pays appliquera désormais la libération selon ses propres modalités, calendriers et procédures", précise sobrement Bercy à nos confrères du Monde. Certains États ont toutefois donné des indications plus concrètes sur leurs contributions : la France prévoit 14,5 millions de barils sur une réserve totale de 159 millions, l’Allemagne 19,5 millions sur 177 millions, et le Royaume-Uni 13,5 millions sur 68 millions. Aux États-Unis, Donald Trump a confirmé la participation de Washington, le ministre de l’Énergie américain, Chris Wright, annonçant ensuite sur X le déblocage de 172 millions de barils. "Les réserves pétrolières américaines s'élèvent actuellement à 415 millions de barils, selon le département de l'Énergie, soit un taux de remplissage inférieur à 59 %. Les États-Unis consomment environ 20 millions de barils de pétrole brut par jour, une quantité comparable à celle qui transite quotidiennement par le détroit d'Ormuz", souligne le site Politico.

Pour les raffineurs asiatiques, les barils américains pourraient toutefois se révéler moins pratiques. Un trajet en pétrolier depuis la côte du golfe du Mexique jusqu’en Asie prend entre 40 et 60 jours, selon l’itinéraire, soit plus du double du temps nécessaire pour les expéditions en provenance du Moyen-Orient. Le Japon, particulièrement vulnérable aux ruptures d’approvisionnement — près de 90 % de ses importations pétrolières transitent par le détroit d’Ormuz —, prévoit de libérer environ 80 millions de barils dès lundi prochain. À noter que Tokyo possède les deuxièmes plus grandes réserves stratégiques de l’OCDE avec 470 millions de barils.

Pour quels résultats ?

Si l'objectif reste de stabiliser les marchés, est-ce que cela fonctionne vraiment ? Là encore, les précédentes libérations de réserves révèlent un bilan contrasté. "Les membres de l’AIE ont procédé à deux déblocages successifs en 2022, au début du conflit russo-ukrainien. La première vague n’avait stoppé en rien l’envolée des prix du brut, certains traders l’interprétant comme la preuve que la crise pétrolière était plus grave qu’anticipé. La deuxième, bien plus massive, avait soulagé les prix. Mais provisoirement", rappelle Le Monde.

Pour Ron Bousso, éditorialiste pour Reuters, le plan de l'AIE n'apportera de fait "qu'un soulagement limité tant que les exportations d'énergie du Moyen-Orient resteront bloquées." Ce jeudi matin, malgré l'annonce de l'Agence, le baril de pétrole a repassé la barre des 100 dollars.

© REUTERS

Des conteneurs de stockage de pétrole de la société allemande de logistique pétrolière Unitank à Westhafen, à Berlin, dans le contexte du conflit israélo-américain avec l'Iran, en Allemagne.

Affaire Julian Assange : comment la CIA a infiltré l'ambassade d'Equateur pour le surveiller

12 mars 2026 à 08:00

Début 2018, la tentative de Julian Assange, cyber-militant et journaliste, de s'échapper de l'ambassade d'Equateur à Londres, où il était réfugié pour échapper à la justice américaine, échoue. Cette semaine, le journal espagnol El País révélait les détails de l'échec de cette évasion, dû à l'action d'un ancien militaire espagnol, David Morales, dont l'entreprise était chargée d'assurer la sécurité de l'ambassade équatorienne. Une position que David Morales, propriétaire d'UC Global SL (une société de conseil en sécurité basée à Jerez de la Frontera, en Andalousie), et agent double, a utilisé au profit de la CIA, selon les informations révélées par le quotidien espagnol.

Tout commence en 2016 : David Morales, ex-militaire et patron d'une société de sécurité largement inconnue du grand public, se rend à Las Vegas pour un salon de l'armement. Il y rencontre Brian Nagel et Zohar Lahav, responsables de la sécurité d'un casino appartenant au milliardaire Sheldon Adelson, proche du Parti républicain et de Donald Trump. Morales leur confie être le responsable de la sécurité de l'ambassade d'Equateur à Londres, où se trouve alors réfugié Julian Assange.

Il entame une relation avec ces deux personnages, l'un se trouvant également être un ex-militaire américain. Rapidement, David Morales va commencer à travailler pour le compte de la CIA. Au moment de la révélation des liens entre UC Global SL et les services américains, dans les années qui suivirent, plusieurs employés de la société ont expliqué comment s'était forgée cette relation entre leur patron et "le client américain" au fil des mois.

Un mystérieux "client américain"

"Je suis passé du côté obscur", avait un jour confié David Morales à l'un de ses collaborateurs au retour d'un voyage aux Etats-Unis. "On va jouer dans la cour des grands", s'était-il réjoui, euphorique. A l'un de ses employés qui avait suggéré que trahir l'ambassade équatorienne serait une mauvaise idée, le patron d'UC Global SL avait répondu : "je suis un mercenaire et je me lance à corps perdu", tout en déboutonnant sa chemise.

Toujours selon des sources au sein de l'entreprise, El País explique que David Morales ne recevait pas directement de l'argent, mais que les rétributions se faisaient via la signature de contrats avec sa société. Le premier : superviser le yacht du milliardaire Sheldon Adelson, lors de sa traversée de la Méditerranée. "Cela n'avait clairement aucun sens", puisque ce dernier disposait déjà d'une équipe de sécurité complète.

En mars 2017, on lui confie la tâche d'espionner le personnel de l'ambassade d'Equateur à Londres et leur invité : Julien Assange. Le fondateur de WikiLeaks y est réfugié depuis 2012 (et y restera jusqu'à 2019) sous la protection du président Rafael Correa. Il cherche à éviter une extradition vers les Etats-Unis, où il risque jusqu'à 175 ans de prison pour la diffusion de documents classifiés, sur les activités du Pentagone en Irak et en Afghanistan.

L'ambassade sous surveillance

David Morales et ses équipes vont ainsi placer sous surveillance Julian Assange, le personnel de l'ambassade équatorienne - dont ils sont censés assurer la sécurité - mais aussi les avocats, visiteurs, ou le médecin du cyberactiviste australien. Des dizaines de courriels sont interceptés, mais aussi des conversations, au moyen du sabotage des caméras de l'ambassade.

En 2017, la société de David Morales entreprend ainsi de remplacer les caméras de l'ambassade, et de gérer leur achat auprès d'un site de matériel de surveillance : "Espiamos.com". Les équipes d'UC Global SL y font intégrer des systèmes audio dissimulés, et cachent cette information au personnel de l'ambassade. Avec ce nouveau système de vidéosurveillance, les Américains avaient désormais accès en direct à tous les enregistrements de l'ambassade équatorienne à Londres.

Cela ne signifiait pas pour autant qu'espionner Julian Assange, obsédé par sa sécurité, était simple. Le fondateur du site à l'origine de la fuite massive de documents sur la sécurité américaine avait pris soin d'installer un appareil à bruit blanc dans sa cellule, pour empêcher l'enregistrement de ses discussions.

Il faisait également ses réunions avec ses avocats dans les toilettes des femmes, pensant y être plus en sécurité. Mais là aussi, les équipes de David Morales avaient caché des micros, tout comme à l'extérieur de l'ambassade, ou derrière du mobilier décoratif qu'ils avaient pris soin de reproduire et de substituer.

Fichage de son entourage

En août 2017, depuis Miami, ville qu'il fréquentait régulièrement, l'ancien officier militaire demande à ses équipes de lui fournir "les données relatives au Wi-Fi de l'ambassade" et à la qualité des murs "briques, maçonnerie, ciment". L'entreprise entreprend également de ficher, pour le compte "du client américain", toutes les personnes qui viennent visiter Julian Assange, ainsi que leurs passeports et numéros IMEI et SIM de leur téléphone.

Son agence va également espionner Stella Morris, avocate et actuelle épouse de l'Australien, avec qui elle révélera plus tard, en 2020, avoir eu des enfants pendant sa captivité. A l'époque, ils soupçonnent qu'un bébé vu avec un ami d'Assange puisse en réalité être le sien. Ils subtilisent une de ses couches afin de réaliser des analyses. Ils font également réaliser la graphologie de Julian Assange, c'est-à-dire l'étude de sa personnalité par son écriture.

Protection américaine

Le 21 décembre 2017, les nouvelles caméras installées par UC Global SL filment une réunion cruciale entre le cyberactiviste, Stella Morris et Rommy Vallejo, le chef des services de renseignement équatoriens. Ils finalisent son évasion de l'ambassade. Les enregistrements sont captés suffisamment à temps par les Américains pour que ces derniers émettent un mandat de capture, et que les hommes de David Morales s'introduisent par effraction dans le bureau de l’avocat Baltasar Garzón, agressant ce dernier et subtilisant le passeport diplomatique fourni par l'Equateur à Assange. Le plan qui aurait pu épargner au fondateur de WikiLeaks sept années supplémentaires de captivité vient d'échouer.

Malgré les tentatives de ses proches de poursuivre David Morales pour espionnage, ce dernier bénéficiera toujours de la protection des autorités américaines. L'Australien sera expulsé de l'ambassade d'Equateur seize mois plus tard, en avril 2019, au moment de l'arrivée au pouvoir de Lenin Moreno. Il est arrêté par la police britannique et incarcéré à Londres jusqu'à sa libération en juin 2024, après la conclusion d'un accord avec la justice américaine.

© Gao Jing / Agence de presse Xinhua/Newscom/MaxPPP

Début 2018, la tentative de Julian Assange, cyber-militant et journaliste, de s'échapper de l'ambassade d'Equateur à Londres, où il était réfugié pour échapper à la Justice américaine, échoue.

Iran : ces immenses moyens déployés par la CIA depuis des décennies

12 mars 2026 à 06:00

Le passé permet souvent d'éclairer l'actualité. Chaque jeudi, dans notre nouveau podcast Hier à la Une, on se plonge dans les archives de L’Express, pour comprendre autrement la couverture du magazine de la semaine.

Samedi 28 février, à Tel Aviv comme à Washington, la même scène : un dirigeant qui observe une photo de la dépouille de l’ayatollah Khamenei. Un cliché - entre les mains de Benyamin Netanyahou et Donald Trump - qui illustre la réussite de l’opération Fureur épique menée conjointement par les Etats-Unis et Israël en Iran quelques heures plus tôt. Et c’est à cette collaboration que L’Express consacre sa Une cette semaine.

Cette opération est l'aboutissement de plusieurs décennies de préparation et de lourds investissements dans les services, autant côté américain qu'israélien. Son succès repose sur une coopération entre le renseignement humain et la haute technologie.

À l'aide de cette fine connaissance du pays, la CIA et encore plus le Mossad ont infiltré les cercles du pouvoir depuis longtemps, jusqu'à atteindre une source dans l'entourage de l'ayatollah. Une source humaine qui va informer Américains et Israéliens d’une réunion entre Khamenei et les cadres du régime. L’opération est lancée dans les heures qui suivent.

Depuis, l’intensité de la guerre ne faiblit pas. D'après le Pentagone, les États-Unis ont frappé près de 2 000 cibles dans les quatre premiers jours de l'opération Fureur épique. De son côté, l'armée israélienne dit avoir détruit environ 1 000 objectifs par jour. Mais la CIA qui mène une opération de grande ampleur en Iran, c’est loin d’être une nouveauté.

Dans cet épisode d'Hier à la Une, on vous propose de revenir sur ce qu’en disait L’Express il y a quelques années.

En 1953, lorsque l'Iran avait fait appel à la médiation américaine, alors que le Premier ministre Mohammad Mossadegh était contesté dans son pays, la CIA avait préparé un coup d'État. Le dirigeant iranien s'est vu démis de ses fonctions. Quelques années plus tard, en 1979, la CIA connaît son premier grand échec en Iran lors de la révolution islamique. Pourtant, cela ne l'empêchera pas de frapper encore plus fort, en 2026.

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Cet épisode a été écrit et présenté par Charlotte Baris, monté par Mélanie Pierre et réalisé par Jules Krot.

Crédits : INA

Musique et habillage : Emmanuel Herschon / Studio Torrent

Visuel : Alice Lagarde

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© ZUMA PRESS/MAXPPP

1er mars 2026, Palm Beach, Floride, États-Unis : le président américain Donald Trump rencontre ses conseillers après avoir lancé l'opération Epic Fury contre l'Iran depuis son complexe hôtelier de Mar-a-Lago, le 28 février 2026 à Palm Beach, en Floride. © Daniel Torok

Guerre en Iran : l'armée israélienne annonce mener une série de frappes "à grande échelle" sur Beyrouth

11 mars 2026 à 21:00

Les frappes ne cessent pas au Moyen-Orient. En ce douzième jour de conflit dans la région, déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains sur l'Iran, Téhéran a déclaré avoir lancé son attaque "la plus violente et la plus lourde depuis le début de la guerre". Koweït, Bahreïn, Arabie saoudite, Qatar... Plusieurs pays du Golfe ont fait état de missiles ou de drones visant leur territoire ces dernières heures. Trois navires ont par ailleurs été touchés par des projectiles d'origine inconnue dans le détroit d'Ormuz, toujours bloqué.

De son côté, Israël a également été visé par la République islamique, poussant la population à se mettre à l'abri dans des pièces souterraines. L'armée de l'État hébreu, a, elle, de nouveau frappé la capitale du Liban, Beyrouth, la nuit dernière. Alors que Donald Trump donne des signaux contradictoires sur la perspective d'une sortie de crise, les puissances du G7 se réuniront ce mercredi après-midi en visioconférence "pour évoquer les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient".

Les infos à retenir

⇒ "Nous pourrions les éliminer en moins d’une heure", lance Donald Trump à propos des forces iraniennes

⇒ Les capacités militaires de l’Iran "ne sont pas réduites à zéro", prévient Emmanuel Macron

⇒ L’armée israélienne annonce mener une série de frappes "à grande échelle" sur la banlieue sud de Beyrouth

20h42

L’armée israélienne annonce mener une série de frappes "à grande échelle" sur la banlieue sud de Beyrouth

Tsahal a annoncé avoir débuté une "vague d'ampleur" d'attaques contre la périphérie sud de la capitale libanaise Beyrouth, une zone considérée comme le bastion historique du Hezbollah.

20h12

Les Etats-Unis auraient pu frapper une école de filles iranienne en utilisant des données de ciblage obsolètes

Une frappe contre une école de filles iranienne ayant tué des dizaines d’enfants pourrait être le résultat de l’utilisation par les Etats-Unis de données de ciblage obsolètes, ont indiqué mercredi à Reuters deux sources familières du dossier, apportant de nouveaux éléments sur ce qui pourrait constituer l’un des pires cas de victimes civiles dans des décennies de conflits impliquant les Etats-Unis.

Une vidéo montre, selon des experts, un missile Tomahawk américain frappant la zone. Mais les circonstances exactes de la tragédie restent floues et le Pentagone a refusé de commenter, indiquant que l’enquête était toujours en cours. La frappe, survenue le premier jour des attaques menées par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran, a tué 150 élèves, selon l’ambassadeur iranien auprès de l’ONU à Genève, Ali Bahreini.

Selon des copies archivées du site officiel de l’école, celle-ci est située à proximité d’un complexe exploité par le Corps des Gardiens de la révolution islamique, la force militaire qui relève directement du Guide suprême iranien. L’une des sources, qui s’est exprimée sous couvert d’anonymat, a déclaré que les responsables chargés d’établir les dossiers de ciblage semblaient avoir utilisé des renseignements périmés. La seconde source a confirmé que des renseignements obsolètes semblent avoir été utilisés.

20h09

L'armée israélienne est prête à poursuivre la guerre contre l'Iran aussi longtemps que nécessaire, déclare un porte-parole

L'armée israélienne est prête à poursuivre sa guerre contre l'Iran aussi longtemps que nécessaire, a déclaré mercredi soir son porte-parole, le général de brigade Effie Defrin, aux journalistes. "En tant qu'armée, nous sommes prêts à poursuivre la campagne aussi longtemps que nécessaire", a-t-il déclaré.

20h03

Le Hezbollah et l'Iran attaquent ensemble Israël

Le Hezbollah libanais et l'Iran ont mené une attaque conjointe de missiles sur le nord d'Israël, la première attaque coordonnée depuis le début de la guerre, a déclaré mercredi un haut responsable de la défense israélienne.

20h02

Les forces américaines ont neutralisé 28 navires iraniens poseurs de mines, affirme Donald Trump

Le président américain Donald Trump a affirmé mercredi soir que les Etats-Unis avaient "neutralisé à deux reprises la direction iranienne" depuis le début du conflit. Il a également assuré que les forces américaines avaient "frappé 28 navires poseurs de mines" déployées par l’Iran.

19h45

Le FBI avertit d’un possible projet iranien d’attaque par drones contre la côte ouest des Etats-Unis

Le FBI a averti ces derniers jours les services de police californiens que l'Iran pourrait riposter aux attaques américaines en lançant des drones sur la côte ouest, selon une alerte consultée par ABC News.

"Nous avons récemment appris qu'au début du mois de février 2026, l'Iran aurait envisagé de mener une attaque surprise à l'aide de drones, depuis un navire non identifié, au large des côtes américaines, contre des cibles non précisées en Californie, dans l'éventualité où les Etats-Unis lanceraient des frappes contre l'Iran", indique l'alerte diffusée fin février. "Nous ne disposons d'aucune information supplémentaire concernant le calendrier, le mode opératoire, la cible ou les auteurs présumés de cette attaque."

A cette menace, Donald Trump a déclaré mercredi ne pas être inquiet de possibles attaques soutenues par l'Iran sur le sol américain.

18h12

"Nous pourrions les éliminer en moins d’une heure", lance Donald Trump à propos des forces iraniennes

"Nous pourrions les éliminer en moins d’une heure", a déclaré Donald Trump à propos des forces iraniennes, interrogé par Fox News. "Ils ont perdu leur marine. Ils ont perdu leur armée de l'air. Ils n'ont plus aucun système de défense antiaérienne. Ils n'ont plus de radar. Leurs dirigeants ont disparu", a-t-il énuméré.

"Nous pourrions les éliminer dès cet après-midi, en fait, en moins d'une heure ; ils seraient littéralement incapables de reconstruire ce pays", a-t-il ajouté.

PRESIDENT TRUMP: "They've lost their navy. They've lost their air force. They have no anti-aircraft apparatus at all. They have no radar. Their leaders are gone. And we could do a lot worse."

"We could take them out by this afternoon, in fact, within an hour, they literally… pic.twitter.com/j8maBGWr1B

— Fox News (@FoxNews) March 11, 2026

17h52

Donald Trump prévient que les Etats-Unis vont frapper l'Iran "dans une heure"

Donald Trump prévient que son pays va réaliser de nouvelles frappes en Iran "dans une heure". "Ils ne pourront pas se relever", a assuré le président américain.

L'armée américaine a averti qu'elle ne pouvait garantir la sécurité des ports maritimes du détroit d'Ormuz, laissant entendre que ces ports pourraient devenir des cibles militaires. "Les ports civils utilisés à des fins militaires perdent leur statut de protection et deviennent des cibles militaires légitimes au regard du droit international", a déclaré le Commandement central américain, responsable des opérations au Moyen-Orient, dans un communiqué, rapporte The New York Times.

16h55

L'Iran aurait posé une douzaine de mines dans le détroit d'Ormuz

L'Iran a déployé une douzaine de mines dans le détroit d'Ormuz, ont indiqué deux sources proches du dossier, une mesure susceptible de compliquer la réouverture de cette voie navigable étroite, une voie importante pour le transport du pétrole et du gaz naturel liquéfié. Les exportations de pétrole et de GNL transitant par ce point de passage stratégique le long des côtes iraniennes ont été effectivement interrompues par la guerre déclenchée il y a 12 jours par les États-Unis et Israël, contribuant ainsi à une flambée des prix mondiaux de l'énergie.

Le commandement militaire iranien a déclaré mercredi que le monde devait se préparer à ce que le prix du pétrole atteigne 200 dollars le baril.

Une source a indiqué que l'emplacement de la plupart des mines était connu, mais a refusé de préciser comment les États-Unis comptaient les neutraliser.

16h30

Les capacités militaires de l’Iran "ne sont pas réduites à zéro", prévient Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a pris la parole ce mercredi à l'issue d'une visioconférence avec les dirigeants du G7. Le président français a estimé que le détroit d'Ormuz est devenu "un théâtre de guerre" et a appelé à assurer la "libre circulation" dans cette voie maritime stratégique.

Le chef de l'Etat a également prévenu que les capacités militaires de l'Iran "ne sont pas réduites à zéro" et a appelé Donald Trump à "clarifier ses objectifs".

"Il faut pouvoir définir des objectifs clairs sur le plan militaire et politique à ce conflit qui a déjà aujourd'hui des dommages considérables portés aux capacités balistiques militaires de l'Iran […] Donc il appartiendra au président des États-Unis d'Amérique de clarifier ses objectifs."

15h41

Le Royaume-Uni participe au déblocage des réserves de pétrole de l'AIE avec 13,5 millions de barils

La Grande-Bretagne a annoncé mercredi qu'elle contribuerait à hauteur de 13,5 millions de barils de pétrole à une libération coordonnée de ses réserves stratégiques, rejoignant ainsi d'autres membres de l'Agence internationale de l'énergie. "Par cette action, le Royaume-Uni joue son rôle aux côtés de ses alliés internationaux pour faire face aux perturbations des marchés pétroliers", a déclaré le ministre de l'Énergie, Ed Miliband, dans un communiqué.

15h08

L'AIE libère 400 millions de barils de pétrole de ses stocks stratégiques

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a proposé mercredi le déblocage de 400 millions de barils de pétrole, la plus importante mesure de son histoire, puisés dans les réserves stratégiques de ses pays membres pour contenir la hausse des prix du pétrole provoquée par le conflit au Moyen-Orient, a annoncé l'organisation dans un communiqué.

L'AIE a indiqué que la publication avait été approuvée à l'unanimité par 32 pays membres, et que le calendrier serait précisé ultérieurement.

L'AIE, basée à Paris, a fait cette déclaration alors que le président français Emmanuel Macron présidait une réunion des dirigeants du G7 consacrée à cette question. La ministre allemande de l'Économie, Katherina Reiche, avait précédemment confirmé le chiffre de 400 millions de barils et indiqué que son pays participerait à cette publication. Les États-Unis et le Japon seraient les principaux contributeurs à cette publication de l'AIE, a-t-elle ajouté.

"La pression venait principalement du gouvernement américain, qui souhaite cette publication", a déclaré un diplomate de l'UE, avant la déclaration de l'AIE. Le secrétaire américain à l'Intérieur, Doug Burgum, a en effet salué les informations faisant état de la libération prévue. "C’est le moment idéal pour envisager de libérer une partie de ces stocks afin de réduire la pression sur les prix mondiaux", a-t-il déclaré lors d’une interview accordée à Fox News.

15h06

Il ne reste "pratiquement plus rien" à cibler en Iran, assure Donald Trump

Le président américain Donald Trump a déclaré mercredi au média Axios qu'il ne restait "pratiquement plus rien" à cibler en Iran et que la guerre dans ce pays prendrait bientôt fin.

14h36

La Suisse ferme son ambassade à Téhéran

La Suisse ferme temporairement son ambassade à Téhéran en raison de la guerre au Moyen-Orient et des risques sécuritaires croissants, a annoncé mercredi le ministère des Affaires étrangères.

L’ambassadeur et cinq membres du personnel suisse ont quitté l’Iran par voie terrestre et se trouvent sains et saufs hors du pays, a-t-on ajouté. "Ils retourneront à Téhéran dès que la situation le permettra." La Suisse continuera de maintenir un dialogue ouvert entre les États-Unis et l'Iran, en concertation avec les deux pays, indique le communiqué.

13h58

L'Iran dit de se préparer "à un baril à 200 dollars"

"Préparez-vous à ce que le pétrole atteigne 200 dollars le baril, car son prix dépend de la sécurité régionale que vous avez déstabilisée", a déclaré Ebrahim Zolfaqari, porte-parole du commandement militaire iranien, dans des propos adressés aux États-Unis.

Les prix du pétrole, qui avaient flambé en début de semaine, se sont stabilisés et les marchés boursiers ont rebondi, les investisseurs pariant pour l'instant que le président américain Donald Trump trouvera un moyen rapide de mettre fin à la guerre qu'il a déclenchée aux côtés d'Israël il y a près de deux semaines. Mais jusqu'à présent, la situation sur le terrain n'a pas évolué favorablement et rien n'indique que les navires puissent naviguer en toute sécurité dans le détroit d'Ormuz.

13h47

L'Espagne met fin aux fonctions de son ambassadrice en Israël

L'Espagne a officiellement mis fin aux fonctions de son ambassadrice en Israël, alors que la crise diplomatique entre les deux pays s'aggrave en raison de l'opposition de l'Espagne aux attaques américano-israéliennes contre l'Iran.

La diplomate avait été rappelée à Madrid en septembre 2025, où elle se trouvait depuis, à la suite d’échanges houleux avec Israël, après l’annonce par le gouvernement espagnol de nouvelles mesures visant à "mettre un terme au génocide à Gaza".

13h30

Nouvelles sanctions de l'UE contre l'Iran

L’Union européenne a pris de nouvelles sanctions contre 19 responsables et entités iraniens, coupables de violations « graves » des droits humains, a écrit ce mercredi la chef de la diplomatie européenne, Kaja Kallas. "Alors que la guerre contre l’Iran se poursuit, l’UE protégera ses intérêts et poursuivra les responsables de la répression intérieure", a-t-elle déclaré sur X, ajoutant que "cela envoie également un message à Téhéran : l’avenir de l’Iran ne peut pas être bâti sur la répression".

13h05

Israël dit que l’offensive contre l’Iran se poursuivra "sans limite de temps"

Le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, a prévenu lors d'une réunion ce mercredi que l’offensive menée conjointement par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran se poursuivrait "sans limite de temps, aussi longtemps que nécessaire, jusqu’à ce que nous atteignions tous les objectifs et décidions de l’issue de la campagne". "La direction iranienne qui a survécu fuit comme des souris dans des tunnels, exactement comme la direction du Hamas à Gaza", a ajouté Israël Katz, cité par son bureau.

12h53

Les Etats-Unis vont pouvoir utiliser les bases roumaines pour leurs opérations en Iran

Des avions ravitailleurs américains, des équipements de surveillance et des communications par satellite pourraient utiliser des bases militaires roumaines dans le cadre de l'offensive américaine en Iran, a déclaré mercredi le président roumain Nicusor Dan. La demande américaine a été approuvée lors d'une réunion du conseil de défense de cet Etat membre de l'UE et de l'Otan, l'approbation du Parlement étant attendue plus tard dans la journée de mercredi.

12h42

Trois disparus après l'endommagement d'un vraquier thaïlandais par un projectile dans le détroit d'Ormuz

Un vraquier thaïlandais figure parmi les trois embarcations touchées par des projectiles d'origine inconnue ce mercredi dans le détroit d'Ormuz. Le ministère thaïlandais des Transports vient d'annoncer que trois membres de l'équipage étaient portés disparus après cet incident. Vingt autres ont été évacués vers Khasab (Oman). Le navire avait quitté la semaine dernière les Emirats arabes unis, puis avait tenté de traverser le bras de mer séparant la péninsule arabique de l'Iran. Mais les navires transitant par cette voie maritime, habituellement très empruntée, demeurent sous la menace de frappes venues de la République islamique.

12h37

570 morts depuis le début de la guerre au Liban, selon les autorités

Les autorités libanaises ont communiqué ce mercredi un nouveau bilan humain des frappes en Israël ces derniers jours. Depuis le début de la guerre, le 2 mars, 570 personnes ont été tuées dans le pays, dont 84 rien que sur la journée de mardi, indique le ministère libanais de la Santé. Beyrouth précise que 1 444 personnes ont également été blessées dans les bombardements.

12h09

L’Iran dit avoir visé la direction du renseignement militaire et une base navale en Israël

L’armée iranienne a dit ce mercredi avoir visé plusieurs cibles en Israël, dont la direction du renseignement militaire, parlant de frappes "toujours en cours". L'Iran a aussi visé une base navale à Haïfa et une base militaire d’observation radar, selon le communiqué de l’armée relayé par la télévision d’Etat.

11h32

Israël annonce une nouvelle vague de bombardements en Iran et au Liban

L’armée israélienne a annoncé ce mercredi une "vaste campagne de frappes contre les infrastructures du régime terroriste iranien" et "les infrastructures du Hezbollah à Beyrouth". Au Liban, Tsahal avait émis hier un nouvel avis d'évacuation.

11h00

Trois navires touchés par des projectiles non identifiés dans le détroit d'Ormuz

Trois navires au total ont été touchés par des projectiles non identifiés dans le détroit d'Ormuz ce mercredi, indiquent des agences de sécurité maritime et des sources, précisant que l'une des frappes a provoqué un incendie à bord d'un vraquier battant pavillon thaïlandais et entraîné l'évacuation de la majorité de son équipage. Ces incidents portent à au moins 14 le nombre de navires attaqués dans le détroit depuis le début du conflit.

10h31

Le nouveau Guide suprême Mojtaba Khamenei a été légèrement blessé, selon Israël

Les services israéliens de renseignement estiment que le nouveau Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, fils du défunt ayatollah Ali Khamenei, a été légèrement blessé lors des attaques menées par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, a indiqué mercredi un responsable israélien à Reuters. C'est la raison pour laquelle il n'a pas été aperçu en public, ajoute ce responsable.

10h20

Donald Trump soutient la participation de l'Iran à la Coupe du monde, dit Gianni Infantino

Le président de la FIFA Gianni Infantino a déclaré aujourd'hui avoir rencontré le président américain Donald Trump, qui lui a assuré soutenir la participation de l'Iran à la Coupe du monde de football 2026, qui sera co-organisée par les États-Unis, le Mexique et le Canada.

L'Iran était le seul pays absent du sommet de planification de la FIFA pour les participants à la Coupe du monde qui s'est tenu la semaine dernière à Atlanta, renforçant les interrogations quant à la participation de l'équipe nationale iranienne sur le sol américain cet été, dans un contexte d'escalade du conflit.

"Le président Trump a réaffirmé que l'équipe iranienne était bien sûr la bienvenue pour participer au tournoi aux États-Unis", a déclaré Gianni Infantino.

10h03

Ursula von der Leyen exclut le retour aux combustibles fossiles russes

L'Europe commettrait une erreur stratégique si elle cherchait à atténuer la flambée des prix de l'énergie en revenant aux combustibles fossiles russes, a déclaré ce mercredi matin la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

"Dans la crise actuelle, certains soutiennent que nous devrions abandonner notre stratégie à long terme et même retourner aux combustibles fossiles russes. Ce serait une erreur stratégique", a-t-elle estimé lors d'un discours au Parlement européen.

L'UE prépare plusieurs options pour faire baisser les prix de l'énergie, notamment un recours accru aux contrats d'achat d'électricité, des mesures d'aides d'État ainsi que des subventions ou plafonds sur les prix du gaz, a ajouté Ursula von der Leyen.

09h35

L'Iran prêt à cibler les intérêts économiques et bancaires américano-israéliens dans la région

L'Iran ciblera les intérêts économiques et bancaires liés aux États-Unis et à Israël dans la région, a déclaré mercredi un porte-parole du commandement conjoint Khatam ol Anbia, ajoutant que cette menace fait suite à une attaque contre une banque iranienne.

"A la suite de leur campagne ratée, l'armée terroriste américaine et le cruel régime sioniste (Israël) ont pris pour cible l'une des banques du pays", a déclaré Ebrahim Zolfaqari, cité par les médias d'État. "Par cette action illégitime et inhabituelle, l’ennemi nous contraint à cibler les centres économiques et les banques liés aux États-Unis et au régime sioniste dans la région." Le porte-parole a mis en garde les habitants de la région et leur a conseillé de se tenir à l'écart des banques.

09h19

Deux drones tombés à proximité de l'aéroport de Dubaï

Deux drones sont tombés à proximité de l'aéroport de Dubaï ce mercredi, blessant quatre personnes, indique le bureau des médias de la ville émiratie. Le trafic aérien fonctionne normalement, a précisé celui-ci.

09h02

Londres interdit une manifestation pro-iranienne

La police britannique annonce avoir interdit une marche pro-iranienne qui devait se tenir à Londres dimanche, invoquant la possibilité de "tensions extrêmes" avec des contre-manifestants, ainsi que les risques posés par Téhéran dans le contexte du conflit au Moyen-Orient.

Cette interdiction concerne la marche d'Al Qods, organisée chaque année dans le centre de Londres par l'organisation Islamic Human Rights Commission, que la police décrit comme étant favorable au régime iranien.

08h47

L'Australie ferme des ambassades au Moyen-Orient

L'Australie a fermé ses ambassades à Abou Dhabi et Tel Aviv ainsi que son consulat à Dubaï, a fait savoir ce matin la ministre des Affaires étrangères, Penny Wong, ajoutant que le conflit au Moyen-Orient "risque de s'intensifier et de se poursuivre à court terme".

08h30

L'équipage du bateau touché par un projectile au large de Dubaï sain et sauf

L'équipage du bateau touché ce mercredi par un "projectile inconnu" au large de Dubaï est sain et sauf, et les autorités mènent l'enquête, a indiqué la marine britannique UKMTO.

08h01

La France au secours du Liban

La France a décidé de tripler son aide au Liban pour la porter à 60 tonnes, a annoncé ce mercredi le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Cette aide arrivera jeudi dans le pays et inclura des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes et un poste sanitaire mobile, a-t-il précisé sur TF1.

07h50

Le nouveau Guide suprême est "sain et sauf", affirme le fils du président iranien

Le nouveau Guide suprême iranien, Mojtaba Hosseini Khamenei, est "sain et sauf" malgré ses blessures, a assuré ce mercredi sur son compte Telegram le fils du président Massoud Pezeshkian. "J’ai entendu les informations disant que Mojtaba Khamenei avait été blessé. J’ai demandé à des amis qui ont des connexions. Ils m’ont dit que, grâce à Dieu, il était sain et sauf", a-t-il écrit alors que l'état de santé du nouveau guide suprême faisait l'objet de nombreuses spéculations. Depuis sa nomination, Mojtaba Khamenei n'est pas encore apparu en public.

07h27

L'AIE propose de recourir aux réserves stratégiques de pétrole

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a proposé de puiser dans les réserves stratégiques de pétrole afin de stabiliser le marché, rapporte le Wall Street Journal, citant des responsables au fait de la question. Le recours aux stocks stratégiques proposé par l'AIE dépasserait les 182 millions de barils de pétrole que les pays membres de l'agence ont libéré en 2022, lorsque la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l'Ukraine, ajoute le WSJ.

Une réunion extraordinaire des pays membres de l'AIE a été convoquée mardi et ils doivent se prononcer sur la proposition faite par l'agence ce mercredi, dit le WSJ. Il s'agirait du recours aux réserves stratégiques de pétrole le plus important jamais décidé par l'AIE. Ni l'AIE ni la Maison-Blanche n'ont répondu à une demande de commentaire dans l'immédiat.

07h15

Un porte-conteneurs touché par un projectile "inconnu" dans le détroit d'Ormuz

Les autorités maritimes britanniques rapportent ce mercredi qu'un porte-conteneurs a été touché par un "projectile inconnu", au large des Émirats arabes unis. Ce navire se trouvait non loin du détroit d'Ormuz, toujours bloqué de fait par la situation au Moyen-Orient, au moment de l'impact. Un incendie s'est alors déclenché à bord, poussant l'équipage à demander de l'aide.

Le détroit d'Ormuz, étroite voie navigable entre la péninsule arabique et l'Iran, constitue un passage stratégique pour le transport d'hydrocarbures et de nombreux matériaux. Mais la progression de navires commerciaux dans ce bras de mer est rendue impossible par la situation sécuritaire au Moyen-Orient, Téhéran menaçant de viser les embarcations qui transiteraient par cette route. D'après le renseignement américain, l'Iran aurait également commencé à déployer des mines dans le détroit. Donald Trump a indiqué mardi sur son compte Truth Social que l'US Army avait "touché et complètement détruit 10 bateaux et/ou navires poseurs de mines inactifs" dans la zone. "Et d’autres suivront", a promis le républicain.

06h45

Israël continue de frapper le Liban

En parallèle de son opération en Iran, Israël poursuit aussi ses bombardements sur son voisin libanais, où l'armée a en parallèle déployé des forces terrestres dans le sud du pays. Au moins une frappe a touché le centre de la capitale Beyrouth la nuit dernière, ont ainsi rapporté les médias officiels libanais. "L'ennemi a ciblé un appartement dans la zone d'Aïcha Bakkar", a précisé l'Agence nationale d'information (Ani).

Le conflit au Liban a poussé une partie de la population à fuir les hostilités. Mardi, les autorités indiquaient que près de 700 000 personnes avaient été déplacées depuis le début de l'offensive israélienne. Celle-ci avait suivi le lancement de plusieurs missiles du Hezbollah vers Israël le 2 mars dernier. Le mouvement islamiste a souhaité "provoquer l'effondrement du Liban (...) pour le compte de l'Iran, et c'est ce que nous avons mis en échec", a assuré lundi le président libanais, Joseph Aoun. Près de 500 morts à cause des bombardements ont été recensés en quelques jours de conflit au Liban, selon Beyrouth.

06h30

Téhéran affirme avoir mené son attaque "la plus violente et la plus lourde depuis le début de la guerre"

L'Iran a lancé, dans la nuit du mardi 10 au mercredi 11 mars, son attaque "la plus violente et la plus lourde depuis le début de la guerre", a indiqué la télévision d'État iranienne, se basant sur un communiqué des Gardiens de la Révolution. Différents pays du Golfe, soumis à de multiples frappes lancées par Téhéran depuis le 28 février, ont rapporté avoir été ciblés ces dernières heures. Le Qatar affirme avoir intercepté des missiles tirés vers son territoire ce mercredi. Plusieurs bases américaines ont été visées dans la région dans la nuit, notamment en Arabie saoudite, au Koweït et à Bahreïn.

De leur côté, les forces israéliennes et américaines continuent de pilonner le territoire iranien. Ce mercredi, Abolfazl Shekarchi, un des porte-parole de l'armée du régime des mollahs, a indiqué que l'Iran répondrait à des frappes ayant touché des zones résidentielles dans le pays. Le responsable a également exhorté les pays de la région et les autres musulmans à indiquer les "cachettes américaines et sionistes (NDLR : israéliennes)" afin de maximiser la précision et l'impact des frappes iraniennes. Tout en minimisant, selon lui, les dommages causés aux civils, qui sont "utilisés comme boucliers humains".

© REUTERS

Des panaches de fumée s'élèvent après des frappes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth le 11 mars 2026.

Comment des hackers russes ont piraté les comptes Signal et WhatsApp de responsables aux Pays-Bas

11 mars 2026 à 18:54

Des militaires, des responsables politiques en lien avec le gouvernement ou même des journalistes ont pu être la cible de cyberattaques russes aux Pays-Bas, ont annoncé les services de renseignement du pays cette semaine dans un communiqué. Pour cela, les hackers n'ont pas eu besoin de recourir à des procédés ultra-sophistiqués mais simplement de s'introduire, par la ruse, dans des comptes de messageries privées largement connues, comme Whatsapp ou Signal.

Les attaquants ont en effet réussi à rentrer en contact avec leurs victimes, en se faisant passer pour le chatbot d'assistance de l'application Signal et les ont convaincues de fournir leurs codes d'identification. Les hackers ont également envoyé de faux QR Codes qui, une fois scannés par leurs cibles, ont permis d'associer les ordinateurs des pirates aux comptes de messagerie de leurs victimes.

Partage d'informations confidentielles

Réagissant à cette annonce, l'application Signal a déclaré sur les réseaux sociaux que les attaques avaient été "menées via des campagnes de phishing sophistiquées, conçues pour inciter les utilisateurs à partager des informations", et que son cryptage et son infrastructure n'avaient pas été compromis. Le phishing, ou tentative d'hameçonnage, est une technique d'escroquerie où l'attaquant se fait passer pour une entité de confiance.

Dans le cas présent, on parle également d'ingénierie sociale, c'est-à-dire de techniques de manipulation psychologique, exploitant les failles humaines plutôt que technologiques. Les pirates informatiques russes ont ainsi "probablement eu accès à des informations sensibles", estiment l'Agence générale du renseignement (AIVD) et le Service du renseignement et de la sécurité militaire (MIVD) néerlandais.

"Les attaquants s’appuient sur des techniques comme le prétexte, le sentiment d’urgence, le manque d’attention ou encore une sensibilisation insuffisante aux risques cyber. Ce vecteur d’attaque est aussi beaucoup plus efficace et beaucoup moins exigeant techniquement que de tenter de casser la cryptographie utilisée dans le chiffrement de bout en bout", analyse Anastasija Collen, professeure associée en cybersécurité à la Haute Ecole de gestion de Genève, citée par Le Temps.

Des logiciels inadaptés ?

"Bien que nous mettions en place des mesures de protection techniques robustes, la vigilance des utilisateurs reste la meilleure défense contre le phishing" rappelle la messagerie Signal, qui compte 70 millions d'utilisateurs - Whatsapp, 3 milliards. Dans son post, l'application conseille de ne jamais divulguer des identifiants de connexion, ni de partager des codes reçus par SMS ou des codes PIN.

Capture d'écran d'une tentative d'hameçonnage contre le compte Signal d'un journaliste de Reuters, en Ukraine, en janvier 2026. Crédits : Reuters
Capture d'écran d'une tentative d'hameçonnage contre le compte Signal d'un journaliste de Reuters, en Ukraine, en janvier 2026. Crédits : Reuters

Au-delà de la vigilance, c'est carrément l'utilisation de ces plateformes pour le partage de données sensibles qui est questionné par les autorités néerlandaises. "Même si elles disposent d’un cryptage de bout en bout, les applications de messageries, telles que Signal ou Whatsapp, ne sont pas des canaux adaptés aux informations classifiées, confidentielles ou sensibles", rappelle le vice-amiral Peter Reesnik, directeur du MIVD, cité par Le Soir.

Ce n'est en effet pas la première fois que des hackers tentent de s'en prendre à des personnalités haut placées via ces plateformes. En février déjà, les services de renseignement allemands signalaient des tentatives d'hameçonnage de responsables politiques via le piratage de leur messagerie Signal ou Whatsapp, et ce "par des acteurs probablement soutenus par des États", indiquait à l'époque BFMTV.

© MAXPPP

Les hackers se sont introduits, par la ruse, dans des comptes de messagerie privée largement connues, comme Whatsapp ou Signal.

Détroit d'Ormuz : combien de temps la France et ses voisins européens peuvent-ils tenir sans pétrole ?

11 mars 2026 à 16:54

Urgence : les cours de l'or noir flambent. Dix jours après le début de l'attaque lancée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, le détroit d'Ormuz est toujours verrouillé. D'ordinaire, cet étroit passage commercial voit transiter environ un cinquième des exportations mondiales quotidiennes de pétrole. Alors que les bombardements se poursuivent dans la région, les flux commerciaux se sont taris, provoquant une forte inflation du cours du Brent : plus 28 % en quelques jours. Celui-ci a même dépassé la barre symbolique des 120 dollars le baril avant de redescendre légèrement face aux promesses d'apaisement. Une annonce a notamment permis de rassurer les marchés : le déblocage d'une partie des réserves stratégiques de pétrole (RSP).

Ce mercredi 11 mars, les 32 pays membres de l'Agence internationale de l'énergie se sont accordés sur le déblocage de 400 millions de barils, soit environ un tiers de leur réserve totale et plus de deux fois ce qui avait été débloqué en 2022, lors de l'invasion russe en Ukraine. C'est la sixième fois qu'une telle action coordonnée est décidée mais la première fois de cette ampleur. Elle intervient en amont d'une rencontre des pays membres du G7 organisée à Paris.

A l'origine, ces réserves stratégiques ont été constituées en 1974, à la suite d'un autre choc pétrolier majeur. Les pays membres de l'agence (en grande partie des pays européens membres de l'OCDE) se sont engagés à se constituer un stock de pétrole à écouler en cas d'urgence, correspondant à plus de 90 jours de leur consommation nationale. Tous y sont parvenus, mais certains mieux que d'autres.

Ainsi, d'après les chiffres rendus publics par l'AIE début février (correspondant au niveau des réserves en novembre 2025), les Pays-Bas et le Danemark faisaient figure de bons élèves avec respectivement 345 et 413 jours d'autonomie. La France, le Royaume-Uni ou encore la Pologne disposaient chacun d'au moins quatre mois d'autonomie. Chez les moins bons élèves, on retrouve l'Irlande (98 jours), l'Espagne (96 jours) ainsi que la Turquie (94 jours).

Aujourd'hui, le pétrole est utilisé essentiellement pour la production de carburant et de kérosène, mais aussi pour la production de nombreux produits dérivés. Un rapport de Citi évoqué par nos confrères d'El País souligne ainsi que ces industries pourraient manquer de matières premières "pendant sept à huit mois". D'autant que même une fois la région pacifiée, le commerce risque de ne pas reprendre immédiatement. Le déblocage des réserves d'urgence vient à point nommé pour apaiser le marché.

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A l'origine, ces réserves stratégiques ont été constituées en 1974, à la suite d'un autre choc pétrolier majeur.

"Sain et sauf" mais invisible : l’étrange absence du nouveau Guide suprême iranien Mojtaba Khamenei

11 mars 2026 à 12:38

Dans les rues de Téhéran, son visage s'affiche sur de gigantesques pancartes. Mojtaba Khamenei, le nouveau Guide suprême nommé dimanche 8 mars, apparaît le plus souvent dessiné aux côtés de ses deux prédécesseurs : le fondateur de la République islamique, Rouhollah Khomeini, et son père, Ali Khamenei, qui était à la tête du pays depuis 1989. Mais, le 28 février, au premier jour de la guerre lancée conjointement par Israël et les États-Unis, l'ayatollah a été tué dans une frappe, mettant fin à plusieurs décennies de pouvoir. Un tournant pour le régime des mollahs, contraint de trouver un nouveau Guide suprême au plus vite. Après plusieurs jours d'attente, l'Assemblée des experts, l'organe chargé de cette désignation, a opté pour la continuité en choisissant Mojtaba Khamenei. Une figure mystérieuse, méconnue de la population iranienne et des observateurs internationaux... et qui n'a toujours pas donné signe de vie, plus de trois jours après l'annonce officielle de son arrivée au pouvoir.

Aucun signe de vie

Le religieux de 56 ans n'a fait aucune apparition à la télévision ou dans les médias d'État, pas plus que sur les réseaux sociaux. Il n'a pas non plus communiqué de déclaration officielle sur les principaux canaux de propagande du régime, ni été aperçu sur une quelconque photographie depuis le début de la guerre. Une absence qui interroge : où est donc Mojtaba Khamenei, et surtout, dans quel état se trouve-t-il ? Ces questions sont légitimes, puisqu'il est avéré que celui-ci a été blessé dans le bombardement ayant tué son père et une partie de sa famille. La mère, l'épouse et un des fils du nouveau Guide suprême ont en effet péri dans cette frappe.

Selon plusieurs figures du régime, Mojtaba Khamenei, lui, s'en est tiré, mais a été touché, notamment aux jambes. La nature de cette blessure a été confirmée par plusieurs sources iraniennes, mais aussi israéliennes, auprès du New York Times. D'après les informations du journal, le nouvel homme fort de la théocratie iranienne se trouverait dans un lieu "hautement sécurisé", avec peu de moyens de communication pour interagir avec le monde extérieur. Malgré tout, le pouvoir iranien s'est tout de même senti obligé d'insister sur le fait que le Guide suprême était bien en vie et dans un état de santé correct... sans donner de preuves étayant ces affirmations. "J'ai entendu les informations disant que Mojtaba Khamenei avait été blessé", a exposé Youssef Pezeshkian, le fils du président iranien Massoud Pezeshkian, dans un message publié sur Telegram ce mercredi 11 mars. "J'ai demandé à des amis qui ont des connexions. Ils m'ont dit que, grâce à Dieu, il était sain et sauf."

Mojtaba Khamenei, la "cible" d'Israël

"Sain et sauf", mais loin de prendre la lumière pour le moment. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce silence prolongé. La première d'entre elles tient bien sûr au contexte sécuritaire en Iran, toujours massivement bombardé par les États-Unis et Israël. Avant même la révélation de l'identité du nouveau guide suprême, l'État hébreu avait déjà annoncé que l'héritier d'Ali Khamenei à Téhéran constituerait "une cible" à éliminer. Donald Trump, loin d'être enchanté par la nomination de Mojtaba Khamenei, entretient pour sa part le flou sur les intentions de Washington sur une éventuelle intervention pour l'assassiner à son tour. Lundi, le président américain a répété, auprès du New York Post, ne pas être "content" de cette évolution au sommet de l'État iranien. Dans ces circonstances, la stratégie actuelle de Mojtaba Khameini consiste peut-être simplement à donner le moins d'informations à ses ennemis... pour rester en vie.

Mais d'autres logiques pourraient aussi être à l'œuvre dans les rouages du régime des mollahs. La chaîne Iran International, basée à Londres (Royaume-Uni) et proche de l'opposition iranienne, relève que cette absence de communication pourrait témoigner d'une volonté de prise de contrôle plus importante du Corps des Gardiens de la Révolution en coulisses. Le nouveau Guide suprême serait alors relégué à un simple rôle de "leader symbolique", alors que le bras armé de la République islamique pourrait s'emparer de facto du pouvoir. Hypothétique pour le moment, ce scénario est tout à fait crédible : "Mojtaba doit sa position aux Gardiens de la révolution et, de ce fait, il ne sera pas aussi puissant que son père", développe ainsi Alex Vatanka, chercheur principal au Middle East Institute de Washington (États-Unis), auprès de l'agence Reuters.

Moqueries sur les réseaux sociaux

Un constat est clair : l'énigmatique invisibilité du nouveau Guide suprême alimente les suspicions. Sur les réseaux sociaux, de nombreux membres de la diaspora iranienne n'hésitent d'ailleurs pas à moquer cette absence à travers messages ironiques ou mèmes représentant le fils d'Ali Khamenei. "Pour beaucoup d'Iraniens, il est mort", a soulevé mardi Didier Adjani, sociologue et réfugié politique iranien, sur franceinfo. "Info, intox, il y a de tout. Néanmoins, il y a un fort doute quant au fait qu'effectivement, il n'est pas dans un bon état. Il est absolument blessé. [Mais], les pasdarans, pour justifier leur présence et leur domination sur la scène politique, disent 'nous avons besoin d'un guide', et que, soi-disant, lui, est vivant."

Depuis le début de la guerre, les officiels iraniens ne rechignent en effet pas à répondre aux sollicitations de médias internationaux afin de combler l'absence d'une parole forte pour représenter Téhéran. Avec la perspective, glissée par des responsables sous couvert d'anonymat, d'une politique étrangère plus dure et d'une répression de l'opposition renforcée en Iran sous la gouverne de Mojtaba Khamenei. Des positions invérifiables à ce stade, sans orientation donnée par le nouveau Guide suprême. Le dirigeant demeure pour le moment cantonné à son statut de "vétéran de guerre blessé", une qualification abondamment relayée par les médias proches du pouvoir ces derniers jours.

© via REUTERS

Mojtaba Khamenei, le deuxième fils de l'ayatollah Ali Khamenei, a été choisi pour lui succéder comme Guide suprême.

Emmanuel Macron, sa stratégie au Liban : "Il faut harceler Benyamin Netanyahou"

11 mars 2026 à 12:25

L’engrenage mortifère est de retour au Levant. Plus d'une semaine après l'élimination d'Ali Khamenei au premier jour de l'opération "Fureur Epique" et "Rugissement du Lion", le Hezbollah a précipité le Liban dans la guerre. En lançant une attaque contre l'Etat hébreu, la milice chiite armée par l'Iran a déclenché en retour des bombardements israéliens de très grande ampleur, principalement dans le sud du pays. Le bilan est lourd : le conflit a déjà fait 486 morts et 1 313 blessés, selon l'OMS, et plus de 667 000 déplacées, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR).

Depuis plusieurs jours, Emmanuel Macron est à la manœuvre pour tenter de faire cesser les hostilités. Le président français, qui a récemment parlé avec Benyamin Netanyahou et Donald Trump, se heurte au refus du Premier ministre israélien. La France cherche ainsi à créer les conditions d'un retour au cessez-le-feu qui avait été entériné en novembre 2024 entre le Hezbollah et l'Etat hébreu. Selon Michel Duclos, ex-ambassadeur et conseiller spécial à l’Institut Montaigne, "la France est pratiquement le seul pays" à s'inquiéter du sort des Libanais qui "avaient des attentes élevées envers Emmanuel Macron". Il le concède toutefois : la France ne peut pas jouer les deus ex machina au Liban, dans un contexte d’embrasement régional où les grandes puissances militaires sont déjà à l’œuvre. Entretien.

L'Express : Au Liban, le président français réclame la fin des combats au Hezbollah en échange d’une cessation des opérations militaires israéliennes. Mais sur le terrain, les opérations ne baissent pas en intensité. La France est-elle hors-jeu ?

Michel Duclos : Dire que la France est totalement inaudible serait excessif. Elle ne l’est pas pour le peuple libanais, au moment où peu de pays se préoccupent réellement de leur situation. La France demeure pratiquement le seul pays à le faire. Il est toutefois extrêmement difficile d’infléchir la position de deux acteurs - le Hezbollah et Israël - qui semblent tous deux emportés par la volonté, ou l’illusion, d’en finir par le recours à la force. Dans la phase la plus récente, le Hezbollah a pris l’initiative d’attaquer Israël. Cependant, dans les semaines précédentes, Israël avait à plusieurs reprises frappé le Liban malgré la trêve conclue en 2024 avec la milice chiite. L’objectif d’Emmanuel Macron est précisément de revenir à cette forme de cessez-le-feu, compte tenu des destructions subies par le Liban.

Au regard de la poursuite des frappes, on pourrait avoir le sentiment que la voix de la France demeure peu entendue. Mais Benyamin Netanyahou a récemment échangé par téléphone avec Emmanuel Macron, ce qu’il n’avait pas fait depuis la reconnaissance de l’État de Palestine. Et le Hezbollah se trouve dans une situation telle qu’il pourrait être amené à prêter attention à des appels à la modération, notamment de la part de l'Iran. On peut rappeler à cet égard que, pour la première fois, le président libanais s’est prononcé en faveur de la démilitarisation du Hezbollah. Dans ces conditions, il paraît réducteur d’affirmer que la France n’est pas entendue.

Ce nouveau conflit ne démontre-t-il pas que la France n’est pas en mesure d’empêcher un conflit au Liban ?

Il n’a jamais été prétendu que la France pourrait jouer les deus ex machina au Liban ou dans la région. Emmanuel Macron, tout comme ses prédécesseurs, peut parfois susciter des attentes élevées, comme cela a pu être observé après le tremblement de terre de Beyrouth, où il s’était rendu en août 2020. Cependant, il reste clair que la France n’est qu’un acteur parmi d’autres dans la région. Sa spécificité au Liban réside dans le fait qu’elle s’y intéresse de manière constante et soutenue depuis de nombreuses années.

De manière générale, l’Europe ne joue pas les premiers rôles…

Depuis un certain temps déjà, les Européens sont marginalisés à la fois dans le dossier israélo-palestinien et, plus largement, dans les grandes négociations autour de l’Iran. Depuis le déclenchement de l’offensive israélo-américaine, l’évolution quotidienne de la situation montre toutefois que les Européens conservent un rôle, ou du moins que les principales puissances européennes - le Royaume-Uni, la France et, dans une certaine mesure, l’Allemagne ou l’Italie - demeurent des acteurs pertinents. Certes, Donald Trump critique parfois le Premier ministre Keir Starmer, mais il a besoin de son soutien pour utiliser les bases militaires britanniques (NDLR : celles de Fairford au Royaume-Uni et de Diego Garcia dans l’océan Indien).

La conférence de soutien à l'armée libanaise, prévue à Paris début mars, est reportée en avril. Mais la France va déjà renforcer sa coopération militaire en mettant à la disposition de Beyrouth des véhicules de transport blindés ainsi qu’un soutien opérationnel et logistique. En se rangeant derrière les forces libanaises, le président français n’est-il pas trop optimiste sur les chances de succès ?

On l’a largement oublié, mais une première phase de l’opération au sud du Liban a été menée avec succès par les forces armées libanaises [NDLR : première phase du désarmement du Hezbollah, de janvier 2025 à janvier 2026]. Cela montre que, malgré leurs faiblesses, elles sont capables d’obtenir des résultats lorsque les conditions politiques sont réunies et qu’elles bénéficient d’un soutien suffisant de leurs partenaires, en particulier des États-Unis et de la France. Il ne faut certes pas nourrir d’espoirs démesurés, mais il serait tout aussi simpliste d’affirmer que les Libanais, et en particulier leur armée, sont incapables d’agir.

Pendant longtemps, les responsables de l’armée libanaise ont été freinés par la volonté de ne pas rompre avec le Hezbollah, qui demeurait une composante de la nation et était perçu par une partie importante de la population - y compris au-delà de la communauté chiite - comme un élément de la défense du Liban. Aujourd’hui, le Hezbollah s’est placé en marge de la communauté nationale. Même au sein de la communauté chiite, une part significative de la population exprime des désaccords avec l’offensive menée il y a quelques jours contre Israël.

La France semble en ce moment particulièrement alignée avec les autorités libanaises. Comment l’expliquez-vous ?

Il y a une certaine constance dans notre politique mais cela s’explique aussi par un contexte intérieur et une convergence de positions entre le Premier ministre libanais Nawaf Salam (indépendant), et le président Joseph Aoun (un militaire de carrière). Il est particulièrement intéressant de noter que le président du Parlement, Nabih Berri [NDLR : du parti chiite Amal Movement] ne s’est pas aligné sur la ligne du Hezbollah et sa volonté de relancer le conflit avec Israël. Il existe donc une forme de confiance entre ces responsables, même si les événements actuels sont particulièrement difficiles à maîtriser.

Emmanuel Macron a-t-il raison lorsqu’il maintient des exigences très fermes à l’égard de Benyamin Netanyahou ?

Oui, notamment sur la question de la disproportion des moyens employés et du coût humain considérable qu’elle fait peser sur les populations et les infrastructures libanaises. Parallèlement, il importe d’exercer une pression maximale sur le Hezbollah, que ce soit par des voies politiques indirectes - comme des messages adressés à Téhéran lorsque Emmanuel Macron s’entretient avec son homologue iranien - ou en renforçant encore le soutien apporté à l’armée libanaise afin de l’aider à désarmer le mouvement terroriste. Il n'y a pas d'autre stratégie possible que d'essayer d'agir sur tous les acteurs concernés.

Une position de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (Finul) a été ciblée vendredi 6 mars dans le sud du Liban, faisant trois blessés parmi les Casques bleus ghanéens. Est-ce que ça peut être un objet de tensions aussi avec le Premier ministre israélien ?

Emmanuel Macron a condamné cette attaque inacceptable. Le Ghana, qui est un pays partenaire de la France, a demandé l’ouverture d’une enquête auprès du gouvernement israélien. Cependant, ce type d’incident — à l’image de la frappe israélienne contre un hôtel à Doha (Qatar) en septembre 2025, qui visait des responsables du Hamas mais a également causé des victimes civiles — tend à se répéter dans le cadre du conflit entre Israël et le Liban. C’est précisément cette situation qui choque profondément l’opinion française. Sur ce point, l’insistance du président de la République et du gouvernement français auprès des autorités israéliennes apparaît donc légitime.

Faut-il craindre une occupation du territoire libanais de la part d’Israël ?

Emmanuel Macron et le gouvernement français ont raison de harceler les autorités israéliennes sur cette question. Israël a démenti ces accusations, mais il disposait déjà d’au moins cinq postes militaires sur le territoire libanais. De nouvelles installations semblent avoir été mises en place récemment. Ces éléments constituent des signaux d’une possible invasion plus large. Il convient non seulement de mettre en garde les autorités israéliennes, mais également de rappeler que les précédentes interventions israéliennes au Liban se sont généralement soldées par des résultats défavorables pour Israël.

Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie plus générale d’Israël, également observée en Syrie. Le pays ne souhaite pas se retirer des portions du Golan qu’il occupe, en plus des territoires déjà sous contrôle, et maintient une présence militaire partielle dans la bande de Gaza. On constate ainsi un schéma récurrent dans la région, face auquel peu d’États réagissent. Les États-Unis ferment largement les yeux, tandis que les pays européens sont absorbés par d’autres priorités.

La reconnaissance de l’Etat palestinien ne fragilise-t-elle pas la voix de la France face à un acteur comme Israël qui entreprend de remodeler toute la région ?

Si cette action n’avait pas été entreprise, la France aurait perdu beaucoup de crédibilité, non seulement auprès des pays arabes, mais également auprès des pays du Sud global. Ne rien faire aurait donné l’impression d’une indifférence de la France aux affaires de cette région. Il convient de rappeler que la décision de reconnaissance de la France a été suivie par celle du Royaume-Uni, du Canada et de l’Australie. Cela démontre que la France n’était pas isolée et qu’elle a déclenché un mouvement dont la portée symbolique reste significative à l’échelle mondiale, même si ses effets immédiats ont été modestes. Le prix à payer est donc d’avoir une relation difficile avec Netanyahou, mais il faut relativiser cette tension, dans la mesure où Israël accorde depuis longtemps peu de considération aux positions françaises.

Emmanuel Macron ne soutient pas la guerre en Iran car il veut se placer dans le cadre du droit international mais il ne déplore pas la décapitation du régime, tout en aidant ses partenaires du Golfe avec le Charles-de-Gaulle. Que faut-il comprendre lorsque le président parle d’une mission "purement défensive" pour rouvrir le détroit d'Ormuz ?

Cette posture est relativement bien pensée. Il faut d’abord considérer les options disponibles. Lorsqu’on est au pouvoir, il arrive fréquemment que les choix soient limités à des options difficiles. L’une d’elles aurait été celle de la tradition gaulliste — de Gaulle en 1967, Chirac en 2003 — consistant à condamner purement et simplement l’offensive israélo-américaine. Dans le cadre du droit international traditionnel, celui qui attaque en premier est considéré comme fautif. Une telle position aurait été compréhensible pour l’opinion publique française, à l’instar de celle du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez. L’autre option, celle choisie par Emmanuel Macron, consistait à reconnaître que l’action menée n’était pas conforme au droit international, tout en insistant sur le rôle majeur de la politique iranienne dans le déclenchement de la situation. À partir de là, deux stratégies sont possibles : se limiter à un simple inventaire et à des commentaires, ou tenter d’agir. Il ne s’agissait pas de faire la guerre à l’Iran, car la France défendait justement le respect du droit international, et d’autres acteurs assument déjà ce rôle.

L’action entreprise consiste plutôt à soutenir les alliés régionaux confrontés aux agressions iraniennes - par exemple la Jordanie, les États du Golfe ou bien encore Chypre dans l’UE - ainsi qu’à contribuer, en coopération avec d’autres, à la liberté de navigation dans les zones sensibles entourant cette région. Cette politique apparaît relativement réaliste et équilibrée : elle est conforme aux moyens dont dispose la France. Si le pays n’est pas en mesure de jouer un rôle décisif, il peut néanmoins apporter sa contribution avec les capacités militaires et diplomatiques à sa disposition. Il ne faut pas exclure qu’à un moment, la France passe d’une attitude "défensive" à "offensive" mais il est probable que cette évolution reste relativement limitée et ponctuelle.

Les pays du Golfe, avec qui la France a des accords de défense et une base militaire aux Émirats arabes unis, ont-ils vraiment besoin de nous alors qu’ils sont sous le "parapluie américain" beaucoup plus étoffé que le nôtre ?

Je remarque que ni les pays du Golfe, ni les Etats-Unis n’ont critiqué notre action dans la région. L’une des leçons de cette crise est que toutes les parties prennent conscience de leurs limites. L’événement actuel dans le Golfe montre qu’il n’est pas suffisant de compter sur une alliance unique, aussi puissante soit-elle, pour se protéger de toutes les menaces. La France ne peut pas résoudre à elle seule les problèmes de ces pays. Ils continueront à dépendre des États-Unis, mais ils apprécient l’aide supplémentaire apportée par d’autres partenaires, et reconnaissent la fiabilité de cette assistance. L’une des conséquences de cette crise pourrait être un changement du regard que les capitales de la région portent sur leurs alliés. Ainsi, les monarchies du Golfe pourraient désormais nourrir une certaine méfiance à l’égard des États-Unis. Bien que Washington ait suivi sa propre stratégie, certains pays avaient demandé aux Américains de ne pas attaquer l’Iran à ce stade. Or, non seulement cette attaque a eu lieu, mais elle a montré que la protection américaine pouvait constituer un handicap, exposant ces pays à des frappes iraniennes. La dépendance envers les États-Unis persistera, mais le degré de confiance pourrait s’en trouver réduit.

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Le président français Emmanuel Macron s'exprime lors d'une réunion du Conseil national de défense au palais de l'Élysée, à Paris, le 10 mars 2026.

Défense : le trouillomètre européen varie en fonction de la distance

Par : Eric Chol
11 mars 2026 à 12:00

La raison du plus fort est toujours la meilleure, dit la fable. A condition bien sûr d’être le plus fort. Ce qu’ont compris Donald Trump et Benyamin Netanyahou : la puissance de feu de l’armada américaine au Moyen-Orient ou la domination des avions de chasse de Tsahal dans le ciel iranien résument à elles seules la somme des investissements de ces deux pays pour asseoir leur supériorité militaire dans la région ou dans le monde.

Avis aux Européens, qui, assoupis pendant un quart de siècle par les "dividendes de la paix", se convertissent avec plus ou moins de rapidité à l’économie de guerre. L’occupation de la Crimée par les Russes en 2014 a provoqué un premier réveil. Le 24 février 2022, la guerre en Ukraine a sonné l’alarme. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a fini d’ouvrir les yeux de l’Europe. Indiscutablement, le réarmement est en marche : entre 2020 et 2025, les dépenses des Etats de l’Union européenne ont bondi de 63,8 % (381 milliards d’euros). Est-ce suffisant ? Non, car en dépit du rattrapage, les sommes en jeu représentent moins de la moitié du budget de la défense américain.

Résultat, la dépendance à l’égard Etats-Unis demeure très forte : entre 2021 et 2025, l’Europe a triplé ses achats d’armes à l’étranger, selon le Sipri, devenant au passage le premier importateur mondial dans le domaine, son principal fournisseur étant les Etats-Unis.

En outre, l’effort de réarmement européen reste très inégalement réparti. Logiquement, les premiers pays à se réveiller ont été ceux d’Europe de l’Est ou du Nord, voisins de la Russie. "Plus on est proche de la menace, plus la croissance du budget consacré à la défense a été forte depuis une dizaine d’années", confirme Julien Malizard, titulaire de la chaire économie de la défense à l’IHEDN.

Les détails du trouillomètre européen

Inversement, les plus éloignés rechignent à augmenter leurs investissements. C’est ce que montre le trouillomètre européen, calculé par L’Express : il s’agit du ratio entre les dépenses de défense d’un état et la distance avec Moscou. Les quatre pays à moins de 1 000 kilomètres de Moscou affichent un budget de 3,01 % du PIB (Sipri 2024). Pour ceux situés entre 1000 et 1500 kilomètres, l’effort atteint 2,6 % du PIB. Puis viennent les pays à mi-chemin (entre 1500 et 2500 kilomètres de la capitale russe), comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou la France. Les 14 Etats de cette catégorie consacrent 1,75 % de leur PIB à la défense. Pour eux, la Russie n’est certes pas très éloignée - "à peine la longueur de deux étapes du tour de France cycliste", disait le général de Gaulle - mais les gouvernements se montrent hésitants. Restent les quatre pays à plus de 2 500 kilomètres de la capitale russe (dont l’Espagne) : l’effort de défense y était inférieur en moyenne à 1 % du PIB en 2024.

A l’éloignement géographique s’ajoute la contrainte budgétaire. C’est le cas de la France : le déploiement du porte-avions Charles-de-Gaulle et de son escorte en Méditerranée orientale cache mal la difficulté de l’exécutif à racler les fonds de tiroir pour réussir sa conversion à l’économie de guerre.

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Un avion Rafale sur le porte-avions Charles-de-Gaulle.

Prague, la ville rêvée des étudiants qui caracole en tête des classements européens

11 mars 2026 à 11:00

Les 15 et 22 mars, les Français votent aux municipales. L'occasion pour L'Express de sélectionner chez nos voisins des idées innovantes, des concepts pertinents et des dynamiques vertueuses pour améliorer notre quotidien. Tour d'Europe des villes qui doivent nous inspirer, et surtout inspirer nos nouveaux élus.

EPISODE 1 - Ces villes qui doivent nous inspirer : Munich, le mariage réussi de la Silicon Valley et de l'huile de moteur

EPISODE 2 - Comment Vienne est devenue un petit paradis pour les seniors et les locataires

EPISODE 3 -Londres, un modèle pour la sécurité ? Sa recette miracle pour faire baisser le crime

EPISODE 4 - "Les polémiques à Paris nous ont beaucoup amusés" : Copenhague, ce modèle de propreté qui s'exporte

Caleb House prend un moment pour réfléchir et creuser dans sa mémoire. "J’ai beau chercher, je n’ai jamais rencontré un seul étudiant qui regrettait d’être parti en échange à Prague", assure cet Américain, coordinateur du recrutement international à l'Université Charles, la plus grande de République tchèque. Depuis des années, la ville de Franz Kafka et Václav Havel caracole en tête des classements des meilleures villes universitaires d'Europe. Étudiants, anciens comme actuels, s'enthousiasment pour sa qualité de vie, les écoles y sont nombreuses et réputées.

Cinq d'entre elles, dont l'Université technique de Prague et la Prague University of Economics and Business, figurent dans le top 1 000 du palmarès mondial publié par Quacquarelli Symonds. "Prague compte de nombreux établissements, publics comme privés, qui attirent chaque année de nombreux étudiants internationaux", avance Martina Fantová, responsable du bureau international de l'université métropolitaine de Prague. Au total, ils sont plus de 25 000 à venir s'y installer chaque année dans la capitale en provenance d'Espagne, d'Inde, des Etats-Unis ou encore de Corée du Sud. "Les Français sont de loin la première nationalité", soutient Caleb House.

Avec relativement peu d'heures de cours, les universités tchèques offrent aux internationaux tout le loisir d'explorer les recoins de la "ville dorée", notamment son centre historique, classé au patrimoine mondial de l'Unesco et sa richesse architecturale. "Prague est une cité un peu à l’ancienne : il n’y a pas de gratte-ciel dans le centre. La nuit, on a presque l’impression d’être dans une ville médiévale", raconte Marek Földi, étudiant en biologie moléculaire et membre de l'Erasmus club, un groupe de volontaires tchèques qui aident leurs camarades étrangers à s'intégrer. "Lorsqu'on se promène en ville, on a l'impression d'être dans une capsule temporelle. C’est l’une des rares capitales européennes dont le centre historique a été préservé des bombardements au cours des 150 dernières années", se réjouit Caleb House, fasciné par ces bâtiments pluricentenaires.

Des transports publics efficaces et bon marché

Pour se déplacer, les étudiants ont l'embarras du choix. "Prague est certes une capitale, mais elle reste à taille humaine, bien plus que Paris. On peut presque tout faire à pied", assure Lucie, diplômée de Sciences Po Lille, qui a passé près d'un an en échange à Prague. Autrement, ils peuvent compter sur l'un des meilleurs réseaux de transport mondial, à un prix défiant toute concurrence : 20 euros par mois pour un abonnement illimité donnant accès au métro, au bus et au tram. Ce dernier fonctionne même 24 heures sur 24. De quoi permettre de profiter d'une vie nocturne très animée. "Prague serait la ville qui compte le plus de bars pour 100 000 habitants dans le monde", s'amuse Daniel Watson, directeur général d'International student network Prague.

Une ville qui ne dort jamais ? "Elle a l’avantage de rester animée même le week-end. Contrairement à certaines villes étudiantes, comme Olomouc par exemple, où tout devient très calme pendant les vacances", raconte Jiří Heller, président d'Eramus student network CTU, une association locale au sein de l'Université technique de Prague. Avec quelques travers. "Prague pâtit un peu de sa réputation liée à la bière bon marché. Beaucoup de touristes, notamment du Royaume-Uni, viennent y passer un week-end surtout pour faire la fête parce que les vols et la boisson sont peu chers", poursuit l'étudiant tchèque. Pour se loger, les options sont variées avec cependant des différences de prix non négligeables. "Les résidences universitaires restent relativement abordables, mais les colocations privées peuvent être plus onéreuses", précise Barbora Panáková de l'Erasmus Club.

Côté sécurité, les parents n'ont aucun souci à se faire. "La République tchèque est l’un des pays les plus sûrs au monde. J’ai vu des gens s’endormir dans un bar avec toutes leurs affaires et les retrouver intactes le lendemain matin", promet Daniel Watson. Réputés froids et parfois peu accueillants, les Tchèques souffrent "de beaucoup de préjugés, estime Lucie. Je ne les ai pas vraiment ressentis. Dès qu’on fait l’effort d’apprendre quelques mots de tchèque, les relations deviennent beaucoup plus faciles." S'ils ne parlent pas la langue locale, les étudiants français peuvent néanmoins progresser rapidement en anglais grâce à la présence de nombreux étudiants anglophones.

La situation centrale de Prague en Europe est également très appréciée. "Les pays voisins sont facilement accessibles en bus ou en train", raconte Massimo, qui a profité de son semestre à la faculté de sciences humaines de l'Université Charles pour faire des escapades en Autriche, en Allemagne ou encore en Slovaquie. Et, quand ils ne voyagent pas, les étudiants peuvent profiter d'une vie culturelle animée. Klara, inscrite quelques mois à la faculté de droit en 2023, se félicite d’avoir pu fréquenter de nombreux musées. Lucie, l'étudiante à Sciences Po, a assisté à des opéras ou des ballets. Beaucoup d'étudiants choisissent d'occuper leur temps libre en travaillant à temps partiel à côté de leurs études. "Les entreprises à Prague recherchent constamment des profils internationaux parlant anglais, français, allemand ou russe, explique Caleb House. Cela permet aux étudiants de financer une partie de leur vie étudiante." Tout en mettant un premier pied dans le monde professionnel.

© Université Charles

L'université Charles, à Prague, est la plus grande de République tchèque.

Des mines navales déposées par l'Iran ? Ce risque qui plane sur le détroit d'Ormuz

11 mars 2026 à 10:11

C'est une méthode déjà employée par Téhéran dans le passé. En pleine guerre au Moyen-Orient, les États-Unis soupçonnent l'Iran de vouloir déployer des mines navales dans le détroit d'Ormuz pour menacer les embarcations qui le traverseraient. Les craintes du renseignement américain, étayées par plusieurs sources auprès de CBS News, anticipent un scénario noir dans le golfe Persique. L'étroite voie navigable séparant l'Iran de la péninsule arabique fermée à long terme en raison du risque représenté par ces engins explosifs ? Les pays producteurs d'hydrocarbures derrière ce passage (Qatar, Koweït, Irak...) resteraient le cas échéant complètement isolés du trafic maritime international. Impossible à envisager pour Washington, alors que les prix du pétrole sont déjà en train de flamber.

De premières mines déjà posées ces derniers jours ?

Si aucune confirmation officielle n'a été apportée sur ces éléments, CNN va encore plus loin : d'après ses informations, le minage de la zone par Téhéran aurait déjà commencé. Le média, qui se base sur des échanges avec deux sources proches du dossier, indique que cette opération n'en serait qu'à ses débuts, avec seulement "quelques dizaines de mines (...) posées ces derniers jours". Néanmoins, la capacité de nuisance iranienne en la matière demeure importante. D'après la chaîne, la République islamique disposerait encore de 80 à 90 % de ses navires utilisés pour déposer des mines au fond de l'eau. CBS News, elle, chiffre entre 2 000 et 6 000 le nombre de munitions de ce genre disponibles dans l'arsenal de l'Iran. En plus de sa propre production, Téhéran a pu compter sur la Russie et la Chine pour garnir ses stocks en la matière.

Les fuites de presse sur la menace de ces mines navales ont poussé Donald Trump à évoquer le sujet publiquement, tout en minimisant la matérialité des faits. "Si l'Iran a posé des mines dans le détroit d'Ormuz, et nous n'avons reçu aucun rapport en ce sens, nous voulons qu'elles soient retirées IMMÉDIATEMENT !", a-t-il tonné mardi 10 mars, sur son réseau Truth Social. Le milliardaire républicain a averti le régime des mollahs de "conséquences militaires (...) d'une ampleur jamais vue" dans le cas où les États-Unis venaient à découvrir que des mines navales avaient bel et bien été posées dans le golfe Persique. "Si, en revanche, ils retirent ce qui a pu être placé, ce sera un pas de géant dans la bonne direction !", a exposé Donald Trump, de plus en plus mis sous pression outre-Atlantique face au risque d'un enlisement de la guerre au Moyen-Orient.

La prise de parole du milliardaire républicain a été rapidement suivie, quelques minutes plus tard, d'un nouveau message au ton triomphant. "Je suis heureux d'annoncer qu'au cours des dernières heures, nous avons touché et complètement détruit 10 bateaux et/ou navires poseurs de mines inactifs, et d'autres suivront !", s'est félicité Donald Trump. Plus tôt dans la journée, le chef d'état-major américain, Dan Caine, avait lui-même rappelé que les États-Unis ciblaient d'ores et déjà des engins ou des sites permettant à Téhéran de pouvoir poser des mines. Une unité de l'armée américaine, basée à Bahreïn, est notamment chargée de la destruction de ces charges explosives sous-marines. "Nous avons des démineurs dans le Golfe et des systèmes électroniques très avancés de détection des mines", a expliqué, sur l'antenne de CNN, l'amiral James Stavridis, ex-commandant suprême des forces alliées de l'Otan.

U.S. forces eliminated multiple Iranian naval vessels, March 10, including 16 minelayers near the Strait of Hormuz. pic.twitter.com/371unKYiJs

— U.S. Central Command (@CENTCOM) March 10, 2026

Le précédent de la guerre Iran-Irak

Le problème ? Neutraliser ces mines "prend du temps", rappelle le militaire. "Un mois ou deux" seraient nécessaires pour nettoyer la zone, dans laquelle les Iraniens peuvent potentiellement déposer "des milliers" de mines, souligne l'ancien responsable. Or, une telle configuration "serait très problématique pour l'économie mondiale", relève James Stavridis. Paralyser le trafic maritime international dans le détroit d'Ormuz, en particulier grâce à ces mines, est un des principaux leviers d'action de l'Iran pour faire pression sur les États-Unis. À quelques mois des élections de mi-mandat, l'opinion publique américaine pourrait être rapidement échaudée par des prix à la pompe qui montent en flèche en raison de la fermeture de ce bras de mer où transite environ 20 % de la production de pétrole planétaire.

La stratégie n'est pas inédite. Lors de la guerre entre l'Iran et l'Irak, entre 1980 et 1988, les deux pays avaient déjà pris pour cible des pétroliers dans le golfe Persique afin d'affaiblir le camp adverse. À l'époque, la République islamique avait déjà eu recours aux mines navales, sans totalement bloquer l'accès à cette voie maritime aux embarcations. 150 engins explosifs avaient été déposés dans le détroit d'Ormuz. L'un d'entre eux avait endommagé une frégate américaine, l'USS Samuel B. Roberts, en avril 1988. Les Américains avaient alors réagi en attaquant deux plateformes pétrolières iraniennes du Golfe. Plusieurs navires de Téhéran avaient été coulés durant cette bataille navale, à un moment où les États-Unis et l'Iran étaient déjà très opposés sur le plan diplomatique.

© REUTERS

Une vue aérienne du détroit d'Ormuz. REUTERS/Stringer/File Photo

Pete Hegseth, un fanatique des croisades pour qui l'Iran ne serait que la première étape

11 mars 2026 à 07:00

C’est l’histoire d’une revanche. Pete Hegseth attendait son heure depuis le 20 janvier 2021, date d’une humiliation jamais digérée. Ce matin-là, le soldat de la Garde nationale qu’il est encore s’apprête à officier pour la cérémonie d’investiture de Joe Biden, quatorze jours après l’assaut du Capitole. Son téléphone sonne. Au bout du fil, un supérieur lui ordonne de rester chez lui. Principe de précaution : un compagnon d’armes a signalé Hegseth comme une possible "menace interne". En cause, un tatouage aperçu sur son biceps droit. On y lit : "Deus Vult" ("Dieu le veut"), le cri de ralliement des croisés au XIe siècle, devise connue des cercles de l’alt-right (extrême droite).

Cinq ans plus tard, voilà Pete Hegseth musclé et tatoué comme jamais, mais cette fois au sommet de sa gloire, propulsé à la tête du département de la Défense, un ministère au budget pharaonique de 850 milliards de dollars employant trois millions de soldats, réservistes et civils. Au nez et à la barbe de ses détracteurs d’hier, il réalise aujourd’hui son fantasme de toujours : une "croisade américaine", dont la République islamique iranienne serait la première cible, dans un remake de la guerre contre le terrorisme engagée en 2001 par George W. Bush, qui employait le même terme.

"Tout comme les croisés chrétiens, qui ont repoussé les hordes musulmanes au XIIe siècle, les croisés américains devront faire preuve du même courage face aux islamistes", prophétisait-il en 2020 dans son livre American Crusade. Ce 4 mars, au quatrième jour de la guerre en Iran, Hegseth exulte : "La mort et la destruction viendront du ciel, du matin au soir, déclare-t-il devant la presse. Nos soldats ont les pleins pouvoirs, donnés par le président et moi." Et conclut : "Que la providence divine couvre et protège nos troupes."

De la théocratie en Amérique

Qui d’autre que Dieu pour guider les GI’s ? Depuis sa nomination, Pete Hegseth, ancien commentateur de Fox news et membre de l’ultraconservatrice Communion des Églises évangéliques réformées, a fait du christianisme le moteur de sa mission et rêve d’évangéliser le Pentagone. Au service de prière mensuel qu’il y a instauré, il a récemment invité son maître à penser, le fondateur de la Crec, Doug Wilson, connu pour ses positions extrêmes : partisan d’une théocratie en Amérique, le pasteur de l'Idaho est hostile au vote des femmes et juge que l’esclavage n’était "pas si terrible". Sur les réseaux sociaux, plusieurs communications officielles du département de la Défense montrent ces derniers mois des vidéos de préparatifs de guerre assorties de versets bibliques. Un prosélytisme doublé d’une politisation assumée. Objectif : éliminer tout contenu touchant de près ou de loin à la diversité. Des dizaines de milliers de publications – montrant notamment les exploits de femmes militaires – ont ainsi été supprimées des bases de données du département.

"Hegseth incarne une rupture nette avec le modèle de l’armée américaine depuis la Première Guerre mondiale, souligne Ronit Stahl, professeur d'histoire à l'Université de Californie, Berkeley. Historiquement, l’armée américaine est non partisane et fut un moteur d’inclusion de diverses religions, à travers ses aumôniers. Pete Hegseth promeut au contraire une forme très restrictive de christianisme évangélique blanc comme idéal religieux."

"Epic Fury", un plan de Dieu ?

Dans certaines casernes, l’opération "Epic Fury" contre les mollahs iraniens aurait été présentée comme le plan de Dieu, selon la Military Religious Freedom Foundation (MRFF). Cette organisation, qui défend depuis vingt ans la liberté religieuse dans l’armée américaine, dit avoir reçu plus de 200 plaintes venant de 50 bases militaires. "Ces soldats nous ont signalé que leurs commandants, euphoriques, présentaient cette guerre comme le début de la bataille d'Armageddon, conformément au Livre de l'Apocalypse", affirme Michael Weinstein, qui dirige la MRFF. "Malheureusement, cela ne me surprend pas, poursuit ce vétéran, dont le père et trois des enfants ont servi dans l’armée américaine. Avec ses prières dans le grand auditorium du Pentagone, Hegseth fait chaque mois un bras d’honneur à notre Constitution, qui consacre dans son premier amendement la séparation de l'Église et l'État."

S'il a été élevé dans la foi chrétienne, le natif du Minnesota, 45 ans, n’a pas le CV du parfait observant. Marié trois fois, Hegseth a reconnu à plusieurs reprises ses infidélités et versé 50 000 dollars à une femme qui l'accusait d'agression sexuelle en 2017. Son penchant pour la boisson lui a longtemps valu le surnom peu flatteur de "Kegseth" (référence au "keg", le fût de bière en anglais). Tout a changé en 2018, jure-t-il, après son troisième mariage avec Jennifer Rauchet, rencontrée à Fox News, et leur inscription à l’église communautaire de Colts Neck, dans le New Jersey. Désormais disciple de Doug Wilson, il fréquente l’une de ses églises, inaugurée en 2025 à Washington… à deux pâtés de maisons du Capitole. Une aubaine pour ce gourou qui, il n'y a pas si longtemps, était considéré comme marginal...

De fait, la parole du camp nationaliste chrétien est de plus en plus influente et décomplexée au sein de l’administration Trump 2. Jeudi 5 mars, une vingtaine de pasteurs évangéliques ont prié pour les soldats américains engagés en Iran dans le bureau Ovale. Une scène hallucinante orchestrée par Paula White Cain, la télévangéliste nommée directrice du Bureau de la Maison-Blanche pour la foi. Faute d’objectifs clairs, l’opération "Epic Fury" prend des airs de guerre sainte. Au risque, pour Donald Trump, de contrarier ses électeurs.

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Le ministre de la Défense américain Pete Hegseth, à Miami le 7 mars 2026.

Préférence européenne : un signal positif qui ne s’attaque pas à la racine du mal, par Jean-Luc Demarty

11 mars 2026 à 06:15

La Commission européenne a proposé le 4 mars un règlement complexe de 79 articles, l’Industrial Accelerator Act (IAA), dont l’objectif non affiché, mais transparent, est de protéger l’industrie européenne de la menace existentielle de l’industrie chinoise. La situation est grave avec une accélération sans précédent de la compétitivité de l’industrie chinoise et de ses exportations depuis la sortie du Covid. Depuis début 2022, les prix industriels à la production ont augmenté de 15 % dans l’UE et baissé de 7 % en Chine. L’écart de compétitivité est désormais de 30 à 40 % pour des produits de qualité équivalente voire supérieure. Les exportations européennes de biens manufacturés vers la Chine stagnent depuis 2019 autour de 200 milliards d'euros, tandis que les importations européennes de biens manufacturés chinois ont largement doublé depuis dix ans, à plus de 500 milliards d'euros. Cette situation a été aggravée par les mesures protectionnistes de Donald Trump. Il est également clair que la Chine a renoncé au timide rééquilibrage, entre 2015 et 2019, de son modèle de capitalisme d’Etat exclusivement tourné vers l’exportation, encore renforcé depuis la sortie du Covid.

La réaction de la Commission européenne est bienvenue dans la mesure où il y a urgence. Toutefois l’UE, et particulièrement la Commission européenne, sont partiellement responsables de la menace chinoise. En effet, le Green Deal, avec sa bureaucratie verte tentaculaire, ses normes excessives et son objectif de "net zero" en 2050, a considérablement aggravé la situation, mettant en difficulté l’industrie automobile, la sidérurgie et la chimie, au bénéfice de l’industrie chinoise, devenue dominante dans la très grande majorité des technologies vertes.

Comment peut-on justifier l’écart entre l’objectif de la Chine de "net zero" en 2060 et le "net zero" en 2050 de l’UE ? La Chine vient tout juste d’atteindre son pic, émet cinq fois plus que l’UE, n’est même pas sur la bonne trajectoire, tandis que l’UE a réduit ses émissions de 37 % depuis 1990 pour seulement 6 % des émissions mondiales. L’ajustement des objectifs de décarbonation de l’UE sur ceux de la Chine, voire en dessous, est le grand absent de l’IAA. On peut même se demander si un de ses objectifs cachés n’est pas la protection du Green Deal, à la lumière de l’assouplissement en trompe-l’œil de la fin de la voiture thermique en 2035, réservé à l’acier vert et aux biocarburants de deuxième génération.

Les subventions, une violation grossière des règles de l’OMC

Venons-en au contenu de l’IAA. Il comprend deux volets principaux. Le premier, dit made in Europe, réserve les marchés publics et les subventions aux produits européens à bas carbone, intensifs en énergie, l’acier, l’aluminium, le ciment d'une part et aux produits européens "net zero" comme les batteries, partiellement le solaire, l’éolien, les pompes à chaleur, les électrolyseurs et le nucléaire d'autre part. Les voitures électriques devront comprendre 70 % de composants européens hors batteries qui devront contenir trois composants européens, avec durcissement après trois ans. Les flottes d’entreprise devront être à 100 % origine Espace économique européen. En un mot, c’est l’imposition d’un contenu local généralisé.

S’agissant des marchés publics, l’UE dispose d’une large marge de manœuvre vis-à-vis des pays avec lesquels elle n’a pas d’accord de libre-échange, dont les principaux sont la Chine et les Etats-Unis qui pratiquent le contenu local à haute dose. La véritable cible est la Chine, les Etats-Unis étant peu présents sur les produits manufacturés. Il est tout à fait normal que l’UE protège ses marchés publics qui représentent 15 % du PIB. En revanche, le contenu local pour les subventions est une violation grossière des règles de l’OMC. C’est la même logique que l’IRA de Joe Biden, qui a déjà été condamné en première instance à l’OMC, sans conséquence pour les Etats-Unis. Il leur a suffi d’aller en appel dans le vide. Il en ira autrement pour l’UE, qui a maintenu un organe d’appel alternatif entre les soixante plus importants membres de l’OMC, à l’exception des Etats-Unis et de l’Inde. La Chine traînera l’UE à l’OMC et gagnera. En outre, si l’on peut comprendre le désarroi de la sous-traitance automobile, le contenu local, dont elle est un fort soutien, n’est pas économiquement le plus efficace. Il est de loin préférable d’utiliser les subventions ciblées sur la recherche-développement et l'innovation.

Investissement, des mesures insuffisantes

Le deuxième volet concerne l’investissement. Cela va dans le bon sens d’appliquer à la Chine - le seul pays de fait visé par les critères de part du marché mondial - ce qu’elle a fait à l’UE depuis vingt ans, à savoir imposer un plafond de 49 % dans les joint-ventures, avec des transferts de technologie obligatoires. Toutefois la mesure est insuffisante sous deux aspects. Premièrement, elle ne couvre pas toutes les technologies vertes où la Chine est leader, mais seulement environ la moitié d’entre elles : les batteries et les systèmes de stockage de l’électricité, les voitures électriques et hybrides, les technologies solaires et les matières premières critiques. Deuxièmement, il suffit de respecter quatre critères sur six, ce qui permet d’éviter le cumul, pourtant souhaitable, de joint-ventures à 49 % et de transferts de technologie obligatoires.

Il manque également à la proposition un volet de renforcement des mesures anti-dumping sur le plan juridique, par l’introduction du droit pénal qui accélérera l’application des droits provisoires, comme aux Etats-Unis, et par la suppression du droit moindre, qui limite le droit anti-dumping au montant du préjudice, ce qui n’est pas imposé par l’OMC. A cet égard, il est souhaitable de renforcer les ressources humaines de la direction générale du Commerce extérieur de la Commission européenne, très insuffisantes pour traiter l’explosion du nombre de cas anti-dumping, au détriment d’autres directions générales souvent productrices de normes inutiles et contre-productives. La possible modification, dans le cadre de l’article XXVIII du GATT, des droits de douane normaux, dits de la nation la plus favorisée (NPF), des produits manufacturés les plus menacés par la Chine, aurait dû être mentionnée, comme l’UE est en train de le faire pour l’acier. Compte tenu de l’énorme réseau d’accords de libre-échange de l’UE, les droits NPF ne sont plus guère applicables qu’à la Chine.

Enfin la proposition comporte une dimension bureaucratique inquiétante avec la création d’autorités de gestion de celle-ci dans les Etats membres avec une supervision de la Commission dont il est douteux qu’elle ait les capacités de l’assurer.

En conclusion, l’IAA est un signal positif vers le début d’une politique industrielle digne de ce nom en vue de protéger l’industrie européenne de la prédation chinoise. Mais elle ne s’attaque pas à un des éléments clés de la racine du mal, les excès du Green Deal. S’agissant des marchés publics et des investissements chinois, la proposition va dans le bon sens mais peut être améliorée. En revanche, le contenu local pour les subventions sera inévitablement condamné à l’OMC. A l’exception de ce point, la proposition n’est pas protectionniste. Elle l’était dans sa version initiale poussée par Stéphane Séjourné. Elle soumettait aux mêmes restrictions que la Chine les partenaires des accords de libre-échange de l’UE, ce qui aurait été une mise en cause de ceux-ci pourtant très favorables à l’UE. C’est pourtant ce que réclame Bercy en réaction à la proposition. Il faut au contraire développer le réseau des accords de libre-échange de l’UE qui restent à conclure en Asie et ratifier le Mercosur. C’est pourquoi la proposition n’est pas une remise en cause de la stratégie gagnante d’ouverture au commerce de l’UE avec le reste du monde par des accords de libre-échange qui doivent exclure par principe la Chine et les Etats-Unis, comme le prétendent ses opposants traditionnels très présents en France. Elle est son adaptation, encore insuffisante à la menace de la prédation chinoise et du néoprotectionnisme américain.

Il est à craindre que ce règlement complexe, même amélioré, mettra beaucoup de temps à être adopté par le Conseil de l’UE et le Parlement européen. Sa base juridique à la majorité qualifiée du Conseil et la majorité simple du Parlement est l’article 114 du Traité sur le fonctionnement de l’UE relatif au rapprochement des législations.

*Jean-Luc Demarty, ancien directeur général du Commerce extérieur de la Commission européenne (2011-2019), ancien directeur général de l’Agriculture (2005-2010), ancien conseiller de Jacques Delors (Paris 1981-1984 ; Bruxelles 1988-1995).

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L’Industrial Accelerator Act (IAA) doit contribuer à protéger l’industrie européenne de la menace chinoise.

Iran : la Maison-Blanche assure que la marine américaine n’a pas escorté de pétrolier à travers le détroit d’Ormuz

10 mars 2026 à 19:46

Le président américain Donald Trump a déclaré lundi aux journalistes que la guerre au Moyen-Orient était "quasiment finie", au lendemain de la désignation en Iran de Mojtaba Khamenei comme nouveau guide suprême de la Révolution islamique, en remplacement de son père, l'ayatollah Ali Khamenei, assassiné au premier jour de la campagne militaire israélo-américaine.

Donald Trump s'est dit "déçu" du choix de Téhéran, qui peut être perçu comme un signal de défi à l'égard des Etats-Unis, déplorant que cela "entraîne plus ou moins les mêmes problèmes" en Iran. Il avait exprimé sa volonté d'être impliqué dans la désignation du nouveau dirigeant iranien, désireux que celui-ci soit conciliant avec Washington et Israël. Reste que les commentaires du président américain à propos de la fin imminente de la guerre ont provoqué un relâchement sur les marchés pétroliers et financiers, alors que le prix du baril avait dépassé dimanche le seuil des 100 dollars pour la première fois depuis 2022.

L'Iran a affiché lundi son soutien à Mojtaba Khamenei, la presse officielle diffusant des images montrant des foules rassemblées dans plusieurs villes pour saluer le nouveau guide suprême, avec des drapeaux iraniens et des portraits d'Ali Khamenei brandis. L'armée iranienne a pour sa part déclaré qu'elle allait intensifier ses attaques de missiles. Donald Trump a dit lundi vouloir une victoire "totale", sans expliquer précisément ce que cela signifiait. Il a effectué par le passé des commentaires contradictoires sur les objectifs de Washington et les raisons pour lesquelles cette campagne militaire a été lancée. Israël dit vouloir entraîner la chute du système théocratique iranien et a promis d'abattre le successeur d'Ali Khamenei avant même que celui-ci ne soit désigné.

Les bombardements des Etats-Unis et d'Israël ont tué au moins 1 332 civils iraniens et blessé des milliers d'autres, selon l'ambassadeur de l'Iran auprès de l'Onu. Les autorités du Liban ont fait état de plus de 400 personnes tuées dans les frappes israéliennes, qui ont également déplacé près de 700 000 personnes. En Israël, 11 personnes ont été tuées dans les attaques iraniennes.

Les infos à retenir

⇒ Donald Trump menace de frapper l'Iran "beaucoup plus fort" en cas de blocage du pétrole

⇒ Emmanuel Macron convoque un nouveau Conseil de défense mardi à 18h30

⇒ Les Gardiens de la révolution disent avoir ciblé une base américaine au Kurdistan irakien

19h35

La Maison Blanche affirme que les prix du pétrole baisseront lorsque les objectifs de sécurité nationale seront atteints en Iran

La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré ce mardi aux journalistes que les Américains verraient les prix du pétrole et du gaz "chuter rapidement" une fois que les objectifs de sécurité nationale de l'armée américaine seraient "pleinement atteints" en Iran.

19h30

L'armée américaine n'a escorté aucun navire dans le détroit d'Ormuz, selon un responsable

L'armée américaine n'a jusqu'à présent escorté aucun navire à travers le détroit d'Ormuz, a déclaré ce mardi un responsable américain à Reuters, après que le secrétaire américain à l'Énergie, Chris Wright, a publié puis supprimé un tweet indiquant que la marine américaine avait escorté un pétrolier à travers le détroit.

19h25

Un Conseil de défense en cours à l'Elysée

Emmanuel Macron préside en ce moment même un Conseil de défense et de sécurité nationale à l'Elysée.

18h30

Les ambassadeurs de l'Otan rencontreront leurs partenaires du Golfe la semaine prochaine

Les ambassadeurs des 32 pays membres de l'Otan prévoient de rencontrer des représentants du Golfe la semaine prochaine pour discuter de la guerre en Iran et des tensions régionales, ont déclaré trois diplomates européens à l'agence Reuters.

Les ambassadeurs devraient s'entretenir avec leurs homologues du Bahreïn, du Koweït, du Qatar et des Emirats arabes unis, ont indiqué les diplomates.

18h25

La marine américaine a escorté un pétrolier dans le détroit d'Ormuz

Le secrétaire américain à l'Energie, Chris Wright, a déclaré ce mardi que la marine américaine a escorté avec succès un pétrolier à travers le détroit d'Ormuz "pour garantir que le pétrole continue d'affluer vers les marchés mondiaux".

17h20

L'Ukraine envoie des experts en défense aérienne dans plusieurs pays du Golfe

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré ce mardi que Kiev avait envoyé des experts en défense aérienne au Qatar, en Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis en raison des attaques aériennes iraniennes contre ces pays.

Lors d'une séance de questions-réponses avec le président sur WhatsApp, son conseiller en communication a également indiqué aux journalistes que des spécialistes ukrainiens avaient été déployés sur une base militaire américaine en Jordanie, sans donner de détails.

16h10

Un étranger accusé d'espionnage arrêté en Iran

Le ministère iranien du renseignement a arrêté un ressortissant étranger qui, selon lui, menait des activités d'espionnage pour le compte des Etats-Unis et d'Israël, et agissait comme intermédiaire pour deux pays du Golfe, ont rapporté ce mardi les médias d'Etat citant le ministère.

Le ministère a également indiqué avoir arrêté 30 espions, mercenaires internes et agents opérationnels israéliens et américains au cours des derniers jours.

15h35

Israël ne cherche pas une guerre sans fin avec l'Iran, selon son ministre des Affaires étrangères

Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, a déclaré ce mardi qu'Israël ne cherchait pas une guerre sans fin avec l'Iran et qu'il se coordonnerait avec les Etats-Unis sur le moment de mettre fin au conflit.

"Nous consulterons nos amis américains lorsque nous jugerons le moment opportun. Nous ne souhaitons pas une guerre sans fin", a-t-il déclaré aux journalistes à Jérusalem, refusant de préciser quand le conflit pourrait prendre fin.

14h55

L'OMS met en garde contre les risques sanitaires liés aux "pluies noires" en Iran

L'Organisation mondiale de la santé a averti ce mardi que la "pluie noire" qui s'abat sur l'Iran après les frappes sur les installations pétrolières pourrait provoquer des problèmes respiratoires, et elle a soutenu l'avis de l'Iran exhortant les gens à rester à l'intérieur.

L'agence sanitaire des Nations unies, qui dispose d'un bureau en Iran et collabore avec les autorités en cas d'urgences sanitaires, a indiqué avoir reçu de nombreux signalements de pluies chargées de pétrole cette semaine. Lundi, Téhéran était étouffée par une épaisse fumée noire après le bombardement d'une raffinerie, marquant une escalade des frappes contre les infrastructures énergétiques iraniennes dans le cadre de la campagne américano-israélienne.

"Les pluies noires et les pluies acides qui les accompagnent constituent effectivement un danger pour la population, principalement sur le plan respiratoire", a déclaré le porte-parole de l'OMS, Christian Lindmeier, lors d'une conférence de presse à Genève.

14h45

Un ministre iranien affirme que le détroit d'Ormuz connaîtra soit la paix, soit la défaite

Le détroit d'Ormuz sera soit un détroit de paix et de prospérité pour tous, soit un détroit de défaite et de souffrance pour les "bellicistes", a déclaré le chef de la sécurité iranienne Ali Larijani dans un message publié sur X ce mardi.

Cette voie de transit pétrolière vitale est quasiment fermée depuis que des navires dans la région ont été touchés par des frappes iraniennes suite aux attaques américaines et israéliennes contre la République islamique. Téhéran a menacé de bloquer cette voie navigable étroite en réponse à toute attaque.

13h19

L'armée américaine frappe des navires iraniens poseurs de mines

Le plus haut gradé de l'armée américaine a déclaré mardi que les États-Unis menaient des frappes contre des navires iraniens poseurs de mines. La guerre a effectivement bloqué le détroit d'Ormuz, point de passage stratégique pour le transport mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié, empêchant les pétroliers de naviguer pendant plus d'une semaine et forçant les producteurs à interrompre le pompage à mesure que les capacités de stockage se remplissent.

"Le commandement central américain poursuit aujourd'hui ses opérations de traque et de neutralisation des navires poseurs de mines et des installations de stockage de mines", a déclaré aux journalistes le général Dan Caine, chef d'état-major interarmées .

Dan Caine a ajouté qu'au cours des dix premiers jours de la campagne contre l'Iran, les États-Unis avaient coulé ou détruit plus de 50 navires de guerre.

Le président américain Donald Trump a menacé lundi d'intensifier la guerre contre l'Iran si ce pays bloquait les livraisons de pétrole en provenance du Moyen-Orient, tout en prédisant une fin rapide du conflit.

13h11

Mardi sera "le jour le plus intense de frappes" contre l’Iran, prévient Pete Hegseth

Ce mardi sera la journée de frappes la plus intense contre l'Iran jusqu'à présent, a déclaré le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth lors d’une conférence de presse conjointe avec le chef d’état-major de l’armée américaine, Dan Caine, au Pentagone. Mardi verra "le déploiement du plus grand nombre d'avions de chasse et de bombardiers contre l'Iran".

Pete Hegseth a ajouté qu'au cours des dernières vingt-quatre heures l'Iran avait tiré son plus faible nombre de missiles depuis le début de la guerre.

11h04

Plus de 667 000 personnes déplacées au Liban

Plus de 667 000 personnes sont désormais enregistrées comme déplacées au Liban, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR), soit une augmentation de 100 000 personnes en un jour. Près de 120 000 personnes ont trouvé refuge dans des abris du gouvernement, ajoute l'HCR, citant les chiffres des autorités libanaises.

"Beaucoup d'autres sont restés avec des proches ou des amis ou sont toujours à la recherche d'un endroit. Nous voyons des fichiers de voitures le long des routes avec des gens dormants dedans ainsi que sur les trottoirs", a déclaré Karolina Lindholm Billing, la représentante de l'HCR au Liban.

10h20

Emmanuel Macron convoque un nouveau Conseil de défense à 18h30

Le chef de l’Etat a convoqué un nouveau Conseil de défense et de sécurité nationale mardi soir à 18h30 "sur la situation en Iran et au Moyen-Orient", a annoncé l’Elysée.

10h18

La Russie est la seule gagnante de la guerre au Moyen-Orient, affirme Antonio Costa

La Russie est jusqu'à présent la seule gagnante de la guerre au Moyen-Orient, alors que les prix de l'énergie montent en flèche et que l'attention portée à sa guerre contre l'Ukraine s'est estompée, a déclaré mardi le président du Conseil européen, Antonio Costa. "Jusqu’à présent, il n’y a qu’un seul vainqueur dans cette guerre : la Russie", a déclaré Costa lors d’un discours prononcé devant les ambassadeurs de l’UE à Bruxelles.

"Avec la hausse des prix de l’énergie, le pays se procure de nouvelles ressources pour financer sa guerre contre l’Ukraine. Il profite du détournement de moyens militaires qui auraient pu être envoyés en soutien à l’Ukraine. Et il bénéficie du désintérêt croissant pour le front ukrainien, le conflit au Moyen-Orient occupant le devant de la scène."

Antonio Costa a souligné la nécessité pour l'UE de protéger l'ordre international fondé sur des règles, qui, selon lui, est désormais remis en cause par les États-Unis, et pour toutes les parties au Moyen-Orient de retourner à la table des négociations. "La liberté et les droits de l'homme ne peuvent être obtenus par les bombes. Seul le droit international les garantit", a-t-il déclaré. "Nous devons éviter toute nouvelle escalade. Une telle voie menace le Moyen-Orient, l'Europe et bien au-delà."

09h15

Benyamin Netanyahou assure qu'Israël "brise les os" du pouvoir iranien

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a répété que le but de la guerre était par Israël de renverser le régime en place. "Notre aspiration est d'amener le peuple iranien à se libérer du joug de la tyrannie", a-t-il déclaré dans un communiqué publié par son bureau.

"A la fin, cela dépend d'eux. Mais il ne fait aucun doute qu'à travers les actions que nous avons exercées jusqu'ici, nous brisons leurs os, et notre main continue d'agir."

09h13

Les Bourses européennes ouvrent en nette hausse

Les Bourses européennes ouvrent en nette hausse à la faveur d'une réponse de près de 10 % des cours du pétrole au lendemain de leur flambée à plus de 100 dollars le baril. A Paris, le CAC 40 progresse de 1,68 % et l'indice paneuropéen Stoxx 600 avance de 1,87 %.

09h06

L'Iran dit avoir visé des raffineries et des entrepôts de pétrole à Haïfa en Israël

L'armée iranienne dit avoir visé des raffineries et des entrepôts de pétrole à Haïfa en Israël à l'aide d'une attaque de drones en représailles aux attaques sur des dépôts pétroliers en Iran, rapporte l'agence de presse iranienne Tasnim.

09h01

Israël en avance sur ses objectifs militaires, assure l'ambassadeur d'Israël en France

Israël est en avance sur son calendrier pour atteindre ses objectifs de guerre en Iran, comme l'affaiblissement des autorités afin que le peuple iranien prenne le contrôle de son propre destin, a déclaré mardi l'ambassadeur d'Israël en France, Joshua Zarka.

Au Liban, le gouvernement libanais n'est pas encore parvenu à désarmer le Hezbollah, a déclaré Zarka lors d'une interview accordée à la chaîne de télévision française BFMTV, ajoutant qu'il n'était au courant d'aucune décision d'Israël visant à négocier la fin de la guerre avec Beyrouth.

8h15

Un G7 Energie se tient à Paris, annonce Maud Bregeon

Une réunion du G7 Energie doit se tenir ce mardi, en marge du sommet international du nucléaire qui se tient à Paris, avec "un objectif de baisser les prix" du pétrole, a annoncé Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement sur France 2.

8h12

Le système Patriot américain déployé pour renforcer la défense aérienne de la Turquie

Le ministère turc de la Défense a déclaré mardi qu'un système de défense aérienne américain Patriot avait été déployé dans la province de Malatya, dans le sud-est du pays, dans le cadre des mesures prises par l'Otan pour renforcer les défenses aériennes de son allié face aux menaces de missiles liées à la guerre contre l'Iran.

La base radar de l'Otan de Kurecik, qui fournit des données vitales à l'alliance et a permis d'identifier deux missiles balistiques iraniens se dirigeant vers la Turquie, est située à Malatya. Dans un communiqué, le ministère a indiqué que la Turquie continuerait de coopérer et d'évaluer l'évolution de la situation régionale avec ses alliés de l'Otan.

08h08

Les Gardiens de la révolution disent avoir ciblé une base américaine au Kurdistan irakien

Les Gardiens de la révolution iraniens ont affirmé avoir ciblé une base américaine dans la région du Kurdistan irakien. "Le quartier général de l’armée américaine, situé sur la base aérienne de Harir dans la région du Kurdistan, a été visé par cinq missiles", ont déclaré les Gardiens dans un communiqué diffusé sur leur chaîne Telegram officielle.

08h03

Si la fermeture du détroit d'Ormuz se poursuit, les conséquences pourraient être "catastrophiques"

La fermeture du détroit d'Ormuz pourrait avoir des conséquences "catastrophiques" pour les marchés pétroliers mondiaux, a déclaré mardi le directeur général du géant pétrolier saoudien Aramco lors d'une conférence téléphonique avec les médias après la publication des résultats de la société pour 2025. "Bien que nous ayons connu des perturbations par le passé, celle-ci est de loin la plus grande crise à laquelle l'industrie pétrolière et gazière de la région ait été confrontée", a déclaré Amin Nasser.

Les Gardiens de la révolution iraniens ont déclaré mardi qu'ils n'autoriseraient pas l'exportation d'"un seul litre de pétrole" depuis le Moyen-Orient si les attaques américaines et israéliennes se poursuivaient, ce qui a incité le président Donald Trump à avertir que les États-Unis frapperaient l'Iran beaucoup plus durement si ce dernier bloquait les exportations de cette région productrice d'énergie vitale.

07h22

L'armée israélienne émet un ordre d'évacuation au sud du Liban

L'armée israélienne émet un ordre d'évacuation pour les résidents vivant au sud du fleuve Litani, au Liban, signalant une frappe imminente.

Depuis plusieurs jours, Israël bombarde le Liban, notamment au sud du pays, frontalier de l'État hébreu, et en périphérie sud de la capitale Beyrouth, considérée de longue date comme un bastion du Hezbollah, marquant une intensification des hostilités avec le mouvement chiite armé.

06h12

L'Iran exclut toute négociation avec les Etats-Unis

Il est peu probable que Téhéran renoue les négociations entamées avec Washington, a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, dans une interview diffusée lundi soir par la chaîne de télévision PBS.

Il cite l'"expérience amère" des cycles de pourparlers avec les Etats-Unis sur le nucléaire iranien, alors que des négociateurs des deux pays étaient à nouveau réunis à Genève moins de quarante-huit heures à peine avant le lancement de la campagne militaire israélo-américaine en Iran. "Après trois cycles de négociations, l'équipe américaine de négociateurs a dit elle-même que nous avions réalisé de grands progrès. Malgré tout, ils ont décidé de nous attaquer. Donc parler aux Américains n'est plus vraiment à notre ordre du jour désormais".

01h33

Donald Trump menace de frapper l'Iran "beaucoup plus fort" en cas de blocage du pétrole

Donald Trump prévient que les Etats-Unis frapperont l'Iran encore plus puissamment si Téhéran bloque les flux de pétrole dans le détroit d'Ormuz. "Si l'Iran fait quoi que ce soit qui stoppe la circulation du pétrole dans le détroit d'Ormuz, il sera frappé par les Etats-Unis d'Amérique VINGT FOIS PLUS FORT qu'il ne l'a été jusqu'à présent", écrit le président américain sur son réseau Truth Social.

"En outre, nous détruirons des cibles faciles qui rendront virtuellement impossible pour l'Iran de se reconstruire comme nation - la mort, le feu et la furie régneront sur eux", ajoute-t-il. "Mais j'espère, et je prie, que cela ne se produise pas".

01h10

Nous "déciderons de la fin de la guerre", répliquent les Gardiens de la révolution

Il appartient aux Gardiens de la révolution iranienne de "déterminer la fin de la guerre", dit un porte-parole, cité par la presse officielle iranienne.

Téhéran ne permettra à "aucun litre de pétrole" d'être exporté depuis la région si les Etats-Unis et Israël continueront leurs attaques, ajoute ce porte-parole des Gardiens iraniens. Ces commentaires interviennent après que le président américain Donald Trump a déclaré que la guerre était "quasiment finie".

© REUTERS/Amr Alfiky

Des navires bloqués dans le détroit d'Ormuz, au large de Fujairah (Émirats arabes unis), le 3 mars 2026.

Quand Lego a failli disparaître : l’histoire méconnue d’une incroyable résurrection

10 mars 2026 à 18:00

En règle générale, les villes se situent dans des pays. Mais à Billund, 6 500 habitants, c'est l'inverse : en rase campagne, la petite commune contient un pays tout entier, le Legoland. Etat multiculturel et multicolore, il abrite tous les édifices iconiques de la planète, construits à l'aide de 20 millions de petites briques en plastique : la Tour Eiffel, Buckingham Palace, le Colisée, le Taj Mahal, l'Opéra de Sydney, le Capitole de Washington, la Statue de la Liberté de New York, le Mont Rushmore du Dakota du Sud. Et aussi des moulins à vent représentant la Hollande, des fjords norvégiens, les pittoresques canaux de Copenhague, et même le pas de tir de la Nasa à Cap Canaveral (Floride).

Dans ces scénographies animées se meuvent des figurines Lego, des bateaux, des trains, des camions, des avions, des fusées. Créé en 1968, le Legoland du Danemark - il en existe dix autres, deux en Europe, trois aux Etats-Unis et cinq en Asie - enchante chaque année plus de 2 millions de visiteurs, danois et internationaux, qui se rendent sur place par un vol direct grâce à l'aéroport international de Billund qui dessert à la fois Legoland et le siège social de Lego, lui-même en forme de briques assemblées.

Lego Star Wars, le premier contrat de licence

Vitrine de l'entreprise, ce parc d'attractions ne représente qu'une infime partie de la réussite de la multinationale – véritable fierté danoise au même titre que Maersk (transport maritime), Novo Nordisk (groupe pharmaceutique), Carlsberg (brasserie) ou Bang & Olufsen (hi-fi). Fondé il y a presque cent ans et devenu le leader mondial du jouet il y a une décennie, Lego a dépassé les mastodontes américains que sont Mattel (Barbie, Fisher Price) et Hasbro (Monopoly, Scrabble) – sans parler de l'Allemand Playmobil, un nain du secteur, en grande difficulté. A vrai dire, la saga de cette entreprise familiale est aussi étonnante qu'un conte d’Hans Christian Andersen, l'auteur de La petite Sirène, natif de la région. C'est l'histoire d'une résurrection, de celle que l'on étudie dans les business schools. Car, voilà seulement vingt ans, le géant des petites briques a frôlé la banqueroute.

Le Legoland de Billund
Le Legoland de Billund

Tout commence en 1932 lorsqu'un menuisier, Ole Kirk Kristiansen, se lance dans la fabrication de jouets en bois (canards à roulettes, yo-yo, etc.) et baptise sa société Lego, abréviation de "Leg Godt" qui signifie "Joue bien". Après guerre, l'entrepreneur à l'affût d'innovations acquiert une machine à injection qui lui permet, dès 1949, de fabriquer des briques en plastique, mais creuses. "Tout le monde lui déconseillait de se lancer dans le plastique, raconte, à Billund, l'historien maison Kristian Reimer Hauge en faisant visiter le musée Lego réservé aux 30 000 employés, dont 6 000 au Danemark. "Son entourage lui répétait : "Notre savoir-faire, c'est le bois." Mais l'audacieux Ole était ouvert d'esprit", poursuit-il. Son fils Godtfred sera tout aussi visionnaire.

En 1958, il dépose le très innovant brevet ABS (Automatic Binding Bricks) qui définit la brique Lego actuelle : dotée de "tétons" supérieurs et de tubes creux inférieurs afin d'assurer un emboîtement robuste et universel. Dès lors, la PME ne cesse de grossir, y compris à l'international. D'abord en Scandinavie, puis en Allemagne et en Amérique du Nord et, enfin, dans toute l'Europe. Pendant longtemps, le produit ne varie guère, si ce n'est avec l'apparition en 1978 des mini-personnages jaunes, considérés en interne comme une innovation majeure, et en 1999 avec le premier contrat de licence signé par Kjeld, petit-fils du fondateur, avec Lucasfilm pour les Lego Star Wars.

Le fondateur de Lego, Ole Kirk Kristiansen, en 1957
Le fondateur de Lego, Ole Kirk Kristiansen, en 1957

Au fil des ans, la philosophie de la discrète famille Kirk Kristiansen – qui détient toujours 100 % du groupe – ne varie pas davantage que la brique. "Leur approche est intellectuelle, explique Niels Lunde, auteur de Miracle chez Lego (2012, non traduit). Ils ne se voient pas comme des marchands de jouets, mais comme des gens à la tête d'une entreprise qui a une mission : promouvoir l'apprentissage par le jeu afin de stimuler la créativité, la coopération et la résolution de problèmes et, in fine, améliorer le monde des enfants et celui des adultes." Ainsi, 25 % des bénéfices sont réinjectés dans des projets philanthropiques à travers la planète via la Fondation Lego.

L'architecture, une passion danoise

Par ailleurs, ceci expliquant peut-être cela, le Danemark, berceau de la brique miniature, forme davantage d'architectes par rapport à sa population que n'importe quel autre pays. Le cabinet BIG, de Bjarke Ingels, a signé la Lego House, un terrain de créativité pour adultes et enfants, tandis que le campus Lego – dans l'esprit du campus Google en Californie, avec minigolf sur le toit et d'innombrables espaces récréatifs – est l'œuvre de C.F. Møller Architects. Ces deux bâtiments ont pour forme un assemblage de briques.

Le Lego Campus de Billund, au Denmark
Le Lego Campus de Billund, au Denmark

En 1999, Lego est désigné "Jouet du siècle" par le magazine américain Fortune. Mais alors que le secteur est en pleine évolution, la société plonge dans une crise existentielle et financière. "Avec les jeux électroniques et l'apparition de la PlayStation, nous avons commencé à douter, raconte l'historien Kristian Reimer Hauge. Nous nous interrogions : les enfants ont-ils encore envie de jouer aux briques ?" Le numérique les fait devenir "grands" plus tôt, tendance encore accélérée par les smartphones. "Aujourd'hui, les filles arrêtent de jouer à 9-10 ans et les garçons à 11-12 ans", pointe, à Paris, Camille Thorneycroft, directrice de la marque en France, Espagne et Portugal. Qui plus est, au tournant du siècle, la Chine multiplie les contrefaçons - ce n'est plus le cas aujourd'hui.

En réponse, Lego choisit la diversification. Mais en misant sur cette stratégie, la marque se disperse et perd son âme. Elle propose des maisons de poupées sans élément de construction, des personnages à l'échelle de Barbie, des jeux électroniques, des livres, des montres, des vêtements... Autant de domaines où Lego est incompétent. Même les modes d'emploi évoluent : aussi détaillés que ceux d'IKEA, ils ne stimulent plus assez la créativité des amateurs. Résultat ? En multipliant les axes de développement, l'entreprise augmente ses coûts de fabrication. Elle fait valser son top management, laisse filer des savoir-faire précieux, investit trop d'argent dans des projets stériles. Le chiffre d’affaires recule de 25 % et les comptes virent au rouge : 260 millions d'euros de pertes en 2004. La vente de ce fleuron du jouet est envisagée. La presse danoise se déchaîne contre Kjeld Kirk Kristiansen, le représentant de la troisième génération, devenu entre-temps PDG.

L'humilité du patron va pourtant sauver l'entreprise. Dépourvu d'ego mal placé, il reconnaît ses erreurs et, mieux encore, s'en remet à un trentenaire, Jørgen Vig Knudstorp, jeune consultant qui déboule de chez McKinsey. "Afin de retrouver le sens profond des Lego, celui-ci propose un exercice aux cadres dirigeants, raconte le journaliste économique Niels Linde. Pourquoi les Lego existent-ils ? Et que nous manquerait-il s'ils disparaissaient ? En somme, avec ces deux questions, il leur demande de rédiger la nécrologie de Lego. Qui deviendra la nouvelle stratégie de l'entreprise pour les années à venir." Et le point de départ d'une spectaculaire reconquête. Pour la mener, les Kirk Kristiansen nomment, en 2004, le jeune Knudstorp au poste de PDG. Le premier dirigeant à ne pas appartenir à la famille.

Un assortiment en perpétuel renouvellement

Agé de 35 ans seulement, le nouveau boss recentre Lego sur son cœur de métier. Baptisée "Back to basics", sa feuille de route consiste à stopper la diversification, à délocaliser la production en République tchèque, aux Etats-Unis, au Mexique, en Chine, au Vietnam - tout en conservant une grande usine au Danemark car "l'esprit Lego doit demeurer à Billund" - et à optimiser la chaîne de commercialisation. La gestion des parcs Legoland est confiée à des sous-traitants. Et l'entreprise met l'accent sur les franchises. Après le succès des Lego "Star Wars" en 1999, elle multiplie les partenariats avec Disney, Pixar, Nintendo, Universal, la Nasa, l'univers de la Formule 1 et lance des dizaines de nouveaux sets : Harry Potter, Marvel, Minecraft, Super Mario, Toys Story, le Seigneur des anneaux, Indiana Jones, Pirates des Caraïbes mais aussi Porsche, Mercedes, Ferrari, McLaren, Bugatti ou Lamborghini. "Il existe actuellement une trentaine de licences qui représentent 30 % de la gamme, indique Camille Thorneycroft. Notre assortiment est en perpétuel renouvellement : il y a aujourd'hui 860 références, dont environ la moitié sont des nouveautés des douze derniers mois."

La marque mise aussi sur les adultes. Appelés AFOL (Adult Fans of Lego), ils représentent 40 % du chiffre d'affaires et constituent une puissante communauté d'aficionados sur Instagram – 1 million de followers rien qu'en France. A l'intention de ces "kidults" - contraction de "kids" et "adultes" -, Lego multiplie les festivals et les concours, comme le grand tournoi de briques Lego en septembre dernier sur les Champs-Elysées. L'événement a réuni 1 000 participants et 256 équipes dont la mission était de construire des Arc de Triomphe en Lego.

Loin de l'idée d'origine, les Lego sont aussi devenus des objets de déco et des bibelots pour adultes, à l'instar du Titanic (135 cm de long, 680 euros), des bouquets de fleurs de la récente collection Botanicals (60 euros) ou encore du Concorde (200 euros). Le lancement de l'iconique avion supersonique s'est fait en 2023 au Lego Store de Toulouse, en présence de Jacky Ramon, ancien commandant de bord du prestigieux aéronef, qui a dédicacé une centaine de boîtes, devenues "collectors".

Détail amusant : ce pilote de ligne à la retraite a lui même transmis le virus Lego à son fils Frédéric et à sa descendance. Avec sa femme et leurs trois enfants, il a déjà visité quatre Legoland, à Orlando (Floride), Osaka (Japon), Windsor (Royaume-Uni) et bien sûr, Billund. "Une pièce entière de notre maison est dédiée aux Lego", raconte-t-il, assis par terre en train d'assembler de briques en famille dans le lobby de l'hôtel Legoland qui donne sur le parc du même nom, à Billund. "Nous favorisons ce jeu créatif et la lecture plutôt que les écrans, ajoute sa femme Lucile. Et quand on regarde un écran, c'est souvent en lien avec les Lego !", rit-elle.

Depuis la fin du Covid-19, le chiffre d'affaires du groupe Lego repart à la hausse.
Depuis la fin du Covid-19, le chiffre d'affaires du groupe Lego repart à la hausse.

Sorti en 2014, le film d'animation La grande aventure Lego a largement contribué à la conquête de nouveaux marchés, notamment en Chine où se trouve près de la moitié des plus de 1 000 magasins dans le monde - la France en compte 26. Depuis l'ouverture vers l'Asie, après des procès homériques et victorieux pour contrefaçons, les chiffres, publiés par le groupe danois ce 10 mars, sont phénoménaux. En deux décennies, le groupe a multiplié son chiffre d'affaires par onze pour atteindre la somme record de 11,2 milliards d'euros en 2025, en progression de 12 % en un an, et 2,2 milliards de bénéfices nets (+ 21 %).

Et ce n'est pas fini ! "Avec 38 % de croissance et des parts de marché en augmentation régulière, la France est actuellement le marché le plus dynamique du monde, assure Camille Thorneycroft. Et comme il n'est pas encore arrivé à maturité, nous pouvons encore progresser." Dans ses bureaux parisiens ornés d'un tableau de la Joconde en Lego, elle ajoute: "Avec l'année du centenaire en ligne de mire, en 2032, nos équipes de R&D travaillent au remplacement de 100 % des briques en plastique par des briques en matériaux renouvelables ou recyclés." La "grande aventure" continue.

© LEGO

L'aéroport international de Billund, au Danemark, dessert à la fois Legoland et le siège social de Lego, en forme de briques assemblées.

Guerre en Iran : pourquoi les producteurs russes de pétrole se frottent les mains

10 mars 2026 à 16:48

La guerre en Iran ne fait pas que des malheureux dans le secteur de l'énergie. Le prix du pétrole a dépassé les 100 dollars le baril et a atteint 114 dollars pour la première fois depuis 2022. Certains s'en tirent particulièrement bien : les producteurs de pétrole russes. Dans ce contexte de hausse spectaculaire des prix de l'or noir depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, le 28 février, leurs actions ont fortement augmenté. La capitalisation totale des géants pétroliers russes Rosneft, Lukoil, Gazprom Neft, Surgutneftegaz et Tatneft a ainsi augmenté de 1969 milliards de roubles, soit environ 21,50 milliards d'euros, rapporte Euronews, citant le Moscow Times. Les titres de Rosneft ont grimpé de 25 % en une semaine et demie, quand le prix de Lukoil a augmenté de 10,2 % et celui de Gazprom Oil de 11 %, indique ce média en ligne indépendant.

L'acheminement de l'or noir depuis les pays du Golfe est perturbé par la guerre au Moyen-Orient. En cause : la réduction du trafic à presque zéro dans le détroit d'Ormuz, au large de l'Iran et des Emirats arabes unis. Cette paralysie est une aubaine pour les producteurs de pétrole russes, alors qu'environ 20 % du pétrole mondial transite par ce détroit. La Russie ne dépend en effet pas de cet endroit si stratégique pour exporter sa production de pétrole. Moscou "est un gros exportateur de pétrole en Asie", rappelle auprès des Echos Homayoun Falakshahi, analyste chez Kpler. "Puisque les pays du Moyen-Orient exportent surtout vers l'Asie et que le détroit d'Ormuz est dans les faits fermé, Moscou est un grand bénéficiaire", analyse-t-il.

Une aubaine pour la Russie

Le Kremlin s'est réjoui de cette situation, indiquant le 6 mars que la guerre en Iran avait stimulé la demande pour les produits énergétiques russes. "Nous constatons une augmentation significative de la demande en ressources énergétiques russes en raison de la guerre en Iran. La Russie a été et reste un fournisseur fiable de pétrole et de gaz, y compris de gaz acheminé par gazoduc et de gaz naturel liquéfié", a déclaré Dmitri Peskov. Le porte-parole du président russe s'était alors exprimé au lendemain de la décision du Trésor américain d'accorder à l'Inde une dérogation de 30 jours lui permettant d'acheter du pétrole russe actuellement bloqué en mer.

La situation actuelle tranche avec celle de janvier dernier, avec des revenus pétroliers en chute libre. Il y a deux mois à peine, les producteurs de pétrole russes étaient en effet contraints de réduire leur production à la suite de la chute du prix du brut Oural à 40 dollars le baril. Le pétrole russe invendu s'accumulait sur terre et sur mer, avec 150 millions de barils stockés dans des bateaux, qui ralentissaient leur vitesse faute de clients, et 16 millions de barils stockés sur terre, occupant la moitié des capacités de stockage, relatent Les Echos.

Des sanctions pétrolières contre Moscou assouplies ?

Les sanctions européennes et américaines avaient forcé Moscou à vendre son pétrole en Asie - notamment en Inde, en Chine et en Turquie - à prix cassé. Mais, désormais, Donald Trump étudie un ensemble de mesures destinées à enrayer la flambée des prix mondiaux du pétrole en marge de la guerre en Iran. Il envisage ainsi d'assouplir les sanctions pétrolières visant la Russie, selon plusieurs sources interrogées par Reuters. Lundi 9 mars, lors d'une conférence de presse en Floride, le président américain a déclaré que son administration levait des sanctions contre certains pays dans le cadre d'efforts pour stabiliser le marché pétrolier. "Nous avons des sanctions contre certains pays. Nous allons retirer ces sanctions jusqu'à ce que le détroit (d'Ormuz)" soit utilisable, a-t-il dit, refusant de donner des précisions.

La levée des sanctions américaines sur le pétrole russe n'aura aucun impact sur la pénurie et rapportera simplement des milliards de dollars à Vladimir Poutine, explique au Moscow Times Janis Kluge, expert à l'Institut allemand d'études de sécurité internationale.

Pour les compagnies pétrolières russes, cela représente une "nette amélioration du contexte des prix", relève Vladimir Chernov, analyste chez Freedom Finance Global. Les producteurs de pétrole russes pourraient engranger des revenus supplémentaires de 8 à 10 millions de dollars par jour, améliorant directement leur trésorerie, estime Vladimir Chernov.

Le budget russe pourrait retrouver des couleurs

Le budget russe devrait lui aussi bénéficier de cette situation : les recettes liées aux matières premières pourraient atteindre 800 à 900 milliards de roubles en mars (environ 9 à 10 milliards d'euros) soit plus du double des niveaux de janvier-février, selon les prévisions d'Alfa Bank. Le budget de la Russie pour 2026 est calculé sur la base d'un prix d'environ 59 dollars par baril. Chaque hausse de 11 dollars par baril au-dessus de ce niveau retenu par la Russie dans son budget pourrait générer 28 milliards de dollars supplémentaires d'ici la fin de l'année, a rapporté le journal pro-Kremlin Izvestia. Moscou devrait donc pouvoir continuer à financer son invasion de l'Ukraine, en partie grâce à ses revenus pétroliers, moteurs de sa machine de guerre.

Si la Russie connaît une "augmentation significative" de la demande en hydrocarbures depuis le début du conflit au Moyen-Orient, selon le Kremlin, elle continue cependant de rencontrer des problèmes pour écouler ses produits sur d'autres marchés que celui de l'Asie alors que l'Union européenne a interdit les importations maritimes de pétrole brut russe en 2022. Lundi, le président russe Vladimir Poutine, ragaillardi par cette nouvelle donne, s'est dit prêt à fournir les Européens en hydrocarbures s'ils se déclarent en faveur d'une "collaboration durable et stable, dépourvue de conjoncture politique" avec Moscou…. Après avoir menacé quelques jours plus tôt l'Europe d'une coupure anticipée des livraisons de gaz.

© REUTERS/Yoruk Isik//File Photo

Les actions des producteurs de pétrole russes, comme Rosneft, ont fortement augmenté dans un contexte de hausse spectaculaire des prix du pétrole lié à la guerre en Iran.

"L'hiver a été particulièrement difficile" : en Ukraine, les entreprises résistent aux coupures d'électricité

10 mars 2026 à 16:00

Oleksandr Honchar n’a pas dormi de la nuit : Moscou a lancé une pluie de drones sur une centrale électrique de Kiev, en face de chez lui. Réveillé par les explosions, il a aussitôt consulté les caméras de surveillance de son usine, qu'il nous montre : sous l'effet du souffle, les machines vibrent, les ampoules au plafond oscillent. À 39 ans, il dirige Ideashop, une entreprise de fabrication de cosmétiques qui emploie une centaine de personnes. L’usine est située au nord de Kiev, sur la trajectoire des drones qui descendent le fleuve Dniepr depuis la Biélorussie. Ces bombardements russes obligent le chef d'entreprise à innover pour maintenir son activité sans électricité.

En cette matinée de fin février, l'entreprise d’Oleksandr tourne d'ailleurs à plein régime. La musique pop de la radio donne la cadence aux employées qui remplissent des tubes de crèmes et de shampoings. Seul l'immense générateur, de la taille d'une camionnette, ronronnant sur le parking, trahit une situation hors-norme. Car ici, comme dans la majeure partie de la capitale, le réseau municipal ne délivre l'électricité que quelques heures par jour.

"Les pertes seraient bien plus lourdes si l'on cessait de travailler"

Cet hiver, la Russie a profité des températures atteignant les -20 °C pour lancer une attaque sans précédents sur le système énergétique, détruisant 60 % des capacités de production du pays. Du 1er décembre au 28 février, Moscou a lancé plus de 14 670 bombes, 738 missiles et près de 19 000 drones, a déclaré Volodymyr Zelensky, le 1er mars, premier jour du printemps en Ukraine. "Cet hiver a été le plus difficile depuis 2022 pour les entreprises, car en plus de l’absence de courant, il fallait remédier aux coupures de chauffage", souligne Anna Derevianko, directrice exécutive de l'European Business Association, qui représente un millier de sociétés étrangères et locales, en Ukraine. Même si les températures sont plus clémentes et positives depuis début mars, les bombardements et les coupures rythment toujours le quotidien.

"Nous avons eu la chance de trouver un générateur début janvier, car le nôtre était tombé en panne", raconte l’entrepreneur. Il a acquis, grâce à un crédit à taux zéro - un programme d’Etat pour soutenir les entreprises pendant la crise énergétique - un générateur de 280 kW pour 45 000 euros — le prix pour poursuivre son activité. "Les pertes seraient bien plus lourdes si l'on cessait de travailler. Si vous ne vous adaptez pas ou si vous fermez temporairement, vous serez simplement remplacé par une boîte plus agile", poursuit le trentenaire.

L'usine n'a baissé le rideau que deux mois, en mars et avril 2022, lorsque l'offensive russe vers la capitale a été stoppée à une vingtaine de kilomètres au nord de l’usine. Récemment, Oleksandr a envisagé de délocaliser son activité à Lviv, à l'ouest du pays, même si cela signifiait repartir de zéro. Mais la zone industrielle qu'il convoitait a depuis été frappée. "Cela prouve bien que nous ne sommes en sécurité nulle part en Ukraine", lâche-t-il.

Explosion des coûts

De fait, l’ensemble du pays subit de plein fouet les conséquences de la crise énergétique. "D’un côté, les coûts de production augmentent pour les entreprises, et de l’autre, la demande se contracte, explique Natalia Kolesnichenko, économiste au Center for Economic Strategy. Les gens renoncent aux biens et services non essentiels". La Banque centrale d’Ukraine a d’ailleurs revu à la baisse sa prévision de croissance pour l'année, désormais estimée à 1,8 % contre 2 % auparavant. La situation alimente une inflation d’environ 7 % et affaiblit la compétitivité des entreprises ukrainiennes. L’hiver a été particulièrement éprouvant pour l’industrie métallurgique, grande consommatrice d’énergie et déjà fragilisée par la guerre, ses sites étant souvent situés près du front.

Bien que les entreprises aient investi des millions dans des sources d’énergie alternatives, une enquête récente de l’European Business Association révèle que quatre sociétés sur cinq ont connu d’importantes difficultés liées aux coupures. La moitié d’entre elles a dû réduire leur production, tandis que 61 % dénoncent l’explosion des coûts. "Les petites structures souffrent davantage car elles disposent de moins de moyens pour investir dans des solutions alternatives, mais les grandes entreprises doivent, elles, chauffer davantage de locaux et ont plus d’équipements énergivores", observe Anna Derevianko. "Quelle que soit leur taille, il y a une forme de sélection naturelle : soit on anticipe, soit on disparaît."

De plus en plus d’entreprises produisent désormais leur électricité, grâce à de petites centrales de génération au gaz ou à des panneaux solaires en été. Oleksandr prévoit déjà d’en acheter pour la période estivale où les coupures sont en général plus nombreuses, à cause d’une hausse de la consommation. Il réfléchit également à préparer des réserves d’eau. Volodymyr Zelensky a en effet prévenu que les infrastructures hydrauliques seraient la prochaine cible de Moscou alors que les coupures électriques et de chauffage diminuent depuis deux semaines avec l’arrivée du printemps.

Cet esprit d'anticipation, Oleksandr le cultive aussi dans son autre affaire : un café-restaurant branché du nord de Kiev, agrandi en août 2025. "Le plus difficile, c'était en 2022, lors des premières coupures : nous n'étions pas préparés", se souvient son associé Evhen Shcherbak, 37 ans. Depuis, les deux associés ont investi dans un générateur à 20 000 euros, un terminal Starlink, et ont fait enregistrer l'établissement comme "point d'invincibilité" — ces lieux où les habitants peuvent recharger leur téléphone et se réchauffer gratuitement, alors que les coupures peuvent parfois durer vingt-quatre heures. Bien que l'électricité du générateur revienne à 13-14 euros de l'heure — soit 20 à 30 % de plus que le tarif public, hors coût d'achat de l'appareil —, les deux restaurateurs ont même branché leur équipement sur l'ascenseur de l'immeuble, pour qu'il puisse fonctionner.

"Nous voulons que les gens aient l'impression qu'il existe ici un îlot de vie normale, où ils peuvent reprendre leur souffle", résume Evhen. Des DJ sets, des clubs de lecture, des dégustations de vin : la fréquentation a d'ailleurs progressé ces deux derniers mois. "Nous soutenons nos clients en leur apportant chaleur et électricité, et en venant chez nous, ils nous soutiennent en retour et nous permettent de continuer à exister", confie Oleksandr, qui a tenu à garder les portes ouvertes malgré l'érosion des bénéfices (en raison de la hausse des charges). "Je ne veux pas partir, déplacer mes entreprises — ici, c'est ma patrie. Si nous partons, que restera-t-il ? C'est précisément ce que cherche la Russie."

© Clara Marchaud

Oleksandr Honchar, 39 ans, devant les lignes de production de son usine de cosmétiques, qui fonctionnent grâce à un générateur, à Vychhorod, au nord de Kiev.

Pourquoi l'Europe est devenue le principal importateur d'armes au monde

10 mars 2026 à 13:19

Le monde se réarme et les plus gros acheteurs d'armes sont… les Européens. L'Europe est devenue le principal importateur d'armes au monde au cours des cinq dernières années, d'après les données publiées lundi 9 mars par l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Selon ce rapport, les pays européens ont plus que triplé leurs importations d'armes entre 2021 et 2025 par rapport à la période 2016-2020 : l'Europe a ainsi représenté 33 % des importations mondiales, contre 12 % au cours de la période quinquennale précédente.

Cet institut international indépendant fondé en 1966 compare les tendances sur cinq ans car des livraisons dans le cadre de contrats importants peuvent fausser les chiffres annuels. Le volume des flux mondiaux d'armes a augmenté de 9,2 % entre 2021 et 2025 par rapport aux cinq années précédentes, indique également le Sipri. L'augmentation des flux mondiaux est la plus importante depuis 2011-2015, relève-t-il dans son rapport.

Les Etats-Unis, premier fournisseur mondial d'armes, représentent 42 % du total des transferts internationaux sur la période 2021-2025, contre 36 % entre 2016 et 2020. Ces cinq dernières années, les Américains ont exporté des armes vers 99 Etats, dont 35 en Europe. Pour la première fois depuis deux décennies, la plus grande part des exportations américaines est allée à l’Europe (38 %), devant celle du Moyen-Orient (33 %). "La forte augmentation des flux d'armes vers les Etats européens a fait grimper les transferts mondiaux d'armes de près de 10 %", indique Mathew George, directeur du programme de transferts d'armes du Sipri, cité dans un communiqué de cet institut.

Des livraisons d'armes à l'Ukraine, mais aussi…

Cette augmentation des flux mondiaux d'armes est due en partie à la hausse des transferts vers l'Ukraine, qui a reçu 9,7 % de l'ensemble de ces transferts sur la période 2021-2025. Au-delà de l'aide apportée à l'Ukraine pour se défendre contre la Russie, les menaces que font peser Moscou, aggravées par les incertitudes quant à l'engagement des Etats-Unis à défendre leurs alliés européens, ont stimulé la demande d'armes des Etats membres européens de l'Otan. Les pays européens cherchent ainsi à reconstruire leurs propres armées après des décennies de sous-investissement. "Les livraisons à l'Ukraine depuis 2022 en sont le facteur le plus évident, mais la plupart des autres Etats européens se sont également mis à importer beaucoup plus d'armes afin de renforcer leurs capacités militaires face à la perception d'une menace accrue de la part de la Russie", analyse Mathew George. Les pays européens ont continué à accroître leurs achats d'armes américaines, en particulier d'avions de combat et de systèmes de défense aérienne à longue portée.

Après l'Ukraine, la Pologne et le Royaume-Uni sont les plus grands importateurs européens ces cinq dernières années. Près de la moitié des armes transférées aux Etats européens proviennent des Etats-Unis (48 %), suivis de l'Allemagne (7,1 %) et de la France (6,2 %). En dépit de la volonté affichée de l'Europe de devenir plus autonome, les transferts entre pays européens ne représentent qu'un cinquième des flux dans la région.

La France tient son rang, l'Italie fait un bond

La France est le deuxième plus grand fournisseur mondial d'armes majeures en 2021-2025, représentant 9,8 % des exportations mondiales. Ses exportations d'armements ont progressé de 21 % entre la période 2016-2020 et la période 2021-2025, relève le Sipri. Paris a exporté vers 63 Etats. Les parts les plus importantes sont destinées à l'Inde (24 %), l'Egypte (11 %) et la Grèce (10 %). Les exportations françaises ont plus que quintuplé vers l'Europe, mais près de 80 % d'entre elles continuent encore de se faire en dehors de la région, relève le Sipri. La France n’est pas le seul pays à exporter hors Europe. Comme le précise Katarina Djokic, chercheuse au sein du programme Transferts d'armes du Sipri, "les plus grands fournisseurs européens ont parallèlement continué d'exporter la majeure partie de leurs armes hors Europe".

L'Allemagne a pour sa part dépassé la Chine et devient le quatrième plus grand exportateur mondial d'armes ces cinq dernières années, représentant 5,7 % des exportations mondiales. Près d'un quart des exportations de Berlin (24 %) sont destinées à l'Ukraine sous forme d'aide et 17 % à d'autres Etats européens. Un autre pays progresse dans le classement, relève le Sipri : l'Italie. Les exportations d'armes de Rome ont ainsi augmenté de 157 %, passant du dixième rang en 2016-2020 au sixième rang en 2021-2025.

La Russie est en revanche le seul des dix premiers pays mondiaux exportateurs d'armes à avoir vu ses exportations baisser. Les ventes d'armes de Moscou, troisième exportateur mondial, ont ainsi chuté de 64 % en volume en 2021-2025 par rapport aux cinq années précédentes, réduisant sa part mondiale des exportations de 21 % en 2016-2020 à 6,8 % en 2021-2025.

© REUTERS

L'Europe est devenue le principal importateur d'armes au monde au cours des cinq dernières années, d'après les données publiées le 9 mars 2026 par le Sipri (Ici, un avion militaire français Airbus 1400M durant les exercices Orion, le 10 février 2026).

"Les polémiques à Paris nous ont beaucoup amusés" : Copenhague, ce modèle de propreté qui s'exporte

10 mars 2026 à 12:00

Les 15 et 22 mars, les Français votent aux municipales. L'occasion pour L'Express de sélectionner chez nos voisins des idées innovantes, des concepts pertinents et des dynamiques vertueuses pour améliorer notre quotidien. Tour d'Europe des villes qui doivent nous inspirer, et surtout inspirer nos nouveaux élus.

EPISODE 1 - Ces villes qui doivent nous inspirer : Munich, le mariage réussi de la Silicon Valley et de l'huile de moteur

EPISODE 2 - Comment Vienne est devenue un petit paradis pour les seniors et les locataires

EPISODE 3 -Londres, un modèle pour la sécurité ? Sa recette miracle pour faire baisser le crime

EPISODE 5 - Prague, la ville rêvée des étudiants qui caracole en tête des classements européens

Pas une franche rigolade, mais des éclats de rire discrets, politesse danoise oblige. L'été dernier, les habitants de Copenhague ont regardé avec attention les Parisiens enfiler leurs combinaisons, prélever des échantillons d'eau et s'inquiéter des maladies de peau avant de se baigner, pour la toute première fois, dans la Seine. "Ici, tout le monde se jette dans le port sans se poser de questions, tant la qualité de l'eau est bonne depuis des années, sourit Natalie Gulsrud, spécialiste d'aménagements urbains à l'Université de Copenhague. Toutes ces polémiques à Paris ont été très amusantes à suivre."

Depuis quinze ans déjà, la capitale danoise a modernisé ses systèmes d'égouts et a investi massivement dans ses stations d'épuration, afin de débarrasser les cours d'eau de la ville de leurs principaux polluants. Des "green" kayaks sont à disposition gratuitement pour tous ceux qui sont prêts à ramasser quelques ordures en échange, même si plusieurs visiteurs se sont plaints de devoir pagayer de (trop) longues minutes avant de trouver le moindre détritus à collecter.

La qualité impeccable du port reflète la réussite sanitaire d'une ville, numéro 1 mondial de la qualité de vie selon le baromètre 2025 de The Economist Intelligence Unit. "Ce classement reflète des choix politiques et de planification qui ont façonné la ville au fil des décennies, souligne Rikke Holme-Petersen, directrice de la communication de Wonderful Copenhagen : une infrastructure cyclable étendue, la purification des eaux du port pour permettre la baignade en toute sécurité, l'accès à la nature, un fort accent mis sur la conception de la ville pour faciliter le quotidien et une scène gastronomique reconnue mondialement." Mais la cité danoise, qui rassemble 1,4 million d'habitants, cherche toujours à briller davantage.

Copenhague a déjà investi plus de 300 millions d'euros ces dix dernières années pour étendre ses pistes cyclables, atteignant le chiffre impressionnant de 382 kilomètres de voies réservées aux vélos. Résultat, c'est le moyen de transport plébiscité par 62 % des habitants, avec 750 000 vélos en circulation chaque jour ! "A Copenhague, nous avons longtemps lutté pour créer de l'espace pour les gens, ce qui a créé une culture du compromis entre les disciplines et les agences afin de réaliser cet objectif, soutient Natalie Gulsrud, qui pilote un consortium de quinze institutions publiques et privées cherchant des solutions innovantes pour la capitale danoise. C'est une leçon qui peut être appliquée à toutes les villes, et Copenhague affronte encore des défis majeurs : l'idée de supprimer des places de stationnement est un enjeu très polarisant, qui était au cœur de nos élections municipales en novembre et qui reste contesté aujourd'hui. La plupart des gens ne se préoccupent pas du stationnement, jusqu'au jour où l'on menace de leur retirer leur propre place de parking..."

Sur ce plan, l'universitaire se dit impressionnée par les efforts de Paris ces cinq dernières années, avec une place faite aux forceps pour les vélos. "A Paris, cette immense ville, l'échelle est tout autre qu'à Copenhague, dont la taille est naturellement adaptée aux modes de transport 'doux'... Votre approche politique a créé une véritable vague de changements !"

CopenPay, une révolution touristique

Davantage adepte du compromis et de la douceur, la municipalité de Copenhague a lancé CopenPay en 2024, une initiative verte qui a rapidement fait les gros titres de la presse mondiale. Le principe ? Offrir des récompenses aux touristes (visites de musées, déjeuners, cafés, etc.) en échange d'actions positives pour le climat ou pour la propreté de la ville : ramasser les ordures, nettoyer une plage, se balader à vélo ou simplement arriver en train à Copenhague. "L'idée est attrayante, festive et surtout elle permet aux touristes d'avoir une attitude responsable et de se montrer solidaires de ceux qui vivent sur place", félicite Natalie Gulsrud. A l'heure du surtourisme et des manifestations de riverains excédés par ses excès, à Barcelone ou à Venise, CopenPay vise aussi à réconcilier les citoyens européens avec leurs touristes.

L'expérience repose avant tout sur la confiance, puisque aucune preuve de leurs bonnes actions n'est exigée des touristes. Une particularité danoise : dans une étude de 2019, des économistes avaient laissé traîner 17 000 portefeuilles dans des villes, partout dans le monde. Au Danemark, 80 % des portefeuilles avaient été ramenés à leurs propriétaires ! "Il est évident qu'il existe à Copenhague une culture très forte de protection et de sauvegarde des espaces publics, juge Rikke Holme-Petersen, de Wonderful Copenhagen. CopenPay s'appuie sur des caractéristiques qui font déjà partie de la vie quotidienne ici, telles qu'une culture de la confiance élevée, de fortes habitudes de cyclisme et une volonté générale de contribuer positivement à la communauté."

Avec déjà plus de 30 000 participants et des centaines de destinations intéressées par le concept, le succès fut tel que la ville a développé DestinationPay pour exporter l'initiative à l'étranger. "Nous pensions lancer une petite expérience locale et jamais nous n'aurions espéré un tel niveau d'intérêt mondial, raconte Rikke Holme-Petersen. Dès la première édition, plus de cent destinations touristiques nous ont contactés pour en apprendre davantage sur notre modèle et développer leur propre version de CopenPay. Cela montre que de nombreux endroits cherchent de nouveaux moyens d'encourager les visiteurs à adopter un comportement plus éveillé et conscient des enjeux." De plus, l'initiative ne coûte presque rien aux finances publiques, les récompenses étant à la charge des entreprises locales partenaires.

Dès cet été, BerlinPay sera inauguré dans la capitale allemande afin de mettre en valeur ses activités maritimes et, en France, la région Normandie est sur les rangs pour développer son propre modèle de participation touristique à la danoise. Sans aucune moquerie de Copenhague cette fois.

© Giuseppe Liverino/Wonderful Copenhaguen

Copenhague a installé 382 kilomètres de pistes cyclables ces dernières années, encourageant 750 000 vélos à circuler dans la capitale danoise chaque jour.

Guerre en Iran : ces premiers signes de frictions entre les Etats-Unis et Israël

10 mars 2026 à 10:20

Le conflit au Moyen-Orient est entré dans sa 11e journée ce mardi 10 mars. Israël poursuit ses opérations contre le Hezbollah au Liban, tandis que l'Iran prévient que la guerre n'est pas finie, après des déclarations de Donald Trump selon lesquelles la guerre contre l'Iran allait "se terminer bientôt", et est "quasiment finie", sans évoquer d'échéance précise. Si, officiellement, les Etats-Unis et Israël travaillent ensemble, main dans la main, avec un partage des opérations, en coulisses, cette bonne entente commence à se fissurer.

Lundi, Donald Trump a dit vouloir une victoire "totale", sans en définir les conditions. Depuis le début du conflit, le président américain tient des propos contradictoires sur les objectifs de Washington et les raisons pour lesquelles cette campagne militaire a été lancée. Le dirigeant ne semble pas avoir de stratégie claire de sortie du conflit, donnant l'impression d'une improvisation au fil des événements. Le changement de régime n'est pas vraiment une priorité pour lui. Le président américain verrait sans doute d'un bon œil un scénario à la vénézuélienne, c'est-à-dire travailler avec des cadres du pouvoir en place bienveillants à l’égard de Washington, plutôt que de faciliter un véritable changement de régime.

A contrario, Israël a de son côté dit vouloir entraîner la chute du système théocratique iranien et a promis, avant même qu'il ne soit désigné, de faire du successeur d'Ali Khamenei une cible. "Nous avons un plan méthodique, avec de nombreuses surprises, pour éradiquer le régime et permettre le changement", a affirmé samedi le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.

"Plus la guerre va durer…"

Signe des divergences, Donald Trump a affirmé la semaine dernière que la plupart des responsables iraniens auxquels pensait Washington pour diriger le pays à la fin de la guerre étaient décédés. "La plupart des personnes auxquelles nous pensions sont mortes [...] Et maintenant, nous avons un autre groupe [de dirigeants]. Ils sont peut-être décédés aussi [...] Bientôt, nous ne connaîtrons plus personne", a déclaré le président américain, semblant ainsi se démarquer d'Israël quant à l'après-Khamenei.

Entre le jusqu'au-boutisme d'Israël, décidé à éradiquer pour de bon le régime islamique iranien, et les contraintes économiques et politiques entraînées par ce conflit qui pèsent et pèseront de plus en plus sur les Etats-Unis, les deux belligérants vont avoir du mal à rester alignés, relève Les Echos.

Les Etats-Unis ont sans doute moins intérêt qu’Israël à un long conflit, étant donné les répercussions économiques qui se font déjà sentir. "Au fur et à mesure que le temps avance, le coût politique et économique de cette guerre va augmenter pour Donald Trump et les divergences avec Israël vont croître. Parce qu'Israël voit ici l'opportunité d'une génération de se débarrasser de la République islamique, alors que, pour les Etats-Unis, le poids de cette guerre ne va cesser de croître", estime auprès des Echos Kristina Kausch, directrice adjointe pour l'Europe au German Marshall Fund.

Washington opposé aux frappes sur un dépôt de carburant

L'administration Trump se serait aussi offusquée auprès de son allié des frappes israéliennes ayant visé durant le week-end des dépôts de carburant à Téhéran, rapporte le média américain Axios. L'attaque - dont a été informé en amont Washington - avait enveloppé la capitale iranienne d'un épais nuage de fumée toxique provoqué par les incendies. Des responsables américains ont été surpris par l'ampleur de ces frappes et ont fait part de leur étonnement à leurs homologues israéliens. "Nous ne pensons pas que c'était une bonne idée", a confié un haut responsable américain à Axios. "Le président n'aime pas cette attaque. Il veut garder le pétrole. Il ne veut pas le voir brûler. Et ça rappelle aux gens des prix de l'essence plus chers", a indiqué un conseiller de Donald Trump à ce média.

Interrogé par la presse ce mardi sur ces divergences, Pete Hegseth, secrétaire américain à la Défense, s'est contenté de répondre que "nos frappes suivent nos objectifs" et que "leurs frappes suivent leurs objectifs".

Sur le plan intérieur, le coût politique de ces opérations pourrait peser sur la Maison-Blanche, tant les Américains, y compris les électeurs Maga de Donald Trump, sont circonspects face à cette nouvelle guerre. Sept soldats américains ont trouvé la mort, tandis que les bombardements des Etats-Unis et d'Israël ont tué au moins 1 332 civils iraniens et blessé des milliers d'autres, selon l'ambassadeur d'Iran auprès de l'Onu. Un sondage Quinnipiac publié lundi révèle qu'une majorité d'Américains (53 %) s'oppose à l'intervention militaire en Iran et que 44 % estiment que les Etats-Unis soutiennent trop Israël. L'engagement américain dans une nouvelle guerre, à huit mois des élections législatives de mi-mandat cruciales en novembre, pourrait être sanctionné dans les urnes.

© REUTERS/Jonathan Ernst

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou semblent avoir quelques divergences sur la guerre en Iran qu'ils ont déclenchée.
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