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Comment le blocage d’Ormuz menace la sécurité alimentaire de 50 millions de personnes

13 mars 2026 à 07:30

Donald Trump a - encore - parlé trop vite. Le président américain a beau avoir affirmé, lundi 9 mars, que la guerre en Iran était "bientôt finie", une tout autre réalité s'observe sur le terrain. Près de deux semaines après le début de l'attaque menée par les Etats-Unis et Israël sur l'Iran, la tension est loin d'être retombée au Moyen-Orient. Dans le détroit d'Ormuz, point névralgique du commerce maritime mondial, un vraquier thaïlandais, parti des Emirats arabes unis en direction de l'Inde, a dû être évacué, mercredi 11 mars, après avoir été touché par deux tirs de missile. Sur les images diffusées sur les réseaux sociaux, on distingue le navire, long de plus de 170 mètres, en flamme, entouré de canots de sauvetage sur lesquels se précipitent les 22 membres de l'équipage. Une attaque, revendiquée par les Gardiens de la révolution, qui vient s'ajouter à la longue liste d'incidents du même type depuis le début du conflit.

Sans compter que la milice iranienne menace désormais de disséminer des mines tout le long de cet étroit point de passage, où transite un cinquième des volumes mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Encore une mauvaise nouvelle pour ces marchés, dont les cours s'envolent et dégringolent au gré des manœuvres et des annonces de chaque camp. Ce n'est pourtant pas le seul point de vigilance. Si Téhéran prive de nombreux pays, notamment asiatiques, de leurs acheminements continus en hydrocarbures, elle menace aussi sur le long terme la sécurité alimentaire des pays du Golfe.

Cette bande marine de moins de 40 km de large voit transiter chaque jour des millions de barils de pétrole.
Cette bande marine de moins de 40 km de large voit transiter chaque jour des millions de barils de pétrole.

Car la majorité de leurs importations de produits agricoles et d'intrants arrivent par voie maritime via le détroit d'Ormuz. "Elles passent normalement par le port de Jebel Ali [NDLR : à Dubaï] et correspondent à l’approvisionnement d’environ 50 millions de personnes dans la péninsule arabique. Aujourd’hui, il est pratiquement inaccessible. Officiellement, les autorités affirment qu’il reste opérationnel, mais dans les faits aucun nouveau navire ne peut y entrer", affirme Ishan Bhanu, analyste principal des matières premières agricoles chez Kpler. Des livraisons dont ne peuvent se passer les pays du Golfe. "Les taux de dépendance se situent autour de 80 à 90 % et concernent des produits très stratégiques : le riz, les céréales - qui constituent la base de l’alimentation des populations de la région et des travailleurs à bas salaires - ainsi que la viande", détaille Matthieu Brun, directeur scientifique de la Fondation pour l'agriculture et la ruralité dans le monde.

Les Etats de la péninsule produisent bien des légumes - poivrons, concombres ou encore aubergines -, généralement sous serre, entre novembre et avril. Passé cette période, la température devient trop élevée pour le maraîchage. L'Arabie saoudite, le Qatar ou encore les Emirats arabes unis redeviennent alors dépendants des importations pour ce type de produits. Une guerre qui se prolonge au-delà du printemps pourrait compliquer encore davantage la situation. "En revanche, ils sont quasiment incapables de produire des fruits à grande échelle, à l’exception des dattes, car ces cultures nécessitent beaucoup d’eau", pointe Delphine Acloque, du Centre d'études et de prospective du Ministère de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire. Pour la tomate, tous dépendent fortement de l'Iran, un grand pays agricole. "Sa décision de suspendre ses exportations pourrait avoir des conséquences", estime cette experte.

Une stratégie alimentaire qui a évolué depuis vingt ans

Comme le rappelle Delphine Acloque, "ces pays présentent des vulnérabilités structurelles : un climat aride, une rareté significative de l’eau et un manque de terres arables". Bien conscientes de leurs points faibles, les monarchies du Golfe ont commencé à faire évoluer leurs pratiques en la matière il y a près d'une vingtaine d'années à des degrés divers. "La crise financière de 2008, qui s’était accompagnée d’une forte inflation des prix alimentaires, a servi de signal d’alarme", relate cette docteur en géographie, spécialiste du Moyen-Orient. Visé ensuite par un blocus de l'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis entre 2017 et 2021, le Qatar a par exemple élaboré une nouvelle stratégie reposant sur trois axes. "Le premier consiste à développer l’autosuffisance pour certains produits stratégiques, explique Delphine Acloque. Le Qatar est désormais quasiment autosuffisant en lait et en viande de volaille fraîche." Les 24 000 vaches présentes sur le territoire permettent de nourrir les trois millions d'habitants. Problème : ce choix se heurte aujourd'hui au blocage du détroit d'Ormuz. "Le fourrage nécessaire pour nourrir les vaches est peu produit localement : il provient surtout de la Corne de l’Afrique, notamment d’Éthiopie, souligne Matthieu Brun. Il est transporté par bateau en traversant la mer Rouge. Sans ces intrants, il devient impossible d’alimenter les élevages." Pour le poulet congelé, le pays reste encore très dépendant du Brésil, tout comme pour la viande bovine en provenance d'Australie et de Nouvelle-Zélande.

Le deuxième pilier repose sur le stockage. "Le Qatar et les Émirats arabes unis ont développé d’importantes capacités pour conserver les céréales et certains produits agroalimentaires, poursuit Delphine Acloque. Ces dispositifs s’appuient souvent sur des partenariats avec le secteur privé, notamment la grande distribution." Dans les ports, d'immenses silos doivent en principe permettre de tenir jusqu'à trois mois, au moins. "Dans ce domaine, les informations circulent très peu : les stocks sont sans doute ce qui est le moins partagé au monde", note Matthieu Brun. Pour une raison simple : ces sites font figure de cibles potentielles pour les bombardements iraniens. Par le passé, certaines infrastructures de stockage avaient été détruites au Yémen ou en Syrie du temps de Daech.

Enfin, le dernier volet consiste à investir dans la production agricole à l'étranger. "Des entreprises privées ou liées aux fonds souverains, notamment en Arabie saoudite et aux Émirats, ont pris des participations dans de grandes entreprises agroalimentaires en Afrique, au Brésil ou au Canada. Ces pays ont également investi directement dans la production agricole, notamment en Égypte et dans les pays de la Corne de l’Afrique", précise Delphine Acloque. Une stratégie qui ne réussit pas toujours. "Louer des terres agricoles implique d’importer des machines, des semences, de recruter de la main-d’œuvre et d’organiser toute la chaîne de production, rappelle Matthieu Brun. Or les pays du Golfe n’ont pas une tradition agricole : historiquement, ce sont plutôt des sociétés nomades." Une politique qui se télescope, elle aussi, avec le conflit en cours et la congestion du commerce maritime dans la région.

Une nécessaire coordination des pays du Golfe

La durée de ces troubles sera là encore déterminante. D'autant qu'en cas de déblocage, les livraisons de denrées n'auront pas la priorité. "Les Etats-Unis ont évoqué des garanties de sécurité et la possibilité d’un couloir maritime, mais d’après les informations du secteur du fret, les pétroliers devraient être prioritaires, ainsi que les grands porte-conteneurs déjà bloqués dans la région afin qu’ils puissent repartir", avance Ishan Bhanu. La situation inquiète en tout cas fortement le directeur de l’Institut supérieur d’économie maritime Paul Tourret, pour qui l'importance du pétrole dans le monde masque les autres risques qui pèsent sur la sécurité alimentaire. "Pendant un certain temps, on peut tenir grâce aux stocks. Mais au-delà, des problèmes d’approvisionnement vont commencer à apparaître", prédit l'expert.

Le salut viendra peut-être de la coopération entre les pays du Golfe. "L’Arabie saoudite pourrait potentiellement devenir un grand hub régional, affirme Delphine Acloque. Pourtant, le Conseil de coopération du Golfe reste marqué par des rivalités historiques. Les relations se sont améliorées ces dernières années, mais il n’existe toujours pas de véritable stratégie commune comparable au modèle européen." Un manque de coordination particulièrement visible en période de crise.

© REUTERS

La majorité des importations des pays du Golfe de produits agricoles et d'intrants arrivent par voie maritime via le détroit d'Ormuz. REUTERS/Stringer/File Photo

EN DIRECT. Guerre au Moyen-Orient : un soldat français tué dans une attaque en Irak

13 mars 2026 à 07:21

Nouvelle nuit d'affrontements au Moyen-Orient. En ce 14ᵉ jour de guerre, les hostilités entre les États-Unis, Israël et l'Iran ne faiblissent pas. Pétroliers attaqués, détroit d'Ormuz toujours bloqué, bombardements massifs à Téhéran, Tel-Aviv ou Beyrouth : près de deux semaines après le début de la guerre, la région continue de s'embraser. Pour la première fois depuis le début du conflit, une victime française est à déplorer : un soldat basé dans la région d'Erbil, en Irak, victime d'une attaque qui a blessé plusieurs autres militaires.

De son côté, Donald Trump, mis sous pression par la hausse historique des prix du pétrole, se montre satisfait de l'évolution du conflit. "La situation avec l'Iran évolue très rapidement", a-t-il dit déclaré jeudi soir. "Tout se passe très bien, notre armée est sans égale." Les frappes aériennes menées par les forces américaines et israéliennes auraient conduit au total "jusqu'à 3,2 millions" d'Iraniens à se déplacer à l'intérieur de l'Iran, a indiqué jeudi le Haut-Commissariat pour les réfugiés. Environ 800 000 personnes ont également dû fuir les bombardements au Liban.

Les infos à retenir

⇒ Un soldat français tué dans une attaque sur une base militaire en Irak

⇒ Les États-Unis allègent leurs sanctions contre la vente de pétrole russe

⇒ Un avion américain de ravitaillement s'écrase en Irak

07h00

Un avion ravitailleur américain s'écrase en Irak

Un avion ravitailleur militaire américain s'est écrasé jeudi dans l'ouest de l'Irak, a indiqué le commandement central de l'armée américaine. D'après l'US Army, le crash de cet appareil, un KC-135, n'est "pas dû à des tirs hostiles ou amis". De quoi écarter l'hypothèse d'une erreur de frappe d'une force alliée, comme au début de la guerre, lorsque le Koweït avait abattu par erreur trois avions de combat américains. Un responsable américain, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a indiqué à Reuters qu'un autre avion du même modèle avait été impliqué dans l'incident. Mais celui-ci a pu atterrir sans problème.

En revanche, la Résistance islamique en Irak, un groupe qui rassemble plusieurs factions armées soutenues par l'Iran, a revendiqué jeudi la destruction du premier appareil. Dans un communiqué, cette organisation assure avoir abattu l'avion KC-135 "pour défendre la souveraineté et l'espace aérien de notre pays". Aucun bilan sur de potentielles victimes n'a pour le moment été transmis par Washington.

06h40

Les États-Unis allègent leurs sanctions contre Moscou sur le pétrole

Face à la hausse des cours du pétrole, Washington relâche sa pression économique sur Moscou. Les États-Unis ont accordé une dérogation de 30 jours aux pays pour acheter du pétrole et des produits pétroliers russes sanctionnés et actuellement bloqués en mer. Tandis que le commerce d'hydrocarbures est un levier économique important pour le Kremlin pour financer sa guerre en Ukraine, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a expliqué que cette mesure visait à stabiliser les marchés énergétiques mondiaux perturbés par la guerre en Iran.

L'envoyé spécial du président russe, Kirill Dmitriev, a souligné jeudi que la dérogation accordée par les États-Unis concernerait 100 millions de barils de pétrole brut russe. "Dans le contexte de la crise énergétique croissante, un nouvel assouplissement des restrictions sur les approvisionnements énergétiques russes semble de plus en plus inévitable, malgré la résistance de certains bureaucrates bruxellois", a écrit sur Telegram cet homme de confiance de Vladimir Poutine. Jeudi, le prix du baril de Brent, la référence internationale pour le pétrole, a dépassé les 100 dollars – une première depuis 2022.

06h30

Un soldat français tué dans une attaque en Irak

Un soldat français est mort lors d'une attaque dans la région d'Erbil en Irak, a annoncé Emmanuel Macron dans la nuit de jeudi à vendredi. "L'adjudant-chef Arnaud Frion du 7ème bataillon de chasseurs alpins de Varces est mort pour la France lors d'une attaque dans la région d'Erbil en Irak", a précisé le chef de l'État sur le réseau social X. Il faisait partie des "forces engagées dans la lutte contre Daech" dans cette zone du Moyen-Orient. Emmanuel Macron a indiqué que plusieurs autres militaires français avaient été blessés dans l'attaque.

L’adjudant-chef Arnaud Frion du 7ème bataillon de chasseurs alpins de Varces est mort pour la France lors d’une attaque dans la région d’Erbil en Irak.

À sa famille, à ses frères d’armes, je veux dire toute l’affection et la solidarité de la Nation.

Plusieurs de nos militaires…

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) March 13, 2026

Ashab Al-Kahf, une milice pro-iranienne, a indiqué après cette attaque vouloir viser "tous les intérêts français en Irak et dans la région", après le déploiement du Charles-de-Gaulle dans le Golfe persique. Sans explicitement revendiquer cette frappe meurtrière, le groupe a appelé la population à ne pas s'approcher d'une base militaire du Kurdistan irakien où se trouvent des forces armées françaises.

© Radio France/Maxppp

Des soldats français en Irak, en septembre 2018. (Photo d'illustration)

Guerre en Iran : quels risques pour l'économie européenne ?

13 mars 2026 à 06:00

Il arrive parfois que l'actualité semble se jouer loin de nous. Alors tous les vendredis, on s’intéresse à un évènement qui a marqué la semaine, d’un point de vue européen, et on prend le temps d’expliquer pourquoi il nous concerne tous.

Quatorze jours après l’attaque conjointe des Etats Unis et d’Israël sur Téhéran, le prix du pétrole a explosé faisant augmenter les prix à la pompe chez nous en France. Comme Jordan Bardella, le patron du RN, La France insoumise a demandé la mise en place d'un bouclier tarifaire, une proposition balayée par le gouvernement. Des tensions qui illustrent les craintes de voir la situation en Iran produire une crise économique en Europe.

Dans cet épisode de La semaine européenne, Tatiana Serova, journaliste au service Economie de L’Express, décrypte les risques qui pèsent sur les économies européennes, face au conflit au Moyen-Orient.

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Cet épisode a été écrit et présenté par Charlotte Baris, monté et réalisé par Jules Krot.

Crédits : RMC, BFMTV

Musique et habillage : Emmanuel Herschon / Studio Torrent

Visuel : Alice Lagarde

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© PHOTOPQR/L'INDEPENDANT/MAXPPP

Illustration carburants dans une station service Leclerc à Perpignan, 11/03/2026 © Nicolas Parent

Mojtaba Khamenei, son empire financier secret : manoirs londoniens, comptes en Suisse...

12 mars 2026 à 20:00

L'avenue des millionnaires. C'est ainsi qu'est surnommée l'avenue Bishops, située dans le nord de Londres et desservant un ensemble de manoirs bordés d'arbres et protégés de portails blindés. La dernière maison de la rue appartiendrait, selon une longue enquête de Bloomberg parue en janvier, à Mojtaba Khamenei, 56 ans, élu la semaine dernière nouveau Guide suprême de l'Iran à la suite du décès de son père Ali Khamenei dans les bombardements israélo-américains. Cette propriété ne serait qu'une partie d'un vaste ensemble, qui comprendrait d'autres résidences londoniennes, une douzaine au total – dont un appartement situé à un jet de pierre de l'ambassade israélienne – d'autres à Dubaï, des hôtels de luxe à Francfort ou à Majorque, des comptes bancaires en Suisse... Des biens à Paris et Toronto auraient été vendus ces dernières années.

Le nom de Mojtaba Khamenei n'apparaît toutefois jamais dans les titres de propriété, qui ont fait l'objet de montages financiers complexes. Ces montages établissent comment l'élite iranienne a réussi à échapper aux sanctions occidentales en jouant sur les failles du système financier mondial, et notamment sur le laxisme des registres des bénéficiaires effectifs des sociétés.

Une myriade de sociétés écran

Au cœur des manœuvres revient le nom d'un homme d'affaires, celui d'Ali Ansari. A 57 ans, cet oligarque a bâti sa fortune dans l'immobilier et dans la banque, et possède notamment l'un des plus vastes centres commerciaux du monde, le somptueux Iran Mall, doté de piscines intérieures. Il a également été le directeur de la banque Ayandeh, dont la faillite en 2025, sur fond de suspicions de corruption, a provoqué la colère des Iraniens. Agissant en prête-nom, Ansari aurait été chargé par Mojtaba Khamenei d'investir les revenus issus de la vente du pétrole iranien via une multitude de sociétés écran basées dans les Caraïbes, sur l'île de Man ou dans les Emirats Arabes Unis – ce sont elles qui détiennent officiellement les propriétés suspectées d'appartenir dans les faits à Mojtaba Khamenei.

Une maison à 39 millions d'euros

La fortune du magnat a toutefois commencé à tourner en octobre 2025, à la suite d'une enquête du magazine britannique Private Eye, qui a révélé son financement du Corps des gardiens de la révolution. Le gouvernement britannique a mis en place une série de sanctions : Ali Ansari est aujourd’hui interdit de voyage au Royaume-Uni et ses avoirs ont été gelés. Son amitié avec Mojtaba Khamenei remonterait à leurs années sous les drapeaux, du temps de la guerre Iran-Irak, à la fin des années 1980. Rien que pour ses propriétés londoniennes, l'empire immobilier du nouvel homme fort de l'Iran est évalué à plus de 115 millions d’euros, avec une maison estimée à 39 millions d'euros. Une telle fortune tranche avec l'image pieuse renvoyée par le nouveau maître de l'Iran, et offre un saisissant contraste avec la crise traversée par le pays avant même l'intervention militaire israélo-américaine. Une situation qui avait débouché sur de grandes manifestations, réprimées dans le sang.

© via REUTERS

Mojtaba Khamenei est suspecté d'être à la tête d'un empire financier et immobilier.

"30 % des engrais mondiaux passent par Ormuz" : la guerre en Iran va-t-elle entraîner une crise agricole ?

12 mars 2026 à 17:30

L'alimentation peut aussi être une arme de guerre. Parallèlement au réarmement militaire, de plus en plus de pays font de l'agriculture un levier de puissance. Or l'embrasement du Golfe révèle l'extrême fragilité de certains systèmes agricoles alors que 30 % des engrais mondiaux passent par le détroit d'Ormuz et que l'approvisionnement en denrées alimentaires de près de 200 millions de personnes est aujourd'hui en jeu. Le chercheur à l'Iris et directeur du club Demeter, Sébastien Abis, décortique les ressorts de la crise agricole qui est en train de s'écrire dans le Golfe.

L'Express : Le conflit en Ukraine a révélé l'importance de l'arme agricole, une autre forme de guerre hybride. En quoi l'embrasement du Golfe et le blocage du détroit d'Ormuz comportent-ils eux aussi une composante agricole ?

Sébastien Abis : Toutes les guerres, celles d'hier comme celles d'aujourd'hui, ont une dimension agricole et nous l'avions sans doute oublié. Le conflit en Ukraine nous l'a rappelé : derrière le volet militaire, il y a évidemment la rivalité entre deux grandes puissances productrices et exportatrices. L'agriculture est aujourd'hui centrale dans la stratégie du Kremlin, qui se sert des grains et des engrais comme des outils diplomatiques et coercitifs. Elle est aussi au cœur de la résistance ukrainienne : protéger ses terres, c'est préserver non seulement une ressource économique mais aussi une identité et un avenir.

A Ormuz, nous sommes dans une configuration différente. Ce détroit, qui ne représente que 0,1 % de l'océan mondial, permet aux pays du golfe Persique de communiquer avec le reste du monde. La crise énergétique est évidente mais elle a des conséquences en cascade sur l'agriculture. Nous avons besoin de carburants et de pétrole pour faire rouler les tracteurs, pour acheminer les denrées agricoles par bateau et par avion. Nous avons besoin de gaz pour faire tourner l'industrie agroalimentaire. Par ailleurs, ce Golfe si riche en gaz permet à l'Iran, au Qatar à l'Arabie saoudite de produire des engrais azotés, des éléments essentiels à la fertilisation des sols et des plantes dans beaucoup d'endroits de la planète. 30 % des engrais azotés exportés dans le monde sortent de cette région. Or cette part a augmenté ces dernières années alors que l'Europe, notamment, s'est coupée des engrais russes placés sous sanctions. Nous avons donc dans cette crise d'Ormuz une problématique énergétique qui impacte en cascade tout le système agricole et agroalimentaire mondial. Avec en bout de course une augmentation des coûts de production, à la racine d'une inflation alimentaire dont les conséquences sociales et politiques peuvent être incontrôlables.

Une inflation agricole dans le monde mais également une extrême insécurité alimentaire pour les pays de la région…

Evidemment ! Car si, nous, Européens, nous nous focalisons sur les bateaux qui ne sortent pas du Golfe, les pays riverains, eux, s'inquiètent de ceux qui ne rentrent pas. L'approvisionnement alimentaire de près de 200 millions de personnes, dont la moitié vit sur le littoral, est en jeu. 80 à 90 % de leur nourriture viennent d'approvisionnements extérieurs, légumes, céréales, produits laitiers, viande… Le pétrole et le gaz ont fait leur prospérité. Mais l'insécurité hydrique - qui s'intensifie dans cet espace - les rend extrêmement vulnérables. Le dessalement de l'eau de mer est absolument crucial pour ces pays. Aujourd'hui, entre 80 et 90 % de l'eau potable à Oman, en Arabie saoudite, au Qatar, à Bahreïn, ou encore au Koweït proviennent de gigantesques usines de dessalement d'eau de mer, dont l'une a été visée par des drones iraniens. Une eau potable qui sert aussi à irriguer les quelques cultures locales. La situation de dépendance à l'eau est même plus critique encore pour l'Iran, qui a moins d'usines de dessalement et dont les nappes phréatiques sont à sec. Chute du régime des mollahs ou pas, le manque d'eau en Iran va devenir un sujet stratégique considérable pour le pays dans les prochaines années.

En Chine, en Russie ou encore en Inde, on observe parallèlement au réarmement militaire une forme de réarmement agricole. Ces deux mouvements sont-ils liés ?

Bien sûr. La Russie en est un cruel exemple. Depuis le début des années 2000, Moscou a méthodiquement réarmé son agriculture : renforcement productif, investissements publics, consolidations d'acteurs privés puissants, exportations de grains à vocation géostratégique… Bref, tout un arsenal qui a permis au pays de redevenir l'une des premières puissances agricoles du globe. La Chine en est un autre exemple. Elle importe, certes, beaucoup de produits car elle a des besoins intérieurs colossaux mais c’est aussi le plus grand producteur mondial de nombreuses denrées de base. Pékin achète et produit massivement. Certains pays utilisent aussi l'agriculture comme un levier pour contrôler des territoires ruraux. Trois milliards d'habitants habitent toujours en zone rurale et des cassures territoriales de développement persistent avec les villes. Cela inquiète les pouvoirs, qui parfois misent sur l’agriculture à des fins sécuritaires et non alimentaires.

L'agriculture peut-elle devenir, demain, une arme de guerre ?

L'agriculture et l'alimentation font avant tout la paix et la stabilité du monde. L'inverse est vrai aussi. C'est ce que la Russie a beaucoup pratiqué ces dernières années en expliquant à certains pays africains ou du Moyen-Orient que s'ils critiquaient trop les attaques contre l'Ukraine, le robinet céréalier russe leur serait coupé. Il n'y a rien de nouveau dans cette histoire : le détournement des interdépendances a toujours existé, surtout dans des contextes de tensions imbriquées, comme nous le vivons depuis quelques années. Or ces interdépendances vont s'intensifier sur le plan agricole et alimentaire. Nous devrions donc davantage coopérer. Hélas, nous allons vers un monde dans lequel les marchés seront moins transparents et les échanges plus transactionnels, sur fond de souveraineté exacerbée et de précautionnisme stratégique. Avec une telle polygamie géoéconomique, le droit international et les solidarités entre nations reculeront.

Dans ce monde de plus en plus fragmenté et brutal, comment jugez-vous la stratégie européenne sur la question agricole?

La présidente de la Commission européenne a déclaré récemment que l'Europe avait commis une erreur stratégique sur le nucléaire. L'Europe ne doit pas faire la même erreur avec l'agriculture. Notre agriculture est encore performante mais elle zigzague un peu ces dernières années. Certes, il faut maintenir des objectifs de décarbonation, mais il faut aussi cultiver une compétitivité durable, sur le plan économique et stratégique. Or, sur le premier, nous nous fragilisons. Et sur le second, l'agriculture n'est pas suffisamment regardée comme une activité d'avenir. Le continent européen est pourtant une terre bénie pour elle. Une partie du monde ne comprend pas pourquoi l'Europe tâtonne sur un secteur où elle a autant de points forts, alors que les besoins mondiaux sont considérables.

Le risque pour l'Europe est de s'endormir en étant passée à côté du réarmement agricole mondial. Une kyrielle de pays, le Brésil évidemment, mais aussi le Vietnam, l'Indonésie, les Philippines, la Turquie, le Maroc, l'Afrique du Sud, ou encore l'Éthiopie, le Kenya, le Kazakhstan sont aujourd'hui beaucoup plus performants sur le plan agricole qu'il y a 15 ou 20 ans. Ils ne font pas juste du volume, ils font aussi de la qualité. L'Europe n'est plus seule sur la planète agricole et alimentaire ; elle dispose encore d’atouts majeurs, mais elle les cultive trop peu et ne les valorise que trop rarement. Nos agricultures sont une force, à condition de les conjuguer au futur.

© REUTERS

Le pétrolier Luojiashan est ancré à Mascate, Oman, le 7 mars 2026, alors que l'Iran promet de fermer le détroit d'Ormuz, dans un contexte de conflit entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran.

Guerre en Iran : Ursula von der Leyen accusée de fracturer l'Union européenne

12 mars 2026 à 17:07

Prononcée dans le contexte de la deuxième semaine du conflit au Moyen-Orient, la phrase a créé son lot de remous, troublant un peu plus la relation pas toujours limpide entre Ursula von der Leyen et la diplomatie européenne. Alors qu'elle s'exprimait lundi lors de la conférence annuelle des ambassadeurs de l'Union européenne à Bruxelles, la présidente de la Commission a notamment déclaré que "l'Europe ne peut plus être la gardienne de l'ancien ordre mondial, d'un monde qui a disparu et qui ne reviendra pas". Puis précisé sa pensée : "Nous défendrons toujours le système fondé sur des règles que nous avons contribué à construire avec nos alliés, mais nous ne pouvons plus le considérer comme le seul moyen de défendre nos intérêts ni supposer que ses règles nous mettront à l'abri des menaces complexes auxquelles nous sommes confrontés."

"Ses propos n'ont aucune valeur"

Une phrase que d'aucuns ont vu comme une forme de renoncement à la proéminence des règles de droit, au nom de la realpolitik, risquant d'inciter les Européens à fermer les yeux sur les violations du droit international. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, virulent opposant à la campagne militaire israélo-américaine, l'a assurément interprété en ce sens. "Le dilemme ne concerne pas l'opposition entre un ordre ancien et un ordre nouveau, mais entre un ordre international et un désordre international", a-t-il déclaré au journal El Diario. "Le monde change, mais les valeurs et les principes de l'UE ne doivent pas changer." Le président du Conseil européen, le Portugais Antonio Costa, a lui aussi tenu des propos critiques, déclarant aux ambassadeurs qu'un "monde multipolaire exige des solutions multilatérales (...) Nous devons défendre l'ordre international fondé sur des règles. Nous devons faire respecter les principes inscrits dans la Charte des Nations unies, tels qu'ils sont décrits dans nos traités." Ursula von der Leyen s'est également vue accuser d'outrepasser ses compétences, et notamment de rogner sur celles de la diplomate en chef de l'UE, l'Estonienne Kaja Kallas. "Elle n'a pas de service diplomatique, s'exprime sans mandat ni briefing des services de renseignement, a notamment cinglé l'eurodéputée française Nathalie Loiseau auprès de Politico. Ses propos n'ont aucune valeur au-delà de sa déclaration personnelle."

Une série de contentieux

Ces déclarations s'inscrivent dans une série de contentieux entre la présidente de la Commission et les chefs de gouvernements de l'Union quant à ses empiétements diplomatiques. Récemment, il lui a été reproché de vouloir accélérer la procédure d'adhésion de l'Ukraine à l'UE, d'envoyer une observatrice au controversé Conseil de la paix de Donald Trump ou encore d'approuver la politique du changement de régime en Iran menée par Washington et Tel-Aviv. Et donc de se positionner comme l'égal des chefs d'Etat ou de gouvernement de l'Union. Thierry Breton, ancien commissaire au Marché intérieur, aux relations glaciales avec l'Allemande, s'est ainsi fendu d'un long article sur les réseaux sociaux, écrivant notamment : "Lorsque la Commission se comporte comme un acteur diplomatique autonome, doublant ou contredisant le message des chefs d'État et de gouvernement, elle affaiblit la voix européenne."

Les critiques ont été telles qu'Ursula von der Leyen a effectué une forme de rétropédalage mercredi, dans un discours devant le Parlement européen à Strasbourg. "Voir le monde tel qu'il est ne diminue en rien notre détermination à lutter pour un monde tel que nous le voulons (...) Notre engagement inébranlable en faveur de la paix, des principes de la charte des Nations unies et du droit international est aussi essentiel aujourd'hui qu'il l'était lors de notre création." La cheffe de l'exécutif en a profité pour inviter à une réflexion plus générale sur les règles de l'UE en matière de politique étrangère, et notamment sur le principe de l'unanimité, qui la rend si vulnérable aux vétos. Le Premier ministre hongrois Viktor Orban est coutumier de la procédure, qui bloque actuellement un prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine. Une façon habile d'élargir le débat, et de revenir à une position plus consensuelle.

© REUTERS

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen se voit reprocher des initiatives diplomatiques hors de son champ de compétences.

Iran : ce que pensent les Américains de la guerre de Donald Trump

12 mars 2026 à 15:00

"Contrairement aux conflits passés des États-Unis, l'attaque contre l'Iran est contestée par la plupart des Américains", souligne le New York Times. Dans les jours qui ont suivi les frappes au Moyen-Orient, la plupart des sondages ont révélé une forte division de la population face à cette intervention : selon Reuters/Ipsos, seulement 27 % des Américains y sont favorables, tandis qu’un sondage Fox News fait état lui d’un soutien de 50 %. Cette forte disparité traduit des avis encore en formation, à mesure que les citoyens prennent connaissance des détails et des conséquences des attaques. Plus grave encore, 60 % des personnes interrogées déclarent ne pas faire confiance à Donald Trump pour prendre les bonnes décisions concernant l’usage de la force des États-Unis en Iran, et estiment qu’il n’a pas de plan clair, selon une enquête de CNN.

L’opinion se divise fortement selon les affiliations politiques. Les démocrates et les indépendants se montrent largement opposés à l'opération au Moyen-Orient, tandis que la majorité des républicains soutient encore le chef de l'Etat. Même chez ces derniers cependant, près de la moitié exprime des inquiétudes, notamment sur la hausse probable des prix de l’essence. Les précédentes promesses de Donald Trump de mettre fin aux "guerres sans fin" rendent cette intervention encore plus incompréhensible pour une partie de son électorat. Même parmi les républicains, 52 % s’opposent ainsi à une intervention au sol, contre 37 % qui la soutiennent. L’expérience montre que le soutien aux guerres tend à diminuer avec le temps, à mesure que les pertes s’accumulent et que la population en ressent les conséquences.

Cette guerre semble également moins populaire que d’autres conflits dans l’histoire récente. Le soutien aux frappes reste bien inférieur à celui observé au début de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre de Corée ou de l’intervention en Afghanistan : en 1941, 97 % des Américains approuvaient l’entrée en guerre contre le Japon après Pearl Harbor, et 92 % soutenaient l’envoi de troupes en Afghanistan en 2001, selon des sondages de Gallup, repris par le New York Times.

Entre inquiétudes économiques et incompréhension

Plusieurs facteurs expliquent cette réticence face à la guerre en Iran. D’abord, les citoyens ont été pris de court et ne comprennent pas clairement l’objectif stratégique du conflit. "Avant la guerre d’Irak en 2003, nous avons consacré une année entière à expliquer pourquoi c’était important, pourquoi toutes les autres options avaient été épuisées, pourquoi c’était nécessaire", souligne dans le New York T Sarah Maxey, professeure de relations internationales à l’Université Loyola de Chicago.

Les considérations économiques jouent également un rôle. Les fluctuations des prix du pétrole inquiètent les électeurs : malgré le déblocage massif des réserves stratégiques, le baril de pétrole repasse la barre des 100 dollars, ce jeudi 12 mars. Un sondage récent, repris par le Washington Post, montre qu’environ sept électeurs inscrits sur dix se disent "très" ou "assez" préoccupés par l’impact de la guerre sur le coût de l’énergie. La perspective d’un conflit prolongé, qui pourrait durer "des mois" ou plus, alimente ces craintes.

Menace iranienne

Par ailleurs, la question de la sécurité nationale reste centrale. Selon Quinnipiac et Fox News, près de la moitié des électeurs estiment que l’intervention rend les États-Unis "moins sûrs", contre seulement trois sur dix qui pensent le contraire. Pour sa part, un sondage CNN montre qu’environ la moitié des adultes considèrent que les frappes accroissent la menace iranienne, tandis qu’à peine trois sur dix jugent qu’elles la réduisent. D'autant que la dimension humaine pèse aussi dans la balance. Après l’annonce de la mort de six militaires américains, près des trois quarts des électeurs se sont déclarés opposés à l’envoi de troupes terrestres en Iran.

Enfin, la polarisation politique a limité l’effet traditionnel de "ralliement autour du drapeau" qui accompagne souvent le déclenchement d’un conflit. Avec la montée des divisions partisanes ces trente dernières années, l’opinion publique ne se consolide plus automatiquement derrière le président, et la perception d’un conflit reste incertaine. En résumé, la guerre en Iran s’inscrit comme l’une des moins populaires de l’histoire récente des États-Unis. Entre incompréhension des objectifs, inquiétudes économiques et sécuritaires, pertes humaines et fractures partisanes, les Américains restent divisés, laissant planer un doute sur la durée et l’acceptabilité de ce conflit pour l’opinion publique.

© REUTERS

Donald Trump salue lors du transfert des dépouilles de six soldats américains tués au Koweït, dans le Delaware le 7 mars 2026.

Frappe contre une école en Iran : la piste d’une erreur américaine se précise

12 mars 2026 à 13:51

Un bilan terrible qui pourrait résulter d'une erreur tragique. La frappe contre une école de filles en Iran, qui a tué des dizaines d'enfants, pourrait être le résultat de l'utilisation par les États-Unis de données de ciblage obsolètes, ont déclaré mercredi 11 mars à Reuters deux sources proches du dossier, fournissant de nouveaux détails sur ce qui pourrait être l'un des pires cas de pertes civiles depuis des décennies de conflits américains.

Reuters a été le premier média à rapporter jeudi dernier qu'une enquête interne en cours menée par l'armée américaine montrait que les forces américaines étaient probablement responsables de la frappe contre l'école de filles à Minab, dans le sud de l'Iran. Une vidéo a fait surface, montrant, selon les experts, un missile Tomahawk américain frappant la zone. Cependant, les circonstances exactes de la tragédie restent floues et le Pentagone s'est refusé à tout commentaire, l'enquête étant toujours en cours. La frappe, survenue le premier jour des attaques américaines et israéliennes contre l'Iran, a tué 150 écolières, d'après l'ambassadeur iranien auprès de l'ONU à Genève, Ali Bahreini.

Selon des copies archivées du site web officiel de l'école Shajare Tayyebeh, celle-ci est adjacente à un complexe géré par les Gardiens de la révolution islamique, la force militaire qui relève du Guide suprême iranien. L'une des sources de Reuters, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a indiqué que les responsables de l'élaboration des dossiers de ciblage semblaient avoir utilisé des renseignements obsolètes. La seconde source a confirmé l'utilisation de ces renseignements.

En réponse à une demande de commentaires, le Pentagone a déclaré que "l'incident fait l'objet d'une enquête". L'utilisation possible de données de ciblage obsolètes a été révélée plus tôt dans la journée de mercredi par le New York Times, qui précise que "le site de l'école faisait initialement partie de la base" des Gardiens de la révolution. On ignore encore à ce stade comment des données anciennes ont fini par être utilisées pour la frappe, et quels autres facteurs, le cas échéant, pourraient être à l'origine de l'erreur. On ignore également quand les conclusions de l'enquête en cours seront rendues.

Pression démocrate

Depuis la publication de l'article de Reuters suggérant une responsabilité des États-Unis dans la frappe, Donald Trump a affirmé, sans preuve, que l'Iran était à l'origine du bombardement. Le président américain a cependant depuis déclaré ne pas disposer de suffisamment d'informations sur celui-ci, et qu'il accepterait les conclusions des investigations.

Presque tous les sénateurs démocrates américains ont signé une lettre adressée mercredi au secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, demandant une "enquête rapide". "Les conséquences de cette attaque contre une école sont effroyables. La majorité des victimes étaient des filles âgées de 7 à 12 ans. Ni les États-Unis ni le gouvernement israélien n'ont encore assumé la responsabilité de cette attaque", indique ce courrier signé par 46 sénateurs, et exigeant des réponses avant le 18 mars.

Pete Hegseth et d'autres responsables américains ont insisté sur le fait que les États-Unis ne cibleraient pas délibérément les civils. Attaquer délibérément une école, un hôpital ou toute autre infrastructure civile constituerait vraisemblablement un crime de guerre au regard du droit international humanitaire.

Les images des funérailles des écolières ont été diffusées la semaine dernière à la télévision d'État iranienne. Leurs petits cercueils, recouverts de drapeaux iraniens, ont été transportés au-dessus d'une foule nombreuse jusqu'au lieu de sépulture.

© Xinhua News Agency/Newscom/MaxPPP

150 fillettes sont mortes dans une frappe sur leur école à Minab, selon l'ambassadeur iranien à l'ONU.

Guerre au Moyen-Orient : des frappes israéliennes touchent le centre de Beyrouth

12 mars 2026 à 14:39

Le conflit qui fait rage au Moyen-Orient depuis le lancement des bombardements israéliens et américains contre l'Iran est entré, jeudi 12 mars, dans son treizième jour. Les frappes contre Beyrouth se poursuivent également au Liban, où Israël et le Hezbollah, mouvement aligné sur l'Iran, s'affrontent. Près de deux mille personnes ont été tuées à travers le Moyen-Orient depuis le début de l'offensive déclenchée le 28 février. De son côté, le président américain, Donald Trump, a indiqué que l’Iran était "proche de la défaite" et que les Etats-Unis allaient "finir le boulot", sans expliquer réellement ce que cela signifie.

Les infos à retenir

⇒ Donald Trump assure que l’Iran est "proche de la défaite"

⇒ "Nous ne renoncerons pas à venger le sang des martyrs", déclare Mojtaba Khamenei

⇒ La guerre est à l'origine de "la plus importante perturbation" de l’approvisionnement en pétrole de l’histoire, selon l'AIE

19h07

L’armée israélienne annonce avoir bombardé des postes de contrôle de la milice des Bassidj à Téhéran

L'armée israélienne a annoncé jeudi avoir bombardé des postes de contrôle de la milice paramilitaire iranienne des Bassidj, affiliée aux Gardiens de la révolution. Cette dernière est souvent utilisée pour réprimer les manifestations à l'intérieur de l'Iran.

L'armée a déclaré avoir récemment identifié de nouveaux barrages routiers établis par l'unité des Bassidj à Téhéran. "Au cours des dernières 24 heures, les barrages routiers et les agents du Bassidj" ont été visés, a précisé l'armée dans un communiqué.

17h56

L'Iran affirme que des navires peuvent traverser le détroit d'Ormuz s'ils se coordonnent avec la marine iranienne

De nombreux navires peuvent encore traverser le détroit d'Ormuz s'ils se coordonnent avec la marine iranienne, a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, dans des propos rapportés par l'agence de presse Mehr.

"Suite aux événements actuels, nous ne pouvons généralement pas revenir aux conditions d'avant le 28 février (début de la guerre actuelle contre l'Iran)... car nous avons compris l'importance de la sécurité du détroit d'Ormuz, et les autres aussi", a ajouté le porte-parole.

16h45

Des frappes aériennes israéliennes touchent le centre de Beyrouth

Des frappes aériennes israéliennes ont touché deux bâtiments dans le centre de Beyrouth, à moins d'un kilomètre du siège du gouvernement, ont montré des images vidéo de Reuters jeudi, peu après que l'armée israélienne a annoncé avoir lancé une nouvelle vague de frappes sur la capitale libanaise.

14h26

"Nous ne renoncerons pas à venger le sang des martyrs", déclare Mojtaba Khamenei

L'Iran vengera le sang de ses martyrs, maintiendra le détroit d'Ormuz fermé et attaquera les bases américaines, a déclaré jeudi le nouveau Guide suprême Mojtaba Khamenei dans un communiqué lu à la télévision d'État, sa première prise de parole depuis qu'il a succédé à son père assassiné.

Il a notamment déclaré que le détroit d'Ormuz devait rester fermé pour faire pression sur les Etats-Unis et Israël. "Le blocage du détroit d'Ormuz doit certainement continuer à être utilisé comme levier contre l'ennemi".

Le nouveau Guide suprême a aussi appelé les pays de la région à fermer les bases américaines qu’ils abritent sur leur sol. "Si ces derniers laissent les Etats-Unis utiliser des bases militaires situées sur leur territoire", l'Iran sera "contraint de poursuivre les frappes" contre les pays du Golfe, a-t-il prévenu. Il les a également appelés à "clarifier leurs positions vis-à-vis des agresseurs." Il a également annoncé que son pays demandera "réparation à ses ennemis ou détruira leurs biens en conséquence".

14h06

L'armée israélienne étend les consignes d'évacuation pour les habitants du sud du Liban

L'armée israélienne a émis jeudi de nouveaux ordres d'évacuation pour le sud du Liban, doublant presque la zone que les résidents devaient quitter, et leur demandant de se déplacer vers le nord au-delà du fleuve Zahrani.

Les nouvelles zones, marquées en rouge sur une carte publiée sur X par un porte-parole militaire, signifient que l'armée israélienne a désormais ordonné l'évacuation de 10 % du territoire libanais.

13h23

La Turquie met en garde contre les projets visant à inciter à la guerre civile en Iran

Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré jeudi que la Turquie ne permettrait à personne d'élaborer des plans visant à inciter à la guerre civile en Iran. "Nous nous opposons aux plans visant à déclencher une guerre civile en Iran et à provoquer des conflits le long des lignes de fracture ethniques et religieuses", a déclaré Hakan Fidan lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue allemand.

"Nous tenons à vous mettre en garde. Personne ne devrait se laisser aller à une telle fantaisie. Nous ne le permettrons pas."

13h08

Le Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, va s’exprimer

Le premier message du nouveau Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, sera diffusé dans quelques minutes, ont rapporté jeudi les médias d'État iraniens.

12h20

La Russie appelle Israël et les États-Unis à mettre fin à la guerre contre l'Iran

La Russie a appelé Israël et les États-Unis à cesser leurs attaques contre l'Iran et à s'asseoir à la table des négociations. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a déclaré ce jeudi que la situation humanitaire dans la région était extrêmement difficile et que l'escalade du conflit était profondément préoccupante.

12h05

L'Europe ne devrait pas plafonner les prix du gaz, déclare le Premier ministre norvégien

Le Premier ministre norvégien a jugé ce jeudi qu'il serait imprudent pour l'Europe de plafonner le prix du gaz naturel, qui a augmenté d'environ 60 % à la suite de la guerre israélo-américaine contre l'Iran. Il a affirmé que la Norvège, premier fournisseur de gaz d'Europe, resterait un fournisseur d'énergie fiable pour le continent. L'Europe s'est abstenue de plafonner les prix du gaz lors de la flambée des prix consécutive à l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, et la Norvège continuera de s'opposer à un tel plafonnement, a déclaré Jonas Gahr Störe lors d'une conférence sur l'énergie à Oslo.

11h50

L'armée israélienne affirme avoir ciblé un site lié au programme nucléaire iranien

L'armée israélienne a déclaré ce jeudi avoir ciblé ces derniers jours un site utilisé dans le programme nucléaire iranien, identifié comme "Taleghan". Taleghan est une installation située dans le complexe militaire de Parchin que les responsables occidentaux soupçonnent d'être liée au programme nucléaire de Téhéran.

11h46

Jusqu'à 3 millions de déplacés en Iran

L'agence des Nations Unies pour les réfugiés a déclaré jeudi que jusqu'à 3,2 millions de personnes ont été déplacées à l'intérieur de l'Iran depuis le début du conflit le 28 février. "Ce chiffre devrait continuer d'augmenter tant que les hostilités persisteront, ce qui marque une escalade inquiétante des besoins humanitaires", a déclaré le HCR dans un communiqué, citant des évaluations préliminaires basées sur le nombre de ménages déracinés.

11h28

Israël se prépare à étendre ses opérations au Liban

L'armée israélienne a reçu l'ordre d'étendre ses opérations au Liban, a déclaré ce jeudi le ministre de la Défense, Israël Katz, après un important barrage de roquettes tirées par le Hezbollah sur Israël dans la nuit. Le ministre a averti le président libanais Joseph Aoun que si le gouvernement libanais ne pouvait empêcher le Hezbollah d'attaquer l'Etat hébreu, celui-ci "le ferait lui-même", selon un communiqué publié par son bureau.

11h02

L'Iran met en garde contre toute agression contre ses îles

L'Iran "abandonnera toute retenue" en cas d'"agression contre le sol des îles iraniennes" dans le golfe Persique, a averti sur X le président du Parlement iranien. Dans son post, Mohammad Bagher Ghalibaf menace de "faire couler le sang des envahisseurs" dans le Golfe.

Plusieurs îles iraniennes, dont Kharg, sont des terminaux d'exportation d'énergie essentiels. D'autres abritent des bases militaires iraniennes.

10h58

Des pétroliers indiens autorisés à traverser le détroit d'Ormuz ?

Une source gouvernementale indienne a déclaré que l'Iran allait autoriser des pétroliers battant pavillon indien à transiter par le détroit d'Ormuz, une information démentie par une source iranienne. Environ 40 % des importations de pétrole indiennes passent par le détroit d'Ormuz.

10h15

La guerre au Moyen-Orient à l'origine de "la plus importante perturbation" de l’approvisionnement en pétrole de l’histoire, selon l’AIE

La guerre en Iran provoque "la plus importante perturbation de l’offre de toute l’histoire du marché pétrolier mondial", constate l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans un rapport, qui souligne que les pays du Golfe réduisent actuellement leur production pétrolière d’au moins 10 millions de barils par jour, en raison du blocage du détroit d’Ormuz.

10h03

De nouveaux drones à Dubaï et au Koweït

Les autorités de Dubaï font état ce jeudi d'un "incident mineur" résultant de la chute d'un drone sur la façade d'un immeuble situé sur la grande artère Sheikh Zayed, qui n'a pas fait de victimes.

Citée par les médias d'Etat, l'autorité koweïtienne de l'aviation civile annonce de son côté que l'aéroport international de Koweït a été visé par plusieurs drones qui ont causé des dommages matériels.

09h21

De nouvelles explosions au-dessus de Jérusalem

Les sirènes d’alerte ont été activées ce jeudi matin à Jérusalem après que l’armée israélienne a signalé des tirs de missiles iraniens vers l'Etat hébreu, et de nouvelles explosions ont été entendues au-dessus de la ville.

En parallèle, l'armée iranienne a déclaré dans un communiqué diffusé par la télévision d’Etat avoir ciblé des bases militaires israéliennes et le Shin Bet, l’Agence de la sécurité intérieure du pays.

08h57

Citibank ferme temporairement ses agences aux Émirats arabes unis

Par mesure de précaution, la banque américaine Citibank va fermer ses succursales et centres financiers aux Émirats arabes unis jusqu'au 14 mars, a indiqué jeudi le site web de la banque alors que la crise au Moyen-Orient s'aggrave. Plus tôt cette semaine, Citibank avait déjà demandé à son personnel d'évacuer les bureaux du Dubai International Financial Centre et du quartier d'Oud Metha à Dubaï, en leur demandant de travailler à domicile jusqu'à nouvel ordre.

HSBC, une autre grande banque mondiale, a fermé toutes ses succursales au Qatar jusqu'à nouvel ordre, selon un avis à la clientèle, précisant que cette mesure visait à assurer la sécurité du personnel et des clients.

08h30

Les six premiers jours de guerre ont coûté 11 milliards de dollars aux États-Unis

Le New York Times rapporte que des responsables de l'administration Trump ont estimé cette semaine, lors d'une réunion d'information au Congrès, que les six premiers jours de la guerre contre l'Iran avaient coûté aux États-Unis au moins 11,3 milliards de dollars. La Maison-Blanche n'a fourni aucune évaluation publique du coût du conflit ni d'estimation précise de sa durée.

Plusieurs collaborateurs du Congrès ont indiqué à Reuters s'attendre à ce que la Maison-Blanche soumette prochainement au Congrès une demande de financement supplémentaire pour la guerre. Certains responsables évoquent un montant de 50 milliards de dollars, tandis que d'autres estiment cette estimation basse.

08h13

Un drone iranien intercepté en Arabie saoudite

Le ministère saoudien de la Défense a annoncé ce matin qu'un drone avait été intercepté alors qu'il se dirigeait vers le champ pétrolier de Shaybah, régulièrement visé cette semaine.

08h04

Des discussions entre Etats-Unis et Russie sur la crise énergétique

L'envoyé spécial du Kremlin Kirill Dmitriev a déclaré avoir discuté de la crise énergétique provoquée par le conflit au Moyen-Orient avec les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner dans le cadre d'un groupe de travail russo-américain sur l'économie qui s'est réuni en Floride.

"De nombreux pays aujourd'hui, à commencer par les Etats-Unis, commencent à mieux comprendre le rôle clé et systémique du gaz et pétrole russe pour assurer la stabilité de l'économie mondiale, ainsi que l'inefficacité et la nature destructrice des sanctions contre la Russie", a-t-il dit sur Telegram. "Nous avons discuté à la fois de projets prometteurs pouvant contribuer à la restauration de relations russo-américaines ainsi que de la crise actuelle sur les marchés mondiaux de l'énergie", a-t-il ajouté.

07h58

Une base italienne au Kurdistan irakien touchée par un missile

Une base militaire italienne au Kurdistan irakien a été touchée par un missile dans la nuit, mais aucun blessé n'a été signalé, a déclaré ce jeudi le ministère italien de la Défense. "Un missile a touché notre base à Erbil. Il n'y a ni morts ni blessés parmi le personnel italien. Ils sont tous sains et saufs", a-t-il indiqué sur X peu après minuit.

Le ministre de la Défense, Guido Crosetto, est resté en contact permanent avec les hauts commandants militaires au sujet de cet incident, a ajouté le ministère. Le ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a déclaré dans un message séparé sur X que les militaires italiens s'étaient réfugiés dans un bunker et que tous étaient " sains et saufs". L'Italie compte environ 300 soldats à Erbil, chargés de la formation des forces de sécurité kurdes, a indiqué le ministère de la Défense sur son site web.

07h30

Au moins sept morts dans une frappe israélienne à Beyrouth

Au Liban, les autorités font état d'au moins sept morts dans une frappe israélienne sur le front de mer à Beyrouth. 21 personnes ont également été blessées, fait savoir le ministère de la Santé dans un communiqué.

07h17

Un mort dans une attaque sur un pétrolier au large de l'Irak

Une attaque visant deux pétroliers dans le Golfe, au large du sud de l’Irak, a fait au moins un mort, a rapporté jeudi la télévision publique irakienne. Les recherches se poursuivent pour tenter de retrouver plusieurs personnes portées disparues. La chaîne Al-Ikhbariya a diffusé des images montrant un navire en mer enveloppé de flammes et de fumée. Selon un bandeau citant le directeur de l’autorité portuaire, Farhan al-Fartousi, un membre d’équipage a été tué. Trente-huit personnes ont par ailleurs pu être secourues, précise la télévision.

07h01

Donald Trump assure que l’Iran est "proche de la défaite"

Donald Trump a affirmé mercredi que l’Iran était "proche de la défaite ", alors que le conflit entre dans son treizième jour. À son arrivée près de Washington, au retour d’un déplacement dans l’Ohio et le Kentucky, le président américain a également averti que les États-Unis avaient la capacité de rendre la reconstruction du pays "presque impossible". "Nous pouvons frapper des zones de Téhéran et d’autres endroits (…). Si nous le faisons, il leur sera presque impossible de reconstruire leur pays", a-t-il déclaré. "L’Iran est proche de la défaite. Cela ne veut pas dire que nous allons arrêter immédiatement, mais ils le sont", a-t-il ajouté.

Le président Donald Trump a aussi déclaré mercredi que Washington était en "très bonne position" dans sa guerre contre l'Iran et que les États-Unis allaient" se pencher sérieusement sur la situation dans le détroit d'Ormuz". Il a d’abord assuré que la guerre devrait se terminer "bientôt", estimant qu’il ne restait "pratiquement plus rien à frapper" en Iran et que l’opération militaire américaine avançait "largement en avance" sur le calendrier initial. Lors d’un meeting dans le Kentucky, il a ensuite lancé : "Nous ne voulons pas partir trop tôt, n’est-ce pas ? Nous devons terminer le travail, non ?", sans préciser quels objectifs il visait.

06h45

Emmanuel Macron appelle Israël à renoncer à son offensive terrestre au Liban

Dans un message, publié mercredi 11 mars au soir, sur le réseau social X, le président français Emmanuel Macron a exhorté Israël à "renoncer clairement à toute offensive terrestre au Liban" et appelé le Hezbollah à "cesser immédiatement ses attaques". Cette déclaration intervient après un entretien avec son homologue libanais, Joseph Aoun. "Le Hezbollah a commis une erreur grave en entraînant le Liban dans une confrontation avec Israël. Il doit mettre fin sans délai à ses attaques. Israël, de son côté, doit renoncer explicitement à une offensive terrestre au Liban", a martelé le chef de l’État.

J’ai eu une longue conversation avec les présidents du Liban et de la Syrie.

Je suis heureux que la France contribue et participe aux échanges d’égal à égal, dans un esprit de partenariat tout à fait nouveau, que le Liban et la Syrie veulent à présent nouer.…

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) March 11, 2026

06h30

Les Etats-Unis vont puiser dans leurs réserves de pétrole

Les États-Unis vont débloquer 172 millions de barils de pétrole de leurs réserves stratégiques afin de faire baisser les prix du pétrole, qui ont flambé en raison des perturbations de l'approvisionnement liées à la guerre israélo-américaine contre l'Iran, a déclaré mercredi le secrétaire américain à l'Énergie, Chris Wright. Ce dernier a précisé que ce déblocage s'inscrit dans le cadre d'un accord plus large portant sur 400 millions de barils de pétrole, conclu plus tôt dans la journée par l'Agence internationale de l'énergie (AIE), qui regroupe 32 pays. Chris Wright a indiqué que le déblocage débutera la semaine prochaine et s'étalera sur environ 120 jours.

© REUTERS

De la fumée s'élève après des frappes israéliennes survenues dans la banlieue sud de Beyrouth au Liban, le 12 mars 2026.

Iran : pourquoi la guerre renforce la position de Recep Tayyip Erdogan face à l’Europe

12 mars 2026 à 12:00

Les 4 et 9 mars, deux missiles iraniens volant en direction du territoire turc étaient abattus dans les airs par les forces de l'Otan, probablement en route vers des bases américaines du sud du pays, ou vers le terminal de l'oléoduc stratégique acheminant le pétrole azéri en Méditerranée. Le leader islamo-nationaliste turc, Recep Tayyip Erdogan, est bien mal payé de ses efforts envers Téhéran. Après avoir soutenu sur le plan diplomatique les massacres des manifestants iraniens protestants contre le régime des mollahs en janvier, il avait tenté d'user de son influence sur Donald Trump pour éviter une guerre contre l'Iran. Il craignait en effet qu'elle ne déstabilise son économie et renforce les Kurdes iraniens. Pour autant, si elle comporte de nombreux risques, la guerre israélo-américaine en Iran et la déstabilisation de la région peuvent en partie jouer en faveur du leader turc, comme cela a été le cas avec la guerre en Syrie.

A l'occasion du conflit syrien - qui s'est achevé au profit des islamistes, plutôt proches d'Ankara -, la Turquie a joué un rôle central dans la gestion des réfugiés fuyant les combats. Profitant de la situation, elle avait négocié, pour les garder sur son sol, des compensations économiques et politiques avec les Européens. La guerre en Ukraine, ensuite, a encore souligné l'importance stratégique de la Turquie, deuxième plus grande armée de l'Otan, riveraine de la mer Noire et gardienne du détroit du Bosphore. Le conflit en Iran, lui, vient rappeler la place toujours centrale du Moyen-Orient dans la géopolitique mondiale. Une zone où la Turquie fait désormais office de puissance régionale, d'autant plus que les coups portés à son voisin et rival iranien créent un vide qui lui permettra d'avancer encore davantage ses pions dans la région.

D'importantes négociations commerciales et diplomatiques

Un cadre propice à de nouvelles négociations avec les Européens. Ceux-ci envisagent en effet avec inquiétude la question des réfugiés qui pourraient tenter de fuir l'Iran si le pays sombrait dans le chaos ou une forme de guerre civile. "J’apprécie les efforts de préparation du Président [Erdogan] pour faire face à l’impact potentiel de cette crise sur les migrations", a ainsi salué la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen le 1er mars à l'issue d'un appel téléphonique avec le leader turc.

"La Commission européenne à une volonté de renouer avec la Turquie, de continuer et d'élargir le partenariat dans le domaine de la gestion des migrations mais aussi du commerce et de la défense", explique Sébastien Maillard, spécialiste des affaires européennes et conseiller spécial à l’Institut Jacques Delors. Pas question en revanche de faire miroiter à Ankara une entrée dans l'Union européenne qui, elle, est totalement gelée, souligne l'expert. La Turquie, cinquième partenaire commerciale de l'UE, peut notamment espérer une modernisation et un élargissement de l'union douanière en vigueur depuis 1996. Elle a déjà obtenu, début mars, un accord pour que ses produits et ses entreprises soient considérés comme "made in EU" dans le cadre du chantier de la réindustrialisation européenne.

Sans succès pour le moment, Ankara lorgne aussi sur le pactole du SAFE, le programme visant, lui, à réarmer l'Union et doté d'un budget de 150 milliards d'euros. "Après tout, le Royaume-Uni a bien obtenu d'y participer, pourquoi pas la Turquie qui possède une industrie de défense et une armée considérable ?", interroge Sébastien Maillard.

Détourner le regard des procès politiques

Mais si la commission fait preuve d'un certain réalisme géopolitique, certains, à Bruxelles, s'indignent du rapprochement avec Ankara alors que le pouvoir turc est en pleine dérive antidémocratique. "L'attitude de la Commission et du Conseil sont une honte pour l'Europe !", accuse Nacho Sánchez Amor, député européen espagnol et rapporteur pour la Turquie au Parlement européen. Il reproche notamment à ces institutions le silence avec lequel elles ont accueilli l'ouverture, le 9 mars, du procès du maire d'Istanbul, Ekrem Imamoglu. Réélu à deux reprises, il avait été arrêté quelques jours avant sa nomination officielle comme candidat du principal parti d'opposition à la prochaine élection présidentielle, face au tout-puissant président, au pouvoir depuis 2002.

"Erdogan a spécialement confié ce procès à un procureur à ses ordres, Akin Gürlek, pour obtenir par le biais d'un tribunal ce qu'il n'a pas obtenu dans les urnes", se scandalise le député européen. Akin Gürlek, l'ancien procureur général d'Istanbul, a requis une peine de 828 à 2 352 années de prison à l'encontre du principal rival d'Erdogan, accusé de "corruption". En récompense, dénonce l'opposition, il a été nommé en février ministre de la Justice. Sa prestation de serment a déclenché une bagarre générale dans les rangs de l'Assemblée. "Erdogan a aussi obtenu l'annulation du diplôme universitaire d'Imamoglu, ce qui l'empêche d'être candidat à une élection présidentielle, et un nouveau procès est maintenant ouvert contre lui, pour 'espionnage'. Ce genre d'accusations grotesques donne une très mauvaise image de la Turquie et sape sa crédibilité en Europe", dénonce le rapporteur Nacho Sánchez Amor.

La Turquie espère aussi obtenir une exemption de visa en Europe pour ses ressortissants. Une demande que le Parlement européen conditionne à l'amélioration du respect des droits de l'homme en Turquie. "Mais ça ne les intéresse pas vraiment, il y a déjà deux millions de personnes en Turquie qui ont des passeports de fonction, qui leur permettent de venir en Europe sans visa, tous les proches du pouvoir en ont un, ça leur suffit comme ça", pointe ce député européen espagnol.

Le pari cynique de la Commission peut être risqué à long terme, tant il renforce le président Erdogan et l'incite à demander toujours davantage aux Européens sans trop de contrepartie. "On peut rentrer dans une logique transactionnelle avec la Turquie, sur le SAFE, le made in UE, les visas, mais qu'amènent-ils à la table des négociations ?" s'interroge Nacho Sanchez Amor.

Toujours est-il que les Européens prennent soin de ménager un acteur qui a pris une place centrale dans la région. "Dans l'épisode géopolitique troublé que nous traversons, mieux vaut garder la Turquie proche de nous plutôt que de la voir dériver vers d'autres puissances", estime Sébastien Maillard, de l'institut Jacques Delors. Main dans la main avec Erdogan et dans un Moyen-Orient en feu, l'Europe s'élance sur une périlleuse ligne de crête.

© REUTERS

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan prononce un discours lors de l'inauguration des résidences universitaires pour garçons et filles à l'université de Bogazici, à Istanbul, en Turquie, le 13 février 2026.

La Californie, cible potentielle de l'Iran : la mise en garde du FBI

12 mars 2026 à 11:17

Les drones iraniens pourraient-ils frapper la côte ouest américaine, à des dizaines de milliers de kilomètres du Moyen-Orient ? Le FBI a averti le mois dernier les forces de l'ordre de la possibilité que Téhéran tente de riposter à toute frappe en lançant des attaques surprises de drones en Californie, dans une note de sécurité consultée par Reuters.

Cette alerte confidentielle, émise par le FBI via le Centre régional conjoint de renseignement de Los Angeles, qui regroupe plusieurs agences, a été rendue publique mercredi 11 mars, alors que la guerre qui a débuté le 28 février par des bombardements massifs américains et israéliens sur Téhéran entrait dans son 12e jour. La formulation de la note du FBI, révélée en premier par ABC News, indique que le texte a été rédigé avant le début des hostilités. La possibilité de représailles iraniennes sur le territoire américain était alors déjà clairement prise en compte.

Une attaque depuis un navire au large

Le rapport cite des informations de la police fédérale américaine selon lesquelles, début février, l'Iran "aurait aspiré à mener une attaque surprise à l'aide de drones" lancés depuis un navire au large contre des cibles en Californie "dans l'éventualité où les États-Unis mèneraient des frappes contre l'Iran". "Nous ne disposons d'aucune information supplémentaire concernant le moment, la méthode, la cible ou les auteurs" d'une telle attaque, ajoute le bulletin. Le FBI a refusé de commenter ce dernier.

L'Iran, dont le Guide suprême et d'autres hauts responsables ont été tués lors de frappes aériennes, a riposté par des attaques de missiles et de drones contre Israël et plusieurs États du Golfe abritant des installations militaires américaines. Plusieurs soldats américains ont été tués le deuxième jour de la guerre lors d'une attaque contre une base au Koweït.

Interrogé mercredi sur la possibilité que l'Iran intensifie ses représailles, notamment par des frappes sur le sol américain, Donald Trump a balayé d'un revers de main cette hypothèse : "Non, je ne le crains pas", a-t-il déclaré depuis la Maison-Blanche, avant qu'ABC News ne révèle l'existence de la note de sécurité du FBI.

Aucune "menace imminente"

Le gouverneur de Californie a quant à lui déclaré qu'il n'avait connaissance d'aucune "menace imminente" pesant sur l'État. Dans un message publié sur X, Gavin Newsom a assuré qu'il était "en coordination constante avec les responsables de la sécurité et du renseignement" pour surveiller "les menaces potentielles contre la Californie, y compris celles liées au conflit au Moyen-Orient". "Bien que nous n'ayons connaissance d'aucune menace imminente pour le moment, nous restons prêts à faire face à toute situation d'urgence dans notre État", a-t-il ajouté.

I am in constant coordination with security and intelligence officials, including at @Cal_OES, to monitor potential threats to California — including those tied to the conflict in the Middle East.

While we are not aware of any imminent threats at this time, we remain prepared…

— Governor Gavin Newsom (@CAgovernor) March 11, 2026

Son bureau a précisé que le bulletin du FBI faisait partie des nombreuses mises à jour de sécurité que l'État reçoit quotidiennement de ses partenaires fédéraux. La Californie, a-t-il précisé, a renforcé son dispositif de sécurité depuis le début du conflit.

Devant la presse, Gavin Newsom a également déclaré que l'avertissement du FBI n'était pas une surprise, mais qu'il avait de nombreuses questions quant à l'évolution possible de la guerre avec l'Iran. "J’aimerais que le président s’adresse aux Américains pour leur expliquer les enjeux de cette affaire. Quel est le but recherché ?", a lancé le démocrate, pressenti comme candidat potentiel à la présidentielle de 2028.

Bases militaires

La maire de Los Angeles, ville la plus peuplée de Californie, a elle aussi déclaré que son bureau et le département de police de Los Angeles "travaillaient en étroite collaboration avec leurs partenaires étatiques et fédéraux pour assurer la sécurité des habitants de Los Angeles". "À l'heure actuelle, il n'existe aucune menace spécifique ou crédible pour Los Angeles", a souligné Karen Bass.

En début de mois, Reuters rapportait que l'Iran et ses alliés pourraient cibler les États-Unis par des attaques. Une évaluation des menaces produite par le département américain de la Sécurité intérieure indique que l'Iran et ses alliés représentent "probablement" une menace d'attaques ciblées contre les États-Unis, bien qu'une frappe physique à grande échelle soit peu probable. Comme le rappelle le New York Times, la côte californienne s'étend sur quelque 1 350 kilomètres, et cet État abrite plus de bases militaires que tout autre État américain. Environ 150 000 Américains d'origine iranienne vivent dans la région de Los Angeles, nombre d'entre eux appartenant à des minorités opprimées en Iran.

© REUTERS

Le gouverneur de Californie Gavin Newsom a déclaré qu'il n'avait connaissance d'aucune "menace imminente".

Des mini-réacteurs nucléaires pour se chauffer ? Helsinki prépare sa révolution énergétique

12 mars 2026 à 11:15

Les 15 et 22 mars, les Français votent aux municipales. L'occasion pour L'Express de sélectionner chez nos voisins des idées innovantes, des concepts pertinents et des dynamiques vertueuses pour améliorer notre quotidien. Tour d'Europe des villes qui doivent nous inspirer, et surtout inspirer nos nouveaux élus.

EPISODE 1 - Ces villes qui doivent nous inspirer : Munich, le mariage réussi de la Silicon Valley et de l'huile de moteur

EPISODE 2 - Comment Vienne est devenue un petit paradis pour les seniors et les locataires

EPISODE 3 -Londres, un modèle pour la sécurité ? Sa recette miracle pour faire baisser le crime

EPISODE 4 - "Les polémiques à Paris nous ont beaucoup amusés" : Copenhague, ce modèle de propreté qui s'exporte

EPISODE 5 - Prague, la ville rêvée des étudiants qui caracole en tête des classements européens

Imaginez un réacteur nucléaire situé en plein cœur de Paris, près de la tour Eiffel. Pas un EPR énorme non, mais un modèle 150 fois plus petit si bien qu’il peut être enterré sous les pelouses du Trocadéro. Ce scénario, encore inimaginable chez nous, pourrait être demain le quotidien des habitants d’Helsinki.

La capitale finlandaise a décidé de confier à la filière nucléaire une partie de ses énormes besoins en chaleur. "Trois sites sont à l’étude pour accueillir un ou plusieurs réacteurs, dont un situé à 1 kilomètre seulement du centre de la ville", explique Juha-Pekka Weckström, PDG d’Ilmatar, le plus grand producteur d'énergie éolienne de Finlande. "Plusieurs choix s'offrent à nous : un réacteur produisant à la fois de la chaleur et de l’électricité, ou bien investir dans une machine dédiée au chauffage des bâtiments. Ma préférence va plutôt vers cette deuxième catégorie, car cela voudrait dire des réacteurs plus compacts et un devis trois ou quatre fois moins cher pour la ville", poursuit le dirigeant.

Comment Helsinki a-t-elle pris le virage de l’atome ? "Il y a dix ans, la Finlande se chauffait principalement au charbon ou au gaz en provenance de Russie, c'était pratique et peu cher. Mais avant même la guerre en Ukraine, les dirigeants finlandais ont compris que cette situation n’était pas pérenne", détaille Juha-Pekka Weckström. "En investissant dans des technologies vertes comme, l'éolien, le photovoltaïque ou de grosses bouilloires électriques, nous avons déjà réduit de 80 % les émissions de CO2 par rapport au niveau de 1990", confie Pekka Tolonen, dirigeant de Helen Nuclear, une filiale de la compagnie énergétique de la municipalité d'Helsinki. Mais pour aller plus loin, selon lui, le nucléaire reste l'alternative la plus prometteuse.

En Finlande, environ 70 % de la population se déclare favorable à l'énergie de l'atome et devrait donc soutenir l’initiative municipale, tout comme les politiques. La ville, de son côté, cultive son rôle de précurseur. "Cela a toujours été un moteur pour Helsinki, confirme Juha-Pekka Weckström : être la première ville à réduire autant les émissions de CO2, avoir le meilleur aéroport en Europe, de pistes pour les vélos, des parcs, des plans d'eau, etc." Si tout se passe bien, dès le début de la prochaine décennie, Helsinki sera donc chauffée grâce à un ou plusieurs petits réacteurs modulaires (SMR). De quoi d’inspirer d’autres capitales. Les Coréens regardent déjà de près les progrès accomplis par les Finlandais. Et la France ? Juha-Pekka Weckström en est persuadé : installer un petit réacteur dans Paris serait sans doute une bonne idée.

© Hans Engbers/Shutterstock

Un immeuble écologique à Helsinki, en Finlande.

Pétrole : tout comprendre à la mobilisation sans précédent des réserves stratégiques

12 mars 2026 à 10:12

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a lancé son plan d’urgence, un geste rare et d’une ampleur inédite. La libération de 400 millions de barils de réserves de pétrole, décidée mercredi 11 mars, vise à limiter l’impact catastrophique de la guerre en Iran sur l’approvisionnement mondial. L’AIE a annoncé que ses 32 pays membres avaient donné leur accord à l’unanimité pour le prélèvement collectif le plus massif jamais réalisé sur leurs réserves stratégiques de pétrole (RSP). Cette opération dépasse de plus du double le précédent record, établi en mars 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, lorsque les États-Unis avaient libéré 180 millions de barils — jusque-là la plus grande intervention de ce type jamais orchestrée.

En quoi consistent les réserves stratégiques mobilisées ?

C’est sous l’égide de l'AIE, rattachée à l’OCDE, l'Organisation de coopération et de développement économiques, que le système des stocks stratégiques de pétrole a été mis en place. Pour prévenir toute interruption d’approvisionnement, les pays membres doivent maintenir des réserves couvrant au moins 90 jours d’importations. Selon l’AIE, ils disposent aujourd’hui de plus de 1,2 milliard de barils de stocks d’urgence, auxquels s’ajoutent 600 millions de barils détenus par l’industrie en vertu d’obligations réglementaires. Le déblocage conjoint dévoilé représente ainsi environ un tiers de ces réserves publiques.

A noter que l'AIE n'a procédé qu'à quatre déblocages d'urgence de ses réserves stratégiques de pétrole depuis sa création par les membres de l'OCDE au milieu des années 1970, en réponse à l'embargo pétrolier de l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) de 1973. Cette crise avait entraîné de graves pénuries de carburant et une multiplication par quatre des prix du pétrole. Cette rareté souligne la gravité de la situation actuelle, mais aussi potentiellement les limites de l'outil déployé.

Comment ce déblocage fonctionne-t-il ?

Plusieurs détails essentiels du déblocage n’ont pas encore été communiqués, et ils sont cruciaux pour mesurer son impact potentiel. D’abord, le rythme auquel le pétrole sera libéré reste inconnu : l’AIE a précisé que chaque membre déciderait de son propre calendrier et, surtout, de la rapidité avec laquelle le pétrole atteindra le marché.

D’après les estimations de JPMorgan, un déblocage coordonné des réserves stratégiques pourrait atteindre un débit maximal d’environ 1,2 million de barils par jour, sur la base des précédents. À titre de comparaison, l’opération de 2022 avait libéré environ 1 million de barils par jour. Même à ce rythme, cette mesure ne couvrirait qu’une fraction des perturbations actuelles de l’approvisionnement, laissant le marché profondément sous tension. Selon le ministère de l’Énergie américain, la réserve pourrait théoriquement fournir jusqu’à 4,4 millions de barils par jour dans les 13 jours suivant une décision présidentielle. Mais les analystes préviennent que le débit effectif sera probablement beaucoup plus faible — autour de 2 millions de barils par jour — en raison de contraintes logistiques et physiques.

Qui détient quoi ?

"Chaque pays appliquera désormais la libération selon ses propres modalités, calendriers et procédures", précise sobrement Bercy à nos confrères du Monde. Certains États ont toutefois donné des indications plus concrètes sur leurs contributions : la France prévoit 14,5 millions de barils sur une réserve totale de 159 millions, l’Allemagne 19,5 millions sur 177 millions, et le Royaume-Uni 13,5 millions sur 68 millions. Aux États-Unis, Donald Trump a confirmé la participation de Washington, le ministre de l’Énergie américain, Chris Wright, annonçant ensuite sur X le déblocage de 172 millions de barils. "Les réserves pétrolières américaines s'élèvent actuellement à 415 millions de barils, selon le département de l'Énergie, soit un taux de remplissage inférieur à 59 %. Les États-Unis consomment environ 20 millions de barils de pétrole brut par jour, une quantité comparable à celle qui transite quotidiennement par le détroit d'Ormuz", souligne le site Politico.

Pour les raffineurs asiatiques, les barils américains pourraient toutefois se révéler moins pratiques. Un trajet en pétrolier depuis la côte du golfe du Mexique jusqu’en Asie prend entre 40 et 60 jours, selon l’itinéraire, soit plus du double du temps nécessaire pour les expéditions en provenance du Moyen-Orient. Le Japon, particulièrement vulnérable aux ruptures d’approvisionnement — près de 90 % de ses importations pétrolières transitent par le détroit d’Ormuz —, prévoit de libérer environ 80 millions de barils dès lundi prochain. À noter que Tokyo possède les deuxièmes plus grandes réserves stratégiques de l’OCDE avec 470 millions de barils.

Pour quels résultats ?

Si l'objectif reste de stabiliser les marchés, est-ce que cela fonctionne vraiment ? Là encore, les précédentes libérations de réserves révèlent un bilan contrasté. "Les membres de l’AIE ont procédé à deux déblocages successifs en 2022, au début du conflit russo-ukrainien. La première vague n’avait stoppé en rien l’envolée des prix du brut, certains traders l’interprétant comme la preuve que la crise pétrolière était plus grave qu’anticipé. La deuxième, bien plus massive, avait soulagé les prix. Mais provisoirement", rappelle Le Monde.

Pour Ron Bousso, éditorialiste pour Reuters, le plan de l'AIE n'apportera de fait "qu'un soulagement limité tant que les exportations d'énergie du Moyen-Orient resteront bloquées." Ce jeudi matin, malgré l'annonce de l'Agence, le baril de pétrole a repassé la barre des 100 dollars.

© REUTERS

Des conteneurs de stockage de pétrole de la société allemande de logistique pétrolière Unitank à Westhafen, à Berlin, dans le contexte du conflit israélo-américain avec l'Iran, en Allemagne.

Affaire Julian Assange : comment la CIA a infiltré l'ambassade d'Equateur pour le surveiller

12 mars 2026 à 08:00

Début 2018, la tentative de Julian Assange, cyber-militant et journaliste, de s'échapper de l'ambassade d'Equateur à Londres, où il était réfugié pour échapper à la justice américaine, échoue. Cette semaine, le journal espagnol El País révélait les détails de l'échec de cette évasion, dû à l'action d'un ancien militaire espagnol, David Morales, dont l'entreprise était chargée d'assurer la sécurité de l'ambassade équatorienne. Une position que David Morales, propriétaire d'UC Global SL (une société de conseil en sécurité basée à Jerez de la Frontera, en Andalousie), et agent double, a utilisé au profit de la CIA, selon les informations révélées par le quotidien espagnol.

Tout commence en 2016 : David Morales, ex-militaire et patron d'une société de sécurité largement inconnue du grand public, se rend à Las Vegas pour un salon de l'armement. Il y rencontre Brian Nagel et Zohar Lahav, responsables de la sécurité d'un casino appartenant au milliardaire Sheldon Adelson, proche du Parti républicain et de Donald Trump. Morales leur confie être le responsable de la sécurité de l'ambassade d'Equateur à Londres, où se trouve alors réfugié Julian Assange.

Il entame une relation avec ces deux personnages, l'un se trouvant également être un ex-militaire américain. Rapidement, David Morales va commencer à travailler pour le compte de la CIA. Au moment de la révélation des liens entre UC Global SL et les services américains, dans les années qui suivirent, plusieurs employés de la société ont expliqué comment s'était forgée cette relation entre leur patron et "le client américain" au fil des mois.

Un mystérieux "client américain"

"Je suis passé du côté obscur", avait un jour confié David Morales à l'un de ses collaborateurs au retour d'un voyage aux Etats-Unis. "On va jouer dans la cour des grands", s'était-il réjoui, euphorique. A l'un de ses employés qui avait suggéré que trahir l'ambassade équatorienne serait une mauvaise idée, le patron d'UC Global SL avait répondu : "je suis un mercenaire et je me lance à corps perdu", tout en déboutonnant sa chemise.

Toujours selon des sources au sein de l'entreprise, El País explique que David Morales ne recevait pas directement de l'argent, mais que les rétributions se faisaient via la signature de contrats avec sa société. Le premier : superviser le yacht du milliardaire Sheldon Adelson, lors de sa traversée de la Méditerranée. "Cela n'avait clairement aucun sens", puisque ce dernier disposait déjà d'une équipe de sécurité complète.

En mars 2017, on lui confie la tâche d'espionner le personnel de l'ambassade d'Equateur à Londres et leur invité : Julien Assange. Le fondateur de WikiLeaks y est réfugié depuis 2012 (et y restera jusqu'à 2019) sous la protection du président Rafael Correa. Il cherche à éviter une extradition vers les Etats-Unis, où il risque jusqu'à 175 ans de prison pour la diffusion de documents classifiés, sur les activités du Pentagone en Irak et en Afghanistan.

L'ambassade sous surveillance

David Morales et ses équipes vont ainsi placer sous surveillance Julian Assange, le personnel de l'ambassade équatorienne - dont ils sont censés assurer la sécurité - mais aussi les avocats, visiteurs, ou le médecin du cyberactiviste australien. Des dizaines de courriels sont interceptés, mais aussi des conversations, au moyen du sabotage des caméras de l'ambassade.

En 2017, la société de David Morales entreprend ainsi de remplacer les caméras de l'ambassade, et de gérer leur achat auprès d'un site de matériel de surveillance : "Espiamos.com". Les équipes d'UC Global SL y font intégrer des systèmes audio dissimulés, et cachent cette information au personnel de l'ambassade. Avec ce nouveau système de vidéosurveillance, les Américains avaient désormais accès en direct à tous les enregistrements de l'ambassade équatorienne à Londres.

Cela ne signifiait pas pour autant qu'espionner Julian Assange, obsédé par sa sécurité, était simple. Le fondateur du site à l'origine de la fuite massive de documents sur la sécurité américaine avait pris soin d'installer un appareil à bruit blanc dans sa cellule, pour empêcher l'enregistrement de ses discussions.

Il faisait également ses réunions avec ses avocats dans les toilettes des femmes, pensant y être plus en sécurité. Mais là aussi, les équipes de David Morales avaient caché des micros, tout comme à l'extérieur de l'ambassade, ou derrière du mobilier décoratif qu'ils avaient pris soin de reproduire et de substituer.

Fichage de son entourage

En août 2017, depuis Miami, ville qu'il fréquentait régulièrement, l'ancien officier militaire demande à ses équipes de lui fournir "les données relatives au Wi-Fi de l'ambassade" et à la qualité des murs "briques, maçonnerie, ciment". L'entreprise entreprend également de ficher, pour le compte "du client américain", toutes les personnes qui viennent visiter Julian Assange, ainsi que leurs passeports et numéros IMEI et SIM de leur téléphone.

Son agence va également espionner Stella Morris, avocate et actuelle épouse de l'Australien, avec qui elle révélera plus tard, en 2020, avoir eu des enfants pendant sa captivité. A l'époque, ils soupçonnent qu'un bébé vu avec un ami d'Assange puisse en réalité être le sien. Ils subtilisent une de ses couches afin de réaliser des analyses. Ils font également réaliser la graphologie de Julian Assange, c'est-à-dire l'étude de sa personnalité par son écriture.

Protection américaine

Le 21 décembre 2017, les nouvelles caméras installées par UC Global SL filment une réunion cruciale entre le cyberactiviste, Stella Morris et Rommy Vallejo, le chef des services de renseignement équatoriens. Ils finalisent son évasion de l'ambassade. Les enregistrements sont captés suffisamment à temps par les Américains pour que ces derniers émettent un mandat de capture, et que les hommes de David Morales s'introduisent par effraction dans le bureau de l’avocat Baltasar Garzón, agressant ce dernier et subtilisant le passeport diplomatique fourni par l'Equateur à Assange. Le plan qui aurait pu épargner au fondateur de WikiLeaks sept années supplémentaires de captivité vient d'échouer.

Malgré les tentatives de ses proches de poursuivre David Morales pour espionnage, ce dernier bénéficiera toujours de la protection des autorités américaines. L'Australien sera expulsé de l'ambassade d'Equateur seize mois plus tard, en avril 2019, au moment de l'arrivée au pouvoir de Lenin Moreno. Il est arrêté par la police britannique et incarcéré à Londres jusqu'à sa libération en juin 2024, après la conclusion d'un accord avec la justice américaine.

© Gao Jing / Agence de presse Xinhua/Newscom/MaxPPP

Début 2018, la tentative de Julian Assange, cyber-militant et journaliste, de s'échapper de l'ambassade d'Equateur à Londres, où il était réfugié pour échapper à la Justice américaine, échoue.

Iran : ces immenses moyens déployés par la CIA depuis des décennies

12 mars 2026 à 06:00

Le passé permet souvent d'éclairer l'actualité. Chaque jeudi, dans notre nouveau podcast Hier à la Une, on se plonge dans les archives de L’Express, pour comprendre autrement la couverture du magazine de la semaine.

Samedi 28 février, à Tel Aviv comme à Washington, la même scène : un dirigeant qui observe une photo de la dépouille de l’ayatollah Khamenei. Un cliché - entre les mains de Benyamin Netanyahou et Donald Trump - qui illustre la réussite de l’opération Fureur épique menée conjointement par les Etats-Unis et Israël en Iran quelques heures plus tôt. Et c’est à cette collaboration que L’Express consacre sa Une cette semaine.

Cette opération est l'aboutissement de plusieurs décennies de préparation et de lourds investissements dans les services, autant côté américain qu'israélien. Son succès repose sur une coopération entre le renseignement humain et la haute technologie.

À l'aide de cette fine connaissance du pays, la CIA et encore plus le Mossad ont infiltré les cercles du pouvoir depuis longtemps, jusqu'à atteindre une source dans l'entourage de l'ayatollah. Une source humaine qui va informer Américains et Israéliens d’une réunion entre Khamenei et les cadres du régime. L’opération est lancée dans les heures qui suivent.

Depuis, l’intensité de la guerre ne faiblit pas. D'après le Pentagone, les États-Unis ont frappé près de 2 000 cibles dans les quatre premiers jours de l'opération Fureur épique. De son côté, l'armée israélienne dit avoir détruit environ 1 000 objectifs par jour. Mais la CIA qui mène une opération de grande ampleur en Iran, c’est loin d’être une nouveauté.

Dans cet épisode d'Hier à la Une, on vous propose de revenir sur ce qu’en disait L’Express il y a quelques années.

En 1953, lorsque l'Iran avait fait appel à la médiation américaine, alors que le Premier ministre Mohammad Mossadegh était contesté dans son pays, la CIA avait préparé un coup d'État. Le dirigeant iranien s'est vu démis de ses fonctions. Quelques années plus tard, en 1979, la CIA connaît son premier grand échec en Iran lors de la révolution islamique. Pourtant, cela ne l'empêchera pas de frapper encore plus fort, en 2026.

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Cet épisode a été écrit et présenté par Charlotte Baris, monté par Mélanie Pierre et réalisé par Jules Krot.

Crédits : INA

Musique et habillage : Emmanuel Herschon / Studio Torrent

Visuel : Alice Lagarde

Comment écouter un podcast ? Suivez le guide.

© ZUMA PRESS/MAXPPP

1er mars 2026, Palm Beach, Floride, États-Unis : le président américain Donald Trump rencontre ses conseillers après avoir lancé l'opération Epic Fury contre l'Iran depuis son complexe hôtelier de Mar-a-Lago, le 28 février 2026 à Palm Beach, en Floride. © Daniel Torok

Guerre en Iran : l'armée israélienne annonce mener une série de frappes "à grande échelle" sur Beyrouth

11 mars 2026 à 21:00

Les frappes ne cessent pas au Moyen-Orient. En ce douzième jour de conflit dans la région, déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains sur l'Iran, Téhéran a déclaré avoir lancé son attaque "la plus violente et la plus lourde depuis le début de la guerre". Koweït, Bahreïn, Arabie saoudite, Qatar... Plusieurs pays du Golfe ont fait état de missiles ou de drones visant leur territoire ces dernières heures. Trois navires ont par ailleurs été touchés par des projectiles d'origine inconnue dans le détroit d'Ormuz, toujours bloqué.

De son côté, Israël a également été visé par la République islamique, poussant la population à se mettre à l'abri dans des pièces souterraines. L'armée de l'État hébreu, a, elle, de nouveau frappé la capitale du Liban, Beyrouth, la nuit dernière. Alors que Donald Trump donne des signaux contradictoires sur la perspective d'une sortie de crise, les puissances du G7 se réuniront ce mercredi après-midi en visioconférence "pour évoquer les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient".

Les infos à retenir

⇒ "Nous pourrions les éliminer en moins d’une heure", lance Donald Trump à propos des forces iraniennes

⇒ Les capacités militaires de l’Iran "ne sont pas réduites à zéro", prévient Emmanuel Macron

⇒ L’armée israélienne annonce mener une série de frappes "à grande échelle" sur la banlieue sud de Beyrouth

20h42

L’armée israélienne annonce mener une série de frappes "à grande échelle" sur la banlieue sud de Beyrouth

Tsahal a annoncé avoir débuté une "vague d'ampleur" d'attaques contre la périphérie sud de la capitale libanaise Beyrouth, une zone considérée comme le bastion historique du Hezbollah.

20h12

Les Etats-Unis auraient pu frapper une école de filles iranienne en utilisant des données de ciblage obsolètes

Une frappe contre une école de filles iranienne ayant tué des dizaines d’enfants pourrait être le résultat de l’utilisation par les Etats-Unis de données de ciblage obsolètes, ont indiqué mercredi à Reuters deux sources familières du dossier, apportant de nouveaux éléments sur ce qui pourrait constituer l’un des pires cas de victimes civiles dans des décennies de conflits impliquant les Etats-Unis.

Une vidéo montre, selon des experts, un missile Tomahawk américain frappant la zone. Mais les circonstances exactes de la tragédie restent floues et le Pentagone a refusé de commenter, indiquant que l’enquête était toujours en cours. La frappe, survenue le premier jour des attaques menées par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran, a tué 150 élèves, selon l’ambassadeur iranien auprès de l’ONU à Genève, Ali Bahreini.

Selon des copies archivées du site officiel de l’école, celle-ci est située à proximité d’un complexe exploité par le Corps des Gardiens de la révolution islamique, la force militaire qui relève directement du Guide suprême iranien. L’une des sources, qui s’est exprimée sous couvert d’anonymat, a déclaré que les responsables chargés d’établir les dossiers de ciblage semblaient avoir utilisé des renseignements périmés. La seconde source a confirmé que des renseignements obsolètes semblent avoir été utilisés.

20h09

L'armée israélienne est prête à poursuivre la guerre contre l'Iran aussi longtemps que nécessaire, déclare un porte-parole

L'armée israélienne est prête à poursuivre sa guerre contre l'Iran aussi longtemps que nécessaire, a déclaré mercredi soir son porte-parole, le général de brigade Effie Defrin, aux journalistes. "En tant qu'armée, nous sommes prêts à poursuivre la campagne aussi longtemps que nécessaire", a-t-il déclaré.

20h03

Le Hezbollah et l'Iran attaquent ensemble Israël

Le Hezbollah libanais et l'Iran ont mené une attaque conjointe de missiles sur le nord d'Israël, la première attaque coordonnée depuis le début de la guerre, a déclaré mercredi un haut responsable de la défense israélienne.

20h02

Les forces américaines ont neutralisé 28 navires iraniens poseurs de mines, affirme Donald Trump

Le président américain Donald Trump a affirmé mercredi soir que les Etats-Unis avaient "neutralisé à deux reprises la direction iranienne" depuis le début du conflit. Il a également assuré que les forces américaines avaient "frappé 28 navires poseurs de mines" déployées par l’Iran.

19h45

Le FBI avertit d’un possible projet iranien d’attaque par drones contre la côte ouest des Etats-Unis

Le FBI a averti ces derniers jours les services de police californiens que l'Iran pourrait riposter aux attaques américaines en lançant des drones sur la côte ouest, selon une alerte consultée par ABC News.

"Nous avons récemment appris qu'au début du mois de février 2026, l'Iran aurait envisagé de mener une attaque surprise à l'aide de drones, depuis un navire non identifié, au large des côtes américaines, contre des cibles non précisées en Californie, dans l'éventualité où les Etats-Unis lanceraient des frappes contre l'Iran", indique l'alerte diffusée fin février. "Nous ne disposons d'aucune information supplémentaire concernant le calendrier, le mode opératoire, la cible ou les auteurs présumés de cette attaque."

A cette menace, Donald Trump a déclaré mercredi ne pas être inquiet de possibles attaques soutenues par l'Iran sur le sol américain.

18h12

"Nous pourrions les éliminer en moins d’une heure", lance Donald Trump à propos des forces iraniennes

"Nous pourrions les éliminer en moins d’une heure", a déclaré Donald Trump à propos des forces iraniennes, interrogé par Fox News. "Ils ont perdu leur marine. Ils ont perdu leur armée de l'air. Ils n'ont plus aucun système de défense antiaérienne. Ils n'ont plus de radar. Leurs dirigeants ont disparu", a-t-il énuméré.

"Nous pourrions les éliminer dès cet après-midi, en fait, en moins d'une heure ; ils seraient littéralement incapables de reconstruire ce pays", a-t-il ajouté.

PRESIDENT TRUMP: "They've lost their navy. They've lost their air force. They have no anti-aircraft apparatus at all. They have no radar. Their leaders are gone. And we could do a lot worse."

"We could take them out by this afternoon, in fact, within an hour, they literally… pic.twitter.com/j8maBGWr1B

— Fox News (@FoxNews) March 11, 2026

17h52

Donald Trump prévient que les Etats-Unis vont frapper l'Iran "dans une heure"

Donald Trump prévient que son pays va réaliser de nouvelles frappes en Iran "dans une heure". "Ils ne pourront pas se relever", a assuré le président américain.

L'armée américaine a averti qu'elle ne pouvait garantir la sécurité des ports maritimes du détroit d'Ormuz, laissant entendre que ces ports pourraient devenir des cibles militaires. "Les ports civils utilisés à des fins militaires perdent leur statut de protection et deviennent des cibles militaires légitimes au regard du droit international", a déclaré le Commandement central américain, responsable des opérations au Moyen-Orient, dans un communiqué, rapporte The New York Times.

16h55

L'Iran aurait posé une douzaine de mines dans le détroit d'Ormuz

L'Iran a déployé une douzaine de mines dans le détroit d'Ormuz, ont indiqué deux sources proches du dossier, une mesure susceptible de compliquer la réouverture de cette voie navigable étroite, une voie importante pour le transport du pétrole et du gaz naturel liquéfié. Les exportations de pétrole et de GNL transitant par ce point de passage stratégique le long des côtes iraniennes ont été effectivement interrompues par la guerre déclenchée il y a 12 jours par les États-Unis et Israël, contribuant ainsi à une flambée des prix mondiaux de l'énergie.

Le commandement militaire iranien a déclaré mercredi que le monde devait se préparer à ce que le prix du pétrole atteigne 200 dollars le baril.

Une source a indiqué que l'emplacement de la plupart des mines était connu, mais a refusé de préciser comment les États-Unis comptaient les neutraliser.

16h30

Les capacités militaires de l’Iran "ne sont pas réduites à zéro", prévient Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a pris la parole ce mercredi à l'issue d'une visioconférence avec les dirigeants du G7. Le président français a estimé que le détroit d'Ormuz est devenu "un théâtre de guerre" et a appelé à assurer la "libre circulation" dans cette voie maritime stratégique.

Le chef de l'Etat a également prévenu que les capacités militaires de l'Iran "ne sont pas réduites à zéro" et a appelé Donald Trump à "clarifier ses objectifs".

"Il faut pouvoir définir des objectifs clairs sur le plan militaire et politique à ce conflit qui a déjà aujourd'hui des dommages considérables portés aux capacités balistiques militaires de l'Iran […] Donc il appartiendra au président des États-Unis d'Amérique de clarifier ses objectifs."

15h41

Le Royaume-Uni participe au déblocage des réserves de pétrole de l'AIE avec 13,5 millions de barils

La Grande-Bretagne a annoncé mercredi qu'elle contribuerait à hauteur de 13,5 millions de barils de pétrole à une libération coordonnée de ses réserves stratégiques, rejoignant ainsi d'autres membres de l'Agence internationale de l'énergie. "Par cette action, le Royaume-Uni joue son rôle aux côtés de ses alliés internationaux pour faire face aux perturbations des marchés pétroliers", a déclaré le ministre de l'Énergie, Ed Miliband, dans un communiqué.

15h08

L'AIE libère 400 millions de barils de pétrole de ses stocks stratégiques

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a proposé mercredi le déblocage de 400 millions de barils de pétrole, la plus importante mesure de son histoire, puisés dans les réserves stratégiques de ses pays membres pour contenir la hausse des prix du pétrole provoquée par le conflit au Moyen-Orient, a annoncé l'organisation dans un communiqué.

L'AIE a indiqué que la publication avait été approuvée à l'unanimité par 32 pays membres, et que le calendrier serait précisé ultérieurement.

L'AIE, basée à Paris, a fait cette déclaration alors que le président français Emmanuel Macron présidait une réunion des dirigeants du G7 consacrée à cette question. La ministre allemande de l'Économie, Katherina Reiche, avait précédemment confirmé le chiffre de 400 millions de barils et indiqué que son pays participerait à cette publication. Les États-Unis et le Japon seraient les principaux contributeurs à cette publication de l'AIE, a-t-elle ajouté.

"La pression venait principalement du gouvernement américain, qui souhaite cette publication", a déclaré un diplomate de l'UE, avant la déclaration de l'AIE. Le secrétaire américain à l'Intérieur, Doug Burgum, a en effet salué les informations faisant état de la libération prévue. "C’est le moment idéal pour envisager de libérer une partie de ces stocks afin de réduire la pression sur les prix mondiaux", a-t-il déclaré lors d’une interview accordée à Fox News.

15h06

Il ne reste "pratiquement plus rien" à cibler en Iran, assure Donald Trump

Le président américain Donald Trump a déclaré mercredi au média Axios qu'il ne restait "pratiquement plus rien" à cibler en Iran et que la guerre dans ce pays prendrait bientôt fin.

14h36

La Suisse ferme son ambassade à Téhéran

La Suisse ferme temporairement son ambassade à Téhéran en raison de la guerre au Moyen-Orient et des risques sécuritaires croissants, a annoncé mercredi le ministère des Affaires étrangères.

L’ambassadeur et cinq membres du personnel suisse ont quitté l’Iran par voie terrestre et se trouvent sains et saufs hors du pays, a-t-on ajouté. "Ils retourneront à Téhéran dès que la situation le permettra." La Suisse continuera de maintenir un dialogue ouvert entre les États-Unis et l'Iran, en concertation avec les deux pays, indique le communiqué.

13h58

L'Iran dit de se préparer "à un baril à 200 dollars"

"Préparez-vous à ce que le pétrole atteigne 200 dollars le baril, car son prix dépend de la sécurité régionale que vous avez déstabilisée", a déclaré Ebrahim Zolfaqari, porte-parole du commandement militaire iranien, dans des propos adressés aux États-Unis.

Les prix du pétrole, qui avaient flambé en début de semaine, se sont stabilisés et les marchés boursiers ont rebondi, les investisseurs pariant pour l'instant que le président américain Donald Trump trouvera un moyen rapide de mettre fin à la guerre qu'il a déclenchée aux côtés d'Israël il y a près de deux semaines. Mais jusqu'à présent, la situation sur le terrain n'a pas évolué favorablement et rien n'indique que les navires puissent naviguer en toute sécurité dans le détroit d'Ormuz.

13h47

L'Espagne met fin aux fonctions de son ambassadrice en Israël

L'Espagne a officiellement mis fin aux fonctions de son ambassadrice en Israël, alors que la crise diplomatique entre les deux pays s'aggrave en raison de l'opposition de l'Espagne aux attaques américano-israéliennes contre l'Iran.

La diplomate avait été rappelée à Madrid en septembre 2025, où elle se trouvait depuis, à la suite d’échanges houleux avec Israël, après l’annonce par le gouvernement espagnol de nouvelles mesures visant à "mettre un terme au génocide à Gaza".

13h30

Nouvelles sanctions de l'UE contre l'Iran

L’Union européenne a pris de nouvelles sanctions contre 19 responsables et entités iraniens, coupables de violations « graves » des droits humains, a écrit ce mercredi la chef de la diplomatie européenne, Kaja Kallas. "Alors que la guerre contre l’Iran se poursuit, l’UE protégera ses intérêts et poursuivra les responsables de la répression intérieure", a-t-elle déclaré sur X, ajoutant que "cela envoie également un message à Téhéran : l’avenir de l’Iran ne peut pas être bâti sur la répression".

13h05

Israël dit que l’offensive contre l’Iran se poursuivra "sans limite de temps"

Le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, a prévenu lors d'une réunion ce mercredi que l’offensive menée conjointement par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran se poursuivrait "sans limite de temps, aussi longtemps que nécessaire, jusqu’à ce que nous atteignions tous les objectifs et décidions de l’issue de la campagne". "La direction iranienne qui a survécu fuit comme des souris dans des tunnels, exactement comme la direction du Hamas à Gaza", a ajouté Israël Katz, cité par son bureau.

12h53

Les Etats-Unis vont pouvoir utiliser les bases roumaines pour leurs opérations en Iran

Des avions ravitailleurs américains, des équipements de surveillance et des communications par satellite pourraient utiliser des bases militaires roumaines dans le cadre de l'offensive américaine en Iran, a déclaré mercredi le président roumain Nicusor Dan. La demande américaine a été approuvée lors d'une réunion du conseil de défense de cet Etat membre de l'UE et de l'Otan, l'approbation du Parlement étant attendue plus tard dans la journée de mercredi.

12h42

Trois disparus après l'endommagement d'un vraquier thaïlandais par un projectile dans le détroit d'Ormuz

Un vraquier thaïlandais figure parmi les trois embarcations touchées par des projectiles d'origine inconnue ce mercredi dans le détroit d'Ormuz. Le ministère thaïlandais des Transports vient d'annoncer que trois membres de l'équipage étaient portés disparus après cet incident. Vingt autres ont été évacués vers Khasab (Oman). Le navire avait quitté la semaine dernière les Emirats arabes unis, puis avait tenté de traverser le bras de mer séparant la péninsule arabique de l'Iran. Mais les navires transitant par cette voie maritime, habituellement très empruntée, demeurent sous la menace de frappes venues de la République islamique.

12h37

570 morts depuis le début de la guerre au Liban, selon les autorités

Les autorités libanaises ont communiqué ce mercredi un nouveau bilan humain des frappes en Israël ces derniers jours. Depuis le début de la guerre, le 2 mars, 570 personnes ont été tuées dans le pays, dont 84 rien que sur la journée de mardi, indique le ministère libanais de la Santé. Beyrouth précise que 1 444 personnes ont également été blessées dans les bombardements.

12h09

L’Iran dit avoir visé la direction du renseignement militaire et une base navale en Israël

L’armée iranienne a dit ce mercredi avoir visé plusieurs cibles en Israël, dont la direction du renseignement militaire, parlant de frappes "toujours en cours". L'Iran a aussi visé une base navale à Haïfa et une base militaire d’observation radar, selon le communiqué de l’armée relayé par la télévision d’Etat.

11h32

Israël annonce une nouvelle vague de bombardements en Iran et au Liban

L’armée israélienne a annoncé ce mercredi une "vaste campagne de frappes contre les infrastructures du régime terroriste iranien" et "les infrastructures du Hezbollah à Beyrouth". Au Liban, Tsahal avait émis hier un nouvel avis d'évacuation.

11h00

Trois navires touchés par des projectiles non identifiés dans le détroit d'Ormuz

Trois navires au total ont été touchés par des projectiles non identifiés dans le détroit d'Ormuz ce mercredi, indiquent des agences de sécurité maritime et des sources, précisant que l'une des frappes a provoqué un incendie à bord d'un vraquier battant pavillon thaïlandais et entraîné l'évacuation de la majorité de son équipage. Ces incidents portent à au moins 14 le nombre de navires attaqués dans le détroit depuis le début du conflit.

10h31

Le nouveau Guide suprême Mojtaba Khamenei a été légèrement blessé, selon Israël

Les services israéliens de renseignement estiment que le nouveau Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, fils du défunt ayatollah Ali Khamenei, a été légèrement blessé lors des attaques menées par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, a indiqué mercredi un responsable israélien à Reuters. C'est la raison pour laquelle il n'a pas été aperçu en public, ajoute ce responsable.

10h20

Donald Trump soutient la participation de l'Iran à la Coupe du monde, dit Gianni Infantino

Le président de la FIFA Gianni Infantino a déclaré aujourd'hui avoir rencontré le président américain Donald Trump, qui lui a assuré soutenir la participation de l'Iran à la Coupe du monde de football 2026, qui sera co-organisée par les États-Unis, le Mexique et le Canada.

L'Iran était le seul pays absent du sommet de planification de la FIFA pour les participants à la Coupe du monde qui s'est tenu la semaine dernière à Atlanta, renforçant les interrogations quant à la participation de l'équipe nationale iranienne sur le sol américain cet été, dans un contexte d'escalade du conflit.

"Le président Trump a réaffirmé que l'équipe iranienne était bien sûr la bienvenue pour participer au tournoi aux États-Unis", a déclaré Gianni Infantino.

10h03

Ursula von der Leyen exclut le retour aux combustibles fossiles russes

L'Europe commettrait une erreur stratégique si elle cherchait à atténuer la flambée des prix de l'énergie en revenant aux combustibles fossiles russes, a déclaré ce mercredi matin la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

"Dans la crise actuelle, certains soutiennent que nous devrions abandonner notre stratégie à long terme et même retourner aux combustibles fossiles russes. Ce serait une erreur stratégique", a-t-elle estimé lors d'un discours au Parlement européen.

L'UE prépare plusieurs options pour faire baisser les prix de l'énergie, notamment un recours accru aux contrats d'achat d'électricité, des mesures d'aides d'État ainsi que des subventions ou plafonds sur les prix du gaz, a ajouté Ursula von der Leyen.

09h35

L'Iran prêt à cibler les intérêts économiques et bancaires américano-israéliens dans la région

L'Iran ciblera les intérêts économiques et bancaires liés aux États-Unis et à Israël dans la région, a déclaré mercredi un porte-parole du commandement conjoint Khatam ol Anbia, ajoutant que cette menace fait suite à une attaque contre une banque iranienne.

"A la suite de leur campagne ratée, l'armée terroriste américaine et le cruel régime sioniste (Israël) ont pris pour cible l'une des banques du pays", a déclaré Ebrahim Zolfaqari, cité par les médias d'État. "Par cette action illégitime et inhabituelle, l’ennemi nous contraint à cibler les centres économiques et les banques liés aux États-Unis et au régime sioniste dans la région." Le porte-parole a mis en garde les habitants de la région et leur a conseillé de se tenir à l'écart des banques.

09h19

Deux drones tombés à proximité de l'aéroport de Dubaï

Deux drones sont tombés à proximité de l'aéroport de Dubaï ce mercredi, blessant quatre personnes, indique le bureau des médias de la ville émiratie. Le trafic aérien fonctionne normalement, a précisé celui-ci.

09h02

Londres interdit une manifestation pro-iranienne

La police britannique annonce avoir interdit une marche pro-iranienne qui devait se tenir à Londres dimanche, invoquant la possibilité de "tensions extrêmes" avec des contre-manifestants, ainsi que les risques posés par Téhéran dans le contexte du conflit au Moyen-Orient.

Cette interdiction concerne la marche d'Al Qods, organisée chaque année dans le centre de Londres par l'organisation Islamic Human Rights Commission, que la police décrit comme étant favorable au régime iranien.

08h47

L'Australie ferme des ambassades au Moyen-Orient

L'Australie a fermé ses ambassades à Abou Dhabi et Tel Aviv ainsi que son consulat à Dubaï, a fait savoir ce matin la ministre des Affaires étrangères, Penny Wong, ajoutant que le conflit au Moyen-Orient "risque de s'intensifier et de se poursuivre à court terme".

08h30

L'équipage du bateau touché par un projectile au large de Dubaï sain et sauf

L'équipage du bateau touché ce mercredi par un "projectile inconnu" au large de Dubaï est sain et sauf, et les autorités mènent l'enquête, a indiqué la marine britannique UKMTO.

08h01

La France au secours du Liban

La France a décidé de tripler son aide au Liban pour la porter à 60 tonnes, a annoncé ce mercredi le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Cette aide arrivera jeudi dans le pays et inclura des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes et un poste sanitaire mobile, a-t-il précisé sur TF1.

07h50

Le nouveau Guide suprême est "sain et sauf", affirme le fils du président iranien

Le nouveau Guide suprême iranien, Mojtaba Hosseini Khamenei, est "sain et sauf" malgré ses blessures, a assuré ce mercredi sur son compte Telegram le fils du président Massoud Pezeshkian. "J’ai entendu les informations disant que Mojtaba Khamenei avait été blessé. J’ai demandé à des amis qui ont des connexions. Ils m’ont dit que, grâce à Dieu, il était sain et sauf", a-t-il écrit alors que l'état de santé du nouveau guide suprême faisait l'objet de nombreuses spéculations. Depuis sa nomination, Mojtaba Khamenei n'est pas encore apparu en public.

07h27

L'AIE propose de recourir aux réserves stratégiques de pétrole

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a proposé de puiser dans les réserves stratégiques de pétrole afin de stabiliser le marché, rapporte le Wall Street Journal, citant des responsables au fait de la question. Le recours aux stocks stratégiques proposé par l'AIE dépasserait les 182 millions de barils de pétrole que les pays membres de l'agence ont libéré en 2022, lorsque la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l'Ukraine, ajoute le WSJ.

Une réunion extraordinaire des pays membres de l'AIE a été convoquée mardi et ils doivent se prononcer sur la proposition faite par l'agence ce mercredi, dit le WSJ. Il s'agirait du recours aux réserves stratégiques de pétrole le plus important jamais décidé par l'AIE. Ni l'AIE ni la Maison-Blanche n'ont répondu à une demande de commentaire dans l'immédiat.

07h15

Un porte-conteneurs touché par un projectile "inconnu" dans le détroit d'Ormuz

Les autorités maritimes britanniques rapportent ce mercredi qu'un porte-conteneurs a été touché par un "projectile inconnu", au large des Émirats arabes unis. Ce navire se trouvait non loin du détroit d'Ormuz, toujours bloqué de fait par la situation au Moyen-Orient, au moment de l'impact. Un incendie s'est alors déclenché à bord, poussant l'équipage à demander de l'aide.

Le détroit d'Ormuz, étroite voie navigable entre la péninsule arabique et l'Iran, constitue un passage stratégique pour le transport d'hydrocarbures et de nombreux matériaux. Mais la progression de navires commerciaux dans ce bras de mer est rendue impossible par la situation sécuritaire au Moyen-Orient, Téhéran menaçant de viser les embarcations qui transiteraient par cette route. D'après le renseignement américain, l'Iran aurait également commencé à déployer des mines dans le détroit. Donald Trump a indiqué mardi sur son compte Truth Social que l'US Army avait "touché et complètement détruit 10 bateaux et/ou navires poseurs de mines inactifs" dans la zone. "Et d’autres suivront", a promis le républicain.

06h45

Israël continue de frapper le Liban

En parallèle de son opération en Iran, Israël poursuit aussi ses bombardements sur son voisin libanais, où l'armée a en parallèle déployé des forces terrestres dans le sud du pays. Au moins une frappe a touché le centre de la capitale Beyrouth la nuit dernière, ont ainsi rapporté les médias officiels libanais. "L'ennemi a ciblé un appartement dans la zone d'Aïcha Bakkar", a précisé l'Agence nationale d'information (Ani).

Le conflit au Liban a poussé une partie de la population à fuir les hostilités. Mardi, les autorités indiquaient que près de 700 000 personnes avaient été déplacées depuis le début de l'offensive israélienne. Celle-ci avait suivi le lancement de plusieurs missiles du Hezbollah vers Israël le 2 mars dernier. Le mouvement islamiste a souhaité "provoquer l'effondrement du Liban (...) pour le compte de l'Iran, et c'est ce que nous avons mis en échec", a assuré lundi le président libanais, Joseph Aoun. Près de 500 morts à cause des bombardements ont été recensés en quelques jours de conflit au Liban, selon Beyrouth.

06h30

Téhéran affirme avoir mené son attaque "la plus violente et la plus lourde depuis le début de la guerre"

L'Iran a lancé, dans la nuit du mardi 10 au mercredi 11 mars, son attaque "la plus violente et la plus lourde depuis le début de la guerre", a indiqué la télévision d'État iranienne, se basant sur un communiqué des Gardiens de la Révolution. Différents pays du Golfe, soumis à de multiples frappes lancées par Téhéran depuis le 28 février, ont rapporté avoir été ciblés ces dernières heures. Le Qatar affirme avoir intercepté des missiles tirés vers son territoire ce mercredi. Plusieurs bases américaines ont été visées dans la région dans la nuit, notamment en Arabie saoudite, au Koweït et à Bahreïn.

De leur côté, les forces israéliennes et américaines continuent de pilonner le territoire iranien. Ce mercredi, Abolfazl Shekarchi, un des porte-parole de l'armée du régime des mollahs, a indiqué que l'Iran répondrait à des frappes ayant touché des zones résidentielles dans le pays. Le responsable a également exhorté les pays de la région et les autres musulmans à indiquer les "cachettes américaines et sionistes (NDLR : israéliennes)" afin de maximiser la précision et l'impact des frappes iraniennes. Tout en minimisant, selon lui, les dommages causés aux civils, qui sont "utilisés comme boucliers humains".

© REUTERS

Des panaches de fumée s'élèvent après des frappes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth le 11 mars 2026.

Comment des hackers russes ont piraté les comptes Signal et WhatsApp de responsables aux Pays-Bas

11 mars 2026 à 18:54

Des militaires, des responsables politiques en lien avec le gouvernement ou même des journalistes ont pu être la cible de cyberattaques russes aux Pays-Bas, ont annoncé les services de renseignement du pays cette semaine dans un communiqué. Pour cela, les hackers n'ont pas eu besoin de recourir à des procédés ultra-sophistiqués mais simplement de s'introduire, par la ruse, dans des comptes de messageries privées largement connues, comme Whatsapp ou Signal.

Les attaquants ont en effet réussi à rentrer en contact avec leurs victimes, en se faisant passer pour le chatbot d'assistance de l'application Signal et les ont convaincues de fournir leurs codes d'identification. Les hackers ont également envoyé de faux QR Codes qui, une fois scannés par leurs cibles, ont permis d'associer les ordinateurs des pirates aux comptes de messagerie de leurs victimes.

Partage d'informations confidentielles

Réagissant à cette annonce, l'application Signal a déclaré sur les réseaux sociaux que les attaques avaient été "menées via des campagnes de phishing sophistiquées, conçues pour inciter les utilisateurs à partager des informations", et que son cryptage et son infrastructure n'avaient pas été compromis. Le phishing, ou tentative d'hameçonnage, est une technique d'escroquerie où l'attaquant se fait passer pour une entité de confiance.

Dans le cas présent, on parle également d'ingénierie sociale, c'est-à-dire de techniques de manipulation psychologique, exploitant les failles humaines plutôt que technologiques. Les pirates informatiques russes ont ainsi "probablement eu accès à des informations sensibles", estiment l'Agence générale du renseignement (AIVD) et le Service du renseignement et de la sécurité militaire (MIVD) néerlandais.

"Les attaquants s’appuient sur des techniques comme le prétexte, le sentiment d’urgence, le manque d’attention ou encore une sensibilisation insuffisante aux risques cyber. Ce vecteur d’attaque est aussi beaucoup plus efficace et beaucoup moins exigeant techniquement que de tenter de casser la cryptographie utilisée dans le chiffrement de bout en bout", analyse Anastasija Collen, professeure associée en cybersécurité à la Haute Ecole de gestion de Genève, citée par Le Temps.

Des logiciels inadaptés ?

"Bien que nous mettions en place des mesures de protection techniques robustes, la vigilance des utilisateurs reste la meilleure défense contre le phishing" rappelle la messagerie Signal, qui compte 70 millions d'utilisateurs - Whatsapp, 3 milliards. Dans son post, l'application conseille de ne jamais divulguer des identifiants de connexion, ni de partager des codes reçus par SMS ou des codes PIN.

Capture d'écran d'une tentative d'hameçonnage contre le compte Signal d'un journaliste de Reuters, en Ukraine, en janvier 2026. Crédits : Reuters
Capture d'écran d'une tentative d'hameçonnage contre le compte Signal d'un journaliste de Reuters, en Ukraine, en janvier 2026. Crédits : Reuters

Au-delà de la vigilance, c'est carrément l'utilisation de ces plateformes pour le partage de données sensibles qui est questionné par les autorités néerlandaises. "Même si elles disposent d’un cryptage de bout en bout, les applications de messageries, telles que Signal ou Whatsapp, ne sont pas des canaux adaptés aux informations classifiées, confidentielles ou sensibles", rappelle le vice-amiral Peter Reesnik, directeur du MIVD, cité par Le Soir.

Ce n'est en effet pas la première fois que des hackers tentent de s'en prendre à des personnalités haut placées via ces plateformes. En février déjà, les services de renseignement allemands signalaient des tentatives d'hameçonnage de responsables politiques via le piratage de leur messagerie Signal ou Whatsapp, et ce "par des acteurs probablement soutenus par des États", indiquait à l'époque BFMTV.

© MAXPPP

Les hackers se sont introduits, par la ruse, dans des comptes de messagerie privée largement connues, comme Whatsapp ou Signal.

Détroit d'Ormuz : combien de temps la France et ses voisins européens peuvent-ils tenir sans pétrole ?

11 mars 2026 à 16:54

Urgence : les cours de l'or noir flambent. Dix jours après le début de l'attaque lancée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, le détroit d'Ormuz est toujours verrouillé. D'ordinaire, cet étroit passage commercial voit transiter environ un cinquième des exportations mondiales quotidiennes de pétrole. Alors que les bombardements se poursuivent dans la région, les flux commerciaux se sont taris, provoquant une forte inflation du cours du Brent : plus 28 % en quelques jours. Celui-ci a même dépassé la barre symbolique des 120 dollars le baril avant de redescendre légèrement face aux promesses d'apaisement. Une annonce a notamment permis de rassurer les marchés : le déblocage d'une partie des réserves stratégiques de pétrole (RSP).

Ce mercredi 11 mars, les 32 pays membres de l'Agence internationale de l'énergie se sont accordés sur le déblocage de 400 millions de barils, soit environ un tiers de leur réserve totale et plus de deux fois ce qui avait été débloqué en 2022, lors de l'invasion russe en Ukraine. C'est la sixième fois qu'une telle action coordonnée est décidée mais la première fois de cette ampleur. Elle intervient en amont d'une rencontre des pays membres du G7 organisée à Paris.

A l'origine, ces réserves stratégiques ont été constituées en 1974, à la suite d'un autre choc pétrolier majeur. Les pays membres de l'agence (en grande partie des pays européens membres de l'OCDE) se sont engagés à se constituer un stock de pétrole à écouler en cas d'urgence, correspondant à plus de 90 jours de leur consommation nationale. Tous y sont parvenus, mais certains mieux que d'autres.

Ainsi, d'après les chiffres rendus publics par l'AIE début février (correspondant au niveau des réserves en novembre 2025), les Pays-Bas et le Danemark faisaient figure de bons élèves avec respectivement 345 et 413 jours d'autonomie. La France, le Royaume-Uni ou encore la Pologne disposaient chacun d'au moins quatre mois d'autonomie. Chez les moins bons élèves, on retrouve l'Irlande (98 jours), l'Espagne (96 jours) ainsi que la Turquie (94 jours).

Aujourd'hui, le pétrole est utilisé essentiellement pour la production de carburant et de kérosène, mais aussi pour la production de nombreux produits dérivés. Un rapport de Citi évoqué par nos confrères d'El País souligne ainsi que ces industries pourraient manquer de matières premières "pendant sept à huit mois". D'autant que même une fois la région pacifiée, le commerce risque de ne pas reprendre immédiatement. Le déblocage des réserves d'urgence vient à point nommé pour apaiser le marché.

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A l'origine, ces réserves stratégiques ont été constituées en 1974, à la suite d'un autre choc pétrolier majeur.

"Sain et sauf" mais invisible : l’étrange absence du nouveau Guide suprême iranien Mojtaba Khamenei

11 mars 2026 à 12:38

Dans les rues de Téhéran, son visage s'affiche sur de gigantesques pancartes. Mojtaba Khamenei, le nouveau Guide suprême nommé dimanche 8 mars, apparaît le plus souvent dessiné aux côtés de ses deux prédécesseurs : le fondateur de la République islamique, Rouhollah Khomeini, et son père, Ali Khamenei, qui était à la tête du pays depuis 1989. Mais, le 28 février, au premier jour de la guerre lancée conjointement par Israël et les États-Unis, l'ayatollah a été tué dans une frappe, mettant fin à plusieurs décennies de pouvoir. Un tournant pour le régime des mollahs, contraint de trouver un nouveau Guide suprême au plus vite. Après plusieurs jours d'attente, l'Assemblée des experts, l'organe chargé de cette désignation, a opté pour la continuité en choisissant Mojtaba Khamenei. Une figure mystérieuse, méconnue de la population iranienne et des observateurs internationaux... et qui n'a toujours pas donné signe de vie, plus de trois jours après l'annonce officielle de son arrivée au pouvoir.

Aucun signe de vie

Le religieux de 56 ans n'a fait aucune apparition à la télévision ou dans les médias d'État, pas plus que sur les réseaux sociaux. Il n'a pas non plus communiqué de déclaration officielle sur les principaux canaux de propagande du régime, ni été aperçu sur une quelconque photographie depuis le début de la guerre. Une absence qui interroge : où est donc Mojtaba Khamenei, et surtout, dans quel état se trouve-t-il ? Ces questions sont légitimes, puisqu'il est avéré que celui-ci a été blessé dans le bombardement ayant tué son père et une partie de sa famille. La mère, l'épouse et un des fils du nouveau Guide suprême ont en effet péri dans cette frappe.

Selon plusieurs figures du régime, Mojtaba Khamenei, lui, s'en est tiré, mais a été touché, notamment aux jambes. La nature de cette blessure a été confirmée par plusieurs sources iraniennes, mais aussi israéliennes, auprès du New York Times. D'après les informations du journal, le nouvel homme fort de la théocratie iranienne se trouverait dans un lieu "hautement sécurisé", avec peu de moyens de communication pour interagir avec le monde extérieur. Malgré tout, le pouvoir iranien s'est tout de même senti obligé d'insister sur le fait que le Guide suprême était bien en vie et dans un état de santé correct... sans donner de preuves étayant ces affirmations. "J'ai entendu les informations disant que Mojtaba Khamenei avait été blessé", a exposé Youssef Pezeshkian, le fils du président iranien Massoud Pezeshkian, dans un message publié sur Telegram ce mercredi 11 mars. "J'ai demandé à des amis qui ont des connexions. Ils m'ont dit que, grâce à Dieu, il était sain et sauf."

Mojtaba Khamenei, la "cible" d'Israël

"Sain et sauf", mais loin de prendre la lumière pour le moment. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce silence prolongé. La première d'entre elles tient bien sûr au contexte sécuritaire en Iran, toujours massivement bombardé par les États-Unis et Israël. Avant même la révélation de l'identité du nouveau guide suprême, l'État hébreu avait déjà annoncé que l'héritier d'Ali Khamenei à Téhéran constituerait "une cible" à éliminer. Donald Trump, loin d'être enchanté par la nomination de Mojtaba Khamenei, entretient pour sa part le flou sur les intentions de Washington sur une éventuelle intervention pour l'assassiner à son tour. Lundi, le président américain a répété, auprès du New York Post, ne pas être "content" de cette évolution au sommet de l'État iranien. Dans ces circonstances, la stratégie actuelle de Mojtaba Khameini consiste peut-être simplement à donner le moins d'informations à ses ennemis... pour rester en vie.

Mais d'autres logiques pourraient aussi être à l'œuvre dans les rouages du régime des mollahs. La chaîne Iran International, basée à Londres (Royaume-Uni) et proche de l'opposition iranienne, relève que cette absence de communication pourrait témoigner d'une volonté de prise de contrôle plus importante du Corps des Gardiens de la Révolution en coulisses. Le nouveau Guide suprême serait alors relégué à un simple rôle de "leader symbolique", alors que le bras armé de la République islamique pourrait s'emparer de facto du pouvoir. Hypothétique pour le moment, ce scénario est tout à fait crédible : "Mojtaba doit sa position aux Gardiens de la révolution et, de ce fait, il ne sera pas aussi puissant que son père", développe ainsi Alex Vatanka, chercheur principal au Middle East Institute de Washington (États-Unis), auprès de l'agence Reuters.

Moqueries sur les réseaux sociaux

Un constat est clair : l'énigmatique invisibilité du nouveau Guide suprême alimente les suspicions. Sur les réseaux sociaux, de nombreux membres de la diaspora iranienne n'hésitent d'ailleurs pas à moquer cette absence à travers messages ironiques ou mèmes représentant le fils d'Ali Khamenei. "Pour beaucoup d'Iraniens, il est mort", a soulevé mardi Didier Adjani, sociologue et réfugié politique iranien, sur franceinfo. "Info, intox, il y a de tout. Néanmoins, il y a un fort doute quant au fait qu'effectivement, il n'est pas dans un bon état. Il est absolument blessé. [Mais], les pasdarans, pour justifier leur présence et leur domination sur la scène politique, disent 'nous avons besoin d'un guide', et que, soi-disant, lui, est vivant."

Depuis le début de la guerre, les officiels iraniens ne rechignent en effet pas à répondre aux sollicitations de médias internationaux afin de combler l'absence d'une parole forte pour représenter Téhéran. Avec la perspective, glissée par des responsables sous couvert d'anonymat, d'une politique étrangère plus dure et d'une répression de l'opposition renforcée en Iran sous la gouverne de Mojtaba Khamenei. Des positions invérifiables à ce stade, sans orientation donnée par le nouveau Guide suprême. Le dirigeant demeure pour le moment cantonné à son statut de "vétéran de guerre blessé", une qualification abondamment relayée par les médias proches du pouvoir ces derniers jours.

© via REUTERS

Mojtaba Khamenei, le deuxième fils de l'ayatollah Ali Khamenei, a été choisi pour lui succéder comme Guide suprême.

Emmanuel Macron, sa stratégie au Liban : "Il faut harceler Benyamin Netanyahou"

11 mars 2026 à 12:25

L’engrenage mortifère est de retour au Levant. Plus d'une semaine après l'élimination d'Ali Khamenei au premier jour de l'opération "Fureur Epique" et "Rugissement du Lion", le Hezbollah a précipité le Liban dans la guerre. En lançant une attaque contre l'Etat hébreu, la milice chiite armée par l'Iran a déclenché en retour des bombardements israéliens de très grande ampleur, principalement dans le sud du pays. Le bilan est lourd : le conflit a déjà fait 486 morts et 1 313 blessés, selon l'OMS, et plus de 667 000 déplacées, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR).

Depuis plusieurs jours, Emmanuel Macron est à la manœuvre pour tenter de faire cesser les hostilités. Le président français, qui a récemment parlé avec Benyamin Netanyahou et Donald Trump, se heurte au refus du Premier ministre israélien. La France cherche ainsi à créer les conditions d'un retour au cessez-le-feu qui avait été entériné en novembre 2024 entre le Hezbollah et l'Etat hébreu. Selon Michel Duclos, ex-ambassadeur et conseiller spécial à l’Institut Montaigne, "la France est pratiquement le seul pays" à s'inquiéter du sort des Libanais qui "avaient des attentes élevées envers Emmanuel Macron". Il le concède toutefois : la France ne peut pas jouer les deus ex machina au Liban, dans un contexte d’embrasement régional où les grandes puissances militaires sont déjà à l’œuvre. Entretien.

L'Express : Au Liban, le président français réclame la fin des combats au Hezbollah en échange d’une cessation des opérations militaires israéliennes. Mais sur le terrain, les opérations ne baissent pas en intensité. La France est-elle hors-jeu ?

Michel Duclos : Dire que la France est totalement inaudible serait excessif. Elle ne l’est pas pour le peuple libanais, au moment où peu de pays se préoccupent réellement de leur situation. La France demeure pratiquement le seul pays à le faire. Il est toutefois extrêmement difficile d’infléchir la position de deux acteurs - le Hezbollah et Israël - qui semblent tous deux emportés par la volonté, ou l’illusion, d’en finir par le recours à la force. Dans la phase la plus récente, le Hezbollah a pris l’initiative d’attaquer Israël. Cependant, dans les semaines précédentes, Israël avait à plusieurs reprises frappé le Liban malgré la trêve conclue en 2024 avec la milice chiite. L’objectif d’Emmanuel Macron est précisément de revenir à cette forme de cessez-le-feu, compte tenu des destructions subies par le Liban.

Au regard de la poursuite des frappes, on pourrait avoir le sentiment que la voix de la France demeure peu entendue. Mais Benyamin Netanyahou a récemment échangé par téléphone avec Emmanuel Macron, ce qu’il n’avait pas fait depuis la reconnaissance de l’État de Palestine. Et le Hezbollah se trouve dans une situation telle qu’il pourrait être amené à prêter attention à des appels à la modération, notamment de la part de l'Iran. On peut rappeler à cet égard que, pour la première fois, le président libanais s’est prononcé en faveur de la démilitarisation du Hezbollah. Dans ces conditions, il paraît réducteur d’affirmer que la France n’est pas entendue.

Ce nouveau conflit ne démontre-t-il pas que la France n’est pas en mesure d’empêcher un conflit au Liban ?

Il n’a jamais été prétendu que la France pourrait jouer les deus ex machina au Liban ou dans la région. Emmanuel Macron, tout comme ses prédécesseurs, peut parfois susciter des attentes élevées, comme cela a pu être observé après le tremblement de terre de Beyrouth, où il s’était rendu en août 2020. Cependant, il reste clair que la France n’est qu’un acteur parmi d’autres dans la région. Sa spécificité au Liban réside dans le fait qu’elle s’y intéresse de manière constante et soutenue depuis de nombreuses années.

De manière générale, l’Europe ne joue pas les premiers rôles…

Depuis un certain temps déjà, les Européens sont marginalisés à la fois dans le dossier israélo-palestinien et, plus largement, dans les grandes négociations autour de l’Iran. Depuis le déclenchement de l’offensive israélo-américaine, l’évolution quotidienne de la situation montre toutefois que les Européens conservent un rôle, ou du moins que les principales puissances européennes - le Royaume-Uni, la France et, dans une certaine mesure, l’Allemagne ou l’Italie - demeurent des acteurs pertinents. Certes, Donald Trump critique parfois le Premier ministre Keir Starmer, mais il a besoin de son soutien pour utiliser les bases militaires britanniques (NDLR : celles de Fairford au Royaume-Uni et de Diego Garcia dans l’océan Indien).

La conférence de soutien à l'armée libanaise, prévue à Paris début mars, est reportée en avril. Mais la France va déjà renforcer sa coopération militaire en mettant à la disposition de Beyrouth des véhicules de transport blindés ainsi qu’un soutien opérationnel et logistique. En se rangeant derrière les forces libanaises, le président français n’est-il pas trop optimiste sur les chances de succès ?

On l’a largement oublié, mais une première phase de l’opération au sud du Liban a été menée avec succès par les forces armées libanaises [NDLR : première phase du désarmement du Hezbollah, de janvier 2025 à janvier 2026]. Cela montre que, malgré leurs faiblesses, elles sont capables d’obtenir des résultats lorsque les conditions politiques sont réunies et qu’elles bénéficient d’un soutien suffisant de leurs partenaires, en particulier des États-Unis et de la France. Il ne faut certes pas nourrir d’espoirs démesurés, mais il serait tout aussi simpliste d’affirmer que les Libanais, et en particulier leur armée, sont incapables d’agir.

Pendant longtemps, les responsables de l’armée libanaise ont été freinés par la volonté de ne pas rompre avec le Hezbollah, qui demeurait une composante de la nation et était perçu par une partie importante de la population - y compris au-delà de la communauté chiite - comme un élément de la défense du Liban. Aujourd’hui, le Hezbollah s’est placé en marge de la communauté nationale. Même au sein de la communauté chiite, une part significative de la population exprime des désaccords avec l’offensive menée il y a quelques jours contre Israël.

La France semble en ce moment particulièrement alignée avec les autorités libanaises. Comment l’expliquez-vous ?

Il y a une certaine constance dans notre politique mais cela s’explique aussi par un contexte intérieur et une convergence de positions entre le Premier ministre libanais Nawaf Salam (indépendant), et le président Joseph Aoun (un militaire de carrière). Il est particulièrement intéressant de noter que le président du Parlement, Nabih Berri [NDLR : du parti chiite Amal Movement] ne s’est pas aligné sur la ligne du Hezbollah et sa volonté de relancer le conflit avec Israël. Il existe donc une forme de confiance entre ces responsables, même si les événements actuels sont particulièrement difficiles à maîtriser.

Emmanuel Macron a-t-il raison lorsqu’il maintient des exigences très fermes à l’égard de Benyamin Netanyahou ?

Oui, notamment sur la question de la disproportion des moyens employés et du coût humain considérable qu’elle fait peser sur les populations et les infrastructures libanaises. Parallèlement, il importe d’exercer une pression maximale sur le Hezbollah, que ce soit par des voies politiques indirectes - comme des messages adressés à Téhéran lorsque Emmanuel Macron s’entretient avec son homologue iranien - ou en renforçant encore le soutien apporté à l’armée libanaise afin de l’aider à désarmer le mouvement terroriste. Il n'y a pas d'autre stratégie possible que d'essayer d'agir sur tous les acteurs concernés.

Une position de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (Finul) a été ciblée vendredi 6 mars dans le sud du Liban, faisant trois blessés parmi les Casques bleus ghanéens. Est-ce que ça peut être un objet de tensions aussi avec le Premier ministre israélien ?

Emmanuel Macron a condamné cette attaque inacceptable. Le Ghana, qui est un pays partenaire de la France, a demandé l’ouverture d’une enquête auprès du gouvernement israélien. Cependant, ce type d’incident — à l’image de la frappe israélienne contre un hôtel à Doha (Qatar) en septembre 2025, qui visait des responsables du Hamas mais a également causé des victimes civiles — tend à se répéter dans le cadre du conflit entre Israël et le Liban. C’est précisément cette situation qui choque profondément l’opinion française. Sur ce point, l’insistance du président de la République et du gouvernement français auprès des autorités israéliennes apparaît donc légitime.

Faut-il craindre une occupation du territoire libanais de la part d’Israël ?

Emmanuel Macron et le gouvernement français ont raison de harceler les autorités israéliennes sur cette question. Israël a démenti ces accusations, mais il disposait déjà d’au moins cinq postes militaires sur le territoire libanais. De nouvelles installations semblent avoir été mises en place récemment. Ces éléments constituent des signaux d’une possible invasion plus large. Il convient non seulement de mettre en garde les autorités israéliennes, mais également de rappeler que les précédentes interventions israéliennes au Liban se sont généralement soldées par des résultats défavorables pour Israël.

Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie plus générale d’Israël, également observée en Syrie. Le pays ne souhaite pas se retirer des portions du Golan qu’il occupe, en plus des territoires déjà sous contrôle, et maintient une présence militaire partielle dans la bande de Gaza. On constate ainsi un schéma récurrent dans la région, face auquel peu d’États réagissent. Les États-Unis ferment largement les yeux, tandis que les pays européens sont absorbés par d’autres priorités.

La reconnaissance de l’Etat palestinien ne fragilise-t-elle pas la voix de la France face à un acteur comme Israël qui entreprend de remodeler toute la région ?

Si cette action n’avait pas été entreprise, la France aurait perdu beaucoup de crédibilité, non seulement auprès des pays arabes, mais également auprès des pays du Sud global. Ne rien faire aurait donné l’impression d’une indifférence de la France aux affaires de cette région. Il convient de rappeler que la décision de reconnaissance de la France a été suivie par celle du Royaume-Uni, du Canada et de l’Australie. Cela démontre que la France n’était pas isolée et qu’elle a déclenché un mouvement dont la portée symbolique reste significative à l’échelle mondiale, même si ses effets immédiats ont été modestes. Le prix à payer est donc d’avoir une relation difficile avec Netanyahou, mais il faut relativiser cette tension, dans la mesure où Israël accorde depuis longtemps peu de considération aux positions françaises.

Emmanuel Macron ne soutient pas la guerre en Iran car il veut se placer dans le cadre du droit international mais il ne déplore pas la décapitation du régime, tout en aidant ses partenaires du Golfe avec le Charles-de-Gaulle. Que faut-il comprendre lorsque le président parle d’une mission "purement défensive" pour rouvrir le détroit d'Ormuz ?

Cette posture est relativement bien pensée. Il faut d’abord considérer les options disponibles. Lorsqu’on est au pouvoir, il arrive fréquemment que les choix soient limités à des options difficiles. L’une d’elles aurait été celle de la tradition gaulliste — de Gaulle en 1967, Chirac en 2003 — consistant à condamner purement et simplement l’offensive israélo-américaine. Dans le cadre du droit international traditionnel, celui qui attaque en premier est considéré comme fautif. Une telle position aurait été compréhensible pour l’opinion publique française, à l’instar de celle du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez. L’autre option, celle choisie par Emmanuel Macron, consistait à reconnaître que l’action menée n’était pas conforme au droit international, tout en insistant sur le rôle majeur de la politique iranienne dans le déclenchement de la situation. À partir de là, deux stratégies sont possibles : se limiter à un simple inventaire et à des commentaires, ou tenter d’agir. Il ne s’agissait pas de faire la guerre à l’Iran, car la France défendait justement le respect du droit international, et d’autres acteurs assument déjà ce rôle.

L’action entreprise consiste plutôt à soutenir les alliés régionaux confrontés aux agressions iraniennes - par exemple la Jordanie, les États du Golfe ou bien encore Chypre dans l’UE - ainsi qu’à contribuer, en coopération avec d’autres, à la liberté de navigation dans les zones sensibles entourant cette région. Cette politique apparaît relativement réaliste et équilibrée : elle est conforme aux moyens dont dispose la France. Si le pays n’est pas en mesure de jouer un rôle décisif, il peut néanmoins apporter sa contribution avec les capacités militaires et diplomatiques à sa disposition. Il ne faut pas exclure qu’à un moment, la France passe d’une attitude "défensive" à "offensive" mais il est probable que cette évolution reste relativement limitée et ponctuelle.

Les pays du Golfe, avec qui la France a des accords de défense et une base militaire aux Émirats arabes unis, ont-ils vraiment besoin de nous alors qu’ils sont sous le "parapluie américain" beaucoup plus étoffé que le nôtre ?

Je remarque que ni les pays du Golfe, ni les Etats-Unis n’ont critiqué notre action dans la région. L’une des leçons de cette crise est que toutes les parties prennent conscience de leurs limites. L’événement actuel dans le Golfe montre qu’il n’est pas suffisant de compter sur une alliance unique, aussi puissante soit-elle, pour se protéger de toutes les menaces. La France ne peut pas résoudre à elle seule les problèmes de ces pays. Ils continueront à dépendre des États-Unis, mais ils apprécient l’aide supplémentaire apportée par d’autres partenaires, et reconnaissent la fiabilité de cette assistance. L’une des conséquences de cette crise pourrait être un changement du regard que les capitales de la région portent sur leurs alliés. Ainsi, les monarchies du Golfe pourraient désormais nourrir une certaine méfiance à l’égard des États-Unis. Bien que Washington ait suivi sa propre stratégie, certains pays avaient demandé aux Américains de ne pas attaquer l’Iran à ce stade. Or, non seulement cette attaque a eu lieu, mais elle a montré que la protection américaine pouvait constituer un handicap, exposant ces pays à des frappes iraniennes. La dépendance envers les États-Unis persistera, mais le degré de confiance pourrait s’en trouver réduit.

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Le président français Emmanuel Macron s'exprime lors d'une réunion du Conseil national de défense au palais de l'Élysée, à Paris, le 10 mars 2026.

Défense : le trouillomètre européen varie en fonction de la distance

Par : Eric Chol
11 mars 2026 à 12:00

La raison du plus fort est toujours la meilleure, dit la fable. A condition bien sûr d’être le plus fort. Ce qu’ont compris Donald Trump et Benyamin Netanyahou : la puissance de feu de l’armada américaine au Moyen-Orient ou la domination des avions de chasse de Tsahal dans le ciel iranien résument à elles seules la somme des investissements de ces deux pays pour asseoir leur supériorité militaire dans la région ou dans le monde.

Avis aux Européens, qui, assoupis pendant un quart de siècle par les "dividendes de la paix", se convertissent avec plus ou moins de rapidité à l’économie de guerre. L’occupation de la Crimée par les Russes en 2014 a provoqué un premier réveil. Le 24 février 2022, la guerre en Ukraine a sonné l’alarme. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a fini d’ouvrir les yeux de l’Europe. Indiscutablement, le réarmement est en marche : entre 2020 et 2025, les dépenses des Etats de l’Union européenne ont bondi de 63,8 % (381 milliards d’euros). Est-ce suffisant ? Non, car en dépit du rattrapage, les sommes en jeu représentent moins de la moitié du budget de la défense américain.

Résultat, la dépendance à l’égard Etats-Unis demeure très forte : entre 2021 et 2025, l’Europe a triplé ses achats d’armes à l’étranger, selon le Sipri, devenant au passage le premier importateur mondial dans le domaine, son principal fournisseur étant les Etats-Unis.

En outre, l’effort de réarmement européen reste très inégalement réparti. Logiquement, les premiers pays à se réveiller ont été ceux d’Europe de l’Est ou du Nord, voisins de la Russie. "Plus on est proche de la menace, plus la croissance du budget consacré à la défense a été forte depuis une dizaine d’années", confirme Julien Malizard, titulaire de la chaire économie de la défense à l’IHEDN.

Les détails du trouillomètre européen

Inversement, les plus éloignés rechignent à augmenter leurs investissements. C’est ce que montre le trouillomètre européen, calculé par L’Express : il s’agit du ratio entre les dépenses de défense d’un état et la distance avec Moscou. Les quatre pays à moins de 1 000 kilomètres de Moscou affichent un budget de 3,01 % du PIB (Sipri 2024). Pour ceux situés entre 1000 et 1500 kilomètres, l’effort atteint 2,6 % du PIB. Puis viennent les pays à mi-chemin (entre 1500 et 2500 kilomètres de la capitale russe), comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou la France. Les 14 Etats de cette catégorie consacrent 1,75 % de leur PIB à la défense. Pour eux, la Russie n’est certes pas très éloignée - "à peine la longueur de deux étapes du tour de France cycliste", disait le général de Gaulle - mais les gouvernements se montrent hésitants. Restent les quatre pays à plus de 2 500 kilomètres de la capitale russe (dont l’Espagne) : l’effort de défense y était inférieur en moyenne à 1 % du PIB en 2024.

A l’éloignement géographique s’ajoute la contrainte budgétaire. C’est le cas de la France : le déploiement du porte-avions Charles-de-Gaulle et de son escorte en Méditerranée orientale cache mal la difficulté de l’exécutif à racler les fonds de tiroir pour réussir sa conversion à l’économie de guerre.

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Un avion Rafale sur le porte-avions Charles-de-Gaulle.

Prague, la ville rêvée des étudiants qui caracole en tête des classements européens

11 mars 2026 à 11:00

Les 15 et 22 mars, les Français votent aux municipales. L'occasion pour L'Express de sélectionner chez nos voisins des idées innovantes, des concepts pertinents et des dynamiques vertueuses pour améliorer notre quotidien. Tour d'Europe des villes qui doivent nous inspirer, et surtout inspirer nos nouveaux élus.

EPISODE 1 - Ces villes qui doivent nous inspirer : Munich, le mariage réussi de la Silicon Valley et de l'huile de moteur

EPISODE 2 - Comment Vienne est devenue un petit paradis pour les seniors et les locataires

EPISODE 3 -Londres, un modèle pour la sécurité ? Sa recette miracle pour faire baisser le crime

EPISODE 4 - "Les polémiques à Paris nous ont beaucoup amusés" : Copenhague, ce modèle de propreté qui s'exporte

Caleb House prend un moment pour réfléchir et creuser dans sa mémoire. "J’ai beau chercher, je n’ai jamais rencontré un seul étudiant qui regrettait d’être parti en échange à Prague", assure cet Américain, coordinateur du recrutement international à l'Université Charles, la plus grande de République tchèque. Depuis des années, la ville de Franz Kafka et Václav Havel caracole en tête des classements des meilleures villes universitaires d'Europe. Étudiants, anciens comme actuels, s'enthousiasment pour sa qualité de vie, les écoles y sont nombreuses et réputées.

Cinq d'entre elles, dont l'Université technique de Prague et la Prague University of Economics and Business, figurent dans le top 1 000 du palmarès mondial publié par Quacquarelli Symonds. "Prague compte de nombreux établissements, publics comme privés, qui attirent chaque année de nombreux étudiants internationaux", avance Martina Fantová, responsable du bureau international de l'université métropolitaine de Prague. Au total, ils sont plus de 25 000 à venir s'y installer chaque année dans la capitale en provenance d'Espagne, d'Inde, des Etats-Unis ou encore de Corée du Sud. "Les Français sont de loin la première nationalité", soutient Caleb House.

Avec relativement peu d'heures de cours, les universités tchèques offrent aux internationaux tout le loisir d'explorer les recoins de la "ville dorée", notamment son centre historique, classé au patrimoine mondial de l'Unesco et sa richesse architecturale. "Prague est une cité un peu à l’ancienne : il n’y a pas de gratte-ciel dans le centre. La nuit, on a presque l’impression d’être dans une ville médiévale", raconte Marek Földi, étudiant en biologie moléculaire et membre de l'Erasmus club, un groupe de volontaires tchèques qui aident leurs camarades étrangers à s'intégrer. "Lorsqu'on se promène en ville, on a l'impression d'être dans une capsule temporelle. C’est l’une des rares capitales européennes dont le centre historique a été préservé des bombardements au cours des 150 dernières années", se réjouit Caleb House, fasciné par ces bâtiments pluricentenaires.

Des transports publics efficaces et bon marché

Pour se déplacer, les étudiants ont l'embarras du choix. "Prague est certes une capitale, mais elle reste à taille humaine, bien plus que Paris. On peut presque tout faire à pied", assure Lucie, diplômée de Sciences Po Lille, qui a passé près d'un an en échange à Prague. Autrement, ils peuvent compter sur l'un des meilleurs réseaux de transport mondial, à un prix défiant toute concurrence : 20 euros par mois pour un abonnement illimité donnant accès au métro, au bus et au tram. Ce dernier fonctionne même 24 heures sur 24. De quoi permettre de profiter d'une vie nocturne très animée. "Prague serait la ville qui compte le plus de bars pour 100 000 habitants dans le monde", s'amuse Daniel Watson, directeur général d'International student network Prague.

Une ville qui ne dort jamais ? "Elle a l’avantage de rester animée même le week-end. Contrairement à certaines villes étudiantes, comme Olomouc par exemple, où tout devient très calme pendant les vacances", raconte Jiří Heller, président d'Eramus student network CTU, une association locale au sein de l'Université technique de Prague. Avec quelques travers. "Prague pâtit un peu de sa réputation liée à la bière bon marché. Beaucoup de touristes, notamment du Royaume-Uni, viennent y passer un week-end surtout pour faire la fête parce que les vols et la boisson sont peu chers", poursuit l'étudiant tchèque. Pour se loger, les options sont variées avec cependant des différences de prix non négligeables. "Les résidences universitaires restent relativement abordables, mais les colocations privées peuvent être plus onéreuses", précise Barbora Panáková de l'Erasmus Club.

Côté sécurité, les parents n'ont aucun souci à se faire. "La République tchèque est l’un des pays les plus sûrs au monde. J’ai vu des gens s’endormir dans un bar avec toutes leurs affaires et les retrouver intactes le lendemain matin", promet Daniel Watson. Réputés froids et parfois peu accueillants, les Tchèques souffrent "de beaucoup de préjugés, estime Lucie. Je ne les ai pas vraiment ressentis. Dès qu’on fait l’effort d’apprendre quelques mots de tchèque, les relations deviennent beaucoup plus faciles." S'ils ne parlent pas la langue locale, les étudiants français peuvent néanmoins progresser rapidement en anglais grâce à la présence de nombreux étudiants anglophones.

La situation centrale de Prague en Europe est également très appréciée. "Les pays voisins sont facilement accessibles en bus ou en train", raconte Massimo, qui a profité de son semestre à la faculté de sciences humaines de l'Université Charles pour faire des escapades en Autriche, en Allemagne ou encore en Slovaquie. Et, quand ils ne voyagent pas, les étudiants peuvent profiter d'une vie culturelle animée. Klara, inscrite quelques mois à la faculté de droit en 2023, se félicite d’avoir pu fréquenter de nombreux musées. Lucie, l'étudiante à Sciences Po, a assisté à des opéras ou des ballets. Beaucoup d'étudiants choisissent d'occuper leur temps libre en travaillant à temps partiel à côté de leurs études. "Les entreprises à Prague recherchent constamment des profils internationaux parlant anglais, français, allemand ou russe, explique Caleb House. Cela permet aux étudiants de financer une partie de leur vie étudiante." Tout en mettant un premier pied dans le monde professionnel.

© Université Charles

L'université Charles, à Prague, est la plus grande de République tchèque.

Des mines navales déposées par l'Iran ? Ce risque qui plane sur le détroit d'Ormuz

11 mars 2026 à 10:11

C'est une méthode déjà employée par Téhéran dans le passé. En pleine guerre au Moyen-Orient, les États-Unis soupçonnent l'Iran de vouloir déployer des mines navales dans le détroit d'Ormuz pour menacer les embarcations qui le traverseraient. Les craintes du renseignement américain, étayées par plusieurs sources auprès de CBS News, anticipent un scénario noir dans le golfe Persique. L'étroite voie navigable séparant l'Iran de la péninsule arabique fermée à long terme en raison du risque représenté par ces engins explosifs ? Les pays producteurs d'hydrocarbures derrière ce passage (Qatar, Koweït, Irak...) resteraient le cas échéant complètement isolés du trafic maritime international. Impossible à envisager pour Washington, alors que les prix du pétrole sont déjà en train de flamber.

De premières mines déjà posées ces derniers jours ?

Si aucune confirmation officielle n'a été apportée sur ces éléments, CNN va encore plus loin : d'après ses informations, le minage de la zone par Téhéran aurait déjà commencé. Le média, qui se base sur des échanges avec deux sources proches du dossier, indique que cette opération n'en serait qu'à ses débuts, avec seulement "quelques dizaines de mines (...) posées ces derniers jours". Néanmoins, la capacité de nuisance iranienne en la matière demeure importante. D'après la chaîne, la République islamique disposerait encore de 80 à 90 % de ses navires utilisés pour déposer des mines au fond de l'eau. CBS News, elle, chiffre entre 2 000 et 6 000 le nombre de munitions de ce genre disponibles dans l'arsenal de l'Iran. En plus de sa propre production, Téhéran a pu compter sur la Russie et la Chine pour garnir ses stocks en la matière.

Les fuites de presse sur la menace de ces mines navales ont poussé Donald Trump à évoquer le sujet publiquement, tout en minimisant la matérialité des faits. "Si l'Iran a posé des mines dans le détroit d'Ormuz, et nous n'avons reçu aucun rapport en ce sens, nous voulons qu'elles soient retirées IMMÉDIATEMENT !", a-t-il tonné mardi 10 mars, sur son réseau Truth Social. Le milliardaire républicain a averti le régime des mollahs de "conséquences militaires (...) d'une ampleur jamais vue" dans le cas où les États-Unis venaient à découvrir que des mines navales avaient bel et bien été posées dans le golfe Persique. "Si, en revanche, ils retirent ce qui a pu être placé, ce sera un pas de géant dans la bonne direction !", a exposé Donald Trump, de plus en plus mis sous pression outre-Atlantique face au risque d'un enlisement de la guerre au Moyen-Orient.

La prise de parole du milliardaire républicain a été rapidement suivie, quelques minutes plus tard, d'un nouveau message au ton triomphant. "Je suis heureux d'annoncer qu'au cours des dernières heures, nous avons touché et complètement détruit 10 bateaux et/ou navires poseurs de mines inactifs, et d'autres suivront !", s'est félicité Donald Trump. Plus tôt dans la journée, le chef d'état-major américain, Dan Caine, avait lui-même rappelé que les États-Unis ciblaient d'ores et déjà des engins ou des sites permettant à Téhéran de pouvoir poser des mines. Une unité de l'armée américaine, basée à Bahreïn, est notamment chargée de la destruction de ces charges explosives sous-marines. "Nous avons des démineurs dans le Golfe et des systèmes électroniques très avancés de détection des mines", a expliqué, sur l'antenne de CNN, l'amiral James Stavridis, ex-commandant suprême des forces alliées de l'Otan.

U.S. forces eliminated multiple Iranian naval vessels, March 10, including 16 minelayers near the Strait of Hormuz. pic.twitter.com/371unKYiJs

— U.S. Central Command (@CENTCOM) March 10, 2026

Le précédent de la guerre Iran-Irak

Le problème ? Neutraliser ces mines "prend du temps", rappelle le militaire. "Un mois ou deux" seraient nécessaires pour nettoyer la zone, dans laquelle les Iraniens peuvent potentiellement déposer "des milliers" de mines, souligne l'ancien responsable. Or, une telle configuration "serait très problématique pour l'économie mondiale", relève James Stavridis. Paralyser le trafic maritime international dans le détroit d'Ormuz, en particulier grâce à ces mines, est un des principaux leviers d'action de l'Iran pour faire pression sur les États-Unis. À quelques mois des élections de mi-mandat, l'opinion publique américaine pourrait être rapidement échaudée par des prix à la pompe qui montent en flèche en raison de la fermeture de ce bras de mer où transite environ 20 % de la production de pétrole planétaire.

La stratégie n'est pas inédite. Lors de la guerre entre l'Iran et l'Irak, entre 1980 et 1988, les deux pays avaient déjà pris pour cible des pétroliers dans le golfe Persique afin d'affaiblir le camp adverse. À l'époque, la République islamique avait déjà eu recours aux mines navales, sans totalement bloquer l'accès à cette voie maritime aux embarcations. 150 engins explosifs avaient été déposés dans le détroit d'Ormuz. L'un d'entre eux avait endommagé une frégate américaine, l'USS Samuel B. Roberts, en avril 1988. Les Américains avaient alors réagi en attaquant deux plateformes pétrolières iraniennes du Golfe. Plusieurs navires de Téhéran avaient été coulés durant cette bataille navale, à un moment où les États-Unis et l'Iran étaient déjà très opposés sur le plan diplomatique.

© REUTERS

Une vue aérienne du détroit d'Ormuz. REUTERS/Stringer/File Photo

Pete Hegseth, un fanatique des croisades pour qui l'Iran ne serait que la première étape

11 mars 2026 à 07:00

C’est l’histoire d’une revanche. Pete Hegseth attendait son heure depuis le 20 janvier 2021, date d’une humiliation jamais digérée. Ce matin-là, le soldat de la Garde nationale qu’il est encore s’apprête à officier pour la cérémonie d’investiture de Joe Biden, quatorze jours après l’assaut du Capitole. Son téléphone sonne. Au bout du fil, un supérieur lui ordonne de rester chez lui. Principe de précaution : un compagnon d’armes a signalé Hegseth comme une possible "menace interne". En cause, un tatouage aperçu sur son biceps droit. On y lit : "Deus Vult" ("Dieu le veut"), le cri de ralliement des croisés au XIe siècle, devise connue des cercles de l’alt-right (extrême droite).

Cinq ans plus tard, voilà Pete Hegseth musclé et tatoué comme jamais, mais cette fois au sommet de sa gloire, propulsé à la tête du département de la Défense, un ministère au budget pharaonique de 850 milliards de dollars employant trois millions de soldats, réservistes et civils. Au nez et à la barbe de ses détracteurs d’hier, il réalise aujourd’hui son fantasme de toujours : une "croisade américaine", dont la République islamique iranienne serait la première cible, dans un remake de la guerre contre le terrorisme engagée en 2001 par George W. Bush, qui employait le même terme.

"Tout comme les croisés chrétiens, qui ont repoussé les hordes musulmanes au XIIe siècle, les croisés américains devront faire preuve du même courage face aux islamistes", prophétisait-il en 2020 dans son livre American Crusade. Ce 4 mars, au quatrième jour de la guerre en Iran, Hegseth exulte : "La mort et la destruction viendront du ciel, du matin au soir, déclare-t-il devant la presse. Nos soldats ont les pleins pouvoirs, donnés par le président et moi." Et conclut : "Que la providence divine couvre et protège nos troupes."

De la théocratie en Amérique

Qui d’autre que Dieu pour guider les GI’s ? Depuis sa nomination, Pete Hegseth, ancien commentateur de Fox news et membre de l’ultraconservatrice Communion des Églises évangéliques réformées, a fait du christianisme le moteur de sa mission et rêve d’évangéliser le Pentagone. Au service de prière mensuel qu’il y a instauré, il a récemment invité son maître à penser, le fondateur de la Crec, Doug Wilson, connu pour ses positions extrêmes : partisan d’une théocratie en Amérique, le pasteur de l'Idaho est hostile au vote des femmes et juge que l’esclavage n’était "pas si terrible". Sur les réseaux sociaux, plusieurs communications officielles du département de la Défense montrent ces derniers mois des vidéos de préparatifs de guerre assorties de versets bibliques. Un prosélytisme doublé d’une politisation assumée. Objectif : éliminer tout contenu touchant de près ou de loin à la diversité. Des dizaines de milliers de publications – montrant notamment les exploits de femmes militaires – ont ainsi été supprimées des bases de données du département.

"Hegseth incarne une rupture nette avec le modèle de l’armée américaine depuis la Première Guerre mondiale, souligne Ronit Stahl, professeur d'histoire à l'Université de Californie, Berkeley. Historiquement, l’armée américaine est non partisane et fut un moteur d’inclusion de diverses religions, à travers ses aumôniers. Pete Hegseth promeut au contraire une forme très restrictive de christianisme évangélique blanc comme idéal religieux."

"Epic Fury", un plan de Dieu ?

Dans certaines casernes, l’opération "Epic Fury" contre les mollahs iraniens aurait été présentée comme le plan de Dieu, selon la Military Religious Freedom Foundation (MRFF). Cette organisation, qui défend depuis vingt ans la liberté religieuse dans l’armée américaine, dit avoir reçu plus de 200 plaintes venant de 50 bases militaires. "Ces soldats nous ont signalé que leurs commandants, euphoriques, présentaient cette guerre comme le début de la bataille d'Armageddon, conformément au Livre de l'Apocalypse", affirme Michael Weinstein, qui dirige la MRFF. "Malheureusement, cela ne me surprend pas, poursuit ce vétéran, dont le père et trois des enfants ont servi dans l’armée américaine. Avec ses prières dans le grand auditorium du Pentagone, Hegseth fait chaque mois un bras d’honneur à notre Constitution, qui consacre dans son premier amendement la séparation de l'Église et l'État."

S'il a été élevé dans la foi chrétienne, le natif du Minnesota, 45 ans, n’a pas le CV du parfait observant. Marié trois fois, Hegseth a reconnu à plusieurs reprises ses infidélités et versé 50 000 dollars à une femme qui l'accusait d'agression sexuelle en 2017. Son penchant pour la boisson lui a longtemps valu le surnom peu flatteur de "Kegseth" (référence au "keg", le fût de bière en anglais). Tout a changé en 2018, jure-t-il, après son troisième mariage avec Jennifer Rauchet, rencontrée à Fox News, et leur inscription à l’église communautaire de Colts Neck, dans le New Jersey. Désormais disciple de Doug Wilson, il fréquente l’une de ses églises, inaugurée en 2025 à Washington… à deux pâtés de maisons du Capitole. Une aubaine pour ce gourou qui, il n'y a pas si longtemps, était considéré comme marginal...

De fait, la parole du camp nationaliste chrétien est de plus en plus influente et décomplexée au sein de l’administration Trump 2. Jeudi 5 mars, une vingtaine de pasteurs évangéliques ont prié pour les soldats américains engagés en Iran dans le bureau Ovale. Une scène hallucinante orchestrée par Paula White Cain, la télévangéliste nommée directrice du Bureau de la Maison-Blanche pour la foi. Faute d’objectifs clairs, l’opération "Epic Fury" prend des airs de guerre sainte. Au risque, pour Donald Trump, de contrarier ses électeurs.

© REUTERS

Le ministre de la Défense américain Pete Hegseth, à Miami le 7 mars 2026.
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