Donald Trump veut acheter le Groenland, mais à quel prix ?
Dans le jeu Risk, le Groenland fait figure de territoire clé, point d’accès au continent de l’Amérique du Nord auquel il appartient. Dessinée en jaune sur le plateau du jeu de société, l’île gelée contemple l’Islande, en couleur bleue, et rattachée, elle, à l’Europe. Enfant, Donald Trump était-il un expert du jeu baptisé "Conquête du monde" à sa création en 1957 ? Il dit ne pas exclure la voie militaire pour s’emparer de ce territoire grand comme 4 fois la France mais peuplé de seulement 57 000 habitants, même si, admet la Maison-Blanche, toutes les options sont sur la table, à commencer par celle du rachat. Dans l’esprit du magnat immobilier de New York, rien de plus normal que ce type de "deal" : Ne projetait-il pas, il y a quelques mois, de transformer la bande de Gaza en "Riviera du Moyen Orient" ?
Surtout, Donald Trump a de la suite dans les idées : en 2019, lors de son premier mandat présidentiel en 2019, il songeait déjà à s’emparer du Groenland. Il n’était d’ailleurs pas le premier à convoiter la plus grande île non continentale du monde : en 1868, un secrétaire d’Etat américain en avait proposé 5,5 millions de dollars, avant qu’en 1946, Harry S. Truman, président des Etats-Unis revoit l’offre à la hausse (100 millions de dollars). Elle fut refusée, et encore aujourd’hui, le Danemark, qui contrôle le Groenland, répète que l’étendue arctique n’est pas à vendre.
Qu’importe : dans le monde de Trump, tout s’achète et tout se vend. Mais à quel prix ? Faut-il calculer la valeur du Groenland en fonction de ses kilomètres carrés ? Ou de ses richesses (terres rares, gaz, pétrole, nickel …) ? Et comment valoriser son emplacement stratégique, à moins de 800 kilomètres du pôle Nord, et au croisement des routes maritimes de demain ? Jouant avec ces différents critères, les financiers ont abouti à un prix oscillant entre 12 et 77 milliards de dollars. Soit un chèque de 220 000 jusqu’à 1,36 million de dollars pour chaque habitant du Groenland… Une somme à comparer avec celle que toucheraient les Français si notre pays était vendu. Avec un patrimoine économique national estimé à près de 20 000 milliards d’euros, la vente du pays permettrait à chaque Français d’encaisser 292 000 euros... Bingo ? En réalité, le montant pourrait même être bien plus élevé, en y intégrant "la cote émotionnelle". Il faut lire à ce sujet la fable politique de Pascal Manoukian, "A la découpe" (éd. RioBravo) dans laquelle un candidat à la présidentielle envisage de brader le pays et redistribuer l’argent à tous les Français : il inclue dans son évaluation "un quotient d’irrationalité de 100, identique à celui de la Joconde", décrit l’auteur… Mais peut-on vraiment vendre un pays ? Sur les terres glacées du Groenland, les délires de Washington n’amusent guère les inuits. "Ne fatiguons pas la seule bouche que nous avons pour en parler", dit un proverbe local.

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