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Défense européenne : Emmanuel Macron parle, Friedrich Merz agit

16 février 2026 à 12:49

Le français Emmanuel Macron veut saisir l’occasion de la crise transatlantique pour qu’enfin l’Europe s’émancipe de l’Amérique. Il se heurte à l’allemand Friedrich Merz qui refuse de prononcer l’acte de divorce, du moins tant que le Vieux Continent dépendra de Washington pour sa sécurité. Le dilemme d’une Europe qui n’est plus en paix mais pas encore en guerre est apparu au grand jour à la Conférence de Munich sur la sécurité, ce week-end.

Le chancelier l’a exprimé ainsi : "Les grandes puissances réordonnent le monde plus vite et plus amplement que nous ne sommes capables de nous renforcer". Trois temporalités se font concurrence. D’abord, la perspective d’une attaque de l’armée russe contre l’UE, qu’une défaite ukrainienne pourrait accélérer. Puis, la prise de distance américaine que le secrétaire d'Etat Marco Rubio a confirmée, bien qu’en termes onctueux, à Munich. Enfin, les efforts de réarmement européens, qui ne permettront que dans quelques années à l'Europe de dissuader Moscou même si Washington est aux abonnés absents.

Dans l’immédiat, l’Allemagne continue à miser sur la protection américaine, quand bien même elle la sait hypothétique. Pas dupe, elle débloque des sommes gigantesques pour son réarmement : 650 milliards d’euros sont prévus dans les cinq ans qui viennent. Merz entend faire de la Bundeswehr "l’armée la plus puissante d’Europe, le plus rapidement possible". Un rôle aujourd'hui revendiqué par Paris au sein de l'UE.

Cependant, le cœur du dilemme est nucléaire. La guerre en Ukraine a confirmé combien la Bombe avantageait une nation, en l’espèce la Russie, même dans un conflit conventionnel. L’Allemagne, qui ne l’a pas, compte sur la garantie américaine. Les Etats-Unis ont confirmé, à l’Otan le 12 février, qu’elle restait valable. Le chancelier a certes mentionné que des pourparlers discrets étaient en cours entre Berlin et Paris sur une éventuelle alternative. Mais la force de frappe française n’est pas dimensionnée pour le territoire européen. Or, Merz a rappelé son opposition à des zones de sécurité différentes au sein de l’Union.

Le chancelier souhaite comme Emmanuel Macron l’avènement d’une "Europe souveraine". Mais là où le président français aspire à des progrès urgents - "Nous devons accélérer le processus", a-t-il lancé à Munich -, lui veut d’abord agir sur les fondements de la puissance, réarmement d’un côté, relance de la machine économique de l’autre. En outre, l’Allemagne se méfie d’un allié français de plus en plus fragile, du fait de son instabilité politique et de la possibilité de l’arrivée au pouvoir du Rassemblement national l’an prochain. L’incapacité de l’Elysée à faire confirmer par les industriels français la poursuite du projet d’avion de combat franco-allemand, projet pourtant porté par Emmanuel Macron lui-même, est vu comme un nouveau témoignage de la paralysie de l’Elysée.

L’Allemagne met les bouchées doubles au moment où la France, empêtrée dans ses difficultés budgétaires, n’a pas les moyens de s’aligner. Côté français, l’impuissance nourrit la frustration et les craintes de déclassement de l’Hexagone, au point que la vieille rancœur antigermanique affleure parfois. Le désengagement américain accentue la rivalité entre Paris et Berlin pour le leadership de l’Europe.

Conscient des craintes que suscite la réémergence d’une puissance militaire allemande au cœur de l’Europe, le chancelier s'est voulu rassurant : "Nous, les Allemands, ne suivrons plus jamais un chemin seuls, c’est une leçon durable de notre histoire". Après la Seconde Guerre mondiale, l’Otan fut conçu pour encadrer le réarmement de l’Allemagne de l'Ouest. Dans les années 1990, c'est l’euro qui fut créé pour canaliser la puissance de l’Allemagne nouvellement réunifiée. Aujourd’hui, c’est à nouveau dans le cadre européen que le réarmement allemand doit s’inscrire. Mais pour qu’une véritable "Otan européenne" soit conduite sur les fonts baptismaux, il faudrait que la France retrouve ses marges de manœuvre et sa crédibilité, afin de passer du discours aux actes.

© REUTERS

Le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron s'adressent aux médias au château d'Alden Biesen, lors d'une réunion informelle des dirigeants de l'Union européenne, en Belgique, le 12 février 2026.

Conférence de Munich : un an après le coup de tonnerre de J.D. Vance, le fossé transatlantique est béant

12 février 2026 à 05:45

Un an après le coup de tonnerre diplomatique déclenché par le vice-président J.D. Vance dans son discours de Munich, le projet américain d’exporter la révolution trumpiste en Europe marque le pas. Mais les Européens, pour leur part, n’ont toujours pas réussi à s’émanciper de Washington. Les deux piliers d’un Occident qui part en capilotade se regardent en chiens de faïence.

Sous Trump et Vance - le vice-président le plus présent à l’international depuis Dick Cheney, l’artisan de l’invasion de l’Irak en 2003 - les Etats-Unis ne font pas que négliger leurs alliés, piétiner le droit international et abandonner l’Ukraine. Le récent épisode groenlandais a montré qu’ils pouvaient aussi se muer en prédateurs.

Résultat, la méfiance se répand. Vance a été hué par le public milanais lorsqu’il est apparu à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver, le 6 février. Publié le même jour, un sondage YouGov atteste que dans les pays les plus pro-américains, ceux qui considèrent encore les Etats-Unis comme alliés ou amis deviennent minoritaires. Leur nombre a fondu comme neige au soleil en Allemagne (41 %, soit 30 points de moins que sous Joe Biden) comme au Royaume-Uni (46 %, 23 points de moins). Même les populistes doivent prendre leurs distances avec Trump. Lors de l’élection présidentielle qui vient de se tenir au Portugal, le candidat André Ventura, fan du président américain, a mordu la poussière.

Réunis l’an dernier dans l’hôtel Bayerischer Hof à Munich, les principaux responsables politico-militaires européens ont senti un abîme vertigineux s’ouvrir sous leurs pieds en écoutant le vice-président américain. Au moment même où ils prenaient enfin au sérieux les reproches des Etats-Unis sur le partage du fardeau de la défense, ceux-ci déplaçaient le conflit sur le terrain des valeurs ! Les Européens découvraient avec effroi que les principes exposés par l’orateur contredisaient directement leur pratique politique et leurs convictions progressistes.

Les Européens sont seuls désormais

Car que reproche la Maison-Blanche aux élites européennes ? D’abord, de faire obstacle à l’accès au pouvoir des populistes proches de Trump, en usant pour cela de moyens déloyaux tels que censure, instrumentalisation de la justice, isolement politique ou artifices procéduraux. Ensuite, de faire preuve de complaisance coupable vis-à-vis d’une immigration musulmane qui, selon la nouvelle Stratégie nationale de sécurité américaine, porterait en elle le risque d’une perte d’identité de l’Europe et saperait donc, à terme, la raison d’être du bouclier accordé par l’Amérique au Vieux Continent.

Côté européen, on dénonce en retour l’hypocrisie d’une administration présidentielle qui abandonne les valeurs communes de démocratie et de liberté au profit d’une politique impériale mercantiliste, égoïste et à caractère autoritaire. Quand Donald Trump prétend que la seule limite à son pouvoir personnel est son "sens moral", tout en diffusant sur son réseau social des vidéos à connotation raciste, beaucoup d’Européens attachés au lien transatlantique se sentent trahis. Car l’Amérique n’est pas le premier allié venu. Elle est la pierre angulaire de l’ordre mondial. Elle accorde sa garantie de sécurité mais elle détient aussi les clés de la prospérité mondiale, grâce à sa domination de la finance, du commerce et de la technologie.

Les Européens sont seuls désormais. Le fossé transatlantique, devenu béant, ne profite qu’à la Russie de Vladimir Poutine et à son grand protecteur, le Parti communiste chinois. Le réalisme impose de reconnaître que les pays européens sont encore peu capables de se défendre par eux-mêmes, sans le parapluie nucléaire et les autres armes de l’Amérique. Or, ce n’est qu’en s’affirmant en acteurs souverains et unis qu’ils pourront protéger efficacement leurs intérêts, que les guerres à venir soient militaires, commerciales, technologiques ou culturelles. Le chemin à parcourir est encore long. En attendant qu’ils y soient parvenus, leur situation restera fort périlleuse.

© EPA

Le vice-président américain J.D. Vance à la conférence de Munich, le 14 février 2025.

Comment Emmanuel Macron compte sur l'Europe pour soulager les maux de la France

10 février 2026 à 14:00

Longtemps la France a compté sur l’Europe, avec succès, pour subventionner son agriculture. Le modèle a beau avoir trouvé ses limites ces dernières années, on ne change pas une idée qui gagne : Emmanuel Macron compte désormais sur nos voisins pour soulager deux problèmes majeurs de la France, l’endettement excessif des finances publiques et la désindustrialisation du pays.

Guère découragé par son affaiblissement politique à domicile qui mine sa crédibilité à l’international, le président de la République expose ses idées dans une interview accordée lundi 9 février à plusieurs journaux européens. Il plaide d’une part pour un accroissement massif de l’endettement commun de l’Union européenne, et d’autre part pour la généralisation du principe de préférence européenne, selon le slogan "Buy European".

La première proposition permettrait de financer des investissements que la disette budgétaire française rend hors d’atteinte ; la seconde vise à lutter contre les délocalisations industrielles en favorisant l’achat de produits à fort contenu européen. Cela concernerait notamment les commandes publiques, qui forment un levier puissant : leur total dans les 27 Etats membres de l’UE s’élève à quelque 2 000 milliards d’euros par an.

Sur la création d’eurobonds, c’est-à-dire des titres d’emprunts émis par l’Union européenne, Emmanuel Macron invoque l’autorité de Mario Draghi, l’ancien président de la Banque centrale européenne, qui recommandait dans son rapport publié en 2024 de financer chaque année par l’emprunt commun quelque 800 milliards d’euros d’investissements publics et privés. Mais lui augmente la facture de 50 % et évoque le chiffre de 1 200 milliards d’euros ! Sa justification : l’accroissement des besoins dans la défense et la sécurité.

Des idées contestées, mais qui progressent

Le plaidoyer du président de la République a été calibré pour influencer les discussions que les 27 chefs d’Etat et de gouvernement doivent avoir jeudi 12 février, lors d’un séminaire de réflexion qui doit les réunir dans un château de la province belge du Limbourg. Ils doivent débattre des moyens de restaurer la compétitivité de l’économie européenne face au dynamisme des deux autres mastodontes mondiaux, les Etats-Unis et la Chine.

Pour cela, les chantiers les plus évidents - évoqués par Mario Draghi comme par Enrico Letta, auteur d’un autre rapport en 2024 sur le marché intérieur - portent sur la simplification administrative, sur la levée des barrières nationales à la fluidité des échanges de biens et services dans l’UE, sur la création d’un marché unifié des capitaux et sur l’élaboration d’un code européen du droit des affaires.

Présentées par Emmanuel Macron comme complémentaires, les idées françaises visant à favoriser la préférence européenne et à développer l’endettement commun sont beaucoup plus contestées. Elles progressent néanmoins, à la faveur des chocs que l’Union européenne a encaissés ces dernières années. Le Brexit, l’épidémie de Covid, la guerre en Ukraine, le mercantilisme chinois et enfin la politique douanière agressive de Donald Trump ont contraint les partisans de la rigueur financière et de l’ouverture maximale des frontières à céder du terrain. L’Allemagne par exemple semble s’ouvrir au principe de la préférence européenne, à condition qu’il soit circonscrit à quelques rares domaines stratégiques bien délimités.

Emmanuel Macron, il le rappelle dans son interview, plaide depuis neuf ans pour une souveraineté européenne renforcée dans tous les domaines. Mais sa capacité de convaincre ses partenaires serait plus forte si la France avait mené, sous sa présidence, les réformes structurelles indispensables pour maîtriser ses finances publiques et libéraliser son économie.

Emmanuel Macron le reconnaît benoîtement : "Nous n’avons jamais eu des réformes comme celles qui se sont tenues dans les années 2010 au Portugal, en Espagne, en Italie ou en Grèce, et dont les dividendes arrivent à plein aujourd’hui". Lui aurait bien besoin de tels dividendes pour donner du poids à ses propos. Mais au bout de neuf ans de pouvoir, avec de surcroît des marges de manœuvre en politique intérieure réduites à néant, il est un peu tard pour s’en rendre compte.

© REUTERS

Emmanuel Macron lors d'un discours devant des étudiants à l'Elysée, le 6 février 2026.

"Une escalade significative" : comment des agents russes ont failli provoquer le chaos en Pologne

9 février 2026 à 07:30

À la veille du Nouvel an, des agents russes ont failli causer le chaos en Pologne en tentant de déclencher une panne électrique de grande ampleur. L’incident, déjoué in extremis, est attribué par les autorités de Varsovie à des groupes de hackers dépendant du Service fédéral de sécurité (FSB), le principal service secret de la Fédération de Russie. D’un point de vue militaire, ce genre d’opération est d’autant plus inquiétant qu’il pourrait faciliter la réussite d’une attaque de l’armée russe contre les pays baltes.

La Pologne est l’objet depuis plusieurs mois d’actions de "guerre hybride" de la part de la Russie et de son allié biélorusse, avec notamment des opérations de désinformation mais aussi l’incursion simultanée d’une vingtaine de drones le 9 septembre dernier, puis un attentat à l’explosif près de Lublin qui a endommagé, le 17 novembre, une ligne de chemin de fer cruciale pour le transport de personnes, de marchandises et d’armes occidentales vers l’Ukraine.

L’agression informatique du 29 décembre marque quant à elle une "escalade significative" par rapport aux cyberattaques russes précédentes contre la Pologne, indique un rapport détaillé que l’agence de cyberdéfense polonaise (CERT Polska) vient de lui consacrer. De fait, on n’est plus très loin d’un acte de guerre car l’action n’était pas destinée à espionner ou à capturer des données dans un but d’extorsion, mais bien à détruire les systèmes informatiques ciblés au moyen d’un logiciel malveillant de type "wiper".

L’attaque a été déjouée grâce à une riposte rapide des agents de la CERT Polska avec l’aide de la société de cybersécurité européenne ESET. Le rapport compare l’effet qu’aurait pu produire l’attaque dans l’espace cyber polonais à celui d’un incendie criminel dans le monde physique. Préparée de longue date - les premières incursions dans les systèmes informatiques concernés remontent au printemps 2025, selon les enquêteurs -, l’agression a coïncidé avec une période de froid polaire et de tempête de neige en Pologne. Elle a visé une trentaine d’installations d’énergie renouvelable, notamment des ensembles d’éoliennes et des fermes solaires, mais aussi une centrale thermique approvisionnant en chauffage environ un demi-million de personnes.

Un "faux nez" du Cercle 16, une unité du FSB

Les autorités polonaises l’ont attribuée à un groupe de hackers qui est connu indifféremment en Occident sous les noms de "Static Tundra", "Berserk Bear" ou encore "Dragonfly". Il est identifié de longue date comme un "faux nez" du Cercle 16, l’unité du FSB russe spécialisée dans la cyberguerre. "Tout indique que ces attaques ont été préparées par des groupes liés directement aux services russes", a accusé le Premier ministre polonais, Donald Tusk. Il a relevé que ce type d’actions mettait en péril non seulement la sûreté énergétique mais aussi la sécurité de l’Etat.

Interrogé par la radio privée RMF, le ministre du Numérique, Krzysztof Gawkowski, a expliqué que la Pologne était passée "très près" ce jour-là d’une panne électrique de grande ampleur. "L’ampleur de l’agression, le vecteur choisi et l’identité du commanditaire convergent pour indiquer qu’il s’agissait d’une opération coordonnée visant à couper délibérément l’électricité pour les citoyens polonais", a poursuivi Gawkowski. Selon lui "tout pointe vers une action de sabotage russe destinée à déstabiliser la Pologne". Le ministre de l’Energie, Milosz Motyka, a expliqué de son côté que les agresseurs avaient tenté de perturber la communication entre les installations de production d’électricité et les opérateurs de réseaux sur une vaste partie du pays. L’importance des énergies renouvelables a augmenté ces dernières années en Pologne pour atteindre 29 % de la production d'électricité en 2025. Même en hiver, elles peuvent parfois fournir jusqu’à un quart de la consommation totale.

Une telle opération informatique visant la Pologne, couplée à un coup de main de l’armée russe contre la Lituanie ou un autre pays balte, serait un scénario cauchemardesque pour l’Otan. Une panne électrique perturberait gravement les transports par voie terrestre, la logistique militaire comptant principalement sur le chemin de fer pour acheminer les renforts. Elle pourrait les bloquer suffisamment longtemps pour permettre aux militaires russes d’atteindre leurs objectifs opérationnels.

Le corridor de Suwalki, d’à peine 65 kilomètres de large entre la Biélorussie d’un côté et l’exclave russe de Kaliningrad de l’autre, est le seul passage terrestre entre les pays baltes et le reste de l’Union européenne. Menacé d’une attaque russe en tenaille, il est considéré à ce titre comme le "talon d’Achille" de l’Otan. Un "black-out" électrique soudain en Pologne entraverait sérieusement les efforts pour le défendre. La cyberattaque russe du 29 décembre prouve que les dirigeants russes sont au courant de cette vulnérabilité occidentale et qu’ils se préparent à l’exploiter, si jamais, comme beaucoup le craignent parmi les experts de la sécurité européenne, la décision était prise par Vladimir Poutine d’attaquer un pays balte.

© via REUTERS

Vladimir Poutine au Kremlin, le 29 janvier 2026.

Sondage : ce que les Européens attendent de l’UE face aux tempêtes géopolitiques

4 février 2026 à 07:00

Confrontés à la guerre qui fait rage depuis quatre ans dans l’est du continent et aux doutes sur la fiabilité du parapluie sécuritaire américain, les citoyens des 27 Etats membres expriment de fortes attentes de protection de la part de l’Union européenne, dont la faiblesse face aux tempêtes géopolitiques est une source d’angoisse. C’est ce qui ressort d’une vaste enquête d’opinion publiée ce mercredi 4 février par le Parlement européen.

Dans le détail, les personnes interrogées sont 89 % à souhaiter que les Etats membres de l’UE se montrent plus unis sur la scène internationale. Ils sont 86 % à penser que la voix de l’UE dans le monde devrait être plus forte. Quelque 73 % d’entre eux expriment le désir que ses moyens soient renforcés. Les deux tiers (66 %) attendent que l’UE joue un rôle plus important pour protéger les citoyens contre les crises internationales et les risques de sécurité, selon l’enquête réalisée par Eurobaromètre dans les 27 Etats membres en novembre 2025. Quelque 10 % d’eurosceptiques, à l’inverse, jugent préférables une diminution du rôle joué par l’Union.

La demande de protection adressée à l’UE rassemble de larges majorités absolues en France (70 % des personnes interrogées), en Allemagne (66 %), en Italie (67 %) et en Espagne (73 %). En Pologne en revanche, elle plafonne à 45 % (avec 18 % qui souhaitent une diminution de son rôle).

L’aspiration générale à la protection s’exprime sur fond de vive préoccupation des citoyens européens qui se déclarent "très inquiets" ces temps-ci des conflits proches de l’espace européen (72 %) mais aussi de la menace terroriste (67 %) et des cyberattaques (66 %). De larges majorités se disent également très inquiètes de la dépendance de l’Europe à l’égard de puissances tierces pour sa défense comme pour son approvisionnement énergétique ; de l’immigration non contrôlée ; de la désinformation ; et des risques de catastrophes environnementales accentuées par le réchauffement climatique.

Lorsqu’on les interroge sur les domaines dans lesquelles l’UE devrait prioritairement se renforcer, les citoyens citent en premier la défense et la sécurité, ce qui peut être interprété comme un feu vert donné aux efforts pour développer l’Europe de la défense et réarmer les pays membres. Viennent ensuite la compétitivité économique et industrielle, en seconde position, et l’indépendance énergétique, en troisième. Les angoisses sécuritaires n’effacent pas les tourments économiques qui s’expriment partout avec force. Les citoyens sont seulement 16 % en moyenne à penser que leur pouvoir d’achat s’améliorera dans les cinq années qui viennent, contre 28 % qui anticipent au contraire sa diminution. À noter que le pessimisme économique atteint un sommet en France, où ceux qui pensent que leur pouvoir d’achat va diminuer représentent 45 % des personnes interrogées.

Une oasis de stabilité dans le monde

Plus généralement, les Européens sont 62 % à se déclarer satisfaits que leur pays appartienne à l’Union, une proportion historiquement élevée depuis le début du siècle même si elle recule un peu par rapport au pic de 66 % atteint en 2019. Sans surprise, cette proportion varie nettement selon les pays. Elle dépasse les deux tiers dans des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, le Danemark et la Suède, mais elle n’atteint que 53 % en France, 52 % en Italie et même 40 % en Grèce. Par classe d’âge, ce sont les jeunes adultes (moins de 30 ans) qui sont les plus pro-européens. La quasi-totalité d’entre eux exprime l’ambition d’une Union plus unie (90 %), à la voix plus forte (87 %) et dotée de moyens plus importants (78 %).

À lire l’étude, l’Union européenne évoque pour les citoyens de ses Etats membres une oasis de stabilité dans un monde de plus en plus chaotique. Mais si elle veut répondre aux attentes fortes qu’ils sont très nombreux à exprimer à son égard, elle doit serrer les rangs, se doter des moyens de peser dans le monde, renforcer sa défense et améliorer ses perspectives économiques. Les politiciens ont beau être peu nombreux à porter ces sujets, les espoirs des citoyens sont bien là.

Sondage réalisé par Eurobaromètre du 6 au 30 novembre 2025 pour le compte du Parlement européen auprès d’échantillons représentatifs de la population de plus de 15 ans, en majorité selon la méthode face à face, dans les 27 Etats membres de l’Union européenne ; au total, 26 453 entretiens ont été réalisés.

© PHOTOPQR/LE COURRIER PICARD/MAXP

Les Européens sont 89 % à souhaiter que les Etats membres de l’UE se montrent plus unis sur la scène internationale, selon une vaste enquête d’opinion.
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