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Affaire Epstein : ce que l'on sait de l'opération d'ingérence russe ciblant Emmanuel Macron

6 février 2026 à 17:11

Le nom d'Emmanuel Macron apparaît plus de 200 fois dans les millions de documents issus du dossier Jeffrey Epstein, publiés par le ministère de la Justice américain. Ce vendredi 6 février, une source gouvernementale a indiqué avoir détecté une opération d’ingérence russe destinée à faire croire à une implication du chef de l'Etat dans l’affaire, révèle BFMTV.

L'opération de désinformation est liée au réseau russe Storm-1516, dont le mode opératoire est documenté depuis fin 2023. "Les acteurs derrière Storm-1516 cherchent à polariser le débat démocratique de nos sociétés, à saper la confiance envers les médias et les institutions européennes", mettaient déjà en garde le ministère des Armées en mai 2025. L'objectif de cette dernière ingérence : faire croire à une implication d’Emmanuel Macron dans l’affaire Epstein.

"Un site Internet usurpant l'identité de France-Soir"

Détectée mercredi par Viginum, le service chargé de lutter contre les ingérences étrangères en ligne, la manigance reposait sur la "création d’un site Internet usurpant l’identité de France-Soir" où a été publié "un article accusant le président de la République, Emmanuel Macron, d’être impliqué dans l’affaire Epstein", aurait affirmé une source gouvernementale à l'AFP selon plusieurs médias.

Dès mercredi, France-Soir a démenti, publiant un communiqué sur le réseau social d’Elon Musk : "Alerte importante aux lecteurs de France-Soir. Attention : usurpation de marque et de contenu. Le site france-soir.net n’a aucun lien avec France-Soir".

Alerte importante aux lecteurs de France-Soir
Attention : usurpation de marque et de contenu. Le site https://t.co/0iS6ZE9GZS n’a aucun lien avec France-Soir.

Ce site usurpe illégalement :
• La marque « France-Soir »,
• L’identité visuelle et rédactionnelle historique de… pic.twitter.com/of6xcXrdQx

— France-Soir (@france_soir) February 4, 2026

Mais la publication de France Soir n’est pas parvenue à contenir l’emballement sur les réseaux sociaux.

Une fake news diffusée sur les réseaux sociaux

Le premier compte à avoir diffusé la vidéo est "@LoetitiaH, un relais historique et fréquent des opérations informationnelles de Storm-1516", précise la source gouvernementale selon plusieurs médias. Le poste, alléguant qu'"il s’est avéré que Macron était un invité fréquent de la résidence d’Epstein à Paris", a ensuite "été repris et amplifié par de nombreux autres comptes suivis par Viginum et très probablement rémunérés par les opérateurs du mode opératoire".

Sur un ton ironique, le compte X @FrenchResponse, géré par le ministère des Affaires étrangères a répondu à la fake news : "Il s’est avéré que Loetitia détient des secrets mondiaux. Il s’est avéré que l’IA les met en images. Il s’est avéré que l’article de France Soir n’existe pas. Il s’est avéré que des réseaux russes amplifient direct."

Il s'est avéré que Loetitia détient des secrets mondiaux.
Il s'est avéré que l'IA les met en images.
Il s'est avéré que l'article de France Soir n'existe pas.
Il s'est avéré que des réseaux russes amplifient direct.

Il s'est avéré que le hasard non plus n'y est pour rien.… https://t.co/Y2WviLvAZy

— French Response (@FrenchResponse) February 5, 2026

Car si le nom d’Emmanuel Macron apparaît effectivement dans le dossier, cela ne signifie en rien qu’il y est mis en cause. Le président est simplement mentionné dans des discussions entre d'autres personnes ou dans des articles de presse. Aucun élément ne permet, à ce jour, de suspecter ou de démontrer une rencontre, ni même un échange entre le chef d'Etat et le pédocriminel, mort en prison en 2019.

© REUTERS

L'objectif de cette dernière ingérence : faire croire à une implication d’Emmanuel Macron dans l’affaire Epstein.

Guerre en Ukraine : la Russie fragilisée par la coupure des antennes Starlink

6 février 2026 à 14:50

C'est une décision qui risque de couter cher à la Russie. Depuis quelques mois, son armée utilise, le réseau internet satellite de Starlink, dont Elon Musk est propriétaire. Le but : doter ses drones de cette technologie afin de conduire des frappes plus précises et moins détectables par les brouilleurs ukrainiens.

Une pratique documentée depuis fin décembre par l'Institute for the Study of War - traduisez : Institut pour l’étude de la guerre -. Selon ce think tank américain, l'utilisation de Starlink, pourtant interdite dans le contexte d’attaques militaire, augmenterait la portée des drones à 500 km. Aussi, un tel rayon permettrait aux engins moscovites de survoler "la majeure partie de l’Ukraine, toute la Moldavie et certaines régions de la Pologne, de la Roumanie et de la Lituanie".

Les communications coupées

Selon une information du média Kyiv Independent, la Russie aurait également recours à des terminaux de la même société pour communiquer sur le champ de bataille. Et ce, depuis bien plus longtemps.

A la demande de l'Ukraine, Elon Musk a annoncé prendre des mesures pour y remédier. Parole tenue. Le 4 février, sur Telegram, le ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov, a annoncé la désactivation de ces terminaux internet. Trois commandants ukrainiens ont aussi affirmé aux journalistes du Kyiv Independent avoir intercepté des messages des forces russes "se plaignant de la défaillance des terminaux Starlink en grand nombre". "Ils ont été complètement coupés. Cela signifiera potentiellement que leur activité baissera pendant qu'ils trouveront d'autres moyens de communication", se réjouit un commandant de drone.

"Une catastrophe"

Car la fin de Starlink n'est pas seulement un "problème" mais bien une "catastrophe" pour Moscou, a jugé un conseiller Mykhailo Fedorov. Cette tournure d'évènement, les troupes adverses en ont parfaitement conscience. Sur son canal Telegram, Alexandre Kots, journaliste russe au Komsomolskaïa Pravda, a retranscrit les paroles de l'un de ses compatriotes et officier : Starlink était "le talon d'Achille des forces du Kremlin".

La cause des ces inquiétudes ? La Russie ne dispose d'aucune technologie comparable à Starlink et devra faire preuve d'imagination pour palier son absence. En réfléchissant aux solutions envisageables, le blogueur militaire russe, Roman Alekhine, n'en n'a vu qu'une : le déploiement de câbles à fibre optique sur le terrain. Problème, une telle opération serait non seulement bien plus "complexe" et coûteuse" à mettre en place. "C'est très préoccupant, surtout compte tenu des besoins de communication sur le terrain", ajoute Roman Alekhine sur un canal Telegram dédié à ces antennes.

Et il n'est pas le seul à s'en inquiéter. Un autre blogueur, caché derrière le nébuleux pseudo "Informateur militaire" craint que la fin de Starlink rime avec un retour en arrière de "quelques années" des troupes du Kremlin. Comprenez ici l'utilisation de technologies obsolètes, dont l'Internet filaire, le Wi-Fi et les communication radio.

© REUTERS

Un système Internet par satellite Starlink utilisé par l'Ukraine. Photo d'archive.

Royaume-Uni : Amelia, une collégienne virtuelle devenue icône de la haine

5 février 2026 à 18:08

Carré violet, style "gothique", et drapeau sur les épaules, Amelia est écolière. Elle est aussi raciste, nationaliste, et surtout, elle n’existe pas. Comme "icône" de sa "résistance", l’extrême droite anglaise s’est choisie une intelligence artificielle, dérivée d’un personnage imaginé pour les enfants.

Tout commence par un jeu vidéo destiné aux 13-18 ans : Pathways - traduisez : chemins -. Un "kit pédagogique interactif", financé par le gouvernement britannique, dans l'ambition d'apprendre aux jeunes à reconnaître "l’extrémisme et la radicalité" en ligne.

Raciste, homophobe et ultra-sexualisée

Amelia y a le mauvais rôle, accusant par exemple les "immigrés de venir au Royaume-Uni pour prendre notre travail", ou encourageant ses camarades à rejoindre des groupuscules identitaires. Selon le journal britannique The Guardian, certains scénarios simulés dans le jeu donnent lieu à un signalement dans le cadre du programme antiterroriste gouvernemental "Prevent".

De quoi piquer l’extrême droite locale qui s’est rapidement emparée du personnage. Grâce à l’intelligence artificielle, des internautes la mettent en scène sous diverses formes. Manga, Wallace et Gromit, dessin animé, ou personnage ultra-réaliste - ou du moins, autant que l’IA puisse l’être -. Qu’importe l’univers, une chose ne change pas : attablée dans un pub, Amelia professe son amour pour l’Angleterre, la bière, les fish and chips tout en éructant son racisme, son homophobie et son complotisme. "Sadiq Khan, on est a Londres ici, pas en Afghanistan, ni dans Star Wars", peut-on entendre sur l'une des nombreuses vidéos postées. Dans des publications qui cumulent des millions de vues, des utilisateurs n’hésitent pas à exploiter l’IA pour appeler au soulèvement, violenter des élus, prendre le contrôle des armées et des institutions.

Autre fait notable, les représentations d’Amelia, lycéenne mineure, ont très rapidement été ultra-sexualisées. Une dérive dont ne s’étonne pas Siddharth Venkataramakrishnan, analyste à l’Institute for Strategic Dialogue, qui pointe l’emballement d’une droite dissidente. "Tout un écosystème s’y est attaché. De toute évidence, l’imagerie sexualisée y joue un rôle clef. Le public cible est presque exclusivement composé de jeunes hommes."

Une "monétisation de la haine"

Et l'avatar dépasse les frontières, parfois repris sous un autre nom comme "Victoire" pour l'Hexagone. Depuis la fin du mois de janvier, les dérivés d’Amelia pullulent sur les réseaux sociaux. Allemagne, Australie, France, personne ne semble pouvoir lui échapper… Au point de devenir un phénomène économique.

Selon les analyses de Peryton Intelligence - spécialiste en surveillance de la désinformation - relayées par le Guardian, la quantité de posts mentionnant Amelia est passée d’une moyenne de 500 par jour - à ses débuts - à environ 10 000 depuis le 15 janvier. Le 21 janvier, l’agence a recensé une explosion des contenus : plus de 11 000 posts sur X uniquement.

Un engouement virtuel qui n’a pas échappé aux plus opportunistes, donnant ainsi naissance à une cryptomonnaie d’Amelia. Echo international dont Elon Musk - son adhésion aux idéologies radicales ne laisse plus l’ombre d’un doute - a lui-même fait la promotion.

Elon Musk is posting Amelia memes

Britain will be saved 🇬🇧 pic.twitter.com/8esKWr5Ib5

— Basil the Great (@BasilTheGreat) January 22, 2026

"Ce à quoi nous assistons, c’est la monétisation de la haine", a déploré dans les colonnes du Guardian, Matteo Bergamini, fondateur et PDG de Shout Out UK, entité à l’origine du jeu vidéo. Et le chef d’entreprise ne cache pas sa surprise : "nous avons vu des groupes Telegram échanger des messages en chinois au sujet de la cryptomonnaie et discuter de la manière de gonfler artificiellement sa valeur, ce qui permet de gagner beaucoup d’argent". Une tournure d’événement dont se désole Matteo Bergamini qui assure que, malgré la polémique, Shout Out UK continue de recevoir les retours positifs des milieux scolaires.

Selon le ministère de l’Intérieur britannique, le programme Prevent a permis de détourner près de 6 000 personnes des idéologies violentes.

© X

Capture d’écran d’une image d’Amelia générée par intelligence artificielle sur X.

Roberto Vannacci, la nouvelle épine radicale dans le pied de Giorgia Meloni

4 février 2026 à 20:29

Existe-t-il quelque chose à la droite de l'extrême droite ? Roberto Vannacci en est convaincu. Le député européen, qui le clame depuis des mois, a finalement sauté le pas pour "poursuivre un rêve". Ce mardi 3 février, il a claqué la porte de la Ligue, le parti italien d'extrême droite - dirigé par Matteo Salvini, numéro deux du gouvernement - auquel il doit son siège à Bruxelles. La raison : le mouvement est trop "modéré" aux yeux de celui qui ne dissimule pas son admiration pour Benito Mussolini, ni son attrait pour le fascisme.

Dans son ambition de rassembler, Roberto Vannacci, a lancé son propre parti : Futuro Nazionale (NDLR : Futur National, en français). Si le nom laisse peu de place au doute sur la direction impulsée, un communiqué daté de ce mardi précise ses ambitions. Sur X, il dépeint "sa" droite : "vraie, cohérente, identitaire, forte, fière, convaincue, enthousiaste, pure et contagieuse". Et l'ancien militaire le clame, sa "droite n'est pas pas à la carte... et par-dessus tout elle n'est pas modérée".

Un général limogé, adepte du "grand remplacement"

De quoi faire bondir ses anciens alliés... mais pas de surprise. Depuis plusieurs semaines, alors que la pression montait en interne, l'homme politique s'est attelé à tourmenter ses rangs avec l'idée d'une scission. Le 24 janvier, l'eurodéputé a officiellement déposé le nom Futuro Nazionale, avant fermer la porte sur X : "Les pages récemment apparues sur les réseaux sociaux et les groupes Telegram faisant référence à Futuro Nazionale ne reflètent pas mon opinion ni celle de mes proches". Puis d'ouvrir une fenêtre : "Si je décide d'ouvrir des comptes sur les réseaux sociaux à ce sujet, je ne manquerai pas de vous en informer".

Une tournure des évènements qui ne surprend pas le politologue italien, Roberto d'Alimonte. "Depuis son élection, Giorgia Meloni se rapproche du centre droit, presque d'un parti modéré, c'est pour cette raison qu'il existe aujourd'hui en Italie un espace pour la droite radicale". Et l'expert de préciser : "Ce qui arrive en Italie aujourd'hui, c'est ce qui est arrivé en France il y a quelques années : quand le Rassemblement national a commencé à se dédiaboliser, Eric Zemmour est apparu".

Et les similitudes ne se cantonnent pas aux calendriers. Avant de faire ses premiers pas dans l'arène politique, Roberto Vannacci s'était improvisé essayiste. Dans Il mondo al contrario - traduisez, Le monde à l’envers - , pamphlet auto-publié devenu best-seller, le général éructe sa tétanie du "grand remplacement", son racisme, son homophobie... Succès en librairie récompensé par un limogeage de l'armée.

Giorgia Meloni dans l'impasse ?

Quant à la déradicalisation de Giorgia Meloni, elle est bien à l'origine de crispations au sein de la coalition gouvernementale. Sur les bancs de la Ligue, on s'agace de son soutien à l'Otan et on lui reproche son aide à l'Ukraine. Fronde dont Roberto Vannacci s'est volontiers emparé, assurant, par exemple, préférer Vladimir Poutine à Volodymyr Zelensky. Mais pour le gouvernement qui s'est déjà donné bien du mal à former sa majorité pas question de se fâcher pour ça. Le 29 janvier, conscient de l'instabilité de son siège, Matteo Salvini s'est envolé à la rescousse de son soldat. "Il y a de la place pour différentes sensibilités au sein de la Ligue. [...] Nous voulons construire et grandir, pas nous battre", avait-il alors plaidé. Moins d'une semaine plus tard, le divorce était acté. Mais le chef de la Ligue l'assure : il n'est pas en "colère", seulement "déçu et amer".

Et le gouvernement a bien des raisons de se faire du souci. Certes, depuis sa naissance Futuro Nazionale ne compte qu'un membre, mais il n'est pas exclu que des élus de la coalition ou de la Ligue le rejoignent dans les jours qui suivent. Ensuite, la coalition a été formée de justesse, et quelques pourcents pourrait faire chavirer les élections législatives de 2027.

Roberto d'Alimonte voit deux issues : "soit Roberto Vannacci va s'essouffler [d'ici aux élections], soit il pourrait représenter 3 ou 4 % des voix. Mais même un tel score poserait un problème à Giorgia Meloni". Et la présidente du conseil n'est pas étrangère à cette situation, elle qui tente de réformer le système électoral en sa faveur. Car dans une Italie particulièrement bipartisane, la femme politique craint et anticipe une union de la gauche, d'autant plus menaçante alors que son clan se déchire.

Giorgia Meloni devra donc trancher : s'allier ou ne pas s'allier avec Futuro Nazionale ? Si laisser Roberto Vannacci filer pourrait mener à la défaite, une alliance avec une droite si radicale serait synonyme de controverse, difficile à assumer avant une élection. Encore faut-il que l'option soit sur la table, car rien ne garantit que le dissident accepte de rentrer au bercail.

© REUTERS

Roberto Vannacci souhaite désormais fonder son propre parti, ce qui met potentiellement en danger toute la coalition de Giorgia Meloni.

Etats-Unis : le traitement inédit d’une plainte visant Tulsi Gabbard, directrice du renseignement, interroge

3 février 2026 à 20:32

Une plainte enfermée dans un coffre-fort, le congrès écarté, et à en croire le Wall Street Journal, un "mystère digne d’un roman de John le Carré"… Voilà l’affaire qui fait frémir les couloirs du renseignement national américain. Selon les informations du quotidien, une plainte a été déposée en mai dernier auprès de l’inspecteur général des services de renseignement à l’encontre de la directrice de l’agence, Tulsi Gabbard.

La sulfureuse militaire devenue femme politique n’en est pas à sa première controverse depuis qu’elle a rejoint l’entourage Trump. Adorée des médias russes, un animateur populaire la surnommait "notre copine" en 2022. Désormais, la mission d’enquêter sur les résultats de l’élection présidentielle américaine de 2020 a été rajoutée à son portefeuille. Et la directrice a déjà un avis très tranché : la victoire a été volée. "Le président Trump et toute son équipe sont déterminés à faire en sorte qu’une élection américaine ne soit plus jamais truquée. Tulsi Gabbard joue un rôle de premier plan dans cet effort crucial", avait déclaré l’attachée de presse du président des Etats-Unis, Karoline Leavitt.

Une plainte "sans fondement"...

Quant à la plainte qui la vise, elle en a été informée par un courrier de l’avocat du lanceur d’alerte, envoyé quelques mois plus tard, en novembre.

La lettre, consultée par le Wall Street Journal, reproche au bureau de la femme politique "d’avoir entravé la diffusion de la plainte auprès des législateurs en ne fournissant pas les consignes de sécurité nécessaires à cet effet". Une accusation que Tulsi Gabbard n’a pas cherché à démentir. Bien au contraire, son porte-parole a confirmé avoir rejeté la plainte, considérée comme étant "sans fondement et motivée par des raisons politiques".

Si le bureau de la dirigeante a transmis aux deux chambres américaines une copie de la lettre dès novembre, afin de prendre connaissance de l’affaire, aucune n’a pu consulter la plainte en tant que tel. De quoi irriter les élus démocrates qui, ces dernières semaines, se sont attelés à dénicher davantage d’informations… En vain. Car l’inspecteur général aurait pris des mesures drastiques pour protéger le secret : verrouiller le document dans un coffre-fort. "Certaines plaintes concernent des documents extrêmement sensibles qui nécessitent des conditions particulières de traitement et de stockage. C’est le cas ici", s’est justifié un représentant auprès du WSJ.

… Jamais transmise

Et il ne serait pas ici question d’un retard de courrier. Andrew Bakaj, l’avocat du lanceur d’alerte, n’a lui même pas eu l’opportunité de lire la plainte, jugée trop confidentielle. "D’après mon expérience, il est déconcertant que [le bureau de Gabbard] mette des semaines, voire huit mois, pour transmettre une divulgation au Congrès", a-t-il déclaré dans les colonnes du Wall Street Journal.

Une chose est certaine : que les chambres restent dans l’ombre si longtemps est une première. Selon les experts contactés par le quotidien américain, "l’inspecteur général est généralement tenu d’évaluer la crédibilité de la plainte dans les deux semaines suivant sa réception et, s’il la juge crédible, de la transmettre aux législateurs dans un délai d’une semaine supplémentaire." Il est également possible pour un employé de transmettre directement sa plainte aux commissions du renseignement parlementaire, "à condition que le directeur du renseignement national lui fournisse des instructions sur la manière de la transmettre en toute sécurité". Un processus qui n’est pas régi par des délais précis mais qui "prend généralement quelques semaines".

Une fonction très politique

Quelques jours après son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Donald Trump, qui avait déjà été visé par un lanceur d’alerte, a licencié une série d’inspecteurs généraux au sein du gouvernement. Une tentative de "purger" les organismes de contrôle indépendants afin de dissimuler des actes répréhensibles, selon le parti Démocrate.

En octobre 2025, le Sénat, majoritairement Républicains, a voté la nomination d’un nouvel inspecteur général de la communauté du renseignement, Christopher Fox. L’homme d’Etat avait été l’assistant de Tulsi Gabbard.

© Eric Lee - Pool via CNP/picture alliance / Consolidated News Photos/Newscom/MaxPPP

Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national (DNI), s'exprime lors d'une conférence de presse dans la salle de presse James S. Brady de la Maison-Blanche à Washington, D.C., le mercredi 23 juillet 2025.

Démissions et excuses : l’Europe secouée par les nouvelles publications dans l’affaire Epstein

3 février 2026 à 13:57

Ce vendredi 30 janvier, six ans après la mort en prison du prédateur sexuel Jeffrey Epstein, la justice américaine a publié plus de trois millions de nouveaux documents issus de l'enquête le visant. Des pages qui révèlent ou confirment les liens entre le criminel et plusieurs personnalités du Vieux Continent… Et ce, même après sa première condamnation en 2008. Au terme d’un plaider-coupable, le milliardaire ultra-connecté avait alors écopé de 18 mois de prison, pour exploitation sexuelle de mineures.

Royauté, dirigeants politiques, figures économiques… La liste de l’entourage de Jeffrey Epstein n’épargne aucune sphère du pouvoir.

Un ex-prince à quatre pattes

Ce n'est pas la première fois que l'affaire Epstein provoque une onde de choc au Royaume-Uni. En octobre 2025, l'ex-prince Andrew avait été déchu de son titre par son frère, le roi Charles III, pour son implication dans le réseau pédocriminel du financier. Depuis cette nouvelle vague de publication, l'homme fait, une fois encore, couler de l'encre.

Une photographie publiée par la justice américaine le montre, à quatre pattes, au-dessus d'une femme au visage flouté. L'image dont s'est emparée la presse nationale a rapidement fait le tour du royaume. Au lendemain de ces révélations, le quotidien The Daily star titrait "Creepy crawler" - traduisez "bestiole rampante". Le même jour, la une du Sun placardait la mention "Shame on you" - "honte à vous", en français - sur la photographie de l'ancien duc.

Peter Mandelson

Toujours au Royaume-Uni, l’ancien commissaire européen et deux fois ministre de Tony Blair, Peter Mandelson, a également été mis en cause dans l’affaire. Celui dont l’amitié avec Jeffrey Epstein ne laissait plus planer l’ombre d’un doute s’était déjà vu démis de ses fonctions d’ambassadeur à Washington en septembre 2025. Dans cette nouvelle vague de révélations, un cliché de l’homme d’Etat en sous-vêtement a été rendu public. Peter Mandelson est également mis en cause pour corruption : des documents semblent attester qu’il aurait reçu 75 000 livres sterling (86 775 euros) de la part d’Epstein. Accusations qu'il dément.

Dimanche soir, soit deux jours après la parution de ces nouvelles informations, le Britannique a démissionné du Parti travailliste afin d’éviter de provoquer "un embarras supplémentaire" dans sa formation politique, selon ses dires.

Et, de l’autre côté de la Manche, les révélations continuent. Ce lundi 2 février, le Financial Times a dévoilé qu’en 2009, Peter Mandelson, alors secrétaire d’État au commerce, avait divulgué à Jeffrey Epstein "un document sensible du gouvernement britannique qui proposait la vente d’actifs pour un montant de 20 milliards de livres sterling [comptez plus de 23 milliards d'euros, NDLR] et révélait les projets du Parti travailliste en matière de politique fiscale". Le jour même, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a ordonné l'ouverture d'une enquête sur la conduite de Mandelson "pendant son mandat de ministre". Par la voix de son porte-parole, Downing Street a également exprimé sa volonté de voir Peter Mandelson perdre son titre et son siège à la Chambre des lords, la chambre haute du pays.

"C’est tout simplement gênant"

En Norvège, la famille royale - qui n'est pas étrangère aux scandales - est également éclaboussée par les dernières révélations américaines. La princesse Mette-Marit avait déjà admis avoir fréquenté le milliardaire au début des années 2010 par le biais de connaissances communes. Toutefois, les révélations du 30 janvier semblent montrer que la relation entre la future reine et le criminel était plus intime que ce qu'elle avait précédemment confessé.

En novembre 2012, elle lui écrivait par SMS : "Est-il inapproprié pour une mère de suggérer deux femmes nues portant une planche de surf comme fond d’écran pour son fils de 15 ans ?". A plusieurs reprises après la condamnation de Jeffrey Epstein, Mette-Marit s’est rendue dans sa propriété de Palm Beach, en Floride. Dans un communiqué, l'héritière assure avoir fait "preuve d’un mauvais jugement". Et d'ajouter : "Je regrette profondément d’avoir eu le moindre contact avec Epstein. C’est tout simplement gênant".

La princesse n'est pas la seule personnalité norvégienne à avoir visité la villa floridienne. En 2014 et 2017, l’ancien Premier ministre travailliste, Thorbjorn Jagland, a passé plusieurs vacances familiales dans la résidence du milliardaire. En plus d'autres fonctions, l'homme politique était à l'époque chargé de l'attribution du prix Nobel de la paix et président du conseil éponyme.

Des démissions aux quatre coins de l’Europe

Toujours en Scandinavie, la Suède a également été bouleversée par l'affaire. La biologiste Joanna Rubinstein a démissionné de la présidence de Sweden for UNHCR (fondation de collecte de fonds pour l’Agence des Nations unies pour les réfugiés), ce lundi 2 février. En 2012, elle s'était rendue accompagnée de sa famille sur l’île privée de Jeffrey Epstein dans les Caraïbes. "J’étais au courant du jugement [datant de 2008] au moment de ma visite. Ce qui a été révélé par la suite concernant l’ampleur des abus est horrible et je m’en distancie fermement", a commenté auprès du média local Expressen celle qui a également présidé la fondation mondiale pour l’enfance.

De l'autre côté du continent, en Slovaquie, Miroslav Lajcak, célèbre diplomate, ancien ministre des Affaires étrangères et actuel conseiller du Premier ministre, a lui aussi présenté sa démission ce samedi 31 janvier. En 2018, dans un échange SMS, Jeffrey Epstein promettait des femmes à celui qui était à l’époque le chef de la diplomatie slovaque. Celui qui avait déjà été questionné sur ses liens avec le pédocriminel avait alors assuré que leur relation était exclusivement professionnelle.

En France, le nom de l'ancien ministre socialiste de la Culture Jack Lang est apparu dans la nouvelle salve de documents publiés. L'actuel président de l’Institut du monde arabe "assume pleinement" les liens qu'il a eus avec Jeffrey Epstein, tout en assurant être "tombé des nues" en découvrant ses crimes. Sa fille Caroline a quant à elle démissionné de son poste de déléguée générale du Syndicat des producteurs indépendants, pour ne pas "nuire" à ce dernier. Les nouvelles révélations exposent ses liens d'affaires avec le pédocriminel, avec qui elle avait fondé en 2016 une société "offshore".

© Jeff Overs/BBC/Handout via REUTERS

L'ancien ambassadeur britannique aux Etats-Unis, Peter Mandelson, lors d'une interview avec la BBC, le 10 janvier 2026.
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