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Comment Emmanuel Macron compte sur l'Europe pour soulager les maux de la France

10 février 2026 à 14:00

Longtemps la France a compté sur l’Europe, avec succès, pour subventionner son agriculture. Le modèle a beau avoir trouvé ses limites ces dernières années, on ne change pas une idée qui gagne : Emmanuel Macron compte désormais sur nos voisins pour soulager deux problèmes majeurs de la France, l’endettement excessif des finances publiques et la désindustrialisation du pays.

Guère découragé par son affaiblissement politique à domicile qui mine sa crédibilité à l’international, le président de la République expose ses idées dans une interview accordée lundi 9 février à plusieurs journaux européens. Il plaide d’une part pour un accroissement massif de l’endettement commun de l’Union européenne, et d’autre part pour la généralisation du principe de préférence européenne, selon le slogan "Buy European".

La première proposition permettrait de financer des investissements que la disette budgétaire française rend hors d’atteinte ; la seconde vise à lutter contre les délocalisations industrielles en favorisant l’achat de produits à fort contenu européen. Cela concernerait notamment les commandes publiques, qui forment un levier puissant : leur total dans les 27 Etats membres de l’UE s’élève à quelque 2 000 milliards d’euros par an.

Sur la création d’eurobonds, c’est-à-dire des titres d’emprunts émis par l’Union européenne, Emmanuel Macron invoque l’autorité de Mario Draghi, l’ancien président de la Banque centrale européenne, qui recommandait dans son rapport publié en 2024 de financer chaque année par l’emprunt commun quelque 800 milliards d’euros d’investissements publics et privés. Mais lui augmente la facture de 50 % et évoque le chiffre de 1 200 milliards d’euros ! Sa justification : l’accroissement des besoins dans la défense et la sécurité.

Des idées contestées, mais qui progressent

Le plaidoyer du président de la République a été calibré pour influencer les discussions que les 27 chefs d’Etat et de gouvernement doivent avoir jeudi 12 février, lors d’un séminaire de réflexion qui doit les réunir dans un château de la province belge du Limbourg. Ils doivent débattre des moyens de restaurer la compétitivité de l’économie européenne face au dynamisme des deux autres mastodontes mondiaux, les Etats-Unis et la Chine.

Pour cela, les chantiers les plus évidents - évoqués par Mario Draghi comme par Enrico Letta, auteur d’un autre rapport en 2024 sur le marché intérieur - portent sur la simplification administrative, sur la levée des barrières nationales à la fluidité des échanges de biens et services dans l’UE, sur la création d’un marché unifié des capitaux et sur l’élaboration d’un code européen du droit des affaires.

Présentées par Emmanuel Macron comme complémentaires, les idées françaises visant à favoriser la préférence européenne et à développer l’endettement commun sont beaucoup plus contestées. Elles progressent néanmoins, à la faveur des chocs que l’Union européenne a encaissés ces dernières années. Le Brexit, l’épidémie de Covid, la guerre en Ukraine, le mercantilisme chinois et enfin la politique douanière agressive de Donald Trump ont contraint les partisans de la rigueur financière et de l’ouverture maximale des frontières à céder du terrain. L’Allemagne par exemple semble s’ouvrir au principe de la préférence européenne, à condition qu’il soit circonscrit à quelques rares domaines stratégiques bien délimités.

Emmanuel Macron, il le rappelle dans son interview, plaide depuis neuf ans pour une souveraineté européenne renforcée dans tous les domaines. Mais sa capacité de convaincre ses partenaires serait plus forte si la France avait mené, sous sa présidence, les réformes structurelles indispensables pour maîtriser ses finances publiques et libéraliser son économie.

Emmanuel Macron le reconnaît benoîtement : "Nous n’avons jamais eu des réformes comme celles qui se sont tenues dans les années 2010 au Portugal, en Espagne, en Italie ou en Grèce, et dont les dividendes arrivent à plein aujourd’hui". Lui aurait bien besoin de tels dividendes pour donner du poids à ses propos. Mais au bout de neuf ans de pouvoir, avec de surcroît des marges de manœuvre en politique intérieure réduites à néant, il est un peu tard pour s’en rendre compte.

© REUTERS

Emmanuel Macron lors d'un discours devant des étudiants à l'Elysée, le 6 février 2026.

"Une escalade significative" : comment des agents russes ont failli provoquer le chaos en Pologne

9 février 2026 à 07:30

À la veille du Nouvel an, des agents russes ont failli causer le chaos en Pologne en tentant de déclencher une panne électrique de grande ampleur. L’incident, déjoué in extremis, est attribué par les autorités de Varsovie à des groupes de hackers dépendant du Service fédéral de sécurité (FSB), le principal service secret de la Fédération de Russie. D’un point de vue militaire, ce genre d’opération est d’autant plus inquiétant qu’il pourrait faciliter la réussite d’une attaque de l’armée russe contre les pays baltes.

La Pologne est l’objet depuis plusieurs mois d’actions de "guerre hybride" de la part de la Russie et de son allié biélorusse, avec notamment des opérations de désinformation mais aussi l’incursion simultanée d’une vingtaine de drones le 9 septembre dernier, puis un attentat à l’explosif près de Lublin qui a endommagé, le 17 novembre, une ligne de chemin de fer cruciale pour le transport de personnes, de marchandises et d’armes occidentales vers l’Ukraine.

L’agression informatique du 29 décembre marque quant à elle une "escalade significative" par rapport aux cyberattaques russes précédentes contre la Pologne, indique un rapport détaillé que l’agence de cyberdéfense polonaise (CERT Polska) vient de lui consacrer. De fait, on n’est plus très loin d’un acte de guerre car l’action n’était pas destinée à espionner ou à capturer des données dans un but d’extorsion, mais bien à détruire les systèmes informatiques ciblés au moyen d’un logiciel malveillant de type "wiper".

L’attaque a été déjouée grâce à une riposte rapide des agents de la CERT Polska avec l’aide de la société de cybersécurité européenne ESET. Le rapport compare l’effet qu’aurait pu produire l’attaque dans l’espace cyber polonais à celui d’un incendie criminel dans le monde physique. Préparée de longue date - les premières incursions dans les systèmes informatiques concernés remontent au printemps 2025, selon les enquêteurs -, l’agression a coïncidé avec une période de froid polaire et de tempête de neige en Pologne. Elle a visé une trentaine d’installations d’énergie renouvelable, notamment des ensembles d’éoliennes et des fermes solaires, mais aussi une centrale thermique approvisionnant en chauffage environ un demi-million de personnes.

Un "faux nez" du Cercle 16, une unité du FSB

Les autorités polonaises l’ont attribuée à un groupe de hackers qui est connu indifféremment en Occident sous les noms de "Static Tundra", "Berserk Bear" ou encore "Dragonfly". Il est identifié de longue date comme un "faux nez" du Cercle 16, l’unité du FSB russe spécialisée dans la cyberguerre. "Tout indique que ces attaques ont été préparées par des groupes liés directement aux services russes", a accusé le Premier ministre polonais, Donald Tusk. Il a relevé que ce type d’actions mettait en péril non seulement la sûreté énergétique mais aussi la sécurité de l’Etat.

Interrogé par la radio privée RMF, le ministre du Numérique, Krzysztof Gawkowski, a expliqué que la Pologne était passée "très près" ce jour-là d’une panne électrique de grande ampleur. "L’ampleur de l’agression, le vecteur choisi et l’identité du commanditaire convergent pour indiquer qu’il s’agissait d’une opération coordonnée visant à couper délibérément l’électricité pour les citoyens polonais", a poursuivi Gawkowski. Selon lui "tout pointe vers une action de sabotage russe destinée à déstabiliser la Pologne". Le ministre de l’Energie, Milosz Motyka, a expliqué de son côté que les agresseurs avaient tenté de perturber la communication entre les installations de production d’électricité et les opérateurs de réseaux sur une vaste partie du pays. L’importance des énergies renouvelables a augmenté ces dernières années en Pologne pour atteindre 29 % de la production d'électricité en 2025. Même en hiver, elles peuvent parfois fournir jusqu’à un quart de la consommation totale.

Une telle opération informatique visant la Pologne, couplée à un coup de main de l’armée russe contre la Lituanie ou un autre pays balte, serait un scénario cauchemardesque pour l’Otan. Une panne électrique perturberait gravement les transports par voie terrestre, la logistique militaire comptant principalement sur le chemin de fer pour acheminer les renforts. Elle pourrait les bloquer suffisamment longtemps pour permettre aux militaires russes d’atteindre leurs objectifs opérationnels.

Le corridor de Suwalki, d’à peine 65 kilomètres de large entre la Biélorussie d’un côté et l’exclave russe de Kaliningrad de l’autre, est le seul passage terrestre entre les pays baltes et le reste de l’Union européenne. Menacé d’une attaque russe en tenaille, il est considéré à ce titre comme le "talon d’Achille" de l’Otan. Un "black-out" électrique soudain en Pologne entraverait sérieusement les efforts pour le défendre. La cyberattaque russe du 29 décembre prouve que les dirigeants russes sont au courant de cette vulnérabilité occidentale et qu’ils se préparent à l’exploiter, si jamais, comme beaucoup le craignent parmi les experts de la sécurité européenne, la décision était prise par Vladimir Poutine d’attaquer un pays balte.

© via REUTERS

Vladimir Poutine au Kremlin, le 29 janvier 2026.

Sondage : ce que les Européens attendent de l’UE face aux tempêtes géopolitiques

4 février 2026 à 07:00

Confrontés à la guerre qui fait rage depuis quatre ans dans l’est du continent et aux doutes sur la fiabilité du parapluie sécuritaire américain, les citoyens des 27 Etats membres expriment de fortes attentes de protection de la part de l’Union européenne, dont la faiblesse face aux tempêtes géopolitiques est une source d’angoisse. C’est ce qui ressort d’une vaste enquête d’opinion publiée ce mercredi 4 février par le Parlement européen.

Dans le détail, les personnes interrogées sont 89 % à souhaiter que les Etats membres de l’UE se montrent plus unis sur la scène internationale. Ils sont 86 % à penser que la voix de l’UE dans le monde devrait être plus forte. Quelque 73 % d’entre eux expriment le désir que ses moyens soient renforcés. Les deux tiers (66 %) attendent que l’UE joue un rôle plus important pour protéger les citoyens contre les crises internationales et les risques de sécurité, selon l’enquête réalisée par Eurobaromètre dans les 27 Etats membres en novembre 2025. Quelque 10 % d’eurosceptiques, à l’inverse, jugent préférables une diminution du rôle joué par l’Union.

La demande de protection adressée à l’UE rassemble de larges majorités absolues en France (70 % des personnes interrogées), en Allemagne (66 %), en Italie (67 %) et en Espagne (73 %). En Pologne en revanche, elle plafonne à 45 % (avec 18 % qui souhaitent une diminution de son rôle).

L’aspiration générale à la protection s’exprime sur fond de vive préoccupation des citoyens européens qui se déclarent "très inquiets" ces temps-ci des conflits proches de l’espace européen (72 %) mais aussi de la menace terroriste (67 %) et des cyberattaques (66 %). De larges majorités se disent également très inquiètes de la dépendance de l’Europe à l’égard de puissances tierces pour sa défense comme pour son approvisionnement énergétique ; de l’immigration non contrôlée ; de la désinformation ; et des risques de catastrophes environnementales accentuées par le réchauffement climatique.

Lorsqu’on les interroge sur les domaines dans lesquelles l’UE devrait prioritairement se renforcer, les citoyens citent en premier la défense et la sécurité, ce qui peut être interprété comme un feu vert donné aux efforts pour développer l’Europe de la défense et réarmer les pays membres. Viennent ensuite la compétitivité économique et industrielle, en seconde position, et l’indépendance énergétique, en troisième. Les angoisses sécuritaires n’effacent pas les tourments économiques qui s’expriment partout avec force. Les citoyens sont seulement 16 % en moyenne à penser que leur pouvoir d’achat s’améliorera dans les cinq années qui viennent, contre 28 % qui anticipent au contraire sa diminution. À noter que le pessimisme économique atteint un sommet en France, où ceux qui pensent que leur pouvoir d’achat va diminuer représentent 45 % des personnes interrogées.

Une oasis de stabilité dans le monde

Plus généralement, les Européens sont 62 % à se déclarer satisfaits que leur pays appartienne à l’Union, une proportion historiquement élevée depuis le début du siècle même si elle recule un peu par rapport au pic de 66 % atteint en 2019. Sans surprise, cette proportion varie nettement selon les pays. Elle dépasse les deux tiers dans des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, le Danemark et la Suède, mais elle n’atteint que 53 % en France, 52 % en Italie et même 40 % en Grèce. Par classe d’âge, ce sont les jeunes adultes (moins de 30 ans) qui sont les plus pro-européens. La quasi-totalité d’entre eux exprime l’ambition d’une Union plus unie (90 %), à la voix plus forte (87 %) et dotée de moyens plus importants (78 %).

À lire l’étude, l’Union européenne évoque pour les citoyens de ses Etats membres une oasis de stabilité dans un monde de plus en plus chaotique. Mais si elle veut répondre aux attentes fortes qu’ils sont très nombreux à exprimer à son égard, elle doit serrer les rangs, se doter des moyens de peser dans le monde, renforcer sa défense et améliorer ses perspectives économiques. Les politiciens ont beau être peu nombreux à porter ces sujets, les espoirs des citoyens sont bien là.

Sondage réalisé par Eurobaromètre du 6 au 30 novembre 2025 pour le compte du Parlement européen auprès d’échantillons représentatifs de la population de plus de 15 ans, en majorité selon la méthode face à face, dans les 27 Etats membres de l’Union européenne ; au total, 26 453 entretiens ont été réalisés.

© PHOTOPQR/LE COURRIER PICARD/MAXP

Les Européens sont 89 % à souhaiter que les Etats membres de l’UE se montrent plus unis sur la scène internationale, selon une vaste enquête d’opinion.
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