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"Nous ne pouvons pas écarter cette option" : en Norvège, la crainte d'une invasion russe

11 février 2026 à 19:12

La Norvège ne peut exclure la possibilité d'une invasion russe sur son territoire. Voilà l'alerte lancée par le chef d'état-major de l'armée d'Oslo. Dans une interview accordée au Guardian, le général Eirik Kristoffersen, chef d'état-major des armées norvégiennes, livre sa crainte d’une offensive moscovite, non pas dans un objectif de conquête, mais plutôt pour la protection de ses actifs nucléaires, stationnés dans le Nord.

"Nous n'excluons pas une appropriation de terres par la Russie dans le cadre de son plan visant à protéger ses propres capacités nucléaires, qui sont la seule chose qui lui reste pour menacer réellement les États-Unis", s'alerte le militaire dans les colonnes du Guardian. Si Eirik Kristoffersen ne s'inquiète pas d'une invasion similaire à celle de l'Ukraine, il souligne qu'une large partie de l'arsenal nucléaire russe - dont des sous-marins, des missiles terrestres et des avions - se trouve sur la péninsule de Kola, à proximité immédiate de la frontière norvégienne.

Des armes dont le Kremlin aura besoin s'il entre en conflit avec l'Otan. "Nous ne pouvons pas écarter cette option (NDLR : une invasion). C'est en quelque sorte le scénario auquel nous nous préparons dans le Grand Nord", détaille celui qui est chef de la défense norvégienne depuis 2020, responsable des forces armées du pays ainsi que de ses services de renseignement. Son parcours au sommet de l’armée norvégienne a été marqué par la guerre en Ukraine qui a contraint l’Europe à repenser sa sécurité. Une période également marquée par l’adhésion de la Suède et de la Finlande, voisines d’Oslo à l’Otan, et le renforcement des frontières avec la Russie dans l’extrême nord de la Norvège.

Une zone stratégique

Cette zone de l'extrême nord est d'une importance cruciale pour la Russie. "La péninsule de Kola représente leur sécurité stratégique face à l’Occident", expliquait déjà en juillet 2025, Johan Roaldsnes, chef régional du service de renseignement intérieur norvégien, dans le New Yorker. "Le plan russe est le suivant : si les tensions avec l’Otan s’enveniment, ils doivent créer une zone tampon" afin de préserver leur capacité à mener des frappes nucléaires. "Cela implique la capacité de contrôler leur territoire voisin le plus proche".

Eirik Kristoffersen a précisé au Guardian que son pays et ses troupes ne se préparaient pas seulement à une invasion classique mais à un large éventail de menaces. "Si vous vous préparez au pire, rien ne vous empêche d'être également en mesure de contrer le sabotage et les menaces hybrides".

Des communications entre les deux pays

Le militaire précise toutefois que les communications entre la Russie et la Norvège ne sont pas coupées. Des contacts directs persistent, non seulement dans le cadre des missions de recherche et de sauvetage dans la mer de Barents, mais aussi de réunions régulières à la frontière entre les représentants des deux armées. L'homme se dit même favorable à la mise en place d'une ligne téléphonique militaire entre Moscou et Oslo.

Le but ? Disposer d'un canal de communication permettant d'éviter une escalade due à des malentendus... Qui ne seraient pas si rares que cela : "Jusqu'à présent, les violations que nous avons constatées dans notre espace aérien étaient dues à des malentendus", a affirmé Eirik Kristoffersen, attribuant ces incidents à des pilotes peu expérimentés". Avant d'ajouter : "Lorsque nous discutons avec les Russes, ils réagissent en fait de manière très professionnelle et prévisible". Le général précise que la Russie s'est montrée moins offensive sur son territoire qu'en mer Baltique.

© EPA/MAXPPP

"Nous n'excluons pas une annexion territoriale par la Russie", déclare le général Eirik Kristoffersen, chef d'état-major des armées norvégiennes depuis 2020.

Guerre en Ukraine : après un ultimatum américain, Kiev se prépare à des élections

11 février 2026 à 15:21

Les Ukrainiens pourraient se rendre aux urnes dans les prochaines semaines. Selon les informations du quotidien britannique Financial Times, Volodymyr Zelensky devrait annoncer le 24 février - date anniversaire de l’invasion russe - la tenue d’une élection présidentielle. En cause ? Un ultimatum tout droit venu des Etats-Unis. A la demande de Donald Trump, le pays devra organiser les deux tours du scrutin pour le 15 mai 2026 au plus tard, sous peine de perdre les garanties de sécurité américaine. Le rendez-vous est double : les Ukrainiens seront également appelés à se prononcer sur l'accord de paix avec la Russie qui prévoit une cession des territoires de Donetsk et Lougansk. Un processus qui devra obligatoirement se dérouler par référendum, puisque la Constitution ukrainienne dispose de l’indivisibilité de son territoire.

"Ils ont dit qu’ils voulaient tout faire d’ici juin […] pour que la guerre prenne fin", a confirmé Volodymyr Zelensky aux journalistes du Financial Times. L'objectif de Washington : clôturer le dossier ukrainien pour se concentrer sur les élections de mi-mandat, en novembre. Un agenda et des exigences intenables selon les responsables ukrainiens et occidentaux sondés par le titre britannique, sceptiques à l'idée d'une coopération de Vladimir Poutine.

Quant à l’organisation d’un scrutin en tant que tel, la perspective n’enchante pas non plus Kiev. Depuis plusieurs mois, le président ukrainien n'a cessé de répéter l'impossibilité de tenir une élection en pleine loi martiale, malgré l'insistance de Donald Trump. En décembre, le président des Etats-Unis s'en plaignait déjà à une journaliste de Politico : "Les Ukrainiens n’ont pas organisé d’élection depuis longtemps… Ils parlent de démocratie, mais il arrive un moment où ce n’est plus une démocratie". En bref, la rhétorique usuelle du Kremlin pour justifier sa guerre : Volodymyr Zelensky serait illégitime depuis mai 2024, date à laquelle son mandat aurait dû prendre fin.

Des questions juridiques

Kiev n'a jamais fermé la porte à ce rendez-vous démocratique. "Je demande aux Etats-Unis de m’aider, peut-être avec nos collègues européens, à garantir la sécurité pour l’organisation d’élections… Et alors, dans les 60 à 90 prochains jours, l’Ukraine sera prête", avait déclaré Volodymyr Zelensky en décembre 2025. Une problématique toujours d’actualité alors que des millions d’Ukrainiens sont déplacés, qu’environ 20 % du territoire national est sous occupation russe, et que surtout, la population n’y est pas favorable.

Comme L'Express le soulignait en décembre, si 22 % des Ukrainiens soutiennent des élections après un cessez-le-feu avec des garanties de sécurité, les deux tiers pensent qu’elles ne devraient se tenir qu’après la fin de la guerre, selon l’Institut international de sociologie de Kiev. "Même chez les opposants de Zelensky, une majorité refuse des élections", observait Anton Hrouchetskyi, son directeur.

Mais face aux pressions américaines, Kiev n'a pas attendu l'ultimatum pour commencer à se préparer. Le 11 décembre, le président demandait déjà aux députés d'élaborer des amendements permettant d’organiser des élections sous loi martiale. Et les législateurs risquent d'avoir du pain sur la planche tant les problématiques juridiques sont nombreuses. Car, près de quatre ans de guerre plus tard, le code électoral semble obsolète. Aujourd'hui, selon la législation du pays, un candidat à la présidence doit avoir résidé uniquement en Ukraine au cours des dix dernières années, excluant de facto les réfugiés et les prisonniers de guerre. Ensuite, comment décider quelle commune ne pourra pas voter pour des raisons de sécurité ? Ou comment mettre à jour le registre électoral ? Quelle légitimité pour une élection où les soldats, les déplacés et les réfugiés n'ont pas pu physiquement se rendre aux urnes ?

Pour tenter d’apporter une réponse à ces questions, le Parlement ukrainien a prévu d’éplucher ces dossiers entre mars et avril. Un délai particulièrement court alors que la commission électorale du pays évoquait un délai de six mois pour relancer le processus électoral après la fin de la loi martiale.

Le scrutin de tous les dangers

Et le scrutin est exposé à une autre menace : celle des ingérences russes. Selon Olha Aivazovska, présidente du conseil d’administration de l’ONG Opora, une organisation de référence chargée de la surveillance des élections et du processus électoral en Ukraine, sans cessez-le-feu, la Russie pourrait facilement perturber le scrutin. Entre autres, l’omniprésence des drones russes "menace les bureaux de vote dans toute l’Ukraine", a-t-elle souligné dans les colonnes du Financial Times. En novembre, Olha Aivazovska tirait déjà la sonnette d’alarme auprès de L’Express : "Le risque d’ingérence russe est de 100 %. La Russie a systématiquement instrumentalisé le processus politique en Ukraine, pour s’assurer la loyauté de certains groupes au pouvoir".

La perspective de rivalités internes à l’Ukraine génère aussi des angoisses. "La compétition politique pendant la guerre est néfaste", a déclaré le maire de Kiev, Vitali Klitschko, au journal britannique. Et d’ajouter : "Nous pouvons détruire le pays de l’intérieur, [ce qui est] l’objectif de la Russie".

Mais pour d’autres experts, la question des affrontements politiques est caduque. Si la popularité de Volodymyr Zelensky a effectivement décliné depuis le début de la guerre, son entourage ne doute pas de sa réélection, surtout si le vote pour l’élection est organisé en même temps que le référendum pour l’accord de paix.

© REUTERS

Le président ukrainien Volodymyr Zelenskiy s'exprime lors d'une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre polonais Donald Tusk, alors que la Russie attaque l'Ukraine, à Kiev, en Ukraine, le 5 février 2026. REUTERS/Alina Smutko

"Combien de temps Starmer peut-il s'accrocher ?" : l’affaire Epstein vue par la presse britannique

9 février 2026 à 19:51

Depuis la publication du dossier Epstein, le Royaume-Uni est en proie à une onde de choc. Les millions de pages déclassifiées par la justice américaine mettent en cause plusieurs personnalités britanniques. Parmi elles, Peter Mandelson, ancien ministre puis ambassadeur britannique à Washington - avant d'être limogé en septembre 2025 -. Celui dont l’amitié avec Jeffrey Epstein ne laisse plus planer l’ombre d’un doute est également mis en cause pour corruption, accusé d’avoir partagé avec le pédocriminel des documents internes au gouvernement britannique.

Une relation qui n’était pas étrangère au Premier ministre britannique. Keir Starmer est passé aux aveux le 4 février, lors d’une session de questions au gouvernement, mais il a assuré être étranger à la profondeur des relations entre son ex-ambassadeur et le délinquant sexuel. Il l'affirme, il n'est pas à l'origine de sa nomination, contrairement à Morgan McSweeney, son chef de cabinet. Une responsabilité que ce dernier a endossée en présentant sa démission ce dimanche 8 février. "Blame me" - traduisez, "blâmez-moi", titrait ce lundi le quotidien britannique The Mirror, visage du chef de cabinet en Une. A en lire la presse britannique, Keir Starmer est loin d'être tiré d'affaire.

Y a-t-il un Starmer sans McSweeney ?

"So how long can Starmer cling on ?" - comprenez : "donc, combien de temps Starmer peut-il s'accrocher ?" - imprimait le Daily Mail ce lundi matin.

Pour la BBC, le Premier ministre est dans un beau pétrin. "Quel genre de politique sera Keir Starmer sans l'homme que beaucoup voyaient comme son cerveau politique ?" se demande la chaîne. Selon le média, le Premier ministre n'a pas choisi son conseiller, c'est plutôt l'inverse. Car si - le presque invisible - Morgan McSweeney ne s’est jamais exprimé sur son rôle dans la politique britannique, son influence sur les gouvernements successifs, ne laisse aucun observateur dupe. Et quelle influence : l'homme de l'ombre aurait lui-même fait entrer Keir Starmer à Downing Street.

Mais le départ du conseiller ne sauve pas le Premier ministre par défaut. "Une règle veut que lorsque des conseillers sont évincés, leurs dirigeants ne soient souvent pas loin derrière", peut-on lire dans les colonnes du Times ce 9 février.

Les journalistes le rappellent, cette situation n'a rien d'inédit. Theresa May et Boris Johnson avaient tous deux tenté de se maintenir au poste de Premier ministre en sacrifiant leurs chefs de cabinet, en vain. Certes, cette fois, c’est bien Morgan McSweeney qui a soufflé le nom de Peter Mandelson au Premier ministre, et il en a "assumé la responsabilité", mais de là à lui en faire porter tout le poids… Il n’était pas responsable des "vérifications", et il n'était pas non plus "le seul conseiller", s’insurgent des habitués du numéro 10 auprès de la BBC. "Morgan a été dupé comme nombre d'entre nous. Il a sauvé le parti. Et beaucoup de députés et de ministres savent qu'ils lui doivent leurs postes".

Une nouvelle crise à l’horizon ?

Le Telegraph, se pose à peine la question de la survie de Keir Starmer. "Les révélations étaient si graves et la réponse du gouvernement si nulle" que de nombreux acteurs financiers partent du principe que les jours du chef de l'Etat sont comptés, tranche le quotidien. Une crise politique dont le titre s’alerte des conséquences économiques. En cas de démission du Premier ministre, le Telegraph anticipe une réaction délétère des marchés, qui ne sont déjà pas "sous le charme" de l’homme politique.

Le Financial Times s'inquiète de voir son Premier ministre en "péril", ainsi que de constater que le cours de la livre chute de 0,5 % par rapport à l’euro.

Keep calm and carry on ?

Si la BBC ne s'inquiète pas de connaître le même destin que la France sur ce sujet, elle ne prédit pas non plus une accalmie au 10 Downing Street. La chaîne rappelle qu'il reviendra aux députés travaillistes de fixer la date de départ de Keir Starmer et prévient : ceux qui veulent la tête du Premier ministre ne se contenteront pas du sacrifice d'un inconnu du grand public. "Je doute que la plupart des gens dans le monde réel s'en aperçoivent", concédait un député aux journalistes de la BBC.

Même son de cloche dans le Times. Les députés travaillistes n'ont pas attendu la publication des dossiers Epstein pour en avoir après leur leader. Les élus ne sont tout simplement pas convaincus des compétences de Keir Starmer : il n'a pas "la capacité de redresser la situation du Parti travailliste" et voir son conseiller préféré faire ses cartons "ne changera rien à cette appréciation".

La BBC s'est, elle aussi, fait son propre avis : "Si l'homme qui a donné le conseil doit démissionner, pourquoi pas celui qui a pris la décision ?"

© via REUTERS

Le Premier ministre travailliste Keir Starmer, souffre d'une impopularité record, ce qui pourrait paver la voie à ses successeurs.

Affaire Epstein : ce que l'on sait de l'opération d'ingérence russe ciblant Emmanuel Macron

6 février 2026 à 17:11

Le nom d'Emmanuel Macron apparaît plus de 200 fois dans les millions de documents issus du dossier Jeffrey Epstein, publiés par le ministère de la Justice américain. Ce vendredi 6 février, une source gouvernementale a indiqué avoir détecté une opération d’ingérence russe destinée à faire croire à une implication du chef de l'Etat dans l’affaire, révèle BFMTV.

L'opération de désinformation est liée au réseau russe Storm-1516, dont le mode opératoire est documenté depuis fin 2023. "Les acteurs derrière Storm-1516 cherchent à polariser le débat démocratique de nos sociétés, à saper la confiance envers les médias et les institutions européennes", mettaient déjà en garde le ministère des Armées en mai 2025. L'objectif de cette dernière ingérence : faire croire à une implication d’Emmanuel Macron dans l’affaire Epstein.

"Un site Internet usurpant l'identité de France-Soir"

Détectée mercredi par Viginum, le service chargé de lutter contre les ingérences étrangères en ligne, la manigance reposait sur la "création d’un site Internet usurpant l’identité de France-Soir" où a été publié "un article accusant le président de la République, Emmanuel Macron, d’être impliqué dans l’affaire Epstein", aurait affirmé une source gouvernementale à l'AFP selon plusieurs médias.

Dès mercredi, France-Soir a démenti, publiant un communiqué sur le réseau social d’Elon Musk : "Alerte importante aux lecteurs de France-Soir. Attention : usurpation de marque et de contenu. Le site france-soir.net n’a aucun lien avec France-Soir".

Alerte importante aux lecteurs de France-Soir
Attention : usurpation de marque et de contenu. Le site https://t.co/0iS6ZE9GZS n’a aucun lien avec France-Soir.

Ce site usurpe illégalement :
• La marque « France-Soir »,
• L’identité visuelle et rédactionnelle historique de… pic.twitter.com/of6xcXrdQx

— France-Soir (@france_soir) February 4, 2026

Mais la publication de France Soir n’est pas parvenue à contenir l’emballement sur les réseaux sociaux.

Une fake news diffusée sur les réseaux sociaux

Le premier compte à avoir diffusé la vidéo est "@LoetitiaH, un relais historique et fréquent des opérations informationnelles de Storm-1516", précise la source gouvernementale selon plusieurs médias. Le poste, alléguant qu'"il s’est avéré que Macron était un invité fréquent de la résidence d’Epstein à Paris", a ensuite "été repris et amplifié par de nombreux autres comptes suivis par Viginum et très probablement rémunérés par les opérateurs du mode opératoire".

Sur un ton ironique, le compte X @FrenchResponse, géré par le ministère des Affaires étrangères a répondu à la fake news : "Il s’est avéré que Loetitia détient des secrets mondiaux. Il s’est avéré que l’IA les met en images. Il s’est avéré que l’article de France Soir n’existe pas. Il s’est avéré que des réseaux russes amplifient direct."

Il s'est avéré que Loetitia détient des secrets mondiaux.
Il s'est avéré que l'IA les met en images.
Il s'est avéré que l'article de France Soir n'existe pas.
Il s'est avéré que des réseaux russes amplifient direct.

Il s'est avéré que le hasard non plus n'y est pour rien.… https://t.co/Y2WviLvAZy

— French Response (@FrenchResponse) February 5, 2026

Car si le nom d’Emmanuel Macron apparaît effectivement dans le dossier, cela ne signifie en rien qu’il y est mis en cause. Le président est simplement mentionné dans des discussions entre d'autres personnes ou dans des articles de presse. Aucun élément ne permet, à ce jour, de suspecter ou de démontrer une rencontre, ni même un échange entre le chef d'Etat et le pédocriminel, mort en prison en 2019.

© REUTERS

L'objectif de cette dernière ingérence : faire croire à une implication d’Emmanuel Macron dans l’affaire Epstein.

Guerre en Ukraine : la Russie fragilisée par la coupure des antennes Starlink

6 février 2026 à 14:50

C'est une décision qui risque de couter cher à la Russie. Depuis quelques mois, son armée utilise, le réseau internet satellite de Starlink, dont Elon Musk est propriétaire. Le but : doter ses drones de cette technologie afin de conduire des frappes plus précises et moins détectables par les brouilleurs ukrainiens.

Une pratique documentée depuis fin décembre par l'Institute for the Study of War - traduisez : Institut pour l’étude de la guerre -. Selon ce think tank américain, l'utilisation de Starlink, pourtant interdite dans le contexte d’attaques militaire, augmenterait la portée des drones à 500 km. Aussi, un tel rayon permettrait aux engins moscovites de survoler "la majeure partie de l’Ukraine, toute la Moldavie et certaines régions de la Pologne, de la Roumanie et de la Lituanie".

Les communications coupées

Selon une information du média Kyiv Independent, la Russie aurait également recours à des terminaux de la même société pour communiquer sur le champ de bataille. Et ce, depuis bien plus longtemps.

A la demande de l'Ukraine, Elon Musk a annoncé prendre des mesures pour y remédier. Parole tenue. Le 4 février, sur Telegram, le ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov, a annoncé la désactivation de ces terminaux internet. Trois commandants ukrainiens ont aussi affirmé aux journalistes du Kyiv Independent avoir intercepté des messages des forces russes "se plaignant de la défaillance des terminaux Starlink en grand nombre". "Ils ont été complètement coupés. Cela signifiera potentiellement que leur activité baissera pendant qu'ils trouveront d'autres moyens de communication", se réjouit un commandant de drone.

"Une catastrophe"

Car la fin de Starlink n'est pas seulement un "problème" mais bien une "catastrophe" pour Moscou, a jugé un conseiller Mykhailo Fedorov. Cette tournure d'évènement, les troupes adverses en ont parfaitement conscience. Sur son canal Telegram, Alexandre Kots, journaliste russe au Komsomolskaïa Pravda, a retranscrit les paroles de l'un de ses compatriotes et officier : Starlink était "le talon d'Achille des forces du Kremlin".

La cause des ces inquiétudes ? La Russie ne dispose d'aucune technologie comparable à Starlink et devra faire preuve d'imagination pour palier son absence. En réfléchissant aux solutions envisageables, le blogueur militaire russe, Roman Alekhine, n'en n'a vu qu'une : le déploiement de câbles à fibre optique sur le terrain. Problème, une telle opération serait non seulement bien plus "complexe" et coûteuse" à mettre en place. "C'est très préoccupant, surtout compte tenu des besoins de communication sur le terrain", ajoute Roman Alekhine sur un canal Telegram dédié à ces antennes.

Et il n'est pas le seul à s'en inquiéter. Un autre blogueur, caché derrière le nébuleux pseudo "Informateur militaire" craint que la fin de Starlink rime avec un retour en arrière de "quelques années" des troupes du Kremlin. Comprenez ici l'utilisation de technologies obsolètes, dont l'Internet filaire, le Wi-Fi et les communication radio.

© REUTERS

Un système Internet par satellite Starlink utilisé par l'Ukraine. Photo d'archive.

Royaume-Uni : Amelia, une collégienne virtuelle devenue icône de la haine

5 février 2026 à 18:08

Carré violet, style "gothique", et drapeau sur les épaules, Amelia est écolière. Elle est aussi raciste, nationaliste, et surtout, elle n’existe pas. Comme "icône" de sa "résistance", l’extrême droite anglaise s’est choisie une intelligence artificielle, dérivée d’un personnage imaginé pour les enfants.

Tout commence par un jeu vidéo destiné aux 13-18 ans : Pathways - traduisez : chemins -. Un "kit pédagogique interactif", financé par le gouvernement britannique, dans l'ambition d'apprendre aux jeunes à reconnaître "l’extrémisme et la radicalité" en ligne.

Raciste, homophobe et ultra-sexualisée

Amelia y a le mauvais rôle, accusant par exemple les "immigrés de venir au Royaume-Uni pour prendre notre travail", ou encourageant ses camarades à rejoindre des groupuscules identitaires. Selon le journal britannique The Guardian, certains scénarios simulés dans le jeu donnent lieu à un signalement dans le cadre du programme antiterroriste gouvernemental "Prevent".

De quoi piquer l’extrême droite locale qui s’est rapidement emparée du personnage. Grâce à l’intelligence artificielle, des internautes la mettent en scène sous diverses formes. Manga, Wallace et Gromit, dessin animé, ou personnage ultra-réaliste - ou du moins, autant que l’IA puisse l’être -. Qu’importe l’univers, une chose ne change pas : attablée dans un pub, Amelia professe son amour pour l’Angleterre, la bière, les fish and chips tout en éructant son racisme, son homophobie et son complotisme. "Sadiq Khan, on est a Londres ici, pas en Afghanistan, ni dans Star Wars", peut-on entendre sur l'une des nombreuses vidéos postées. Dans des publications qui cumulent des millions de vues, des utilisateurs n’hésitent pas à exploiter l’IA pour appeler au soulèvement, violenter des élus, prendre le contrôle des armées et des institutions.

Autre fait notable, les représentations d’Amelia, lycéenne mineure, ont très rapidement été ultra-sexualisées. Une dérive dont ne s’étonne pas Siddharth Venkataramakrishnan, analyste à l’Institute for Strategic Dialogue, qui pointe l’emballement d’une droite dissidente. "Tout un écosystème s’y est attaché. De toute évidence, l’imagerie sexualisée y joue un rôle clef. Le public cible est presque exclusivement composé de jeunes hommes."

Une "monétisation de la haine"

Et l'avatar dépasse les frontières, parfois repris sous un autre nom comme "Victoire" pour l'Hexagone. Depuis la fin du mois de janvier, les dérivés d’Amelia pullulent sur les réseaux sociaux. Allemagne, Australie, France, personne ne semble pouvoir lui échapper… Au point de devenir un phénomène économique.

Selon les analyses de Peryton Intelligence - spécialiste en surveillance de la désinformation - relayées par le Guardian, la quantité de posts mentionnant Amelia est passée d’une moyenne de 500 par jour - à ses débuts - à environ 10 000 depuis le 15 janvier. Le 21 janvier, l’agence a recensé une explosion des contenus : plus de 11 000 posts sur X uniquement.

Un engouement virtuel qui n’a pas échappé aux plus opportunistes, donnant ainsi naissance à une cryptomonnaie d’Amelia. Echo international dont Elon Musk - son adhésion aux idéologies radicales ne laisse plus l’ombre d’un doute - a lui-même fait la promotion.

Elon Musk is posting Amelia memes

Britain will be saved 🇬🇧 pic.twitter.com/8esKWr5Ib5

— Basil the Great (@BasilTheGreat) January 22, 2026

"Ce à quoi nous assistons, c’est la monétisation de la haine", a déploré dans les colonnes du Guardian, Matteo Bergamini, fondateur et PDG de Shout Out UK, entité à l’origine du jeu vidéo. Et le chef d’entreprise ne cache pas sa surprise : "nous avons vu des groupes Telegram échanger des messages en chinois au sujet de la cryptomonnaie et discuter de la manière de gonfler artificiellement sa valeur, ce qui permet de gagner beaucoup d’argent". Une tournure d’événement dont se désole Matteo Bergamini qui assure que, malgré la polémique, Shout Out UK continue de recevoir les retours positifs des milieux scolaires.

Selon le ministère de l’Intérieur britannique, le programme Prevent a permis de détourner près de 6 000 personnes des idéologies violentes.

© X

Capture d’écran d’une image d’Amelia générée par intelligence artificielle sur X.

Roberto Vannacci, la nouvelle épine radicale dans le pied de Giorgia Meloni

4 février 2026 à 20:29

Existe-t-il quelque chose à la droite de l'extrême droite ? Roberto Vannacci en est convaincu. Le député européen, qui le clame depuis des mois, a finalement sauté le pas pour "poursuivre un rêve". Ce mardi 3 février, il a claqué la porte de la Ligue, le parti italien d'extrême droite - dirigé par Matteo Salvini, numéro deux du gouvernement - auquel il doit son siège à Bruxelles. La raison : le mouvement est trop "modéré" aux yeux de celui qui ne dissimule pas son admiration pour Benito Mussolini, ni son attrait pour le fascisme.

Dans son ambition de rassembler, Roberto Vannacci, a lancé son propre parti : Futuro Nazionale (NDLR : Futur National, en français). Si le nom laisse peu de place au doute sur la direction impulsée, un communiqué daté de ce mardi précise ses ambitions. Sur X, il dépeint "sa" droite : "vraie, cohérente, identitaire, forte, fière, convaincue, enthousiaste, pure et contagieuse". Et l'ancien militaire le clame, sa "droite n'est pas pas à la carte... et par-dessus tout elle n'est pas modérée".

Un général limogé, adepte du "grand remplacement"

De quoi faire bondir ses anciens alliés... mais pas de surprise. Depuis plusieurs semaines, alors que la pression montait en interne, l'homme politique s'est attelé à tourmenter ses rangs avec l'idée d'une scission. Le 24 janvier, l'eurodéputé a officiellement déposé le nom Futuro Nazionale, avant fermer la porte sur X : "Les pages récemment apparues sur les réseaux sociaux et les groupes Telegram faisant référence à Futuro Nazionale ne reflètent pas mon opinion ni celle de mes proches". Puis d'ouvrir une fenêtre : "Si je décide d'ouvrir des comptes sur les réseaux sociaux à ce sujet, je ne manquerai pas de vous en informer".

Une tournure des évènements qui ne surprend pas le politologue italien, Roberto d'Alimonte. "Depuis son élection, Giorgia Meloni se rapproche du centre droit, presque d'un parti modéré, c'est pour cette raison qu'il existe aujourd'hui en Italie un espace pour la droite radicale". Et l'expert de préciser : "Ce qui arrive en Italie aujourd'hui, c'est ce qui est arrivé en France il y a quelques années : quand le Rassemblement national a commencé à se dédiaboliser, Eric Zemmour est apparu".

Et les similitudes ne se cantonnent pas aux calendriers. Avant de faire ses premiers pas dans l'arène politique, Roberto Vannacci s'était improvisé essayiste. Dans Il mondo al contrario - traduisez, Le monde à l’envers - , pamphlet auto-publié devenu best-seller, le général éructe sa tétanie du "grand remplacement", son racisme, son homophobie... Succès en librairie récompensé par un limogeage de l'armée.

Giorgia Meloni dans l'impasse ?

Quant à la déradicalisation de Giorgia Meloni, elle est bien à l'origine de crispations au sein de la coalition gouvernementale. Sur les bancs de la Ligue, on s'agace de son soutien à l'Otan et on lui reproche son aide à l'Ukraine. Fronde dont Roberto Vannacci s'est volontiers emparé, assurant, par exemple, préférer Vladimir Poutine à Volodymyr Zelensky. Mais pour le gouvernement qui s'est déjà donné bien du mal à former sa majorité pas question de se fâcher pour ça. Le 29 janvier, conscient de l'instabilité de son siège, Matteo Salvini s'est envolé à la rescousse de son soldat. "Il y a de la place pour différentes sensibilités au sein de la Ligue. [...] Nous voulons construire et grandir, pas nous battre", avait-il alors plaidé. Moins d'une semaine plus tard, le divorce était acté. Mais le chef de la Ligue l'assure : il n'est pas en "colère", seulement "déçu et amer".

Et le gouvernement a bien des raisons de se faire du souci. Certes, depuis sa naissance Futuro Nazionale ne compte qu'un membre, mais il n'est pas exclu que des élus de la coalition ou de la Ligue le rejoignent dans les jours qui suivent. Ensuite, la coalition a été formée de justesse, et quelques pourcents pourrait faire chavirer les élections législatives de 2027.

Roberto d'Alimonte voit deux issues : "soit Roberto Vannacci va s'essouffler [d'ici aux élections], soit il pourrait représenter 3 ou 4 % des voix. Mais même un tel score poserait un problème à Giorgia Meloni". Et la présidente du conseil n'est pas étrangère à cette situation, elle qui tente de réformer le système électoral en sa faveur. Car dans une Italie particulièrement bipartisane, la femme politique craint et anticipe une union de la gauche, d'autant plus menaçante alors que son clan se déchire.

Giorgia Meloni devra donc trancher : s'allier ou ne pas s'allier avec Futuro Nazionale ? Si laisser Roberto Vannacci filer pourrait mener à la défaite, une alliance avec une droite si radicale serait synonyme de controverse, difficile à assumer avant une élection. Encore faut-il que l'option soit sur la table, car rien ne garantit que le dissident accepte de rentrer au bercail.

© REUTERS

Roberto Vannacci souhaite désormais fonder son propre parti, ce qui met potentiellement en danger toute la coalition de Giorgia Meloni.

Etats-Unis : le traitement inédit d’une plainte visant Tulsi Gabbard, directrice du renseignement, interroge

3 février 2026 à 20:32

Une plainte enfermée dans un coffre-fort, le congrès écarté, et à en croire le Wall Street Journal, un "mystère digne d’un roman de John le Carré"… Voilà l’affaire qui fait frémir les couloirs du renseignement national américain. Selon les informations du quotidien, une plainte a été déposée en mai dernier auprès de l’inspecteur général des services de renseignement à l’encontre de la directrice de l’agence, Tulsi Gabbard.

La sulfureuse militaire devenue femme politique n’en est pas à sa première controverse depuis qu’elle a rejoint l’entourage Trump. Adorée des médias russes, un animateur populaire la surnommait "notre copine" en 2022. Désormais, la mission d’enquêter sur les résultats de l’élection présidentielle américaine de 2020 a été rajoutée à son portefeuille. Et la directrice a déjà un avis très tranché : la victoire a été volée. "Le président Trump et toute son équipe sont déterminés à faire en sorte qu’une élection américaine ne soit plus jamais truquée. Tulsi Gabbard joue un rôle de premier plan dans cet effort crucial", avait déclaré l’attachée de presse du président des Etats-Unis, Karoline Leavitt.

Une plainte "sans fondement"...

Quant à la plainte qui la vise, elle en a été informée par un courrier de l’avocat du lanceur d’alerte, envoyé quelques mois plus tard, en novembre.

La lettre, consultée par le Wall Street Journal, reproche au bureau de la femme politique "d’avoir entravé la diffusion de la plainte auprès des législateurs en ne fournissant pas les consignes de sécurité nécessaires à cet effet". Une accusation que Tulsi Gabbard n’a pas cherché à démentir. Bien au contraire, son porte-parole a confirmé avoir rejeté la plainte, considérée comme étant "sans fondement et motivée par des raisons politiques".

Si le bureau de la dirigeante a transmis aux deux chambres américaines une copie de la lettre dès novembre, afin de prendre connaissance de l’affaire, aucune n’a pu consulter la plainte en tant que tel. De quoi irriter les élus démocrates qui, ces dernières semaines, se sont attelés à dénicher davantage d’informations… En vain. Car l’inspecteur général aurait pris des mesures drastiques pour protéger le secret : verrouiller le document dans un coffre-fort. "Certaines plaintes concernent des documents extrêmement sensibles qui nécessitent des conditions particulières de traitement et de stockage. C’est le cas ici", s’est justifié un représentant auprès du WSJ.

… Jamais transmise

Et il ne serait pas ici question d’un retard de courrier. Andrew Bakaj, l’avocat du lanceur d’alerte, n’a lui même pas eu l’opportunité de lire la plainte, jugée trop confidentielle. "D’après mon expérience, il est déconcertant que [le bureau de Gabbard] mette des semaines, voire huit mois, pour transmettre une divulgation au Congrès", a-t-il déclaré dans les colonnes du Wall Street Journal.

Une chose est certaine : que les chambres restent dans l’ombre si longtemps est une première. Selon les experts contactés par le quotidien américain, "l’inspecteur général est généralement tenu d’évaluer la crédibilité de la plainte dans les deux semaines suivant sa réception et, s’il la juge crédible, de la transmettre aux législateurs dans un délai d’une semaine supplémentaire." Il est également possible pour un employé de transmettre directement sa plainte aux commissions du renseignement parlementaire, "à condition que le directeur du renseignement national lui fournisse des instructions sur la manière de la transmettre en toute sécurité". Un processus qui n’est pas régi par des délais précis mais qui "prend généralement quelques semaines".

Une fonction très politique

Quelques jours après son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Donald Trump, qui avait déjà été visé par un lanceur d’alerte, a licencié une série d’inspecteurs généraux au sein du gouvernement. Une tentative de "purger" les organismes de contrôle indépendants afin de dissimuler des actes répréhensibles, selon le parti Démocrate.

En octobre 2025, le Sénat, majoritairement Républicains, a voté la nomination d’un nouvel inspecteur général de la communauté du renseignement, Christopher Fox. L’homme d’Etat avait été l’assistant de Tulsi Gabbard.

© Eric Lee - Pool via CNP/picture alliance / Consolidated News Photos/Newscom/MaxPPP

Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national (DNI), s'exprime lors d'une conférence de presse dans la salle de presse James S. Brady de la Maison-Blanche à Washington, D.C., le mercredi 23 juillet 2025.

Démissions et excuses : l’Europe secouée par les nouvelles publications dans l’affaire Epstein

3 février 2026 à 13:57

Ce vendredi 30 janvier, six ans après la mort en prison du prédateur sexuel Jeffrey Epstein, la justice américaine a publié plus de trois millions de nouveaux documents issus de l'enquête le visant. Des pages qui révèlent ou confirment les liens entre le criminel et plusieurs personnalités du Vieux Continent… Et ce, même après sa première condamnation en 2008. Au terme d’un plaider-coupable, le milliardaire ultra-connecté avait alors écopé de 18 mois de prison, pour exploitation sexuelle de mineures.

Royauté, dirigeants politiques, figures économiques… La liste de l’entourage de Jeffrey Epstein n’épargne aucune sphère du pouvoir.

Un ex-prince à quatre pattes

Ce n'est pas la première fois que l'affaire Epstein provoque une onde de choc au Royaume-Uni. En octobre 2025, l'ex-prince Andrew avait été déchu de son titre par son frère, le roi Charles III, pour son implication dans le réseau pédocriminel du financier. Depuis cette nouvelle vague de publication, l'homme fait, une fois encore, couler de l'encre.

Une photographie publiée par la justice américaine le montre, à quatre pattes, au-dessus d'une femme au visage flouté. L'image dont s'est emparée la presse nationale a rapidement fait le tour du royaume. Au lendemain de ces révélations, le quotidien The Daily star titrait "Creepy crawler" - traduisez "bestiole rampante". Le même jour, la une du Sun placardait la mention "Shame on you" - "honte à vous", en français - sur la photographie de l'ancien duc.

Peter Mandelson

Toujours au Royaume-Uni, l’ancien commissaire européen et deux fois ministre de Tony Blair, Peter Mandelson, a également été mis en cause dans l’affaire. Celui dont l’amitié avec Jeffrey Epstein ne laissait plus planer l’ombre d’un doute s’était déjà vu démis de ses fonctions d’ambassadeur à Washington en septembre 2025. Dans cette nouvelle vague de révélations, un cliché de l’homme d’Etat en sous-vêtement a été rendu public. Peter Mandelson est également mis en cause pour corruption : des documents semblent attester qu’il aurait reçu 75 000 livres sterling (86 775 euros) de la part d’Epstein. Accusations qu'il dément.

Dimanche soir, soit deux jours après la parution de ces nouvelles informations, le Britannique a démissionné du Parti travailliste afin d’éviter de provoquer "un embarras supplémentaire" dans sa formation politique, selon ses dires.

Et, de l’autre côté de la Manche, les révélations continuent. Ce lundi 2 février, le Financial Times a dévoilé qu’en 2009, Peter Mandelson, alors secrétaire d’État au commerce, avait divulgué à Jeffrey Epstein "un document sensible du gouvernement britannique qui proposait la vente d’actifs pour un montant de 20 milliards de livres sterling [comptez plus de 23 milliards d'euros, NDLR] et révélait les projets du Parti travailliste en matière de politique fiscale". Le jour même, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a ordonné l'ouverture d'une enquête sur la conduite de Mandelson "pendant son mandat de ministre". Par la voix de son porte-parole, Downing Street a également exprimé sa volonté de voir Peter Mandelson perdre son titre et son siège à la Chambre des lords, la chambre haute du pays.

"C’est tout simplement gênant"

En Norvège, la famille royale - qui n'est pas étrangère aux scandales - est également éclaboussée par les dernières révélations américaines. La princesse Mette-Marit avait déjà admis avoir fréquenté le milliardaire au début des années 2010 par le biais de connaissances communes. Toutefois, les révélations du 30 janvier semblent montrer que la relation entre la future reine et le criminel était plus intime que ce qu'elle avait précédemment confessé.

En novembre 2012, elle lui écrivait par SMS : "Est-il inapproprié pour une mère de suggérer deux femmes nues portant une planche de surf comme fond d’écran pour son fils de 15 ans ?". A plusieurs reprises après la condamnation de Jeffrey Epstein, Mette-Marit s’est rendue dans sa propriété de Palm Beach, en Floride. Dans un communiqué, l'héritière assure avoir fait "preuve d’un mauvais jugement". Et d'ajouter : "Je regrette profondément d’avoir eu le moindre contact avec Epstein. C’est tout simplement gênant".

La princesse n'est pas la seule personnalité norvégienne à avoir visité la villa floridienne. En 2014 et 2017, l’ancien Premier ministre travailliste, Thorbjorn Jagland, a passé plusieurs vacances familiales dans la résidence du milliardaire. En plus d'autres fonctions, l'homme politique était à l'époque chargé de l'attribution du prix Nobel de la paix et président du conseil éponyme.

Des démissions aux quatre coins de l’Europe

Toujours en Scandinavie, la Suède a également été bouleversée par l'affaire. La biologiste Joanna Rubinstein a démissionné de la présidence de Sweden for UNHCR (fondation de collecte de fonds pour l’Agence des Nations unies pour les réfugiés), ce lundi 2 février. En 2012, elle s'était rendue accompagnée de sa famille sur l’île privée de Jeffrey Epstein dans les Caraïbes. "J’étais au courant du jugement [datant de 2008] au moment de ma visite. Ce qui a été révélé par la suite concernant l’ampleur des abus est horrible et je m’en distancie fermement", a commenté auprès du média local Expressen celle qui a également présidé la fondation mondiale pour l’enfance.

De l'autre côté du continent, en Slovaquie, Miroslav Lajcak, célèbre diplomate, ancien ministre des Affaires étrangères et actuel conseiller du Premier ministre, a lui aussi présenté sa démission ce samedi 31 janvier. En 2018, dans un échange SMS, Jeffrey Epstein promettait des femmes à celui qui était à l’époque le chef de la diplomatie slovaque. Celui qui avait déjà été questionné sur ses liens avec le pédocriminel avait alors assuré que leur relation était exclusivement professionnelle.

En France, le nom de l'ancien ministre socialiste de la Culture Jack Lang est apparu dans la nouvelle salve de documents publiés. L'actuel président de l’Institut du monde arabe "assume pleinement" les liens qu'il a eus avec Jeffrey Epstein, tout en assurant être "tombé des nues" en découvrant ses crimes. Sa fille Caroline a quant à elle démissionné de son poste de déléguée générale du Syndicat des producteurs indépendants, pour ne pas "nuire" à ce dernier. Les nouvelles révélations exposent ses liens d'affaires avec le pédocriminel, avec qui elle avait fondé en 2016 une société "offshore".

© Jeff Overs/BBC/Handout via REUTERS

L'ancien ambassadeur britannique aux Etats-Unis, Peter Mandelson, lors d'une interview avec la BBC, le 10 janvier 2026.
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