↩ Accueil

Vue normale

"Le Groenland finira tôt ou tard par se détacher du Danemark" : l'analyse décapante d'un géopolitologue danois

9 janvier 2026 à 16:00

Les moyens militaires déployés par le Danemark pour assurer la sécurité du Groenland seraient insuffisants face aux menaces russes et chinoises. Voilà, en somme, ce qui suffirait à justifier, selon Donald Trump, le passage sous pavillon américain de la dépendance du Danemark. Un argument fallacieux, claque Copenhague qui contre-attaque, pointant la responsabilité américaine après la fermeture de plusieurs bases militaires et des effectifs militaires passés de 10 000 en période de guerre froide à moins de 200 aujourd'hui.

Mais qu'importe le réel et ce qu'il cache. Donald Trump n'a jamais semblé aussi déterminé à mettre la main sur ce territoire de l'Arctique. La Maison-Blanche chante même qu'il étudierait "activement" des projets de rachat. Ainsi, face à la détermination de la première puissance mondiale, le Danemark a-t-il encore des cartes à jouer pour l'en dissuader ? Et quid de l'Otan ? Survivrait-elle à un conflit entre deux de ses membres ? L'analyse du professeur en sciences politiques à l’Université de Copenhague et spécialiste en relations internationales, sécurité et de défense, Mikkel Vedby Rasmussen.

L'Express : Comment le Danemark réagirait-il en cas d'intervention américaine sur son territoire autonome ?

Mikkel Vedby Rasmussen : Même si l’administration Trump surfe sur l’euphorie suscitée par une série d’actions militaires décisives au Venezuela, une intervention militaire américaine m'apparaît peu probable. Mais ne vous y trompez pas : si les Etats-Unis lançaient une invasion, les forces danoises présentes sur l'île se battraient.

Dans ce dossier, il est important d'avoir en tête qu'en 1941, l’ambassadeur du Danemark à Washington, Henrik Kauffmann, a accordé aux États-Unis des droits sur le territoire du Groenland, ce qui a, de facto, partagé la souveraineté de l’île entre Copenhague et les États-Unis : aux Américains la souveraineté en matière de sécurité, aux Danois celle des affaires intérieures (NDLR : cette situation sera ensuite formalisée et pérennisée par l’accord de défense de 1951).

Or, le Groenland a depuis poursuivi un objectif d’indépendance sans tenir compte de cette réalité géopolitique. Aujourd'hui, c'est sur ce point fondamental que s'appuie l’administration Trump. À Washington, certains parlent d’une logique du "fuck around and find out" [en français poli, "qui s’y frotte s’y pique"] : les États-Unis ne toléreraient pas que des alliés comme des adversaires jouent avec leurs intérêts stratégiques sans en assumer les conséquences. L’indépendance groenlandaise est ainsi assimilée à un test dangereux.

Le Danemark dispose-t-il encore de leviers pour dissuader Donald Trump de s'emparer du Groenland ?

Le gouvernement danois a tenté de convaincre les Américains qu’il assumait pleinement ses responsabilités en matière de sécurité. Mais jusqu’ici, Copenhague n’est pas parvenue à freiner la dynamique indépendantiste, ni à contenir les ambitions les plus débridées du gouvernement groenlandais en matière de coopération avec la Chine. Si les autorités groenlandaises renonçaient à leurs projets d’indépendance et si le royaume du Danemark adoptait des mesures fermes à l’égard de Pékin, cela contribuerait largement à désamorcer l’offensive politique de Donald Trump.

Ne serait-ce pas céder à la pression et aux velléités impériales américaines ?

On peut toujours spéculer sur les motivations de l’administration Trump et en quoi ses ambitions pourraient s’inscrire dans le cadre des traités existants. Il n’en reste pas moins que le président américain veut le Groenland. Le Danemark doit en prendre acte. Au bout du compte, la menace russe en mer Baltique est plus déterminante pour nous. S’il fallait choisir, ce serait notre priorité.

Plusieurs pays européens ont défendu la souveraineté du Groenland, sans préciser ce qu’ils feraient en cas d’annexion américaine. Les Européens ont-ils un plan ou naviguent-ils à vue ?

La déclaration européenne rappelle que le peuple groenlandais est maître de son destin et que toute décision doit être prise par le Danemark et le Groenland dans le cadre juridique du royaume. Autrement dit, elle ne ferme pas la porte à un accord entre les États-Unis et les Groenlandais, dès lors que celui-ci serait entériné par Copenhague.

Il ne s’agit donc en rien d’une "doctrine Monroe à l’envers". Bien au contraire, le texte insiste sur le caractère transatlantique de la sécurité dans l’Arctique. J’y vois avant tout la volonté des Européens de ne pas être tenus à l’écart de ce dossier. Dans l’immédiat, ce soutien européen est évidemment précieux pour le Danemark. Mais il a aussi un revers : la question groenlandaise risque d’être imbriquée à d’autres dossiers – les droits de douane, l’Ukraine – au point que Copenhague pourrait être sommée de faire des concessions au nom d’un intérêt jugé supérieur.

À ce propos, la faiblesse de la réaction des dirigeants européens est-elle un aveu d’impuissance, ou relève-t-elle simplement d’une "realpolitik" visant à préserver le soutien américain à l’Ukraine ?

En réalité, les dirigeants européens soutiennent mordicus une position danoise objectivement fragile. Et cette fragilité ne tient pas tant aux pressions américaines qu’à un choix assumé, constitutionnel et politique : celui d’avoir ouvert la voie à l’indépendance du Groenland. Le Groenland finira, tôt ou tard, par se détacher du Danemark. La véritable question est de savoir s’il pourra le faire sans tomber sous la dépendance des États-Unis.

Et qu’en est-il de l’Otan ? L'Alliance atlantique pourrait-elle survivre à un affrontement entre alliés ?

Les relations parfois conflictuelles entre la Grèce et la Turquie montrent que l’Otan a déjà connu des tensions internes. Mais ici, la situation est différente, car les États-Unis sont eux-mêmes partie prenante. Le Danemark se trouve à la croisée de deux zones stratégiques majeures : la Baltique, où il est directement engagé dans la dissuasion face à la Russie et la protection de ses alliés nordiques et baltes ; et l’Atlantique Nord, dont le Groenland constitue un pivot essentiel pour le contrôle des routes maritimes, de l’espace aérien et de l’accès à l’Arctique.

Les revendications américaines sur le Groenland contraignent ainsi Copenhague à arbitrer entre ces deux priorités stratégiques. Il pourrait arriver un moment où le Danemark se retrouverait face à un dilemme stratégique : en s’opposant aux États-Unis sur le Groenland, Copenhague risquerait de fragiliser le soutien américain dont il dépend pour sa sécurité en mer Baltique, notamment face à la Russie. Dans une telle configuration, le choix serait politiquement douloureux, mais stratégique­ment évident : pour le Danemark, la sécurité de la Baltique prime sur celle du Groenland.

© LANDOV/MAXPPP

"Si les Etats-Unis lançaient une invasion, les forces danoises du Groenland se battraient", analyse Mikkel Vedby Rasmussen, ancien chef du bureau de stratégie au ministère danois de la Défense.

Des frappes "au sol" contre des cartels : Donald Trump accroît la pression sur le Mexique

9 janvier 2026 à 13:37

Après le Venezuela, et en attendant peut-être Cuba et la Colombie, le Mexique et ses trafiquants de drogue sont chaque jour un peu plus dans le viseur de Donald Trump. Le président américain a annoncé jeudi 8 janvier les Etats-Unis allaient mener des frappes "au sol" contre les cartels de la drogue mexicains, sans préciser exactement où. "Nous allons commencer des frappes au sol en ce qui concerne les cartels. Les cartels dirigent le Mexique. C'est très, très triste de voir et regarder ce qui est arrivé dans ce pays", a déclaré Donald Trump dans une interview sur Fox News, alors que les Etats-Unis ont déployé dès cet été un important dispositif militaire dans les Caraïbes et bombardé des embarcations en provenance du Venezuela au nom de la lutte contre le narcotrafic.

Il va "falloir faire quelque chose avec le Mexique"

Le week-end dernier, le milliardaire issu du parti républicain avait incité le Mexique à "se ressaisir", après des mois de pression sur le voisin du sud sur les questions de lutte contre le narcotrafic et de balance commerciale. Le président américain avait exhorté Claudia Sheinbaum, son homologue mexicaine, de laisser Washington envoyer des forces américaines lutter contre ces cartels de la drogue qui opèrent au Mexique, une proposition qu'elle avait déjà rejetée par le passé, a-t-il indiqué. Donald Trump avait évoqué la possibilité d'une intervention militaire américaine au Mexique, affirmant que les cartels de la drogue "dirigent" le pays et qu'il va "falloir faire quelque chose avec le Mexique".

Dans la foulée de l'enlèvement de Nicolas Maduro, Claudia Sheinbaum a évoqué le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, un principe cher à… un ancien président américain, Woodrow Wilson. "Le Mexique soutient avec conviction que l’Amérique n'appartient ni à une doctrine ni à une puissance. Le continent américain appartient aux peuples de chacun des pays qui le composent", a affirmé la présidente du Mexique. "Nous rejetons catégoriquement toute ingérence dans les affaires intérieures d'autres pays", a-t-elle en outre déclaré lundi lors d’une conférence de presse, comme le relate Reuters.

Un exercice d'équilibriste

Depuis l'attaque américaine contre le Venezuela, le gouvernement mexicain se trouve confronté à un exercice d'équilibriste délicat : condamner fermement l'opération tout en renforçant la coopération bilatérale de peur que le Mexique ne se retrouve dans le collimateur de Donald Trump.

La condamnation sans appel de l'attaque par Claudia Sheinbaum semble indiquer qu'elle ne tolérerait pas d'actions similaires contre les narcotrafiquants au Mexique. Cependant, en coulisses, Mexico devrait se rapprocher encore davantage de Washington à la suite de l'enlèvement de Nicolas Maduro, espérant qu'une coopération bilatérale de sécurité renforcée permettra de dissuader toute agression américaine, déclarent à Reuters des responsables mexicains et des analystes de sécurité. "Le renforcement de la coopération en matière de sécurité et le développement de la lutte du Mexique contre les cartels seront essentiels pour éviter une intervention militaire américaine unilatérale", affirme un responsable de la sécurité mexicain sous couvert d'anonymat.

"Claudia Sheinbaum marche sur un fil : elle affirme une position ferme contre toute intervention, tout en faisant la seule chose que le Mexique puisse faire compte tenu de ce rapport de force asymétrique : continuer à coopérer avec les Etats-Unis", indique Carlos Perez Ricart, analyste mexicain de sécurité.

Une pression accrue sur la présidente du Mexique

Au cours de l'année écoulée, Claudia Sheinbaum a su naviguer sur cet équilibre politique délicat, défendant la souveraineté du Mexique tout en apaisant Washington par deux expulsions massives vers les Etats-Unis de membres présumés de haut rang des cartels et en lançant une offensive militaire d'un an contre le cartel de Sinaloa. Ces actions lui ont valu les éloges de hauts responsables américains. Selon David Mora, analyste principal à l'International Crisis Group, il faut s’attendre à ce que le gouvernement mexicain s'engage dans des opérations militaires conjointes avec les Etats-Unis, ce qu'il n'a donc pas fait jusqu'à présent. "La pression sur Claudia Sheinbaum va s'accroître", estime-t-il.

Après l’enlèvement de Nicolas Maduro, les autorités mexicaines ont examiné la possibilité, aussi infime soit-elle, d'une attaque militaire contre leur pays, relève Reuters. Peu croient que Washington ciblerait les dirigeants mexicains comme il l'a fait avec le dirigeant vénézuélien. Mais une action unilatérale contre les cartels de la drogue porterait un coup dur au gouvernement mexicain, sapant son autorité et violant la souveraineté qu'il s'est engagé à défendre.

© REUTERS

Le président Donald Trump, ici dans le Bureau ovale à la Maison-Blanche, à Washington D.C., met la pression sur Claudia Sheinbaum afin qu'elle s'attaque fermement aux cartels de la drogue mexicains.

Après Nicolas Maduro, et si Donald Trump kidnappait Emmanuel Macron ?

9 janvier 2026 à 12:00

Après Nicolas Maduro, le président américain pourrait-il faire enlever Emmanuel Macron ? La question paraît saugrenue : contrairement au dictateur vénézuélien, le président français a été légitimement élu ; il dirige le pays qui est le plus ancien allié de Washington ; Donald Trump n’a formulé aucune accusation de narcotrafic contre lui et ne lui a pas demandé de quitter le pouvoir.

À bien regarder, pourtant, un tel scénario, même invraisemblable, aide à prendre la mesure de l’abîme dans lequel la relation transatlantique est tombée depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche il y a un an. L’Europe et l’Amérique ont connu des périodes de tension depuis la Seconde Guerre mondiale, par exemple lors de la crise du canal de Suez en 1956 ou de l’invasion américaine de l’Irak en 2003. Mais jamais les membres de l’Alliance atlantique, celle qui se targuait encore récemment d’être "l’alliance la plus forte que le monde ait jamais connue", n’avaient été aussi proches du divorce.

Dans leur Stratégie nationale de sécurité, publiée en décembre, les Etats-Unis affichent leur intention de déstabiliser les gouvernements progressistes européens au profit des forces nationales populistes. Ils accompagnent le maintien de leur présence dans l’Otan de l’exigence d’un alignement absolu de leurs partenaires sur leurs seuls intérêts nationaux, au point qu’ils s’arrogent, au Groenland, le droit de s’approprier le territoire souverain d’un allié aussi fidèle que le Danemark. Dans ces conditions, s’en prendre à la France, vue comme le pays le plus réticent à s’aplatir devant Washington, pourrait tenter le 47e président américain.

L’administration Trump a montré qu’elle pouvait agir de manière totalement imprévisible sur la scène internationale. Elle ne respecte aucune forme ni aucun principe, si ce n’est la force. L’Amérique "se détourne progressivement de certains de ses alliés et s’affranchit des règles internationales qu’elle promouvait encore récemment", a déploré Emmanuel Macron, le 8 janvier, devant la conférence des ambassadeurs.

L'Europe classée dans le clan des faibles

De fait, Trump ne classe pas les pays en démocraties et autocraties, ni en alliés et adversaires, encore moins en amis et ennemis, mais simplement en forts et faibles. Ceux-là peuvent être traités en partenaires, ceux-ci ne méritent que d’être piétinés. L’Europe, pour son infortune, est classée à Washington dans le camp des faibles. Sa décision de ne pas riposter aux droits de douane américains infligés l’été dernier, dans l’espoir de conserver Washington à ses côtés pour soutenir l’Ukraine, a conforté cette image piteuse.

De tous les dirigeants des grands pays européens, Emmanuel Macron est le plus faible. L’allemand Merz s’appuie sur une coalition gouvernementale fragile, le britannique Starmer est au plus bas dans les sondages, l’espagnol Sanchez est mêlé à une affaire de corruption, le polonais Tusk cohabite avec un chef de l’Etat ultraconservateur… Mais aucun n’a une marge de manœuvre aussi étroite que le président français. Macron, qui ne peut pas se représenter l’an prochain, a dû subir l’humiliation de voir sa réforme des retraites suspendue par le Parlement. Il ne contrôle plus le législatif depuis sa dissolution ratée. Il affronte une impopularité record. Il est devenu ce qu’on appelle à Washington un "lame duck", un dirigeant aux mains liées.

A ce titre, il est une cible idéale pour Donald Trump. Bien sûr, celui-ci ne le fera probablement pas enlever. On se dit néanmoins que même si c’était le cas, cela ne changerait guère la face de l’Europe, tellement les mauvais calculs macroniens ont sapé la position de la France à Bruxelles. Il fut un temps où la voix de la France y était prépondérante. Ce n’est plus le cas. L’impasse dans laquelle Macron s’est enfermé à propos de l’accord de libre-échange conclu par l’UE avec le Marché commun d’Amérique du Sud (Mercosur), qu’il a soutenu avant de s’y opposer en vain, illustre de manière cruelle l’impuissance de celui qui se faisait fort, naguère, de remodeler l’Europe à sa main.

© MAXPPP

Donald Trump et Emmanuel Macron lors du sommet sur Gaza, organisé en Egypte le 14 octobre 2025.

Manifestations, coupures Internet... La contestation s'intensifie en Iran

9 janvier 2026 à 11:52

C'est une mobilisation initialement liée à la vie chère, qui s'est depuis élargie à des revendications politiques. Le mouvement de contestation anti-gouvernementale en Iran évolue rapidement, tandis que la pression internationale sur le régime iranien est croissante. Au moins 45 manifestants, dont huit mineurs, ont été tués depuis le début de la mobilisation dans le pays fin décembre, selon un nouveau bilan de l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, publié jeudi 8 janvier. L'agence de presse américaine HRANA (Human Rights Activists News Agency) a fait état de 2 200 arrestations lors des troubles.

L'Iran a subi une coupure d'internet nationale jeudi, d'après l'organisation de surveillance d'internet NetBlocks, selon qui les données de connectivité ont révélé une chute brutale et quasi totale du réseau dans le pays au cours de l'après-midi. Cette coupure a coïncidé avec les appels à la mobilisation lancés à l'étranger par Reza Pahlavi, fils du dernier shah d'Iran, renversé lors de la révolution islamique de 1979. "Le monde entier vous regarde. Descendez dans la rue", a exhorté Reza Pahlavi sur les réseaux sociaux.

Great nation of Iran, the eyes of the world are upon you. Take to the streets and, as a united front, shout your demands. I warn the Islamic Republic, its leader, and the IRGC that the world and @POTUS are closely watching you. Suppression of the people will not go unanswered. https://t.co/keyFFounaX

— Reza Pahlavi (@PahlaviReza) January 8, 2026

Le régime iranien a déjà imposé des interruptions d'accès à Internet lors de crises. Pendant les douze jours de guerre contre Israël en juin dernier, Téhéran a ainsi bloqué l'accès à Internet, affirmant qu'il s'agissait d'une mesure de sécurité nécessaire pour empêcher les infiltrations israéliennes.

"Le gouvernement iranien utilise les coupures d'Internet comme outil de répression", analyse auprès du New York Times Omid Memarian, expert iranien des droits humains et chercheur principal à DAWN, une organisation basée à Washington spécialisée dans le Moyen-Orient. "Dès que les manifestations atteignent un point critique, les autorités coupent la connexion du pays à Internet afin d'isoler les manifestants et de limiter leurs communications avec l'extérieur." L'Iran était toujours largement coupé du monde extérieur ce vendredi matin. Les appels téléphoniques étaient impossibles à acheminer, les vols annulés et les sites d'information iraniens en ligne n'étaient mis à jour que de manière sporadique.

Ali Khamenei charge Donald Trump

Les images diffusées dans la nuit par la télévision d'État montraient des bus, des voitures et des motos en flammes, ainsi que des incendies dans des stations de métro et des banques.

Les troubles se diffusent dans tout le pays. Une vidéo diffusée sur X et authentifiée par Reuters montre des manifestants à Mashhad, la deuxième ville la plus peuplée du nord-est de l'Iran, arracher un grand drapeau iranien de son mât et le déchirer. Des affrontements ont par ailleurs éclaté entre la population et les forces de sécurité au Grand Bazar de Téhéran.

La montée de la contestation inquiète les autorités. Le dirigeant suprême iranien, Ali Khamenei, a pris la parole ce vendredi, appelant les Iraniens à "préserver l'unité" du pays. Devant un parterre de quelques centaines de personnes, Ali Khamenei a vivement condamné les actions des manifestants qui appellent à la chute du régime. Il a fustigé des "vandales", des "émeutiers" qui "veulent plaire" à Donald Trump en "endommageant des biens publics". Le chef suprême iranien a demandé au président américain de "se concentrer" sur les problèmes de son pays.

Lors d'un entretien avec l'animateur radio conservateur Hugh Hewitt, jeudi, Donald Trump a menacé l'Iran : "Je leur ai fait savoir que s'ils commençaient à tuer des gens, ce qu'ils ont tendance à faire pendant leurs émeutes, ils ont beaucoup d'émeutes, s'ils le font, nous les frapperons très fort".

Condamnation française

La France a également réagi ce vendredi. Les autorités iraniennes doivent faire preuve de la plus grande retenue envers les manifestants qui ont le droit légitime de manifester, a déclaré une source diplomatique française. "Nous déplorons la mort de plusieurs manifestants et appelons les autorités iraniennes à enquêter pleinement sur les circonstances de ces décès", a indiqué à la presse cette source au Quai d'Orsay. "Nous réaffirmons notre attachement à la liberté d'expression et de réunion et appelons l'Iran à respecter toutes ses obligations internationales."

Initiées à Téhéran par des commerçants du Grand Bazar, exaspérés par la chute brutale du rial, la monnaie de l'Iran, les manifestations actuelles impliquent désormais d'autres catégories de la population : principalement des jeunes hommes, contrairement aux femmes et aux jeunes filles qui ont joué un rôle clé en 2022-2023.

Les autorités ont tenté d'adopter une double approche face aux troubles, affirmant que les manifestations liées à la situation économique étaient légitimes et qu'elles seraient accueillies par le dialogue, tout en réprimant certaines manifestations à l'aide de gaz lacrymogènes lors d'affrontements violents dans les rues.

© via REUTERS

Le guide suprême iranien Ali Khamenei s'exprime lors d'un évènement religieux à Téhéran (Iran), le 3 janvier 2026.

Face à Donald Trump et Xi Jinping, l’Europe doit-elle créer une "alliance des Good Guys" ?

9 janvier 2026 à 09:44

En ce début d'année, Donald Trump n’aura pas attendu longtemps pour acter l’abrupt retour à la loi du plus fort. La capture de Nicolás Maduro, sous couvert de narcotrafic, cache à peine la véritable raison du spectaculaire raid américain à Caracas : gérer les immenses réserves pétrolières du pays. Les raisons de la mise sous pression du Groenland sont similaires. A savoir mettre la main sur le potentiel minier du territoire danois. Le président républicain ne s’en est jamais caché : selon lui, puissance rime avec contrôle de l'énergie. Fossile, dans son cas.

Les premiers jours de 2026 viennent confirmer une tendance grandissante : une division du monde entre "pétro-Etats" et "électro-Etats". Les Etats-Unis, avides de pétrole et de gaz, se campent en leaders du premier groupe. La Chine, qui domine les technologies vertes et s’électrifie à marche forcée, domine la seconde catégorie. Et l’Union européenne ? "Elle occupe une position intermédiaire très inconfortable, dépendante des deux blocs, mais sans s'aligner pleinement sur aucun d'entre eux. En résumé, une soupape de pression", notent les chercheuses Tatiana Mitrova et Anne-Sophie Corbeau dans une captivante analyse publiée mi-décembre.

Les Vingt-Sept évoluent sur une ligne de crête, tiraillés au milieu d’un paysage énergétique de plus en plus bipolaire. En sevrage du gaz russe, le continent s’est davantage tourné vers le GNL américain. Conscient de l’importance de ce marché pour son pays, Donald Trump a utilisé la menace des droits de douane pour obtenir d’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, l’engagement de lui acheter pour 750 milliards d’euros de produits énergétiques sur plusieurs années. En parallèle, l’UE, qui cherche à se décarboner, demeure très dépendante de la Chine pour bon nombre de technologies propres : véhicules électriques, panneaux solaires, batteries… Sans oublier les minerais critiques, indispensables pour les secteurs de la tech ou de la défense.

"L'Europe ne doit pas attendre la prochaine crise"

"L'ordre énergétique est en train de changer radicalement. L’Europe ne doit pas attendre la prochaine crise pour ouvrir les yeux et savoir où aller", interpelle Pauline Heinrichs, maîtresse de conférences en études stratégiques (climat et énergie) au King’s College de Londres. Entre les Etats-Unis et la Chine, l’UE pourrait choisir d’emprunter une troisième voie. Celle que Tatiana Mitrova et Anne-Sophie Corbeau, expertes au Center on Global Energy Policy de l’université de Columbia, appellent "l'alliance des Good Guys". C’est-à-dire le rapprochement de nations qui partagent la même situation inconfortable, entre Washington et Pékin. Elles citent notamment le Royaume-Uni, le Japon, le Canada, la Corée du Sud, l’Australie, la Norvège et la Suisse.

"Il s’agit de pays disposés à co-concevoir des systèmes, des normes et des cadres de gouvernance compatibles, détaille Tatiana Mitrova. En mutualisant leurs efforts, ils peuvent accroître de manière significative leurs ressources collectives et leur capacité à faire levier, sans constituer un bloc politique formel." Plutôt que de chercher à reproduire des capacités industrielles à grande échelle ou des chaînes de valeur entièrement domestiques, des partenariats stratégiques permettraient ainsi de pallier les faiblesses européennes. Et inversement pour les autres "Good Guys". Sur l’énergie, "l’Europe n’a guère d’autre choix que de devenir un leader en matière d’efficacité, d’intégration intelligente des systèmes et d’innovation institutionnelle", ajoute la spécialiste. C’est aussi l'avis de Julian Popov, ex-ministre de l'Environnement de Bulgarie, désormais chercheur chez Strategic Perspectives : "Les dirigeants devraient agir de manière décisive pour accroître les investissements dans les réseaux et le stockage à travers le continent. C’est absolument essentiel pour le futur."

Si l’idée d’une telle alliance n’a jamais été vraiment formalisée jusqu’à présent, "elle reflète une logique déjà implicite dans les discussions informelles", assure Tatiana Mitrova. L'ancien député européen Luis Garicano l’évoquait récemment dans les colonnes de L’Express : "Face à la pression des blocs chinois et américains, la Commission devrait mobiliser une grande coalition de pays amis dans le commerce et la défense, avec des États comme la Corée du Sud et le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande". Cela permettrait également à l'exécutif européen de "faire moins mais beaucoup mieux", affirme l'économiste espagnol.

Il ne reste que le plus dur : mettre l’idée en pratique. Face à l’imprévisibilité d’un Donald Trump, le temps presse pour les "Good Guys".

© REUTERS

Entre la Chine et les Etats-Unis, "l'Europe occupe une position intermédiaire très inconfortable, dépendante des deux blocs, mais sans s'aligner pleinement sur aucun d'entre eux", notent les chercheuses Tatiana Mitrova et Anne-Sophie Corbeau dans une captivante analyse publiée mi-décembre.

Minneapolis : ce que l’on sait de la mort de Renee Nicole Good, tuée par la police de l’immigration

9 janvier 2026 à 09:16

C'est un drame survenu alors que l'administration de Donald Trump mène une répression accrue contre les immigrés depuis son retour au pouvoir. Un agent fédéral des services américains de l'immigration (ICE) a abattu mercredi 7 janvier une femme de 37 ans qui se trouvait dans sa voiture à Minneapolis, dans l’Etat du Minnesota. L'Express fait le point sur la mort de Renee Nicole Good, qui a déclenché des manifestations et un vif débat sur les circonstances de ce décès.

Que s'est-il passé ?

Un agent de l'ICE a tiré en état de légitime défense après qu'"une émeutière violente" a tenté de renverser des policiers, a assuré une porte-parole du Département de la Sécurité intérieure dans un communiqué, ajoutant que l'agent avait craint pour sa vie. Toutefois, des vidéos de la fusillade, diffusées en ligne et authentifiées par Reuters, remettent en question la version officielle. L'une d'elles montre un agent s'approcher d'un SUV, ordonner à la conductrice de sortir et saisir la poignée de la portière, tandis qu'un autre agent apparaît devant la voiture. La conductrice recule dans un premier temps puis avance, et l'homme qui se trouve devant elle dégaine son arme, recule et tire trois coups de feu. On ignore si la voiture a heurté le policier, et ce dernier a tiré au moins un coup de feu après que le véhicule l'a dépassé.

You’re lying. There was no attempt to run the officer over and no ICE agents appear to be hurt.

Get out of our city. https://t.co/Pehycaaeei https://t.co/fMnubawQiD

— Ilhan Omar (@IlhanMN) January 7, 2026

Dans une conférence de presse mercredi soir, la ministre de la Sécurité intérieure Kristi Noem a affirmé que la victime avait "suivi et entravé le travail de (la police) tout au long de la journée" et défendu la réaction de l'agent de l'ICE qui, selon elle, avait été, lors d'une précédente mission en juin, percuté par une voiture "et traîné sur plusieurs mètres".

Qui était la femme tuée ?

Renee Nicole Good avait obtenu une licence d'anglais à l'université Old Dominion de Norfolk, en Virginie, en décembre 2020, selon un communiqué de l'université. Elle vivait depuis peu à Minneapolis. Cette mère de famille a remporté un prix de poésie universitaire, selon une publication Facebook de 2020 du département d'anglais de l'université, qui la décrivait comme originaire de Colorado Springs, dans le Colorado. "Quand elle n'écrit pas, ne lit pas ou ne parle pas d'écriture, elle enchaîne les marathons de films et fait des activités artistiques avec sa fille et ses deux fils", précisait la publication. Le Washington Post a rapporté que cette poétiste a une fille âgée de 15 ans et deux fils ayant 12 et 6 ans.

Renee Nicole Good était une bénévole active au sein d'un réseau de "patrouilles de quartier" regroupant des centaines de membres de la communauté et organisé par des militants locaux pour suivre, surveiller et enregistrer les opérations de l'ICE à Minneapolis, selon Michelle Gross, présidente de l'association Community United Against Police Brutality (basée au Minnesota) et assistante juridique de la National Lawyers Guild.

Michelle Gross, qui a déclaré à Reuters avoir eu connaissance de première main de la participation de Good aux patrouilles "d'observation" de l'ICE, a affirmé que c'est ce qu'elle faisait lorsqu'elle a été interpellée et abattue par un agent fédéral. Contestant les affirmations des autorités fédérales selon lesquelles Renee Nicole Good aurait entravé le travail des agents de l'ICE, Michelle Gross a déclaré qu’elle tentait de faire demi-tour et de quitter les lieux lorsque des policiers ont encerclé sa voiture et que l'un d'eux a ouvert le feu.

"Renee était l'une des personnes les plus gentilles que j'aie jamais connues", a confié sa mère Donna Ganger au Minnesota Star Tribune. "Elle était extrêmement compatissante. Elle a toujours pris soin des autres. Elle était aimante, indulgente et affectueuse. C'était une personne extraordinaire." Donna Ganger a déclaré que sa fille n'était "absolument impliquée dans ce genre de choses", faisant référence aux manifestants qui s'en prenaient aux agents de l'ICE. Son ex-mari a affirmé ne l'avoir jamais vue participer à des manifestations.

Que dit la loi ?

La loi du Minnesota relative à l'usage de la force autorise la police d'État à recourir à la force létale uniquement si des agents estiment que cela est nécessaire pour se protéger eux-mêmes ou protéger autrui contre la mort ou des blessures graves. La loi fédérale applique une norme similaire, autorisant l'usage de la force létale lorsqu'un agent a des motifs raisonnables de croire qu'une personne représente une menace immédiate de mort ou de blessures graves.

Les agents fédéraux bénéficient généralement de l'immunité de poursuites au niveau de l'État pour les actes accomplis dans le cadre de leurs fonctions officielles. Cette immunité ne s'applique que si les actions de l'agent étaient autorisées par la loi fédérale et étaient nécessaires et appropriées. Si le Minnesota poursuivait l'agent, celui-ci pourrait demander le transfert de l'affaire devant un tribunal fédéral et invoquer son immunité de poursuites.

Les agents fédéraux bénéficient de l'immunité civile, sauf si leur conduite a manifestement violé un droit constitutionnel. Cette norme juridique, connue sous le nom d'immunité qualifiée, est devenue un outil très efficace pour protéger les policiers accusés d'avoir fait un usage excessif de la force, comme l'ont révélé plusieurs enquêtes de Reuters en 2020.

Quelles sont les réactions politiques ?

Dès mercredi, Donald Trump a estimé que l’agent avait tiré "en légitime défense". "Cette situation est examinée, dans son intégralité, mais la raison pour laquelle ces incidents surviennent est que la gauche radicale menace, agresse et cible quotidiennement les forces de l’ordre et les agents de la police de l’immigration", a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.

Jeudi, le vice-président J.D. Vance a également pris la défense de l'agent depuis la Maison-Blanche. Il a qualifié la mort de "tragédie" tout en défendant l'agent, qui faisait partie des 2 000 agents fédéraux déployés cette semaine dans la région de Minneapolis par l'administration Trump. Après avoir visionné les vidéos, J.D. Vance a tenu la conductrice pour seule responsable. "Ce dont je suis certain, c'est qu'elle a enfreint la loi", a-t-il déclaré lorsqu'un journaliste l'a interrogé sur ses doutes quant à son analyse. "Ce dont je suis certain, c'est que l'agent avait toutes les raisons de penser qu'il était gravement menacé, voire que sa vie était en danger."

Pour sa part, le maire de Minneapolis a catégoriquement rejeté la version des faits rapportée par l'administration Trump. Lors d'une conférence de presse, Jacob Frey a reproché aux autorités fédérales de "tenter de faire passer cela pour un acte de légitime défense". "Ayant moi-même vu la vidéo, je veux le dire directement à tout le monde : ce sont des foutaises", a-t-il ajouté. L'élu démocrate a reproché aux agents de l’ICE de semer le chaos à Minneapolis, leur demandant de "foutre le camp" hors de la ville. Il a également appelé les habitants à rester calmes alors que des manifestations ont lieu dans cette ville depuis la mort de Renee Nicole Good.

© REUTERS/Nathan Howard

Renee Nicole Good, une Américaine de 37 ans mère de famille, a été tuée le 7 janvier 2026 à Minneapolis par la police de l'immigration.

La Russie dit avoir frappé l'Ukraine avec son missile hypersonique Orechnik

9 janvier 2026 à 09:48

L'armée russe a déclaré ce vendredi 9 janvier avoir tiré un missile hypersonique Orechnik sur une cible en Ukraine dans le cadre de ce qu'elle a décrit comme une frappe massive menée pendant la nuit contre des installations énergétiques et des sites de fabrication de drones. L'armée de l'air ukrainienne a confirmé un tir russe de ce missile depuis la base de Kapoustine Iar près de la mer Caspienne.

Le ministère de la Défense a déclaré dans un communiqué que cette frappe était une riposte à une tentative d'attaque de drone ukrainienne contre l'une des résidences du président Vladimir Poutine fin décembre. Kiev a qualifié de "mensonge" l'affirmation russe selon laquelle elle aurait tenté d'attaquer la résidence, située dans la région russe de Novgorod.

"Les cibles de la frappe ont été atteintes", a déclaré le ministère russe de la Défense. Le gouverneur de la région de Lviv, Maksym Kozytskyi, a déclaré qu'une infrastructure critique avait été visée. Selon les médias locaux, le gisement gazier de Stryi, doté d'une importante installation de stockage de gaz, était probablement la cible visée.

D'après l'armée de l'air ukrainienne, Moscou a lancé 36 missiles et 242 drones au total au cours de son attaque nocturne. Quatre personnes ont été tuées à Kiev, où des immeubles résidentiels ont été touchés, ont déclaré les autorités de la capitale ukrainienne. Selon le maire de la ville, Vitali Klitschko, un membre des services de secours a notamment été tué en arrivant près d'un immeuble touché par deux drones successifs. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a indiqué que l'ambassade du Qatar avait été touchée.

Missile à capacité nucléaire

Des blogueurs militaires russes ont diffusé une vidéo censée montrer le moment de l'impact de l'Orechnik sur sa cible dans l'ouest de l'Ukraine. Dans un paysage recouvert de neige, on peut voir six éclairs au sol suivis d'une puissante détonation et d'une série d'explosions. Reuters n'a pas été en mesure de vérifier l'authenticité de cette vidéo.

Le missile Orechnik ("noisetier" en russe) est une arme de dernière génération, hypersonique et capable de transporter une charge nucléaire. Comme le fait remarquer le New York Times, "l'utilisation d'une telle arme – même équipée d'ogives conventionnelles ou factices", représente "une menace sérieuse pour l'Ukraine et ses alliés occidentaux, et une escalade de la part du président russe Vladimir Poutine".

La Russie n'a tiré ce missile sur l'Ukraine qu'une seule fois depuis le début du conflit, en novembre 2024. En représailles à l'autorisation accordée à Kiev par les États-Unis et le Royaume-Uni de frapper en profondeur le territoire russe avec des armes de fabrication occidentale, elle avait alors frappé une usine militaire dans la ville de Dnipro, dans le centre de l’Ukraine. Le missile transportait des ogives factices, et non des explosifs, et n'avait causé que des dégâts limités."Cette fois, les explosions se sont produites bien plus près de la frontière polonaise. La Pologne étant membre de l'Otan et de l'Union européenne, cela laisse supposer une volonté de signaler une menace plus imminente", souligne le New York Times.

"Le président russe Vladimir Poutine utilise un missile balistique à portée intermédiaire près de la frontière entre l'UE et l'Otan en réponse à ses propres hallucinations ; il s'agit là d'une véritable menace mondiale qui exige une réponse mondiale", a de fait fustigé le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sybiha.

D'après Vladimir Poutine, le missile Orechnik à portée intermédiaire est impossible à intercepter en raison de sa vitesse, qui serait plus de 10 fois supérieure à celle du son. Le président russe affirme également que sa puissance destructrice est comparable à celle d'une arme nucléaire, même lorsqu'il est équipé d'une ogive conventionnelle.

Certains responsables occidentaux ont toutefois exprimé leur scepticisme quant aux capacités de l'Orechnik. Un responsable américain a ainsi déclaré en décembre 2024 que cette arme n'était pas considérée comme un élément déterminant sur le champ de bataille.

© via REUTERS

Vladimir Poutine à Moscou le 26 décembre 2025.

Didier Lallement parmi les généraux, ce maître-espion condamné pour homosexualité

9 janvier 2026 à 07:30

La CIA noyaute l'entourage du président vénézuélien, le Mossad israélien piège les bipeurs du Hezbollah, les espions de Poutine payent des petites mains pour dessiner des étoiles de David dans Paris... Si vous ne vous intéressez pas au monde de la défense et de l'espionnage, c'est lui qui s'intéressera à vous. Retrouvez, chaque semaine, notre sélection d'indiscrets exclusifs en France... et notre revue de presse des nouvelles les plus saillantes en Europe.

Lallement parmi les généraux

Il n’a pas troqué la casquette pour le képi… mais presque. Ces dernières semaines, des hauts gradés ont eu la surprise de croiser Didier Lallement, l’ex-préfet de police des années gilets jaunes, à l’état-major des armées. Pas pour une visite de courtoisie : depuis juillet 2025, ce réserviste de la Marine prépare un rapport commandé par Matignon. Le sujet ? L’articulation entre les administrations civiles et l’armée, en cas de conflit majeur impliquant la France. Rendu prévu à l’été 2026.

Beigbeder dans Le Collimateur ?

Charles Beigbeder s’intéresse au Collimateur, le podcast consacré aux questions militaires, soutenu par le think tank Ifri et la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère des Armées. Le patron, proche de la droite catholique, aimerait nouer un partenariat avec l’émission animée par Alexandre Jubelin. But avoué ? Faire connaître Straton, son nouveau fonds d’investissement dédié aux PME de la défense française.

Wybot, maître espion condamné

Le commissaire Olivier Brun publiera début septembre 2026 aux éditions Perrin une version retravaillée de sa thèse sur Roger Wybot, patron inamovible du contre-espionnage français de 1944 à 1959, récompensée en décembre du prix de l’Académie du renseignement. Il y détaille comment cet ancien militaire a inspiré les méthodes modernes du contre-espionnage français. On y apprend également davantage sur la vie privée du haut fonctionnaire, mordu d’acupuncture au point d’y consacrer un ouvrage érudit, et célibataire endurci. Une des trouvailles du texte : avant-guerre, Wybot a été condamné pour attentat à la pudeur, à une époque où l’homosexualité était réprouvée.

Et notre revue de presse vue d'Europe...

Défection. Un officier de l’armée russe a obtenu l’asile politique en Finlande, courant décembre. "Andreï" (le nom a été changé) avait franchi la frontière russo-finlandaise à ski, en 2023. Il a depuis témoigné de crimes de guerre russes en Ukraine, dans le plus grand secret (Helsingin Sanomat, Helsinki, 1er janvier).

Testament. Avant de céder la place, au 1er janvier, à Benedikt Ross, le chef de l’armée suisse, Thomas Süssli, a livré un dernier entretien. Il y révèle que, selon le renseignement local, 80 espions russes vivent en Suisse. Un chiffre important, puisqu’en 2024, la DGSI française chiffrait également à 80 le nombre d’agents russes à Paris. (Neue Zürcher Zeitung, Zürich, 27 décembre)

Ecoutes. Les services secrets allemands ont écouté Barack Obama à bord d’Air Force One pendant plusieurs années et jusqu’en 2014. Des interceptions rendues possibles grâce à des vulnérabilités dans le cryptage des communications en vol. (Die Zeit, Hambourg, 4 janvier)

Nazisme. Une enquête tentaculaire est actuellement menée contre le régiment des parachutistes de Zweibrücken, en Allemagne. Quelque 63 soldats sont suspectés de nazisme et de harcèlement sexuel. "Sierra-Hötel" criaient par exemple certains militaires en guise de salutation, une allusion au "Sieg Heil" hitlérien. (Frankfurter Allemeigner Zeitung, Francfort, 29 décembre)

Contrat. Le ministère de la Défense espagnol charge Airbus et l’entreprise espagnole Indra d’une première étude pour concevoir son futur avion espion. Montant du contrat : 16 millions d’euros. (Cinco Dias, Madrid, 30 décembre)

© IP3 PRESS/MAXPPP

L'ancien préfet Didier Lallement à Fleury-Merogis, le 26 septembre 2023.

Venezuela : face à Donald Trump, l'Europe entre dans une nouvelle ère

9 janvier 2026 à 06:00

Cette semaine l'actualité européenne qui a retenu notre attention, c’est le tournant qu’a pris la relation entre l’Europe et les Etats-Unis.

Le point de départ de cette crise se déroule vers 2 heures du matin le 3 janvier à Caracas, quand des détonations sont entendues dans la capitale vénézuélienne et aux alentours. Des dizaines d’avions et d’hélicoptères américains survolent le pays, avant d’atteindre la résidence de Nicolas Maduro. En quelques minutes, une unité d’élite capture le chef d’Etat et sa femme. Les images du dictateur cagoulé, en attente d’un jugement pour narcotrafic, font le tour du monde.

Le lendemain, dans l’avion présidentiel, Donald Trump se félicite de l’opération, qui ne respecte pourtant aucun cadre international. Il n’exclut pas de recourir à la même méthode dans d’autres pays, comme à Cuba par exemple. Et surtout le président américain s’exprime à nouveau sur le Groenland. "Nous avons besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale" précise Donald Trump, avant d'ajouter en riant "nous parlerons du Groenland dans 20 jours."

L’attaque au Venezuela, les déclarations offensives de Donald Trump… Deux évènements qui ont suscité des réactions timides de la part de l’Europe. Pourtant c’est une véritable rupture dans notre relation avec les Etats-Unis, comme l'explique Corentin Pennarguear, grand reporter au service Monde de L’Express, dans ce premier épisode de "La semaine européenne".

RETROUVEZ TOUS LES CONTENUS DE L'EXPRESS PODCASTS

Écoutez cet épisode et abonnez-vous à L'Express Podcasts sur Apple Podcasts, Spotify, Deezer, Podcast Addict et CastBox.

Cet épisode a été écrit et présenté par Charlotte Baris, monté et réalisé par Jules Krot.

Crédits : Le Monde

Musique et habillage : Emmanuel Herschon / Studio Torrent

Visuel : Alice Lagarde

Comment écouter un podcast ? Suivez le guide.

Pour aller plus loin 

Stéphane Audrand : "Le destin de l’Occident se jouera dans les six mois à venir"

Et Donald Trump renversa l’ordre mondial : le début d'une "république impériale" américaine ?

"L’Otan ne s’en relèvera pas" : que se passera-t-il demain si Trump s'empare du Groenland ?

© REUTERS

Le président américain Donald Trump s'adresse aux journalistes à bord de Air Force One, le 4 janvier 2026, après l'attaque du Venezuela et évoque le Groenland
REUTERS/Jonathan Ernst TPX IMAGES OF THE DAY
❌