↩ Accueil

Vue normale

Droits de douane de Donald Trump : la quasi-totalité de la facture est payée par... les Américains

20 janvier 2026 à 09:33

Donald Trump n'en finit pas de brandir la menace de droits de douane supplémentaires. Une première vague, annoncée en avril, avait ahuri les Européens, qui avaient fini par plier, considérant qu'il s'agissait du prix à payer pour maintenir le soutien des Etats-Unis à l'Ukraine. Voilà désormais que le président américain recommence. Cette fois, le motif invoqué n'est plus un "rééquilibre de la relation commerciale" entre Washington et ses partenaires. Il s'agit bel et bien de sanctionner huit pays européens pour leur refus de céder le Groenland aux Etats-Unis.

Mais contrairement à ce que maintient Donald Trump, cette mesure pourrait se révéler très défavorable pour les Américains. A en croire une nouvelle étude, ce sont eux qui payent en effet la quasi-totalité du coût de ces surtaxes. Publiée ce lundi 19 janvier par le très réputé Institut de Kiel pour l'économie mondiale, elle démontre que les droits de douane entraînent en réalité une diminution des volumes exportés vers les Etats-Unis et un report vers d'autres marchés. Avec pour conséquence de cette contraction de l'offre une hausse des prix pour les consommateurs américains.

Surcoûts pour les Américains

Selon le Wall Street Journal, les recherches allemandes font écho aux récents rapports du Budget Lab de Yale et des économistes de la Harvard Business School, qui ont constaté que seule une petite partie des tarifs douaniers était supportée par les producteurs étrangers. En analysant 4 000 milliards de dollars d'exportations entre janvier 2024 et novembre 2025, les chercheurs de l'Institut de Kiel ont conclu que les exportateurs étrangers n'avaient absorbé qu'environ 4 % du surcoût lié à l'augmentation des droits de douane de l'année passée en baissant leurs prix, tandis que les consommateurs et importateurs américains en avaient absorbé 96 %.

En cause : les surtaxes ont eu un effet significatif sur les volumes commerciaux. Confrontés à des droits de douane américains plus élevés, les exportateurs indiens ont par exemple maintenu leurs prix mais ont réduit le volume de leurs expéditions vers les États-Unis de 18 % à 24 % par rapport à l'Union européenne, au Canada et à l'Australie. Plutôt que d'agir comme une taxe sur les producteurs hors Etats-Unis, les droits de douane ont fonctionné comme une taxe à la consommation sur les Américains, avance l'étude de l'Institut de Kiel.

"Les 200 milliards de dollars de recettes supplémentaires provenant des droits de douane américains l'année dernière ont été payés presque exclusivement par les Américains. Cela risque d'alimenter une inflation plus élevée aux États-Unis à long terme", souligne auprès du WSJ Julian Hinz, professeur d'économie à l'université Bielefeld et coauteur de l'étude.

Mais cette dernière ne nie pas pour autant les effets néfastes pour l'économie européenne. Elle démontre simplement que toutes les parties seraient perdantes, et que les Américains le seraient encore plus. Quant aux pays de la zone euro, les analystes anticipent une baisse de 0,2 à 0,5 % de leur production économique en cas d'entrée en vigueur des nouveaux droits de douane annoncés en janvier.

Cependant, l'étude note également que la répartition du coût des droits de douane américains pourrait évoluer au fil du temps. Les exportateurs étrangers pourraient absorber une plus grande partie de la facture à mesure que les entreprises américaines trouvent de nouvelles sources concurrentielles de produits, fait savoir Julian Hinz.

Le verdict de la Cour suprême attendu

Reste que pour que ces droits de douane soient mis en place, la Cour suprême doit encore se prononcer sur leur conformité à la Constitution. Car Donald Trump entend recourir en janvier, comme il l'avait fait en avril dernier, à une loi de 1977, qui autorise le président à contourner le Congrès pour prendre ce type de mesures, en cas d'urgence pour la sécurité américaine. Rien ne dit aujourd'hui que la Cour suprême rendra un avis favorable.

Mais l'administration américaine, elle, a déjà donné le ton. Dans le New York Times lundi, le représentant américain au commerce Jamieson Geer a déclaré qu'en cas de rejet, l'administration remplacerait "dès le lendemain" ces droits de douane par d'autres taxes, en recourant à d'autres lois. Le secrétaire au Trésor n'a d'ailleurs pas hésité à sortir les grands moyens pour convaincre les juges de la Cour. "L'urgence nationale est d'éviter une urgence nationale", a déclaré Scott Bessent. "Le président emploie la force économique des États-Unis pour éviter une guerre ouverte (sur le Groenland, NDLR)".

© REUTERS

Donald Trump menace huit pays européens de surtaxes douanières, devant leur refus de céder le Groenland aux Etats-Unis.

Vexé par Emmanuel Macron, Donald Trump menace de taxer les vins et champagnes français

20 janvier 2026 à 10:01

Donald Trump a de nouveau recours au chantage. Le président américain a menacé dans la soirée du lundi 19 janvier d'imposer des droits de douane de 200 % sur les vins et les champagnes français, une mesure qu'il a dit destinée à convaincre son homologue français Emmanuel Macron de rejoindre le "Conseil de la paix" dont il est à l'initiative.

Interrogé par des journalistes à Washington sur le vraisemblable refus d'Emmanuel Macron d'intégrer le "Conseil de la paix", comme indiqué lundi par l'entourage du président français, Donald Trump a répondu : "Il a dit ça ? Et bien, personne ne veut de lui, parce qu'il va bientôt quitter ses fonctions". "Je vais imposer des droits de douane de 200 % sur ses vins et champagnes, et il rejoindra (le Conseil de la paix), mais il n'a pas à le faire", a ajouté le locataire de la Maison-Blanche.

La France avait fait savoir lundi qu'elle n'entendait pas donner suite à l'invitation des Etats-Unis à rejoindre un "Conseil de la paix" pour la bande de Gaza. "Comme de nombreux pays, la France a été invitée à rejoindre le 'Board of Peace' et examine avec ses partenaires le cadre juridique proposé avec ses partenaires", avait indiqué l'entourage d'Emmanuel Macron. "A ce stade, elle n'entend pas donner une suite favorable."

Menaces "inacceptables"

Ce mardi, l'entourage du président a dénoncé des menaces tarifaires "inacceptables" et "inefficaces" pour "influencer la politique étrangère" du pays. Sur TF1, la ministre de l'Agriculture Annie Genevard a jugé qu'il s'agissait d'une "déclaration hostile à l'égard de la France et de la viticulture française". "C'est brutal, c'est fait pour faire plier, c'est un outil de chantage", a-t-elle dénoncé, appelant à une réponse au niveau de l'Europe.

Les vins et spiritueux exportés de l'Union européenne vers les États-Unis sont actuellement soumis à un droit de douane de 15 %, un taux que les Français s'efforcent de ramener à zéro depuis que Donald Trump et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ont conclu un accord commercial entre en Écosse l'été dernier. Les États-Unis constituent le premier marché pour les vins et spiritueux français, avec des exportations vers les États-Unis s'élevant à 3,8 milliards d'euros en 2024.

La réaction de Donald Trump survient alors que le président américain a déjà menacé au cours du week-end d'instaurer des surtaxes douanières contre plusieurs pays européens, dont la France, pour l'opposition affichée par ceux-ci à sa volonté d'annexer le Groenland.

SMS

Quelques heures après ses nouvelles déclarations, le locataire de la Maison-Blanche a partagé sur son réseau Truth Social une capture d'écran d'un SMS envoyé par Emmanuel Macron. Dans son message, le président français confie à son homologue qu'il ne comprend pas ce qu'il fait au Groenland, et lui propose d'organiser une rencontre du G7 à Paris jeudi après-midi, après le Forum de Davos en Suisse. Le chef de l'Etat français ajoute qu'il pourrait inviter les Ukrainiens, les Danois, les Syriens et les Russes à participer en marge de la réunion, et invite Donald Trump à dîner avec lui jeudi soir.

Trump posts what appears to be a private text message sent to him by Macron pic.twitter.com/f2zmrKuDrn

— Aaron Rupar (@atrupar) January 20, 2026

La capture d'écran ne montre pas la réponse du milliardaire, si réponse il y a eu. Une source proche d'Emmanuel Macron a confirmé à Reuters que le message partagé était authentique, ajoutant : "Cela démontre que le président français défend la même ligne en public qu'en privé".

Vladimir Poutine invité au Conseil de la paix

Donald Trump avait initialement proposé la création d'un Conseil de la paix lorsqu'il a annoncé en septembre dernier son plan pour mettre fin à la guerre à Gaza. Mais une invitation adressée aux dirigeants du monde la semaine dernière esquisse un rôle plus large visant à résoudre les conflits à l'échelle mondiale. Selon un document consulté par Reuters, un projet de charte envoyé à une soixantaine de pays par l'administration américaine prévoit que les membres contribuent à hauteur d'un milliard de dollars en espèces s'ils souhaitent que leur adhésion dure plus de trois ans.

Les gouvernements ont réagi avec prudence à ce projet qui, selon les diplomates, pourrait nuire au travail des Nations Unies. A ce stade, seuls le Maroc, la Hongrie, le Kazakhstan et l'Ouzbékistan ont répondu favorablement à l'invitation américaine. Lundi, Donald Trump a également déclaré avoir invité le président russe Vladimir Poutine à siéger à ce Conseil de la paix. "Il a été invité", a-t-il affirmé, confirmant des déclarations faites dans la journée par le Kremlin.

Concernant le Groenland, le président républicain a répété sa volonté d'acquérir le territoire danois : "Il nous le faut. Il faut que ce soit fait", a-t-il déclaré, assurant que le Danemark ne pouvait pas le protéger. "Ce sont des gens formidables. Je connais les dirigeants, ce sont des gens très bien, mais ils n’y vont même pas", a-t-il ajouté.

© REUTERS

Le président américain Donald Trump s'adresse aux médias avant d'embarquer à bord d'Air Force One pour Washington, en Floride, le 19 janvier 2026.

Fiscalité des héritages : ces choix européens qui interrogent le modèle français

20 janvier 2026 à 05:45

Comparer les lois, les chiffres, les phénomènes de société, les politiques publiques... Chaque semaine, L'Express explore les pratiques de nos voisins européens afin de trouver les meilleures inspirations sur notre continent et nourrir ainsi le débat en France.

La France n'a toujours pas de budget mais, dans la grande foire aux idées pour faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'Etat, rien ne concernera l'impôt sur les successions. S'il y a bien un sujet qui fait l'unanimité parmi les députés quel que soit leur bord, c'est bien celui de la taxation des héritages. Il faut dire que huit Français sur dix sont opposés à la moindre augmentation. Sans parler d'alourdissement, l'imposition des héritages français aurait pourtant besoin d'un bon toilettage.

Si les recettes rapportées au PIB sont les plus élevées au monde, le système est également un des plus complexes, avec sept catégories de bénéficiaires différents, huit niveaux d'abattement et quatre taux différents. "La France se caractérise par des barèmes fortement progressifs, par un fonctionnement très inégalitaire, et même punitif pour les héritiers les plus éloignés et enfin par un manque criant de lisibilité contrastant avec la simplicité et la modération observée chez la plupart de nos voisins européens", explique Victor Fouquet, économiste et auteur d'une note sur le sujet pour le think tank Thomas More. Revue de détail.

Année de l'introduction de la fiscalité sur les héritages dans sa forme actuelle
Année de l'introduction de la fiscalité sur les héritages dans sa forme actuelle

Allemagne

Au royaume du capitalisme rhénan, on ne touche pas aux entreprises familiales

C'est un sujet radioactif : faut-il durcir le régime fiscal des successions, très favorable aux entreprises familiales, pilier de l'économie allemande ? Le sujet a été remis sur la table cet automne, curieusement par la droite conservatrice. La loi permet aux héritiers d'une société de bénéficier d’une exonération partielle (85 %) ou totale de l’impôt. A condition que l’activité et l'emploi soient maintenus pendant plusieurs années. Sur les 113 milliards d’euros transmis par voie de succession en 2024 - un record - l’Etat n’en a prélevé que 9,9 milliards.

Suisse

Les grosses successions ne financeront pas la transition énergétique et climatique

C'est un paradoxe. Alors que la fiscalité sur le capital ou celle pesant sur les revenus est compétitive et lisible, la taxation des héritages reste opaque et touffue en Suisse. Surtout la fixation des taux relève de la compétence exclusive des cantons. En novembre, un texte présenté la Jeunesse socialiste suisse, prévoyant un impôt sur les successions de 50 % sur les montants supérieurs à 50 millions de francs suisses et destiné à financer la transition écologique a été soumis à un référendum. Résultat ? Un rejet massif avec près de 79 % de réponses négatives.

Grèce

Le rétablissement des comptes publics s'est accompagné d'un allègement de la taxation des héritages

Comme dans la plupart des pays du sud de l'Europe, la fiscalité sur les héritages a été sensiblement abaissée au cours des deux dernières décennies en Grèce, malgré la cure d'austérité au début des années 2010. L'imposition des descendants directs a notamment été très allégée. Nouvelle réforme en 2025 : jusqu'à présent, toute personne qui ne renonçait pas à l'héritage dans les délais légaux risquait la saisie de ses biens personnels si le défunt avait des dettes. En vertu de la nouvelle réglementation, l'héritier ne sera plus responsable des "ardoises" de ses parents.

Italie

Quand Romano Prodi a instauré en 2006 une "flat tax" sur les héritages

C'est dans la Péninsule que la réforme la plus révolutionnaire en matière de taxation des héritages a eu lieu ces dernières années. En 2006, le gouvernement de Romano Prodi a mis en place une taxe proportionnelle - les taux d'imposition varient de 4 à 8 % - à rebours des systèmes progressifs en vigueur dans toute l'Europe. Surtout, ce big bang fiscal a conduit aussi à rehausser à 1 million d'euros le seuil d'abattement pour une transmission d'entreprise. Une réforme qui a inspiré un autre pays européen, le Danemark.

République tchèque

Prague a invoqué en 2014 de coûteux frais de recouvrement pour supprimer cet impôt

Fini l'impôt sur les successions ? En 2014, la République tchèque a sauté le pas, imitant la Norvège, invoquant pour justifier cette disparition de coûteux frais de recouvrement pour des recettes très maigres. Une suppression en trompe-l’œil puisque le montant des donations a été réintégré dans le calcul de l'impôt sur le revenu mais en y ajoutant de très généreux abattements. Ailleurs, en Europe, l'Estonie – ou l'impôt sur les sociétés est le plus bas du continent - et la Lettonie n'ont, eux, jamais mis en place de taxation sur les successions.

© Shutterstock

De la Suisse à la République tchèque, l'Europe fait le grand écart sur la fiscalité des héritages.
❌