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Etats-Unis - Iran : ce que l'on sait des négociations prévues vendredi à Oman

5 février 2026 à 09:09

Tout juste quelques semaines après la répression sanglante des manifestations en Iran, menée par le régime des mollahs, et les menaces du président américain de renverser ce dernier, Washington et Téhéran semblent privilégier la désescalade. Les Etats-Unis et l'Iran ont convenu de prendre part à des discussions ce vendredi 6 février à Oman, ont déclaré mercredi des représentants des deux pays, après des heures de confusion sur la tenue réelle de ces négociations et leur lieu.

La possible annulation de ces pourparlers, face aux divergences quant à leur organisation, a suscité de vives inquiétudes à travers le Moyen-Orient, alors que le président Donald Trump menace de recourir à la force militaire. Interrogé mercredi après-midi par la chaîne de télévision américaine NBC News, le locataire de la Maison-Blanche a répondu par l'affirmative à la question de savoir si le guide suprême de la Révolution iranienne, l'ayatollah Ali Khamenei, devait être inquiet. "Je pense qu'il devrait être très inquiet", a-t-il déclaré.

A Oman plutôt qu'en Turquie

Selon le site américain Axios, au moins neuf pays de la région ont contacté mercredi la Maison-Blanche aux plus hauts niveaux, dont le Pakistan, l'Arabie saoudite, le Qatar, l'Égypte et les Émirats arabes unis, exhortant fortement les États-Unis à ne pas annuler la rencontre. "Ils nous ont demandé de tenir la réunion et d'écouter ce que les Iraniens ont à dire. Nous avons dit que nous ferons la réunion s'ils insistent. Mais nous sommes très sceptiques", a ainsi déclaré un responsable américain au média en ligne. En fin de journée, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a finalement confirmé la tenue des pourparlers à Oman, après des heures d'incertitude.

Après que les Etats-Unis ont donné leur accord pour ce changement, initialement refusé selon Axios, c'est donc finalement à Oman plutôt qu'en Turquie que les négociations devraient avoir lieu. Et pour cause : Téhéran insiste pour que la réunion soit bilatérale pour n'aborder qu'un seul sujet, celui de son programme nucléaire. Or, la Turquie avait travaillé pour organiser à Istanbul, avec d'autres pays de la région, des discussions axées sur des questions telles que le programme de missiles balistiques de l'Iran et d'autres préoccupations dont la répression meurtrière des manifestations anti-régime de début janvier, qui aurait fait près de 30 000 morts selon plusieurs ONG.

Sujets de discussion non définis

L'émissaire du président américain, Steve Witkoff, et son gendre, Jared Kushner, devraient participer aux pourparlers face à Abbas Araqchi. Mais à 24 heures du début des discussions, les sujets qui devraient être abordés ne sont toujours pas clairs. Téhéran a répété être disposé à évoquer uniquement son programme nucléaire, qui se trouve de longue date au cœur des préoccupations des puissances occidentales. Mais le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a déclaré mercredi qu'il était nécessaire que les discussions concernent plusieurs autres sujets, pour être significatives. "Si les Iraniens veulent une rencontre, nous sommes prêts", a-t-il dit aux journalistes, insistant sur le programme balistique de Téhéran, son soutien à des groupes armés au Proche-Orient et la façon dont le peuple iranien est traité. Les autorités iraniennes ont décrit leur programme de missiles balistiques comme une "ligne rouge" pour les négociations, présentant ces armes comme indispensables à la sécurité du pays. Selon un représentant iranien interrogé par Reuters, l'insistance des Etats-Unis à discuter de questions autres que le nucléaire pourrait ainsi compromettre les négociations.

Interrogé par l'agence de presse AP, un responsable de la Maison-Blanche a pour sa part indiqué que Washington restait "très sceptique" quant au succès des pourparlers, mais a accepté le changement de plans par respect pour les alliés de la région. Reste que la désescalade semble être le chemin privilégié par les deux puissances, alors qu'aucune d'entre elles n'a vraiment intérêt à un conflit armé qui pourrait déstabiliser l'ensemble de la région, déjà largement fragilisée par la guerre à Gaza.

Mardi 3 février, deux incidents sont déjà intervenus. Un drone iranien a d'abord été abattu par un avion de chasse américain, après s'être trop approché du porte-avions USS Abraham Lincoln, qui naviguait à environ 800 kilomètres au sud des côtes de l'Iran. Quelques heures plus tard, deux navires du Corps des gardiens de la révolution islamique et un drone iranien menaçaient d'arraisonner un pétrolier battant pavillon américain. Un destroyer américain, avec le soutien de l’armée de l’air, a finalement escorté le bateau pour le mettre en sécurité.

© REUTERS/Elizabeth Frantz

Le président américain Donald Trump, ici à Washington (États-Unis) le 20 janvier 2026, dispose de plusieurs options pour agir en Iran.

Fin du traité New Start entre Russie et Etats-Unis : "Nous allons vers une ère où le nucléaire sera moins régulé"

5 février 2026 à 06:30

Quinze ans jour pour jour après son entrée en vigueur, le traité New Start prend officiellement fin ce 5 février. Dernier accord de maîtrise de l’armement nucléaire entre Washington et Moscou, il limitait jusqu’alors le nombre d’ogives déployées comme celui des lanceurs. L’expiration de cet accord, qui avait été négocié en 2010 entre Barack Obama et Dmitri Medvedev, illustre une "poursuite du détricotage de l’architecture de maîtrise des armements nucléaires", estime Héloïse Fayet, responsable du programme dissuasion et prolifération au Centre des études de sécurité de l'Ifri. L’occasion, aussi, de mener "une réflexion sur la manière de faire du contrôle de l’armement autrement". Entretien.

L’Express : Pourquoi le traité New Start n’a-t-il pas été prolongé ?

Héloïse Fayet : Sur le plan légal, cela n’était plus possible dans la mesure où il l’avait déjà été une première fois. En effet, New Start ne comprenait qu'une seule clause de renouvellement. Or celle-ci avait déjà été activée en 2021 pour prolonger le traité de 5 ans - ce qui nous amène à sa date d’expiration de ce 5 février 2026. En revanche, il était éventuellement possible de prolonger une partie de ses dispositions. En septembre dernier, Vladimir Poutine avait ainsi proposé de maintenir pendant un an l’aspect quantitatif du traité, c’est-à-dire la limitation du nombre de têtes nucléaires stratégiques déployées. Cette prolongation ne concernait toutefois pas les autres éléments de l’accord, qui sont en réalité les plus importants.

Tout ce qui touche à la vérification et à la transparence, avec des inspections des sites nucléaires de chaque pays, n’était pas inclus dans la proposition. Il faut d’ailleurs rappeler que la Russie les avait suspendues en 2020 pendant la pandémie de Covid, avant que Poutine ne décide de suspendre l’application de New Start en 2023 à la suite de la guerre en Ukraine. De fait, il n’y a plus eu d'inspection américaine des sites nucléaires russes depuis 2020. Ce qui laisse penser à certains membres de la communauté stratégique américaine que la Russie a également arrêté d'appliquer les dispositions quantitatives de New Start, et aurait potentiellement déjà déployé plus de têtes nucléaires que ce que le traité lui autorise.

Est-ce la raison pour laquelle les Etats-Unis n’ont pas répondu à la proposition de Poutine ?

Au moment où Vladimir Poutine avait fait sa proposition, la réaction de Donald Trump avait été assez mitigée pour plusieurs raisons. Premièrement, le fait d’exclure les dispositions relatives à la transparence et à la vérification écartait de facto les éléments les plus intéressants du traité. Deuxièmement, Vladimir Poutine liait indirectement sa proposition à une mise en pause du "Golden dome" [NDLR : le bouclier antimissile voulu par Trump], en sous-entendant que sa mise en œuvre pourrait libérer la Russie du respect de ses engagements en matière de contrôle des armements. Il semblait dès lors assez improbable que Trump accepte de se lier les mains et de renoncer à ce projet en échange d’un hypothétique respect de ses engagements par la Russie.

Enfin, la troisième raison est qu’une partie de la communauté stratégique américaine considère que New Start et les limitations sur l'arsenal nucléaire américain ne sont plus appropriés face aux nouveaux défis auxquels sont confrontés les Etats-Unis. Et notamment à la montée en puissance de la Chine sur le plan nucléaire. Certains considèrent ainsi qu’il faudrait augmenter l’arsenal nucléaire américain afin de pouvoir dissuader à la fois Moscou et Pékin.

Cette expiration de New Start doit-elle nous inquiéter ?

Oui et non. Il faut admettre que cette expiration symbolise quand même la poursuite du détricotage de l’architecture de maîtrise des armements nucléaires. On peut rappeler la sortie du traité FNI sur les forces nucléaires intermédiaires par les Etats-Unis en 2019, ou le départ de Poutine du traité interdisant les essais nucléaires en 2023. L’expiration de New Start s’inscrit donc dans une dynamique plus large. Du reste, et de manière très terre à terre, le fait que la Russie ou les Etats-Unis passent de 1500 têtes nucléaires déployées à potentiellement 1700 cela ne fera pas énormément de différence, dans la mesure où le nombre d’armes actuellement déployées permet déjà de provoquer des dégâts incommensurables. De plus, il n’y a pas eu besoin de l’expiration de New Start pour voir la Chine augmenter son nombre d’armes nucléaires.

Dans ce contexte, l’intensification de la compétition stratégique s’accompagne d’une augmentation potentielle des arsenaux nucléaires. On assiste clairement à la fin d’une époque qui avait vu prospérer ce type de traités hérités de la guerre froide. Mais cela pourrait aussi être l’opportunité d’une réflexion sur la manière de faire du contrôle de l’armement autrement. Par exemple, en ne se contentant plus seulement de compter le nombre de têtes nucléaires déployées, mais en prêtant attention aux attitudes en matière de dissuasion nucléaire, ou au type d’armes employées.

New Start n’était donc plus un instrument suffisant…

Effectivement. Comme on l’a vu, ce traité n’a pas empêché Poutine d’utiliser la menace nucléaire pour sa guerre en Ukraine. La maîtrise des armements uniquement fondée sur le quantitatif et des mécanismes de transparence n’est peut-être plus adaptée à notre époque. Les nouveaux éléments que l’on pourrait ajouter font notamment partie de ce que les Américains appellent le Behavioural Arms Control (BAC) - c’est-à-dire une maîtrise des armements fondée sur le comportement des Etats, afin de promouvoir une approche centrée sur le sens des responsabilités, plutôt que sur le nombre de têtes nucléaires.

Avec l’expiration de New Start, faut-il s’attendre à ce que la Russie augmente le nombre d'ogives nucléaires en sa possession ?

Cela fait partie des possibilités, et d’ailleurs, certains la soupçonnent de l’avoir déjà fait. Cela demandera à être vérifié dans les prochaines estimations des chercheurs indépendants travaillant sur ce sujet. Les Russes n’ont toutefois pas nécessairement besoin d’augmenter davantage leur arsenal nucléaire, dans la mesure où, contrairement à Washington, Moscou n’a pas besoin de dissuader Pékin, qui est pour l’instant considéré comme un allié par le Kremlin. Dès lors, l'augmentation qui me semble la plus probable est celle de l’arsenal américain.

Face aux menaces russes et chinoises, une bonne partie de la communauté stratégique américaine considère qu’il est temps d’augmenter le nombre d’armes nucléaires déployées. Et le fait est qu’ils n’auraient pas beaucoup de difficultés à le faire. Il leur suffirait de sortir de leurs réserves des têtes nucléaires qui ont été retirées en 2010 du fait de New Start et de les charger sur des missiles de SNLE (sous-marin nucléaire lanceur d'engins) ou des missiles balistiques dans des silos. A mon sens, on peut s’attendre dans un avenir proche à des déclarations ouvertes du côté américain, expliquant qu’il faut augmenter l’arsenal nucléaire, ou à tout le moins se donner plus de flexibilité - on verra le type de vocabulaire employé.

Donald Trump voudrait inclure la Chine dans un nouveau traité de contrôle des armements nucléaires. Cela vous semble-t-il crédible ?

Non, cela ne me semble pas crédible du tout. Les Chinois sont totalement arc-boutés contre cette idée. Ils considèrent que tant qu’ils n’auront pas autant d’armes nucléaires stratégiques que les Russes et les Américains, c’est-à-dire autour de 1500, ils n’ont aucune raison d’aller vers un accord de maîtrise des armements sur le plan quantitatif. Je ne crois donc pas du tout à un accord trilatéral. A l’inverse, je pense que l’on se dirige vers une ère où il y a de moins en moins de traités et de régulation du nucléaire. De plus, pour Pékin, le contrôle des armements n’est pas lié qu’aux armes nucléaires mais à une posture plus large de compétition stratégique avec les Etats-Unis. Et même si les récentes révisions de la Statégie de Défense Nationale National et la Stratégie de Sécurité Nationale de Trump sont moins véhémentes envers Pékin que par le passé, les Chinois savent très bien qu’ils restent considérés comme un adversaire par l’Amérique.

© REUTERS

Photo d'archive montrant Barack Obama et Dmitri Medvedev, alors présidents des États-Unis et de la Russie, en train de signer le traité New Start, au château de Prague, le 8 avril 2010
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