Groenland : Jean-Noël Poirier, un premier consul français pour faire face aux visées de Donald Trump
Il aura sous sa responsabilité... six habitants de nationalité française. Le nouveau consul général de France au Groenland, Jean-Noël Poirier, s'apprête à découvrir ce vendredi 6 février un environnement très différent de ses précédentes expériences autour du globe. Nommé par décret mardi, le diplomate ne croisera pas beaucoup de compatriotes sur l'île arctique de 55 000 habitants.
Son poste, tout fraîchement créé, n'a de toute façon pas vocation à uniquement faire office de point de contact entre ces quelques ressortissants et la métropole. La décision d'ouvrir un consulat à Nuuk, la capitale du territoire autonome, consiste "d’abord" à "marquer notre volonté d’approfondir notre présence dans toutes les dimensions sur ce territoire du royaume du Danemark", avait expliqué le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, sur RTL le 14 janvier dernier.
Un diplomate au parcours riche
Une mission particulièrement importante pour Paris au moment où Donald Trump lorgne ce qu'il perçoit comme "un bout de banquise". La zone est convoitée par le républicain au nom de "la sécurité nationale" américaine. Le président des Etats-Unis n'a pas hésité à menacer à plusieurs reprises d'annexer le Groenland, y compris par la force avant de calmer le jeu et d'annoncer une ébauche d'"accord" dans la région. Invité de la matinale de France Inter ce vendredi, Jean-Noël Poirier a reconnu que ce contexte géostratégique tendu avait forcément joué en faveur de la création de son nouveau rôle. "Il est clair que l'actualité de ces derniers mois est pour beaucoup dans l'annonce faite par le président de la République", a-t-il admis. "Mais c'est une idée qui flottait déjà depuis un petit moment et qui trouve là une raison supplémentaire de se concrétiser."
Pour diriger ce consulat "aux compétences élargies", Emmanuel Macron a donc fait confiance à ce diplomate chevronné. Jean-Noël Poirier a exercé de nombreuses fonctions pour représenter la France à travers le monde, notamment en Asie. Détaché de l'ONU au Cambodge dans les années 90, il devient ensuite consul général à Hô-Chi-Minh-Ville, au Vietnam. C'est dans ce pays qu'il sera ensuite nommé ambassadeur pendant quatre ans, de 2012 à 2016. Entre-temps ? Un passage dans le privé chez Areva. Un monde de l'entreprise qu'il a retrouvé en 2017, évoluant au sein de différentes sociétés du secteur du conseil. Il y a un an, il revient à ses premières amours pour occuper un poste de diplomate en Libye, le temps d'une mission temporaire à Tripoli. Avant, en septembre dernier, de devenir chef de la délégation française à l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York (États-Unis).
Missions "politiques", "d'influence" ou "scientifiques"
Un dense CV, désormais enrichi d'une expérience dans une tout autre région du monde. "Le ministère m’a proposé cette mission, je l’accepte avec beaucoup de plaisir et d’intérêt", expliquait Jean-Noël Poirier mardi soir, lors d'une rencontre avec la presse. "Je suis ce qu’on appelle un agent d’Orient dans cette maison. Par vocation, je suis attiré par les destinations lointaines." Avant d'arriver à Nuuk ce vendredi pour prendre officiellement ses fonctions, le nouveau consul s'est déplacé à Copenhague, la capitale danoise, pendant deux jours. Une fois arrivé sur l'île groenlandaise, il rencontrera le Premier ministre du territoire, Jens-Frederik Nielsen, en première ligne des attaques menées par le président américain. "J'arrive avec un mandat clair d'écoute de ce que les Groenlandais ont à dire sur l'avenir de leur pays", a-t-il insisté, lors de son passage sur France Inter.
Mais concrètement, comment Jean-Noël Poirier va-t-il occuper ses journées dans la glaciale capitale groenlandaise ? Après l'annonce de l'ouverture d'un consulat, le Quai d'Orsay avait fait mention le 14 janvier de "missions politiques de relations avec les autorités locales", "d'influence" ou encore "scientifiques". "Il faut qu’il se montre disponible, qu’il rencontre du monde, et qu’un maximum de Groenlandais puissent voir le visage de la France", conseille pour sa part l'ex-ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, interrogé par Le Figaro.
Une nécessité dont semble avoir conscience le principal intéressé. "Le travail d'un consul général ne se borne pas seulement aux activités consulaires", a ainsi fait valoir Jean-Noël Poirier sur France Inter. "Je suis également là pour soutenir les intérêts français et la coopération française, qui est assez ancienne." Lors de la même intervention, le diplomate a confirmé qu'une visite sur place de son ministre de rattachement, Jean-Noël Barrot, devrait prochainement avoir lieu dans la région, sans qu'une date n'ait pour le moment été fixée.

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