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Préférence européenne : cette idée défendue par Emmanuel Macron qui gagne du terrain

10 février 2026 à 13:31

L’idée revient une nouvelle fois dans le débat. Cette fois, c’est Emmanuel Macron qui la remet sur la table, dans un entretien accordé au Monde, ce mardi 10 février. "Il faut protéger notre industrie. Les Chinois le font, les Américains aussi. L’Europe est aujourd’hui le marché le plus ouvert au monde", affirme le président. En creux, le président français esquisse la mise en place d’une préférence européenne ciblée, qui concernerait des secteurs stratégiques comme l’automobile, l’acier, la chimie ou encore la défense. Une forme d’armure économique, pensée pour renforcer la souveraineté industrielle du continent — sans pour autant adopter un ton offensif. Le chef de l’État tempère en effet, assurant qu’il ne souhaite pas "basculer dans le protectionnisme".

L’idée d’une "préférence européenne" gagne progressivement du terrain à Bruxelles. "L’Europe doit être capable de défendre ses intérêts stratégiques" et de soutenir activement sa propre base de production, et "la préférence européenne est un outil nécessaire pour contribuer à cet objectif", a ainsi expliqué lundi 9 février la présidente de l’exécutif européen, Ursula von Der Leyen. La Commission européenne a pris position en faveur d’un mécanisme qui conditionnerait l’accès aux fonds publics à l’achat de composants fabriqués en Europe. Cette proposition, qui viserait à renforcer la souveraineté industrielle du continent, doit être examinée par les dirigeants des Vingt-Sept lors d’un sommet prévu ce jeudi en Belgique.

Cependant, les visions divergent sur le sujet, illustrant encore une fois la difficulté des pays européens à s'accorder. D'un côté, la France pousse depuis plusieurs mois en faveur de cette idée, notamment à travers la voix de Stéphane Séjourné, le vice-président de la Commission chargé de ce dossier, dans une tribune cosignée par plus d’un millier de dirigeants d’entreprises. "Nous devons établir, une fois pour toutes, une véritable préférence européenne dans nos secteurs les plus stratégiques". Parmi les objectifs de l'Hexagone : forcer les constructeurs automobiles chinois qui souhaitent produire en Europe à travailler davantage avec des sous-traitants locaux.

L'Allemagne et l'Italie assouplissent leur position

À l’opposé, certains des Etats parmi les plus attachés au libre-échange, dont la République tchèque et l’Irlande, rechignent face au projet, redoutant qu’une telle orientation ne fragilise certains accords commerciaux existants. Dans un document commun publié la semaine dernière, six États du nord de l’Europe (l’Estonie, la Finlande, la Lettonie, la Lituanie, les Pays-Bas et la Suède) ont aussi mis en garde contre le principe de préférence européenne, qui risquerait selon eux de "réduire à néant nos efforts de simplification" et d’ajouter "une couche supplémentaire de réglementation complexe" pour les entreprises de l’UE. Ces pays ont néanmoins laissé la porte ouverte à une certaine dose de préférence, en n'écartant pas une mesure "limitée, proportionnée et tenant compte de ses répercussions".

Auparavant chef de file des opposants, l'Allemagne, première puissance économique de l’Union européenne, a elle aussi adouci sa position, avec l'Italie, en ouvrant la porte à une telle mesure, mais de manière très encadrée. Son angoisse : qu'une telle orientation ne renchérisse les coûts d’approvisionnement de ses constructeurs automobiles et de son industrie, au risque de fragiliser ses performances à l’export. Les constructeurs allemands "craignent surtout des rétorsions commerciales de la part de la Chine alors que l’Empire du Milieu reste un marché important", expliquait récemment dans L'Express Arnaud Aymé, directeur France du cabinet Sia Conseil.

En clair, une telle obligation ne doit pas entraver les exportations allemandes ou italiennes, ou risquer de brusquer les relations avec les principaux alliés. Une chose est certaine : le sommet de jeudi s’annonce électrique. Chacun y viendra armé d’arguments solides, prêt à défendre ses intérêts nationaux dans un débat qui promet d’être serré.

© REUTERS

Emmanuel Macron pousse pour une préférence européenne "ciblée" pur éviter que le Vieux Continent ne se trouve dépassé.

Cuba : la pénurie de pétrole, coup de grâce pour un régime mis sous pression par Donald Trump ?

10 février 2026 à 11:43

Le ciel au-dessus de l'île se vide. Cuba a informé les compagnies aériennes internationales qu’elle ne serait plus en mesure de les approvisionner en kérosène à compter de ce mardi 10 février. La mesure restera en vigueur jusqu'au 11 mars. En cause : la réduction drastique des livraisons pétrolières au pays, imposée par le président américain Donald Trump. La décision de La Havane, annoncée en pleine haute saison touristique, a déjà contraint Air Canada à suspendre ses 16 vols hebdomadaires vers l’île. D’autres transporteurs américains, espagnols, panaméens et mexicains pourraient suivre.

La compagnie aérienne canadienne a précisé qu'elle enverrait des avions vides de Montréal et de Toronto à Cuba afin de rapatrier environ 3 000 Canadiens actuellement en visite sur l'île. Comme le rappelle le New York Times, le Canada constitue le premier pays d’origine des visiteurs à Cuba. De quoi accentuer la pression sur le secteur touristique cubain, qui a enregistré une baisse de 18 % du nombre de visiteurs l’an dernier par rapport à 2024, souligne de son côté le Financial Times. A noter que le pays n'a pas été aidé non plus par les avertissements à l'attention des voyageurs à destination de Cuba, émis par le Canada, l'Espagne ou encore le Royaume-Uni, qui ont appelé leurs ressortissants à une "extrême prudence".

Cuba n’a reçu ni pétrole ni carburant depuis un mois, après que Donald Trump a interrompu les livraisons vénézuéliennes – dont l’île dépend largement – et exercé des pressions sur le Mexique pour qu’il suspende ses expéditions, évaluées entre 17 000 et 180 000 barils par jour. La production locale est insuffisante : Cuba ne couvre qu’environ 40 % de ses besoins, un niveau jugé trop faible pour assurer le fonctionnement du pays. Les experts prévoient que l’île pourrait épuiser ses réserves d’ici la fin mars.

La Chine et la Russie en guise de soutien

Le président cubain Miguel Diaz-Canel a déclaré la semaine dernière qu'il était ouvert à des pourparlers avec les États-Unis, à condition qu'un changement de régime ne soit pas envisagé. En attendant, le chef d'Etat communiste tente de colmater les trous. Parmi les autres mesures prises par le gouvernement cubain : rationnement du carburant, semaine de travail réduite à quatre jours pour les employés des entreprises publiques et suspension des cours à l’Université de La Havane. De leur côté, les compagnies aériennes qui continuent de desservir l’île pourraient être contraintes d’ajouter des escales de ravitaillement dans d’autres îles des Caraïbes.

Sur le plan international, la Chine a affirmé son soutien à Cuba, en soulignant son engagement pour " la sauvegarde de la souveraineté et de la sécurité nationales de l’île" et son opposition à toute ingérence étrangère. "Nous apporterons toujours notre soutien et notre aide à Cuba dans la mesure de nos moyens", a martelé ce mardi Lin Jian, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse régulière. Dans le même esprit, la Russie a qualifié lundi la situation du carburant à Cuba de "critique", dénonçant les tentatives américaines pour "asphyxier" l’économie de l’île et les graves difficultés qu’elles engendrent.

Un régime politique qui résiste... Pour combien de temps ?

Le pouvoir en place tiendra-t-il face à cette crise profonde ? Celle-ci survient alors que Washington chercherait "activement à provoquer un changement de régime" d’ici la fin de l’année, une pression maximale depuis l’enlèvement du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro le 3 janvier 2026. Mais le pouvoir cubain était déjà sur les nerfs avant cet épisode, notamment sur le plan économique : alors qu’une douzaine d’œufs se vend 5 dollars sur le marché noir, "le salaire mensuel moyen est de seulement 14 dollars", souligne le média France-Guyane. Autrefois fleuron de l’économie cubaine, la production de sucre s’est également effondrée, passant de 10 millions de tonnes à 150 000 tonnes.

La crise est aussi démographique : le taux de natalité a plongé à 1,59 et l’émigration est massive, avec un quart des 11 millions de Cubains ayant quitté l’île ces cinq dernières années. Pour ceux qui restent, la vie est loin d’être facile : déjà en 2024, des milliers de personnes, poussées par la faim, étaient descendues dans les rues pour réclamer l’aide de l’État et protester contre les coupures d’électricité. Reste à savoir si le régime cubain, acculé par la pression américaine mais aussi par la lassitude intérieure, saura résister. Pas sûr que le locataire du Palais de la Révolution dorme sur ses deux oreilles.

© REUTERS

Un avion de la compagnie mexicaine Viva Aerobus est remorqué à l'aéroport international José Marti, alors que Cuba a averti les compagnies aériennes internationales que le kérosène ne serait plus disponible sur l'île.

Affaire Epstein : la famille royale britannique à nouveau plongée dans l'embarras

10 février 2026 à 08:42

Buckingham Palace veut à tout prix éviter un nouveau séisme. Lundi 9 février, la famille royale a assuré qu’elle se tenait prête à coopérer pleinement avec la justice dans le cadre d’une enquête policière visant Andrew Mountbatten-Windsor, le frère du roi Charles III. En cause : la transmission présumée par ce dernier, en 2010, de documents commerciaux officiels britanniques au pédocriminel américain Jeffrey Epstein. À 65 ans, l’ex-prince, qui fut envoyé spécial du Royaume-Uni pour le commerce international entre 2001 et 2011, se retrouve une nouvelle fois au cœur de la tourmente à cause de son amitié avec l'homme d'affaires décédé dans sa cellule en 2019.

Parmi les documents rendus publics vendredi 30 janvier par le ministère de la Justice américain figurent notamment des photos montrant l'ex-prince agenouillé au-dessus d’une femme allongée, dont le visage est flouté. Mais si les frasques sexuelles du fils d'Elizabeth II étaient déjà connues, plusieurs courriels montrent également que, le 7 octobre 2010, le prince Andrew a adressé à Jeffrey Epstein des détails précis concernant ses prochains voyages officiels à Singapour, au Vietnam, à Shenzhen et à Hongkong. Puis, le 30 novembre suivant, il aurait transféré à Epstein les comptes rendus officiels de ces visites – cinq minutes seulement après les avoir reçus de son assistant spécial de l’époque, Amit Patel. De quoi raviver, au sommet de la monarchie britannique, la crainte d’un nouvel épisode embarrassant.

Les envoyés spéciaux au commerce sont soumis à des règles de confidentialité particulièrement strictes. À ce titre, ils ne peuvent divulguer ni documents sensibles ni informations à caractère stratégique, rappelle The Guardian. Les directives gouvernementales rappellent que cette fonction implique une obligation formelle de discrétion concernant toute donnée sensible relative aux marchés prospectés ou aux visites officielles. Cette obligation ne s’éteint pas avec la fin du mandat : elle perdure au-delà des fonctions exercées, précisent les textes.

Le projet de lancer un business en Chine

Dans ce contexte, les révélations de la presse britannique prennent une dimension particulière. Selon le Telegraph, Andrew Mountbatten-Windsor et Jeffrey Epstein auraient secrètement envisagé de lancer ensemble une entreprise en Chine — et ce, plusieurs années après la condamnation du financier en 2008 à treize mois de prison pour une affaire de prostitution impliquant des mineures en Floride. Le journal affirme également que l’ancien duc d’York aurait profité de ses déplacements officiels en Chine, dans le cadre de ses fonctions d’envoyé commercial, pour organiser des rencontres d’affaires susceptibles de servir ses intérêts personnels et ceux d’Epstein.

Les échanges entre les deux hommes, menés par l’intermédiaire d’un certain David Stern, se seraient poursuivis plus de cinq ans après la sortie de prison d’Epstein. De quoi fragiliser la ligne de défense d’Andrew Mountbatten-Windsor, qui avait assuré avoir mis fin à toute relation avec le financier lors d’une promenade à Central Park, en décembre 2010. À la lumière de ces éléments, cette rencontre apparaît moins comme une rupture que comme un épisode supplémentaire dans des négociations d’ordre commercial.

L’abréviation "PA", pour Prince Andrew

David Stern, proche collaborateur d’Andrew Mountbatten-Windsor, évoque pour la première fois ce projet d’entreprise dans un courriel adressé à Jeffrey Epstein le 24 juillet 2010. Dans ces échanges, il est désigné par l’abréviation "PA", pour Prince Andrew, rapporte le Telegraph. Au fil des mois, les discussions prennent de l’ampleur. Les courriels montrent un projet qui se structure progressivement, jusqu’à déboucher, en 2011, sur la création de la société Witan Group, avec l’aval d'Andrew Mountbatten-Windsor et Jeffrey Epstein. Loin d’un échange informel, il s’agit d’une initiative organisée, inscrite dans la durée.

Si l’enquête doit se poursuivre, la trajectoire d’Andrew Mountbatten-Windsor illustre déjà le prix politique et symbolique de son amitié avec Jeffrey Epstein. Deuxième fils de la défunte Elizabeth II, il a été contraint, dès 2019, de se retirer de l’ensemble de ses fonctions royales officielles. En octobre dernier, le roi Charles III lui a en outre retiré son titre de prince — une décision rare, à la portée autant institutionnelle que personnelle. Le malaise traverse désormais toute la famille royale. Lundi, le prince William et son épouse Kate ont exprimé leur "profonde préoccupation" face aux révélations contenues dans les dossiers liés à Epstein.

© REUTERS

Le nom de l'ex-prince Andrew apparaît de nouveau dans les derniers documents du dossier Epstein publiés.
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