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"Nous ne pouvons pas écarter cette option" : en Norvège, la crainte d'une invasion russe

11 février 2026 à 19:12

La Norvège ne peut exclure la possibilité d'une invasion russe sur son territoire. Voilà l'alerte lancée par le chef d'état-major de l'armée d'Oslo. Dans une interview accordée au Guardian, le général Eirik Kristoffersen, chef d'état-major des armées norvégiennes, livre sa crainte d’une offensive moscovite, non pas dans un objectif de conquête, mais plutôt pour la protection de ses actifs nucléaires, stationnés dans le Nord.

"Nous n'excluons pas une appropriation de terres par la Russie dans le cadre de son plan visant à protéger ses propres capacités nucléaires, qui sont la seule chose qui lui reste pour menacer réellement les États-Unis", s'alerte le militaire dans les colonnes du Guardian. Si Eirik Kristoffersen ne s'inquiète pas d'une invasion similaire à celle de l'Ukraine, il souligne qu'une large partie de l'arsenal nucléaire russe - dont des sous-marins, des missiles terrestres et des avions - se trouve sur la péninsule de Kola, à proximité immédiate de la frontière norvégienne.

Des armes dont le Kremlin aura besoin s'il entre en conflit avec l'Otan. "Nous ne pouvons pas écarter cette option (NDLR : une invasion). C'est en quelque sorte le scénario auquel nous nous préparons dans le Grand Nord", détaille celui qui est chef de la défense norvégienne depuis 2020, responsable des forces armées du pays ainsi que de ses services de renseignement. Son parcours au sommet de l’armée norvégienne a été marqué par la guerre en Ukraine qui a contraint l’Europe à repenser sa sécurité. Une période également marquée par l’adhésion de la Suède et de la Finlande, voisines d’Oslo à l’Otan, et le renforcement des frontières avec la Russie dans l’extrême nord de la Norvège.

Une zone stratégique

Cette zone de l'extrême nord est d'une importance cruciale pour la Russie. "La péninsule de Kola représente leur sécurité stratégique face à l’Occident", expliquait déjà en juillet 2025, Johan Roaldsnes, chef régional du service de renseignement intérieur norvégien, dans le New Yorker. "Le plan russe est le suivant : si les tensions avec l’Otan s’enveniment, ils doivent créer une zone tampon" afin de préserver leur capacité à mener des frappes nucléaires. "Cela implique la capacité de contrôler leur territoire voisin le plus proche".

Eirik Kristoffersen a précisé au Guardian que son pays et ses troupes ne se préparaient pas seulement à une invasion classique mais à un large éventail de menaces. "Si vous vous préparez au pire, rien ne vous empêche d'être également en mesure de contrer le sabotage et les menaces hybrides".

Des communications entre les deux pays

Le militaire précise toutefois que les communications entre la Russie et la Norvège ne sont pas coupées. Des contacts directs persistent, non seulement dans le cadre des missions de recherche et de sauvetage dans la mer de Barents, mais aussi de réunions régulières à la frontière entre les représentants des deux armées. L'homme se dit même favorable à la mise en place d'une ligne téléphonique militaire entre Moscou et Oslo.

Le but ? Disposer d'un canal de communication permettant d'éviter une escalade due à des malentendus... Qui ne seraient pas si rares que cela : "Jusqu'à présent, les violations que nous avons constatées dans notre espace aérien étaient dues à des malentendus", a affirmé Eirik Kristoffersen, attribuant ces incidents à des pilotes peu expérimentés". Avant d'ajouter : "Lorsque nous discutons avec les Russes, ils réagissent en fait de manière très professionnelle et prévisible". Le général précise que la Russie s'est montrée moins offensive sur son territoire qu'en mer Baltique.

© EPA/MAXPPP

"Nous n'excluons pas une annexion territoriale par la Russie", déclare le général Eirik Kristoffersen, chef d'état-major des armées norvégiennes depuis 2020.

Guerre en Ukraine : après un ultimatum américain, Kiev se prépare à des élections

11 février 2026 à 15:21

Les Ukrainiens pourraient se rendre aux urnes dans les prochaines semaines. Selon les informations du quotidien britannique Financial Times, Volodymyr Zelensky devrait annoncer le 24 février - date anniversaire de l’invasion russe - la tenue d’une élection présidentielle. En cause ? Un ultimatum tout droit venu des Etats-Unis. A la demande de Donald Trump, le pays devra organiser les deux tours du scrutin pour le 15 mai 2026 au plus tard, sous peine de perdre les garanties de sécurité américaine. Le rendez-vous est double : les Ukrainiens seront également appelés à se prononcer sur l'accord de paix avec la Russie qui prévoit une cession des territoires de Donetsk et Lougansk. Un processus qui devra obligatoirement se dérouler par référendum, puisque la Constitution ukrainienne dispose de l’indivisibilité de son territoire.

"Ils ont dit qu’ils voulaient tout faire d’ici juin […] pour que la guerre prenne fin", a confirmé Volodymyr Zelensky aux journalistes du Financial Times. L'objectif de Washington : clôturer le dossier ukrainien pour se concentrer sur les élections de mi-mandat, en novembre. Un agenda et des exigences intenables selon les responsables ukrainiens et occidentaux sondés par le titre britannique, sceptiques à l'idée d'une coopération de Vladimir Poutine.

Quant à l’organisation d’un scrutin en tant que tel, la perspective n’enchante pas non plus Kiev. Depuis plusieurs mois, le président ukrainien n'a cessé de répéter l'impossibilité de tenir une élection en pleine loi martiale, malgré l'insistance de Donald Trump. En décembre, le président des Etats-Unis s'en plaignait déjà à une journaliste de Politico : "Les Ukrainiens n’ont pas organisé d’élection depuis longtemps… Ils parlent de démocratie, mais il arrive un moment où ce n’est plus une démocratie". En bref, la rhétorique usuelle du Kremlin pour justifier sa guerre : Volodymyr Zelensky serait illégitime depuis mai 2024, date à laquelle son mandat aurait dû prendre fin.

Des questions juridiques

Kiev n'a jamais fermé la porte à ce rendez-vous démocratique. "Je demande aux Etats-Unis de m’aider, peut-être avec nos collègues européens, à garantir la sécurité pour l’organisation d’élections… Et alors, dans les 60 à 90 prochains jours, l’Ukraine sera prête", avait déclaré Volodymyr Zelensky en décembre 2025. Une problématique toujours d’actualité alors que des millions d’Ukrainiens sont déplacés, qu’environ 20 % du territoire national est sous occupation russe, et que surtout, la population n’y est pas favorable.

Comme L'Express le soulignait en décembre, si 22 % des Ukrainiens soutiennent des élections après un cessez-le-feu avec des garanties de sécurité, les deux tiers pensent qu’elles ne devraient se tenir qu’après la fin de la guerre, selon l’Institut international de sociologie de Kiev. "Même chez les opposants de Zelensky, une majorité refuse des élections", observait Anton Hrouchetskyi, son directeur.

Mais face aux pressions américaines, Kiev n'a pas attendu l'ultimatum pour commencer à se préparer. Le 11 décembre, le président demandait déjà aux députés d'élaborer des amendements permettant d’organiser des élections sous loi martiale. Et les législateurs risquent d'avoir du pain sur la planche tant les problématiques juridiques sont nombreuses. Car, près de quatre ans de guerre plus tard, le code électoral semble obsolète. Aujourd'hui, selon la législation du pays, un candidat à la présidence doit avoir résidé uniquement en Ukraine au cours des dix dernières années, excluant de facto les réfugiés et les prisonniers de guerre. Ensuite, comment décider quelle commune ne pourra pas voter pour des raisons de sécurité ? Ou comment mettre à jour le registre électoral ? Quelle légitimité pour une élection où les soldats, les déplacés et les réfugiés n'ont pas pu physiquement se rendre aux urnes ?

Pour tenter d’apporter une réponse à ces questions, le Parlement ukrainien a prévu d’éplucher ces dossiers entre mars et avril. Un délai particulièrement court alors que la commission électorale du pays évoquait un délai de six mois pour relancer le processus électoral après la fin de la loi martiale.

Le scrutin de tous les dangers

Et le scrutin est exposé à une autre menace : celle des ingérences russes. Selon Olha Aivazovska, présidente du conseil d’administration de l’ONG Opora, une organisation de référence chargée de la surveillance des élections et du processus électoral en Ukraine, sans cessez-le-feu, la Russie pourrait facilement perturber le scrutin. Entre autres, l’omniprésence des drones russes "menace les bureaux de vote dans toute l’Ukraine", a-t-elle souligné dans les colonnes du Financial Times. En novembre, Olha Aivazovska tirait déjà la sonnette d’alarme auprès de L’Express : "Le risque d’ingérence russe est de 100 %. La Russie a systématiquement instrumentalisé le processus politique en Ukraine, pour s’assurer la loyauté de certains groupes au pouvoir".

La perspective de rivalités internes à l’Ukraine génère aussi des angoisses. "La compétition politique pendant la guerre est néfaste", a déclaré le maire de Kiev, Vitali Klitschko, au journal britannique. Et d’ajouter : "Nous pouvons détruire le pays de l’intérieur, [ce qui est] l’objectif de la Russie".

Mais pour d’autres experts, la question des affrontements politiques est caduque. Si la popularité de Volodymyr Zelensky a effectivement décliné depuis le début de la guerre, son entourage ne doute pas de sa réélection, surtout si le vote pour l’élection est organisé en même temps que le référendum pour l’accord de paix.

© REUTERS

Le président ukrainien Volodymyr Zelenskiy s'exprime lors d'une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre polonais Donald Tusk, alors que la Russie attaque l'Ukraine, à Kiev, en Ukraine, le 5 février 2026. REUTERS/Alina Smutko
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